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la ville du souvenir Je sais plus trop quel âge j'ai sur cette photo, 6 ans peut-être. En tout cas, c'était la 1ère fois que je mettais les pieds à Barcelone et je ne savais pas encore. On la voit bien ici, l'insouciance. C'était avant tout ca, bien avant. 1ère vacances en famille dont je me souvienne, une ville énorme et un grand hôtel au bord de la mer, mes parents sont loin d'être le genre camping et pastis. Après faut pas s'étonner si je suis devenue comme ca, c'est juste que c'était dans mes gènes. Alors oui, cette photo date, c'était avant que je tombe amoureuse. Je ne savais pas encore ce que c'était, je pensais que ce qui avait de meilleur au monde, c'était de courir en hurlant ou de faire des châteaux de sable sur une plage privée. Mais au fil des années, j'ai compris que cette ville rassemblait bien plus. Ado, je n'attendais que ça, chaque été, revenir sur cette plage, retrouver ces gens. De pâtés de sable et baignades en commun, on était passé à shopping et cocktails, du gouté à l'apéritif, sans vraiment sans rendre compte. Les choses avaient changés. Gamins, on passait la journée à courir sur la plage et la nuit à dormir, plus tard on passait la journée à dormir sur la plage et la nuit à danser. Il était aisé, pour nous, de rentrer dans tous les clubs de la plage. La jeunesse dorée qu'ils appellent ça, on était détestables, vraiment. De carré VIP en bouteilles de champagne, chaque soirée était tracée sur le même modèle. Restaurant, bar, club. Vin, cocktails, vodka, et retour au petit matin, on ne sait trop comment. On avait toujours la tête à l'envers et on c'est forgé comme ca, à coup de magnum et de bain de minuit, avec l'alcool et les coucheries, 3 semaines par an. Le reste de l'année, on goutait tous la morosité des grandes villes de l'hexagone. Entre nos écoles privées et les parents qui nous lâchaient pas, la réussite qu'il fallait qu'on assure pour avoir, vous savez, un diplôme, un métier, un avenir... On se collait, parfois, la tête à l'envers et on couchait, souvent, avec de parfaits inconnus. Mais rien ici n'avait la même saveur. C'était comme si, l'été, le soleil était moins chaud et sa lumière moins forte : tout était pâle, même la saveurs de nos plats, grands restaurants ou pas. On était à la lutte 344 jours par an pour mettre dans nos vie le piment qui lui manquait et on y parvenait plus ou moins bien selon les moments. Mais Barcelone était toujours là : quand on fermait les yeux ou quand on ouvrait une bouteille, on prenait une respiration plus profonde et on sentait la mer... Et puis c'est arrivé. Aucun de nous de l'avait vu venir et ca nous à frappé, d'un coup, fort, tous en même temps : la vie active. On ne s'était jusque là jamais posé de questions : le mois d'août était le notre, le mois d'août c'était nos 3 semaines. Paris était la ville qui nous avait vu grandir, Barcelone était la ville qui nous avait fait grandir. Et puis voilà, notre diplôme en poche, on avait tous trouvé du travail, tous dans des grandes boîtes, grande école oblige. La 1ère année de notre contrat, des vacances on en a pas eu. Pour nous c'était un petit drame, mais maintenant qu'on était des adultes, on s'y ferait. On remettrait ca de plus belle l'année suivante. Et puis l'année suivante, les vacances certains les avait eu en juin, d'autres en juillet et d'autres encore en aout, impossible de se rassembler. Si on n'était pas tous là, Barcelone n'aurait pas la même saveur alors tant pis, ce ne serait pas cette année non plus. Et l'année d'après, certains avait déjà atteint des postes à responsabilité, d'autres avaient rencontré quelqu'un et d'autres encore de nouveaux projets. Alors Barcelone est devenu un souvenir, et moi une adulte.... mais Barcelone m'avait offert mon 1er amour, et puis ma 1ère cuite, et puis ma 1ère fois...


Barcelone, la ville du souvenir