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Auteur:SCHNEIRI

Date:18/09/2012 00:21:23

SPORTS

MARDI 18 SEPTEMBRE 2012 P

EN RELIEF

Au rayon histoire…

Les matches, à l’origine, se disputaient sur gazon. La pelouse, désormais, ne sert plus qu’à se changer. C’EST À RICHARD J. MECREDY, un cycliste irlandais, que l’on doit cette idée lumineuse, celle qui a consisté à remplacer le cheval par un vélo pour démocratiser le polo. Nous sommes en 1891 et le bike-polo vient de voir le jour. Les matches ont alors lieu sur gazon et la discipline est présentée en démonstration aux Jeux olympiques de Londres… en 1908. Le « Hardcourt bike-polo », pratiqué aujourd’hui dans un contexte urbain et sur « terrain dur », arrive, lui, de Seattle, qui a accueilli le premier match sur terrain fermé en 1999. La France s’y est mise il y a cinq ans.

Si le bike-polo n’a pas encore pignon sur rue, la discipline rassemble de plus en plus de fidèles comme le week-end dernier à Lingolsheim.

PHOTOS DNA – CÉDRIC JOUBERT

ZOOM SUR LE BIKE-POLO

Roues libres

Les règles

Des vélos personnalisés, des maillets artisanaux : le bike-polo privilégie le « fait maison ». Et ses pratiquants, eux, s’éclatent en toute liberté.

D À Lingolsheim, des fûts de bière ont été recyclés en cloches de pénalité. DIFFICILE DE FAIRE plus accessible. « Tu sais faire du vélo ? Tu peux jouer au polo », synthétise Maxime Dratler. Le bike-polo met aux prises deux équipes de trois joueurs sur un terrain rectangulaire fermé – d’une surface idéale de 20 m de largeur pour 38 m de longueur. Aux extrémités de celui-ci, deux cônes, ou mini-buts, espacés approximativement de la longueur d’un vélo matérialisent les buts où les équipes devront envoyer la balle (identique à celle utilisée pour le street hockey). La rencontre arrive à son terme lorsque l’une des deux formations a inscrit cinq points ou que le temps réglementaire – dix minutes le plus souvent – est expiré. « Il y a deux choses à ne pas faire, c’est poser le pied par terre et bloquer à 90 (degrés). Ça, c’est considéré comme une grosse faute », ajoute le pionnier strasbourgeois. Pied à terre et jeu dangereux sont sanctionnés par des pénalités : « cloche » ou « double cloche ».

eux fûts de Meteor, vides, sont suspendus de part et d’autre de la ligne médiane. « On fait dans le régional », sourit Maxime Dratler, 24 ans, l’un des fondateurs du Strasbourg Bike-Polo. Les fûts de bière font office de « cloches », celles que les joueurs doivent taper de leur crosse lorsqu’ils posent le pied à terre. Le recyclage des deux bidons de cinq litres dit quelque chose du vent de liberté qui souffle sur le bike-polo, sport émergent mais encore confidentiel – ils sont une quinzaine, garçons et filles, à s’y adonner au sein de l’association strasbourgeoise créée il y a un an. Longtemps fluctuantes, les règles commencent tout juste à être figées et harmonisées à l’échelle européenne. Et le matériel, lui, est assemblé et customisé avec amour par les pratiquants. « Il y a une

dynamique dans le polo qui est intéressante », relaye Maxime, alias « Max Poulet ». Un pseudo sans rapport avec les cuisses. « Je perpétue le nom que mon frère s’était choisi pour son projet musical », sourit le natif de Lyon, venu en Alsace pour ses études.

« Tu viens comme tu veux, avec ton vélo et l’envie d’en faire » Le do it yourself (1) est pleinement inscrit dans l’ADN de la discipline. Au sein de l’asso, c’est le trésorier Julien Breda, 29 ans, qui se charge de la fabrication des têtes de maillets. « J’ai commencé par faire les miens et tout le monde trouvait ça cool, s’amuse celui qui, dans le

civil, est technicien d’exploitation chez Lilly France. Du coup, j’ai lancé la production en série. » Les maillets en alu ont longtemps été des bâtons de ski détournés de leur usage ; ils sont aujourd’hui commercialisés par une société espagnole. Julien, lui, « découpe, perce, tronçonne et façonne » des tubes de canalisation d’eau qu’il rattache à la tige au moyen de deux vis. Ce côté self made (2) s’applique aussi aux montures. Chaque vélo est un prototype et, là encore, aucun cadre – si l’on peut dire – n’est de mise. « On a le vélo que l’on veut, reprend Maxime. Chacun est libre de faire comme il le sent, en essayant de trouver le bon compromis entre compacité, solidité et maniabilité. Certains préfèrent des roues de 26 (pouces, ndlr), d’autres choisiront des 700 (le

diamètre d’une roue classique adulte). On peut avoir un frein ou deux. Au final, cela permet d’avoir

CONTACTS

Rejoindre la communauté Une adresse « Strasbourg Bike Polo », 100, route des Romains, 67000 Strasbourg Un mail strasbourgbikepolo@gmail.com Sur Facebook www.facebook.com/sxbbikepolo

Le bike-polo cultive aussi une certaine idée du cool. plein de styles de jeu différents. » Les équipements sont également personnalisés et la créativité de ces mordus de vélo s’exprime notamment dans la décoration des cover wheels, ces morceaux de carton plaqués de part et d’autre des roues pour éviter que la balle ne traverse les rayons. Un « petit artisanat » s’est développé à Karlsruhe ou ClermontFerrand, mais les pièces ne font l’objet d’aucune distribution commerciale. « Au bike-polo, il faut aimer avoir les mains dans le cambouis », résume Maxime. Le jeune architecte se verrait bien un jour « réaliser un terrain ». Pour l’heure, lui et ses potes ont élu domicile sur le skate-park de Lingolsheim, qu’ils entretiennent aussi, et sont toujours à la recherche d’un local pour s’entraîner en hiver. Indissociable de la culture alternative, le bike-polo n’impose aucune tenue réglementaire, si l’on excepte le casque et les gants,

obligatoires. « Tu viens comme tu veux, avec ton vélo et l’envie d’en faire », reprend Maxime, coiffé d’une élégante gapette tricolore confectionnée par Charline, sa copine, qui « fait pas mal de couture ». Sneakers ou cale-auto, jean ou short, chacun choisit ce qui lui correspond le mieux. De raffinés dandys du bitume, tendance hipster en marcel rétro, y côtoient les tatoués guerriers de l’asphalte. La pratique, on l’a compris, ne connaît pas la discrimination ; tous les gabarits – et toutes les conditions physiques – sont bienvenus. « Il n’y a pas de canon esthétique », plaisante Maxime.

« Un état d’esprit » Les seuls canons autorisés sont servis après les matches. « C’est une communauté, un peu comme le skate-board, où on se connaît pratiquement tous, relève Cyrille Steydli, 26 ans, le président de Strasbourg Bike-Polo. Une communauté où tu cherches aussi une ambiance, un état d’esprit. Et qui ne néglige pas la vie nocturne. » La confrérie ne vit toutefois pas repliée sur elle-même, mais cherche à s’agrandir. « You are not slaves » (3), proclame l’un des graffs du terrain de Lingo où se tenait, ce week-end, le troisième tournoi de la Ligue de l’Est (lire ci-dessous). Un slogan qui va comme un gant aux pratiquants de bike-polo. Eux sont free… et ils ont tout compris. RÉGIS SCHNEIDER

R

Q (1) « Faites-le vous-mêmes » (2) « Fait maison » (3) « Vous n’êtes pas des esclaves »

LA LIGUE (DE L’EST) DES GENTLEMEN EXTRAORDINAIRES

La jungle urbaine a ses seigneurs.

La Ligue de l’Est a pour but de réunir et de faire se rencontrer les équipes de bike-polo de l’Est de la France. La première édition a eu lieu à Strasbourg au mois de mars, la seconde à Nancy en juin et la troisième a rassemblé douze équipes ce week-end sur le skate-park de Lingolsheim, s’ouvrant aussi à des adeptes venus de Bâle, Clermont-Ferrand ou encore de Karlsruhe. Le tournoi a vu la victoire de l’équipe genevoise Pass3, la Suisse confirmant au passage son statut de nation majeure du polo au niveau

mondial. La deuxième place, elle, a réservé un affrontement épique entre les Allemands de GotBalls (Mannheim) et les Strasbourgeois de Doddele qui s’est terminé par un golden goal après 18 minutes de jeu ! Enfin, la palme de la chute la plus spectaculaire est revenue, samedi, à un local, Matth de l’équipe Polonium. Plus de peur que de mal pour le licencié du Strasbourg Bike-Polo évacué par les pompiers, qui s’en est tiré avec une petite entorse des cervicales et a pu arbitrer le lendemain. STE 01


SXB Bike-Polo