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Grande-Bretagne

Musée

Les archives s’ouvrent : Lady Thatcher était vraiment une « dame de fer »

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Jeudi 31 décembre 2009 - 66e année - N˚20197 - 1,40 ¤ -

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Dessine-moi un Louvre… à Lens Culture page 19

Pour clore l'année

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Fondateur : Hubert Beuve-Méry - Directeur : Eric Fottorino

Lataxecarboneinconstitutionnelle, uncamoufletpourNicolasSarkozy

Eclairage

t Le gouvernement affirme qu’il présentera un nouveau projet de loi dès janvier 2010 t Le décryptage d’une décision historique du Conseil constitutionnel sur la fiscalité écologique

A

tuel, l’AppStore (il est également accessible depuis les iPod Touch, les baladeurs numériques d’Apple). Depuis son inauguration, en juin 2008, plus de 2 milliards d’applications ont ainsi été téléchargées. Le concept des applications mobiles préexistait à l’iPhone : il y a quelques années, les propriétaires de téléphones Nokia haut de gamme, par exemple, pouvaient déjà bénéficier de services avancés. Mais ces derniers étaient alors encore difficiles d’accès. Cécile Ducourtieux a Lire la suite page 12

a Lire la suite page 5

présidé par le chiraquien Jean-Louis Debré, a considéré que la contribution carbone était inefficace et inéquitable. Il a notamment fondé sa décision sur la Charte de l’environnement, qui a « valeur constitutionnelle ». En revanche, le remplacement de la taxe professionnelle par une « contribution économique territoriale » a été validé. Pour les juges constitutionnels, la taxe carbone, un impôt qui pesait essentiellement sur les ménages, comportait trop d’exemptions, notamment à l’égard des entreprises les plus polluantes. Le texte

Opposition iranienne: les raisons de la radicalisation

Le succès mondial de l’iPhone engendre de nouvelles activités: les applications mobiles

L’exécutif a tenté de minimiser l’impact de cette décision. Le premier ministre a indiqué dans un communiqué qu’un nouveau dispositif serait présenté par le gouvernement dès le 20 janvier en conseil des ministres. François Fillon rappelle que la mise en place d’une « contribution carbone est une priorité » pour le gouvernement, afin de « réorienter les comportements des entreprises et des ménages en matière de consommation d’énergie ». Sophie Landrin a Lire la suite page 9 et l’éditorial page 2

t Start-up et grands groupes se disputent pour offrir ces services payants ou gratuits

I

l n’y aura pas de limite dans la violence. » L’avertissement, formulé dans un entretien au Monde, émane d’Abbas Milani, directeur des études iraniennes à l’université Stanford (Californie). Enseignant à Téhéran jusqu’en 1987, il estime que les manifestations actuelles sont « un tournant pour le régime, qui a dépassé toutes les limites dans l’usage de la brutalité ». Le régime peut-il se sauver ? « Provisoirement », car « les gens ont goûté à leur propre pouvoir », et à la condition qu’il fasse « une concession majeure ». p Lire page 7 et Analyse page 2

UK price £ 1,50

L

a rapidité inhabituelle avec laquelle Al-Qaida dans la péninsule Arabique a revendiqué l’attentat manqué de Detroit démontre la fierté de l’organisation à être parvenue à infiltrer un agent aux Etats-Unis et à avoir presque failli meurtrir, pour la première fois depuis le 11 septembre 2001, les « croisés » américains sur leur sol. La revendication illustre aussi, comme tous les messages du commandement central d’Al-Qaida depuis un an, d’Oussama Ben Laden ou d’Ayman Al-Zawahiri, le fait que l’ennemi principal de la mouvance djihadiste est le président américain, Barack Obama. Frapper l’Amérique durant la première annéeau pouvoir de Barack Obama, de surcroît le jour de Noël, aurait eu un retentissement incroyable parmi les « combattants de la foi », et évidemment bien au-delà de la planète djihadiste. L’ennemi est M. Obama, et pas uniquement parce qu’il préside le pays ennemi : il est aussi l’ennemi parce qu’il est une menace, qu’il a entamé son mandat en prétendant vouloir mener une politique radicalement différente de celle de son prédécesseur, George Bush, dont les choix et les paroles furent de véritables dons du ciel pour les chefs et inspirateurs du djihad international. Certes, le président américain a probablement rassuré les dirigeants djihadistes, ces derniers mois, par sa décision d’intensifier la guerre américaine en Afghanistan, et par le fait qu’il n’est pas parvenu à imposer ses vues à Israël sur le conflit avec les Palestiniens et la colonisation juive en Cisjordanie. Mais Barack Obama demeure néanmoins encore incroyablement populaire à travers le monde. Rémy Ourdan

lors que Nicolas Sarkozy doit s’exprimer, jeudi 31 décembre, devant les Français pour les traditionnels vœux de fin d’année, le Conseil constitutionnel a annulé, mardi 29 décembre, la « taxe carbone », une mesure phare voulue par le président de la République. Cet impôt écologique, inséré dans le projet de loi de finances 2010, avait été annoncé par le chef de l’Etat le 10 septembre dans l’Ain. Il devait entrer en vigueur le 1er janvier 2010. Saisi par le Parti socialiste sur l’ensemble du budget, le Conseil constitutionnel,

prévoyait d’épargner les transports aérien et routier de voyageurs, ainsi qu’un millier des sites industriels les plus émetteurs de CO2, comme « les centrales thermiques, les raffineries, cimenteries, cokeries, verreries ». « 93 % des émissions de dioxyde de carbone d’origine industrielle, hors carburant, seront totalement exonérées de contribution carbone », précise la décision. Ces régimes d’exemption « sont contraires à l’objectif de lutte contre le réchauffement climatique et créent une rupture caractérisée de l’égalité devant les charges publiques ».

E

n un temps record dans l’univers des technologies – dix-huit mois – est apparu un marché au potentiel considérable : celui des « applications mobiles ». Avec des usages inédits, des acteurs et des modèles économiques nouveaux. Son essor aura été un des faits marquants de 2009. Comment va-t-il évoluer : tiendra-t-il toutes ses promesses ? Jeux, fils d’informations, météorologie, annuaires, applications de géolocalisation, livres numériques… Gratuits ou payants, des milliers de services, dont certains totalement gadgets (les coussins

Opération «mains propres» à la chinoise Les triades de Chongqing dans le collimateur

péteurs, les miroirs déformants, etc.), sont désormais accessibles depuis des téléphones mobiles multimédias. Ils leur donnent une autre dimension, les transformant en mini-ordinateurs, en agendas personnels, en consoles de jeux, en liseuses électroniques, en GPS, voire en appareils de mesure de la tension artérielle… Tous les téléphones ne donnent pas accès aux mêmes services. L’offre la plus foisonnante est sans conteste celle de l’iPhone, le téléphone tactile d’Apple : plus de 100 000 applications différentes sont déjà disponibles dans son magasin vir-

Troispointsde Demain dans 0123 vuesurl’identité Le Monde Magazine Spécial nationale saveurs: ces grands chefs Débats Les témoignages et les analyses de l’écrivain et producteur à France Musique Michka Assayas, du journaliste et écrivain Maurice T. Maschino et d’un jeune beur, Mounir Aberkane, sur l’identité française. P. 17

Les Etats-Unis d’Obama restent la cible privilégiée d’Al-Qaida

français venus d’ailleurs; des agapes aux AMAP ; le cinéaste Claude Chabrol se met à table

Enquête Qu’ont en commun

Marseille, Gdansk, Istanbul et Liverpool ? Ces villes qui se sentent mal aimées ont décidé de faire cause commune

DEUX CROISIÈRES CULTURELLES D’EXCEPTION DÉCOUVREZ LES TRESORS DE LIBYE, DE SYRIE ET DU LIBAN

Padang,dans lahantised’un nouveauséisme Chongqing au cœur d’une campagne antimafia. TIM FRANCO

L

es triades sont omniprésentes à Chongqing, une municipalité autonome chinoise, peuplée de 32 millions d’habitants. Sur fond de spéculation immobilière, la mafia s’est développée dans tous les secteurs : corruption, jeux clandestins, rackets, violences physiques. Mais, depuis l’assassinat d’un soldat de l’armée

populaire, Pékin a décidé de réagir. Et dépêché sur place un superflic. Bilan : plus de 3 000 personnes interpellées. Parmi ces suspects, bon nombre de policiers et de magistrats, dont le chef du bureau de la justice, à la tête d’un salon de thé qualifié par les enquêteurs de « supérette de la fellation ». p Lire page 16

Indonésie Les habitants de Padang, ville de l’île de Sumatra, le savent : le séisme du 30 septembre ne sera pas le dernier. Dispositif anti-tsunami permanent, simulations, exercices d’évacuation, cours : tout est mis en œuvre pour faire face à la menace. P. 4

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2 0123 Editorial Fiasco carbone

Jeudi 31 décembre 2009

L’actualité sur Lemonde.fr Céline l’épistolier

I

l peut arriver que les décisions du Conseil constitutionnel soient alambiquées. Celle du 29 décembre, par laquelle il a purement et simplement annulé la « taxe carbone » créée dans le cadre du budget 2010, est au contraire d’une limpidité exemplaire. Donc redoutable pour le gouvernement et le chef de l’Etat. Primo, le Conseil rappelle l’objectif de cette contribution : mettre en place des instruments permettant de réduire significativement les émissions de gaz à effet de serre afin de lutter contre le réchauffement climatique. Secundo, au terme de l’examen minutieux de l’ensemble des exonérations et réductions instaurées par le projet de loi, il évalue que « les activités assujeties à la contribution carbone représenteront moins de la moitié de la totalité des émisssions de gaz à effet de serre ». La conclusion tombe comme un couperet : non seulement le dispositif est « contraire à l’objectif » fixé, mais il crée une « rupture caractérisée d’égalité » devant l’impôt. Autrement dit, la taxe carbone est – ou plutôt était – inefficace et injuste. Plus embarrassant encore pour le gouvernement, le Conseil constitutionnel donne à sa décision une solennité particulière : il souligne qu’il a tranché au nom des principes de « valeur constitutionnelle » de la Charte de l’environnement, intégrée au Préambule de la Constitution en 2005. Pour Nicolas Sarkozy, qui se voulait pionnier en matière de fiscalité écologique et avait présenté la taxe carbone comme une réforme historique digne de l’abolition de la peine de mort, le camouflet est cinglant. La décision des juges constitutionnels (parmi lesquels l’ancien président Giscard d’Estaing, mais pas Jacques Chirac) donne raison à tous ceux qui avaient jugé le dispositif trop complexe, inégalitaire et timoré à la fois pour ne pas être impopulaire. Pour effacer immédiatement l’effet catastrophique de ce désaveu, le premier ministre a fait savoir qu’un nouveau projet serait présenté dès le 20 janvier 2010. Il lui faudra, d’ici là, revoir la méthode – trop brouillonne, trop peu pédagogique – qui a conduit à ce fiasco. Il lui faudra également respecter les recommandations du Conseil : en clair, réduire sensiblement les exonérations dont se croyaient bénéficiaires la plupart des grandes industries concernées. Il lui faudra enfin tenir compte d’un calendrier défavorable : à l’approche des élections régionales et après l’échec du sommet de Copenhague sur le climat, nul doute ques les Français seront encore moins prêts à se laisser convaincre. p

Société éditrice du « Monde » SA Président du directoire, directeur de la publication : Eric Fottorino Vice-président, directeur général : David Guiraud Secrétaire général du directoire : Pierre-Yves Romain Directeur du « Monde » : Eric Fottorino Directeur adjoint : Laurent Greilsamer Editeur : Michel Sfeir Directeur de la rédaction : Alain Frachon Directeur éditorial : Gérard Courtois Rédacteurs en chef : Michel Kajman, Frédéric Lemaître, Franck Nouchi,Isabelle Talès, Philippe Le Cœur (numérique), Didier Pourquery (Le Monde Magazine) Chef d’édition : Françoise Tovo Directeur artistique : Quintin Leeds ; Veille de l’information : Eric Azan ; Secrétaire général : Jean-Pierre Giovenco Médiatrice : Véronique Maurus Conseil de surveillance : Louis Schweitzer, président Gilles van Kote, vice-président Anciens directeurs : Hubert Beuve-Méry (1944-1969), Jacques Fauvet (1969-1982), André Laurens (1982-1985), André Fontaine (1985-1991), Jacques Lesourne (1991-1994), Jean-Marie Colombani (1994-2007) Le Monde est édité par la Société éditrice du « Monde » SA Durée de la société : quatre-vingt-dix-neuf ans à compter du 15 décembre 2000. Capital social : 149 017 497 ¤. Actionnaire principal : Le Monde SA.

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est édité par la Société Editrice du Monde (SA). La reproduction de tout article est interdite sans l’accord de l’administration. Commission paritaire des publications et agences de presse n° 0712 C 81975 ISSN 0395-2037 Imprimerie du Monde 12, rue Maurice-Gunsbourg 94852 Ivry cedex Président : David Guiraud Directrice générale : Bénédicte Half-Ottenwaelter

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PORNCHAI KITTIWONGSAKUL/AFP

MSF inquiet pour les Hmong Lundi 28 décembre, les autorités thaïlandaises ont expulsé près de 4 000 personnes d’origine hmong (ethnie d’Asie du Sud-Est) vers le Laos. Dans un portfolio sonore, Marie-Pierre Allié, présidente de Médecin sans frontières (MSF), s’inquiète du sort de ces personnes dont le cas ne peut être évalué sur place.

«A partir de 1932, c’est Céline qui signe mais c’est Bardamu qui tient la plume, avec ce qu’il faut de désabusé dans le ton. » La correspondance de LouisFerdinand Céline est éditée à La Pléiade (59 euros, 2 080 p.). Pierre Assouline dans le blog « La république des livres », soutient que les « lettres font œuvre, comme le reste »… Enumère ses nombreuses signatures épistolaires – « Céline», «LFD », « Louis Ferd’», « Docteur Destouches», «Destouches-Céline» –, et les correspondants de l’auteur. S’il n’écrit pas à propos de son œuvre, «il écrit pour informer, s’informer, questionner et surtout réagir tel un moteur à explosion ». L’occasion de revenir sur l’ambiguïté attraction-répulsion que l’œuvre suscite.

Un terroriste de bonne famille? Le Nigérian qui a tenté de commettre un attentat sur le vol Amsterdam-Detroit était fils de banquier. Etait-il pour autant un fils de « bonne famille», pour reprendre une expression fréquemment utilisée par la presse pour le décrire? Impitoyables mais pertinents, les deux correcteurs du Monde qui animent le blog « Langue sauce piquante »

reviennent sur cette expression et remarquent : «On tremble à l’idée que l’apprenti terroriste eût pu être de mauvaise (famille). Quiconque a lu Martin Eden, roman de Jack London, sait qu’il n’existe pas de “bonne famille”. » Un commentaire particulièrement apprécié des internautes.

En Iran, le pouvoir contesté pris dans un engrenage répressif P

lus de 5 000 arrestations, des dizaines deblessés, sansdoute une centaine de morts, sans compter les tortures, les procès arbitraires et le choc des dernières images, celles de ce dimanche 27 décembre où même la « trêve» du deuil chiite de l’Achoura n’a pas été respectée, car lesforces de l’ordreont ouvert lefeu sur les manifestants : depuis la réélection contestéeduprésidentMahmoudAhmadinejad le 12 juin, la République islamique a perdu cette unité de façade qu’elle parvenait à donner depuis trente ans grâce au ciment d’un « nationalisme » bien orchestré, que ce soit sur le dossier nucléaire ou celui de sa stabilité intérieure.

Jusqu’à quand le pouvoir en place pourra-t-il continuerà dénoncer des «hooligans » téléguidés par un «complot de l’étranger » ? Six mois ont suffi. Désormais l’engrenage contestation-répression s’est emballé. Il rappelleévidemmentles débutsde larévolution en 1978, lorsque de 40 jours en 40 jours les commémorations de deuil chiite des premières victimes attiraient de nouveaux manifestants contre le régime du chah. Jusqu’à quand le pouvoir en place pourra-t-il feindre d’ignorer que la contestationélectorales’est transforméeen opposition et pourra-t-il continuer à dénoncer des « hooligans » téléguidés par un « complot de l’étranger » ? Las de ne pouvoir se faire entendre, des dizaines de milliers de manifestants qui «cannibalisent»chaquefête,chaquemanifestation autorisée pour en détourner le sens et tenter de faire valoir leurs droits ont ébranlé jusqu’aux fondements de la républiqueislamique.D’ancienspères fondateurs de la révolution comme l’ex-président Hachemi Rafsandjani, des politiciens au pouvoir, mais plus lucides, même des

Analyse Marie-Claude Decamps Service international

ayatollahs « éclairés » inquiets pour l’avenir même de la religion associée aux avatars de la politique par le principe du vellayat-e-faqih qui assujettit la politique à la religion, ont multiplié les mises en garde. L’engrenage donc. Mais pour le pouvoir et l’opposition, le temps travaille en sens contraire. L’opposition, dont certains membres sont inquiets d’un danger de radicalisation (les manifestants ont attaqué les miliciens bassidji, le jour de l’Achoura) sait qu’il lui faut miser sur la durée et la légalité pour exister. Car ce mouvement informel qui ne s’identifie qu’à quelquesmeneursestenconstruction constante. Sa seule « structure » est l’Internet qui échappe un peu à la censure. Il se nourrit des désillusions créées par le pouvoir. Et c’estpresquesurprisàchaquefois qu’ildescend dans la rue qu’il réalise qu’il a encore grossi. Journalistes, défenseurs des droits de l’homme, classe moyenne trahie et déçuepar l’isolementdu paysdepuis l’arrivée de M. Ahmadinejad ; jeunes désespérés par un avenir bouché, mais aussi – c’est nouveau – car la répression a gagné en province, des ruraux, en forment les colonnes. La figure de proue est le candidat malheureux à la présidentielle de juin, Mir Hossein Moussavi. Que veulent-ils ces chefs de la contestation qui sont plus des « symboles de ralliement » que de vrais chefs ? Ils ne sont pas « anti-mollahs » ou contre l’islam (deux d’entre eux sont des religieux, Mehdi Karoubi et Mohammad Khatami, l’ex-président de la République réformateur). Ils ne sont pas davantage – pour l’instant – en faveur d’une révolution radicale. Tous sont des révolutionnaires de la première heure et viennent du sérail : M. Moussavi

est un ex-premier ministre ; M. Karoubi, un ex-président du Parlement. Ils veulent leurs droits, dont certains sont déjà dans la Constitutionquipromettait «liberté,République islamique et indépendance nationale ». De fait aucun slogan ne réclame la fin du régime, mais plutôt celle des dérives en cours, et des aménagements. La cible est Ali Khamenei, ce Guide suprême qualifié de « dictateur» qui a perdu sa crédibilité politique en sortant de son rôle d’arbitre pour appuyer les fondamentalistes autour de M.Ahmadinejad ; sa crédibilité religieuse en laissant tirer la milice sur les manifestants, en dépit de la trêve religieuse de l’Achoura ; sa crédibilité constitutionnelle en écrasant les libertés. Les plus audacieux parlent d’abolir le principe même du Guide et de renvoyer la religion dans les mosquées. Mais beaucoup sont conscients qu’une radicalisation excessive serait un piège. Si l’on peut parler de « révolution », c’est à l’intérieur du pouvoir qu’elle s’est opérée. Depuis juin, le Guide fait le jeu de M.Ahmadinejad. Cet ultra-religieux populiste qui se dit en contact spirituel avec le Mahdi, l’imam caché dont il attend le retour, travaille à instaurer le régime islamique autoritaire dont rêvent les fondamentalistes depuis 1979. Un régime qui rayeraitlemot« République» dans« République islamique ». Et ce pouvoir est pressé. S’il hésite à réprimer davantage c’est moins par retenue que par calcul : il veut être sûr de sa force et ne pas créer de « martyrs » encombrants. Maisle danger de cette politiqueestd’arriver à la« militarisation » du régime. M. Khamenei n’a-t-il pas assis son pouvoir justement sur la montée en puissance des pasdarans, l’armée idéologique, et des miliciens ? Est-il trop tard pour réconcilier le pouvoir et l’opposition ? C’est de plus en plus difficile mais pas impossible. Pour cela le Guide devrait faire de grandes concessions. En est-il capable et n’est-il pas déjà lui-même otage de l’entrelacs de services secrets et de miliciens fondamentalistes qu’ils ont mis en place ? p

Il y a 50 ans dans 0123

Le procès du nassérisme à Bagdad

SOIXANTE-DIX-HUIT Irakiens favorables aux conceptions panarabes du président Nasser sont actuellement jugés par le «tribunal du peuple » de Bagdad pour avoir organisé et perpétré l’attentat contre le général Kassem le 7 octobre. L’acte d’accusation fait longuement état des « activités antinationales » du Parti socialiste de la résurrection arabe, accusé de s’être fait l’instrument des dirigeants nassériens. Le dernier congrès de ce parti aurait décidé de renverser le gouvernement du général Kassem par la force et d’installer à sa place un régime militaire favorable au Caire.

L’attentat aurait été préparé par le ministre de l’intérieur syrien et approuvé par le président Nasser. Visiblement, le procès est dirigé contre ce dernier. Le procureur général et le président du tribunal ont consacré leurs premiers discours moins aux faits matériels imputés aux accusés qu’à la « politique expansionniste du dictateur sanguinaire du Caire ». Le président Nasser est accusé de retenir, contre la volonté des intéressés, l’enclave de Gaza au sein de la République arabe unie. Son « annexion » de la Syrie est dénoncée comme une première étape vers l’unifica-

tion par la force du monde arabe. Le procès de Bagdad semble avoir également pour objectif de justifier la mise hors la loi de deux partis – le Baas et l’Istiqlal – partisans du nassérisme. Le 6 janvier, prendra fin la période transitoire instituée au lendemain de la révolution. Les « libertés démocratiques » doivent être rétablies, et toutes les formations politiques auront, théoriquement, le droit de reprendre leurs activités. Or le général Kassem voudrait vraisemblablement priver de ce droit les partis pronassériens. p (31 décembre 1959.)

Chronique Pigeons de Noël

V

ingt-trois heures, le 24décembre, dans une brasserie parisienne. A côté de nous, une femme est ravie de fêter Noël avec sa fille et son gendre. C’est elle qui a eu l’idée de les emmener dans ce restaurant. «C’est la première fois qu’on sort pour le réveillon!» Nous aussi, d’habitude c’est toujours à la maison. Un peu plus loin, une famille – la grand-mère, les parents et leurs trois enfants – s’impatiente devant la longueur du service, tandis

Vie moderne Sandrine Blanchard qu’une autre attend, carte sagement refermée, de passer sa commande. C’est le deuxième service, le personnel semble débordé, mais c’est Noël, on a toute notre soirée et aucune envie de s’énerver. On n’avait pas été prévenu de l’unique «carte de Noël » – plutôt salée ! –, on a déjà demandé quinze fois de l’eau et du pain, mais bon, c’est soir de fête. Et puis, juste avant de venir, le spectacle (Traces, au Casino de Paris) était formidable. Le temps passe, un souffle d’agacement se lève peu à peu dans la salle. Les clients s’épient, se cherchent du regard comme pour se dire: « Vous trouvez pas que c’est long? » Les commandes finissent péniblement par être prises. Minuit et demi : certaines entrées sont enfin arrivées ; pas toutes. La tension monte. Un père de famille demande instamment qu’on lui apporte la note. Il n’en peut plus d’attendre ; râle sur ce service déplorable un soir de Noël, paie ses entrées et ses boissons, embarque toute sa famille et glisse aux autres tables avant de partir : « J’ai obtenu 15 % de réduction. » Une heure et quart du matin : les plats arrivent au compte-gouttes, souvent froids et avec des erreurs de commande. Tout le monde craque. Les langues se délient, un nouveau serveur vient à la rescousse du premier – qui a disparu –, tente de faire de son mieux mais sent bien qu’il est trop tard. «On n’en peut plus, on fait du mauvais travail depuis le début de la soirée; on a

«Je suis le responsable, pas le patron, le patron, c’est le groupe. Mais je suis là pour vous écouter, alors je vous écoute» des dizaines de couverts supplémentaires à cause du réveillon, mais pas le personnel suffisant. » Nos voisins sont dépités. Le gendre, excédé, sort prendre l’air pour éviter de faire un esclandre, sa belle-mère se désespère d’avoir voulu réserver ici. «Ecrivez à la direction, dites-leur comment ça se passe, allez sur Internet faire des commentaires », lâche un serveur, surmené. Deux heures du matin. L’ambiance est surréaliste: les clients fuient, sans dessert ni café. Le patron est appelé. « Je suis le responsable, pas le patron, le patron, c’est le groupe. Je n’ai pas les mains libres pour les embauches. Mais je suis là pour vous écouter, alors je vous écoute. » Il est insupportablement mielleux; il a beau proposer d’offrir des desserts, tout le monde s’en moque et n’aspire qu’à une chose : partir. C’est à celui qui négociera le mieux une ristourne. Chacun peste contre la baisse de la TVA à 5,5 % : «Ça n’a rien changé, c’est même pire. » On se dit que ce n’était pas une bonne idée de sortir pour Noël. Surtout, on raye définitivement la brasserie Flo (Paris 10e) de son carnet d’adresses. p Courriel : blanchard@lemonde.fr


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0123 Jeudi 31 décembre 2009

Tyrannique, irascible, avare, telle apparaît, dans les archives portant sur l’année 1979, celle qui fut durant onze ans premier ministre du Royaume-Uni

Lady Thatcher, un diable d’homme LONDRES Correspondant

Q

uand on demandait au duc de Wellington, chef du gouvernement de Sa Majesté entre 1828 et 1830, comment il traitait ses ministres, le vainqueur de la bataille de Waterloo répondait sur un ton martial : « Je leur donne des ordres.» A lire les archives officielles britanniques portant sur l’année 1979, rendues publiques le 30 décembre, le premier ministre de l’époque, Margaret Thatcher, imitait volontiers le duc de fer, son militaire préféré.

«Elle était intimidante, enfonçant le clou jusqu’à la nausée» Sir Bernard Ingham ex-porte-parole Les dossiers déclassifiés révèlent aujourd’hui de nombreux détails sur le style de gouvernementdecellequi était devenue premier ministre, le 3 mai 1979. Lors des six premiers mois à la tête du pays, l’hôtesse du 10 Downing Street rabrouait ses ministres en public, les vexait en émettant des critiques personnelles de manière crue et provocatrice. Effrayés par son ton insupportable de maîtresse d’école, ces derniers encaissaient sans mot dire les diatribes de celle qui refusait de se faire intimider par qui que ce soit et ne désarmait jamais. Facilement désagréable, Margaret Hilda Thatcher, née Roberts, avait mis rapidement au pas les caciques de son parti, les Carrington, Pym ou Whitelaw qui assuraient la continuité avec l’establishment conservateur. Dans un entretien au Monde, Sir Bernard Ingham, qui fut son porteparolependantles onzeans depouvoir, confirme que ses rapports avec les ministres étaient francs et massifs : « Ces hommes d’âge mûr étaient totalement subjugués par saviolence verbale. Elle était intimidante, enfonçant le clou jusqu’à la nausée. Mais si elle ne supportait pas la dissidence politique, elle aimait le débat intellectuel tant qu’il était accompagné de force de caractère. » Ainsi, son premier chancelier de l’Echiquier, Geoffrey Howe, dont cettediablesse appréciait pourtant la détermination à mener à bien la cure d’austérité, avait droit à de constantes rebuffades. Malgré le dédain légendaire de cette diplômée en chimie puis en droit, pour les arcanes de l’économie, elle ne cessait de corriger les documents préparés par son ministre des finances,«c’estun trèsmauvais tex-

Premier ministre de 1979 à 1990, Margaret Thatcher a souvent fait la « une » du « Time ». Elle s’en amuse ici, en 1983. TERRY SMITH/TIME LIFE PICTURES/GETTY IMAGES te, et nous pouvons seulement supposer, pour être charitable, que le Trésor est occupé à autre chose ». Au fond, la seule personne qui échappait au courroux de la première femme à diriger un gouvernement britannique est la reine. Mariée à un riche entrepreneur de dix ans son aîné, méthodiste, passée à l’Eglise établie d’Angleterre, Mme Thatcher était, bien sûr, une dévote royaliste. Si les archives restent muettes sur le déroulement des audiences royales hebdomadaires, malgré la rivalité féminine, onpeut en déduire que la cohabitation se déroulait sans accroc, ce qui ne sera pas le cas par la suite. En effet, en 1979, Elizabeth II ne pouvait qu’approuver la politique drastique de redressement d’une situation économique que le laisser-allerdes équipes de droite comme de gauche avait singulièrement compromise. A l’instar de la souveraine, la Dame de fer détestait les conversations « de femmes ». Son environnement de travail était exclusivement masculin. Sa boisson favorite était d’ailleurs le whisky, pas le sherry prisé par les femmes de sa

génération. « A la fin de la journée elle réunissait ses principaux collaborateurs pour faire le point. Elle buvait lentement un whisky soda, son apéritif préféré », se souvient Sir Bernard Ingham qui évoque une « sacrée descente ». Elizabeth Ier, autre personnage que l’intéressée admirait, se flattait d’avoir « un cœur d’homme ». Mme Thatcher se considérait d’abord comme un homme politique,refusant touttraitementparticulier en raison de son sexe. Lors de son premier sommet économique, à Tokyo, les 28 et 29 juin 1979, elle avaitrejetécatégoriquementlaproposition du gouvernement nippon de lui adjoindre une protection composée de 20 « filles karatékas». En revanche, « si d’autres chefs de délégation se voyaient, par exemple, assigner 20 karatékas messieurs, le premier ministre n’y verrait aucune objection », soulignait un mémo du Foreign Office. Cette antiféministe notoire exigeait l’égalité sur la sc��ne diplomatique. D’après une facture, lors de son déplacement en France, en juin 1979, à bord d’un ferry pour rencontrer le président Valéry Gis-

card d’Estaing, elle avait acheté une bouteille de whisky Teacher’s au duty-free, ainsi qu’un litre de gin, l’alcool préféré de son époux Denis, et 200 cigarettes Benson & Hedges. L’ambassade britannique à Paris, qui avait réglé la facture, a dûattendredesmoisavantdesefaire rembourser par « Number Ten ». Pourtant fortunée, « Maggie » gérait ses finances personnelles de manière très parcimonieuse. Telle une Mme-tout-le-monde, elle payait ses fournisseurs au dernier moment.Refusantcuisinieretmaître d’hôtel, Mme Thatcher préparait elle-même le dîner et faisait la vaisselledans sa petitecuisine sous les combles du « 10 ». Elle servait du Nescafé à ses invités. S’agissantdeValéryGiscardd’Estaing, les archives confirment l’antipathie foncière qu’elle éprouvait à son égard, révélée dans le portrait acéré qu’elle avait dressé de l’occupant de l’Elysée dans ses mémoires, publiées en 1993. VGE, il est vrai, avait traité d’« épicière » cette Dame de fer qui avait réclamé au sommet de Dublin, le 30 septembre 1979, une ristourne à la contributionbritanniqueaubudgeteuro-

péen («Je veux qu’on me rende mon argent ») ? «Elle le considérait comme un être froid, élitiste, hautain », confirme Bernard Ingham. En revanche, elle appréciait son suc-

cesseur, François Mitterrand, grand séducteur qui lui avait attribué « la bouche de Marilyn et le regard de Caligula ». p Marc Roche

…donner du sens au management…

Le thatchérisme se porte mieux que son inspiratrice LONDRES Correspondant

Agée de 84 ans, Lady Thatcher souffre aujourd’hui de troubles mentaux et de problèmes de mémoire. Elle est incapable de suivre le fil d’une conversation et se souvient parfois difficilement de ce qui s’est passé quelques minutes auparavant. Voûtée, celle qui avait dû démissionner, à la suite d’une rébellion interne, de ses fonctions de leader du Parti conservateur et de premier ministre, en novembre 1990, est également physiquement très frêle.

Selon sa fille, Carol, ses pertes de mémoire sont apparues en 2000, lorsque sa mère, alors âgée de 75 ans, a confondu la guerre des Malouines et le conflit bosniaque. En 2002, à la suite d’une série d’attaques cérébrales bénignes, ses médecins lui ont interdit de prendre la parole en public en raison d’une perte significative de ses capacités mentales. Depuis, ses apparitions sont rares et, si la nature de sa maladie n’a pas été confirmée, tout indique qu’elle souffre d’Alzheimer. En effet, « Maggie » n’est pas consciente de la disparition, en

2003, de son époux Denis auquel elle a été mariée plus d’un demisiècle. Et elle ignore tout de la participation présumée de son fils Mark à une tentative de coup d’Etat en Guinée-Equatoriale ou des propos racistes tenus par sa fille Carol qui lui ont valu la résiliation de son contrat de commentatrice à la BBC.

« Le bronze m’ira très bien » Malgré son état, Mme Thatcher a conservé son sens de l’humour. Lors de l’inauguration, en 2007, de sa propre statue érigée au Parlement de Westminster, elle a décla-

ré : « J’aurais préféré le fer mais le bronze m’ira très bien. Au moins, je ne rouillerai pas. » Une chose est claire : les idées de « Mme T. » se portent bien, alors que des élections générales doivent avoir lieu, au plus tard, à la mi-juin 2010. Réduction des dépenses publiques, privatisations, refus d’une Europe supranationale, défense du libéralisme économique : chez les tories, donnés favoris, comme chez les travaillistes, au pouvoir depuis 1997, la vulgate thatchérienne est toujours à l’ordre du jour.p Marc Roche

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4 Planète

0123 Jeudi 31 décembre 2009

Le Brésil s’engage

Imprévoyante

Comme il s’y était engagé à Copenhague, le président Lula a promulgué, mardi 29 décembre, une loi qui vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre au Brésil de près de 39 % d’ici à 2020. Des décrets détermineront les actions prévues pour chaque secteur de l’économie.

La directrice de l’Organisation mondiale de la santé, le docteur Margaret Chan, chargée de la riposte mondiale contre la pandémie de grippe A(H1N1), a reconnu, mardi 29 décembre, qu’elle n’était pas encore vaccinée contre le virus. Mme Chan a argué qu’elle revenait juste de congés.

«Bâtir en terre» «Bétonnaturel», la terre est à l’origine d’un habitatprésent sur tousles continents.Dans ce livre joliment illustré, Laetitia Fontaine et Romain Anger nous racontent l’histoire scientifique et ethnologique de cette architecture. Ed. Belin, 223 pages, 30 euros.

A Padang, une prévention anti-séisme au quotidien Prévenir les risques naturels 6/6 Menacée, la ville indonésienne mise sur la formation des habitants Reportage

En cas d’alerte, les habitants auraient moins d’une demi-heure pour fuir. Par où ? Située en bord de littoral avec des routes parallèles à la côte, la ville n’offre pas de bonnes issues de secours. Si les ponts et chaussées sont en train d’être expertisés, sans promesse de rénovation ou d’élargissement, les infrastructures ne supporteraient pas un exode massif. « Un afflux de voitures entraînerait une

Padang (île de Sumatra) Envoyé spécial

A

Padang, les couchers de soleil n’ont plus rien de romantique. Depuis le séisme du 30 septembre, on les admire le long d’un front de mer en ruine. Au crépuscule, malgré la catastrophequi fitplusd’un millierdevictimes dans cette province ouest de l’île de Sumatra, en Indonésie, les habitants de la capitale continuent de se rassembler devant l’océan Indien. Par dizaines, ils viennent profiter du spectacle, aux terrasses des buvettes, sur la plage ou sur les digues. L’ambiance est bon enfant. Au son des transistors, on danse et on boit en scrutant le large, non sans méfiance. « A chaque tremblement de terre, on prie pour que ce ne soit pas la fin comme à Aceh », avoue Reta. Le séisme de septembre a réveillé le souvenir du tsunami du 26 décembre 2004. Sur ce même rivage, à 700 km plus au nord-ouest, 168 000 personnes périrent dans le raz-de-marée. A Padang, certains disent qu’un jour ou l’autre la mort surgira aussi de cet horizon. A la merci de plaques tectoniques instables, la ville de 900 000 habitants est assise sur une bombe à retardement. Située près de la faille de Sumatra, elle pourrait être dévastée par un séisme tsunamigène « d’ici trente ans », affirme Sharmini Blok, porte-parole de l’Observatoire de la Terre à Singapour. Grâce aux satellites, les chercheurs ont pu ausculter les déformations à la surface de Padang. Leur diagnostic est sans appel : « La subduction de la plaque indoaustralienne et du bloc de la Sonde risque de produire un séisme dans les années à venir, avec une magnitude estimée à 8,8 sur l’échelle de Richter. La population doit se tenir prête à l’éventualité d’un tsunami », prévient Mme Blok. Aussiviolente fut-elle, lasecousse de cet automne n’a pas résulté

Simulations et exercicesd’évacuation, cours de sciencesdans lesécoles, séances de natation gratuites pour lesenfants…Tout est misen œuvre pour faireface à la menace

Un système d’alerte aux tsunamis testé à Banda Aceh, en Indonésie, le 24 octobre. CHAIDEER MAHYUDDIN/AFP du même mécanisme. Elle a pourtant témoigné d’une inquiétante fragilité tectonique, assure Christophe Vigny, sismologue au Centre national de recherche scientifique (CNRS) : « Les récents tremblements de terre à Sumatra ont rompu tous les segments de la subduction : Aceh en 2004, Nias en 2005 et Bengkulu en 2007. Tous sauf un, celui en face de Padang qui, après deux cents ans de compression, est prêt à rompre. » D’après le chercheur, le compte à rebours est déjà lancé : « Il se produit ici un séisme de subduction majeur tous les deux siècles environ. L’analyse du corail a permis de déterminer que les trois derniers dataient de 1380, 1600 et 1833. »

Grippe A (H1N1)

L’OMS estime prématuré d’affirmer que la pandémie est finie Le docteur Margaret Chan, directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), a estimé, mardi 29 décembre, qu’il est « prématuré d’affirmer que l’on soit arrivé à la fin de la pandémie au niveau mondial ». Si le pic épidémique est passé dans des pays comme les EtatsUnis ou le Canada, qui ont connu une deuxième vague de grippe A, l’hiver n’est pas encore terminé et « le nouveau virus H1N1 continue de se propager », a-t-elle déclaré. « Nous avons de la chance que la plupart des gens guérissent de la maladie », a poursuivi le docteur Chan, mettant en garde contre une éventuelle mutation donnant au virus A (H1N1) une plus grande virulence. Par ailleurs, une étude française, conduite par des chercheurs de l’université d’Aix-Marseille et de l’Ecole des hautes études en santé publique, et mise en ligne le 28 décembre sur le site PLoS Currents : Influenza, indique que, probablement, dans quatre cas sur cinq les personnes infectées par le virus A (H1N1) n’ont pas présenté de symptômes. p Paul Benkimoun (avec AFP)

Bilan

Les catastrophes naturelles ont tué 10000 personnes en 2009 Les catastrophes naturelles ont beaucoup moins tué en 2009, mais leur nombre a continué à augmenter, selon le rapport annuel du géant de la réassurance Munich Re, présenté mardi 29 décembre. Environ 10 000 personnes sont mortes dans des catastrophes au cours de l’année écoulée. Le bilan financier est également sévère avec un coût de quelque 35 milliards d’euros. Le nombre des événements climatiques extrêmes a triplé depuis 1950, et « le changement climatique est déjà probablement responsable d’une part significative » d’entre eux, relève Torsten Jeworrek, membre du directoire du groupe. Le phénomène naturel le plus meurtrier de 2009 a été le séisme qui a touché l’île indonésienne de Sumatra, le 30 septembre, faisant 1 200 morts. En termes de coût, c’est la tempête Klaus, qui s’est abattue sur l’Espagne et la France en janvier, qui a entraîné les pertes les plus importantes. Elles se sont chiffrées à 3,5 milliards d’euros, dont 2,09 milliards couverts par les assurances, selon Munich Re. – (AFP.) p

Padang va-t-elle bientôt connaître un drame sans précédent ? Face à la menace d’une vague de 10 à 15 mètres de haut, les autorités indonésiennes comptent sur leur dispositif anti-tsunami : centres d’alerte ouverts 24 heures sur 24, bouées détectrices au large, sirènes sur les plages et envoi par SMS de bulletins d’informations. « La ville a mis en place trois niveaux d’alerte, du simple avertissement à l’évacuation générale. Les autorités ont aussi réalisé une carte des zones à risques avec une sensibilisation des populations les plus proches du littoral », précise Herryal Anwar, chargé de la gestion des désastres à l’Institut indonésien des sciences. Pour plus d’efficacité,

les radios locales et les mosquées relaieraient aussi ces messages de sauve-qui-peut. A peine remis du 30 septembre, les habitants espèrent échapper à un tel scénario catastrophe. Malgré tout, ils se préparent au pire. Depuis des mois, ils sont sensibilisés aux risques d’un raz-de-marée géant : simulations et exercices d’évacuation, cours de sciences dans les écoles, distribution de guides de secours, séances de natation gratuites pour les enfants, ces campagnes de prévention doivent aguerrir la population en vue du jour J. « Apprendre à nager aux plus jeunes ou expliquer en classe pourquoi la mer se retire avant l’arrivée d’un tsunami permettraient

déjà de sauver des vies », insiste M. Vigny. Deson côté, la Croix-Rouge française a parié sur la formation. Avec son homologue indonésien (PMI), elle vient de créer des équipes de sentinelles dans trois quartiers de la ville. Baptisées C-BAT, elles sont chargées d’alerter, de secourir et d’évaluer les besoins en cas de séisme. Dans ces zones, « soixante volontaires ont été entraînés pour les évacuations d’urgence, les premiers soins ou la distribution de l’aide alimentaire. Les Satgana,l’élite des PMI, ont aussi reçu une formation spécifique à la gestion de crise », souligne Hervé Gazeau, responsable du programme de prévention des catastrophes.

congestion du réseau, ce qui pourrait avoir des conséquences dramatiques », concède Nagel Kai, professeur à l’université technique de Berlin, qui élabore en ce moment des plans d’évacuation. « Les rescapés devront rejoindre les collines à partir d’itinéraires secondaires. L’autre solution est la fuite à pied vers des buildings stables et sûrs », ajoute-t-il. Construits selon des techniques parfois douteuses, les bâtiments existants vont devoir être « renforcés », conseille Patrick Coulombel, président de la fondation des Architectes de l’urgence, dont une équipe travaille à la reconstruction de Padang. Lui prône cependant une autre solution : «Pourquoi ne pas songer à des refuges en hauteur, multifonctions, qui répondraient aux normes antisismiques ? Les sinistrés pourraient s’y abriter avec tout le nécessaire de survie à l’intérieur. » Les autorités étudient cette solution. Au Bangladesh ou en Birmanie, on a choisi ce système pour se prémunir des cyclones. p Arnaud Guiguitant

Les opposants au projet de ligne très haute tension Cotentin-Maine perdent une première manche La commission d’enquête publique a rendu un avis favorable, assorti toutefois de fortes réserves

L

es opposants à la ligne très hautetension (THT) CotentinMaine ont perdu une première manche : mi-décembre, la commission d’enquête publique a rendu un avis favorable à ce projet destiné à relier, sur 160 kilomètres et via 320 pylônes, le réacteur EPR de troisième génération, en construction à Flamanville (Manche), au réseau électrique national. La ligne doit traverser quatre départements (Manche, Calvados, Ille-etVilaine et Mayenne) et entrer en service en 2013. Lerapportde la commissionressemble toutefois davantage à un feu orange qu’à un feu vert au projet dont Réseau de transport d’électricité(RTE), filialed’EDF, est le maître d’œuvre. Au plan environnemental, la commission d’enquête publique regrette notamment que certains tronçons de la THT ne soientpasenterrésquandlesconditions s’y prêtent. Dans ses conclusions, elle demande une étude de faisabilitésur ce sujet, «réalisée par un cabinet indépendant ». Alors que RTE refuse toute idée d’enfouissement, au motif qu’une ligne enterrée coûte selon l’entre-

Manche Périers Caen Saint-Lô BASSENORMANDIE

Ligne THT en projet Rennes BRETAGNE

Laval

Le Mans

Beaulieu-sur-Oudon

PAYS DE L A LOIRE SOURCE : STOP-THT.ORG

50 km

prise six fois plus cher qu’un réseau aérien, la commission d’enquête juge que cette « argumentation n’est pas convaincante ». Ce coût supplémentaire doit être «comparé » au «bénéfice des avantages environnementaux à l’échelon d’unterritoire et sur unepériode de cinquante ans », estime-t-elle. La commission demande également à RTE des engagements concernant l’indemnisation des préjudices éventuels subis par les riverains et les exploitants agricoles.

Au plan sanitaire, principal cheval de bataille des opposants, la commission regrette ne pas avoir pu rendre son avis après la publication d’une étude de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) sur les effets des lignes THT sur la santé qui devrait être publiée début 2010. « Si cette étude était déjà publiée, la commission aurait les moyens d’étayer son avis, note le rapport. (…) Pourquoi n’a-t-on pas mis en œuvre les moyens nécessaires pour disposer de ces résultats avant l’enquête publique ? Puisque cela n’a pas été fait, il faut donc attendre. » Ces remarques n’inquiètent pas Jean-Marc Perrin, directeur du projet pour RTE : «Nous ne pensons pas que l’étude à venir remettra le projet en cause », assure-t-il.

Assignation en référé Les communes et les associations de riverains dénoncent pour leur part une course contre la montre pour que la déclaration d’utilité publique (DUP) soit signée au plus vite, ce qui compliquerait les possibilités de recours en annulation. Dix-sept communes et 31 associa-

tions ont assigné, début décembre, le préfet de la Manche en référé pour demander l’application du principe de précaution. « Pour nous, il n’est pas possible de donner des permis de construire pour des pylônes tant qu’on ne connaît pas les risques », précise Christophe Gosselin, coprésident de l’association Manche sous tension. L’audience a été fixée au 14 janvier. Les adversaires au projet mettent en avant plusieurs études, notamment celle publiée en 2005 dans le British Medical Journal, qui montrait que le nombre de leucémies infantiles augmentait chez les enfants nés à proximité d’une ligne THT. Une autre étude de l’American Journal of Epidemiology, de novembre2008, concluait à une augmentation de 24 % du risque de développer la maladie d’Alzheimer pour les personnes résidant à moins de 50 mètres d’une ligne à haute tension, par rapport à celles vivantàplusde600mètres.Cependant, aucune de ces études n’établit formellement de lien de causalité entre proximité d’une ligne électrique et effets sur la santé. p Carole Deflandre


International 5

0123 Jeudi 31 décembre 2009

Barack Obama, ennemi prioritaire d’Al-Qaida Après l’Algérie et le Pakistan, le Yémen est le troisième sanctuaire à envoyer un djihadiste frapper en Occident aaa Suite de la première page De nombreux musulmans ont été marqués par son discours du Caire du 4 juin, sa main tendue à l’islam. Les décisions d’interdire la torture, de fermer la prison de Guantanamo, d’entamer le retrait militaire d’Irak ont également été saluées. Le nouveau Prix Nobel de la paix a, malgré l’Afghanistan et la Palestine, une aura qui incite sans doute moins de jeunes islamistes à frapper les Etats-Unis qu’à l’époque de M. Bush. Le chef d’Al-Qaida, Oussama Ben Laden, disparu en décembre 2001 au Waziristan pakistanaiset plutôt avare de ses interventions, a compris le danger et accru depuis un an la fréquence de ses messages. Quel que soit le sujet qu’il choisit d’évoquer, de l’Afghanistan à la Somalie en passant par Gaza, il veille à ce que sa cible principale soit M. Obama. Il adapte aussi son calendrier, comme lorsqu’il a enregistré un message destiné à êtrediffusé juste avant quele président américain prononce son discours du Caire. Les Yéménites d’Al-Qaida dans la péninsule Arabique, proches de Ben Laden qui est lui-même d’une famille saoudienne aux origines yéménites, et qui furent très présents dans les camps afghans d’AlQaida avant le 11-Septembre, avaient participé aux attentats djihadistes dès l’époque de Bill Clinton (contre le navire de guerre américain Cole en octobre 2000 à Aden). Ils ont une nouvelle fois fait passer le message : les présidents changent mais l’homme de la Maison Blanche reste l’ennemi, le chef des « croisés », le premier allié des « sionistes ». Dans son dernier message audio, le 14 décembre, Ayman Al-Zawahiri, numéro deux d’AlQaida, a de nouveau ciblé Barack Obama, dont l’objectif serait de « nous asservir, nous humilier, occuper nos terres, nous enlever nos richesses et combattre notre religion ». Il a qualifié sa politique proche-orientale de « campagne croisée et sioniste ».

Un échec « inacceptable » pour le président américain Barack Obama a demandé des comptes, mardi 29 décembre, à ses services de renseignement après l’attentat manqué de Detroit. « Un échec du dispositif s’est produit, et je considère que c’est totalement inacceptable », a-t-il affirmé. Le président américain a souligné que le suspect, Omar Farouk Abdulmutallab, avait été autorisé à prendre l’avion alors que son père avait alerté la CIA de la radicalisation de son fils. « Ces alertes auraient dû déclencher des signaux, et le suspect n’aurait jamais dû être autorisé à monter à bord », a remarqué M. Obama. Les enquêtes préliminaires ont débouché sur de « graves inquiétudes » et mis en évidence des « déficiences », a reconnu le président. « C’est mon devoir de faire en sorte que nos services de renseignement, de police et de sécurité nationale, et leurs membres, travaillent avec efficacité et rendent des comptes. » – (AFP.) COLCANOPA

Le communiqué de revendication du 28 décembre d’Al-Qaida dans la péninsule Arabique (AQPA) illustre également cette rage à combattre les Etats-Unis : « D’ici, nous disons aux Américains : du moment que vous soutenez vos dirigeants et que vous vous tenez à leurs côtés pour tuer nos femmes et nos enfants, réjouissezvous de ce qui vous fera mal. Nous avons préparé pour vous des hommes qui aiment la mort autant que vous aimez la vie. Avec la bénédiction d’Allah, nous viendrons à vous d’où vous ne nous attendez pas. » Même si l’attentat de Detroit a échoué, l’épisode est un succès pour Al-Qaida dans la péninsule arabique. Basée au Yémen, née en janvier 2009 de la fusion des branches yéménite et saoudienne d’AlQaida, l’AQPA se signale pour la première fois hors de ses frontiè-

res. Elle n’avait encore jamais envoyé un djihadiste à l’étranger, fronts afghan, pakistanais et irakien mis à part. Jusqu’à présent, les agents du djihad international ayant réussi à commettre des attentats en Occi-

«Si nous n’agissons pas, le Yémen sera la guerre de demain» Joe Lieberman, sénateur dent n’étaient venus, quelle que soit leur nationalité et quelles que soient leurs aventures sur les fronts afghan ou irakien, que de deux pays : l’Algérie et le Pakistan. Le Yémen, où l’auteur de l’attentat manqué,Omar Faouk Abdulmutallab, affirme avoir reçu les explosifs d’Al-Qaida, peut désormais

être ajouté à la liste des sanctuaires et points de départ de djihadistes ayant pour mission de frapper aux Etats-Unis ou en Europe. Joseph Lieberman, qui préside la Commission de la sécurité intérieure au Sénat américain, a résumé ce que beaucoup pensent à Washington : « L’Irak est une guerre d’hier. L’Afghanistan est celle d’aujourd’hui. Si nous n’agissons pas de façon préventive, le Yémen sera la guerre de demain. » Voisin d’une Arabie saoudite où Al-Qaida n’est pas parvenue à s’implanter durablement, pays le plus pauvre du Moyen-Orient, en proie à une guerre au nord entre l’armée et les rebelles zaydites (une forme particulière de chiisme) et à des tensions séparatistes au sud, le Yémen est depuis longtemps une base idéale pour Al-Qaida. Un autre aspect de la revendica-

tion rapide et précise d’Al-Qaida pourrait d’ailleurs être d’entraîner les Etats-Unis dans une aventure militaire au Yémen. Frappée dans son sanctuaire pakistanais cette année, notamment par la campagne de raids des drones de la CIA, peu voire pas présente sur le front afghan face à l’OTAN, marginalisée en Irak depuis 2007 par le retournement de la guérilla sunnite, Al-Qaida pourrait rêver d’un nouveau terrain d’affrontement en péninsule Arabique. Il est pourtant peu probable que M. Obama se laisse entraîner dans une telle aventure. Il a ordonné le retrait de l’Irak et n’a envoyé des renforts en Afghanistan que sous la pression de ses généraux. Il reste a priori l’homme qui veut se concentrer sur le combat contre Al-Qaida. Il a promis, lundi, de « continuer à intercepter,

détruire et vaincre les extrémistes violents qui menacent [les EtatsUnis], qu’ils soient d’Afghanistan, du Pakistan, du Yémen ou de Somalie, ou de partout où ils préparent des attaques contre le sol américain ». De même qu’il a ordonné l’intensification de la « guerre secrète » au Pakistan, cœur et sanctuaire d’Al-Qaida, Barack Obama a discrètement augmenté l’effort antiterroristeau Yémen.Les forces spéciales américaines entraînent des unitésyéménites, etla CIA a renforcé sa présence et ses opérations. Les raids menés les 17 et 24 décembre par les forces de Sanaa contre des bases d’Al-Qaida auraient été inspirés, voire coordonnés par les services spéciaux américains. La guerre de l’ombre au Yémen est déjà une réalité. p Rémy Ourdan

Arrestations en série de militants palestiniens en lutte contre la «clôture de sécurité» israélienne Non violents, ces activistes mènent leur combat dans deux villages symboles, Bilin et Nilin Ramallah (Cisjordanie) Envoyé spécial

D

ans les territoires occupés, la silhouette de Jamal Juma passait rarement inaperçue. Corpulent, le front dégarni et le sourire aux lèvres, ce quadragénaire, coordinateur de « Stop the wall », la campagne de protestation contre la barrière de séparation israélienne, se bagarrait sur tous les fronts. Dans les oliveraies de Bilin ou de Nilin, deux villages qui manifestent chaque semaine contre cet ouvrage qui confisque près de 10 % des terres de Cisjordanie;sur la place desLions deRamallah, haut lieu de rassemblement de la société civile palestinienne ; et dans les consulats européens de Jérusalem-Est qu’il rappelait à leurs obligations en matière de défense des droits de l’homme. Mais, depuis le 15 décembre, le rayon d’action de Jamal Juma s’est considérablement rétréci. Le cerveau de la résistance non violente contre le « mur de l’apartheid » ne bataille plus que devant le tribunal militaire de la Moskobiya, un centre de détention à Jérusalem-Ouest. Arrêté par la police, il a rejoint derrière les barreaux une dizaine d’autres activistes, engagés dans le même combat que lui, détenus le plus souvent sans la moindre charge et victimes, selon leurs

défenseurs, d’une politique d’intimidation délibérée de la part des autorités israéliennes. «Israël cherche à briser cemouvement qui marque des points dans l’opinion publique internationale, dit Magda Mughrabi, de l’association de défense des prisonniers Addameer. Il s’agit à la fois de dissuader les gens d’aller manifester et de saboter le travail de sensibilisation qu’ils mènent à l’étranger. » Le22 septembre, Mohamed Othman, 34 ans, collègue de Jamal Juma au sein de Stop the wall, revenaitd’unséjourdecetypeenNorvège. Il y avait rencontré la ministre des finances, Kristin Halvorsen, qui, quelques jours plus tôt, avait annoncé le retrait du fonds de pension national norvégien du capital d’Elbit, une firme d’armement israélienne.Les visites guidéesde la barrière de séparation que Mohamed Othman avait organisées peu avant pour des diplomates norvégiensn’étaient pas étrangères à cette décision spectaculaire. Mais au pont Allenby, point de passageentrelaJordanieetlaCisjordanie occupée, le jeune lobbyiste estinterpellé parla police israélienne. Depuis cette date, il végète en prison sans que le procureur militaireaitprononcé lamoindre inculpation. « Les autorités évoquent une vague rencontre à Amman avecunsupposémembreduHezbol-

lah, dit son avocat Mahmoud Hassan. Tout cela ne vaut rien. C’est une façon de délégitimer la résistance non violente et de dissimuler le fait qu’il s’agit d’un emprisonnement politique. » Dans une tribune publiée sur le site d’information américain Huffington Post, Jamal Juma avait raconté comment MohamedOthmanavait étémis en garde,peuavantson interpellation, par un soldat à un check-point : «“Nous allons t’arrêter”, lui avait-il dit. “Mais c’est un peu difficile avec toi, car tu te contentes de parler”. »

Depuis décembre, le rythme des interpellations s’est accéléré Au mois de juin, un autre « parleur », Mohamed Khattib, instigateur des manifestations de Bilin, avait été incarcéré pendant deux semaines. Il revenait alors d’un voyage à Montréal, où il avait appuyé une demande de poursuitesjudiciairescontredeuxentreprises de BTP, enregistrées sur le sol canadien et impliquées dans la construction de colonies sur la terre de Bilin. A son procès, il était apparu que l’accusation de jet de pierres portée contre lui était factice, dans la mesure où il n’était pas

présent le jour de la supposée infraction. Mohamed Srour, son homologue du village de Nilin, a reçu un traitement équivalent. Il a été arrêté pendant trois jours, fin juillet, de retour de Genève où il avait déposé devant la commission d’enquête sur la guerre de Gaza, dirigée par le juge sud-africain Richard Goldstone. C’est au mois de décembre que le rythme des interpellations s’est accéléré. Cinq surviennent d’un seul coup à Naplouse, visant des militants associatifs. Le 10 de ce mois, peu avant Jamal Juma, c’est Abdallah Abu Rahma, autre pilier descortèges de Bilin,qui estembarqué par l’armée israélienne. Parmi les charges retenues contre lui, outre le «jet de pierres » et le « jet de ballons remplis d’excréments de poulet » (sic), figure « la possession d’armes israéliennes usagées». Lesdites armes sont les reliques des grenades assourdissantes et lacrymogènes, tirées par les soldats contre les villageois, puis ramassées par ceux-là et exposées en guise de témoignage de la violence exercée contre eux. A l’idée qu’il s’agit là d’un délit, Gaby Lasky, l’avocate d’Abou Rahma, réprime un fou rire: «Et c’est quoi la prochaine étape ? Faire payer aux manifestants le prix des balles qui sont tirées sur eux ? » p Benjamin Barthe

…donner du sens au management…

www.audencia.com


6 International

0123 Jeudi 31 décembre 2009

Au Soudan, le vote d’une loi ouvre la voie à un référendum sur la sécession du Sud

La croisade d’un chrétien américain en Corée du Nord

U

Desdizaines demorts lorsde combats ausein d’ungroupeislamique BAUCHI. Soixante-dix personnes ont été tuées à coups de machette ou par balle lors d’affrontements, lundi 28 décembre, dans la ville nigériane de Bauchi (nord). Nombre de victimes étaient mineures. Les combats ont opposé des factions rivales d’un groupe radical islamiste, Kala-Kato, avant l’intervention des forces de l’ordre. Selon la Croix-Rouge, les morts seraient pour la plupart membres de la secte. Également connue sous le nom de Maitatsine, Kala-Kato est présente dans plusieurs Etats du nord du Nigeria. Ses membres, estimés à plusieurs milliers, très peu éduqués, rejettent toute littérature hormis le Coran, et sont considérés comme des hérétiques par les autres musulmans. – (AFP.) p

Afghanistan Des étudiants défilent contre l’OTAN JALALABAD. Des centaines d’étudiants ont manifesté, mercredi 30 décembre, à Jalalabad, dans l’est du pays, contre les troupes occidentales et le président américain Barack Obama, pour dénoncer la mort d’une dizaine d’écoliers, samedi, lors d’une frappe aérienne. Une autre manifestation était prévue à Kaboul. Le président afghan, Hamid Karzaï, avait, lundi, rendu l’OTAN responsable de cette opération attribuée aux forces spéciales américaines. – (AFP.)

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SOCIETE ANONYME DE MARGENCY ET EXTENSIONS Société anonyme à Conseil d’administration au capital de 46.080 euros Siège social :104, rue Vaugirard – 75006 PARIS 672 027 760 RCS PARIS Avis aux actionnaires de la SOCIETE ANONYME IMMOBILIERE DE MARGENCY ET EXTENSIONS (ci-après la « Société »), Vente de titres non réclamés à la suite d’une opération de division (articles L.228-6, R.228-11 et R.228-12 du Code de commerce) Le Conseil d’administration du 10 juin 2009, agissant conformément aux dispositions de l’article L.228-6 du Code de commerce et des articles R.228-11 et R.228-12 du Code de commerce, a décidé de faire procéder à la vente dans un délai de deux (2) ans à compter de la présente publication, des actions au nominal de quatre (4) euros, dividendes y attachés non prescrits, revenant aux propriétaires d’actions de la Société qui n’ont pas été présentées à l’échange consécutif à la division par quatre des actions de la Société décidée par l’Assemblée générale extraordinaire du 3 décembre 2008 et qui n’auront pas été réclamées à l’expiration de ce délai par les ayants droit. Lesdits ayants droit sont en conséquence invités à faire valoir leurs droits dans ce délai à l’issue duquel ils ne pourront plus prétendre qu’à la répartition en numéraire du produit net de la vente des titres non réclamés. Le présent avis doit être considéré comme une mise en demeure au sens des dispositions de l’article R. 228-11 du Code de commerce. OSP

La vente des titres non réclamés sera réalisée aux enchères publiques par un notaire ou par un établissement de crédit ou d’investissement.

Le produit net de la vente des titres sera tenu à la disposition des ayants droit pendant un délai de dix (10) ans sur un compte bloqué ouvert au nom de la Société à la banque CIC dont le siège est situé à 6, avenue de Provence -75009 PARIS. Le Conseil d’administration

L I BY E

É GY PT E

Port-Soudan

ARABIE SAO U D I T E

ug

Nigeria

L

a paix est loin d’être gagnée entre le Nord et le Sud du Soudan, mais la loi votée mardi 29décembreàKhartoumparleParlement pourrait désamorcer un conflit qui menaçait de dégénérer dans ce pays déjà secoué, à l’ouest, par la guerre civile du Darfour. Décisif et controversé, le texte adopté établit les règles d’organisation du référendum qui, en janvier 2011, doit décider d’une éventuelle sécession du Sud, riche en pétrole, et donc d’une partition du plus vaste des Etats africains. Le principe de cette consultation populaire est inclus dans « l’accord de paix global » signé en 2005 par les représentants du gouvernement central de Khartoum (Nord) et ceux du Sud, au terme de vingtdeux années de guerre civile. Ce conflit, dont l’enjeu était le partage des recettes du pétrole, avait causé la mort de 1,5million de personnes. La loi votée mardi intègre une disposition exigée par les députés duSud, maisqui, enpremièrelecture, le 22décembre, avait été supprimée par les représentants, majoritaires, du Parti du Congrès national (NCP, nordistes), la formation du président Omar Al-Bachir. Cet article dispose que les SudSoudanais nés avant l’indépendance du pays, le 1er janvier 1956, devront voter dans le Sud même s’ils résident au Nord. Cette règle était exigée par les « sudistes » du Mouvement de libération du peuple du Soudan (SPLM), qui craignent une manipulation du vote des populations du Sud établies au Nord – 520 000 personnes, selon des chiffres officiels contestés. En revanche, les Sud-Soudanais vivant au Nord ou à l’étranger, mais nés après le 1er janvier 1956,

Ro

Energie militante Des organisations religieuses sud-coréennes ont fait de l’évangélisation de la RPDC une mission à laquelle elles consacrent une énergie militante. La Corée du Sud, pays le plus chrétien d’Asie après les Philippines, fait preuve d’un prosélytisme qui la place juste derrière pour l’envoi de missionnaires à l’étranger. En 2007, une vingtaine de volontaires humanitaires sud-coréens avaient été capturés en Afghanistan. Deux ont été tués. Les églises protestantes sudcoréennes sont particulièrement actives à la frontière sino-nordcoréenne. Elles cherchent par la conversion de migrants auxquels elles viennent en aide à faire renaître la foi en RPDC en constituant des réseaux clandestins. La constitution nord-coréenne reconnaît la liberté de culte (il existe à Pyongyang deux temples protestants, une église catholique et une église orthodoxe). Mais les chrétiens, officiellement au nombre de 13 000, restent très surveillés. Les convertis par les missions protestantes à la frontière, considérés comme des espions par le régime, risquent de lourdes peines lorsqu’ils sont pris. p Philippe Pons (Tokyo, correspondant)

La perspective de l’indépendance d’une région riche en ressources naturelles ravive les tensions entre sudistes et nordistes, qui, depuis la paix de 2005, ont constitué un gouvernement d’union r

droits de l’homme, Pax Koreana, Robert Park avait déclaré la semaine dernière à l’agence Reuters à Séoul qu’il refusait toute intervention en sa faveur : « Je ne veux pas que le président Obama paie pour me faire sortir. Je veux la liberté pour le peuple coréen. Tant que les camps ne sont pas fermés, je ne veux pas être libéré. Si je dois mourir avec les prisonniers, je suis prêt à le faire… En tant que chrétien, je me dois d’aller vers eux, de sacrifier ma vie pour la rédemption des autres. »

Me

n activiste américain d’origine coréenne est entré clandestinement en Corée du Nord afin d’attirer l’attention sur les souffrances de la population. A l’aube, le 25 décembre, Robert Park, âgé de 28 ans, a franchi le fleuve Tumen, gelé en cette saison, qui marque la frontière entre la Chine et la République populaire démocratique de Corée (RPDC). A proximité de l’autre rive, il a lancé : « Je suis un citoyen américain. Je vous apporte l’amour de Dieu », et il a disparu dans la nuit, ont raconté à leur retour à Séoul des militants qui l’avaient accompagné. Il a franchi le fleuve dans une région peu surveillée, non loin de la ville frontalière de Hoeryong. Avant son départ, Robert Park, un fervent chrétien, avait envoyé à différents journaux et à des agences de presse la copie d’un message adressé à « Kim Jong-il et aux dirigeants nord-coréens » qu’il a emporté avec lui et dans lequel il explique son action. « Je proclame l’amour du Christ et le pardon pour tous (…). Ouvrez vos frontières afin que nous puissions apporter nourriture, médicaments et assistance à ceux qui luttent pour leur survie. Fermez les camps de concentration et libérez les prisonniers politiques… » Selon les services de renseignement sud-coréens, en 2009, la RPDC détient 154 000 prisonniers politiques dans six camps de travail. Le dernier rapport du Conseil des droits de l’homme des Nations unies sur la situation dans ce pays fait état de « violations patentes qui appellent d’urgence l’attention internationale ». Les organisations humanitaires dénoncent des exécutions publiques et des morts par épuisement dans les camps de travail. Membres d’une organisation sud-coréenne de défense des

TC H A D

e Atbara Kassala ÉRYTHRÉE

Omdourman

Khartoum El Facher

Ouad Médani El Obeid

SOUDAN R É P. C E N T R A F. 500 km

SU D SOU DA N (en sécession)

ÉTHIOPIE

Population 42,3 millions (hab.) Croissance 3,9 % (2009) Chômage n.c. (0,002928 €)

Juba OUG.

Superficie 2 506 000 km2

Monnaie dinar

Wau R . D. C.

Chef Omar Hassan de l'Etat Ahmed Al-Bachir

K E N YA

pourront voter sur leur lieu de résidence. Le 22décembre, la loi amputée de cette disposition, pourtant négociée au préalable, avait été votée en l’absence des députés du Sud, qui avaient quitté la séance en signe de protestation. Des pressions de Washington et des Nations unies pourraient avoir abouti à cette seconde lecture. Au lendemain du premier vote, le porte-parole du département d’Etat américain avait fait part de sa « vive inquiétude », et « invité instamment» Khartoum à faire adopter le texte originel. Depuis plusieurs semaines, les tensions liées au futur référendum, ainsi qu’aux élections législatives prévues en avril, nourrissaient des manifestations – interdites – de « sudistes » dans les rues de Khartoum. « L’amendement [le rétablissement de l’article supprimé] n’a été introduit que pour donner aux frères sud-soudanais plus d’élan pour qu’ils votent pour l’unité du Soudan lors du référendum », a tempéré mardi Ibrahim Ghandour, député et responsable du NCP. En réalité, la perspective du réfé-

livre

(0,29276 €)

rendum attise déjà les tensions entre les belligérants d’hier, qui, depuis la paix de 2005, ont constitué un gouvernement d’union nationale. Ces derniers temps, les dirigeants du Sud ont multiplié les appels à la sécession. Salva Kiir, leader du SPLM et vice-président du Soudan, a ainsi affirmé aux habi-

Dans le Sud, l’idée d’une indépendance, confortée par le contrôle des royalties du pétrole produit localement, séduit tants du Sud qu’ils deviendraient des citoyens de seconde zone dans leur propre pays s’ils votaient contre l’indépendance. Issuede longues négociations, la loi votée mardi prévoit que l’indépendance du Sud ne sera reconnue qu’àla double condition quele vote « oui » atteigne 51 % et que le taux de participation s’élève à 60%. Un autre référendum doit porter sur le

statut de la région pétrolifère d’Abyei, située à la lisièredu Nord etdu Sud. Mais ses règles d’organisation n’avaient pas été adoptées, mercredi 30 décembre au matin. DansleSud,l’idéed’indépendance confortée par le contrôle des royalties du pétrole produit localement, séduit. Aux termes de l’accord de paix, ces fonds sont censés être déjà répartis à parts égales entre Juba – la capitale du Sud-Soudan–etKhartoum.MaisM.Kiirestime que le Sud-Soudan n’en perçoit en réalité que 25 %. A ce différend financier et au conflit entre un Nord musulman où s’applique la charia, et un Sud à prédominance chrétienne et animiste, s’ajoutent les rivalités tribales qui secouent le Sud lui-même. Depuisledébutde 2009, 2 000personnes sont mortes dans de tels combats, qui ont récemment pris «un aspect nouveau et dangereusementpolitisé», a relevéle23 décembrel’organisationInternationalCrisis Group (ICG), spécialisée dans l’analysedes conflits.«Legouvernement du Sud-Soudan (…) doit prouver qu’il peut assurer la sécurité, pour que la violence ne devienne pas un obstacle sur la route vers l’autodétermination et au-delà », a averti ICG. Le climat est encore alourdi par le mandat d’arrêt délivré en mars par la Cour pénale internationale contre le président Al-Bachir pour « crimes de guerre » et « crimes contre l’humanité » perpétrés au Darfour. Dans un tel contexte, la nécessité pour le régime de pouvoir se prévaloir du soutien de la population lors des élections de 2010 et du référendum de 2011, apparaît vitale. p Philippe Bernard

Le sort de Mouktar Diallo, défenseur des droits de l’homme incarcéré, illustre l’arbitraire en Guinée Cet homme croupit depuis la mi-décembre dans une cellule, sans inculpation ni avocat Reportage Conakry Envoyé spécial

L

es étages supérieurs du « PM3 » émergent au-dessus du mur d’enceinte de la caserne de la gendarmerie d’apparence anodine en plein cœur de Conakry. « C’est dans les sous-sols que ça se passe. La nuit, il n’est pas rare d’entendre des pleurs, des cris », nous confie un voisin du PM3, un centre de détention extrajudiciaire. De la fenêtre, on assiste au ballet des hommes en treillis et des 4 x 4 couvrant le bruit des vagues de l’océan qui viennent mourir sur les plages jonchées d’ordures de la corniche sud de cette capitale-presqu’île. Mouktar Diallo, 58ans, membre de l’Observatoire national des droits de l’homme (ONDH), arrêté fin novembre, a sans doute échappé aux sinistres sous-sols du PM3. Maiscethommesouffrantdediabèteetd’hypertension croupitdepuis la mi-décembre dans une cellule, sans inculpation, ni avocat. « Le PM3, rappelle Mamadou Aliou Barry, président de l’ONDH, était l’antichambre du camp Boiro», où périrent dans des conditions terribles des dizaines de milliersdepersonnesdurantladictature d’Ahmed Sékou Touré (1958-1984). Le camp Boiro n’est plus, depuis longtemps, un centre de détention. Lansana Conté (1984-2008) puis le capitaine Moussa Dadis Camara, chef de la junte au pouvoir depuis le 23 décembre 2008, s’attachèrent à effacer toutes les traces rappelant ce passé sanglant, quitte à priver le

pays d’un lieu de mémoire. «Tout a étérasé,nettoyé»,regretteleprofesseur Faudé Marega, président de l’association des familles victimes du camp Boiro. Le camp est aujourd’hui en grands travaux, comme tant de casernes depuis l’arrivée de DadisCamaraquientendaitchoyer les militaires, centre de gravité du pouvoir guinéen. La blancheur des murs tranche avec la pauvreté des bicoques environnantes dans ce Conakry mité par les bidonvilles. Les temps ont changé depuis Sékou Touré et Lansana Conté. On n’y torture plus avec la même vigueur. Mais l’arbitraire est toujours la règle, et le PM3, tout commelecentrededétention etd’interrogatoire des « 32 marches » du camp Alpha Yaya Diallo, poursuivent leurs sinistres activités.

Les autorités reprocheraient à M.Diallo des actes relevant de «l’atteinte à la sûreté de l’Etat» Depuis la tuerie d’au moins 1 56 opposants, le 28 septembre à Conakry,par deshommes dela garde présidentielle, puis après la tentatived’assassinat contre lecapitaine Dadis, le 3 décembre, par son aidede camp Aboubakar Sidiki Diakité dit « Toumba», des dizaines de personnessontpassées, oucroupissent toujours dans ces lieux, loin des yeux. « Aucune des personnes détenues depuis les violences du 28 septembre, y compris Mouktar Diallo, n’a été traduite devant un

Mouktar Diallo. DR juge pour des accusations formelles», dénonçait récemment l’organisation non gouvernementale Human Rights Watch (HRW). C’est aussi le cas des personnes tombées en 2009 dans le cadre de la lutte contre les narcotrafiquants ou la corruption. Mouktar Diallo, lui, a été arrêté le 26 novembre à Conakry par des hommes de l’unité d’élite de la gendarmerie chargée de la lutte contre la grande criminalité et le trafic de drogue dirigée par le capitaine (et ministre) Moussa Tiégboro Camara. « Il a été interpellé sur ordre direct de Tiégboro, envoyé aux “32 marches” et enfin au PM3 », affirme Mamadou Aliou Barry. Le directeur du PM3 nie la présence de Mouktar Diallo dans ses murs, où il y a pourtant été brièvement visité par sa famille ses derniers jours. Le tort de Mouktar Diallo ? Son cursus professionnel et ses accointances avec certains militaires à un momentoùDadis «voyaitdes complots partout, ourdis par la France et les Etats-Unis », avance M. Barry. Mouktar Diallo fut, durant de longues années, employé à l’ambassa-

de des Etats-Unis de Conakry, où il tissa des liens avec les militaires envoyés se former en Amérique. Peu de temps avant son arrestation, il avait rencontré Aboubakar Sidiki Camara, dit « Idi Amin », ancien chef d’état-major de la gendarmerie respecté par les siens. Dadis s’appliqua à le mettre hors circuit et le plaça quasiment en résidence surveillée. Ce rendezvous semble avoir provoqué cette arrestation. Les autorités reprocheraient à Mouktar Diallo des actes relevant de « l’atteinte à la sûreté de l’Etat», selon une bonne source, mais sans qu’aucun élément ne vienne appuyercesaccusations.«Leministredela justicenousadit quecela ne relève pas de ses compétences. Selon lui, Mouktar est un dossier Tiégboro. Lui seul peut décider », s’étonne Mamadou Aliou Barry. Problème, le ministre chargé de la lutte contre la grande criminalité a disparu ! Le 3 décembre, peu de temps après la tentative d’assassinat contre Dadis, le capitaine Tiégboro a été grièvement blessé dans l’explosion d’une grenade à bord de sa voiture au camp Alpha Yaya, dans des circonstances confuses. Transporté au Maroc avec le chef de la junte, il y serait toujours hospitalisé. Mais, depuis ce 4 décembre, silence. Son nom a totalement disparu des colonnes des journaux et des conversations de Conakry. L’espoir de la famille Diallo repose dorénavant sur le président par intérim, Sékouba Konaté, un militaire lui aussi un peu rude mais que l’on dit plus respectueux de certaines règles. p Christophe Châtelot


International 7

0123 Jeudi 31 décembre 2009

Iran: «L’opposition n’a rien à gagner à utiliser la violence» Selon Abbas Milani, directeur des études iraniennes à Stanford, en Californie, le choix de la force par le pouvoir alimente une surenchère

A

bbas Milani est directeur des études iraniennes à l’Université de Stanford (Californie) etcodirigeunprojetsur ladémocratie iranienne à la Hoover Institution. Il a enseigné à l’université de Téhéranjusqu’en1987.PourLeMonde, il explique la vaguede contestation qui a suivi en Iran l’élection, entachée de fraude selon l’opposition, du président Ahmadinejad en juin. Notamment la répression violente des manifestations du 27 décembre, en violation de la trêve religieuse chiite de l’Achoura, qui a fait au moins huit morts (dont le neveu du chef de file de l’opposition, Mir-Hossein Moussavi, tué par balles devant chez lui). A la violence de la police a répondu, pour la première fois, une radicalisation des manifestants.

Ce qui s’est passé pour l’Achoura est-il un tournant ?

C’est un tournant pour le régime, qui a dépassé toutes les limites dansl’usagedelabrutalité.L’orchestrationdumeurtreduneveudeMirHossein Moussavi est orwellienne. Ils accusent Moussavi d’être derrière cette opération, qui serait destinée à créer un martyr, mais ce mensonge montre à quel point ils sont désespérés. Les violences des étudiants marquent aussi un tournant pour l’opposition, qui doit se reprendre. Elle n’a rien à gagner à utiliser la violence. Ce régime est bien plus brutal et bien mieux armé que ne pourra jamais l’être l’opposition. Les opposants qui sont passés à l’offensive contre les voyous du régime risquentd’ouvrirles vannesd’unevio-

Abbas Milani. DR lence bien plus dangereuse, qui n’aide pas la démocratie et sert le régime. Quelqu’un contrôle l’opposition ?

Je ne crois pas. Jusqu’à maintenant, lemouvement a été amorphe, horizontal, c’est un réseau de groupes et personnes interconnectés mais sans hiérarchie. Cela a été la clé de sa survie. Ils sont parvenus à fairecequ’ilsvoulaient.Ilsontmontré que ce régime était brutal, n’écoutait pas le peuple, et utiliserait tous les mensonges pour rester aupouvoir.Ilsontconvaincul’Europe et les Etats-Unis. Mais cela ne va pas sortir l’Iran de l’impasse. Nous arrivons à un nouveau stade. L’opposition doit franchir le pas et offrir des revendications précises. Que veut l’opposition ?

Le mouvement a commencé avec une demande simple : « Nous voulons que notre vote soit compté.» Si le guide suprême Khamenei avait autorisé une vraie enquête, et peut-être un nouveau vote, il aurait pu rester au pouvoir. Mais les despotes sont souvent aveugléspar leur arrogance. Les jeu-

nes sont désespérés. Ils n’ont pas besoin d’avoir de fortes convictions politiques pour être opposés à ce régime. Ils veulent simplement une vie normale du XXIe siècle, ils veulent pouvoir choisir les films qu’ils regardent, la musique qu’ils écoutent.Ilsveulentsortiraveclafemme ou l’homme de leur choix. Ils veulent un travail. Tout cela leur est interdit.Lasolutionauproblèmeiranien est simple : plus de démocratie. Ils n’ont pas à changer le nom du régime, ils peuvent changer des éléments de la Constitution. Avec chaquejourquipasse,chaquegouttede sangversé,chaquearrestations’éloigne la possibilité d’un compromis. Jusqu’où le régime ira-t-il ?

Il n’aura pas de limite dans la violence. La seule limite, inhérente à tout régime de ce type, est le moment où ceux qui doivent battre ou tuer les gens décident qu’ils ne veulent plus le faire. Je ne serais pas surpris qu’on en arrive à ce point. Les ayatollahs ont été remarquablement silencieux. Le régime a demandé leur aide publiquement, de manière répétée, un seul d’entre eux les a soutenus. Tous les autres,

une dizaine, n’ont pas dit un mot pour soutenir Khamenei, ni, à quelques exceptions, l’opposition. S’ils se prononcent contre la violence, Khamenei et ses alliés auront du mal à continuer sur cette voie. Qui tient les rênes en Iran ?

Ce sont les commandants des Gardiensdelarévolutionetdesmiliciens bassidji qui mènent la danse aujourd’hui–Ahmadinjad n’estpas unacteurclé.Depuisl’électionprésidentielle de juin, les gardiens ont réalisé qu’ils n’allaient pas s’en sortir sans utiliser la force. Depuis, le pays est dirigé par un triumvirat avec, au sommet, les Gardiens de la révolution, puis Khamenei et enfin Ahmadinejad. Chaque jour, le pouvoir des Gardiens de la révolution augmente, car ce sont eux qui vont devoir contrôler les villes. C’est pour l’essentielun régime policier etmilitaire. Il est clair qu’ils paniquent : la contre-manifestation demercredi à Téhéran montre qu’ils ont peur de perdreleur base et veulent convaincrelepeupleet lemonde quele régime n’est pas isolé. S’il y avait le moindre signe que

les Gardiens de la révolution perdent le contrôle, je ne serais pas surpris de voir 5millions de personnes à Téhéran. On risque de voir ce qu’on a vu dans beaucoup des pays dublocdel’Est:dèsquelesgenspensent que la police secrète ne soutient plus le régime, tous ceux qui hésitaient, et avaient peur, vont dans la rue. M. Khamenei est-il sur la touche ?

le des habitants des environs. La participation massive de la population à ces rassemblements va «humilier » ceux qui ont critiqué la répression des manifestations de dimanche, a affirmé le président Mahmoud Ahmadinejad. Ce dernier a qualifié ces manifestations de «scénario américano-sioniste». Une accusation reprise

Les services de renseignement jouent-ils un rôle important ?

Voit-on des dissensions parmi

Si le régime faisait une concession majeure, il pourrait se sauver provisoirement. Mais ils prennent la température, pour voir s’ils peuvent arrêter M. Moussavi et Mehdi Karoubi [autre leader réformateur]. A moins d’une résistance domestique et internationale massive, ils vont essayer de résoudre ça par la force. Je pense qu’ils échoueront. Les gens ont goûté à leur propre pouvoir, ils commencent à ne plus avoir peur. p Propos recueillis par Philippe Bollopion (New York, correspondant)

dans un communiqué du gouvernement, mercredi, qualifiant les opposants de « valets de l’ennemi». Par ailleurs, les autorités ont rendu à sa famille, mercredi, le corps du neveu de Mir Hossein Moussavi – l’une des figures de la contestation – tué dimanche, à la condition expresse qu’il soit inhumé dans la discrétion. p

Près de 33 miios* de téléspectateurs en novembre 2009

1,6%** de part d’audience nationale +300% en 2 ans Source : Médiamétrie - Médiamat / novembre 2009 * Couverture mensuelle Direct 8 cible 4 ans et + initialisés - seuil de 10 secondes consécutives **PdA cible 4 ans et + / Évolution PdA nationale novembre 2009 VS novembre 2007

canal 8

canal 35

canal 28

canal 8

Trois ou quatre commandants ont publié des déclarations critiques. Mais ce qui est inquiétant pour le régime, c’est son degré de soutien parmi les miliciens bassidji. Des centaines de milliers d’entre eux ont rejoint cette milice pour bénéficier de privilèges. A quel stade vont-ils arrêter de soutenir le régime?

Il a totalement perdu le contrôle. Un exemple : il avait donné un ordre clair et public à Ahmadinejad de limoger le vice-président Mashai. Mais Mashai a aujourd’hui plus de pouvoir que quiconque dans le gouvernement. Cela prouve à quel point Khamenei est impuissant. Ces derniers jours, Khamenei a été complètement absent. Il n’a rien dit durant les manifestations de l’Achoura. A court terme, il a encore quelques cartes, du pouvoir, de l’argent. Mais je pense que depuis son discours validant l’élection, il a perdusalégitimité. Cetteformedegouvernance, où il avait le dernier mot, ne peut pas survivre au XXIe siècle. C’est un concept médiéval.

Lerégimeappelleàdescontre-manifestations Le régime iranien a appelé à des contre-manifestations, mercredi 30 décembre, dans tout le pays. A Téhéran, selon des témoins, plusieurs usines ont été fermées et leurs employés invités à prendre part aux cortèges, dont l’un doit se rendre place Engelab. Des autobus spécialement affrétés ont également convoyé vers le centre-vil-

les Gardiens de la révolution ?

Non seulement les Gardiens ont leur propre unité de renseignement, mais, depuis l’élection, ils ont purgé le ministère du renseignement. Ils ont renvoyé le ministre. On dit qu’ils ont renvoyé de nombreux cadres. Le ministère était devenu plus professionnel et n’accréditait pas la théorie selon laquelle les manifestations de l’opposition faisaient partie d’un complot concoctéàl’Ouest.AlorsAhmadinejad, Khamenei et les Gardiens ont mis en place des hommes venant des Gardiens de la révolution, qui sont devenus un Etat dans l’Etat. Et l’avenir ?

Cécile de Ménibus et Jean-Marc Morandini (Morandini!), Laurie Cholewa (L’école des Stars), Adrienne de Malleray (Enquête Inédite). / © Eric Robert

Entretien


8 Europe

0123 Jeudi 31 décembre 2009

En Allemagne, l’intégration des imams passe par l’apprentissage de la langue

Une Espagne affaiblie par la crise prend la présidence tournante de l’Europe

L’institut Goethe dispense, en plus de l’allemand, José Luis Zapatero, premier ministre socialiste en manque de reconnaissance internationale, devra composer avec la nouvelle direction européenne qui découle du traité de Lisbonne des cours d’éducation civique et d’histoire Reportage Nuremberg Envoyée spéciale

E

st-ce que vous fumez ? » Dans un allemand hésitant, Ibrahim Aslan, un imam turc, s’applique avec le plus grand sérieux à formuler des phrases interrogatives. Elégamment vêtu d’un costume-cravate gris, ce religieux, qui paraît plus âgé que ses 43 ans, prend gratuitement des cours de langue à Nuremberg (Bavière) tous les matins du lundi au jeudi avec sept autres coreligionnaires dans les locaux de l’IBA, une organisation qui aide des jeunes issus de l’immigration. Développé par l’institut Goethe, l’institut fédéral des migrations et le DITIB (l’Union turque islamique des affaires théologiques), ce nouveau programme applique une recommandation de la conférence sur l’islam, une commission qui réunit chaque année des représentants de l’islam et de l’Etat allemand, en vue d’apporter des réponses aux problèmes d’intégration de la population musulmane. Depuis le 14 décembre, des cours d’allemand sont proposés à des imams et responsables religieux musulmans dans les villes de Nuremberg et de Cologne. Les autorités allemandes espèrent beaucoup de cette mesure. « Ils peuvent servir de pontentre la communauté musulmane et la société allemande », explique Angela Kaya, une frêle blonde, responsable de cette initiative au sein de l’institut Goethe. Cafer Acar, attaché religieux au consulat turc de Nuremberg et l’un des participants au cours, souligne « le rôle de modèle » que ces religieux doivent avoir au sein de la communauté musulmane. Les intéressés se montrent eux, pour l’instant, plus réservés. «Il est très important de pouvoir s’entretenir avec des invités allemands », se contente de dire en turc M. Aslan quis’est installéil ya moins de trois mois avec sa femme et ses deux enfants dans la région. Kudret Cimen, une jeune femme de 29 ans voilée, qui enseigne la religion dans la mosquée de son quartier, veut, elle, «avant tout simplifier sa vie quotidienne ». La plupart des imams qui sont envoyés en Allemagne par le DITIB ne possèdent que des connaissances très rudimentaires de l’allemand. Pourtant, ils ne peuvent pas bénéficier des cours d’intégration destinés aux étrangers qui habitent durablement en Allemagne,

car leur poste est limité dans le temps, au maximum quatre ou cinq ans. Or, souvent, « leurs salaires ne leur permettent pas de financer des cours de langue », souligne Mme Kaya. Pendant le cours, ces élèves d’un nouveau genre font preuve d’une grande motivation. A peine leur enseignant,HakanAltinok,unAllemand d’origine turc, leur pose-t-il une question que les réponses fusent dans un mélange d’allemand, de turc et d’anglais. « Ne pas dormir dans le cours! », lance hilare M. Acar dans un allemand très approximatif pour prouver qu’il maîtrise l’impératif. Quant à Kudret Cimen, de loin la plus avancéedanslegroupe,sacuriositésemble insatiable : « Qu’est ce que c’est le train ? » Et quand M.Altinok leur propose de réciter l’alphabet allemand en chantant, ils s’exécutent tous avec enthousiasme. « C’est vraiment un plaisir d’enseigner à un tel groupe », raconte ce trentenaire en bras de chemise, les cheveux longs noirs coiffés en natte.

Coopération exemplaire «L’objectif, c’est qu’ils acquièrent des connaissances fondamentales de manière à pouvoir s’exprimer sansdifficultésauquotidien»,souligne la responsable de l’institut Goethe. En plus du cours de langue, douze séances d’éducation civique sont prévues au programme. Au menu: l’apprentissage du système politique allemand, l’histoire contemporaine et l’égalité entre les sexes.Mêmesur cedernier point,la coopération avec le DITIB a été exemplaire. « Ils voulaient par exemple que les imams sachent quels numéros d’urgence les femmes victimes de violences peuvent composer», raconte-t-elle. Le cours est adapté aux besoins spécifiques des élèves. «Le vocabulaire commercial ne leur sert à rien. En revanche, savoir présenter une mosquée ou s’entretenir avec d’autres institutions religieuses est indispensable pour eux », observe Hakan Altinok. Il a également prévu de les emmener dans un hôpital ou une prison. D’ici à trois ans, 150 imams devraient pouvoir bénéficier de ce programme. « Nous nous concentrons d’abord sur les grandes agglomérations », explique Mme Kaya. L’institut Goethe souhaiterait ensuiteétendre cette mesure à l’ensemble du territoire allemand. Mais cela dépendra des moyens quelesautoritéspubliquesaccepteront de débloquer. Pour l’instant, l’institut Goethe n’a reçu de l’argent que pour trois ans. p Cécile Calla

C

’est l’affaire de tout le pays. » Devant le Congrès des députés, le chef du gouvernement espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, a demandé la collaboration de tous les groupes parlementairesau succès de la présidence espagnole de l’Union européenne, qui débute le 1er janvier. A quelques jours de prendre, pour la quatrième fois depuis son entrée dans l’Union en 1986, la présidence tournante pour les six premiers mois de 2010, l’Espagne s’interroge sur sa capacité à satisfaire les priorités que l’exécutif espagnol s’est fixées : application du traité de Lisbonne, renforcement de la reprise économique et meilleureprésencedel’Unioneuropéenne su la scène internationale. L’enjeu politique est d’envergure pour José Luis Rodriguez Zapatero, en difficulté dans les sondages – le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) accuse jusqu’à cinq points de retard sur le Parti populaire (PP, droite). Moins de deux ans après avoir caressé l’idée de rejoindre la France, voire l’Allemagne, l’économie espagnole est en chute libre, les clignotants sont au rouge et tous les experts prédisent une relance plus tardive qu’ailleurs. «L’Espagne va mal, diagnostiquait récemment La Vanguardia. Nous nous éloignons de l’Europe tandis que le gouvernement s’apprête à faire de la présidence de l’Union le principal pari politique d’une législature que menace le naufrage. » Une présidence réussie redorerait le blason du gouvernement socialiste, mais aussi de l’Espagne, dont la présence sur la scène internationale s’est faite discrète depuis que M. Zapatero est au pouvoir. Le défi est à double tranchant : « Il serait gravement préju-

Le niveau d’alerte antiterroriste relevé Le ministère espagnol de l’intérieur a annoncé, mardi 29 décembre, avoir relevé son niveau d’alerte antiterroriste. Lundi, le ministre de l’intérieur, Alfredo Perez Rubacalba, avait estimé que le groupe séparatiste basque ETA pourrait profiter de la présidence espagnole pour tenter de commettre un attentat ou un enlèvement. – (AFP.)

Par Patrick Haenni et Samir Amghar

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Comment stimuler unélan européen vers unnouveau modèle économique quand on a chez soi près de20%dechômeurs?

Le premier ministre espagnol, José Luis Zapatero, qui a pris la présidence tournante de l’Union européenne, et Catherine Ashton, haute représentante de l’Union, le 3 décembre à Madrid. JUANJO MARTIN/EFE/MAXPPP diciable aux intérêts espagnols que les six prochains mois à la tête de l’Union européenne se soldent, sinon par un échec, du moins par la non-mise en place des bases d’une politique européenne », a averti le quotidien El Pais, proche des socialistes, dans un récent éditorial. En 2009, José Luis Rodriguez Zapatero a effectué plus de voyages à l’étranger et honoré plus de rendez-vous internationaux que durant tout son premier mandat. Cela suffira-t-il à « faire d’un pays suiveur un pays leader », selon l’expression d’un diplomate européen ? Un autre avance au contraire que « l’Espagne, un petit des “grands” pays, a la taille idéale pour parler avec tout le monde sans arrogance ». Conseiller écouté à l’Elysée, Alain Minc regrettait cependant,

dans un entretien au quotidien économique Expansion, début septembre, le manque de leadership de M. Zapatero : « Felipe Gonzalez était un leader si fort que François Mitterrand et Helmut Kohl l’acceptaient comme un interlocuteur à part entière, à un moment où l’Espagne était beaucoup plus faible. » Dans la presse espagnole, la plupart des commentaires sont sceptiques sur la capacité de Madrid de mener à bien une présidence qui s’annonce compliquée. Pour mettreenplace lesnouvellesstructures correspondant au traité de Lisbonne, les Espagnols devront inventer en marchant un modus vivendi avec le président stable, le Belge Herman Van Rompuy, et la haute représentante pour les affaires étrangères, la Britannique CatherineAshton.Desurcroît,ilssetrouve-

lors d’une récente visite à Madrid «de voir que l’agenda espagnol correspond presque mot pour mot aux priorités françaises » ? Surles méthodesde sortie de crise, les points d’entente seront plus nombreux que les désaccords. Madrid ne souhaite pas plus que Paris précipiter les échéances pour un retour aux équilibres budgétaires. Les deux capitales partagent le même avis sur la réduction progressive des aides publiques au secteur financier. Il n’y a que les politiques fiscales qui divergent : quand Madrid augmente les impôts, Paris persiste à les baisser. Concernant enfin l’action internationale, le regard de José Luis Rodriguez Zapatero sera surtout tourné vers l’Ouest. Outre le sommet sur l’Union pour la Méditerranée, programmé à Barcelone, les deux rendez-vous principaux de la diplomatie espagnole seront le sommetUE-Amériquelatineet,surtout, celui avec les Etats-Unis, à Madrid.«LaphotoavecBarackObamaseraimportante »,reconnaît-on dans un pays soucieux de rétablir une relation transatlantique apaisée après le gel des années Bush. p Jean-Jacques Bozonnet

La nouvelle direction européenne à l’épreuve Analyse Bruxelles Bureau européen

Le mythe renaissant de l’islam conquérant

ront confrontés à des difficultés de calendrier:miseenplace tardivede la nouvelle commission européenne en février, et élections législatives en Grande-Bretagne en mai. Sur le plan économique, l’Espagne devra impulser le nouvel agenda de la stratégie de croissance à l’horizon 2020, qui remplace la stratégie de Lisbonne mise sur les rails en 2000 sous l’égide libérale de Tony Blair et José Maria Aznar. Comment stimuler un élan européen vers un nouveau modèle économique créateur d’emplois quand on a chez soi près de 20 % de chômeurs et un marché du travail obsolète qui fabrique de la précarité ? Dans de nombreux dossiers, M. Zapatero pourra compter sur l’appui de Paris. Pierre Lellouche, secrétaire d’Etat aux affaires européennes, ne s’est-il pas félicité,

Madrid Correspondant

LA COHABITATION s’annonce délicate. Aux commandes de l’Union européenne pour six mois, José Luis Zapatero va devoir composer avec les deux personnalités mises en piste par le traité de Lisbonne : le président du Conseil stable européen, Herman Van Rompuy et la haute représentante pour les affaires étrangères, Catherine Ashton. Ce trio va œuvrer dans une Europe en transition institutionnelle. Mi-novembre, Herman Van Rompuy et Catherine Ashton se sont rendus tour à tour à Madrid pour fixer les rôles de chacun. En principe, le traité de Lisbonne, entré en vigueur le 1er décembre, donne au binôme désigné par les Vingt-Sept la prééminence sur la présidence tournante espagnole. Herman Van Rompuy, qui prend ses fonctions lundi 4 janvier à la tête du Conseil européen, est chargé de coordonner les travaux des chefs d’Etat et de gouvernement. En concertation avec Lady

Ashton, qui présidera quant à elle les réunions des ministres des affaires étrangères, le Belge est censé devenir le porte-parole des VingtSept sur la scène diplomatique internationale. «Il n’y a aucune concurrence entre les autorités espagnoles et les nouvelles institutions», a assuré Miguel Angel Moratinos, le chef de la diplomatie espagnole. La présidence tournante n’en reste pas moins incontournable. Les ministres de M. Zapatero vont continuer à présider les conseils des ministres spécifiques – finances, affaires intérieures, environnement, etc. Or ces instances vont jouer un rôle crucial sur des dossiers comme le climat, l’immigration ou la crise économique, qui figurent parmi les priorités du moment, et de l’Espagne. M.Moratinos n’entend de surcroît pas laisser la vedette à Mme Ashton sur les questions internationales où il estime disposer d’une certaine expérience: le Proche-Orient, les relations avec l’Amérique latine, et les pays méditerranéens. Moins affûtée, la Britannique va devoir se concentrer sur la

création du service extérieur commun, l’une des grandes innovations du traité, qui fait l’objet d’une lutte de pouvoir entre la Commission, les Etats et le Parlement européens.

Marquer son territoire De plus, M. Zapatero n’a pas manqué d’organiser une série de rendez-vous internationaux sur le territoire de son pays : les sommets avec les Etats-Unis, l’Amérique latine ou le Maroc devraient permettre au premier ministre espagnol de se rappeler au bon souvenir de M. Van Rompuy, même s’il est convenu que c’est ce dernier qui présiderait ces réunions. «Le programme espagnol a été préparé alors que l’incertitude continuait de régner sur l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne », justifie un haut responsable madrilène. Echaudé, l’ancien premier ministre belge, dont le pays prendra opportunément la relève de l’Espagne au 1er juillet, a d’ores et déjà prévenu: les sommets avec des pays tiers devront dorénavant se tenir… à Bruxelles. M.Van Rompuy va mettre à pro-

fit les premiers jours de 2010 pour poursuivre sa tournée des capitales européennes, en se rendant en Espagne, puis en Grèce, à Chypre, à Malte et en Allemagne. A ses interlocuteurs, il explique qu’il entend agir selon «la lettre et l’esprit » d’un traité qui lui confère, sur le papier, peu de pouvoirs : il ambitionne de muscler les travaux des Vingt-Sept pour mieux défendre leurs intérêts, que ce soit dans le cadre des négociations climatiques, ou lors des réunions du G20 et du G8. M.Van Rompuy a prévu de rencontrer une fois par semaine le président de la commission européenne, José Manuel Barroso, lui aussi soucieux de marquer son territoire. Le Belge a déjà convoqué un sommet informel sur l’économie, qui pourrait se tenir le 10 ou le 11février à Bruxelles. Le rendez-vous ne figurait pas sur les tablettes espagnoles. « Elu pour deux ans et demi, le président stable du Conseil a la durée pour lui, tout le monde a compris qu’il resterait en fonctions au-delà de la présidence espagnole », dit un diplomate. p Philippe Ricard


France 9

0123 Jeudi 31 décembre 2009

La décision du Conseil constitutionnel

Taxecarbone:unreversmajeurpourNicolasSarkozy Saisi par des parlementaires PS, les «sages» censurent l’impôt vert qui devait entrer en vigueur au 1er janvier 2010 aaa Suite de la première page Le coup est politiquement rude pour le chef de l’Etat. Après le revers international de Copenhague, Nicolas Sarkozy voit cette fois sa stratégie nationale mise à mal. Après le résultat d’Europe Ecologie aux européennes de juin 2009, (16,28 % des suffrages), le président, qui se dit « converti à l’écologie », a tenu à s’afficher comme l’un des chefs d’Etat les plus innovants en matière de lutte contre le réchauffement climatique. Alors que le Sénat commençait à examiner le Grenelle 2 de l’environnement en septembre, il a fait de la mise en place de la taxe carbone le pilier de sa politique écologiste. Devant les députés, il avait même comparé cette réforme à la décolonisation, l’abolition de la peine de mort et à la légalisation de l’avortement. Il comptait transformer « cette révolution fiscale » en arme électorale, dans la perspective des élections régionales de mars 2010. « J’ai parfaitement conscience que l’introduction d’une nouvelle fiscalité écologique suscite des inquiétudes », avait-il déclaré le 10 septembre, avant d’affirmer

croire « en la vertu profonde du mécanisme pollueur-payeur ». Dès son architecture connue, ce nouvel impôt avait été contesté et avait donné lieu à une sévère passe d’armes entre le chef de l’Etat et sonpremier ministre.L’ancien premier ministre socialiste Michel Rocard, qui avait été en charge

Luc Chatel, porte-parole du gouvernement : « Le gouvernement

prend acte (…), mais la France doit rester en tête du combat en faveur de l’environnement. Elle le restera en présentant un nouveau texte le 20 janvier. » Frédéric Lefebvre, porte-parole de l’UMP : «Au moment où la Fran-

ce montrait l’exemple d’une fiscalité pénalisant la pollution plutôt que le travail, les socialistes se sont battus pour faire annuler une réforme qui symbolisait un progrès pour notre société. » Jean Arthuis, président centriste de la commission des finances du Sénat : « Avec ce rejet, la

France va accuser un manque à gagner supplémentaire de 2 milliards d’euros et un déficit public qui va atteindre les 119 milliards d’euros. » Cécile Duflot, secrétaire nationale des Verts : « L’annulation de

cet impôt constitue une certaine surprise, les “sages” du Conseil constitutionnel ayant invoqué des motifs écologiques pour la casser. Il faut remettre l’ouvrage sur le métier en vue d’une contribution climat-énergie juste socialement,

temps,envisagé dequitter ses fonctions. Les Français s’étaient montrés très circonspects sur le mécanismetrès complexedecompensation qui devait revenir aux contribuables. Après une série de mauvais sondages, le gouvernement avait reconnu un « manque de pédagogie ». L’UMP avait dû met-

tre au point un kit d’explication. C’est la deuxième fois que le Conseil censure un texte majeur du gouvernement après l’annulation de la première version de la loi Hadopi de lutte contre le téléchargement illégal. Ceux qui ont censuré le texte comprenaient, outre le président du Conseil, Jean-Louis

«Une rupture de l’égalitédevant les charges publiques » Verbatim La décision du Conseil constitutionnel du 29décembre Considérant que sont totalement exonérées de contribution carbone les émissions des centrales thermiques produisant de l’électricité, les émissions des 1018 sites industriels les plus polluants, tels que les raffineries, cimenteries, cokeries et verreries, les émissions des secteurs de l’industrie chimique utilisant de manière intensive de l’énergie, les émissions des produits destinés à un double usage, les émissions des produits énergétiques utilisés en autoconsommation d’électricité,

Y

La majorité fait profil bas, l’opposition applaudit LES RÉACTIONS se sont multipliées dès l’annonce de la censure de la taxe carbone par le Conseil constitutionnel :

d’une réflexion sur le sujet, avait proposé que le prix de la tonne de CO2 s’élève à 32 euros. Ce montant a finalement été fixé à 17 euros, après de difficiles arbitrages entre l’Elysée, Bercy, Matignon et le ministère de l’environnement. Le différent avait laissé des traces : François Fillon avait, un

efficace écologiquement. Seule la justice sociale permet de s’attaquer à la crise environnementale. » Arnaud Gossement, porte-parole de France Nature Environnement : « Le gouvernement aura du

mal à reprendre une décision impopulaire après cette décision et alors que se présentent des échéances électorales. » Jean-Luc Bennahmias, eurodéputé MoDem, ancien responsable des Verts passé au MoDem :

« Cette décision est sidérante. Il est vrai que la réforme exonérait une partie de la production d’énergie, notamment électrique, mais le mieux est souvent l’ennemi du bien. Si le Conseil constitutionnel voulait s’attaquer aux impôts inégalitaires, il pouvait également s’en prendre à la TVA. » Ségolène Royal, présidente PS de la région Poitou-Charentes :

« C’est une bonne nouvelle pour le pouvoir d’achat des Français et contre la pression fiscale intolérable exercée par le gouvernement. » Laurence Rossignol, secrétaire nationale à l’environnement au PS: «C’est la sanction d’une métho-

de de travail qui consiste à faire tout à la va-vite, par une série d’effets d’annonce. Cette taxe était à la fois écologiquement inefficace et socialement injuste. » p

les émissions du transport aérien et celles du transport public routier de voyageurs (…). Considérant qu’aux termes de la Charte de l’environnement : (…) “toute personne doit, dans les conditions définies par la loi, prévenir les atteintes qu’elle est susceptible de porter à l’environnement ou, à défaut, en limiter les conséquences “; que (…) “toute personne doit contribuer à la réparation des dommages qu’elle cause à l’environnement, dans les conditions définies par la loi “; que ces dispositions, comme l’ensemble

des droits et devoirs définis dans la Charte de l’environnement, ont valeur constitutionnelle ; Qu’en conséquence, 93 % des émissions de dioxyde de carbone d’origine industrielle, hors carburant, seront totalement exonérées de contribution carbone ; que les activités assujetties à la contribution carbone représenteront moins de la moitié de la totalité des émissions de gaz à effet de serre ; que la contribution carbone portera essentiellement sur les carburants et les produits de chauffage qui ne sont que l’une des sour-

ces d’émission de dioxyde de carbone ; que, par leur importance, les régimes d’exemption totale institués par l’article 7 de la loi déférée sont contraires à l’objectif de lutte contre le réchauffement climatique et créent une rupture caractérisée de l’égalité devant les charges publiques ; Considérant qu’il s’ensuit que l’article 7 de la loi déférée doit être déclarée contraire à la Constitution. » p

f Sur le Web www.conseil-constitutionnel.fr

Debré, l’ancien président de la République Valéry Giscard d’Estaing, qui y siège de droit, mais pas Jacques Chirac. Parmi les « sages » siégeaient l’ancien président de la CourdecassationGuyCanivet,l’ancien vice-président du Conseil d’Etat Renaud Denoix de SaintMarc, l’ancien ministre socialiste Pierre Joxe, la sociologue Dominique Schnapper et l’ancien directeurdecabinet deJean-PierreRaffarin Pierre Steinmetz.

Couacs et polémiques La décision du Conseil constitutionnel clôt une fin d’année particulièrement difficile pour le chef de l’Etat. Depuis la rentrée, le gouvernement et la majorité n’ont cessé d’accumuler couacs et polémiques. Violente dispute autour du passédu ministrede la culture, Frédéric Mitterrand, controverse autour de la candidature de Jean Sarkozy à la tête de l’établissement gérant la Défense, dérapages du débat sur l’identité nationale. A trois mois des élections régionales, Nicolas Sarkozy, qui entendait nationaliser la campagne, part avec un nouvel handicap. p Sophie Landrin

Les tribulations de la «contribution climat-énergie » MISE EN AVANT par le Pacte écologique proposé par Nicolas Hulot lors de la campagne présidentielle de 2007, puis inscrite dans les engagements du Grenelle de l’environnement, la taxe carbone a connu de multiples tribulations, avant d’être annulée par le Conseil constitutionnel. Destinée à limiter les émissions de gaz à effet de serre, pour lutter contre le réchauffement climatique, la « contribution climaténergie » consistait à taxer, sur le principe pollueur-payeur, la consommation d’énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon) émettrices de CO2, dans les secteurs du transport et de l’habitat. Elle devait s’appliquer à la fois aux ménages, en contrepartie d’une compensation financière, et aux entreprises. Mais les grandes installations industrielles, déjà soumises au système européen d’échanges de quotas, n’étaient pas concernées. Nommé à la présidence d’une conférence d’experts sur la faisabilité de cette taxe, l’ancien premier ministre socialiste Michel Rocard avait remis au gouvernement, fin juillet 2009, un rapport qui préconisait de fixer la contribution énergie-climat à 32 euros par tonne de CO2 rejetée, pour 2010. Ce montant devait augmenter de 5 % par an, pour atteindre 100 euros la tonne en 2030.

Les ménages les plus ponctionnés VENTILATION DES RECETTES DE LA TAXE CARBONE À 17 EUROS LA TONNE LES ENTREPRISES : 49 %

LES MÉNAGES : 51 %

Carburants

Carburants

24,7 %

26,7 %

1 088 €

1 178 €

526 € Bâtiment

1 082 €

11,9 %

400 €

Bâtiment 24,6 %

Combustion d’énergie 9,1 %

Autres

3% SOURCE : RAPPORT ROCARD

Pour les experts, le coût initial de 32 euros était celui qui permettait au dispositif d’être à la fois « crédible » et « acceptable ». Crédible, en regard des objectifs que se sont donnés la France et l’Europe en matière de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre, à savoir une baisse de 20 % d’ici à 2020 et une division par quatre d’ici à 2050. Acceptable, aux yeux des partenaires économiques et sociaux et de l’opinion. Mais, devant le tollé de critiques soulevé par ce projet, perçu comme un impôt supplémentaire, Nicolas Sarkozy avait annoncé, le 10 septembre, que le montant de la taxe carbone serait limité à

17 euros la tonne pour 2010. Sans trancher sur le taux d’augmentation à appliquer au cours des prochaines années. Une commission indépendante formée de cinq collèges (Etat, collectivités locales, entreprises, syndicats, organisations non gouvernementales) étant chargée de déterminer ce paramètre. Dès lors – indépendamment des aspects inégalitaires qui ont conduit à son invalidation par le Conseil constitutionnel –, l’efficacité écologique de la contribution climat-énergie était sérieusement écornée. L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) avait ainsi calculé qu’à

32 euros la tonne de CO2, la taxe inciterait à la rénovation de 366 000 logements par an. A 17 euros la tonne, l’impact était réduit de moitié. Pour le gouvernement, le montant de 17 euros était calqué sur le prix moyen, depuis janvier 2008, du marché européen des quotas des émissions de CO2, régulant les émissions polluantes des grandes installations industrielles et énergétiques. Un argument qui ne tenait pas compte de la mission première de la taxe carbone : celui d’être un réel levier financier de changement des modes de consommation énergétique. p Pierre Le Hir

La suppression de la taxe professionnelle est validée

L

e Conseil constitutionnel a censuré la taxe carbone. Dans sa décision rendue mardi 29 décembre, il a, en revanche, validé quasi intégralement la suppression de la taxe professionnelle (TP), autre réforme majeure portée par le président de la République. A l’origine du recours, les parlementaires socialistes avaient mis encauseune décision quireprésente un avantage fiscal de 11,7 milliards d’euros pour les entreprises en 2010, mais introduit un bouleversementdu financement descollectivités locales. Ils avaient surtout contesté les modalités du remplacement de la TP par une nouvelle contribution économique territoriale (CET), composée d’une cotisation foncière et d’une cotisation sur la valeur ajoutéedesentreprises.Cette réfor-

me a été élaborée à l’issue d’un long processus de discussions et de réécritures des textes. Sur l’ensemble de ce chantier particulièrement complexe, le Conseil constitutionnel n’a en fin de compte décelé, pour la censurer, qu’une seule disposition « d’inégalité de traitement » devant l’impôt. Elleconcerne lesprofessions libérales employant plus de cinq salariés pour un chiffre d’affaires supérieur à 500 000euros qui devaient être exonérées, alors que d’autres sociétés employant moins de cinq salariés étaient soumises à la cotisation foncière de 5,5 % de leurs recettes. Pour le reste, le Conseil n’a rien trouvé à redire aux nouvelles dispositions qui introduisent des modifications fondamentales dans la fiscalité locale. En particu-

lier, les nouveaux mécanismes de répartition des impôts locaux et de péréquation entre les collectivités ont été confirmés.

Autonomie financière Les « sages » ont considéré que cette réforme ne portait pas atteinte au principe «d’autonomie financière » des collectivités, selon la règle introduite lors de la dernière modification constitutionnelle de 2003. Le Conseil a ainsi relevé que les ressources de substitution garanties par l’Etat pour 2010, sous forme de dotations supplémentaires ou d’impôts nouveaux, resteraient « supérieures à 2003, l’année référence ». Pour autant, les «sages » ont évité de se prononcer sur l’atteinte au principe d’autonomie fiscale de collectivités financièrement de

plus en plus dépendantes de l’Etat. Le Conseil a aussi entériné l’imposition des indemnités journalières d’accident du travail, une autre mesure controversée introduite dans le projet de loi de finance à l’initiative de Jean-François Copé, le président du groupe UMP de l’Assemblée. Selon les attendus de ladécision, ces indemnités «constituent bien un revenu de remplacement », et les dispositions « ne portent pas atteinte au droit à réparation des personnes victimes d’accidents du travail ». Considérant que la proposition n’avait pas sa place dans le budget 2010, le Conseil a renvoyé le projet de céder aux collectivités locales la propriété et la gestion de monuments historiques et du patrimoine de l’Etat. p Michel Delberghe

Photo : C. Abramowitz

L’autre réforme phare a été confirmée au même titre que la fiscalisation des accidents du travail

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10 France Handicap

Des associations s’opposent au report des sanctions pour les PME n’employant pas de handicapés L’Association des accidentés de la vie (Fnath), qui représente les handicapés et les accidentés du travail, et l’Association des paralysés de France (APF) se sont prononcées, mardi 29 décembre, contre un report du durcissement des sanctions financières infligées aux petites et moyennes entreprises qui ne respectent pas leurs obligations en matière d’emploi des handicapés. Cette mesure, qui devait entrer en application le 1er janvier, prévoit de multiplier par trois les sanctions pour les entreprises n’employant aucun handicapé : elle porte à 13000 euros par salarié handicapé manquant la contribution demandée aux entreprises. La loi fixe à 6 % la proportion de salariés handicapés que doit employer les entreprises. Le report de cette mesure, réclamé par la Confédération générale du patronat des petites et moyennes entreprises (CGPME), concernerait de 6 000 à 8 500 entreprises. La mesure pourrait n’entrer en vigueur que dans six mois. Pour échapper à la sanction financière, les entreprises ont aussi la possibilité de sous-traiter des activités à des entreprises des secteurs adaptés ou d’accueillir en stage des chômeurs handicapés. p

0123 Jeudi 31 décembre 2009

A Toulouse, au cœur de la Reynerie, un quartier aux mains des adolescents Caillassages de policiers, voitures brûlées: les adultes impuissants face à la violence des plus jeunes

Economie La dette publique atteint un nouveau record La dette publique de la France (Etat, Sécurité sociale et collectivités locales) a atteint le montant record de 1 457, 4 milliards d’euros à la fin du mois de septembre, a indiqué l’Insee, mercredi 30 décembre. Ce montant est en hausse de 29,4 milliards par rapport à fin juin et représente 75,8 % du produit intérieur brut. – (AFP.)

Identité nationale Un collectif souhaite réfléchir à « un autre débat » Un collectif de personnalités du monde scientifique et culturel vient de se former pour réfléchir à « un autre débat » sur l’identité nationale. Estimant que le refus du débat lancé par le ministre de l’immigration, Eric Besson, laisse les Français face « à la seule machine gouvernementale et au tsunami identitaire lancé par le ministre », ces personnalités, parmi lesquelles la chercheuse Esther Benbassa, les historiens Nicolas Bancel, Pascal Blanchard, Elikia M’Bokolo, le sociologue Didier Lapeyronie souhaitent « recadrer le débat sur les véritables enjeux ».

Exclusion

353

Le nombre de SDF morts dans la rue en 2009 Selon le collectif des Morts de la rue, 353 personnes sans domicile fixe sont mortes depuis le début de l’année sur la voie publique, ou sont décédées à l’hôpital des conséquences de leur vie dans la rue. Cette liste est encore « partielle », selon le collectif, qui avait dénombré 399 décès en 2008. Certaines personnes ont été retrouvées sur des trottoirs, dans des Abribus ou dans des voitures. Le 26 décembre, à Vitry-sur-Seine (Val-deMarne), un homme de 43 ans qui vivait dans sa voiture depuis deux mois après une séparation d’avec sa femme, y a été retrouvé sans vie. – (AFP.)p

Police Décès du policier renversé par des cambrioleurs Le policier, qui avait été sérieusement blessé après avoir été renversé par deux cambrioleurs, le 27 décembre, à Montévrain (Seine-et-Marne), est décédé dans la nuit de mardi 29 à mercredi 30 décembre. Agé de 53 ans, il était en poste au commissariat de Chessy.

Justice Retour en France des deux femmes condamnées en République Dominicaine pour trafic de drogue Deux Françaises, Céline Faye et Sarah Zaknoun, condamnées pour trafic de drogue en République dominicaine, devaient arriver en France, mercredi 30 décembre, accompagnées par le secrétaire d’Etat à la coopération, Alain Joyandet. Condamnées à huit ans de prison après avoir été arrêtées en possession de six kilos de cocaïne, les jeunes femmes de 19 et 20 ans, originaires de Franche-Comté, ont passé dix-huit mois en prison. Elles avaient indiqué que la drogue avait été placée dans leur sac à leur insu. Elles ont été graciées par le président de la République dominicaine.

Corse Paul Giacobbi conduira une liste d’union avec le Parti socialiste Le député (PRG)et président du conseil général de Haute-Corse, Paul Giacobbi, conduira une liste d’union avec le Parti socialiste (PS) aux élections territoriales de mars 2010. Le PRG, principal parti de gauche en Corse, devrait présenter sa propre liste conduite par Emile Zuccarelli, maire de Bastia et principal rival de Paul Giacobbi. – (AFP.)

Sur France Info

Olivier Emond

“En direct du Monde” du lundi au vendredi à 22h50 avec

Des immeubles au cœur de la Reynerie, dans le quartier du Mirail à Toulouse, le 23 décembre. GUILLAUME RIVIÈRE POUR « LE MONDE »

Reportage Toulouse Envoyé spécial

I

ls mesurent un mètre quarante et ont une douzaine d’années, parfois 14 ans, rarement plus. Nuit tombante, ils traînent leur ennui au pied des immeubles, rue de Kiev, au cœur de la Reynerie, le quartier le plus difficile du Mirail à Toulouse,làoùexplosentrégulièrement les violences urbaines. «C’est eux qui caillassent les policiers et brûlent les voitures. » : « Beng », 29 ans, une figure respectée de la cité, offre le thé dans un

«Nos quartiers ont des frontières qui ne font pas partie de l’espace Schengen» Sidali Belkacem président du club de football du quartier verreenplastique aumilieuduparking, assis sur le capot d’une voiture.Ilregardelesadolescents quitraitent les policiers de « fils de pute » : « C’est comme un rite d’initiation, un passage obligé quand on grandit ici », devise le jeune homme, qui a passé près de six ans en détention sur les dix dernières années pour des « casses » et des vols. La nouvelle génération inquiète les « grands frères » trentenaires, pourtant confrontés à des émeutes extrêmement violentes en 1998, après la mort d’un jeune du quartiertuéparunpolicier,en2005pendant la crise des banlieues et en 2007 par solidarité avec les émeutiers de Villiers-le-Bel (Val-d’Oise). «La colère est plus violente, plus imprévisible aujourd’hui. Avant, on savait quand ça allait péter. Aujourd’hui, ça peut partir n’importe quand, n’importe comment, s’alarmeBengenréclamantunstrictanonymat, comme tous les jeunes présents. Et il y a des armes qui circulent, ce qu’on n’avait pas à l’époque.» Maurice, 27 ans, père de deux enfants, peintre en bâtiment, approuve. Lui est assis dans la voiture et papote, fenêtres ouvertes, dans les effluves de cannabis : « Le shit, ça nous anesthésie. C’est peutêtre pour ça qu’ils laissent faire, même s’ils viennent taper [interpeller] des jeunes de temps en temps », explique-t-il après avoir demandé ses papiers au journaliste. Dire que la Reynerie va mal est un euphémisme. Taux de chôma-

ge des 16-25 ans : 42 %. Proportion de ménages non imposés : 64 %. Revenu moyen trois fois plus faible que dans le reste de la ville. Proportion de non diplômés très élevée. Arrivée continue d’immigrés clandestins. Et climat sécuritaire dégradé avec son lot de « caillassages » des forces de l’ordre et d’incendies de voitures – plus de 2 000 au total sur l’agglomération toulousaine depuis le début de l’année, avant la nuit, toujours très sensible, de la Saint-Sylvestre. «Le quartier est désespéré », s’inquiète Jean-Pierre Havrin, adjoint au maire (PS), ancien commissaire depolice. «C’estlesecteurleplusdifficile, celui où la rénovation urbaine a le moins avancé », reconnaît le sous-préfet à la ville, Yann Ludmann. « Depuis dix ans, le quartier n’a pas cessé de se dégrader », se désoleFatimaBoumjri,41 ans,adulte-relais,enregrettantla «convivialité » de cette cité modèle des années1970 lorsqu’il yavait encore un minimum de mixité sociale. L’Etat et les collectivités locales consacrent pourtant des moyens importants à la politique de la ville. Pour démolir ce qui avait été rénové il y a dix ou vingt ans. Pour réhabiliter, avec retard par rapport aux autres quartiers, les immeubles les plus dégradés. Pour soutenir les associations de terrain, aussi, lesquelles se félicitent de bénéficier d’un « véritable » soutien. «On n’avait jamais ressenti un tel investissement des pouvoirs publics », note Hassan

Benyaou, 38 ans, médiateur et responsable associatif. Mais si l’Etat sait faire de l’urbanisme, il se trouve désarmé face à la prise de pouvoir adolescente, ce « coup d’Etat » générationnel qui conduit quelques dizaines à centaines de jeunes mâles,de 12à 25 ans,souvent déscolarisés,à occuper etdominer l’espace public, devenu « leur » territoire de jeux et d’ennui, de trafics aussi, notamment l’après-midi et le soir. Leurs pères observent le manège des jeunes hommes, le critiquent à mots voilés. Mais sans pouvoir ni vouloir intervenir: «Ici, personne ne te touche si tu fermes les yeux et si tu te tais. Donc tu fermes ton bec », explique Sid Ahmed Ben Chehida, 55 ans, père de sept enfants qui trompe le temps en fumant des cigarettes avec ses vieux amis sur la place centrale de la cité. « Nos parents nous ont éduqués selon le modèle du “bled”, très autoritaire : tu respectes les anciens et tu ne contestes pas, explique Hassan Benyaou. Ça a bien marché jusque dans les années 2000. A partir de ce moment, c’est la deuxième génération,la nôtre, qui est devenueadulte et qui a dû élever les gamins. Mais nous,on n’avait plus ce modèle éducatif en tête. Et comme, en plus, notre génération a été fragilisée par lechômage,latoxicomanie,lamisère, les divorces, on n’a pas su donner l’éducation qu’il fallait. » Or le ressentiment des deuxièmes générations s’est transformé en « haine » des institutions pour

leurs enfants, convaincus d’être enfermés dans une « prison à ciel ouvert », furieux de constater que, comme leurs pères et leurs mères, ils restent des Français de seconde zone. « Il n’y a pas de murs pour nous enfermer, mais c’est un ghetto mental », résume Beng. Unghettopsychologique, accentué par la réputation déplorable du Mirail qui complique un peu plus encore les recherches d’emploispour seshabitants.«Nosquartiers ont des frontières qui ne font pas partie de l’espace Schengen », sourit tristement Sidali Belkacem, 35 ans, président du club de football du quartier, effaré par l’angoisse des joueurs extérieurs lorsqu’ils doivent venir jouer dans la cité. Sur le parking, les trentenaires finissent leurs joints de cannabis. La crise économique n’a pas fondamentalement changé la donne, constatent-ils. Au pire, ils ont reculé d’une case dans la file d’attente de l’emploi. Ce qui les agace beaucoup plus profondément, c’est la focalisation croissante de la société française sur l’islam. Après le voile, laburqa.Puislesminarets.Etl’identiténationale.«Qu’est-cequ’ilscherchent là-haut ? Qu’on se dise qu’on ne pourra jamais être des Français comme les autres ? Ils veulent quoi ? Nous pousser à bout ? Mais ça va s’arrêter où ? », interroge Beng. A proximité, les voitures de police ne cessent d’aller et venir, au ralenti. Mais elles prennent soin de ne jamais s’arrêter. p Luc Bronner

Voitures incendiées: le combat d’un député pour inciter le ministère à la transparence

U

n parlementaire socialiste veut contraindre le ministère de l’intérieur à la transparence sur le nombre de véhicules incendiés lors des nuits des 31décembre et 14juillet, devenues des rituels violents dans les métropoles françaises. Jean-Jacques Urvoas, député socialiste du Finistère, a déposé une série de questions écrites au gouvernement sur le bilan des nuits de violences urbaines lors de la dernière fête nationale, épisode pour lequel le ministère de l’intérieur avait intimé l’ordre aux préfectures de ne pas répondre aux journalistes (Le Monde du 17juillet). Plusieurs enquêtes journalistiques avaient en effet démontré que les statistiques rendues publiques étaient minorées.

La nuit du 13 au 14juillet avait été marquée par « quelque 500 » véhicules brûlés en une seule nuit, selon la police, soit le plus mauvais chiffre depuis plusieurs années. Il suivait un bilan de la Saint-Sylvestre 2008 catastrophique: 1147 voitures parties en fumée, un résultat très nettement supérieur à celui de l’année précédente (878) et comparable aux nuits les plus tendues de la crise des banlieues de 2005. Dans ce contexte, M.Urvoas a déposé une première salve de questions en août. «Les chiffres diffusés concernant la première, faisant état de “quelque 500 véhicules” incendiés, manquent en effet singulièrement de précision, et nous n’en disposons encore d’aucun pour la seconde », argu-

mente-t-il alors. En novembre, l’intérieur explique que pour gérer l’événement, le ministre avait « pris les mesures nécessaires» ; concluant que le « dispositif mis en place a démontré toute son efficacité». Et si le ministère a interdit aux préfectures de communiquer, c’est parce qu’il était le seul capable d’avoir une « vision globale des événements». Début décembre, M. Urvoas est revenu à la charge avec une nouvelle question écrite, restée pour l’heure sans réponse. « Il y a une vraie volonté de masquer ces données, parce qu’elles sont gênantes pour le gouvernement», se désole-t-il. Sollicité par Le Monde, l’entourage du ministre de l’intérieur n’a pas souhaité répondre. p L. Br.


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12 Economie & Médias

0123 Jeudi 31 décembre 2009

En hausse Opel

En baisse La moto Voxan

Le constructeur automobile allemand, filiale de General Motors, a augmenté ses ventes en Allemagne de 31 % en 2009 grâce à la prime à la casse. C’est sa meilleure année depuis 2005.

Le tribunal de commerce de Clermont-Ferrand a prononcé, mardi 29 décembre, la liquidation judiciaire de l’unique fabricant de motos français, créé en 1995.

C’est le pourcentage de Polonais estimantqu’une adhésion de leur pays à la zone euro, envisagéepour 2015 par Varsovie, aura un impact «négatif» surles ménages, selon un sondage TNS OBOP. Seuls 15% pensent qu’elle aura un effet «positif».

53%

Le marché prometteur des applications mobiles Les services et jeux à télécharger pour les téléphones multimédias, dont l’iPhone, rencontrent un succès grandissant aaa Suite de la première page Il y a eu aussi, au début des années 2000, les tentatives de promotion de pages « wap », des pages Web adaptées aux premiers téléphones se connectant à Internet. Mais qui n’ont pas non plus décollé, en partie parce que les écrans des terminaux étaient trop petits. Apple a réussi à réunir les pièces du puzzle. Grâce à un terminal reconnu pour son ergonomie (les applications sont accessibles en un clic) et ses qualités techniques (un écranplutôt large pour untéléphone). Grâce à iTunes, la plate-forme de distribution et de paiement en ligne initialement conçue pour les baladeurs musicaux iPod : une fois ses coordonnées bancaires saisies dans iTunes lors de l’achat de l’iPhone, il suffit de rappeler son mot de passe pour télécharger une application. Grâce enfin à une proposition de valeur simple aux éditeurs de services tiers – ce sont eux, etnon Apple, qui créent les applications – : ils conservent 70 % des revenustirés del’application,lesolde allant au groupe américain. Jusqu’àprésent,leséditeurs voulant créer du contenu pour les télé-

Outre-Manche, l’iPhone surcharge les réseaux Ces derniers mois, l’usage de l’iPhone d’Apple, gourmand en bande passante, a par moments saturé le réseau londonien de O2, empêchant de recevoir des appels ou de télécharger des données, a reconnu, le 29 décembre, l’opérateur britannique. O2 a indiqué avoir résolu ce problème, mais tous les opérateurs le constatent : l’échange de données sur les mobiles s’envole, ce qui les contraint à dépenser toujours plus dans leurs réseaux (Le Monde du 24 novembre).

phones devaient l’adapter sur des centaines de terminaux différents pour toucher un nombre suffisant de clients. Ce « portage » pouvait peser jusqu’à 75 % du budget de développement d’un jeu, selon les responsables de Gameloft, un des plus gros éditeurs de jeux pour mobiles. Avec l’iPhone et l’iPod Touch, à condition qu’Apple valide l’application, ce sont d’emblée 60 millions de clients potentiels que les éditeurs peuvent atteindre.

Un véritable « écosystème » En quelques mois est apparu un véritable « écosystème », avec des dizaines de nouveaux acteurs ne travaillant que pour Apple. Parmi les plus remarqués, les start-up californiennes Tapulous, éditrice de Tap Tap Revenge, l’un des jeux les plus téléchargés à ce jour sur l’iPhone (plus de 15 millions de fois), et Zynga, créatrice de Live Poker. Dans le sillage d’Apple, beaucoup d’acteurs de la téléphonie ont lancé leurs propres « magasins d’applications » : le finlandais Nokia, premier fabricant mondial de mobiles, le canadien RIM (concepteur du BlackBerry), les coréens Samsung et LG, et aussi des géants de l’Internet ou du logiciel (Google, Microsoft). Et même des opérateurs comme l’américain Verizon ou le britannique Vodafone. Mais aucun ne concurrence encore sérieusement l’AppStore. Leplusriche,celui deGoogle,disponiblesur les téléphones équipés du système d’exploitation Android, n’a que 15 000 applications. Apple ne communique aucun chiffre sur les revenus de l’AppStore. Selon une étude du cabinet Screendigest publiée le 18 décembre, le magasin devrait engranger 1,3 milliard d’euros d’ici à la fin de 2013,grâceà 7milliards de téléchargements – tous les magasins d’applications généreront alors 8,6 mil-

Un secteur neuf, au développement exponentiel TOTAL DES UTILISATEURS, en millions d’iPod Touch d’iPhone

TOTAL DES APPLICATIONS Disponibles pour iPhone Téléchargées (cumul en millions)

60

2 000

50

1 800

40

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30

1 200

20

800

10

400

(en milliers)

0

0 Juin Sept. Déc. Mars Juin Sept. Déc. Mars Juin Sept. 2007 2007 2007 2008 2008 2008 2008 2009 2009 2009

UTILISATION DE L’iPHONE Internet

Sept. 2008

LES APPLICATIONS PAYANTES LES PLUS TÉLÉCHARGÉES

SUR 60 MINUTES QUOTIDIENNES, en %

Autres

9%

Juin 2008

2%

Crash Bandicoot Nitro Kart 3 D

Jeu

Jeux 8%

Musique

45 %

Appels

10 %

Koi Pond

Divertissement

SMS 14 %

iBeer

Juin 2009

Sept. 2009

LES APPLICATIONS GRATUITES LES PLUS TÉLÉCHARGÉES

Facebook

Réseau social

Google Earth

Plan/Satellite

Pandora Radio

Musique

Jeu

Tap Tap Revenge

Jeu

Divertissement

Shazam

Musique

Bejeweled 2 12 %

Mars 2009

Jeu

Enigmo

E-mail

Déc. 2008

SOURCE : MORGAN STANLEY

liardsd’euros.SelonuneétudeMorgan Stanley parue mi-décembre, Apple pourrait gagner 217 millions de dollars avec l’AppStore en 2009, et les développeurs tiers 500 millions. En 2012, Apple gagnera 1,6 milliard de dollars, et son « écosystème» presque 4 milliards. Ce scénario optimiste pourrait être contrarié si, contrairement au pari des analystes, les consommateurs n’étaient pas plus enclins à payer pour des applications que dans l’Internet fixe (accessible

depuis un ordinateur), où prévalent les services gratuits. Nombre d’éditeurs pourraient alors jeter l’éponge, à moins qu’émerge un marché publicitaire sur les mobiles susceptible de les rémunérer. Certains petits acteurs ne croient déjà plus à l’eldorado. « Sur l’AppStore, étant donné l’abondance de l’offre, il faut développer des trésors d’imagination pour être remarqué, utiliser les réseaux sociaux Facebook ou Twitter pour promouvoir ses applications »,

expliqueVincent Dondaine, fondateur de la start-up française Bulkipix, spécialisée dans l’édition de jeux pour iPhone. « Les gros éditeurs qui sortent des déclinaisons de jeux sous licence connus sont plus vite identifiés dans le foisonnement de l’AppStore, et s’en sortent mieux », confirme Laurent Michaud, consultant pour le cabinet Idate. La multiplication des « magasins d’applications » différents pourrait aussi limiter l’expansion de l’écosystème, les édi-

Un terminal et des programmes Le téléphone « multimédia » C’est un terminal permettant de téléphoner et d’écrire des SMS, de surfer sur Internet, d’envoyer des courriels et de supporter des applications complexes pour jouer, écouter de la musique, visionner des vidéos ou des films. Il est aujourd’hui aussi puissant que les ordinateurs de 2001. Les applications mobiles Ce sont de petits programmes informatiques téléchargeables depuis un téléphone multimédia (jeux, informations, météo, systèmes GPS…). Certains ont besoin d’une connexion permanente à Internet (applications utilisant la géolocalisation), d’autres peuvent s’utiliser hors connexion. Les utilisateurs d’iPhone et d’iPod Touch téléchargent en moyenne 35 applications sur leur terminal.

teurs de services et de jeux, surtout les petits, ne pouvant pas se permettre d’adapter leurs applications à toutes les plates-formes. Enfin, pour qu’il devienne un marché de masse, il faut que les téléphones multimédias soient des produits moins élitistes. Pour l’heure, même si leur prix a baissé, les abonnements permettant une connexion à la Toile restent élevés. La part de marché des téléphones multimédias n’est encore que de 11% dans le monde (2% pour l’iPhone). Les consommateurs pourraient aussi délaisser plus vite que prévu les applications pour un accès à tout l’Internet, grâce à des moteurs de recherche et des pages Web à des formats enfin adaptés aux écrans des téléphones. p Cécile Ducourtieux

L’avènement de l’Internet sur téléphone change les usages Le rendez-vous des jeunes diplômés et des entreprises qui recrutent

DEUX ANS et demi après le lancement de l’iPhone (juin 2007), dixhuit mois après celui de son magasin d’applications AppStore, beaucoup d’observateurs prédisent l’avènement d’une nouvelle ère : après celle de l’Internet « fixe », auquel on accède depuis un ordinateur, voici celle de l’Internet « mobile », accessible depuis un téléphone, en se déplaçant. Selon eux, c’est bien plus qu’un simple changement de terminal d’accès : c’est une révolution. Les analystes de la banque Morgan Stanley – dont Mary Meeker, qui fut l’un des plus grands thuriféraires des valeurs Internet à la fin des années 1990 – sont de ceux-là. Ils viennent de cosigner un rapport remarqué sur le sujet, publié le 15 décembre. « L’Internet

mobile pourrait être la technologie la plus rapidement adoptée et la plus porteuse de changements qui ait jamais été dans l’univers de l’information », affirment-ils. A la base de leur raisonnement, le fait qu’avec le téléphone mobile, l’Internet change d’échelle : étant donné les niveaux d’adoption de ce terminal dans le monde, ce sont dix fois plus d’utilisateurs potentiels qui pourraient y accéder (plusieurs milliards de téléphones sont en circulation). Le caractère bien plus personnel du téléphone – on l’a toujours dans sa poche – que du PC pourrait donner naissance à des usages inédits et plus systématiques de la Toile. Imaginons, explique en substance le rapport, le mariage entre la mobilité et la populari-

té du réseau social Facebook, qui a déjà plus de 350 millions d’utilisateurs par mois et sur lequel les membres se connectent souvent plusieurs fois par jour… Autre rupture, le couplage des fonctions de géolocalisation du téléphone et du Web : « Dès lors que les sociétés savent où vous êtes, cela change tout pour elles », assure le rapport.

Une grande inconnue Dans cinq ans, il y aura plus de connexions à la Toile via le mobile que via les ordinateurs, prédisent les analystes de Morgan Stanley. Peut-être voient-ils juste. Mais la grande inconnue reste la vitesse d’adoption de l’Internet mobile. Cela pourrait prendre du temps, si le prix des téléphones et celui de l’accès au Web ne dimi-

nuent pas assez vite, et si les éditeurs de services peinent à trouver un modèle économique… Pour l’heure, l’univers de l’Internet mobile – qui passe avant tout par le système des applications – reste moins riche que celui du « fixe ». Il n’y a pratiquement pas de commerçants en ligne. Et il ressemble à l’Internet du milieu des années 1990, celui popularisé par AOL. A l’époque, les internautes ne surfaient pas encore à proprement parler sur le Web, ils ne pouvaient pas, comme maintenant, butiner où bon leur semblait, grâce à des navigateurs et à d’efficaces moteurs de recherche. Ils n’avaient accès qu’à une Toile expurgée: une sélection d’applications en ligne. p C. Du.

«La décennie zéro» de l’Amérique pour Paul Krugman

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aul Krugman, Prix Nobel d’économie, a une manière assez singulière de souhaiter la nouvelle année. Pour sa dernière chronique parue dans le New York Times du 27 décembre, l’économiste dresse un constat pour le moins affligeant de la décennie 1999-2009 qui s’achève. « Ce fut une période où rien de bon n’est arrivé », écrit l’économiste. « La décennie zéro », résume-t-il, qu’il ferait bon oublier. Et vite. Au cours de ces dix dernières années, les ménages américains

n’ont en effet, selon lui, rien gagné. Ni en termes d’emplois ni en termes de richesses. « Certes, reconnaît M. Krugman, le nombre d’emplois en décembre2009 sera légèrement supérieur au chiffre de 1999, mais seulement très légèrement. » Quant aux revenus des ménages, en dépit du «Bush Boom» de 2007, sous la présidence de George W. Bush, M.Krugman calcule que le revenu médian ajusté de l’inflation est inférieur à ce qu’il était dix ans plus tôt.Si les ménages ont pu

consommer davantage, ce n’est qu’en s’endettant davantage. « Et vous savez ce qui est arrivé ensuite », souligne l’économiste. Ceux qui ont acheté leur logement au début de la décennie ne sont pas, non plus, devenus plus riches: le prix des maisons est le même qu’en 1999. Quant à ceux qui sont devenus propriétaires juste avant l’éclatement de la bulle, « je ressens votre douleur», compatit M. Krugman. Enfin, les épargnants qui ont placé leur argent en Bourse, notamment pour leur

retraite, ne sont guère mieux lotis: le Dow Jones est aujourd’hui autour de 10 540 points, peu ou prou son niveau de 1999. Mais le pire est sans doute le constat politique de ces dixannées. Pour l’économiste, ni les républicains ni les démocrates n’ont su remettre en cause les pratiques qui ont mené à ce gâchis. « Au cours de cette décennie, on n’a rien accompli et rien appris », conclut-il, avant de souhaiter « une bonne année ».p Claire Gatinois


E T N E V N E AIN M E D S È D

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14 Economie

0123 Jeudi 31 décembre 2009

Social

AuJapon,le gouvernementveut créer4millions d’emplois d’icià2020 Le gouvernement de centre gauche japonais a présenté, mercredi 30 décembre, un plan pour créer plus de 4 millions d’emplois d’ici à 2020, en renforçant les secteurs de l’environnement et de la santé. Ce plan comporte un objectif de croissance du produit intérieur brut (PIB) du Japon de l’ordre de 2 % par an au cours de la prochaine décennie. L’exécutif est resté vague sur la façon dont il compte atteindre ces objectifs, des mesures plus concrètes seront annoncées d’ici à juin. Tokyo espère créer 2,8 millions d’emplois nouveaux dans la santé et 1,4 million dans l’énergie et l’environnement, en encourageant le développement de nouvelles technologies « vertes ». p – (AFP.)

Finance Séoul va expérimenter une Bourse au carbone La Corée du Sud va lancer en janvier un projet de Bourse d’échange de crédits carbone, a annoncé, mercredi 30 décembre, le ministère de l’environnement, qui a reçu 641 candidatures d’organismes publics et privés intéressés. Ce système sera organisé sur Internet avant d’être transféré à la Bourse coréenne à partir de 2011. – (Reuters.)

Italie : l’amnistie fiscale a fait rentrer 95 milliards d’euros L’amnistie fiscale proposée par le gouvernement italien aux personnes ayant placé illégalement des fonds à l’étranger a finalement permis de faire revenir dans le pays 95milliards d’euros (Le Monde du 26 décembre), a indiqué, mardi 29décembre, le ministère de l’économie. – (Reuters.)

BTP La construction toujours en panne en France De décembre 2008 à novembre 2009, le nombre des mises en chantier de logements a chuté de 19 % par rapport aux douze mois précédents, à plus de 332 000, selon les chiffres publiés, mercredi 30 décembre, par le ministère de l’écologie.

Médias

3 h 24

Le temps passé chaque jour par les Français devant la télévision Entre le 1er janvier et le 28 décembre, les Français ont regardé la télévision chaque jour pendant 3 heures et 24 minutes. Une durée moyenne d’écoute identique à celle observée en 2008, selon le Syndicat national de la publicité télévisée (SNPTV), citant des chiffres de Médiamétrie. A titre de comparaison, les Serbes sont champions du monde du temps passé devant le petit écran, avec une durée d’écoute quotidienne de 4 heures et 53 minutes. Viennent ensuite les Américains, avec 4 heures et 37 minutes et les Japonais avec 4 heures et 32 minutes. p

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En France, le groupe réorganise une filiale et supprime des emplois, malgré des bénéfices Reportage

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es uns jouent aux mots fléchés, d’autres lisent, font des tournois de poker ou de babyfoot… Mais ce n’est pas la fête, au centre d’appels de Teleperformance de Montigny-le-Bretonneux (Yvelines), qui emploie quelque 200 personnes. Depuis le 25 novembre, les téléphones des conseillers affectés au contrat avec Orange ne sonnent plus. L’activité était déjà quasiment nulle depuis juillet. Selon la direction de Teleperformance France, cette situation résulte d’« actes répétés de malveillance » de salariés ayant conduit Orange à « diminuer l’activité qu’il nous confiait sur ce centre ». Mais pour le personnel, cette « punition » n’est que l’application anticipée des conséquences de la fermeture annoncée du site. Tous les appels des clients d’Orange sont dirigés vers le centre d’Orléans, que les conseillers de Montigny sont censés rejoindre. En attendant, ils restent là, envahis par un sentiment d’« humiliation de se voir ainsi retirer [leur] travail », disent-ils. Cette perte se lit aussi sur leur fiche de paye : plus d’appels, plus d’objectifs, plus de prime, ce qui ramène le salaire moyen d’un conseiller à environ 1 000 euros net par mois. La réorganisation de l’entité Teleperformance Centre-Est, qui réunit les sites franciliens, fait partie d’un plan annoncé par la direc-

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Dans un centre d’appels de Teleperformance, un conflit social réduit les salariés à l’inactivité

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Le site de Montigny-le-Bretonneux, dans les Yvelines. DR tion le 16 juin au nom de la « sauvegarde de la compétitivité ». Il prévoit la fermeture des centres de Montigny, de Pantin et de Paris, et le transfert de 318 salariés vers Orléans, Villeneuve-d’Ascq (Nord) et Guyancourt – que la plupart des salariés refusent, selon les syndicats – et la suppression de 157 postes d’encadrement. Cette réorganisation est assortie d’un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE). Elle a été suspendue le 22 septembre par le tribunal de grande instance (TGI) de Paris. La direction a depuis présenté un nouveau PSE, contesté devant le TGI, le 10 décembre, par le comité d’entreprise (CE) de Teleperformance Centre-Est. Le juge a ordonné une médiation, qui se tient jusqu’au 5 janvier. En cas d’échec, une audience aura lieu le 14 janvier. Pour Fiodor Rilov, l’avocat du CE, la cause est entendue : « La justification du motif économique d’un PSE dans l’une des entités d’un groupe s’apprécie à l’échelle du groupe, relève-t-il. Or, Teleperformance est prospère. La menace sur sa compétitivité est un argument fantaisiste. »

Le 5 novembre, la société – elle emploie 88 000 salariés (en équivalent temps plein) dans 46 pays, dont 8 000 en France –, a annoncé un chiffre d’affaires mondial sur les neuf premiers mois de 2009 de 1,37 milliard d’euros (+ 8,4 % par rapport à la même période de 2008) et un bénéfice net au premier semestre de 53 millions d’euros (– 3,6%).

En 200o, la société a ouvert une plateforme en Tunisie où les effectifs progressent de 10% chaque année Pour 2009, Teleperformance France « va enregistrer des performancesdégradées, indiquela direction. Ce plan est devenu vital pour l’entreprise.» Or, pour Jacques Breiteinstein, directeur du cabinet Apex, qui a rendu en novembre un rapport d’expertise sur le PSE, s’il y abienune «baissed’activité de Teleperformance en France pour 2009,

elle est liée au déplacement d’une partie de l’activité vers la Tunisie », où la société a ouvert un centre en 2000, qui emploie 4 500 salariés, selon les syndicats, et où les effectifs progressent de 10 % par an. Avec la médiation, « nous voulons voir s’il y a d’autres possibilités que le PSE », indique Abdou Keita, secrétaire du CE de l’entité CentreEst, qui a chargé le cabinet Secafi de proposer des solutions alternatives. Tout est donc figé, et les salariés de Pantin et de Montigny s’épuisent dans l’inactivité forcée. A Montigny, le comité d’hygiène et de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) a demandé une expertise sur les risques psychosociaux. «Des salariés ont fait la grève de la faim, un autre était prêt à sauter du toit, les tensions sont énormes », souligne Anne-Sophie Davet, une élue de la CFDT. Une cellule psychologique a été mise en place à la demande du CHSCT, « mais peu l’utilisent, les salariés n’ont pas confiance», selon la déléguée. La direction dit n’avoir été «informée d’aucun trouble psychosocial » à Montigny. p Francine Aizicovici

Les Français continuent de privilégier les placements sans risques Les encours du Livret A et de l’assurance-vie sont très élevés

S

i le CAC 40 affiche un gain de 23,1% depuis le 1er janvier, peu deFrançaisontprofitédel’embellie boursière. Toujours allergiquesauxplacementsrisqués,laplupartontprivilégié,en2009, lesproduits d’épargne les plus sûrs, LivretA et assurance-vie en tête. Les encours du Livret A ont atteint 181,7 milliards d’euros fin novembre, en hausse de 16,7 milliards d’euros sur onze mois. Ce chiffre prend en compte le Livret bleu du Crédit mutuel, dont les caractéristiques sont identiques à celles du Livret A depuis le 1er janvier. Depuis cette date, la Banque postale, les Caisses d’épargne et le Crédit mutuel ont perdu l’exclusivité de la distribution de ce produit, qui peut désormais être vendu par toutes les banques. Selon le ministère de l’économie et des finances, 8,1 millions de livrets ont été ouverts entre janvier et avril. Mais, si les encours ont bondi au premier trimestre, le mouvement s’est inversé en cours d’année. Entre mai et novembre, les retraits ont été supérieurs de 7 milliards d’euros aux dépôts. Pour Fabrien Vrignon, directeur Bourse chez Cortal Consors,

« ce retournement s’explique par la chute de la rémunération du Livret A, liée à la baisse des taux d’intérêt et au recul de l’inflation ». De 4 % en janvier, le rendement est passé à 2,5 % en février, puis à 1,75 % en mai et à 1,25 % en juillet.

« Marqués par la crise » Cette inversion a principalement bénéficié à l’assurance-vie, l’autre placement « chouchou » des Français, moins liquide mais plus rentable, avec des rendements dépassant encore fréquemment 4 % en 2009. Les versements sur des contrats d’assurance-vie ont atteint 125,5 milliards d’euros, en hausse de 12 % sur les onze premiers mois de l’année par rapport à la même période de 2008, selon des chiffres communiqués mardi 29 décembre par la Fédération française des sociétés d’assurances (FFSA). Après une forte baisse de la collecte fin 2008, les cotisations ont recommencé à progresser depuis mars. A noter que la hausse des souscriptions concerne exclusivement les contrats en euros, dont le capital est garanti. Les versements sur des contrats en unités de comp-

tes, qui peuvent contenir des produits risqués comme des actions ou des parts de sociétés immobilières, ont chuté de 14 %, à 16 milliards d’euros. « Ils ne représentent plus que 12,7 % du total de la collecte en assurance-vie, contre 25 % en 2007, précise Philippe Zaouati, directeur du développement chez Natixis Asset Management. A lui seul, ce chiffre montre l’aversion des Français pour les produits risqués. » Autre signe de la prudence des ménages, leur taux d’épargne a encore augmenté en 2009, atteignant le niveau record de 17,1 % au troisième trimestre, contre 15 % en 2008, selon des chiffres publiés mardi par l’Insee. L’embellie boursière et la baisse attendue du rendement des contrats d’assurance-vie en euros en 2010, qui auront du mal à demeurer au-dessus de 3,5 %, vontelles changer la donne ? « C’est peu probable, note Giles Ulrich, directeurgénéraldugroupeLeConservateur. Les Français restent très marquésparlacriseetlapeurduchômage. Seules plusieurs années de hausse de la Bourse pourraient faire changer les comportements. »p Jérôme Porier


Economie 15

0123 Jeudi 31 décembre 2009

Le point de vue de l’agence économique et financière

Reuters Breakingviews Inflation, protectionnisme, inégalités: les trois écueils menaçant la Chine

E

n 2009, la République populaire de Chine a fêté ses 60ans. Elle a aussi réussi à éviter une catastrophe économique en investissant 4 000 milliards de yuans (586 milliards d’euros) dans un plan de relance sans précédent. Tout est maintenant en place pour que 2010 soit riche en succès. Enfin, si tout se passe bien, car Pékin devra faire face à trois dangers : l’inflation, le protectionnisme et les inégalités sociales. Une première forme d’inflation a déjà fait son apparition. L’injection dans l’économie de 1 500 milliards de dollars (1 000 milliards d’euros) sous forme de prêts, que les banques ont accordés sur commande de l’Etat, et de capitaux étrangers motivés par la spéculation a fait exploser la valeur des actions et des propriétés immobilières. En 2009, le prix du foncier a battu des records à Pékin, à Hongkong, ceux des appartements ont crevé les plafonds. Les premières sociétés qui ont accédé au marché tout neuf des firmes à forte croissance de Shenzhen ont vu leur cours doubler dès le premier jour. Le prix des actifs s’envole et, pourtant, les prix à la consommation ont à peine frémi. De nombreux pays sont confrontés à cette situation, mais aucun gouvernement ni banque centrale n’a trouvé de parade : le relèvement des taux compromettrait la croissance en pénalisant consommateurs et producteurs. Une option qui, pour Pékin, serait suicidaire. La Chine pourrait aussi être confrontée en 2010 à un regain de protectionnisme. L’année qui s’achève a déj�� vu quelques passes d’armes avec les Etats-Unis sur les pneus ou l’acier. Ce sont là des

cas isolés, mais la faiblesse entretenue du yuan peut, elle, être considérée comme une subvention déloyale, qui fausse le jeu et pousse les Américains à consommer plus qu’ils ne le devraient. Certains économistes clament déjà que si la Chine ne change pas d’attitude sur la question des taux de change, il faudra ériger de nouvelles barrières douanières. Aux Etats-Unis, certaines personnalités politiques pourraient se joindre au mouvement, surtout si le chômage américain, qui atteint déjà 10 %, continue de grimper.

Risques de troubles Le troisième facteur de risque est l’inégalité sociale. Moins visible, c’est le plus crucial : la concomitance de la flambée du prix des actifs et de la quasi-stagnation des salaires creuse le fossé entre détenteurs de patrimoine et prolétaires ne possédant pratiquement rien. Le taux de chômage officiel (4%) passe sous silence les 150 millions de travailleurs migrants. La Chine est aussi un pays où un peu plus de 30 % des jeunes diplômés ne trouvent pas d’emploi. La plus grande crainte des dirigeants est que l’oisiveté forcée et les inégalités créent des troubles. Une enquête récente menée par l’Académie des sciences sociales du Zhejiang, dont le South China Morning Post s’est fait l’écho, indique que 96 % des personnes interrogées « en veulent aux riches ». Pékin pourrait gérer ces écueils séparément. Mais si les trois se matérialisent en même temps, l’année du Tigre portera bien son nom, vu le nombre de féroces combats qu’il faudra livrer. p John Foley (Traduction de Christine Lahuec)

La finance doit se réconcilier avec le reste de l’économie

I

l y a trois ans, New York craignait de voir Londres lui ravir le titre de capitale mondiale de la finance, un titre qui a depuis beaucoup perdu de son lustre. A l’époque, grandes villes et petits Etats se disputaient les emplois et le prestige que pouvait conférer ce secteur en forte croissance. Facilités réglementaires et fiscales, compétences linguistiques et professionnelles, offres d’infrastructures étaient autant d’arguments invoqués pour l’emporter. New York et Londres, rivales de toujours, luttaient pour la plus haute marche du podium, tandis que d’autres places financières, comme Francfort, Dubaï, Singapour ou Zug (Suisse), se battaient pour décrocher un accessit. Pourtant, les premiers doutes s’étaient installés avant même que la crise financière n’éclate. On a commencé à comprendre que la finance créait de nombreux emplois très bien rémunérés, mais en partie aux frais du reste de la population. Au RoyaumeUni, si les institutions financières contribuaient au quart de l’impôt sur les sociétés et versaient l’essentiel des recettes sur les droits d’enregistrement, grandes banques d’affaires et fonds spéculatifs trouvaient le moyen de minimiser cette facture fiscale. Maintenant que les excès du secteur ont précipité l’économie mondiale dans la récession, la City et ses consœurs suscitent une sorte de passion rancunière, ou plutôt une rancune passionnelle. La finanMARCHÉ LIBRE DE L’OR

Lingot................... 24 990 € Napoléon............ 144,50 € 20 $...................... 9115 € Aux Monnaies de la Bourse

TRANSACTIONS Tél. : 01 42 60 16 17

ce reste source de prestige, de bons salaires et de revenu d’exportation conséquent, mais elle est perçue comme une source de risques sérieux dont on n’avait pas pris conscience auparavant. Le Royaume-Uni a mis tous ses œufs dans un panier peu solide. Si l’on ne sait pas encore précisément combien aura coûté le sauvetage des banques, il est certain que la crise a fait basculer le pays dans la récession la plus longue depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Et les prévisions, optimistes, du Trésor britannique n’annoncent un retour au niveau du produit intérieur brut (PIB) de 2008 qu’à l’horizon 2012.

La vie des entreprises Energie Areva envisage la construction d’EPR aux Etats-Unis

Médias

Areva et le consortium Fresno Nuclear Energy Group (FNEG) ont signé une lettre d’intention marquant un premier pas vers la construction d’« un ou deux» réacteurs EPR de troisième génération aux Etats-Unis, a annoncé, mardi 29 décembre, le groupe nucléaire français. Les deux partenaires travailleront sur la demande d’autorisation de construction et mèneront en 2010 des études destinées à identifier un site pour l’implantation d’une nouvelle centrale nucléaire en Californie. Cette annonce intervient deux jours après l’échec aux Emirats, où Abou Dhabi a confié la construction de quatre centrales nucléaires à un consortium mené par des sud-coréens plutôt qu’à celui de groupes français. – (AFP.)

Le Canada approuve un projet pétrolier chinois Le ministre canadien de l’industrie, Tony Clement, a approuvé, mardi 29 décembre, une transaction entre PetroChina et Athabasca Oil Sands Corporation, donnant au groupe chinois le contrôle de deux projets d’exploitation de sables bitumineux, MacKay et Dover, en Alberta. Le groupe pétrolier chinois PetroChina International investira 1,9 milliard de dollars canadiens (1,26 milliard d’euros) en prenant une participation de 60 % dans ces deux projets. Cet accord, annoncé le 31 août, est l’un des plus importants dans les sables bitumineux de l’Alberta depuis le début de la récession au Canada, à l’automne 2008. – (AFP.)

Finance Les clients de Lehman récupéreront 11 milliards de dollars Les clients de la filiale européenne de la banque d’affaires Lehman Brothers vont pouvoir récupérer

Leséditeursdepresseenlignese répartissent20millionsd’eurosd’aides Les entreprises de presse en ligne vont se partager 20 millions d’euros pour l’année 2009, au titre du fonds d’aide au développement des services de presse en ligne (fonds SPEL), mis en place par un décret du 11 novembre. La création de ce fonds fait suite aux Etats généraux de la presse écrite, qui ont prévu l’attribution de 60 millions d’aides, sur trois ans, aux entreprises de presse sur Internet. Les éditeurs en ligne ont ainsi accès, pour la première fois, aux aides de l’Etat, au même titre que les journaux. Une première réunion de la commission paritaire, chargée de répartir l’enveloppe, s’est tenue le 21 décembre. Les sites d’information pure players, c’est-à-dire existant uniquement sur le Net, vont bénéficier de subventions : Rue89 touchera 249 000 euros, Mediapart 200 000 euros ou encore Slate.fr 199 000 euros. Ils regrettent toutefois que la majorité des fonds aille vers les sites de la presse traditionnelle. « Le délai entre la parution du décret et la date limite de dépôt des dossiers était très court, moins de quinze jours, déplore Maurice Botbol, président du Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne (SPIIL). La presse traditionnelle s’est précipitée avec des dossiers déjà ficelés, parfois vieux de plusieurs années, et était mieux armée. » Des groupes comme La Dépêche, Bayard Presse ou Lagardère Active devraient être bien servis. La prochaine réunion de la commission paritaire se tiendra le 19 janvier. p Xavier Ternisien 11 milliards de dollars (7,7 milliards d’euros) d’actifs gelés à la suite de la faillite de l’établissement en 2008, indique, mercredi 30 décembre, le Wall Street Journal, citant l’administrateur PricewaterhouseCoopers. Ce dégel fait suite à l’accord, obtenu la veille, de 90 % des anciens clients de la banque, en majorité des fonds spéculatifs.

La taxe sur les bonus pourrait faire fuir JP Morgan de Londres La banque américaine JP Morgan envisage la possibilité de mettre fin à son projet d’installation d’un nouveau siège européen à Londres, dans la foulée de l’instauration par le gouvernement britannique d’une taxe sur les bonus, assure le Financial Times de mardi 29 septembre. Selon le quotidien économique britannique, Jamie Dimon, le directeur général de JP Morgan, a appelé récemment le ministre des finances,

LES BOURSES DANS LE MONDE 30/12, 9h40 Pays

Indice

La compagnie aérienne Japan Airlines s’est effondrée, mercredi 30décembre à la Bourse de Tokyo, les investisseurs redoutant une mise en redressement judiciaire qui pourrait nuire aux intérêts des actionnaires. L’action Japan Airlines a plongé de 25 %, à 66 yens (0,50euro). Les médias japonais ont affirmé que l’organisme semipublic supervisant le redressement de Japan Airlines, l’ETIC, envisage un dépôt de bilan afin de mettre la compagnie à l’abri de ses créanciers. Le groupe serait ensuite soumis à une procédure de redressement judiciaire. – (AFP.)

Défense Lockheed Martin va vendre 24 avions de chasse F16 à l’Egypte Lockheed Martin va vendre 24 avions de chasse F16 à l’Egypte, une vente dont le montant devrait s’élever à 3,2 milliards de dollars (2,23 milliards d’euros), a indiqué, mardi 29 décembre, un porte-parole du constructeur aéronautique et de défense américain. L’avion F16 est utilisé par les armées de vingt-cinq pays et par l’Egypte depuis le début des années 1980. – (AFP.)

Electroménager Le chinois Haier détrône Whirlpool au rang de leader mondial Selon une étude réalisée par la société de veille économique Euromonitor International, publiée mercredi 30 décembre par Les Echos, le groupe chinois d’électroménager Haier a détrôné l’américain Whirlpool, avec 5,1 % de parts de marché mondial en 2009, contre 4,5 % pour son dauphin. Le coréen LG continue sa percée et arrive troisième, avec 4,3 % de parts de marchés.

% var.

Maxi 2009

Mini 2009

CAC 40

3962,68 30/12

0,07

3976,92 29/12

2465,46 9/3

CAC Mid100

6103,82 30/12

0,13

6456,77 16/10

3744,35 9/3

CAC Small 90

5799,51 29/12

0,14

6555,89 16/10

3465,08 10/3

FRANCE

ALLEMAGNE ROYAUME UNI SUISSE ETATS-UNIS

PER

SBF 250

2803,69 29/12

0,38

2803,69 29/12

1780,09 9/3

18,60

6003,94 30/12

-0,13

6026,69 29/12

3588,89 9/3

20,10 16,50

FTSE 100 index

5438,98 30/12

0,03

5445,17 29/12

3460,71 9/3

Swiss market

6602,42 30/12

-0,09

6615,55 29/12

4234,96 9/3

16,10

Dow Jones ind. 10545,41 29/12

-0,02

10580,33 29/12

6469,95 6/3

16,40

2295,80 28/12

1265,52 9/3

25,90

7021,28 10/3

52,30

2288,40 29/12

-0,12

Nikkei 225 10546,44 30/12

-0,86

10767,00 31/8

PER - Price Earning Ratio (ou cours/bénéfice) : cours de Bourse divisé par le bénéfice par action estimé pour l’exercice courant. PER : FactSet JCF Estimates ; données : la Cote Bleue. n/d : valeur non disponible.

COURS DE L’EURO

OR

Achat

Vente

dollar us ....................................1,4342 ............1,4344

MERCREDI 30 DÉCEMBRE 9h40

couronne tchèque .................26,3750 .........26,3950 couronne danoise .....................7,4417 ............7,4419 livre sterling ............................0,9024 ...........0,9026 forint hongrois ......................272,7100 ........272,9100

Cours

% var.

ONCE D’OR EN DOLLAR ................1106,00 .........1,91

PÉTROLE MERCREDI 30 DÉCEMBRE 9h40

Cours

% var.

LIGHT SWEET CRUDE .........................79,82 .......0,29

zloty polonais ............................4,1390.............4,1410 couronne suédoise ................10,3421 ..........10,3475 franc suisse ..............................1,4882 ............1,4887 couronne norvég. .....................8,4293 ............8,4343 rouble ......................................43,2765 ..........43,2835

TAUX TAUX D’INTÉRÊT LE 30/12 Taux j.le j.

Taux 3 mois

Taux 10 ans

0,33

0,71

3,46

4,18

0,51

0,60

4,12

4,59

italie

0,33

0,71

3,92

4,78

allemagne

0,33

0,71

3,31

4,13

dollar néo-zéland. .....................1,9994 ...........2,0024

japon

0,12

0,28

1,23

2,25

rand sud-africain ...................10,5959 ...........10,6110

états-unis

0,18

0,25

3,76

4,62

suisse

0,09

0,25

1,87

2,32

livre turque ...............................2,1678 ............2,1708 dollar australien ......................1,6076 ............1,6083

france

dollar canadien ........................1,5007 ............1,5047

royaume-uni

yuan chinois .............................9,7698 ...........9,8098 won sud-coréen ..................1668,7800 ......1671,7800

Mercredi 30 décembre 9h30 Valeur

16,90

DAX Index

Nasdaq composite JAPON

VALEURS DU CAC40

Dernier cours

Taux 30 ans

ACCOR .........................◗ AIR LIQUIDE .......................◗ ALCATEL-LUCENT ...........◗ ALSTOM ............................◗ ARCELORMITTAL ............... AXA ....................................◗ BNP PARIBAS ACT.A ........◗ BOUYGUES .......................◗ CAP GEMINI .......................◗ CARREFOUR .....................◗ CREDIT AGRICOLE ............◗ DANONE .............................◗ DEXIA ................................... EADS ...................................◗ EDF ......................................◗ ESSILOR INTL ...................◗ FRANCE TELECOM ...........◗ GDF SUEZ ...........................◗ LAFARGE ............................◗ LAGARDERE.......................◗ L’OREAL ............................◗ LVMH MOET HEN. .............◗ MICHELIN...........................◗ PERNOD RICARD ..............◗ PEUGEOT ...........................◗ PPR ....................................◗ RENAULT............................◗ SAINT-GOBAIN .................◗ SANOFI-AVENTIS .............◗ SCHNEIDER ELECTRIC ....◗ SOCIETE GENERALE .........◗ STMICROELECTR. ............◗ SUEZ ENV. ..........................◗ TECHNIP ............................◗ TOTAL .................................◗ UNIBAIL-RODAMCO ........◗ VALLOUREC .......................◗ VEOLIA ENVIRON. .............◗ VINCI...................................◗ VIVENDI ..............................◗

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Cours préc.

% var. /préc.

% var. 31/12

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38,05 83,65 2,34 49,50 32,39 16,77 56,66 36,34 32,26 33,56 12,38 42,78 4,44 13,71 41,60 41,92 17,59 30,22 58,01 28,86 78,59 78,81 53,45 60,19 23,69 83,61 35,83 38,78 56,12 81,49 49,66 6,30 16,04 49,00 45,29 150,35 127,95 23,12 39,87 21,00

37,98 83,51 2,32 49,55 32,55 16,80 56,56 36,38 32,21 33,50 12,39 42,72 4,45 13,73 41,76 41,92 17,62 30,21 58,15 28,91 78,72 79,06 53,36 59,99 23,77 83,81 35,97 38,64 56,13 81,10 49,34 6,30 16,00 49,15 45,41 149,30 128,15 23,05 39,90 21,04

0,18 0,17 0,86 -0,09 -0,51 -0,21 0,18 -0,10 0,16 0,19 -0,12 0,14 -0,18 -0,15 -0,38 n/d -0,20 0,02 -0,24 -0,17 -0,17 -0,32 0,17 0,33 -0,34 -0,24 -0,39 0,36 -0,02 0,48 0,65 0,06 0,22 -0,31 -0,26 0,70 -0,16 0,33 -0,08 -0,17

8,36 27,81 52,64 17,91 90,53 8,33 92,70 20,33 17,31 21,97 54,69 4,95 38,72 13,97 0,24 24,89 -11,90 -14,45 53,99 -0,50 26,15 64,98 42,27 15,95 94,98 79,42 93,13 27,13 23,61 53,75 45,53 31,88 33,11 124,67 16,40 41,17 57,96 4,14 32,90 -9,74

39,95 84,40 3,39 53,05 32,67 19,36 58,58 37,76 36,98 33,90 15,66 44,10 7,06 16,57 44,15 42,00 20,83 36,00 66,59 35,65 79,32 79,27 58,67 60,89 25,66 93,25 37,37 40,65 56,78 81,50 54,28 7,02 16,95 51,96 45,78 160,05 128,50 27,10 40,50 24,00

Plus bas

Divid. net

Code ISIN

25,20 1,65 T FR0000120404 55,02 2,25 T FR0000120073 0,87 0,16 T FR0000130007 33,38 1,12 T FR0010220475 12,57 0,16 S LU0323134006 5,58 0,40 T FR0000120628 20,08 1,00 T FR0000131104 21,77 1,60 T FR0000120503 21,12 1,00 T FR0000125338 22,06 1,08 T FR0000120172 5,90 0,45 T FR0000045072 31,23 1,20 T FR0000120644 1,10 0,68 T BE0003796134 8,12 0,17 T NL0000235190 26,55 0,55 A FR0010242511 26,08 0,66 T FR0000121667 15,45 0,60 A FR0000133308 22,70 0,80 A FR0010208488 26,07 2,00 T FR0000120537 19,11 1,30 T FR0000130213 46,00 1,44 T FR0000120321 39,08 0,35 A FR0000121014 22,69 1,00 T FR0000121261 38,04 0,50 A FR0000120693 11,43 1,50 T FR0000121501 36,25 3,30 T FR0000121485 10,16 3,80 T FR0000131906 16,65 1,00 T FR0000125007 38,42 2,20 T FR0000120578 41,30 3,45 T FR0000121972 17,29 1,20 T FR0000130809 2,97 0,03 A NL0000226223 9,70 0,65 A FR0010613471 20,70 1,20 T FR0000131708 34,25 1,14 A FR0000120271 85,80 2,00 D FR0000124711 52,52 6,00 T FR0000120354 15,00 1,21 T FR0000124141 24,60 0,52 A FR0000125486 16,30 1,40 T FR0000127771

Cours en euros. ◗ : valeur pouvant bénéficier du service de règlement différé (SRD). # : valeur faisant l’objet d’un contrat d’animation. Plus haut et plus bas : depuis le 1/1/2009. n/d : valeur non disponible. A : acompte, S : solde, T : totalité.

Retrouvez l’ensemble des cotations sur notre site Internet : http://finance.lemonde.fr

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SICAV ET FCP SÉLECTION publiée sous la responsabilité de l’émetteur Dernier cours connu le 30/12 à 9h Valeur

Cours en euro

date valeur

(Traduction de Christine Lahuec)

n Sur Breakingviews.com Plus de commentaires sur l’actualité économique et financière.

Transports Japan Airlines : craintes de redressement judiciaire

Le numéro un des téléphones mobiles, Nokia, a annoncé, mardi 29 décembre, avoir demandé l’ouverture d’une enquête par la Commission américaine du commerce international (ITC) pour violation de brevets par son concurrent américain Apple. Dans un communiqué, le groupe finlandais « accuse Apple de violer les brevets de Nokia dans la quasitotalité de ses téléphones mobiles, baladeurs et ordinateurs ». Sept brevets sont concernés. Selon Nokia, « ces innovations pionnières sont désormais utilisées par Apple pour créer des utilisations clés dans ses produits », concernant notamment l’interface, la prise de vue et les antennes. – (AFP.)

Marchés

yen ..........................................132,1400 ........132,1800

Un blason à redorer Les dirigeants politiques ont une influence déterminante sur la localisation et les orientations de l’activité financière. Les électeurs leur demandent de ne pas tenir compte de l’intérêt des banques. Lorsque celles-ci ont assuré que la nouvelle taxe britannique sur les primes les pousserait à quitter Londres, on a entendu… des applaudissements enthousiastes. La finance peut redorer son blason. Après tout, c’est un secteur d’activité qui a une véritable utilité : il collecte et alloue les ressources, garantit la liquidité des marchés et répartit les risques. Et il faut des gens compétents pour assurer ces fonctions. Les financiers doivent simplement démontrer qu’ils sont capables de créer des emplois et de contribuer aux recettes publiques… sans mettre l’économie en danger. p Margaret Doyle

Alistair Darling, pour lui rappeler que sa banque s’était comportée « en bon citoyen » à Londres depuis des décennies, et que si l’environnement était jugé trop hostile, elle pourrait aller investir ailleurs. – (AFP.)

Téléphonie Nokia veut une enquête pour violation de brevets par Apple

Fonds communs de placements ECUREUIL BENEFICESRESPONSABLES 39,47 28/12

ECUREUIL ACTIONS EUROPEENNES C 15,38 ECUREUIL CAPIPREMIERE C 2887,68 ECUREUIL OBLI CAPI C 60,56 ECUREUIL PROFIL 90 D 33,81 ECUREUIL PROFIL 75 D 38,55 ECUREUIL EURIBOR 1254,89 ECUREUIL EXPANSION C 18409,33 ECUREUIL INVESTISSEMENT D 45,56 ECUREUIL MONEPREMIERE C 2385,19 ECUREUIL SECURIPREMIERE C 2606,41 ECUREUIL SENSIPREMIERE C 3651,79 ECUREUIL TRESORERIE C 66,86 ECUREUIL OBLI REVENUS D 269,50 ECUREUIL MONEPREM.INSTC 117300,83

28/12 28/12 28/12 28/12 28/12 28/12 28/12 28/12 29/12 28/12 28/12 29/12 28/12 29/12

CM-CIC MID FRANCE

27,23 28/12

Multi-promoteurs CM-CIC EUROPE

22,56 28/12

Fonds communs de placements CM-CIC EURO ACTS C CM-CIC SELECT.PEA CM-CIC MID EUROPE CM-CIC TEMPERE C CM-CIC DYN.EUROPE CM-CIC FRANCE C CM-CIC EQUILIBRE C CM-CIC DYN.INTERN. CM-CIC OBLI C.T.D

20,48 7,32 17,78 164,87 32,42 32,40 67,63 24,84 137,67

28/12 28/12 28/12 28/12 28/12 28/12 28/12 28/12 29/12

Fonds communs de placements CM-CIC DYN.INTERN. CM-CIC OBLI C.T.D CM-CIC OBLIGATIOND CM-CIC MID FRANCE CM-CIC PLANBOURSEC CM-CIC TEMPERE C CM-CIC EURO ACTS C CM-CIC FRANCE C

24,84 137,67 26,46 27,23 17,62 164,87 20,48 32,40

28/12 29/12 29/12 28/12 28/12 28/12 28/12 28/12


16 Décryptages Enquête

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Brice Pedroletti Chongqing, envoyé spécial

E

st-ce la culture portuaire, propice à tous les trafics, de l’ancienne Chungking, dont Tchang Kaïchek fit un temps la capitale de la Chine ? Ou bien la fièvre de la construction qui s’est emparée de la ville depuis qu’elle s’est vu octroyer, en 1997, avec son territoire grand comme le Benelux et peuplé de 32 millions d’habitants, le rang de municipalité autonome, comme Pékin, Shanghaï et Tianjin ? Ou la topographie si particulière de cette ville collinaire hérissée de tours, théâtre d’une explosion urbaine de part et d’autre de deux fleuves qui se mélangent à ses pieds, le Yangzi et son affluent le Jialing ? Chongqing, mégalopole en pleine croissance du centre de la Chine, est devenue la cible d’une campagne antimafia menée tambourbattantdepuis l’été.3000personnes ont été arrêtées, près de 800 ont été mises en examen, et plus de 300 ont déjà été déférées vers des tribunaux pénaux ou administratifs, souvent pour les crimes les plus évidents : violences physiques, jeux clandestins, racket, corruption. Sont jugés des hommes d’affaires, des policiers, mais aussi des dizaines de très hauts responsables de la police et de la justice. « La mafia a une emprise particulièrement importante sur l’économie de Chongqing, », admet Huang Wei, un entrepreneur qui s’occupe d’un fonds d’assistance mis en place par des entreprises pour aider les policiers et leurs familles engagés dans l’effort antimafia. « Certains ont été blessés. Il y en a qui sont morts d’excès de travail !, dit-il. C’est notre manière d’apporter notre soutien à la campagne. » M.Huang est avare de détails sur ses activités. Mais il dit avoir pâti des agissements mafieux de concurrents dans l’immobilier. Encoreplus qu’ailleursenChine,ledéveloppement du secteur privé est ici le résultat de petits et grands arrangements, de recours au système D, de prêts à l’amiable entre hommes d’affaires qui n’ont pas toujours accès au crédit. Et cette terre arrosée de subventions pour absorber le choc économique consécutif à la construction du barrage des Trois-Gorges en aval, est propice à la spéculation immobilière. Ainsi, des employés d’une entreprise collective en faillite, sous-traitante de la marque chinoise de cosmétique Aoni, se sont retrouvés sur le carreau en 2006 : un terrain de l’entreprise en plein centre-ville avait alors été vendu aux enchères pour indemniser les employés privés de travail. «A l’origine, nous n’étions pas favorables à la vente du terrain, explique un représentant de ces employés. Au moment de la première visite des acheteurs, puis après la cession, une bande de “crânes rasés” [des hommes de main] les accompagnaient pour nousintimider.Ons’estdit quequelque chose ne tournait pas rond. »

«La mafia a une emprise particulièrement importante sur l’économiede Chongqing» Huang Wei Entrepreneur Ces salariés ont alors décidé de mener une enquête pour essayer de comprendre ce qui se passait. Ce qu’ils ont découvert les a laissés pantois. Un, le prix du terrain avait été sous-évalué par un cabinet d’experts, sur ordre de la Haute Cour de justice. Deux,les participants àla vente auxenchères avaient été menacés par Chen Kunzhi, un ancien policier président de la Wanquan Finance, une structure financière montée par un des milliardaires arrêtés. «Ons’estaperçu queleterrain avait étévendu au prix où il avait été acheté dix ans auparavant, alors que les prix des terrains s’étaient envolés », poursuit le représentant des salariés, mis au chômage voilà trois ans, après plus de vingt-cinq ans de carrière chez Aoni. Les employés pétitionnaires se rendent alors à Pékin pour porter leurs doléances, sanssuccès. Maisjusteavant lesJeux olympiquesde 2008, notre interlocuteuret quatre de ses collègues rencontrent des émissaires de Pékin dépêchés dans les « comités de stabilité » des provinces, pour examiner certaines des plaintes les plus persistantes. L’administration reconnaît leurs griefs. Et la campagne antimafia fera tomber plusieurs têtes, dont le vice-président de la haute cour de Chongqing et le patron local de la société d’Etat. «L’abcès a été crevé », se félicitent les anciens salariés d’Aoni. Mais ce qui compte, c’est de récupérer le terrain. Pour l’heure, aucune nouvelle. Ce n’est pas la première fois que Chong-

Depuis les déplacements de population dans le cadre de la construction du barrage des Trois-Gorges, Chongqing a vécu une explosion urbaine. TIM FRANCO

Chongqing

Capitale

delamafiachinoise qingestmise àl’index pour ses connexions mafieuses. En 2002, plusieurs hauts responsables de la police avaient déjà été arrêtés pour avoir accepté des pots-de-vin. Mais depuis, les limites du tolérable ont manifestementétéfranchies.«Deuxévénements ont été catalyseurs. En mars, une sentinelle de l’armée populaire a été tuée et s’est fait voler son arme automatique. Puis en juin, un homme a été abattu sur la voie publique. C’était un dealer, mais l’enquête a mené à la découverte de tout un arsenal », expliqueunspécialistedesaffairesjudiciaires dans un hebdomadaire local. Bo Xilai, secrétaire général du Parti à Chongqing depuis fin 2007, et à ce titre véritable chef de la municipalité, semble déterminé à porter le fer dans la plaie. L’heure est à la lutte anticorruption, cheval debatailleduprésidentHuJintao etl’ambitieux M. Bo sait pertinemment qu’il est à Chongqing en terrain miné. Fils d’un ancien leader révolutionnaire, et donc membre de la « faction des princes » (qui, à

Des membres de gangs sont escortés au tribunal pour y être jugés. AP

Les triades ont longtemps profité de l’essor économique de la mégalopole de l’ouest du pays. Mais la cité portuaire est aujourd’hui la cible d’une vaste campagne anticorruption

l’intérieur du Parti, n’est pas toujours alignée avec le camp des supporters de M. Hu), il a pu saisir là l’occasion de prêter allégeance à l’actuel président. Le nouveau chef de Chongqing a égalementfaitvenirde sonancien fief,la province du Liaoning, un super-flic, Wang Lijun. «Pour nous, c’était le dernier survivant de la lutte anticriminalité, reprend le journaliste de l’hebdomadaire local. Quand il a déclaréquesilapolice deChongqingnepouvait pas assurer la protection des citoyens, il ferait venir des policiers d’ailleurs, on a sentique quelque choseallaitse passer.Il reconnaissait que la police était trop corrompue ! » C’est ce qui advient : des centaines de policiers passent sur le gril. En juillet, l’arrestation de Wen Qiang a l’effet d’un coup de tonnerre : chef du bureau de la justice de Chongqing, l’homme avait été jusqu’en 2008, et pendant seize ans, vice-chef de la sécurité publique. Les départements de la police seront ensuite décapités l’un après l’autre, du res-

ponsable des enquêtes contre la criminalité économique à la chef de la brigade des stupéfiants, en passant par le successeur de M. Wen au poste de deuxième flic de Chongqing. La belle-sœur de Wen Qiang, Xie Caiping, recherchée par la police, gérait plusieurs casinos clandestins en toute impunité. M. Wen lui-même contrôlait, semble-t-il, le Liang dian, un faux salon de thédans lapartie laplusancienne de Chongqing, sorte de « supérette de la fellation » dont les bas tarifs garantissaient qu’elle ne désemplissait pas. La rumeur veut que certaines des filles qui y officiaient venaient des prisons. Selon une source locale, la complicité de la police était manifeste dans le business du recouvrement de dettes, de jeu ou d’affaires: Yue Chun, un caïd qui dirigeait une société spécialisée en la matière et avait pignon sur rue, disposait de toutes sortes de moyens pour espionner et écouter ses cibles. Ses hommes agissaient avec une impunitésuspecte :« L’un d’euxm’a raconté comment ils sont allés chercher un type endetté à Pékin, l’ont ramené et l’ont enterré jusqu’au visage », poursuit-il. Les peines lourdes prononcées à ce jour par les juges – dont 6 condamnations à mort – valent surtout pour leur exemplarité, carla qualification de crime organisé est souvent difficile à établir. Les bandes prenaient pour nom celui de leur patron et la discipline y est aléatoire. Les « sociétés secrètes » (la mafia en chinois) de Chongqing sont avant tout des réseaux d’entrepreneurs de tout poil, certes disposant de quoi intimider, de quoi se défendre et de quoi corrompre, mais que rassemblent avant tout des « coups » et des opportunités, dans un perpétuel mélange des genres entreprivéetpublic. Lesstatistiquestriomphantes sur le nombre des arrestations cachentun malaise croissant surun procès qui n’a pas lieu, celui d’un système institutionneloùlescontre-pouvoirssont trèsfaibles. « On ne peut rien publier sans l’accord des autorités », reconnaît notre interlocuteur journaliste. Le tour que prend la campagne antimafia laisse perplexe l’avocat Zhou Litai, qui défend Li Zhigang, un chef de bande originaire du même village que lui. Depuis treize ans, maître Zhou défend des paysans ouvriers lésés par des patrons peu scrupuleuxun peu partouten Chine. Mais aujourd’hui qu’il s’occupe du dossier d’un malfrat, on lui jette la pierre. « On ne cesse de m’insulter sur Internet parce que je défends une personne identifiée comme mafieuse. C’est injuste», dit-il. Iln’avuqu’uneseulefoissonclientetn’a pas eu accès au dossier d’instruction, contrairement à ce que permet la loi. Il craint que cela mène à « des débordements», comme il y en a eu tant d’autres en Chine, età «lacondamnation d’innocents ». « Je fais simplement mon travail d’avocat. Cette campagne antimafia est très très importante. Mais pour qu’elle puisse se prolonger, il faut absolument que les procédures légales soient respectées », martèle-t-il. Sinon, tout sera à recommencer. p


Débats Décryptages 17

0123 Jeudi 31 décembre 2009

Comment j’ai perdu mon identité nationale Vos parents sont nés à l’étranger? Prouvez qu’ils sont français!

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icolas Sarkozy écrit que « le sentiment de perdre son identité peut être une cause de souffrance profonde » (Le Monde du 9 décembre). Il ne croit pas si bien dire. L’histoire que j’ai vécue n’a rien d’exceptionnel. Depuis environ quatre ans, elle a touché des dizaines de milliers de nos concitoyens. Le mécanisme est simple. Vous êtes françaisde naissance.Votre passeportdélivré avant 2005 arrive à échéance, vous l’avez perdu, abîmé ou encore vous vous l’êtes fait dérober. Muni du titre d’identité périmé ou de la déclaration de perte, vous allez à la mairie ou à l’antenne de police de votre arrondissement. Vous remplissez un formulaire. Il vous faut indiquer l’état civil et le lieu de naissance de vos deux parents. Un fonctionnaire vérifie qu’ils sont bien nés en France. Si c’est le cas, il applique la procédure susceptible de vous faire obtenir, après vérifications, un nouveau passeport dit « sécurisé ». Dans le cas contraire, il la bloque. Il y est obligé par le décret n˚ 2005-1726 relatif aux passeports: vous avez beau être français, né en France, y avoir toujours vécu, travaillé et voté, vous y être marié, y avoir eu des enfants, avoir régulièrement reçu des papiers d’identité, cela ne vous autorise en rien à obtenir un nouveau titre « sécurisé ». Si l’un de vos deux parents au moins est né à l’étranger, une nouvelle contrainte vous incombe : fournir la preuve qu’il est (ou était) bien français. Mais ne croyez pas que, si vos parents se sont mariés en France, qu’on leur y a délivré un livret de famille et des cartes d’identité, cela suffise. Selon les nouvelles règles, cela ne préjuge en rien de leur nationalité ni, à plus forte raison, de la vôtre. Peut-être les administrations anciennes ont-elles fait une erreur… Il vous appartient donc de produire un acte d’état civil établissant la sourcedeleurnationalité.Sinon,vousn’obtiendrez pas de « certificat de nationalité française », le seul acte permettant la délivrance d’un titre d’identité « sécurisé ».

Michka Assayas Ecrivain et producteur à France Musique Telle est la situation faite aux Français dont un parent est né à l’étranger : on les met en demeure de prouver par leurs propres moyens que l’administration française ne s’est pas trompée en conférant la nationalité française à ce parent. Sinon, interdit de quitter le pays. Et ce, en vertu du décretd’applicationd’uneloiquelegouvernement Villepin, dont Nicolas Sarkozy était le ministre de l’intérieur, a fait voter en 2005 par l’Assemblée nationale. Une loi grâce à laquelle les responsables de l’administration ont enfin la possibilité de remettre droit ce que leurs prédécesseurs, depuis un siècle, voire plus, avaient laissé tordu. Je ne vais pas m’étendre sur mon cas. Du côté de mon père, ma famille est française depuis Bonaparte. Ma mère était une réfugiée hongroise originaire de Szolnok, petite villedont le grand-père paternel de Nicolas Sarkozy, fut l’adjoint au maire. On m’a envoyé au « pôle de la nationalité française ». Une employée m’a demandé, sans rire : « Comment êtes-vous français, monsieur ? » J’ai failli répondre : « Comme vous.» Elle sous-entendait : « Par naissance ou par acquisition? », mais l’effet est néanmoins étrange. Renvoyé à la préfecture de police de Paris, j’ai produit mon acte de naissance établissant que j’étais né à Paris. Une employée l’a examiné et me l’a rendu en me disant : « Il y a rien, là-dedans… » Mon cas était urgent. France Musique, pourquije produisuneémission, avaitprévu de m’envoyer à Berlin. Avec une carte d’identité périmée et un passeport égaré, impossible de partir. J’ai prévenu ma direction. Le service de presse de la radio a pris pour moi un rendez-vous d’urgence à la préfecture de police. Le jour et l’heure dits, j’ai apporté tous les papiers que j’ai pu. Le résultatfut mitigé :on m’accordaun passe-

port d’urgence, valable pour un an seulement. Ce document provisoire ne peut me permettre, notamment, de me rendre aux Etats-Unis sans visa. Le responsable de la préfecture m’informa qu’on m’accordait ce document à titre exceptionnel, qu’on le ferait une fois, mais pas deux, et que j’avais intérêt à réunir au plus vite les bons papiers pour récupérer un passeport normal. Ce qu’à l’heure actuelle je suis dans l’impossibilité d’obtenir. Mon cas est loin d’être le pire. Des dizaines de milliers de Français ont été mis en demeurede prouver qu’ilsétaient français. Des témoignages comme le mien abondent depuis deux ans dans les journaux ou sur Internet : retraitées de l’éducation nationaleàqui l’oninterdit de rendre visite à des frères et sœurs malades à l’étranger, militaires risquant leur vie pour la France, dont les parents ont eu la mauvaise idée de

Quant à l’effet politique de cette loi, comment ne pas voir qu’il est destructeur ?» naître en garnison à l’étranger, considérés comme apatrides, employés d’entreprise que l’on empêche de partir pour l’étranger où un travail les appelle, étudiants qui ne peuvent se présenter à des examens, avocats qui ne peuvent prêter serment. A tous, tous les jours, on refuse des papiers. On leur interdit de circuler, de travailler, en un mot de vivre, comme tous les Français. Certains voient leur situation débloquée au bout de six mois ou un an, d’autres jamais. Face à une telle situation, on peut rire ou se mettre en rage. On peut s’exclamer : « C’est Gogol ! » (ou Courteline, ou Kafka), on peut hausser les épaules et dire : voilà bien l’administration française et sa mécanique baroque, qui produit de l’absurdité au nom de l’application scrupuleuse de règles strictes. Ce n’est pas mon point de vue. Une telle situation est inacceptable. Elle résulte de l’application neutre d’une

loi qui elle aussi se veut neutre. C’est bien le pire. Car, en fait et en droit, cette loi n’a rien de neutre. Elle est moralement, politiquement et juridiquement inadmissible. Jene suis pas juriste.Cela nem’empêche pasdesavoirlirelecode civil:selonsonarticle 2, « la loi ne dispose que pour l’avenir ; ellen’apointd’effetrétroactif». Orl’application de cette loi, dont le décret n˚ 2005-1726 est l’expression, est, de fait, rétroactive. Vous êtes né français, vous l’avez toujours été et, un jour, crac: un service administratif vous notifie que vous ne l’êtes plus, et que, donc, vous l’avez été à tort, et vos parents aussi. Alors que vous n’avez commisaucun crimeoudélit. Ce n’estpeut-être pas l’esprit de la loi, mais c’est un effet mécanique de son application. Ce déni d’un principe ancestral du droit français ne semble pas troubler certains fonctionnaires.Jointeautéléphone parunejuristes’occupantdemoncas,unepersonneresponsable au « pôle de la nationalité française » n’a pas hésité à déclarer qu’« on a accordé un peu trop facilement la nationalité française ces dernières décennies ». Quant à l’effet politique de cette loi, comment ne pas voir qu’il est destructeur ? Attendant mon tour à la préfecture, j’ai eu le loisir de parler avec mon voisin, français comme moi. Cet homme d’une trentaine d’années, né d’un père marocain, avait eu le malheur de renverser du café sur son passeport, qui ne passait plus au scanner des contrôles aux aéroports. Il revenait pour la troisième fois à la préfecture. Quand ce fut son tour, le ton monta vite entre lui et l’employée : « Non, monsieur, ce n’est pas à cause de votre nom, c’est la même chose pour tous les Français ! », se mit à crier celle-ci. L’homme dut repartir bredouille, abasourdi. Comment ne pas voir que l’application mécaniquede cette loi, dansles faits, remet en cause, chez certains, leur appartenance à la nation dans ce que celle-ci a de plus viscéral ? Comment ne pas voir qu’elle a pour effet de créer une discrimination artificielleentredesFrançaisquiseraientdepremière catégorie, à deux parents nés en France,

etd’autresdesecondecatégorie, quisetrouvent frappés de suspicion, et auxquels il appartient d’apporter la preuve qu’ils sont bien français ? En droit pénal, il existe une présomption d’innocence. Pourquoi, en droit civil, existe-t-il depuis 2005 une présomption d’usurpation de nationalité envers certains Français ? Si l’Etat conteste votre nationalité, c’est à lui d’apporter la preuve qu’il s’est trompé en vous la décernant, et non l’inverse. Dernière question : la loi de 2005 prévoit des exceptions. C’est ce qu’on appelle «la preuve par la possession d’état de Français ». En clair, s’il est avéré que votre père ou votre mère ont été français « de façon constante », la loi permet à l’administration de vous délivrer, à titre exceptionnel, un titre d’identité « sécurisé ». Interrogé par des députés de l’opposition comme de la majorité sur cette question, le ministère del’intérieursemble encouragercesexceptions et des circulaires rappellent aux fonctionnaires qu’ils peuvent user d’un droit d’appréciation personnel et faire preuve de souplesse et de compréhension. Dans les faits, les administrations n’appliquent pas ces recommandations. Elles se montrent d’une rigidité inflexible. Cela mène à une impasse injustifiable. Que cetteimpasserésulte de larépugnance detout fonctionnaireàprendreunedécisionqui le singularise et risque de créer des remous n’est en rien une circonstance atténuante. Je la trouve même aggravante. Pourquoi ce double langage hypocrite ? Je n’ai pas la réponse. Mais je ne peux tolérer de vivre dans un pays où l’on pratique, vis-à-vis d’une certaine catégorie de citoyens, arbitrairement désignée, une forme de suspicion. Dans les faits, cela équivaut à une forme inédite de ségrégation. Il ne reste donc qu’une solution : faire amender cette loi. Je ne peux pas croire qu’un seul des députés et sénateurs, de tous bords politiques, qui ont voté ce texte ait souhaité instaurer une situation aussi inique au seul nom de la « sécurisation » des passeports. Je ne doute pas qu’ils auront à cœur de la corriger. p

Je suis Jean Mohammed de la Bastille! Héritier de la liberté mais pas de l’égalité

Je ne suis français que par pure contingence

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e suis Jean Mohammed de la Bastille ! Je suis descendant de sans-culotte ! Moi, je suis français. Vous ne me croyez pas ! Venez donc me voir dans les galeries du Louvre. Je suis à côté de Gavroche et de Marianne, La Liberté guidant le peuple. Le basané, c’est moi, en 1832. J’étais déjà là pour la Bastille. Je suis héritier de la liberté comme tous les enfants de la communauté française. Je suis français depuis toujours. Et je ne comprends pas que l’on me pose la question de mon identité depuis ma naissance. La naissance,c’est bien cela dontilest questionà la vérité. Comme sous l’Ancien Régime. En effet, l’unique cause des tensions sociales qui s’amplifient et se teintent d’un voile communautariste et religieux, est la non-redistribution des richesses, conjuguée à l’appropriation par notre société, dirigeants politiques et médias en tête, du modèle sociologique de la maison mère d’outre-Atlantique. Vos petits « rebeus » en mal d’intégration, « baby-terroristes en devenir », sont despursproduitsduterroirmédia-politicofinancier français. Ils se prennent pour des Blacks Panthers américains qui luttent contre l’esclavage. Ils dealent, ils volent, ils braquent, ils brûlent, ils agressent en jurantà tourdebras. Toutcela aunomdece que l’on a fait à leurs parents. Leur icône : Tony Montana. Scarface. Superproduction américaine. Leur musique : 50 Cent, Eminem, Marvin Gaye… Leur resto préféré : le McDo. Tu parles de rebelles, de terroristes… ils sont labélisés depuis leur caleçon jusqu’à leur ceinturon. Ils sont américains. Et c’est un peu normal quand on sait que la seule activité qu’on leur proposait, enfants, en dehors de l’école ou de la rue, c’était la télé. Leur communautarisme grandissant n’est que l’écho de la mosaïque éclatée qui sévit à Harlem, à Watts, dans le Bronx. D’ailleurs nous sommes tous américains. Nos élites intellectuelles et artistiques, quand elles ne vivent pas à

Mounir Aberkane New York, même lorsqu’elles se revendiquent labélisées « Terroir de France », oublient tout dès qu’un contrat, un studio, une interview leur sont proposées à l’Ouest. Aujourd’hui nombre d’entre eux sont les vecteurs de cette « saxonite » chronique. Ils sont loin, nos Gabin, de Gaulle, Coluche, Hugo, Jaurès, Brel… Je suis Jean Mohammed de la Bastille! Je suis héritier de la liberté mais pas de l’égalité. Il me semble que, contrairement à nombre de mes concitoyens, je n’y aurai jamais droit. Et je ne vous parle pas d’égalité des chances. Non, je me débrouille, je travaille. Je vous parle de silence. Qu’une année

Depuismonpremier souffle,cequime distingue,mecaractérise, etonpeutmêmedireme résume,c’estlefaitquejesois unrebeu.Attention!Jesuis rebeumaissympa,je m’intègre,jesuisagnostique» s’écoule sans que des stratégies marketing électoralistes viennent remettre en cause ma conviction intime d’être français. Le droit à l’anonymat. Cela fait trente et un ans, depuis mon premier souffle, que ce qui me distingue, me caractérise et on peut même dire me résume, c’est le fait que je sois un rebeu. Attention ! Je suis rebeu mais sympa, je m’intègre, je suis agnostique. Je suis un rebeu mais je fais la fête, je joue de la guitare pour chanter du Brel, du Brassens. Je suis un rebeu mais je travaille,

j’ai fait des études. Le pire, c’est que cette manière de concevoir ma place dans la société n’appartient pas seulement à ceux qu’on pourrait appeler « racistes ». Non, je vous parle de l’ambiance générale. Les bobos, les babas et les bling-bling ont tous dans leur caboche une ou deux petites blagues, deux ou trois craintes sur ces chers Français… d’origine maghrébine. Tout ce que je revendique, c’est le droit à l’anonymat. Mais c’est dur, parce que moi je ne suis pas comme les autres. Et le problème, c’est que, à tous les étages sociaux de notre pays, on n’invite pas ou peu ces derniers arrivés, à venir manger un bout, écouter de la musique… Cette réalité suit un gradient qui se confond avec celui du niveau social. Remarquons que, dans les réceptions de l’ambassadeur ou de l’Elysée, il importe peu que l’on soit rebeu, ou pygmée, ou… l’argent remplace tous les passeports. Je vous demande au moins de bien vouloir considérer que tous les rebeus ne sont pas musulmans. L’islam est une religion à laquelle il faut croire, ce n’est pas un gène conquérant qu’on se transmet de génération en génération. Un rebeu, ça a un cerveau, malgré ses manières un peu sauvages, violentes. Parfois même ça réfléchit. Et des fois, quand ça réfléchit, ça construit des idées personnelles. Ça peut même s’intéresser à l’évolution, à Darwin et faire des études en paléontologie sur l’origine des hominidés… Je suis Jean Mohammed de la Bastille! Je suis français ! J’aime la France, sa culture, sa cuisine, son culot ! Mais je n’aime pas ce qu’elle est devenue. Qu’elle n’assume pas l’importation des dysfonctionnements du modèle social, économique et diplomatiquedelanouvelleRome,etqu’elleinterprète auprès du public son incompétence et son manque d’honnêteté intellectuelle par un prétendu problème d’identité nationale, là je dis non.p

e « débat » qu’a lancé Eric Besson, ministre de l’immigration, surl’identiténationalen’a,comme beaucoup l’ont souligné, aucun sens. Pour la bonne raison que, au cours des siècles, les caractéristiques – géographiques, humaines, culturelles, politiques – de la France ont changé, et que son identité a toujours été provisoire. Autrement dit, qu’elle n’a pasd’identité.Puisquelepropre del’identitaire est, précisément, de ne pas varier. Mais il est un aspect de la question sur lequel, me semble-t-il, on n’a guère insisté. D’articles en commentaires, on n’en finit pas de chicaner sur ce que veut dire « être français ». On invoque l’adhésion à certaines « valeurs » – la liberté, les droits de l’homme, la laïcité – comme si les millions de Français les faisaient leurs. Et comme si ceux qui ne sont pas français leur étaient plus ou moins étrangers ou indifférents. Il n’y a qu’une seule définition de la « francité » : est français quiconque est reconnu comme tel par l’Etat français et possède, comme signe de cette reconnaissance, une carte d’identité nationale. La «francité» estunecatégoriejuridico-politique que le pouvoir manie et manipule à sa guise: que la loi change, et tel qui hier était français aujourd’hui ne l’est plus. La « francité » est donc une caractéristique purement légale, tout à fait accidentelle, fortuite, qui n’a aucun contenu (mental, idéologique) particulier, qui ne définit en

Maurice T.Maschino Journaliste, écrivain rien une personne dans sa singularité et ne dit rien de ce qu’elle est. Elle connote simplement sa position par rapport à un code, et rien de plus : tel individu, né aux EtatsUnis de parents français, est français, qu’il s’appelle Jacques ou John, connaisse ou non la France, parle ou non français… Tel autre, né en France de parents étrangers, qui vit et travaille en France, paie ses impôts, reste toujours sous la menace d’une expulsion: il est étranger. Les dispositions du code de la nationalité, éminemment variables d’une époque à l’autre, d’une politique à l’autre, font de nous des Français ou des étrangers. C’est pure contingence, pur arbitraire, c’est fruit duhasard, commelereconnaissaitMontesquieu : « Si je savais une chose utile à ma nation qui fût ruineuse à une autre, je ne la proposerais pas à mon prince, parce que je suis homme avant d’être français ou bien parce que je suis nécessairement homme et que je ne suis français que par hasard. » Il n’y a pas à être « fier » de ce hasard, qui, par définition, est totalement gratuit. En faire une valeur et l’objet d’un débat national est une escroquerie. p

Rectificatifs& précisions Viande Dans l’article « Manger moins de viande pour sauver la planète ? » (Le Monde du 23décembre), nous avons écrit par erreur qu’«un repas avec viande et produits laitiers équivaut, en CO2, à 4 758 km

parcourus en voiture, contre 629km pour un repas sans produits carnés ni laitiers». Il s’agissait de chiffres en équivalent kilomètre automobile en fonction du régime alimentaire par personne et par an.


18 Décryptages Portrait

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3/4 Ils en rêvaient. C’est à l’âge de 14 ans, lorsqu’elle a intégré une formation agricole, que Melinda Travaillard s’est enfin épanouie à l’école. Elle aime le froid de sa vallée du Loir, le grand air et les sublimes ruminantes laitières

Plus belles les vaches

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ien à faire, sa passion sent le foin, les vaches et les petits matins froids. Elle en a les joues roses, les mains potelées et les ongles ravagés. Le temps d’un bowling ou d’une sortie en boîte de nuit, ses amis tentent parfois de la détourner. Ses parents, lorsqu’elle était enfant, ont aussi essayé de la dissuader. Mais, bravache sous sa mèche claire, les bras croisés, les épaules légèrement rentrées, elle répond toujours, un peu sèche : « L’agriculture, y’a que ça qui m’plaît. » Elle a un prénom de princesse, Melinda. Mais un vrai travail de « gars », comme elle dit. Elle est agricultrice et, il y a cinq mois, c’était encore un rêve. Depuis, c’est pour de vrai, et elle en est très heureuse et très fière. Elle a décroché un CDI, « exactement dans la ferme qu’[elle] voulait. » Un groupement agricole d’exploitation en commun (GAEC), une grosse exploitation : « 350 hectares, 160 vaches laitières. » A 20 ans tout rond, elle a du coup pris un petit studio juste au-dessus de la Maison de la presse, à côté, à La Chartre-sur-le-Loir – 1 500 habitants –, à la limite de la Sarthe et de l’Indre-et-Loire.

Hadopi Le décret portant nomination des membres du collège et de la commission des droits de la Haute Autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet (Hadopi) est paru, samedi 26 décembre, au Journal officiel. La commission est chargée de la mise en œuvre du dispositif de « riposte graduée » (coupure de l’accès à Internet en cas de téléchargement illégal après deux avertissements). Ses membres sont Mireille Imbert-Quaretta, conseiller d’Etat, Jean-Yves Monfort, conseiller à la Cour de cassation, et Jacques Bille, conseiller économique honoraire. Le collège doit encourager le développement de l’offre légale, observer l’utilisation licite et illicite des œuvres, les protéger des atteintes aux droits commises sur Internet et mener une mission de régulation et de veille. Il est composé de neuf membres : Jean Musitelli, conseiller d’Etat, président de l’Autorité de régulation des mesures techniques de protection du droit d’auteur (ARMTP), MarieFrançoise Marais, conseiller à la Cour de cassation, Patrick Bouquet, conseiller maître honoraire à la Cour des comptes, Christine Maugue, conseiller d’Etat, Jean Berbinau, ingénieur général honoraire des télécommunications, Chantal Jannet, présidente de l’Union féminine civique et sociale, Jacques Toubon, conseiller d’Etat honoraire, Franck Riester, député (UMP) de Seine-et-Marne, et Michel Thiollière, sénateur (UMP) de la Loire. Le président de la Hadopi, dont la nomination est attendue dans les prochains jours, est désigné par décret parmi les membres du collège.

Hôpitaux

Jean Leonetti Le député UMP des Alpes-Maritimes a été élu président de la Fédération hospitalière de France (FHF). Cardiologue,

«Mes amis trouvent ça un peu bizarre, mais les week-ends ne me manquent pas» Même le saut du lit à 5 h 45 tous les matins n’abîme pas son rêve. Chaque jour, c’est d’abord la traite. Après, il y a l’alimentation des bêtes, le travail aux champs, le graissage du matériel, la vidange des tracteurs… et le soir, de nouveau, la traite, la surveillance des chaleurs… Elle est rarement chez elle avant 20 heures. L’autre jour, au restaurant avec ses parents, elle s’est endormie. Le midi, souvent, elle rentre et s’effondre devant le journal télévisé de la Une. Ses jours de repos, ce sont le mercredi et le dimanche après-midi. « Mes amis trouvent ça un peu bizarre, mais les week-ends ne me manquent pas. » Sa passion, certes, n’est pas inopinée. Ses parents sont agriculteurs, ses grandsparents aussi. Bien compté, elle est la cinquième génération à se lancer dans la profession. Depuis l’enfance, elle a toujours adoré « être dehors », au contact avec les vaches. « Le soir, dès que je rentrais du collège, j’allais les voir, et quand je pouvais, j’aidais à la traite. » Gamine, son père la faisait monter sur leur dos. Sur ses genoux, dès 8 ans, il lui a aussi appris, comme à son frère – Guillaume, 17 ans, apprenti cuisinier – à conduire le tracteur. Aujourd’hui, ses principales lectures sont des revues, La France agricole et L’Eleveur laitier. Le soir, elle écoute la météo. Elle se détend juste un peu, quand elle peut, avec un épisode de la série « Plus belle la vie ». Michel Travaillard, son père, âgé de 44 ans, qui a toujours rêvé d’avoir une petite fille modèle, raconte ému : « Je n’ai jamais pu en profiter, jamais pu lui mettre de jupes. Elle a toujours été garçon manqué, jamais froid, jamais malade, elle n’a jamais joué à la poupée. » Aujourd’hui, il se rattrape avec sa dernière, 8 ans, qui adore la gymnastique. Avec son épouse, Anne, 41 ans, ils l’ont inscrite aux majorettes. Melinda dit qu’elle avait, à 12 ans, déjà son « plan tracé ». A l’école, à Noyant, juste à côté de la ferme parentale dans le Maineet-Loire, ça ne marchait pas du tout : « Je n’apprenais rien, je ne faisais pas mes devoirs. » En cinquième, elle a supplié : « Il faut me sortir du collège ! » Elle a obtenu gain de cause et a été orientée dans une maison familiale rurale. Là, ce fut la résur-

Elles&ils

maire d’Antibes-Juan-les-Pins, Jean Leonetti, 61 ans, est premier vice-président du groupe UMP de l’Assemblée nationale, où il s’intéresse notamment aux questions de bioéthique et de fin de vie. La FHF représente l’ensemble des hôpitaux publics français et plus de 1 000 établissements médico-sociaux.

Recherche nucléaire Le directeur de l’Institut de physique nucléaire et de physique des particules, Michel Spiro, a été nommé à la présidence du conseil de l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire (CERN).

Ville nouvelle Jean-Daniel Tordjman, ambassadeur

Parcours 1989 Naissance à Saumur (Maine-et-Loire). 2001 Redouble sa classe de 6e. 2004 Commence un BEP agricole et travaille, en alternance, dans une exploitation laitière. 2006 Poursuit ses études en bac pro agricole, toujours en alternance. Février 2006 Qualifiée au Salon de l’agriculture, à Paris, pour le concours de « pointage ». 2009 Embauchée en CDI au GAEC du Perrin (Indre-et-Loire), une exploitation de 160 vaches laitières.

rection : moyenne de 16, tête de classe. « J’étais dans mon élément, on parlait de vaches toute la journée. » Elle s’immerge dans les cours techniques de « production animale ». Comme spécialité, elle choisit « vaches laitières ». Parce que les vaches, au-delà de tout, c’est ce qu’elle préfère. Dans son petit appartement, tout est vache : la couette du lit, les coussins, la nappe et les verres, les torchons et le porte-savon… Adolescente, elle a toujours participé aux concours de « pointage » des Comices, les foires agricoles du canton. Des vaches défilent, puis il faut reconnaître les défauts et qualités de l’animal. Sa plus belle victoire c’était en 2006, après un concours départemental. Elle s’est qualifiée pour le Salon de l’agriculture, à Paris, et a fini quatorzième sur une centaine de candidats.

Au BEP agricole, elle était la seule fille. La formationétaitenalternance.Pourluitrouver une place, c’est sa mère qui a appelé les fermes aux alentours. « Vous savez, c’est une fille », prenait-elle soin de préciser. A chaque fois, on lui a répondu : « C’est parfait, on préfère; ça a moins de caractère que les gars et ça casse moins le matériel ! » Pendantdeuxans,Melindaadoncalternéquinze jours à l’école, en internat, et quinze autres au GAEC où elle vient d’être embauchée. A la ferme, il n’y avait pas de quoi la loger, alors on lui a trouvé une petite caravane, qu’on a mise sous la grange. Elle n’a pas eu de bataille à mener contre les préjugés, et garde de ces années des souvenirs radieux. A l’école, elle était un peu « la chouchoute ». Les exploitants, eux, l’ont toujoursadorée. Arrivée en bacpro, ils lui ont conseillé de changer d’exploitation, le temps d’une autre expérience. Ce qu’elle a fait. Mais, tous les week-ends, elle revenaittravailler chez eux. «Le vendredi soir, je filais là-bas et le lundi, au lycée, je m’endormaisencours. »Avec ça, elleagagné jusqu’à 800 euros par mois. De quoi remplacer son scooter par une voiture. C’est peu dire que ça pince, l’hiver, dans la vallée du Loir. Souvent, elle ne se sent pas tout à fait « dans le même monde » que ses copines. Il y en a une qui est étudiante en psychologie, à Angers, une autre qui travaille dans l’horticulture, au Mans. Les autres sont dans le social. Elle les voit de temps en temps, mais ne parle pas trop de sa vie à part. A son nouveau patron, quand elle a signé son contrat, elle a dit : « Moi, je ne veux pas d’heures. » Alors il lui a proposé un fixe mensuel net de 1 500 euros. « Un bon salaire », juge-t-elle, sur lequel elle économise. D’ordinaire, les employés agricoles tournent plutôt autour du smic. Au GAEC, elle impressionne. Surtout avec les vaches, auxquelles elle porte un

amour quasi maternel. Son patron, Didier Corbeau : « Je n’ai jamais vu ça, elle les caresse, les embrasse. » Côté labeur, elle est presque plus dure au mal que les garçons : « Avec elle, ils prennent dur, note-t-il, amusé. Mais elle ale défaut de sesqualités et parfois il faut la foutre dehors. » Avec le temps, elle constate qu’une fille « ça a quand même moins la moelle que les gars ». Pour le portage des sacs de

Dans le petit appartement de Melinda, tout est vache: la couette du lit, les coussins, la nappe et les verres, les torchons et le porte-savon… sel surtout, et les boudins de sable à mettre sur les bâches des silos de maïs : 25 kg au bas mot. Son grand projet, c’est de s’installer, avec ses vaches, des prim’holsteins, ses préférées. Après avoir longtemps hésité à travailler en famille, elle songe de plus en plus à s’associer avec son père. Melinda a repéré des terrains, pas très loin. Plus tard, elle se dit que ça pourrait aussi être avec un amoureux, ça serait bien. Ce ne sont pas les propositions qui manquent. Une fille motivée, dans le métier, c’est de moins en moins commun. p Elise Vincent Audrey Cerdan pour « Le Monde »

aux Pôles de compétitivité, s’est vu confier une mission visant à renforcer la présence française dans le projet de ville nouvelle de Masdar (Emirats arabes unis).

People Miss Paris 2009, Kelly Bochenko, a été destituée de son titre sur décision de Geneviève de Fontenay, présidente du Comité Miss France, à la suite de la parution de « photos licencieuses contraires au règlement », publiées par le magazine Entrevue.

Football Vincent Tong-Cuong et Damien Comolli, respectivement directeur général et

directeur sportif de l’AS Saint-Etienne, club de football au passé riche et glorieux, ont été privés de leurs délégations par les actionnaires. Le club se traîne en queue de classement de la Ligue 1.

Education nationale Jean-Michel Blanquer, recteur de l’académie de Créteil, est nommé directeur général de l’enseignement scolaire (Dgesco). Il succède à Jean-Louis Nembrini, nommé recteur de Bordeaux. William Marois, recteur de Bordeaux, remplace Jean-Michel Blanquer à Créteil. Florence Robine, inspectrice générale de l’éducation nationale, est nommée rectrice de l’académie de Guyane. Elle succède à Frédéric Wacheux. André Tiran, professeur des universités, a été élu président de l’université Lyon-IILumière. Il succède à Olivier Christin.

Recherche Emmanuel Saint-James, maître de conférences en informatique à l’université Paris-VI, a été élu président de l’association Sauvons la recherche (SLR). Il succède à Isabelle This-Saint-Jean. Courriel : ellesetils@lemonde.fr


Culture 19

0123 Jeudi 31 décembre 2009

Le Louvre à Lens raconté par celle qui l’a conçu L’architecte japonaise Kazuyo Sejima présente le futur musée, qui doit ouvrir au public en 2012

Le hall d’accueil du Louvre-Lens : un grand quadrilatère de verre aux façades transparentes. CYRILE THOMAS POUR SANAA/CATHERINE MOSBACH

L

’agence japonaise d’architecture Sanaa a signé des bâtiments dans son pays, aux Etats-Unis et en Europe, mais elle n’a jamais construit en France. Elle se rattrape avec un musée très prometteur, dont la première pierre a été posée le 4 décembre. Il s’agit du Louvre à Lens (Pas-de-Calais), dont le chantier doit s’achever en 2012. Implanté sur un site d’anciennes mines, l’établissement s’étendra sur plus de 28 000 m2. Diables de Japonais. L’architecte qui a remporté le concours pour construire l’antenne d’un autre grand musée français s’appelle Shigeru Ban. Il a dessiné le Centre Pompidou à Metz, dont l’ouverture est prévue en mai 2010. Cette présence nippone peut s’expliquer par l’incessante floraison de musées dans l’Archipel, mais aussi par une créativité architecturale sans cesse renouvelée depuis la seconde guerre mondiale et les destructions massives qu’a alors connues ce pays. Deux associés dirigent Sanaa, une agence créée en 1995 à Tokyo et qui compte de vingt-cinq à trente architectes : Kazuyo Sejima, née en 1956 et Ryue Nishizawa, de dix ans son cadet. Sanaa ? Ce sont les

initiales de Sejima and Nishizawa and Associates. Ce qui frappe, lorsque l’on découvre le projet du tandem nippon pour Lens, c’est la succession de longs éléments peu élevés, plus ou moins transparents, toujours clairs. C’est aussi la façon dont cet ensemble élégant s’intègre au site. Kazuyo Sejima a fait seule le déplacement de Tokyo à Lens pour la pose de la première pierre. C’est une femme raffinée, douce, mais aussi précise. «Pour le LouvreLens, explique-t-elle, la question était d’ouvrir au public en préservant le site minier. Mais, puisqu’il s’agit d’un musée, il fallait trouver la transparence et la luminosité

tout en ménageant des zones opaques pour les galeries. » Aussi, ajoute Kazuyo Sejima, le public doit avoir une expérience « continue et complète entre l’extérieur et l’intérieur ». Pour cette raison, la Galerie du temps, telle que l’a pensée Henri Loyrette, le président du Louvre, est une seule grande salle qui traversera 6 000 années d’histoire. Autre espace majeur, le Pavillon de verre présentera chaque année une exposition thématique. « La lumière sera constamment changeante », explique l’architecte. Entre les deux salles se trouve un grand espace d’accueil, grand

Les collections : 250 œuvres renouvelées régulièrement Le musée présentera des collections du Louvre dans la Galerie du temps, un espace de plus de 2 000 m2 où 250 œuvres seront renouvelées régulièrement. Le Louvre-Lens disposera également d’un grand espace d’expositions temporaires, d’un auditorium de plus de 300 places, de 1 000 m2 de réserves – visibles du hall d’accueil –, d’un centre de ressources et d’ateliers péda-

gogiques. La muséographie de ces espaces a été confiée au scénographe Adrien Gardère, tandis que la paysagiste française Catherine Mosbach hérite de l’aménagement du parc de 20 hectares. Un archer du palais de Darius à Suse (Iran), chefd’œuvre bien connu du Louvre, a été installé à la Maison du projet Louvre-Lens pour annoncer la bonne nouvelle au public.

carré aux parois légèrement ondulées. Kazuyo Sejima a travaillé d’abord chez Toyo Ito, de 1981 à 1987, avant de créer sa propre agence, puis d’accueillir comme associé Ryue Nishizawa. « Notre structure, dit-elle, est liée au fait que nous sommes passés de commandes de 400 à 700 m2 à plus de 10 000 m2. Nous avons choisi de fonctionner comme trois agences interdépendantes. » La sienne, celle de son associé et celle qui traite des projets internationaux en tandem – comme celui de Lens. « Il nous arrive de répondre séparément à une commande », en livrant deux projets, par exemple pour l’île de Naoshima, au sud de Kobe. Le fonctionnement de l’agence explique en partie cette attention au site avant de livrer leur dessin. « Notre principe est de nous réunir et de discuter jusqu’à ce qu’une option s’impose, à partir de laquelle nous allons travailler. Les premières questions que nous nous posons sont : quelle est la spécificité du projet global, et quelle est la part la plus importante, la plus significative, celle sur laquelle nous allons concentrer notre réflexion. » En 2000, Sanaa remporte le

Trois heures d’hommage aux mythiques Ballets russes Les45danseursdeMonte-Carloont enchaînétroispiècesquidemandentune résistancemaximale Danse

esclaves, tragique à souhaits. Bémol cependant. Le traitement plastique du décorateur Jérôme Kaplan, inspiré par les décors originels de Léon Bakst, se réduit parfois à une palette de couleurs froides bleu-vert-mauve qui neutralise en partie les costumes. Le relief de la danse en prend un coup, au point de fondre les interprètes dans le décor comme des aplats.

Monaco Envoyée spéciale

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anseursoubûcherons?Danseurs. Mais quel coup de hache que celui des quarante-cinq interprètes des Ballets de Monte-Carlo ! Pour le programme « Centenaire des Ballets russes », en hommage à Serge Diaghilev (1872-1929), le fondateur de ces Ballets qui, de 1909 à 1929, à Monaco notamment, ont révolutionné la danse, ils ont abattu des forêts stylistiques touffues. Interpréter rien moins que cinq écritures chorégraphiques à l’opposé les unes des autres, couvrant cent ans de création, à enchaîner deux soirs. Le programme était mis au point par le chefdelatroupemonégasque,JeanChristophe Maillot. Dimanche 27 décembre, la tension est palpable. Trois heures, trois pièces, trois registres. Lyrisme bondissant de George Balanchine (1904-1983) dans Le Fils prodigue (1929) ; chorégraphie néoclassique de Maillot lui-même pour Shéhérazade ; piétinements jambes en dedans de Vaslav Nijinski dans Le Sacre du printemps (1913). Il faut du coffre, pas mal de culot et une résistance maximale pour tomber au bon endroit, au bon moment. Aucun cadeau n’est à attendre de la musiquedeProkofiev,Rimsky-Korsakov ou Stravinski. A première vue, Le Fils prodigue ressemble à un dessin animé pseudo-biblique. Un patriarche à barbe blanche, une bande de sbires parés pour la marche des canards, une

Bernice Coppieters et Jeroen Verbruggen dans « Le Fils prodigue » de Balanchine. MARIE-LAURE BRIANE courtisane un brin égyptienne de profil, et, au milieu de tout ça, un jeune gars qui jette sa gourme et se faitplumer.Ascénarioinsolite,chorégraphie qui donne du fil à retordre. Ses constructions parfois proches de la gymnastique, son travail de jambes entortillé, ses sauts et ses chutes dans l’élan sont chronométrés. Ajoutez des changements d’humeur à la croche près, le moindre tremblé se voit. Aussi fonceuse, la version de Shéhérazade que livre Maillot, d’après celle de Michel Fokine,

chorégraphiée en 1910. Sur la musique de Rimsky-Korsakov, Maillot se sort haut la jambe de ce ballet improbable entre frénésie sexuelle et massacre au sabre. La belle Zobeïde (Bernice Coppieters) s’envoie en l’air, en particulier avec son esclave d’or préféré. Le sultan est prétendumentpartichasser,lasouris en profite pour semer un vent de folie au harem. Si l’orgie tire un peu en longueur, elle culmine dans une pose orgasmique-acrobatique. Quant à la scène finale, elle se dresse comme figée dans le sang des

Les envols de Nijinski Le choc vient une fois encore du Sacre du printemps, de Nijinski. On n’a pas assez d’yeux pour savourer la violente beauté de ces scènes villageoisesd’une Russie païenne, saisie en plein sacrifice rituel. Paysannes aux longues tresses, costumes traditionnels en peaux de bêtes, chamans et sorcières, jeux agricoles aussi, tout y est. L’invention chorégraphique de Nijinski reste incommensurable. Avancées par à-coups, jets de bras secs, son graphisme savant et brut découpe la silhouette du danseur aurasoir. Curieusement, on retrouve ce qui a fondé Nijinski. Les sauts d’abord, groupés, secs, rappellent ses envols incroyables de danseur classique. Quant aux rondes enchevêtrées qui gravitent sans fin sur le plateau, elles évoquent les dessins de l’enfermement que Nijinski, malade, n’aura de cesse de tourner au gré d’un compas bloqué à jamais. p Rosita Boisseau Programme Ballets Russes. Grimaldi Forum, Monaco. Jusqu’au 3 janvier. 20 h 30. Dimanche 16 heures. Tél. : 00- 377-99-99-30-00.

concours du Musée d’art contemporain du XXIe siècle, à Kanazawa, au Japon. Ce bâtiment, ouvert en 2004, salué pour ses qualités esthétiques et fonctionnelles, leur apporte la reconnaissance internationale. Deux projets permettent de mieux cerner leur méthode : le New Museum for Contemporary Art de New York et le Learning Cen-

80 millions d’euros, 20 hectares de jardin: «Lens n’est pas un projet très cher» ter de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, en cours d’achèvement. « Chaque fois, le cahier des charges reste la pierre angulaire de la pensée, jusqu’à l’achèvement de l’édifice », dit Kazuyo Sejima. Pour le musée new-yorkais, « nous étions extrêmement contraints par des questions politiques et les normes locales. Nous nous en sommes tirés en superposant les salles, comme l’autorisaient les règlements, et en trouvant la lumière grâce au décrochement de chaque élément ».

La liberté était bien plus grande à Lausanne, dit-elle, « mais il fallait imaginer un espace qui soit réellement partagé par chacune des écoles. Nous avons soulevé l’édifice pour permettre une entrée vraiment centrale, puis défini des zones spécifiques en créant des ouvertures dans le sol ou sur le toit ». Poétique, Kazuye Sejima sait aussi être pragmatique : « Lens n’est pas un projet très cher. » Quatre-vingts millions d’euros, 20 hectares de jardin compris. Lui fait-on remarquer qu’un premier appel d’offres auprès des entreprises fut infructueux en raison, dit-on, d’un bâtiment trop complexe, elle répond fermement : « Le second s’est révélé fructueux et inférieur de 20 % à ce qui avait été prévu. » Henri Loyrette est le premier défenseur d’un projet qui « déploie ses ailes de verre et de métal autour d’un pavillon central », d’un musée « ouvert qui ne dissimule rien de ses coulisses, rend ses réserves visibles et visitables, et qui, insistant sur la transparence et l’ouverture, exalte les diverses activités et les divers métiers qui le composent ». p Frédéric Edelmann

«Shaft», un thème musical à l’introduction légendaire

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chi-keu-tch-keu, tchi-keutchi-keu, tchi… » Ainsi débute, joué à la charleston – deux cymbales actionnées par une pédale – Theme From Shaft, chanson d’Isaac Hayes (1942-2008), qui ouvre le film Shaft (1971), de Gordon Parks. C’est l’une des introductions les plus célèbres au monde. De celles qui dans un jeu de devinettes fera hurler dès la première seconde : « C’est Shaft ! » « Tchi-keu-tch-keu… » Ecrit comme ça, cela n’a l’air de rien. La première frappe (« tchi ») a un léger accent, qui revient, moins marqué sur la troisième frappe (« tch ») ; les deuxième et quatrième frappes conservent l’impulsion, mais se font plus discrètes. Deux mesures à quatre temps. Arrive l’ouverture de la cymbale sur le deuxième temps de la troisième mesure, qui provoque un son du genre « schhh». L’homme, qui fait de ce motif métronomique un moment de pur bonheur soul et swing, est le batteur Willie Hall. Dans l’impulsion du « schhh », une phrase de guitare s’installe. Le son est déformé par une autre pédale, une « wah wah », ce qui indique bien ce qu’elle génère. Charles «Skip » Pitt est aux commandes. Un accord de piano, sombre, lourd, joué par Isaac Hayes. La basse (James Alexander) qui donne de l’ampleur à l’accord. Une flûte, un orgue, une section de cuivres, des cordes… La voix d’Hayes, grave, caressante, qui va dire : « Who’s the black private dick/That’s a sex machine to all

the chicks ? » Et les chœurs de répondre : « Shaft! » Cette chanson est un modèle de tempo exact, de construction dramatique, d’arrangement et d’interprétation. Le savoir-faire d’Hayes, maître en soul music et funk nourris de blues, est à ses sommets. Hayes, qui aurait voulu jouer le rôle de l’inspecteur John Shaft dans le film, s’est consolé avec le seul morceau numéro un de toute sa carrière et un Oscar pour sa chanson et l’album qui regroupe les quatorze compositions.

Violences à Harlem Paru le 23 juillet 1971, peu après la sortie du film aux Etats-Unis – énorme succès mondial –, l’album Shaft a été réédité à plusieurs reprises en CD. Mais jamais aussi bien que dans cette nouvelle «Deluxe Edition ». Sans inédits – à l’exception d’un mixage millésimé 2009 du Theme From Shaft– mais en misant sur la qualité sonore. Des aigus d’une précision rare, les basses enrobantes, les arrangements de cuivres et de cordes dans leur démesure. Pour l’essentiel instrumental, Shaft ne nécessite pas d’avoir vu le film. Ambiances au romantisme à outrance, poursuites et violences dans les rues d’Harlem – que développent les presque vingt minutes de l’halluciné Do Your Thing –, tout y est.p Sylvain Siclier Shaft, d’Isaac Hayes, 1 CD StaxConcord-Universal Music.


20 Culture

0123 Jeudi 31 décembre 2009

Georges Prêtre, baguette viennoise

Internet

Une plainte contre Google en Chine

Le chef d’orchestre dirigera, le 1er janvier, le concert du Nouvel An au Muzikverein Vienne (Autriche) Envoyée spéciale

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our la deuxième fois, le chef d’orchestre Georges Prêtre, 85 ans, dirigera le 1er janvier 2010 la manifestation musicale la plus médiatisée au monde : le concert du Nouvel An à Vienne, en Autriche. Il est le seul Français à avoir eu ce privilège. Il est aussi le doyen des chefs qui ont levé la baguette devant les musiciens de l’Orchestre philharmonique de Vienne un 1er janvier. Cet honneur, il l’explique par sa familiarité avec la phalange viennoise. Et la marque qu’il a tracée dans la ville. Nommé chef à vie des Wiener Symphoniker, l’autre orchestre de la capitale autrichien-

ne, pour ses 80 ans, Prêtre aime rappeler qu’il a dirigé son premier concert à Vienne en 1962 à la demande du grand Karajan. « C’était Capriccio, de Richard Strauss. Cela fait bientôt cinquante ans que je fais de la musique dans cette ville, alors vous comprendrez que je me sente un peu viennois… » C’est donc en toute logique que, un mois après avoir dirigé le concert du Nouvel An en 2008, les membres de l’orchestre l’ont invité pour 2010. « Impossible de refuser ! », explique-t-il. Le rituel est immuable à Vienne depuis le 1er janvier 1941, date officielle de la naissance du concert du Nouvel An. Ce sont les musiciens du Philharmoniker qui choi-

sissent leur chef et lui proposent valses, galops, ländler et polkas. « L’important est de ne pas répéter un programme avant cinq ans au moins, explique Georges Prêtre, à part la valse du Beau Danube bleu et la Marche de Radetzky. Cette année, grâce à l’anniversaire du compositeur Otto Nicolai, né en 1810, il y aura l’Ouverture des Joyeuses Commères de Windsor. » Le chef Daniel Barenboïm, qui dirigeait le concert du Nouvel An 2009 – son premier –, avait opté pour le finale de la Symphonie des adieux, de Haydn, en raison du 200e anniversaire de la mort du compositeur autrichien. « C’était une jolie idée pour le public, puisque les musiciens quittent un à un l’orchestre en soufflant leurs bou-

Nice Orchestre philharmonique, Philippe Bender (direction). Acropolis à Nice (Alpes-Maritimes), le 1er janvier à 11 heures. Salle des fêtes de Tourrette-Levens, le 2 janvier à 16 heures. Théâtre ClaudeDebussy à Cannes, le 3 janvier à 16 h 30. Tél. : 04-92-17-40-00.

Comble du kitsch Le message politique aurait été présent dès le 31 décembre 1939 sous la baguette de Clemens Kraus au moment de l’Anschluss : plébisciter la famille Strauss pour mieux affirmer une identité autrichienne face à l’invasion allemande. «Le concert du Nouvel An n’existerait plus s’il avait été un symbole nazi », entend-on souvent. Toujours est-il que, à l’époque, 36 % des membres de l’orchestre avaient déjà leur carte au Parti national-socialiste (45 % à la fin de la guerre) et que douze musiciens avaient été licenciés en raison des lois raciales et politiques. Si le concert du 1er janvier reste pour certains un comble du kitsch, son audience est planétaire. Outre les 1 750 privilégiés (sur plus de 70 000 demandes) assis sous les lustres de la salle dorée du Muzikverein de Vienne, plus d’un milliard d’auditeurs en suivront la diffusion sur les chaînes de télévision de 72 pays, dont la France. p Marie-Aude Roux

Grenoble Les Musiciens du Louvre-Grenoble, Marc Minkowski (direction). MC2 à Grenoble (Isère), le 3 janvier à 18 heures. Tél. : 04-76-42-43-09.

Le concert sera retransmis en direct sur France 2 et France Musique, ainsi que sur le site autrichien http://tvthek.orf.at Un CD sera disponible chez Decca dès le 7 janvier, et un DVD le 14 janvier.

Un Nouvel An musical dans plusieurs villes de France Strasbourg Orchestre philharmonique, Fayçal Karoui (direction). Palais de la musique à Strasbourg (Bas-Rhin), le 31 décembre à 20 heures. Tél. : 03-69-06-37-00. Mulhouse Orchestre symphonique, Daniel Klajner (direction). La Filature, à Mulhouse (Bas-Rhin), le 1er janvier à 17 heures. Centre culturel de Riedisheim, le 3 janvier à 17 heures. Tél. : 03-89-36-28-28. Rouen Orchestre de l’Opéra de Rouen Haute-Normandie, Oswald Sallaberger (direction). Au Zénith de Rouen, le 1er janvier à 16 heures. Tél. : 02-99-78-48-78. Montpellier Orchestre national, Alain Altinoglu (direction). Opéra Berlioz-Le Corum à Montpellier

(Hérault), le 1er janvier à 12 heures. Tél. : 04-67-60-19-90. Pau Orchestre de Pau Pays de Béarn, Fayçal Karoui (direction). Au Zénith de Pau (Pyrénées-Atlantiques), le 3 janvier à 11 heures et à 17 heures. Tél. : 05-59-80-77-50. Lyon Orchestre de l’Opéra de Lyon, Kazushi Ono (direction). Opéra national de Lyon (Rhône), le 1er janvier à 16 heures. www.opera-lyon.com Toulouse Orchestre national du Capitole, Joseph Swensen (direction). La Halle aux grains à Toulouse (Haute-Garonne), le 1er janvier à 18 heures. Tél. : 05-61-63-13-13. Nantes Orchestre national des

Pays de la Loire, Sascha Goetzel (direction). Cité des Congrès à Nantes (Loire-Atlantique), le 31 décembre à 19 h 30. Centre des Congrès à Angers (Maine-et-Loire), le 1er janvier à 17 heures. Tél. : 02-41-24-11-20.

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gies », raconte Georges Prêtre. Ce dernier ajoute qu’il n’est pas « opposé au fait que l’on profite de l’audience mondiale du concert pour délivrer un message politique ». Il fait allusion aux paroles de Barenboïm, qui avait « espéré que 2009 serait l’année de la paix dans le monde et de la justice humaine au Moyen-Orient ».

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Ventes aux enchères Les commissionnaires de l’Hôtel Drouot sous surveillance L’Hôtel Drouot, à Paris, principale place de ventes aux enchères en Europe, vient d’annoncer avoir restreint l’activité de ses commissionnaires, après la mise en examen de huit d’entre eux, et d’un commissairepriseur, pour « vols en bande organisée et recel » et « association de malfaiteurs ». Les commissionnaires sont chargés d’enlever les objets d’art chez le vendeur et de les livrer au commissaire-priseur, puis à l’acheteur. Drouot leur interdit désormais de « procéder à des achats comme à des ventes d’objets à Drouot, même s’ils ont la qualité de commerçants ». L’Hôtel Drouot ajoute qu’« un nouveau train de mesures » est à l’étude. Des vols de centaines d’objets de valeur modeste ont été constatés début décembre. Selon les enquêteurs, les mis en examen escamotaient les objets lors des déménagements. Le vol d’un tableau de Courbet, en 2004, et la plainte qui a suivi ont mis la police sur leur piste. – (Reuters.)

Littérature Un livre attendu sur Günter Grass à partir de son dossier de la Stasi Un livre sur l’écrivain allemand Günter Grass, 82 ans, sera publié en mars, sur la base de témoignages d’espions de la Stasi, la police secrète de l’ex-RDA, a annoncé, le 29 décembre, l’éditeur Christoph Links. Günter Grass en ligne de mire – les archives de la Stasi a été écrit par Kai Schlüter qui a consulté plus de 2 000 documents rédigés par des « informateurs non officiels » (écrivains, gens de théâtre ou éditeurs), qui collaboraient avec la police secrète, lors des nombreuses visites en Allemagne de l’Est de l’auteur du Tambour et Prix Nobel de littérature. La Stasi a ouvert un dossier Grass en 1961, sous le nom de code « Bolzen », lorsqu’il a publié une lettre ouverte critiquant la construction du mur de Berlin la même année. « Grass était incroyablement connu en RDA », même si ses livres y ont été interdits pendant des décennies, raconte M. Schlüter. Selon ce dernier, l’écrivain « dit n’avoir jamais remarqué » qu’il était entouré d’espions. – (AFP.)

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Paris sous les eaux A l’occasion du centenaire de la grande crue de la Seine, la

Mairie de Paris présente une exposition « Paris inondé 1910 », du 8 janvier au 28 mars 2010. Plus de deux cents documents inédits restituent la capitale pendant cette période de crue qui commença le 20 janvier et atteignit son maximum le 28 janvier : douze des vingt arrondissements sont inondés, les six lignes de métro sont pleines d’eau. On ne circule plus : il n’y a plus ni métro, ni tramway, ni même bateaux car il n’est plus possible de passer sous les ponts. On ne s’éclaire plus, faute de gaz et d’électricité. On ne communique plus, car l’eau s’est engouffrée dans la galerie du réseau souterrain qui abrite la transmission par pneumatique ainsi que les câbles du téléphone. Il fait très froid et on ne peut plus se chauffer, les caves où l’on stocke le charbon étant inondées. Des barques sont réquisitionnées pour les transports d’urgence ou le ravitaillement des habitants des 20 000 immeubles sinistrés. De vieux omnibus tirés par des chevaux sont remis en service, mais nombre de ces animaux mourront de pneumonie ou de tuberculose. La capitale offre un aspect inédit qui la fait surnommer « Paris-Venise » et d’innombrables photographes couvrent l’événement. p Rafaële Rivais

Quai des Grands-Augustins, Paris 6e. ALBERT CHEVOJON/BHVP/ROGER-VIOLLET

« Paris inondé 1910 ». Du 8 janvier au 28 mars 2010, du mardi au dimanche de 13 heures à 19 heures. Galerie des bibliothèques - Ville de Paris, 22, rue Malher, Paris 4e. Paris.fr.

Rue Bonaparte, Paris6e, à dos d’homme. WORLD’S GRAPHIC PRESSE/BHVP/ROGER-VIOLLET

Randonnée «solidaire» en pays dogon Reportage Pas toujours facile d’aller à la rencontre des populations quand on voyage en groupe Voyage

Un tourisme «durable»?

Pays dogon (Mali) Envoyé spécial

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Les randonneurs «solidaires» reversent 4% du prix de leur voyage en faveur de projets de développement Dans la lumière matinale, les cases de terre cuite se confondent avec la roche. Seuls les toits de chaume, qui recouvrent les greniers où l’on entrepose le mil, témoignent de la présence d’un village. Le guide, Moïse Témé, ordonne un arrêt : « Cette roche est un lieu sacré. Passer à proximité offenserait les villageois », signale-t-il. Les traditions dogonnes, qui s’appuient sur une cosmogonie, ou vision du monde, à nulle autre pareille, ont fait le bonheur de bataillons d’ethnologues. Intitulée « Sur les pas de monsieur le maire », cette randonnée d’une semaine organisée par La Balaguère, un tour-opérateur spécialisé dans les excursions à pied, propose une approche « solidaire » du pays dogon. Ali Dolo, le maire de la commune de Sangha, qui regroupe 56 villages et 32 000 habitants, propose des rencontres avec les villageois. Jour après jour, lorsqu’il peut se dégager de ses obligations, le maire guide les randon-

A chaque village dogon correspond un nom de famille. Ici, à Yendouma-Sogol, tous les habitants s’appellent Témé. GRÉGORY ROHART neurs à travers sa commune, discutant ici avec les sages d’un village, s’inquiétant là de la construction du futur collège, saluant au passage ses administrés. Les voyageurs, de leur côté, s’engagent à un comportement responsable. Ils renoncent ainsi à se montrer généreux avec les enfants qui ne cessent de récla-

mer un Bic ou des bonbons. Le don, explique-t-on à La Balaguère, favorise la mendicité au détriment de l’école, et génère, à terme, des trafics ou un racket organisés par les plus grands. En revanche, le groupe déposera, à la fin du séjour, des médicaments inutilisés au petit hôpital de Sangha. Les randonneurs « solidaires » rever-

Carnet de route N i ge r

a douche, prise avant l’aube à la lueur d’une lampe frontale, se limite à un seau d’eau que l’on se vide progressivement sur le corps. Pour les toilettes, on est prié d’emporter son papier et de le brûler après usage. Et, au petit déjeuner, on a le choix entre deux marques mondialisées mais bon marché, Nescafé et Lipton, assorties d’un peu de confiture de goyave étalée sur une tranche de pain sans saveur. Pas facile de voyager « solidaire ». Les petits tracas sont oubliés lorsque, une heure plus tard, la dizaine de randonneurs français ayant opté pour ce voyage spartiate et respectueux des populations locales découvrent, sous le soleil naissant, la beauté des paysages façonnés par les Dogons. Ce peuple de cultivateurs occupe une région située au centre du Mali, de part et d’autre d’une « falaise » d’environ 200 mètres de dénivelé qui sépare le plateau de grès de la savane sablonneuse. Le chemin, tracé par des générations de paysans, s’impose comme une évidence. On traverse sur de minuscules rebords de terre des plantations d’oignons d’un vert éclatant, arrosées à longueur de journée par des femmes qui portent parfois leur dernier-né dans le dos.

Kendié Bamba

Sévaré

Mopti

P l a tea u d e B a n d i a ga ra

Sangha P A Y S

Bandiagara

AFRIQUE

Dourou

D O G O N Plaine du Se n o - G o n d o

MALI Bamako

Ouo 20 km

Y aller Le Quai d’Orsay déconseille les voyages dans le nord et l’est du Mali. Toutefois, le pays dogon, situé à plus de 900 km, n’est pas concerné. L’aéroport de Mopti, situé à une centaine de kilomètres de Sangha, est desservi de France de novembre à mars. Vol hebdomadaire de Point Afrique à 515 ¤ aller-retour. Transfert en minibus. De nombreux touropérateurs proposent des randonnées à pied, celle intitulée « Sur les pas de monsieur le maire » est prévue de janvier à mars (1 170 ¤ tout compris). Y loger Hébergement possible chez l’habitant ou dans des campements communautaires. Les

Koro Bankass

recettes sont affectées à des projets de développement. Même sans passer par un touropérateur, il est conseillé de solliciter un guide dogon. A lire « Mali » (Hachette Tourisme, 2009, 270 p., 14,50 ¤). « Mali » (Viatao, 2009, 351 p., 24,90 ¤). « Mali » (Olizane, 2007, 316 p., 23 ¤). Renseignements La Balaguère : Tél. : 05-62-97-46-46, Labalaguere.com. L’Harmattan Solidaire : Harmattansolidaire.com. Point Afrique : Point-afrique.com. Office du tourisme malien : Tourist-office.org.

sent enfin 4 % du prix de leur voyage (hors billet d’avion), soit une trentaine d’euros environ, en faveur de projets de développement gérés par L’Harmattan Solidaire, une structure de droit malien créée par le guide Moïse Témé et le Français Yannick Salaün, voici dix ans. « En 1999, nous travaillions pour une seule agence et accueillions 90 touristes. Dix ans plus tard, nous recevons dix agences et 900 clients », affirme M. Salaün. La somme récoltée, autour de 10 000 euros par an, sert, dans les villages traversés par les randonneurs, à payer un instituteur, à soigner un diabétique, à octroyer un microcrédit à des femmes ou à financer un troupeau de zébus qui fournira un revenu d’appoint. Certains clients sont sensibles à cette forme de solidarité. Dominique, employé de banque à Bordeaux, soucieux du développement des pays pauvres, est venu découvrir le pays dogon avec sa compagne. « Cela fait dix ans que je voyage ainsi, avec La Balaguère. Cela me correspond bien », témoigne-t-il. Anne-Marie, une jeune grandmère dynamique et organisée, qui vit à Angers, se méfie, pour sa part, de l’allocation de 4 % à des projets locaux : « On ne sait jamais vraiment ce que les ONG font de l’argent », dit-elle. Elle a surtout choisi ce voyage parce qu’elle espérait, grâce au maire, pouvoir entrer en relation avec les habitants. La randonneuse regrette toutefois de n’avoir pu effectuer, sur place, de « vraies rencontres » avec des Maliens. Le voyage en groupe, il est vrai, ne favorise pas les échanges. « Idéalement, il faudrait voya-

ger à deux ou à quatre, maximum », reconnaît Yannick Salaün. Installé depuis dix ans au Mali, le fondateur de L’Harmattan Solidaire observe les malentendus sur lesquels repose la relation touristique, qu’elle soit solidaire ou pas. « Les Africains ont énormément de mal, par exemple, à comprendre que les Blancs puissent payer pour marcher », remarque-t-il. p Olivier Razemon

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LE 19 DÉCEMBRE, à l’occasion de l’ouverture d’une ligne aérienne hebdomadaire entre Paris et Timimoun – une oasis de 20 000 habitants située dans le désert algérien –, le voyagiste Point Afrique a invité une vingtaine de tour-opérateurs à débattre du concept de tourisme durable. Animés par la géographe Sylvie Brunel, les débats ont souligné la difficulté de concilier tourisme et développement durable. «On crée des fantasmes à travers les magazines et les catalogues. Comment les visiteurs peuvent-ils participer à la préservation du patrimoine ?», s’interroge Christophe Leservoisier, fondateur du voyagiste Atalante et auteur d’une « charte éthique du voyageur ». Pour Maurice Freund, fondateur de Point Afrique, «le tourisme n’a de sens que si ce n’est plus du tourisme, mais une rencontre avec d’autres personnes, d’autres pensées». Que faire, toutefois, lorsque les guides, cuisiniers et chameliers formés sur place se retrouvent au chômage, parce que la destination n’est plus à la mode ou qu’elle se heurte à un risque politique ? Enfin, même si tous les touropérateurs proclament leur adhésion à des principes écologistes, certains groupes de randonneurs abandonnent encore, paraît-il, leurs déchets dans le désert mauritanien ou algérien. p O. R.


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Les conditions resteront très humides avec beaucoup de grisaille et des pluies encore fréquentes. Des orages éclateront de la Côte d'Azur à la Corse. Au nord de la Seine, la pluie se transformera progressivement en neige. Il neigera surtout en soirée jusqu'au Bassin Parisien. Le soleil se montrera près du Golfe du Lion. Les températures baisseront par le nord.

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Documentaire (France, 2009) U s. 22.30 et 2.05 Soir 3. 22.55 Un fil à la patte. Pièce de Georges Feydeau. Mise en scène de Pierre Mondy. Enregistré au Théâtre du Palais Royal en 1990. Avec Christian Clavier s. 1.00 Gonzales non stop (125 min).

CANAL + 20.45 Rugby. Top 14 (16e journée) : Toulouse - Perpignan. 22.40 Jour de rugby. Magazine. 23.25 Présumé coupable p Film Peter Hyams. Avec Michael Douglas, Jesse Metcalfe, Amber Tamblyn (2009, 100 min) U s.

ARTE 20.45 Les Mercredis de l’Histoire. The War [6 à 8/14]. Mission sans retour. Nos fils, fierté de la nation. Tous volontaires. Documentaire. Ken Burns (Etats-Unis, 2007). 23.25 Héros Film Bruno Merle. Avec Michaël Youn, Patrick Chesnais, Elodie Bouchez (Fr., 2007, 115 min) s.

Film Raja Gosnell. Avec Sarah Michelle Gellar s. 22.10 Tom et Jerry. Dessin animé s. 22.55 et 3.40 Soir 3. 23.20 La Cage aux folles p Film Edouard Molinaro. Avec Michel Serrault, Ugo Tognazzi (Fr. - It., 1978, 95 min) s.

CANAL + 20.45 King Guillaume Film Pierre-François Martin-Laval. Avec PierreFrançois Martin-Laval, Florence Foresti (2009) s. 22.10 L’Emmerdeur Film Francis Veber. Avec Patrick Timsit (2008) s. 23.35 Agathe Cléry Film Etienne Chatiliez. Avec Valérie Lemercier, Anthony Kavanagh (France, 2008, 105 min) s.

ARTE 20.50 La Ruée vers l’or ppp Film Charles Chaplin. Avec Charles Chaplin, Mack Swain, Malcolm Waite (1925, muet, N.) s. 22.00 Le Kid ppp Film Charles Chaplin. Avec Charles Chaplin, Jackie Coogan (EU, 1921, muet, N., v.o.) s. 22.55 Fiesta Cubana, réveillon 2009. Concert au Tropicana, à La Havane. 0.25 Charlot. La Vie et l’Art de Charles Chaplin (2003, 130min) s.

M6 20.40 Disney Party. En attendant minuit Divertissement s. 0.10 Concert pour la tolérance à Agadir. Enregistré le 17 octobre 2009. Avec Marc Lavoine, Natalie Imbruglia (120 min).

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8

Moyen

Compl´ etez toute la grille avec des chiffres allant de 1 ` a 9. 5 8 Chaque chiffre ne doit ˆ etre utilis´ e qu’une 6 3 1 seule fois par ligne, par colonne et par 9 4 carr´ e de neuf cases. http://yangeorget.blogspot.com/2009/12/sudokus.html

V VI VII VIII IX

Les résultats du Loto sont publiés dans nos éditions datées dimanche-lundi, mardi, mercredi et vendredi. Tous les jours Mots croisés et sudoku ; Samedi daté dimanche-lundi Echecs

X Horizontalement

I. Rassemble les fidèles en prière. II. Haut plateau au Venezuela. Supportera avec beaucoup de difficultés. III. Des banalités bien évidentes. Homme de paille. IV. Lancées sur les ondes. Boîte à images. Belle enfant d’Inachos. V. Possessif. A la même maman que ses frères et sœurs. VI. Tes proches. Mise sous protection pour la transmettre aux suivants. VII. Pour tout voir à l’intérieur. Pousse dangereusement à mieux faire. Auxiliaire. VIII. Mises à nu après coup de feu. IX. En mains. A en tête. X. Suivis avec beaucoup de tristesse.

Verticalement

1. Ce n’est pas lui qui sautera le premier. 2. Pour faire pousser les petites graines. Préposition. 3. Très grosse fatigue. 4. Cause des dommages. Ses lecteurs attendaient toujours la suite. 5. Ne mènent nul part. 6. Maladies d’amour. Membre de la Chambre. 7. Baie nippone. Dépasse la bonne mesure. 8. Donna du brillant. Doublé pour communiquer en brousse. 9. Galbés au centre. Laisse passer la lumière. 10. Accord au nord. Sans effets. Boisson anglaise. 11. Me rendrai. Crient en forêt. 12. Toujours en répétitions. Philippe Dupuis

Solution du n° 09 - 311 I. Récupérateur. II. Exérèse. Hure. III. Valentine. Is. IV. Age. Dut. Sent. V. Nervures. Sar. VI. Crie. Griotte. VII. Héritées. VIII. An. Etain. IX. Ravenne. Edit. X. Dièse. Néréis.

Mercredi30décembre Jeudi 31 décembre FRANCE CULTURE

Retrouvez nos grilles sur www.lemonde.fr

Horizontalement

20.35 Le Crazy s’enflamme.

talent. La Finale Divertissement. 22.40 « La France a un incroyable talent », ça continue. Divertissement 23.30 Juste pour rire. Comment bien rater ses vacances ? (180 min).

Achetez 42 jours avant le départ. Tarif hors frais de service, soumis à conditions, au départ de Paris. by Air France : signé Air France.

Mots croisés n˚09-312 2

FRANCE 3

20.40 La France a un incroyable

Les jeux

1

Invités : Marie Drucker, Dany Brillant, Daniela Lumbroso, Liane Foly, Kamel Ouali, Dave... s. 1.00 Stomp Out Loud. Spectacle au Casino de Paris, en 2008 (45 min) s.

M6

ALLER SIMPLE

airfrance.fr

5 9

FRANCE 2

20.40 Scooby Doo 2.

Iles Britanniques Neige sur une grande partie du territoire Ajaccio

35 km/h

0 101

Rabat Front froid

Athènes

Tunis Tunis

Dépression

Front chaud

Perpignan 10 17

D

Téléfilm. Stéphane Clavier. Avec Christine Citti, Juliette Arnaud, Samuel Theis (Fr., 2009) s. 22.15 Panique dans l’oreillette. Best of Présenté par Frédéric Lopez (180 min) s.

Istanbul

Alger

Anticyclone

Du 31 Invités : François Berléand, Ophélie Winter, Patrick Bosso, Bruno Guillon, Jonathan Lambert... 0.25 Toute la musique qu’on aime. Spécial Bonne Année Invités : Patrick Timsit, Garou, Marc Lavoine, Nolwenn Leroy... (120 min).

20.35 Drôle de famille !

Bucarest

Sofia

Rome

1000

10 20

ELA 2009 Invités : Zinedine Zidane, Tokio Hotel, Grégoire, la troupe de « Mozart, l’opéra rock ». Helmut Fritz, Charlie Winston, Calogero... 23.00 New York, section criminelle. Série. Aller simple pour l’enfer V. Le Rideau tombe U (S5, 12 et 16/22). Avec Chris Noth s. 0.30 Preuve à l’appui. Série. Jeunes filles sans histoire (S6, 9/17, 50 min) V s.

FRANCE 2

Ankara

Séville

5 12

Toulouse

Barcelone Barcelone

Madrid

Bordeaux

Biarritz

995

Lisbonne Lisbonne

Grenoble

75 km/h

Zagreb Belgrade

Milan

2 7

20.45 Les 100 Plus Grands...

20.35 « Le Grand Cabaret » sur son 31.

Budapest

Berne

Odessa

Chamonix

70 km/h

Kiev

TF 1

20.45 La Chanson de l’année.

Munich Vienne

Paris

7 10

Dijon

Poitiers

7 10

Londres

Besançon

6 11

Limoges

1005

Moscou

Copenhague

100 Minsk 0 Amsterdam Berlin Varsovie Prague Bruxelles

Dublin

1010

6 8

St-Pétersbourg

Riga Edimbourg

Strasbourg

Helsinki

Oslo Stockholm

Metz

Rennes Nantes

1005

5

7 9

PARIS

5 6

6 9

A

Châlonsen-champagne

4 4

Caen Brest

www.meteonews.fr

4 2

Rouen

Mercredi30décembre Jeudi 31 décembre TF 1

Amiens

0123 Jeudi 31 décembre 2009

Les soirées télé

> 35°

0 103

10 20

60 km/h

30 à 35°

D

31.12.2009 12h TU

10 25

70 km/h

25 à 30°

Reykjavik

3 2 6 6

20 à 25°

En Europe

Lille Cherbourg

15 à 20°

10 1

< -10°

Ecrans

Rédaction : 80, boulevard Auguste-Blanqui,75707 Paris Cedex 13 Tél. : 01-57-28-20-00 ; télex : 202806F ; télécopieur : 01-57-28-21-21 Courrier des lecteurs : par télécopie : 01-57-28-21-74 ; Par courrier électronique : courrier-des-lecteurs@lemonde.fr Médiatrice : mediateur@lemonde.fr Abonnements : par téléphone : de France 0-825-000-778 (0,15 TTC/min) ; de l’étranger : (33) 3-44-31-80-48. Sur Internet : www.lemonde.fr/abojournal/ Changement d’adresse et suspension : 0-825-022-021 (0,15 TTC/min) Tarif 1 an : France métropolitaine : 394 ¤ Internet : site d’information: www.lemonde.fr finances : http://finance.lemonde.fr Emploi : www.talents.fr/ Immobilier: http ://immo.lemonde.fr Documentation : http ://archives.lemonde.fr Collection : Le Monde sur CD-ROM : CEDROM-SNI 01-44-82-66-40 Le Monde sur microfilms : 03-88-04-28-60

19.03 Le Rendez-Vous. Le Journal de la culture. 20.00 A voix nue. Henri Mendras, sociologue [3/5]. 20.35 Fiction/Feuilleton. 21.00 Cultures de soi, cultures des autres. 22.00 Journal. 22.15 Hors-champs. Christian Lacroix, l’oiseau de feu [3/5]. Invités : Christian Lacroix, Patrick Bensard, Lucien Clergue, Olivier Saillard, Patrick Mauriès. 23.00 Les Passagers de la nuit. 23.50 Du jour au lendemain. 0.30 Les Nuits de France Culture.

FRANCE CULTURE 19.03 Le Rendez-vous. Le Journal de la culture. 20.00 A voix nue. Henri Mendras, sociologue [4/5]. 20.35 Fiction/Feuilleton. L’Amour des mots - Marina Tsvetaieva et Boris Pasternak : une correspondance russe [9/10]. 21.00 La Fabrique de l’humain. 22.00 Journal. 22.15 Hors-champs. Christian Lacroix, l’oiseau de feu [4/5]. Invités : Patrick Bensard, Christian Lacroix, Lucien Clergue, Olivier Saillard, Patrick Mauriès. 23.00 Les Passagers de la nuit. 23.50 Du jour au lendemain. 0.30 Les Nuits de France Culture.

FRANCE MUSIQUE 17.45 Histoire de... L’Opéra bouffe Chapitre 13, l’opéra buffa italien au XIXe siècle. 18.00 Le Magazine. Avec Hugo Reyne, chef de la Symphonie du Marais. 19.00 Journal. 19.10 Open jazz. Art Tatum, 100 ans. 20.00 Hommage à Geneviève Joy-Dutilleux. Œuvres de Schumann, Debussy, Bizet, Poulenc, Ravel, Ohana, Auric et Dutilleux. 22.30 Couleurs du monde. La Musique traditionnelle à l’île de la Réunion. Invités : Alain Courbis, Fanie Précourt. 0.00 Chant des toiles. Magazine. Coco Chanel et Eaux Troubles. Invité : Jan Kounen.

FRANCE INTER 19.15 Les Questions du mercredi. 20.05 L’Humeur vagabonde. Invité : Luis Sepulveda. 21.05 Sur la route. 22.00 et 23.00 Flash. 22.10 C’est Lenoir. Concert du groupe Bat For Lashes, enregistré lors du dernier Festival Inrocks à l’Olympia. 23.15 Allô la planète.

FRANCE MUSIQUE 18.00 Le Magazine. Invitée : Daniela Langer. 19.00 Journal. 19.10 Open jazz. Art Tatum, 100 ans. 20.00 L’Etoile. Opéra bouffe de Chabrier. Par le Chœur du Grand Théâtre et l’Orchestre de la Suisse romande, dir. Jean-Yves Ossonce, Ching-Lien Wu, chef de chœur, Jean-Paul Fouchécourt (le Roi Ouf 1er), René Schirrer (Siroco), Jean Doyen (Hérisson de Porc-Epic), Fabrice Farina (Tapioca), Marie-Claude Chappuis (Lazuli), Sophie Graf (la Princesse Laoula), Blandine Staskiewicz (Aloès), Frédéric Longbois (chef de la police). 22.30 20e Parallèle. Musique du XXe siècle sur le thème du « Sourire ». 0.00 Boudoir et autres.

FRANCE INTER 19.15 Le téléphone sonne. 20.05 L’Humeur vagabonde. 21.05 Sur la route. 22.00 et 23.00 Flash. 22.10 C’est Lenoir. 23.15 Allô la planète.

RADIO CLASSIQUE Verticalement

1. Revanchard. 2. Exagéré. Ai. 3. Céleri-rave. 4. Ure. Veines. 5. Pendu. Ne. 6. Esturgeon. 7. Réitèré. En. 8. Sise. 9. Thés. Ter. 10. Eu. Estrade. 11. Urinât. III. 12. Restreints.

RADIO CLASSIQUE 19.30 La Collection Radio Classique. L’Opéra italien (Bellini, Verdi, Rossini). 20.00 Un dîner en musique. Le meilleur de la musique classique. 0.00 Passion Classique. Les meilleures émissions depuis septembre 2009. Invité : Jean-Didier Vincent.

18.00 Passion classique. Spécial réveillon. 19.30 La Collection Radio Classique. La Famille Strauss. 20.00 Un dîner en musique. Le meilleur de la musique classique. 0.00 Passion Classique. Spécial réveillon. Invité : Yves Lecoq.


Carnet 23

0123 Jeudi 31 décembre 2009

Le Carnet Faites part de vos événements par téléphone : 01 57 28 28 28 par e-mail : carnet@mondepub.fr par fax : 01 57 28 21 36 au journal ou par courrier : Le Monde - Le Carnet 80 boulevard Auguste Blanqui 75707 Paris cedex 13

Tarifs 2009 (prix à la ligne) Naissances, Anniversaires de naissance, Mariages, Fiançailles… : 18 TTC Décès, remerciements, Avis de messe, Anniversaires de décès, Souvenirs : 24 TTC Thèses : 15 TTC Réduction abonnés Un justificatif d’identité sera demandé.

Vous pouvez nous transmettre vos annonces la veille pour le lendemain : • du lundi au jeudi jusqu’à 19 h ; • le vendredi jusqu’à 17 h ; • le samedi et jours fériés jusqu’à 16 h.

01 57 28 28 28

Mme Bernard Chadenet, née Françoise Chêne-Carrère, son épouse, Laurence et Virginie Chadenet, ses filles, Damien Chalumeau, Clément et Florence Chalumeau, Mélanie Chadenet, ses petits-enfants, Margot Chalumeau, son arrière-petite-fille Et toute sa famille, ont la tristesse d’annoncer le décès de

M. Bernard CHADENET, officier de la Légion d’honneur, dans sa quatre-vingt-quinzième année. La cérémonie religieuse aura lieu le jeudi 31 décembre 2009, à 15 heures, en l’église Saint-François-Xavier, à Paris 7e. Ni fleurs ni couronnes. Dons à l’Association pour le droit de mourir dans la dignité. Une messe sera célébrée à son intention dans le courant du mois de janvier 2010, à Paris. La date sera précisée ultérieurement. François, Jacques et Vincent Chavanes, ses enfants, Jocelyne, Sophie et Domitille, ses belles-filles, Nathalie, Aude, Xavier, Alice, Léna et Léontine, ses petits-enfants, Les familles Hallauer, Maurel, Berger, Chavanes, du Bay, Alouis, Curtillet, Chripounoff, Tous ses amis du Groupe accueil et solidarité (GAS), ont l’immense tristesse de faire part du décès de

AU CARNET DU «MONDE»

Michelle CHAVANES, née MADON,

Naissances Sarah, Antoine et Marco ont l’immense bonheur de faire part de la naissance de la p’tite sœur

Marie, Pénélope SPYRIDAKIS, le 15 décembre 2009. Familles Spyridakis et Coquery. Pascal (†) et Brigitte (†) SEUX, Gilles et Marie-Claire (†) CALAMAND, sont heureux d’annoncer la naissance, le 15 décembre 2009, de

Timothée,

le 28 décembre 2009, à Orléans. Une cérémonie religieuse aura lieu le lundi 4 janvier 2010, à 10 h 30, en l’église Saint-Martin, rue de la République, à Meudon. Selon la volonté de Michelle, ni fleurs ni couronnes. Ceux qui le souhaitent peuvent marquer leur affection en faisant un don au GAS, 17, place Maurice Thorez, 94800 Villejuif. Site Internet : www.gas.asso.fr

Michelle CHAVANES,

Heureuse VIE au petit prince !

survenue le lundi 28 décembre 2009.

Félicitations aux parents.

Ses obsèques auront lieu le lundi 4 janvier 2010, à 10 h 30, en l’église Saint-Martin, rue de la République, à Meudon (Hauts-de-Seine).

Décès Couquie Schlumberger, Caroline et Elli Adrian, Nathalie, Christian, Alexandre et Benjamin Barth, ont la tristesse de faire part du décès de

Philippe ADRIAN, survenu le 24 décembre 2009. L’inhumation a eu lieu à Morsiglia (Haute-Corse). Nos remerciements à tous ceux qui nous ont témoigné leur affection. Le docteur Francis Bolgert, son fils, Adrien et Pauline, ses petits-enfants, Les familles Bolgert, Sèbe et alliées, ont la tristesse de faire part du décès de me

M Marc BOLGERT, née Nicole SÈBE,

survenu le 18 décembre 2009, dans sa quatre-vingt-treizième année. La crémation a eu lieu dans l’intimité, au cimetière du Père-Lachaise. Un culte d’action de grâce sera célébré le mercredi 6 janvier 2010, à 16 heures, en l’église réformée de Paris-Luxembourg, 58, rue Madame, Paris 6e. La famille tient à remercier Mmes Fatima Belgrine, Smilja Obradovic et Virginie Sitha pour leur dévouement et gentillesse. Ne soyez pas tristes. Thessaloniciens 4 : 13. 20, rue des Canettes, 75006 Paris. Jean-Lin, Louis-Marie, Jeanne-Yvonne, Marie-Emilie, Jean-Baptiste et Marie-Charlotte Hamel, ses enfants, Ses quatorze petits-enfants Et ses six arrière-petits-enfants, ont la tristesse de faire part du décès de

M. Jean-Louis HAMEL, qui s’est éteint le dimanche 27 décembre 2009, à l’âge de quatre-vingt-treize ans. Famille Hamel, 106, avenue des Frères Le Gall, 22310 Plestin-les-Grèves.

Olivier Joël, et son épouse, Marie-Eve, Constance Wenger et son époux, Odilon, ses enfants, Elisabeth, Alexandre, Clotilde, Clément, Adrien et Laurence, ses petits-enfants, Jules, Raphaël, Eliott et Lune, ses arrière-petits-enfants, Nicolas Joël, directeur de l’Opéra national de Paris, Emmanuel Joël, ses neveux, ont la douleur de faire part du décès, le 28 décembre 2009, de

Mme Henriette JOËL,

née Henriette ROUSSET, officier de la Légion d’honneur, fondatrice de l’Association des amis du musée d’art moderne de la Ville de Paris,

Avec son mari, Jean CHAVANES, décédé en 2004, fidèle à l’appel du GAS « L’Etranger est un ami que tu ne connais pas encore », elle a consacré les trente dernières années de sa vie, à l’accueil des réfugiés devenus des amis. Groupe accueil et solidarité, 17, place Maurice Thorez, 94800 Villejuif. contact@gas.asso.fr http ://www.gas.asso.fr Montcaret. Arès. Ses enfants, Ses petits-enfants, Ses arrière-petits-enfants, ont la tristesse de faire part du décès de me

M France Régina CHORD, survenu le 28 décembre 2009, à Arès, à l’âge de quatre-vingt-seize ans. Ses obsèques seront célébrées dans l’intimité familiale. Ses cendres seront déposées auprès de celles de son époux, Jean, au cimetière de Beynac (Dordogne). Mme Castan, 43, rue Laharpe, 33110 Le Bouscat. Châtellerault (Vienne). Mme Arlette Descoueyte-Ravoire, son épouse Ainsi que toute la famille, ont l’immense douleur de faire part du décès de

M. Jean DESCOUEYTE, survenu à l’âge de quatre-vingt-quatre ans. La cérémonie a eu lieu dans l’intimité familiale. Cet avis tient lieu de faire-part. Le Berry, 9, avenue du Maréchal Leclerc, 86100 Châtellerault.

Mme Rolande Dulon, son épouse, Bernard et Layéfa Dulon, Sandrine et Daniel Ouaki, ses enfants, Victoire, Charles, Théo et Vadim, ses petits-enfants, ont la douleur de faire part du décès du

docteur Guy DULON, collectionneur et amoureux des arts, dans sa quatre-vingt-cinquième année. Les obsèques seront célébrées en l’église de Saint-Martin des Champs, à Paris 10e, le jeudi 31 décembre 2009, à 14 h 30, suivies de l’inhumation dans le caveau familial au cimetière du PèreLachaise, Paris 20e. Le Mury (Var). Jeanne, Anne Marzio, Jérôme, Florian Audemar, ont l’immense tristesse de faire part du décès de

dans sa quatre-vingt-huitième année. Elle rejoint son fils,

Jean-Marie MARZIO,

Rémi,

survenu le 25 décembre 2009, dans sa quatre-vingt-treizième année.

disparu accidentellement, dans sa vingtième année, le 25 mars 1967.

Cet avis tient lieu de faire-part.

La cérémonie religieuse sera célébrée le jeudi 31 décembre, à 11 heures, au Temple de l’Annonciation, 19, rue Cortambert, Paris 16e. L’inhumation aura lieu, dans l’intimité, au cimetière de Saint-Cloud. Rodolphe Joël, 30, avenue Alfred Belmontet, 92210 Saint-Cloud. Olivier Joël, 3, avenue Cicerone, 92210 Saint-Cloud. Constance Wenger, Vallon Seyreste, 84360 Mérindol. La Société des amis du musée d’art moderne de la ville de Paris, Guy Vidal, son président, Les membres du conseil d’administration Et l’ensemble du personnel, ont la tristesse de faire part du décès de

Les membres du Groupe accueil et solidarité (GAS) Et les réfugiés qui l’ont connue, ont la peine de faire part du décès de

au foyer de Aurélie CALAMAND et Yoann SEUX.

M. Rodolphe Joël, officier de la Légion d’honneur, son époux,

Mme Henriette JOËL,

fondatrice et vice-présidente de l’association. Ils présentent à sa famille leurs sincères condoléances. Jean-Pierre Duport, président de la Fondation Le Corbusier, Les membres du conseil d’administration, Michel Richard, directeur ont appris avec une très grande tristesse le décès de

Michel KAGAN,

architecte, membre du conseil d’administration de la Fondation depuis 1999. Ils s’associent à la douleur de sa famille et de ses proches. Le président du conseil d’administration, Le directeur, Les enseignants, Le personnel administratif et technique Et les étudiants de l’école nationale supérieure d’architecture de Paris-Belleville, ont la grande tristesse de faire part du décès de

Michel KAGAN,

architecte DPLG, architecte conseil d’Etat, professeur des écoles d’architecture, à Paris, le 28 décembre 2009. Mme Gérard le Maignan, son épouse, Christine, Béatrice, Isabelle, Pascal, Catherine, ses enfants, Jérôme, Jean-Marie, Philippe, Manuela, ses beaux-fils et sa belle-fille, Lili, Léo, Marie, Pierre, Olivier, Flaminia, Florent, Paul, Luisa, ses petits-enfants, Les familles de Guy le Maignan et de Jean Dehillerin, ont la tristesse de faire part du décès du

docteur Gérard le MAIGNAN,

Basile et Clémire Acélor, ses enfants, Eddy Nedeljkovic (Nedelkovski) et Thérèse Gabriel-Régis, ses parents, Kristel (Kenounjah) et Biljana Nedeljkovic, ses sœurs, Shirley (Djahmilee) Nedeljkovic, sa nièce, vous remercient des marques d’affection et de sympathie que vous leur avez témoignées lors du décès de

Karine NEDELJKOVIC-ACÉLOR, professeur de Lettres, dont les obsèques ont été célébrées à Pointe-à-Pitre, le 22 décembre 2009. Que ses amis, les personnels de l’Unité de soins palliatifs du Centre médico-social (Clinique Pitat) de Basse-Terre si attentifs et dévoués, les permanents et bénévoles de la Ligue contre le cancer (section Guadeloupe), ainsi que toutes les personnes qui l’ont accompagnée ou qui ont eu une pensée pour elle lors de ses obsèques, soient ici chaleureusement remerciés. 25, rue Hincelin, 97110 Pointe-à-Pitre.

née KWEKSILBER, psychanalyste,

Mme Guy TARDIEU, née Catherine RIBADEAU DUMAS, dans sa quatre-vingt-huitième année, le 27 décembre 2009, à Glos, Manoir de Colandon (Calvados). La célébration religieuse aura lieu jeudi 31 décembre, à 10 h 30, en l’église NotreDame de l’Assomption, 88, rue de l’Assomption, Paris 16e. Mme Anne Raymond, née Prunet, sa femme, M. et Mme Pierre Frézières, leurs enfants et petits-enfants, M. et Mme Jacques Raymond, M. et Mme Philippe Raymond, leurs enfants et petits-enfants, ses frères, sœur, beau-frère et bellessœurs, Mme Jacques Dorliat, née Prunet, ses enfants et petites-filles, sa belle-sœur, Marie-Françoise Frézières, sa filleule, Pierre-Marie Alibert, son filleul, ont la tristesse de faire part du décès de

M. Guy RAYMOND, ingénieur ESE 1953,

ont la tristesse de faire part du décès de

Anie PIQUET-TALARON, retraitée de France Télécom, survenu le 16 décembre 2009, à son domicile. L’incinération a eu lieu le 22 décembre 2009, au crématorium du Père-Lachaise. Ses cendres seront déposées au caveau familial à Caluire (Rhône). andre.talaron@wanadoo.fr Reims. Mme Françoise Zignol, son épouse, Valérie et Yves Hugerot-Zignol, sa fille et son gendre, Hélène et Martin Hugerot, Adrien Bretaudeau, ses petits-enfants Et toute la famille, ont l’immense tristesse de faire part du décès de

M. Maurice ZIGNOL, survenu le 25 décembre 2009, à l’âge de quatre-vingts ans. Ses obsèques ont eu lieu dans l’intimité familiale au cimetière de Launois-surVence (Ardennes). Cet avis tient lieu de faire-part. Condoléances sur www.pompes-funebres-galichet.com

Anniversaires de décès Le 31 décembre 1997,

survenu le 17 décembre 2009, à Paris. Un service religieux a été célébré en l’église Notre-Dame de la Drèche (Tarn), suivi de l’inhumation au cimetière de Taïx (Tarn). 37, rue de la Plaine, 75020 Paris.

François Hallazate AYVAYAN nous quittait. Il aurait eu quatre-vingt-dix ans cette année. Mémoire. Nous rappelons à votre souvenir,

Marie-Christine Brière, sa compagne, Maria Wittig, sa mère, Dominique Samson, sa fille, Ses proches Et toutes ses amies,

Gilberte WITTIG, (Gille),

nous a quittés le 26 décembre 2009.

le 28 décembre 2009, à 5 heures du matin.

De la part de Gérard Nicolini, son mari, Daniel Scheinfeld, son fils Et tous leurs amis.

La levée de corps aura lieu à 9 h 15, le lundi 4 janvier 2010, à la chambre funéraire de l’hôpital Saint-Antoine, 23, rue de Chaligny, Paris 12e.

11 bis, cité Riverin, 75010 Paris. danschein@hotmail.com

Une bénédiction aura lieu en l’église de la Madeleine, à Albi (Tarn), à 10 heures, le mardi 5 janvier, suivie de l’inhumation, à 11 h 15, au cimetière des Planques. Fleurs en bouquet uniquement.

Mme Yves Oberkampf de Dabrun, née Constance de Pourtalès, Ses enfants, Ses petits-enfants Et toute sa famille,

Nous tenons à remercier les équipes soignantes de l’hôpital Saint-Antoine qui l’ont accompagnée avec compétence et humanité.

ont la tristesse de faire part du décès, le 24 décembre 2009, à l’âge de quatre-vingt-dix ans, de

« On dit, tant je l’aimais qu’en elle encore je vis. » Monique Wittig, L’Opoponax.

Yves OBERKAMPF de DABRUN. L’inhumation a eu lieu au cimetière de Tournedos-sur-Seine, dans l’intimité familiale. Un culte d’action de grâces sera célébré le 6 janvier 2010, à 15 heures, en l’église réformé du Saint-Esprit, 5, rue Roquépine, Paris 8e. Mme Jean Peter, son épouse, Mme Denise Dupuis-Peter, M. et Mme Jacques Cagnat-Peter, M. et Mme Claude Peter, Leurs enfants et petits-enfants, M. et Mme Jean-Marie Anceaux, leurs enfants et petits-enfants,

La cérémonie religieuse sera célébrée le 5 janvier 2010, à 10 h 30, en l’église Saint-Jeanne-de-Chantal, porte de SaintCloud, Paris 16e.

ont la douleur de faire part du décès de

Ni fleurs ni couronnes, mais un don peut être fait aux « Orphelins d’Auteuil » (Fondation d’Auteuil, 40, rue Jean de la Fontaine, 75781 Paris Cedex 16). www.fondation-auteuil.org

ont la tristesse de faire part du rappel à Dieu de

André Talaron, son époux, Odette Piquet, sa belle-mère, Sa famille Et ses amis,

Yves-Rachid LEFORT, l’homme des voyages, qui nous quittait le 31 décembre 2007. Il irradie de nos larmes de neige. Sa maman, Ses amis.

ont la douleur de faire part du décès de

Alicia NICOLINI,

survenu le 25 décembre 2009, dans sa quatre-vingt-neuvième année.

Selon son souhait, il sera inhumé à Saint-Valery-en-Caux, le jour même, à 15 h 30.

Christine et Bernard Tardieu, Odile et Jean Tardieu, Danièle et Hubert Tardieu, Marie et Henri Tardieu, Marie-Christine et Marc Tardieu, Christine et François Tardieu, Geneviève et Bruno Tardieu, ses enfants, Ses vingt-trois petits-enfants et leurs conjoints, Ses dix-huit arrière-petits-enfants,

M. Jean PETER, survenu le 21 décembre 2009, en son domicile. La cérémonie religieuse et l’inhumation ont eu lieu dans la stricte intimité familiale. 31, boulevard d’Auteuil, 92100 Boulogne.

Cet avis tient lieu de faire-part.

Le 31 décembre 1999, mourait

Jean-Claude WASTABLE. Sa famille, Ses amis.

Communications diverses Institut universitaire d’études juives Elie Wiesel. Les cours « Mécénat d’art et philanthropie dans le judaïsme français XIXe-XXe siècles » Dominique Jarrassé. Quatre séances à partir du lundi 4 janvier 2010, à 17 h 30. «Talmud et capitalisme» Georges Hansel. Quatre séances à partir du lundi 4 janvier, à 19 h 15. « Trésor de l’art dramatique juif » Guila Clara Kessous. Quatre séances à partir du mercredi 6 janvier, à 18 heures. « Aux sources de la culture européenne : l’héritage hébraïque » David Banon. Quatre séances à partir du jeudi 7 janvier, à 19 h 15. « Séminaire de recherche : éthique biblique de l’environnement et développement durable » Jacques Goldberg. Quatre séances à partir du jeudi 14 janvier, à 19 heures. www.iuej.net 119, rue La Fayette, Paris 10e. Inscriptions : 01 53 20 52 61.


24 0123

Jeudi 31 décembre 2009

Les Américains en quête de modèle Lettre des Etats-Unis Corine Lesnes

C

e devait être l’année du changement. Il n’a pas eu lieu. Un an après l’élection de Barack Obama, les Américains réalisent qu’un homme, fûtil cet improbable messie (ou fût-il Arnold «Terminator» Schwarzenegger en Californie) n’y suffit pas. C’est le système qui est en cause. Le président aurait pu se battre un peu plus, dira-t-on. Il aurait pu s’entourer de moins d’« insiders », ces professionnels de la politique, qui font ressembler sa présidence à celle de Clinton. Mais il est clair que le système politique s’essouffle. Rarement les Américains ont-ils autant douté de leur modèle. Il y a quelques semaines, deux éditorialistes de bords opposés, Fred Hiatt (The Washington Post) et Thomas Friedman (The New York Times), s’interrogeaient dans les mêmes

termes : « La démocratie américaine estelle paralysée? » La question n’est pas extravagante. Le triomphe électoral des démocrates n’a pas été suivi par la mise en œuvre des réformes sur lesquelles ils avaient fait campagne. La machine tourne à plein régime mais les résultats sont poussifs, comme si le moteur était bridé. Quinze mois après l’effondrement des banques, la régulation du système financier émerge tout juste des commissions parlementaires. La réforme de l’assurance-santé a passé l’épreuve des deux Chambres, mais au prix d’un effort surhumain. On dit déjà qu’après cet exploit le dossier du changement climatique sera probablement repoussé jusqu’à 2011, après le renouvellement du Congrès. En année électorale,

Le courrier du jour La prière aux âmes « perfides »

Du premier vendredi saint de son pontificat, le 7 avril 1939, jusqu’au dernier, Pie XII a prié pour les juifs… perfides ! Voici sa prière telle qu’elle est traduite dans les missels français : « Prions aussi pour les perfides juifs, afin que le Seigneur notre Dieu lève le voile de dessus leurs cœurs et qu’ils reconnaissent avec nous Notre Seigneur Jésus-Christ. Dieu toutpuissant et éternel, qui ne refusez pas votre miséricorde aux juifs perfides, exaucez les prières que nous vous adressons au sujet de l’aveuglement de ce peuple ; afin que reconnaissant la lumière de votre vérité, qui est le Christ, ils soient enfin tirés de leurs ténèbres. Par Jésus-Christ. Ainsi soit-il. » On parle beaucoup des silences de Pie XII. Mais comment a-t-il pu prononcer à voix haute cette prière, au cœur de la chrétienté, au Vatican, chaque vendredi saint, avant, pendant et après la Shoah ? Oui, après aussi. Après que six millions d’âmes « perfides » se furent élevées en fumée dans le ciel. Et comment dès lors Benoît XVI peut-il le considérer comme un héros ? Envisager de le béatifier ? Gérard Veillard Marseille Rappel historique

Le 19mars 1944, Hitler occupe la Hongrie, qui était restée libre jusque-là, et dont la communauté juive comprenait environ 760 000 personnes, dont plus de 10 000 réfugiées de Tchécoslovaquie, d’Autriche et surtout de Pologne. Pie XII charge le nonce à Budapest d’intervenir, qui, à partir du 23mars 1944, effectue des démarches auprès du gouvernement, contre le racisme et les déportations du national-socialisme. En juin1944, au vu des déportations qui ont commencé en province, Pie XII adresse, lui-même cette fois, un télégramme ouvert au chef de l’Etat. Grâce surtout à ces interventions, les déportations sont, pour un temps, arrêtées. Cet épisode est relaté en détail, dans un ouvrage de Jenö Levai, historien spécialiste reconnu du judaïsme hongrois, publié à Paris en 1966, au Seuil, L’Eglise de Hongrie ne s’est pas tue – Dossier hongrois 1940-1945, traduit du hongrois et introduit par MM. Ladislas Bolgar, alors rédacteur à Radio France Internationale, et Thomas Schreiber, chroniqueur au Monde. Imre de Crouy-Chanel Bruxelles Du cardinal au pape

La décision du pape Benoît XVI ouvrant une voie hélas! définitive à la béatification de Pie XII pourrait être rapprochée des propos du cardinal Josef Ratzinger qui, écrivait dans la préface de l’ouvrage Le Peuple juif et ses saintes écritures dans la Bible chrétienne, au Cerf 2001 : «La façon dont le Nouveau Testament lui-même présente les juifs et le peuple juif n’a-t-elle pas contribué à créer une hostilité envers le peuple juif, qui a fourni un appui à l’idéologie de ceux qui voulaient anéantir Israël ?» Une question similaire pourrait se poser : les silences de Pie XII n’ont-ils pas encouragé les nazis

dans leur entreprise diaboliq e ? Comment Pie XII n’a-t-il pas compris que c’était le « peuple de Dieu » qui était massacré sous les yeux de tous ? Gérard Israël Paris Un message universel ?

Le Saint-Siège affirme toujours l’aspect universel de son message qui s’adresse à tous. Soit. Mais, simultanément, l’Eglise de Rome soutient ses fidèles, privilégiant les Croates face aux Serbes, les Irlandais catholiques face aux Irlandais protestants, etc. Si Pie XII, nous dit-on, est resté silencieux durant la dernière guerre mondiale sur la tentative d’extermination des juifs d’Europe, c’est qu’il craignait des représailles sur les catholiques. Si le sort de chaque homme importe à l’Eglise comme elle le prétend, il fallait le crier haut et fort. Et si Pie XII avait revêtu une robe de bure et s’en était allé à Auschwitz, nul n’aurait songé à le contester. Marc Eisinger Marseille Ouvrir les archives

Pourquoi faire de Pie XII un saint alors que, sous son pontificat, le Vatican a abandonné mon peuple au point de s’en excuser bien des années après la guere ? Faut-il béatifier l’homme qui pouvait tant et a fait si peu ou pire ? Récemment, l’historien Saül Friedlander me confirmait à quel point l’Eglise était restée silencieuse. Benoît XVI semble convaincu du contraire. Peut-être a-t-il raison mais alors que s’ouvrent les archives ! Si Benoît XVI me demandait mon avis sur la béatification de Pie XII, je lui proposerais de mettre la barre très haut : personne ne lui contestera sa« sainteté » si Pie XII fait revenir mon grand-père d’Auschwitz. Pierre Weinstadt Paris

pTirage du Monde daté mercredi 30 décembre 2009 : 360 033 exemplaires.

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aucun parlementaire n’a envie de se trouver mêlé à un nouveau vote controversé. Les syndicats n’ont pas vu arriver la réforme qui devait leur faciliter la vie. C’était une promesse électorale, mais Barack Obama, devenu président, n’a pas voulu énerver davantage les républicains (tactique qui n’a pas servi à grand-chose, comme le montre l’exemple de la réforme du système de santé). Plus de la moitié des nouveaux juges n’ont pas encore été nommés ou confirmés par le Sénat. La régularisation des clandestins est au point mort. Personne n’oserait se saisir du dossier de l’immigration à un moment où le chômage atteint des records. La présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, a déjà fait savoir que les démocrates ne joueraient pas les kamikazes en 2010 et laisseraient les sénateurs tirer les premiers. Les politologues mettent en avant les mêmes problèmes : un système politique de checks and balances qui accorde au Sénat et aux Etats ruraux un pouvoir de blocage disproportionné, le tandem Internet-télévision câblée qui donne aux extrémistes de tous bords une caisse de résonance sans rapport avec leur poids réel, une campagne électorale permanente qui laisse très peu de temps pour gouverner. La pièce maîtresse de ce dysfonctionnement est le filibuster (traduit assez improprement en français par « flibuste », bien qu’il n’entre aucune piraterie dans la procédure sénatoriale), la pratique de la

« super majorité » qui, au Sénat et au Sénat seulement, donne à la minorité un pouvoir d’obstruction. Comme le savent maintenant tous ceux qui attendaient des miracles de Barack Obama, il faut une majorité de 60 voix au Sénat pour « invoquer la clôture », ce qui veut dire, dans le jargon du Capitole, mettre fin au débat et passer au vote. Tant que les 60 voix n’y sont pas, les parlementaires débattent (plus de 800 heures pendant le débat sur le système de santé, avant que le dernier récalcitrant se laisse convaincre).

Le tandem Internet-télévision câblée donne aux extrémistes de tous bords une caisse de résonance sans rapport avec leur poids réel Le filibuster ne figure pas dans la Constitution, même si la tradition de débat sans limites fait partie du Sénat depuis les origines. Pourquoi alors ne pas changer le système ? Il en avait été question en 2005, lorsque les républicains étaient ulcérés par le blocage des démocrates, non pas sur le financement de la guerre en Irak mais sur la nomination de juges. On parlait alors de « l’option nucléaire » parce que c’était la dissuasion ultime. Les républicains n’ont pas mené à bien leurs menaces. Ils s’en portent fort bien aujourd’hui.

A leur tour, ce sont les démocrates qui réclament ces temps-ci la fin des « flibustes». Mais la Maison Blanche n’est pas à la pointe non plus de ce combat. La majorité d’aujourd’hui sera peut-être la minorité de demain… Dans le New York Times, Tom Friedman se demandait en septembre si la Chine n’avait pas « un avantage politique » sur les Etats-Unis pour faire face aux défis du XXIe siècle. Sur des sujets où il faut être rapide et décisif, ou qui nécessitent des investissements lourds, comme le changement climatique, le système de parti unique est un avantage, expliquait-il, par rapport au fonctionnement à deux partis dont l’un fait tout pour empêcher l’autre de gouverner. L’éditorial de Friedman a fait scandale. Quelques semaines plus tard, il nuançait : il n’y a pas lieu de « concéder le XXIe siècle à la Chine », disait-il. L’Amérique conservera la première place parce qu’elle reste le paradis de la création et de l’imagination. «L’iPod est peut-être fabriqué en Chine mais il a été rêvé aux Etats-Unis. » Grâce aux messages des sénateurs sur Twitter, les Américains peuvent suivre minute par minute les étapes de la « flibuste » au Congrès. Tant qu’il lui reste Facebook, Google, l’iTouch et tout autre instrument que la Chine autocratique est bien incapable d’inventer, les sénateurs peuvent se chamailler, l’Amérique est sauvée.p Courriel : lesnes@lemonde.fr


Le Monde du 31 decembre 2009