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INTERNATIONAL

JDD I 5 aožt 2012

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SYRIE Tandis que se poursuivent

les massacres, Mitt Romney attaque Obama sur le dossier syrien. Sans être capable de proposer une autre politique

DŽsarmante discrŽtion NEW YORK (ÉTATS-UNIS) CORRESPONDANCE MAXIME ROBIN

Promettre beaucoup, menacer souvent, mais ne pas trop agir… Malgré les effets de manche de la secrétaire d’État, Hillary Clinton, sur l’urgence du départ de Bachar El-Assad, les États-Unis jouent un rôle mineur et peu visible sur le terrain dans le soutien aux rebelles. Le 23 juillet dernier, le Washington Post révélait qu’aucun agent de la CIA n’était posté en Syrie. Une poignée d’hommes sont basés en Turquie, dans quelques postes-frontières clés, supervisant les envois d’armes sans en fournir directement. Pourquoi cette frilosité ? « Depuis le dernier veto russo-chinois au Conseil de sécurité de l’ONU et la fin des efforts diplomatiques, il semble que les États-Unis ont accru leur assistance à l’opposition, souligne Robert Malley, directeur du département Moyen-Orient à l’International Crisis Group de Washington. Mais ils ont encore des scrupules, surtout en matière de fourniture d’armes. Ils craignent qu’elles tombent entre de mauvaises mains. » Que des islamistes radicaux ou des groupes affiliés à Al-Qaida s’emparent d’armes made in USA embarrasserait au plus haut point Washington. Marvin Kalb, expert en défense au Brookings Institute et proche de la conseillère à la Défense de Barack Obama, Michele Fournoy, reconnaît que « les Américains n’ont pas de stratégie claire… Comme tout le monde ! S’engager dans un processus dont personne ne connaît la fin, envoyer des armes aux rebelles quand on ne sait pas vraiment qui ils sont, c’est compliqué… » La campagne électorale aggrave l’attentisme Autre facteur expliquant l’attentisme des États-Unis, la campagne électorale. L’élection présidentielle du 4 novembre n’est plus que dans trois mois. « Ce contexte pèse sur tous les dossiers, y compris la Syrie, juge Rob Malley. Les Américains sont las des guerres au MoyenOrient. Obama a promis d’extraire les États-Unis des deux conflits dont

il a hérité et n’a guère envie d’en inaugurer un troisième… » De temps à autre, le candidat Mitt Romney et ses amis du Parti républicain critiquent Obama pour sa politique trop timide, mais Romney est loin d’en faire un argument de campagne. Il sait qu’à moins d’une crise majeure et soudaine, la politique internationale n’influe pas sur une élection. « Cette année, c’est l’économie qui domine la campagne, avoue Marvin Kalb. En cette période d’incertitude, les Américains voteront avec leur porte-monnaie. » Qui plus est, entre Obama et Romney, au sujet de la Syrie, l’opposition est minime. Ou plutôt le challenger républicain peine à se démarquer. « D’éminents sénateurs incapables de détailler les positions de Romney sur la Syrie » titrait, la semaine dernière, le site Internet de la revue américaine Foreign Policy. The Christian Science Monitor ironisait, de son côté : « Romney a beau railler la politique étrangère d’Obama, notamment au sujet de la Syrie, il ferait exactement la même chose s’il était élu. » Ç Romney, une fois élu, il s’améliorera È D’une manière générale, sur bien des dossiers de politique étrangère, Romney ne se distingue guère d’Obama. Sauf peutêtre au sujet d’Israël. Dimanche dernier, le républicain déclarait à Jérusalem qu’il considérait la Ville sainte comme la capitale de l’État hébreu, sous les vivats de la foule. L’un des rares moments positifs pour lui d’une tournée jalonnée d’innombrables faux pas diplomatiques, tant à Londres qu’à Varsovie, les deux autres capitales visitées par l’ancien gouverneur du Massachusetts, où il n’a presque jamais évoqué la Syrie. Au point que de nombreux observateurs se sont demandé si Romney avait la carrure suffisante… « Bien sûr que oui, assure Marvin Kalb. Il dispose de conseillers avisés, il est briefé tous les matins. Romney est un homme intelligent : une fois élu, il s’améliorera. Mais il n’opérera pas de grand changement de cap, ni sur l’Iran ni sur Israël. Comme Obama, c’est un pragmatique. » g

Eastwood vote Romney CLINT EASTWOOD a annoncé, vendredi soir, qu’il soutiendra Mitt Romney dans la course à la présidence américaine. La star de 82 ans explique que les ÉtatsUnis ont « besoin d’un bon coup de fouet » et que Romney est l’homme de la situation. Il s’est rappelé avoir croisé le candidat républicain il y a quelques années, lorsque Romney briguait le poste de gouverneur du Massachusetts. Eastwood avait alors pensé : « Mon Dieu, ce type est trop beau pour être gouverneur. Mais il pourrait bien devenir président. » SAVI/GETTY/AFP

Les rebelles syriens capturent, hier, un tank de l’armée, dans un quartier d’Alep, actuellement sous leur contrôle. AHMAD GUARABLI/AFP

Ë Alep, la bataille finale ? « Un hors-d’œuvre. » Voilà comment un haut responsable de la sécurité syrien qualifiait les bombardements qui ont eu cours hier à Alep, la capitale économique du pays. Toute la journée pourtant, plusieurs secteurs de la ville tenus par les forces révolutionnaires de l’ASL (Armée syrienne libre) depuis une dizaine de jours ont été pilonnés par des tirs d’artillerie et des raids aériens. Le quartier de Salaheddine, à l’ouest, a été particulièrement visé. « Ces bombardements sont les plus violents depuis le début de la bataille, mais l’armée de Bachar El-Assad

n’a pas réussi à avancer », a assuré le commandant de l’ASL à Alep. Vingt mille soldats loyalistes encercleraient désormais la seconde ville du pays. Des renforts continueraient à arriver pour livrer dans les prochains jours une bataille de grande ampleur. De leur côté, les rebelles, qui ont lancé leur offensive sur Alep il y a quinze jours et disent contrôler aujourd’hui la moitié de la ville, ont tenté de s’emparer d’un bâtiment de la télévision avant d’être repoussés par les forces fidèles au régime. Dans la périphérie de Damas,

les combats ont également atteint une rare intensité, principalement à Tadamoun, au sud de la ville, où de nombreux rebelles restaient retranchés. Selon un général syrien, l’armée serait parvenue à conquérir la zone et contrôlerait la totalité de la capitale, où la situation serait « excellente et stable ». Téhéran, allié fidèle du régime de Bachar El-Assad, est pourtant venu contredire cette information : 48 pèlerins iraniens auraient été enlevés dans la journée d’hier « par des groupes armés terroristes » alors qu’ils se rendaient à l’aéroport de Damas. (AVEC AFP)

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Le Journal du Dimanche