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Ratologie & Technologie


On associe souvent technologie et succès : la technologie évoque une avancée, un progrès, un renouveau. Mais un objet technologique peut aussi être un échec. Les échecs sont multiples, et peuvent intervenir à différents niveaux de la conception jusqu’à la commercialisation. Cette installation part du constat suivant : il n’est possible de comprendre réellement la technologie qui nous entoure qu’en observant son aspect le moins médiatisé : ses impasses, ses échecs, ses ratés. En effet, malgré le rôle central que la technologie joue dans nos vies, nous savons bien peu de choses sur le processus d’innovation technologique qui est à l’origine de la création, de la diffusion, de l’altération et parfois de la disparition de certains objets technologiques. Les objets présentés ici étaient souvent en avance sur leur époque, inadaptés aux attentes des usagers ou aux moyens technologiques. Ils témoignent pourtant du processus d’innovation technologique, de ses audaces et des lubies des ingénieurs à l’origine de ces objets.


01

Picture Phone AT&T 1964

En 1964 au New York World’s Fair, AT&T a devoilé un objet qui se voulait une technologie majeure dans le domaines des télécommunications. Il était la première tentative sérieuse de visiophone destiné au grand public. Perçu comme un regard intrusif dans l’espace privé par quelques familles test, cette petite merveille de technologie n’a jamais trouvé son marché.


02

Dynabook Alan Key 1972

Le Dynabook est un projet d’ordinateur portable à usage créatif pour enfants. Les contraintes de fabrication d’un Dynabook furent l’estimation de la taille, du poids, du coût et des capacités. Le Dynabook se perçoit comme un mélange entre un livre, un piano, un outil, un jouet et un moyen d’expression, avec toutes leurs vertus éducatives. Mais les nombreuses contraintes imposées dans le cahier des charges le rendirent impossible à réaliser.


03

Appareil photo numérique Steve Sasson 1975

Le prototype, pesant 3,6 kg, fut utilisé en décembre 1975 pour prendre la première photographie numérique, un portrait en noir et blanc d’une définition de 100 pixels par 100 pixels. L’enregistrement de la photo, sur le support d’une cassette magnétique, dura 23 secondes. L’image fut ensuite lue, à la même vitesse et fut affichée sur un écran de télévision. La photographie représentait une assistante du laboratoire. D’après Sasson : « Nous pouvions voir la silhouette de ses cheveux, mais son visage était caché par le bruit. Elle n’était pas contente de la photo et nous a quitté en disant : Il vous reste du travail. »


04

Altair Ed Roberts 1975

L’Altair 8800 inventé par Ed Roberts est un micro-ordinateur vendu en kit électronique à quelques exemplaires pour les particuliers en 1975. Il est considéré comme le premier PC (Personal Computer). Sans clavier ni écran, il nécessitait des manipulations particulières : Les données étaient saisies par des interrupteurs, et l’affichage se faisait par des LED. Chaque commande ou valeur était programmée par le déplacement des interrupteurs et l’affichage apparaissait sous la forme d’une combinaison de lumières allumées ou éteintes.


05

Polavision Polaroid 1977

La Polavision est un procédé lancé en 1977 par Polaroid pour le cinéma amateur permettant de réaliser des films 8 mm à développement instantané. Contenus dans des cassettes spécifiques, ils étaient développées en 90 secondes, et étaient rétro-projetés sur un petit écran dans un autre appareil séparé mais indissociable du système. Ce procédé coûteux produisait des films de piètre qualité (qui se sont mal conservés) qui ne pouvaient être éxploités sur un autres systèmes. Contrairement aux photos instantanées, il ne put jamais s’imposer, d’autant que la vidéo commençait à s’implanter dans le grand public. Il aboutit à un échec et fut retiré du marché très rapidement.


06

IXI Kane Kramer 1979

Le IXI est un appareil compact capable de stocker quelques minutes de musique numérique, mais aussi de se relier via un réseau de disquaires à un central téléphonique permettant de charger les morceaux choisis. En 1988 la société a refusé de poursuivre le paiement du brevet du IXI, jugé trop coûteux à l’époque : 60 000 euros pour les droits pour 120 pays. Quelque temps plus tard, Apple a sauté sur l’occasion pour s’emparer du brevet.


07

Voiceprint 1100 Philip Garner 1979

Le VoicePrint 1100, sorti de l’imaginaire de Philip Garner est un appareil censé permettre d’imprimer sur papier la parole humaine pour gagner du temps lors de la saisie de documents dictés. Mais cet objet qui se raprocherai aujourd’hui des outils à commande vocale ne restera qu’une lubie d’inventeur.


08

Mavica Sony 1981

Mavica pour Magnetic Video Camera est un appareil photographique numérique conçue et produit par Sony utilisant des disques amovibles comme unité de stockage. Le premier Mavica apparaît en 1981. Il est doté d’un capteur CCD de 279 300 pixels et stocke les photos analogiquement sur une disquette d’une capacité de 50 photos. Avec des accessoires supplémentaires, il était possible de visualiser les photographies sur un téléviseur, de les imprimer ou les envoyer par le réseau téléphonique, sans possibilité de retouche. La technologie de l’époque (notamment en matière de miniaturisation) n’a donné qu’une diffusion commerciale très limitée.


TV & FM STEREO RECEIVER


09

TV Watch Seiko 1983

En 1983, Seiko présente la première montre télévision au monde, invention étonnante à l’époque —qui le reste aujourd’hui. Avec un écran noir et blanc de 3 cm de diagonale, cela en faisait la télévision la plus portable au monde. Mais pour fonctionner, cette micro télé devait être brancher à un récepteur beaucoup moin portable et très gourmand en énérgie. Malgré son apparition au poignet de Roger Moore dans le James Bond « Octopussy », elle n’a connu aucun succès commercial.


10

IBM Simon IBM 1992

En 1992, le constructeur américain IBM, connu pour ses ordinateurs, présente un prototype de téléphone portable au COMDEX de Las Vegas. Plus qu’un simple tétéphone mobile, cet appareil, doté d’un écran tactile, combine un service de messagerie, un PDA et est même capable de recevoir des fax. Il propose aussi un carnet d’adresses, un traitement de texte rudimentaire, un service de mail et des jeux. Très remarqué à sa présentation, il préfigure en fait les smartphones. Ce modèle précis n’a pas dépassé le stade du prototype à cause de son coût de fabrication.


11

Minidisc MZ-1 Sony 1992

Le MiniDisc, ou MD est un lecteur de musique nomade utilisant des supports magnéto-optique pour l’enregistrement et la reproduction numérique lancé par Sony en 1992. Sony a toujours eu pour spécialité de vouloir imposer ses formats contre vents et marées. Cela a marché avec le Blu Ray, le Walkman et le CD, mais pas avec le MiniDisc qui a très vite cédé la place à une technologie plus performante et pratique : le MP3.


12

Intellect Daniel A. Henderson 1993

Cette invention, connue sous le nom d’Intellect, est un terminal de communication portable qui permettait la récéption de données vidéo et sonores, via un central de messagerie. Le système s’est avéré trop compliqué à mettre en oeuvre et est resté à l’état de prototype.


13

Bi-Bop France telecom 1993

Le Bi-Bop pouvait émettre et recevoir des appels, à condition d’être à proximité d’une borne publique et de s’être déclaré sur la borne. Il doit donc être considéré comme une cabine téléphonique portable. Le réseau Bi-Bop n’a été que peu développé : les villes pilotes étaient Paris, Lille et Strasbourg ainsi que leurs banlieues. Dès 1994 le Bi-Bop était condamné par l’arrivée de la téléphonie GSM qui permettait de téléphoner en se déplaçant et de pouvoir être joint en tout lieu. Sa commercialisation fût rapidement abandonnée.


Newton

MessagePad 2000


14

Newton Apple 1993

Assistant personnel à écran tactile sans clavier et équipé d’un logiciel de reconnaissance de l’écriture manuscrite fut présenté par John Sculley, alors PDG d’Apple, comme une « nouvelle révolution dans l’histoire de l’informatique ». Des applications lui permettait de rédiger du courrier électronique et d’échanger des télécopies. Il reconnaissait l’écriture cursive tracée sur n’importe quelle partie de son écran. Mais il souffrait de plusieurs défauts. Son écran était trop petit, et surtout la reconnaissance de l’écriture était trop laborieuse. Il fera même une apparition dans les Simpsons, où son incapacité à transcrire l’écriture humaine excède l’un des personnages qui finit par le jeter... Venu peut-être trop tôt, malgré des améliorations successives, il n’a jamais trouvé un marché suffisant.


15

TAM-TAM messager TDR 1995

Tam-Tam est le nom d’un appareil de radio-messagerie. Au début de son exploitation, le service ne servait qu’à recevoir des messages composés de 1 à 15 chiffres. Cela a été propice au développement de codes chiffrés (ex. : 911 = urgent, 123 = je t’aime, etc.). Par la suite, l’usager a eu la possibilité de déposer un message vocal de 30 secondes sur le répondeur du correspondant a été rendue accessible. Puis il a été possible de faire passer des messages alphanumériques jusqu’à 80 caractères, par Minitel, ou opératrice. Mais l’appareil ne permettait pas de répondre ni d’écouter ses messages, il fallait toujours être à proximité d’un téléphone ou d’une cabine. Cette contrainte et l’arrivée du GSM l’ont fait rapidement disparaitre.


16

N-Gage Nokia 2003

Sans doute l’un des plus gros flops de ces dernières années, la Nokia N-Gage était pourtant un vrai concentré de technologie : ce téléphone portable faisait aussi console de jeux, lecteur mp3 et radio. Ce qui semblait être une idée géniale a été un véritable échec commercial. Inesthétique, avec peu de jeux et peu de clients, la N-Gage sera très rapidement abandonné par Nokia.


Mathieu Demange DNSEP 2011 ERBA Besanรงon



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