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J’ai marché sur la banquise Les mots de mon quotidien Alexandre de ZAN

Les éditions Alexandre de ZAN


J’ai marché sur la banquise Les mots de mon quotidien Extraits de mon journal de bord Islande - août 2011 et Groenland - Février/Mars 2012

Textes et photos : Alexandre de ZAN

Le code français de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayant cause, est illicite (alinéa 1er de l’article L.122-4) et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L.425 et suivants du code pénal. © Alexandre de ZAN - Date de parution : mars 2013 24 rue de la Montgolfière - 95280 Jouy le Moutier ISBN : 978-2-9544482-0-6

Les éditions Alexandre de ZAN


Préface

15h00, je rentre de formation et je découvre dans la boîte à lettres une grande enveloppe. C’est ton carnet de bord... Yeahhhhhhh!!!! Quoi une préface ??? Moi ???? Mais pourquoi ??? Le stress.... Bon je me pose dans le canapé, je regarde des épisodes de Big Bang The ory mais l’idée de préface est dans ma tête.... Qu’est ce que c’est une préface ? Je chercherai... Puis je fais la cuisine, je cherche, dans ma tête, les idées fusent, c’est bizarre... je lis les deux premières pages, je suis hyper émue.... Bon c’est pas possible je ne vais pas tenir il faut que j’écrive ce que j’ai tout de suite dans la tête. J’ai pris des petites feuilles, un stylo et j’ai écrit. Tout d’abord, cela se résume à une idée que l’on pense «folle», «irréalisable». Puis celle-ci persiste, s’ancre doucement en nous. On la partage mais elle ne semble pas aussi forte chez les autres. C’est pas grave, elle est bien en nous et elle continue de grandir.

Elle croît si vite qu’elle commence à hanter nos rêves. Ce genre de rêves qui nous font penser que c’est vrai, que cela s’est passé. Le réveil est dur, la réalité est différente mais ces sentiments viennent confirmer le fait que cette idée doit poursuivre son accroissement. C’est à ce moment que l’on commence à se renseigner, à faire des recherches, à échanger et les choses se concrétisent... C’est bizarre ces guilis dans le ventre... L’idée devient omniprésente... Et si je partais... Et si j’allais découvrir cette terre, cette culture, cette population qui m’inspire.... Le voyage se rêve et se prépare longuement puis certains font le pas. Certains concrétisent cette idée venue du plus profond de soi. Le premier pas n’est pas simple à effectuer mais lorsqu’il se fait, un rêve se réalise. Ces voyages qui chamboulent notre vision des choses, de notre vie, de notre quotidien restent très difficiles à transmettre. Cependant, le journal de bord, les photos peuvent appuyer cette transmission même si ce que l’on a vécu ne sera jamais ce que nous avons réellement éprouvé... Comme il est dit dans ce livre «une partie de soi reste là-bas». Avis aux amateurs... Laure Doyennette

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Ce livre leur est dédié A mes filles, Chloé et Louane, à ma femme Sabine, ma mère et mon père sans qui rien n’aurait été possible, à mes frères, à ceux qui m’ont écrit et à ceux qui m’ont accompagné, à La Petite Fée, au Roi Arthur et à la Princesse Anaëlle, à Vincent, Robert et Michel, à ceux qui pensent que rêver fait grandir, à ceux qui peuplent le monde parce que je ne pourrais pas les rencontrer tous. Au peuple inuit et à leur terre.

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Islande, le 25 août 2011 (...) Et soudain une vision. J’aperçois un bloc bleuté au-dessus de la colline, nous tournons sur la gauche, Sabine gare la voiture et je reste sans voix. Nous sommes au lac glaciaire de Jokulsarlon apparu au début du XXe siècle quand le Breidamerkurjökull a amorcé son recul. Se dressent devant nous des Icebergs. Vision irréelle et magnifique, j’ai l’impression d’être happé par tant de beauté. Je vis dans les images d’un reportage télé. Je descends de voiture, il pleut et il fait froid, le vent me cingle le visage mais qu’importe, je me sens bien, serein avec moi-même. Pendant que les filles restent au chaud, j’avance au plus près de l’eau. Des phoques font leur apparition et donnent de la vie à la glace majestueuse. Je profite du moment, observe, respire profondément pour me souvenir du parfum et des couleurs. Je ferme les yeux et ressens les effluves de la découverte. Je suis Hubert Wilkins à l’orée de son voyage. En venant sur ces terres islandaises, j’espérais voir et j’ai rêvé. Face à la glace, à ce moment précis, je compris que le voyage commençait ici...

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Tasiilaq, Groenland, 184 jours plus tard, L’auberge surplombe la ville de Tasiilaq à l’Est et la banquise au Sud. Je suis là deux jours et reviendrai le samedi 25 février 2012 18h40 J’y suis ! Un autre pays, un autre monde, un autre peuple. Aujourd’hui j’ai changé de terre. Il est 22h40 en France et je sens la fatigue me gagner... En deux jours, j’ai changé deux fois d’horaire, passé les portes de cinq aéroports, pris trois avions, fait une quinzaine d’heures de voyage, une escale en Islande, une autre au Nord-Est du Groenland et achevé le tout par un survol de l’Arctique en hélicoptère. Première impression, c’est grandiose. Le blanc de la terre se marie tellement bien avec le bleu du ciel. Survoler la banquise en hélicoptère est exceptionnel. L’IPhone vissé à la main en mode vidéo, je deviens réalisateur de reportages, comme un rendez-vous en terre inconnue. Je foule enfin la neige et je prends le froid de plein fouet. A la descente de l’hélico, un européen, plutôt grand, le visage buriné par le froid s’approche de moi et me lance un «Alexandre ?». C’est Robert, le sourire aux lèvres et l’écharpe vissée sur le visage pour se protéger des vapeurs de pétrole dégagées par les 4X4. Il m’emmène à la Red House et me montre ma petite chambre de cinq mètres carrés.

faire escale à la fin de mon périple.

Après une brève installation, je pars faire un petit tour pour découvrir le site. Je vois la nuit tomber et à mon retour discute, enfin essaye de discuter avec Marco, un hollandais qui a élu domicile ici il y a dix ans. J’ai en ce premier soir, un petit coup de blues. Et alors, quoi de plus normal ! Je suis seul à l’autre bout de la terre. «J’y suis et impossible de faire marche arrière». Je décide de lire les lettres reçues de mes amis avant le départ. Elles me font du bien. Tant pis, premier jour et déjà toutes ouvertes ! Moi qui prévoyais d’en découvrir une par jour. De toute façon, je sais que je les relirai car certains me lancent des défis ! Un drapeau breton à photographier sur la banquise, des jeux littéraires, des vidéos à réaliser…

20h30 J’ai dîné avec une allemande, la cinquantaine qui vient depuis cinq ans chaque année pendant quinze jours, Marco et un inuit. Au menu, oeuf mayonnaise, oeufs de lump, assiette de pâtes, gnocchi et baleine. Avec deux plats le soir, je suis rassasié. Ici le samedi soir c’est disco ! Marco me propose de l’accompagner mais je ne me sens pas la force de le suivre. J’aurai le droit à ma première aurore boréale qui viendra me souhaiter la bienvenue. On m’en garantit de superbes à venir. Je crois que je vais lire un peu et m’endormir paisiblement. Je suis au Groenland et tout va bien ! PS : mes filles apprendront l’anglais. C’est tellement plus simple !

Peu après, j’appelle chez moi, Sabine, Chloé puis Louane. Je les rassure, leur donne mes premières impressions avant de partir pour une petite balade par -17°C. Je reprends des forces. ça va mieux. Le dîner est prévu dans cinq minutes. Je ferai après, un petit tour dans la ville avec l’espoir de voir ma première aurore boréale. La journée a été longue et riche en émotions. 14


C’EST L’HISTOIRE D’UN VOYAGE

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C’est l’histoire un peu banale d’un voyage. Le récit de quelques jours en solitaire sur une autre terre. Je viens vous conter trois semaines de ma vie et livrer sans peur mes émotions, mes joies, mes doutes et l’extraordinaire volupté des paysages polaires. L’envie simple de partager avec vous ma rencontre avec le peuple inuit. Tout commence le 25 août 2011, et comme toutes les histoires, la mienne débute par une rencontre. Vous savez, une de celles qui vous font rougir, qui animent vos sens, serrent le ventre et vous rendent capable d’aller encore plus loin. Ce jeudi d’été en des contrées islandaises, par un ciel grisonnant et bas, j’ai rencontré les icebergs. Six mois s’écouleront avant d’atteindre le Groenland. Il m’aura fallu ce temps pour m’équiper, me préparer, imaginer et organiser ce départ. Partir seul était une évidence et même si j’ai connu quelques moments de solitude, je n’ai jamais ressenti de sensation d’abandon. Le soutien de mes proches a toujours été présent pour faire face aux situations difficiles. Vendredi 24 février, je décolle de Paris avec mon sac à dos et fais escale en Islande, comme un retour en arrière de 184 jours. Dans le taxi, première rencontre avec une famille française qui, inspirée par mon voyage, prend déjà date pour l’année prochaine. J’arrive à la Guest House, prends mes quartiers puis pars pour une petite balade dans le centre de Rejkyavik. Ma soirée s’achève dans un flot heureux de souvenirs. Après une courte nuit, un autre taxi me dépose à l’aéroport, nous sommes une vingtaine à partir. Le vol dure deux heures et nous faisons escale sur une base du nord-est groenlandais. A la descente de l’avion, le froid est sec et piquant, j’en ai le souffle coupé. Nous sommes placés dans un préfabriqué où je cotoie les premiers inuits et leur langue si singulière. Après une petite heure d’attente, nous embarquons à nouveau et cette foisci direction Kulusuuk. Deux heures de vol plus tard, l’avion atterrit sous un soleil éblouissant. Je suis un peu perdu mais après quelques minutes, j’embarque dans un hélicoptère vers Tasiilaq. Vingt minutes de vol et des yeux grands ouverts, happé par l’immensité du paysage. Je survole la banquise, ce territoire immense qui couvre la mer d’un manteau de glace. J’ai le regard d’un enfant qui découvre un nouveau monde. L’hélicoptère fait un bruit assourdissant, les autres voyageurs portent un casque mais pas moi. Je survole l’Arctique et je ne veux me priver d’aucun sens. C’est pendant ce vol que pour la première fois, je réalise où je suis. Le ciel est d’un bleu éclatant, les couleurs sont à la hauteur des montagnes qui déversent un flot continu d’icebergs et de plaques de glace. J’arrive à Tassilaaq et l’accueil chaleureux de Robert est un soulagement après ce long périple. Je suis pris en charge et pendant le trajet jusqu’à l’auberge, tout se bouscule dans ma tête. J’observe, je scrute chaque chose, chaque personne, pour commencer à comprendre ce qui m’entoure. Je n’ai plus de repère, rien de mon confort occidental n’a d’équivalent ici.


Tiniteqilaaq, Groenland, mardi 28 février - 5ème jour

Le soleil se lève sur le fjord, je surveille toujours pour ne pas rater la photo.

7h40 Ce matin réveil à 7h00, j’ai bien dormi et ai du mal à me lever. Je suis de bonne humeur. Je prépare mon café, deux tartines de pain avec beurre et confiture. Je déjeune face au fjord. Quelle beauté ! Je mets Corneille en fond musical, « Vivez vos rêves... » entonne-t-il dans le refrain. Tout va bien.

16h00 Ah mon journal ! Tu es mon confident, mon repère, mon lien avec mes proches, ma famille, mes amis. Tu reflètes mon âme et mes sentiments. Tu exprimes sur tes pages mes émotions et mes silences. Je me surprends à parler à mon journal !

Aujourd’hui, j’ai du boulot ! Je n’ai plus d’eau et la vaisselle commence à s’empiler. Je dois faire le point sur le courrier puis aller faire les courses. J’ai envie d’écrire, de vous raconter ma vie ici. Le soleil se lève sur les icebergs, je surveille pour avoir la meilleure lumière pour les photos. Je sors fumer une cigarette, il fait froid et un petit vent glacial pique le visage. (Toujours ce problème de buée qui m’oblige à garder le nez dehors !) Ici pas de thermomètre, c’est mieux. Hier soir, aurore boréale à volonté ! C’est magique et difficile à expliquer, ça vit. Ici, le nombre d’étoiles est multiplié par dix et la lune parait très proche. Je suis sorti prendre des photos pendant presque 1h00, sous un bon -20°C à vue de nez. Le résultat, des images irréelles sur la carte mémoire de mon Canon. Je finis par rentrer quand la sensation de perdre mes doigts devint trop présente.

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Ici tout est démultiplié. Le froid, la beauté, le manque, le silence, l’envie, le blanc, la réflexion tout est intense pendant que la vie, elle, prend son temps. Je vis comme les inuits, le matin j’ai mes premières petites habitudes, je prends mon petit déjeuner, fais la vaisselle, pars faire mes courses, prends ma douche, et pars me promener. En début d’après-midi, repos puis nouvelle promenade. Les enfants me reconnaissent, ils m’appellent, me sourient. D’ailleurs les inuits sourient tout le temps. Je croise plus d’enfants que d’adultes. En fait, je croise très peu de monde ce qui justifie les 14 jours en solitaire dans le Grand Nord. C’est une épreuve dans tous les sens du terme, un voyage qui je le sais restera inoubliable. Comme un retour aux sources, à l’essentiel, un moment de repos, de réflexion. Demain, si le temps le permet, je partirai en traîneau avec Michel. Un peu d’activité sera la bienvenue.


Tiniteqilaaq, Groenland, jeudi 1er mars - 7ème jour 13h15 Ca y est, je trouve mes repères, je prends mes marques. Le décalage horaire est un lointain souvenir, le silence n’est plus pesant et l’activité me fait du bien. Je me sens plus à l’aise avec les habitants, sans doute s’habituent-ils à me voir, même s’ils ne comprennent pas l’intérêt pour moi d’être venu ici. Hier midi, comme prévu, je suis parti avec Kurt et son attelage. Une balade en chiens de traîneau inoubliable. Un peu froid aux pieds malgré mes multiples épaisseurs mais une véritable expérience avec un homme de 70 ans fort comme un ours et maîtrisant ses douze chiens d’une manière admirable. La vue depuis le glacier où nous sommes allés, était magnifique. Je me suis rendu compte, autant qu’il le fallait, que le village était posé au milieu de nulle part ! C’est impressionnant quand la nature vous rappelle que vous n’êtes pas grand chose. En rentrant, j’ai fait ma petite balade dans le village. Tiniteqilaaq, sud-est du Groenland s’est construit au début du siècle dernier par des nomades. Situé juste en-dessous du cercle polaire, sur l’ile d’Ammassalik, il compte environ 80 âmes, issues de familles de grands chasseurs. Depuis leur arrivée, la vie des inuits a considérablement évolué. Même si la chasse reste une activité quasi quotidienne, elle a fortement diminué avec la baisse du prix des peaux de phoques. Les familles perçoivent une aide de l’état danois qui leur permet d’acheter les produits du quotidien. Une école unique, dirigée par un professeur danois, couvre de la maternelle à la primaire. Les 14 - 25 ans qui souhaitent poursuivre leurs études, partent vers Tasiilaq

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ou Nuuk à l’ouest. Et même si aujourd’hui, seule l’eau n’est pas courante pour des raisons de coût de construction, les inuits de Tini vivent entre tradition et modernisme. Sur le chemin du retour, je croise Michel qui m’apporte quelques films, devenus nécessaires pour occuper mes soirées. Hier soir, le « Seigneur des anneaux » en anglais puis « Collatéral ». J’ai mangé une petite soupe comme chaque soir et me suis couché vers 22h30. La nuit a été bonne. Un peu plus tôt dans la journée, j’ai appelé ma famille ce qui fait toujours du bien. Petites courses au magasin puis réalisation d’une vidéo sur la colline en haut du village. Je me suis beaucoup amusé, je riais tout seul. Un petit apéritif vers 12h00 avant de regarder deux reportages. Ici l’alcool fort est interdit afin de lutter contre les problèmes d’alcoolisme. Seule la bière est en vente libre ce qui provoque tout de même des états d’ébriété très avancés, une journée par semaine, le jour de la paie. Les reportages que je regarde, diffusés à la télé française il y a quelques années, retracent l’histoire de Max, le frère de Michel, qui a vécu ici pendant plusieurs années avant de partir à Nuuk, la capitale. On le voit dans la maison où je vis, qui était la sienne, en pleine conversation avec un inuit, et le fils de Paul Emile Victor, premier européen à découvrir puis à vivre à Tiniteqilaaq lors de ses expéditions dans l’Arctique. Il m’a fallu sept jours pour apprivoiser ce pays, je suis à la moitié du voyage et je compte profiter pleinement de tout ce que je vis ici. C’est une véritable Expérience et je suis heureux de la vivre.

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Tiniteqilaaq, Groenland, vendredi 2 mars - 8ème jour 9h40 Aujourd’hui il neige, le ciel est bas et le village est en sommeil (encore plus que d’habitude). Au programme de la matinée, vaisselle et ménage. Quand même ! Le moral est bon. Je prends le temps pour tout, sans me poser de question. Après mon petit ménage, je finirai les puzzles sur lesquels mes filles ont dessiné. Ils me rappellent combien je les aime et qu’elles me manquent. Ce soir, je vais manger chez Koyoro pour un repas typique. Rendez-vous prévu à 18h00. Je pense maintenant répondre aux courriers. La musique m’accompagne partout dans la maison. Une manière aussi de briser le silence. Je vis à la manière des inuits, je ne prévois rien et ferai selon mes envies, c’est un peu ça aussi, être libre. Deux passages obligatoires cependant, la douche, car elle est fermée le week-end, et le magasin pour acheter des bonbons pour les enfants de Koyoro, Hansina et Ena Madina. Je pense également refaire une vidéo pour mes collègues, un défi supplémentaire à relever et une pensée pour mes partenaires de travail. 10h35 Petite réflexion matinale : quelquefois, j’ai cherché à gagner du temps pour qu’il passe plus vite. C’était sans doute une erreur car ici on prend le temps. Il ne se gagne pas, il est là et est immuable. Prendre le temps pour tout. Aller chercher de l’eau, faire des courses, sourire, discuter, regarder, écouter, sentir. Peut-être une clé, sans doute un début de réponse. On a souvent l’impression de perdre son temps, ici c’est faux, le temps perdu est celui qui est passé, celui qui ne reviendra plus. On le perd car on ne sait pas l’utiliser, on ne sait pas le prendre. Prenons le temps pour qu’une fois perdu ce soit du temps passé sur lequel on aura profité.

d’écrire pour se souvenir, de respirer pour vivre. Prenons le temps de partager et faisons-le avec envie. « Pour s’élever il faut d’abord descendre en soi » disait Voltaire. En parlant de temps qui passe et pour l’anecdote, ce matin, je me regarde dans le miroir et j’aperçois...des poils blancs dans ma barbe ! 17h00 Michel m’a invité chez lui cette après-midi. Il possède sa propre maison, où il passe ses journées et rejoint la maison de Koyoro, le soir, pour y manger et dormir. On a parlé de sa vie pendant qu’il se confectionnait une housse de couteau en peau de phoque. J’en ai profité pour en récupérer un morceau. Je me suis beaucoup rapproché de mon journal aujourd’hui et j’attends Michel vers 18h00 pour aller manger chez lui. Au menu, poisson du Fjord, rosé comme un saumon, vivant à cent mètres de profondeur et pêché à l’aide d’un fil tenu par trois branches de bois. Cette nuit on annonce un fort vent qui permettrait peut-être cette fois-ci, de pousser la banquise pour partir en bateau. Une belle façon pour moi de terminer mon séjour dans ce village. J’ai quelques films pour le week-end si vraiment le temps n’est pas beau. Ce sont mes deux derniers jours ici avant de retourner à Tasiilaq et je veux en profiter jusqu’au bout. Il me reste encore quelques photos à faire pour compléter l’album. 18h50 Je rentre du dîner chez Koyoro. Dans cette maison, chacun vit à son rythme et sans contrainte apparente. Chacun mange quand il veut, vient à table, en ressort, s’amuse. Les filles semblent amusées par mes expressions et ma présence. Koyoro parle peu et nous nous adressons à Michel pour traduire nos mots. Sa tante et son oncle, deux personnes âgées, vivent également ici.

Hansina et Ena Madina, 11 et 9 ans sont déjà en pyjama. Elles mangent bien et rapidement puis s’installent devant la télévision. Koyoro est très tendre avec elles. Après le repas, Michel est fier de mettre dans le lecteur DVD les reportages qu’il m’avait prêtés la veille. Les filles l’interrogent et semblent étonnées de le voir à la télé avec son frère Max. Pendant ce temps, Koyoro se prépare pour aller jouer aux cartes chez une voisine. Un élément de réponse sur la vie des inuits le soir. Je les laisse donc en famille et je rentre finalement de bonne heure. Sur le chemin, je croise Opi et Paola. Les enfants sont très ouverts et curieux. Ils me demandent souvent mon prénom, essayent de discuter et s’amusent de mon incompréhension. La nuit est tombée sur Tasiilaq, je regarde « Grizzly Man », l’histoire vraie d’un homme qui vit 6 mois par an avec des grizzlys dans un parc de l’Alaska. Ce soir il neige et je viens de passer la soirée avec une famille inuit.

Prenons le temps, de nous instruire pour transmettre, de voir pour connaître, 35

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Tiniteqilaaq depuis les bords du fjord

Maison traditionnelle


Tiniteqilaaq, Groenland, jeudi 8 mars - 14ème jour 7h10 Petit pincement au cœur en me levant. Dans un jour, je devrais être en France. Le temps est couvert mais ce n’est rien comparé aux journées précédentes. J’ai bon espoir de franchir la première étape. Je vais me préparer, faire ma vaisselle, me laver puis enregistrer mon sac à dos, à nouveau. 16h05 Une journée de plus au compteur de l’attente et pas d’hélico. Je bats un record me dit-on ! J’ai l’impression de revenir quatre jours en arrière. Moralement ça peut aller. Petit bilan personnel, je n’ai plus de livre, plus d’affaire propre, plus de couronne danoise et le téléphone est tombé en panne. Dire que je devais manger au restaurant en famille ce soir. Nous sommes le 8 mars et je suis au Groenland.

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Je reprends des forces

Les gens du voyage ont ce quelque chose de diffĂŠrent qui annihile toute mĂŠfiance.

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J'ai marché sur la banquise (extraits)  

J'ai marché sur la banquise, Les mots de mon quotidien De Alexandre de Zan Aux éditions Alexandre de Zan