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INTERVIEW • maxibasketnews 09

exigences du plus haut niveau européen. Les autres, on ne peut pas les avoir, ils ne sont pas dans nos prix. Donc on doit repérer… Mais ce qui leur manque, souvent, ça n'est pas du talent, c'est la rigueur et l'exigence. JM : Et ça va plus loin que le basket. On peut parler de vie, de respect des autres, de vie en Europe, d'appréhender un basket différent. Ça va loin. Tiens, au risque de choquer, prends le cas Bobby Dixon, qui est un formidable potentiel… VC : (Il coupe) Je ne voulais pas en parler. (Rires) Si ça vient de toi, c'est mieux ! JM  : Excuse-moi  ! (Rires) C'est un garçon qui a tout pour réussir mais il doit apprendre des choses, dans le rythme d'un match, dans la prise de risque, dans l'appréhension des autres, dans les routines… VC : Dans la dureté défensive. JM : Il est typique. Il a tout pour… VC  : Je me rappelle de Terrell McIntyre à Gravelines il y a une dizaine d'années. Franchement, c'était pas le genre d'aujourd'hui, mais tu décelais déjà un talent particulier. Il jouait comme ça venait alors qu'aujourd'hui, c'est un général. C'est le fruit de son travail, des rencontres qu'il a faites. JM  : Sans faire injure aux gens qui l'ont eu avant, Ali Traoré, désormais, il a un an de recul et c'est un peu comme McIntyre. VC : L'exemple est excellent. Autant dans le secteur défensif, tu as des choses concrètes à lui apprendre, autant en attaque il a un talent remarquable et on ne perd pas notre temps à lui apprendre à mettre les paniers main droite ou main gauche parce qu'il sait déjà le faire.

La différence au plus haut niveau, c'est l'intensité…

Contre nous, ça tranche, alors qu'athlétiquement, on est l'équipe européenne qui a un avantage sur toutes les autres. Malgré tout, on a l'impression d'une supériorité athlétique des Espagnols. Pour eux, chaque possession défensive, c'est à la vie à la mort. Et en attaque, ils font tout à 200%. Les démarquages, tout ! JM : C'est pour ça que des Mumbru, des Reyes, qui sont des pions importants du Real Madrid, ils acceptent de jouer entre huit et quinze minutes. VC  : L'intensité, c'est indépendant du niveau du joueur. Garbajosa n’est pas un bon défenseur, il a un problème de vitesse latérale, mais il fait quand même tout à fond. JM : Et les arbitres sont sensibles à l'intensité défensive. VC : Surtout quand elle est collective, parce que ça masque les fautes. JM : Si toi tu es une équipe qui n'est pas en intensité, tu fais une ou deux rotations de joueurs, tes mecs qui rentrent veulent donner de l'intensité mais comme les arbitres voient une différence, ils sanctionnent. Une, deux, trois fautes… VC : Ils prennent pour les autres. JM  : Contre l'Espagne, ça arrive à Antoine (Diot) quand il rentre. VC : Il a fait un Euro très bien. Sa qualité numéro un, pour moi, c'est qu'il a ça : ce niveau d'intensité requis pour exister en Euroleague ou dans un Euro. Après, il doit apprendre la gestion du tempo, mais ça, ça s'apprend. Mon regret, c'est que quand on regarde le championnat de France, on ne voit pas ça, cette intensité. Si tous ensemble, tous les clubs, on allait dans cette directionlà, on progresserait. JM  : Et ça permettrait d'impliquer davantage...… VC : (Il coupe) Les jeunes ! C'est un moyen de faire jouer les jeunes. JM  : Un jeune joueur, que va lui demander le coach ? Bien défendre et ne pas perdre la balle. Axiome premier. Donc intensité défensive et application des systèmes et ce qui est demandé par le coach. Après, mettre deux ou trois paniers, une contre-attaque, des lancers, tout ça, ça viendra. L'intensité permettra d'avoir des rotations avec les jeunes. Tiens, je vais parler de mon gamin à Villeurbanne (ndlr : Benjamin Monclar, qui a participé à la victoire de la JDA à l'Astroballe)  : il ne shoote pas une fois en six minutes, il ne fait pas une connerie, Rando (Dessarzin) lui demande de défendre, il défend, il ferme sa gueule. Eh ben écoute,…à la fin, il est content, le môme. Il y en a d'autres, des gamins, qui peuvent le faire, ça. Je dirais aussi que ça part du meneur et que les grosses défenses viennent de la pointe, et les meneurs ont un devoir d'exemplarité à ce niveau-là. Pour moi, ça n'est pas Rubio qui a dominé Tony, Spanoulis et Teodosic, c'est la défense collective. Rubio n'est que la phase apparente de l'iceberg. Quand la pointe met la pression, instantanément les ailiers vont monter sur les lignes

AVEC LA LIGNE A 6,27 M, L’ADRESSE EXTÉRIEURE VA PRENDRE UNE BELLE CLAQUE

VC : J'étais au Final Four à Berlin (ndlr : en 2009), je n’étais pas loin des bancs de touche et j'étais estomaqué de voir dans quel état les joueurs étaient quand ils sortaient. Même après un relais court. Ils donnent tout ! Tout ! On n'a pas encore cette culture chez nous. Chez nous, les mecs jouent les matches pour rester 37 ou 38 minutes sur le terrain. JM  : Erman Kunter, en fin de saison dernière, a dit, dans BasketNews je crois, que les joueurs, et leurs agents, voulaient trop de minutes. Alors que vingt-cinq minutes de moyenne sur une saison, c'est énorme ! À partir de 15-17, c'est conséquent. Je vais teaser Vincent : c'est la principale marge de progression de l'équipe de France. Si on a tous les potentiels réunis sous le maillot bleu, ça ne marchera que si les mecs demandent à sortir parce qu'ils se mettent dans le rouge. Pour jouer l'Espagne et les autres les yeux dans les yeux, c'est par ça que ça passe. VC : Oui. Sur le France-Espagne, que j'ai déjà revu plusieurs fois, et sur les autres matches de l'Espagne, leur niveau d'intensité est à chaque fois supérieur à celui de l'adversaire.

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MaxiBasketNews#14  

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