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BERNARD STIEGLER

UNE NUIT BLANCHE EN ENFER


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NUIT BLANCHE EN ENFER CONFERENCE DONNEE DANS LE METRO PARISIEN STATION LA CHAPELLE, LE 3 OCTOBRE 2009.


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Ce qui m’intéresse dans la vie en général, c’est de tenter de penser, et à travers cette pensée, de tenter d’exister à partir de là où je me trouve. J’ai commencé de penser entre quatre murs. Je tentais de penser un peu avant de me retrouver ainsi immobiliser, mais la façon dont je pensais avant cette immobilité était extrêmement lâche, ce mot, lâche, n’ayant pas ici un sens moral, mais un sens plutôt à la fois mental et quasi physique de la pensée : j’avais une pensée molle, pas très rigoureuse, très peu disciplinée. Une pensée sans expérience. C’est depuis la radicalité d’un non lieu que je me suis mis à penser, et à partir de ce qui, dans ce non lieu, produisait à la fois une suspension de mon rapport au monde, et un rapport au monde reposant uniquement sur ma mémoire. Mais c’est aussi depuis la bêtise qui était secrétée par ce non lieu, celle de ceux qui y vivaient comme ma propre bêtise, que j’ai pu vivre une expérience de pensée très singulière. Ce non lieu sécrétait en moi une énorme régression que je pouvais observer en quelque sorte à la loupe. En même temps il produisait le contraire : une incroyable capacité de sublimation, qui me permettait de tirer le plus grand profit de l’espèce de laboratoire phénoménologique qu’était ma cellule – et je me suis expliqué sur ce point dans Passer à l’acte. Là nous sommes, dans le métro, au cours d’une nuit blanche, il faut penser le temps et l’espace que nous partageons en ce moment. Ce temps, disons que c’est le XXIè siècle après 2008, … C’est aussi le temps court d’une nuit blanche qui a commencé au coucher du soleil qui se terminera au lever du soleil. Cet espace est celui d’un souterrain, et de ce que les Grecs auraient vu et vécu comme l’Hadès, ce que l’on traduit par « les Enfers ». Nous vivons une nuit blanche dans le métro avec ceci de particulier que dans le métro il n’y a pas de nuit : il n’y a pas de jour. Jour et nuit n’y ont pas de sens, si ce n’est d’une manière purement intellective – mais sans aucune sensibilité. Dans le métro c’est toujours une nuit blanche, et cela peut provoquer beaucoup de bêtise, mais aussi donner beaucoup à penser. Ce sera le sujet de mon intervention. Parler dans le réseau métropolitain au cours d’une nuit blanche, dans ce qui se présente en général comme un boyau où – même si cette station est précisément au-dessus du sol et ouverte en ce moment sur la nuit – , c’est intéressant notamment parce que blanc et noir n’y ont plus de sens quant à la nuit : sous terre il n’y a ni jour ni nuit parce que ceux-ci se constituent par leur alternance. C’est une question de calendarité que j’avais abordée naguère dans un livre. Je commencerai par dire des choses de la mobilité métropolitaine, cas particulier de la mobilité à laquelle je m’intéresse depuis maintenant quelques années.


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Qu’est ce qu’un métro ? C’est un train souterrain. Les premiers trains souterrains, on les trouve dans les mines. Par exemple, autour de la fosse 11-19 de Loos en Goëlle, dans le bassin minier du Pas de Calais, dont les galeries se situent à environ 950 mètres sous terre, il y avait jusque à la fermeture des Houillères un réseau ferré souterrain sur un rayon d’environ dix kilomètres – un peu plus que le réseau métropolitain parisien. Ceux qui creusent les réseaux métropolitains, ce sont des mineurs. Un métro est un réseau de voies ferrées, appelées des lignes, et de stations, où circulent des trains de voyageurs, ceux-ci parcourant une ville au même niveau que ses égouts et autres réseaux occultes. Cette forme très spécifique de transport est devenue la forme canonique de l’urbanité métropolitaine : une métropole se doit d’avoir un réseau métropolitain souterrain. C’est un facteur essentiel de la « métropolisation ». A la différence train terrestre, il n’y a pas de paysage pour le voyageur souterrain – sinon celui de ses rêves, ou celui des rêves artificiels que la publicité lui propose dans les stations de métro. Il n’y a pas de paysage réel dans le métro, et si le noir est constant dans les boyaux, la lumière s’y fait cependant à chaque station, qui est comme une caverne éclairée aux néons dont les rayonnements réfléchissent les panneaux publicitaires. Du coup la seule chose qui demeure à voir, qui est visible, en dehors des voyageurs eux-mêmes, c’est la publicité. A cet égard le métro est un milieu intégralement technique, c’est à dire souterrain, et hanté par une imagination artificielle que fabriquent le marketing et la publicité – un milieu suburbain qui a eu longtemps mauvaise presse, puant, déprimant, dégradant, dangereux, que la publicité a contribué à « humaniser ». Mais est-ce toujours le cas ? Il y a un lien entre métropolitain et Métropolis, qui met en scène une inhumanité souterraine et totalement désindividuée. Pourtant, comme beaucoup de parisiens, j’aime bien prendre le métro – qui est très différent du RER, qui n’est pas vraiment un métro. J’aime prendre le métro pourvu qu’il n’y ait pas trop de monde, qu’il n’y fasse pas trop chaud, et que je n’y sois pas trop chargé. J’aime bien la gravité et le silence des gens dans le métro – une gravité pour une large part induite par le fait qu’il n’y a rien à voir au dehors, induite par l’absence de lumière : il n’y a à voir que les autres voyageurs au-dedans des rames, visages l’on évite de regarder, c’est à dire de dévisager, parce que c’est impoli, sauf à tenter de nouer des relations amoureuses, ou autres, mais c’est très rare. Le métro induit plutôt chez les gens une attitude introvertie, d’autant plus qu’ils sont en général fatigués : outre qu’il est assez fatiguant de prendre le métro, on l’emprunte pour travailler.


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Cependant j’aime le métro en particulier parce qu’il se produit en moi lorsque j’y voyage un état mental spécifique, que je ne connais que là, et qui est un mélange entre le flottement de mes objets de pensée, qui est lié à la suspension des sollicitations du monde visible et lumineux, et qui fait que, comme tous les autres, j’ai tendance à me replier en moi, et le fait que subrepticement je jette un coup d’œil aux gens qui sont là : je regarde ce qu’ils font et ce qu’ils lisent. On aurait tendance à dire que les gens dans le métro ont une tête de mort vivant et par ailleurs nous sommes dans une époque où la figure du mort vivant est très présente – avec le devenir cauchemardesque de Hollywood notamment. Le métro est une sorte de galerie, de mine, dans laquelle descendent des gens qui ne sont pas mineurs. Qu’est ce qu’une mine ? C’est l’endroit où d’innombrables êtres humains ont péri de la silicose, des accidents de grisou, ou qui ont vécu une vie terrible qui a maintenant disparu en France. La mine, c’est la condition de la grande industrie. Pour beaucoup c’est aussi la descente aux Enfers. Pour nous qui ne sommes pas mineurs, travailler à la mine, c’est un enfer : on se représente plutôt comme cela l’enfer. Un endroit noir, souterrain, sans aucune lumière, où l’on étouffe, où il fait très chaud. Lorsque la mine se généralise, lorsque les bassins miniers de Lorraine, du Pas de Calais et du sud de la France se développent, et deviennent les « poumons économiques » de la France, étrange métaphore, à ce moment se déploie la société industrielle – et Dieu meurt. « Dieu est mort, et vous l’avez tué », dit Zarathoustra. C’est une immense question de savoir ce que signifie Dieu est mort. Quoi qu’il en soi, un des traits de cette mort de Dieu est que l’homme puisse descendre sous terre, aller « aux Enfers », sinon « en enfer ». Car les Enfers et l’enfer, c’est bien différent. Chez les Grecs, l’Hadès, c’est le royaume souterrain où errent les âmes de ceux qui sont morts, qui ne peuvent pas revenir à la lumière, mais qui sont là, dans l’Hadès, avec Perséphone, la fille de Déméter. Nous, les Métropolitains, sommes nous des morts vivants ? Que voudrait dire cette situation ? Qu’est ce qu’un mort ? Qu’est-ce que la mort ? Pour les Grecs, la nuit où l’on sommeille est déjà une sorte de mort : un moment d’où s’est retirée la lumière, et celle-ci est pour le Grec essentielle à la vie. Les Enfers, l’Hadès, c’est là où il n’y a plus de lumière, là où errent des âmes mortes parce que privées de lumière ; c’est à dire aussi de reconnaissance. C’est en songeant à ces questions, à l’invitation de Maria Barthélémy et René Sultra, et à travers eux, de la Nuit Blanche et de la RATP, que j’ai décidé de donner pour titre à cette étrange circonstance Une nuit blanche en enfer. Et il y a un sous titre : pharmacologie du métropolitain, ou pharmacologie métropolitaine. Ici, au moment où je parle de pharmacologie, je veux revenir à la question de la publicité, et des images mentales aussi bien qu’imprimées et placardées, ce que l’on appelle les images-objets, que la publicité s’est massivement appropriées. Je veux y revenir pour plusieurs raisons. La première est que j’ai pris le parti des Déboulonneurs, un groupe de gens qui ont commis des dégradations d’affiches publicitaires dans le métro,


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qui ont été poursuivis, et qui ont pour leur défense soutenu que, s’ils avaient certes commis un acte répréhensible, puisqu’ils avaient porté atteinte à l’espace public en transgressant le règlement de cet espace public, ils le faisaient d’une part sans refuser la publicité, et d’autre part parce que dans les conditions actuelles ils la considèrent dangereuse. Voici ce que j’avais écrit à un juge il y a deux ans pour témoigner en leur faveur : À la lecture des textes où le Collectif des Déboulonneurs expose ses principes et son protocole d’action, son discours frappe par les motifs profondément raisonnables et responsables qui l’animent. On aimerait que les mouvements et organisations qui constituent par leur ensemble la société fassent preuve d’un semblable sens de la citoyenneté. Les actions menées par le collectif des Déboulonneurs ouvrent un débat de fond qui préoccupe de plus en plus de Français, et qui constitue une question de philosophie du droit – à savoir que l’espace public est envahi et littéralement parasité par l’espace privé que constituent les panneaux publicitaires. Les militants contestent dès lors la légitimité de ce qu’il faut bien appeler une appropriation de l’espace public. Et il est difficile de ne pas reconnaître que cette contestation apparaît elle-même tout à fait légitime. Car le sujet est particulièrement grave. Il s’agit de la captation de l’attention des consommateurs, de la sollicitation invasive, insidieuse, permanente et littéralement accaparante de leurs facultés sensibles et intellectuelles, par toutes sortes de voies qui n’hésitent pas à pratiquer non seulement la sollicitation sensationnelle, mais la convocation des comportements réflexes les plus pulsionnels. Il en résulte une dégradation insupportable de l’espace public, en particulier dans les zones urbaines les moins bien loties, et qui donne une image de plus en plus lamentable de notre société, en particulier auprès des enfants que l’on accuse ensuite assez hypocritement et très injustement de manquer d’attention pour leurs proches et leurs prochains. Car les enfants sont de plus en plus nombreux à souffrir de troubles de l’attention, et c’est là le résultat d’une véritable saturation affective, que les médias de masse et la publicité assènent systématiquement, mais qui détruit les esprits, et l’état d’esprit attentionné en quoi consiste l’espace public en tant qu’il est social, c’est à dire favorable à des relations d’attention entre les êtres humains. Le collectif des Déboulonneurs ne nie pas la nécessité de la publicité, à la différence de mouvements qui négligent gravement les nécessités de la vie industrielle. Il prône une publicité raisonnable en tenant lui-même un discours raisonnable. C’est une attitude sociale assez exemplaire, et incontestablement courageuse, dans un monde qui ne cesse d’encourager l’excès. L’illégalité de ses actions au regard du droit actuel ne doit donc pas masquer la légitimité des motifs qui l’animent. Sauf cas de force majeure où la légalité menace la légitimité, une transgression de la loi est un acte de répréhensible, et sa répression est normale dans la mesure où il existe une justice qui est capable de prendre acte du fait que la légalité peut menacer la légitimité. Si nous avons besoin de juges, et notamment de juges


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d’instruction, si nous avons besoin de magistrats indépendants, et s’il est impossible de les remplacer par des machines ou par des bureaucrates, c’est parce qu’un magistrat est précisément un homme de loi qui protège la loi, c’est à dire sa légitimité, et parfois en prenant parti contre une répression mécaniquement mise en œuvre au nom de la légalité. Car un juge sait que ce qui est légal aujourd’hui peut devenir illégal demain, et réciproquement : la loi est un processus d’individuation, ce qui signifie qu’elle est animée par le temps de sa propre transformation. C’est pour toutes ces raisons que j’ai soutenu les Déboulonneurs, et c’est aussi pourquoi un juge ne les a « condamnés » qu’à la peine symbolique d’un euro symbolique : ils ont manifestement su le convaincre que l’illégalité de leurs gestes était bien peu de choses au regard de la légitimité de leurs actions. En luttant contre un envahissement publicitaire illimité, les Déboulonneurs mettent en accusation un devenir qui conduit sinon en enfer, du moins dans un processus de désindividuation, c’est à dire foncièrement dangereux, qui menace toute légitimité, et qui donc est lui-même illégitime. Cet enfer, ce n’est pas le métro. Mais c’est l’appropriation du métro, comme de tous les espaces publics, par la publicité et plus généralement par les dispositifs de captation de l’attention et de parasitage des imaginaires qui détruisent la reconnaissance. À cet enfer que le métro pourrait devenir, comme tout l’espace public privatisé par la publicité et la captation de l’attention que mène le psychopouvoir du marketing, il faut rappeler ce que signifiait l’Hadès pour les Grecs –l’Hadès, c’est à dire le monde souterrain que l’on appelle aussi « les Enfers ». Avant de venir vers ce point, je voudrais rappeler que l’espace public, celui qui donne la res publica, que les Grecs appellent la politeai, est un espace de reconnaissance mutuelle, c’est à dire d’isonomie, où chacun peut et doit prendre la parole pour interpréter la loi et décider de l’avenir. Tel est non seulement le droit mais le devoir du citoyen. En cela, le citoyen est tout le contraire du consommateur. Il appartient à ce que j’ai appelé un milieu associé, c’est à dire à un milieu à la transformation duquel il participe, transformation qui est une individuation, tandis qu’à l’inverse, le consommateur ne participe en rien, par principe, au milieu qu’il subit, et qui est pour cette raison ce que j’appelle un milieu dissocié. L’image de Métropolis qui se trouve derrière moi témoigne de l’anxiété que suscite cette dissociation quelques années avant que Goebbels ne propose à Lang de prendre la direction des studios de Babelsberg et du cinéma nazi. Il y a des années, presque des décennies, on regardait les publicités avec curiosité et intérêt. Je crois me souvenir qu’elles avaient une certaine valeur esthétique, et que je les regardais moi-même avec un certain plaisir, au moins pour certaines d’entre elles. Aujourd’hui, comme l’immense majorité des voyageurs du métro, je vomis ces publicités qui sont devenus aussi vulgaires que la télévision, à propos de laquelle Le Monde écrivait cette semaine que jamais la rentrée des chaînes n’avait été aussi lamentable et accablante.


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Je me demande d’ailleurs quelle part du budget de la RATP représentent les recettes publicitaires. Je remarque également que la publicité va mal, elle est en crise, et il en va ainsi parce que tout le modèle dont elle procède est en crise. Peut être faudrait-il que la RATP commence à y réfléchir, et envisage de faire autre chose dans les stations que de la publicité. Un monde disparaît dans la plus extrême confusion. La RATP est connue dans le monde entier pour son génie urbain. Elle a créé et elle gère le réseau de l’un des métros les plus sûr du monde, dont elle a su faire un lieu d’urbanité. Cependant, le temps est peut-être venu de repenser en profondeur l’urbanité métropolitique. * Dans le métro où toutes les nuits sont blanches, où il n’y a pas de nuit, dans cette interminable nuit blanche où alternent la pénombre des tunnels et la lumière électrique des stations, il se produit une suspension, une épokhé des schèmes sensori-moteurs : le monde n’y apparaît plus. Il est neutralisé et on s’y fait du cinéma, parfois en regardant les autres spectateurs de soi même. Qu’est ce qu’une nuit blanche cependant. C’est une nuit où l’on ne dort pas : on arrive jusqu’au point du jour, du moment où Le jour se lève, qui est un des plus beaux film de Marcel Carné – et qui fût condamné par le Front populaire à cause de son pessimisme. C’est aussi – ce film – la nuit d’un crime. Dans le cas qui nous occupe, c’est une fête, la Nuit Blanche de la ville de Paris et de Christophe Girard, c’est en principe une fête cependant, une fête des artistes qui la nuit présentent leurs œuvres, ce qui est assez surprenant parce que les œuvres ont eu longtemps besoin de la lumière du jour en principe, les œuvres sculpturales et picturales, mais non le théâtre, ni bien sûr pas le cinéma, dont la caverne de Platon est la protoforme, ni certes l’« art numérique ». Le XIXè siècle voit l’apparition de l’électricité, la suspension des programmes cosmiques : on peut voir et vivre la nuit. Le réseau fonctionne, on est connecté à une sociabilité. On peut comme au canada vivre en dehors de la lumière du jour la moitié de l’année, sous terre parce qu’en surface l’hiver est trop rude. Chez les Grecs les Enfers sont cependant définis par le fait de ne pas pouvoir accéder à la lumière du jour. Que signifie cette lumière du jour chez les Grecs ? Elle est le milieu diaphane du kléos, c’est-à-dire de la réputation et parfois de la gloire : la gloire est le sommet de la reconnaissance. Le glorieux, c’est à dire le héros, champion aux Olympiades, grand militaire et grand chef, comme Périclès, poète, tel Orphée, etc., peut alors devenir un jalon et un critère pour la reconnaissance. Mais ces gloires qui tendent à l’universel sont des cas de gloires plus locales si je puis dire : la bonne réputation que l’on a dans son cercles familier est déjà de cette veine. Il y a toutes sorte de chemins dans la reconnaissance.


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Une des héroïnes que célèbre la Grèce est particulièrement intéressante et donne beaucoup à penser pour tout ce dont je tente de parler ici, et il est d’agit de l’héroïne de la transgression et de la loi divine : Antigone. Antigone veut enterrer son frère pour qu’il ait le droit d’aller aux Enfers : pour qu’il ait droit à une sépulture, et pour que son âme puisse rejoindre le royaume des morts. Pourquoi faut-il donc qu’une âme morte aille errer dans l’Hadès ? Antigone qui va transgresser l’édit de son oncle, Créon, et va être condamnée à l’ensevelissement : elle sera enterrée vivante. Elle-même va descendre sous terre, dans les Enfers, dans l’Hadès, où elle va entrer vivante, pour avoir voulu rendre possible l’accès de son frère à ces mêmes Enfers. Pourquoi ? Si Antigone veut absolument que son frère ait droit à sa sépulture, c’est parce qu’elle veut qu’il ait droit au kléos : à cette reconnaissance très spécifique qui n’est pas la reconnaissance simplement acquise dans les relations familières et proches, par exemple la reconnaissance de sa sœur, de ceux qui l’ont connu, mais aussi la reconnaissance de l’inconnu. Celle auquel à droit le soldat inconnu de la Grande Guerre, reconnu à travers un monument. Cette structure de la reconnaissance est rendue possible par l’Hadès parce que les Enfers sont habités par une Déesse qui est l’épouse de celui qui règne sur eux et sur les âmes des morts : Hadès, dont le nom est inséparable de l’aidôs, c’est à dire de la pudeur, de la réserve, c’est à dire de ce qui, selon le dialogue de Platon Protagoras, constitue les deux traits par lesquels Zeus définit ce qui convient à l’être mortel, c’et que c’est que d’être digne pour le mortel, ce que c’est que la dignité de vivre et de mourir dans le kléos, c’est à dire dans la reconnaissance à travers le temps. Un mortel aura un bon kléos s’il respecte à la fois la dikè, qui est le sentiment du droit et de la justice, et l’aidôs, c’est à dire le sentiment de la pudeur et de la honte. Or Antigone a honte de Créon, et elle a honte de voir son frère sans sépulture, et cette honte lui ouvre non seulement le droit mais le devoir de combattre la loi de Créon, qui est une loi humaine, écrite, au nom d’une loi divine et non écrite, qui est précisément celle qui rend possible la structure du kléos – qui est la base de toute cette économie de la honte, de la pudeur, de l’honneur et de la justice en cela. Si je parle de cela dans un souterrain, c’est à dire dans le métro, en pensant aux mineurs, c’est parce qu’ici j’ai vu des choses parmi les plus honteuses sur les panneaux publicitaires, par exemple ces panneaux qui furent achetés par la Commission Européenne en 2004, au cours de la campagne pour les premières élections européennes, et qui disaient : nous défendons vos droits de consommateurs. On détruisait ainsi la citoyenneté européenne : on disait aux Européens qu’ils ne sont plus des citoyens, mais des consommateurs. C’est aussi dans le métro que j’ai vu la campagne publicitaire par laquelle Canal J disait que les enfants faisaient mieux de regarder la télévision que d’écouter leur parents.


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J’ignore ce que représente le budget de publicité de la RATP dans son budget global, mais je me dis que la RATP, en tant que réseau urbain, a mieux à faire aujourd’hui que d’être un espace essentiellement publicitaire. Comprenez moi bien : je ne suis pas contre la publicité, pour autant que celle-ci ne détruit pas la reconnaissance, ne liquide pas la loi, ne fait pas honte. Le métro est un lieu où l’on rêve sur un mode très particulier, et qui engendre cette écoute flottante et cette forme d’attention suspendue que j’aime tant cultiver moi même, en train, en voiture, à vélo, en marchant, selon la méthode péripatéticienne, désormais assistée par différentes prothèses de transport. Le métro pourrait devenir tout à fait autre chose dont la publicité ne serait pas forcément exclue, mais qui serait faite pour soutenir d’autres démarches – par exemple un réseau de transport qui s’agencerait à des réseaux sociaux producteurs de nouvelles formes d’urbanité, c’est à dire de reconnaissance. Merci de votre attention.


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