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En demi-finale de la Coupe des Champions, il y a 35 ans

il était une fois berck Un bled de 15.000 habitants dans le carré d’as européen. Deux fois. En ces temps-là, on n’avait peur de rien. Surtout pas du Pana et du Maccabi. Par Pascal LEGENDRE

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mars 1974. Les caméras pénètrent au cœur de ce palais des sports comble et fiévreux, mais le téléspectateur est incrédule. On l’invite à suivre le match de Coupe des Champions entre l’AS Berck et le Real Madrid, on lui a certifié que la tornade nordiste peut renverser le chêne espagnol. Que voit-il ? Six rebelles, Caulier, Dobbels, Platteau, Sailly, Vérove et l’Américain Cheeks, en civil, qui refusent de jouer. L’affaire est déjà ancienne. Elle prend sa source dans une promesse non tenue du président (voir le témoignage de Jean Caulier). Les grévistes, hués par le bon peuple du nord, laissent les légalistes, dont le coach Jean Galle, 38 ans, qui a remis le short, se faire monter sur les pieds par les Espagnols, pas si méchants que ça sur le coup (95-81). « A l’époque, les six hommes se défendirent âprement d’avoir voulu faire un chantage purement financier. Personne ne les crut parce qu’ils militèrent dans la plus totale confusion intellectuelle, enchevêtrant griefs personnels sérieux, bouderies d’enfants gâtés et revendications sociales les plus défendables. Ils furent accablés », écrira le journaliste Pierre Maincent. L’AS Berck était victime d’une incroyable croissance sportive mal maîtrisée, de la fragilité de ses structures, du tempérament ombrageux de ses joueurs, pas complètement prêts dans leurs têtes à vivre pareille aventure, et surtout d’un président, Jacques Renard, dictatorial, qui conduisait le club suivant ses humeurs, ses préférences, sans se soucier de la dépense, en distribuant, en totale absence d’équité, primes et amendes. C’est bien lui, Jacques Renard, riche marchand de viande, qui lança trois ans plutôt à René Fiolet : « Il faut tout faire, tout faire, tu m’entends bien, pour monter une grande équipe de basket à Berck. Je ne veux pas être le président d’une équipe médiocre. Je suis avec toi. A cent pour cent !... » Fiolet, le directeur sportif, qui avait son réseau, fut responsable de tout le casting. C’est lui qui œuvra pour faire venir au club Pierre Galle, un Calaisien, expatrié au Stade Auto Lyonnais, un flegmatique, doué d’un tir de gaucher redoutable, capitaine des juniors français vice-champions d’Europe. Pierre conseilla à Fiolet d’enrôler en sus comme entraîneur son frère Jean, « le Vieux » comme il l’appelait,

qui travaillait en usine à Dunkerque et qui avait déjà - au niveau local - un solide cursus. Un passionné, un ouvrier qui aimait le travail bien fait, un incurable gagneur, un vrai chef, ce Jean Galle, capable de coups de gueule à faire trembler les falaises de la Côte d’Opale, mais aussi un type profondément attachant. Un coach d’avant-garde aussi. L’AS Berck ? Un modèle de partage, d’harmonie. Un pur esprit nordiste. Des bagarreurs, à l’humeur fêtarde. YvesMarie Vérove possédait une détente prodigieuse, Jean Caulier, c’était une boule de nerfs. Didier Dobbels, du bon blé en herbe. Huit des champions de France 73 étaient natifs du Nord-Pas-de-Calais. « Jamais d’engueulades. On s’amusait, on gagnait », dira un peu plus tard Dobbels. Les trois étrangers ? Ian Rac’z, un Hongrois qui avait disputé les Jeux de Tokyo, et qui devint français sous le nom de Jean Racz. Ken Gardner, un Blanc, solide, complet, que Jean Galle avait observé au Touquet lors d’un match de gala entre une sélection d’Europe et une équipe représentant les Etats-Unis. «  Je l’ai eu pour 5.000 dollars  !  », nous dira le coach, quand il y eut prescription, pas peu fier de son coup. Gardner fut élu par un jury de journalistes spécialisés « meilleur joueur étranger de France » pour la saison 1972-73. Il s’étonna de la vivacité des troisième mi-temps berckoises. « Mais enfin, si les joueurs peuvent dormir et récupérer le lendemain, ce n’est pas grave. Je pense tout de même que les sportifs français mangent et boivent trop : leur hygiène sportive est insuffisante ! » L’autre Américain, un Noir, un pivot, c’était Bob Cheeks, qui avait écumé la France comme Gardner sous le maillot des « Gillette All-Stars » de l’agent Jim McGregor.

Les Grecs saignés à mort Berck, une station balnéaire, sur les rivages de la Manche, de 15.000 habitants. Un microbe à l’échelle européenne, même si la ville est submergée l’été par un flot de vacanciers. Presque 120.000 en août. Sa plage de sable est magnifique. C’est le paradis des cerfs volants et des planches à voile, alors que son centre hospitalier est spécialisé dans le traitement de la tuberculose osseuse depuis le Second Empire. En hiver, les gens ici s’ennuient, profondément. Le basket est une formidable lueur dans la grisaille.

MaxiBasketNews#5  

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