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1.

« ESPACEMENTS DORÉS LACUNES ILS SONT VUS LES DÉSERTS VERTS ON LES RÊVE ON LES PARLERA LES OISEAUX DE JAIS IMMOBILES LES ARMES COUCHÉES AU SOLEIL LE SON DES VOIX CHANTANTES LES MORTES LES MORTES LES MORTES

LES ARÊTES TRANSLUCIDES LES AILES LES SOLEILS VERTS LES SOLEILS VERTS LES PRAIRIES VIOLETTES ET PLATES LES CRIS LES RIRES LES MOUVEMENTS ELLES AFFIRMENT TRIOMPHANT QUE TOUT GESTE EST RENVERSEMENT »

CONNIVENCES RÉVOLUTIONS C’EST L’ARDEUR AU COMBAT CHALEUR INTENSE MORT ET BONHEUR DANS LES POITRINES MAMELLÉES LES PHÉNIX LES PHÉNIX LES PHÉNIX CÉLIBATAIRES ET DORÉS LIBRES ON ENTEND LEURS AILES DÉPLOYÉES LES OISEAUX LES SIRÈNES NAGEANTES

Monique Wittig


2. Féminisme

Où sont passées les féministes ? C’est ce que se demandaient les personnes qui ont défilé lors de la Marche pour la Dignité et contre le Racisme d’octobre 2015. Ou tout du moins où sont passées certaines féministes ? Où sont les « Osez le féminisme », les Badinter, lorsqu’il s’agit de défiler pour celles qui réclament le droit à vivre dignement, dans l’égalité des droits au milieu ou à côté de leurs soeurs blanches du centre ville ? OcéaneRoseMarie se posait la question en ces termes. On pourrait y ajouter cela : où sont les FEMEN lorsque le STRASS mène une action pour défendre les droits sociaux et économiques des travailleurs-euses du sexe ? Y a-t-il encore des féministes quand il ne s’agit plus de déplorer la soumission des musulmanes à une soi-disante injonction patriarcale au voilement du corps ? Quand il ne s’agit plus d’un légalisme bon teint qui exige l’énième parité, le prochain quota, l’ultime campagne de sensibilisation qui reprend encore et toujours les mêmes images de lèvres fendues et d’oeil au beurre noir ? Les féministes françaises ontelles déserté le champ de la réflexion et de la convergence des luttes ? Dans les années 50, 60 et 70, le féminisme a produit des avancées théoriques considérables en prenant pour acquis le refus de toute assignation des femmes à une identité, un rôle social, à une fonction économique ou sexuelle uniques. Le champ des études du genre comme construction sociale a fécondé le féminisme : les femmes cis-genre, cette écrasante masse toujours minoritaire dans les sphères des pouvoirs politique, économique et culturel ont tout gagné à se repenser par les marges de la société (trans, lesbiennes, gays, minorités raciales …). Pensée renouvelée, allié-e-s indéfectibles trouvé-e-s sur leur chemin. Ces mêmes féministes déplor ent aujourd’hui (entendez aujourd’hui depuis 20 ans …) un backlash, un retour de bâton. Mais s’il y en a un, ce n’est pas dans la régression fantasmée des droits des femmes ; il est dans leur ADN, dans le noyau dur de leur identité intellectuelle. Ce n’est pas un retour de bâton. C’est une vilaine bactérie qu’on croyait endormie et qui se réveille après la fin du traitement antibiotique.


Ces féministes-là sont invité-e-s sur toutes les radios, les plateaux télés. Preuve s’il en est de l’inocuité de leurs revendications aux yeux du pouvoir. Si nous étions face à elles, nous aurions quelques questions à leur poser : est-on féministe lorsqu’on est actionnaire et présidente du conseil de surveillance de Publicis qui tous les jours impose une norme intenable aux femmes ? Est-on féministe lorsque les yeux dans les yeux, après des décennies de colonisation mentale, on ose dire à une femme « mais oui, ma chère, vous êtes aliénée » parce qu’elle réclame le droit à disposer de son corps comme elle l’entend ? Est-on féministe lorsqu’on s’oppose à l’acquisition de droits sociaux pour les prostitué-e-s en prétendant lutter contre le trafic d’êtres humains, fermant volontairement les yeux sur la différence fondamentale entre un moralisme de dame du catéchisme et la lutte contre les inégalités économiques Nord Sud qui tous les jours alimentent ce trafic ? Est-on féministe lorsqu’on refuse la GPA parce qu’il serait inacceptable qu’une femme loue son corps pour une activité réputée féminine qui habituellement n’est pas rétribuée, et qu’une fois rentrée dans son appartement on donne la pièce à une femme de ménage qui rentre faire chez elle les mêmes tâches, gratuitement, cette fois ?

Il est temps d’assommer la féministe blanche, hétérosexuelle et républicaine qui sommeille en chacun-e de nous, pour dégrader et humilier le pouvoir patriarcal et capitaliste qui est la face cachée de cette fausse amie. Il est temps de la regarder dans les yeux, et de la renvoyer dans le passé, avec les suffragettes qui refusaient l’abolition de l’esclavage, avec les universalistes bon teint du XVIIIe qui ont guillotiné Olympe de Gouges et emprisonné Toussaint Louverture. Il est temps d’invoquer les sombres génies des trottoirs, des usines, de la nuit et des quartiers pour l’exorciser des lumières de la raison universelle et (enfin) reprendre le pouvoir sur nos cerveaux et nos corps.


3. Appel aux balbutiements

« Continuons le début ». Au début, ON, préfère le babil. Le balbutiement.

ON, veut l’intempestif ou rien, la spontanéité ou rien. Percevoir, sentir, faire sens ou rien. ON, veut tout. ON, veut baver un peu, avoir de la difficulté à dire, de la difficulté à penser, à faire un peu du sens. ON, veut bouger toujours, articuler un peu, tenter de prononcer un son ou un autre. ON, veut que la bouche et la tête soient au centre du plus sensible surgissement. Mais ON, n’a pas de centre. Ne peut pas avoir de centre. ON, bouge toujours. ON, veut que la bouche soit difficile à dire, que ça se choque, que ça se court-circuite, que ça dise une chose ou une autre. ON, veut l’autonomie sans pères ni mères dans ON bouches. ON, sait le passé qu’ON nécessaire. ON, veut une bouche au plus près de la vie. ON, veut que la tête soit dans la bouche, dans les bouches, dans toutes ON bouches. ON, veut ON.

Du Neutre, le plus neutre. Du neutre car du sensible. Le neutre est sensible. Le neutre n’est pas le gris du monde, il est le transparent du monde. Le neutre est le dedans et le dehors, le toujours ailleurs. C’est un drapeau, un fanion, un étendard, transparent. Ça laisse passer tout le sensible possible. ÇA fait des sensations. Des événements. ON, est un événement. La permanence de la multiplication des événements. ON, est une substance qui refuse sa qualité. ON, est sans qualité. ON, déborde toujours. Ça permet la plus grosse des éphokhè, enfin. Tout en suspens et sans étendard autre que la lumière et l’obscurité dans le transparent de l’étendard annulé. ON, est un prisme. Un jeu.


ON, veut tout annuler, et tout prendre. Tout prendre jusqu’au plus profond de nos bouches, de nos têtes, de nos corps, de nos organes. ON, veut dire mal, dire à côté, dire autrement ou pareil. ON, veut utiliser ça et ÇA. ON, et ÇA comme on peut, comme ON, décide de le dire. ON, veut faire mouvement et position. Faire base arrière et poste avancé. ON, veut être malades, malades de cette série de maladies qui forment un message. ON, veut être vital. Absolument vital. ON, veut rompre le gris, le plat. ON, refuse la propriété. ON, veut DÉCOLONISER TOUT. Littéralement, absolument TOUT. ON, veut être « enragés » et détester les « enragés ». ON veut mugir, rugir, être en puissance. ON, veut mordre. ON, veut refuser toute idée même d’une substance autre que celle de la bouche qui balbutie toujours. La permanence est dans la commissure des lèvres pleine d’une bave qui dit difficilement. ON, fait matière. ON, est matière. ON, est ingouvernable, insaisissable, ailleurs. ON, n’est pas en communauté, ON, ne cherche pas la communauté, ON, est inavouable, invisible, ON, est de la transparence d’un étendard qui se refuse à l’être. ON, est. ON, est une quasi non-langue. ON, est ON. ON, n’a pas de sens, ON, fait sens. ON, fait émeute, émoi, émotion. Insurrection.

ON, veut faire du sens, un peu. ON, veut être-sens. ON, n’a toujours rien à revendiquer. ON, VEUT. ON, FAIT. ON, SENS. Maintenant, ON balbutie.


4.

VIOLENCE On ne compte plus les morts : Remi Fraisse, Abdelhakim Ajimi, Zied Benna, Bouna Traoré, Makomé M’Bowolé, Malik Oussekine et tant d’autres. On ne compte plus les mutilations, les fractures, les yeux perdus, les tendons sectionnés, les hématomes, les plaies béantes, les traumatismes crâniens, les yeux brûlés, les gorges irritées, les vomissements et les suffocations résultats des gaz lacrymogènes, des flashball, des grenades de dispersement et des coups de matraque. On ne compte plus le gaspillage, les millions d’euros déversés pour armer les forces de l’ordre dans le double objectif de mater toute marge qui manifeste et agis d’une part et de maintenir un certain ordre d’autre part : l’ordre de l’homme-blanccapitaliste-hétérosexuel-et-vieux. L’ordre qui accorde plus de valeur aux banques, aux mcdonalds, aux supermarchés et aux caméras de surveillance plutôt qu’à nous et à la condition qui nous est faite.

VIOLENCE On ne compte plus les contrôles au faciès, les assignations à résidence, les interdictions de manifester, le 49.3, l’antiterrorisme, la bac, la loi renseignement, la jungle de Calais brûlée, l’expulsion violente des migrants du lycée Jaurès, le raid qui évacue la maison du peuple à Rennes, les condamnations et la répression injustes des salariés en luttes chez Air France, Goodyear, Continental et dans chaque cortège de manifestation désormais. Les lanceurs d’alertes jugés, condamnés, parfois même forcés à l’exil. Les attaques violentes à l’encontre des zadistes à Notre Dame des Landes, Sivens et ailleurs. Les attaques violentes à l’encontre des étudiants et des lycéens à Rennes, Nantes, Tolbiac, Bergson et ailleurs encore. Le déchainement de violence symbolique ou physique à l’encontre des minorités que ce soit les femmes, les migrants, les queers, les arabes, les noirs, les sans-papiers, les musulmans, les juifs, les roms, les pauvres etc. la liste est longue.


VIOLENCE On ne compte plus le ridicule et les simulacres d’une justice d’Etat qui substitue le commun par l’ordre de la matraque. Dans laquelle les lois sont pensées et faites pour stigmatiser les pauvres, les sans-papiers, les shiteux, les manifestants, les chômeurs, les putes, les voleurs. Une justice qui se montre bien laxiste avec les délits de cette classe qui bien souvent vote ces mêmes lois de manière laxiste concernant leurs histoires d’abus de biens sociaux, de fraude fiscale, de corruption, de trafic d’influence, d’abus de position dominante (une position dominante peut-elle être autre chose qu’un abus ?), de délits d’initiés, de prises illégales d’intérêt etc. On ne dit plus l’absurdité de ne pouvoir être représenté que par des partis politiques qui ne représentent plus rien que ce soit en terme d’idée ou d’adhérents. Ou bien des syndicats qui ont le même soucis de perte de domination idéologique et de perte de pouvoir qu’ils défendent grâce à des discours et des services d’ordre fascisants exerçant une violence répressive main dans la main avec les services d’ordre de l’Etat à coup de dénonciation, gazage et matraquage.

VIOLENCE On ne compte plus le traitement médiatique qui nous est fait où l’information n’en est plus, où on nous prépare à être du « temps de cerveaux disponible », où on nous dit comment manger, voter, vivre mais surtout ne pas penser, ne pas s’émanciper, ne pas chercher du sens puisqu’on vous dit qu’il n’y en a pas. Qui est-ce qui le dit ? C’est L’Etat, Hersant, Lagardère, Drahi, Lucas, Amaury, Weil, Bertelsmann, Dassault, Niel, Bolloré, Pinault, Arnaud, Tapie, Bouygues. Ces gens qui contrôlent les médias en dépit de toute idée de démocratie, qui les utilisent pour leurs intérêts propres et idéologiques dans lesquels « le mouvement continue d’images, de sons et jingle entretiennent notre léthargie et notre passivité. » Des médias qui font violences aux informations, aux faits, au journalisme, à la vérité et aux mots. Des médias qui divisent et sépare bons et mauvais manifestants qui font le jeu et la propagande de la violence institutionnelle et répressive de l’Etat. Oui, nous sommes tous des casseurs.


VIOLENCE On ne compte plus la violence qui est faite aux mots et à leur sens. Que sont devenus les mots justice, égalité, liberté et commun ? Pourquoi ne peut-on plus appeler fascisme ce qui l’est ? Aujourd’hui et depuis trop longtemps maintenant, on ne censure plus, on sensure. On confisque le sens. Que ce soit dans les médias, dans les textes et les discours tout nous conforme à la servilité et au mensonge grâce a l’habileté des senseurs, des matraques et des systèmes de surveillance. Prenons par exemple le mot violence. La violence c’est l’abus de la force. De quel côté se trouve la force aujourd’hui ? De qui vient-elle cette violence alors ? On remarque qu’il est dangereux de leur en laisser le monopole et la légitimité, même s’il ne s’agit pas d’en faire n’importe quoi et de lui donner du sens en se réappropriant le vocabulaire insurrectionnel afin de rétablir un rapport de force équitable. Arrêtons de penser que seule la violence des manifestants est néfaste, elle n’est qu’une réponse aux manipulations lexicales. La violence aujourd’hui elle est en face de nous, en opposition à nos êtres et le temps des réponses pacifistes a été dépassé surtout quand ces réponses se désolidarisent de tout autre forme d’action, ça ne fait que le jeu du pouvoir. Nous faisons du bruit parce que nous sommes, tout simplement. La réponse c’est d’arrêter les divisions et de passer à l’acte.

VIOLENCE Dédramatisons ce vocabulaire et réapproprions nous le. Eradiquons la peur d’aller en force là où il faut aller. Arrêtons d’attendre. Arrêtons de gémir de manière permanente. L’Etat et le Capitalisme agonisent, d’où la démonstration et le spectacle de forces fascistes extraordinaires qu’ils mettent en place pour nous remettre en cadre. Nous avons déjà souffert suffisamment à notre condition et à notre commun. Il est temps de rompre avec le confort, l’habitude et le quotidien, on s’en fout de tout ça. Débordons. Nous avons suffisamment d’étincelles depuis bien longtemps, il ne tient qu’a nous d’en faire un feu qui se propage, une « révolution poétique », une insurrection. Ne soyons plus une position. Soyons du sens, soyons un élan, soyons un mouvement.


5. Appel à la déconstruction

Intempestif, maintenant! Toi citoyenniste qui changes le monde en te changeant toi- même. Toi enfant de la république qui vois ton salut et ta rébellion dans les institutions, la domination et la reproduction. Toi qui crois en l’individu comme vérité. Toi qui crées le même sans interroger l’autre sans voyager dans l’ailleurs. Toi le produit pur de ta génération. Toi, militant qui ne parles qu’à toi-même, qui n’est radical qu’à toi-même. Toi qui finis par ne faire que posture de politique, de remise en question, de « révolution ». Toi qui souhaites vivre différemment. Tue-toi toi-même et nous finirons par y arriver un peu, peut- être. Tue la révolution, pense communeS. Tue-toi, deviens intempestif, deviens ton singulier, agis, sois hors-la-loi les règles n’existent pas. Tue-nous, tue-on. Ici, maintenant. On se souviendra du nécessaire. Après. La légitimité est là où tu la places, c’est à dire qu’elle n’est pas. Ton monde est vieux, ton monde est mort, brûle tout et retrouve tout. Notre monde, on monde est mort. On veut te voir revivre. On veut se voir revivre. L’élan est vital. Déconstruire tout. Tuer ta tête, tuer nos têtes, tuer on têtes. On s’en fera tous une autre. Envahis les places, les fêtes, les brèches, les espaces vides, avec nous, avec on. Fais mourir ton quotidien, fais mourir tes habitudes, ta monotonie, fais mourir le gris. Invite l’inconnu, l’obscurité, laisse parler tes envies phosphorescentes, invente le vivant. Dis merde à l’homme blanc hétérosexuel, rejoins la fronde. Dis merde aux costumes, à la vie non-vie, rejoins la fronde. Dis merde au prof, à l’homme politique, au policier, au juge, au caissier, à l’ouvrier, au retraité, au travailleur, à l’enfant, aux morts, aux vivants, rejoins la fronde. Ça n’est pas l’hacienda qu’il faut construire, c’est la communeS. Le monde vite! Tout, est pressant.


6.

Sur les places, nous avons créé un espace nouveau. Nous nous sommes approprié des temps d’échange. Nous avons invité, nous avons partagé, nous nous sommes rencontrés. Nous avons pensé, nous avons notifié, nous avons publié. Et des commissions sont nées. On s’est constitué, puis déplacé, on s’est organisé.

Sur les places, nous avons rassemblé nos envies de déserter l’espace politique et médiatique, de le déserter non dans le silence et la solitude, mais en construisant un nouvel espace commun. Nous avons parlé. Et la parole, c’est comme la liberté, lorsqu’on la prend, c’est souvent pour dire ou faire des conneries ; cela importe peu. Il convient seulement de ne pas en rester à la bêtise première. Nous avons en tout cas compris que le principe de politique ne se réduit pas à la procédure insignifiante du vote. Le politique est dans ce que nous élaborons, dans ce que nous construisons, et dans ce que nous attaquons ou détruisons. Sur ces places, nous avons aussi beaucoup été assis. Ce qu’il y a de vivant et de redoutable dans l’espace que nous avons créé, c’est que le geste peut suivre la parole.

Nous avons donné naissance à une suite de débordements. Des débordements qui ont pris forme dans des rassemblements illégaux, des éditions clandestines, des affichages sauvages. Une première promenade nocturne au son de cloches et de casseroles, suivie de danses étincelantes nous a fait pétiller. Notre appétit devient vorace.

Construisons des fêtes, élaborons des chants, des farandoles, des carnavals éclatants de liesse, occupons les espaces de la ville laissés en friche, pique-niquons sur les voies ferrées, goûtons au bureau de Monsieur le Maire, festoyons, peignons les banques, crions le jour, jouons la nuit.


Exerçons nous à la résistance, au vol dans les grandes surfaces, à la course, au lance-bouteille, à l’art de la palissade et de la barricade temporaire, aux logomachies de l’insulte et du rire, aux cris gonflés de guerre, à l’apprenti pharmacien, au monopoly de défense juridique. Cartographions l’espace, déterminons des objectifs stratégiques utiles ou drôles, incitons à l’exercice euphorique de la manifestation sauvage, agençons une pluralité de maisons dans lesquelles nos sensibilités auront la possibilité de se reposer ou d’entrer en fusion, inventons de quoi déplacer les fluxs de la cité.

L’insurrection que nous appelons est une devinette spatiale dont les aspects multiples prendront les formes du jeu et de la joie. TOUT

EST

PRESSANT


7.

Nécroéconomie, nécrovérité, nécroinformation, nécrodiagnostic, nécrontologie, nécrohétérosexualité, nécrohomosexualité, nécroaffect, nécroimage, nécroamour, nécrotélévision, nécrohôpital, nécrohumanisme, nécroétat, nécrourbanisme, nécroprogrès, nécrolittérature, nécropaternité, nécrovoyage, nécroeurope, nécroindividue, nécroarchitecture, nécrofrance, nécropays, nécrodivertissement, nécropaix, nécrodiversité, nécropolitique, nécroterritoire, nécrofrontière, nécroscience, nécromasculinité, nécroféminité, nécrocouple, nécrocroyance, nécrolangage, nécrovote, nécroécole, nécrofamille, nécropornographie, nécroparlement, nécromédecine, nécrobeauté, nécroculture, nécromaison, nécroart, nécroautorité, nécroréponse, nécroexhibition, nécrorecherche, nécrojournalisme, nécrocinéma, nécrodesign, nécrotourisme, nécrohistoire, nécropaysage, nécroinformatique, nécroémotion, nécrosang, nécrocuisine, nécroimage, nécropragmatisme, nécrosanté, nécroagriculture, nécrodésir, nécromode, nécroraison, nécrorobotique, nécroloi, nécrostimulation, nécropédagogie, nécrocommunication, nécrogénération, nécrodon, nécrotest, nécroaction, nécrosexualité, nécrovaleur, nécropublicité, nécroidentité, nécrohospitalité, nécroimmunité, nécroindustrie, nécrocommunauté, nécrorgasme, nécroliberté, nécromusée, nécroécoute, nécrotravail, nécrofraternité, nécroamérique, nécrofétus, nécrosatisfaction, nécroégalité, nécroconsommation, nécrovision, nécroeau, nécroâme, nécroamitié, nécromaternité, nécroempathie, nécrovitesse, nécroplasticité, nécroconscience, nécrorécit, nécrojoie, nécrotransport, nécrothéâtre, nécroloisir, nécrotravail, nécroargent, nécrofinance, nécronourriture, nécrochristianisme, nécroislamisme, nécrojudaïsme, nécrocivilisation, nécroadolescence, nécrodette, nécropardon, nécrocrédit, nécrocorps, nécrocomplicité, nécrolait, nécroérotique, nécropétrole, nécrosucre, nécrosperme, nécromythologie, nécrovieillesse, nécroaltérité, nécrodiscours, nécrobonheur, nécrothérapie, nécrozoo, nécromoral, nécropersévérance, nécrocirculation, nécrorace, nécroprivé, nécronet, nécropublique, nécrosubjectivité, nécrosouveraineté, nécroaddiction, nécroaccumulation, nécrogouvernement , nécrodanse, nécrocontrat, nécrofierté, nécrodirection, nécromémoire, nécroécriture, nécroméditerrané, nécroenfance, nécroréussite, nécrosexe, nécropassé, nécrorêve, nécroapprentissage, nécroidéologie,


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8.

« On se rend maintenant très bien compte, à l’aspect du travail, que c’est là la meilleure police, qu’elle tient chacun en bride et qu’elle s’entend à entraver vigoureusement le développement de la raison, des convoitises, des envies d’indépendance. Car le travail use la force nerveuse dans des proportions extraordinaires, il retire cette force à la réflexion, à la méditation, aux rêves, aux soucis, à l’amour et à la haine. » Friedrich Nietzsche, “ Les apologistes du travail “, Aurore, 1881

« Notre vie, c’est d’être assassinés par le travail. Nous gigotons au bout de a corde pendant soixante ans. Mais nous allons la couper à présent. À la lanterne ! » Georg Büchner, la Mort de Danton, 1835 Est-ce qu’on vaut mieux que ça? Est-ce qu’on est mieux que ça?

Ça n’est pas le retrait de la réforme du code du travail qu’il faut demander, c’est l’abolition pure et simple du travail comme forme aliénée, comme salariat. Ça n’est pas de l’augmentation du temps de travail, de la facilité de licencier ou d’embaucher qu’il faut parler mais de la fin de l’emploi. Le travail ça peut et ça doit être autre chose, ça doit être un mouvement de sens et de fond.

Tout discours est fasciste.Tout discours est privatif. On vaut mieux que ça était sans doute, est sans doute une bonne idée. Il produit une sorte de mobilisation générationnelle inédite. Celle d’une génération très peu mobilisée, d’une génération qui a connu sa grande arme dans la mythologie du CPE. Mouvement qui a vu, peut-être, c’est une chose qu’on peut lui accorder, émerger des formes un peu neuves ou un retour de formes contestataires qui n’étaient plus à l’ordre du jour depuis quelques dizaines d’années. On vaut mieux que ça, c’est néanmoins d’emblée et immédiatement placer la vie, l’humanité, la réalité du sujet dans une question de valeur, et la place que nous occupons dans une question de valeur face au travail, au travail salarié, au travail capitaliste, à l’emploi.


Depuis ce #, on voit se multiplier des témoignages qui matérialisent une réalité du travail d’aujourd’hui, le bullshit job, la flexibilité, la précarité, l’oscillation entre pôle-emploi, intérim et CDD à peine souhaité et essentiellement subi. Par là, on a aussi le sentiment que c’est à travers le travail, à travers l’accès à un travail disons « stable » qu’on se réalisera. Ce discours là est problématique, il empêche plus ou moins toute réflexion sur l’essence même du travail, et de sa disparition progressive sous les formes qu’on en connait.

On est mieux que ça, aurait sans doute été déjà plus englobant. Néanmoins, formuler on est comme formuler on vaut, c’est encore mettre en lumière non pas le neutre, mais au contraire l’ajout d’égos traumatisés par l’absence d’un statut social traditionnel. C’est encore abonder dans le sens d’une forme morte de réalité, c’est abonder dans un passé que l’on mâche et que l’on fantasme. Ça n’est pas poser la question de l’automatisation, de la robotisation de l’emploi. Deux tiers des transactions financières sont déjà assurées par des « robots-traders » dans certains supermarchés plus de la moitié des caisses sont automatiques, dans certaines usines trois ouvriers qualifiés suffisent à faire tourner une chaîne de production qui comptait il y a encore quelques années des milliers d’ouvriers. Et puis au milieu d’une manifestation la semaine dernière en tête de cortège une banderole « on vaut mieux que la valeur » Au milieu de tout ça et depuis deux semaines, on voit re-fleurir un lexique. Syndicats radicaux, syndicats réformistes. On fait passer l’Unef pour le syndicat enragé de la jeunesse. On a trouvé « la nouvelle star » du mouvement social en son leader. Pourtant dans les textes des AGs étudiantes et salariées on voit fleurir d’autres revendications qu’un retrait. On voit les syndicats traditionnels enfin être débordés ici ou là par un autre syndicalisme, un autre militantisme, une autre forme d’organisation et de discussion, autonome, autogérée et a-syndicale.


Depuis ce #, on voit se multiplier des témoignages qui matérialisent une réalité du travail d’aujourd’hui, le bullshit job, la flexibilité, la précarité, l’oscillation entre pôle-emploi, intérim et CDD à peine souhaité et essentiellement subi. Par là, on a aussi le sentiment que c’est à travers le travail, à travers l’accès à un travail disons « stable » qu’on se réalisera. Ce discours là est problématique, il empêche plus ou moins toute réflexion sur l’essence même du travail, et de sa disparition progressive sous les formes qu’on en connait.

On est mieux que ça, aurait sans doute été déjà plus englobant. Néanmoins, formuler on est comme formuler on vaut, c’est encore mettre en lumière non pas le neutre, mais au contraire l’ajout d’égos traumatisés par l’absence d’un statut social traditionnel. C’est encore abonder dans le sens d’une forme morte de réalité, c’est abonder dans un passé que l’on mâche et que l’on fantasme. Ça n’est pas poser la question de l’automatisation, de la robotisation de l’emploi. Deux tiers des transactions financières sont déjà assurées par des « robots-traders » dans certains supermarchés plus de la moitié des caisses sont automatiques, dans certaines usines trois ouvriers qualifiés suffisent à faire tourner une chaîne de production qui comptait il y a encore quelques années des milliers d’ouvriers. Et puis au milieu d’une manifestation la semaine dernière en tête de cortège une banderole « on vaut mieux que la valeur » Au milieu de tout ça et depuis deux semaines, on voit re-fleurir un lexique. Syndicats radicaux, syndicats réformistes. On fait passer l’Unef pour le syndicat enragé de la jeunesse. On a trouvé « la nouvelle star » du mouvement social en son leader. Pourtant dans les textes des AGs étudiantes et salariées on voit fleurir d’autres revendications qu’un retrait. On voit les syndicats traditionnels enfin être débordés ici ou là par un autre syndicalisme, un autre militantisme, une autre forme d’organisation et de discussion, autonome, autogérée et a-syndicale.


Dans les AGs déjà il n’est plus question que de la « loi travail », on y parle déjà des 32h pour tous, du revenu de base pour tous, etc. La modernité, les réalités du travail, de l’emploi sont dans ces revendications des AGs… Plus loin c’est déjà aussi demander la fin de l’état d’urgence, la fin de la maltraitance aux migrants, etc.

Fin des années 60 en Italie, dans les usines Fiat, des ouvriers inventent une langue pour échapper aux syndicats et refuser le travail, l’emploi. La question n’y est plus de négocier des augmentations de salaire ou de diminuer les heures de travail, mais tout simplement de refuser cette notion même de travail. Cette notion de travail, c’est celle du travail aliéné et salarié, c’est celle d’un renoncement à l’élan vital au profit de conditions nécessaires à une éventuelle survie, cette notion et cette réalité, finalement c’est celle de l’emploi. On ne veut plus être employés. On veut vivre et travailler (ça oui peut-être) mais autrement.

En 2016 on nous propose une réforme sortie du congélateur Regan/ Thatcher/Chili, une réforme d’un autre âge. Une réforme où l’on tente de nous expliquer qu’en augmentant le temps de travail, qu’en licenciant plus facilement et « mieux » on créera de l’emploi. À l’heure où la mécanisation suivie de la robotisation et bientôt des premières formes efficaces d’intelligences artificielles ont drastiquement réduit le besoin de mains d’oeuvre, on croit rêver. En France aujourd’hui, toutes catégories confondues on arrive au seuil des 6 millions de chômeurs. 6 millions sur 28,6 millions d’actifs potentiels en France. Presque 20% de la population active donc. Une personne sur cinq. L’équation qui prévoit qu’en augmentant le temps de travail on partage mieux le travail semble relever d’une blague de très mauvais goût… Ou d’une logique étonnante… Mais encore une fois, au fond, ils peuvent toujours augmenter le temps de travail, augmenter la facilité du licenciement , ce qu’on aimerait nous, c’est dire enfin « fin de l’emploi! ». Mais la question n’est déjà plus là. Aujourd’hui je paie à la caisse automatique, et demain ma baguette sera distribuée par un distributeur automatique. Demain un arbitrage juridique avec les bonnes données et le bon


algorithme sera rendu de manière impartial par un ordinateur. C’est possible et sans doute nous nous y dirigeons. Est-ce que c’est bien? Sans doute que non, sans doute que oui. D’une certaine manière ce qui est terrorisant, c’est qu’en l’état actuel des technologies ces réalités commencent déjà à exister.

Il est temps d’interroger en profondeur le travail et cette notion même de travail. Parce qu’on travaille déjà différemment. Et c’est là qu’il faut faire la distinction entre travail et emploi. Non nous n’avons pas ou plus d’emploi stable et on ne se dirige pas vers un nouvel âge d’or du plein emploi. Mais peut-être qu’il est aussi temps d’affirmer que l’on refuse l’emploi au profit d’autre chose. Combien de pigistes ne gagnent déjà rien, et pourtant ils travaillent? Combien d’associations ne gagnent déjà rien et pourtant elles travaillent? Le temps n’est plus à la négociation, ni au refus simple d’une réforme. Le temps est à la subversion, au sabotage de ces notions même, à l’ensauvagement et au refus pur et simple de l’emploi. Nous sommes de plus en plus nombreux à ne plus supporter cette tyrannie du normal, cette vision passéiste et simpliste des activités humaines. Nous sommes de plus en plus nombreux à refuser cette assignation d’un autre âge, trouve un CDI, fonde une famille, achète. Nous sommes de plus en plus nombreux à créer nos activités, sans nous poser la question de l’emploi, à créer nos économies parasitaires, vitales, autres. Alors très simplement, refusons ce travail, refusons l’emploi, soyons enragés, point.

Tout est pressant, disait l’auteur. Et bien alors soyons pressés mais sensés. Sabotons, subvertissons, faisons. Retour au sensible, au sens, à l’élan vital, refus de l’emploi. Voilà le « mot d’ordre » ni négociable, ni amendable.


9. Quinoa Grand Soir

Manger du Quinoa. Grand soir aujourd’hui, demain, jamais.

Je ne veux plus être celle qui fait grève en se disant que si tous-toutes mes collègues, ces sales égoïstes, en faisaient autant, la hiérarchie mangerait la poussière. Je ne veux plus militer pour l’énième durcissement des lois punissant les violences de genre, en me disant que si la loi s’appliquait je pourrais travailler, marcher, baiser tranquille. Je ne veux plus m’indigner devant mon écran des discriminations faites aux racisé-e-s, en me disant qu’avec une éducation nationale décolonialiste, cela n’arriverait plus dans 10 ans. Je ne veux pas manger du quinoa bio, des gâteaux sans huile de palme, ces osties écologiques, en me disant que si tous-toutes les consommateurs-trices, ces sales pécheurs-pécheuses, en faisaient autant, la planète serait sauvée, ses baleines et ses bébés orangs-outans avec. Je ne veux plus donner la pièce aux mendiants en me forçant à croiser leur regard, en me disant que si tous-toutes les passant-e-s, ces sanscoeur, en faisaient autant, les mendiants pourraient se loger et manger. Parce que c’est mortifère. Parce que ce n’est pas vrai. Parce que je ne crois pas en la Providence, ni au sens de l’Histoire. Voilà mon programme pour les semaines/mois/années à venir : Continuer à faire grève, mais en restant ostensiblement en salle de pause, doigts de pied en éventail, lisant, sirotant, chantonnant, deux rondelles de concombre posées sur les paupières. Détox. Constituer sur mon lieu de travail un groupe de femmes qui pourriront les harceleurs jusque dans les recoins de leur tranquillité (toilettes, cantine, bureau), tellement fort et bien, qu’ils en pleureront, à genoux. Châtiment. Aller offrir, en grande pompe, posé sur un coussin de velours rouge, un gode spécial massage de la prostate au grand chef de ma boîte, qui ne se déplace qu’accompagné de son aréopage de costumes sombres et mâles. Spectacle.


Couvrir ma tête de mon foulard dès que j’entends une harangue contre les femmes voilées, ces pauvres femmes soumises et manipulées / ces dangereuses agentes infiltrées de l’islamisme politique. Et ne pas l’enlever. Refus. Manger ce que je peux, ce que je veux, en cessant de m’excuser. Mais faire tomber au supermarché un rayon entier de Nutella dans un stupide élan de maladresse. Aléa. Mettre le nez de clown que j’ai toujours dans ma poche, m’allonger en travers du trottoir à côté du mendiant et m’endormir. Etre l’autre. Détox. Châtiment. Spectacle. Refus. Aléa. Etre l’autre. Ne pas en espérer de changement. Pas un exemple à exposer. Pas une lumière à suivre. Il n’y a pas de Grand Soir à venir. Ni révolution, ni victoire électorale. Que des instants fugaces à creuser, des complicités de circonstance à perpétuer, des micro-pouvoirs à investir et à détruire. Mon Grand Soir c’est maintenant. Et jamais.


10. Théorie de la Pute

Pour la pute, il est extrêmement important d’être à tout moment magnifique, à la fois en apparence et intellectuellement. En tant que fidèles déviantEs de la féminité, nous nous devons dans une certaine mesure d’afficher une haine bien sentie à l’égard de toute ce qui est immaculé et fade. Les petits garçons et les petites filles ont besoin de plus de modèles d’obscénité dans leur vie ; de plus de salopes magnifiques et cinglées à admirer. IlLEs doivent apprendre ce que c’est de vouloir, d’être des putes incapables de ravaler et réprimer leurs émotions. « On ne naît pas pute, on le devient » ne veut rien dire, alors fermez vos putain de cahiers. Nous sommes des contradictions à la démarche fière, et on n’en a rien à battre. Si tu nous cherches, on va t’anéantir toi ainsi que tout ce qui t’est cher. Si tu baises avec nous, on te brisera le cœur ou on tombera peut-être amoureuSEs pour mieux te haïr à jamais. On est accros au dégoût de la société, Jeunes-Filles corrompues qui ne connaissent aucune retenue. On veut tout détruire, en talons aiguilles sertis de diamants. La violence de nos désirs laisse un arrière goût qui ne ressemble à celui d’aucun autre fluide corporel, c’est un venin mortel que seuls les corps les plus masochistes peuvent déguster et atteindre en rampant pour en redemander. On invite des hommes chez nous, en attendant la dégradation qui garantira notre vengeance, et d’ici-là on se fourre leurs bites dans la bouche, et on avale. Rien à foutre.

On contemple l’image de notre corps dans chaque reflet qui croise notre chemin, et on ne peut s’empêcher de passer la journée à baiser avec nous-mêmes, tellement notre beauté est incroyable. On arbore notre manque d’assurance tel une couronne dorée qui scintille sur nos jolies têtes ; fièrEs (ou honteuSEs) de nos nombreuses imperfections, à en crever. Nous sommes horriblement vaniteuSEs, et toutes les putes savent que seule une autre pute peut les satisfaire.


Être pute n’est pas une sexualité, une chose pareille n’existe pas. Nos orgasmes sont inséparables de notre haine, de notre sens de la mode et de nos peurs ; rien ne nous fait jouir qui ne nous révolte également, d’une manière ou d’une autre. Nous faisons l’expérience de ce monde comme s’il était un terrain de jeu, trop laid et étriqué pour nos fantasmes ; aucune des zones délimitées par le « sexe » ne peut contenir ces pensées cochonnes. Le sexe, pour nous, c’est faire tourner les têtes, se râper les genoux, et pisser n’importe où, mais surtout pas dans les toilettes. Si tu vois une pute descendre une rue animée d’un pas chaloupé, tu remarqueras peut-être ses sourcils froncés alors qu’elle marmonne rageusement. C’est parce que ta présence la dérange. Chaque corps insignifiant qui la frôle risque d’être en proie à sa haine. La haine la fait bander. Elle ne perd pas une seconde à former des hypothèses sur toi en fonction de ce que tu portes – tes chaussures ne sont pas assez féroces, ta démarche n’est pas assez sexy, ton regard n’est pas assez intense. Tu n’es rien comparéE aux personnes sublimes qui se cachent dans la ruelle, à l’affût, prêtEs à t’agresser. La politique n’intéresse pas la pute, la pute est la politique. SéduitE par la douleur incessante qu’est vivre, mourir et souffrir, elle se nourrit à la fois de sa peur de touts petits riens et de l’ivresse de n’avoir rien à perdre. Elle pense que toute tentative de parler de ce monde avec logique n’est que pure illusion : la rationalité, cette activité inutile, typique des connards bredouillants. Tenter de définir son contexte ou d’analyser son existence est tout à fait futile ; absolument rien ne fait sens chez elle. La pute n’a d’intérêt critique que pour l’astrologie, préférant l’opinion des constellations de nos cieux aux élucubrations de quelque vieux blancs à l’agonie.

Brillamment amère, la pute s’accroche au chagrin et à la colère comme à des pierres précieuses qui sertissent son cœur ; ses traumatismes coulent et palpitent avec amour dans ses veines, tels de minuscules éclats de verre. Elle aspire en partie à la tristesse et à la déception dont elle connaît la vérité ; elle est emplie de vide et d’ennui en son absence. Pour elle, voir le monde à travers le chagrin, c’est voir en couleur, sentir la sensation de la vie picoter dans chaque terminaison nerveuse de son corps. Sans lui, la joie aussi lui échappe.


La pute est tout à fait exposée – elle est une blessure à vif, qui suppure une excrétion douce et mortelle sur toute chose, toute personne qui la touche. Elle est nue, et dissimule ce qui lui est sacré aux yeux des autres, à jamais, dans la fente de son entre-jambes. Si tu y regardes de trop près, prépare-toi à ce qu’elle te brise un membre, la lèvre, ton putain de cœur, car tu ne peux atteindre ce qui lui est précieux. Sale espèce humaine de merde.

Une vraie pute sait, au fond d’elle-même, pourquoi ce monde fait semblant de la détester. Toute sa vie, elle a été dotée d’un charme irrésistible qui, doublé d’une versatilité inconvenante, a le pouvoir de révéler les plus indésirables de leurs désirs à ceLLEux qui l’entourent. Les messieurs mariés (et leurs épouses mortes d’ennui) se trémoussent à n’en plus pouvoir à la vue de son cul, alors que les universitaires desséchés se mouillent les lèvres avec enthousiasme, excitéEs par son esprit vulgaire. Lorsqu’elle quitte la pièce, un énorme soupir de soulagement se fait entendre : on n’est plus obligéEs de regarder ses perversités frémissantes en face. SeulEs dans leurs chambres modernes, ilLEs se branlent honteusement sur son image, en se détestant en silence et en maudissant la routine grossière de leur vie. Elle rit aussi facilement qu’elle pleure. Lorsque Mercure est dans sa phase rétrograde, elle sait que la catastrophe est assurée si elle sort de son lit. Mais même le foutu alignement des planètes, qui travaille main dans la main avec cette société triviale et méprisable, ne peut empêcher sa folie de déteindre sur son entourage et son environnement. Les circonstances qui les font pleurer, elle et les autres putes, créent aussi des hystériques en puissance ; des îlots autrefois isolés dans la folie se rejoignent alors pour partager une bonne rigolade, et peut-être aussi une petite vengeance.

La pute est une salope, oui, mais c’est aussi unE clochardE et unE jeune délinquantE ; c’est une pédale, une queen, une gouine en colère, un manarchist insurrectionnaliste en talons hauts, unE travelo tyrannique. Elle est tout et rien, tout le monde et personne à la fois. Glamour sous ses nombreux déguisements et transparentE dans ses désirs obscènes.


Elle déborde d’amour pour ceLLEux qui répandent la haine, toujours enchantéE par la beauté cachée sous cette stérile économie des corps. Rien ne lui donne plus de plaisir que de cracher au visage de l’humanité, en riant à gorge déployée alors que les gouttes de ses crachats puants dégoulinent sur les mentons pointus, avant de s’écraser avec délectation sur le trottoir sale qui se déroule sous ses pieds Bash Back !

11. Lutte et virilisme En préalable:

Toute lutte hétéronormée est par essence fasciste. Toute lutte hétéronormée est par essence coloniale. Toute lutte hétéronormée est vouée à l’échec. Toute lutte hétéro-reproductrice est vouée à l’échec.


Toi, petit mâle en short qui vient dans les manifs sous une banderole virile, toi qui essaie de chopper des meufs et de reproduire la lutte du grand sexe dressé, toi qui te prosterne devant l’affrontement vain, matraque contre matraque, bite dressée contre bite dressée. Fais toi enculer et fous-nous la paix.

Toi, petit blanc en noir, qui vient dans les manifs sous une banderole virile, toi qui essaie de vivre le grand soir, le frisson et l’adrénaline, toi tu as oublié que la lutte devait être sensée. Toi qui imagine encore la guerre, l’insurrection comme toute noire, toute grise, faîte de banderoles appelant au dressage, à la soumission et à la dé-soumission, toi qui regarde ton leader comme un âne amoureux, toi qui nous fatigue grandement, de plus en plus grandement devant la poltronnerie de ta réalité et le mythe de ton fantasme, toi qui ne te rend pas compte de ton mépris permanent, fais toi enculer et fous-nous la paix. Toi, petit toi, dans ton costume de folklore, ton costume de radical, ton costume de vide, toi qui rêve d’affrontement d’hétéros, toi qui rêve de bagarre d’hétéros, toi qui rêve de branlette devant des lacrymos, toi qui balance un pavé comme il balancerait son chibre à la face du monde, toi aussi fais toi enculer et fous-nous la paix. Toi qui ne t’es jamais fait enculer, et qui n’y a jamais pensé, fais toi enculer et fous-nous la paix. Deviens un peu monstrueux, un peu minoritaire, arrête de nous faire perdre notre temps. Arrête de penser en fonction de ton temps, de


ton mode de vie fasciste, de ton existence minable de bite dressée. Arrête de nous emmerder avec tes discours sur la lutte sans jamais qu’elle ne te concerne ni de près ni de loin. Arrête de nous emmerder avec ta mollesse d’hétéro-flic blanc bourgeois. Arrête de nous emmerder avec ta normalité. Arrête de prêcher ta norme, on en ras le bol de ta norme. Arrête de penser la lutte comme une reproduction hétérosexuelle. Je t’assure, si tu y penses deux secondes, t’es vraiment qu’un connard d’hétéro-blanc. Même ta lutte est hétéro. Détruis ta tête, je t’assure qu’on en a besoin. Émancipe ta tête, je t’assure qu’on en a besoin. La lutte ne pourra plus être que Queer. Sinon elle ne sera qu’à peine ébauchée.

Queer, minoritaire, anti-coloniale, racialisée.

Ta lutte ne pourra être qu’anti-coloniale. Et pour te le rappeler, puisqu’il faut te le rappeler, l’hétérosexualité est un colonialisme comme un autre. Un fascisme comme un autre. Un mode de vie, un mode de pensée, un mode de domination et d’asservissement. Vis ta vie de queer. Essaie de vivre une vie de queer, une vie de monstre, une vie de femme, une vie de pédé, une vie de gouine, une vie de juif, une vie de noir, une vie d’arabe, une vie de musulman, une vie de roms, une vie de tout ce qui n’est pas toi. Essaie de penser ta lutte, d’imaginer ta lutte, de réaliser ta lutte comme dépossédée entièrement de ton putain de mode vie unitaire et fasciste. Ça ne te pose pas de problème qu’on soit une minorité, jusqu’à ce qu’on affirme que tu nous écrases, que tu nous maltraites, en permanence et sans jamais t’en soucier. Vire toi de ta tête de blanc, de ta tête d’hétéro, de ta tête d’homme. Déserte et démobilise toi de ça, de ton plus profond ça. La lutte ne peut pas être qu’une position, elle doit être vitale.

Définitivement, fais toi enculer, fous-nous la paix et reviens lutter.


12. FHAR, groupe 5:

« QUELQUES PROPOSITIONS : 1. L’homosexualité, ça n’existe pas (seulement dans la tête de ceux qui se croient hétéros ou que les prétendus hétéros ont réussi à persuader qu’ils étaient homos, ouf!). 2. L’hétérosexualité n’existe pas d’avantage, la sexualité ne peut être que globale et ne souffre pas de partition ou de division, toute spécification est arbitraire et illusoire et les comportements fixés ne le sont que face aux archétypes que propose notre culture.

3. Toute spécialisation est inventée et flatté par la classe dominante pour favoriser les uns au détriment des autres et vice versa afin de mieux s’imposer: d’ailleurs les transgressions quand elles n’entrainent pas une modification du statut social sont parfaitement tolérées. 4.Homos et hétéros sont à titre égal les victimes du système, ils sont simplement utilisés, exploités et opprimés à des niveaux différents.

5. Normal et naturel sont des mots à bannir, rien de ce qui touche à l’homme n’est naturel, en quittant le règne animal pour devenir social, le bipède humain a abandonné tout naturel, il s’est dégagé de la nature. Rien de ce qui est spécifiquement humain n’est naturel. AUTRES PROPOSITIONS: 6.Repenser l’éducation des enfants dans un sens non autoritaire assurant leur libre développement (rien à voir avec le expériences-bidon type méthode Frenet ou Summerhil) 7.Destruction de la famille en tant que mini-société répressive et hiérarchisée. 8.Destruction de tous les rôles. (…)


12. Le but de la révolution n’est pas la prise du pouvoir par le « prolétariat » , c’est la destruction de l’idée même de pouvoir et de prolétariat. 13.Le concept de lutte des classes est à repenser complètement. 14.La démocratie est une latrine.

15.Autogestion généralisée de la vie.


« Il est intolérable d’être toléré » Pier Paolo Pasolini


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