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MANIFESTE DU RASSEMBLEMENT POUR LA CALEDONIE

CHARTE Nouméa, le 17 avril 1977 Le présent fascicule ne prétend pas présenter une étude exhaustive, ni un recueil de solutions a priori, ni un programme détaillé. Il constitue une réflexion d’ensemble, une synthèse des principaux problèmes de l’heure, et une approche pour la recherche des solutions dans le cadre des options de base et des objectifs essentiels qui auront été déterminés. Il doit favoriser la prise de conscience et servir de guide à l’action. Si nous savons se rassembler sur l’essentiel, et oublier, les vaines querelles du passé. Si nous savons donner le pas aux forces qui nous unissent sur celles qui nous divisent. Si nous savons préférer à la lutte contre des hommes le combat pour des idées. Si nous affirmer la personnalité de notre société dans l’union et la compréhension entre toutes les ethnies. Nous relèverons ensemble le défi Calédonien. Et plus encore… Nous nous montrerons des hommes Dignes de notre pays Digne de notre temps

INTRODUCTION AU MANIFESTE Un peuple divisé, désuni contre lui-même est un peuple faible. Et un peuple qui s’abandonne a peu de chances de surmonter ses difficultés ou de prétendre à l’aide ou aux concours qui lui sont nécessaires. A l’époque que nous vivons une nation ne peut survivre et prospérer que lors qu’elle est en mesure d’apporter ses propres capacités et sa propre détermination à la recherche des solutions qui lui sont propres, et ce, à travers une constance dans l’effort. Celle-ci s’impose particulièrement en raison des changements rapides et profonds qui se produisent actuellement, affectent l’avenir de tous les pays, et qui sont tels, qu’aucune situation n’est durablement acquise. Le monde actuel connaît d’intenses mutations, et de profondes transformations affectent la Société internationale : l’accession à l’indépendance de nouveaux Etats, le développement des


communications, l’intensité de circulation des idées et des idéologies en sont les moteurs les plus énergiques. Comme tout autre la Nouvelle-Calédonie est concernée par cette mondialisation des problèmes de notre temps, et doit consentir un effort soutenu d’adaptation de ses structures. Or ces mutations nécessaires, qui conditionnent le développement de notre collectivité dans le progrès, la prospérité et la paix, sont d’autant plus difficiles à accomplir que les fondements de son organisation et son fonctionnement sont peu sûrs, périmés ou contestables. Faute d’avoir pris en temps nécessaire conscience des véritables problèmes du Territoire, celui-ci se trouve menacé, dans son intégrité et son devenir, par une crise économique d’une extrême gravité, par l’amorce d’une crise générale de confiance de la part de toutes les catégories de la population. Ce contexte économique, politique et psychologique risque de conduire à la division et à des conflits entre ethnies ou groupes sociaux, favorisant la crédibilité fallacieuse d’options politiques aventuristes, contraires à la sauvegarde et au développement harmonieux de notre collectivité même. C’est pourquoi, Calédoniens et Calédoniennes, (et par ces termes il faut comprendre l’ensemble des habitants de ce Territoire, sans distinction ou de conviction politique particulière) voici venu le moment de nous rassembler dans l’union et la solidarité, dans l’oubli de la division des partis ou de la querelle de hommes, dans le renoncement à l’indifférence ou au fatalisme. Mais si nous sommes déterminés à nous manifester de manière volontariste, nous ne pouvons le faire qu’au terme d’une démarche rigoureuse et sans complaisance. Il nous appartient de saisir les différents symptômes de cette situation de crise dans laquelle nous nous enfonçons et d’apprécier avec lucidité les risques de division qu’ils font courir à notre communauté. Poussant pus loin notre analyse, nous devrons prendre conscience des causes profondes, des racines véritables de ce qu’on serait tenté d’appeler le mal calédonien actuel. Ce n’est qu’en pleine connaissance des résultats de cette recherche que nous pourrons dégager les grandes options et les objectifs essentiels dont l’adoption conditionne le redressement de l’économie, la coexistence harmonieuse des populations , la stabilité politique et sociale, et plus généralement le renouveau et la prospérité du Territoire. Ces options et ces objectifs devront constituer un terrain d’entente acceptable et désirable par tous et pour tous, sans tenir compte du superflu et de l’accessoire , ni des intérêts particuliers ou partisans. Ces choix fondamentaux devront trouver leur raison d’êtr e et leur justification dans une ligne d’action dont nous devrons définir avec précision les moyens. Tel est le but que nous nous sommes assignés tout au long de l’exposé ci-après dont nous souhaiterions que les conclusions qui en ressortent constituent un véritable manifeste calédonien, et qu ‘en tant que tel il représente pour chacun de nous non seulement un accord général sur l’essentiel, mais un acte de foi en Nouvelle-Calédonie.


Première partie LE MAL CALEDONIEN LES SYMPTOMES DU MAL Le Mal Calédonien ! chacun en ressent les manifestations tous les jours et ce, tant au niveau des faits ou des situations qu’au plan des mentalités. La récession économique dans laquelle nous nous enfonçons chaque jour davantage dégrade progressivement l’appareil productif et met en cause la sécurité de l’emploi. La spirale déflationniste se traduit par une réduction progressive du pouvoir d’achat, laquelle accentue les difficultés des entreprises du secteur privé. Ces difficultés entraînent une réduction du niveau de l’emploi et des revenus, contribuant, par réaction, à diminuer encore le pouvoir d’achat, etc… Les faillites vont en se multipliant. Elles ne sont, hélas, que la traduction extrême d’une situation de quasi cessation de paiement de la majorité des entreprises , qui ne doivent leur survie qu’à un soutien artificiel des banques. Ces derniers pour compenser les risques exceptionnels qu’elles sont amenées à prendre, pratiquent des taux d’intérêt élevés qui compromettent un peu plus la rentabilité des exploitations. Il y a là un cercle vicieux qu’on peut illustrer en précisant que l’endettement privé est évalué à 28 milliards CFP et la charge financière correspondante est de 3,5 milliards. Ce chiffre dépasse largement le montant cumulé des résultats bénéficiaires de toutes les entreprises du Territoire. Par contre, et en comparaison, il est remarquable de constater que l’épargne privée en dépôt dans les banques, Chèques postaux ou Caisses d’épargnes, s’élève à quelque 29,5 milliards mais que les détenteurs de ces capitaux préfèrent les conserver à l’état de liquidités plutôt que les placer en investissements ou en prêts, quand ils ne sont pas tout simplement amenés à transférer ces capitaux hors du Territoire. Les investissements privés sont totalement arrêtés et on enregistre au contraire une tendance au désinvestissement. Certains secteurs économiques sont particulièrement affectés. Citons, celui des Travaux Publics et du Bâtiment dont les conséquences seront durement ressenties dans quelques mois. En ce qui concerne les importations de produits et marchandises, une importante réduction est enregistrée. La situation des finances publiques n’est guère plus brillante. La réduction de la capacité contributive de la Collectivité – conséquence de la récession économique – entraîne un freinage et une réduction des recettes publiques. Or, dans le même temps, les dépenses publiques se sont accrues de manière exorbitante. En dix ans, le budget des dépenses est passé de 2,5 milliards à 12 milliards. Pendant la même période, le budget des recettes n’a pu équilibrer les dépenses qu’au prix d’une aggravation sensible de la pression fiscale et par des appels à la subvention. Fait encore plus significatif, l’équilibre « Recettes-Dépenses » ne s’applique plus depuis 2 ou 3 ans qu’au budget de Fonctionnement. Quant au budget d’Equipement et d’Investissement, il est inexistant depuis maintenant plusieurs années. Cette situation atteint les limites du possible et


du tolérable. Le budget sera impossible à boucler tel qu’il est. Quant au budget de la prochaine année, il est tout simplement hasardeux dans les conditions actuelles, d’en parler. Crise du Secteur Privé, crise des Finances Publiques, ces deux phénomènes étroitement liés et interdépendants traduisent la désagrégation de l’Economie Calédonienne qui peut conduire notre collectivité à la banqueroute dans un avenir rapproché. Parallèlement, la situation politique du Territoire n’est guère plus saine. L’Assemblée Territoriale, dont les attributions sont très importantes, est paralysée dans son action par l’éparpillement et la balkanisation des formations politiques représentées, lesquelles se regroupent en majorité de circonstances et nous offrent le spectacle permanent de la stérilité, de l’incompétence et de la démagogie. Cette situation est d’autant plus regrettable et dangereuse, que le nouveau statut dont vient d’être doté le Territoire a étendu sensiblement les compétences locales et, particulièrement celles du Conseil du Gouvernement. Véritable exécutif territorial, il est une émanation de l’Assemblée Territoriale et peut-être censuré par cette dernière. On ne peut que frémir à l’idée de voir transposer au niveau du Conseil de Gouvernement le mal chronique dont souffre actuellement l’Assemblée Territoriale. Comment, dès lors, nos institutions locales pourront-elles fonctionner dans un sens qui permette de régler les graves problèmes locaux ? Mais, autre phénomène notable, on constate une déviation singulière et inquiétante dans le débat politique. Au cours des dis dernières années, les partis se sont divisés ou classés par rapport à un thème majeur : l’Autonomie interne. Les consultations électorales de 1972 à 1973 ont vu s’affronter les partisans et les adversaires de l’Autonomie interne. Ce cheval de bataille, qui concernait principalement les relations entre le Territoire et la Métropole, ne remettait pas en cause les fondements ou le système de la société calédonienne. Tel n’est plus le cas aujourd’hui. Depuis deux années, les idées ont très vite évolué et les événements se sont précipités. D’une part, l’idée d’indépendance canaque est maintenant couramment soutenue ; les dernières élections municipales en sont une preuve évidente. Certains leaders bien connus, dévalorisés ou désapprouvés par leurs propres troupes, n’hésitent pas à pratiquer la politique de la fuite en avant et de la terre brûlée, en s’ingéniant à provoquer une coupure entre les ethnies. Non contents d’exploiter de manière négative l’épineux problème des terres – qu’ils n’ont eux-même jamais tenté de résoudre – ils ont trouvé dans l’affaire de l’aide à l’enseignement privé, l’occasion de dévier le débat et de tenter de regrouper les Mélanésiens autour de l’idée mensongère que l’application de la loi Debré était une manœuvre tendant à la suppression de l’enseignement en milieu Mélanésien. Sur un autre plan, les difficultés économiques, le chômage et le réduction des moyens d’existence, l’inquiétude, même ont favorisé l’importation et l’adaptation locale d’une certaine idéologie collective et la création d’un parti socialiste. Les dirigeants de ce parti nous ont montré, tant dans leur comportement public que dans leur propagande, qu’ils comptaient sur les difficultés économiques et sociales actuelles et sur leur aggravation éventuelle pour grossir les rangs de leurs troupes.


Crise économique, incohérence ou malaises politiques ne se traduisent pas seulement au niveau des faits et des événements. Ils ont aussi des prolongements et des correspondances sur le plan moral et psychologique. Le mal principal du Territoire réside peut-être dans une immense crise de confiance. Celle-ci contribue à l’aggravation des difficultés économiques et politiques. Cette crise de confiance s’alimente autour de deux idées principales : certains sont persuadés que les possibilités d’avenir de la Calédonie sont compromises pour deux raisons principales : - économiquement, le Territoire aurait perdu au cours des années 1970 sa chance de valoriser durablement et de manière optimale ses ressources minières : - politiquement, le risque de division des ethnies serait un phénomène irréversible, qui compromettrait définitivement toute entreprise de développement dans la coexistence harmonieuse des populations. La seconde idée maintenant répandue, consiste en une incertitude, voire un doute affirmé quant aux réelles intentions de la Métropole à l’égard de la collectivité Calédonienne. Cette idée est alimentée par des rappels d’une histoire encore récente ou par les tergiversations et l’absence de politique clairement définie de la part du Gouvernement et de ‘Administration. Cette perte de confiance pour certains confine au découragement et se manifeste par une émigration relativement importante et continue ; pour d’autres, elle peut motiver des réactions où la passion l’emporte su r la raison. Elle comporte alors un risque de division entre les Calédoniens. LES RACINES DU MAL Ces aspects de la crise économique et politique qui compromet notre avenir et risque de nous diviser, nous devons sans complaisance en rechercher les causes profondes. Les racines du mal calédonien peuvent se classer en deux catégories. Elles tiennent : 1° - Aux caractéristiques propres à la Société Calédonienne ; 2° - Aux incompréhensions de la politique que nous avons subies. La Société Calédonienne La Société Calédonienne est un Société déséquilibrée et une Société bloquée : -

Une Société déséquilibrée – En effet relevons :

1°) au plan géo-politique l’éloignement géographique, le handicap de la distance qui affecte le conditions économiques locales et entraîne un certain décalage dans les décisions : il est la cause majeure d’une certaine incompréhension des problèmes entre Français de Métropole et Calédoniens.


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La disproportion entre la superficie du Territoire – de l’ordre de 3 départements français – et la faiblesse de la population, qui s’apparente à celle d’un arrondissement.

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L’hétérogénéité du peuplement, du fait de la concentration de plus de la moitié de la population dans l’agglomération de Nouméa et l’éparpillement du reste des habitants en petie communes de 2.000 à 3.000 personnes, elles-mêmes hétérogènes sur la Grande Terre et aux Iles.

2°) au plan économique et social Structurellement l’économie calédonienne est dominée par l’industrie mono-productrice de mines et de la métallurgies du Nickel. Cette activité s’est développée au détriment des autres secteurs et a accentué les déséquilibres. Le Territoire est devenu dépendant pour la quasi totalité de ses approvisionnements, des marchés extérieurs et encaisse de plein fouet les réactions de ces marchés ainsi que le fluctuations des monnaies. Conjoncturellement, la prospérité du Territoire est dépendante des aléas des marchés internationaux du nickel et de l’évolution des cours monétaires. La récession économique que nous subissons actuellement est, pour une part importante, la conséquence de la crise des matières premières qui sévit depuis plusieurs années, elle-même liée à la crise économique mondiale. L’économie calédonienne, entièrement dépendante de l’extérieur, est victime, d’autre part, d’une trop grande dispersion de ses besoins en infrastructures et services sociaux par rapport aux capacités contributives d’une population active trop faible et d’un niveau de croissance insuffisant. Une Société bloquée Socialement, le développement du Terri toire est frein�� par la faiblesse relative de la population active. Ce phénomène est la conséquence d’un état sous-développement économique d’une grande Et puis dans un pays neuf, qui se veut terre des pionniers, l’esprit d’entreprise devrait être favorisé. La réalité est bien différente. L’initiative privée et la volonté d’investir se heurtent à des structures financières désuètes ou inadaptée. La fiscalité calédonienne est l’exemple type de l’illogisme, de l’incohérence et du manque de conception globale des problèmes. Depuis 10 années, l’aggravation des problèmes budgétaires a entraîné un accroissement sensible de la pression fiscale. Si l’ancienne imposition indirecte a été conservée, voire accentuée, on relève une très importante augmentation de l’imposition directe. Mais celle-ci s’est réalisée, soit par des mesures partielles au coup par coup, soit par l’aggravation arbitraire du taux de certains impôts existants, tels que ces deux exemples. Le poids de ces impôts n’est pas sans influer sur les difficultés actuelles des agents économiques. La fiscalité présente traduit la recherche systématique et de plus en plus difficile, de placer les recettes budgétaires au niveau des dépenses mais en procédant en ordre dispersé, sans plan d’ensemble. Elle devient un système hétérogène , non intégré dans un programme économique et non incitatif à l’investissement. -

Les systèmes de crédit en vigueur sur le Territoire sont, aussi une cause de blocage de l’économie calédonienne et expliquent les difficultés financières de nombreuses entreprises. N’ayons pas peur des mots : la politique de l’Institut d’Emission et les normes de crédit imposées par cet Organisme étouffent l’économie locale et freinent son développement.


Ceci est vrai au niveau des entreprises, du fait de la trop courte durée des prêts à l’équipement et de l’incidence de taux d’intérêt réels trop élevés. Mais le même obstacles se ressent au niveau des particuliers et défavorise spécialement les jeunes candidats à l’habitation individuelle ou les jeunes agriculteurs, par la part trop importante requise pour l’apport personnel et l’insuffisance de durée des crédits qui a, pour corollaire, l’exigence de mensualités de remboursement trop lourdes à supporter. En ce domaine, nous sommes loin des facilités accordées dans des cas similaires en Métropole. Par conséquent, non seulement de nombreux calédoniens se voient bloqués dans leur promotion sociale, mais des secteurs économiques tel que celui de la construction sont frappés mortellement. Les incohérences politiques A ces caractéristiques de la Société calédonienne qui constituent un handicap de départ pour la collectivité, sont venus s’ajouter les effets d’une politique ambiguë et contestable du Gouvernement français ou de ses représentants locaux. Sur le plan des institutions, les errements statutaires ont été assez spectaculaires. En application du processus de décolonisation, illustré par la Loi Cadre, le Territoire se voyait doté, en 1957, d’un statut de large autonomie à laquelle ses structures et ses élites locales étaient mal préparées. Puis après le référendum de 1958 qui voyait la population calédonienne opter pour le maintien du statut de Territoire, une loi de 1963 restreignait singulièrement notre autonomie locale. Elle marquait en quelque sorte le retour à une époque néo-coloniale. Le vote des lois Billotte de 1969 faisait penser à beaucoup que la Calédonie s’orientait alors vers un statut de département. La mise en place récente d’un nouveau statut de large décentralisation dit « d’autonomie de gestion », par la loi du 28 décembre 1976, est l’aboutissement d’un contre-courant qui s’est manifesté depuis quelques longues années sous la pression de personnalités politiques locales. Mais, dans l’intervalle, la conduite de nos affaires a été laissée aux mains de l’administration et on peut en apprécier le résultat aujourd’hui. Sur le plan économique, les responsabilités du Gouvernement Central et de ses représentants sont particulièrement engagées. Au nom de l’intérêt national, le Territoire s’est vu enlever par la Loi Billotte et son décret d’application, toute faculté de décision en matière minière et métallurgique. Quelles contres parties nous ont été offertes ? -

des projets métallurgiques grandioses qui n’ont pas vu le jour. Des mini-mesures d’assistance sas logique et sans cohérence.

Certes, un imposant plan de développement – le 6 ème du nom – a été mis en place en 1970. Celui-ci prévoyait successivement un effort d’équipement et d’infrastructure pour répondre au développement économique basé sur une production de 200.000 tonnes de nickel-métal, puis la réalisation effective de ces investissements.


Le Territoire a réalisé sa part d’équipement et d’infrastructure et en supporte aujourd’hui la lourde charge. Mais les projets industriels n’ont pas vu le jour. La raison principale tient à la politique du Gouvernement de na pas laisser s’implanter en Nouvelle-Calédonie des firmes étrangères ou multinationales, même en participation minoritaire, au nom de l’indépendance nationale, alors que les projets industriels en question dépassaient les capacités financières des Groupes français. D’autre part, les calculs de prospective se sont révélés erronés et la récession de la demande survenue sur les marchés internationaux du nickel a été renforcée par la crise mondiale de l’industrie, de l’énergie et des monnaies qui affecte le milieu international. Parallèlement, nos marchés de minerais avec le Japon ont été partiellement et définitivement détériorés par une politique restrictive et de carte forcée à l’égard de nos acheteurs japonais. Cette politique les a conduit à diversifier leurs approvisionnements et à participer à l’essor de nouveaux pays fournisseurs de nickel tels que l’Indonésie ou les Célèbes, qui nous concurrencent directement. En fait, la Calédonie est malade de l’avortement du « Boum » des années 1970. A cette époque, la propagande officielle vouait le Territoire à une prospérité exceptionnelle. Cette propagande a entraîné une immigration importante, un développement anormal de certaines activités secondaires et tertiaires, un suréquipement dans certains secteurs, favorisés par une politique de l’argent facile adoptée à l’époque par les banques. La crise actuelle a mis particulièrement en relief le suréquipement relatif des secteurs publics et privés, le gonflement artificiel de certaines activités et le fait que la Calédonie a vécu depuis plusieurs années au-dessus de ses moyens ou plus exactement des moyens dont on l’a incitée à se doter. La note devient de plus en plus lourde à payer. Il est grand temps de faire face. Deuxième partie L’AFFIRMATION DE LA PERSONNALITE CALEDONIENNE Le Mal Calédonien est entré dans une phase aiguë. Nous en avons déterminé les effets et analysé les causes profondes. L’année 1977 sera décisive pour la Nouvelle-Calédonie et marquera un tournant dans son histoire. Pour 3 raisons principales. 1°) Une prolongation, même de plusieurs mois, de la situation actuelle, verrait se consommer la rupture économique et sociale de notre collectivité et ouvrirait toutes grandes les portes à l’aventurisme politique. 2°) L’échéance de élections territoriales de septembre 1977 marquera la physionomie de la future équipe qui aura la lourde responsabilité d’œuvrer aux affaires du Territoire à travers les nouvelles institutions dont celui-ci vient d’être doté.


3°) Il est essentiel qu’avant l’échéance des élections législatives de 1978 – dont l’issue concerne la collectivité nationale toute entière – soient prises en temps utile le décisions essentielles qui influeront de manière décisive sur l’avenir de notre collectivité. Ayant pris conscience des problèmes et de leur gravité, de la proximité des échéances, nous devons, sans délai, réagir et prendre nos responsabilités avec lucidité et détermination. Cette entreprise doit avoir une motivation majeure. Or les événements vécus et la situation actuelle nous font ressentir de façon profonde la nécessité impérieuse d’affirmer la personnalité calédonienne. L’affirmation de la personnalité calédonienne doit être l’âme de notre combat et la voie de notre salut. La personnalité calédonienne doit s’exprimer dans l’entente ; Elle doit se traduire par le renouveau ; Elle doit être la justification de notre action. L’ENTENTE Affirmer la personnalité calédonienne par l’entente, c’est vouloir l’entente entre les ethnies, l’entente avec la Métropole, l’entente sur l’exercice des responsabilités locales. I.

– L’ENTENTE ENTRE LES ETHNIES

IL’attachement à la Société pluriraciale La caractéristique fondamentale de notre Territoire est l’existence d’une Société pluriraciale dont l’ethnie mélanésienne et l’ethnie européenne se partagent, à parts sensiblement égales, 80% de la totalité. L’existence déjà ancienne de souches d’origine asiatique et l’installation relativement récente d’une population polynésienne et d’autres éléments ethniques complément harmonieusement la physionomie de la Société calédonienne. Dans ce caractère pluriracial de notre collectivité, réside l’originalité essentielle de la NouvelleCalédonie. Il est un facteur d’équilibre et de stabilité. Nous devons avoir le souci principal de le maintenir. Le maintien de la Société pluriraciale doit se concevoir dans le respect de chaque ethnie par les autres, dans leur règle de vie, leur civilisation particulière, et dans la volonté d’aider les moins favorisés à effectuer le rattrapage nécessaire, de manière que chacun, sur le sol de NouvelleCalédonie, bénéficie des même moyens et des mêmes chances. II – La défense de la Société pluriraciale : la lutte contre le racisme Cette société pluriraciale, il nous faut d’abord la défendre et combattre toutes tentatives de division entre les ethnies.


L’appel à l’indépendance uniraciale est la revendication majeure de certains partis ou groupements qui, nous en sommes persuadés, ne constituent qu’une minorité. Les champions de cette forme d’indépendance ne manquent certainement pas d’être confortés dans leur action par certains soutiens directs et sournois dont les préoccupations ou les motivations sont étrangères aux véritables intérêts du Territoire. Disons-le tout net, nous refusons fermement et combattrons toute action ou tentative visant à faire primer la notion de race ou de couleur de peau sur celle de nation. Nous constituons une collectivité pluriraciale au dosage harmonieux, véritable petite nation au sein se la nation française et nous lutterons pour la conserver en tant que telle. Répétons-le, toute forme de racisme est incompatible avec le degré d’évolution et de civilisation de notre Territoire et nous nous emploierons à le combattre, d’où qu’il vienne et quelles qu’en soient les motivations ou les auteurs. Il est vraisemblable d’ailleurs qu’au cas où la Calédonie serait vouée à un état d’indépendance dite canaque, les populations mélanésiennes ne manquerait pas de faire les frais d’une telle opération. Nous devons donc avoir la ferme volonté de continuer à vivre ensemble et de nous protéger contre des entreprises qui, à la limite ne pourraient que nous desservir. Promouvoir la Société Pluriraciale Mais il ne suffit pas de défendre, il faut aussi promouvoir. Promouvoir la société pluriraciale, c’est manifester notre volonté de l’harmoniser. Cette harmonisation : 1°) C’est éliminer les motifs à ressentiment ou à discorde en les posant clairement et en recherchant des solutions équitables et appropriées. 2°) C’est également aider les éléments ethniques les moins favorisés à effectuer le rattrapage nécessaire. Le problème des terres : une réforme foncière Le problème des terres est de loin le facteur de discorde le plus important. Le dissimuler serait faire preuve d’une attitude irréaliste, voir absurde, et méconnaître les réalités. C’est ainsi que les Mélanésiens ont exprimé le désir depuis déjà longtemps d’obtenir l’attribution de terres de culture et d’élevage. Ce qui n’était qu ‘un désir est devenu une demande pressante pour être aujourd’hui une revendication fondamentale, qu’elle s’exprime collectivement ou individuellement. Qu’importe l’héritage du passé, nous devons avoir la volonté de régler cet élément de désunion avec clairvoyance et avec cœur.


Ce problème des terres qui sensibilise au plus haut point l’opinion doit être réglé dans le cadre d’une réforme foncière et ce de toute urgence. Cette réforme foncière, qui est nécessaire et capitale, doit être un instrument de promotion économique et sociale, à la disposition de tous. En ce qui concerne plus particulièrement les Mélanésiens, elle devrait s’effectuer non pas par l’agrandissement des réserves, mais par l’accession à la propriété individuelle de nombre de jeunes et de familles. En fait il nous appartient de mettre en place les cadres juridiques et financiers de cette accession à la propriété individuelle et de laisser à tous le libre choix. Dans ce but, des négociations – maintenant avancées – ont été entreprises avec les Autorités métropolitaines en vue de la constitution d’un Fonds de Rachat des Terres. Ce Fonds, qui, dans un premier temps, s’élèverait à la somme de 1,5 milliards CFP permettrait le rachat dans l’ensemble du Territoire d’une première tranche d’environ 100 000 hectares de terre de culture ou d’élevage et une aide financière pour la construction de logements et la première mise en valeur. Les terres ainsi rachetées seraient attribuées aux familles qui en feraient la demande sous les conditions suivantes -

qu’elles s’engagent à un minimum de mise en valeur des terres attribuées ; que les propriétés ainsi constituées soient incessibles pendant un certain nombre d’années.

Il nous semble préférable que l’ensemble de ces opérations de rachat et d’attribution des terres, d’aide à la construction de logements et à la mise en valeur, soient confiées, non pas à l’Administration, mais à un office Public Territorial. Des aides appropriées Harmoniser la société pluriraciale, c’est aussi aider les éléments ethniques les moins favorisés à effectuer le rattrapage auquel ils ont légitimement droit. En ce qui concerne les Mélanésiens, un effort particulier doit être accompli en matière d’enseignement pour placer les jeunes dans des conditions normales de scolarisa tion. Ce souci implique le développement des classes de prescolarisation et des maternelles en tribus, de manière à supprimer le handicap de la langue française aux enfants de ces tribus. Un autre effort devra être porté sur la formation professionnelle accélérée des adultes, laquelle devrait permettre le reclassement et la promotion de ceux qui souhaitent occuper des emplois permanents à la ville ou dans les villages. Mais, en tout état de cause, les Mélanésiens doivent avoir conscience que leur insertion dans les circuits économiques ne peut s’envisager que par la liberté de choix que nous devons leur offrir, eux-même étant les seuls maîtres de leur devenir. Pour notre part, nous souhaitons vivement que ceux-ci et, en particulier les jeunes, sachent saisir l’opportunité qui leur sera offerte d’une participation effective à la vie économique du Territoire.


D’une manière générale, nous devons tous comprendre que le temps, de l’assistance est révolue et qu’il faut que chacun saisisse toute occasion de mieux s’insérer dans les structures économiques et sociales. II – L’ENTENTE AVEC LA METROPOLE L’affirmation de la personnalité calédonienne doit se faire aussi dans le care de notre appartenance à la nation française. Elle pose le problème de l’entente avec la Métropole. L’indépendance multiraciale Cette entente implique qu’à priori nous prenions position sur l’idée d’indépendance, non pas d’indépendance uniraciale, que nous combattons résolument, mais d’une indépendance pluriraciale. L’indépendance pluriraciale n’est pas, ou pas encore, un thème d’action politique. Néanmoins l’idée en est retenue par ceux-là même qui se déclarent peu convaincus des réelles bonnes intentions de la Métropole à l’égard du Territoire. Pour nous, dont la fibre nationale est entière, une telle idée nous révolte et nous le maintiendrons même si notre acte de foi teinté de patriotisme peut prêter à sourire, à une époque où les valeurs morales sont singulièrement amoindries. Mais restons objectifs. Comment pourrait-on envisager sérieusement aujourd’hui de nous séparer de la France ? D’abord quel ciment peut réunir et consolider une collectivité aussi composite, un mélange ethnique et racial aussi varié, une telle diversité de civilisations, d’organisation sociale, de règles de vie, sinon à travers notre chauvinisme insulaire, une certaine manière d’être français, une certaine idée de la France. Peut-on envisager sérieusement, en l’état de notre Territoire, d’assurer convenablement l’ordre public intérieur et la sécurité extérieure sans la présence et l’autorité d’une Métropole à laquelle tout nous relie. Mais soyons encore plus réalistes. Pour échapper au chaos économique et social, nous devons entreprendre une action de réorganisation et ce dans l’ordre et la stabilité, conditions qui semblent peu compatibles avec un changement radical du statut. En outre, la sauvetage de notre économie nécessite que nous soient consentis rapidement de concours et des aménagements financiers très importants. Qui d’autre que la France peut résoudre ce problème aujourd’hui et comment nous passer, et pourquoi nous priver, d’un nécessaire appel à la solidarité nationale ? Mais qu’on ne s’y méprenne pas, notre attachement et notre confiance en la France ne sont pas synonymes d’aveuglement. Nous devons savoir, le cas échéant, réclamer et revendiquer avec toute la fermeté nécessaire. Si nos amis Tahitiens ont su nous montrer la voie, sachons que nos arguments ne manquent pas non plus et que nous saurons nous en servir le cas échéant. L’appel à la solidarité nationale


Notre appartenance à l’Etat français, notre attachement à la nation française doit trouver une juste et légitime contrepartie dans notre droit de faire appel à la solidarité nationale et le devoir du gouvernement central est de nous venir en aide dans la situation particulière où nous nous trouvons. Ce recours à la solidarité nationale se justifie pour deux raisons principales : -

d’abord par nature même des choses. Nous sommes des nationaux et l’Etat a toujours accordé son aide ou des mesures d’adaptation aux régions, provinces ou départements en butte à des difficultés ou des situations particulières. De même, pour la Nouvelle-Calédonie, doivent être pris en considération, tant les éléments permanents de sa spécificité (handicap de la distance, particularismes locaux) que les caractères exceptionnels de la crise qu’elle traverse.

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ensuite parce que l’Etat nous doit une légitime compensation à une politique qui a fait primer l’intérêt national au détriment de celui de la collectivité calédonienne. N’oublions pas que nos difficultés économiques actuelles résultent, en grande partie de la confiscation au profit de la Métropole de l ‘exercice, sur le Territoire, de toute prérogative en matière minière et métallurgique, par le gel de l’industrialisation minière et par une politique d’indépendance économique stérile et nuisible qui a provoqué l’installation d’activités minières et métallurgiques concurrentes des nôtres, en pays étrangers.

Les relations véritables avec la France Pour nous résumer, nos relations avec la France doivent être empreintes de fidélités et de loyautés. Mais notre attachement à la à la nation française ne doit pas être inconditionnel. L’affirmation de la personnalité calédonienne reste notre impératif majeur. L’autorité métropolitaine doit en avoir pleinement conscience et manifester, de manière lucide, l’intérêt qu’elle porte à nos problèmes et son intention sincère de nous aider à les résoudre. La confiance est à ce prix. En retour, pour notre part, nous devons démontrer que nous sommes crédibles et responsables. II-

L’ENTENTE SUR L’EXERCICE DES RESPONSABILITES TERRITORIALES

L’entente, c’est aussi la volonté commune des Calédoniens de régler, par eux-mêmes, les affaires territoriales. Nous sommes tous d’accord pour que la collectivité territoriale bénéficie d’un statut libéral et décentralisé. En ce sens, nous sommes tous autonomistes. Mais encore faut-il s’entendre sur le terme d’Autonomie. L’autonomie interne, terme sur lequel beaucoup dissertent, mais dont peu savent exactement ce qu’il contient, est un système politique hybride, bâtard, incompatible avec le principe de l’unité de l’Etat et avec la Constitution.


En effet, elle consiste à doter la collectivité qui la réclame d’un vrai pouvoir local, d’un véritable gouvernement responsable des affaires intérieures, ayant autorité directe sur l’administration locale. L’autonomie dont nous nous réclamons est une autonomie administrative dans laquelle notre territoire – collectivité territoriale de la République, une et indivisible – règle, par l’intermédiaire de ses Assemblées élues, ses propres affaires. C’est dans ce cadre, que la loi du 28 décembre 1976 qui contient la réforme de notre statut a modifié les attributions et les rapports de nos institutions territoriales. Partant de là, il est essentiel : que ce statut réponde à notre conception de l’autonomie et soit conforme aux intérêts du territoire ; que nos nouvelles institutions puissent fonctionner de manière efficace et cohérente, c’est à dire, qu’elles soient servies par des équipes homogènes, compétentes et déterminées. Le nouveau statut Sans entrer dans l’analyse des dispositions du nouveau texte, reconnaissons que ce dernier constitue un progrès décisif dans la voie de la décentralisation. -

les compétences territoriales sont élargies, celles de l’Etat limitativement énumérées. L’Assemblée Territoriale voit ses attributions étendues ; Le Conseil de Gouvernement, qui n’était qu’un simple organisme consultatif, devient un véritable exécutif territorial et remplace le Haut-Commissariat dans la réglementation des affaires territoriales, notamment en matière économique et financière, administrative et sociale.

Certes, aucun texte n’est exempt de critiques, et certains estiment déjà que notre timide et qu’il faudrait aller plus loin. Et de citer le cas du projet de statut de la Polynésie Française qui pousse plus loin la décentralisation. Nous devons nous montrer réalistes et raisonnable et digérer nos nouvelles institutions qui semblent bien adaptées aux particularismes locaux. Dans l’avenir, quand notre Société se sera rééquilibrée, que les Mélanésiens se seront mieux intégrés à la vie collective, nous demandons plus de responsabilités. Mais, dans l’intervalle, nous devons faire la preuve de notre capacité de gérer nos affaires, et celle-ci dépendra de la qualité des hommes que nous aurons mis en place. Une réforme électorale Pour que l’ensemble du système d’autonomie de gestion contenu dans le statut du territoire fonctionne de manière efficace et cohérente, il est primordial que se manifeste à l’Assemblée territoriale, et par voie de conséquence au Conseil de Gouvernement, une majorité réelle et stable. Dans le cas contraire, nous donnerions le spectacle d’une collectivité inefficace, incapable d’assumer ses responsabilités et d’utiliser, avec sérieux, le système d’institutions mis à sa disposition.


Notre crédibilité auprès des instances métropolitaines s’en trouverait très amoindrie. Les solutions aux graves problèmes auxquels nous sommes confrontés, et qui nécessitent la prise de décisions radicales, exemptes de toute démagogie, seraient alors inapplicables, au risque de compromettre définitivement nos chances. Il nous faut sortir de cette mouvance, de ce jeu de coalisations au gré des circonstances, de forces politiques éparpillées, qui empoisonnent notre vie politique et ont grandement discrédité l’image de l’Assemblée territoriale aux yeux du public. Il faut décanter la vie politique locale, amener les formations politiques à se regrouper sur des objectifs essentiels. Cette polarisation et cette intégration devra être le fait de tous les partis se réclamant de la majorité nationale et d’une manière élargie de tous ceux qui, dans le cadre de notre Grand Rassemblement, ont la volonté d’affirmer la personnalité calédonienne dans l’entente pour le renouveau. Il n’est qu’un seul moyen, et il est d’importance, de parvenir cette fin : c’est de modifier le système électoral en vigueur pour la désignation des conseillers à l’Assemblée territoriale. Ce système, qui est celui de la représentation proportionnelle, est la cause essentielle du désordre politique actuel et de la paralysie de l’Assemblée. Il autorise toutes les ambitions, la multiplication des listes, l’émiettement des formations partisanes et la constitution de groupuscules. Actuellement, l’Assemblée territoriale compte douze partis représentés pour 35 conseillers. Il est à craindre que sans modification de la loi électorale, le nombre des partis représentés soit encore plus, important dans la future Assemblée. Le système de la Représentation Proportionnelle doit être supprimé et remplacé par un autre mode électoral qui permette la compétition de partis forts et regroupés et l’accès aux responsabilités d’une équipe majoritaire homogène, comportant des éléments techniciens et jeunes et non un assemblage de notables plus ou moins qualifiés. C’est pourquoi nos objectifs sont : -

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d’assurer une majorité forte à l’Assemblée territoriale ; de garantir, néanmoins, la représentativité des groupes minoritaires dans les circonscriptions. Pour ce faire , le nouveau système électoral devra être adapté aux particularisme du contexte politique calédonien. Il devra être efficace : le scrutin de liste majoritaire devra en constituer la base pour l’attribution de la majorité des sièges par circonscription (en fait, la moitié +1). Il devra être rationnel : les formations marginales ne pourront concourir à cette représentation proportionnelle à cette représentation proportionnelle que si les suffrages qu’elles auront obtenus dépassent un certain pourcentage du nombre des électeurs inscrits.

Le découpage électoral devra correspondre à un tel mode de scrutin, par la création de circonscriptions électorales élargies.


Cette réforme électorale a fait l’objet d’un projet déposé au nom des partis nationaux, au Gouvernement et au Parlement. Il est capital que la nouvelle loi électorale soit promulguée avant les élections territoriales de septembre 1977. Sans quoi, nous ne répondons pas de l’avenir de notre Territoire. Des mesures complémentaires au statut L’application du nouveau statut doit être accompagné de certaines mesures qui en sont le complément logique et vont dans le sans de notre volonté d’assumer plus de responsabilités. Nous souhaitons d’abord que les affaires relevant de la compétence de l’Etat, fassent l’objet de mesures de déconcentration au profit de ses représentants locaux et que les élus du Territoire participent, même à titre consultatif, à la prise de certaines décisions. En matière minière et métallurgique, il n’est pas admissible que nous ne participons pas aux discussions et aux décisions qui concernent la principale richesse de notre sol. Les Calédoniens doivent demander avec fermeté que le Loi Billotte soit révisée en ce sens. Nous estimons, d’autre part, que les postes de responsabilité dans la fonction publique devraient être attribués en priorité à des Calédoniens présentant l’aptitude requise. Les emplois réservés aux fonctionnaires d’Etat devraient être limités à ceux comportant des compétences techniques où économiques spécifiques.

LE RENOUVEAU Le renouveau doit être la volonté d’assurer le redressement et la restructuration de l’économie calédonienne, pour la prospérité de notre collectivité et pour une meilleure justice sociale. -

Un préalable : le refus de la socialisation de la collectivité calédonienne .

Nous avons la certitude que les objectifs et moyens attachés à une socialisation ou une collectivisation de l’économie et de la Société calédonienne, ne sont ni réalistes ni adaptés aux spécificités du Territoire. En effet, il ne faut pas perdre de vue que les problèmes calédoniens se posent à l’échelon d’une petite communauté, composée de diverses petites cellules, et qu’il serait vain de vouloir y appliquer ex-abrupto les grandes solutions sociales qu’inspirent les problèmes de civilisation de masse. Rappelons que les pays développés économiquement sont ceux d’économie libérale où le moteur économique reste la logique du profit. Le maintien de ce système n’exclut pas bien au contraire, que soit accompli un effort particulier de justice sociale, ou la participation éventuelle des salariés aux résultats de l’entreprise. Un des thèmes de propagande socialiste est la territorialisation de divers secteurs d’activité, pour une meilleure distribution des richesses. Ce raisonnement est singulièrement à courte vue. Il reste tout d’abord à en prouver le bien fondé au plan de la rentabilité et de la productivité. En outre, il perd complètement de vue le fait que le Calédonie, terre de pionniers, est un pays de petites entreprises. Enfin la territorialisation proposée serait u frein majeur aux


investissements et aux concours financiers extérieurs, sans lesquels la Calédonie ne pourra envisager aucun développement économique décisif. Le socialisme est aussi synonyme de bureaucratie. Il n’est pas compatible avec nos conceptions de la liberté. Pour ces raisons, nous rejetterons toute l’idée de socialisation de la collectivité calédonienne et affirmerons notre foi en l’économie libérale, aménagée pour mieux faire prévaloir la justice sociale. Ce préalable doctrinal étant posé, le renouveau économique et social doit satisfaire à quatre objectifs : 1°) – restaurer la confiance et amorcer la relance ; 2°) – mettre en place un véritable plan de redressement accéléré de l’économie ; 3°) – assurer la restructuration économique dans la croissance et la diversification ; 4°) – améliorer la justice sociale et la qualité de la vie. I – REDONNER CONFIANCE ET AMORCER LA RELANCE Pour restaurer une partie de la confiance perdue, il faut créer dans l’opinion un choc psychologique. Celui-ci ne peut se produire que si se réalise, dans l’immédiat, un grand projet industriel qui marquera un impact économique important et rassurera un grand nombre d’entre nous quant à l’intérêt sincère que porte la Métropole aux problèmes du Territoire. Seul, le lancement effectif du projet industriel du Nord peut actuellement prouver aux Calédoniens que l’autorité centrale a vraiment conscience de ces problèmes. Rappelons que, pour sa part, le Territoire a fait face à ses engagements, notamment par le vote de la réforme de la fiscalité applicable aux industries métallurgiques. Nous attendons que de son côté, le Gouvernement tienne ses promesses, maintes fois renouvelées, et ne saurions accepter d’être encore une fois renvoyés à une date ultérieure et indéterminée. Nous savons que le principal obstacle à tous les projets métallurgiques, qu’ils soient du Nord ou du sud, a toujours Groupes étrangers, en général américains, même en participation minoritaire, aux Sociétés qui devaient réaliser ces projets. Soyons réalistes. L’ampleur de ces projets dépasse les capacités financières des firmes ou groupes français, et peut-être même leur volonté. Les Sociétés américaines intéressées à participer à l’industrialisation du territoire offrent les trois avantages déterminants suivants : les moyens financiers nécessaires ; une technologie appropriée ; des débouchés commerciaux correspondant sur leur territoire. Pourquoi en effet porter la concurrence en Europe à une société locale (SLN) alors que ces sociétés américaines ont à leur disposition un marché immense et nettement différent de notre marché actuel.


Va-t-on encore tergiverser sur l’opportunité de la participation de ces Sociétés ou négocier au millimètre le quantum de la nôtre. Et ce fait n’est pas nouveau. Souvenons-nous qu’en 1970 la Société INCO était disposée à investir 800 millions dollars dans le projet métallurgique du Sud. Depuis, INCO s’est retourné vers les Célèbes et a investi 1 milliard de dollars dans un complexe métallurgique qui nous concurrence directement. Il est grand temps que le Gouvernement prenne ses responsabilités sur ce problème. Les Calédoniens attendent impatiemment la décision qui sera prise et la considère comme un test déterminant. Nous n’accepterons pas, une fois de plus, d’être déçus sur ce point et nous le ferons savoir sans équivoque et sans ambages. II – UN PLAN DE REDRESSEMENT ACCELERE POUR L’ECONOMIE Combien même il est nécessaire que le programme d’extension de la S.L.N. aboutisse et que le projet du Nord voie le jour sous une forme ou sous une autre, nous sommes parfaitement conscients que leur incidence ne sera pas suffisante pour résoudre toutes les difficultés économiques que nous connaissons actuellement. Et, quoiqu’il advienne, c’est par là que nous devons commencer. La récession actuelle se manifeste essentiellement autour des trois pôles que sont la consommation, l’emploi et l’investissement. La réduction générale de l’activité, la régression brutale de certains secteurs est la cause de la faillite ou de la fermeture d’un certain nombre d’entreprises. D’autres entreprises, pour survivre, doivent procéder à des mesures de compression du personnel, de réduction d’horaires, de blocage de situations. De ce fait, un nombre croissant de salariés perdent leur emploi, d’autres voient leurs revenus diminuer et leur situation menacée. Quant aux nouveaux venus à la vie professionnelle, le marché du travail leur est pratiquement fermé. Par voie de conséquence, le montant global des revenus du secteur privé subit une altération sensible. Celle-ci se traduit par une diminution du pouvoir d’achat et entraîne une réduction de la consommation. Celle-ci est accentuée par la baisse du train de vie de nombre de petits entrepreneurs, commerçants, artisans, et travailleurs indépendants, frappés eux-mêmes dans leur situation. La réduction de la consommation accentue les difficultés des entreprises, compromet leurs résultats d’exploitation et leur interdit de procéder à des investissements pour le renouvellement, la modernisation ou l’extension de leur matériel ou de leur équipement. Quant aux investissements pour le lancement de nouvelles activités ou de ou de nouvelles affaires, ils sont totalement arrêtés par les perspectives peu encourageantes du marché local et par le manque de confiance quant à son avenir. Sans investissements il n’y a pas d’emplois nouveaux. Sans emplois nouveaux, il n’y a pas d’augmentation correspondante du pouvoir d’achat, donc de la consommation. Et si la consommation n’augmente pas, les entreprises continuent à connaître des difficultés et à ne pas investir. Et le cercle vicieux se poursuit.


Le redressement économique doit donc être ordonné dans un plan à court terme qui prévoient des interventions spécifiques, mais complémentaires et interdépendantes dont l’objectif est de relancer l’investissement local, créer des emplois nouveaux et résorber le chômage, financer la relance de la consommation. L’investissement public Investir est un impératif majeur. Une collectivité qui n’investit pas, non seulement ne progresse pas, mais se dégrade progressivement. Dans l’immédiat, l’investissement public doit suppléer la carence de l’investissement privé Dans ce but, une subvention importante doit être obtenue de l’Etat pour l’achèvement des grands travaux d’infrastructure en Nouvelle-Calédonie, dont l’incidence sera, non seulement de créer des emplois nouveaux et du pouvoir d’achat, mais de favoriser le développement économique et spécialement l’essor de l’industrie touristique. -

Des mesures au plan budgétaire – Ces investissements publics doivent être complétés par des mesures importantes au plan budgétaire et ce, sans attendre les réformes de structure nécessaires, car le budget actuel est, non seulement un simple budget de fonctionnement mais c’est un budget déflationniste, équilibré artificiellement, qui conduira fatalement à réduire plus encore le pouvoir d’achat.

Il faut que le budget soit un instrument de la relance. Pour ce faire, il faut que les dépenses publiques de fonctionnement soient normalement couvertes et dégager, dans les recettes publiques, une part pour l’équipement. Deux mesures importantes doivent donc être prises au plan budgétaire. 1°) L’Etat devra financer, pour une part importante, le budget des Communes. Cette solution s’applique en Métropole et le rapport Guichard (Vivre Ensemble) en préconise la généralisation. Or, les Communes de Nouvelle-Calédonie deviennent Communes de plein-exercice, sans lien administratif avec le Territoire et sans droit de regard de ce dernier sur leur gestion. Il est dès lors anormal que le Territoire continue de supporter la charge de leurs dépenses. 2°) Il faut mettre un terme à la querelle stérile de l’aide à l’enseignement privé, dont la prise en charge par l’Etat doit être assurée définitivement -

Favoriser l’investissement privé – L’investissement privé confiance, doit être favoriser par tous les moyens.

qui dépend, en partie, de la

Le placement de capitaux métropolitains en Nouvelle-Calédonie pourrait trouver un cadre juridique et fiscal particulièrement incitatif dans l’application d’une loi récente sur l’exonération d’imposition des bénéfices faisant l’objet d’un remploi dans les T.O.M. sous réserve, toutefois, que certaines contraintes ou restrictions soient levées. Si tel était le cas, l’inquiétude relative à l’avènement d’un pouvoir communiste en France pourrait drainer une partie de ces capitaux vers notre Territoire. Mais il doit être entendu une fois pour toutes que ces capitaux ne doivent pas subir la menace d’être gelés, de ne pouvoir être transférés ou que leurs revenus ne puissent être rapatriés.


Sur ce point, l’exemple de l’Australie est particulièrement significatif. Avant l’avènement du parti socialiste de Monsieur Withlam l’Australie disposait d’un potentiel de capitaux extérieurs de deux milliards de dollars par an pour financer ses investissements. Avec l’avènement des socialistes, qui se sont illustrés par un cortège de mesures coercitives et par des menaces de nationalisations, les investissements étrangers en Australie sont tombés à 200 millions de dollars par an. La suite est connue : à la prospérité a succédé une crise économique sans précédent, un chômage record et des problèmes sociaux. Le même cas s’est produit pour la Nouvelle-Zélande. Financer la relance de la consommation – Toutes les mesures précédentes doivent avoir un effet indirect sur le pouvoir d’achat, donc sur la consommation. La mesure essentielle doit consister dans l’obtention d’une réduction sensible du coût du fret maritime sur les transports en provenance de la France et de la C.E.E., comme cela a déjà été demandé à l’Assemblée territoriale L’intervention de l’Etat en ce domaine ne serait d’ailleurs qu’une manifestation de la solidarité nationale, dont bénéficient déjà d’autres collectivités de la République. Citons le cas de la Corse pour laquelle le fret maritime est basé sur les tarifs marchandises de la S.N.C.F. sur la plus longue ligne de l’Hexagone. Cette réduction du coût du fret ne devrait pas être inférieure à 30%. Sous réserve de l’adaptation des taux de la taxe générale à l’importation, pour compenser la perte correspondante de recettes fiscales, cette mesure devrait permettre d’augmenter massivement le pouvoir d’achat, et de relancer la consommation dans des proportions similaires. -

Des mesures sectorielles – Le plan de redressement doit s’appliquer à certains secteurs clés de l’économie. Dans cette optique, il doit être procédé à un réaménagement des systèmes de crédit et de prêt, particulièrement à l’habitat, au monde rural et à l’hôtellerie. Ce réaménagement doit comporter une augmentation importante des dotations aux Organismes de crédit et une révision des normes de crédit par une diminution sensible de l’apport personnel et l’octroi de véritables prêts à long terme, assortis de différés de remboursement permettant aux bénéficiaires de supporter des charges financières de remboursement raisonnables comme c’est le cas en Métropole.

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Une aide exceptionnelle – Une aide exceptionnelle doit être consentie à certaines entreprises en difficulté, victimes de la conjoncture et de l’insuffisance des systèmes financiers en place. Cette aide permettra à de nombreuses entreprises petites et moyennes, véritables cellules de l’économie locale, de traverser la crise et de retrouver un équilibre financier convenable. Une action énergique devra être entreprise auprès de l’Institut d’Emission pour que les normes qu’il impose aux Organismes bancaires soient revues dans ce sens, ce qui d’ailleurs, est parfaitement conforme à la simple équité économique.

III – UNE VERITABLE RESTRUCTURATION DE L’ECONOMIE Ces mesures immédiates, étalées sur 2 à 3 années, doivent assurer notre redressement économique.


Dans le même temps, nous devrons préparer et mettre en place les véritables réformes de structures qui assurent le redéploiement de l’économie calédonienne. Les objectifs de redéploiement sont : -

assurer la croissance économique ; diversifier nos activités et favoriser la production locale ; supprimer le chômage et garantir le plein emploi.

Ces réformes de structures impliquent que soit repensé, dans son ensemble, le problème économique calédonien. Cette tâche importante ne doit, en aucun cas, être confiée à l’Administration laquelle, n’a d’autre horizon que l’équilibre de plus en plus précaire du budget, sans conscience des véritables problèmes du Territoire. Au contraire, cette tâche doit être entreprise à l’initiative et sous la responsabilité des instances territoriales lesquelles, ce faisant, affirmeront notre personnalité, apporteront la preuve de notre maturité et de notre volonté de gérer efficacement les affaires territoriales. Pour ce faire, nous préconisons la création d’une « Agence Calédonienne de Développement Economique ». Cet Organisme, constitué sous la forme d’un Etablissement Public Territorial, sera l’Organisme de centralisation, de conception, de coordination et de mise en place des réformes de structure et des grands projets d’investissements. En tant que tel, il sera l’auxiliaire indispensable de l’Assemblée Territoriale et de Conseil de Gouvernement. Il sera un partenaire autorisé dans les relations avec l’Administration. Pour l’efficacité de son action, il devra : -

d’une part, regrouper des représentants de l’Etat, du Territoire, des organismes sociaux économique, du monde des affaires et des salariés ; d’autre part, s’assurer le concours d’experts ou consultants venus de l’extérieur (Métropole ou Etranger).

La tâche de l’Agence Calédonienne de Développement Economique sera à la mesure des vastes problèmes qui se posent et qui peuvent se classer en trois catégories : 1°) – Etude : information, analyse et prospective ; 2°) – Plan régional et programme de développement économique ; 3°) – Réforme de la fiscalité, des structures budgétaires et financières. I – Au niveau de l’Etude : Il est d’une urgence nécessité de baser celle-ci sur une véritable information statistique et, ce faisant, de combler une carence de l’Administration. Les responsables publics doivent pouvoir disposer, en permanence, d’une véritable comptabilité économique territoriale, seul moyen d’éliminer les calculs ou estimations arbitraires ou fantaisistes, et seul support valable pour procéder à l’analyse et à la recherche prospective, pour guider les choix. II – Le développement économique du Territoire ne peut se concevoir qu’à travers une vision globale des problèmes c’est-à -dire à partir d’un plan régional. Ce plan doit avoir pour objectifs principaux d’assurer la diversification des activités et de favoriser la production locale.


Il implique la mise en place de nouvelles formules d’interventions financières, mais doit surtout réserver la part prépondérante aux investissements productifs. Ces investissements devront permettre non seulement de développer les potentialités naturelles du Territoire, mais d’inciter à la multiplication de petites industries de transformation. Car en toutes circonstances il faut favoriser la production locale, dans l’optique de créer des emplois nouveaux et du pouvoir d’achat et de favoriser l’essor d’activités nouvelles dans l’intérieur et aux îles. III – Réforme de la fiscalité et des structures budgétaires et financières La réforme de la fiscalité et des structures budgétaires est le complément logique de la restructuration de l’économie, qui doit en assurer la cohérence. Cette réforme doit être une refonte globale, qui doit répondre à des principes essentiels, à savoir : que la fiscalité doit être partie intégrante de l’ensemble économique dans lequel elle s’insère ; qu’il en est de même du budget, qui ne peut être neutre mais doit être conçu et élaboré en fonction des objectifs économiques et sociaux qui ont été fixés, et en fonction des capacités contributives de la collectivité, qui évolueront elles-mêmes dans le cadre du développement économique ; qu’une attention particulière doit être portée à l’élaboration d’un véritable code des investissements ; que toute réforme ou toute action doit tenir compte des spécificités du Territoire et des particularismes locaux. IV – POUR LA JUSTICE SOCIALE Le redressement économique et la réforme de nos structures doit conduire à la prospérité. Celleci doit permettre une meilleure redistribution des richesses, conduire à une véritable justice sociale et à l’amélioration de la qualité de la vie. La justice sociale, c’est : -

la chance égale donnée à tous d’assurer leur promotion individuelle : • dans l’enseignement et la culture ; • dans la vie professionnelle ; • dans l’accession à la propriété du logement

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la répartition des charges de la collectivité, de manière telle qu’elles soient supportées par chacun en fonction de ses moyens. la sécurité donnée à tous devant les risques sociaux : maladie, invalidité, chômage. Cette sécurité peut se manifester par : • la solidarité des Calédoniens entre eux ; • la qualité des structures de santé, des conditions de travail, de l’aide aux personnes âgées et à l’enfance.

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par un soin particulier apporté aux jeunes par une amélioration des conditions de scolarité, de formation professionnelle, par un développement des loisirs et des activités sportives et en aidant l’intégration de ces jeunes dans la vie professionnelle et sociale.


L’ACTION Nous voici parvenu au terme de cet exposé qui n’a pas la prétention d���être un recueil de recettes politiques Nous avons voulu que cette synthèse des problèmes calédoniens soit à la fois un acte de réflexion, une philosophie et un guide de l’action et peut-être plus encore : un acte de foi en notre Calédonie mais aussi dans la France. Si vous l’adoptez, alors nous en ferons le Manifeste de notre « Grand Rassemblement, le MANIFESTE CALEDONIEN ». Il sera l’âme de notre action, de notre combat. Car il s’agit bien d’un combat que nus devons mener et dans quatre directions : l Première direction – Nous devons nous rassembler et nous déterminer sur l’essentiel. Ce Rassemblement doit être une véritable mobilisation, mobilisation des esprits, des cœurs mais aussi des volontés, dans un large engagement politique, au sens élevé du terme. Il doit contribuer à influencer de manière décisive l’avenir de notre Territoire, dans le cadre national. Pour ce faire, il implique l’adhésion de l’ensemble de la population et doit en exprimer la cohésion. l Deuxième direction – Nous devons intervenir sans tarder auprès de la Métropole. Nous devons manifester auprès des instances métropolitaines et du peuple de France, l’affirmation de notre personnalité calédonienne qui, répétons le, doit se forger dans l’entente conduire au renouveau. Nous devons faire appel à la solidarité nationale pour que nous soit accordée l’aide exceptionnelle qu’imposent des circonstances exceptionnelles. Mais à titre de super-priorité, nous devons obtenir de l’Autorité Centrale, à très court terme, l’octroi des quatre mesures fondamentales suivantes : - une réforme électorale, une réforme foncière, la réalisation du projet du Nord un plan de sauvetage de l’économie, mesure qui conditionnent tout le reste. Mais, en retour, nous devrons nous montrer crédibles et responsables, faire part de sérieux et du sens de l’intérêt général. Nous devrons démontrer que nous ne nous comportons pas en assistés, mais sommes fermement résolus à accomplir l’effort nécessaire, voire consentir des sacrifices, pour sortir de la crise et accomplir nos mutations. Nous devrons montrer que nous sommes capables de nous élever au-dessus des divisions ou des vaines querelles et lutter pour des idées, non contre des hommes ; que nous sommes sincèrement désireux de pratiquer l’ouverture et de donner aux jeunes la part qu leur revient. l Quatrième direction – Nous devons créer par ce Rassemblement la dynamique dont sortira la prochaine majorité aux Elections Territoriales de 1977. Cette grande force politique, véritable expression de la personnalité calédonienne, devra substituer et dépasser, en élargissant, la stratégie unitaire des partis nationaux. Elle devra puiser sa source dans le Manifeste Calédonien. Elle devra être, par essence, Calédonienne, c’est à dire affranchie de toute appartenance à des partis métropolitains, quoiqu’il soit sain et admissible que ces partis aient une représentation sur le Territoire dans la mesure où ils ne participent pas directement à la vie locale.


l Quatrième direction – Enfin nous devrons faire en sorte de soutenir notre action, de la prolonger, de conserver en permanence une vigilance particulière à la défense et à la promotion des valeurs calédoniennes qu’ensemble, nous aurons exaltées aujourd’hui, pour que vive une Calédonie libre, fraternelle et prospère, dans l’union de toutes les ethnies, dans le dialogue et la collaboration confiante avec la France.

Conclusion du manifeste LA CHARTE DU RASSEMBLEMENT Article 1er – Dans le cadre institutionnel de Territoire de la République et dans l’attachement de ses ressortissants à la Nation Française, la collectivité Calédonienne manifeste sa volonté d’affirmer sa personnalité, avec ses particularismes et ses spécificités et, en tant que telle, d’assumer la responsabilité véritable de gérer ses propres affaires, dans la cohérences et l’efficacité. Article 2 – La Société Calédonienne est une Société pluriraciale et doit demeurer telle quelle, avec les conséquences suivantes : Toutes les entreprises de division ou d’exclusive, spécialement celles puisant leur source dans le racisme, doivent être dénoncées et combattues d’où qu’elles viennent et quels qu’en soient les auteurs. - La promotion de la Société Calédonienne doit être recherchée dans l’harmonie, c’est à dire dans l’entente et la compréhension mutuelle entre les ethnies, dans l’élimination des motifs de discorde et dans la volonté d’assurer à tous les habitants du Territoire les mêmes chances. Article 3 – La notion d’attachement à la France ayant été clairement définie, la Métropole a une double obligation envers la population du Territoire. 1°) Faire jouer pleinement la solidarité nationale, compte tenu des difficultés exceptionnelles de l’heure ; 2°) Reconsidérer le contrôle exclusif de l’Etat sur l’exploitation des ressources minières du Territoire. Si tel n’était pas le cas, le Gouvernement prendrait une grave responsabilité envers les Calédoniens, et les conséquences lui en seraient seul imputables. Article 4 – L’affirmation de la personnalité Calédonienne doit conduire au renouveau. Ce renouveau doit prendre la forme d’un développement des activités industrielles, de la mise en place d’un plan de redressement accéléré, d’un redéploiement et d’une restructuration d’ensemble aux plans économique, budgétaire, fiscal et social. Mais ce renouveau ne peut s’accomplir que dans le cadre des principes essentiels d’une économie libérale adaptée aux réalités du Territoire, pour une meilleure justice sociale. Article 5 – En application des options fondamentales définies aux articles ci-dessus, des mesures prioritaires doivent intervenir à échéance immédiate :


1°) Une réforme électorale qui permette un fonctionnement efficace et cohérent de nos institutions, par la mise en place d’une majorité réelle et stable à l’Assemblée Territoriale ; 2°) Une réforme foncière qui assure un règlement équitable du problème des terres dans l’ordre et la légalité ; 3°) Le lancement effectif du projet d’industrialisation du Nord ; 4°) Des mesures de sauvetage économique et, notamment, d’importants investissements publics pour résorber le chômage, un abaissement du coût des frets pour améliorer le pouvoir d’achat et une révision radicale des conditions de crédit, an accédant enfin au Long Terme, dans des conditions similaires à celles de la Métropole. Article 6 – Seul le Rassemblement des Calédoniens, dans la volonté d’entreprendre la défense et la rénovation de leur propre Collectivité, permettra à la Nouvelle-Calédonie de régler ses problèmes présents et de préparer sereinement son avenir.

CALEDONIENS, UNISSONS NOUS


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