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CARNET Stéphane Risacher

« France-Allemagne, putain quel match ! » À 36 ans, après huit saisons passées entre la Grèce et l’Espagne, Stéphane est de retour en France, à Chalon. Chaque mois, il nous livre son Carnet. Cette fois, réflexions sur le sport en général, les champions, et les grands souvenirs de l’enfant et de l’homme Risak. Texte de Stéphane RISACHER

M

es premiers souvenirs de spectateur de sport, comme beaucoup de gens de ma génération, c’est la coupe du monde de football en 1982, en Espagne. On s’en souvient tous précisément, je pense. Et puis il y a la victoire de Yannick Noah à Roland Garros en 1983, et les Jeux de Los Angeles et le championnat d’Europe de foot en France, l’année suivante, en 1984. Avant cela, j’en sais sans doute ce que j’en ai appris plus tard. Je me rappelle précisément de la demi-finale de la coupe du monde 1982 entre la France et l’Allemagne. Je ne me souviens pas avoir pleuré mais ce fut, comme je crois pour beaucoup de Français, une immense frustration sportive. À tel point que quand les Français se sont qualifiés pour la finale du Mondial en 2006, j’étais déçu que l’on ne joue pas l’Allemagne, qui avait été sortie par l’Italie en demi. Je me disais : là, cette fois-ci, si on les joue en finale, on pourra faire le solde de tout compte. Imaginez… on les bat en finale de leur coupe du monde  ! Des réminiscences en 2006 de trucs qui se sont passés en 1982 et 1986, c’est qu’il y a une forme de rancune. C’est resté. Heureusement qu’entre temps on a eu la nôtre. Depuis cette époque, les joueurs français sont partis s’aguerrir en Europe. Je pense que les équipes de 82 et 86 étaient plus fortes, sur le plan du football, mais les athlètes d’aujourd’hui sont devenus plus durs. Comme

France-Allemagne en 1982, on touche au sublime

Photographies Jean-François Mollière

footballeur, cette génération, c’était quelque chose, avec Platini, Tigana, Giresse, Fernandez… Quatre meneurs de jeu de « ouf » en même temps sur le terrain, des joueurs d’un immense talent. Je peux comprendre que Michel Platini dise que cette défaite contre l’Allemagne était le plus beau moment de ses années en équipe de France. Putain, quel match ! On touche au sublime. Tu le perds mais c’est sublime. Du début jusqu’à la fin du match, c’est du génie. Il y a des matches attractifs, des mauvais matches, des matches exceptionnels, et puis il y a LE match. Il y a des matches qui sont au-delà de tout ce que tu peux penser. Au-delà des superlatifs. N’importe qui évoquant cette rencontre aujourd’hui en frisonne. Il y a du sport tous les jours, maintenant. On est abreuvé. Et puis il y a des moments d’éternité.

Bolt, le frisson Les Jeux de 1984 à Los Angeles, avec Michael Jordan et pour moi qui aimait beaucoup l’athlétisme, Carl Lewis évidemment. Avec 4 médailles d’or, il rentrait dans l’histoire (100m, 200m, 4x100m et saut en longueur). Mais l’un des plus grands moments de l’histoire du sport à mon avis, un des trucs qui m’a le plus touché, c’est la finale du concours de saut en longueur des championnats du monde, entre Mike Powell et Carl Lewis, en 1991. La dramaturgie est monstrueuse. Lewis est invaincu depuis au moins les jeux de 84. Tu te dis que c’est obligatoirement lui qui battra un jour le record du monde de Bob Beamon (**). Je crois qu’il fait quatre sauts sur six à plus de 8,80 m. Powell en mord un paquet et il fait deux sauts, et parmi ces deux-là, il y en a un où il bat le record du monde avec 8,95 m. Je me souviens l’avoir vu en direct, c’était à Tokyo.

MaxiBasketNews#5  

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