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Tous les deux, vous avez passé huit ans dans le même club, pour votre première expérience de coaching. Vincent au Mans, Jacques à Antibes. Comment durer ? VC : Déjà, il y a une question de fidélité. Se sentir bien dans un club. On a ces valeurs-là. Quand on regarde nos parcours, on voit qu'on est souvent revenus aux mêmes endroits. Après, ce sont les circonstances. Durer, tu ne peux pas le prévoir. Il faut que les gens soient contents donc ça dépend beaucoup des résultats. Tu peux espérer que tu vas durer mais tu ne le sais pas. JM  : Tu ne peux pas durer avec la même trame de joueurs donc il faut que les effectifs se renouvellent. À un moment, ou ce sont les joueurs ou c’est toi. Dans le cas de Jean-Denys Choulet, qui est à Roanne depuis dix saisons, c’est cette année le nettoyage. À Antibes, la transition, c'est 92-93. On a une forte équipe qui ne va pas au bout des choses donc on nettoie et on repart vers le titre 95, mais cet effectif non plus n'est pas allé au bout des choses puisque la Mairie l'a arrêté et c'est dommage parce que je pense qu'on pouvait viser le Top 8 européen et peut-être plus si affinités.

L’un et l’autre, vous avez senti, à un moment, qu'il était temps de partir ? JM : Attends, moi je ne pars pas d’Antibes mais on nous avait fait promettre de partir. Au dernier moment, on me demande de rester, et il y aurait eu de l'argent, mais j'avais donné ma parole à Pau. VC  : Moi, j'étais en fin de contrat  ! J'ai eu une proposition de renouvellement, j'aurais pu continuer, mais on avait eu deux années difficiles et j'avais peur de faire la saison de trop. Cela cumulé avec l'opportunité de venir à l'ASVEL. Il a fallu les deux. La dernière saison avec Le Mans, on s’est bien repris en championnat, puisqu’on a fini premier de la saison, mais l’Euroleague a été difficile à vivre. L'hiver a été dur. Je pensais qu'on pouvait faire mieux l'année d'après mais ça n'était pas sûr. Je ne voulais pas abîmer ce qu'on avait fait. JM : Moi, dans le choix, il y avait le fait qu’il y avait une vraie ambition d’Euroleague à Pau. Il y avait Antoine (Rigaudeau) que j’avais envie de coacher. C’est un choix.

route des centres de formation. Même à Paris ! À Dijon, c'était en perdition. C'est fondamental de mettre le nez là-dedans, y compris en donnant une base technique à l'association, sans y aller trop. Mettre tel gamin à tel poste, s'occuper de tel détail, etc. C'est notre devoir d'éducateur. (Il martèle chaque syllabe) VC : Ça, c'est vrai. Plus on le fera, mieux le basket français ira. Après, il faut avoir la chance d'avoir sous la main des joueurs à potentiel. Tu vas toujours améliorer des choses mais il faut du potentiel à la base. De la belle matière brute. Mais même si j'ai moins de potentiel, je formerai. Ce ne seront pas forcément des joueurs de Pro A mais je ne conçois pas de ne pas former. JM  : On a des grosses satisfactions. Moi, j'ai Stéphane Ostrowski qui se blesse à l’avant-veille d’un quart de finale et c'est Rémi Bousquet qui assure la transition. Pourquoi ? Parce qu'il est dans le mouvement du collectif, parce que David Rivers a confiance en lui, parce qu'il s'entraîne avec nous. Ça, ça veut dire quelque chose. Le gamin a bien répondu.

C'est jamais décourageant ? JM : Pas qu'avec les gamins ! (Rires) VC : C'est peu différent d’avec les autres. JM : Il y a des échecs. Comme je disais aux parents : c'est plus facile de vous dire que votre gamin ne va pas y arriver plutôt que dire qu’il va y arriver, car la marge d’erreur est moindre. VC  : Et puis il y a des paliers, surtout. Il peut y avoir du découragement car tu peux avoir l'impression que le gamin ne progresse pas beaucoup, pas vite et puis, tout d'un coup, tu ne sais pas pourquoi... On l'a vu avec Fofana avant la saison. On lui en avait tellement mis l'an dernier qu'à la fin de la saison, il a beau être une éponge, il n'en pouvait plus. Il a soufflé à l'intersaison et là, il a refranchi un palier. Et puis il va re-stagner puis refranchir un palier. S'il continue, il y arrivera. Ça n'est jamais linéaire la progression d'un jeune joueur. La seule chose, c'est qu'il faut bosser. Ceci dit, il faut le potentiel. Jacques a eu Laurent Foirest mais tu n'as pas des Foirest tous les jours. Il a commencé le basket à Marseille à cinq ou six ans et donc il avait déjà du ballon. JM : Il a été plus difficile de former Arsène (Ade-Mensah). VC : Exactement. Tu ne peux pas dire que tu formes Batum, car il est surdoué, donc ton devoir, c’est de l'accompagner. JM : C’est le bon mot, on les accompagne. VC  : Ce sont des pépites. En revanche, les joueurs moins doués, tu les formates. Mais la passion reste la même. JM : L'accompagnement et le formatage, ça n'est pas que les jeunes. Tu peux l'avoir sur les Ricains, sur des joueurs en échec, etc. VC  : Aujourd'hui, le basket français se débat pour exister au niveau européen, il ne faut pas se voiler la face, et donc les joueurs américains qu'on a, ils ne sont pas formatés aux

PEUR DE FAIRE LA SAISON DE TROP AU MANS

Vous avez formé des joueurs, les avez fait monter, en avez fait la base de vos équipes, tout en gardant l'exigence du haut niveau. Est-ce une envie personnelle ou le sentiment que votre métier ne serait pas complet sans ce statut d'éducateur ? JM : Les deux sont valables. C’est une envie et un devoir. Je vais plus loin : dans tous les clubs où je suis passé, j'ai remis en

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