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La Lettre Techniques de l’Ingénieur

Juillet - Août 2007

RÉSEAUX SANS FIL n°8  / 17 €

Perspectives

Vers la 4G Après le succès des réseaux de téléphonie mobile, les réseaux   de données sans fil à petite ou à grande couverture sont de plus en plus populaires d’autant plus qu’ils promettent la convergence tant recherchée des services voix et données tout en offrant   une mobilité (roaming) aux utilisateurs. Sommaire perspectives 01 Vers la 4G  Hakima CHAOUCHI Réseaux ad hoc 03 Communication dans les réseaux mobiles ad hoc discontinus  Frédéric GUIDEC Les évolutions de l’UMTS 04 Au delà de la 3G : nouvelle architecture et interface radio  Jérôme PONS Internet mobile 07 Déploiement du WiBro   en Corée du Sud  actualités 08 Logiciel 08 Livre 08 Manifestation

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e premier grand succès commercial des réseaux de données sans fil revient au WiFi (IEEE 802.11) qui a ouvert une voie de déploiement facile et rapide d’un réseau d’accès sans fil. Les autres technologies de données sans fil telles que Bluetooth, Wimax, ou Wimobile affichent aussi un avenir très prometteur au vue de la demande importante des utilisateurs en terme de mobilité et de flexibilité d’accès à tous leurs services multimédia depuis n’importe quel endroit. Ces réseaux de données sans fil intègrent aussi la mobilité et ont pour objectifs de fournir également des services de téléphonie mobile ou même de TV mobile. D’un autre côté les réseaux de téléphonie mobile ont aussi évolué pour pouvoir fournir aussi la transmission de données à haut débit en plus des services de téléphonie. On assiste aujourd’hui à soit une convergence, soit une rupture technologique : c’est une phase délicate aussi bien pour les opérateurs que pour les constructeurs puisqu’il s’agira soit de faire évoluer l’infrastructure existante, soit de changer tout le matériel existant et construire un nouveau réseau qu’on appelle aujourd’hui réseau de quatrième génération (4G). Introduction

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Une publication des Éditions T.I.

L’accès à tous les services de n’importe quel endroit est devenu un besoin utilisateur primordial. Les opérateurs ainsi que les fournisseurs de services travaillent sur des solutions d’accès au réseau et aux services qui supportent cette mobilité universelle et qui garantissent la qualité de tous les services multimédia. Après la première et seconde génération de mobiles, l’ITU (International Telecommunication Union) a développé un ensemble de normes pour un système de télécommunication mobile de troisième génération (3G) sous l’appellation IMT-2000 (International Mobile Telecommunication-2000) destinées à la création d’un réseau global. Elles sont prévues pour fonctionner dans la bande

de fréquences autour de 2GHz et offrir des débits de transmission de données atteignant au départ 2Mbps. En Europe, l’ETSI (European Telecommunication Standards Institute) a normalisé l’UMTS (Universal Mobile Telecommunications Systems) comme réseau de troisième génération. L’ITU a retenu cinq standards pour la troisième génération de mobiles sous le sigle IMT-2000 (International Mobile Telecommunications system for the year 2000). Il s’agit du W-CDMA (Wideband CDMA), TD-CDMA et TD-SCDMA utilisés dans la norme européenne UMTS (Universal Mobile Telecommunication System), du CDMA2000, EDGE (Enhanced Data rate for GSM Evolution) et DECT de troisième génération. Les réseaux IMT-2000 ont pour objectif d’inclure une itinérance mondiale, une panoplie de service à haut débit tel que la vidéo et l’utilisation d’un seul terminal dans différents réseaux sans fil (mobilité verticale). Un autre objectif est de rendre les services fixes et mobiles compatibles pour fournir une transparence à l’utilisateur. L’UMTS, basé sur la méthode d’accès W-CDMA1, permet théoriquement des débits de transfert de 1,920 Mbps, mais les débits offerts par les opérateurs dépassent rarement 384 kbps. Néanmoins, cette vitesse est nettement supérieure au débit de base du GSM qui est de 9,6 kbps. L’UMTS-TDD, basé sur la méthode d’accès TD-CDMA2, n’est pas compatible avec l’UMTS. Le réseau 3G développé en Chine est basé sur TD-SCDMA3 (Time DivisionSynchronous Code Division Multiple Access), un standard local pour éviter de payer des droits des autres standards 3G. Dans la famille des standards CDMA2000, on retrouve CDMA2000 1x, CDMA2000 1xEV-DO, et CDMA2000 1xEV-DV qui sont des successeurs directs de 2G CDMA (cdmaOne, IS-95). CDMA2000 1x, connu sous les termes 1x, 1xRTT, IS2000, CDMA2000 1X, 1X, ou encore cdma2000 (cdma en minuscule) doublent la capacité de la voix par rapport à IS-95. La transmission de




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données pouvait atteindre les 144 kbps. 1xRTT est considéré soit 2,5G ou 2,75G ou 3G selon l’implémentation. CDMA2000 3x, était spécifié sur une autre bande de fréquence, mais ce standard n’a pas été déployé. Enfin, 1xEV-DO4 ou IS-856 et 1xEV-DV5 pour augmenter le débit de transmission des données et supporter la vidéo mobile. Dans la famille HSPA (High Speed Protocol Access) qui devrait faire évoluer l’UMTS vers un réseau à haut débit de transmission de données on retrouve les protocoles HSDPA, HSUPA et HSOPA qui sont les successeurs de l’UMTS. HSUPA (High-Speed Uplink Packet Access) pouvait supporter un débit de 5.76 Mbps. HSDPA (High-Speed Downlink Protocol Access) dans la première phase de son développement, supportait jusqu’à 14 Mbps. Dans la seconde phase de son développement, HSDPA pouvait supporter jusqu’à 28.8 Mbps grâce aux technologies de MIMO (Multiple Input Multiple Output) et beamforming. HSOPA (High Speed OFDM Packet Access), le successeur de HSDPA, est connu aussi comme 3GPP LTE (Long Term Evolution). Son objectif est d’atteindre les 100 Mbps en downlink et 50 Mpbs en uplink grâce à la technologie d’accès OFDMA. Il est en compétition directe avec les technologies IEEE tel que Wimax. HSOPA est une nouvelle interface incompatible avec W-CDMA et donc avec les développements précédents des réseaux 3G. La quatrième génération (4G) de réseaux mobiles est à venir, et on ignore encore si elle sera basée sur des principes de communications de réseaux cellulaires ou sur des mécanismes de réseaux sans fil IEEE tel que Wimax, ou la combinaison des deux. L’ITU a juste précisé le débit attendu par cette génération. Celui-ci avoisinera 1Gps en statique et les 100Mbps en mobilité. Notons que durant le développement de la 3G, les technologies IEEE avaient aussi intégré le marché. Le concept de ABC (Always Best Connected) avait alors émergé ainsi que le concept de handover vertical pour rendre possible la cohabitation entre ces différentes technologies sans fil IEEE et les technologies cellulaires mobiles. Aujourd’hui la 4G n’est pas simplement l’interconnexion entre différentes technologies sans fil et mobiles. La 4G implémentera différentes techniques et fonctionnalités récemment mises au point pour augmenter réellement la bande passante du réseau et pour permettre le déploiement de services multimédia.

transmission liées aux transmissions multi-chemin (multi-path). OFDM est aussi compatible avec d’autres avancées technologiques de la couche physique tel que le les antennes intelligentes et le MIMO (Multiple In Multiple Out). OFDMA (OFDM Access) est utilisé comme méthode d’accès multiple. Dans ce cas, chaque symbole OFDM peut transmettre de l’information de/vers plusieurs utilisateurs utilisant un ensemble de sous-canaux (sub-carrier). Ceci introduit plus de flexibilité pour l’allocation des ressources augmentant ainsi la capacité, mais permet aussi une meilleure optimisation entre les différentes couches. Rappelons que le CDMA (Code Division Multiple Access) est une méthode d’accès qui est aussi en train d’évoluer vers des techniques permettant un haut débit comparable à celui d’OFDM. On peut citer le MCCDMA et le LASCDMA. MCCDMA (MultiCarrier Code Division Multiple Access) est une combinaison de l’OFDM et du CDMA. Certaines implémentations de la 4G, en particulier en Chine, ont opté pour cette technique d’accès, et d’autres comme aux États-Unis ont opté pour l’OFDM tel que le Wimax mobile.

Quelques Technologies clé pour la 4G

En pratique, on parle de rupture technologique, dans le sens où la 4G ne puisera plus ses modèles de communication dans les standards des générations de réseaux cellulaires précédents, comme le 3GPP/3GPP2, mais plutôt parmi des normes sans fil IEEE, tel que le Wimax mobile. Par exemple aux États-Unis, Sprint adopte le Wimax mobile comme son réseau 4G. Cependant la Chine de son côté teste un concurrent au réseau sans fil IEEE à grande échelle Wimax. Un rival qui pourrait faire ses premières démonstrations publiques lors des Jeux Olympiques de Pékin en 2008.

OFDM : OFDM (Orthogonal Frequency Division Multiplexing) est une avancée très importante au niveau de la recherche en couche physique. OFDM permet d’optimiser l’usage de la ressource radio en utilisant aussi bien l’espace temporel (tel que TDMA), l’espace fréquentiel (tel que FDMA) et même le code (tel que CDMA). OFDM permet d’améliorer les performances de la couche physique et aussi de la couche MAC. Le signal est divisé en un ensemble de sous-canaux orthogonaux de bande réduite ce qui minimise les erreurs de n°8 / JUILLET - AOÛT 2007

Antennes intelligentes et MIMO : MIMO permet d’augmenter le débit de la couche physique en utilisant un multiplexage du signal entre plusieurs antennes émettrices (multiplexage de l’espace, de temps ou de fréquence). Le signal envoyé par m antennes est reçu par n antennes. En principe MIMO est plus performant lorsqu’on maximise le nombre des signaux reçus. Même s’il y a encore beaucoup de travaux de recherche sur les MIMO, cette technique est déjà implémentée dans les produits commercialisés. IPv6, Mobilité et Handover : Il y a des chances que Mobile IPv6 sera le protocole candidat pour gérer la mobilité universelle des terminaux 4G ou du moins le roaming. On a vu par exemple en IMS que SIP était le protocole retenue pour gérer la signalisation et l’itinérance des utilisateurs. Mobile IP n’a jusque là pas réussi à être déployé sur le marché. Ceci est dû à la lenteur de la procédure de « Handover ». Le handover étant la fonction assurant le changement de point d’accès en mobilité. Des améliorations de Mobile IP ont été proposées (Hierarchical MIP, Fast MIP, …) pour supporter la mobilité localisée par un réseau IP. Tendances

En résumé, les tendances actuelles sont le développement d’un réseau cœur tout IP permettant de fournir des services aux utilisateurs mobiles quelque soit leur localité ou leur terminal. D’un autre côté le réseau d’accès sans fil évolue pour fournir encore plus de bande passante : il s’agit de la 4G qui sera probablement une évolution ou une révolution de la 3G. La 4G sera peut être une combinaison des différentes technologies sans fil et mobiles précédentes, ou simplement une nouvelle technologie. L’objectif étant toujours de maximiser la ressource radio, supporter la mobilité, fournir des services multimédia (voix, donnée, image), et assurer la sécurité et minimiser le coût d’investissement des opérateurs pour minimiser le coût des services utilisateur. Cela dit, Il ne faut pas ignorer les conséquences de ces augmentations de trafic au niveau des réseaux d’accès sur le réseau cœur. Il faut que le réseau cœur puisse aussi être capable d’acheminer tout ce trafic attendu à l’accès (Digital TV, Mobile TV, VoIP, Video, text, … etc.) au risque d’assister à un raz de marée numérique. Heureusement les réseaux optiques évoluent aussi et promettent des débits très importants. Il sera néanmoins primordial de bien dimensionner le trafic à l’accès pour ne pas congestionner le cœur du réseau.

Hakima CHAOUCHI

Maitre de conférences , INT Hakima.chaouchi@int-edu.eu Co-auteur du traité IC2 « Sécurité des réseaux sans fil et mobiles », Volume 1, 2, 3, édités par Hermes Avril 2007

Références f D. Rouffet, S. Kerboeuf, L. Cai, V. Capdevielle « 4G Mobile », Alcatel Télécommunications Review - 2nd Quarter 2005 f M. O’droma, I.Ganchev, M.Siebert, C.Bader, H.Chaouchi, et al, “A 4G generic Anwire system and service integration”, ACM M2CR Journal, January 2006 f H. Chaouchi, «Policy Based Management of Always Best Connected users», IEE Anwire Workshop on Wireless networks and Always Best Connected with proceedings, Glasgow - January, 2003. IEE proceedings f http://www.reseaux-telecoms.net/ actualites/lire-le-wimax-mobile-depassepar-le-hspa-16229.html f http://www.reseaux-telecoms.net/flux-rss/ wifi-wimax-wibro/page-2.html f http://www.4gcentre.com/ f http://en.wikipedia.org/wiki/3GPP_Long_ Term_Evolution

1. Wideband-CDMA combine FDMA et CDMA. Est aussi utilisé dans le standard japonais FOMA (Freedom of Mobile Multimedia Access) du réseau 3G. 2. Combine TDMA, FDMA et CDMA. 3. Combine TDMA et CDMA. Il utilise TDD au lieu de FDD du W-CDMA. 4. EVolution-Data Optimized. 5. Evolution-Data/Voice. La Lettre Techniques de l’Ingénieur




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Réseaux ad hoc

Communication dans les réseaux mobiles ad hoc discontinus

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a plupart des technologies de communication sans fil permettent de connecter un terminal mobile à un réseau d’infrastructure, en déployant des stations de base ou des points d’accès capables de jouer le rôle de passerelles entre le monde sans fil et le monde filaire. Cependant des standards tels que Wi-Fi, Bluetooth, et Zigbee permettent également de déployer des réseaux dits ad hoc, c’est-à-dire des réseaux dans lesquels des terminaux mobiles situés à portée radio les uns des autres peuvent interagir directement et spontanément, sans avoir à dépendre pour ce faire d’un quelconque élément d’infrastructure. Un réseau ad hoc est ainsi un réseau qui peut apparaître et évoluer spontanément au gré de l’apparition, de la disparition, et des déplacements des terminaux qui le constituent. Les réseaux mobiles ad hoc ont fait l’objet de nombreux travaux de recherche au cours de la dernière décennie. Ces travaux ont dans un premier temps été menés essentiellement à des fins d’applications militaires, mais depuis quelques années dess applications civiles sont également envisagées. La communication en mode ad hoc peut en effet se justifier dès lors que le recours à un réseau d’infrastructure s’avère soit techniquement difficile, soit économiquement peu rentable (e.g. secouristes intervenant à la suite d’une catastrophe naturelle, équipes de scientifiques travaillant en terrain désertique, systèmes de communication inter-véhicules, réseaux de capteurs, etc.). Les travaux de recherche relatifs aux réseaux mobiles ad hoc ont initialement eu pour objectif de définir des méthodes de routage dynamique permettant l’acheminement de paquets IP entre des terminaux qui ne sont pas directement à portée radio les uns des autres. Dans cette optique, l’approche communément adoptée consiste à considérer chaque terminal mobile comme un routeur potentiel, susceptible de contribuer à

Figure 1 –Exemple de réseau mobile ad hoc.

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l’acheminement de paquets IP de bout en bout entre terminaux source et destination. Le problème consiste alors à identifier au moins un trajet possible permettant de faire cheminer des paquets IP de proche en proche à travers le réseau ad hoc. De très nombreux protocoles de routage dynamique pour réseaux mobiles ad hoc ont ainsi vu le jour ces dernières années. Le groupe MANET (Mobile Ad hoc NETworks) de l’IETF a entrepris de recenser et évaluer ces divers protocoles, et certains d’entre eux (e.g. OLSRv2 et DYMO) ont ensuite été sélectionnés en vue d’une standardisation par l’IETF. Problématique des réseaux ad hoc discontinus

Les propositions visant à assurer le routage dynamique de paquets IP au sein d’un réseau mobile ad hoc reposent toutes sur une hypothèse de densité et de distribution géographique favorables des terminaux mobiles au sein du réseau ad hoc. En effet, lorsqu’un paquet IP est émis par un terminal A à destination d’un terminal B, un chemin de routage doit impérativement être disponible pour que cette transmission puisse avoir lieu (voir fig. 1). En l’absence d’un tel cheminement possible depuis A jusqu’à B, le paquet IP est considéré comme étant irrémédiablement perdu. Les protocoles de routage dynamique ne sont donc utilisables que dans des réseaux ad hoc suffisamment denses et connexes. En revanche ils n’apportent pas de solution satisfaisante pour assurer l’acheminement de données dans des réseaux ad hoc fortement clairsemés ou partitionnés, c’est-àdire des réseaux dans lesquels les terminaux mobiles peuvent se trouver isolés les uns des autres de manière épisodique, voire de manière chronique. Partant de ce constat, de nombreux travaux ont été lancés ces dernières années en vue de s’accommoder de l’absence de connectivité de bout-en-bout dans les réseaux mobiles ad hoc

discontinus. L’idée générale est de remplacer – ou de compléter – les mécanismes de routage habituels par des mécanismes permettant de tolérer les ruptures de connectivité occasionnelles ou chroniques. Pour ce faire, on cherche à doter tout ou partie des terminaux de la capacité de stocker des messages en transit dans un cache avant de les réinjecter dans le réseau au moment opportun. Lorsque les terminaux considérés sont mobiles, cette aptitude à stocker temporairement les messages peut être mise à profit afin de faire transporter physiquement les messages hébergés par un terminal qui se déplace. L’expression Store, Carry, and Forward est utilisée pour désigner ce type particulier de traitement des messages impliquant leur stockage, leur transport éventuel par des terminaux en mouvement, et leur renvoi final vers d’autres terminaux relais ou vers les terminaux destinataires. Le concept de réseau « tolérant les délais » (DTN: Delay-Tolerant Network) a par ailleurs été introduit pour désigner tout réseau dans lequel le manque de connectivité de bouten-bout peut impliquer des temps de latence élevés lors de l’acheminement des messages. La figure 2 illustre un cas typique dans lequel un terminal mobile transporté par un individu se déplaçant entre deux groupes de personnes (ces groupes étant hors de portée radio l’un de l’autre) peut contribuer à transporter des messages d’un groupe à l’autre. Selon le même principe, des terminaux embarqués dans des véhicules peuvent par exemple transporter et relayer des informations relatives aux conditions de circulation (e.g. présence de bouchons, de zones de travaux, de déviations, etc.). Les travaux actuels dans ce domaine se distinguent notamment par la manière de gérer l’acheminement des messages de proche en proche. Certains travaux reposent sur une approche dite « de dissémination épidémique », dans laquelle chaque message est dupliqué afin d’être transporté par un très grand nombre de terminaux mobiles. L’acheminement d’un message à travers le réseau est alors assimilé à une épidémie, qu’il convient toutefois de maîtriser afin de ne pas charger le réseau au delà de sa capacité d’acheminement. D’autres travaux s’efforcent au contraire de minimiser le nombre de transporteurs pour chaque message en sélectionnant les terminaux mobiles les plus aptes à contribuer de manière efficace à l’acheminement de ce message vers sa destination. Pour ce faire des heuristiques doivent être définies afin d’évaluer dans quelle mesure un terminal peut être « utile » à l’acheminement n°8 / JUILLET - AOÛT 2007




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Figure2 – Exemple de réseau mobile ad hoc discontinu.

d’un message. Ces approches dites utility-based impliquent toutes, soit une connaissance a priori des schémas de mobilité des terminaux dans le réseau, soit une aptitude à prédire la mobilité de ces terminaux en fonction d’un historique des schémas de mobilité observés dans le passé. Pour cette raison, les algorithmes proposés sont en général spécifiquement conçus afin d’exploiter des caractéristiques de mobilité bien précises (e.g. schémas de mobilité sociale ou professionnelle dans le cas de terminaux transportés par des êtres humains, schémas de mobilité routière dans le cas de terminaux embarqués dans des véhicules, etc.). Projet SARAH

La communication dans les réseaux mobiles ad hoc discontinus fait l’objet d’une étude menée dans le cadre du projet SARAH (Services Asynchrones pour Réseaux Ad Hoc). Ce projet, qui a débuté fin 2005, s’inscrit dans les actions de recherche amont du programme SSIA (Sécurité, Systèmes embarqués et Intelligence

Ambiante) financé par l’Agence Nationale de la Recherche. L’objectif principal du projet SARAH est d’étudier les possibilités offertes par la communication de proximité pour supporter le déploiement et l’utilisation de services distribués sur des terminaux mobiles assemblés en réseau ad hoc discontinu. Le scénario-type servant de fil conducteur dans le cadre du projet est celui d’une population d’individus équipés d’ordinateurs portables ou d’assistants numériques personnels (comme illustré dans la figure 1), mais d’autres scénarios de déploiement sont également à l’étude. Le projet SARAH vise donc à explorer des voies susceptibles de permettre d’assurer la communication (selon le principe du DTN évoqué plus haut) entre des terminaux qui peuvent n’être qu’épisodiquement, voire presque jamais à portée directe les uns des autres. Dans cette optique, un protocole, fondé sur la dissémination sélective de documents en fonction de leur contenu est actuellement en cours d’évaluation. D’autre part, le projet SARAH vise également à définir des modèles de services applicatifs adaptés aux environnements

considérés, à proposer des moyens de sécuriser ces services, et enfin à en valider le comportement via des approches formelles, et via la simulation. De manière générale, les services applicatifs susceptibles d’être déployés dans le type d’environnement considéré sont des services relevant plus du modèle pair-à-pair que du traditionnel modèle client-serveur. En effet, dans ce type de réseau aucun terminal n’est a priori suffisamment stable et accessible pour qu’on puisse confier à lui seul le rôle de serveur vis-à-vis de tous les autres terminaux. En outre les services déployés doivent pouvoir se satisfaire d’un mode de communication asynchrone par messages, l’acheminement de flux de données en continu n’étant guère envisageable dans un réseau n’offrant pas de connectivité de bout en bout. Le courrier électronique (en mode pair-à-pair), la distribution d’informations thématiques (selon le modèle des newsgroups), la diffusion de contenus ponctuels (textes, images, petites séquences vidéo, fichiers, etc.), constituent autant d’exemples de services applicatifs dont la mise en oeuvre est parfaitement envisageable sur un réseau mobile ad hoc discontinu. Quelques services de ce type ont d’ailleurs déjà été mis en oeuvre – ou sont en passe de l’être – à titre expérimental dans le cadre du projet SARAH.

Frédéric GUIDEC

Maître de conférences à l’Univ. de Bretagne-Sud Coordinateur du projet SARAH

REFERENCES : Des informations complémentaires sur le projet SARAH sont disponibles sur le site Web : http://www-valoria.univ-ubs.fr/SARAH

Les évolutions de l’UMTS

Au-delà de la 3G : nouvelle architecture et interface radio Définition de la Release 8 de l’UMTS au 3GPP à travers les travaux LTE/SAE.

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es réseaux radio-mobiles de 3ème génération UMTS déployés en France se basent aujourd’hui sur la troisième version de la norme, dite Release 5, qui permet d’offrir le haut débit mobile sur le lien descendant via la fonctionnalité HSDPA. A terme, la cinquième version de la norme, dite Release 7, devrait offrir une réelle montée en débit de l’ordre de quelques dizaines de mégabits par seconde avec de nouvelles modulations (64-QAM) et la technique multi-antennaire MIMO (Multiple Input / Multiple Output). Mais face aux systèmes tels que le WiMax Mobile, l’organisme de normalisation 3GPP a dû n°8 / JUILLET - AOÛT 2007

repenser le système UMTS au-delà de la 3G avec la sixième version de la norme, dite Release 8, dont le présent article vous propose un aperçu. Historique de l’après 3G:

En juin 2004 et face à l’arrivée de nouvelles technologies telles que le WiMax Mobile (norme IEEE 802.16e) ou Flash-OFDM (Flarion), l’organisme 3GPP [1] a débuté l’étude de faisabilité d’un réseau « tout IP » (AIPN, pour All IP Network). Le groupe 3GPP SA1 a pris en charge cette étude qui a conduit à une recommandation (TR 29.258) ainsi qu’à une spécification (TS 22.258). Par

ailleurs, deux sujets ont été ouverts dans les groupes 3GPP RAN et SA2 sur l’évolution du réseau d’accès (LTE, pour Long Term Evolution) et celle du système et de l’architecture (SAE, pour Service and Architecture Evolution) de l’UMTS [2]. Les travaux relatifs au LTE ont commencé en novembre 2004 lors de la conférence de Toronto (Canada) lors de laquelle les opérateurs (notamment Vodafone, Orange et le japonais NTT DoCoMo) et les équipementiers (dont Siemens, Qualcomm, Nokia, Ericsson, Alcatel-Lucent et Nortel Networks) ont mis en avant leurs visions respectives de l’après 3G. La Lettre Techniques de l’Ingénieur




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Cahier des charges Spectre

• Utilisation des bandes de fréquences UMTS existantes (FDD et TDD) ainsi que de nouvelles bandes • Déploiement avec des largeurs de bandes flexibles : 1.25, 2.5, 5, 10, 15 et 20 MHz dans le sens montant et descendant • 3 fois l’efficacité spectrale de HSDPA/HSUPA (pour un nombre équivalent d’antennes en émission et réception) • 5 bits / s / Hz dans le sens descendant et de 2.5 bit / s / Hz dans le sent montant pour 20 MHz

Services

• Services optimisés pour un réseau à commutation de paquets basé sur le protocole IP • MBMS (Multimedia Broadcast / Multicast Service) : - deux modes d’utilisation: point-à-point (unicast) et point-à-multipoint (broadcast) - deux scénarios: fréquence porteuse dédiée (aux services broadcast) ou bien partagée (entre les services unicast et broadcast) - efficacité spectrale de 1 bit / s / Hz (pour une fréquence porteuse dédiée de 5 MHz en bordure de cellule), permettant le support d’au moins 16 canaux de télévision sur les mobiles (avec un débit par canal de 300 kbit/s) • Voix sur IP (VoIP) : - qualité radio, efficacité du réseau de transmission (backhaul) et latence au moins aussi bonnes que la voix sur le domaine circuit du réseau UMTS

Architecture

• Support d’un réseau cœur paquet évolué et d’une connexion au domaine IMS (IP Multimedia Subsystem)

Mobilité

• Mobilité sans couture vers les systèmes 3GPP déjà déployés (GSM/GPRS/EDGE et UTRAN) et les systèmes non-3GPP (par exemple WiFi et WiMax Mobile) • Optimisation du système pour les terminaux à faible mobilité (entre 0 et 15 km/h), à mobilité moyenne (15 à 120 km/h) et à haute mobilité (120 à 350 km/h). Des vitesses supérieures sont également attendues

Qualité de service

• Réduction du temps d’établissement du service • Réduction des temps de latence du plan utilisateur en dessous de 10 ms, notamment le délai de transmission aller-retour et la jigue pour les applications utilisant la pile protocolaire TCP/IP • Délai de transmission unilatéral d’un paquet IP (de charge utile nulle) entre le réseau d’accès LTE et le terminal mobile inférieur à 5 ms lorsque le réseau est peu chargé • Réduction de la latence du plan de contrôle en dessous de 100 ms selon l’état du terminal mobile • Débit crête supérieur à 100 Mbit/s dans le sens descendant et à 50 Mbit/s dans le sens montant • Lors du basculement d’appel E-UTRAN vers UTRAN ou GSM/GPRS/EDGE, le temps d’interruption ne doit pas excéder 300 ms pour un service temps réel (par exemple VoIP) et 500 ms pour un service non temps-réel (par exemple navigation sur Internet)

Capacité

• Capacité du plan de contrôle d’au moins 200 utilisateurs actifs par cellule pour une largeur de bande de 5 MHz

Couverture

• Jusqu’à 5 km, les performances en termes de débit utilisateur, d’efficacité spectrale et de mobilité doivent être atteintes • Jusqu’à 30 km, les performances en termes de mobilité doivent être atteintes alors que des dégradations de performances sont acceptables en termes de débit utilisateur et d’efficacité spectrale

Interface radio

• Introduction de la technique d’accès multiple OFDMA • Techniques de diversité en émission et réception : - configuration minimale du terminal mobile : 2 antennes en réception, 1 antenne en émission - configuration minimale du Node B évolué : 2 antennes en réception, 2 antennes en émission

Tableau 1 – Cahier des charges (source : [3]).

Cahier des charges : Le meeting de Toronto a conduit à un cahier des charges précis, pavant les travaux de normalisation des trois années suivantes (20052007). Ce document a été figé en mars 2006 dans la recommandation TR 25.913 [3] rédigée par le groupe 3GPP RAN. Les grandes lignes de ce cahier des charges sont résumées dans le Tableau 1.

Lors de la rédaction de cette recommandation, les opérateurs ont utilisé comme levier un consortium appelé NGMN (Next Generation Mobile Networks). Le NGMN regroupe les opérateurs Vodafone, Orange, NTT DoCoMo, l’allemand T-Mobile, le néerlandais KPN, l’américain Sprint-Nextel ainsi que China Mobile et a pour objectif « d’établir des seuils de performance clairs, des recommandations fondamentales

ainsi que des scénarios de déploiement pour un futur réseau mobile large bande » tel que le système défini dans le cadre du LTE [4]. En parallèle au cahier des charges, une étude de faisabilité de la nouvelle interface radio E-UTRA (Evolved UMTS Terrestrial Radio Access) et du nouveau réseau d’accès E-UTRAN (Evolved UMTS Terrestrial Radio Access Network) a été réalisée par le groupe 3GPP RAN et figée en octobre 2006 dans la recommandation TR 25.912 [5]. Nouvelles spécifications

Figure 1 – Normalisation du réseau d’accès E-UTRAN.

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Dans le cadre des travaux LTE et SAE, le 3GPP a défini de nouvelles spécifications à plusieurs niveaux. Un premier niveau, appelé « Stage 1 », décrit le système LTE/SAE en termes de services. Un second niveau, nommé « Stage 2 », présente l’architecture (en distinguant les parties réseau d’accès et réseau cœur) ainsi que les fonctions associées à chaque entité et à chaque interface. Enfin, un troisième niveau, désigné par « Stage 3 », définit toutes les procédures et messages échangés entre les entités. Ce dernier est à la base de l’implémentation des spécifications par les industriels. Pour la partie réseau d’accès, les spécifications de l’interface radio E-UTRA sont définies par n°8 / JUILLET - AOÛT 2007




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Enfin, l’interface radio utilise, comme pour le HSDPA et HSUPA, l’ordonnancement de paquets dans le nœud eNB (pour evolved Node B) ainsi qu’un nombre réduit de canaux physiques et de canaux de transport (comparé à l’UTRAN).

L’architecture est ainsi marquée par l’utilisation d’un seul nœud (eNB) au niveau du réseau d’accès E-UTRAN, par l’interconnexion entre nœuds eNB via l’interface X2, par l’interconnexion du nœud eNB à la passerelle « servante » (serving gateway) via l’interface S1-U et à l’entité de gestion de la mobilité (MME) via l’interface S1-MME. En outre elle se caractérise par la disparition du domaine circuit du réseau cœur EPC qui ne comporte qu’un domaine paquet capable de s’interconnecter au domaine IMS. La pile protocolaire utilisée à travers l’interface radio permet au nouveau terminal mobile (UE évolué) de dialoguer avec le nœud eNB. Cette pile est composée d’une couche physique (PHY) comportant les spécificités de la nouvelle interface radio, d’une couche d’accès au médium (MAC) dotée d’un mécanisme de retransmissions rapides HARQ (comme pour HSDPA et HSUPA), d’une couche liaison de données (RLC) ainsi que d’une couche de convergence (PDCP) pour le plan utilisateur et d’une couche de contrôle des ressources radio (RRC) pour le plan de contrôle. Enfin, pour les services MBMS et notamment les services de télévision sur les mobiles, les stations de base (eNB) peuvent être synchronisées dans le cas où une fréquence porteuse est dédiée à ce type de service c’est-à-dire pour un fonctionnement en mode SFN (Single Frequency Network).

L’architecture et piles protocolaires

Premières initiatives

Suivant le cahier des charges défini par le groupe 3GPP RAN, les groupes 3GPP RAN2 et RAN3 ont étudié des évolutions de l’architecture (TR R3.018) et des piles protocolaires (TR 25.813) du réseau d’accès E-UTRAN. Une étroite collaboration s’est établie avec le groupe SA2 pour l’interconnexion du réseau d’accès E-UTRAN au réseau cœur EPC défini dans le cadre des travaux SAE. La nouvelle architecture est dite « plate » car, comparée à l’architecture très hiérarchisée du système UMTS [6], elle comporte moins de nœuds dans les réseaux d’accès et cœur, du point de vue du plan utilisateur. Pour adopter une telle architecture, les groupes du 3GPP ont dû redistribuer des fonctions entre le réseau d’accès et le réseau cœur si bien qu’une partie des fonctions de l’ancien RNC sont maintenant hébergées par le nœud eNB. Ce dernier est directement relié au réseau cœur paquet.

Les constructeurs Alcatel-Lucent, Ericsson, Nokia, Siemens et Nortel ainsi que les opérateurs Orange, T-Mobile et Vodafone ont mis en place une initiative afin de démontrer les potentiels de la technologie 3GPP LTE/SAE au travers de tests de performance, d’interopérabilité et de tests terrain auprès d’un panel d’utilisateurs. Les activités débuteront en mai 2007 pour une période de 18 à 24 mois. Les résultats des tests alimenteront les travaux de normalisation au 3GPP ainsi que les plans de déploiement des opérateurs (à l’horizon 2009-2010) en étroite collaboration avec le NGMN [7].

Figure 2 – Architecture du réseau d’accès E-UTRAN et du réseau cœur EPC   (domaine circuit de l’UMTS non figuré).

les groupes 3GPP RAN1 et RAN4 alors que les spécifications du réseau d’accès E-UTRAN sont définies par les groupes 3GPP RAN2 et RAN3. Les groupes précédents n’interviennent qu’aux niveaux « Stage 2 » et « Stage 3 » (Figure 1). Pour la partie réseau cœur, les spécifications du réseau cœur EPC (Evolved Packet Core) sont définies par le groupe SA2. Les documents TS 23.401 (évolution du réseau cœur paquet pour le réseau d’accès E-UTRAN) et TS 23.402 (évolution du réseau cœur paquet pour les réseaux d’accès non-3GPP) constituent les principales spécifications et font suite à l’étude TR 23.882 (options d’architecture). Interface radio

Suivant le cahier des charges défini par le groupe 3GPP RAN, les groupes 3GPP RAN1 et RAN4 ont étudié des évolutions de l’interface radio (TR 25.814) et des scénarios de déploiement (TR 36.942) du réseau d’accès E-UTRAN. La nouvelle interface radio est caractérisée par la disparition de la technologie W-CDMA et par l’adoption, d’une part, de l’accès multiples OFDMA (Orthogonal Frequency Division Multiple Access) dans le sens descendant et, d’autre part, de l’accès multiple SC-FDMA (Single Carrier-Frequency Division Multiple Access) dans le sens montant. Par ailleurs, l’interface radio introduit une réduction des intervalles de temps de transmission. En effet, la trame radio (TDD ou FDD) comporte dorénavant 20 intervalles de temps de 0.5ms soit une durée de 10ms. Deux intervalles de temps consécutifs forment une sous-trame de 1ms. L’espacement entre sous-porteuses est de 15 ou 7.5 kHz. Un bloc de ressources est composé soit de 12 sous-porteuses de largeur 15 kHz, soit de 24 sous-porteuses de largeur 7.5 ou 15 kHz, pour une durée de 0.5ms. Les modulations QPSK, 16-QAM et 64-QAM ainsi que le turbo-codage sont possibles. n°8 / JUILLET - AOÛT 2007

Jérôme PONS

Ingénieur R&D à France Telecom, délégué à la normalisation 3GPP dans le groupe de travail RAN2

REFERENCES [1] 3GPP, Projet de Partenariat pour un réseau radio-mobile de 3ème Génération, www.3gpp.org [2] 3GPP, UTRA / UTRAN Long-Term Evolution (LTE) et System Architecture Evolution (SAE), www.3gpp.org/Highlights/LTE/LTE.htm [3] 3GPP TR 25.913, « Requirements for E-UTRA and E-UTRAN », v7.3.0 (mars 2006) [4] Objectifs du NGMN, «Next Generation Mobile Networks: beyond HSPA and EvDO», v3.0 (décembre 2006), www.ngmn-cooperation.com/downloads.htm [5] 3GPP TR 25.912, « Feasibility study for evolved UTRA and UTRAN », v7.1.0 (octobre 2006) [6] Jérôme Pons, « Réseaux cellulaires - Évolutions du système UMTS », Techniques de l’Ingénieur, TE 7369, mai 2007 [7] Initiative du NGMN, www.ngmn-cooperation.com/docs/May07/LTE-SAE_Trial_InitiativeLaunch-Press_Release_FINAL_202007-05-02.pdf

La Lettre Techniques de l’Ingénieur




Réseaux sans fil

Internet Mobile

Déploiement du WiBro   en Corée du Sud

L

a Corée du Sud a toujours misé sur les produits de haute technologie. Elle déploie en ce moment un réseau sans fil très haut débit basé sur la norme WiMax, appelé par les Coréens WiBro pour Wireless Broadband. L’objectif est d’offrir un service d’Internet sans fil à très haut débit à un ordinateur fixe ou portable (appelé dans la norme PSS pour Portable Subscriber Station) avec les concepts liés à l’ubiquité, à savoir tout le temps et n’importe où. Les déploiements actuels se font dans la bande de 2.3 à 2.4 GHz. Les caractéristiques et le modèle de référence utilisé proviennent de la norme Internationale IEEE 802.16d/e (Air Interface for Fixed and Mobile Broadband Wireless Access Systems) et d’un standard purement Coréen définissant un profil de la norme IEEE 802.16e dans le but de simplifier la mise en œuvre et ainsi accélérer le déploiement. L’architecture du système WiBro

Le système WiBro a trois composants différents : WiBro AT (Access Terminal) le terminal, WiBro AP (Access Point) le point d’accès et le PAR (Packet Access Router) le routeur. Plusieurs WiBro-AP sont connectés à un PAR, et un PAR est connecté au réseau IP où se trouvent les serveurs d’authentification (AAA), les serveurs HA (Home Agent) et les serveurs d’administration et des opérations (NMO). Les terminaux AT sont à l’autre extrémité du canal radio et ils communiquent avec les AP à travers l’accès sans fil OFDMA. Les principales fonctionnalités du terminal AT sont : la transmission/réception dans le canal radio, le hand-off, l’authentification et le cryptage, et le contrôle de la liaison radio. Les AP envoient l’information entre les terminaux AT et un routeur (PAR) pour mappage de processus entre la radio et les canaux fixes. Les PAR font la retransmission des paquets pour la fiabilité de la transmission, ainsi que le scheduler et l’allocation de bande passante pour l’utilisation efficace de ressources. Le PAR administre les APs qui sont branchés à lui, et le contrôle des handovers pour garantir la mobilité entre les airs de contrôle. Les PAR utilisent entre eux des liaisons Gigabit Ethernet. Le réseau WiBro utilise un système de veille pour minimiser la consommation d’énergie des PSS pendant qu’il est connecté au réseau et qu’il ne transmet pas d’information. Les services

Le service compte trois classes de service : - La première concerne les services ayant des contraintes temps réel imposant un délai et une garantie de ressources pendant la session, par La Lettre Techniques de l’Ingénieur

Figure 1 – Architecture du réseau.

exemple : les flux audio/vidéo, les jeux interactifs en réseau. - La deuxième est utilisée pour les services non temps réel qui n’imposent pas de délai minimal mais qui ont besoin d’une garantie de ressources, comme les transferts de fichiers par FTP, le courrier électronique multimédia, la messagerie instantanée ou le e-commerce. - Le troisième service est de type best-effort qui n’impose ni un délai ni une garantie de ressources pendant les transmissions comme la navigation sur le Web ou le courrier électronique simple. La couverture

Le réseau est divisé en cellules de différentes tailles : Pico (100 m), Micro (400 m) et Macro (1km) et supporte des utilisateurs mobiles jusqu’à une vitesse de 60km/h. Le système de « hand-off » utilise les fonctionnalités du niveau IP sans couture ( seamless , définit à l’IETF) lorsque les utilisateurs changent d’une cellule à une autre. L’authentification et la sécurité des données sont données par RADIUS ou Diameter. La QoS (Qualité de Service) possède différents niveaux qui dépendent du nombre de cellules qui utilisent la même fréquence au même instant divisé par le nombre de cellules qui partagent l’environnement. Le but est d’avoir une efficacité du spectre maximal qui se traduit par une capacité maximale de transmission de données divisées par la bande passante du canal qui est donnée par un RAS (Radio Access Station) dans une seule cellule (bps/Hz/cell ou bps/Hz/sector). Les limites des débits qui peuvent être attribuées à un utilisateur sont : de 128 kps à 1 Mbps pour la voie montante et 512 kbps à 3 Mbps en pour la voie descendante. Le hand-off peut se faire entre cellules et entre secteurs et cellules. Un secteur est une an-tenne dirigée vers une fréquence pour garantir la QoS.

Le roaming est supporté pour pouvoir maintenir le service IP sans couture quand le PSS change à un autre réseau. Pendant toute la durée du roaming, il assure les fonctionnalités d’authentification, hand-off, charging et mobilité. Pendant le temps de recherche d’attachement à un RAS, le PSS cherche à se connecter à son voisin pour réduire la perte des données en cas de hand-off et il se synchronise aussi avec la voie descendante de celui-ci pour estimer la qualité du canal. Le RAS doit garder en mémoire tampon l’information reçue pendant le temps d’attachement et la transmettre quand le PSS a réussi à se brancher. L’offre Commerciale

Depuis l’été 2006, KT a lancé le portail de services WiBro dans quelques villes coréennes et SK Telecom dans les villes universitaires. WiBro peut être utilisé aussi dans les lignes de trains qui relient les banlieues de Séoul avec le centre ville. L’ETRI (centre de recherche coréen) et Samsung offrent le service WiBro pour les voitures qui roulent à 100km/h. Après huit mois d’utilisation, les attentes ne sont pas remplies, le nombre d’utilisateurs n’est pas celui lui attendu. Les opérateurs coréens espèrent avoir une meilleure part du marché cette année, mais le risque des services WiBro est l’utilisation de HSDPA que sera lancé a la fin du premier trimestre 2007 ; qui sera déployée sur tout le territoire coréen et qui offre aussi une liaison haut-débit sans fil pour les données multimédias. En contrepartie Samsung va exporter la technologie WiBro aux États-Unis courant 2007 chez Sprint Nextel. Le suivi du marché Coréen est donc très intéressant car le même conflit entre les normes issues du monde informatique et les avancées du réseau de téléphonie de troisième généra-tion vont également se produire en Europe.

Ana MINABURO Consultant

RÉFÉRENCES f S. Lee, N. Park, C. Cho, H. Lee, Electronics, S. Ryu, « The Wireless Broadband (Wi-Bro) System for Broadband Wireless Internet Services », IEEE Communication Magazine, Juillet 2006 f PG302 « 2.3GHz Portable Internet (WiBro) Overview », Telecommunications Technology Association, 2.3GHz Portable Internet Project Group, Mars 2006. f Chosun ILBO, « WiBro in Crisis as Service Floops in Korea », Biz/Tech, Février 2007.

n°8 / JUILLET - AOÛT 2007




Réseaux sans fil

actualités Logiciel

Victor : un logiciel pédagogique d’étude de la couverture des réseaux UMTS

Les réseaux mobiles de 3e génération UMTS sont maintenant déployés et opérationnels en Europe. Ils reposent sur l’utilisation du multiplexage CDMA (Code Division Multiple Access) par étalement de spectre. Le CDMA permet une plus grande capacité spectrale et une plus grande souplesse dans le partage de la bande passante mais il est considérablement plus complexe que le TDMA (Time Division Multiple Access) utilisé dans le GSM. Dans un système CDMA, une même fréquence porteuse est utilisée sur l’ensemble des cellules du réseau mais chaque transmission est dotée d’un code spécifique. Chaque station reçoit donc un signal incluant l’ensemble des transmissions de tous les émetteurs à proximité ; ces transmissions provoquent donc une forte interférence. L’extraction de l’information utile se fait sur le récepteur par une ou plusieurs corrélations entre le signal reçu et le code utilisé à l’émission (connu du récepteur). Le taux d’erreur n’est acceptable qu’en deçà d’un certain seuil d’interférence. L’analogie classiquement utilisée pour expliquer le fonctionnement du CDMA est celui du cocktail international : dans une même salle, de nombreuses personnes conversent ensemble, chacune dans leur langue. Chacun est capable d’écouter son interlocuteur car il reconnaît la langue malgré le bruit ambiant. Un problème critique dans un réseau CDMA est le contrôle de puissance. Si un émetteur transmet à trop forte puissance, il va provoquer une forte interférence et perturber la réception de nombreux terminaux. Ajouté à cela, plus le nombre de terminaux dans une cellule est grand, plus l’interférence engendrée est importante. La puissance nécessaire pour respecter le rapport minimal « signal sur interférence » augmente. Audelà d’un certain seuil, elle dépasse la puissance maximale de l’émetteur et la liaison ne peut être assurée. La couverture d’un réseau CDMA dépend donc de la charge courante du réseau. C’est un effet appelé « cell breathing ». Comme on le voit, du fait de sa dynamicité, le comportement d’un réseau CDMA est complexe à assimiler. Les logiciels de planification cellulaire prennent en compte ce phénomène mais ils sont n°8 / JUILLET - AOÛT 2007

lourds à appréhender et demandent une formation de plusieurs jours avant de pouvoir être utilisés. Le logiciel pédagogique Victor (Visualisation Interactive du ConTrOle de puissance dans un Réseau régulier) développé par l’ENST Bretagne a pour objectif de fournir un outil très simple à utiliser ; il n’a pas pour vocation de prévoir la couverture d’un réseau CDMA opérationnel mais de mettre en évidence le phénomène d’évolution de cette couverture en fonction de la charge sur un réseau simple et de montrer l’impact du paramétrage. L’interface homme-machine de Victor est composé de trois grands blocs. La partie réglage permet de faire varier le nombre moyen de terminaux dans chaque cellule (variation de la charge). La vue du réseau représente un réseau cellulaire de base constitué de sept cellules hexagonales et des terminaux. On peut voir immédiatement les terminaux en couverture et il est possible d’avoir les caractéristiques de chaque terminal (qualité de réception, puissance de transmission) par un simple clic. La vue indicateurs permet d’avoir des indicateurs de performances globaux du réseau. Le logiciel Victor est libre d’accès. Il peut servir en formation initiale et en formation continue. Il a déjà été utilisé dans l’enseignement de 3ème année de l’ENST Bretagne et du mastère Réseaux et Services de Mobiles et a rencontré un écho très positif des étudiants. Ce logiciel est disponible sur : www.rennes.enst-bretagne.fr/~xlagrang/Victor LIVRE

La sécurité dans les réseaux sans fil et mobiles

sous la direction de Hakima CHAOUCHI et Maryline LAURENTMAKNAVICIUS C’est un véritable traité en 3 volumes que nous proposent Hakima Chaouchi et Maryline LaurentMaknavicius du GET/INT en présentant un état de l’art, des recherches et/ou des solutions de sécurité adaptées aux réseaux sans fil et mobiles. Le premier volume, Concepts fondamentaux,

décrit les technologies sans fil et mobiles, actuelles et émergentes. Il introduit les vulnérabilités et les mécanismes de sécurité de base mais présente aussi les vulnérabilités propres au sans fil sans oublier les techniques de protection de droits d’auteur, comme le tatouage, adaptées au contexte sans fil et mobile. Il donne ainsi la base de connaissances nécessaires à la compréhension des deux volumes suivants. Le volume 2, Technologies du marché, s’intéresse au développement des réseaux sans fil et mobiles actuels, à savoir Wi-Fi, WiMAX, Bluetooth, GSM/UMTS, et comprend également la description des mécanismes de protection des applications téléchargées dans un contexte d’opérateurs. Enfin, le volume 3, Technologies émergentes, met l’accent sur la sécurité des nouvelles technologies de communication : les réseaux de télécommunication de nouvelles génération IMS, les réseaux mobiles IP, les réseaux auto organisés ad hoc et les réseaux de capteurs, même si ces derniers n’ont pas encore réussi leur percée commerciale. Rédigés par une vingtaine des meilleurs spécialistes du sujet, ce traité en 3 volumes est l’outil que beaucoup attendaient pour mieux maîtriser ce qui s’avère être un des grands défis des réseaux sans fil : la sécurité. Editions Hermès-Lavoisier, Traité IC2, série Réseaux et Télécoms, 05-2007 MANIFESTATION

Mobile Communities and User Generated Content 9-11 octobre 2007, Londres Le marché des communications destinées à des communautés d’intérêt est prometteur. Quelle y sera la place des mobiles ? C’est ce que cherche à cerner cette conférence en posant, par exemple, les questions suivantes : – Un mobile (téléphone, PDA) est-il compétitif par rapport à un PC ? – Comment reproduire avec les mobiles le succès des communautés en ligne ? – Quelle sera la place des standards ouverts ? – Quel rôle pourra jouer la publicité ? Informations : http://www.visiongainconferences.com

Directeur de la publication André BLANC Membre du Groupe Weka Business Information SAS au capital de 1 000 000 € Siège social, rédaction et publicité 249, rue de Crimée 75925 Paris cedex 19 Tél. 01 53 35 20 00 Fax 01 40 38 20 22 www.editions-ti.fr © L a Lettre Techniques de l’Ingénieur Réseaux sans fil

Directeur des Éditions T.I. Dominique REYREN Directeur de la rédaction Marc CHABREUIL

Maquette La Coopérative de Communication Prépresse, impression Bialec - Nancy Tirage 500 exemplaires

Responsable d’édition Maud BUISINE

Relation clientèle Tél. 01 53 35 20 20 Fax 01 53 26 79 18

Conseillers scientifiques Ana MINABURO Tarifs Prix de vente au numéro : 17 € Abonnement annuel : 76 € Tarif export sur demande

Commission paritaire 0608 18816

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