Orbs, l'autre Planète #0, Le Commencement. Bonnes feuilles....

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L’INCROYABLE DÉCOUVERTE MÉDICALE

DE LUC MONTAGNIER Maxence Layet

Le Prix Nobel de physiologie ou de médecine 2008 affirme avoir mis en évidence une nouvelle propriété de l’ADN : l’émission d’ondes électromagnétiques ! Il nous explique que sa découverte pourrait bien être un moyen révolutionnaire de détection et de traitement des maladies chroniques. Mais pas seulement… Notre ADN serait aussi la clé d’une nouvelle vision de la médecine.

© Jean-Yves Bilien / BigBangBoum Films.

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L’INCROYABLE DÉCOUVERTE MÉDICALE DE LUC MONTAGNIER

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onverser avec le professeur Luc Montagnier est une expérience mémorable. J’ai eu la chance ces douze derniers mois de pouvoir le rencontrer à plusieurs reprises, d’échanger avec lui et de faire plus ample connaissance avec ses recherches. L’homme, sa vivacité indéniable et son esprit malicieux, m’ont touché. Sa conscience de sa propre finitude également.

LES ONDES ET LA SANTÉ Luc Montagnier mène sa recherche à la croisée des mondes. Eminent virologue, récompensé en 2008 par un prix Nobel de médecine pour sa découverte du virus de l’immuno-déficience humaine (VIH), le virus à l’origine du Sida, le Pr Luc Montagnier est un immunologiste chevronné, avec une fine connaissance des rouages de la biologie moléculaire. Mais, depuis les années 2000, le président de la Fondation recherche et prévention du Sida à l’Unesco, s’intéresse aussi aux ondes. Et pas à n’importe quelles ondes. Celles émises par des bactéries, des virus, des fragments d’ ADN… Car ces parcelles du vivant rayonnent. Elles sont capables, par induction électromagnétique, c’est-à-dire en réponse à une émission d’énergie environnante, d’émettre des signaux électromagnétiques.

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VERS UNE MÉDECINE DE LA PRÉVENTION La médecine a connu des progrès extrêmement spectaculaires au XIXe siècle, avec des succès remarquables en matière de guérison ou de prévention des maladies. Le point commun est, à chaque fois, la présence d’une maladie, d’un agent infectieux et d’un traitement. Le concept de la médecine était alors relativement simple.

extrêmement variés, avec les pesticides, les pollutions de l’eau. Et les radiations bien sur. Nous sommes environnés d’un brouillard électromagnétique dont on ne peut exclure des effets sur les plus fragiles (les enfants, les nouveaux-nés et les personnes âgées) ou à long terme.

Ses découvertes sur les ondes et la santé, exposées lors du colloque Les racines des cultures et la mondialisation organisé par Jean Staune en décembre 2012 à l’École de médecine de la Sorbonne, à Paris, ouvrent des horizons insoupçonnés. Ses recherches extraordinaires, suffisent pour révolutionner le champ médical et transformer durablement notre vision de la maladie. En particulier notre approche des maladies chroniques, souvent considérées jusque-là Derrière cette découverte, une autre découverte. comme incurables. Celle de la capacité de l’eau a conserver cette information électromagnétique et à la restituer sous Qu’a découvert Montagnier de si incroyable ? certaines conditions de dilution et de résonance Que des maladies chroniques irréversibles, électromagnétique. Le Pr Luc Montagnier poursuit neurodégénératives comme la maladie d’Alzheimer, les travaux initiés par l’équipe de Jacques Benveniste, la maladie de Parkinson ou la sclérose en plaques, en 1988, sur la mémoire de l’eau. L’affaire, il y a près mais aussi la maladie de Lyme, l’autisme et certains d’un quart de siècle, fit grand bruit. Ce scandale, cancers, pourraient avoir une origine infectieuse. coûta à Benveniste sa carrière, son équipe et ses budgets. Ces maladies seraient dès lors la conséquence Injustement. Quantités d’articles scientifiques d’une infection bactérienne ou virale, latente sont venus confirmer ses observations. Poursuivant et quasiment imperceptible. Un traitement l’œuvre entreprise par Benveniste, Luc Montagnier anti-infectieux pourrait devenir un instrument de explore les applications médicales du phénomène. choix pour lutter contre ces maladies graves. L’ ADN, l’eau, les ondes, la santé. Une révolution Les résultats déjà observés sur le Sida, l’autisme, médicale se prépare. Une perspective visionnaire et vaste, confortent avec éclat la thèse du Pr Luc Montagnier. dont voici les grandes lignes saisies au cours de l’intervention du Pr. Montagnier en décembre 2012…

Nos informations génétiques ont mis des milliards d’années à se constituer. Si nous y touchons, même sans le savoir, par notre environnement, nous agissons non seulement sur nous-même mais aussi sur STRESS OXYDATIF Il y a les facteurs de risques bien connus : le tabac, nos descendants. Il faut penser que nous sommes l’alcool, la pollution des aliments, l’exercice physique responsables des futures générations. trop intense, les infections parasitaires, bactériennes et virales. Les facteurs liés à l’environnement sont

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Nous sommes maintenant face à des maladies complexes, multifactorielles. Et nous ne savons pas très bien comment les prendre. Au cours des soixante dernières années, la recherche fondamentale en biologie et de nombreuses applications médicales doivent beaucoup aux découvertes en relation avec l’ ADN. Mais la biologie moléculaire est une science des mécanismes, qui s’attache surtout au comment des choses, pas vraiment à leurs causes.

L’EAU CONSERVE LES ÉMISSIONS ÉLECTROMAGNÉTIQUES DE L’INFORMATION GÉNÉTIQUE

Nous devons renouveler les concepts de cette médecine, et passer, je crois, à une médecine de prévention. Cette prévention se fait par des prédictions, où il s’agit de déterminer des facteurs de risques. De donner conscience de ces facteurs de risques et de les diminuer. Ceci vient avec la personnalisation et la participation du « patient en puissance ». Ce que que j’appelle la médecine des 4P : préventive, prédictive, personnalisée et participative.

Notre entourage immédiat a également changé. Les écosystèmes de nos muqueuses et de notre peau ont changé, avec une protection immunitaire amoindrie. Le monde microbien, du fait même de nos activités humaines, notamment médicales, s’est adapté pour échapper aux traitements que l’on veut leur imposer. Nous avons facilité une sélection naturelle.

Luc Montagnier


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Capture des signaux Le dispositif de détection se compose d’une bobine solénoïde, à même de capter et d’enregistrer le moment magnétique des ondes produites par la solution d’ADN contenue dans un tube à essai en plastique. Les signaux magnétiques sont ensuite convertis en courant électrique. Ce courant est alors amplifié et finalement analysé dans un ordinateur portable par un logiciel spécialement développé.

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échantillon

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bobine détectrice

Émission par induction L'émission d’ondes électromagnétiques ADN de très basses fréquences - situées entre 500 et 3000 Hertz - est uniquement observée dans certaines hautes dilutions des filtrats. Dans des dilutions de l’ordre du milliardième (10-9) jusqu’au millionième de milliardième (10-15). Les signaux électromagnétiques détectés ne sont pas proportionnels au nombre de bactéries ou de virus présents avant filtration. De très courtes séquences d’ADN suffisent à induire des signaux électromagnétiques. Ces informations ADN électromagnétiques peuvent être transmises à de l’eau pure, via une stimulation à 7 Hertz, une fréquence équivalente à des ondes naturellement présentes dans l’environnement terrestre. Le tube contenant de l’eau pure émet lui aussi des signaux électromagnétiques, aux mêmes dilutions que celles associées aux émissions électromagnétiques captées sur le tube à essai initial.

Ces facteurs de risques, même s’ils sont faibles, s’ajoutent les uns aux autres. Cette accumulation peut aboutir finalement à des maladies très graves, des épidémies et des maladies chroniques très variées et extrêmement difficiles à traiter. Toutes ont en commun un facteur biochimique qui est le stress oxydatif, avec, souvent, des agents infectieux.

Logiciel d’analyse du signal

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Le stress oxydant, bien connu des biochimistes mais moins des médecins, est un excès de molécules réactives de l’oxygène. Ces molécules attaquent nos membranes, nos lipides, nos protéines et surtout notre ADN. Le stress oxydant est donc une source de mutations de l’ADN. Nos défenses anti-oxydantes - notamment celles que l’on trouve dans l’alimentation sont des substances naturelles qui nous protègent de ce stress oxydant. Si nous n’avons pas le bon équilibre nutritionnel, si nous produisons davantage de molécules oxydantes, notamment au cours du vieillissement, les batteries de nos cellules vont vieillir plus vite que nos cellules elles-mêmes, et générer davantage de radicaux libres. Compenser le stress oxydant permet d’éviter bon nombre de maladies graves, notamment les cancers. Puisque les molécules réactives de l’oxygène agissent sur notre ADN.

SIGNAUX ÉLECTROMAGNÉTIQUES DE L’ADN Nous avons découvert que certains ADN de virus ou de bactéries émettent des ondes électromagnétiques. Il s’agit d’un phénomène de résonance lié à l’excitation de ces molécules dans certaines dilutions dans l’eau. Ces ondes reproduisent l’information de l’ADN initial - ce sont des ondes extrêmement spécifiques.

Images adaptées de l’article de Luc Montagnier et al. « DNA waves and water », Journal of Physics 2011.

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Est-ce quelque chose de restreint à ces agents ? Probablement pas. Toutes les séquences d’ADN peuvent émettre des ondes, mais à un niveau plus faible. Ce que nous détectons est le sommet de l’iceberg, c’est-à-dire les séquences qui produisent le plus de ces signaux. Certes, ceci a fait l’objet de controverses, mais je peux aujourd’hui affirmer sans hésiter que ces travaux sont solides et peuvent être reproduits en dehors de notre propre laboratoire. Les ondes ne sont pas seulement émises par l’ADN de départ, elles sont aussi produites par les nanostructures formées dans l’eau à ces dilutions. Ces structures peuvent d’ailleurs être distinguées selon leurs origines virales ou bactériennes, suivant leurs tailles. Si l’on filtre avec un filtre de 100 nanomètres, on détecte des signaux provenant de bactéries essentiellement. À 20 nano-mètres, les structures sont plus petites et proviennent de virus, notamment du virus du Sida ou des hépatites. Ce sont en général les bactéries pathogènes qui émettent des signaux. Les bactéries non pathogènes n’en émettent pas. Dans le cadre des virus, c’est un peu la même chose. Un virus atténué d’un vaccin n’émet pas de signaux, tandis qu’un virus « sauvage », comme le HIV du Sida, émet des signaux. Nous avons aussi isolé certains gênes responsables de ces émissions. Trois ou quatre gènes du virus HIV émettent, pas les autres apparemment. Mais ceci peut-être simplement une question d’intensité, de degré de sensibilité.

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Nous pouvons mesurer ces signaux de deux façons, par leurs changements d’amplitude ou par le spectre des signaux. Mais il s’agira, disons, d’un spectre de bases avec des ondes elles-mêmes porteuses d’ondes plus faibles mais plus spécifiques. Spécifiques de chacune des séquences d’ADN mesurées.

La PCR est en mesure de lire les nano-structures induites par l’ADN dans l’eau. Cette découverte révolutionnaire a suscité beaucoup de controverses. Car elle pose des problèmes fondamentaux, au niveau biologique mais aussi théorique.

Cette technologie nous permet de détecter avec une très grande sensibilité la présence d’un agent infectieux dans le sang, dans le plasma. On peut aussi extraire l’ADN de tissus, notamment de cancers, et observer la présence des signaux d’infections bactériennes.

Quelle est la finalité de ces structures dans le monde vivant ? Nous pensons que certaines bactéries ont trouvé ce moyen, en utilisant notamment des ondes que l’homme émet mais aussi des ondes naturelles, pour amplifier l’appareil génétique à distance et d’une façon invisible au système immunitaire.

L’opération peut se faire à distance. Le signal peut être digitalisé, numérisé et envoyé à un autre laboratoire à des milliers de kilomètres. Lors de notre première expérience des signaux ont été envoyés de San Diego à Shangai et de Shangai à Paris. Nous avons pu constater que le laboratoire receveur, à Paris, a été capable de reconstituer l’ADN d’une bactérie à l’origine de la maladie de Lyme.

Les applications médicales de cette découverte sont très importantes, probablement pour la détection précoce. Nous trouvons ces signaux dans des maladies qui ne sont pas connues pour être d’origine infectieuse. Cela concerne des maladies neurodégénératives comme la maladie d’Alzheimer, la maladie de Parkinson, la sclérose en plaques, mais aussi la maladie de Lyme, l’autisme et certains cancers.

ET L’EAU DANS TOUT ÇA ?

L’EXEMPLE DE L’AUTISME

Nous associons à la transmission des signaux une méthode extrêmement sensible, mais classique : la réaction de polymérase en chaîne (PCR). Grâce à des amorces spécifiques, la PCR détecte et amplifie des millions de fois une séquence d’ADN. Nous avons pu, à l’aide de cette technique, observer que la polymérase peut non seulement lire la double hélice de la molécule d’ADN, mais aussi probablement l’eau qui entoure cette double hélice et qui garde une empreinte spécifique des séquences des bases.

Actuellement plus de un pour cent des enfants sont atteints d’autisme dans les pays développés. Nous avons fait une étude sur une centaine d’enfants autistes, plus de 50 % d’entre eux ont montré une amélioration spectaculaire après un traitement antibiotique associé à des suppléments nutritionnels et des traitements antifongique, antiparasitaire, anti-oxydant et immunostimulant. Leur réponse au traitement suggère une origine bactérienne infectieuse à cette maladie.

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Il faut éviter que la médecine traite des gens « intraitables », impossibles à guérir. Il faut donc prévenir. Cela oblige à avoir une certaine conscience et une responsabilité de soi-même envers la société. Cela demande des changements de mentalités .

Le plus intéressant est que si l’on mesure les signaux électromagnétiques du plasma chez ces enfants, la plupart sont positifs et détectent une infection bactérienne latente. L’émission des signaux est, de plus, sensible aux traitements antibiotiques. Cela ouvre de réelles perspectives d’amélioration clinique des enfants autistes.

MODÈLE PATHOGÉNIQUE ET RESPONSABILITÉ PERSONNELLE Stress oxydatif, immunosuppression, infection bactérienne, et génération de nouveaux radicaux libres qui vont induire des mutations dans l’ADN, et des atteintes finalement irréversibles d’un certain nombre de cellules, notamment des neurones… Voici donc un modèle pathogénique qui peut s’appliquer aux maladies chroniques, à l’autisme mais aussi aux autres maladies neurodégénératives. Sachant qu’un stress, l’alimentation ou un autre facteur, peuvent modifier la microflore intestinale, et conduire, par la modification des muqueuses, à un passage de l’agent infectieux dans le sang et jusqu’au cerveau, aboutissant à un stress oxydant et à des dommages cellulaires. La médecine du futur sera une médecine de prévention et de prédiction, à l’aide, notamment, de tests de laboratoires, et grâce bien sûr à notre changement de comportement. Cette nouvelle médecine est selon moi la seule qui puisse exister dans une société évoluée. Les systèmes de sécurité sociale ne pourront jamais tout payer.

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Références www.lucmontagnierfoundation.org L. Montagnier, J. Aïssa, E Del Giudice, C. Lavallée, A. Tedeschi, G. Vitiello, DNA waves and water, Journal of Physics : Conference Series 306. 2011. L. Montagnier, J. Aïssa, C. Lavallée, M. Mbamy, J. Varon and H. Chenal. Electromagnetic detection of HIV DNA in the blood of AIDS patients treated by antiretroviral therapy. Interdiscip Sci Comput Life Sci, 2009. Vol 1, N°4. L. Montagnier, J. Aïssa, S. Ferris, J.-L. Montagnier and C. Lavalléee. Electromagnetic signals are produced by aqueous nanostructures derived from bacterial DNA sequences. Interdiscip Sci Comput Life Sci, 2009, Vol 1, N° 2. Luc Montagnier, Les Combats de la vie, 2008, JC Lattès. Professeur Luc Montagnier, vers une révolution de la médecine. Un film de Jean-Yves Bilien, DVD, 49 min, BigBangBoum Films 2012.


LA NOUVELLE DANSE DES CYCLES SOLAIRES maxence layet

Depuis quelques années, notre soleil a un comportement déroutant. C’est ce qui semble bien intriguer les scientifiques qui observent avec la plus grande vigilance les fluctuations de ses rythmes, de ses taches, éruptions et autres projections d’énergie. Un congrès consacré aux dernières découvertes sur cette « météo spatiale » et son impact sur la santé humaine, s’est tenu en juin 2012 à Moscou. Avec une large part consacrée à l’influence des cycles solaires. Une bonne occasion de faire le point sur ces questions et d’ouvrir un débat sur l’avenir de cette hélioscience.

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DANS L’UNIVERS, TOUT SE MEUT Teilhard de Chardin


LA NOUVELLE DANSE DES CYCLES SOLAIRES

L’INFLUENCE DES PLANÈTES ?

LE SOLEIL, CET INCONNU

Cette période de cent quatre ving ans du « barycentre » du Système solaire reste étonnamment similaire au cycle de Vreis-Suess, dont la période est associée à un minimum d’activité solaire. Et l’influence des planètes s’observe à la surface du Soleil, sur les flux de plasma qui bouillonnent et s’écoulent en surface. Les planètes du Système solaire auraient-elles leur mot à dire sur le cours des multiples cycles solaires ? C’est l’hypothèse majeure avancée par les chercheurs russes.

La science du comportement du Soleil est incomplète. Elle est surtout toute jeune. En matière de cycles solaires, la communauté scientifique moderne n’a connaissance en tout et pour tout que des relevés des quatorze derniers cycles solaires... C’est-à-dire d’un siècle et demi d’observations fiables, précises et complètes, systématiques et vérifiées, de l’activité des taches solaires. On comprend que c’est peu. Ce manque de recul entraîne une zone d’ombre, une part d’incertitude fondamentale.

« L’amplitude et la période du cycle solaire sont gouvernés par la circulation de surface. La valeur du coefficient de diffusivité des turbulences détermine le régime de fonctionnement de la dynamo solaire  », rappelle Vladimir Obridko. La force d’attraction des planètes ne produit pas le cycle solaire. Elle peut toutefois le moduler par des effets de marée qui accélèrent ou ralentissent le flux de plasma circulant en surface, assez pour changer l’orientation des flux. « L’effet de marée des planètes peut moduler les variations à long terme de l’activité solaire, en modulant la vitesse de circulation des courants de surface » estime Obridko.

« Chaque nouveau cycle modifie les contours de ce que l’on savait déjà ou apporte des éléments nouveaux, inattendus », résume Ishkov. L’influence de la vitesse de rotation du Soleil, son diamètre, commencent à être pris en compte. Celles des planètes du Système solaire aussi. Nous savons sans savoir. Une fraction d’Hélios nous échappe. Sa recherche se déroule sous nos yeux.

En influençant la dynamique d’ensemble, les géantes gazeuses participent aux turbulences en cours et à venir des différents champs magnétiques solaires et interplanétaires. Le retentissement de ces interactions dépasse le cadre de cet article.

Bibliographie Obridko V & col, « The Unusual Sunspot Minimum: Challenge to the Solar Dynamo Theory », in The Sun : New Challenges, Springer Verlag 2012. Choudhuri, AR, The origin of the solar magnetic cycle. Pramana, Journal of Physics 77, 2011. Lefebvre S. & col. Variability of Solar Shape, Journal of Atmospheric and Solar-Terrestrial Physics 71, 2009.

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LA ROUE

DU TEMPS Maji-Da Abdi

Avec plus d’une quarantaine de calendriers à travers le monde, des ères qui divergent au gré des cultures, des cycles qui se chevauchent et ne s’assemblent pas, l’histoire humaine est faite de différents temps. Ils ont été tissés, gravés, peints ou sculptés par les artistes et les artisans qui ont su les saisir au vol. Petite balade dans la plus invisible des dimensions.


LA ROUE DU TEMPS

Tout est cycle

Du grand mouvement de rotation autour du centre galactique au clignement d’un cil. Infiniment bref, infiniment lent, le temps s’écoule, dans la cosmogonie hindoue, décomposé en une multitude de cycles, étudiés dans des textes védiques d’une précision méticuleuse. L’humanité traverserait actuellement le Kali Yuga, l’âge de fer, le dernier des quatre âges de la Terre, qui dure 432 000 ans. Presque un demi-million d’années. Les yogas précédents ont duré deux, trois ou quatre fois plus longtemps. Le Maha Yuga, le cycle reliant les quatre Yugas, dure 4,32 millions d’années. Mais le Maha Yuga ne représentent qu’un instant dans la journée de Brahma, le dieu suprême créateur hindou. Un jour de Brahma compte en effet quelques mille Maha Yugas, totalisant 4,32 milliards d’années. Une heure de Brahma équivaut ainsi à 360 millions d’années terrestres. Et une seconde, 100 000 années terrestres. À l’autre extrême, l’ère de Brahma, le Maha Kulpa, dure, lui, un siècle du temps de Brahma. Son temps de vie représente un peu plus de 311 mille milliards d’années terrestres, au terme desquelles un nouveau dieu entamera un nouveau cycle de création. L’univers dans son entier est engagé dans un processus sans fin de destruction et d’engendrement, de mort et de renaissance. La roue du temps du bouddhisme tibétain n’a, elle non plus, ni début ni fin. L’enseignement du Kalachakra, qui signifie le temps (kala) et les cycles (chakra), tourne autour du cycle de l’univers, du cycle des planètes, des cycles respiratoires… Ce texte central et chargé de références à la tradition védique est considéré comme essentiel pour notre époque par le clergé tibétain. Le Kalachakra est le temps. Tout étant sous l’influence du temps, le Kalachakra sait tout.

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Peinture sur soie Mandala du Kalachakra cosmique. © 2012 NepaCrafts, www.nepacrafts.com.


Rene Barjavel

Romancier, scénariste, essayiste et journaliste, René Barjavel était un formidable conteur. Auteur de « Ravage », du « Voyageur imprudent » ou de « La Nuit des temps », il est aujourd’hui considéré comme le grand précurseur d’une science-fiction française populaire et humaniste. « L’enchanteur », comme ses fans l’appelaient, est parti en novembre 1985 nous laissant sur l’écritoire un essai inachevé, « Demain le Paradis ». Voici une sélection d’extraits de ce texte posthume qui, près de trente ans après sa publication, n’a rien perdu de son actualité. Bien au contraire…


DEMAIN LE PARADIS

La terre,

c’est quoi ? Une escarbille crachée par le big bang, la faramineuse explosion qui donna naissance à notre univers ? Si toutefois il y a eu explosion ?… Un organisme vivant, un cerveau brûlant, une tête dont nous sommes les poux ? À quoi pense-t-elle ? Est-ce qu’elle dort ? Est-ce qu’elle rêve ?

DEMAIN LE PARADIS

La Terre ? Imaginez que l’Afrique tout entière soit entourée de sable fin. Un grain de sable dans cette plage, c’est notre Terre dans sa galaxie. Et notre galaxie est un grain de sable dans l’ensemble des galaxies qui tournent, tournent, tournent dans l’univers. Et notre univers est un grain de sable dans l’ensemble des univers qui constituent la Création. Alors nous, là-bas, tout au fond, sur cette infime poussière invisible même au microscope, que sommes-nous ? Regardons-nous, si nous pouvons, et apprenons l’humilité…

Que nous soyons président ou éboueur, « idole » ou femme de ménage au noir, P-DG ou la dactylo à qui il pince les fesses, belle adorée Ou bien… ou tordue repoussée dans les coins, le célèbre Et cela n’exclut pas les autres hypothèses, auteur ou le préposé qui lui apporte la paire un microcomposant d’une des particules d’un des tourbillons d’un des atomes d’une des molécules de chaussettes commandée aux 3 Suisses, nous d’un des chromosomes d’une des cellules d’un des sommes tous et toutes la même chose : rien, gloire, pouvoir, richesse : zéro. organes d’un individu si démesuré que notre ciel tout entier, avec ses milliards de milliards de galaxies, Regardons le ciel, un soir d’été. Une étoile tiendrait dans la pointe d’un de ses cils ? brillante, parmi des multitudes d’autres : Antarès. Elle est très visible parce qu’elle n’est pas loin : La Terre ? seulement 5 298 048 000 000 000 kilomètres… C’est notre berceau, c’est notre maison, c’est notre domaine, c’est notre mère, que nous dévorons En voyageant à la vitesse de la lumière, comme des nourrissons à qui ont poussé des dents c’est-à-dire à 300 000 kilomètres par seconde trop longues. il nous faudrait un peu plus de cinq siècles et demi pour l’atteindre. C’est une des plus proches Mais voilà que nous nous préparons, Cinq cent soixante années-lumière seulement. d’une façon ou de l’autre, à la délivrer de nous.

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Les corps célestes les plus lointains détectés jusqu’à ce jour sont à 13 milliards d’annéeslumière… Ma calculette va me dire combien cela fait de kilomètres : 122 990 400 000 000 000 000 000… C’est-à-dire près de 123 millions de millions de milliards de kilomètres si je n’ai pas oublié une ou deux lignes de zéros… Et plus loin ça continue. Même si c’est le but de notre univers. On peut toujours faire un pas de plus, une année-lumière, quelques milliards de kilomètres. Toujours plus loin…

Et la Terre serait en un instant cuite et avalée… Petit, tout petit, cher petit Soleil, si modéré, si bienveillant, qui a permis l’éclosion de la vie sur la Terre et l’entretient dans la tiédeur, Soleil je t’aime, je dessine ton image sur tous les livres que je dédicace, on me demande parfois pourquoi, je réponds que c’est en signe de gratitude. Pensez-vous quelquefois, silencieusement, à le remercier ? Nous sommes ses enfants, à son échelle, minuscules.

D’après Einstein, ce n’est pas vrai : l’espace est courbe et le voyageur, avançant toujours, finirait par se retrouver à son point de départ. L’espace serait une sphère. Mais alors, autour de la sphère, autour de l’espace, il y a QUOI ? Ce QUOI, n’est-ce pas encore, forcément, de l’espace ?…

Pouvons-nous croire qu’un Dieu paternel, bienveillant ou sévère, se préoccupe de nous, moisissure rampant sur un globule éclairé par cette étincelle, au fond des gouffres infinis ? Et de notre façon de vivre ? Et des « péchés » que nous pouvons commettre ? S’il était tel que les religions perdues éperdues s’efforcent d’en maintenir l’image, Il semble que cette image courbe ait surgi dans il ne saurait plus où nous trouver… l’esprit d’Einstein pour le rassurer, pour le délivrer du vertige que suscitait en lui, homme d’imagination, Nous ne pouvons pas compter sur lui pour la pensée de l’infini. Il était aussi mathématicien nous sauver. Notre existence ou non-existence ne de génie. Il ne lui fut pas difficile de construire dépend que de nous et n’a aucune espèce d’importance, des échafaudages de calculs pour soutenir sa sauf pour nous. Si nous provoquons notre disparition, sphère. Aujourd’hui elle n’est plus très stable même en faisant sauter la Terre, l’Univers continuera sur ses poutrelles… de tourner sans le moindre trouble. Le Système solaire, ce vibrion infime, en sera lui-même à peine Antarès, à peine à plus de 5 millions affecté, et poursuivra sa ronde minuscule. de milliards de kilomètres… Chère voisine !… Son diamètre vaut 740 fois et sa luminosité 1 900 fois ceux de notre Soleil. C’est-à-dire que si elle se trouvait à la place de celui-ci, elle occuperait toute la surface du ciel !

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MétapsychiQUE & suRréalisme éléments d’histoire Bertrand Meheust philosophe, docteur en sociologie. Membre du comité directeur de l’Institut métapsychique international (www.metapsychique.org)

Transes, hypnoses, rêves, automatismes, perceptions extrasensorielles, télépathies, prémonitions... De nombreuses passerelles relient la recherche surréaliste et la recherche en parapsychologie, appelée métapsychique en France. Ce texte du philosophe et historien de la métapsychique Bertrand Méheust est extrait du catalogue de l’exposition « Entrée des médiums. Spiritisme et Art de Hugo à Breton ». Il retrace les contours historiques de cette liaison méconnue, évoquant ses grandes figures et scènes fondatrices.


MÉTAPSYCHIQUE ET SURRÉALISME : ÉLÉMENTS D’HISTOIRE

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a métapsychique est le nom donné en 1905 par le physiologiste Charles Richet (1850-1935) à l’étude scientifique des phénomènes dits « paranormaux ». Richet propose ce néologisme tandis que les Anglo-Saxons parlent de « recherche psychique » et les Allemands de « parapsychologie », discipline qui, à leurs yeux, devra se compléter d’une « paraphysique ». La métapsychique naît au carrefour de la psychologie, de la psychopathologie et du corpus de faits énigmatiques observés à partir de 1784 par le marquis de Puységur. Ce dernier, membre de la haute aristocratie, magnétisait des malades à ses heures perdues, quand il produisit involontairement chez un jeune patient un état de transe lucide à la faveur duquel semblaient se déployer des pouvoirs psychiques inconnus. L’étrangeté du « sommeil magnétique » frappa les esprits, et les disciples du marquis s’employèrent à le reproduire et à l’explorer pendant tout le XIXe siècle1.

C’est vers 1875 que la recherche psychique s’installe en Angleterre, à l’initiative du philosophe de Cambridge Henry Sidgwick, mais en France, elle tarde à s’institutionnaliser. Depuis 1885 et la création de la Société de psychologie physiologique, jusqu’à l’Institut général psychologique (qui, à sa fondation en 1900, avait commencé par s’appeler Institut psychique international), le domaine est tiré par certains du côté « psychologique » et par d’autres du côté « psychique »2. Pour comprendre cette distinction, il faut savoir que, aux yeux des théoriciens britanniques des sciences psychiques, le domaine du « psychique » renvoie aux pouvoirs encore inexplorés de l’esprit, par opposition au « psychologique », qui concerne les phénomènes courants de l’esprit humain. Le « psychique » pris en ce sens se mêle donc au « psychologique » dans les premiers modèles de l’inconscient, qui furent développés avant que Freud n’entre en lice ; de ce point de vue, la psychanalyse peut être considérée comme l’arbre cachant une immense forêt. Les automatismes, les effets de l’hypnose, les états de transe, les phénomènes de la métagnomie, etc., sont alors compris comme autant d’informations sur cette dimension qui déborde les cadres de la conscience.

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p. 58 S.V., Cahier de textes et de dessins médiumniques, Voulaines, 1921-1922. © Institut Métapsychique International, Paris.

Ci-contre Moulage de mains jointes en prière. Obtenue en plongeant les membres d’entités matérialisées par le médium Franek Kluski dans un récipient d’eau chaude où surnage une couche de paraffine fondue. En se dématérialisant, les entités laissent derrière elles des gants de paraffine refroidies d’une ou deux mains, d’un pied. Expérience menée en 1920. © Yves Bosson - Agence Martienne / Institut Métapsychique International, Paris photo.

p. 64 Marthe Béraud médium (alias Eva Carrière ou Eva C.) avec manifestation ectoplasmique, 11 mars 1918. Positif sur verre (sd), 84 x 99 mm. La publication des expériences de matérialisation d’ectoplasmes par Marthe Béraud, soumise à un contrôle sévère, va susciter le scandale. Face aux photographies de substances informes et de visages en papier, les spirites seront les premiers à crier au scandale. © coll. Institut Métapsychique International / Agence Martienne.


LES FEMMES PEINTRES DU MITHILA martine le coz

Nichée au pied de l’Himalaya, la plaine du Gange recèle un véritable trésor, la province du Mithila, pourtant considérée comme l’une des plus pauvres de l’Inde. Car c’est là que, autour d’un arbrisseau sacré, fleuri et encensé, les femmes peignent et enseignent à leurs filles l’art du dessin comme prière. Un fil sacré qui s’est déroulé depuis la nuit des temps, dit la légende, et qui perdure encore aujourd’hui. Illustratrice, poète et romancière, Martine Le Coz nous livre le récit de son voyage au pays de cet art millénaire, de ses rencontres puissantes aux confins de la campagne indienne.

Amrita 2012, Martine Le Coz. Amrita signifie « Celle qui ne meurt jamais », c’est aussi l’autre nom du Soma, le nectar de vie éternelle.

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LES FEMMES PEINTRES DU MITHILA

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pour éviter les bavures. Nous nous y sommes mises sous les yeux des autres, en demi-cercle devant nous, son frère, son neveu et sa nièce, la ravissante Chanda dont j’avais déjà fait le portrait, l’ami Rambharos, artiste de Madhubani, guide et traducteur aujourd’hui, la jeune Mukhesh et son père, Abha Dhas, la grande femme aimante qui, avec Dulari, Dulari l’avait mis de côté pour moi. J’avais suggéré : a orné de fresques le monument du poète Vidyapati à Madhubani… Une assemblée de témoins pour - Et si le corps des Krishna était peint en bleu ? assister à la cérémonie d’un partage initiatique. Le thème de l’œuvre est la danse du Rasalila, Cet après-midi ensemble est l’un des sommets que l’on traduit parfois librement par « la danse de l’amour ». La ronde formée par les jeunes femmes de ma vie : Dulari m’a offert de terminer son œuvre avec elle, coude-à-coude et nez à nez avec la couleur autour de Krishna et de Radha, sa bien-aimée, s’inscrit dans un aripana traditionnel (ou mandala, jaune du bonheur. Nous avons tourné peu à peu autour du dessin, nous éloignant l’une de l’autre cercle, en sanskrit). L’intérêt du motif réside dans le fait que Krishna apparaît simultanément auprès pour nous réunir à la fin, responsables microscopiques d’un peu de la présence divine répartie de manière de chacune de celles que l’on appelle ses gopis, les jeunes vachères qu’il a charmées au son de sa flûte. consciencieuse en chacune de ses expressions. ous sommes à genoux sur le sol depuis deux heures dans la pièce sombre, près de l’autel aux encens. Silencieuses l’une contre l’autre au bord du dessin à fond jaune, trempées de sueur et les yeux fiévreux, nous travaillons ensemble.

Au centre de la ronde cosmique, Krishna lié à Radha représentait l’Absolu et son énergie sur le point de déployer la manifestation de l’Univers en ses formes diverses. Sur la circonférence, la multiplication du dieu montrait l’attache du principe divin en chaque parcelle de la Création. C’était notre rasalila, notre acte de beauté… Elle avait acquiescé. Elle n’avait pas su comment Nos visages éclairés l’ont-ils attesté à la fin, devant s’y prendre. Le dessin était compliqué, elle avait la peinture terminée ? Car si rasa peut être traduit par la beauté ou l’amour, le mot désigne d’abord eu peur de voir le noir et l’indigo se confondre et brouiller l’image. Elle avait déroulé son grand carré l’état d’esprit et de cœur de celui ou celle qui contemple le spectacle de l’art. tranquillement et m’avait tendu son pinceau : « Tu me montres ». Pas le temps d’hésiter : Dulari m’attendait, un autre pinceau à la main, et posait entre nous son pot d’indigo ouvert au fond d’un bol Pour bien faire, il y aurait une foule de Krishna à repasser en bleu. Un mandala correctement réalisé doit être composé de dix parties, en fonction des divisions du Rig-Veda, le premier des recueils du Veda… Et Dulari avait trouvé le moyen de poster des Krishna supplémentaires aux angles de son dessin.

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Arbre de vie de Sita Devi 2012, Martine Le Coz. Très estimée, Sita Devi est l’une des premières à avoir transposé les peintures rituelles sur papier dans les années 1960-1970. Du tronc vers les branchages, cet arbre généalogique déploie les ramifications de sa lignée.



MAGNÉTISER

LA CHAIR? Cyril Fiévet

S’implanter des aimants sous la peau pour élargir son champ de perception, voilà la nouvelle lubie qui s’est emparée des « body hackers » américains. Dans la lignée des pratiques corporelles plus anciennes comme le tatouage ou le piercing, ces « pirates de l’humain » sont bien résolus à doter leur corps de fonctions inédites grâce aux composants artificiels habituellement réservés aux machines… Le journaliste et écrivain Cyril Fiévet, qui s’intéresse depuis plus de quinze ans à l’impact des technologies sur la société et au « transhumanisme », a enquêté sur cette « cybertendance » encore assez confidentielle.

© Avec l’aimable autorisation de Martin Simon / Andre Geim, UCLA.

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MAGNÉTISER LA CHAIR ?

MAGNÉTISER LA CHAIR ?

Une possibilité nouvelle est apparue en 2010 : l’adjonction de disques magnétiques sur les ongles. On lime les ongles, on leur applique plusieurs couches de gel, sous lumière ultraviolette (un traitement habituel pour l’application de faux ongles dans les salons spécialisés) et les disques métalliques sont collés entre plusieurs couches de gel. C’est en principe une technique provisoire et les disques magnétiques peuvent être facilement ôtés par la suite. L’effet produit semble similaire a Sur le fond, pressentir qu’un téléphone va sonner, savoir en le touchant si un fil électrique est celui des implants introduits par chirurgie. « Je peux fortement et facilement sentir les matières métalliques branché ou non, ressentir physiquement les effets avec le dos de mes doigts. C’est une pression très d’un portail de sécurité ou percevoir dans sa chair la résonance d’un moteur électrique distant peuvent douce et c’est totalement fascinant. […] Je ressens un paraître d’un intérêt limité. Pourtant, il s’agit bien là bourdonnement très léger avec les forts champs de perceptions inédites, rendues possibles uniquement magnétiques, mais c’est encore très subtil. », décrit Leigh Honeywell, une étudiante canadienne ayant par l’adjonction dans le corps de composants testé la technique 4. externes qui interagissent avec lui. Après avoir décidé en 2011 d’avoir un autre implant, dans son autre main, il conclut : « C’est une incroyable extension de la perception humaine. » (Décembre 2011). Plus récemment, il souligne que « les deux implants semblent de plus en sensibles », lui ont permis de « détecter des superchamps » et qu’ils ne perturbent en rien sa vie quotidienne ou son travail. (Octobre 2012).

NOUVELLES PERCEPTIONS, NOUVELLES INTERFACES Les implants magnétiques, loin d’être une simple finalité, ont avant tout initié un vaste champ d’exploration. Certains n’hésitent d’ailleurs pas à tester d’autres endroits d’implantation, y compris les plus intimes. « Pour tirer pleinement partie des sensations des aimants, il vaut mieux les implanter dans des zones fortement innervées, comme les bouts des doigts, mais ils peuvent également être utilisés pour la stimulation sexuelle de diverses zones génitales », explique ainsi Russ Foxx 3 , « artiste progressite » et spécialiste des modifications corporelles extrêmes. Dont acte : son site affiche des photos de clitoris, dûment agrémentés d’implants magnétiques.

« C’est une solution moins effractive que les implants. Les aimants sont attachés à la base des ongles pour accroître la sensibilité du lit de l’ongle. En avoir 4 ou 5 à chaque main est mieux. Et si vous devez passer un scanner, il suffit de les enlever à l’acétone. Je n’ai pas encore vu de faux ongles intégrant déjà des aimants prêts à l’emploi. C’est peut-être quelque chose à breveter… », commente Pat McCarthy 5, membre de LVL1, le hackerspace de Louisville, Kentucky. L’usage de néodyme en connexion étroite avec les tissus humains pourrait également conduire à des applications d’un genre nouveau. L’une des rares études universitaires menées sur le sujet, à l’université de Reading 6, confirme la réalité des perceptions décrites par les implantés, mais entrevoit également différents usages. Les chercheurs

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ont par exemple testé, sur deux étudiants implantés, la possibilité de coupler les sensations perçues dans les doigts à un système de navigation par ultrasons. Le dispositif convertissait les informations relatives aux distances (mesurée par le capteur ultrasons) en impulsions électromagnétiques de fréquences variables, ressenties dans les doigts via les implants. Là encore, la plasticité du cerveau fait le reste.

également être générées, de façon artificielle, via l’enrichissement volontaire des objets et des surfaces qui nous entourent. De signaux invisibles en textures virtuelles, perçus – à distance mais physiquement – dans les doigts et interprétés par le cerveau, il nous faudrait alors admettre que nous avons bel et bien ajouté un sixième sens, un sens magnétique d’origine artificielle, à notre perception du monde.

« Nous avons découvert que ce mécanisme constituait un moyen pratique de fournir des informations raisonnablement précises sur l’environnement d’une personne. Les distances étaient perçues de façon intuitive au bout de quelques minutes d’utilisation », lit-on. Les implants magnétiques pourraient ainsi servir de véritable interface sensorielle, par exemple à destination des déficients visuels. Ils pourraient même, selon les chercheurs, servir d’outils de communication, permettant à un individu de « recevoir » à distance des signaux invisibles et inaudibles, comme des messages codés en Morse par exemple. Et les chercheurs ajoutent : « L’utilisation d’aimants sous la peau ouvre d’excitantes possibilités en matière de « surfaces virtuelles». On passerait un doigt sur une surface lisse, tandis que des textures et/ ou des formes seraient artificiellement générées par stimulation de l’implant à l’endroit concerné. Des technologies de type écran tactile pourrait rendre cela possible. » Autrement dit, dans un monde où les implants magnétiques se seraient généralisés, nous pourrions non seulement percevoir des sensations inédites, au gré de nos déplacements et de nos rencontres avec des champs éléctromagnétiques aléatoires... mais ces sensations pourraient

notes 1. Interview accordée à BMEZine, « The Gift of Magnetic Vision », février 2004. 2. http://feelingwaves.blogspot.com 3. http://russfoxx.com4. www. radicalcollaboration.com/fr/ radical-collaboration-at-work 4. Article de Naresh Kumar, « Fingernails implanted with magnets », PSFK, juin 2010. 5. http://groups.google.com/group/lvl1, février 2012. 6. Jawish Hameed, Ian Harrison, Mark N. Gasson, Kevin Warwick, « A Novel Human-Machine Interface using Subdermal Magnetic Implants », IEEE 9th International Conference on Cybernetic Intelligent Systems, septembre 2010.

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Ce texte est adapté du dernier ouvrage de Cyril Fiévet : Body Hacking - Pirater son corps et redéfinir l’humain, FYP Editions, 2012.


QUELQUES REMARQUES SUR L’INDUSTRIE NUCLÉAIRE

À PROPOS DE LA CATASTROPHE DU JAPON Georges Lochak Ex-directeur de recherche au CNRS, président de la Fondation Louis de Broglie

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n le sait, la catastrophe de Fukushima est due à des phénomènes naturels rarement observés sur notre planète. En témoignent de nombreux reportages vidéo. Bien sûr, il y a eu des erreurs humaines (défauts de prévision, de sécurité et de réactions), mais ce n’est pas l’essentiel. L’essentiel est dans la nature. Pour autant, les conséquences parmi les plus graves étant d’ordre nucléaire, on est en droit de faire à ce sujet quelques remarques sur l’industrie nucléaire, pas seulement japonaise mais de tous les pays, y compris la France qui occupe en la matière une place de choix qui flatte légitimement notre fierté nationale. La principale remarque est que l’industrie nucléaire est basée sur l’idée de Joliot, Halban et Kowarsky, d’utiliser la désintégration en chaîne de l’uranium (qu’ils ont eux-mêmes découverte). Cette idée date de 1938 – près de soixantedix ans – (pli cacheté à l’académie) et elle reste à la base de tous les réacteurs, y compris le dernier-né EPR (European Pressurized Reactor). On est donc en droit de se demander si ce modèle n’a pas vieilli, bien que ses mérites soient immenses car, sans lui, nous n’aurions pas d’énergie nucléaire. Mais il n’est pas sans inconvénients, dont le principal est que les réacteurs actuels, à neutrons lents, sont basés sur la désintégration d’un isotope rare de l’uranium : l’uranium 235, qui n’entre que pour 0,7 % dans l’uranium naturel, dont la majeure partie, l’isotope 238, se perd dans les déchets. L’idée révolutionnaire en ce domaine a été le réacteur à neutrons rapides, dit « surgénérateur », dû pour l’essentiel à un grand physicien français, Georges Vendryes. Ce réacteur utilise l’uranium 238 et multiplie donc par cent le rendement de l’uranium naturel. En 1957, je travaillais à Moscou à l’Institut unifié de recherches nucléaires de Doubna et je me rappelle la visite de Francis Perrin, haut-commissaire à l’Énergie atomique, qui a parlé à l’ambassade de France avec enthousiasme de recherches encore à leur début. Celles-ci ont abouti à une maquette grandeur nature, Superphénix, abandonnée par des gouvernants submergés par les écologistes qui (comble de l’absurde) s’acharnaient sur un accident étranger au nucléaire : une fuite de sodium dans le circuit de refroidissement, qui relevait de la chimie ordinaire. Je signale que cette filière se développe au Japon, mais en fait dans le

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PAROLES ÉVÉNEMENTS LECTURES FILMS EXPOSITIONS RECHERCHE

LES REPÉRAGES DE L’AUTRE PLANÈTE LA TERRE - MÉTÉO SPATIALE À MOSCOU - FUSION FROIDE - MORT IMMINENTE À MARSEILLE - SOPHICRATIE - VISION À DISTANCE - GESTUELLE TOLTEQUE - FEMINISMES DU MONDE - AUBE NOUVEAU MESSAGE DE L’ANGE - MER D’ARAL AUROVILLE, LE LIEN D’OR - MEDIUMS - DESIGN AFRICAIN - KENZI - LIVRE ADN - FAIRE MONDE COMMUN...

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PAROLES ÉVÈNEMENTS LECTURES EXPOSITIONS FILMS RECHERCHE

P A R O L E S

LA TERRE de Pierre Oster

La terre est un savoir ! D’où les eaux, d’où les rochers jaillissent. La nuit, la plaine et la mer fondent un savoir proche des murs. Et, là, là ! là, solitude aux couleurs de la nudité des choses, Le soleil gravit les collines… Il redescendra dans les champs, Dans les mares, dans l’herbe. Autant de mares, autant de portes Par où le ciel rejoint le chaume. Arbres meurtris, chemins détruits, La campagne se tait. J’en conjure, en accepte la paix. Le silence Signifie-t-il que les talus… si hauts, face au dieu du Tout, Que les talus, de l’orbe des planètes au labyrinthe des plantes, Ferment sans cesse une prison ayant la forme d’un vallon ? D’un vallon protecteur… Et, grâce à l’humus, à quelque manne Humide, à la recherche de la rosée, au repos déjà solennel Du matin, je me voue à l’espace. À sa beauté je m’inféode Bien avant que les heures ne brillent. Ah ! je mesure à loisir Le petit jour… Sur l’horizon le soleil s’arrondit, s’exalte. La nuit le couronne. Il nous restitue et nous dicte et nous Vole une réponse ! Alors la pluie, infime, intime, agréable, Orne des traces élémentaires, alimente à présent le fanal Qui, augural, fatal, à la surface, à l’intérieur des gouttes, Vacille et les épuise… Imagination, quête et création D’un royaume. Ah ! je serre et je lâche une poignée de brindilles ! Je me veux serviteur, complice et tenant du poème épars Des sens. Serviteur des maisons dans leur sommeil. Et des ranges. L’une d’elle est un creuset. L’édifice du ciel pourvoit À notre besoin d’infini, nous montre une seconde route et compose Avec les vagues ! Avec les vagues, avec les vagues. Avec Des bois que nul ne sonde, des sentiers sans personne. Avec des grottes Qui leur ressemblent. Avec de nouveaux rochers sous la voûte des écueils, Héros de l’abîme ! Et les eaux recommencent à luire au niveau de la mousse. Audacieux, beaucoup plus qu’audacieux, presque audacieux,

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PAROLES ÉVÉNEMENTS LECTURES FILMS EXPOSITIONS RECHERCHE

E X P O S I T I O N S Cadre d’Union Alassane Drabo, 2005, bois et métal, H. 157 cm, collection de la Biennale d’art africain contemporain, Dakar. ©  Archives Musée Dapper/ Dominique Cohas.

ENTRÉE DES MÉDIUMS À LA MAISON DE VICTOR HUGO Cette exposition sur le spiritisme et l’art, de Hugo à Breton, rassemble un matériel iconographique littéralement exceptionnel. Outre des dessins de Victor Hugo, les portraits des participants et des manuscrits de procès-verbaux inédits de ces séances de tables tournantes, Entrée des médiums présente également une sélection d’œuvres, peintures ou dessins automatiques méconnus, réalisés par une galerie d’artistes-médiums. La découverte de ces œuvres repose sur une suite de coïncidences et de hasards, raconte Gérard Audinet, à la fois commissaire de l’exposition et directeur de la maison de Victor Hugo. Ce panorama remarquable et réussi est complété de pièces extraites des archives de l’Institut métapsychique international : matérialisation de matières ou moulage de mains ectoplasmiques réalisés par les médiums Franek Kluski et Marthe Béraud… Une visite incontournable. Entrée des médiums Maison de Victor Hugo, 6, Place des Vosges, 75004 Paris. Du 18 octobre 2012 au 20 janvier 2013.

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DESIGN AFRICAIN AU MUSÉE DAPPER S’asseoir, se coucher et rêver. Depuis toujours, les hommes fabriquent des objets qui répondent à leur besoins matériels et qui traduisent leurs cultures. L’exposition Design en Afrique au Musée Dapper présente tout un monde d’objets du quotidien, utilisés pour s’asseoir ou dormir. Des pièces créées dans une grande partie de l’Afrique subsaharienne et provenant d’Angola, du Mali, du Nigeria, ou encore de Côte d’Ivoire ou du Burkina Faso. Des œuvres traditionnelles ou récentes loin d’être anodines. Le mobilier raconte des mythes. La réalisation d’un siège, d’un trépied ou d’un repose-tête nécessite souvent plusieurs journées de travail afin de respecter les étapes de la taille du bois et l’inscription des motifs symboliques, décoratifs, sacrés. Le « siège de masque » des Dogons par exemple, une courte béquille en forme de Y en bois, décoré de figures mythique et utilisé lors des rites du Sigui, une cérémonie s’étalant sur plusieurs semaines,