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Directrice du PFE Jennifer BUYCK Tuteur d’apprentissage Walter Acchiardi Structure CAUE de la Drôme

VERS L’ECRITURE D ’ U N U R BA N IS M E EN MOUVEMEN t -

UNE MISE EN PRATIQUE SENSIBLE AU SERVICE DE LA PARTICIPATION HABITANTE Étude de trois communes en milieu rural

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Soutenance Juillet 2013 Master Science du Territoire

Marion ZANKOWITCH

Spécialité Urbanisme et Projet Urbain Année 2012 - 2013


NOTICE ANALYTIQUE AUTEUR Titre du mémoire

ZANKOWITCH

Marion

Vers l’écriture d’un urbanisme en mouvement. Une mise en pratique sensible au service de la participation habitante. Etude de trois communes en milieu rural. Organisme d’affiliation : Institut d’Urbanisme de Grenoble

Directrice de mémoire : Jennifer Buyck

Collation

Nb de pages : 91 93

Nb de références bibliographiques : 44

Mots clés

Démocratie participative, médiation culturelle, monde rural, analyse sensible, espace public

Nb d’annexes : 9

Termes France, Cobonne, Mazières-en-Gâtine, Moidieu-Détourbe géographiques RESUME

Dans le processus de fabrication des villes, la participation des habitants semble être un enjeu important pour répondre à un développement durable urbain. Ce travail met en valeur 3 démarches originales de participation effectuées au sein du réseau CAUE. Chacune a expérimenté une approche particulière de médiation culturelle. L’enquête que j’ai effectuée sur ces trois communes vise a appréhender concrètement l’apport des démarches de médiations culturelles dans la participation habitante et les projets urbains qu’elles préfigurent. Pour s’essayer à contrer les effets d’une société où l’entre soi est de plus en plus prégnant, il s’agit d’étudier si ces démarches s’inscrivent en faveur d’une qualité urbaine, où le fait urbain est pensé selon une échelle plus humaine. Cette rencontre entre la culture et l’urbain peut-elle permettre de libérer le potentiel démocratique des lieux et des espaces, en faveur d’une urbanité pleinement assumée ? L’analyse sensible mobilisée par ces démarches peut-elle permettre d’amorcer de nouvelles modalités d’actions au projet urbain ? Ce travail a été effectué dans le but de comprendre cette articulation atypique. Il n’appelle en aucun une réponse unique.

In the process of the fabrication of towns, the participation of the inahabitants seems to be an important challenge to adapt to a durable urban developement. This study presents three original projects of participation which took place in association with the CAUE organization. Each one has experimented a particular approach of cultural mediation. The inquiry which I realized in these three towns intends to apprehend concretely the benefice of cultural mediation approaches in the participation of inhabitants and urban projects which they prepare. To try to oppose the effects of a society where (l’entre soi) is more and more frequent, the matter is to analyse if these processes are in favour of the development of an urban quality of life where the urban fact is thought on a human scale. The questions is to know if this meeting between culture and urbanity can liberate the democratic potential of places and spaces in favour of a fully assumed urbanity, In other words, can the sensitive analysis mobilized by this questioning enable us to promote new ways of actions in favour of urban projects? This study has been carried out to understand this new articulation rarely apprehended before but doesn’t in any way bring a unique answer to this question.


remerciements

4


Je remercie tout particulièrement ma directrice de mémoire, Jennifer Buyck, pour sa présence constante et ses conseils avisés. Merci à Jean-Michel Roux pour sa disponibilité. Ce projet de fin d’étude a été réalisé en même temps que mon expérience d’apprentissage au sein du Conseil en Architecture Urbanisme et Environnement de la Drôme. Un grand merci à l’équipe, Mon responsable d’apprentissage, Walter Acchiardi, Robert Pleynet, Carole, Karine, Hélène, Anne-Laure, Michèle, Audrey, Guillaume, Laurence, Sandrine, Christine, Fred, Henriette, Karin (sans oublier les visiteurs de la pause déjeuner, Patrick et Cyril), pour leur accueil chaleureux, leur bienveillance, leur écoute, leur conseil et leur patience. Des pensées spéciales..., à Michèle pour sa douce rigueur et sa passion chocolat, à Laurence pour son énergie communicative et sa barette ponpon, à Fred pour son esprit farceur, ses crayons de couleur et son goûter toujours attendu... (Sans oublier tes playlists Laura ! ) Cette année passée à vos côtés à été mon ressort. Grâce à vous j’ai confiance en l’avenir. Des pensées pleines de tendresse..., à ma famille..., pour son soutien sans faille. A vous qui m’avez donné la force de continuer . . . A mes amis, d’ici, Camille, Myriam, Nathalie, Julie, Elise, Ludo ... ... et d’ailleurs, Elisabeth, Elena, Thomas ... Pour la réalisation de la première de couverture, je me suis associée avec la souris créative de Laurianne Talichet, amie et graphiste talentueuse. Merci à ma mère, Manoëlle et ma tante Suzelle, qui ont accepté de faire la relecture de ce mémoire. Ces dernières lignes pour mon école. Ces 5 années passées au sein de l’Institut d’Urbanisme de Grenoble ont été riche d’événements en tout genre. J’en sors grandie et plus forte encore. Une pensée particulière pour les deux Françoise et Danielle. (Sans oublier la plate-forme multimédia pour le prêt prolongé …) Spéciale dédicace pour la 12, « pita pour toujours ! » 5


sommaire

6


INTRODUCTION

p.6

I.

L’APPEL A UN MODELE PLUS PARTICIPATIF

p.8

1.

La crise de la démocratie représentative

a. Le constat : des représentants éloignés des citoyens

b. L’évolution : la montée en puissance des collectivités

2.

Les apports du modèle participatif

a. L’affirmation de comportements civiques, garants de durabilité

b. Un enrichissement pour la gestion des affaires publiques

c. Un savoir d’usage reconnu

Les limites : un modèle devenu utilitaire et complexe

3.

a. D’une charge idéologique à un complément de la démocratie représentative

p.9

p.12

p.14

3.

Méthodologie de l’enquête de terrain

a. Présentation des acteurs interrogés

b. L’entretien compréhensif : une démarche progressive, itérative

c. Une grille d’analyse en quatre phases

III.

REDONNER SENS AU FAIT URBAIN

1.

La rencontre entre médiation culturelle et projets

communaux

a. Répondre à des situations communales singulières

b. Les attentes : paroles des commanditaires

Les apports de la médiation culturelle : paroles des collectifs

2.

p.38 p.39

p.42

a. Les méthodes employées

b. Une multiplication des procédures : les différents degrés de participation

b. Les outils mobilisés

c. Un outil managérial au service de «l’entreprise-mairie»

Le projet d’aménagement à l’épreuve de nouvelles pratiques p.51

3.

a. L’articulation avec la programmation

II.

UN ECLATEMENT DE LA VILLE ET UNE SOCIETE DE L’ENTRE-SOI p.20

b. La fabrique de l’aménagement

1.

La figure de la ville contemporaine

c. et après ou la problématique du soufflé...

a. L’origine du phénomène

b. Les caractéristiques : une mise à distance de l’humain

Un monde rural intégré : présentation des 3 études de cas

2.

p.32

a. La ville territoire : un fait urbain étendu

b. Des problématiques communales variées

c. Une forme originale de participation : l’appel à la médiation

culturelle

p.21

p.25

CONCLUSION

p.62

BIBLIOGRAPHIE

p.66

ANNEXES

p.70

7


INTRODUCTION « La ville perd de son âme parce qu’elle n’est plus un espace de rêve... Les structures matérielles authentiques disparaissent dans un grand mouvement d’exurbanisation, gigantesque anonymat où les automobilistes ne feront que s’entrecroiser sur les échangeurs d’autoroute. La ville a perdu son identité synonyme d’urbanité et de civilisation1»

Si l’on considère la ville comme une construction sociale, basée sur l’altérité, on s’accorde à dire que l’espace public semble être son support visible. L’altérité est une composante indissociable de l’urbanité. Elle est l’indicateur qui permet de constater un des fondements essentiels au fait urbain, à savoir : faciliter la coexistence positivement assumée entre des personnes d’origines ou de statuts différents « aller en ville, c’est partager un espace public avec des inconnus qui, comme nous, ont envie d’être en ville2». L’espace public paraît donc être le lieu privilégié de discussions et d’actions. Or, aujourd’hui, l’espace urbain voit apparaître la multiplication d’enclaves associé à un phénomène de repli sur soi. Ce contexte d’individualisation croissante amène à se demander 1

8

GUENEAU E.P, La ville citoyenne, Ed. L’harmattan, 2004, 253p., p.50

2 VERDIER P., Le projet urbain participatif, Apprendre à faire la ville avec ses habitants, Ed.Yves Michel, septembre 2009, 264p.


si la ville est en perte d’urbanité  ? A-t-elle besoin d’être réactivée  ? La participation des habitants au fait urbain semble être un des moyens pour arriver à stimuler et éveiller la conscience citoyenne. Ce mémoire est l’objet d’une mission inscrite dans le cadre de mon apprentissage au CAUE 26. Cette enquête est effectuée dans le but de dresser des sortes de « bonnes pratiques » et éclairer des futures opérations engagées au sein de la structure drômoise. Pendant 2 mois, j’ai effectué une enquête auprès de trois communes qui ont effectué une démarche originale de participation habitante. Convaincues de la plue-value apportée par la participation des habitants à leurs projets, ces communes ont voulu expérimenter une nouvelle manière d’exercer la démocratie participative. Leur point commun est d’avoir utilisé la médiation culturelle comme levier d’action. Selon le dictionnaire3, la médiation est «  l’entremise destinée à amener un accord ». Elle consiste à faire « l’articulation entre deux êtres ou deux termes au sein d’un processus dialectique ou dans un raisonnement ». Le dialogue paraît être au cœur de la médiation ; il s’agit de faire émerger une parole, pour mieux comprendre les besoins qui en émanent. Ces trois communes ne se sont pas arrêtées à la notion de médiation. Sur les différents comptes rendus, c’est le terme de « médiation culturelle » qui est employé. L’adjectif « culturel » signifie « qui vise à développer la culture, à répandre certaines formes de culture ». Associé à leurs enjeux de développement, la culture ciblée est celle liée au fait urbain, à l’urbanité. L’originalité des démarches tient donc en la nouvelle approche qu’elles impliquent. L’articulation entre culture et fait urbain introduit une nouvelle modalité d’action au projet d’un territoire. Pour s’essayer à contrer les effets d’une société où l’entre soi est de plus en plus prégnant, il s’agit d’étudier si ces modalités d’actions s’inscrivent en faveur d’une qualité urbaine, 3

Le Petit Larousse

où le fait urbain est pensé selon une échelle plus humaine. La rencontre entre la culture et l’urbain est-elle en capacité d’amener une nouvelle expertise pour tenter de répondre aux enjeux de la ville contemporaine ? Ce renouvellement de l’approche urbaine peut-elle permettre de libérer le potentiel démocratique des lieux et des espaces, en faveur d’une urbanité pleinement assumée ? Ce dialogue culture – ville soulève de nombreuses questions. Ce mémoire en cible trois : - Comment s’articulent les implications des démarches de médiation culturelle dans la participation habitante ? - Le média artistique et culturel parvient-il à impliquer la parole habitante ? - Qu’amène la médiation culturelle aux projets d’espace public ? Mon développement va s’articuler autour de trois parties. Seront d’abord étudiées les raisons qui ont amené la démocratie représentative à faire appel à un modèle plus participatif. Cette partie va être l’occasion d’exposer les atouts de la démocratie participative mais aussi d’en souligner les limites. La deuxième partie va aborder la figure de la ville contemporaine caractérisée par un éclatement et une société de l’entre-soi. On tentera de comprendre ce qui a contribué à l’émergence d’une «  urbanité froide  », d’une mise à distance de l’humain dans le fait urbain. Cette seconde partie va également introduire la méthode mise en place durant l’enquête de terrain que j’ai effectuée auprès des différents acteurs des trois communes de Cobonne, Mazières-en-Gâtine et Moidieu-Détourbe. Enfin, la troisième partie va être l’occasion d’exposer les résultats de l’enquête menée. Les nouvelles expertises du fait urbain mises en place ont-elles permis de lui redonner du sens ? 9


1

L’APPEL A UN MODELE PLUS PARTICIPATIF Un regain de crédibilité envers la démocratie

10


1 - La crise de la démocratie représentative a) Le constat : des représentants éloignés des citoyens De nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer une crise de la démocratie représentative dans la majorité de nos démocraties modernes. En ce qui concerne la France, la remise en cause de la légitimité des institutions démocratiques s’est notamment illustrée lors des mouvements sociaux contestataires, en 2005, dans bon nombre de banlieues. Cette «France’s Failure» a été aussi remarquée dans de nombreux médias sur la scène internationale. Ce retentissement a été d’autant plus important que la France est traditionnellement perçue de l’étranger comme «le pays des passions politiques»1, où l’engagement serait par nature «fort et dense». Un tel contexte supposerait donc que la plupart d’entre-nous seraient en capacité d’énoncer un point de vue capable d’être entendu et relayé sur la scène politique. Hors, la violence des échanges durant l’été 2005 a été telle que certains se sont demander si «La République brûle-t-elle ?»2. La remise en question de la politique est l’un des échecs évoqués par les auteurs de cet ouvrage. Ce constat est particulièrement sensible lorsque l’on découvre les résultats des taux d’abstention, pour exemple, celui des cantonales3. Il n’avait dépassé les 50% qu’en 1988. 2011, fut la deuxième année à voir ce taux dépasser les 50% pour en atteindre 55%

1 PERRINEAU P., Les renouveaux de l’action politique. In : Vingtieme Siècle.Revue d’histoire. N°60, octobre-décembre 1998.pp.112-117 2

Drai R., MATTEI J-F, La république brûle-t-elle ?, Michalon Ed, 2006, 200p.

3

(Voir illustration 1) Le Monde Politique, Cantonales : l’abstention à 55%, 27.03.2011

Illustration 1 : Taux d’abstention au second tour des élections cantonales, depuis 1961

Cette désaffection des citoyens pour leurs représentants et leurs institutions est une des raisons qui amènent certains détracteurs à remettre en question le modèle représentatif. En parallèle de cette évolution, on remarque aussi une montée des votes extrêmes. La dernière élection présidentielle illustre ce constat avec l’arrivée en 3e place du Front National et en 4e du Parti de Gauche. Le «tous pourri» est l’une des critiques les plus virulentes adressée aux acteurs institutionnels. Une grande partie de cette société contestataire les accusent d’être des « politiciens professionnels », occupés par leur propre sort, incapables de répondre aux nouvelles demandes issues d’une classe de citoyens devenus plus instruits et plus détachés. Ce besoin d’écoute, qui ne serait pas relayé par la classe politique actuelle, peut trouver une de ses causes dans «l’effondrement de la médiation effectuée jadis par les partis politiques»4. La plupart d’entre eux seraient des sortes d ‘ «écuries présidentielles», d’avantage préoccupées à présenter le meilleur candidat à 4 GONTCHAROFF G., La reprise en main de la politique par les citoyens ou la démocratie locale représentative. Adel Ed., 2000, p.14

11


la future élection, que par la vie quotidienne des citoyens. Aussi, due à l’extension des compétences territoriales issue de la politique de décentralisation, la professionnalisation des représentants s’est accrue. La gestion des affaires locales s’est complexifiée, ce qui a contribué à éloigner les élus du terrain. «La notoriété ne suffit généralement plus pour conquérir des postes élevés : des compétences de plus en plus étendues sont désormais nécessaires à l’exercice d’un mandat local»5. Cette technicisation de l’action publique opère, de fait, un tri parmi les prétendants aux mandats électifs comme le montre le schéma ci-dessous6. Pour une écrasante majorité, les députés sont issus de la Catégorie Socioprofessionnelle des cadres et professions intellectuelles supérieures.

Seulement 5 ouvriers étaient présents dans l’hémicycle en 2003. Ce manque de représentativité populaire vient davantage renforcer la fracture entre représentants et représentés.L’appel a un modèle plus local a été l’une des réponses apportées pour le regain du modèle représentatif.

b) L’évolution : la montée en puissance du système local La centralisation à la française a longtemps dénié le pouvoir du local. Un changement de paradigme va progressivement s’opérer vis-à-vis de ce refus historique. Dans son article7, Pierre Deyon indique les 3 étapes essentielles qui vont mener vers une organisation plus libérale de l’administration territoriale. - La première concerne les lois du 21 mars 1831 et 22 juin 1832, qui instituèrent l’élection des conseillers municipaux et des conseillers généraux. Une évolution notable va être opérée via l’ouverture au scrutin de plus de deux millions de citoyens. «Certes, le scrutin demeurait censitaire mais il était beaucoup plus ouvert que celui des élections législatives, Il intéressait plus de deux millions de citoyens à la procédure électorale et faisait de la politique au niveau des collectivité locales une propédeutique de la vie citoyenne, une première école de formation et de responsabilité civiques.8»

Illustration 2 : Catégories socioprofessionnelles des députés en 2003

12

Néanmoins, une méfiance persistait vis-à-vis des collectivités. L’argumentaire qui servait à leur émancipation a pris sa source lors de la révolution de 1789 et de la commune de 1871, qui avait expérimenté une forme de démocratie directe ayant eu pour résultats une entrave constante à la délibération des législateurs : « En effet les interpellations tumultueuses du public des tribunes, la présentation

5 KOEBEL M., Le pouvoir local ou la démocratie improbable, Ed.du Croquant, 2006, 125p, p.16

7 DEYON P., Le long refus de la démocratie locale pp.14-19, in La démocratie locale. Représentation, participation et espace public, PUF, 1999

6

8

(Illustration 2) KOEBEL, op.cit., p.23

DEYON op.cit.


des «adresses» venues de la France entière, la venue à la barre des délégations de pétitionnaires armés, les menaces de sections parisiennes et de la Commune de Paris pesèrent en permanence sur le délibérations de législateurs». On craignait qu’accorder plus de légitimité à l’administration territoriale nuirait à l’unité nationale. Un des grands défenseurs de la centralisation, Thiers, se justifiait ainsi « la liberté, c’est l’unité (...) et voilà ce que propose de détruire les franchises des communes». Cette crainte se justifiait au travers des guerres de clochers et de la prétendue ignorance qui ne permettrait pas aux élus locaux de mener à bien l’intérêt général. Aussi, le préfet conservait le droit à inscrire d’autorité des dépenses obligatoires dans les budgets municipaux et départementaux. - La seconde étape vers l’émancipation du pouvoir local s’est réalisée au travers de l’élection des maires, entre 1882 et 1884. La loi instaura l’élection du maire au suffrage universel. La commune devenait une entité à part entière. Néanmoins, cette dernière était toujours limitée par le pouvoir de l’administration centrale qui ne rendait les arrêtés municipaux exécutoires qu’après l’aval préfectoral. Les décisions importantes devaient également être contrôlées explicitement. Un contrôle supérieur était donc de mise, toujours guidé par cette crainte de briser l’unité nationale. « Les communes sont sujettes, comme telles elles doivent être soumises à la surveillance des pouvoirs publics [...] la nature des choses veut que l’on soumette les communes à ce contrôle supérieur sous peine de briser l’unité nationale»9 - La troisième étape n’aura lieu qu’un siècle plus tard avec les lois de décentralisation de 1982-1983. D’une part, elles vont permettre aux échelons régionaux et départementaux de disposer de leur propre 9

DEYON P., op cit, p.16

pouvoir exécutif. D’autre part, l’échelon le plus local, va voir l’affirmation de bon nombre de ses compétences. L’éloignement géographique d’une démocratie centrale bureaucratisée jusqu’alors ne donnait pas l’impression d’être au plus proche des préoccupations citoyennes «Hier décrié, le local apparaît aujourd’hui comme le lieu essentiel de l’innovation politique et la seule solution possible à la perte de légitimité d’une démocratie représentative qui a montré toutes ses limites»10 Une des limites du système représentatif concerne la passivité qui suit une élection. « Cependant, ils restent des «sujets» puisqu’ils ne deviennent pas souverains. Entre deux consultations électorales, leur rôle dans la marche des affaires est plus passif qu’actif. Ils sont électeurs et contribuables, mais rien d’autre vraiment.11» La critique du modèle représentatif résulte de cette passivité citoyenne, qui aggrave, de fait, la rupture entre gouvernants et gouvernés. Les citoyens élisent leurs représentants en les mandatant, pour un temps déterminé, du pouvoir de les représenter dans la gestion des affaires publiques utiles à la vie de la collectivité. Lors d’une élection, les citoyens ont le pouvoir de décision. Ils deviennent alors centre de toutes les attentions. Une fois retombées les ferveurs partisanes, les citoyens ne sont guère plus consultés qu’au travers du Ministère de l’Économie et des Finances et la déclaration d’impôt qui en émane... Dans le but de rapprocher le citoyen de la puissance publique, à la montée en puissance des collectivités, s’est ajouté le besoin de mettre en place un système plus participatif.

10

KOEBEL M., op.cit. p.9

11

GONTCHAROFF G., op.cit.

13


2 - Les apports du modèle participatif a) L’affirmation de comportements civiques garants de durabilité La participation est vue comme une réponse nécessaire aux défis du développement durable et, par là même, garante d’un projet territorial durable. Le contexte complexe et incertain, issu des mutations sectorielles, et les défis du XXIe siècle supposent une appropriation démocratique de ses enjeux. L’entremêlement des échelles, du local et du global, fait que tout un chacun est en mesure d’être acteur des transformations à venir. Les territoires locaux doivent mettre en place des actions prospectives pour répondre à des enjeux mondiaux qui les dépassent. Un nouveau rapport de responsabilité semble s’instaurer, qui implique tant l’individuel que le collectif. Cela suppose que les gouvernements et institutions qui les représentent ne peuvent plus, à eux seuls, être à la définition des politiques publiques. Aussi, le développement durable est vu comme un processus de construction collective. D’où la nécessité d’une «approche démocratique... qui constitue la principale garantie d’une exigence forte en durabilité»12. L’importance de cette thèse est reconnue par des instances supra-nationales comme celle des Nations Unies. La clôture de leur conférence à Rio en 1992 précise : «Il faudrait que les collectivités locales instaurent un dialogue avec les habitants, les organisations locales, et les entreprises privées... Grâce au processus de concertation, les ménages prendraient davantage conscience des questions liées au développement durable»13.

14

Par la co-responsabilité qui en émanerait, la construction de l’action publique, par un processus de participation, garantirait donc le développement de comportements civiques plus respectueux de l’environnement. Certains affirment aussi que nous sommes à l’ère d’une démocratie technique et avancent que «les grands choix scientifiques et techniques sont aussi, inséparablement, des choix de société»14 . La définition des politiques publiques ne peut se faire sans la contribution de ces savoirs techniciens. Néanmoins, cet apport scientifique est aussi source de réinterprétation constante qui amène parfois plus d’incertitudes que de réponses. L’inclusion de la société civile, des citoyens, dans l’accompagnement à la prise de décision de l’action publique, peut permettre un ancrage effectif dans le réel, qui temporiserait une incertitude croissante. «L’entrée en lice des «profanes» contribue à dé-technocratiser les problèmes techniques, à en souligner les enjeux sociétaux et à donner aux citoyens le pouvoir d’influencer des choix collectifs fondamentaux à l’heure où le poids des sciences et des techniques est plus fort que jamais»15

b- Un enrichissement pour la gestion des affaires publiques La question se pose de savoir ce qui est acquis par les citoyens au sein des processus participatifs. Selon Julien Talpin, trois types de compétences émaneraient de ces dispositifs. En matière pratique, le citoyen serait en capacité d’apprendre a parler en public, à écouter, gérer une réunion, distribuer des tours de paroles16. Aussi, les thématiques soulevées lors de ces réunions autour de l’aménagement urbain et ses conséquences

12 Cahier n°6, Agenda 21 et participation, La voix de tous sur la voie de l’intérêt général, Repères pour l’action, Actes de l’Atelier de l’Observatoire, Ed. Observatoire national des agendas 21 locaux et des pratiques territoriales de développement durable, octobre 2012, 107p.

14 BACQUE M., SINTOMER Y., Les savoirs citoyens dans la question urbaine, in Dossier : « Quelle place pour les savoirs-citoyens ? », revue Territoire, avril 2009, p.23

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16 op.cit.

Déclaration de Rio, chapitre 28

15 op.cit


juridiques et économiques, permettraient d’acquérir des compétences techniques. Une dernière résulterait des interactions régulières avec les représentants politiques. La capacité de réunion qu’implique la participation développerait des compétences politiques. Par la meilleure connaissance de la vie publique et une plus grande implication dans la vie de la cité, cette association permettrait donc de redynamiser la société civile locale et surtout de restaurer un sentiment civique malmené. Émilie Meunier, chargée de mission au service participation habitante de la ville de Fontaine (38) explique comment la démocratie participative vient enrichir la gestion publique d’une collectivité : « Faire participer les habitants au projet politique de la ville via des instances qui amène des avis citoyens qui passe en délibération devant le conseil municipal. C’est un projet politique qui se pose des questions. Les élus veulent avoir l’avis des habitants, pour faire évoluer leur vision.17» Le citoyen est mobilisé de manière à faire évoluer l’action publique. Dans le cas de la ville de Fontaine, la parole habitante est mise en délibéré devant les représentants, pour, éventuellement, permettre d’opérer un changement de position. Par ce passage en direct devant une instance délibérative, la participation incite les mandatés à d’avantage de transparence . Ce besoin de justification permet d’améliorer son acceptation par les citoyens. A ce titre, la démocratie participative peut être vue comme une sorte de pivot, qui serait en capacité d’amorcer un changement de point de vue.

c - un savoir d’usage reconnu

du territoire vécu au quotidien, permettrait de compléter une vision plus technicienne qui risque de passer au travers de problématiques locales. « L’approche participative vise à construire une connaissance avec ceux qui sont concernés par cette connaissance...au risque de passer à côté d’une partie de la réalité».18 Cette expertise est mobilisée notamment au titre d’un savoir d’usage. Il s’agit de reconnaître une expérience vécue au quotidien. En quelque sorte, la participation confère au citoyen un statut d’expert de l’ordinaire du quotidien. L’ensemble des « micro-problèmatiques » qui seront soulevées permettront d’avoir une vision d’ensemble des problématiques locales. A défaut d’y répondre par une vision d’en haut inadaptée, le politique pourra adapter au mieux son offre d’action publique. En tant que technicienne, Émilie Meunier souligne elle-aussi l’importance de prendre en compte cette maîtrise d’usage : « Si un habitant me dit, «moi pour aller de cette rue-là à cette rue-là, je prends tel trajet et ça m’arrangerait d’avoir un passage piéton ici», ben rien que ça, ouai, toi t’es un pro de ta maîtrise d’usage … Il n’y a pas de petits savoirs » Aussi, être en capacité de reconnaître et d’écouter cette expertise citoyenne, la mobiliser dans le but d’une construction collective de l’action publique, permettrait d’aboutir à l’instauration de relations de confiance entre les acteurs. L’action publique serait donc ré-légitimée et la fracture «représentants-représentés» atténuée. Toujours dans un objectif de durabilité, cet engagement en commun de l’ensemble des acteurs du fait

Cette modification est permise via la mise en valeur d’une ressource territoriale : l’expertise citoyenne. La mobilisation de leur connaissance, 17 Entretien réalisé en mars 2013, Emilie Meunier est chargée de mission, à la mission Démocratie Participative de la ville de Fontaine (38)

18 VERDIER P., Le projet urbain participatif, Apprendre à faire la ville avec ses habitants, Ed.Yves Michel, septembre 2009, 264p., p.75

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urbain serait gage de qualité quant à une vision prospective du territoire de demain19. Se pose maintenant la question de la mise en pratique de ses apports ? Comment, concrètement, implique-t-on ces démarches participatives aux actions d’aménagement ? Avant d’en venir aux modalités de mise en œuvre de l’action publique contemporaine, il semble important de faire un retour historique pour comprendre l’évolution de la participation. Parmi les trois types d’implications de la population évoqués par Philippe Verdier20, le focus sur l’implication montante et descendante permet de mieux comprendre le changement de paradigme qu’à connu le processus participatif

3) Les limites : un modèle devenu utilitaire et complexe a- L’ évolution : d’une charge idéologique ... Le creuset des expériences participatives prend sa source dans la montée de la démocratie locale dans les années 70. Une des expériences les plus abouties en la matière concerne la démarche du Groupement d’Action Municipale mis en place en 1965 à Grenoble. Ce dispositif peut être qualifié de «Bottom-Up», l’implication montante21 de Philippe Verdier, car initié directement par les citoyens et accepté par les décideurs. Le futur maire de l’époque, Hubert Dubedout, est l’un des initiateurs de cette démarche. Son élection, la même année, au poste de maire de Grenoble, a permis son plein épanouissement. Le GAM avait pour objectif

16

19

Cahiers n°6, op.cit. p.33

20

op.cit. p.76

21 (Illustration 3) VERDIER P., Le projet urbain participatif, Apprendre à faire la ville avec ses habitants, Ed.Yves Michel, septembre 2009, 264p., p.76

Illustration 3 : Démarches participatives et aménagement : trois types d’implication de la population

de permettre aux habitants de participer à l’élaboration des décisions qui les concernant. Ce nouveau modèle de gestion municipal rejoint l’idée d’un syndicalisme du cadre de vie. Cette philosophie se base sur un réseau associatif dense et militant, qui, de fait, dispose d’une véritable assise pour faire inscrire la parole citoyenne dans l’agenda politique. Il va sans dire que la volonté des élus était aussi partie prenante de l’aventure. Beaucoup qualifieront la pratique grenobloise d’expérimentale. L’absence de cadres tant, juridiques, théoriques que pratiques, remarquées lors de ce GAM, va ouvrir la voie à l’instauration de procédés plus normés. Progressivement, d’implication montante, le processus de participation va s’inverser vers une tendance descendante, mise en place par les élus, pour faire adhérer et


pour convaincre les citoyens. Gontcharoff explique ce tournant, en partie par une attitude «arrogante et suffisante»22 issue de cette période des GAM qui a vu accéder au pouvoir bon nombre d’anciens militants. Par leurs précédentes pratiques, ces derniers se sont quelque peu désolidarisés de la parole citoyenne. Ils s’appuyaient sur leurs précédentes pratiques qui les assuraient d’une connaissance justifiant cette prise de hauteur. Peu à peu, ce tournant va entraîner une inversion vers une logique «Top-Down».

b- ... à un complément de la démocratie représentative Certains, comme Loïc Blondiaux vont utiliser la notion «d’impératif délibératif» pour qualifier ce changement d’idéologie. Aujourd’hui, les pratiques de décisions sont la plupart du temps mis en délibéré, dans le cadre de procédures formelles, d’où l’inflation des dispositifs participatifs observés : « Conférences de consensus, jurys de citoyens, Commission nationale du débat public, conseils de quartiers ou commissions locales consultatives se réfèrent à ce double impératif de participation et de délibération...Dans sa formulation première, dérivée de la philosophie de Jürgen Habermas... cette philosophie politique met en avant une définition procédurale de la légitimité. La norme n’est légitime que si elle résulte d’un processus de délibération inclusif et équitable, auquel tous les citoyens peuvent participer et dans lequel ils sont amenés à coopérer librement.»23 Un nouvel esprit de l’action publique s’est donc progressivement imposé sur la scène politique. L’application d’une décision politique sera d’autant plus légitime si elle est précédée par une discussion préalable. En résulte la multiplication de nombreuses procédures pour traduire cet argument 22

GONTCHAROFF op.cit.p28

23 BLONDIAUX L., La délibération, norme de l’action publique contemporaine ?, Projet, 2001/4 n°268, p-81-90, p82

délibératif dans la législation. Deux d’entre eux ont eu des retentissements importants dans le domaine de l’aménagement : - La loi Bouchardeau du 12 juillet 1983 fixait pour objectif à l’enquête publique «d’informer le public, de recueillir ses appréciations, suggestions, contre-propositions, afin de permettre à l’autorité compétente de disposer de tous les éléments nécessaires à son information. - En 1995, la loi Barnier qui crée la Commission nationale du débat public énonce, dans le cas des grands projets d’aménagement ou d’équipement, un véritable principe de «participation» et «d’association» du public à l’élaboration des décisions. L’idée contemporaine de démocratie participative s’est donc institutionnalisée. Elle ne consiste plus à s’opposer à une culture de la délégation, mais vise à l’enrichir. En aucun cas il va s’agir de remettre en question le pouvoir de décision. Ses partisans mettent en avant son atout d’être capable de fournir un arbitrage en amont de la décision, favorable à l’échange d’arguments rationnels. D’où la légitimité de mettre en place des procédures et techniques permettant aux participants d’énoncer des points de vues réfléchis, préalable considéré comme indispensable à l’échange d’argumentaires qui s’en suivra.

c- Une multiplication des procédures : les participation

différents degrés

de

A ce propos, la typologie française propose une échelle composée de 4 degrés de mise en œuvre de cette démocratie participative. - Le premier concerne celui de l’information. Il s’agit de donner à voir l’action politique. L’implication de la société civile se fait au travers d’une mise en circulation de l’information, tels que les bulletins municipaux (par 17


exemple). - Le second degré est celui de la consultation. Comme son nom l’indique, sa finalité est purement consultative. A ce propos, la loi d’orientation de 1992 encadre ce procédé : « Le droit des habitants de la commune à être informés des affaires de celleci et à être consultés sur les décisions qui les concernent, indissociable de la libre administration des collectivités territoriales, est un principe essentiel de la démocratie locale » En 2004, son champ d’application est étendu à l’ensemble des collectivités et tous les Établissements Publics de Coopération Intercommunaux. Ce dispositif consiste à recueillir l’avis des administrés après approbation. Cette mise en œuvre en aval souligne bien qu’en aucun cas, il est mis en place pour venir influencer le projet. La consultation est utilisée à des fins «d’éclairage» de l’action publique. Sa forme la plus répandue est l’enquête publique. - Le troisième est celui de la concertation. Ce degré est l’un de ceux qui peuvent venir influencer la prise de décision. Sa mise en œuvre s’effectue en amont de la délibération. La «qualité opérationnelle»24 de la parole habitante y est notamment reconnue. A l’instar de la municipalité de Fontaine, on va inclure les habitants et / ou leurs représentants dans des instances tripartites diverses. De fait, la maîtrise d’usage est reconnue par les instances délibératives comme une sorte de service-ressource, pouvant éclairer sur des micro-problématiques locales. Le choix d’engager une procédure de ce type est aussi bien de mener une «perspective gestionnaire intelligente qu’une perspective démocratique». Une charte de la concertation a été adoptée en 1999. Celle-ci expose 3 objectifs majeurs 18

24

GONTCHAROFF, op.cit. p.37

inhérents à la bonne mise en œuvre de ce procédé. « - Promouvoir la participation des citoyens aux projets qui les concernent, par l’information la plus complète, l’écoute de leurs attentes et de leurs craintes, l’échange et le débat.... - Améliorer le contenu des projets et faciliter leur réalisation, en y associant dès l’origine, aux côtés du maître d’ouvrage, le plus grand nombre possible d’acteurs concernés.... - Fournir aux différents partenaires les éléments d’un code de bonne conduite définissant l’esprit qui doit animer la concertation et les conditions nécessaires à son bon déroulement»25 Néanmoins, il ne s’agit pas de partager le pouvoir mais seulement d’y faire participer. - Le quatrième degré, lui, inclut ce processus de co-décision. Il concerne la participation proprement dite. Dans notre modèle de délégation, les élus restent les seuls à pouvoir délibérer. Ce degré permet néanmoins un certain partage du pouvoir. Il peuvent choisir de déléguer à des instances composées par la société civile. Aussi, si les élus acceptent de s’en tenir à un rôle de spectateur, ils légaliseront, à l’instar des enveloppes budgétaires de quartier, le choix des habitants avec un vote a posteriori, sans modification. Sans doute le plus contesté, ce dernier degré est même qualifié d’utopique. Les critiques qui en émane permettent de mettre en évidence les limites de cette démocratie participative «descendante».

d- Un outil managérial au service de « l’entreprise-mairie » En premier lieu, le manque de responsabilisation des citoyens est mis en avant :

25 Charte de la concertation, mise en application en 1999 par le ministère de l’environnement


« Comment imaginer qu’une proportion significative d’habitants s’engage dans et pour des dispositifs qui ne leur donnent en fait que des miettes de responsabilités ? Il ne saurait en effet y avoir de participation démocratique véritable sans un minimum de délégation de pouvoirs»26 Seuls les élus ont le pouvoir de mettre en place ce type de procédés. Comment, alors, faire valoir une participation spontanée des citoyens ? Cette participation est d’autant plus mise à mal qu’elle se dessine dans un contexte politique où les compétences des collectivités se complexifient sans cesse, «une participation spontanée n’apparaît plus compatible avec un univers local professionnalisé et complexe» Suite aux lois de décentralisation, la modernisation de la gestion des affaires publiques a réduit le politique à une «fonction pragmatique de régulation». Les responsabilités des élus locaux doit aller de pair avec un champ de compétences de plus en plus étendu. Les mandatés sont devenus des gestionnaires, qui doivent arbitrer des logiques verticales, qui se jouent même parfois au sein des services internes de la municipalité. Aussi, il doit être capable d’en gérer d’autres, plus horizontales, car, résultant de logiques territoriales, qui dépassent le contexte communal. De fait, l’éloignement du citoyen sera d’autant plus grand que la commune aura une taille importante... « Compétences, audit, projet, chiffrage, subventions sont devenus les maîtres mots d’une gestion adaptée à la complexité des textes, des procédures et aux réformes incessantes»27 L’accumulation des textes et leurs langages «technocratique», nécessite, de s’entourer de personnes compétentes, capable d’aider au décryptage

26

GONTCHAROFF, op.cit., p.44

27 LE GOFF, J-P., La fin du village, une histoire française, Ed. Gallimard, 2012, 577p., p.276

Certains évoquent même le terme de «l’entreprise communale»28 où le chef de «l’entreprise mairie» doit maîtriser la gestion de son administration, savoir mobiliser les associations, entretenir de bonnes relations avec les administrations d’État pour pouvoir s’assurer de futurs subventions... Dans ce contexte local complexe, la participation descendante mise en place résulte plus de «la communication personnelle du maire». Les services municipaux mettent sur le marché local des «produits» municipaux tels que des aménagements, équipements, et services . Il va s’agir de s’assurer que les citoyens sont satisfaits de la plupart des «produits» mis à leurs disposition. Avec la récolte de cette parole habitante, le politique peut déclarer qu’il est au plus proche du citoyen, qu’il en comprend l’environnement immédiat. Cette sollicitation va s’effectuer dans une logique consumériste. En quelque sorte les citoyens sont perçus comme des consommateurs à satisfaire. « Le public n’est pas convoqué dans ces lieux au titre de citoyens mais au titre d’habitants ou de consommateurs : on ne les interroge pas sur les valeurs mais sur les faits uniquement.»29 La démocratie participative contemporaine expose d’avantage les faits qu’elle n’en interroge les causes. De plus, ce mode d’action voit un renforcement des inégalités entre les participants. Prendre la parole en public devant une assemblée d’habitants et une tribune de techniciens n’est pas chose aisée. Avoir la capacité de décrypter les procédures et techniques complexes issues d’un impératif délibératif engendre une technicisation des savoirscitoyens et la formation d’une élite. Ce sont souvent les mêmes personnes 28

KOEBEL, op.cit.p117

29 BIRCK J-N, Les nouveaux enjeux de la démocratie participative locale. Pratiques et usages de la participation citoyenne à Nancy et en Meurthe et Moselle, thèse pour le doctorat de science politique, Université de Nancy II, 2010, p.177

19


qui participent aux différentes réunions.

CONCLUSION

Une dernière critique concerne la faible coordination entre les dispositifs mis en place et l’avancée du projet. Souvent, on ne prend pas la peine d’expliquer des aspects techniques où même une vision d’ensemble du projet

Au final, il semble que l’on assiste à une sorte de logique d’affrontement. A celle du «Bottom-Up», caractérisée par un syndicalisme du cadre de vie, a succédé un modèle de participation plus normé, «Top-Down», issu d’un impératif délibératif. Néanmoins, chacun semble montrer ses limites. Manque de cadres pour l’un contre excès de procédures complexes pour l’autre. Or, tel que l’attestent des textes issus d’institutions supra-nationales, comme celui des Nations Unis, la participation semble être un des défis majeurs du développement durable.

«Au cours des réunions de concertation, les informations et outils nécessaires à l’émergence des savoirs de la société civile ne sont pas délivrés par les organisateurs.»30 La réalité des procédures et autres arbitrages complexes n’est souvent jamais mise sur le devant de la scène. Une scène qui paraît donc d’avantage se raccorder à l’expression d’une théâtralisation de la vie publique que vers un objectif d’approfondissement d’une citoyenneté active. Or, comme nous le rappelle bien Gueneau, «La gratification de la conscience d’exister ne peut passer que par l’impression de l’homo urbanus d’exercer un pouvoir sur son environnement, d’y imprimer sa touche personnelle et d’être reconnu,et donc d’avoir les moyens de s’exprimer, et d’exercer une responsabilité.»31

30 GARDESSE C., Non-concertation pour le réaménagement du jardin des Halles, in Dossier : Quelle place pour les savoirs citoyens, revue Territoire, 2009, p.28

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31

GUENEAU E.P, La ville citoyenne, Ed. L’harmattan, 2004, 253p., p.50

En tant qu’urbaniste, je m’interroge sur la manière dont ces deux dynamiques peuvent s’accorder. Comment savoirs politiques, techniciens et citoyens peuvent s’entendre pour aller dans une logique de co-construction dans la fabrique de l’urbain ? Certes, le contexte de crise dans lequel nous sommes n’encourage pas à se lancer vers l’inconnu d’un nouveau modèle. Néanmoins, les innombrables initiatives qui émergent ça et là, et qui dessinent une société devenant de plus en plus collaborative, poussent à se demander s’il n’est pas temps d’inventer de nouveaux modes de faire. A la crise, ne pouvons-nous pas substituer le terme mutation, qui nous engagerait vers l’invention de nouveau cadres et modalités d’actions ? De cette société collaborative, de mise en réseaux, semble découler une citoyenneté de partage qui tend à rompre avec une vision pyramidale de la société civile. Chacun peut être en mesure de s’informer et s’engager en vertu d’une action qui lui est chère. Aussi, n’est-il pas temps d’imaginer de nouvelles modalités de participation à la vie de la cité ? Des nouvelles formes qui chercheraient à naître via des modes moins traditionnels.


«  Le citoyen de l’an 2000 serait moins intensément impliqué dans les modes de participation les plus institutionnels... à la recherche de modes de participation de plus en plus directs »32 De ces nouvelles formes de participation au débat public, comment faire s’entendre intérêts des représentants et des représentés ? Si l’on considère la ville comme une construction sociale, basée sur l’altérité, on s’accorde à dire que l’espace public semble être son support visible. L’altérité est une composante indissociable de l’urbanité. Elle est l’indicateur qui permet de constater un des fondements essentiels au fait urbain : «faciliter la coexistence positivement assumée entre des personnes d’origines ou de statuts différents». L’espace public paraît donc être le lieu privilégié de discussions et d’actions. Or, aujourd’hui, l’espace urbain voit apparaître la multiplication d’enclaves et un phénomène de repli sur soi. Ce contexte d’individualisation croissante amène à se demander si la ville est en perte d’urbanité ? A-t-elle besoin d’être réactivée ?

sein du Conseil en Architecture Urbanisme et Environnement de la Drôme, mon choix a été guidé par leur appartenance au réseau des CAUE. La singularité des opérations sera exposée avec l’introduction de la notion de médiation culturelle. Cette dernière a été mise en place dans le cadre de la participation, qui, de fait, a adopté une forme quelque peu différente des procédés habituels. Les résultats de cette association ne seront pas l’objet de cette seconde partie. Ils seront exposées et analysés à la fin de ce mémoire. Afin de comprendre le cadre de cette analyse, cette seconde partie finira donc sur la méthode mise en place durant l’enquête de terrain que j’ai effectué auprès des différents acteurs de ces opérations.

Pour répondre à cette question, il me semble important de revenir sur la figure de la ville contemporaine. Le développement qui va suivre va s’essayer à décrire comment cette figure s’est-elle constituée  ? Quelles sont ses caractéristiques ? D’où tire-t-elle ses origines et quelles sont ses conséquences ? La seconde partie va illustrer ses conséquences par l’introduction de mes cas d’études, 3 communes en milieu rural : Cobonne (Drôme), Mazièresen-Gâtine (Deux-Sèvres), Moidieu-Détourbe (Isère). La raison qui m’a poussé à les choisir réside dans l’originalité commune dont elles ont fait preuve pour tenter de résoudre les enjeux de développement qui les concernaient. Aussi, en tant que chargée de mission en apprentissage au 32 PERRINEAU P., Les renouveaux de l’action politique. In «Vingtième Siècle. Revue d’histoire, n°60, octobre-décembre 1998, pp.112-117

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2

un eclatement de la ville et une société de l’entre-soi 3 communes a la reconquête d’une citoyenneté active

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1) La figure de la ville contemporaine La figure de la ville contemporaine se caractérise par l’étalement urbain et l’éclatement de ses fonctions. Avant d’en venir à l’appauvrissement de l’urbanité qui semble en résulter, il paraît nécessaire de revenir sur l’origine du phénomène. Pour rappel, la ville est un territoire partagé par des individus, des ménages, des entreprises et la société locale. Selon Marc Wiel1, cet espace est un «agencement de lieux permettant à ces habitants de réaliser un grand nombre d’interactions sociales». Nous entretenons des rapports sociaux d’interdépendance. Chacun de nous est spécialisé dans un domaine. Nous avons besoin de l’autre pour le domaine où nous ne serons pas compétents. Pour réaliser ces interactions, nous devons nous déplacer. De plus, ces interactions se produisent dans des lieux affectés. La morphologie et la mobilité sont les moyens nous permettant de réaliser ces interactions. La ville est donc au centre de la relation agencement urbain- flux de déplacementsinteractions sociales, chacun de ces trois composants étant interdépendant. Néanmoins, avant la révolution industrielle et toutes les conséquences en termes d’innovation qu’elle a induite, les coûts de déplacements étaient assez élevés. La marche à pied était souvent le seul moyen de déplacement accessible. Le temps (à se déplacer) était donc une contrainte dans la réalisation des projets de vie de chacun. C’est pourquoi, entre autre, a été trouvée l’astuce de la densité, d’où la forme dense traditionnelle de la ville, dite historique.

a- L’origine du phénomène - La modification de « l’espace-temps » : vitesse et transition urbaine 1

WIEL M., La transition urbaine, Ed. Mardaga, 1999, 149p.

La révolution industrielle et les innovations permises dans le domaine des transports ont engendré une amélioration dans le domaine de la vitesse. Les «  trente glorieuses  » ont vu la généralisation de l’accès à la voiture, symbole de la liberté par excellence. La voiture a permis d’aller plus vite et plus loin sans perte de temps. Par conséquent notre espace-temps, autrement dit l’espace utilisé pour réaliser l’ensemble de nos interactions sociales2, a vu son horizon s’élargir. Or comme dit plus haut la mobilité tient la ville. En changeant la variable temps pour accéder à l’espace on a, sans le savoir, modifié une autre composante essentielle à la ville : sa morphologie. Notre agencement urbain traditionnel s’en est trouvé transformé, nous faisant passer d’une ville pédestre à motorisée, d’une ville dense où tout est accessible à pied, à une ville éclatée et étalée, où les moyens motorisés sont devenus indispensables dans les déplacements de chacun. C’est ce que Marc Wiel appelle la transition urbaine. - La « super-maille » des infrastructures routières Logiquement, cette démocratisation de l’automobile a été suivie par le développement des infrastructures routières. Pour garantir et anticiper le bon écoulement des flux, on vit un accroissement de ces équipements. Ils ont eu un effet structurant. De manière à éviter la congestion, liée à l’accroissement des ventes automobiles, ont été créées, à la périphérie des villes, des infrastructures permettant un contournement rapide de la cité. Partant du principe que le plus grand nombre avait accès à la voiture, les entreprises s’implantèrent près de ces infrastructures très fréquentées, pour maximiser leur potentiel de chalandise. Ces réseaux de voiries ont, en quelque sorte, servi de vitrines publicitaires. Particulièrement aux niveaux des raccordements de ces différents axes où les hypermarchés se 2

WIEL op.cit.

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sont progressivement installés. Une «super-maille»3 des infrastructures est donc apparue peu-à-peu autour desquelles sont venues se greffer de nouvelles centralités, représentées par les centres commerciaux. Le tout a participé à l’étalement urbain qui s’est développé dans les années 70. Par ailleurs, l’étalement résidentiel lui, s’est d’abord développé à proximité des agglomérations dans des communes qui avaient notamment perdu leur population suite à l’exode rural. L’essor de l’automobile a eu des effets congruents. Ce mode de transport a créé des opportunités répondant aux aspirations sociales. Pour favoriser ces dernières, a été créé un produit uniquement résidentiel très homogène réunissant vingt à quarante logements  : le lotissement. L’échec annoncé des grands ensembles a permis aux pouvoirs publics de justifier les politiques d’aides au crédit à la maison individuelle. De fait, ils ont contribué à cet étalement. « Les heures qui renferment la forme se sont écoulées dans la maison du rêve...4»

b- Les caractéristiques : une mise à distance de l’humain - Une ville sectorisée par un système automobile La production automobile de masse, la super-maille des voiries rapides, les aménités venues s’intercaler autour de ces réseaux, les lotissements...l’ensemble de ces constats sont venus alimenter la thèse de Kaufmann et Guidez5  sur «  l’automobilité  ». L’ensemble participe à l’organisation du territoire conçu comme un système automobile. Tout est organisé pour et par la voiture. Cette structuration exclusive autour de ce 3 MANGIN D., La ville franchisée, Formes et structures de la ville contemporaine, Ed. De la Vilette, 2004, 480p. 4

24

MANGIN, op.cit.

5 KAUFMANN V., GUIDEZ J-M, Les citadins face à l’automobilité, : étude comparée des agglomérations de Besançon, Grenoble, Toulouse, Berne, Genève et Lausanne, CERTU, Lyon, 1998, 121p.

mode de transport unique, a, en quelque sorte, engendré une dépendance vis-à-vis de ce dernier. Pour Mangin, cette dépendance automobile est la conséquence d’un urbanisme dit «de secteur». Il le définit comme créant «un territoire structuré par les autoroutes, les rocades, les radiales, quelques voies anciennes transformées en voies rapides, le tout constituant des mailles de plusieurs centaines de mètres». D’une rue adaptée à l’échelle du piéton, se sont développées des « rues couloirs ». L’espace public y est réduit comme une sorte de tuyau, ayant pour unique but d’optimiser au mieux les flux automobiles qui le traverse. Les effets de coupures, engendrées par les emprises et la consommation de l’espace qu’occupent ces aménagements routiers vont donc progressivement sectoriser le territoire. Un espacement croissant va se faire entre les objets : les aménagements, et les sujets : les citadins. Due à l’absence d’une accessibilité rapprochée provoquée par ces effets de coupures, cette ville sectorisée va produire des enclos6. Fait d’autant plus prégnant qu’il s’inscrit dans la spécialisation fonctionnelle du territoire résultant de l’idéologie moderniste de la planification urbaine. Cette vision considère les fonctions urbaines de manière séparée. D’où un choix qui privilégie la construction d’immeubles isolés de leur environnement. - Une confusion des échelles : l’érosion de l’échelle humaine dans le paysage urbain Cet isolement vis-à-vis de l’extérieur a engendré des espaces de   moins en moins invitants  pour le piéton, d’où la légitimité de l’usage du terme « enclos ». Associée à « l’automobilité», la multiplication de ces enclaves a abandonné la fonction traditionnelle de l’espace urbain comme lieu de rencontre et d’agora des citadins7. En effet, depuis plus de 50 6

MANGIN, op.cit.

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GEHL J., Pour des villes à échelle humaine, Ed.Ecosociété, 2012, 273p., p.14


ans, la question des échelles dans la conception des espaces urbains a principalement tenu compte de l’automobile. Pour des raisons de perception, la programmation urbaine et architecturale s’est alignée sur les rythmes qu’impose la voiture. A 60km/heure, la perception par l’œil humain des dimensions spatiales change. Les projets urbains qui ont un impact sur le paysage ont dû en tenir compte8. Avec un environnement urbain de plus en plus adapté à l’usage automobile et sa vitesse, le piéton, et par conséquent, l’échelle humaine, ont donc été progressivement négligés. « A l’échelle de 60 kilomètres à l’heure correspondent de vastes espaces et de larges routes. On y voit des immeubles de loin, et on ne perçoit que leur forme approximative : leurs détails sont superflus, et l’expérience sensorielle qu’ils procurent se limite à sa plus simple expression. Du point de vue d’un piéton, tous les panneaux et les autres éléments d’informations visuelles semblent complètement démesurés. Marcher dans un environnement adapté à une vitesse de 60 kilomètres à l’heure offre une expérience sensorielle pauvre, sans intérêt, épuisante.9» Lorsque les distances sont saisissantes (d’une distance supérieure à 100m car, au-delà, l’œil humain ne distingue plus l’essentiel des mouvements et du langage corporel de la personne10) entre objets et sujets, les lieux concernés seront perçus comme impersonnels et froids. L’échelle quelque peu démesurée des objets a été adaptée à la vision depuis une automobile mais aussi à celle d’une planification programmiste « vue d’en haut », issue de la mouvance moderniste. La conception des zones d’interventions se fait souvent via des logiciels informatiques qui offrent une vision horizontale et lisse sur la ville. Cette création se fait donc à une distance considérable

de l’espace urbain et de la vie qui s’y déroule. Certes les grandes lignes issues d’un schéma directeur et le positionnement des immeubles offrira une vue d’ensemble cohérente. Néanmoins, plus on s’approchera du sol, de l’échelle humaine, plus on s’apercevra que cette vision du haut des airs n’a pas su calibrer les contours des espace urbains destinés à accueillir la vie citadine. La figure de Brasília en est une illustration saisissante : « Vue des airs, Brasília est magnifique : elle a la forme d’un aigle... Toutefois, à la hauteur du regard, échelle ignorée des concepteurs, Brasília est une véritable catastrophe. Les espaces urbains ont des contours imprécis et sont trop vastes, les rues sont trop larges et les trottoirs, rectilignes, semblent interminables... Si, comme la majorité des habitants de Brasília, on n’est pas dans un avion, un hélicoptère ou une voiture, on ne peut trouver là matière à s’émerveiller.11» - Une « urbanité froide » : la montée d’un entre soi A des périodes plus récentes, ce phénomène vue d’en haut se présente toujours au sein de nos propres villes, particulièrement dans les nouvelles zones d’urbanisation... Cette mise à distance relègue l’importance de l’espace urbain comme support de l’altérité et lieu de rencontre. Pour rappel, cet avantage s’inscrit dans la vision de la ville perçue comme construction sociale. Son bénéfice fut d’abord d’être un lieu d’échange et de dialogue, de fait, un lieu de maximisation des interactions sociales. A tel point qu’on distinguait un urbain d’un non-urbain par la fréquence de ces interactions12. Cette essence première de la ville a quelque peu été mise à mal par les effets de la transition urbaine. La proportion de l’espace urbain s’est progressivement élargie. De fait, la proximité, indispensable à l’établissement

8

GHEL J., op.cit. p.66

9

op.cit. p.56

11

GHEL J., op.cit. p.208

10

op.cit p.58

12

WIEL M., Ville et mobilité : un couple infernal ?, Ed. De l’Aube, 2004, 90p.

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de rapports sociaux, a progressivement perdu de son sens. L’automobilité et les nouvelles technologies de communication ont accentué cette mise à distance. On peut traverser une région entière sans voir ses habitants, être à des milliers de kilomètres d’une personne et lui parler plus souvent qu’à son voisin de palier. La mise en relation dans l’espace urbain est moins spontanée et avec elle s’ajoute une négation de l’altérité : «dans l’espace public, la proximité des corps ne porte plus en elle la même potentialité de rencontre, rencontre d’un visage, d’une altérité qui appelle et qui engage 13». Des phénomènes sociétaux nous donnent à voir des formes d’enclaves, poussées à leur paroxysme telles que les gatted communities. Géographiquement plus proche de nous, la multiplication des rues privatisées en Europe est une autre illustration. Ces volontés de repli sur soi vont à l’encontre de l’altérité, support du fait urbain. Elles se présentent aussi en amont des opérations comme le montrent les levers de boucliers par les habitants d’un espace, pour intégrer des logements sociaux. Tous ces phénomènes ne s’inscrivent pas dans l’acceptation du partage de l’espace urbain avec d’autres. Certes, ils nous sont pour la plupart inconnu mais, nous partageons une envie commune, celle de profiter des avantages de proximité qu’offre la ville.

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mettent en lumière une ville en perte d’urbanité. Pour rappel, Thierry Paquot la définit comme une sorte de convenance implicite, qui oblige tout un chacun à accepter la coexistence sur un même espace avec des personnes différentes : «Pour que la vie soit possible tout simplement, pour que les habitants d’une rue, d’un quartier, puissent vivre en paix, dans une relative tranquillité, il est indispensable qu’ils s’urbanisent. C’est à dire qu’ils acceptent certaines règles de bienséance, certains codes de bonne conduite, appelons cela civilité, ou même, urbanité.»15 Il va même jusqu’à faire le constat, qu’aujourd’hui, cet état d’esprit produit par la ville, est devenu sélectif. L’entre soi qu’il laisse s’exprimer, semble lui faire qualifier l’urbanité contemporaine de « froide16». Sans retomber dans un schéma passéiste sur le bien-fondé du modèle de la ville d’hier, ce constat a quelque peu alerté certains décideurs sur la nécessit�� de redéfinir un espace urbain animé. En ce début du XXIe siècle, de nombreuses initiatives se développer pour recommencer à penser la ville selon une échelle plus humaine, en faveur d’une qualité de vie assumée, garante d’une urbanité pleinement établie.

L’élargissement des échelles couplées à un entre soi de plus en plus prégnant, a pour le moins brouillé la notion de l’espace public. Support de l’altérité, son intérêt est d’être le lieu où l’on se retrouve14. L’ensemble de ces phénomènes poussent à se demander si ce besoin de réunion est toujours d’actualité. Par la même, on peut se demander si ces phénomènes

Néanmoins, ce n’est pas sans oublier que cet éclatement de la ville contemporaine a produit un étalement urbain. L’espace rural, autrefois dissocié, s’est vu pleinement intégré. Les campagnes sont tout autant touchées par les conséquences exposées précédemment. Si de nombreuses solutions pour les atténuer sont mises en place dans les centralités urbaines, les projecteurs sont moins tournés

13 FRANCOIS-FREDERIC L., Humaniser la ville : une approche philosophique, Ed.Aletheia, 2008, n°34, pp.27-37

15 PAQUOT T., 5 défis pour le devenir urbain de la planète, Ed. La Découverte, 2006, 221p., p.158

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P.VERDIER op.cit. p.53

op.cit., p.163


vers les territoires ruraux. Or, comme l’attestent les derniers recensements, ces territoires connaissent un regain démographique. On constate une prise en considération de ce développement local  par l’action publique : programmes Leader, pôles d’excellence ruraux, ou, plus récemment, loi de 2005 relative au développement des territoires ruraux. L’action publique doit davantage encourager à porter de l’attention à ces territoires, au risque de les voir considérés comme « périphériques », alors que c’est là que tout semble se jouer.

2) Un monde rural intégré : présentation des études de cas a- La ville-territoire : un fait urbain étendu «La solitude virtuelle s’est mise en réseau avec la campagne interconnectée pour effacer la vieille distinction urbain/rural dans une communion quasi généralisée avec l’urbanité.»17 A l’heure d’une mobilité généralisée et d’un accès aux Nouvelles Technologies de l’Information et des Communications, on ne peut plus dissocier la société urbaine de la société rurale. Le fait urbain s’étale en s’affranchissant des frontières. L’urbanité, n’est plus le privilège de la ville. A en croire la taille et la densité de chaque aire urbaine, qui augmente sans cesse, ces deux mondes ne s’opposent plus. En moyenne l’aire de la vie quotidienne est de 11 à 13km en province, 23 pour Paris18. L’urbanité, l’art de faire ville, s’est pratiquement étendue à l’ensemble du territoire français. Quand il n’est pas subit, beaucoup d’entre nous font le choix d’habiter à la campagne et acceptent de parcourir, en moyenne, les quelque 40mn de voiture pour 17 VIARD, Nouveau portrait de la France, La société de nos modes de vie, Ed. De l’Aube, 2001, 200p., p.90 18 op.cit.

se rendre à son lieu de travail. Ils auront tout le loisir de se considérer comme « ruraux ». Néanmoins, leurs pratiques, facilitées par le système automobile et les NTIC, les confondra avec le fait urbain. Comme tout un chacun ils iront fréquenter les nouvelles centralités commerciales, mais iront aussi flâner dans les rues pavées des centres-anciens, se rendront au meeting d’un groupe rencontré via les réseaux sociaux, fréquenteront dans les nouveaux complexes de cinéma-bowling tout en partageant un repas chez le nouveau restaurateur du nouveau quartier branché. Quand ce ne sont pas ces rurbains qui pratiquent la ville dense, c’est elle qui se déplace dans le rurbal. La campagne est souvent vue sous l’angle d’un «  monde vert ». Reconsidérée sous l’angle d’un écosystème, on y vient découvrir ses richesses naturelles. Elle sert aussi de terrain de jeu, où les plus vaillants s’essaient à gravir ses plus hauts sommets. La ville est devenue territoire. «  La ville est devenue coextensive au territoire, que le lieu de la ville, ce n’est plus seulement la ville – ce peut être la campagne ou quelque coin perdu dans la nature – et, par conséquent, qu’il n’y a plus comme autrefois cette séparation entre ville et territoire19» L’importance du temps passé en ville dénote de son attractivité et de son influence. En résulte une perte de dynamisme du « rural ». La multiplication des lotissements est l’émanation la plus visible de la fonction résidentielle dominant. La traversée de nombreux villages offre un triste regard sur le dynamisme économique en perte de vitesse dans de nombreux centre bourgs. Bon nombre de commerces de proximité ont porte close. Ma pratique de chargée de mission au Conseil en Architecture Urbanisme et Environnement de la Drôme m’a amenée à rencontrer de nombreux élus ruraux. Certes, il va sans dire que parler de monde rural comme de celui d’hier n’est plus d’actualité. Néanmoins, se contenter de réduire cet 19

CHALAS Y., L’invention de la ville, Ed. Anthropos, 2000, 187p.

27


espace a un simple terrain de jeu, où l’on vient se « ressourcer » et dormir est quelque peu le figer et lui enlever toute possibilité d’évolution. De cette figure contemporaine éclatée, un nouveau rapport semble s’établir. La ville-centre n’a plus le monopole légitime de l’urbain. L’urbain semble qualifier cette ville-territoire. Au même titre que des espaces centraux, et du fait de son appartenance à l’urbanité généralisée, l’espace « rural » se doit d’être considéré à sa juste valeur. J’ai donc choisi d’aller à la rencontre de trois communes qui m’ont paru faire preuve d’une force de conviction quant à leur désir de trouver des solutions aux problématiques de développement rencontrées. Cette assurance s’est particulièrement illustrée par les démarches originales qu’elles ont mises en place.

Sa morphologie correspond à celle traditionnellement représentative du village  : de l’habitat dense, regroupé autour de ruelles de formes organiques. La partie basse, elle, se caractérise par un habitat plus dispersé. Il s’organise soit en hameaux soit en fermes individuelles, et s’implante soit sur les coteaux soit en fond de vallée, à proximité de la route.

b-

Problématique  La question du maintien de l’école a été le facteur déclenchant sur cette commune. Composée de seulement 4 enfants en 1997, l’unique classe était menacée. Pour garder l’école, il fallait provoquer un renouvellement de la population. Cette conservation allait en faveur de la sauvegarde d’un des rares lieux de rassemblement de la commune, où se rencontrent les parents de la vallée. Plus qu’une école, il s’agissait de conserver un dynamisme social et éviter le syndrome du village-dortoir, dépourvu de toute activité. En 2004, après 4 années de démarches pour les études et autorisations, et 3 pour la mise en œuvre de la construction, le projet du hameau nouveau, constitué de 5 logements locatifs et 3 lots pour du privé, se réalise. Le choix pour une mixité sociale allait de pair avec les objectifs du Plan Local de l’Habitat de la CCVD. De manière à satisfaire une demande croissante des nouveaux arrivants, il fallait assurer une offre en logement social sur le territoire. Il n’empêche que le choix des élus de Cobonne pour ce type d’habitat n’a pas fait l’unanimité parmi la population. D’où la décision prise par la maire d’engager en 2006 une action de médiation culturelle, afin de faire se rencontrer ancien et nouveau, pour tenter de contrer une logique d’entre soi…

Des

problématiques

communales

variées

Cobonne : l’arrivée d’un hameau nouveau qui amène à repenser le vivre-ensemble Situation La commune de Cobonne est située en Rhône-Alpes, dans le département de la Drôme. Elle fait partie de la Communauté de Communes du Val de Drôme (CCVD). On y accède par la RD 731 qui la relie à Crest, située à environ 15km plus au Sud. En 2008 la commune de Cobonne était composée d’environ 160 habitants. Contexte.paysager  Cobonne s’inscrit dans la vallée de la Sye. Celle-ci fait partie des trois rivières qui parcourent et viennent irriguer la vallée de la Drôme. Une des particularités de la commune est son relief, sorte d’entre-deux, entre une situation en cœur de vallée mais également située au pied du rebord Ouest du massif du Vercors. Urbanisation Le village peut se distinguer par une partie haute et une basse. La partie haute est située sur une crête rocheuse où domine le vieux village perché. 28

Activités L’agriculture est la composante principale du dynamisme communal. Elle assure une double fonction : rôle économique majeur, et acteur de la préservation des terres agricoles afin d’éviter un enfrichement des paysages. a commune dispose de deux équipements publics : une salle des fêtes et une école.


1 Situation

à gauche, la Mairie-école, au bord de la RD731, surplombée du village perché et de ses extensions récentes

Contexte paysager

Urbanisation

Le vieux village

Centre-village

habitat dispersé le hameau nouveau Mazières en - Gâtine

la vallée de la Lozière

: StCAUE 26 levallée rocherdedela Pancrace laSource Lozière

le rocher de St Pancrace

rue du village : au sud vers la place-belvédère / au nord, vers la place de l’église

Niort

RD 731

RD731

Commune de Cobonne - Réflexions préalables à l’élaboration d’un Plan Local d’Urbanisme Caue de la Drôme - Août 2008 - Responsable : Robert Pleynet - Réalisation : Michèle Frémaux

Longitude : Valence Latitude :

© IGN 2012 – www.geoportail.gouv.fr/mentions-legales

àg

Document non utilisable en maitrise d’o

Moidieu-Détourbe Grenoble

1/25 000e

Vers Crest

Source : fond géoportail amélioré (M.Z) © IGN 2012 – www.geoportail.gouv.fr/mentions-legales

Source : fond géoportail amélioré (M.Z)

Source : CAUE 26 architecture rurale Longitude : Latitude :

5° 03' 57.3" E 44° 44' 43.2" N

la vallée(... de la SUITE Sye 1. PRÉSENTATION RAPIDE DE LA COMMUNE ) la vallée de la Sye

Source : CAUE 26 habitat dispersé

architecture rurale © IGN 2012 – www.geoportail.gouv.fr/mentions-legales

Le centre village dans le grand paysage

Longitude : Latitude :

5° 03' 57.3" E 44° 44' 43.2" N

ru

Village haut

route de Suze-sur-Crest 10

Habitat dispersé

5° 04' 08.4" E 44° 45' 44.4" N

Cobonne

1/25 000e

Source : CAUE 26

Commune de Cobonne - Réflexions préalables à l’élaboration d’un Plan Local d’Urbanisme Commune de Cobonne - Réflexions préalables à l’élaboration d’un Plan Local d’Urbanisme Caue de la Drôme - Juillet 2008 - Responsable : Robert Pleynet - Réalisation : Michèle Frémaux Document non utilisable en maitrise d’oeuvre Caue de la Drôme - Juillet 2008 - Responsable : Robert Pleynet - Réalisation : Michèle Frémaux

Commune de Cobonne - Réflexions préalables à l’élaboration d’un Plan Local Caue de la Drôme - Août 2008 - Responsable : Robert Pleynet - Réalisation :

Le «hameau nouveau»

Hameau nouveau

Salle des fêtes

RD

731

Ecole Mairie

àSource gauche, la:Mairie-école, CAUE 26au bord de la RD731, surplombée du village perché et de ses extensions récentes

Source : CAUE 26, M.Z

Source : fond géoportail amélioré (M.Z)

29


Mazières-en-Gâtine : à la redécouverte d’un centre-bourg libéré d’un flux routier dense Situation La commune de Mazières-en-Gâtine est située en Poitou-Charentes dans le département des Deux-Sèvres. Elle fait partie de la communauté de communes du Pays du Sud Gâtine et du Pays de Gâtine. On y accède par l’un des axes Nord-Sud qui structurent le département  : la route départementale 743 qui la relie à Niort, située à environ 25km plus au Sud. En 2008, la commune comptait 1000 habitants.

Contexte.paysager Mazières s’inscrit dans un paysage bocager caractérisé par des champs et des près enclos. Le parcellaire est assez hétérogène. Les parcelles sont de formes et de tailles inégales. Le paysage est un peu vallonné par endroits.

Activités Mazières dispose des commerces de proximité  : boulangerie, supérette. Sont également présents des services  : restaurant, banque, salon de coiffure. En matière d’équipement, la commune accueille le secteur primaire, une école, et secondaire, un collège. L’agriculture est une composante importante de l’économie locale. Une particularité est à noter avec la présence d’une carrière de 60 ha au Sud du centre-bourg. Une zone d’activités économiques est implantée en périphérie Nord avec une trentaine d’entreprises artisanales.

30

Urbanisation La vue aérienne permet de constater que l’élément structurant du développement communal est la RD 743. L’urbanisation est concentrée de manière linéaire le long de cette voie de communication. On observe un développement plus récent le long des autres routes départementales qui croisent l’axe principal. Cette urbanisation en étoile permet de constater le rôle historique des réseaux routiers dans le développement communal.

Problématique  Fin 2008, avec la mise en service de la déviation de la RD 743, la commune de Mazières en Gâtine a été libérée d’un intense trafic routier. Auparavant, pas moins de 8000 véhicules/jour, dont 17% de poids lourds, transitaient par le centre-bourg. Ce flux, générateur de nuisances conséquentes, a entravé fortement le cadre et la qualité de vie du village. Le projet de déviation a été une véritable opportunité pour aller à la reconquête des espaces publics. Il n’empêche que les habitants s’étaient habitués à ne plus pratiquer le centre bourg. Au delà d’un simple embellissement de façades et de réfection de voirie, les élus ont donc choisi d’engager une démarche volontaire et originale de participation, pour permettre aux habitants de se réapproprier l’espace autrefois perturbé par les flux incessants.


Situation

Contexte paysager

Urbanisation

Le centre-bourg

Centre-village

Source : M.Z

Source : M.Z

RD 743

Mazières en - Gâtine Niort

Vers Niort

1/25 000e

1/25 000e

Source : fond géoportail amélioré (M.Z) © IGN 2012 – www.geoportail.gouv.fr/mentions-legales

Longitude : Latitude :

Valence

Source : M.Z

Source : fond géoportail amélioré, M.Z © IGN 2012 – www.geoportail.gouv.fr/mentions-legales

5° 03' 57.3" E 44° 44' 43.2" N

Un centre bourg a requalifier Longitude : Latitude :

5° 03' 57.3" E 44° 44' 43.2" N

Deviation

Moidieu-Détourbe

Cobonne

Grenoble

Le centre village dans le grand paysage Salle des fêtes Mairie

Centre-bourg

Equipements scolaires Commerce Service Nuisances provoquées par l’ancien trafic

1/500e

Source : M.Z

ex RD 743 Déviation de la RD 743

Source : fond géoportail amélioré, M.Z

31


Moidieu-Détourbe : des réserves foncières communales, levier d’action à l’encontre d’un village-dortoir Situation La commune de Moidieu-Détourbe est située en Rhône-Alpes, dans le département de l’Isère. Elle fait partie de la Communauté d’Agglomération du Pays Viennois. On y accède par la RD 502 qui la relie à Vienne, située à environ 12km plus à l’Ouest. En 2008, la commune comptait environ 1700 habitants. Contexte.paysager La commune s’inscrit dans la plaine de Vésonne. Celle-ci irrigue, avec les plaines de la Véga et de la Sévenne, le Pays Viennois. Le profil de vallée glaciaire à fond plat explique le qualificatif de «plat pays». La plaine de la Vésonne est une vaste plaine agricole, dont le parcellaire à grandes mailles a évincé le bocage. Une partie du village est néanmoins implantée sur le rebord d’un coteau, offrant une mise en scène remarquable de la silhouette villageoise.1 Activités L’agriculture  joue un rôle non négligeable dans l’économie locale. Elle se caractérise par des grandes cultures et l’élevage bovin. En matière de services de proximité, Moidieu-Détourbe dispose de nombreuses aménités : la poste, une infirmerie, trois restaurants / bar, un salon de coiffure / centre de beauté. En matière de commerce de proximité, elle bénéficie d’une épicerie. De nombreux équipements publics sont présents sur le territoire : une école primaire, une école maternelle, des terrains de sports en centre-bourg et périphérie, une salle des fête.

32

Urbanisation Le centre-bourg, d’implantation plus ancienne, se situe au croisement de 3 axes : la RD 502, la RD 41d et la RD 53b. Son urbanisation s’est développée en étoile. Les phases plus récentes, se distinguent par une forme plus linéaire et un parcellaire plus important. L’urbanisation du village semble dispersée entre plusieurs pôles. Des poches d’urbanisation plus récentes semblent s’être greffées le long des axes de communication et adoptent la forme de lotissements. Problématique  La commune se caractérise donc par une urbanisation hétérogène et éparse. En centre-bourg, la commune dispose d’un terrain communal non bâti, d’une surface importante de 2ha. De par son identité dispersée, les élus ont souhaité se servir de ce potentiel foncier non négligeable pour renforcer la structuration d’un véritable centre village et penser le développement futur du village. Depuis le début de leur mandat, l’équipe municipale est animée par le désir d’impliquer ses habitants dans la dynamique locale. Aussi, ils ont souhaité se servir de cette opportunité foncière pour animer une logique de co-construction originale autour de l’apport d’une médiation culturelle.


Urbanisation

Situation

RD 38 RD 38

Mazières en - Gâtine Niort

Centre village

Vers Vienne

RD 502 1/25 000e

Valence

RD 502

Moidieu-Détourbe

Vers Grenoble

Grenoble

Cobonne

1/25 000e

Source : fond géoportail amélioré (M.Z) MAIRIE DE

CONSEIL D'ARCHITECTURE D'URBANISME ET DE L'ENVIRONNEMENT

Contexte paysager

MOIDIEU DETOURBE

Un centre bourg a redynamiser

38440

Tél. 04.74.58.13.01 Fax.04.74.58.16.84

22, rue hébert 38000 Grenoble . : 04 76 00 02 21 X : 04 76 15 22 39 o@caue-isere.org w.caue-isere.org

Centre-bourg

COMMUNE DE MOIDIEU-DÉTOURBE

Mairie Equipements scolaires

MISSION DE PLANIFICATION URBAINE ET DE MEDIATION CULTURELLE

Programme de planification urbaine, paysagère, architecturale et économique pour le centre village en mettant au coeur de la réflexion la gouvernance habitante par la mise en place d'une médiation culturelle

Source : M.Z

AHIER DES

Stade

Source : M.Z

Dent creuse en coeur de bourg

ARGES Commerce Service Dent creuse

1/500e

Source : CAUE 38 Oct. 2010

Source : fond géoportail amélioré (M.Z)

Propriétés communales

33


c- Une forme originale de participation : l’appel à la médiation culturelle

3) Méthodologie de l’enquête de terrain

Convaincues de la plus-value apportée par la participation des habitants, ces communes ont voulu expérimenter une nouvelle manière d’exercer la démocratie participative. Leur point commun est d’avoir utilisé la médiation culturelle comme levier d’action. Selon le dictionnaire du Petit Larousse, la médiation est «  l’entremise destinée à amener un accord ». Elle consiste à faire « l’articulation entre deux êtres ou deux termes au sein d’un processus dialectique ou dans un raisonnement  ». Le dialogue paraît être au cœur de la médiation, il s’agit de faire émerger une parole, pour mieux comprendre les besoins qui en émanent. Ces trois communes ne se sont pas arrêtées à la notion de médiation. Sur les différents comptes rendus, c’est le terme de « médiation culturelle » qui est employé. L’adjectif « culturel » signifie « qui vise à développer la culture, à répandre certaines formes de culture  ». Associé aux enjeux de développements des trois communes exposées précédemment, la culture ciblée est celle liée au fait urbain, à l’urbanité. L’originalité de leur démarche tient donc en une nouvelle approche. L’articulation entre culture et fait urbain introduit une nouvelle modalité d’action au projet d’un territoire. Ce dialogue culture – ville soulève de nombreuses questions. Pour rappel, ce mémoire en cible trois :

a- Présentation des acteurs interrogés 

- Comment s’articulent les implications des démarches de médiation culturelle dans la participation habitante ? - Le média artistique et culturel parvient-il à impliquer la parole habitante ? - Qu’amènent-elles aux projets d’espace public ? L’enquête de terrain, que j’ai menée durant 2 mois, me permet de les commenter pour tenter d’y répondre. Avant d’exposer ces résultats, il convient d’en exposer la méthode. 34

Chaque acteur intervenu dans les phases d’un projet d’aménagement est porteur d’une dynamique propre à son statut. Aussi, en plus de son nom et statut, une courte présentation du rôle et/ou de la structure à laquelle appartient l’acteur interrogé est exposée. -

Maîtres d’ouvrages : les maires

En qualité de personne morale pour laquelle l’ouvrage est construit, le maître d’ouvrage est le responsable qui remplit une fonction d’intérêt général dont il ne peut se démettre. J’ai rencontré les maires des 3 communes : - Michèle Gascoin pour la mairie de Cobonne - Nicole Fortuné, maire de Mazières-en-Gâtine - Gérard Lambert, maire de Moidieu-Détourbe -

Accompagnement à la maîtrise d’ouvrage : les CAUE

Sauf pour Cobonne, les opérations ont été accompagnées par les CAUE. De statut associatif, les CAUE s’organisent principalement autour de 4 missions. Ici, les missions effectuées sont celles qui concernent la mission « conseil aux collectivités ». Elles aident à la décision et l’accompagnement de la maîtrise d’ouvrage. Elles ont pour but de développer une démarche de qualité en matière d’architecture, d’urbanisme, de paysage et d’environnement. - Roland Counil, directeur du CAUE 79, basé à Niort. Il a suivi l’opération de Mazières-en-Gâtine. - Camille Critin, architecte chargée de mission du CAUE 38, situé à Grenoble. Elle a été en charge de l’opération de Moidieu-Détourbe.


-

La médiation culturelle : collectifs et association

Les démarches de médiation culturelle ont été mises en place par des collectifs. J’ai rencontré trois personnes de trois collectifs qui sont intervenus chacun sur une commune. Les personnes rencontrées sont architecte, plasticien, sociologue, médiateur culturel. - Élisa Dumay, de l’association De l’Aire «  structure qui conçoit et met en œuvre des projets créatifs et participatifs pour apporter des réponses sur des enjeux d’aménagement du territoire et de développement de la vie publique1». Sociologue de formation, spécialisée en médiation, administration de projets culturels et production artistique, elle est intervenue à Cobonne. - Gwenaëlle Larvol, chargée de projet et plasticienne, du collectif Bruit du Frigo « hybride entre bureau d’étude urbain, collectif de création et structure d’éducation populaire, qui se consacre à l’étude et l’action sur la ville et le territoire habité, à travers des démarches participatives, artistiques et culturelles.2». Le collectif est intervenu à Mazières-en-Gâtine. - Yann Damiani et Carine Bonnot, architectes, membre du collectif Zoom «  est un collectif d’architecture et d’intervention urbaine. Par ses collaborations et ses projets, Zoom s’inscrit dans un tissu associatif artistique, pédagogique et institutionnel en France et en Europe. Zoom situe ses actions dans un rapport étroit avec la culture architecturale et les enjeux urbains. Les projets menés abordent les questions d’architecture et d’urbanisme3 ». Ils ont fait partie de l’opération de Moidieu-Détourbe.

-

La programmation : les bureaux d’études

Les programmes d’aménagement ont été définis par les bureaux d’études. L’opération de Cobonne diffère quelque peu étant donné que l’action de médiation était intervenue, non pas pour enrichir une programmation mais pour aider à définir dans le cadre de l’élaboration du futur PLU. Sur les opérations de Mazières et Moidieu, j’ai interrogé trois personnes : - Hocine Aliouane, architecte pour l’agence Traverses, basé à Bordeaux. Il est intervenu sur l’opération de Mazières-en-Gâtine au côté de Bruit du Frigo. - Marie-Christine Couic, sociologue-urbaniste, de Bazar Urbain « collectif pluridisciplinaire qui intervient sur l’espace urbain construit et social en hybridant réflexions et actions sur les usages, les ambiances et la conduite de projet.4». Elle a été mandataire du groupement qui est intervenu sur l’opération de Moidieu-Détourbe. Ce groupement était également composé de l’agence BASE. J’ai donc également interrogé : - Franck Poirier, paysagiste DPLG, fondateur de l’agence BASE « Nos projets intègrent le plus souvent une approche programmatique des environnements qui nous sont confiés...BASE fonde sa réflexion sur une analyse croisée entre des problématiques urbaines et esthétiques. La mise en œuvre de nos projets repose sur le statut et la nature des espaces, une approche fine des milieux, et la prise en compte du caractère évolutif et insaisissable de la ville et du territoire.5»

1 Www.delaire.eu 2 Www.bruitdufrigo.com

4 Www.bazarurbain.com

3 Www.zoomarchitecture.fr

5 Www.baseland.fr

35


-

La réalisation : les maîtres d’œuvre

Seule l’opération d’aménagement de Mazières-en-Gâtine est à ce jour réalisée. Moidieu-Détourbe se trouve au passage entre la programmation et la maîtrise d’œuvre. J’ai donc uniquement interrogé la maîtrise d’œuvre qui est intervenu sur Mazières-en-Gâtine : - Loïc Harrant, ingénieur paysagiste, de l’atelier Ville et Paysages, située à Nantes.

b- L’entretien compréhensif : une démarche progressive, itérative La méthode d’entretien utilisée se rapporte à celle développée par JeanClaude Kaufmann : l’entretien compréhensif. «  La démarche compréhensive s’appuie sur la conviction que les hommes ne sont pas de simples agents porteurs de structures mais des producteurs actifs du social, donc des dépositaires d’un savoir important qu’il s’agit de saisir de l’intérieur, par le biais de système de valeurs des individus  ; elle commence donc par l’intropathie.6  » Le but de l’intropathie est de comprendre avant d’expliquer. L’idée est de déclencher une dynamique de conversation pour pouvoir aller au plus proche du mode de pensée de son interlocuteur. Il s’agit de comprendre au mieux les informations qu’ils délivrent. Pourquoi énoncent-ils un discours plutôt qu’un autre ? Il va sans dire que pour arriver à une compréhension intime de la parole de l’autre, une mise en confiance est nécessaire. Aussi, quelquefois, j’ai laissé libre cours au discours d’existence, de manière à m’assurer une confiance de l’interviewé. L’exercice a parfois été quelque peu périlleux. Accepter de s’éloigner d’un cadre fixé à l’avance et savoir y revenir

36

6 p.23

KAUFMANN J-C, L’entretien compréhensif, Ed. Nathan Université, 1996, 127p.,

par la suite, tout en faisant au mieux pour que cela reste spontané, n’a pas toujours été chose aisée. Parfois même, je n’y suis pas parvenue. C’est là une des limites que je perçois dans cette méthode. L’entretien compréhensif suppose une posture ouverte et flexible de la part de l’enquêteur. Chaque enquêté a son propre mode de pensée. Aussi, poser les mêmes questions à chacun au mot près n’est pas faire preuve d’une adaptation à leur égard. Je me suis donc efforcée d’avoir un même cadre pour chacun d’entre eux, suivant les grands thèmes que soulève mon mémoire  : démocratie participative, démarche de médiation culturelle, analyse sensible et monde rural. Cette méthode fonctionne selon un processus progressif, itératif. Au fur et à mesure des entretiens, les trois problématiques de base se sont enrichies par des questions semi-directives : - En quoi les démarches de démocratie participative engagées peuventelles être qualifiées d’originales, voire d’innovantes ? Quels sont les outils de lecture mobilisés ? - S’il y a eu un apport, comment s’est-il retrouvé dans la programmation des espaces publics ? / Les actions engagées ont-elles aidé à la définition de cette programmation ? - Qu’en est-il de l’après-réalisation ? Les effets perdurent-ils? - Ces démarches créatives s’émancipent-elles des projets urbains vus d’en haut, « horizontaux» ? - Ont-elles permis de réactiver des espaces en manque de convivialité  ? Ont-elles créé un « fond humain commun ? » - Peut-on constater un engagement plus actif des citoyens dans la vie de leur commune ? Cette démarche a-t-elle eu des conséquences sur le mode d’action publique des collectivités 


Parfois, des questions situées à la fin de mon questionnaire, se retrouvaient soulevées lors des premiers échanges. Aussi pour respecter le cadre de l’entretien compréhensif, en fonction de la tournure que prenait le discours, j’ai donc dû faire preuve d’adaptation. Au fur et à mesure, je me suis rendue compte que, de manière quasisystématique, chaque acteur était plus en capacité de répondre à une thématique plutôt qu’à une autre. Par exemple, les apports de la médiation culturelle m’ont davantage été exposés par les collectifs interrogés. Les élus quant à eux, m’ont plus éclairée sur le thème de la démocratie participative et celui du monde rural. Chacun d’entre eux est intervenu à des moments différents de l’action. Aussi, pour avoir une lecture transversale de l’apport de ces entretiens, j’en ai dédui une grille d’analyse chronologique. Ce travail synthétique me permet de modéliser cette enquête suivant 4 phases.

c- Une grille d’analyse en 4 étapes De manière à pouvoir être transmissible, le corpus d’entretien très dense et riche en informations diverses nécessite un travail de synthèse. Cette grille d’analyse va donc permettre un premier traitement. Elle va être la première étape me permettant d’élaborer ma théorie. - Phase 1 : celle dite de « déclenchement ». Pourquoi avoir décidé de choisir une démarche atypique, de médiation culturelle ? Quel intérêt d’y avoir associé les habitants ? Également, va être mis en comparaison la manière dont l’action a été accompagnée. Quels sont les acteurs associés à l’élaboration de l’action ? L’apport des élus et des CAUE sera donc la matière venant alimenter ces réflexions. - Phase 2  : l’«  avant  », entendue ici au sens de celle qui a précédé la réalisation de l’aménagement. L’attention va être portée sur la manière dont l’opération de médiation culturelle s’est déroulée. Aussi, les propos

des collectifs interrogés permettront de clarifier la notion de médiation culturelle. Y-a-t-il eu des méthodologies différentes ? Quels sont les médias qui ont été mis en œuvre ? Leurs atouts ? Leurs limites ? Les actions engagées par les collectifs doivent également aider à définir les programmes des projets d’aménagements mis en œuvre par la suite. Ce sera l’occasion de voir la manière dont la collaboration avec les bureaux d’études s’est déroulée. Y-a-t-il eu enrichissement mutuel ? L’apport de la médiation s’est-elle retrouvée dans la définition de la programmation ? - Phase 3 : le « pendant », qui concerne le cœur de la démarche, c’est à dire, la réalisation de l’opération d’aménagement. Ce sera le moment de constater si les actions de médiations sont venues influencer la réalisation concrète. Quel apport la maîtrise d’œuvre a-t-elle tiré des études préalables ? Comptetenu du contexte amont quelque peu original, comment l’opération, effectuée selon une méthode normée, s’est-elle fabriquée ? La réalisation a-t-elle du inventer de nouveaux modes d’action? - Phase 4  : «  L’après  », sera le moment de l’évaluation du processus. De la phase de «  déclenchement  » à celle du «  pendant  », la démarche de médiation culturelle a-t-elle eu un impact durable dans la sphère publique ? Peut-on constater un engagement plus actif des citoyens dans la vie de leur village  ? En ce qui concerne l’action publique, a-t-elle évolué pour permettre à la médiation d’avoir une durabilité ? Ensuite, il s’agit de modéliser les propos recueillis. Pour ce faire, j’ai effectué une seconde lecture qui m’a permis de cibler des mots clés issus des discours des personnes ressources. Ces mots clés vont permettre de définir chaque opération de manière spécifique. Cette prise de hauteur introduit la 3eme : comparer les opérations et trouver des objets transversaux. Afin que ma démarche s’inscrive pleinement dans un cadre scientifique, des lectures 37


théoriques viendront appuyer et enrichir certains des propos collectés. Pour rappel, l’enquête que j’ai mené vise à appréhender concrètement l’apport des démarches de médiation culturelle dans la participation habitante et les projets urbains qu’elles préfigurent. Les 4 grandes phases exposées ci-dessus vont exploiter les résultats de l’association d’une démarche de médiation au processus de participation, menées dans le cadre d’opérations d’aménagement. Les résultats issus de la phase 1, pourquoi on décide, vont me permettre de répondre à la première problématique : comment s’articulent les démarches de médiation culturelle dans la participation habitante ? Les apports de la phase 2 et 3 viendront enrichir la question de la définition et par la même, la deuxième problématique : comment le média artistique et culturel parvient-il à impliquer la parole habitante  ? La phase 3 va également venir enrichir la question de la fabrication : qu’amènent les démarches de médiation culturelle aux projets d’espaces publics ? Enfin, va être étudié la manière dont les actions engagées peuvent perdurer et avoir une prise sur l’action publique.

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redonner sens au fait urbain 3 communes Ă  la rencontre de nouvelles expertises urbaines

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1) La rencontre entre médiation culturelle et projets communaux a- Répondre à des situations communales singulières : rappel des contextes Ma rencontre avec les maires de mes trois terrains d’étude m’a permis de cerner le contexte qui les a amenés à choisir des démarches de médiation culturelle. Cobonne « Il y avait énormément de choses à faire, il fallait déjà sauver l’école (08’40, M.Gascoin)». Comme dit précédemment, la commune a connu un déclin démographique. Outre le besoin de garder un équipement public sur la commune, conserver l’école signifiait surtout préserver une dynamique sociale. L’école était l’un des rares lieux de rencontre sur la commune. Pour permettre le renouvellement démographique, la construction d’un hameau fut décidé. Pour la première fois, la commune vit l’implantation de logements sociaux sur son territoire. Cela provoqua quelques remous parmi la population. D’où l’envie de Mme le Maire d’engager une démarche de médiation et de réunir anciens et nouveaux habitants. C’est au cours d’une rencontre que la maire a eu l’idée d’engager De l’Aire pour mener à bien ce processus de médiation. Contrairement aux deux autres, la commande s’est déroulée sans accompagnement avec des partenaires extérieurs tels que le CAUE. Mazières-en-Gâtine « Comment on en est arrivé là... Je crois, je suis sûre, que c’est la déviation qui a fait ce bouleversement. D’abord vivre une déviation c’est un bouleversement en lui même (10’19. N.Fortuné)».

Cette décision perturba le quotidien de la commune à plusieurs niveaux. La déviation a permis d’écarter un flux routier très important qui traversait le centre-bourg. Cela allait impacter considérablement le cadre et la qualité de vie du centre. De nombreuses craintes furent exprimées sur l’avenir des commerces. Un autre impact notable concernait les terres agricoles. La déviation allait empiéter près de 42ha. « Le milieu rural, on est dans un milieu agricole...on est dans un milieu où la terre, le terroir à une importance considérable...Déjà une déviation, elle fait 4.2km...Elle a mangé...Mais juste pour dire, parce que l’emprise est bien plus importante, elle représente 42ha. Si on voit tout ce que ça a nécessité en terme d’aménagements, c’est beaucoup plus important...C’est une balafre...La déviation elle a crée une grande balafre dans le visage et dans le paysage de Mazières (10’30, N.Fortuné) ». Dans un milieu où le terroir se rattache à la pratique de la terre, l’entaille provoquée par l’emprise foncière nécessitait un réel besoin d’accompagnement et de médiation. Aussi, les aménagements conséquents à la création d’une déviation expliquent le réel besoin d’accompagnement technique pour la commune. De part l’intérêt supra-communal de sa mise en service, le comité de pilotage était composé du département, de la communauté de communes et du CAUE. Les changements importants dans le centre-bourg, induits par la mise en service de la déviation, ont su maintenir ce comité de pilotage. Par son rôle de conseil aux collectivités, le CAUE a été l’interlocuteur privilégié pour aider à la rédaction d’un cahier des charges. Ce dernier a été le prélude à l’appel à consultation, rédigé pour sélectionner le bureau d’étude qui allait réaliser la programmation des espaces publics.

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Moidieu-Détourbe «  C’est un terrain qui a été acheté dans les années 75-80, les élus, dès 1980...les élus se sont penchés sur le devenir de ces espaces qui fait quand même 2ha... Chaque fois, les élus des époques successives se sont heurtés à des priorités à gérer... Aujourd’hui on a ces équipements... On s’est dit, il faut relancer le projet centre-village et il faut essayer d’aller au bout (02’46, G.Lambert)» De par une identité dispersée entre plusieurs pôles, l’équipe municipale a décidé de se servir de ce potentiel pour renforcer la structuration d’un véritable centre village. Sa situation centrale et son emprise importante (2ha) ont poussé l’équipe à en faire un lieu stratégique pour penser l’avenir de la commune. Les impacts notables sur le paysage du quotidien que cette décision préfigurait supposaient une prise en charge approfondie et un besoin d’écoute de la parole habitante. Ici aussi, de par l’absence de service en interne, la définition d’un cahier des charges a demandé un accompagnement extérieur. Le CAUE 38, a aidé à la rédaction, au lancement de l’appel à consultation et au choix de l’équipe.

CONCLUSION Le point commun de ces trois situations réside dans l’impact provoqué par des décisions successives : sauver pour Cobonne, bouleverser pour Mazières-en-Gâtine, relancer pour Moidieu-Détourbe. S’en est suivi l’émergence de situations complexes. Pour tenter de faire face à l’inattendu des situations provoquées, les élus ont fait le choix d’une démarche quelque peu originale. La partie qui va suivre va tenter de comprendre pourquoi ils ont décidé de faire le choix d’associer une médiation culturelle à un projet de territoire.

b- Les attentes : parole des commanditaires Cobonne : rassembler et rencontrer « Une fois que le hameau a été habité, on s’est dit, il faut une médiation culturelle pour que tout le monde apprenne à se connaître...Ce besoin de faire rencontrer nouveaux et anciens... Il y avait eu énormément de méfiance dans la commune quand on avait dit logements sociaux... Il y a eu des levées de boucliers... Ah il paraît que tu construis des choses pour les fous... Les anciens de la vallée était très méfiant... Ça faisait 8 familles qui devait arriver... On se méfie... Les gens du village ils se disaient fini la tranquillité...Il va y avoir des mômes qui vont venir courir dans le village... Puis ça va pas être beau...Cobonne a un patrimoine à sauver... Donc on s’est dit... Quand Elisa est venue... On s’est dit, ça serait quand même une belle occasion de faire se rencontrer les gens... C’était faire se rencontrer les gens au travers d’expositions, des événements, des réflexions... Ça a été de beaux rassemblements, il y a eu des belles choses qui se sont passées (17’10, M. Gascoin).» L’événement culturel est vu comme un liant qui facilite la réunion et l’apprentissage, tant sur le domaine de l’aménagement que sur celui de la confrontation avec l’autre. La démarche de médiation culturelle est perçue comme un moyen de faire participer autrement : « Faire participer les gens autour d’un projet culturel... C’est ingrat de faire participer les gens autour de plans d’architectes (41’, M.Gascoin). On retrouve ici une des critiques faites à l’encontre des démarches traditionnelles de démocratie participative : la nécessité pour le citoyen d’avoir des compétences spécifiques pour déchiffrer un langage technicien « vu d’en haut » -

Mazières-en-Gâtine : s’exprimer et s’étonner

Le choc provoqué par les changements qu’impliquait la déviation a, en quelque sorte, ouvert le champ des possibles. En réponse à l’inattendu d’une situation exceptionnelle, les élus ont émis le besoin d’être étonnés. « Finalement, il y avait un tel bouleversement qu’on était en capacité de se laisser surprendre (13’, Nicole Fortuné) »

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La lecture du cahier des charges ne mentionnait pas explicitement le besoin de médiation. L’appel à consultation a été lancé en octobre 2008. Dans cette opération, le CAUE n’a pas sensibilisé l’équipe municipale à un « faire autrement ». Roland Counil souligne l’ajout quelque peu « impromptu » de la médiation «  Est-ce que vous pensez que vous avez la capacité à nous étonner  ». La question soulevée par un élu lors des auditions a permis à l’agence Traverses d’exposer ses collaborations avec Bruit du Frigo. En décembre 2008, Traverses et Bruit du Frigo ont fait parvenir leur offre à la commune.Cet apport a quelque peu modifié la commande initiale et a pleinement intégré la médiation culturelle dans la programmation. -

Moidieu-Détourbe : entendre, modérer et anticiper

Engager un processus de participation pour favoriser l’expression a aussi été une des prérogatives soulignées par Gérard Lambert « Tout simplement parce qu’on estime que dans un village comme le nôtre, ils ont quand même leur mot à dire. Ça a été une volonté du conseil municipal qui a été élu en 2008, ou tout de suite, par le biais de notre écho municipal, de demander l’avis de la population...(02’23)... Ça nous a semblé tout a fait naturel de donner...parce que c’est pas 19 élus, sur 1700 habitants...ça nous a semblé tout à fait naturel de leur donner la parole (03’48, G.Lambert)» La médiation a aussi été vue comme un moyen de modérer, de faire tampon. « C’est quand même aussi pour éviter d’avoir des contestations par la suite (05’40)... Nous on s’est dit, en donnant la parole aux habitant, iI vaut mieux discuter avant que d’avoir les contestataires par la suite (06’12, G.Lambert)» Enfin, le recours à la médiation culturelle est perçu comme une anticipation de l’avenir, pour tenter de s’adapter à la nouveauté

« La culture c’était un peu une façon innovante d’appréhender la chose... Dans nos villages ruraux, ça ne se faisait pas trop jusqu’à présent... Et puis bon, les mentalités évoluent aussi bien auprès des élus qu’au sein de ceux qui habitent le village... On aurait pu rester plus basique...C’est dans l’air du temps, on ne réfléchi plus en 2012 comme en 1981, ou en 1990...Il y a eu des plateaux radios... que nous, élus de base, on aurait pas pensé (07’, G.Lambert)» Ici, le CAUE a joué un rôle important de facilitateur. Durant les premiers temps d’échange, le CAUE a remarqué une mobilisation très importante de gens ouverts et la volonté affichée par les élus de rendre leurs habitants actifs. Ces constats l’on encouragé à proposer aux élus une programmation qui associait une démarche originale. Aussi, durant l’année 2009, il a amorcé une phase de sensibilisation. Cette dernière fut l’occasion de découvrir des opérations emblématiques et de donner à voir que cette démarche quelque peu atypique était réalisable. « Nous on faisait des visites avec les élus, puis il y avait 10, 15, 40 habitants qui venaient. Puis dynamique hein, on a un projet, Ok, ben on va faire 4 groupes, hop c’est toi le chef... Il y avait une conscience citoyenne parce que les élus portent fortement ça c’est dans leur culture de rendre les gens actifs, porteurs du projet et pas que passifs. Donc on faisait des groupes pour les restitutions, ils avaient imaginé ça, ça et ça...les besoins...ok super ! Après c’est de la maîtrise d’ouvrage publique, donc il faut rentrer dans les clous de la commande publique. On s’est dit ok, il va y avoir une programmation urbaine pour avoir une vision globale sur le village, mais on s’est dit, c’est quand même trop bête de pas intégrer très en amont ce besoin de participation habitante là-dedans. Parce que si on passe que par la réunion publique le soufflé serait retombé...et dommage... Alors pareil, on a pris un peu exemple sur Cobonne, sur ce qui c’était fait, et on s’est dit, mais ça existe, c’est bien possible ! On leur a montré des exemples sur ce qui existe, qui sortait des clous, ils étaient bien bien motivés...(O7’, C.Critin)»

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Aussi, en plus du volet programmation, un volet 2, médiation culturelle et participation habitante, a été inscrit dans le cahier des charges. Son principe était de mettre en place une gouvernance habitante par un programme d’accompagnement et d’animation autour du projet de développement du centre-village1. Il avait pour but de consolider le lien entre projet et acteurs de la société civile. Cette nouvelle approche, à deux volets, devait être itératif et partagé. Aussi elle se devait de «proposer des outils d’animation ludiques, adaptés et originaux»2. L’appel à consultation a été lancé en octobre 2010.

CONCLUSION Le besoin de faire autrement paraît être le commun des trois communes. Pour faire face à l’inattendu des situations provoquées, elles ont choisi d’articuler des actions de médiations culturelles au projet de leur territoire respectif. En cela, elles sortent quelque peu du cadre habituel de l’aménagement, traditionnellement expertisé par des professionnels issus des domaines de l’urbanisme, du paysage et de l’architecture. Au travers des propos recueillis, on comprend que la médiation est vue comme un moyen alternatif pour écouter l’expression de tout un chacun. Surtout la démarche paraît être un liant original, atypique, qui ouvre les possibles et amène la surprise, l’étonnement. Avec son rôle tampon, elle semble être en capacité d’apaiser des craintes liées à la mise en place de projet qui vont modifier le paysage quotidien. Se pose maintenant la question de la définition. Pourquoi cette médiation peut-elle être qualifiée d’originale  ? Comment le média culturel s’articule-il dans la participation  ? Comment parvient-il à impliquer la parole habitante ? 1 Voir Annexe 1 : Extrait du cahier des charges du CAUE 38 pour l’opération de planification du centre-ville de Moidieu-Détourbe

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2 Op.cit.

2) Les apports de la médiation culturelle : paroles des collectifs Avant de cibler l’apport des démarches de médiation culturelle au processus de participation mis en place pour des opérations d’aménagement, il convient de revenir sur les moyens mis en place durant les actions de médiation. Comment les différentes opérations se sont-elles déroulées  ? Quelles méthodes ont été employées  ? Dans une deuxième partie, l’étude des outils va permettre de comprendre en quoi les démarches de médiation culturelle, associées aux projets d’aménagement, peuvent être qualifiées d’originales.

a-Les méthodes employées -

Cobonne : explorer & concrétiser

Pour rappel, l’association De l’Aire a monté la démarche de médiation culturelle. Elisa Dumay définit la médiation culturelle comme suit : «  La question de la médiation, c’est comment on va travailler avec une personne ou avec un groupe de personne jusqu’à aboutir à une décision qui soit co-construite. Donc c’est ce qui va au-delà de la simple consultation en fait. C’est de la co-construction. Et la deuxième chose, c’est comment on prend en compte un jeu d’acteurs et parfois même des conflits et on va tenter de les résoudre. On part du principe que chaque contexte, ce n’est pas le pays des Bisounours, et qu’au contraire y’a des forces en présence, y’a des jeux de conflits, des conflits personnels, des conflits politiques, des conflits de pouvoir, conflits culturels, et la médiation elle permet, ou elle doit permettre en tout cas, de trouver un terrain d’entente pour bien vivre ensemble entre tous ces acteurs. La question de la médiation culturelle, pourquoi la culture dans tout ça, c’est parce qu’à un moment donné, je suis persuadée que la culture c’est simplement un vecteur de dialogue dans un premier temps mais c’est aussi un vecteur de créativité c’est-à-dire qu’on peut inventer des nouveaux systèmes, on peut inventer des nouvelles façons de travailler, on peut inventer des projets avec les habitants. Voilà, la dimension culturelle


elle apporte cette dimension hyper créative, astucieuse, qui permet de valoriser la culture de chacun mais aussi d’aller vers l’invention d’autres systèmes. (6’30, E.Dumay) » Celle-ci s’est déroulée en deux phases. Le temps du démarrage a été celui des repères. Il s’est déroulé sur un an. Plusieurs questionnements ont servi à cadrer la démarche : « Comment va-t-on s’y prendre pour explorer le territoire ? … Comment compose-ton quand on est différent, que l’on partage le même territoire de vie et que l’on veut fabriquer du commun ? »3

Gilles Coudert et Betty Bui, viennent commenter le film L’Estacio, projet qu’ils mènent dans un village de Catalogne. Ils y ont invité des artistes de tous pays pour travailler avec les habitants sur de nouveaux aménagements artistiques de lieux, liés à l’histoire locale récente ou ancienne.

Trois Cobonnois partent en expédition culturelle en Slovaquie ! Accueil par le Centre culturel alternatif de Stanica implanté dans une gare encore en activité. Visite d’un projet “cousin” sur un quartier urbain de la ville de Zilina, qui s’est monté en partenariat avec De l’aire. Rencontre des habitants du quartier, des artistes d’Ici-Même (Grenoble), échanges avec un sociologue, débat sur la place de l’art dans des processus de médiation sur l’espace public.

Matthieu Cornet, architecte, embarque une quarantaine de Cobonnois pour une exploration inhabituelle du vieux village, avec deux visites guidées. La consigne : lire l’aménagement urbain pour mieux en comprendre les usages quotidiens comme si l’on visitait le territoire pour la première fois.

Les clés de lecture mobilisées venaient tant de l’intérieur que de l’extérieur de la commune. Le vécu transmis par la parole habitante a été mis en relation avec l’apport de sociologue et d’artiste. Le temps de la découverte a été rythmé par l’exploration puis par une seconde étape de travail thématique. «  Cette année sera un temps pour récolter le plus d’idées possible auprès de la population, pour s’inspirer d’expériences proches, pour dessiner les contours d’une approche artistique et pour se doter de clés de lecture sur la commune et sur ses enjeux d’aménagements  »4

Martin Chénot, urbaniste et paysagiste, directeur de l’école d’architecture de Saint-Etienne, anime une réunion publique sur la question du paysage, de la gestion des espaces et des conflits. Au préalable un petit cours pédagogique apprend à lire le paysage. Martin partage aussi son expérience du Sentier des Lauzes en Ardèche.

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Source : De l’Aire

[Quelques paroles en vrac - suite de la page de couverture]

Cette phase de sensibilisation a aussi été le temps de l’apprentissage de la rencontre avec l’autre « Nous apprenons à nous connaître et à travailler ensemble, habitants, De l’Aire, élus. » En 2007, la deuxième phase est entrée dans la fabrique du concret. Une enquête a permis d’amorcer une approche sociologique du territoire. Ce travail a permis de cibler un enjeu: le besoin pour la commune de se doter de véritables espaces de rencontre pour stimuler le dynamisme social.

une journée de travail thématique pour tous les habitants —

Le 23 septembre 2006, une journée de réflexion invite tous les habitants avec une question : Quels besoins, quels rêves, quels projets pour Cobonne demain ? Ils sont invités à donner leurs idées au sein de groupes de travail divisés en trois thèmes, selon les sujets qui les touchent au plus près : la vie collective et le lien social, l’habitat et l’aménagement de la commune, le paysage et l’environnement. Une douzaine de personnes participent à chacun des ateliers. Toutes les idées émises sont rédigées sous forme d’une note restituée au sein du collectif d’habitants et aux élus de la commune.

3 DE L’AIRE, Cobonne, 2006- 2007, Habitants, Artistes, Aménageurs, sociologue, imaginent l’avenir d’un village, Ed. Les impressions Modernes, mars 2008, 47p., p.13 4 op.cit

Source : De l’Aire 22

- “Comment relier le haut et le bas du village ?” - “Il faudrait améliorer les relations entre les gens d’ici et les néos”. - “Créer une auberge rurale !” - “Réfléchir à la sécurité routière, la route devant la mairie-école est trop dangereuse.” - “Respecter le paysage et l’environnement, adopter des positions écologiques.” - “Créer des balades au bord de la rivière de la Sye.” - “Est ce qu’on peut sauvegarder notre paysage et construire de nouveaux bâtiments ?” - “Il faut développer les animations artistiques et culturelles.” - “(Re)-créer un centre du village.” - “Travailler sur la liaison entre les quartiers de la commune.” - “Créer une aire de jeu pour les enfants.” - “Réunir le village du haut et le village du bas.” - “Il faudrait un PLU (Plan Local d’Urbanisme).” - “Il faut recréer une place centrale.” - “On aurait besoin d’un vrai point sur la démographie et la sociologie de Cobonne, car on se connaît pas si bien que ça.” - “Faire des rencontres entre les enfants et les anciens.” - “Favoriser les espèces végétales locales et bannir les espèces exotiques envahissantes.” - “Veiller à la qualité des eaux.” - “Aménager les abri-bus.”

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Mazières-en-Gâtine : repérer et stimuler

Bruit du Frigo est le collectif qui est intervenu pour la requalification des espaces publics du centre-village. Pour eux la médiation se définit comme «  lié aux personnes que l’on va interroger, impliquer sur les projets de requalification urbaine, pour voir avec eux comment on peut travailler de manière commune autour de l’amélioration de leur espace public (3’56, G.Larvol) ». Ici aussi, la méthode employée s’est organisée en deux phases. Le premier temps a été celui du repérage. Il s’est déroulé en février 2009. Pour s’imprégner du vécu et avoir une lecture personnelle et quotidienne du territoire, le collectif l’a exploré via le prisme social. Il est parti à la rencontre de personnes ressource. « Comme on arrivait dans un territoire qu’on ne connaissait pas, on fait un repérage dans un premier temps, on rencontre les élus, on leur demande de nous faire rencontrer des personnes qui sont, un petit peu, emblématiques du village, qui connaissent bien le village, qui sont identifiées dans le village, parce que ça nous permet, ben déjà de les rencontrer, eux ils peuvent nous donner une lecture plutôt personnelle et quotidienne, et pas galvaudée par l’aspect politique on va dire, et donc, ça c’est nos premiers temps de repérages, évidemment on arpente le village, on essaie de voir comment il est configuré, quels sont les lieux importants à traiter, au-delà de l’aspect voirie, et donc on va rencontrer plusieurs personnes  (14’20, G.Larvol) » Cette phase de repérage va les impliquer et les rendre visibles dans la commune. Cette immersion progressive leur a permis d’acquérir la confiance des habitants. « On est invité à une espèce de veillée de vieux, dans une maison très bourgeoise du canton, et on se retrouve avec pleins de personnes âgées, mais qui nous racontent pour le coup comment vivaient le village avant  (16’25, G.Larvol) » 46

La confiance obtenue leur a fait accéder à un degré authentique de la parole habitante. A la suite de ce diagnostic actif, a été conçu un événement qui puisse répondre aux attentes exprimées : se réapproprier l’espace du centre-bourg. Cette deuxième phase s’est réalisée entre mars et avril 2009. «  Après nos différentes rencontres, on a retenu une phrase qui était assez belle, en tout cas, qui nous a interpellé, et qui nous a été livrée par la femme de l’imprimeur, qui était mal voyante, et qui elle, habitait vraiment le centrebourg, et qui nous disait, ben moi, dans mon village, ce que j’aimerais vraiment, c’est de parvenir à marcher sur la route librement sans m’inquiéter d’une voiture ou d’un camion qui pourrait entraver ma circulation ... Alors évidemment, ça relevait de sa condition, de son handicap, mais on c’est dit, ça serait pas mal, non pas que de s’adresser à elle, mais de permettre aux habitants de Mazières, de reprendre possession de cette rue, qui a été confisquée pendant tant d’années, et de l’investir sur une journée (20’20, G.Larvol) » Pour se faire, durant une journée, le collectif va changer l’usage de la RD. D’un espace traversé, ce dernier va devenir espace pratiqué au travers de 4 mises en scènes qu’ils vont avoir imaginé. «  Donc on s’est dit ben écoute, on va donner rendez-vous aux habitants de Mazières pour faire comme une photo en quelque sorte... On avait imaginé 4 mises en scènes pour les photographies, c’était une invitation à tous les villageois de venir reprendre possession de cette rue, et c’était notre premier moyen de mobilisation pour pouvoir les informer de ce qui allait se passer et ce sur quoi on allait les inviter à travailler  (21’12, G.Larvol) ». L’événement est donc partie prenante de la deuxième phase. Il va contribuer à l’instauration d’un système de mobilisation. Ce temps festif va permettre de stimuler. Cette stimulation est le vecteur de l’information. On va se servir de l’effervescence collective créée pour donner à voir et donner envie de participer à la deuxième étape du processus : co-construire un diagnostic partagé.


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SAMEDI

AVRIL

12H17

MAZIERES EN GATINE

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RENDEZ-VOUS DEVANT LA MAIRIE

POUR LA REALISATION D'UNE

PHOTO GEANTE AVEC TOUS LES HABITANTS

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Source : Bruit du Frigo

******************************************************************* Après des années d'un incessant trafic routier dans le village, l'ouver ture de la déviation permet à nouveau de profiter des espaces publics du bourg. Cette photo collective des habitants se reappropriant leurs rues et leurs places symbolise une nouvelle étape de l'histoire de la commune.

ATELIER D’URBANISME UTOPIQUE DE MAZIÈRES EN GÂTINES / 2009 / BRUIT DU FRIGO

PAGE 10

Cette action correspond aussi au lancement des ATELIERS D'URBANISME UTOPIQUE, démarche de concer tation initiée par la Mairie et conduite par le collectif d'architectes et d'ar tistes BRUIT DU FRIGO, pour imaginer ensemble le nouveau Mazières (dans le cadre de l'étude de requalification du bourg menée actuellement par l'agence d'architecture et d'urbanisme TRAVERSES).

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LE PROGRAMME DU 4 AVRIL 12H17 : RENDEZ-VOUS DEVANT LA MAIRIE 12H30 : MOT DE BIENVENUE 12H45-13H30 :

ATELIER D'URBANISME UTOPIQUE :

LES AUTRES RENDEZ-VOUS

PRISE DE VUE PHOTO

Pour les besoins de la mise en scène, nous vous demandons d'amener une assise légère (transat, chaise pliante...).

En cas de pluie, prennez vos parapluies !

13H30-15H :

SAMEDI 4 AVRIL / 18H30-20H : APÉRO-DISCUSSION

Pour vous présenter la démarche globale. Rendez-vous dans les anciennes halles.

DIMANCHE 5 AVRIL / 10H-12H30 : DÉAMBULATION N°1 DIMANCHE 5 AVRIL / 15H30-18H : DÉAMBULATION N°2

Pour recueillir vos préoccupations et idées sur le devenir de Mazières. Départ devant les anciennes halles.

PIQUE-NIQUE

Pour ceux qui souhaitent prolonger ce moment de convivialité (chacun apporte son panier pique-nique).

En cas de pluie, le pique-nique se fera dans la salle des fêtes.

Animation musicale de rue avec le groupe BAGAPAS (Batucada brésilo-gâtinaise)

BRUIT DU FRIGO

Création & médiation sur le cadre de vie

Renseignements Mairie de Mazières : 05 49 63 20 20

******************************************************************* Source : Bruit du Frigo PAGE 6

ATELIER D’URBANISME UTOPIQUE DE MAZIÈRES EN GÂTINES / 2009 / BRUIT DU FRIGO

Source : Bruit du Frigo

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« Il y avait quand même une effervescence collective autour du projet, et ça a permis à nous, autant qu’à la maire, d’informer les habitants, et de leur donner rendez-vous l’après-midi pour un premier atelier autour de la requalification urbaine de leur village... Pour la photographie, il y avait 200300 personnes qui se sont déplacés, et après pour les ateliers, on était une 60aine, et le principe de travail c’est de leur parler de la façon dont on allait travailler nous et en concomitance avec Hocine et ensuite leur proposer la méthode de boulot, c’est à dire en groupe, d’une dizaine, accompagnés d’un des membres de BDF, se repartir des secteurs, s’arrêter sur des endroits qu’ils allaient identifier sur ce parcours, on appelle ça «diagnostic en marchant» (26’57, G.Larvol) ». -

Moidieu-Détourbe : rencontrer et débattre

De la même manière que pour les deux opérations précédentes, deux phases ont rythmé la méthode employée par Bazar Urbain et Zoom Architecture. La première consistait à s’ancrer dans le territoire pour connaître ses valeurs intrinsèques. Il s’agissait de partir à la rencontre des habitants et aller au plus proche de leur réalité vécue. Cette phase s’est déroulée durant la préprogrammation. Le rendu de la phase 1 s’est effectué en juillet 2011. « Ces temps de travail In Situ sont essentiels car ils permettent la production dʼune description à partir du vécu et de l’observation, non comme un récit continu, mais comme une mosaïque de sensations, de récits, de représentations, d’observations, de réflexions, correspondant à la réalité vécue des uns ou des autres est un élément essentiel de l’action, du projet.5» «  Le premier objectif est d’envisager une collaboration enthousiaste avec les habitants, afin de transformer l’imaginaire de la commune. Quel futur centre pour le village ? Quelle place pour l’urbanisation, l’agriculture, les activités ? Les habitants, les familles, les commerçants, les élus, les services

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5 Document de travail, Bazar Urbain, Base, ZOOM, SCET, Mission de planification urbaine et de médiation culturelle pour la revalorisation du centre village de Moidieu-Détourbe, 23/11/2010 . 26p., p.11

techniques, les curieux seront interviewés6» La deuxième phase fut celle de la mise en débat. Il s’agissait de restituer et partager la matière première récoltée lors de la phase « In Situ ». En offrant au débat les pratiques remarquées, le but de cette deuxième phase devait permettre de consolider un diagnostic partagé. Le rendu a été effectué en mars 2012. « Les idées récoltées et les pistes de projet seront rassemblées autour de plusieurs médias : exposition en plein air, site internet, fly (image E), destinés à informer la population en temps réel sur l’avancée du projet et à solliciter les habitants à poursuivre le processus...7» Deux temps «événements» seront organisés, en mai et en juin : des plateaux radiophoniques à Moidieu-Détourbe. Les émissions de radio seront enregistrée in-situ, rassemblant dans un débat, les acteurs de la commune et des invités extérieurs spécialistes des problématiques tirées des rencontres à Moidieu-Détourbe (la ruralité, l’environnement, l’agriculture contemporaine...)8»

b- Les outils mobilisés -

Cobonne : l’éphémère et la photo pour fédérer et fabriquer du commun

Pour répondre a ce besoin de fabriquer du palpable, De l’Aire s’est donc associé au collectif d’architecte Bruit du Frigo. « A Cobonne, le Bruit du Frigo souhaite explorer ces questions en stimulant des valeurs d’usages publics sur des lieux repérés. Cela veut dire qu’avant 6 La médiation culturelle du projet de participation du centre-village de Moidieu-Detourbe. Mission de Zoom, collectif d’architectes et artistes : présentation de la démarche. ZOOM, document de travail, 08 mars 2011, p. 3 7 op.cit. 8 op.cit


de penser des projets d’urbanisme ou d’architecture, il faudra d’abord tester les usages possibles, afin d’observer s’ils répondent bien au désir des habitants.9»

«  Toute cette matière récoltée a fabriqué une base d’observation inédite d’un territoire à partir du regard de ceux qui le vivent et le pratiquent au quotidien10 ».

Des constructions éphémères ont été pensées pour imaginer et concrétiser des lieux communs, répondre au besoin de réunion et de centralité exprimée par les habitants. Pour garder cette logique du commun, des abris temporaires ont été réalisés en co-construction avec la population. Entre outre, un kiosque a été implanté sur une parcelle en friche du vieux-village. Les habitants ont participé à la récolte de la matière première, le bois. Aussi, ils ont aidés le collectif à nettoyer la parcelle et à construire l’abri.

Les dépenses pour Cobonne se chiffrent à 45 371 euros. Le total des subventions touchées est à hauteur de 43 000 euros. 10 000 euros ont été financés par la Direction des Affaires Culturelle, 10 000 euros par la région Rhône-Alpes (FIACRE), 6000 euros par le programme LEADER, 4000 euros par la CCVD, 10 000 euros par la Fondation de France. La commune a subventionné l’action à hauteur de 3000 euros. Ce constat montre bien la nécessité de s’entourer d’un partenariat composé d’instances diverses.

Mazières-en-Gâtine : le photomontage pour stimuler l’imaginaire collectif

Dans cette opération, le média qui a été utilisé pour faciliter la construction d’un diagnostic partagé fut le photomontage. Au contraire des images de synthèses traditionnelles, leurs photomontages présentaient un caractère quelque peu ludique. Cela se remarque par l’utilisation de couleurs vives, d’animaux, de perspectives grossièrement réalisées, des postures de personnages originaux...

Source : De l’Aire 34

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Ce besoin de fabriquer et de se réunir, autour du commun a aussi été favorisé par l’utilisation de médias tels que la photographie. L’idée était que les habitants prennent une photo par jour de leur quotidien pendant 1 mois. 9

De l’Aire, op.cit. p.27

« On a mené nos ateliers d’urbanisme utopique, donc au départ, il n’y a pas de volonté de réaliser à l’échelle 1 les projets, mais en tout cas, ça permet aux personnes qui participent de donner un avis, parfois même des idées en terme de transformations, c’est vraiment une démarche citoyenne, c’est dans ce secteur là qu’on parle de démarche libre et ouverte. Il n’y a pas d’obligations a participer mais quand on participe, c’est cette parole là qui est retranscrite sur des images que nous on fabrique, les idées qu’on collecte, on les illustre sur des photomontages... Ils ont cette qualité d’être compris très rapidement, parce que voilà, ça a un aspect très ludique avec beaucoup de couleurs, ça se différencie de l’image plus classique de l’archi 10 op.cit.p.41

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en 3D, voilà qui est très «léchée», qui fait un petit peu «rêver», mais qui n’est pas toujours entendable et très compréhensible, alors que le photomontage il y a cette qualité plus joyeuse et une immédiateté dans la compréhension (29’47, G.Larvol) ». Aussi, le collectif les qualifia de « photomontage utopique ». Leur aspect quelque peu décalé interroge davantage. Il offre un aspect ouvert et flexible, plus permissif, qui permet d’amorcer un dialogue dans le but de faire émerger un imaginaire commun. Ils furent travaillés dans le cadre des RECONVERSION DU CHÂTEAU D’EAU EN BELVÉDÈRE ateliers d’urbanisme utopique, en 2009. Belvédère sur le paysage de la Gâtine, table d’orientation, couverture du toit typeavril «ombrelle», antenne radio pour l’association de radio amateur du département implantée à Mazières.

« L’aspect utopique ça favorise à la fois, une parole commune, on s’épargne des complaintes individuelles de chacun et ça fabrique un imaginaire commun sur le projet. On ne censure pas les gens sur quelque chose qui pourrait vraiment se réaliser mais dans l’imaginaire ou le fantasme des gens, ça a produit des choses à la fois décalées, qui peuvent produire une solution pour une mise en œuvre éventuelle, et ça fabrique une parole commune... Ça a cette valeur là de permissivité de parole, de ré-ajustement, de se dire, «j’ai encore des choses à dire sur ce qui est en train de se profiler», alors que quand il y a des images très léchées, ben les gens se disent, c’est figé, c’est fini, je peux pas donner mon avis réellement, c’est très beau, mais ça ne me parle pas beaucoup, alors que là il y a encore cette marge de manœuvre... (32’20, G.Larvol)»

Moidieu-Détourbe : ballades commentées et plateaux radios pour une réalité partagée

L’objet de la médiation fut de créer l’interaction et les conditions de la rencontre. A ce titre, l’action de Zoom fut celle de mettre en place une sorte de passerelle qui favorise la communication entre les différents acteurs autour du projet. Pour aller dans le sens de cette appropriation, les médias utilisés comme support de dialogue furent les plateaux radios, la mise en place d’un site web, la création d’une page Facebook et une exposition sur le projet. «  Mettre en place des outils de médiations, c’est à dire, des médias, la radio, une image, une photo, un outil, une pelle, une pioche, qui permettent d’établir un dialogue sur un sujet, et qui, si possible, ne prends pas trop la forme de «celui qui sait et celui qui apprend à l’autre ce qu’il sait», mais plutôt, on est des passeurs, c’est vrai que nous notre rôle, on est des passeurs sur certaines thématiques, et on est des filtres sur certains problèmes (05’36, C.Bonnot) » Par les différentes interventions d’acteurs tels que des philosophes, sociologues, etc. ces événements donnaient à entendre que le rêve était 50

ATELIER D’URBANISME UTOPIQUE DE MAZIÈRES EN GÂTINES / 2009 / BRUIT DU FRIGO

Source : Bruit du Frigo

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possible. La mise en place d’ateliers a été l’occasion de continuer cette action. « On met en place des logiques d’ateliers, l’atelier étant un outil, même lors de phases intermédiaire de projets, les classiques comités de pilotage, on ne s’est jamais mis en position, «ben voilà, on vous fait une présentation, et après, chacun rentre chez soi et nous on attend un retour par écrit, on a toujours mis en place une présentation la plus concise possible, et après, travail en atelier, à chaud, et avec réaction à chaud, restitution par des gens extérieur à l’équipe de maîtrise d’œuvre, de restitution de ces réactions à chaud, c’est-à-dire que c’était une logique d’appropriation des idées, de réduire l’écart entre une équipe de conception, et une équipe d’habitants/ élus, d’usagers... (06’17, Y.Damiani) » La particularité de Moidieu-Détourbe est d’avoir eu deux médiations. Une qui se déroulait via Zoom qui a mis en place des médias. L’autre, par Bazar Urbain, qui a réalisé la médiation plus In Situ, sur le terrain.11 « ll me semble que si il y a eu une médiation culturelle, elle n’était pas que portée par Zoom. On ne peut pas différencier le reste de l’action pour parler de la médiation culturelle. . Nous ont fait faire de la médiation à d’autre chose. Nous on utilise le terrain pour faire de la médiation. Eux c’est le média, nous, c’est la mise en situation. Les parcours à vélos, les parcours à pied, échanger dehors... On avait deux médiations en fait. Effectivement si on affecte les compétences, on avait 4 compétences. Il y avait celle d’urbasocio, du paysage, de l’économie et il y avait la médiation. Moi je suis dans la médiation, mon travail est d’affiner le besoin parce que souvent mal exprimé, c’est de parler normal à tout le monde... (33’55,M-C.Couic)»

11 Voir la spatialisation des usages et ambiances dans l’ANNEXE 2 : Bazar Urbain / Zoom / SCET, Mission de planification urbaine et de médiation culturelle pour la revalorisation du centre village de Moidieu-Détourbe, Extrait du document final, phase 1, p.19

Source : BZU

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CONCLUSION Les moyens d’actions mobilisés pour ces 3 opérations peuvent se résumer en plusieurs points. D’abord, la mise en place de méthodes inclusives et fédératrices met bien en valeur une volonté partagée de fabriquer du commun. Besoin de coconstruire de l’éphémère avec les habitants pour Cobonne, fédérer autour d’un événement et co-construire un diagnostic partagé pour Mazièresen-Gâtine, favoriser l’interaction pour fabriquer une réalité partagée à Moidieu-Détourbe. Les outils mobilisés sortent des cadres traditionnels de la participation. Architecture éphémère et exposition photo pour Cobonne, photomontages utopiques pour Mazières-en-Gâtine, plateaux radios et site web pour Moidieu-Détourbe. Ces médias artistiques et culturels favorisent l’instauration d’un climat créatif. L’inattendu provoqué par la mise en place d’outils atypiques, s’efforce à stimuler la curiosité, a arrêter le passant pressé. Donner à voir pour donner envie de participer à co-construire l’aménagement d’un espace pratiqué au quotidien. Les processus mis en place s’essaient à transformer le passant en visiteur de sa rue12pour arriver à les mettre en situation d’acteur. « Les gens sont d’autant plus à l’écoute qu’ils sont en situation d’acteurs. Écouter, ce n’est pas se taire, s’immobiliser, c’est prendre la mesure de l’espace et des autres, de la complexité du monde13 » Les outils mis en place pour mobiliser la participation agissent au-delà d’un simple statut d’objet. Ils sont de véritables médias, qui viennent alimenter le système de mobilisation qu’ils engendrent. Système qui permet d’animer une 12 TRICOT D., L’éphémère pour partage, in revue Cassandre n°68, Un espace de moins en moins public, hiver 2007, pp-50-53

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FRIZE N., Dissonances concertées, in revue Cassandre n°68, op.cit., pp.46-49

dynamique sociale qui valorise l’imagination et l’inventivité des habitants. Le but est d’arriver à provoquer un débat. Le projet d’aménagement n’est pas conçu uniquement via le prisme du matériel. Le climat créatif mis en place favorise l’instauration d’une dynamique sociale inclusive, de coconstruction14. Un autre point commun que partagent ces opérations réside dans l’activation de l’espace public qu’elles provoquent. Ce dernier devient une sorte d’atelier à ciel ouvert. Il est le lieu d’où va être conçu l’action, et non pas « au fin fond d’un atelier » (Zoom). A Cobonne, il a permis la création de lieux communs, à Mazières-en-Gâtine, il a favorisé l’implication, à Moidieu-Détourbe il a soutenu le dialogue. Les outils artistiques et culturels mobilisés par la médiation donnent à l’espace public un rôle support de la stimulation. Il est le lieu qui va favoriser l’interaction, la convivialité et la création d’un imaginaire collectif. Par la même, la médiation culturelle va lui permettre d’assumer son rôle premier : être support d’une urbanité active. Ce déclic opéré veut donner à voir, donner l’envie et la possibilité à tout un chacun de se réapproprier l’espace public, de participer à la progression de la ville15. Enfin, les trois communes ont expérimenté une lecture de leur paysage respectif plus sensible que celle opérée dans les processus participatifs plus traditionnels. Favorisée par les médias culturels et artistiques, la stimulation des sens a provoqué un changement dans la perception de l’espace.

14 Collectif ETC, Expérimenter avec les habitants : vers une conception collective et progressive des espaces publics, Métropolitiques, 26 septembre 2012 15 CAMPONESCHI C., The enabling city : la ville des possibles. La créativité territoriale appliquée et le pouvoir du quotidien, Creative commons, 2012 (version française)


«L’œuvre d’art construit un imaginaire, tente d’influer sur les événements, en changeant l’espace où sa perception...à créer la magie du lieu et l’émotion, à générer de la culture urbaine, à éveiller l’imaginaire de chacun... L’intervention artistique ouvre un champ peu exploré à ce jour, impliquant tous nos sens16» Dans chaque opération, cet urbanisme sensoriel a favorisé la mise en forme et en scène d’un récit17. Cobonne a fabriqué sa scénographie au travers du toucher. Les espaces communs éphémères fabriqués ont mis en valeur un outil de réunion palpable et appropriable. A Mazières-en-Gâtine, la mis en scène s’est faite via les photomontages. La vue de ces mises en scène ludiques, permissives, non figées, a permis de provoquer le débat, d’amener à réfléchir. A Moidieu-Détourbe, le diagnostic a fait place à l’entendre. Les plateaux radios ont donné à entendre que le rêve était possible. La compréhension de cette phase « avant », qui définit la médiation, a mis en valeur l’apport de ces nouvelles pratiques. Leurs apports résident dans la mise en place d’un processus de pré-programmation inclusif, plus sensible, avec pour terrain d’émancipation l’espace public. Se pose maintenant la question du « pendant » et de « l’après ». Avant de passer à la phase de maîtrise d’œuvre de fabrication de l’aménagement, il convient de revenir sur la manière dont s’articulent les apports de la médiation avec la programmation

16 114p.

MASBOUNGI A., Penser la ville par l’art contemporain, Ed.de la Villette, 2004,

17 MONGIN O., Pour un urbanisme des sens, In Villes sensibles, ville sensuelle : dossier, Place publique la revue urbaine n°22, pp.78-85

3) Le projet d’aménagement à l’épreuve de nouvelles pratiques La médiation de Cobonne n’avait pas pour but de définir une programmation d’aménagement d’espace public. Aussi, cette partie va seulement étudier les opérations de Mazières-en-Gâtine et Moidieu-Détourbe.

a- L’articulation avec la programmation

Mazières-en-Gâtine : hiérarchiser les centralités ressenties

A Mazières-en-Gâtine, la collaboration entre Traverses et Bruit du Frigo s’est réalisée sous la forme de « points de pontages » (H.Alouane). Les deux acteurs évoluaient en parallèle, et se retrouvaient sur des temps en commun. Une préfiguration des enjeux du centre-bourg avait été réalisée en amont de la médiation. Un schéma directeur avait été dessiné par l’agence Traverses18. Lors du diagnostic en marchant réalisé par Bruit du Frigo, certains des espaces ciblés19 ont été enrichis par des propositions nouvelles qui venaient des habitants. Traverses considère ainsi que l’atout des médiateurs est d’avoir su se saisir d’une dimension sociale de l’espace perçu et vécu. «  Eux étaient capables de se saisir d’une strate que nous on ne pouvait pas se saisir, c’est à dire, discuter avec des gens qui étaient voisins, qui pratiquaient l’espace. Eux le recoupaient avec une strate de la parole et du ressenti que nous on ne pouvait pas capter autrement, ça nous permettait de hiérarchiser les choses  (15’43, H.Alouane)  » 18 Voir annexe 3 : extraits de l’étude de requalification urbaine réalisée par Traverses, phase 1 : diagnostic - mars 2009, pp.46-48 19 Voir annexe 4 : extraits du compte rendu de Bruit du Frigo sur les Ateliers d’Urbanisme Utopiques à Mazières-en-Gâtine, Démarche participative et culturelle menée en lien avec l’étude de requalification urbaine réalisée par l’agence d’Architecture et d’Urbanisme Traverses, pp.13-18

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Cette récolte de données sensibles a permis à Traverses de cibler et surtout, hiérarchiser ses propositions sur des endroits clés20. « Il est plus important d’intervenir à tel endroit parce qu’humainement, socialement, ça a une importance à l’habitant. Ça me permet de donner une importance et de relativiser une autre (17’32, H.Alouane)».

-

Moidieu-Détourbe: passer de la forme au fond

Dans cette opération, l’articulation entre médiation culturelle et programmation s’est effectuée sous la forme de passerelle.

« Bancs des ados, il n’y avait aucune façon pour que je le repère (17’50)... Repérer centralités ressenties (18’10, H.Alouane) ».

« Nous, on était plus dans l’outil, quelle forme peut prendre une restitution, un atelier.. Nous on a pas dessiné le projet ... On a travaillé sur l’atelier habitant : alors voilà là il y aurait «telle typologie, qu’est-ce que vous en pensez»... Base, ils savent très bien ce qu’ils font sur un projet, on allait pas être 4 derrière un ordi... On a apporté des éléments, mais assez peu, nous aussi, notre rôle c’était de faire en sorte de mettre en place des plate-formes, ou tout les gens de l’équipe était présents, plus les habitants, plus les élus (33’, C.Bonnot) »

La finalité de son travail consistait à intégrer ces données sensibles aux enjeux du projet. Cette retranscription spatiale consistait à adapter la technique à l’usage21.

Là ou Zoom mettait en forme des médias pour faciliter la rencontre et permettre l’émancipation d’un imaginaire commun, Bazar Urbain et Base étaient plus dans la définition du fond, donner à voir sur le palpable récolté lors du diagnostic actif.

« Toute la matière première que l’on a collectée, Hocine s’en est servi pour produire des choses beaucoup plus concrètes en terme d’urbanisme... C’était des plans beaucoup plus « formels », après, lui, sa mise en œuvre, ça traitait principalement «  comment on fait des traitements différents sur le revêtement de la route », mais tout ça, en tenant compte de ce qu’il pouvait se passer en périphérie proche de la voirie... (36’36, G.Larvol) »

«  La beauté des choses c’est que moi Bazar Urbain et Base, on était dans le fond, dans une production de fond, d’amener des éléments pour le projet, de les construire, de les représenter, en terme d’analyse et de construction de projets on était en train de les représenter sous forme de plans, de chiffrage etc. Tandis que Zoom, eux ils pouvaient travailler sur des choses dont on pourrait dire que c’était que de la forme, maquette, aller voir des gens pour faire le gâteau sous la forme de l’écusson... Quelque part c’est du fond, mais nous cette énergie on l’a pas parce qu’on n’arrive pas à tout faire en même temps. (13’68, M-C.Couic)  »

Son analyse s’est conçue en fonction d’une attente sociale, sur des centralités ressenties, repérées par la médiation, et non supposées par le schéma directeur.

Lors de l’entretien, Nicole Fortuné a évoqué un coût aux alentours de 16 000 euros pour l’opération de médiation.

La mise en forme de ce travail de fond est davantage exprimée par Base comme une méthode «  In Situ  », qui permet d’articuler la programmation avec les valeurs intrinsèques au territoire. 20 Voir annexe 5 : extraits de l’étude de requalification urbaine réalisée par Traverses, phase 2, propositions - mai 2009, pp.11-15

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21 Voir annexe 6 : extraits de l’étude de requalification urbaine réalisée par Traverses, phase 3, fiches d’actions - novembre 2009, pp.5-7

« C’était un ancrage sur le terrain, on n’a pas juste fait de la cartographie à distance, on était vraiment là avec les habitants, à caler un programme opérationnel directement avec eux, c’était co-construit


comme programme. Ça garantit le fait qu’on ai pas des programmes qui viennent détruire des valeurs pré-existantes (05’45, F.Poirier)» Pour pouvoir conserver les qualités propres au site dans le dessin de la programmation, l’équipe de concepteurs, représentée par Base, a fait le choix de s’intégrer dans la phase amont de pré-programmation. Au final, la programmation s’organise autour d’un phasage en trois tranches22. «  On était impliqués dans toutes les rencontres, c’était nous qui dessinions, il fallait qu’on soit là. Là, on a joué le jeu  (08’20, F.Poirier) » Le budget total de l’opération était réparti en deux tranches. Au niveau de la programmation, la tranche ferme a représenté un investissement de 44 000 euros et celle conditionnelle, 30 900. Les deux tranches ont été réalisées soit un budget total de 74 900 euros. En ce qui concerne la médiation, la tranche ferme était de 5 880 euros, la conditionnelle 7930 euros. Ici aussi, les deux ont été réalisés, soit un total de 13 81023 .Cet investissement a demandé un effort de trésorerie considérable, d’autant plus qu’il est à noter que la commune n’a fait aucune demande de subvention...

CONCLUSION Pour résumer, les opérations de médiations ont fait partie de la phase de préprogrammation. Elles ont permis de récolter une matière première, brute, véritable. Que ce soit Traverses ou Base, tous soulignent l’intérêt qu’a une programmation à se saisir des qualités intrinsèques d’un site révélées par cette pré-programmation originale. L’aide apportée par la médiation semble mettre en valeur l’espace vécu. Cette vision diffère quelque peu d’une conception programmiste traditionnelle, « vue d’en haut », qui a tendance à lisser un territoire et faire table rase de ses représentations et pratiques sociales. La rencontre entre médiation culturelle et projet d’aménagement permet de faire valoir la qualité d’usage d’un site. Par la même elle rejoint un des atouts attribués à la démocratie participative. La médiation permet de mettre en lumière et de considérer réellement l’expertise de l’habitant, au titre de sachant d’un espace vécu. A ce titre l’articulation médiation culturelle – programmation concoure à lier la maîtrise d’usage au projet. La prise en compte de l’attente habitante permet d’adapter au mieux le dessin des grandes lignes du projet. En résulte une meilleure acceptation et appropriation future. Se pose maintenant la question de savoir comment perdure cette prise en considération dans la phase de maîtrise d’œuvre. Cette programmation hybride, qui fait se rencontrer culture et aménagement, est-elle venue influencer la réalisation concrète des projets ? La partie qui va suivre va s’attacher à étudier la fabrique du projet d’aménagement. Moidieu-Détourbe n’a pas encore entamé la phase de maîtrise d’œuvre. Seule Mazières-en-Gâtine a vu l’opération d’aménagement être réalisée.

22 Voir annexe 7 : extraits du document final de la mission de planification urbaine et de médiation culturelle pour la revalorisation du centre village de Moidieu-Détourbe réalisée par Bazar Urbain / Zoom / SCET, phase 2, p.42 23 Voir annexe 8 : extraits du document final de la mission de planification urbaine et de médiation culturelle pour la revalorisation du centre village de Moidieu-Détourbe réalisée par Bazar Urbain / Zoom / SCET, phase 2, pp.62-66

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b- La fabrique de l’aménagement Pour rappel, suite à la mise en service de la déviation, les objectifs du projet de Mazières-en-Gâtine étaient de repenser l’aménagement de ses espaces publics. Ce sont la rue du Pré Martinet et la rue des Forges qui ont été réalisés. La première constitue l’entrée Sud de la commune. La voirie est entourée de part et d’autre par un tissu pavillonnaire. Elle dessert des équipements publics : collège, école, gendarmerie. La rue des Forges s’insère dans un tissu de cœur de bourg avec un alignement des façades, elle donne accès à la place de l’Église. La maîtrise d’œuvre a vu sa lecture du territoire facilitée par la médiation. Cette démarche amont lui a permis de simplifier sa recherche d’information. La sensibilisation très importante, a aussi permis un échange plus fluide et plus efficace avec la maîtrise d’ouvrage et les habitants. «  C’était un entrant relativement important  qui nous a simplifié la vie puisqu’effectivement ça orientait d’emblée. La phase analyse puis la définition des enjeux a été très sensiblement simplifiée puisqu’effectivement c’était ressorti dans le cadre de cette démarche là, et puis surtout, dans le cadre d’une petite commune comme celle-là, où les élus et les riverains n’ont pas forcément l’habitude de pratiquer ce genre de réflexion, ou d’opération, ne serait-ce que lire un plan où des choses comme ça, finalement, la concertation que ce soit avec la maîtrise d’ouvrage ou la concertation en réunion publique s’est retrouvée plus simplifiée et surtout plus fluide, parce que voilà, il y avait une certaine forme d’habitude finalement, parce que les riverains ils avaient l’habitude de ce rendez-vous où ils étaient impliqués dans la conception ou la vision de leur espace public. C’est vraiment ça, ça a fluidifié complètement les relations que ce soit avec la maîtrise d’ouvrage ou avec les habitants, dans le cadre de la concertation publique (01’47, L.Harrant)» Les grands principes d’aménagements sont organisés autour de deux séquences qui correspondent aux deux rues. Le linéaire de la voirie a influencé 56

l’aménagement de ces espaces. La première séquence se compose d’abord d’une bordure verte, végétale, qui va dans le sens d’un espace partagé avec les riverains. Il est bordé par un autre linéaire  : le cheminement piéton. Enfin, un troisième linéaire correspond à la seconde continuité végétale. Cette dernière s’efface au fur et à mesure que l’on approche de la deuxième séquence. On y retrouve le cheminement piéton qui permet d’assurer une continuité avec la séquence précédente24. L’emprise de la voirie a donc été diminuée par ces aménagements. Ces réalisations illustrent bien l’idée d’une traversée de bourg apaisée. Néanmoins des limites sont à observer quant à l’influence de la médiation culturelle sur la réalisation concrète de l’aménagement. -Limites Le «  marcher sur la route  », qui illustrait l’attente habitante de redevenir prioritaire sur le trafic de la RD n’a pas été totalement intégré aux principes d’aménagements. La priorité donnée au piéton vis-à-vis du trafic a été quelque peu reléguée par le passage des poids lourds qui proviennent de la carrière. Le gabarit de la voirie a du s’adapter à ce flux. L’espace ne donne pas la priorité aux modes actifs. L’aménagement conçu a été plus d’ordre fonctionnel que qualitatif. « Je garde une certaine frustration. On avait une contrainte très très forte, le passage des poids lourds lié à la carrière, parce qu’ils vont au restaurant, ils participent à l’économie locale, ce qui fait qu’en terme de gabarit on n’a pas pu aller plus loin finalement. On aurait voulu travailler beaucoup plus l’espace actif lié aux riverains, aux piétons. On a essayé de travailler une forme de participation qui est une « bande d’aménagement paysager », qui soit à la fois public mais à la fois géré aussi par le privé, qui se l’approprie, qui fasse des plantations. Finalement c’est retombé à des choses très limitées 24 Voir annexe 9 : plan masse et principes de l’aménagement réalisée par l’atelier Ville et Paysage


du fait du gabarit qui nous était imposé…On reste quand même dans les codes de la rue, avec l’espace fonctionnel, des bordures, l’espace piétonvélo. On aurait pu aller plus loin si on n’avait pas eu ses contraintes du poids lourd qui passe sur cet axe (08’21, L.Harrant)» Le coût de l’aménagement est de 446 498 euros. Si l’on rajoute les honoraires de maîtrise d’œuvre, l’acquisition des terrains etc., il est revenu au total à 632 000 euros. Les subventions touchées ont été à la hauteur de 197 091 euros. Rue des Forges : AVANT

APRES

Source : Ville et paysage Rue du Pré Martinet : APRES

Source : M.Z

Source : Ville et paysage

Source : M.Z

APRES

CONCLUSION L’appel d’offre pour la maîtrise d’œuvre a été lancé en février 2010, soit 10 mois après les ateliers d’urbanisme utopique. Un peu à la manière d’un soufflé, ce temps d’attente a atténué l’effervescence créee autour des actions de la médiation culturelle. Aucune stimulation où trace visible n’a accompagnée l’attente entre la fin de la programmation et sa mise en œuvre effective. Au lieu de se concentrer sur les espaces centraux mis en valeur par le schéma directeur, et enrichis par le diagnostic en marchant et les ateliers d’urbanisme utopique, les élus ont préféré travailler l’entrée de leur village. Un peu à la manière d’une maison, il a s’agit de traiter la porte d’entrée, pour donner un aperçu au plus grand nombre de visiteurs du nouveau visage de Mazières-en-Gâtine. Aussi traiter un linéaire de voirie est une opération moins compliquée que celle de requalifier une place publique. L’empressement des élus à donner à voir sur une opération facilement mise en œuvre peut s’expliquer par le bouleversement et le vide crée par la déviation. La prise en compte à minima de la parole habitante issue de la médiation, pose évidemment la question de la pertinence d’y avoir eu recours. Retrouve-t-on une trace de cette dernière au-delà de la phase de programmation ? Cette question permet de passer à la phase après. Pour rappel : de la phase de « déclenchement » jusqu’à celle du « pendant », la démarche de médiation culturelle a-t-elle eu un impact durable dans la sphère publique ? Peut-on constater un engagement plus actif des citoyens dans la vie de leur village ? En ce qui concerne l’action publique, a-t-elle du évoluer pour permettre à la médiation de perdurer et avoir une durabilité ?

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c) l’après où la problématique du soufflé... -

Mazières-en-Gâtine : « il fallait voir »

Le retour fait par Mme le Maire permet de comprendre le changement de posture qu’a du adopter l’équipe municipale. Elle insiste notamment sur la nécessité d’avoir une posture discrète, en retrait durant les phases de la médiation culturelle. «  Quand on accepte ce type de gouvernance, il faut vraiment être en capacité de se laisser surprendre... Moi je dis quand même, j’en suis persuadée, il faut avoir une équipe dont on est sûr, une équipe municipale qui a une certaine cohérence... Bien que dans mon équipe j’ai eu une opposition... Moi je reste persuadée, ce type de démarche, une équipe dont on n’est pas sûr, qui n’a pas de cohésion...une cohérence dans l’équipe... parce que je pense qu’après il faut lâcher prise un peu sur ce qu’il se passe, parce qu’on ne maîtrise plus, les ateliers de préférence, ils se disent, ben faut pas trop que les élus quoi heu... On y était un peu mais pas trop...On lâche un peu prise, on les laisse faire... (30’00, N.Fortuné) » Néanmoins, ils étaient attentifs au bon déroulement de la démarche. Cette précaution leur a permis de ressentir et d’aller au-devant d’une incompréhension des habitants. Comme dit précédemment, la phase de médiation a été un moment de stimulation. Les gens on pu laisser libre court à leur imaginaire, ouvrir le champ des possibles pour l’avenir de Mazières-enGâtine. Néanmoins, au fur et à mesure des temps collectifs, une frustration des habitants s’est faite ressentir... Certes, un imaginaire collectif s’était consolidé, mais, la matière créée ne donnait pas à voir, au sens matériel, bâti. «  On est confronté tous à ça. D’ailleurs, c’est de plus en plus mal perçu, même par les élus, et même par la population, les études. On dit « mais y’en a marre, les collectivités, les communes, c’est toujours des études, des études, puis il ne se passe rien...Il faut qu’il se passe quelque chose, et puis 58

en plus c’est que ça coûte des sous, et puis il ne se passe rien... On y a été confronté fatalement, cette étude de requalification, parce qu’il y a eu toute cette effervescence … A un moment donné, la 4e phase de préfiguration, de toute façon, je le sentais pas, et je me suis dit, tant pis on y va pas... Parce que de toute façon, même au niveau de mon conseil, ça passait pas, il fallait qu’on passe au concret, à la réalisation, c’était évident... On l’a compris... Je sentais de l’impatience... Les gens... Même au sein de mon conseil, qui était au courant de tout, entendre «  ça suffit  »... (57’, N.Fortuné)  » Pour passer au concret, les élus ont donc demandé à Traverses de travailler sur un premier phasage. Le besoin de faire rapidement émerger un projet, les a poussés à se concentrer sur l’entrée Sud du village. Comme dit précédemment, la médiation fait émerger une attente habitante sur le centre-village. Néanmoins, les élus ont préféré agir sur les 2 rues pré-citées. Le gabarit de la voirie faisait référence à l’ancien flux de voitures. Aussi, concentrer la requalification des espaces publics sur cette entrée de village était un geste fort pour donner à voir sur le changement de Mazières. Les nombreux équipements présents aux alentours ont appuyé cette justification, notamment le besoin de sécuriser la traversée pour desservir les équipements scolaires. « Sauf qu’on n’était pas prêt à ça, parce que, mettons qu’on allait encore préfigurer ça, mais ça c’était que de l’éphémère, de l’événementiel, et, il ne se passait encore rien … Donc là on a compris, il faut y aller, là il faut absolument qu’on y aille, sur un premier phasage... Ça n’a pas été compliqué, il y a eu un périmètre qu’on lui avait donné à Traverses... Pour nous, là par contre, il n’y a pas eu d’arbitrage à faire, on va commencer par quoi... Non, l’arbitrage il a été simple. Là-bas c’est une rue importante, rue du pré martinet...venant de Niort c’était l’entrée du bourg, c’était là où il y a les écoles, là où il y le collège, la gendarmerie, les pompiers, et puis c’est une rue, la rue des Forges, qui arrive tout de suite au cœur de bourg... Voyez la configuration qu’elle avait... Ca ne donnait pas une belle image... Tant qu’on était dans cette circulation démente, on ne le voyait même plus... Les 15 premiers jours on a


cru qu’il y avait eu un bombardement dans Mazières... C’était mort, c’était moche, On ne voyait pas l’état de notre bourg... C’est quand il n’y a plus eu la circulation a divisé en séquence...Après, il n’y a pas eu d’interruption... En 2010, on a fait un cahier des charges pour réaliser (01’00’, N.Fortuné) » Le choix d’engager une maîtrise d’œuvre sur le Sud a donc été arbitré par les élus. Ils ont préféré agir sur l’image extérieure de Mazières-en-Gâtine, plutôt que sur celle qui avait été soulevée par les habitants  : consolider des espaces publics pour les jeunes, retravailler la centralité du bourg... « Moi aujourd’hui mes regrets, c’est de ne pas avoir été sur la préfiguration... Mais quelque part, je ne pouvais pas faire autrement... On allait au clash... Dans mes comparaisons, j’ai comparé ce travail qui a été fait par Bruit du Frigo, c’est quand même de l’événementiel, à un soufflé au pomme. Parce que quand il est dans le four, il est beau, il est bien gonflé, et puis après, tout d’un coup, pouf, il retombe... Après à un moment donné, ils ne sont plus là... Eux ce sont interrogés « on les a peut-être un peu plaqués comme ça »... On en a tiré des leçons de se dire, après, il faut enclencher un suivi.(min, N.Fortuné)» Même si l’effet de médiation paraît avoir subi l’effet d’un «  soufflé au pomme  », ce qui semble remettre en question la pertinence d’y avoir fait appel, elle a eu des retentissements inattendus. L’action de médiation a eu deux impacts qui ont quelque peu transformé le dynamisme local. L’important comité de pilotage qui a entouré l’opération a permis à la commune d’être mise en relation avec le réseau des petites villes créatives. Ce lien lui a permis d’accueillir une résidence d’artistes. « L’après a existé... Sur le moment, soufflé... Il ne se passe plus rien... On a besoin de toute façon de se poser, prendre du recul...Je n’aurais jamais imaginé... Ça a rebondi malgré moi, et ça je ne l’aurais pas imaginé. Nous on s’est engagé dans une dynamique un peu créative, de créativité et culturelle, et il se trouve grâce a mes partenaires, M.Counil, le chargé de mission du Pays de Gâtines, la DDT... Ils nous ont fait rencontrer les petites villes

créatives… On se rencontre, chacun croise ces expériences…aujourd’hui on a une résidence d’artiste, Zarco et Sylvia... C’est incroyable... Ils voulaient une résidence de 2 ans... Ils ont prospects des communes... Quand ils sont venus ils m’ont dit qu’ils visitaient 6 lieux... Ce qui leur a plu, le cadre...la démarche qu’on avait eu avec Bruit du Frigo (min, N.Fortuné)» Après cette opération de requalification des espaces publics, la commune a souhaité s’attacher au devenir de ces équipements. Au contraire du volet médiation qui avait été ajouté en dernier recours lors de la programmation des espaces publics, l’étude lancée pour la programmation des bâtiments stipulait clairement le besoin d’une équipe pluridisciplinaire. Elle insistait particulièrement sur le besoin d’effectuer une animation socioculturelle. Suite aux dépenses engagées pour la réalisation de l’aménagement Rue du Pré Martinet et Rue des Forges, la commune n’a pas pu engager la phase de maîtrise d’œuvre pour cette deuxième opération. Cette contrainte a permis de faire écho à l’action de médiation engagée par Bruit du Frigo. Les élus ont réalisé que la réinvention de Mazières-en-Gâtine n’est pas simplement qu’une question d’image, de réfection du bâti. Avant de passer au dur, et à la réhabilitation de nouveaux équipements, le renouveau communal doit aussi passer par une réinvention du vivre ensemble. Pour cela la mise en place d’un projet socio-culturel, pour mettre en réseau le tissu associatif local, s’organiser pour se réunir et faire des choses en commun, semble tout aussi important qu’un projet d’aménagement. «  On a fait une étude de programmation sur la mairie, la bibliothèque, la salle de musique, la salle des fêtes... On a sollicité un cabinet pluridisciplinaire... Nous ce qu’on voulait...c’est bien les bâtiments...Mais il y a ceux qui vivent dedans... On a affiché clairement qu’on voulait un programmiste et quelqu’un qui pouvait être animateur socioculturel...Au bout du bout, financièrement on ne peut pas y aller... Mais, qu’est-ce qu’on a identifié, c’est qu’il y a un besoin...de bien vivre-ensemble...de travailler ensemble ... de faire des choses ensemble... Aujourd’hui...on s’est réapproprié...l’espace public.... Donc on y 59


a adjoint Fazette Bordage...Tout ça, moi j’en suis persuadé... On aurait fait ça traditionnellement, on ne serait pas rentré comme on serait rentré dans ce projet comme ça... Comment on rebondit sur une action sur une démarche participative, atypique... J’avoue que j’ai eu une phase de déprime... Finalement on a très bien rebondi sur tout le reste... Moi je suis persuadée que c’est grâce, à cause de toute cette démarche du départ (01’12,N.Fortuné)»

MoidieuDétourbe : « pour que les gens voient que ça bouge »

Ici aussi la problématique du soufflé se fait ressentir. Le rendu de la dernière phase de l’étude s’est effectué en mars 2012. Le recrutement de la chargée de projet pour commencer la phase de maîtrise d’œuvre a eu lieu en septembre 2012. En juin 2013, rien n’est encore enclenché. Les élus se retrouvent face à la même frustration de la part des habitants, qui sont, de plus en plus, en demande de concret. Le projet d’ensemble qui a été programmé risque donc de voir son unité affaiblie par un empressement des élus à vouloir réaliser des aménagements à minima, pour tempérer l’attente. «  C’est un peu le reproche qu’ils nous font, c’est pour ça qu’on aimerait qu’il y ait des aménagements qui soient fait assez rapidement, même des aménagements minimes, ne serait-ce qu’au niveau paysager, pour que les gens voient que ça bouge (31’, G.Lambert)» Le coût du projet de centre-village a été estimé à 11 229 000 d’euros3. Il s’agit des dépenses engagées par la commune pour la partie études et la partie travaux en maîtrise d’ouvrage communale. Cela ne compte pas les recettes (vente des terrains aux opérateurs de logement / subventions diverses). Les coûts sont hors taxes. Ils s’organisent comme suit : Études / conception / honoraires sur travaux : 1 230K€ (= 1 230 000 euros). Travaux espaces publics = 4 505 K€ 60

Travaux équipements et bâtiments publics : 5 424 K€ A l’échelle d’une petite commune telle que Moidieu-Détourbe, la mise en œuvre de ce projet d’envergure met en évidence le besoin pour la commune d’être accompagnée sur le suivi de cette mise en projet. Surtout, le manque de moyen humain quant à la mise en œuvre de l’action va sans doute demander à la commune de faire appel à une assistance à maîtrise d’ouvrage. Tous ces enchaînements ne vont pas dans le sens d’une mise en œuvre rapide du projet. D’où un risque de voir émerger une frustration d’autant plus importante pour les habitants. Au-delà de cette difficulté, l’apport de la démarche originale se retrouve dans le renouveau qu’elle a apporté au sein de l’action publique. Afin de tempérer ces attentes et pour faire perdurer l’action de participation et de pédagogie mise en place en amont, l’équipe municipale a crée un nouvel outil  : la commission élargie. «Ce qu’on a crée depuis, c’est une commission élargie, d’une trentaine de personnes... On a réactivé... On a fait une réunion il y a trois semaines, et on a quand même eu une vingtaine de participants qui sont venus... On leur a expliqué pourquoi c’était si long et je pense que la majorité a compris... Quand on leur parle du nombre d’intervenants qu’on a, entre le droit du sol, les services de l’agglo, les gens du SCOT... C’est obligé que ça soit long  (32’, G.Lambert)». Aussi, la commune a vu son secteur associatif être re-dynamisé. Par exemple, suite à la sensibilisation sur le patrimoine durant les ateliers de médiation, une association de patrimoine qui avait été mise entre parenthèses jusqu’alors, a repris son activité. « Depuis 2008, on a quand même eu 4 créations d’associations. Ce qui aujourd’hui, dans des villages comme nous, c’est quand même difficile... Notamment le comité des fêtes qui était espéré depuis au moins 20 ans parce


qu’il n’y avait pas assez de gens motivés … L’action y a contribué, pas à 100%, mais ça y a contribué...(33’ 13, G.Lambert) »

Cobonne: « les intérêts particuliers l’ont emporté sur l’intérêt général »

Cobonne s’était engagée en 2008 dans l’élaboration de son nouveau PLU. Ce dernier est actuellement à l’arrêt. Bien que l’action de la médiation engagée par De l’Aire et la mise en œuvre du document d’urbanisme ne soient pas liés, les conflits qui sont apparus permettent d’observer ce qui a perduré, ou pas, sur la commune. Pour rappel, la médiation avait été engagée dans le but de favoriser le vivre-ensemble entre anciens et nouveaux habitants. Lors de l’élaboration du PLU, les intérêts particuliers ont pris le pas sur l’intérêt général, ce qui pose la question de la réussite de l’action de médiation... « Le PLU, pour l’instant est stoppé. Sur le PLU ça a été tellement l’horreur que des conseillers ont démissionné...Les intérêts particuliers l’ont emporté sur l’intérêt général … En particulier sur l’occupation de l’espace au vieuxvillage... Parce qu’il y avait plus grand chose de constructible et il y avait un terrain qu’il aurait fallu, je ne sais pas...planter … La mairie était prête à le racheter... On ne pouvait pas faire un parking parce que c’était en pente...On aurait pu prendre un architecte et étudier. Rendre ça non constructible... C’est la descente du village, donc ça arrive comme ça et ça arrive, boum sur la route après un virage, c’est mortel... Donc comme on a vu que les terrains en face deviendraient non constructibles... Il y a eu levée de boucliers... J’ai fait un vote... Par 6 voies contre 5 le terrain est devenu constructible... On s’est inclinés... Ça a encore fait exploser les choses...On s’est fait incendier par les propriétaires de là-haut... Quand je fais quelque chose on vient me dire, maintenant ils ont un peu baissé du ton, on est là, on était là, tu dois nous consulter, c’est à nous à dire ce qu’il faut faire... L’espace public pour eux ça n’existe pas...(36’25, M.Gascoin) » Le cahier des charges a été réalisé en août 2008. Le CAUE 26 a réalisé quatre réunions de concertation. A chaque fois, la population de

Cobonne a été au rendez-vous. Ce qui montre que la médiation a eu un impact sur la prise de conscience citoyenne. Néanmoins, malgré tout le travail effectué sur la notion de vivre-ensemble, et les moments de fabrication de lieux communs lors de la médiation, dès que l’on touche à la propriété privée, c’est comme si rien n’avait existé...

CONCLUSION En ce qui concerne Mazières-en-Gâtine et Moidieu-Détourbe, les effets de la médiation semblent ne pas s’être retrouvés sur les aménagements en tant que tel... Néanmoins, des conséquences inattendues ont émergé. A Mazières-en-Gâtine, les élus ont pris conscience qu’avant de penser en termes d’aménagement, au sens bâti, il était important de consolider les forces vives de la commune et se structurer en réseau. A Moidieu-Détourbe, la commune a ouvert son champ d’action à un nouvel outil : la création d’un comité élargi. Ici aussi, le projet de centre-village a favorisé la consolidation du réseau associatif. En mai dernier, l’acolyte de Jean-Jacques Goldmann, Mickaël Jones , s’est même produit lors d’une fête au village ! Les effets de la médiation sont quelque peu plus nuancés sur Cobonne... Certes, le CAUE 26 a remarqué une forte mobilisation citoyenne lors des réunions publiques liées au projet de PLU, néanmoins, les beaux moments de rassemblement crées autour de De l’Aire et Bruit du Frigo n’ont pas su résister aux intérêts des propriétaires privés vis-à-vis de l’intérêt général... Aux vues de ces différentes conclusions, engager une action de médiation culturelle dans le cadre d’un projet d’aménagement semble être le prélude à la mise en place d’un laboratoire de l’action publique. Les projets réalisés ont 61


bousculé le quotidien de ces trois communes. Par conséquent, des points de vigilance sont à prendre en considération, notamment sur la méthodologie mise en place. Chacune des communes a connu un changement de paradigme, particulièrement au niveau des jeux d’acteurs et de la gouvernance. Avant de mettre en place ce type de démarche, il paraît donc nécessaire de clarifier les modalités d’actions, de prévenir sur les effets indirects, notamment la remise en question de la parole de l’élu et le besoin de les voir se tenir quelque peu en retrait, comme cela s’est passé sur Mazières-en-Gâtine. « Oui et qui est qui dans l’affaire déjà ? Le jeu d’acteurs en fait. Qu’est-ce qui se passe réellement ? Qu’est-ce qui se joue en fait derrière la façade ? C’est quoi le vrai enjeu en fait. La commande on sait très bien qu’elle trahit une autre commande, ou plusieurs commandes sous-jacentes en fait. Y’a souvent des enjeux derrière et on les découvre petit à petit. Déjà c’est intéressant d’essayer de clarifier la vraie commande. Voilà, quand un maire te dit j’ai envie que les habitants participent : qu’est-ce qu’il a derrière la tête ? Qu’est-ce qu’il entend par participation ? C’est quoi pour lui l’enjeu important ? (19’14, E.Dumay)» La démarche se base aussi sur le facteur humain. Engager une démarche de médiation signifie que l’on va être confronté à l’autonomie de pensée de tout un chacun. Il est donc difficile de prévoir une méthodologie unique, que l’on appliquera lors de chaque nouvelle opération. Par le recours à l’analyse sensible qu’elle engage, la démarche se doit aussi d’être sur-mesure. Par conséquent, l’articulation de la médiation avec un projet d’aménagement permet de prévenir une analyse copiercoller, qui va dans le sens d’une uniformisation des territoires...

Enfin, la problématique du soufflé soulève la question de la temporalité  : comment arriver à gérer le temps long de la mise en œuvre du projet d’aménagement qui suit l’action de médiation  ? De l’Aire insiste sur la nécessité de laisser une trace visible, qui puisse être utilisée par les habitants et qui permet de ne pas oublier l’action qui a été mise en place, par les politiques... «  C’est qu’il faut qu’une partie du projet puisse se réaliser, même si c’est quelque chose de modeste. Même si c’est juste un espace public. Ouais, il faut qu’il y ait quelque chose qui sorte. Il faut qu’il y ait une dimension symbolique, et emblématique à mettre en place rapidement. En fait, nous on créé par exemple du mobilier qui reste, ce genre de choses tu vois. Ouais, parce que ça réactive en fait. Ça réactive le projet, ce qui s’est passé, les bons souvenirs, et puis ça réactive aussi la responsabilité des élus. C’està-dire, attention vous êtes engagés là, n’oubliez pas... (36’11, E.Dumay) » Les démarches de médiations culturelles mettent en évidence, pour un temps donné, l’espace vécu. La stimulation qu’elles engagent réveille d’autant plus la parole habitante. Le temps d’attente qui suit sa mise en œuvre doit essayer d’éviter d’être vécu comme un temps mort. « Aujourd’hui bien sûr qu’il faut retranscrire dans l’espace, mais l’espace est vécu et doit être animé en permanence par une dynamique sociale, qui a la même valeur que ce que l’on réalise (34’44, H.Alouane) ».

«Le recours aux perceptions dans la planification permet de souligner la singularité des lieux et permet d’éviter les généralités et une certaine banalisation des territoires.25» 62

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ANDRIEU-RUP E., Identité(s) territoriale(s) : l’approche sensible dans la

planification urbaine, Mémoire Master : Science du territoire, spécialité Urbanisme et Projet Urbain, Grenoble, IUG, 2012


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CONCLUSION « Le rapport de l’ Onu - Habitat de 2008-2009 parle de la création de villes harmonieuses comme d’un processus profondément lié à une collaboration multi-acteurs, une plus grande participation des citoyens, et l’émergence de services collaboratifs qui exploitent et font intervenir le pouvoir de l’imagination populaire.1» Dans le processus de fabrication des villes, la participation des habitants semble être un enjeu important pour répondre à un développement durable urbain. Pour rappel, le développement durable est vu comme un processus de construction collective. Il engage les responsabilités individuelles à des comportements civiques plus respectueux de l’environnement. La construction de l’action publique selon une logique partagée semble être un gage pour leur plein épanouissement. Dans un contexte sociétal, où le politique est quelque peu dévalué par les citoyens, l’instauration d’une participation habitante à la vie de la cité peut contribuer à une meilleure acceptation et aboutir à l’instauration de relations de confiance entre les acteurs. Dans l’idéal, l’action publique serait donc ré-légitimée et la fracture «représentants-représentés» atténuée. De plus, par la meilleure connaissance de la vie publique et une plus grande implication dans la vie de la cité, cette association permettrait de redynamiser la société civile locale et, de fait, peut concourir à restaurer un esprit civique malmené. Enfin, la participation confère au citoyen un

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1

CAMPONESCHI C. op cit.


statut d’expert de l’ordinaire d’un quotidien. Néanmoins, l’impératif délibératif a complexifié la mise en œuvre du processus. Aussi, ces normes qui s’ajoutent sans cesse n’encouragent pas une participation spontanée. Enfin, la démocratie participative semble être davantage un outil marketing au service de «  l’entreprise-mairie  » plutôt qu’un levier en faveur d’une citoyenneté active. De la société collaborative qui émerge en ce début de XXIe siècle découle une citoyenneté de partage qui tend à rompre avec une vision pyramidale de la société civile. Ce changement de paradigme amène à se demander s’il n’est pas temps d’inventer de nouvelles modalités d’actions à la participation de la cité. Si l’on considère la ville comme une construction sociale, basée sur l’altérité, on s’accorde à dire que l’espace public semble être son support visible. Il paraît donc être le lieu privilégié de discussions et d’actions. Or aujourd’hui, l’espace urbain voit apparaître la multiplication d’enclaves et un phénomène de repli sur soi. L’étude de la figure de la ville contemporaine a permis de comprendre ce contexte d’individuation croissante. L’urbanité froide qui en résulte découle notamment d’une mise à distance de l’humain. La nécessité de redéfinir un espace urbain animé voit se développer, en ce début du XXIe siècle, de nombreuses initiatives pour recommencer à penser la ville selon une échelle plus humaine, en faveur d’une qualité de ville assumée, garante d’une urbanité pleinement établie. La figure de la ville contemporaine a produit un éclatement de la ville et de ses fonctions L’espace rural, autrefois dissocié, s’est vu pleinement intégré. Les campagnes sont tout autant touchées, si ce n’est plus, par les conséquences de cet étalement urbain. Du fait de son appartenance à l’urbanité généralisée, l’espace « rural » se doit d’être considéré à sa juste valeur. J’ai donc choisi d’aller à la rencontre de trois communes qui m’ont paru faire preuve d’une force de conviction quant à leur désir de trouver des solutions aux problématiques de développement qu’elles rencontrent.

Les problématiques auxquelles faisaient face ces trois communes étaient singulières. Redécouvrir un centre-bourg libéré d’un flux routier dense pour Mazières-en-Gâtine, réapprendre le sens du vivre-ensemble suite à l’arrivée d’un hameau nouveau à Cobonne, utiliser des réserves foncières communales pour redynamiser un centre-village à Moidieu-Détourbe. L’assurance de ces communes s’est particulièrement illustrée par les démarches atypiques qu’elles ont mises en place. A leurs projets d’aménagements, elles ont choisi d’associer des démarches de médiation culturelle. Celles-ci ont introduit de nouvelles méthodes et outils au processus traditionnel du projet d’aménagement. De fait, les programmations mises en place peuvent être qualifiées d’originales car elles sortent quelque peu d’un cadre habituel, traditionnellement expertisé par des professionnels issus des domaines de l’urbanisme, du paysage et de l’architecture. La plupart de ces opérations partagent l’envie de fabriquer du commun. Cela s’est illustré par la mise en place de méthodes inclusives et fédératrices. Aussi, les processus mis en place s’essaient à transformer le passant en visiteur de sa rue pour arriver à le mettre en situation d’acteur. Donner à voir pour donner envie de participer à co-construire l’aménagement d’un espace pratiqué au quotidien. Au contraire de ceux utilisés par des schémas plus « classiques », les outils mis en place pour mobiliser la participation agissent au-delà d’un simple statut d’objet. Ils sont de véritables médias, qui viennent alimenter le système de mobilisation qu’ils engendrent, dans le but d’animer une dynamique sociale qui valorise l’imagination et l’inventivité des habitants. Le projet d’aménagement n’est donc pas conçu uniquement via le prisme du matériel. Cela participe à décloisonner les politiques structurelles. Ici, la culture n’est pas limitée à la sphère de l’expression artistique, elle est un des vecteurs de transformation urbaine.


«La culture n’est pas coulée dans le béton, elle s’épanouit dans les démarches, projets vivants qui s’efforcent de faire advenir une ville plus solidaire, une active urbanité, une participation, une mobilisation des citoyens2». Ces méthodes ont aussi favorisé l’activation de l’espace public. Ce dernier devient une sorte d’atelier à ciel ouvert. Les démarches artistiques et culturelles qu’il supporte favorisent l’interaction, la convivialité et la création d’un imaginaire collectif. En engageant la « capacitation » citoyenne, elles encouragent l’épanouissement d’une citoyenneté active. Ces démarches permettent donc d’affirmer la citoyenneté, non pas comme un simple devoir  électoral, mais comme une participation active à la fabrique de son espace vécu au quotidien. Cette rencontre médiation culturelle et aménagement permet à l’espace public d’assumer son rôle premier : être support d’une urbanité active, où l’on donne la possibilité à tout un chacun d’affirmer sa singularité et son autonomie de pensée. Ces actions ont mis en valeur l’espace public comme support de débats et de rencontres au service de projets d’aménagements. De fait, il devient un outil pédagogique, qui vient aider citoyens, élus, techniciens à coopérer dans une gestion partagée de leur environnement. Cela pose donc la question d’une démocratie inclusive, basée sur la réciprocité, qui nécessite de responsabiliser les acteurs traditionnels du faire urbain à saisir l’intérêt d’une vision coopérative. « Toute une intelligence collective est donc disponible, qui doit être soutenue par des processus, formée par et avec les citoyens. Réactiver les médiations symboliques nécessaires à l’engagement d’une société civile citoyenne représente un enjeu de formation et de choix collectifs. Ces médiations symboliques sont coexstensives à la bonne santé des institutions, à leur intégration dans le corps social comme à leur subversion et transformation.3» 2 HURSTEL J., Une nouvelle utopie culturelle en marche ? : Essai sur une autre vision de l’action culturelle en Europe, Ed.de l’Attribut, 2009, 140p.

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HANSOTTE M., Les intelligences citoyennes. Comment se prend et s’invente la

Au travers de ces démarches, c’est le concept de la ville des possibles qui est mis en valeur. L’activation du potentiel démocratique de l’espace public, support d’une citoyenneté assumée, favorise l’épanouissement de l’imaginaire de tout un chacun en faveur d’une ville désirée. Par la mobilisation de médias artistiques et culturels, ces démarches intensifient la créativité par la participation. Pour mettre en forme et en scène un récit commun, elles ont expérimenté un urbanisme sensoriel. Au contraire d’une vision programmiste, vue d’en haut, ces pratiques se déroulent «  in situ  ». L’espace public donne matière à création. De fait, leur mise en œuvre demande une lecture du site en épaisseur, « verticale », qui engage le corps de l’observateur, professionnel ou simple habitant. La mobilisation des sens, commun à tout un chacun, paraît donc être le levier d’une capacitation, qui donne les moyens d’éveiller et stimuler une intelligence citoyenne. Cette «  participation créative  » concoure donc à une lecture plus sensible du paysage, en mouvement. « Il faut aussi penser une ville en mouvement plus qu’un espace figé et qu’il s’agit d’une entité à 3 dimensions et non un plan.4» Il va sans dire que des limites sont à observer dans la fabrique de l’aménagement qui s’en suit. Le temps de la médiation est souvent un moment très riche, de stimulation, qui ouvre le champ des possibles. La sollicitation qu’elle engage génère beaucoup d’entrain parmi les populations. Or, la mise en œuvre des projets qu’elle préfigure se fait sur un temps long. Le projet de Mazières-en-Gâtine a été livré 2 ans après l’action de médiation. Par manque d’accompagnement et de suivi, le moment d’effervescence crée retombe peu à peu. La pertinence parole collective. 2eme edition, Ed. De Boeck, 2008, 236p.,p.72 4 GWIAZDZINSKI L., La ville malléable, In : Theme European 2012, La ville adaptable, Insérer les rythmes urbains pp.9-11


d’avoir engagé une action de médiation est donc remise en question. De par une proximité plus importante avec leurs administrés, les élus des territoires ruraux sont d’autant plus exposés à la frustration grandissante, conséquente à cette perte d’intensité. D’autant plus que la plupart des budgets de ces actions ont demandé un effort de trésorerie important. Les limites soulèvent donc la question de la temporalité, comment arriver à gérer le temps long de la mise en œuvre du projet d’aménagement qui suit l’action de médiation ? En réponse, les collectifs proposent de le négocier via la mise en œuvre d’un support visible, qui puisse être appropriable. Ces dispositifs et architectures temporaires rappellent notamment au maître d’ouvrage l’engagement pris en amont. Ce donner à voir demandé par les habitants permet aussi de remettre en question l’utilisation du terme projet dans lesquelles s’inscrivent ces démarches de médiation. Il suppose un caractère fini, au sens matériel. Or, le temps long de la mise en œuvre d’un projet d’espace public ne se fait pas dans l’immédiat, ce qui légitime la frustration des habitants, très largement sollicités, mais qui voient les mois passés sans matérialisation de leurs idées. Aussi, lorsqu’on associe une démarche de médiation culturelle au service d’un projet d’aménagement, pourquoi ne pas remettre en question le terme « projet » ? Pour s’essayer à développer de nouvelles méthodes d’interventions urbaines  , ne pouvons-nous pas lui substituer celui de processus, moins figé, qui irait dans le sens de ces démarches, basées sur une créativité sur-mesure, construite selon une démarche progressive et itérative ? « Notre méthode a consisté à engager de nombreux processus dont nous ignorions la conclusion. Aujourd’hui encore, je reste convaincu que cette méthode est la bonne. Lancer un processus dont la fin est déjà prescrite revient à refuser la créativité et même à l’exclure. Il faut laisser fleurir l’imagination et oser des choses auxquelles personne n’a pensé au début... Nous n’aurions jamais supposé que quelqu’un ait l’idée de remplir d’eau

un gazomètre télescopique et d’y fonder une école de plongée. Cela n’est possible que dans un système d’ouverture. L’IBA a essayé une autre voie : nous n’avions pas d’idée utopique au départ, pas de plan arrêté et nous avons constaté avec surprise que nous en avons obtenu davantage que nous ne l’avions pensé au début. C’est cette ouverture qu’il faut cultiver5. » D’autre part, par les changements observés dans les phases de « l’après » à Mazières-en-Gâtine et Moidieu-Détourbe, ces démarches sont des sortes de laboratoires pour l’action publique. La réinvention du dynamisme communal engagée par ces démarches culturelles ont permis de considérer, au même titre que la finalité matériel de l’aménagement, un enjeu plus immatériel, celui du vivre-ensemble. Cette ouverture, amène à mettre en valeur une conception de la ville plus culturelle, au-delà de la forme des projets d’aménagements.

5 GANSER K., L’IBA Emscher Park, considérations rétrospectives sur la naissance, l’organisation, les contenus et les principes d’une exposition d’architecture, In : Dossier de Presse, Projektion Ruhr, IBA Emscher Park-Un laboratoire urbain, Exposition 19 novembre 2008-8 février 2009, pp.6-9

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bibliographie

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Ouvrages

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VIARD, Nouveau portrait de la France, La société de nos modes de vie, Ed. De l’Aube, 2001, 200p. WIEL M., La transition urbaine, Ed. Mardaga, 1999, 149p. WIEL M., Ville et mobilité : un couple infernal ?, Ed. De l’Aube, 2004, 90p. PAQUOT T., 5 défis pour le devenir urbain de la planète, Ed. La Découverte, 2006, 221p.

GEHL J., Pour des villes à échelle humaine, Ed.Ecosociété, 2012, 273p. GONTCHAROFF G., La reprise en main de la politique par les citoyens ou la démocratie locale représentative. Ed. Adel, 2000, 326p. GUENEAU E.P, La ville citoyenne, Ed. L’harmattan, 2004, 253p.

Articles

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HANSOTTE M., Les intelligences citoyennes. Comment se prend et s’invente la parole collective. 2eme edition, Ed. De Boeck, 2008, 236p.

BLONDIAUX L., La délibération, norme de l’action publique contemporaine ?, Projet, 2001/4 n°268, p-81-90, p82

HURSTEL J., Une nouvelle utopie culturelle en marche ? : Essai sur une autre vision de l’action culturelle en Europe, Ed.de l’Attribut, 2009, 140p.

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DEYON P., Le long refus de la démocratie locale, in La démocratie locale. Représentation, participation et espace public, PUF, 1999, pp.14-19

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bibliographie

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PERRINEAU P., Les renouveaux de l’action politique. In : Vingtieme Siècle.Revue d’histoire. N°60, octobre-décembre 1998.pp.112-117 TRICOT D., L’éphémère pour partage, in revue Cassandre n°68, Un espace de moins en moins public, hiver 2007, pp-50-53

Sites internet

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Document de travail, Bazar Urbain, Base, ZOOM, SCET, Mission de planification urbaine et de médiation culturelle pour la revalorisation du centre village de Moidieu-Détourbe, 23/11/2010 . 26p., p.11 KAUFMANN V., GUIDEZ J-M, Les citadins face à l’automobilité, : étude comparée des agglomérations de Besançon, Grenoble, Toulouse, Berne, Genève et Lausanne, CERTU, Lyon, 1998, 121p. La médiation culturelle du projet de participation du centre-village de MoidieuDetourbe. Mission de Zoom, collectif d’architectes et artistes : présentation de la démarche. ZOOM,document de travail, 08 mars 2011, p. 3 GANSER K., L’IBA Emscher Park, considérations rétrospectives sur la naissance, l’organisation, les contenus et les principes d’une exposition d’architecture, In : Dossier de Presse, Projektion Ruhr, IBA Emscher Park-Un laboratoire urbain, Exposition 19 novembre 2008-8 février 2009, pp.6-9

Publications et études ANDRIEU-RUP E., Identité(s) territoriale(s) : l’approche sensible dans la planification urbaine, Mémoire Master : Science du territoire, spécialité Urbanisme et Projet Urbain, Grenoble, IUG, 2012 BIRCK J-N, Les nouveaux enjeux de la démocratie participative locale. Pratiques et usages de la participation citoyenne à Nancy et en Meurthe et Moselle, thèse pour le doctorat de science politique, Université de Nancy II, 2010, p.177 Cahier n°6, Agenda 21 et participation, La voix de tous sur la voie de l’intérêt général, Repères pour l’action, Actes de l’Atelier de l’Observatoire, Ed. Observatoire national des agendas 21 locaux et des pratiques territoriales de développement durable, octobre 2012, 107p. Charte de la concertation, mise en application en 1999 par le ministère de l’environnement Déclaration de Rio DE L’AIRE, Cobonne, 2006- 2007, Habitants, Artistes, Aménageurs, sociologue, imaginent l’avenir d’un village, Ed. Les impressions Modernes, mars 2008, 47p., p.13

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ANNEXES

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Annexe 1

Annexe 6

Objectifs et attentes de la mission en 2 volets : mission de planification urbaine et de médiation culturelle

Fiche 2- Mairie / Salle des fêtes et abords

Extraits du cahier des charges «Mission de planification urbaine et de médiation culturelle», CAUE 38, octobre 2010

Traverses, novembre 2009

Annexe 2 CE QUI FAIT QUOTIDIEN // Usages et ambiances Extrait du document final, phase 1 «Mission de planification urbaine et de médiation culturelle pour la revalorisation du centre village de MoidieuDétourbe», Bazar Urbain / BASE / Zoom / SCET , 22 juillet 2011

Annexe 3 Principaux enjeux d’aménagements / Schéma directeur d’aménagement Extraits de l’étude de requalification urbaine «Phase 1 : diagnostic», Traverses, mars 2009

Annexe 4 Les premières idées récoltées Extraits du compte rendu «Démarches participatives et culturelles menée

Extraits de l’étude de requalification urbaine «Phase 3 : fiches d’actions»,

Annexe 7 SCENARIO CHOISI // Phasage Extrait du document final, phase 2 «Mission de planification urbaine et de médiation culturelle pour la revalorisation du centre village de MoidieuDétourbe», Bazar Urbain / BASE / Zoom / SCET , 6 mars 2012

Annexe 8 Faisabilité et pré-chiffrage Extrait du document final, phase 2 «Mission de planification urbaine et de médiation culturelle pour la revalorisation du centre village de MoidieuDétourbe», Bazar Urbain / BASE / Zoom / SCET , 6 mars 2012

Annexe 9 Plan masse et Principes de l’aménagements Atelier Ville et Paysage

en lien avec l’étude de requalification urbaine réalisée par l’agence d’Architecture et d’Urbanisme Traverses», Bruit du Frigo, 09 juillet 2009

Annexe 5 Le jardin municipal Extraits de l’étude de requalification urbaine «Phase 2 : propositions», Traverses, mai 2009

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ANNEXE 1 5. LES OBJECTIFS ET ATTENTES DE LA MISSION en 2 volets MISSION DE PLANIFICATION URBAINE ET DE MÉDIATION CULTURELLE 5.1 Volet 1. Etude de programmation urbaine Stratégie de développement et de restructuration économique, sociale, urbaine, architecturale, paysagère du coeur de village Elle a pour objectif d’aider la commune à imaginer le développement futur de son village. La programmation proposera des scénarios d’aménagement et de développement et en testera leur faisabilité et leur pertinence. Elle devra également proposer une réorganisation dans le devenir et l’affectation des différents équipements et bâtiments publics. Cette mission devra aboutir à un plan d’aménagement d’ensemble du centre-village avec un programme précisant l’affectation et la vocation de chaque bâtiment et/ ou espace, à réhabiliter ou à construire, la forme urbaine générale des opérations bâties, les grands principes d’aménagement des espaces publics, des voiries et des circulations piétonnes. Pour finir l’étude devra proposer un phasage et un coût estimatif pour tout ou partie du programme et le montage d’opération de certains éléments du programme. Ce premier volet comportera une tranche ferme avec 3 approches thématiques (AEU - Urbaine, architecturale et paysagère – Economie et sociale) et une tranche conditionnelle avec l’étude de programmation à proprement parlé. 5.2 Volet 2. Médiation culturelle et participation habitante Mise en place d’une gouvernance habitante par un programme d’accompagnement et d’animation autour du projet de développement du centre village Elle a pour objectif de faire le lien entre le projet et les parties prenantes (habitants, commerçants, usagers, élèves, élus etc). Cette mission se fera en parallèle du premier volet et se déroulera dès les études préalables et pourra se poursuivre jusqu’à l’appropriation du projet par les habitants. La mission devra proposer différentes formes originales de médiation du projet et d’interprétation des lieux (intervenants extérieurs, arpentage urbain, sensibilisation en milieu scolaire, performance artistique, manifestation culturelle, retour d’expérience, visite, conférences sur des thèmes variés tels que habitat coopératif, construction passive, construction bois, pisé...). Cette mission devra élaborer des outils d’animation ludiques adaptés, originaux et de toute beauté. La mission sera confiée à un collectif pluridisciplinaire d’artistes spécialisés dans la médiation culturelle (architecte, graphiste, scénographe, vidéaste, botaniste, musicien, plasticien...) ; un même professionnel pouvant être compétent dans les deux volets. Il s’agit, dans le cadre de cette mission originale, d’initier une nouvelle approche de l’urbanisme qui intègre en amont la dimension culturelle et environnementale du projet. Bien que cette mission comprenne deux volets (cf ci-dessus), le travail sera itératif et partagé et devra nourrir les propositions. Pour ce faire, il sera nécessaire d’identifier dans l’équipe constituée, un «pilote», référent pour la commune, capable d’animer l’ensemble de la mission (volets 1 et 2).

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VOLET 2 Médiation culturelle et de participation habitante Mise en place d’une gouvernance habitante par un programme d’accompagnement et d’animation autour du projet de développement du centre-village. Elle aura pour objectif de créer du lien et de la cohésion sociale autour du projet et sera l’occasion de proposer des actions innovantes et créatives en terme d’amélioration du cadre de vie. TRANCHE FERME Les objectifs de ce volet 2 sont les suivants : - Impliquer les riverains dans la réflexion de restructuration du centre village - Sensibiliser les habitants aux notions de l’urbanisme durable, de centralité et de vie villageoise - Sensibiliser les enfants aux notions de l’espace, de l’urbanisme et du développement durable - Accompagner les élus à toutes les étapes du processus de projet, aider à la décision, dialoguer avec les habitants - Développer un plan de communication du processus de projet (interne au village, externe au village), relation presse, relation avec les partenaires techniques et institutionnels, les habitants Les publics visés sont donc les suivants : - Les riverains - Les habitants - Les scolaires (cycle 3) - Les élus (l’ensemble du conseil municipal) - Les partenaires et le grand public Les modes d’interventions, les rendus, les médias, les temps, le planning... restent à proposer. Chaque équipe pourra évaluer la pertinence des objectifs cités ci-dessus et les publics visés souhaités et nous faire des propositions quand à la philosophie à mettre en place pour cette médiation habitante. TRANCHE CONDITIONNELLE (Médiation à proposer)

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6.8 Compétences requises

Volet 1 : Cette mission devra réunir au minimum des compétences en urbanisme, en architecture, en paysage et en développement économique et montage d’opération. De plus l’équipe devra réunir au moins un profesionnel formé à l’AEU. Un professionnel peut avoir plusieurs compétences. L’équipe devra pour finir s’associer à un collectif d’artistes et de professionnels compétents dans le domaine de la médiation culturelle pour mener à bien le volet 2. Volet 2 : Cette mission devra rassembler un collectif pluridisciplinaire d’artistes et de professionnels à même d’animer une médiation culturelle autour du projet (architecte, graphiste, scénographe, vidéaste, botaniste, musicien...). Il sera nécessaire d’identifier dans l’équipe constituée, un «pilote» mandataire, référent pour la commune, capable d’animer et de coordonner l’ensemble de la mission (volet 1 et 2).

6.9 Nature des documents de l’offre à rendre

- Les pièces administratives DC5, DC4, DC7 à compléter si nécessaire par rapport à la candidature - La présentation de chaque membre de l’équipe précisant le mandataire et les co-traitants, sous-traitants ou consultant, ainsi que le rôle et les compétences de chacun et les phases d’intervention. Pour le volet 1 : - une note méthodologique précisant la nature et le niveau de précision des prestations et des documents restitués, la répartition du temps de travail de chaque membre de l’équipe, pour la tranche ferme et la tranche conditionnelle, une précision sur les modalités de rendu à différentes phases, les compétences mobilisées à chaque phase... - une proposition financière détaillée (nombre de jours par phase, par membre de l’équipe, nombre de réunion, coût de journée...), pour la tranche ferme et la tranche conditionnelle - une proposition de calendrier détaillé pour la tranche ferme - trois références de missions de complexité ou d’importance équivalentes largement illustrées au format A3, précisant l’année, le maître d’ouvrage, le coût et la mission. Pour le volet 2 : - la présentation précise du collectif d’artistes et l’identification d’un référent-pilote et des intervenants (CV si nécessaire par rapport à la candidature - une note méthodologique précisant la philosophie et les pistes d’intervention pour chacun des 5 publics pour les deux tranches et les passerelles envisagées avec le volet 1 et les modalités de rendu ou médias envisagées - une proposition financière sous forme de forfait pour les différentes actions, avec la possibilité de proposer des options - une proposition de calendrier d’intervention permettant d’évaluer la cadence des interventions - une présentation des expériences déjà vécues par le collectifs avec d’autres communes CAUE de l’Isère - 22 rue Hébert - 38000 GRENOBLE - T : 04 76 00 02 21 - F : 04 76 15 22 39

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ANNEXE 2 Usages et ambiances

Convivialité (caravane jazz, fête de village, cinéma en plein air…)

Vie associative (Gymnastique AGV, Yoga, Vino Passion, Les Patronimes... )

Identité de Moidieu

Evénements à Moidieu: Place de la Poste : 8 décembre avec « saucisson et vin chaud », le marché de Noël

Camping « Ça sert pas mais c'est dommage parce que c'est joli » « Les camping cars se mettent sur la place au lieu de se mettre ici »

Boule (concours, championnat...)

Place du village : Fête du village avec « jeu de boules, tournoi de foot inter-quartiers, des jeux pour les enfants et le soir un repas sur le chapiteau avec des feux d’artifices. » « Tous les vendredis soir à partir d’avril il y a un concours des boules. » Caravane Jazz, cirque

Centrale téléphonique « France Telecom souhaite déplacer les poubelles à cause d'une mauvaise image » Le clos « Espace de regroupement »

Village dortoir

« Pas accessible pour tous, par exemple la salle de mariage et l’accueil sont un peu étroits »

Patrimoine (église, cure, corps de ferme... ) « Murs en galets : splendide! » « En été il fait frais » Place du village Boulodrome : 60 jeux simultanés possibles Fêtes : foraine, cirque Espace de regroupement Lieu de mixité

« On joue pas souvent avec l’eau » « Quand on était gamins on était ici toujours avec la canne à pêche. »

« Le poumon de Moidieu » « Tous les jours c'est 140 gamins qui font l’aller-retour à la cantine »

« Ici les gens sont plus pêcheurs que jardiniers » « L'eau est importante pour nous»

04

01 Parking place bascule « En période scolaire ici c'est couvert de voitures, par les enseignantes et le personnel qui viennent travailler aux écoles. Il y a vraiment un usage important de cette petite place de parking »

« Les gens qui arrivent des Granges se garent ici, puis ceux qui arrivent de Château Grillet ou d'ailleurs ont l'habitude de se garer au Mille Club » « Il y a des projections en plein air l’été » Mille Club avant : salle des fêtes maintenant : Judo, salle de vote, salle de réunion

« Les gens des Granges ne dépassent jamais la limite de l'école, ils ne viennent pas dans le centre village. »

« Elle aussi n’est pas accessible, en plus on a du arrêter le chauffage l’hiver »

02

Parc « Limité pour une tranche d’âge jusqu’à 6/7ans ».

Les gens des communes des alentours disent : « Ça fait pas fini, il y a des choses qui sont posées, ça fait terrain vague » mais aussi: « C’est magnifique !»

Usages Ambiances

« Il y a d'autres villages qui descendent pour venir jouer ici »

Marie en débat

Carrefour : « C'est très dangereux...mais il n'y a jamais eu d'accidents » « Il faudrait faire quelque chose. »

« Maintenant ce n’est plus agréable d’habiter dans le centre. Principalement à cause de bruit. »

03 Commerces : « Il n'y a plus rien à Moidieu » « D’après les chiffres du PDU on a quasiment 1 000 passages journaliers de non-Moidillards qui passent à côté des commerces et ne savent même pas qu’il y a un bar tabac, une boulangerie » « J’aimerais que les RDC du centre soient dédiés aux commerces »

« Quand on fait du vélo, c’est intéressant d’avoir une fontaine » 01 Parking de l’école « Le parking d’ici a été créé pour empêcher les parents de boucher la rue d'Estrablin. On ne passait plus. »

« La maison à Moidieu c’est des grosses bâtisses carrées au toit à 4 pentes, en pisé ou en pierres du Rhône. »

Place de la bascule : Ciné-été

« Pour faire du roller ils vont sur le parking »

Cour de récréation trop petite

Equipe de foot de Moidieu + écoles

Bar-tabac : Concerts samedis soir, un projet de festival rock

Randonneurs « Les chemins piétons ont beaucoup disparu. »

« Moi ce que je regrette dans le village c'est l'anarchie architecturale »

« On a la pyramide du Louvre à Moidieu » « Y’en a qui aiment et d’autres pas »

« Passages à gué … extraordinaires mais ça nous cause beaucoup d’ennuis » « A vélo on aimerait continuer vers les autres communes, mais on ne peux pas toujours passer les gués. »

« A vélo on est tranquille ici.» « Des sites qu’on ne voit plus, là on se sent à la campagne, enfin l’homme n’y a jamais touché ! »

« Qui sait ? Dans quelques décennies on va devenir provençal. Les cigales arrivent jusqu’ici »

« Pour moi, le village s’arrête au cimetière »

Agriculture « 15 agriculteurs maximum qui vivent de ça » « Le Château Grillet est un hameau »

« C’est dur d’être agriculteur aujourd’hui à cause de toutes ces normes » « On veut rester rural, mais ça avance trop vite…. » « La polyculture a pratiquement disparu. » « Les tracteurs gardent le caractère rural »

« Etait un lieu propice pour faire du vin »

« Au mois de mai vous avez une jolie vue sur la plaine »

Salle des fêtes « Il y a beaucoup d'associations qui l’utilise. La salle est prise tous les weekends. »

BazarUrbain / Base / Zoom / SCET

Ce QUI FAIT QUOTIDIeN // Usages et ambiances

Rural en déclin (activité agricole, calme, circuits pedestres et cyclistes...)

19

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ANNEXE 3

Principaux enjeux d’aménagement

la

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Ruiss

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ture ec hit arc

1

Anta

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Restructuration de la poche de stationnement de l’actuelle poste, création d’une poche supplémentaire dans le jardin et réalisation d’une nouvelle voie de desserte

200

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Création d’un sentier de promenade au fil du ruisseau rejoignant le château

100

in ta Fo n

Aménagement d’un parvis à l’entrée du centre commercial Intégration visuelle du centre commercial par la mise en œuvre d’écrans végétaux et l’installation d’une grille d’accès devant la voie de service

Paysagement du parking des Marronniers traité visuellement comme une place (trame d’arbres, monument, surfaces calcaires, végétation)

Redéploiement des services de la mairie et de l’école de musique en mettant à profit l’actuel préau d’angle

Création de chemins dallés dans le jardin municipal

50

ziè Ma

Création d’un parc municipal avec implantation d’activités de loisir divers dans le jardin municipal (pique-nique, pétanques, sport, etc…) Création d’un porche dans le bâtiment de la mairie permettant de relier les jardins avant et arrière

Repositionnement du monument aux morts dans la perspective du porche Transformation des ateliers municipaux en verrière (pépinières municipales ?)

12

Création d’une poche de stationnement sur une partie de la parcelle

Mise en valeur des venelles existantes

aine Font

Rétablissement des larges trottoirs dans le prolongement Nord de la rue de la Verronnerie Mise en valeur de la rue du Cheval Blanc Végétalisation des pieds de constructions par décaissement des surfaces dures

0

NORD

Sécurisation des trottoirs

Marquage du château d’eau transformé en belvédère (végétalisation, escalier serpentant la structure, terrasse, table d’orientation) Reconduite du « bocage urbain » réalisé en entrée sud du bourg

Paysagement et réorganisation du parking attenant au salon de coiffure

Création d’une « Place de la Fontaine »

Mise en valeur du lavoir par curetage des abords et création d’un parvis et d’un jardin

Ouverture du jardin sur la traversée par percement et arasement du mur existant transformé en bancs

Reconstruction du préau de l’église

Reconstruction de la fontaine devant l’ancienne mairie

Préservation d’un ensemble paysager remarquable comprenant jardins, vergers et prés rendus inconstructibles

Traitement unitaire de la chaussée et des trottoirs par empierrement

Création de cheminements piétons en direction du bourg

Réaménagement de la placette : végétalisation, restauration de la fontaine, mobilier et tableau d’informations)

Une circulation automobile partiellement réorganisée : Mise à sens unique sur une partie des rues de la Verronnerie, des Forges et de l’Ancien Champs de Foire

Création possible d’un parking

Mis en œuvre d’un « bocage urbain » Création de cheminement piétons et de petites placettes enchâssés dans un tunnel de végétation arbustive inspirée du bocage

Aménagement d’un parvis des écoles

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de

Traverses architecture et urbanisme - Fabien Charlot Paysagiste - ATIS Conseil - Etude de requalification urbaine de Mazières en Gâtine - Phase I : diagnostic - Mars 2009

de


7 - Schéma directeur de l’aménagement

de

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Traverses architecture et urbanisme - Fabien Charlot Paysagiste - ATIS Conseil - Etude de requalification urbaine de Mazières en Gâtine - Phase I : diagnostic - Mars 2009

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Secteur Nord

Secteur central

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Secteur Sud

au

Antar

gaz

se Ruis

Equipement / Service / commerce

Revêtement noble / empierrement

Bâti réhabilité / Réaffecté

Traitement minral chemin / placette

Fontaine

Revêtement noble chemin / trottoir

Traitement des berges

Dallage / Pas

Bassin

Bocage reconstitué

Stèle / monument

Ecrans végétaux Sentier le long du ruisseau

Parc /jardin public Promenades Trame arborée sur aire minérale Desserte créée Revêtement noble / empierrement

Traverses architecture et urbanisme - Fabien Charlot Paysagiste - ATIS Conseil - Etude de requalification urbaine de Mazières en Gâtine - Phase I : diagnostic - Mars 2009

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ANNEXE 4 ------------------------------------------------------------------------------Le «jardin public» de Mazières • Le lieu : espace vert situé de part et d’autres de l’église et des équipements publics (mairie, église, bibliothèque et salle des fêtes). • Proposition du Cabinet Traverses: Création d’un «jardin public» traversant (ouverture d’un passage dans le bâtiment de la mairie). Restructuration des équipements. • Propositions complémentaires des participants: L’aménagement du jardin doit tenir compte de l’idée d’envisager Mazières comme «village étape». Ils devront s’adresser aux habitants mais aussi aux touristes et passants faisant étape à Mazières. • Mise en place d’un élément à l’arrière de la mairie permettant de créer une continuité visuelle, une liaison entre les espaces : jeux pour enfants, monument, jeux d’eau, tables de pique-nique. • Autre aménagement dans le jardin : un terrain de pétanque.

?

------------------------------------------------------------------------------Le parvis de l’église

? • Le lieu: le parvis de l’église. • Proposition de Traverses: la place de l’église : traitement unitaire de la chaussée, annexion d’une partie de l’espace privatif situé à l’Est de l’église, reconstruction de la Fontaine, reconstruction du préau, élargissement du trottoir. • Proposition complémentaire: mettre l’église en lumière.

LES PREMIÈRES IDÉES RÉCOLTÉES Comme support pour les déambulations, nous utilisions la «carte des enjeux» présentée la veille par la Cabinet TRAVERSES. Les premières idées et préconisations figurant sur ce document ont reçu l’adhésion des participants et allaient dans le sens de leurs attentes. Les déambulations ont permis d’expliquer et de commenter sur place ces premiers enjeux. Nous présentons donc ici les propositions nouvelles ou complémentaires énoncées par les participants lors deux déambulations.

------------------------------------------------------------------------------Terrasse devant le Restaurant «chez Fred»

• Proposition nouvelle : aménagement d’une terrasse devant le restaurant ATELIER D’URBANISME UTOPIQUE DE MAZIÈRES EN GÂTINES / 2009 / BRUIT DU FRIGO

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------------------------------------------------------------------------------Stationnements devant la boulangerie

?

------------------------------------------------------------------------------Chemin de liaison entre le centre bourg et le pavillon des personnes âgées

• Le lieu: les abords de la boulangerie.

• Le lieu et son contexte: ce chemin est emprunté par de nombreux riverains et randonneurs. Il offre une balade agréable et ouvre une fenêtre sur le paysage gâtinais.

• Proposition du cabinet Traverses: créer des effets visuels et physiques pour réduire la vitesse des véhicules, matérialisation d’un seuil au niveau du carrefour avec la rue de Bellevue et la rue Grand Pré.

• Propositions nouvelles: aménagements pour les personnes âgées, pente plus douce, peut être en palier, plus d’assises qui jalonnent la monté. Traitement végétal du grillage qui clos le terrain de Murielle

• Proposition nouvelle: Profiter de l’aménagement du carrefour et prévoir de réserver deux voire trois stationnements pour la boulangerie. A l’heure actuelle le stationnement se fait de manière anarchique devant les habitations, ou sur la rue devant le Stop.

------------------------------------------------------------------------------Les marches devant la salle des fêtes

------------------------------------------------------------------------------Le banc - le recoin des jeunes

?

• Le lieu : espace de rencontre informel pour des jeunes de Mazières, recoin sur le chemin liant la rue du petit bourg et l’arrière de la salle des fêtes. • Proposition : élargissement et aménagement de cet espace de rencontre. Réhabilitation du mobilier existant, poubelles, bancs, ajout d’un nouveau banc, voire d’une table basse. • Le lieu et le contexte: Malgré le déplacement du foyer des jeunes à côté du terrain de foot, l’ancien emplacement demeure un lieu de rendez-vous. Ce sont les marches de la salle des fêtes qui sont les stigmates de cet endroit. • Proposition du cabinet Traverses: l’espace parking va être paysagé et les emplacements de stationnement plus ordonnancés. • Proposition nouvelle: Aménagement d’un espace convivial pour les jeunes de Mazières

------------------------------------------------------------------------------Le jardin derrière l’actuelle poste

?

• Le lieu : Le jardin derrière l’actuelle poste «le près public» offre un ensemble paysager remarquable, tant pour sa tranquillité que pour son point de vue privilégié sur le paysage alentour. • Proposition du Cabinet Traverses : opportunité d’utilisation partielle pour le camping. • Proposition complémentaire des participants : aménager une partie du lieu en aire de service pour camping car, ce qui permettrait de libérer l’espace à l’arrière de la salle des fêtes.

ATELIER D’URBANISME UTOPIQUE DE MAZIÈRES EN GÂTINES / 2009 / BRUIT DU FRIGO

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------------------------------------------------------------------------------Ancien lavoir rue de la Fontaine

? • Le lieu: l’ancien Lavoir rue de la Fontaine • Proposition du Cabinet Traverses (cette proposition ne concerne pas cet espace mais pourrait être étendue) : Création d’un cheminement piéton et de petites placettes enchâssées dans un tunnel de végétation arbustive inspiré du bocage. • Proposition des participants : créer une liaison entre la rue de la fontaine et l’ancien Lavoir par un traitement paysager du chemin qui les relit. Réhabilitation du lavoir qui pourrait être une composante du futur maillage de cheminement piéton ainsi qu’une étape au sein d’un parcours patrimonial à Mazières.

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------------------------------------------------------------------------------Le château d’eau • Le lieu: le chateau d’eau • Contexte: Pour beaucoup d’habitants le château est un «emblème», un «patrimoine» du village qu’il est nécessaire de conserver en lui affairant de nouveaux usages et en lui faisant revêtir une nouvelle enveloppe. Si on considère Mazière comme une ville étape ou «Aire de service extra-ordinaire», le château d’eau pourrait devenir un outil ressource sur le territoire au service des «touristes». • Propositions nouvelles: le haut du château d’eau pourrait être transformé en belvédère, proposant une vue panoramique sur la Gâtine Une table d’orientation qui situe le village, recense les points forts de la commune, et répertorie les chemins doux Claude Ouvrard, président de l’association départementale radio amateur cherche un lieu pour installer une antenne (de petite taille) Végétaliser le château d’eau pour lui offrir une nouvelle apparence Construire une ombrelle pour chapeauter le haut de la construction

------------------------------------------------------------------------------Espace entre le terrain de foot et la voie ferrée

------------------------------------------------------------------------------La passerelle et la déviation

? • Proposition : mise en lumière de la passerelle / détourner l’usage de la déviation pour un événement une fois par an (exemple : une piscine...)

------------------------------------------------------------------------------Autres propositions è Les containers poubelle, en particulier ceux situés derrière la salle des fêtes. • Idée nouvelle: installer des containers enterrés è Du circuit quotidien au chemin de promenade, un maillage fin de cheminements piétons (trottoirs, venelles, chemins) • Exploiter et valoriser les chemins existants, par exemple celui qui relie la rue de la Fontaine et l’ancien lavoir, celui utilisé par les personnes âgées entre la maison de repos et la salle de fête • «Donner à voir l’envers du décor», faire découvrir les venelles autour de la place de la fontaine, de la mairie etc. • Créer de nouvelles liaisons, par exemple: celle entre l’avant et l’arrière de la mairie, des abords de l’ancienne poste, un passage de part et d’autre du lavoir. • Créer des continuités, circuits et promenades qui pourraient s’intégrer aux chemins de promenade de la Gâtine.

• Le lieu: il s’agit d’un terrain qui autrefois servait de décharge à gravas. Ce terrain communal a été recouvert de terre et arboré. Bastien, 19 ans a participé à la balade du dimanche après-midi et nous a conduit sur les lieux fréquentés par les jeunes de Mazières. Il nous a mené jusqu’à ce terrain qui est à la fois proche du terrain de foot et suffisamment isolé des habitations. • Proposition nouvelle: Construire un abri pour les jeunes

------------------------------------------------------------------------------L’espace entre le stade et les anciens vestiaires.

è Chemins doux sur la commune • Créer une piste cyclable entre les deux échangeurs du village. è L’identité de Mazières dans la région de la Gâtine. Géographiquement, Mazières se trouve aux portes de la Gâtine. • S’appuyer sur cette notion de porte, en profiter pour travailler une couleur particulière, propre à Mazières qui valoriserait les façades du centre bourg.

?

• Le lieu: l’espace entre les anciens vestiaires et le terrain de foot. • Contexte de la réflexion: existence d’un conflit d’usage entre les différents utilisateurs de cet l’espace , les joueurs de pétanque, les personnes l’utilisant comme parking et les footballeur qui l’altère crampons etc. • Propositions nouvelles: création d’un terrain de pétanque accompagné de mobiliers: banc et table, contraindre l’accès aux voitures, un traitement paysager ou une signalétique permettant d‘aiguiller le trajet des footballeurs. ATELIER D’URBANISME UTOPIQUE DE MAZIÈRES EN GÂTINES / 2009 / BRUIT DU FRIGO

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ANNEXE 5 1.2 - Le jardin municipal

Objectifs : - Ouvrir le jardin avant sur la traversée du bourg - Créer une liaison forte entre le jardin avant et le jardin arrière - Permettre l’implantation et la coexistence de nouveaux usages Mise en oeuvre : L’ouverture du jardin sur la traversée est rendue possible par le percement et l’arasement du mur existant transformé en mobilier urbain (bancs ou tables). Dans l’esprit du village de services, le jardin est équipé de tables de pique-nique, de jeux d’enfant, de corbeilles et d’un éclairage d’ambiance. L’arasement du mur de la Cure permet la mise en place d’une grande table de pique-nique de plusieurs mètres de longueur marquant les abords de la salle socio-éducative. Un porche percé dans le bâtiment de la mairie permet de relier les jardins avant et arrière et différents chemins de traverses permettent de rejoindre la rue de la Ferronnerie et un parc de stationnement aménagé dans les anciens ateliers municipaux. Il est enfin proposé de construire un balais soulignant l’entrée de l’église.

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Le jardin municipal

Le jardin municipal

Mairie

Jardin du presbytère 4,5m

4m

1m

Jardin de la Mairie

8m

4m

3m

6m

7m

2m

Profil sur le jardin municipal : Situation actuelle

3.5

Quelques ambiances

1.9

16.5

5.9

13.8

8.0

2.0

5.5

1.5

Profil sur le jardin municipal : Situation projetée

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,AFA¥ADEDELAMAIRIE

4RAVERSESARCHITECTUREETURBANISME %TUDEPRÏLABLEÌUNECONVENTIONDAMÏNAGEMENTDEBOURG 0HASE)DIAGNOSTIC 

86


,EJARDINDELAMAIRIE

4RAVERSESARCHITECTUREETURBANISME %TUDEPRÏLABLEÌUNECONVENTIONDAMÏNAGEMENTDEBOURG 0HASE)DIAGNOSTIC 

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ANNEXE 6 Fiche 2 - Mairie / Salle des fêtes et abords NORD

Objectifs : - Ouvrir le jardin avant sur la traversée du bourg - Mettre en valeur les abords de la mairie et de la salle des fêtes - Ouvrir le jardin avant sur la traversée du bourg - Créer une liaison piétonnes et visuelle forte entre le jardin avant et le jardin arrière - Favoriser une appropriation intergénérationnelle du jardin - Créer de nouvelles entrées du jardin depuis différents points du bourg Jardins de la mairie - Arasement du mur séparant le jardin de la traversée - Percement d’un porche dans le bâtiment de la mairie permettant de lier les jardins avant et arrière - Implantation de tables de pique-nique, de jeux d’enfant, de corbeilles et d’un éclairage d’ambiance - Arasement du mur de la Cure et utilisation comme support d’une grande table de pique-nique - Création d’une nouvelle entrée au niveau des anciens ateliers municipaux ainsi que rue de la Ferronnerie - Structuration d’un réseau de cheminements permettant de rejoindre les différentes entrées du jardin - Aménagement d’un parking couvert sur le site des anciens ateliers municipaux

C

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Mairie / Salle des fêtes et abords

Mairie / Salle des fêtes et abords

Mairie - Salle des fêtes: Plan premier étage Mairie

Jardin du presbytère

Mairie et salle des fêtes - Restructuration de la mairie et de la salle des fêtes dans le cadre d’un ensemble unitaire - Création grand hall d’accueil à l’emplacement de l’actuel préau, desservant la mairie et la salle des fêtes - Marquage de la nouvelle entrée de la mairie par un parvis d’angle - Mise en place d ‘une galerie extérieure permettant la desserte latérale des différents espaces de la mairie - Agrandissement des ouvertures de la salle des fêtes sur le jardin arrière de la mairie - Requalification des abords de la salle des fêtes et de la mairie en articulation avec le jardin municipal

4,5m

4m

1m

Jardin de la Mairie

8m

4m

3m

6m

7m

2m

Profil sur le jardin municipal : Situation actuelle

3.5

1.9

16.5

5.9

13.8

8.0

2.0

5.5

1.5

Profil sur le jardin municipal : Situation projetée

Mairie - Salle des fêtes: Plan rez du chaussée

Ambiances préconisées pour les de jardins Traverses architecture et urbanisme & Fabien Charlot Paysage - Etude de requalification urbaine de Mazières en Gâtine - Phase III: Fiches d’actions - Novembre 2009

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ANNEXE 7 Phasage

B1: 5 ateliers entre 100 et 250m2 + 5 logements en R+1

B1: 5 ateliers entre 100 et 250m2 + 5 logements en R+1

B2: 4 ateliers entre 100 et 250m2 +4 logements en R+1

B2: 4 ateliers entre 100 et 250m2 +4 logements en R+1

B2: 4 ateliers entre 100 et 250m2 +4 logements en R+1

plateau ralentisseur

SOL STABILISE

PARC DES BERGES

JACHERE FLEURIE

JP

Entretien et replantation

RDC

R+2

SOL MINERAL

JP

275m

ents

P

em

t de

arrê

bus

avec

plac

265m

commerces en RDC envisageables à terme

ents

t de

arrê

bus

avec

plac

t de

arrê

bus

Cour de l’école jardin

s parta

gés et

péda

allée

ues

piéton

P

ne

bus

avec

préau

jardin

s parta

gés et

restau scola rant ire +gard erie

ues

piéton

préau

P

jardin

s parta

gés et

restau scola rant ire +gard erie

ie rés

elle

nt dé voyée préau

Cour de l’école jeux

P

piéton

jeux

P 265m

commerces en RDC envisageables à terme

pl

em

P ues ne

jardin

s parta

gés et

restau scola rant ire +gard erie

elle

gogiq

ues

piéton

P

ne

B2

ie rés

identi

péda

allée

B1

nouv elle vo

B2

ie rés

identi

avec

bus

gogiq

allée

B1

nouv elle vo

péda

bus

P

264m

és

dédi

acem

extension de 2 classes école primaire

Cour de l’école jeux

ne

ents

t de

bus

260m

PLACE DES ECOLES

PLACE DE LA MAIRIE

P

HALLE

PLACE DE fontaine LA HALLE

jeux

P

clos des boulistes

264m 262m 261m restaurant terciaire salle polyvalante P locaux com

micro-creche

270m

superette

P

P

arrê

P

gogiq

allée

B1

nouv elle vo

péda

HALLE

restructuration mairie + cure 265m

P

265m

commerces en RDC envisageables à terme

pl

em

A2

noue

275m

A3

terrains de boules

A1

270m

PLACE DE la Confluence cheminatoires vers continuités P LA MAIRIE

clos des boulistes

P

voie résidentielle

260m

restructuration mairie + cure

265m

264m

és

dédi

extension de 2 classes école primaire

Cour de l’école jeux

P

gogiq

ents

acem

JP

prairie libre (skate park, piste d’athlétisme, foot, basket, jeux, escalade,...)

263m

PLACE DE fontaine LA HALLE

260m

PLACE DES ECOLES

em

extension de 2 classes école primaire

bus

jeux

P

plateau ralentisseur

PARC DES BERGES

P

superette

P

265m

commerces en RDC envisageables à terme

R+2

275m

A3 terrainsARBRES PLANTES A + OU - FORT de DEVELOPPEMENT boules

264m 262m 261m restaurant terciaire salle polyvalante P locaux com

micro-creche

verger

258m

R+1

263m

P

P

264m

és

dédi

em

em

HALLE

PLACE DE fontaine LA HALLE

260m

PLACE DES ECOLES

P

264m

és

dédi

A1

RDC

ARBRES EXISTANTS

270m

PLACE DE la Confluence continuités cheminatoires vers P LA MAIRIE

clos des boulistes 264m

262m 261m

jeux 260m

Zone de vigilance

265m

prairie libre (skate park, piste d’athlétisme, foot, basket, jeux, escalade,...)

PELOUSE JARDINS POTAGERS

260m

superette

P micro-creche

plateau ralentisseur

JACHERE FLEURIE

voie résidentielle

noue

P

PLACE DE la Confluence continuités cheminatoires vers LA MAIRIE

JP

restructuration mairie + cure

270m

264m

PARC DES BERGES

P

275m

ARBRES PLANTES

noue

clos des boulistes

R+2

SOL MINERAL SOL STABILISE

263m

terrains A + OU - FORT de DEVELOPPEMENT boules

A1

verger

258m

R+1

ARBRES EXISTANTS

260m

mairie + cure

265m

ZONE INONDABLE

RDC

PELOUSE JARDINS POTAGERS

terrains ARBRES PLANTES de A + OU - FORT boules DEVELOPPEMENT

ntinuités cheminatoires vers la Confluence

restaurant scolaire

JACHERE FLEURIE

voie résidentielle

263m

ARBRES EXISTANTS

260m

plateau ralentisseur

SOL STABILISE

PARC DES BERGES

P

PELOUSE JARDINS POTAGERS

ZONE INONDABLE

verger

258m

R+1

jardins partagés et pédagogiques

jardins partagés et pédagogiques

Phasage

SOL MINERAL

CHEMINS

èreme

ZONE INONDABLE

verger

CHEMINS

RD lég èreme nt dé voyée

B1: 5 ateliers entre 100 et 250m2 + 5 logements en R+1

nt dé voyée

A3: Collectif T2 x 8, T3 x 12, T4 x 5, T5 x5 = 30 logements (R+2)

RD lég èreme nt dé voyée

A3: Collectif T2 x 8, T3 x 12, T4 x 5, T5 x5 = 30 logements (R+2)

CHEMINS

continuités cheminatoires vers les Coteaux

continuités cheminatoires vers les Coteaux

A2: 13 maisons individuelles groupées

A3: Collectif T2 x 8, T3 x 12, T4 x 5, T5 x5 = 30 logements (R+2)

RD lég

Renforcement vegetal

258m

continuités cheminatoires vers les Coteaux

continuités cheminatoires vers les Coteaux A2: 13 maisons individuelles groupées

A2: 13 maisons individuelles groupées

èreme

R+2

RD lég

R+1

A1: Intermediaire T2 x 4, T3 x 3, T4dp x 9 = 16 logements (R+2)

A1: Intermediaire T2 x 4, T3 x 3, T4dp x 9 = 16 logements (R+2)

A1: Intermediaire T2 x 4, T3 x 3, T4dp x 9 = 16 logements (R+2)

RDC

identi

elle

Accompagnement

0

1

A3 : 1/2000

2

3

continuités cheminatoires vers la Plaine

continuités cheminatoires vers la Plaine

continuités cheminatoires vers la Plaine

ntinuités cheminatoires vers la Plaine

A3 : 1/2000

A3 : 1/2000

scéNARIO chOIsI //

Accompagnement

stabilisé BazarUrbain / Base / Zoom / SCET

90

42


ANNEXE 8 Coût travaux des espaces publics

Cantine Bâtiment tertiaire Halle commerces / club bouliste Bâtiment restaurant / pôle médical Logements individuels / atelier

de 1500 à 1600€/m²HT hors équipement de 1000 à 1200€/m²HT hors finitions intérieures (pas de cloisonnement notamment) de 1200 à 1500€/m²HT selon le projet architectural retenu de 1200 à 1500€/m²HT selon le projet architectural retenu de 1100 à 1300€/m²HT pour la partie habitation et de 600 à 800€/m²HT pour la partie ateliers

2

Précisions sur le surcoût BBC Le surcoût d'un bâtiment basse consommation (BBC) qui devient la norme avec la RT 2012 applicable au 1er janvier 2013 pour toutes les nouvelles constructions, est estimé dans une fourchette de + 7 à + 15 % (ce surcoût a tendance à diminuer progressivement et sera encore réduit avec l'application de la RT2012 qui devrait en effet stimuler l'offre de produits et de technologies et faire baisser les coûts). A titre d'exemple, pour la ZAC de Bonne à Grenoble, tous les logements sont BBC et ont eu un coût limite de 1600 €/ m2 imposé par la Ville dans les cahiers des charges. Ensuite, libre aux promoteurs et maîtres d'oeuvre de mettre en oeuvre les procédés et techniques de leur choix pour atteindre cet objectif.

3

Prise en charge construction des logements individuels jumelés avec les ateliers Opération prise en charge par un bailleur ou par la municipalité

BazarUrbain / Base / Zoom / SCET

Phase 1 Le Parc des Berges et espaces du clos Espace ripisylve: Complément de plantations , entretien ouverture de cheminements sur berge

Q

Création de stationnements + noues et plantation

Q

Création de place publique devant les écoles sous-total

160,00 €

53 600,00 €

Création des nouveaux stationnements enherbés car moins fréquentés, soit environ 14 places.

110,00 €

240 900,00 € 464 600,00 €

PUHT

PHT

2

85,00 €

93 160,00 €

2 1 025 m

200,00 €

205 000,00 €

2 2 085 m 2 1 673 m

160,00 € 220,00 €

333 600,00 € 368 060,00 € 999 820,00 €

Q

U

Renforcement des plantations et entretien du parc des berges pendant 5 ans

46 800,00 €

PUHT

PHT

2 685 m

2

155,00 €

416 175,00 €

3 200 m

2

280,00 €

896 000,00 € 1 312 175,00 €

Terrassement et remise à niveau / à la rue, revêtement en pierre et en sable stabilisé / éclairage et fontainerie

2 776 595,00 €

BazarUrbain / Base / Zoom / SCET

2 7 845 m

Espace ripisylve: restructuration et renforcement des berges

PUHT

15,00 €

5 770 m²

20,00 €

sous-total Les Ecoles

Q

Espace vert: transformation du terrain de foot en potager et préfiguration des plantations des futures parcelles Création d'un stationnement neuf pour l'école + création de noues + plantations Réhabilitation superficielle du stationnement existant +création de noues / plantations

U

PUHT

PARTICIPATIF

Plantations réalisable par le a commune elle-même, soit par des campagnes bi-annuelles de plantations avec les habitants, soit par des marchés annuels à bon de commande

OPTION

Restructuration des espaces adjacents à la Vésonne, renforcement végétal. Ce projet doit appuyer un projet plus vaste lié au contrat de riviere et supporté par les institutions départementales et régionales

OPTION

Projet de pré-verdissement du stade de foot, dépose des éléments contruits . Jeunes plantations forestières et haies bocagères

117 675,00 €

115 400,00 € 233 075,00 € PHT

4 970 m

2

30,00 €

149 100,00 €

1 560 m

2

130,00 €

202 800,00 €

2 1 100 m

80,00 €

88 000,00 €

2 788 m

70,00 €

55 160,00 € 495 060,00 €

OPTION

sous-total Les cheminements périphériques Création de cheminements en sol perméable , plantations d'arbres en accompagnement

Détail

PHT

OPTION

Dépose de la chaussée existante + transformation stationnement en prairie

Q

U

PUHT

1 800 ml

PHT

100,00 €

180 000,00 € 180 000,00 €

908 135,00 €

BazarUrbain / Base / Zoom / SCET

Q

Espace ripisylve (présent en P1), compléments de plantations Création de cheminements piétons + plantations sous-total

PUHT

195 900,00 €

12 330 m² 935 m²

10,00 € 120,00 €

123 300,00 € 112 200,00 € 431 400,00 €

U

PUHT 110,00 € 20,00 €

PHT 91 300,00 € 21 920,00 € 113 220,00 €

U

PUHT

Q

Le cœur de village

Q

2 830 m 2 1 096 m

2 1 500 m

Mise en place d'une programmation extérieure dans la parcelle derrière l'église. Aires de sports, de parcours sportifs..etc

OPTION

Renforcement des plantations et entretien du parc des berges pendant 5 ans

PHT Mise en place de cheminement de qualité / calades et escaliers en pierre dans le cœur historique du village.

180,00 €

63

PHT

150,00 €

Les Ecoles espace vert (noues) espace vert (présent en P1) sous-total

Cheminement de qualité dans le cœur de village sous-total TOTAL

U

2

1 306 m

Equipements sportifs extérieurs

64

Mise en place d'un stationnement pour l'école / matériaux stabilisé et enrobé + noues paysagères infiltrantes Le stationnement du Mille Club sera réduit de moitié, la seconde partie sera réhabilitée en stationnement planté et alternatif Dépose de la partie réduite du stationnement

Création de cheminements piétons en boucle autour du village + plantations d'arbres fruitiers et bocagers en accompagnement.

sous-total TOTAL

Phase 2 Le Parc des Berges

OPTION

U

62

PHT 123 300,00 €

Création des nouveaux stationnements du centre , soit environ 16 places.

117,00 €

U 1 096 m

Installation d'un parvis public en béton et stabilisé entre les deux écoles + plantations + aire de jeux Espace public piéton (+ aire de jeux)

Création d'une place publique centrale sous-total TOTAL

2 2 190 m

335 m

Création de jardin familiaux + haies séparatives et noues Création d'une voirie desserte + noues + espaces piétons + éclairage

La place de la Halle Reprise des voiries existantes / création de trottoirs / plantations

2

PUHT 10,00 €

2 400 m

Création de stationnement en evergreen Création d'espaces publics piétons en stabilisé + création d'un nouveau terrain de boules + plantations et noues sous-total

Les Ecoles

U

2 12 330 m

cOûT TRAvAUX DEs cONsTRUcTIONs

Précisions sur le coût des travaux

Il s'agit de coûts travaux bruts HT/m2 SHON, hors foncier, hors taxes, hors divers et imprévus, hors honoraires de maîtrise d'ouvrage et de maîtrise d'oeuvre

cOûT TRAvAUX DEs EsPAcEs PUbLIcs

1

Q

Espace vert: plantations des espaces / accompagnement des cheminements

cOûT TRAvAUX DEs EsPAcEs PUbLIcs

Phase 0 Le Parc des Berges

Coût sur Surcoût haut Estimation prix Construction des équipements pris Nombre de m2 Estimation SHON estimation en charge par municipalité ou haute1 BBC (13%)2 haute bailleur Restaurant scolaire et garderie 300 1 600 480 000 62 400 542 400 Bâtiment tertiaire et salle polyvalente 450 1 200 540 000 70 200 610 200 Halle commerces / club bouliste 270 1 500 405 000 52 650 457 650 Bâtiment restaurant / pôle médical 600 1 500 900 000 117 000 1 017 000 Logements individuels / ateliers (9)3 2 250 1 100 2 475 000 321 750 2 796 750 TOTAUX HT 3 870 6 900 4 800 000 624 000 5 424 000

270 000,00 € 270 000,00 €

814 620,00 €

BazarUrbain / Base / Zoom / SCET

cOûT TRAvAUX DEs EsPAcEs PUbLIcs

Coût travaux des constructions

65

91


ANNEXE 9

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93


Mémoire - M.Z. - juillet 2013