Page 1

Portraits Miroirs KalĂŠidoscopes


mcl


Sommaire


6 Problématique 11 Illustrations 13 Recherches

14 Regards

17 Ombres

18 Point de vue

21 Kaléidoscopes 22 Photographies 28 Kaléidoscopes 1 31 Argus ou la Boîte Noire


Représenter l’être humain fait partie très tôt des préoccupations des hommes: des silhouettes sont déjà dessinées ou gravées sur les parois des grottes préhistoriques; mais pour parler de portrait, il faut remonter aux sources mythiques, celles qui racontent, à l’époque antique, l’histoire de la fille du potier de Dibutades1, une des origines souvent citées de l’image mimétique.

De l’Antiquité à nos jours, nombreux furent les artistes qui cherchèrent à traduire cette ressemblance physique pour conserver l’image « vivante » d’un être. Portrait d’êtres en vie ou portrait post-mortem, l’image fidèle reste en trace inscrite pour l’éternité, ainsi qu’on peut le voir en Egypte au Fayoum2 (fig.1). Cette image mimétique conserve les imperfections-mêmes du modèle.

1 Comme l’écrit Pline, (PLINE l’Ancien écrivain romain du I er siècle après J.-C.) la fille du Potier souhaitait conserver une image de son amant qui allait s’absenter. Elle dessina au fusain l’ombre portée du profil aimé et obtint une image ressemblante. 2 Portraits funéraire du Fayoum en Egypte, peints entre le I et le V siècle.

6


Le portrait funéraire est un cas particulier, mais tous les portraits parlent d’absence. En effet le portrait est un « instantané », instant déjà passé lorsque le peintre range son pinceau ou lorsque le photographe appuie sur le déclenchement. Le portrait est donc toujours associé à la mort comme l’écrit Roland Barthes3: « La Vie/la Mort : le paradigme se réduit à un simple déclic, celui qui sépare la pose initiale du papier final. »

Un double mimétique qui re-présente peut-il par la ressemblance-même traduire le « moi » ? Ce concept est ainsi défini dans le dictionnaire Grand Robert4  : «fonction par laquelle un individu conscient se saisit comme un moi, comme un sujet unique et permanent ». Cette définition aussi simple que complexe sous-tend la difficulté de faire le portrait d’un « moi », de toutes ses facettes, de sa singularité. Faut-il tenter de chercher un double afin de mieux y parvenir, ce double pour lequel Narcisse se consuma ? 3 Roland BARTHES, La chambre claire. Note sur la photographie, p. 144 4 Le Grand Robert, dictionnaire en ligne de la langue française, sous la direction d’Alain Rey, entrée : Personnalité.

7


Dans les Métamorphoses, Ovide5 raconte l’amour impossible du jeune homme pour son image. Un mythe repris par de nombreux peintres dont Le Caravage avec Narcisse6 (fig.2). Le portrait est associé alors au reflet et au miroir. L’image paraît mimétique mais le reflet n’est qu’une illusion trompeuse : une réalité inversée et brillante. Une telle anamorphose permettrait-elle de mieux cerner un « moi », de le rendre plus visible, en le faisant surgir « autre » par le regard ? C’est d’ailleurs sur le jeu des regards que sont composés bon nombre d’autoportraits: J.Gumpp7 (fig.3),

J-H Lartigue8 (fig.4), N. Rockwell9 (fig.5). Quand l’image devient double, triple, multiple... que devient la perception de l’unité de la personne représentée? Le regard matérialise un lien entre les différentes facettes du personnage. Le peintre renforce par les jeux du regard, via le miroir, l’impression d’unité de l’être sous ses différents aspects. Il prend de la distance en s’autoobservant. 5

6 7 8 9

OVIDE, Les Métamorphoses, Chant troisième, Fables X et XI. Le Caravage, Narcisse, Rome, 1597-1599.

GUMPP Johannes, Autoportrait aux trois têtes, tondo, Offices, Florence, 1646. LARTIGUE Jacques-Henri, Mon portrait, Rouzat, Paris, 1923. ROCKWELL Norman, Triple autoportrait, New-York, 1960.

8


Aiguiser ces facultés « d’auto-observation », voilà ce que tente tout peintre. Il lui faut être à la fois au centre et à la périphérie, faire des allers et retours, passer de la vue d’ensemble à l’analyse du détail. Si les approches sont multiples et que les images se dupliquent parvient-on encore à reconnaître un « moi » ?

Tenter de retrouver l’unité de l’être à travers la duplication de ses images reflétées, c’est ce que j’essaie de faire dans mes portraits kaléidoscopiques. Dans un premier temps deux visages ont été photographiés, imprimés en noir et blanc, déchirés puis recousus sur une toile noire. Ces visages ont été ensuite photographiés à travers le prisme déformant d’un kaléidoscope. Les miroirs renvoient des reflets, symétriquement identiques de la personne, mais différents. Ce sont des images mimétiques illusoires et anamorphiques. L’installation Kaléiscopes 1 tente de reconstituer une réalité de l’être qui n’est jamais ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre. Neuf de ces portraits sont installés à différentes profondeurs, sur un 9


fond noir. Des photos de l’installation se projettent sur celle-ci provoquant une l’illusion optique. Elles renforcent l’effet de la construction abyssale Kalidoscope 2: Argus ou la Boîte noire est la réappropriation des Wunderkammern10 . Trois boîtes scel-

lées sur le couvercle desquelles une lentille optique est fixée. Cette ouverture permet de découvrir, à l’intérieur, le visage recomposé d’un portrait kaléidoscopique. Trois boîtes identiques, trois optiques différentes pour trois regards possibles. Posées sur une surface miroir, ces boîtes se reflètent, rendant indiscernables l’objet et son reflet. Trois boîtes-noiresimages à la fois différentes et identiques qui permettent de reconstituer un « moi » tout à la fois unique et multiple.

10

Cabinet de curiosités ou Chambre des merveilles.

10


Figure 1

Figure 2

Figure 3

11


Figure 4

Figure 5

12


Regards 14


Argus, MCL acrylique sur toile de lin, 140 x 140 cm

15


Ombres 16


et point de vue Real Life in Rubbish, 2002, Tim NOBLE Sue WEBSTER

17


Points de

Agam YAAKOV, Spinning Polymorph, sĂŠrigraphie sur sculpture, 2007. 18


vu

e

VARINI Felice, Eglise des JĂŠsuites, Sion, 1985.

19


Id

ée

s

no

n

al

is

ée

s.

..

20


21


Photographies kalĂŠidoscopiques 2010

Visages 2011 22


Les kaléidoscopes

Outils réalisés pour photographier

23


Quelques

24


portraits kalĂŠidoscopiques

25


... déchirés...

...cousus ...

26


Tr a n s p a r e n t s s u r t i s s u s

Papiers calques

27


KalĂŠidoscope 1, installation, 91 x 72 x 9 cm 29


KalÊidoscope 1 avec projection des images sur l’installation 30


Tous les portraits parlent d’absence.

32


Ils parlent aussi de la personne.

33


Ces Boîtes Noires permettent de reconstituer un « moi » unique et multiple.

34


Elles sont le fil d’Ariane à suivre au centre d’un labyrinthe d’images kaléidoscopiques.

35


Kaleidoscope  

book, artist