Le Crime de l’Orient-Express


Le Crime de l’Orient-Express
AgAthA Christie
Adapté en français facile par
Françoise Claustres
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Crédits photographiques :
Couverture : © NilsZ Adobestock, Page 3 : Bettmann / Contributeur
© Getty Direction éditoriale : Béatrice Rego
Marketing : Thierry Lucas
Édition : Marie-Charlotte Serio
Couverture : Fernando San Martin
Mise en page : Isabelle Vacher
Illustrations : Conrado Giusti
Enregistrement : Blynd
© Cle International 2025 92 Avenue de France 75013 Paris contact@cle-inter.com
Dépôt légal : juin 2025
Code éditeur : 264335
ISBN : 978-209-039747-5

L’auteur
AgAthA MAry ClArissA Miller, appelée Agatha Christie, est une autrice anglaise de romans policier très célèbre. Elle naît en 1890. En 1914, elle épouse Archibald Christie, avec qui elle a une fille. Pendant la Première Guerre mondiale, son mari se bat en France pendant qu’elle travaille dans un hôpital en Angleterre. En 1920, à la suite d’un pari avec sa sœur, elle écrit puis publie son premier roman policier, La Mystérieuse Affaire de Styles, où apparaît pour la première fois le célèbre détective* belge Hercule Poirot. Plus tard, elle inventera le personnage de Miss Marple, une autre détective, une vieille dame anglaise. C’est le début des succès de ses romans policiers. On en compte plus de quatre-vingts, traduits dans toutes les langues et adaptés en films, au théâtre…
En 1928, elle divorce puis épouse l’archéologue Mallowan, qu’elle suit dans son travail à travers le monde. Elle s’inspirera de ses voyages pour écrire plusieurs romans policiers comme le célèbre Mort sur le Nil, ou Meurtre en Mésopotamie. Elle meurt en 1976.
Agata Christie est la reine du roman policier qui se passe souvent en huis clos (dans un endroit fermé comme un train) où le détective trouve la solution du crime* grâce à sa réflexion et sa grande psychologie.
Le livre
Le Crime de l’Orient-Express est un roman policier publié en 1934 au Royaume-Uni.
En visite à Istanbul, le célèbre détective belge Hercule Poirot prend le luxueux1 train l’Orient-Express pour rentrer à Londres. Le train est plein, ce qui est rare l’hiver. Un matin, on découvre M. Ratchett, un homme d’affaires américain peu sympathique, mort pendant la nuit. Il a reçu plusieurs coups de couteau. Or la neige immobilise le train depuis minuit environ.
Pour Hercule Poirot, le meurtrier se trouve parmi les voyageurs… Il commence son enquête…
L’Orient-Express
Lancé en 1883, l’Orient-Express est le premier train de luxe international. Il relie Paris à Constantinople (Istanbul) en un peu moins de trois jours. Plusieurs personnages célèbres l’ont pris : l’espionne Mata Hari, la chanteuse et danseuse Joséphine Baker, l’impératrice Sissi…
Les voyageurs de l’Orient-Express sont souvent occidentaux (français, anglais, allemands) et riches.
Les mots ou expressions suivis d'un astérisque* dans le texte sont expliqués dans le Vocabulaire, page 56.
1. Magnifique, splendide.
Victime
Personnages
Ratchett : homme d’affaires américain
Enquêteur et alliés
Hercule Poirot : détective privé belge
M. Bouc : directeur belge de ligne de la Compagnie internationale des wagons-lits
Dr Constantine : médecin
Suspects
Hector MacQueen : secrétaire américain de Ratchett
Edward Masterman : valet de chambre anglais de Ratchett
Mary Debenham : gouvernante anglaise arrivant de Bagdad
Colonel Arbuthnot : militaire anglais de retour des Indes
Antonio Foscarelli : homme d’affaires italo-américain
Greta Ohlsson : missionnaire suédoise
Comte Rudolf Andrenyi : diplomate hongrois
Comtesse Eléna Andrenyi : épouse du comte
Natalia Dragomiroff : princesse russe
Hildegarde Schmidt : gouvernante allemande de la princesse
Caroline Hubbard : femme américaine
Cyrus B. Hardman : vendeur américain
Pierre Michel : chef du wagon-lit, français
Plan du wagon-lit

1 CHAPITRE I
Le meurtre*
L’hiver, sur un quai de gare. Le lieutenant Dubosc discute avec le célèbre détective belge Hercule Poirot.
– Demain soir, vous serez à Istanbul. Il y a peu de voyageurs à cette époque de l’année, dit le lieutenant.
Le chef du wagon-lit leur annonce que le train va partir. Poirot le suit dans son compartiment.
– Il n’y a pas beaucoup de voyageurs ?
– Non. Deux autres personnes : un colonel anglais qui revient des Indes et une jeune Anglaise qui vient de Bagdad. Poirot, fatigué, s’endort. À son réveil, il va au wagonrestaurant. Il voit la jeune Anglaise dont a parlé le chef du wagon. Grande, mince, brune, une trentaine d’années. Une autre personne entre, un homme de quarante à cinquante ans, grand, le visage maigre.
– Bonjour, mademoiselle Debenham, dit l’homme.
– Bonjour, colonel Arbuthnot.
Le midi, ils déjeunent à la même table. Le colonel demande à la jeune femme où elle a travaillé comme gouvernante2.
Le train marque un arrêt le soir. Les deux Anglais descendent sur le quai. M. Poirot descend et les entend parler.
– Mary… dit le colonel.
– Pas maintenant ! Quand l’affaire sera terminée… « Voilà qui est étrange », se dit Poirot.
2. Une gouvernante s’occupe de la maison.
Une fois arrivé, Poirot se rend à son hôtel. Il y a un télégramme3 pour lui : « Affaire* Kassner avance. Merci de revenir tout de suite. »
– Je dois rentrer à Londres, dit Poirot au concierge de l’hôtel. Pouvez-vous me prendre une place de wagon-lit dans l’Orient-Express qui part ce soir ?
– Bien sûr, monsieur. Ce sera facile à cette époque de l’année.
Poirot va au restaurant. Là-bas, il sent une main sur son épaule. Il se retourne.
– Tiens ! Monsieur Bouc ! dit-il.
Belge lui aussi, M. Bouc est un directeur de la Compagnie internationale des wagons-lits.
– Quand partez-vous ? demande M. Bouc.
– Ce soir !
– Moi aussi ! Vous prenez sans doute l’Orient-Express ?
– Oui. Je dois rentrer à Londres.
– À tout à l’heure, dit M. Bouc.
Poirot regarde deux hommes dans la salle. Le plus jeune, un Américain, est un charmant garçon d’une trentaine d’années. Son compagnon a environ soixante ans. Son sourire fait penser à un homme bon. Mais ses petits yeux rusés 4disent le contraire.
Quand, plus tard, Poirot retrouve M. Bouc, il voit les deux hommes sortir de l’hôtel.
– Que pensez-vous de ces deux hommes ? demande Poirot.
– Le jeune homme semble gentil. Mais le plus vieux ne me plaît pas du tout.
3. Message transmis par télégraphe.
4. Malins, habiles. On dit rusé comme un singe.
– Quand il est passé devant ma table, j’ai eu l’impression qu’une bête sauvage venait de me frôler5.
Le concierge de l’hôtel arrive vers eux.
– Je ne comprends pas, monsieur, dit-il à Poirot, mais il n’y a plus de places dans le train.
– À cette époque de l’année ? dit M. Bouc. Incroyable ! Bon, il y a toujours un wagon-lit de libre, le n° 16.
À la gare, M. Bouc va voir le chef du wagon-lit.
– Donnez le n° 16 à mon ami.
– C’est occupé6, monsieur.
– Tous les voyageurs sont arrivés ?
– Non. Un voyageur n’est pas là. La couchette 7 dans un compartiment où il y a déjà quelqu’un : Mr MacQueen.
– Portez les bagages de mon ami dans ce compartiment. Poirot se dirige7 vers le compartiment. À l’intérieur, il voit le jeune Américain de l’hôtel.
Une secousse8. L’Orient-Express commence son voyage de trois jours à travers l’Europe.
Hercule Poirot arrive au wagon-restaurant. Il observe les voyageurs.
À la table d’en face, trois hommes : un grand Italien, un Anglais et un Américain, sans doute un commercial. Poirot regarde ensuite une petite table où est assise une vieille femme, très laide, mais d’une laideur fascinante9.
Elle porte un collier de perles et un manteau de fourrure.
5. Toucher.
6. Il y a quelqu’un à cette place.
7. Se diriger : aller vers.
8. Mouvement brusque.
9. Magique, surprenante, incroyable.
– La princesse Dragomiroff, dit M. Bouc. Une Russe très riche.
À une autre table, Mary Debenham est assise, ainsi que deux autres femmes. L’une, de trente-cinq à quarante ans, très grande, écoute une femme plus âgée qui parle et ne s’arrête jamais. À la petite table suivante, le colonel Arbuthnot déjeune seul, le regard sur Mary Debenham.
De l’autre côté du wagon-restaurant, Poirot remarque une femme habillée de noir. Une Allemande ou une Scandinave, se dit Poirot. Sans doute une femme de chambre10.
Ensuite un couple : un très bel homme, d’une trentaine d’années, avec des moustaches. La femme doit avoir vingt ans. Très bien habillée, elle a de beaux cheveux noirs.
– Jolie et très chic ! murmure Poirot. Le mari et la femme ?
– Oui. Il travaille à l’ambassade de Hongrie, je crois.
Il y a encore deux personnes : MacQueen et son patron.
Les voyageurs quittent le wagon-restaurant. Poirot reste seul avec le patron de MacQueen qui vient le voir.
– Je m’appelle Ratchett. Vous êtes bien Hercule Poirot ?
– Oui.
– Monsieur Poirot, je suis riche. Quelqu’un me menace*. Je sais me défendre.
De la poche de sa veste, il sort un petit revolver.
– Mais j’ai besoin d’une protection humaine. Vous êtes l’homme qu’il me faut. Je vous paierai bien.
– Je regrette, monsieur, mais non.
Et Poirot sort du wagon-restaurant.
Le train arrive en gare de Belgrade. Poirot descend sur le quai, mais il fait froid et il neige. Il remonte dans le train. Le chef du wagon lui dit :
10. Une femme de chambre fait les lits dans un hôtel mais chez un particulier, souvent, elle habille la maîtresse, etc.

– Monsieur, on a mis vos valises dans le compartiment n° 1, le compartiment de M. Bouc. M. Bouc s’est installé dans un autre wagon avec un médecin.
Le train démarre. Poirot se dirige vers le compartiment n° 1. Dans le couloir, le colonel Arbuthnot discute avec MacQueen. Avant d’arriver à son compartiment, Poirot voit la vieille Américaine, Mrs. Hubbard, qui parle avec une dame.
– Dormez bien, dit Mrs. Hubbard.
Mrs. Hubbard se tourne vers Poirot.
– C’est une Suédoise… une institutrice… très sympathique.
La porte du compartiment le plus proche s’ouvre. À l’intérieur, Poirot aperçoit M. Ratchett.
– Cet homme me fait peur, dit Mrs. Hubbard.
Le colonel Arbuthnot et MacQueen arrivent vers eux.
– Venez dans mon compartiment, dit MacQueen au colonel. Nous parlerons des Indes.
Poirot rentre dans son compartiment. Il se couche.
Quelques heures plus tard, il se réveille. Un cri l’a sorti du sommeil. Il entend une sonnerie. Il se lève et ouvre sa porte. Le chef du wagon frappe à la porte de Ratchett.
On entend une nouvelle sonnerie et on voit une lumière rouge. Du compartiment de Ratchett, quelqu’un dit dans un français très correct :
– Je me suis trompé.
Le chef du wagon se dirige vers la porte avec la lumière rouge. Poirot regarde sa montre. Il est 0 h 37. Mais il ne peut se rendormir. Il regarde sa montre à nouveau : il est 1 h 15. Il entend une autre sonnerie. Le chef du wagon arrive et frappe à une porte proche de la porte de Poirot. Le détective reconnaît la voix de Mrs. Hubbard. Quelque temps plus tard, Poirot entend :
– Bonne nuit, madame.
La porte se referme. Poirot appuie sur la sonnette. Le chef du wagon arrive.
– De l’eau, s’il vous plaît, dit Poirot.
– Bien, monsieur. La dame américaine dit qu’un homme se cache dans son compartiment. Dans un espace aussi petit, c’est impossible ! Comme si nous n’avions pas assez de problèmes ! La neige…
– La neige ?
– Monsieur n’a pas vu que le train ne marche plus ?
L’homme revient avec la bouteille d’eau. Poirot se rendort mais il se réveille aussitôt. Il a entendu un bruit. Il ouvre la porte et regarde. Rien. À droite, un peu plus loin dans le couloir, il aperçoit une femme enveloppée d’une robe de chambre rouge. À l’autre bout du couloir, assis, le chef du wagon fait ses comptes. Poirot se recouche.
Le lendemain matin, Poirot va déjeuner au wagonrestaurant. Tout à coup, un employé des wagons-lits vient vers lui.
– M. Bouc aimerait vous parler. Poirot suit l’employé.
– Entrez, mon ami, dit M. Bouc. Nous avons besoin de vous. Je vous présente le docteur Constantine.
– Que se passe-t-il ?
– D’abord cette neige, cet arrêt du train et… un homme est mort cette nuit, assassiné*. Un Américain, Ratchett. Selon le docteur, on l’a tué vers une heure du matin.
– Quand a-t-on vu M. Ratchett pour la dernière fois ? demande Poirot.
– Il a parlé au chef de train à 0 h 37, dit M. Bouc.
– C’est exact, dit Poirot. J’ai entendu.
– On a trouvé la fenêtre du compartiment de M. Ratchett
ouverte. Le meurtrier* veut nous faire croire qu’il est sorti par la fenêtre. Mais il n’y a pas de traces de pas dans la neige. Il se tourne vers le chef du wagon.
– Michel, expliquez à monsieur comment vous avez découvert le mort.
– Dans la matinée, le domestique de M. Ratchett a frappé à la porte de son patron, mais pas de réponse. Il y a une demi-heure, le maître d’hôtel voulait savoir si M. Ratchett déjeunait. Je lui ai ouvert la porte avec ma clef. Mais il y avait une chaîne à l’intérieur et personne ne répondait. Je suis allé chercher le chef de train et nous avons cassé la chaîne pour entrer. C’est horrible !
– Cet homme a reçu des coups de couteau en dix ou douze endroits, dit le docteur. Un ou deux coups très violents mais d’autres très légers. Un peu comme si le meurtrier frappait au hasard.
– M. Ratchett m’a parlé hier, dit Poirot. On le menaçait.
– Mon ami, dit M. Bouc, je connais vos capacités. Dirigez l’enquête*. Si nous découvrons le coupable* avant que la police n’arrive, nous dirons : « Voici l’assassin*. » Interrogez les voyageurs du train, examinez le cadavre*, réfléchissez et je suis sûr que vous réussirez.
– J’accepte. Tout d’abord, je voudrais un plan du wagonlit, avec les noms des voyageurs, leurs passeports et leurs billets de train.
– Michel, allez chercher tout cela, dit M. Bouc.
– Depuis 0 h 30, la neige bloque11 le train. Je pense que le meurtrier est parmi12 nous…
11. Empêche le train d’avancer.
12. Le meurtrier est un des voyageurs du wagon.
Le mort –
Tout d’Abord, j’aimerais parler au jeune MacQueen. M. Bouc se tourne vers le chef du wagon.
– Demandez à M. MacQueen de venir.
Le chef du wagon revient, suivi de MacQueen.
– Qu’est-ce qu’il y a ? demande-t-il.
– Votre patron, M. Ratchett, est mort !
MacQueen semble très étonné.
– Monsieur MacQueen, pouvez-vous me dire ce que vous savez sur votre patron ?
– Je suis son secrétaire depuis un an. Nous avons beaucoup voyagé. M. Ratchett ne connaissait pas les langues étrangères. Il était américain mais je crois que Ratchett n’était pas son vrai nom et qu’il a quitté l’Amérique pour échapper à quelqu’un. Il y a deux semaines, il a reçu des lettres de menace.
– M. Ratchett m’a demandé de le protéger. Il semblait inquiet. Monsieur MacQueen, que pensiez-vous de lui ? Vous plaisait-il ?
– Non. Cet homme était cruel et dangereux.
– Je vous remercie, monsieur MacQueen. Ah ! encore une question : quand avez-vous vu M. Ratchett pour la dernière fois ?
– Hier au soir, vers dix heures. Il m’a appelé pour faire deux ou trois choses.
– Merci, monsieur MacQueen.
L’Américain s’en va.
– Il semble honnête et franc, dit Poirot. Il n’a pas prétendu aimer son patron. Et je ne vois pas le discret MacQueen
perdre la tête et donner une douzaine de coups de couteau à son patron.
Suivi du docteur Constantine, Poirot se rend13 au compartiment de la victime*. Il regarde autour de lui. Il fait très froid. Poirot examine la fenêtre.
– Vous avez raison, docteur. Personne n’est sorti par ici. Fermons la fenêtre.
Puis il regarde le cadavre allongé sur le lit.
– Ce n’est pas beau à voir, dit-il. Combien de blessures* y a-t-il ?
– J’en ai compté douze. Une ou deux d’entre elles sont des éraflures14. Il y a quelque chose de bizarre. Regardez ces deux blessures. Elles sont profondes et pourtant elles n’ont pas saigné. Comme si l’homme était déjà mort depuis un moment avant de recevoir ces coups. Et puis vous voyez cette blessure sous le bras droit ? On a frappé de la main gauche. Mais on a donné d’autres coups de la main droite.
– Deux assassins, alors.
– Peut-être. En plus, comme je l’ai déjà dit, des coups ont été violents et d’autres coups légers, comme si la personne n’avait pas de force.
– Étrange, dit Poirot. Et la victime ? Qu’a-t-elle fait ?
Il glisse la main sous l’oreiller et sort le petit revolver que Ratchett lui a montré la veille. Le docteur et Poirot regardent autour d’eaux. Sur la petite table, il y a un verre, un cendrier contenant le bout d’un cigare, un morceau de papier un peu brûlé et deux allumettes qui ont servi. Le docteur sent le verre vide.
– Voici pourquoi la victime n’a pas bougé. On l’a endormie. Poirot ramasse les deux bouts d’allumettes et les compare. 13. Va.
14. Blessure superficielle qui ne saigne pas et ne tue pas.
– Ces deux allumettes n’ont pas la même forme, l’une est plus plate que l’autre.
– Les plates se vendent dans le train.
Poirot fouille les poches de M. Ratchett et en sort une boîte d’allumettes.
– L’allumette ronde appartient à M. Ratchett.
Poirot se baisse et ramasse un objet sur le tapis : un petit mouchoir portant, au coin, l’initiale « H » brodée.
– Un mouchoir de femme, dit le docteur.
– Elle laisse son mouchoir derrière elle, explique Poirot. Trop aimable. Et pour nous faciliter le travail, le mouchoir a une initiale.
Le ton de Poirot étonne le médecin. Poirot se baisse de nouveau et ramasse un cure-pipe15.
– Cet objet appartient peut-être à M. Ratchett, dit le médecin.
– Je n’ai pas trouvé de pipe dans ses poches et pas de tabac.
Le médecin cherche dans les poches de la veste de pyjama de la victime. Il en sort une montre en or. Les aiguilles marquent 1 h 15.
– Nous avons l’heure du crime*.
– Possible ! Très possible !...
– Excusez-moi, monsieur Poirot, mais je ne vous comprends pas.
– Je ne comprends rien non plus.
Poirot se penche au-dessus de la petite table et examine le papier un peu brûlé. Il réussit à voir six mots et la fin d’un autre : …enez-vous de la petite Daisy Armstrong.
– À présent, je connais le véritable nom du mort : Cassetti.
15. Un cure-pipe sert à nettoyer une pipe.

– Cassetti ! Ne s’agit-il pas d’une affaire* horrible qui s’est passée aux États-Unis ?
– Oui, répond Poirot.
Les deux hommes vont rejoindre M. Bouc.
– Monsieur Bouc, j’ai découvert l’identité de la victime et je sais pourquoi cet homme a quitté l’Amérique. Avezvous entendu parler de l’homme qui a tué la petite Daisy Armstrong ? Cassetti.
– Je me souviens de ce drame horrible…
– Le colonel Armstrong était un Anglais. Il était américain par sa mère. Il a épousé la fille de Linda Arden, une célèbre tragédienne16 américaine, et ils se sont installés en Amérique. Ils ont eu une fille, Daisy. Des hommes l’ont enlevée quand elle avait trois ans et ils ont demandé beaucoup d’argent pour la rendre. Les parents ont payé mais peu après, on a trouvé le cadavre de l’enfant. De plus, Mrs. Armstrong, qui attendait un autre enfant, a mis au monde un bébé mort-né, puis elle est morte. Fou de douleur, son mari s’est tué d’un coup de revolver. Et ce n’est pas tout. La police a suspecté une servante française ou suisse et la malheureuse s’est jetée d’une fenêtre. Par la suite, on a prouvé* son innocence* !
– C’est horrible !
– Six mois plus tard, on a arrêté Cassetti mais grâce à son argent et à son influence, on l’a libéré pour faute dans la procédure17. Il a quand même dû quitter l’Amérique sous un faux nom. Depuis, il voyageait.
– Ah ! L’horrible personnage ! dit M. Bouc.
16. Comédienne, artiste qui joue des tragédies, des pièces de théâtre qui finissent mal.
17. Une faute de procédure est une erreur, souvent administrative, dans une enquête. Elle peut annuler un jugement.
Poirot redit à M. Bouc les mots qu’il a lus sur le morceau de papier un peu brûlé.
– Je pense que le meurtrier a brûlé le papier. Pourquoi ? Parce qu’on pouvait y lire ce nom : Armstrong.
On frappe à la porte et le maître d’hôtel entre.
– Le wagon-restaurant est libre pour vos interrogatoires, monsieur, dit-il à Poirot.
– Allons-y ! dit M. Bouc.
– Puis-je venir avec vous ? demande le docteur.
– Bien sûr.
LECTURES CLE
EN FRANÇAIS FACILE
Agatha Christie
Hercule Poirot enquête sur le meurtre de Samuel Ratchett, retrouvé poignardé dans un train bloqué par la neige. À mesure qu’il interroge les passagers, les secrets se dévoilent, révélant une affaire plus complexe qu’il n’y paraît.

Audio disponible sur lectures-cle-francais-facile.cle-international.com ISBN : 978-209-039747-5 Code éditeur : 264335
