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Créateur de papier peint à la planche

21, avenue Maginot 37100 TOURS

Le

Colporteur Médiathèque d’Orléans 1 Place Gambetta 45000 Orléans


Dominothèque

le papier imprimé du livre à l’architecture Exposition à la Médiathèque d’Orléans Du 11 janvier au 22 mars 2014

Pour ouvrir le ban de cette année mémorable, une exposition met en lumière un rare ensemble de livres dominotés1 du XVIIIe siècle, conservés à la Bibliothèque municipale d’Orléans, précieux témoignages d’un artisanat d’art alors florissant à Orléans, à la fois naïf et plein de fantaisie, simple et complexe, parfois étonnamment moderne, à la croisée des chemins de la bibliophilie, de l’imagerie populaire et des arts décoratifs. Pour imaginer un décor autour de ce fragile patrimoine épargné par le temps, et créer des correspondances entre savoir-faire séculaires et créations contemporaines, la Médiathèque d’Orléans a donné carte blanche à un artiste reconnu pour sa maîtrise exemplaire d’un métier d’art traditionnel et pour sa capacité d’innovation : le maître-dominotier François-Xavier Richard. Dans ses Ateliers d’Offard à Tours, il perpétue avec brio la tradition du papier peint à la planche, répète les gestes des dominotiers d’autrefois selon des techniques qui ont produit des chefs-d’œuvre, imprimant à la main les dominos, ces feuilles d’épais papier vergé décorées de couleurs vives et veloutées dues aux pigments naturels. Il y réédite, en séries limitées, des papiers peints d’époque, tout en faisant la part belle au design contemporain. Et ce sont ces mille et un dominos des Ateliers d’Offard qui composent le merveilleux décor de l’exposition, habillent avec fantaisie les murs d’un logis rêvé et hors du temps, grimpent aux cimaises, tapissent les tables, et servent d’écrin aux livres dominotés du fonds patrimonial : dans un chatoiement de couleurs, dans une profusion de motifs et de textures, le visiteur est invité à découvrir un espace onirique, un monde d’invention et d’émotion… Un bonheur… Mise en scène et en couleurs par François-Xavier Richard. Mise en mots et en histoires par Anne-Marie Royer-Pantin. 1 C’est-à-dire recouverts de papiers dominotés imprimés à la planche de bois gravée et rehaussés de couleurs au pochoir.

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Anne-Marie Royer-Pantin

Trois cents ans de lecture publique et d’amour des livres, cela se fête… La Médiathèque d’Orléans, à l’occasion de son tricentenaire, tout au long de 2014, dialogue familièrement avec son passé, revisite ses trésors et met en scène ses collections les plus originales, avec la complicité de talents d’aujourd’hui. Anne-Marie Royer-Pantin


La collection de livres dominotés

de la Bibliothèque

d’Orléans Le fonds ancien de la Bibliothèque municipale d’Orléans, riche de plus de 65 000 imprimés et manuscrits anciens, conserve les documents les plus rares et les plus précieux du patrimoine orléanais, qui illustrent trois cents ans d’histoire de ce vénérable et toujours jeune établissement.

Les artisans dominotiers orléanais, célèbres pour leur fabrication d’images populaires, gravaient aussi et éditaient des papiers dominotés : ces papiers de fantaisie ou dominos (ce nom est d’origine incertaine), imprimés à la planche de bois gravée, en petites feuilles (d’un format de 40cm sur 40 cm environ) et coloriés « au patron », c’est-à-dire au pochoir, ont souvent servi d’habillage pour les brochures populaires et petits livres de colportage, ou bien de couverture d’attente pour les volumes brochés sortis des presses, avant la commande éventuelle d’une reliure. Par nature fragiles et par destination éphémères, ces dominos de couverture sont rarement parvenus intacts jusqu’à nous; leur rareté explique que les chercheurs et les collectionneurs s’y intéressent de plus en plus. La Bibliothèque d’Orléans a l’insigne privilège d’en posséder une centaine, en bon état de conservation, habillés de dominos provenant, pour ceux qu’il est possible d’identifier, des ateliers des dominotiers locaux. Ces derniers avaient pour habitude d’indiquer dans les marges leurs noms et la ville d’origine « à Orléans  ». Ainsi peut-on identifier les productions des Letourmy, Sevestre, Leblond, Pellé, Perdoux, Huet-Perdoux, Rabier-Boulard, Benoist Huquier, imagiers bien connus dont les papiers dominotés, fabriqués en très grande quantité, étaient achetés par de nombreux imprimeurs en France et à l’étranger. Ces papiers, décorés de motifs répétitifs géométriques, à semis de fleurs, ou échiquetés, avec parfois quelques fantaisies florales dérivées de la mode des indiennes, sont d’une grande diversité et habillent avec beaucoup de charme et de spontanéité des ouvrages de petits formats, littéraires, populaires ou pratiques. La palette des couleurs est caractéristique de la production orléanaise, avec un bleu de roi dominant, un rouge très spécial qui était obtenu à partir de jus de prunelle et un ocre-jaune très adouci : cela donne un ensemble de tons délicats et assourdis, parfois presque pastels. L’ère industrielle et la mécanisation devaient mettre un terme définitif, autour de 1840, à l’activité des dominotiers dont les très anciennes techniques artisanales étaient incompatibles avec la machine. Émouvants témoignages, épargnés par le temps, d’un art populaire plein de saveur, les dominos de couverture de la Bibliothèque d’Orléans seront bientôt à la portée de tous, grâce à leur numérisation et leur mise en ligne sur Aurelia.

Anne-Marie Royer-Pantin

A côté de trésors exceptionnels et d’ouvrages prestigieux, les réserves de la Bibliothèque d’Orléans abritent aussi des collections plus modestes, mais qui méritent qu’on leur accorde une attention particulière, telle la collection originale de livres dominotés, témoins d’un art populaire dont Orléans fut un centre de production très important dans la seconde moitié du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle.

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L’atelier d’Offard François-Xavier Richard perpétue avec l’Atelier d’Offard, le savoir-faire des papiers peints à la planche des grandes manufactures du XVIIIème et XIXème siècle, dans une approche contemporaine. L’ entreprise allie la maîtrise des techniques traditionnelles aux procédés et outils modernes. Dans un esprit de recherche et d’innovation, elle produit des papiers peints pour la reconstitution et la décoration contemporaine. L’ atelier d’Offard, créateur de papier peint à la planche depuis 11 ans, revendique un savoir-faire artisanal unique en France. Tout en respectant les techniques d’impression du XVIIIème siècle, l’Atelier fait preuve d’ émancipation à l’ égard de la tradition. Le papier peint au milieu du XIXème siècle, devient un médium «mécanique», reproductible en série et à grande échelle. En conservant le savoir-faire manuel, l’Atelier propose donc une oeuvre unique laissant l’empreinte de la main, et jouant toujours sur l’ambiguïté entre le statut d’artisanat d’art et celui d’oeuvre d’art.

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CrĂŠateur de papier peint Ă  la planche

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Les designers du décor

GRAVURE Nous créons nos planches ( une par couleur ) à partir de différents types de documents et de supports : originaux, photographies, dessins ... Notre maîtrise de la gravure et du dessin ouvre un champs infini à la reconstitution et à la création en panneaux, dominos, raccord aléatoires, bordures ...

COULEURS Les couleurs utilisées sont 100 % naturel, fabriquées à partir de pigments naturels et de colle de peau de lapin, nos couleurs respectent les principes de conservation et confèrent à nos papiers peints éclat et matières. Imprimé couleur après couleur, raccord après raccord, le papier est peint par application de la planche sur presse manuelle. Les couches picturales sont ainsi déposées en donnant au produit fini la matité, les empâtements et les richesses chromatiques qui lui permettent de porter le véritable nom de papier-peint.

IMPRESSION Le couchage des fonds du papier peint est peint à l’aide de grandes brosses de soie. Respecter ce geste ancestral garantit les qualités picturales de nos papiers peints. Nos papier sont fabriqués spécialement en différentes qualités : Vergé 120g/m², Vélin 300g/m², Papier Japonais, Kraft ...

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TONTISSE

La tontisse est l’application, à l’aide de mordant, d’une poudre de laine ou de soie sur le papier. Nous maîtrisons l’ensemble des étapes de ce savoir-faire unique très ancien : coupe, teinture, mordant, application et finition.

GAUFRAGE

Le gaufrage sert à donner du relief au papier et multiplie les jeux de lumière et les possibilités de transformation du support. Grâce à l’application de cires, vernis et patines, le gaufrage est particulièrement remarquable pour les effets de faux cuir et de bas relief.

FINITIONS Maléable, le papier est un support qui se prête à de multiples transformations. Nous proposons des stries, des vernis de lavabilisation ou gomme laque, des patines, des impressions métalliques, des irisés ou encore des effets décoratifs ...

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Collection diffraction L’enjeu de notre démarche artistique, au delà d’un patrimoine à conserver ou à créer, est de faire fusionner les attentes du XXIème siècle et l’intelligence de la main en tant qu’outil contemporain. La dimension purement décorative est dépassée quand les frontières entre l’art, le design et l’artisanat sont abolies au profit d’une symbiose entre savoir-faire et perspectives d’avenir.

ANDROSELEN

CALLIDORY

CENOTOPE

DODESCIA

GAEPHANE

HALOSTELLE

HELIOGYNE

METECHINE

MYRI

ARAGONITE

BASIL

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Petit abécédaire

historique

des dominos Colporteur Les images populaires et les petits livres de quatre sous recouverts de dominos étaient, sous l’Ancien Régime, largement diffusés par les colporteurs, ces marchands ambulants qui portaient leurs marchandises sur un petit éventaire suspendu au cou – d’où leur nom de colporteurs. Le réseau de diffusion des productions orléanaises était très étendu, sur toute la France de l’Ouest et du Nord, grâce à un système de colportage très organisé. Ainsi le manufacturier orléanais Letourmy, qui imprimait et publiait à la fois des livres de colportage (dont les titres de la fameuse Bibliothèque Bleue), de la dominoterie et des images, disposait d’une centaine de dépositaires, répartis dans une soixantaine de villes, qui servaient de relais à de nombreux colporteurs sillonnant les campagnes.

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Domino Le domino est l’ancêtre du papier peint, dont il constitue le tout premier chapitre de l’histoire. Difficile de se prononcer sur le sens premier de ce mot qui apparaît dans la langue à l’aube du XVIe siècle et dont l’étymologie reste incertaine. Il pourrait être d’origine italienne, dans le sens de « capuchon, masque, revêtement » (en rapport avec le capuchon noir des moines), pour désigner des papiers décorés servant à habiller des intérieurs de coffres notamment. Il pourrait aussi faire référence au Christ (Domino, forme du latin Dominus) fréquemment représenté sur les images. C’est en général aux feuilles de dessins géométriques ou d’ornements répétés, imprimées à partir d’une matrice gravée en taille d’épargne, que l’on accorde le nom de « domino », même si papiers de tentures et dominos se confondent au début dans leurs utilisations. Jusqu’à la fin de leur production, vers 1830, ils continuent d’être produits en petites feuilles (de 40 cm sur 40 cm environ), difficiles à raccorder, et leurs procédés d’impression et de coloriage ne changent guère.

Anne-Marie Royer-Pantin

Anne-Marie Royer-Pantin

Couverture Jusqu’à l’époque romantique, les volumes mis en vente sous forme brochée étaient revêtus d’une simple couverture « muette » de papier uni, sans titre imprimé ni information bibliographique. Pour une présentation plus attrayante, les libraires employaient des papiers dominotés dont les motifs variés et pleins de charme et le prix dérisoire allaient assurer le succès, du milieu du XVIIIe siècle au début du XIXe siècle. En revanche, les papiers dominotés ont très rarement été utilisés, en France, en pages de garde pour les livres reliés, contrairement à l’Italie où ce type de papiers était spécialement produit pour cet usage.


Dominoterie Cette appellation regroupe historiquement tous les papiers décorés (papiers à la colle, papiers dominotés et papiers dorés-gaufrés) à l’exception des papiers marbrés. Aujourd’hui, ce terme est employé uniquement pour les papiers estampés. « C’est ouvrage de dominoterie que cette espèce de tapisserie de papier, qui n’avait longtemps servi qu’aux gens de la campagne et au petit peuple de Paris pour orner quelques endroits de leurs cabanes et de leurs boutiques et chambres ; mais que sur la fin du dix-septième siècle on a poussé à un point de perfection et d’agrément qu’il n’est point de maison à Paris, pour magnifique qu’elle soit, qui n’ait quelqu’endroit, soit garde-robes soit lieux encore plus secrets, qui n’en soit tapissé et assez agréablement orné. » Dictionnaire universel de Commerce de Savary des Bruslons, 1726. Dominotier Dans sa Pantagruéline Pronostication, Rabelais, avec humour, range les dominotiers parmi les gagne-petit, les gens de peu, comme les patenôtriers ou fabricants de chapelets. Les dominotiers, que les premiers édits au XVIe siècle qualifient de « cartiersfeuilletiers-dominotiers », ont été des artisans polyvalents fabriquant, avec un savoir-faire traditionnel remarquable et des moyens réduits, aussi bien des cartes à jouer que des images en tous genres, des jeux de société (jeux de l’oie, lotos, dames) et des papiers peints rustiques aux multiples usages. La plupart des dominotiers orléanais étaient également libraires, et certains avaient aussi le statut d’imprimeurs. Impression La technique la plus ancienne consiste à imprimer à la main, au « frotton », tampon rempli de crins de cheval pétris de colle forte entouré d’un linge. Après avoir largement enduit le bois d’une encre noire et grasse (mélange de noir de fumée et de colle de peau), le dominotier y appliquait la feuille de papier et la pressait fortement avec le « frotton », pour obtenir l’impression en noir (à Orléans les dominotiers imprimaient aussi en bleu). Certains ateliers, pour cette opération, pouvaient être équipés de presses à tympan tout en bois qui pressaient mécaniquement la matrice sur le papier.

Papiers à la colle C’est la technique la plus ancienne et la plus simple : la colle de farine ou d’amidon à laquelle sont ajoutées des couleurs (végétales ou minérales) est appliquée directement sur la feuille avec une brosse ou à l’éponge. On les reconnaît facilement à leur couleur unique, souvent bleu, ou rose ou jaune, avec un effet de petits nuages blanchâtres. Ils sont utilisés, entre 1760 et 1820, pour des reliures courantes, dont on peut voir quelques exemplaires dans les collections de la Bibliothèque d’ Orléans.

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Motifs Fleurettes, étoiles, damiers, losanges, échiquiers, croisillons, forment autant de petits motifs répétitifs et rapprochés qui remplissent en semis, en frises ou en bandeaux tout l’espace de la feuille. Le jeu répété sur un même motif est à sa manière fort moderne, et l’on reste admiratif devant la variété des combinaisons d’éléments décoratifs, avec une telle économie de moyens. Avec la mode des indiennes, ramages, fruits, fleurs, guirlandes et bandes ondées vont s’ajouter aux motifs géométriques. A Orléans, où la manufacture de toiles peintes de Jacques de Mainville produisait des indiennes depuis 1762, les graveurs de planches travaillaient aussi bien pour le tissu que pour le papier, les mêmes bois pouvant servir à ces deux techniques très voisines – d’où l’apparition de gracieuses arabesques et de bouquets exotiques aux couleurs séduisantes sur nos papiers de couvertures de l’époque. Certains échantillons de dominoterie orléanaise témoignent aussi du goût pour la Chine et l’ExtrêmeOrient.

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Papiers dorés-gaufrés Ils apparaissent en Allemagne à la fin du XVIIe siècle et s’imposent à Augsbourg qui devient le centre de leur fabrication. On distingue les papiers à vernis doré ne présentant aucun relief et les dorés gaufrés obtenus par estampage à chaud provoquant un léger gaufrage. Ces papiers, dont la fabrication est relativement complexe et coûteuse, servaient surtout à la décoration des livres. On les retrouve souvent en couverture de petits almanachs et opuscules divers peu épais, mais aussi en pages de garde dans des reliures plus somptueuses. Ainsi la Bibliothèque d’Orléans possède une rare série de petits ouvrages habillés de ces délicats papiers dorés importés d’Outre-Rhin. Patron ou pochoir La mise en couleur des papiers dominotés était effectuée par coloriage au pochoir qu’on appelait « patron ». Ces patrons étaient découpés (dans du carton enduit de graisse de cochon pour l’imperméabiliser) en fonction des trois ou quatre coloris que l’on utilisait, et les couleurs détrempées à la colle de peau tenue tiède étaient étendues avec de gros pinceaux. C’était un travail souvent confié aux femmes, les pinceauteuses, qui disposaient avec goût la gamme rudimentaire de couleurs.

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Tontisses ou papiers veloutés On sut très tôt donner à du papier, en le saupoudrant de fines hachures de laine, l’aspect d’un tissu velouté : ces particules étaient fixées par un mordant sur le papier suivant un dessin déterminé. Les Anglais développèrent le procédé encore grossier et produisirent des papiers veloutés de luxe très en vogue dès 1730. En France ces tontisses étaient importées d’Angleterre, jusqu’à ce que le grand manufacturier parisien Réveillon mît au point, dans les années 1760-1770, de nouvelles techniques pour fabriquer des tontisses de qualité exceptionnelle. Les dominotiers orléanais, restés très traditionnels, ne suivirent pas ces innovations. Mais on les voit proposer à leur clientèle élégante des rouleaux de ces papiers de tenture extrêmement raffinés provenant des grandes manufactures parisiennes : on pouvait lire, par exemple, dans les Affiches, nouvelles et avis divers de l’Orléanais du 23 octobre 1772 la petite annonce suivante : « Le Magasin général des papiers tontisses nués est à Orléans chez les Frères Couret de Villeneuve, libraires, rue des Minimes, seuls chargés de la vente dans toute l’étendue de la Généralité, et aux mêmes prix qu’à Paris. » Les ateliers d’Offard, qui maîtrisent ces exceptionnels savoir-faire oubliés, créent des tontisses de laine et de soie qui sont de pures merveilles.

Anne-Marie Royer-Pantin

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Signatures Les dominotiers signaient souvent leurs papiers dans la lisière, même si ce n’était pas obligatoire (comme pour les fabricants de tissus d’indiennes qui, eux, devaient impérativement imprimer une marque sur chaque pièce de tissu). Ils indiquaient également la ville où se situait leur manufacture, ainsi que le n° de référence du papier peint. Lorsque une partie de ces mentions se retrouve sur la chute utilisée pour la couvrure, on peut sans erreur identifier le fabricant et l’inscrire au catalogage. Ainsi peut-on relever les marques des manufactures orléanaises de ces papiers de couverture : Leblond-Sevestre puis Sevestre-Leblond, Perdoux, Pellé, Letourmy, RabierBoulard, Benoist-Huquier, et A Paris chez les Associés, marque provenant d’une dominoterie orléanaise utilisant une adresse parisienne pour mieux vendre. La production de ces papiers dominotés de couverture orléanais était considérable et alimentait de nombreuses imprimeries en France et à l’étranger.


Usages Les dominos servaient traditionnellement à habiller l’intérieur des coffres, des tiroirs, des armoires, et à décorer les cheminées ou les tours de lit. On en faisait aussi des lanternes et des lampions. Dans les catégories les plus modestes de la société, ils étaient couramment utilisés pour orner les murs des habitations et des boutiques. Puis ils pénétrèrent progressivement dans les nobles demeures mais restèrent cantonnés aux garde-robes, chambres de domestiques, encoignures et intérieurs de meubles – la clientèle aisée leur préférant les tapisseries raffinées nouvellement créées par des manufacturiers parisiens comme Papillon et Réveillon. C’est alors, dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, que les dominotiers trouvèrent un nouveau débouché pour écouler leurs papiers décorés : les couvertures de quantités de livres et de brochures, dont la moindre valeur ne justifiait pas le surcoût d’une reliure. Cette activité fut très importante dans les ateliers orléanais jusqu’au premier tiers du XIXe siècle. Vergé Les dominotiers orléanais utilisaient un papier vergé (c’est-à-dire portant la trace des vergeures laissée par la forme en séchant) assez fort, souvent légèrement teinté en grisâtre ou en bleuâtre. Ils se fournissaient en général auprès des moulins à papier tout proches qui étaient très actifs : ceux de Meung-sur-Loire (moulins de Clan, de Basmont, du Roudon, d’Aunay et des Deux-Roues) et celui de Saint-Mesmin sur le Loiret. Ces moulins au XVIIIe siècle produisaient en quantité des papiers à sucre, pour emballer les pains de sucre produits par les nombreuses raffineries orléanaises – papiers qui étaient colorés en bleu ou en gris. La remarquable papeterie de Langlée près de Montargis fournissait, depuis 1740, des papiers à imprimer de qualité.

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Xylogravure ou gravure sur bois Les papiers dominotés d’Orléans sont imprimés au moyen de planches de bois gravées en taille d’épargne sur bois de fil : le graveur utilisait une planche débitée dans le sens des fibres du bois, un bois fruitier au grain serré (en particulier le poirier). Les tailles assez larges et bien saillantes doivent résister à des centaines de tirages. Les traits sont laissés en relief, les parties destinées à rester en blanc sont évidées à l’aide de petites gouges ou simples canifs. Cette technique rudimentaire ne permet pas une grande finesse dans la taille et oblige le graveur à simplifier le dessin. Ces bois se transmettaient d’une génération à l’autre et pouvaient être rachetés par d’autres fabriques. Les ateliers orléanais restèrent fidèles à la gravure sur bois, alors que d’autres centres adoptaient la gravure sur cuivre, permettant une production plus luxueuse, adaptée à une clientèle raffinée.

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François Xavier-Richard

l’art retrouvé

des dominotiers À Tours, les Ateliers d’Offard (une petite manufacture où se concilient avec bonheur héritage et innovation, savoir-faire d’autrefois et passion d’aujourd’hui) font revivre une tradition pluriséculaire quasiment disparue en France : l’art du papier peint à la planche. A l’origine de cette belle aventure à la fois artisanale et artistique, un jeune ligérien, François-Xavier Richard. Diplômé de l’Ecole des Beaux-Arts d’Angers, il fait ses premières pas dans le métier comme metteur en scène et scénographe, puis se consacre à l’enseignement des arts plastiques. C’est alors qu’il découvre, avec émerveillement, le monde du papier peint à la planche, les couleurs incomparables de ces dominos oubliés, leurs modestes origines populaires, leur extraordinaire richesse décorative… Désormais son choix est fait  : il ressuscitera les vieilles techniques tombées en déshérence, il défendra ce fragile patrimoine et le reproduira dans ses plus beaux atours. Il fonde pour cela les Ateliers d’Offard, entièrement dédiés à l’impression de papiers uniques, sur mesure et en éditions limitées, dans une perspective à la fois historique et contemporaine. Dans le droit fil de la tradition des imagiers d’autrefois, tout y est fait à la main, à gestes minutieux et patients maintes fois répétés, avec des matières premières naturelles : pigments naturels pour les couleurs, colle de peau de lapin, papier vergé épais fabriqué spécialement. Des recherches incessantes ont permis d’élargir les collections en multipliant les motifs et les effets : tontisse de laine ou de soie, gaufrage, dorure, impression aux poudres minérales…Tous les rêves sont possibles… François-Xavier Richard s’attache aussi à renouveler la tradition des dominos en ajoutant, aux reproductions d’éditions anciennes, des créations originales, toujours dans le même esprit d’excellence.

Labellisés Entreprise Patrimoine Vivant pour l’excellence de leurs savoir-faire artisanaux, les Ateliers d’Offard ont reçu le Prix pour l’Intelligence de la Main en 2009 et ont été récompensés aux Talents du Luxe et de la Création, en 2012, par le Prix de l’Audace.

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Anne-Marie Royer-Pantin

Les Ateliers d’Offard ont à leur actif des chantiers prestigieux en France et à l’étranger  : de nombreux musées et demeures historiques, les plus grands décorateurs et architectes d’intérieur font appel à leur savoir-faire. Leurs réalisations peuvent se voir à la maison de George Sand à Nohant, au château de Fontainebleau, à l’Institut Pasteur, à la maison de Maurice Ravel à Montfort l’Amaury, au Musée Balzac, au Musée des Arts Décoratifs, à la Malmaison, au palais royal d’Ajuda à Lisbonne etc. Dans l’ancienne manufacture de papiers peints Leroy de Saint-FargeauPonthierry, 150 modèles de dominos créés par les Ateliers d’Offard composent un somptueux patchwork géant, installé au mur de la salle qui accueille la célèbre Machine à imprimer en 26 couleurs.


Anne-Marie Royer-Pantin

la passion

du patrimoine

Anne-Marie Royer-Pantin

Écrivain, ancienne élève de l’Ecole normale supérieure, Médaille d’or de l’Académie d’Agriculture de France pour son œuvre littéraire et son action culturelle en faveur du patrimoine, Médaille du Patrimoine des Vieilles Maisons Françaises, Anne-Marie Royer-Pantin est l’auteur de nombreux ouvrages à la fois littéraires et historiques sur les terroirs et le patrimoine dont Vie, arts et traditions en Poitou-Charentes (1998), Les plus belles routes du Val de Loire (1996) Les plus belles routes de Bourgogne (1997) aux éditions Minerva, et Le Pays cathare, l’Aude entre mer et montagne (La Renaissance du Livre, 2003). Son ouvrage Dégustations fabuleuses (La Table Ronde, 2003) a obtenu le Prix Edmond de Rothschild. Après un essai gourmand, La Cuisine des amoureux (éditions Liber), elle a fait paraître une esthétique du vin : La Rose et le Vin, aux éditions Klincksieck (2007), et, dans la collection «  Célébration des Fruits de la Terre  », une Célébration de la Noix et une Célébration du Coing (Editions Hesse, 2007). Dans une collection dédiée à Orléans, aux éditions Hesse, elle a réalisé quatre titres : Orléans et la Loire une histoire d’amour (2003), Orléans Pierres Vives (2004), Orléans, le Temps des Jardins (2005) et Orléans, portrait gourmand (2006). Elle a écrit plusieurs beaux livres sur le patrimoine du Loiret, dont Dampierre-en-Burly, chemin faisant (Maury, 2008) et Pithiviers par quatre chemins (Maury, 2011). Elle est aussi l’auteur, en collaboration, de Châteaux, Manoirs et Logis du Loiret (Editions Patrimoine et Médias, 2010). Ses derniers ouvrages parus sont  : L’art des instants heureux (Editions La Martinière, 2011), La cathédrale Sainte-Croix d’Orléans de mots en merveilles (Maury, avril 2012), et Saint-Jean-le-Blanc entre Loire et terroir (Maury, juin 2013). Passionnée par le patrimoine local et régional sous toutes ses formes, elle donne des conférences, anime des rencontres culturelles, en particulier au Musée des Beaux-Arts d’Orléans, au Muséum d’Orléans, à la Médiathèque d’Orléans, au Centre Charles Péguy, au Parc Floral d’Orléans-La Source, pour lequel elle réalise de nombreux travaux d’écriture sur l’art, l’histoire et la poésie des jardins. Elle écrit régulièrement pour diverses revues (Vieilles maisons françaises, Maisons Sud-Ouest, le Magazine de la Touraine, le Journal de la Sologne, le magazine Val de Loire, Ile de Ré Magazine) et rédige une chronique mensuelle d’histoire économique, intitulée Passés composés, dans le magazine de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Loiret. Elle est aussi l’auteur, avec l’artiste plasticien Yann Hervis, d’un Livre en verre palimpseste, dans la nouvelle gare d’Orléans (décembre 2007), et d’un livre d’artiste Arbres-Poèmes (décembre 2009) acquis par les collections de la Médiathèque d’Orléans. Elle collabore également, dans le domaine esthétique, à la Revue des Amis de Roger Toulouse.

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Pour accompagner

cette exposition et en savoir plus… CONFÉRENCE 

par Anne-Marie Royer-Pantin

Dans l’atelier des dominotiers orléanais au XVIIIe Le 25 janvier 2014 à 15 heures, auditorium de la Médiathèque

Ancêtres des fabricants de papiers peints, les dominotiers orléanais, très actifs du XVIIIe au début du XIXe siècle, alimentaient de leurs productions un large marché populaire. De leurs officines sortaient quantités de feuilles estampées à la planche de bois gravée, appelées « dominos », destinées à décorer les intérieurs modestes et à recouvrir les livres juste brochés en attente d’une éventuelle reliure. Anne-Marie Royer-Pantin, écrivain, fait revivre, en mots et en images, cet aspect peu connu et très attachant de notre patrimoine : le travail et les traditions de ces ingénieux artisans, la grâce naïve et imprévue de leurs créations, les multiples usages de ces papiers de fantaisie, les habillages éphémères et charmants de ces modestes volumes qui ont miraculeusement traversé les siècles, les pittoresques figures des colporteurs chargés de leur diffusion, la passion de quelques collectionneurs amoureux fous de ces « vieux papiers » aujourd’hui d’une insigne rareté…

RENCONTRE 

Quand le domino fait le mur…

Avec Philippe de Fabry, François-Xavier Richard et Anne-Marie Royer-Pantin Le 1er février 2014 à 15 heures, auditorium de la Médiathèque

Anne-Marie Royer-Pantin

Regards croisés, historiques, poétiques et esthétiques, sur les dominos d’hier et d’aujourd’hui. Echanges à bâtons rompus, entre tradition et modernité, entre arts décoratifs et savoir-faire artisanaux, entre anciens et nouveaux usages, entre secrets de fabrication et problèmes de conservation… Philippe de Fabry est directeur du Musée du Papier peint de Rixheim en Haute Alsace, musée dont les collections sont les plus importantes de France dans ce domaine (et dont les célèbres panoramiques de la maison Zuber sont l’un des fleurons) et couvrent toute l’histoire du papier peint du XVIIIe siècle à nos jours. Philippe de Fabry est l’auteur, en collaboration, de nombreux ouvrages et catalogues d’exposition sur l’histoire du papier peint, dont il est aujourd’hui l’un des plus éminents spécialistes.

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PARCOURS DÉCOUVERTES

Des habillages légers et rustiques : les livres recouverts de papiers dominos.

Vendredi 17 janvier 12h30 - Samedi 18 janvier 11h - Vendredi 7 février 12h30 - Samedi 8 février 11h - Samedi 15 février 15 h Rares témoignages d’une production qui fut très importante à Orléans (fin 18ème siècle début 19ème siècle), les papiers dominos recouvrent des petits livres que nous vous proposons de découvrir au travers de la collection quasi inédite de la Médiathèque. Accompagnés de lectures d’extraits de textes, venez retrouver ces petits ouvrages tirés de la hotte du colporteur d’autrefois : contes de fées, vies de saints de l’Orléanais, prières pour les malades de l’Hôtel-Dieu, chants de Noël…et un recueil de chansons en 1795 sur les bords du Loiret, d’un château à l’autre…

Anne-Marie Royer-Pantin

Toutes ces manifestations accompagnent l’achèvement de la numérisation par la Médiathèque d’Orléans de sa collection inédite de papiers dominotés, et leur mise en ligne au cours de l’année 2014 sur Aurelia Bibliothèque numérique d’Orléans.

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Point vente L’Atelier d’Offard met en vente ses créations :

Lots de dominos LEROY Lots de marque-pages et Dominhotep Au Musée des Beaux Arts d’Orléans 1 Rue Fernand Rabier, 45000 Orléans 02 38 79 21 55 du mardi au dimanche de 10h à 18h

Disponible du 11 janvier au 22 mars 2014

Un dévernissage aura lieu le 22 mars 2014 de 16h à 18h pour la vente de dominos LEROY présentés durant l’exposition.

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Le colporteur