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EUROLEAGUE

22 ANS DE FINAL FOUR EUROPÉEN - épisode 3/6 7 TITRES EN 18 SAISONS

LE MAÎTRE SUPRÊME

Depuis 1992, Zeljko Obradovic sème la terreur sur le continent, et la désolation chez les adversaires. Onze Final Four, dont sept victorieux, avec quatre équipes différentes, autant de chiffres irréels, qui font de lui le recordman absolu, toutes catégories. Un monstre. Par Fabien FRICONNET

Jamais passé de mode

Yorgos Matthaios/Euroleague Basketball/Getty Images

P

ar quel bout le prendre ? Il faudrait revenir sur sa carrière en sélection nationale, jalonnée de médailles et de trophées avec la Yougoslavie. Mais ça serait trop long. Il faudrait évoquer l’homme, à la fois despote et technicien, fin et affable. Revenir sur ses blessures, la plus marquante datant de sa période de joueur, lorsque, au volant de sa voiture, il tua un piéton, passant de ce fait un peu de temps en prison. Convoquer les souvenirs personnels, comme lorsqu’on le joignit sur son portable, en plein cœur de l’été 1999, alors que le bus de la sélection conduisait les stars yougoslaves sur les pentes des Alpes italiennes ; et qu’entre les sautes de réseau s’établit une agréable conversation, dans un baragouin mi-anglais miespagnol, qui laissa le jeune journaliste français à la fois séduit et interloqué par la disponibilité et la jovialité de celui qui passait pourtant pour Attila le Hun. On pourrait, si on en avait la compétence, se pencher sur les ressorts psychologiques d’un individu que la victoire obsède, qu’elle fait presque autant souffrir que la défaite tant elle est éphémère et appelle, dès le lendemain, plus de travail, plus d’exigence et plus de stress. Il faudrait chercher à comprendre ce qui a participé à créer cet alchimiste, qui joue avec les corps, les esprits et les caractères, les mélangeant, les secouant, les détruisant et les reconstituant à sa guise. Bref, il faudrait écrire un livre sur le recordman absolu de victoires en Euroleague. On va plutôt reprendre au début, pour cette fois. Ça commence à Cacak, en plein cœur de la Serbie. C’est là qu’il naît, en 1960, c’est là qu’il débute comme joueur avant, passage obligé, de rejoindre le Partizan. Cet arrière, un peu meneur, un peu défenseur, un peu shooteur, est le complément idéal des stars de la sélection et du Partizan, avec qui il participe au premier Final Four de l’histoire – oui, déjà – en 1988 à Gand. Déjà un coach. D’ailleurs, se souvient-on à Belgrade, on le surprit, lors d’un tempsmort du Partizan, affairé à clouer le bec à l’entraîneur d’alors et à donner ses propres consignes à ses coéquipiers, sur l’air de « c’est moi le patron ».

en 1999. Entre 1994 et 2002, Obradovic sera soit vainqueur de l’Euroleague, soit de la Saporta, soit au Final Four de l’Euroleague. Impensable. Ne lui manque que la Korac, mais il l’a gagnée comme joueur, en 1989. En 1999, quand il signe au Panathinaikos, sait-il qu’il s’engage pour un bail de onze ans (en cours) ? Probablement pas. Pas plus, sans doute, qu’il n’imagine qu’il va offrir quatre titres d’Euroleague aux « Greens » (2000, 02, 07 et 09). Et, contrairement à l’idée reçue, pas uniquement en bétonnant le jeu. Lors de ses quatre Final Four victorieux avec le Pana, si la rigueur et la défense sont au menu, comme chez toutes les meilleurs formations continentales, Obradovic sait tirer le meilleur parti de la richesse offensive de son équipe : 89-83 en 2002 contre la Virtus, 93-91 en 2007 contre le CSKA. Contrairement à beaucoup de coaches, qui Olympiakos, étouffé en deuxième mi-temps existent par cycle et qui, parfois, perdent un peu (59-57). Le sorcier est né, la méthode « défense et contrôle », instaurée par Maljkovic avec Limo- de leur feu intérieur à la longue, Obradovic n’est jamais passé de mode en quasiment vingt ans ges, fonctionne à plein dès l’année d’après, en faveur du Real Madrid qui, à Saragosse, désosse d’exercice. Quels que soient les joueurs, quels Olympiakos en finale, avec en figure de proue Ar- que soient les adversaires, quelles que soient vydas Sabonis (72-61). Comme avec la Benetton les tendances de coaching. Comme Messina, le ensuite, Obradovic ne gagne pas le titre national maître serbe a quelque chose en plus. Le Final mais offre au Real une Saporta (Coupe des Cou- Four, c’est son domaine, son terrain de chasse pes) en 1997, ce qu’il fera pour la Benetton aussi privé… ■ Badalone, en enfer. Danilovic marque 25 points mais sort pour cinq fautes, alors Djordjevic s’occupe de tout (23 points). Après un panier d’équilibriste de Tomas Jofresa, le divin chauve dévale le terrain et plante un panier à troispoints magique (71-70). Sa carrière est lancée. Celle d’Obradovic aussi. La saison suivante, il offre enfin le sceptre continental à la Joventut, en triomphant de l’ogre

Entre 1994 et 2002, Obradovic est soit au Final Four, soit vainqueur de l’Euroleague, soit vainqueur de la Saporta !

D’ailleurs, Obradovic ne tarde pas à devenir le boss. Dès la fin de sa carrière, en 1990, il re-signe avec le Partizan mais comme coach. Et dès sa deuxième saison, c’est l’apothéose. Au titre de champion de Yougoslavie, s’ajoute l’Euroleague. Avec un budget riquiqui et la guerre qui fait déjà entendre ses canons, la « petite équipe » serbe, dont les fleurons sont Sasha Djordjevic et Predrag Danilovic, s’extirpe de sa poule, sort la Virtus Bologne en quart de finale et se rend au Final Four d’Istanbul. En demi-finale, les deux joyaux transpercent Milan puis, en finale, envoient la meilleure formation du continent, la Joventut

EN CHIFFRES 1

Avec 7 titres d’Euroleague, Obradovic est, de loin, le recordman en la matière. Suivent, avec quatre trophées, Ettore Messina, Boja Maljkovic, Alexander Gomelski et Pedro Ferrandiz.

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À trois reprises, Obradovic a réussi le triplé Euroleague/ ligue/coupe (Partizan ’92, Pana ’07 et Pana ’09).

8

Obradovic a participé à 11 Final Four en tant que coach et, en 8 occasions, il a atteint la finale, où il ne s’est incliné qu’une seule fois, en 2001, à Bercy, abandonnant la « SuproLeague » au Maccabi Tel-Aviv.

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Obradovic a battu 11 équipes différentes au Final Four : CSKA et Olympiakos (3 fois), Maccabi et Efes Pilsen (2), ainsi que Milan, Badalone, Barcelone, Limoges, Partizan, Virtus Bologne et Vitoria. Il a été battu par 4 formations  : le Maccabi (2 fois), le Barça, le CSKA et l’AEK, seule « invaincue » face au coach serbe.

71

Son pourcentage de victoires en Euroleague (71,2% exactement) : 240 victoires pour 97 défaites. La meilleure saison : 2001-02 avec 19 victoires et 3 défaites (86,3%), et le titre au bout. Une seule saison négative au compteur : 2003-04, avec 9 succès en 20 matches.

77

Son pourcentage de victoires lors des Final Four (77,2%, exactement). Ses équipes ont en effet disputé 22 matches, s’imposant à 17 reprises.

BasketNews-496  

L'hebdodu baskey

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