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de passe, il va y avoir une orientation, tout le monde va se situer. Que ce soit en homme à homme ou en zone.

L'Espagne vous paraît être l'une des meilleures équipes de l'histoire, à même de rivaliser avec les grandes Yougoslavie de la fin des années 89-91 puis à partir de 1995 ? VC : La plus belle Yougo, c’est 1989. L’URSS de 1984, celle du pré-olympique, mais qui ne va pas à Los Angeles à cause du boycott, met 27 points à l'Espagne au TPO, et derrière l'Espagne en prend 27 en finale des Jeux contre l'équipe de Michael Jordan. L'Espagne de cette année est dans cette lignée. Tu as l'impression d'une domination qui ne peut pas s'arrêter comme ça. Pendant quelques années, tu as le sentiment qu'ils vont être au-dessus. JM  : La Yougoslavie de 89 à Zagreb était imprenable. Injouable. VC  : Avec l'Espagne, ce qui est impressionnant, c'est le nombre de joueurs formatés dans ce moule-là. JM : C'est plus une équipe nationale, c'est un club. VC : Les 10-11-12e sont des mecs qui jouent 20 minutes en Euroleague. JM : Et puis ceux qui vont en NBA, ils jouent pour la gagne, pas pour pas finir dernier. C'est pas pareil de jouer aux Spurs ou aux Warriors. Ronny, il a progressé aux Warriors, de par le temps de jeu, mais il est certainement plus intéressant pour lui de s'entraîner aux Lakers qu'aux Warriors.

Sur l'Euro, avez-vous vu des grandes tendances, dans l'essence même du jeu ou sur des points technico-tactiques particuliers ? VC : Une grosse tendance, la défense des pick-and-rolls. Il y a quelques années, il y a beaucoup d'équipes qui sortaient...… JM : Comme des fous ! VC  : C'est ça, comme des fous. Or là, la majorité sont en protection ou en inversion sur les pick-and-rolls de côté.

Ouh là ! Ça veut dire quoi ? VC : Avant, comme les meneurs sont très forts, on décidait d'arrêter dans l'œuf l'action de pick-and-roll. C’est-à-dire que le défenseur de celui qui fait l'écran sortait sur le porteur de balle. Or, maintenant, le défenseur de celui qui fait l'écran est souvent deux ou trois mètres derrière. Ça vient de la taille des pivots. Comme ils sont grands, difficile de les faire sortir sur le shooteur. Les Espagnols font ça avec Gasol, les Russes avec Mozgov. Tout le monde peut sortir sur le pick-and-roll mais le plus difficile, ensuite, c'est de rentrer. Le gars qui fait 2,15 m a du mal à reculer. JM  : Si tu réussis à sortir le grand loin du cercle, non seulement il aura du mal à revenir car il est grand mais, en plus, il ne sera pas opérationnel au contre et au rebond défensif. D'où le choix de demander à ton grand, en défense, de reculer. Sinon, autre chose : de l'autre côté du terrain, ça joue avec deux, voire trois arrières. Ça couvait depuis un moment : les Spurs, le Panathinaikos.… Cite-moi le poste 3 du Pana quand ils jouent avec Jasikevicius, Spanoulis et Diamantidis ! La seule limite, c'est de pouvoir défendre avec trois arrières. Mais quand tu peux... Le basket à trois arrières, ou alors deux arrières ou deux meneurs quasi systématiquement, ça marche. Je trouve, personnellement, que c'est une bonne nouvelle pour la qualité des transmissions, la qualité de jeu. Et avec la ligne à 6,75 m, ça me paraît intéressant. Ça va remettre en route des trucs. J'en parlais avec un de mes anciens joueurs récemment et je lui disais : ne va pas aussi profond dans tes pénétrations, bloque-toi à deux-points. L'intervalle à deux points est abandonné actuellement. Au championnat d'Europe, c'était caricatural : trois-points ou sous le cercle. Moi ça me frustre ce basket-là. Avec la ligne à 6,75 m, il va falloir s'y remettre à l'intervalle à deux-points.

VC : Tout à fait. Mais ça dépend des joueurs. Il n'y a pas beaucoup de joueurs qui ont cette qualité-là. JM : Nico Batum. Tony. VC : Nando peut mettre des paniers à deux points. C'est très précieux car ce sont des zones qui sont abandonnées par les défenses. Tu ne peux pas tout couvrir, donc tu te concentres sur la ligne et la raquette. JM : L'année prochaine, le pourcentage à trois-points va se réduire. VC : Il va prendre une claque, c'est sûr ! JM : Une belle, en plus ! Et puis, on va arrêter de voir tout le monde tirer à trois-points. VC : Les faux shooteurs vont être obligés de...… Je me rappelle quand la ligne à trois-points est arrivée (ndlr : 1984), ça a fait du bien car le jeu se comprimait. JM  : Ça va faire respirer le jeu. Mais ça va enquiquiner les services municipaux parce qu'il va falloir repeindre les terrains ! (Rires)

Une question que vous aviez envie de vous poser, l'un l'autre ? JM : J'en ai une. On a mangé ensemble récemment donc on s'en est dit des choses. (Rires) J'ai ma petite idée. Plus facile d'enchaîner club puis équipe de France ou équipe de France puis club ? VC : Club puis équipe de France. Ça répond à ta petite idée ?

C'est dur, en ce début de saison, Vincent ? VC : Il y a la dimension physique, déjà. J'ai attaqué le mardi matin en rentrant le lundi soir, quand même. Avec le tournoi d'Angers enchaîné. Je suis rentré à Lyon le dimanche suivant, j'étais explosé ! Là, je commence à récupérer (ndlr : entretien réalisé le jour de la deuxième journée du championnat). L’Euroleague va aussi m'aider à réenclencher car le challenge est excitant. L'Euro, c'est une machine à laver, comme le dit Jacky Commères, donc le contrecoup est obligatoire. Quand je parle de fatigue, à Angers, par exemple, j'étais plus énervé que d'habitude. JM : Alors, que dans l'autre sens, ça glisse. En plus, toi, tu sortais d'être champion. VC : Oui, et puis j'ai quand même pu m'arrêter un peu, huit à dix jours, donc ça permet de se mettre au ralenti.

Bon, Vincent, ta question pour Jacques ? VC : Je n'y ai pas du tout réfléchi. Allez : est-ce que, parfois, David (Cozette), sur certains de ses commentaires, ne t'agace pas un petit peu ? JM : Agacer, ce n’est pas le mot. Un journaliste fonctionne parfois par excès, mais il n'y a jamais de méchanceté dans ce que dit David. VC : Ça n'est pas du tout ce que je voulais dire. JM  : Quand on est journaliste, on peut s'emporter et avoir une vision unidimensionnelle d'un joueur alors que toi, en tant que consultant, tu as déjà vu le revers de la médaille. Tiens, je te donne un exemple, et ce n'était pas moi qui était à côté de David. Antoine Mendy (de Pau) a fait un bon match contre Limoges, mais je ne l'aurais pas mis MVP. J'aurais mis Teddy Gipson, qui, pour moi, avait régné sur le match. VC : Agacer était un mot trop fort. Je voulais dire que...… Quand je vous écoute, je perçois des commentaires où il donne un avis de technicien, même s'il ne le fait pas trop, et toi je sens que tu es sur la réserve mais que tu lui dis : non, David, c'est pas ça. C'était dans ce sens-là que je posais la question. Mais vous êtes très complémentaires. JM  : Le truc, avec David, c’est qu’il provoque. Quand il veut me faire dire quelque chose, il va dire l’inverse. Il est malin, le bougre. J’ai plus de passes d’armes avec certains journalistes… À la mi-temps des matches, j’entends des analyses, des fois (il lève les yeux au ciel), je ne peux pas me retenir ! (Rires) ■

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