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ESCAPADE EN PAYS BASQUE : TOLOSA ET SAN SEBASTIÁN 8 et 9 octobre 2011

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Ce voyage au Pays basque organisé par le comité de mon quartier, je l'avais réservé dès le printemps mais c'est de justesse que j'ai pu y participer. Il me plaisait de revoir une ville visitée il y a fort longtemps, si longtemps qu'hormis l'arc de sable et l'île qui lui fait face, je ne me souvenais de rien. Sans doute, à cet époque, le port était-il encore en activité mais plus aucune image ne pourrait me le confirmer. Nuit fraîche et étoilée, ce 8 octobre, à attendre le bus qui nous conduira vers le sud. Sirius et Orion, en cette fin de nuit, annoncent déjà l'hiver qui ne saura tarder. À 6 h 20, le bus est là et bientôt file sur l'autoroute… Il faudra quatre heures pour atteindre Tolosa et se perdre dans le labyrinthe de ses sens uniques ; une heure sera encore nécessaire pour trouver ce que l'on y cherche : le musée des marionnettes. Personne ne sait ni où il se trouve ni comment il s'appelle. Qui aurait deviner qu'ici, "marionnettes" se dit Topic ? Heureusement, l'invention qui terminera peut-être l'évolution humaine nous sert à entrer en contact avec la guide francophone qui nous attend sur la très belle place carrée du centre-ville. Sans portable, comment l'Homo Sapiens Sapiens pouvait-il voyager autrefois ? Cette énigme reste pour moi un mystère… Tolosa est coincée dans l'étroite vallée qu'à dessinée sa rivière Oria dans les collines basques. Ville tout en longueur, aux bâtiments verticaux pour compenser l'absence d'espace. Nous passons plusieurs fois aux mêmes endroits, traversant la rivière maintes fois, découvrant cette ville aux rues étroites et sombres car sans soleil mais aussi sa belle avenue jardinée : serait-il agréable de vivre dans ce quadrillage étroit, sous ce plafond si bas de nuées et d'écharpes de brume qu'il s'accroche aux montagnes environnantes ?

De ce vieux bâtiment, un architecte audacieux et imaginatif a créé un musée si moderne que sa simple visite mérite le voyage. La simplicité apparente des aménagements intérieurs ne semble réalisée qu'avec des caisses en bois — celles qui servaient naguère à transporter les marionnettes d'une ville à une autre — et de jeux de miroirs qui multiplient à loisir et l'espace et les très beaux objets exposés. Devant les toiles des marchands installés, la jeune guide nous explique la place magnifique — la seule parfaitement carrée d'Espagne —, ses arcades en pierre grise non pas pour se protéger du soleil (les Basques sont réalistes) mais de la pluie qui menace aujourd'hui. Elle explique aussi comment l'architecte a su poser un étage supplémentaire sans qu'il ne nuise à l'harmonie de la place puisqu'il en est invisible. Reste une question : pourquoi un musée des marionnettes ici, à Tolosa ? La réponse tient à un festival organisé il y a une vingtaine d'années, qui prit de l'ampleur, attira les amateurs et aboutit à ce musée absolument superbe. Hâte de le découvrir… Assis dans la très belle salle du théâtre, j'ai cru un instant que nous allions assister à un spectacle de marionnettes. C'eût été magnifique mais il ne faut jamais prendre ses désirs pour des réalités : je ne me souviens plus pourquoi nous y sommes entrés… L'un des étages (le premier) est consacré aux expositions temporaires. Celle que nous découvrons n'est pas encore inaugurée ; elle rassemble des marionnettes créées par la troupe française Arketal qui officie à Cannes. Je reste un peu surpris par les allures de ces marionnettes modernes ; exposition surprenante donc intéressante.

À la fin du troisième tour de ville, le contact est définitivement établi et l'objectif approximativement situé. Nous descendons du bus à impériale sur la petite place Iturrixiki. Quelques mètres à pied puis s'ouvre enfin la place Euskal Herria, magnifique carré ocre posé sur une ribambelle d'arcades, témoin de l'expansion de Tolosa au XIX e siècle. Nous apprenons bientôt que le bâtiment qui abrite le musée des marionnettes fut autrefois le Palais de Justice, premier monument à être édifié hors des murs d'une ville bientôt trop à l'étroit. Topic est écrit sur la longue banderole descendant la façade. Topic n'est pas un nom mais un sigle signifiant TOlosa Puppets International Center ; rien que cela !

Marionnettes Arkétal

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Mariona, la poupée animée qui accueille les visiteur dans sa boîte de lumière, explique aux enfants et aux adultes le mode d'emploi du musée puis invite à commencer la visite. Un rideau se soulève : dans un univers de lumière noire, face à une grande carte du monde sur laquelle sont représentées les nations riches de marionnettes, un mur noir. À mesure que le visiteur découvre le monde de ces poupées animées, des fenêtres de lumière s'ouvrent et révèlent la splendeur de ces objets C'est un rideau plus loin que les yeux sont trahis par la scénographie. Cet immense mur de marionnettes, chacune dans son petit espace, venant de toute la

☛ Les

marionnettes à fils — parfois jusqu'à quatrevingts fils — sont celles qui possèdent la plus grande capacité de mouvements. ☛ Les marionnettes à tiges ou à baguettes, souvent liées aux mains, sont fréquentes en Asie du sud-est. ☛ Le quatrième genre de marionnettes est celui dont les ombres sont la substantifique moelle. Souvent faites en cuir, elles sont très fréquentes en Chine où leur origine se perd dans la nuit des temps. Cependant, un renouveau de cet art est né aux XVIII e et XIX e siècles.

Une marionnette est une poupée de vie dont le moteur est l'émotion de celui qui l'anime et celui qui regarde.

Une marionnette est de l'émotion, un sentiment direct, une métaphore, une image qui communique. Les marionnettes nous remuent. Ce n'est pas nous qui les remuons. Martha Graham

planète, cet immense mur n'est qu'une illusion voulue par le concepteur du musée pour cacher l'étroitesse du bâtiment. Dans ce lieu nommé "Galerie des personnages", un assemblage de miroirs démultiplie à l'infini la douzaine de marionnettes choisie et exposée dans cette cage de verre. Après la stupeur de cette fausse immensité, la contemplation devant la joliesse, la perfection, le chatoiement des costumes, bref devant cet art que sont les marionnettes et leur manipulation.

Cette salle du musée est meublée de ces caisses en bois brut qui rappellent celles qui servaient autrefois au transport des marionnettes. La simplicité de ce décor, son harmonie de teintes naturelles, les miroirs sur les murs mettent en valeur la somptuosité des costumes dont sont vêtues les marionnettes. Si l'Asie et l'Europe semblent le domaine des marionnettes, l'Afrique Noire en est assez absente. Seules deux ou trois représentent le Mali.

Dans "la salle des créateurs", un cube attend les visiteurs. Sur trois de ses faces, les dizaines de portraits de ceux qui se sont illustrés dans l'art des marionnettes ; à l'intérieur, dans un nouveau jeu de miroirs, quelques jolis personnages étonnent le curieux par la multiplication virtuelle de leurs images.

L'après-midi est déjà entamée lorsque nous retrouvons le marché au centre de la place carrée. Il est temps de s'entasser dans le sous-sol d'un restaurant, dans le brouhaha des conversations pour un repas qui se veut espagnol. C'est à ce moment aussi qu'il devient évident que les rugbymen français, sur l'autre face de la planète, ont vaincu les Anglais et accèdent ainsi à la finale de la Coupe du Monde 2011.

Alors, nos pas nous poussent vers le magasin de l'imaginaire où nous attendent les marionnettes venues du monde entier, classées par genre. Il existe quatre grands genres de marionnettes : ☛ Les marionnettes constituées d'un gant dans lequel l'animateur glisse sa main, de sorte de les doigts suffisent à donner vie à l'objet, sont les marionnettes de base, les plus simples à réaliser, les plus faciles à animer.

À 15 h, nous quittons Tolosa vide pour San Sebastián où nous attend Anna, une autre guide qui maîtrise parfaitement le français car ayant fait ses études à Bordeaux. En quelques mots, elle nous conte l'histoire de cette ville magnifique alanguie autour de sa très belle plage de sable et sa fort jolie baie connue dans tout le royaume sous le nom de "Concha". La ville fut fondée en 1180 pour devenir le débouché maritime de la riche province de Navarre lorsque le roi de ce royaume perdit l'usage du port de Bayonne lors du mariage d'Aliénor avec Henri de Plantagenêt. Le commerce l'enrichit considérablement jusqu'à ce que son influence disparaisse au profit de Pasajes, le port voisin. Nous entrons dans la ville par le quartier de l'université dont, nous dit-on, l'essor ne commença qu'avec la fin du franquisme. Auparavant, elle était interdite.

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Le bus nous dépose au pied du funiculaire du Mont Igeldo qui fait face au Mont Urgull sur lequel se dressent encore les ruines du château. La cabine nous hisse sur ce Mont Igeldo, propriété privée aménagée en parc d'attractions. C'est l'occasion d'admirer le panorama urbain construit autour de la baie mais aussi les montagnes qui cernent San Sebastián. Vers le nord, la Rhune ferme ce vaste paysage. Anna explique la ville antique, dont il ne reste rien ou pas grand-chose, juste au pied du Mont Igeldo puis la ville ancienne construite de l'autre côté de la baie, près du port actuel. Faisant frontière entre la partie sud et la partie nord de la Mont Urgull

port

île Santa Clara

La Concha

détruisirent la vieille ville qui se situait près du port à l'exception de quelques maisons et des deux églises. Cette catastrophe obligea à la reconstruction, ce qui fait de San Sebastián une ville vieille de deux siècles. Les hauts immeubles du XIX e siècle lui donnent un cachet moderne. Les avenues rectilignes, confinées dans l'ombre des bâtiments, dessinent donc ce plan orthogonal que nous découvrons en entrant dans le secteur commercial.

Palais

ville antique

universités.

Capitale de la province du Guipuzcoa, appelée Donostia par les Basques. 190 000 habitants. San Sebastián autour de sa superbe baie "La Concha" vue depuis le Mont Igeldo.

ville, le palais de la reine Maria Cristina tout en brique, est devenu l'un des éléments de l'université. École de musique, explique la guide. Lorsque la famille royale est revenue au pouvoir, ses innombrables demeures ne pouvaient plus être entretenues. Ce palais de Miramar, construit sur une colline qui coupe la plage en deux, a donc été cédé. Après avoir traversé le parc d'animation qui occupe le sommet du mont Igeldo, redescendons vers la ville, en bus, passons sous le tunnel du palais royal, longeons la conche et ses anciens bains dont le petit pavillon de marbre dans lequel la reine changeait de tenue. Au XIX e siècle, San Sebastián connut le même développement touristique que Biarritz, la première fréquentée par Maria Cristina et sa cour, la seconde par Eugénie. Ce XIX e siècle fut pour San Sebastián une succession d'épreuves qui commencèrent au tout début, lors des conquêtes malheureuses de Napoléon I er en Espagne. En 1813, les Anglais, remontant du Portugal sous le commandement de Wellington (Remenber Waterloo !) firent le siège la ville et la bombardèrent. Le 31 juillet, un incendie fortuit et l'explosion d'une réserve de munitions semèrent la déroute dans les rangs français et

Les murailles furent abattues en 1863, ce qui ouvrit la ville sur le fleuve qui la traverse aujourd'hui, l'Urumea. Anna dirige le bus vers les hauteurs de la cité, nous faisant traverser le quartier Amara (nous apercevons la cathédrale dans la lumière d'une ruelle), passer devant la gare et son train bleu appelé Topo qui relie Hendaye à San Sebastián, devant de belles fontaines, près du stade que les rugbymen de Biarritz ou Bayonne squattent les jours de grands matches, près des arènes couvertes. Elle nous précise à cette occasion que la corrida, dorénavant interdite en Catalogne, n'attire guère les jeunes et semble sur le déclin. D'un autre âge, sans doute…. Demi-tour à l'hôpital pour redescendre près du fleuve, le traverser sur son ultime pont et trouver une place pour arrêter le bus devant le très moderne et très laid palais des Congrès. Tel un rocher, il affronte l'océan, ses vagues, ses vents et ses tempêtes… Franchissant le pont à pied — les pêcheurs profitent de la marée pour piéger les poissons — , nous longeons le théâtre et entrons sur le Boulevard. Cette belle avenue au nom français nous fait découvrir le marché de la Bretxia, autrefois traditionnel, aujourd'hui entièrement modernisé. Nous n'y faisons qu'une escale technique… et y apprenons que c'est à cet endroit que

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les Anglais ouvrirent une brèche dans les remparts et entrèrent dans la ville assiégée. Les hauts immeubles de la fausse vieille ville ne s'écartent que pour laisser passer les étroites rues rectilignes qui dessinent le labyrinthe dans lequel nous introduit Anna. Ruelles sombres, jalonnées de plus de cent "bars" où déguster les pintxo est une tradition séculaire. Notre guide explique que les habitants de cette ville viennent très souvent dans ces lieux animés, commandent ce que dans le reste du royaume, on appelle tapas, boivent une bière, vont dans un autre bar pour une autre bière, un autre pintxo et ainsi de suite, en guise d'apéritif. C'est l'instant d'une révélation : la boisson préférée est la bière et non la sangria, comme le croient les touristes qui en font grande consommation (et qui en auront un verre bien frais sur leurs tables, incessamment…).

leur tribune… Une arène rectangulaire : il fallait aimer les corridas pour utiliser cette place en arène provisoire… Aujourd'hui, les tables sous parasols attirent les flâneurs mais les arcades grises protègent-elles davantage du soleil ou de la pluie ? Rester plus longtemps pour le savoir…

Trinitate Plaza. Seul, je ne me serais pas arrêté sur cette placette banale, sans cachet particulier, préférant sans doute les églises voisinent ou l'ombre fraîche des rues bondées et rectilignes. Mais notre guide s'arrête, regroupe son monde et affirme le lieu très intéressant. Savoir lire les pierres… La maison en brique et colombage est la plus ancienne de la ville ; elle "survécut" à l'incendie de 1813 et aux destructions anglaises et témoigne d'une architecture en brique lorsqu'aujourd'hui tous les immeubles sont en belles pierres dorées. Face à nous, une belle façade en Sur les pas de la guide, entrons donc pierre, des balcons, des appartements, des dans cette fausse vieille ville aux ruelles boutiques au rez-de-chaussée : la banalité de étroites et sombres. Nombreux sont ceux la ville. Mais ce mât blanc incliné vers les qui déambulent dans ce labyrinthe : le pavés, qu'est-ce ? Il serait trop facile de croire agréablement frais les jours de croire à un simple décor car ici comme grande chaleur. Situé entre le port et le ailleurs, l'inutile n'a guère de mise. Anna exSceau de San Sebastián fleuve, ses rues rectilignes ouvrent leurs plique l'une des facettes invisibles de ce peu1297 perspectives vers le premier car la très jolie place de la ple basque : le gaztelupe. Le gaztelupe est une société Constitution ferme celle sur le fleuve. gastronomique exclusivement réservée aux hommes. À ce que j'ai compris, il en existerait de nombreuses dans la Cette place, rectangle engoncé dans le quadrilatère ville. Chaque sociétaire possède la clé du local et peut y des hauts immeubles blancs et ocre, me fait penser au inviter ses amis pour organiser un repas. Il dispose ainsi familistère de Guise : il n'y manque qu'une charpente de la place qui manque dans les appartements (où les hamétallique et son toit de verre pour la couvrir. En effet, bitants de San Sebastián n'invitent personne), il dispose les éléments les plus surprenants, dans cette architec- aussi des cuisines, du vin, du nécessaire. Lorsque les agature parfaitement régulière car édifiée en six ans à par- pes sont achevées, il suffit de remettre tout en ordre et de tir de 1820, ce sont les balcons qui courent le long des noter sur un carnet ce qui a été utilisé : vin, liqueur, trois niveaux et qui sont tous numérotés. Anna expli- bière… voire de laisser l'argent correspondant. Ce sysque alors qu'autrefois, cette magnifique place faisait tème fonctionne sur la confiance même si en réalité, il est office d'arènes ; les amateurs qui achetaient leurs peu probable que les sociétaires se connaissent. Une sorte billets retrouvaient rapidement, grâce aux numéros, de société secrète qui aurait pignon sur rue…

Façades du XIX e siècle

Théâtre (XIX e siècle)

Place de la Constitution (1826)

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Aux fenêtres des balcons, un calicot portant, noir sur fond blanc, la carte du Pays basque avec ses sept provinces (quatre espagnoles et trois françaises), quelques mots incompréhensibles et deux flèches rouges qui entrent dans la carte. La guide en explique le sens : ceux qui arborent ce calicot exigent que les prisonniers politiques basques soient incarcérés dans les prisons du pays et non loin de leurs familles. Plus tard, Anna dira que les militants de l'ETA n'ont rien obtenu pendant toutes leurs années de lutte et d'attentats ; quelques jours après ce voyage, nous apprendrons par les informations que l'ETA propose une paix définitive avec le royaume espagnol : la fin du problème basque en Espagne ?

Rapprochement des prisonniers politiques

Nous entrons dans l'église Santa Maria del Coro, du nom de la ville de Coro, au Venezuela. Cette belle église baroque fut bâtie au XVIII e siècle grâce aux bénéfices obtenus par la compagnie de navigation qui commerçait, depuis San Sebastián, avec le Venezuela, car elle avait réussi à ne pas payer de taxes au royaume 1. Édifiée contre la colline d'Urgull, elle est orientée nord - sud car l'espace n'était pas suffisant pour une orientation habituelle. Nous y découvrons le superbe portail, les trois nefs, la tribune sur arc surbaissé, la coupole et les voûtes néogothiques flamboyantes. Depuis le perron, la cathédrale, lointaine, apparaît dans la perspective ouverte par la Calle Mayor.

L'église Santa Maria et la Calle Mayor

Ce premier tour en ville achevé, nous retrouvons le bus et reprenons la route vers Tolosa où deux hôtels doivent nous héberger. Retour au sous-sol du restaurant, pour être de nouveau serrés dans le brouhaha des conversations… Il pleut lorsque, vers 8 h, je traverse la ville déserte pour rejoindre l'hôtel Oria où sont servis les petits déjeuners. Évitant le trajet le plus direct, m'aventure vers la belle galerie vitrée de Zerkausia dont les verrières se reflètent dans l'eau calme de l'Oria. Cet espace moderne doit être le lieu du marché mais en ce début de matinée, quelques hommes esseulés y lisent leur journal. J'aurais bien voulu faire quelques images de ce marché de verre depuis le Pont de Navarre mais la pluie ne m'y encourage pas. La belle esplanade qui s'étend devant l'hôtel et sert de parterre aux habitants des HLM riveraines est vide, ce matin. Seules traces de l'animation qui y régnait encore hier vers les vingt heures, les déchets éparpillés entre gazon, jeux pour enfants et bancs. À l'heure où les Français se posent devant leurs écrans pour suivre les JT, les gens d'ici, jeunes ou vieux, prennent le frais dans les rues, promènent leur chien ou leur enfant, discutent, se reposent, créent du "lien social". Les rues sont encore vivantes à la tombée de la nuit, bruyantes, humaines. Habitées. Les enfants jouent à cache-cache dans les arbustes qui habillent l'esplanade. Ce matin, j'y découvre un espace cultivé qui met en valeur les haricots rouges de Tolosa dont autrefois les paysans des alentours venaient vendre sur les marchés de la ville leurs surplus de production. Les quatre façons de les tuteurer sont représentées : les pieds de maïs, les bâtons droits et ceux qui sont croisés, les filets. Il est précisé que les tuteurs ne sont placés qu'à l'apparition des premières feuilles trilobées… Un peu après 9 h, nous quittons Tolosa pour revenir à San Sebastián : nous avons un aquarium à visiter.

"Construction vide" par Jorge Oteiza (2002)

Note n° 1 : voir page suivante l'historique de cette compagnie. -------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

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L'aquarium de San Sebastián ne se contente pas de nous présenter des poissons et autres animaux marins, il nous raconte l'histoire maritime de la ville ; il est donc fort intéressant. En 1728, pour répondre aux attaques menées par les puissances européennes en concurrence pour le commerce des esclaves le long des côtes africaines et pour endiguer la contrebande qui nuisait au Trésor du Royaume, fut fondée la Real Compañia Guipuzcoana de Caracas qui devint, en 1781, la Compañia de Filipinas. Cette compagnie de navigation bénéficia du monopole d'importation et d'exportation des produits entre l'Espagne et la province du Venezuela ; elle était basée à La Guaira, localité côtière de cette province outreatlantique. Elle possédait des bateaux enviés par toutes les autres compagnies européennes et parvint rapide-

Brick goélette Nuevo Joven Julián 1888

Real Felipe. XVIII e siècle 104 canons

chassant, en automne et en hiver, les baleine franches qui venaient dans les eaux tièdes du Golfe de Gascogne. Les habitants des côtes basque et cantabrique surveillaient leur arrivée depuis des tours de guet puis, dès qu'aperçues, ils embarquaient dans leurs navires rapides et silencieux pour débuter la chasse. Aux XVI e et XVII e siècles, ces habiles marins s'aventuraient jusque dans les eaux froides de TerreNeuve et du Labrador mais en 1713, le traité d'Utrecht mit fin à cette activité, pour les Basques. L'huile de baleine permettait de fabriquer une grande variété de produits : savons, shampooings, détergents, rouge à lèvres, peintures, lubrifiants… mais surtout combustible pour les lampes. La chasse à la baleine se convertit,

Chasse à la baleine

"Si certains Basques sont résolument tournés vers l'intérieur, d'autres entretiennent d'intenses relations avec l'extérieur et développent l'industrie et le commerce, l'architecture navale, la fabrication d'armes et d'outils, réalisant ces activités commerciales loin de leur terre." Julio Caro Baroja

"Symbole de la force des océans, créatures pléthoriques de la nature, les baleines furent des reines dans les eaux de nos ancêtres. Elles nous rappellent aujourd'hui l'avarice et les malheurs des hommes qui les chassaient et sont devenues un admirable trésor vivant que nous nous devons de protéger" Eugenio Nuñez

ment à un succès surprenant. Elle importait essentiellement du Venezuela le tabac à priser, le cacao et des fruits. Il faut noter que ce furent ses navires qui transportèrent au Venezuela et à Caracas les idées des philosophes des Lumières tel que Montesquieu et son "Esprit des Lois", livre qui était interdit dans le royaume espagnol. Certains historiens parlent de "navires des Lumières" qui permirent aux Vénézuéliens d'être parmi les premiers à se soulever contre la Couronne.

au fil des siècles, en une industrie florissante faisant, d'une simple activité de pêche, une industrie capable de générer des revenus élevés dans de nombreux pays car il était devenu possible d'exploiter une baleine dans sa totalité : os, fanons, viande, ambre gris et huile… Par exemple, la langue était très appréciée au Pays basque français où l'évêque de Bayonne la recevait en tribut alors que dans les communes du Guipuzcoa, elle était remise au roi ou aux églises paroissiales de chaque localité. La viande ne rencontra jamais de succès en Europe.

Contrairement au demi-siècle que dura l'âge d'or de la compagnie de navigation, la chasse à la baleine remonte à la nuit des temps et occupait, au Pays basque, la première place des activités économiques. Qui dira les premiers marins partis affronter sur des mers difficiles les monstres marins ? Sans doute, au MoyenÂge déjà, les Basques en avaient fait une spécialité,

Au début du XX e siècle, la pêche à la morue le long des côtes canadiennes, interdite par le traité d'Utrecht, reprit, donnant un second souffle à l'activité portuaire mais les nouveaux navires congélateurs épuisèrent les bancs en quelques décennies.

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Pêche à la baleine : flotille

Navire et baleinières Quartier du port dit de la Jarana

Le port de San Sebastián s'appelait autrefois le quartier de la Jarana, signifiant approximativement "la java" en raison du tumulte et de l'agitation qui y régnaient en permanence. Les quais étaient donc un quartier bien différent du reste de la ville. Le passage de la navigation à voile à la navigation à la vapeur n'a guère amélioré les conditions de vie sur les bateaux ni les techniques de pêche. Aujourd'hui, alors que l'activité de pêche tend à disparaître, le flot des touristes remplace les pêcheurs et les femmes énergiques qui l'animaient autrefois. Les bateaux de tourisme, les canoës et les kayaks, les petits optimistes pour apprendre à naviguer prennent la place des chalutiers. Tavernes et restaurants occupent les pavés et les anciennes arcades.

"Il y flotte des odeurs de salaisons et de poissons frais ; les hommes remplissent leurs paniers, les femmes les préparent dans des jarres. C'est un quartier qui ne connaît pas le silence car il trouve ses émotions dans les cris et le tumulte. Et lorsque la pêche est abondante, pourquoi chercher à se distraire ?" Adrian de Loyarte

C'est dans la dernière partie de l'aquarium que nous rencontrons les poissons et autres animaux marins, ceux qui vivent près des côtes cantabriques, ceux qui habitent dans le Golfe de Gascogne et, dans un immense bassin qu'un tunnel traverse de part en part, les animaux qui colorent et animent les mers tropicales. En quittant l'aquarium, je m'aperçois que la partie histoire locale m'a plus intéressé que l'étage des aquariums même si ce fut la première fois que je traversais un tunnel de plexiglas dans un bassin habité par des requins. Joli moment… C'est encore dans un sous-sol que l'on nous entasse pour un repas espagnol qui commence par un verre de sangria alors que notre guide Anna, hier, nous disait que la bière était la boisson préférée des habitants du lieu.

Vue partielle du port

"Rame, marin, car il nous reste encore du chemin."

Puis route vers le nord, aux ventas frontalières, arrêt indispensable à tout voyage en Espagne puis jusqu'à Pessac où chacun s'en retourne chez soi.

"Boga, boga mariñela mariñela joan behar degu umutira." Chanson populaire basque Anémone Cerianthe

Murène

Cichlasoma sp

Zebrasoma flavescens

Poisson clown

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