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Choisir

sa voie

de développement Bilan annuel de l’impact du commerce équitable

Organisations de petits producteurs / 2008-2009


Banelino subventionne des repas chauds pour les enfants de cette crêche à Monte Cristi (République Dominicaine).

Nous remercions chaleureusement les producteurs et professionnels des six coopératives qui ont donné de leur temps pour la réalisation des études d’impact et des reportages qui les illustrent : Banelino (Rép. Dominicaine) ; Conacado (Rép. Dominicaine) ; Fapecafés (Equateur) ; Apromalpi (Pérou) ; Cocla (Pérou) ; Fecafeb (Bolivie). Crédits photos : Bruno Fert (Yungas, Bolivie) Pierre-Yves Brunaud (Cenfrocafe, Pérou) Luc Boegly (Apromalpi, Pérou) Didier Gentilhomme (Fapecafes, Equateur) Nicolas Gauthy (Banelino et Conacado, République Dominicaine).


A qui profite le Fairtrade ? Mesurer et comprendre comment le commerce équitable change la donne Dans quelle mesure le label international Fairtrade / Max Havelaar contribue-t-il aujourd’hui à la lutte contre la pauvreté? Quel est son impact sur la situation des paysans, de leurs familles, des coopératives dont ils sont membres et de leur environnement ? Autant de questions abordées dans cette brochure. Le développement de critères internationaux pour chaque produit pouvant être cultivé, fabriqué et commercialisé aux conditions du commerce équitable constitue une pierre angulaire capitale du système Fairtrade. Ces critères garantissent en effet le paiement d’un prix équitable et d’une prime ainsi qu’un mode de production écologiquement et socialement responsable. Il est bien sûr essentiel de contrôler le bon respect des critères du système Fairtrade en soi. Mais il est tout aussi important d’évaluer dans quelle mesure le commerce équitable améliore la vie des producteurs du Sud. Car cette amélioration est déterminante pour le bilan positif de notre travail. C’est dans cette optique que nous avons fait réaliser de nombreuses études d’impact ces dernières années, auprès d’un grand nombre d’organisations de cultivateurs actives dans le système Fairtrade. L’occasion aussi de poser des questions telles que ‘Sommes-nous sur la bonne voie ?’ ou ‘Comment améliorer encore le système ?’ Nous vous présentons ici, en guise d’exemple, une synthèse de six études d’impact parmi plus de quarante analyses disponibles. Les conclusions en sont positives : les producteurs bénéficient d’une sécurité économique grâce au commerce équitable labellisé. Celle-ci leur permet de renforcer leur position économique sur le marché et au sein de leur communauté de façon à pouvoir euxmêmes s’extraire de la misère. Certains points sont également encore susceptibles d’amélioration : plus que jamais, il faut remettre aux organisations la clef de leur propre développement, et à cet effet, la collaboration avec le réseau d’organisation non-gouvernementales doit être approfondie. Mais une chose est certaine: la perception d’un revenu décent est essentielle et reste une des conditions indispensables pour un développement durable. Il est possible d’imposer des critères écologiques et sociaux aux producteurs du Sud, mais ces exigences doivent absolument s’assortir d’un ‘return’ financier. Le commerce équitable labellisé le garantit et parvient ainsi à offrir une réponse à la pauvreté. En Belgique, nous collaborons avec toujours plus d’entreprises, d’organisations, de Communes du commerce équitable, d’ONG, de magasins et de consommateurs avec, pour conséquence, que de plus en plus de producteurs en profitent dans le Sud. Le commerce équitable se met en ordre de bataille afin d’aller toujours Lily Deforce, plus loin dans sa mission de lutter durablement contre la pauvreté. Bruxelles, 1er septembre 2009

Un merci tout particulier à l’équipe de Max Havelaar France, pour leur travail de coordination et pour la réalisation de cette synthèse


Le système international du commerce équitable labellisé

6IVREDIGNEMENTDESONTRAVAIL !UJOURDHUI LESTROISQUARTSDESMILLIONSDE PERSONNESQUISOUFFRENTDELAFAIMDANSLEMONDE SONTDESAGRICULTEURSOUDESOUVRIERSAGRICOLES )LSNEPEUVENTPASVIVREDELEURTRAVAIL

´TREAUTONOMES 0OURÐTREDURABLE LEDÏVELOPPEMENTDOITÐTREMISEN “UVREPARLESPERSONNESMÐMESQUIENBÏNÏFICIENT ,ECOMMERCEÏQUITABLEPERMETAUXPRODUCTEURSDE SINSÏRERDANSLEMARCHÏMONDIALCOMMEILS LENTENDENT

2

!VOIRLEDROITDESASSOCIER ETDENÏGOCIERCOLLECTIVEMENT 3OUVENTISOLÏSENBOUTDECHAÔNE LESPRODUCTEURS NONTPASTOUJOURSLESMOYENSDESORGANISER)LS NONTPASACCÒSÌLINFORMATIONSURLÏVOLUTIONDES PRIX NIAUXOUTILSPOURTRANSFORMERLEURSPRODUITS NIAUXMOYENSDETRANSPORTPOUREXPORTER ,ESEMPLOYÏSAGRICOLESONTRAREMENTLAPOSSIBILITÏ DEDÏFENDRELEURSDROITS

Fonctionnement du commerce équitable labellisé

Standards $ISPOSITIONSMINIMALESETCRITÒRESDEPROGRÒS $ÏVELOPPEMENTÏCONOMIQUE ³QUILIBRERLESRELATIONSCOMMERCIALES ,ESPRODUCTEURSPER OIVENTUNREVENUSTABLEQUILEUR PERMETNONSEULEMENTDEVIVRE MAISAUSSIDINVESTIR POURMIEUXPRODUIRE

$ÏVELOPPEMENTSOCIAL 2ENFORCERLESORGANISATIONSDEPRODUCTEURS )LSSUNISSENTDANSDESORGANISATIONSDÏMOCRATIQUES BIENGÏRÏESETAUTONOMESFACEAUMARCHÏ,ESDROITS SOCIAUXSONTRESPECTÏS$ESPROJETSSONTFINANCÏSAU BÏNÏFICEDETOUSSANTÏ ÏDUCATIONx

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$ÏBOUCHÏSAU.ORD #RÏERDESMARCHÏS 3ENSIBILISATIONDESCONSOMMATEURSPARDES CAMPAGNESPROMOTIONNELLESOUPÏDAGOGIQUES $ÏVELOPPEMENTDELgOFFREAVECLESENTREPRISES ENGAGÏES

$ÏVELOPPEMENTENVIRONNEMENTAL 'ÏRERLESRESSOURCESDURABLEMENT )LSRÏDUISENTLEURIMPACTSURLANATURE ETPROGRESSENT VERSDESMÏTHODESDAGRICULTUREBIOLOGIQUE

1

Pourquoi faut-il un commerce équitable ?

#ONTRÙLESINDÏPENDANTSSYSTÏMATIQUES ,ECERTIFICATEUR&,/ #ERT SPÏCIALISTEDUCOMMERCEÏQUITABLE AGRÏÏ)3/ SASSUREDELAPPLICATIONDESSTANDARDSSURLETERRAIN


3

Effets sur le terrain à moyen terme Impact structurel

Finalité politique

2EVENUDURABLE ETMEILLEURESCONDITIONSDEVIE

$ÏVELOPPEMENTLOCALDURABLE

,ESFAMILLESONTDESRENTRÏESDARGENTSTABLES QUILEURPERMETTENTDESENOURRIR SELOGER ENVOYERLESENFANTSÌLÏCOLEx

,ACTIVITÏÏCONOMIQUEGÏNÏRÏEETLES INVESTISSEMENTSDELORGANISATIONDE PRODUCTEURSPERMETTENTDAMÏLIORERLES INFRASTRUCTURES DETIRERLESPRIXDESDENRÏES DEXPORTVERSLEHAUT%LLEPROFITEAINSIÌ TOUTELACOMMUNAUTÏ

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#HANGEMENTDESPRATIQUES DUCOMMERCEINTERNATIONAL

%NCONTRIBUANTÌSTRUCTURERAINSILESFILIÒRES LECOMMERCEÏQUITABLECHERCHEÌRÏÏQUILIBRER LESPOUVOIRSDANSLESMARCHÏSMONDIAUX

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LELABEL&AITRADE-AX(AVELAARMETENPLACEUNSUIVIDESRÏSULTATS


L’impact, ou comment le commerce équitable change le quotidien des familles agricoles

définition

exemple

mesure

les résultats

les effets

l’impact

Ce sont les conséquences directes de l’application des standards.

Ce sont les conséquences indirectes de l’application des standards.

Ce sont les changements significatifs et durables générés par l’interaction entre le commerce équitable et l’environnement socio-économique, institutionnel, naturel des producteurs.

L’organisation de producteurs reçoit un prix donné, une prime de développement. Elle tient une assemblée générale et sa gestion est transparente. Les producteurs n’utilisent pas les intrants interdits...

Au Mali, une organisation de producteurs a financé la construction d’un puits. Les producteurs ont pu s’acheter des charrettes et des animaux grâce à un meilleur prix...

L’organisation de producteurs a acquis une capacité de négociation auprès des pouvoirs publics. Les producteurs développent des stratégies de diversification... Voir pages suivantes.

Les inspections annuelles de FLOCert vérifient des points de contrôle précis. Le comité de certification décide de l’entrée ou du renouvellement de l’organisation de producteurs.

Un système de suivi-évaluation systématique est en train d’être défini en concertation avec les organisations de producteurs.

Un dispositif d’évaluation de l’impact du commerce équitable labellisé sur la base de plusieurs études de cas particuliers.

«

« Ne passons pas à côté des impacts structurels qui sont les plus forts. »

 La manière la plus simple de vendre l’impact en 5 secondes serait de dire aux consommateurs : « regarde nous avons fait une école ». Mais on passerait à côté des impacts structurels et forts qui font partie de la vie de la communauté. Je citerais des impacts collatéraux comme l’accès au crédit, l’accès à l’information, l’accès aux échanges d’expérience entre les organisations qui au final aident à consolider les organisations. Enfin, le fait d’avoir une organisation de producteurs plus forte doit être considéré comme l’un des impacts les plus importants. »

Raùl del Aguila Raùl del Aguila, président de la CLAC, le réseau des producteurs certifiés d’Amérique du Sud.


Un outil harmonisé pour mesurer l’impact Evaluer l’impact permettra d’améliorer l’action du commerce équitable. Pour y parvenir, il a d’abord fallu se mettre d’accord sur la méthodologie.

L

a réflexion autour de l’impact du commerce équitable sur les producteurs a été initiée en 2005 au sein de la fédération internationale FLO. En effet, jusque là, le label avait beaucoup investi sur la garantie des moyens mis en œuvre : les standards, les prix, etc. La certification permet de vérifier le respect des standards : paiement des prix ou procédures démocratiques des organisations. Cependant, cette vision reste partielle. L’ambition du commerce équitable est de changer durablement la donne pour les producteurs en agissant sur les conditions de leur développement, et en provoquant des changements sur la durée. C’est ce que cherchent à mesurer les études d’impact. Elles permettront au label Fairtrade / Max Havelaar de mieux connaître les effets de l’action du commerce équitable et d’améliorer son fonctionnement au service des producteurs.

Faire le tri Pour comparer ce qui est comparable, il a d’abord fallu se doter d’un cadre méthodologique commun. Pour cela, la fédération FLO s’est adjoint les services de consultants spécialistes du commerce équitable ou de la mesure d’impact. Un grand nombre d’études d’impact du commerce équitable existent déjà, mais le tri s’est avéré difficile : «  Nombre d’entre elles se focalisent sur certains aspects particuliers ou utilisent des approches tellement différentes que les comparaisons entre elles sont quasiment impossibles », explique Karine Laroche, responsable filières chez Max Havelaar France. Tout en restant souple, une méthode unifiée définit donc clairement l’ensemble des aires possibles de change-

ment avec l’action du commerce équitable pour permettre les rapprochements. « Ceci permettra aussi de s’assurer que si tel changement attendu n’était pas mentionné, cela est bien dû au fait qu’il n’a pas été constaté, et non pas qu’il n’ait pas été traité », explique Karine Laroche.

Six études de cas La méthode retenue : une série d’études de cas représentatifs de l’ensemble du commerce équitable labellisé. Les organisations de producteurs concernées ont participé à l’étude. « Elles nous ont aidé à déterminer ce qui était dû au commerce équitable et ce qui venait des organisations elles-mêmes, explique Karine Laroche. Cela a aussi permis d’éviter que l’étude devienne un audit d’organisation, ce qui est à l’inverse du but recherché. » Des experts externes ont apporté un regard neuf, un savoir-faire de la mesure d’impact : l’ONG d’appui au développement Agronomes et vétérinaires sans frontières (AVSF), l’Institute of development studies, le cabinet de consultants Oréade-Brèche. Des experts internes au label ont apporté leur connaissance du fonctionnement du commerce équitable, de l’historique des organisations, des dynamiques territoriales et des marchés concernés, etc.

L’évaluation de l’impact porte sur quatre niveaux : la famille, l’organisation de producteurs, le développement local et l’environnement.


L’AmÊrique Latine, continent his

#OLOMBIEEEXPORTATEUR

2Ă?PUBLIQUE$OMINICAINE

sEREXPORTATEURDECACAOBIO

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0Ă?ROU s EEXPORTATEURDECAFĂ?AU

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0

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27

0

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CafĂŠ

35

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Cacao

10

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1

1%

TROIS PRODUITS E DU COMMERCE ÉQUITA 

Banane

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storique du commerce ĂŠquitable

#ÙTED)VOIREET'HANAERETE PRODUCTEURSDECACAOAUMONDE



Nb d'O.P.P.* % des volumes certifiĂŠes mondiaux CE**

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15

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6

_

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_

_

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IndonĂŠsie

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,5 % %

%

EMBLÉMATIQUES ABLE DANS LE MONDE

. plantations certifiĂŠes

AnnÊe lancement de la filière en CE**

0

1988

0

1993

36

1999

0AYSOĂĄSONTPRĂ?SENTESDES ORGANISATIONSĂ?TUDIĂ?ES

,ESCOOPĂ?RATIVES Ă?TUDIĂ?ESDANSCEBILAN #ONACADOET"ANELINO2Ă?P$OMINICAINE &APECAFES%QUATEUR !PROMALPIET#OCLA0Ă?ROU &ECAFEB"OLIVIE * Organisation de Petits Producteurs ** Commerce Équitable

AGRANDEMAJORITĂ?DUCAFĂ?ETLAMOITIĂ?DESVOLUMESDECACAO COMMERCEĂ?QUITABLEDANSLEMONDE


Les six organisations étudiées

Pour réaliser cette première série d’études, il fallait retenir six organisations qui exportent plus de 30  % en commerce équitable et qui avaient une ancienneté suffisante pour analyser l’impact. C’est pourquoi le choix s’est porté sur des coopératives situées en Amérique du Sud. Dans ces conditions, elles ont été retenues en raison de leur représentativité. Les prochaines éditions de ce bilan se pencheront sur d’autres bénéficiaires comme les salariés agricoles ou sur d’autres régions du monde comme l’Afrique ou l’Asie.

APROMALPI

1

(Pérou)

est une organisation de 170 membres constituée en 1996 à l’initiative d’un groupe de quarante producteurs de mangue. Ceux-ci cherchaient à améliorer leurs revenus et à échapper aux prix imposés par les intermédiaires. Après un an d’exportation, Apromalpi a pu obtenir la certification commerce équitable dès 2003. Elle produit sur 340 hectares, soit environ 2 hectares en moyenne par exploitation. Étude réalisée par l’ONG Agronomes et Vétérinaires sans frontières.

BANELINO 2 (République Dominicaine) a été fondée et certifiée en 2000 par trois groupes d’agriculteurs qui vendaient déjà en équitable. Elle exporte aujourd’hui 8 à 10 % des bananes de République Dominicaine. Elle regroupe 260 producteurs indépendants, soit le quart des producteurs de banane du pays. Possédant en moyenne 3 hectares, ils emploient tous chacun un à deux ouvriers permanents, à 80 % des migrants haïtiens. Étude réalisée par le cabinet Oréade-Brèche.

COCLA 3 (Pérou) est une fédération de 22 coopératives de café situées dans le département de Cuzco. Elle a été fondée en 1967 dans le but d’améliorer les conditions de mise sur le marché du café de ses membres. Elle compte 6 800 producteurs membres, généralement des petits producteurs familiaux  qui possèdent une douzaine d’hectares de surface agricole, dont 3,5  hectares de café en moyenne, des surfaces très modestes pour la région. Le café représente 80 % de leurs recettes monétaires. Étude réalisée par le cabinet Oréade-Brèche.

CONACADO 4 (République Dominicaine) fut la première organisation de producteurs de son pays à être certifiée en commerce équitable, dès 1996. Elle fut créée en 1988 pour répondre à la demande des associations de petits cacaoculteurs des zones rurales pauvres pour exporter directement leur cacao afin d’améliorer leurs revenus. Vingt ans plus tard, elle concerne 13 000 familles productrices qui cultivent des exploitations familiales de petites tailles. 77 % possèdent moins de 5 hectares. Peu équipés, ces producteurs emploient peu de main d’œuvre extérieure, hormis en périodes de pointe de travail. Jusqu’en 2004, elle commercialisait moins de 10 % de son cacao en commerce équitable ; aujourd’hui, elle en est à 47 %. Étude réalisée par le cabinet Oréade-Brèche.

FAPECAFES 5 (Équateur) est une fédération qui regroupe quatre organisations de producteurs du Sud du pays. Environ 1 300 familles exportent du café certifié Fairtrade / Max Havelaar depuis 2003. Ils possèdent entre 3 et 6 hectares de café et 1 hectare en fermage pour la production de riz et maïs. Ayant peu de terres, ils doivent en plus aller se faire employer trois mois par an dans les bananeraies et les élevages de crevettes de la côte équatorienne. Certains peuvent avoir jusqu’à 10 hectares de pâturage pour quelques bovins. Étude réalisée par Agronomes et Vétérinaires sans frontières.

FECAFEB 6 (Bolivie)

est une fédération qui regroupe 24 organisations, dont 20 certifiées Fairtrade / Max Havelaar depuis plus de 10 ans. Ces organisations comptent environ 4 000 membres, des Aymaras de l’Altiplano qui se sont vu attribuer des terres par une réforme agraire. Ils possèdent entre 0,5 à 2 hectares de café pour les zones les plus anciennes et en moyenne 6 hectares de café dans la zone de colonisation récente. Études réalisées par Agronomes et Vétérinaires sans frontières.


1

2

6

4

5 3


Grâce à ses investissements, la Conacado peut exporter du cacao séché de qualité supérieure.


L’effet prix

Des familles économiquement plus stables C’est avant tout la stabilité du revenu qui met les producteurs à l’abri des aléas et leur permet d’investir. Leurs petites exploitations familiales sont viables. Le commerce équitable permet aussi d’augmenter le revenu plus ou moins fortement. Trois types de gains économiques figurent dans les standards internationaux du commerce équitable. D’abord, le prix minimum garanti est une garantie de stabilité et apporte un supplément en période de cours bas. A cela s’ajoute, le cas échéant, un différentiel de prix biologique. Enfin, la prime de développement revient à la coopérative pour des investissements communautaires.

Un supplément de revenu ?

A l’abri des aléas

La production plus rentable

Si l’on devait retenir un effet économique majeur du commerce équitable, ce serait la protection face au risque de variation de prix et la stabilisation des revenus des familles. En temps normal, ces fluctuations les obligent périodiquement à chercher du travail à l’extérieur, ou à vendre leur petit cheptel bovin pour faire face à des besoins imprévus.

Par exemple, le fait même d’accéder aux marchés spécifiques du commerce équitable a fortement contribué à rendre la production plus rentable pour les familles. La plupart du temps, elle a aussi imposé de nouvelles exigences : suivi des cultures, qualité, investissement.

De plus, quand la conjoncture économique est mauvaise, le commerce équitable évite aux producteurs d’avoir à vendre les biens qui leur servent à produire, voire d’abandonner des exploitations. Au contraire, cette stabilité permet d’investir pour mieux produire.

Investir

malgré la crise

V

alentin Chinchay, président de Fapecafes, récolte le café dans sa parcelle de 4 hectares. En 1999, une crise économique a sévi en Equateur. Les petits producteurs du pays ont été particulièrement affectés. Dans le café, certains ont abandonné définitivement leurs terres. Le commerce équitable a permis à de nombreuses familles de maintenir une activité durable et même d’investir pour l’avenir.

Le prix minimum garanti induit donc une certaine sécurité économique. Selon les contextes et les périodes, il permet aussi des gains directs pour les petits producteurs, mais ce n’est pas toujours le cas. Il existe d’autres mécanismes, plus indirects, qui apportent des bénéfices aux familles.

La répartition des bénéfices n’est donc pas systématiquement la même pour tout le monde. Le soutien aux producteurs varie selon les quantités produites, les volumes vendus, ou selon la capacité à améliorer la qualité.


Écart en valeur entre les prix du café vert export en commerce équitable chez Cocla et les prix export sur le marché conventionnel (US$/Quintal = 46 kg) 175 150

Prix moyen café CE Bio

125

Prix moyen café CE Prix moyen café Bio Prix moyen café conventionnel (SHG)

100 75 50 25 0 2000

2001

2002

2003

2004

2005

2006

Chez les producteurs de Cocla au Pérou, les résultats économiques du commerce équitable ont un effet direct sur les niveaux de revenu des membres. Le café est une marchandise cotée en bourse qui fluctue beaucoup. Sur cette filière, le prix minimum garanti prend tout son sens. Fixe en période de cours bas, il a contribué à l’amélioration des revenus des familles productrices de Cocla. Entre 2000 et 2006, il a été en moyenne 68 % supérieur aux prix fluctuants du marché conventionnel. Cette stabilité permet aux producteurs d’éviter de devoir aller chercher un travail complémentaire ailleurs.

Quatre murs en dur

Un meilleur revenu permet d’améliorer les conditions de vie. Policarpio Mamani et son épouse Trigida peuvent enfin se faire construire une vraie maison.

pour Policarpio

A

Antofagasta, petite communauté des Yungas en Bolivie, Policarpio Mamani Yana supervise l’avancée des fondations de sa maison. Trois maçons coulent du ciment. Des palettes de briques creuses attendent leur heure. Maison de planches Policarpio reçoit encore dans son ancienne habitation, un espace commun clos par une palissade de planches juxtaposées. Une paillasse matérialise la chambre. À côté, dans un réduit, son épouse fait mijoter une marmite en aluminium au-dessus d’un petit brasier. « Ce n’est pas très confortable, minimise-t-il. Quand il pleut, l’eau passe à travers les planches. » Confort de base Sa nouvelle maison, elle, disposera de tout ce qu’on peut considérer comme le confort de base : « Elle fera 48 mètres carrés, avec l’eau courante, l’électricité, une cuisine, une

chambre séparée pour les enfants… » Pour le financement, Policarpio n’a pas emprunté un seul peso boliviano. Il a simplement mis de l’argent de côté durant trois récoltes successives. Pour lui, plus question de survivre au jour le jour : le temps est venu d’investir. Le prix minimum garanti du commerce équitable contribue à lui assurer un revenu stable. Des revenus quintuplés En 2005, les revenus des producteurs certifiés des Yungas étaient situés entre 1 600 et 2 700 €. Ceux qui vendaient leur café sur le marché local oscillent plutôt entre 320 et 595 €. Une famille de cette région avec deux enfants a besoin de 675 € par an pour survivre. Survivre, c’est pouvoir acheter des aliments et des produits de base au marché. Avoir une vie « digne et durable », c’est pouvoir en plus financer les études des enfants et en général investir pour l’avenir. 1 430 € sont nécessaires pour cela.


Les effets conjugués du prix et du marché

Investir collectivement dans la qualité Grâce à des débouchés plus stables, les producteurs décident collectivement d’améliorer la qualité et d’investir dans la production. Dans les différentes études de cas, on constate que les outils du commerce équitable confèrent une vraie capacité d’investissement aux producteurs et à leurs organisations. En effet, les producteurs accèdent à des marchés avec des garanties de stabilité. Or, c’est cette stabilité qui permet d’investir. Dans un premier temps, ces investissements portent sur l’amélioration de la productivité des exploitations et sur le choix de vendre sur des marchés de qualité. La qualité étant mieux rémunérée, les producteurs entrent dans une spirale vertueuse.

La Conacado

transforme le cacao

L

e cacao dominicain a eu longtemps une mauvaise réputation sur le marché international. Les prix moyens de ce cacao « Sanchez  » sont inférieurs aux cours mondiaux. Non fermenté, mal séché et conditionné, le Sanchez est un cacao de second choix.

Conacado. Pour nous, qualité et stabilité vont de pair. Cela a permis d’améliorer la qualité de vie de notre communauté. »

Une fermentation sous contrôle

Liqueur et couverture

Pour tirer plus de leur récolte, les producteurs de la Conacado ont donc décidé de s’orienter vers le cacao fermenté, dit « Hispañola  » qui permet de faire des chocolats aux arômes subtils. Dans chacune de leurs coopératives régionales, ils ont donc installé des bacs disposés en cascade où des spécialistes contrôlent la fermentation : 24 heures dans le premier, 48 heures dans le second... Après cinq jours de fermentation, le cacao est séché dans de grandes serres.

Progressivement, Conacado passe même à l’étape suivante. Les fèves sèches peuvent être directement exportées, mais elles peuvent aussi être transformées en poudre, en beurre de cacao ou en « liqueur » utilisés par les chocolatiers. Sous cette forme, la vente est évidemment bien plus rémunératrice, particulièrement sur les marchés du commerce équitable. 23 % de ces produits sont en commerce équitable. Prix moyen Hispañola commerce équitable Prix moyen Sanchez Prix moyen Hispañola standard (national)

3 000

Evolution des prix de vente du cacao en grain de la Conacado comparés au marché conventionnel.

2 500 Prix (en USD/T)

Ces lourds investissements ont été financés en grande partie par la prime de développement du commerce équitable. «  La qualité, et le prix qui va avec, nous ont permis, au fil des ans, d’accéder à des marchés stables, donc d’avoir un revenu stable, explique Osterman Ramirez, responsable qualité à la

2 000 1 500 1 000 2002/03

2003/04

2004/05

2005/06

Les fèves sont mises à sécher dans de grandes serres.

2006/07


Le choix de l’autonomie

Les producteurs s’engagent dans leur propre voie de développement La stabilisation des revenus et la meilleure rentabilité des activités agricoles favorisent la mise en œuvre de stratégies d’autonomie. La sécurité alimentaire est maintenue. Elle dépend de stratégies choisies par les familles. Dans un premier temps, le commerce équitable renforce la spécialisation des producteurs vers les productions de rente, vendues à l’exportation sur les marchés du commerce équitable. Tout en se spécialisant, ils privilégient de bonnes pratiques agricoles et passent plus facilement au bio, avec l’accompagnement technique de leurs organisations.

Capacité d’initiative Dans un second temps, grâce à la stabilisation du prix, le commerce équitable redonne des capacités d’initiative qui font que les producteurs choisissent de se diversifier. D’une part, ils peuvent entretenir des cultures de subsistance afin d’assurer leur sécurité alimentaire. D’autre part, certains se créent de nouvelles sources de

revenus : élevage, autres produits destinés à l’exportation, production pour le marché local, etc. C’est donc individuellement que chaque producteur assure son autonomie alimentaire au travers de stratégies diverses.

Marché local ? L’ensemble des organisations concentre donc la majeure partie de ses efforts sur les marchés d’export. Les marchés nationaux ne sont pas encore la cible prioritaire des ventes des organisations de producteurs. Toute une démarche de valorisation et de diversification des produits sur ces marchés reste à construire.

Comment Apromalpi

valorise ses fruits délaissés J

usqu’en 2005, Apromalpi ne commercialisait que des mangues fraîches « Kent », les seules à avoir une valeur pour l’exportation. Or, ses adhérents ne cultivaient que 20 à 30 % de manguiers de cette variété. Les bénéfices étaient donc limités, et les producteurs risquaient d’être contraints de reconvertir leurs plantations pour tout replanter en « Kent ». En 2006, ayant établi une relation de confiance avec ses importateurs, Apromalpi a pu s’orienter vers l’exportation de pulpe de mangue, ce qui lui a permis de valoriser les autres variétés de mangue cultivées par les producteurs, « Edward » et « Créole ». Par ailleurs, en se diversifiant, Apromalpi est devenu le fournisseur principal de mangues, de citrons verts, de papayes et de fruits de la passion pour une unité de production de confitures tropicales qui appartient à une autre coopérative. Ainsi, les producteurs ont pu valoriser la diversité de leurs arbres fruitiers.

Apromalpi vend certains de ses fruits à une autre coopérative qui les exporte sous forme de confitures.


L’effet régulateur

Les prix sur le marché local sont tirés à la hausse Le commerce équitable labellisé bénéficie aussi par ricochet aux producteurs de la région. Pour revendre aux importateurs du commerce équitable, les organisations de producteurs achètent les récoltes de leurs membres à des prix relativement élevés. Comme elles représentent souvent une part conséquente des producteurs de leur territoire, les acheteurs privés, par le jeu de la concurrence, doivent eux aussi payer un meilleur prix, voire fournir des services comme de l’appui technique. Ainsi, le commerce équitable labellisé contribue indirectement à une restructuration du marché local, voire national, ce qui a des effets sur le développement socio-économique du territoire.

Bolivie :

les intermédiaires du marché conventionnel s’alignent

Le prix du commerce équitable a un « effet régulateur » sur toute la filière café de la région de Caranavi (Bolivie). US$ / Quintal 120 100 80

Prix moyen sur le marché local de Caranavi. Prix moyen de l'arabica à la bourse de New York. Prix moyen d'export des organisations affiliées à la Fecafeb.

600

D

ans les Yungas de Bolivie, les coopératives de base de Fecafeb font concurrence aux acheteurs privés du marché local du café. Les ventes réalisées par les organisations de producteurs du commerce équitable représentent 25 % du volume total. Comme elles achètent à des tarifs privilégiés le café équitable ou biologique, les intermédiaires doivent s’aligner s’ils veulent préserver leur approvisionnement. Ainsi, l’impact du prix du commerce équitable s’étend indirectement à toutes les familles vivant du café dans les Yungas.

Un négociant local à Caranavi.

40 20 0

2001

2002

2003

2004


L’effet d’entraînement

Une économie locale plus dynamique Le commerce équitable labellisé contribue à créer des emplois agricoles et de nouvelles activités. Au fur et à mesure de leur croissance, toutes les organisations de producteurs étudiées ont besoin de plus en plus de main-d’œuvre. Il faut cueillir les fruits, contrôler le séchage du café, charger les camions, gérer les commandes... De plus, leurs activités contribuent à renforcer le tissu économique local, et dans certains cas, à améliorer les salaires locaux.

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’est le nombre estimé des emplois directs et indirects générés par le réseau de Cocla (Pérou) et ses 6  800 producteurs. La fédération génère une activité pour 18 % de la population en âge de travailler de la région de la Convencion et de Yanatile. Elle génère aussi un dynamisme économique local essentiel pour cette région rurale enclavée.

Les productrices de cacao de La Guardia, en République Dominicaine, confectionnent des produits qu’elles sur le marché local : confitures, vin de cacao, chocolat artisanal... De cette manière, la Conacado soutient des projets de diversification sous forme de micro-entreprises féminines.


L’effet organisation

Plus fortes, les coopératives gagnent en légitimité Les débouchés du commerce équitable labellisé ont contribué à structurer les organisations et à les rendre plus fortes. Les effectifs grandissent. Elles se retrouvent plus souvent en position de force pour négocier. En réponse aux besoins des producteurs, elles proposent des services de formation, d’assistance technique et de crédit. L’organisation de producteurs est l’épine dorsale du commerce équitable. Comme elle peut offrir de meilleures conditions commerciales, elle devient plus légitime face aux producteurs eux-mêmes. Plus confiants, ils sont plus nombreux à vouloir adhérer. Avec plus de membres, la coopérative peut proposer plus de volumes à ses clients, et améliorer son capital.

Être représentatifs L’organisation est porteuse de la voix de ses adhérents. Elle promeut leurs intérêts à l’extérieur, par exemple auprès des autorités locales ou des acteurs économiques influents. Son avis est plus volontiers pris en compte. Elle devient plus représentative au sein du monde rural paysan et prend une véritable dimension politique. Elle obtient des appuis qui contribuent à renforcer ses capacités de production, son assise commerciale et sa stratégie de durabilité.

Capital et trésorerie Les organisations de producteurs deviennent des institutions de référence sur leur territoire. Avec l’appui du commerce équitable, elles acquièrent un capital avec lequel elles dispensent des formations, du crédit, de l’encadrement pour le passage au bio... Le préfinancement des récoltes est déterminant. Il donne la trésorerie nécessaire à l’activité commerciale des organisations de producteurs. Il contribue aussi à améliorer la rentabilité pour les producteurs. Cependant les mécanismes actuels sont insuffisants. La fédération FLO développe de nouveaux outils financiers et économiques d’appui aux organisations de producteurs.

Commerce équitable et coopération Certaines organisations reçoivent une assistance technique de la part de projets de coopération d’ONG ou de partenaires économiques. Ces programmes sont complémentaires du commerce équitable. Par des formations, ils encouragent une gestion saine et professionnelle. Les standards et les contrôles du commerce équitable labellisé vont aussi dans ce sens. Chez les plus grandes et les plus anciennes coopératives, le développement est avant tout le résultat de leurs efforts et de leur capacité à s’organiser. Le commerce équitable apparaît alors comme un des leviers qui contribue à la diversification de l’offre, à l’amélioration de la qualité, à la diversification de la clientèle. Tout cela fait une organisation plus forte. Pesée en commun des sacs de café apportés par les producteurs avant l’expédition dans les Yungas en Bolivie.


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«  n effet de levier pour être reconnu comme acteur économique » Raul del Aguila dirigeant de Cocla (Pérou) et membre du conseil d’administration de FLO

Comment a évolué votre organisation à travers le commerce équitable ? Au Pérou, dans les années 1990, il y avait seulement quatre organisations de producteurs dans le café, et ces quatre organisations ont commencé par pure coïncidence à travailler dans le commerce équitable. Elles ont commencé à retisser le tissu social perdu. Dix-huit ans après, nous avons un réseau de quarante organisations de producteurs, toutes dans le commerce équitable. Alors que durant la période critique, les organisations de café exportaient de manière commune l’équivalent de 2 % de la production nationale, aujourd’hui, l’exportation de café équitable touche près de 30 % de la production nationale. Cela montre bien une chose importante pour le commerce équitable qui est le renforcement de l’organisation.

Quel est l’intérêt d’avoir une organisation forte ? Notre objectif n’est pas seulement de vendre. Nous cherchons aussi à avoir des répercussions publiques dans la région afin d’améliorer les services de base. Si l’on pense que les prix ou la prime du commerce équitable résoudront seuls les problèmes de base, je pense que nous nous trompons. Bien sûr, ils y contribuent... Mais l’effet le plus important est l’effet levier que crée le commerce équitable afin que les organisations puissent s’insérer dans le système financier, et ainsi être reconnu comme un acteur économique. Dans les années 1990, les banques nous refusaient les financements. Depuis, ayant accès aux marchés du commerce équitable, nous avons réussi à obtenir des crédits en nous connectant au système financier local. Ça a été fondamental pour toutes ces organisations qui sont du coup devenues des acteurs économiques. Nous avons pu faire respecter nos droits et influencer les politiques publiques.

Une nouvelle génération : l’entreprise paysanne

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râce à un programme de formations et aux inspections de FLO-Cert, les coopératives caféïères des Yungas, en Bolivie, sont de mieux en mieux gérées. La coopérative, c’est l’outil qui permet aux producteurs de ne pas rester isolés face au marché. Pourtant, les plus anciens s’en méfient encore. Ils ont trop d’exemples de présidents à vie, d’intendance douteuse et d’escroqueries. Mais peu à peu émerge une nouvelle génération. Ce sont les becarios, les lauréats d’une formation de 19 mois à l’administration, la gestion des organisations, la commercialisation et à la comptabilité avec l’appui de l’ONG AVSF. « Je me vois comme un chef d’entreprise, mais toujours au sein d’un collectif, explique un jeune becario. Nous devons acquérir des compétences en tant que groupe. Si nous ne sommes pas unis, nous risquons d’échouer. » Bonne gestion « Au début de la mise en place du commerce équitable, les premiers becarios à être formés à la bonne gestion ont pris la place de ceux qui monopolisaient le pouvoir », explique Nelly Usnayo, formatrice. Les becarios

font évoluer les coopératives vers des structures plus commerciales et plus efficaces, mais toujours dans un esprit mutualiste. Ainsi, les trois quarts des organisations de producteurs certifiées Fairtrade / Max Havelaar ont réformé leurs statuts. « Autrefois, à la coopérative Mejillones, la direction était empirique, se souvient Nelly. Il était courant qu’il y ait trois comptabilités : une pour soi, une pour les membres et une pour le fisc. » Organigramme Aujourd’hui, quand on arrive à Mejillones, au mur de la salle commune de la coopérative s’étale un grand organigramme : conseil d’administration, comité de surveillance, département qualité… Au moment de repartir, au terme d’une après-midi passée en compagnie des producteurs, on signe un compte-rendu d’une page, soigneusement manuscrit. Autre facteur motivant pour tenir les registres à jour : les visites de FLO-Cert, la société qui contrôle les standards de Max Havelaar. « Sans FLO-Cert, les formations n’auraient pas eu le même impact, estime Nelly. Les contrôles leur ont permis de réaliser qu’ils n’avaient pas de procédures. Ils se sont ainsi professionnalisés. »


L’effet marché

De nouveaux débouchés pour les petits producteurs Le commerce équitable labellisé ouvre de nouveaux champs commerciaux et contribue à renforcer la légitimité des organisations de producteurs. Dans les différents cas étudiés, le commerce équitable labellisé a permis aux organisations de producteurs d’acquérir une plus forte crédibilité commerciale. Elles ont accédé à de nouveaux marchés spéciaux comme le bio ou les cafés d’origine. Exportant ainsi pour la première fois, elles acquièrent un pouvoir de négociation jusque là inenvisageable. Elles établissent des partenariats commerciaux, dont certains sont assortis d’avantages financiers comme des avances à crédit ou des contrats servant de garantie pour des prêts. L’accès à ces marchés contribue à ce que les organisations de producteurs soient reconnues comme acteur économique fort du secteur. Cela leur confère alors une dimension plus politique. Evolution des volumes totaux et commerce équitable exportés par Conacado (Rép. Dom.). Tonnes

Conacado :

Les producteurs unis créent des alliances

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« Nous travaillons tous unis dans une même organisation. » Abel Fernandez Responsable export à la Conacado (République Dominicaine)

ans son bureau de Saint-Domingue, Abel Fernandez est un homme occupé. Plusieurs téléphones greffés à l’oreille, il gère les exportations de plus de 10 000 petits producteurs. Depuis plus de quinze ans, la Conacado vend du cacao bio à Barry Callebaut. « Quand Barry a acheté dans les conditions du commerce équitable, notre relation s’est encore renforcée.  » Au-delà des critères du commerce équitable, les deux partenaires ont conclu un accord suivant un «  partenariat public-privé » : la Conacado fournit un cacao haut de gamme et Barry Callebaut apporte un appui technique. Abel Fernandez fouille dans ses archives et en tire une revue de presse. On y explique que Conacado a fait face au gouvernement qui avait créé un impôt prélevé de manière par-

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Exports totaux Exports en commerce équitable ticulièrement inégalitaire sur les ventes des petits producteurs. « Grâce à la force de notre organisation et au lien très fort que nous entretenons avec des organisations telles que Equal Exchange, on a pu mettre la pression sur les autorités locales afin que cet impôt cesse d’être appliqué. » Sur ce principe, la Conacado ne compte plus ses alliances avec des entreprises et des institutions internationales. « C’est aussi un outil de pression pour le cas où les acheteurs refuseraient de payer ou prendraient du retard. Ce sont les avantages d’être affiliés à un système de commerce équitable : nous travaillons tous unis dans une même organisation. »


Les producteurs gagnent en influence politique Fortes de leur accès aux marchés d’exportations, les organisations se retrouvent plus crédibles au moment de négocier avec les institutions. Plus reconnues, les organisations de producteurs se font une place dans les espaces nationaux et internationaux pour défendre les intérêts des producteurs. Elles contribuent ainsi à définir ou à renforcer les politiques sectorielles. Trop souvent, la catégorie des petits producteurs est écartée des décisions politiques la concernant et non considérée parmi les acteurs économiques d’importance. Au sein des organisations étudiées, ils se retrouvent en position renforcée, parfois de leader, sur les marchés d’exportation. Ils font usage d’un nouveau pouvoir d’influence à des niveaux de décisions politiques. C’est un changement significatif dans les rapports de force au niveau local, régional et national que les producteurs valorisent tout particulièrement. On peut parler d’une forme de démocratie dans le marché.

Eugenio Villca Maldonado prend la parole lors d’une réunion de la Fecafeb. La fédération des producteurs de café boliviens a pu négocier une loi sectorielle sur le café avec le gouvernement. Une grande première pour les producteurs de la région.


Solidarité

La fierté de travailler ensemble Les producteurs s’identifient à un collectif et se reconnaissent dans des représentants légitimes. L’accompagnement au renforcement des capacités de gestion des organisations de producteurs est un ingrédient nécessaire à la constitution des valeurs de démocratie, transparence des organisations de producteurs et à leur professionnalisation. Dans toutes les organisations étudiées, les producteurs ont exprimé une satisfaction liée à l’évolution de leur situation. Le commerce équitable labellisé est perçu comme un « levier » essentiel de développement de l’organisation par ses membres qui va jusqu’à apporter une revalorisation de l’estime de soi.

Très militant, Santiago Mamani Guaranca se considère comme « un chef d’entreprise, mais toujours au sein d’un collectif » constitué par son association Villa Oriente, dans les Yungas en Bolivie.

Au Pérou, les producteurs de Cenfrocafé construisent ensemble une nouvelle unité de séchage du café. Pour eux, « travailler dans l’unité » est plus qu’un slogan, c’est un mode de vie et une identité.


Des biens publics et des services collectifs pour tous Le commerce équitable labellisé bénéficie à la communauté grâce à des projets sociaux ou environnementaux. Le commerce équitable labellisé intervient dans des zones où les services publics et les infrastructures sont faibles, voire inexistants. C’est pourquoi les organisations de producteurs décident souvent de mettre en place des projets communautaires. Ces projets bénéficient non seulement aux producteurs, mais aussi, le plus souvent, aux autres personnes des communautés environnantes, parfois les plus défavorisées. La prime de développement est souvent associée au développement de projets communautaires. Des fonds propres aux organisations de producteurs peuvent aussi y contribuer.

Parfois, au contraire, l’essentiel des investissements sert à améliorer les outils de production. Des équipements plus modernes contribuent à diminuer la pénibilité du travail, même si la majorité des producteurs continuent de cultiver à la main. Enfin, certaines des études relèvent que le salaire des travailleurs saisonniers employés dans les parcelles est en augmentation. Ce n’est cependant pas encore le cas partout.

Banelino donne

la priorité à l’éducation L

a région de Monte Cristi figure parmi les plus pauvres de République Dominicaine. Au bout de kilomètres de chemins poussiéreux, on rejoint un petit village, ou plutôt une communauté vivant sur ce qui reste des logements ouvriers d’une compagnie bananière ayant déserté les lieux il y a près de cinquante ans. On y vit sans eau courante ni électricité. La notion de service public est inexistante. En grande partie au chômage, les adultes errent, désœuvrés. C’est dans cette zone que Banelino a choisi de concentrer la plus grande partie de ses investissements sociaux. Ceux-ci profitent aux producteurs, aux travailleurs qui les aident, mais aussi à tous les habitants. « Le commerce équitable ne bénéficie pas seulement au petit producteur mais à toute la communau-

té, car le producteur fait partie intégrante de la communauté », estime Marike de Peña, directrice exécutive de Banelino. Huit écoles Le seul médecin qui passe dans la zone porte sur sa chemise le sigle de Banelino. Il donne des consultations publiques gratuites dans une salle de classe. La crèche et l’école du voisinage sont également financées en grande partie par la coopérative : rénovation des locaux, frais de scolarité, fournitures, salaires du personnel... Au total, Banelino a choisi de financer huit écoles, ce qui n’est pas le fruit du hasard. « Les producteurs et les travailleurs de Banelino sont conscients que le progrès passe par l’éducation, souligne Susana Rodriguez, responsable des projets sociaux de Banelino. Pour eux, c’est très important.  »


L’effet bio

Une empreinte environnementale faible Le commerce équitable labellisé contribue à pérenniser une agriculture à petite échelle et respectueuse de l’environnement en normalisant les bonnes pratiques. Aussi, il optimise ce modèle d’agriculture en incitant au passage au bio. Cela s’accompagne d’une véritable prise de conscience au sein des organisations. Dans le cas de l’agriculture familiale, le commerce équitable labellisé encourage un mode d’agriculture qui est à l’origine manuelle et à faible niveau d’intrants, le plus souvent diversifiée. Ainsi, le café sous ombrage favorise la biodiversité. Un désherbage minimum permet de conserver la vie du sol. L’impact de ce modèle sur l’environnement est relativement limité.

Franchir le pas du bio Le commerce équitable labellisé a permis de généraliser certaines bonnes pratiques agro écologiques comme les engrais organiques. Il a incité les producteurs à aller plus loin dans la gestion des ressources naturelles. Les études n’ont cependant pas eu le recul nécessaire pour prendre en compte l’application de la nouvelle version des standards environnementaux, mise en place à partir de 2007.

Dans ces conditions, les effets environnementaux du commerce équitable sur la gestion des ressources naturelles restent donc très liés à la certification bio. Le commerce équitable labellisé permet de franchir le pas en valorisant économiquement la production bio grâce à un supplément au prix minimum garanti. Cela s’explique par des contraintes supplémentaires pour le cultivateur. Elle permet de minimiser encore l’impact sur l’environnement, notamment l’érosion des sols.

Prise de conscience Sur cette lancée, les organisations de producteurs et leurs membres ont pris conscience de la nécessité de préserver la biodiversité et de produire de manière durable. Ponctuellement, elles cherchent à sensibiliser plus largement la population à ces questions.

À la coopérative Cepicafé, les producteurs ont mis en place une pépinière afin de reboiser leur territoire.


« La production bio, c’est bon pour la santé, et ça permet de récupérer les sols qui ont été abîmés avec des engrais chimiques. Ca permet aussi de produire une alimentation saine pour la famille et pour les consommateurs. C’est un mode de production de nos ancêtres qui s’est perdu. » Segundo Chero Morales

membre d’Apromalpi (Pérou) depuis 2000, administrateur depuis 2 ans.

Couverture végétale Petit élevage Bananiers

Manguiers

La production biologique et la diversification des plantations permettent de préserver la vie du sol.

Citronniers


Brochure française adaptée pour la Belgique Conception graphique originale : www.philographiste.com

Max Havelaar Belgique rue d’Edimbourg 26 1050 Bruxelles Tél. : 02 894.46.20 Fax : 02 894.46.21 www.maxhavelaar.be


Brochure d'impact 2009  

Voici la brochure d'impact de Max Havelaar, intitulée "Choisir sa voie de développement"

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