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“Il faut que l’humiliation d’Athènes soit effacée“

L’AS Beck obtient son laissez-passer pour l’élite grâce au forfait de Toulouse et s’y engouffre avec un appétit féroce. Deux ans plus tard, les Berckois sont champions de France. Onze points d’avance sur Bagnolet. Rien n’est trop beau. Le conseil municipal vote la construction d’un palais des sports, réalisé dans un temps record, et qui peut recevoir jusqu’à 5.000 spectateurs, un peu plus même en prenant un chausse-pied. Coût : 270 millions d’anciens francs. La municipalité veut récupérer une partie de sa dotation en n’accordant plus de subventions au club (7,5 millions annuels) et en percevant 20% sur le prix des places. La légende prend corps lors de la Coupe des Champions 74, à Athènes, dans le bunker du Panathinaïkos, « la fosse aux ours » comme l’écrira L’Equipe. Il pleut des Drachmes et des crachats ce soir-là. Le délégué FIBA, comme d’habitude, ne voit rien. Les Berckois quittent le terrain abusés, sonnés. «  Je me souviens que nous sommes sortis encadrés par une double haie de flics », nous témoignera Jean Galle. « Les supporters grecs essayaient de nous brûler avec des mégots. Nous sommes restés enfermés dans les vestiaires, avec une grille, durant trois quarts d’heure. Durant cinq bonnes minutes, on est resté figé, sans se dire un mot, on ne comprenait pas que le public nous ait insultés de la sorte, alors que nous avions pris 19 points. Et puis, tout d’un coup, on a explosé, on s’est dit, qu’est-ce qu’on va leur mettre au retour ! » Toute la ville crie vengeance. Dans Pleins feux sur Berck, les auteurs, Henri Chapuis et Richard L’Hote, racontent que le journaliste de France Soir, sous forme de boutade, écrit que pas un hôtel ne veut recevoir au retour la délégation du Panathinaïkos. Qu’en pleine nuit, une bande d’une dizaine de jeunes, munis de casseroles et de vieux bidons, fait une aubade aux Grecs dans la rue de l’Hôtel de France où, en fait, ils logent. Un autre groupe de supporters distribue, dans les commerces, des tracts, une supplique, où il est écrit : « tu as pu lire, dans la presse française, l’accueil scandaleux (…) Il faut que l’humiliation d’Athènes soit effacée. Public berckois, ce soir, exceptionnellement, tu dois être inconditionnel, tes encouragements, tes vivats, tes applaudissements ininterrompus doivent porter littéralement ton équipe (…) » Trente secondes de jeu. Kontos charcute Yves-Marie Vérove. Le Berckois disjoncte et sèche le Grec. Il est renvoyé sur le banc. Peu importe. Le public est prêt pour la mise à mort et pas question de changer de programme. Dans la fournaise, leurs joueurs sont en lévitation. En douze minutes, ils effacent leur ardoise. Ils appuient là où ça fait mal. L’estafilade s’aggrave en une saignée. Les Grecs sont exsangues. 102 à 57. 45 points d’écart sur la ligne d’arrivée. Irréel.

merveilles et les fiers Israéliens sortirent du Palais des Sports déplumés, 115-86, 29 points de débours. Impossible de se refaire au retour, et voilà comment l’AS Berck se retrouva en demi-finale de la Coupe des Champions. L’équivalent du Final Four de l’Euroleague. Avec le triste épilogue que l’on connaît. La crise était à l’air libre. L’AS Berck devint de nouveau championne de France (16 points d’avance au classement final sur son dauphin, Le Mans !), mais ses comptes étaient plombés. L’assemblée générale du club fut houleuse. Jacques Renard jura que le déficit de 41 millions avait été réduit à 25. Il livra une vigoureuse joute oratoire avec le maire, Jean Malgouzou, qui contesta ses chiffres. Le président démissionna. Par un tour de passe-passe, l’AS Berck devint le Berck BC et se libéra du fardeau des dettes. Vérove et Plateau filèrent à Caen rejoindre Fiolet qui s’y était déjà installé. Gardner passa à Nice, Cheeks à Challans. Berck tomba à la 7e place du championnat de France. Et pourtant les Nordistes, dotés d’une bonne doublette américaine, Joby Wright et Mike Stewart, trouvèrent encore les ressources pour s’offrir une deuxième expédition en demi-finale de la Coupe des Champions après avoir plaqué encore une fois au sol le Maccabi ! Les Berckois connaîtront encore quelques ivresses de la victoire avant de sombrer peu à peu dans le coma. Les habitants ont longtemps payé sur leurs impôts le palais des sports, lui-même vite obsolète et dernier témoignage aujourd’hui d’une époque aussi fastueuse qu’éphémère. A Jean Galle, la conclusion  : «  Les hommes n’ont pas été suffisamment raisonnables. On a tous fait des erreurs. Moi y compris. On a grandi trop vite. J’ai revu le père Renard quelques années après. Tel-Aviv venait d’être sacré champion d’Europe. Il m’a dit : tu vois, c’est nous qui aurions dû être à leur place. Il avait raison. Cette équipe de Tel-Aviv, la même, on l’avait battue trois fois sur quatre. »

Pierre Galle. Le meneur de cette équipe hors normes.

Jean Galle fut l’un des pionniers dans l’utilisation du magnétoscope à des fins de scouting. Il ne se souvient plus comment l’idée lui en est venue. Ce qu’il sait, c’est qu’il persuada le président et le directeur sportif de lui en acheté un, puis un deuxième. Chaque match était filmé et disséqué. Un fidèle, Bernard Chochoy, était missionné pour mettre en bobines ceux à l’extérieur. Ses amis l’avaient surnommé James Bond. A Varèse, Sandro Gamba voulut refuser l’entrée à l’espion. Chochoy, on ne sait comment, se faufila dans les tribunes muni de sa caméra. Le jeu de l’Ignis de Varèse et du Maccabi Tel-Aviv n’avait plus de secret pour l’aîné des Galle et ses hommes. Le Maccabi Tel-Aviv, c’est le Goliath qui se retrouvait face au David français, dans une poule forte également de Varèse et Anvers. Le Maccabi, c’était quatre Américains dont deux naturalisés, l’un étant le fameux Tal Brody, capitaine des Etats-Unis champions du monde à Ljubljana en 1970. Le club-nation d’Israël avait été finaliste de la Coupe des Coupes et quatre fois déjà en quarts de finale de la Coupe des Champions. Gardner et Vérove firent des

D.R.

Le Maccabi plaqué au sol

MaxiBasketNews#5  

French Basketball Magazine

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