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Darmstadt,

une ville détruite pendant la seconde guerre mondiale

identité urbaine et reconstruction

Marion Bouchard, DE1 Architectures et Cuktures - M.P. Halgand

MÉMOIRE DE MASTER 1- ENSANANTES - ANNÉE 2008-2009


Sommaire

Remerciements

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Avant-propos

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Introduction

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Partie 1: Identité urbaine Aujourd’hui Histoire de la ville La destruction: rupture

Partie 2: Reconstruction Les acteurs, théories et décisions Les projets Gruber, projet de reconstruction 1945-1946 Peter Grund, modernisation 1946-1949 Réalisation du projet

Conclusion

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33 34 41 41 47 54

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Bibliographie

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Iconographie

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Annexes

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Remerciements, à toutes les personnes qui m’ont aidé pour mon mémoire. Mon père avant tout, mais aussi Anne et Jakob qui ont patiemment répondu à mes questions concernant la traduction des documents. Et Guillermo, qui a glané de ci, de là informations et contacts utiles.

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Avant-propos

Si l’introduction est absolument subjective et parle de l’auteur autant que de la problématique, c’est parce que, il ne faut pas l’oublier, le choix du sujet du mémoire est étroitement lié au parcours personnel de son auteur. Le choix du sujet ne se fait pas par hasard, il part d’une interrogation personnelle, de quelque chose qui touche notre sensibilité. Il a été pour moi une opportunité sur plusieurs points. D’une part, j’ai pu étudié un sujet que j’ai quotidiennement vécu et qui aujourd’hui représente un an de ma vie d’étudiante. Cela présente à la fois des avantages et des inconvénients. Les premiers sont plutôt d’ordre pratique, le sujet étant sur place, rien n’est plus facile que de se trouver à la source pour avoir aisément accès aux informations. Un petit problème cependant, Darmstadt n’étant pas de renommée internationale, il n’existe aucun ouvrage en anglais ou en français sur la ville. Ce qui pour une novice en allemand comme je l’étais m’a coûté bien des heures de traduction. (C’est aussi pour cette raison que vous trouverez des termes en allemand qui par soucis d’exactitude, apporte une précision au vocabulaire dont la traduction pourrait être erronée.) Quant aux inconvénients, le principal problème rencontré de l’objectivité. En effet, vivre un an dans la peau type d’un étudiant Erasmus vivant au Karlshof et étudiant à la Technische Universität, c’est avoir un point de vue particulier sur la ville dont il est difficile de se détacher complètement. D’autre part papillonnant à la recherche d’informations, sans cesse aux aguets sur les informations que pouvaient me fournir les rencontres les plus impromptues, il a été dur de se focaliser sur un unique point. Mais le mémoire est aussi une opportunité de s’ouvrir à des sujets qui nous concernent plus personnellement et l’autonomie de travail qu’il nous laisse de mûrir un peu plus l’idée d’une spécialisation dans la carrière professionnel, pour le moins dans mon cas. Même si ce premier travail d’écriture est loin de la perfection ou même des ambitions que j’y avais placé, il m’a réellement intéressé et je trouve l’étude des villes et des théories d’urbanisme réellement passionnante.

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Introduction

Introduction

Départ en Erasmus: Darmstadt? L’année dernière, je postulai pour une place en Erasmus en Italie. Après le voyage à Rome, deux années consécutives passées avec les Erasmus Italiens venus à l’école d’architecture de Nantes, m’avaient appris beaucoup sur la culture italienne. L’Italie ne m’a malheureusement pas laissée la connaître mieux, par manque de place. Ayant depuis longtemps cette envie d’aller vivre dans un autre pays, je décidai malgré tout de partir à l’étranger en saisissant une opportunité: une place à Darmstadt. En effet, ville inconnue pour la plupart (dont moi) des étudiants architectes Nantais, elle n’attirait personne et la place était une des dernières vacantes. L’Allemagne était pour moi presque une aventure; sans connaissance linguistique et très peu sur le pays en général, je partais avec quelques clichés pour bagage au pays de Peter Behrens, du Bauhaus, des philosophes mais surtout de la bière et des chaussettes dans les sandales. Le récit des ex-Erasmus Darmstadtois m’éclaira un peu plus sur la destination. Pas vraiment sur le pays, mais beaucoup plus sur la ville où j’allais vivre, (et encore plus sur la cité universitaire de Karlshof, mais il s’agit là d’un autre sujet). Leur point de vue architectural sur Darmstadt n’était pas très valorisant. Ils me la dépeignirent comme une petite ville avec son château aux grosses pierres roses rappelant les pâtisseries allemandes peu raffinées et son allure de “Disneyland” avec son centre ville historique “carton-pâte” reconstruit après-guerre. Et c’est à partir de cette description que naquirent inopinément, les prémices d’une question qui deviendra le sujet de mon mémoire.

Arrivée sur place: premières impressions Septembre. J’arrive enfin à Darmstadt pour m’installer, tout comme une petite centaine d’Erasmus dans la cité universitaire de Karlshof. Le mois de Septembre est réservé au cours d’allemand le matin et l’après-midi libre, est l’occasion de découvrir la ville et de partager nos impressions. Il s’avère difficile pour nous de

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trouver des repères dans cette ville, difficile d’appréhender la taille, de localiser le centre et les services qu’on y trouve d’habitude. Il est vrai que chacun commence à chercher le type de magasin qu’il a l’habitude de trouver au quotidien dans son pays, en vain. A cela rien d’anormal, de la culture et du mode de vie germanique naissent ces différences. Il y a cependant quelques “anormalités”, un je-ne-saisquoi qui vous met un peu mal à l’aise, et cette impression est partagée par de nombreux Erasmus avec qui j’ai l’occasion d’en discuter et d’autre allemands encore qui connaissent la ville depuis quelques années déjà. Il est cependant difficile d’expliquer cette impression. Est-ce ce centre ville si petit où l’on se croit piéton de droit jusqu’à tomber nez à nez sur une route à 4 voies où mieux vaut respecter les feux pour traverser, ou bien emprunter les souterrains ou la passerelle? Ou est-ce cette place principale où tramway et bus semblent circuler selon leur bon vouloir au milieu des piétons? Ou peut être, comme on me l’a redit il y a peu de temps que “le problème c’est qu’on ne tombe pas sur les choses [magasin, restaurant, bars...] par hasard, au détour d’une rue. Mieux vaut se renseigner sur l’adresse avant”. Heureusement, les promenades dans les parcs et la forêt alentour nous séduisent très rapidement. Mais alors qu’est-ce que cette ville a de différent? N’est-ce qu’une impression? Ou peut-être un choc culturel inattendu entre culture urbaine germanique et latine? Mais sur ce denier point quelques visites d’autres villes tendent à rassurer, point de différence notable avec nos villes françaises, pas plus qu’avec les villes espagnoles ou italiennes. Quelles sont donc les raisons de cette impression étrange? Décidée à aborder le sujet de manière un plus objective, je formulais ma question différemment:

Quels sont les facteurs, les opérations d’urbanisme qui ont donnés, à Darmstadt sa spécificité urbaine actuelle et quelle est elle?

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Me rappelant alors du premier tableau qu’on m’avait dressé sur Darmstadt je dressai l’hypothèse suivante. Darmstadt est une ville qui a subie d’important dommage à la fin de la seconde guerre mondiale, lorsque l’Allemagne a été bombardée. Dans la nuit du 11 au 12 Septembre 1944, une attaque aérienne détruit en quelques heures 80 % de la ville même. Elle a donc été entièrement rasé. C’est une ville qui a donc en réalité,


Introduction

à un moment donné, presque entièrement disparue. Cependant aujourd’hui elle existe encore belle et bien. Elle a été reconstruite dans sa globalité, et sur une période de temps très court. Que signifie donc cette reconstruction? Une reconstruction est alors fruit d’un plan d’ensemble qui tente de redonner son état d’avant rupture à la ville. Elle s’accompagne de choix plus ou moins arbitraire, fait par un nombre d’acteurs restreints et dans un contexte précis.

Ce sont ces choix qui donneront à la ville son visage actuel.

La croissance d’une ville est généralement progressive, normale et spontanée; C’est à dire qu’elle grandit peu à peu au fil du temps, et que sa courbe de croissance urbaine fait partie d’une évolution générale. La croissance économique, démographique expliquent la nécessité d’expansion de la ville. Et bien souvent cette expansion comporte une part non maîtrisée. Dans le cas d’une destruction massive, il y une rupture dans la progression de la courbe d’évolution générale. On observe une chute vertigineuse de l’économie, le nombre d’habitant baisse considérablement, comprenant victimes des bombardements, sans abris et chômeurs qui émigrent hors de la ville. Cette dernière non seulement cesse de s’étendre mais a aussi fortement régressé. C’est en quelque sorte une remise à zéro à laquelle on assiste. C’est aussi donc une page vierge à réécrire. Mais dont il faut d’abord déterminer les enjeux à viser. Doit-on souhaiter redonner à la ville l’importance et la dimension qu’elle avait atteintes juste avant l’événement ? Doit-on y voir ici une opportunité pour la porter au-delà, avec l’ambition de la faire plus grande, plus importante? Ou simplement considérer que la nouvelle ville qui va apparaître sur les ruines de l’ancienne doit elle-même avec le temps, trouver peu à peu ses marques, sa propre identité? Nous allons voir à travers la monographie de la ville dans quel cas se situe Darmstadt et les causes et les conséquences de cette reconstruction. Le plan du mémoire suit donc approximativement un ordre chronologie selon la croissance avant rupture, la rupture, la destruction puis la reconstruction avec les acteurs, les théories et les projets pour finir sur un bilan sur l’état actuel. 11


Partie 1: Identité urbaine Contexte de l’étude. L’évolution progressive de la ville depuis sa création jusqu’à nos jours. La rupture dans cette évolution Aujourd’hui ...... 14 Histoire ...... 16 Destruction ...... 28

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Aujourd’hui De nos jours Darmstadt est une ville moyenne de 140 000 habitants, agglomérations comprises. En son centre, vivent environ 90 000 personnes. La densité de la ville est peu élevée, 1 150 habitants/km² (Nantes 5 340 habitants/km², paris 20690 habitants/km², Berlin 3820 habitants/km²). Elle comporte un grand nombre de parcs et espaces verts intramuros, ce qui en fait une ville très aérée et qui explique sa faible densité.

[1] Situation en Allemagne

Elle est située à l’Ouest de l’Allemagne dans l’état fédéré (Bundesland) de Hesse à environ 30 km de Francfort. Sa superficie est de 122 km². Elle comporte 9 districts: Arheilgen, Eberstadt, Kranichstein, Darmstadt-Centre, Darmstadt-Nord, DarmstadtSud Darmstadt-Est, Darmstadt-Ouest, Wixhausen. Dans notre étude nous considérerons uniquement Darmstadt sans sa banlieue éloignée c’est-à-dire les districts de Arheilgen, Eberstadt, Kranichstein et Wixhausen. La ville est connue pour son université technique et ses instituts de recherche, elle se donne d’ailleurs le nom de Darmstadt, ville de Science. Son importance dans Hessen est relative; elle présente surtout un grand nombre de résidents et certains la nomment “la ville des fonctionnaires”. Sa composition urbaine Darmstadt est actuellement une ville, urbanistiquement, avec un centre historique, une importante superficie de zone résidentielle, trois grandes universités, une zone industrielle et une zone de commerces. Aux alentours , on trouve des espaces boisés, quelques aires destinées à l’agriculture.

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[2] Districts de Darmstadt

Elle présente également un réseau de voirie singulier. Un premier anneau autour de l’hypra-centre , qui correspond aux deux places principales du centre-ville (Luisenplatz et la place du marché avec


Identité urbaine: Aujourd'hui

son château) donne un accès quasi immédiat à la voiture. Cet anneau est directement desservi par des “pénétrantes”, routes nationales qui viennent jusqu’au coeur de la ville. Pour bannir les voitures de l’hypracentre tout en leur permettant de traverser, un tunnel passe exactement sous la place centrale. Un autre cercle en légère périphérie, mais toujours inclu dans le tissu urbain du centre permet de contourner l’hypracentre pour la partie Nord de la ville. On remarquera l’absence de périphérique. Les autres routes sont implantées en rayons. Les points gris pointillés montre un projet très controversé de tunnel qui permettrait de décongestionner le centre. On remarque une forte majorité de zones résidentielles, ainsi que la présence imposante des universités dans la ville. B3

B42

Résidence Jardins locatifs B26

B26

Parcs publics Industries Commerces Education

B3

B449

[3] Plan de la ville avec ses secteurs et son plan de circulation, dessiné selon les sources du site www.openstreetmap.com

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Histoire de la ville

Darmstadt à l’ère du Moyen Âge, entre 800 et 1500

[4] La Vieille ville médiévale avantguerre

Au début du 9ème siècle, dans ce qui va être une cinquantaine d’années plus tard le Saint-Empire Germanique, apparaissent les premières fermes sur l’emplacement actuel de Darmstadt. Le bourg prend petit à petit de l’importance sous la domination des Comptes de Katzenelnbogen et aux environs de l’an 1250 est construit un «Wasserburg», terme allemand pour désigner un château de taille très modeste entouré d’eau. Celui-ci connaîtra par la suite de nombreuses modifications pour devenir le château que l’on peut voir de nos jours dans la ville. A cette même époque apparaît la première chapelle qui deviendra également l’église principale de la ville située actuellement sur la Kirchstraße (rue de l’église). En 1330, un privilège accordé par l’empereur Ludwig de Bavière au Compte Wilhelm 1er de Katzenelnbogen autorise ce dernier à faire construire les premiers remparts de la ville. L’enceinte entoure le bourg qui compte alors entre 1000 et 1500 habitants. Les Ducs de Katzenelnbogen élisent alors Darmstadt comme ville de résidence secondaire en 1385. Puis la ville est cédée par héritage au Landgrave Heinrich III en 1479 et intègre ainsi le Land (ou Compté) de Hesse. Cependant durant deux siècle son importance dans le Land n’est pas particulièrement prononcée et la ville ne connaît pas de réelle croissance. 16


Identité urbaine: Histoire de la ville

[5] Darmstadt au XVIème siècle, reconstitution d’August Buxbaum

La Renaissance, premiers espaces publics Avec la Renaissance apparaît pour la première fois la notion d’espace public. Jusqu’à la fin du XVIème siècle, la ville ne connaît pas une véritable expansion en dehors de ses murs, cependant elle subit de nombreuses modifications en son sein. C’est en 1567, sous le pouvoir de Georg Ier, Darmstadt devient la ville de résidence et le siège administratif du Compté de Hesse. Il ordonne la modification du château dans le style de l’époque, ainsi qu’un réaménagement du bourg médiéval. La place du marché, qui se situe au pied de la façade Sud du château, est élargie grâce à la démolition d’un îlot de maisons. A l’opposé de la place, faisant face au château se trouve le premier Hôtel de ville. Sur les côtés Est et Ouest de la place, Georg 1er fait construire des bâtiments importants qui formeront avec l’Hôtel de ville un ensemble architectural cohérent et valorisant. En 1580, au Nord du château est dessiné un jardin, le Lustgarten, actuel Herrngarten. La première école de Darmstadt est érigée à l’intérieur des remparts en 1629 sous le nom de Pédagogue, qui restera au cours des siècles un bâtiment phare de la ville. Entre 1570 et 1579, le Landgrave fait également construire à l’extérieur de la ville

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le château de chasse à Kranichstein, au Nord Est et étend le parc du nom du lac, le Großen Woog, dans les environs sud. Le lac, seul point d’eau de la ville a alors pour fonction, non seulement la régulation de l’eau pour les moulins mais aussi l’approvisionnement en poissons pour les habitants et en eau en cas d’incendie. Il sert également pour les lessives et plus tard comme cadre somptueux pour les festins. “Die Alte Vorstadt” Entre 1618 et 1648 environ 8000 habitants vivent à Darmstadt. Dès la fin du siècle précédent, l’enceinte de la ville devient trop étroite pour contenir la population, c’est pourquoi à partir de 1590 commence la construction au Nord de la muraille du ”vieux faubourg”, la première planification d’extension de la ville en dehors des murs, au Nord-est du Château. Les architectes Jakob Wustmann, Martin Kersten et Seyfried Pfannmüller dessine un type de maison standard, alignées à égale distance l’une de l’autre, le long d’une rue qui porte le nom de Magdalenenstraße. Sous Louis VI, le quartier est prolongé le long de Alexanderstraße et entouré d’un mur. La construction du faubourg s’achève à la fin du XVIIème siècle sous Elisabeth Dorothea. Le croisement entre Magdalenenstraße et Alexanderstraße est particulièrement mis en valeur par une nouvelle place publique, Ballonplatz. Le quartier, en partie conservé et reconstruit offre encore une image du vieux Darmstadt de la Renaissance et du Baroque. En 1668, Friedrich Jacob Merck a racheté la pharmacie Engel qui deviendra la grande firme d’aujourd’hui Merck.

[6] 1799, Plan de la ville (J. M. Weiß).

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Au centre, le château. Autour se trouvent les différenst quartiers: Au Sud la ville médiévale. Au Nord-est, le faubourg “Alte Vorstadt”, et à l’Ouest le début de la Nouvelle ville.


Identité urbaine: Histoire de la ville

[7] Extension Ouest de la ville avec la Rheinstraße et au premier plan les douves du château avec l’actuelle Friedensplatz, en arrière-plan la nouvelle porte de la ville à la place de “Langen Ludwigs” .Tableau de Johann Tobias Sonntag, 1746

Epoque baroque L’époque baroque qui commence sous Ernst Ludwig à partir de 1688 est, dans la continuation de la Renaissance une ère importante pour la mise en valeur des espaces publics. Tout d’abord le Château connaît sa dernière opération de transformations majeures qui lui donne donc son aspect actuel. Le pédagogue ainsi que la tour de l’église sont également rénovés. “Die neue Vorstadt” En 1695, l’architecte de la cour Louis Rémy de la Fosse commence l’extension Ouest de la ville qui deviendra, avec l’époque classique la «neue Vorstadt» ou nouveau faubourg. Cette extension, hors de l’enceinte médiévale donne naissance à la partie supérieure d’un axe majeur: la Rheinstraße qui mène, comme son nom l’indique du Rhin au cœur de la ville. L’entrée de la ville est marquée par la porte du Rhin à l’emplacement actuel de Luisenplatz. Luisenstraße est également créée. Les travaux du projet ne sont cependant pas achevés pour des raisons financières. Au même moment, au Sud de la ville, commence la réalisation de l’Orangerie, un jardin type de la Renaissance, Mais celle-ci sera également incomplète. Les loisirs du Landgrave principalement basés autour du théâtre mènent à l’aménagement du Herrngarten pour son utilisation comme espace de représentation pour le théâtre avec un bâtiment qui sera un des premiers théâtres fixes d’Allemagne. 19


[8] Vue aérienne de Darmstadt, 1902, peinture de C. Grote

Classicisme, fin XVIII, XIXème siècle

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En 1806, en récompense de son aide à Napoléon, le compte Ludwig X devient Grand duc de Hesse et du Rhin, ainsi le land de Hesse s’agrandit et avec lui, l’importance de Darmstadt. Les effets conséquents sur la démographie de la ville se font tout de suite ressentir; entre 1806 et 1830, la population Darmstadtoise passe de 11000 à 21000 habitants. C’est à cette période que s’effectue l’une des opérations majeures d’urbanisme du centre historique. L’extension Ouest du centre ville timidement commencée à la Renaissance, prend toute son ampleur. Les maîtres de construction de la cour ou “hofbaumeister”, Michael Mittermeyer, Johann Heifrich Müller et Georg Moller se succèdent sur ce projet. En 1791, Johann Heifrich Müller propose l’agrandissement de Luisenplatz qui n’est alors qu’un espace libre à la lisière de la ville. Autour de la place, on trouve les bâtiments en angle caractéristiques encore présents aujourd’hui. Il propose la mise en valeur et l’agrandissement de la Rheinstraße. Moller, dont le projet sera réalisé et porte aujourd’hui son nom la “Mollerstadt” commence son travail en 1810. Il modifie en 1811 les plans d’extension de Müller. Il conserve le projet de Luisenplatz et l’axe de la Rheinstraße. Cependant, il la détourne à l’extrémité Ouest de l’extension urbaine vers le Sud, par un axe perpendiculaire, la Neckarstraße, avec pour marquer l’angle un bâtiment qu’il dessine : la “maison des sociétés associés”. Le plan masse de l’extension est un plan régulier en forme de damier, quadrillé


Identité urbaine: Histoire de la ville

par de larges rues et places. Le projet prétend à une ville particulièrement aérée, agréable à vivre, avec de nombreux espaces verts, fleuris où les piétons peuvent circuler librement. L’uniformité des façades des maisons est un point particulièrement important dans son projet, à tel point qu’il va, dans les premières années, personnellement vérifier la construction de celles-ci. Son intérêt pour l’architecture de l’Antiquité fait de son style un mélange caractéristique entre formes inspirées de la Grèce Antique et géométrie simple. Il sera précurseur du style classique en Allemagne. De part et d’autre de la Rheinstraße des parcelles sont prévues pour des constructions homogènes d’habitations d’une hauteur de 2 à 4 étages, qui restera la limitation de gabarit actuel. Deux nouveaux axes sont créés au Sud : la Riedeselstraße qui forme la limite sud de la ville avec au Nord de celle-ci, le quartier des commerces et la Karlstraße qui lie ce quartier à la banlieue de Bessungen, un bourg qui peu à peu sera intégré à la ville. Moller réalise également des édifices importants tels qu’en 1819, le Théâtre de la Cour avec une capacité de 2000 places (aujourd’hui, archives de la ville), et l’église catholique Sainte-Ludwig parfois surnommée église de Moller (18221827).

Fin du XIXème siècle, l’ère de l’industrialisation Avec l’ère industrielle, qui, pour Darmstadt ne débute réellement qu’à partir de la seconde moitié du 19ème siècle, commence le remodelage moderne de la ville. Avant tout, on améliore l’infrastructure en développant les réseaux de transport, la distribution de l’énergie électrique, et le réseau de canalisation. On évoque également la notion de normes d’hygiène pour les quartiers insalubres. Extension de la ville La réalisation du projet de Moller se poursuit sous Ludwig II (1830-1848), en particulier au Nord, le long de la Frankfurterstraße (route de Francfort) et au Sud en direction de la banlieue de Bessungen. En 1844, est inauguré le monument central de Luisenplatz, la colonne de Ludwig. Le plan de Moller fut suffisant jusqu’au milieu du 19ème pour accueillir la croissance de la ville. Dans la première moitié du 19ème siècle, seul un nouveau quartier apparaît peu à peu de façon spontanée au Nord-Est de la ville, dans la

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[9] 1866, Plan de la capitale et ville-résidence, Darmstadt A l’Ouest la ville de Moller et à l’Est le Pankreatius qui se forme de façon spontanée le long des routes. On observe également un peu partout l’apparitions de constructions éparses.

continuation de Magdalenenstraße et Alexanderstraße. Celui-ci se nomme le quartier Pankreatius, ou “quartier sauvage”. La nécessité d’étendre de nouveau la ville commence avec le début de l’industrialisation au milieu du 19ème siècle. Cette période est particulièrement florissante pour la ville, on assiste à un boom économique et avec lui une augmentation considérable de la population. On enregistre au cours de l’année 1861 environ 32 500 citadins, puis en 1907, 88 000. Le nombre d’habitants a donc plus que doublé en 45 ans.

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Avec cette progression démographique, de nouveaux quartiers apparaissent dans les années 1860. On assiste à une urbanisation le long des axes de voies de chemin de fer comme la Landwehrstraße, et le quartier de la gare. On voit aussi un quartier se créer autour du parc des Landgraves de la Renaissance, le Woogsviertel. En 1871, l’industriel Blumenthal réalise le premier plan d’urbanisme privé de la ville, il donnera naissance au nouveau quartier à logement locatif Johannesviertel. Une dizaine d’années plus tard, un autre quartier du même type apparaît autour du faubourg Pankreatius: Martinsviertel. Au centre du quartier, se trouve encore l’église Martin construite en 1884-1885.


Identité urbaine: Histoire de la ville

En 1888, la banlieue résidentielle de Bessungen est administrativement rattachée à Darmstadt.. Au début des années 1900, des quartiers de villas sont construits tels que Tintenviertel au Sud-est et le quartier des compositeurs, Komponistenviertel avec la “Gardenvorstadt” de Hohlenweg, un quartier projeté par August Buxbaum sur le modèle des cités jardins du britannique Ebenezer Howard. Pendants ces années des bâtiments symboliques, sont construits. Entres autres: Le tribunal des Grands Ducs, (1872-74) sur la Mathildenplatz, qui correspond aujourd’hui au Tribunal de Grande Instance, les nouveaux bâtiments administratifs de la Banque pour l’Artisanat et l’Industrie (1875), les bâtiments de la Technische Hochschule sur la partie Est du Herrngarten à la place de l’ancienne métallurgie des Grands Ducs. Secteurs d’activités L’industrie est bien entendue au cœur du développement, de nombreuses firmes sont fondées tel les que l’industrie pharmaceutique Merck. La première banque d’action pour le commerce et l’industrie est créée en 1853. De même, le secteur de l’éducation s’est nettement développé à cette époque. En 1821-1822, on voit naître la Real- und Technische Schule, puis en 1836 la Höhere Gewerbeschule (école supérieure des métiers) qui devient tout d’abord la Polytechnische Schule puis ensuite, en 1877 la Technische Hochschule appelée Technische Universität, de nos jours la principale université de Darmstadt. Développement des transports régionaux et urbains La première gare, Main-Neckar-Bahnhof, est construite en 1846 à l’entrée Ouest de la ville sur l’actuelle Steubenplatz. Avec elle, s’ouvre l’axe Nord-Sud de chemin de fer qui relie Francfort, Darmstadt et Heidelberg, suivit dix années plus tard de l’axe Est-Ouest Aschaffenburg- Mayence. En 1869, l’Odenwaldbahn de Hesse, train régional qui joint Darmstadt à Hanau et Eberbach dessine la frontière courbe au Nord et à l’Ouest de la ville. Puis l’installation du Riedbahn (train des marais) crée la liaison avec la ville de Worms en 1871. Avec le développement du réseau régional de voies ferrées, la gare s’agrandit à la fin du 19ème siècle, les nouveaux bâtiments porteront le nom Ludwig-Bahn ou gare de Ludwig. A partir de 1886, se développe les transports urbains avec le tramway à vapeur qui dessert les banlieues Eberstadt, Arheilgen, Griesheim et Darmstadt. Chaque jour, écoliers et ouvriers empruntent ce moyen de transport. Il se révèle vite trop lourd et trop gros pour la circulation en centre-ville, c’est pourquoi il est rapidement remplacé en 1897 par le tramway électrique, alimenté par la centrale électrique

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de Schuchardstraße, aujourd’hui Centralstation, lieu de concert et d’exposition du centre-ville. Modification de la vieille ville médiévale La vieille ville souffre de la réalisation de l’extension planifiée par Moller: les riches commerçants et fonctionnaires migrent vers la nouvelle ville, tandis que dans la vieille ville, qui était alors le quartier des petits artisans, s’installe de plus en plus la classe ouvrière industrielle. Les rues sont étroites, les conditions d’hygiènes y sont douteuses. La municipalité tente d’aérer la ville par des percées dans les rues comme la Lindenhofstraße et la Woogstraße réalisées en 1861-1862. De même la Ernst-Ludwig-Straße à l’Ouest et la Pädagogstraße sont réalisées

MarƟnsviertel

Johannesviertel

Mathildenhöhe

Woogsviertel Komponistenviertel

Bessungen

[10] 1901 Plan Darmstadt avec les quartiers récents

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Ce plan restera pratiquement tel quel jusqu’en 1935

Tintenviertel


“Künstlerkolonie” et “Jugendstil”, début 1900 Ce développement amène avec lui un nouveau mouvement culturel. Le Grand Duc Ernst Ludwig (1892-1918) qui porte à l’art un intérêt particulier, fonde une colonie d’artistes avec sept artistes architectes, peintres et sculpteurs: J.M Olbrich, P. Behrens, P. Huber, H. Christiansen, P. Bürck, L. Habich et R. Bosselt. Ils proposent une production artistique communautaire qui a pour but de lutter contre la perte de qualité des arts décoratifs provoquée par l’industrialisation. La première exposition a lieu en 1901 et met Darmstadt au centre de la production

Identité urbaine: Histoire de la ville

l’année suivante.

[11] carte postale de la Mathildenhöhe, 1914

artistique allemande avec un nouveau mouvement, le Jugendstil, Art Nouveau allemand. Leurs idées prônent un retour à la vie et à la nature. Ce sera là un point départ pour une nouvelle qualité de vie à Darmstadt. Avec ce mouvement, apparaît le quartier Paulusviertel, le jardin botanique, la halle des machines sur la Magdalenenstraße, la Mathildenplatz. Enfin, en 1898 commence les constructions qui font aujourd’hui l’identité de Darmstadt sur la colline nommée “Mathildenhöhe”. La Chapelle Russe orthodoxe est construite en 1897-99 et la salle d’exposition et tour des mariages de l’architecte Joseph Maria Olbrich sont achevées en 1908. La première guerre mondiale mettra fin prématurément à la colonie d’artiste et sa

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production architecturale. Ces constructions resteront cependant des éléments très forts de l’identité puisqu’elles survivront d’une certaine manière a la reconstruction. L’entre deux guerres Le 20ème siècle est pour l’expansion de Darmstadt une période de creux. Après la 1ère guerre mondiale, le taux de chômage moyen national est de 30%. Il y a cependant quelques constructions importantes à notées: Une nouvelle gare principale est construite par l’architecte Friedrich Pützer un peu plus à l’extérieur Ouest de la ville et inaugurée en 1912. Lorsque dans les années vingts la situation s’améliore, 2235 logements sont construits pour parer à la pénurie, mais ils ne suffisent pas. Des blocs d’habitations et des lotissements apparaissent majoritairement au Sud et Sud-ouest de la ville. En 1924, un aéroport est construit à Lichtwiese, dans la périphérie Sud-Est. En 1937, Eberstadt (Sud) et Arheilgen (Nord) sont rattachés à Darmstadt. Sous le troisième Reich, à partir de 1933, la ville de Francfort prenant de l’importance, Darmstadt est délaissée et ne connaît que peu l’influence de l’architecture nazie. La période de prospérité a été éphémère, les juifs sont chassés de la ville.

Conclusion L’histoire de l’expansion territoriale de la ville peut donc se résumer en quelques étapes majeures: la première est la naissance de la ville avec l’apparition de la fortification au Moyen-âge. La seconde concerne l’époque classique et le dessin de la Ville Nouvelle, un plan à l’empreinte particulièrement forte. La dernière sont les quartiers qui naissent pendant le XIXème siècle, accompagnant une augmentation du nombre d’habitant important due à la révolution industrielle et au progrès. La ville restera contenue dans l’enceinte formée par les voies de chemins de fer jusqu’à la guerre.

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C’est par ces phénomènes d’expansion ou de modification que naît l’identité urbaine de Darmstadt. L’identité est un ensemble de caractères appréhendables visuellement. Elle peut se définir par trois critères selon J. Nsar: le réseau de rue et d’espace libre, le parcellaire et l’empreinte des bâtiments un motif urbain propre à la ville et qui perdure. Ils créent un motif propre à la ville. Conjointement, les mouvements historiques qui ont laissé des traces architecturale caractéristiques


Darmstadt, après guerre

Identité urbaine: Histoire de la ville

peuvent également partie de cette identité. Cependant ce n’est pas dans un état fixe qu’elle existe mais par tout les changements qu’elle subit et qui modifie son phénotype. Le passé de Darmstadt comme ville des Princes, des Landgraves se lit dans son phénotype urbain. La plupart des quartiers sont structurés car dus à une planification d’ensemble. Peu ont été livrés à une expansion “sauvage” ou spontanée. D’autre part les grands alignements et grandes places, dessinés très tôt sont caractéristiques de l’ancienne importance de la ville.

Après la destruction de Darmstadt pendant la seconde guerre mondiale, les déblaiements se poursuivent. La reconstruction s’effectuera essentiellement entre 1950 et 1960. Mais la pénurie le logement est telle que en 1968 on voit apparaître un quartier à l’extérieur de Darmstadt, Kranichstein. Le projet de Ernst May est ambitieux et propose un nombre conséquent de logements, il ne sera pas entièrement réalisé. Il fait partie des “grands ensembles” construits pendant la guerre pour reloger de façon rapide et efficace les habitants et connaît aujourd’hui le même parcours que la plupart de ces quartiers. Il reste isolé de la ville et on y voit s’installer les minorités. En 1978, le trou resté béant de Luisenplatz sera enfin construit et avec lui la création du tunnel et du gigantesque parking souterrain. Une autre curiosités de Darmstadt voit le jour en 2000, l’immeuble de logements, l’atypique Waldspirale de Hundertwasser. En 2002, a lieu la réception des travaux de restauration de la gare principale. On peut considérer que la ville est alors reconstruite. Pendant le XXIème siècle, de nombreux projets d’architecture de styles contemporain recherchés et de Haute Qualité Environnementale voit le jour. Par exemple le Darmstadtium, dans son style post-déconstructiviste, est construit comme emblème de la ville contemporaine et dynamique.

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La destruction: rupture

[12] Montage de photographies aériennes du bombardement sur image satellite 2007 de Darmstadt

Les bombardements Pendant la seconde guerre mondiale, comme c’est le cas pour de nombreuses villes allemandes et françaises, Darmstadt est bombardée et sévèrement endommagée. En Allemagne, les attaques de la Royale Air Force font nombre de dégâts, allant presque jusqu’à rayer de la carte des villes comme Berlin, Hambourg, Dresde, et notamment, Darmstadt. En premier lieu, les premières attaques aériennes entre Septembre 1943 et 1944 ne sont pas destinées à Darmstadt mais dues à des erreurs des bombardiers. Des bombes dispersées atteignent Darmstadt, le plus souvent à cause des intempéries et d’une mauvaise visibilité, faute de balisage correct. Certains bombardements, planifiés au contraire précisément sur Darmstadt font office de diversion à des attaques plus importantes sur des villes d’importance majeure. 23/24 Septembre 1943 première nuit de bombardements. Une diversion à l’attaque de Mannheim cause néanmoins d’importants dommages à la ville. 24/25 Avril, des bombes tombent sur Darmstadt et autres villes de la région, originellement destinées à Karlsruhe, la mauvaise visibilité disperse les attaques. 25/26 Août, une autre erreur de balisage entraîne la destruction de 95 bâtiments et la mort de 8 personnes. 23/24 Février 1945, une autre opération de diversion destinée à détourner l’attention de la cible principale, Pforzheim, détruit une partie de la ville. 28

Mais l’objet du débat réside dans l’attaque aérienne majeure qui a lieu dans la


Identité urbaine: Destruction

nuit du 11 au 12 Septembre 1944. Cette fois, Darmstadt est bel et bien la cible programmée. Le groupe n°5 de la RAF lâche 877 tonnes de bombes sur Darmstadt dévastant la ville à 80 %b et faisant 12 000 morts. Darmstadt, en tant que cible de la RAF est un débat qui pause encore question aujourd’hui. Apparemment, elle ne représente alors pas un objectif stratégique militaire. Ville universitaire et résidentielle, sans base armée, elle ne détient que peu de moyens de défense et surtout ne représente aucun enjeu dans le conflit. Il s’agit d’une nouvelle méthode d’attaque : “la stratégie de l’éventail”. Un tracé est défini sur la ville selon un point d’origine et deux arrêtes partant de ce point et formant un angle entre 45° et 90°. Les bombes sont alors larguées depuis le point d’origine jusqu’à l’extérieur de l’éventail. Une première vague longe les arrêtes tandis que la suivante largue les bombes sur l’entière surface du triangle, chaque avion ayant un trajet bien précis à suivre. La qualité du bombardement tient au fait que l’on recouvre uniformément de feu, de souffle et d’explosion la surface de l’éventail, aucun point ne doit rester vide de feu. La destruction de la cible est alors fulgurante et totale. Cette méthode est également appelée “bombardement couverture” (blanket bombing). Dans le cas de Darmstadt l’origine de l’évantail se situe sur la place d’exercice, à l’Ouest de la ville et l’extrémité du triangle au Nord est situé sur les abattoirs tandis qu’au Sud, elle correspond à la port de la ville, sur le Böllenfalltor Stadion.

[13] 1930 Support: plan de Darmstadt tiré de l’annuaire de 1930 Sur la carte, le tracé du bombardement qui couvre pratiquement la totalité de la ville.

rankfurter Str. 67

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Les raisons du bombardement de Darmstadt, comme évoqué plus haut ne sont pas très claires. Mais l’hypothèse la plus souvent évoquée est celle du test. Darmstadt n’aurait été alors qu’un cobaye pour l’amélioration de la stratégie de l’éventail. Non seulement elle n’avait aucun intérêt militaire, mais au moment où elle a été détruite, son bombardement n’avait aucun impact sur l’issue de la guerre, pas plus que la destruction des autres villes auxquelles elle aura servie d’essai telles que Dresde et Berlin. La politique de Churchill, avec à la tête du commandement de cette opération le “boucher Harris” a évoluée vis-à-vis de l’Allemagne, il ne s’agissait plus de gagner la guerre mais d’anéantir l’Allemagne. Les attaques aériennes ont dès lors touché et détruit, sans distinction, zones civiles et militaires.

Etat des lieux

[14] 1944 Photographies ariennes du centre ville en ruine [15] A gauche la ville de Moller, Luisenplatz. A droite la ville médiévale ou l’empreinte des rues est à peine visible

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Les conséquences pour Darmstadt sont catastrophiques ; un dixième de la population périt dans les bombardements et incendies, 80% de la ville même est détruite, seulement 500 édifices sont encore intacts. Sur plus de 29000 logements, il n’en reste que 1500 Le centre ville est dévasté, la plupart des édifices historiques sont rasés. 66000 personnes sans abri. Dans certain quartier la structure de la ville a disparue Cette destruction au delà des dégâts humains et matériel entraîne un certains nombre de problèmes. (4) Dans un premier temps, les industries, les usines bombardées sont tout autant de ressources économiques de la ville qui ont disparues. Il n’y a alors plus aucun


Identité urbaine: Destruction

apport sur le plan financier. Elle perd alors sa stabilité qui pouvait lui assurer un poids politique. Les autorités locales qui ont migrées vers Wiesbaden, une ville de Hesse épargnée par les bombardements, font de cette dernière la nouvelle capitale du Land, aux dépends de Darmstadt. Elle perd également le statut qu’elle avait depuis près de 400 ans de centre politique et culturel. L’approvisionnement de la population devient difficile dans une ville sans infrastructure, ni commerce ni logement, les habitants migrent donc. Ils ont également perdus avec la destruction leur repère, leur chez soi, l’identité de la ville qui s’était peu à peu construite au fil des générations. De plus, l’architecture qui la caractérisait, son histoire, faisait de Darmstadt le berceau de l’Art Nouveau, et un pôle culturel important pour l’histoire de l’architecture, la richesse de la ville. L’héritage du règne des princes a en grande partie disparu dans les bombardements. Avec la disparition de ces symboles Darmstadt perd en plus son identité culturelle dans Hesse. Voici des aspects qui font l’identité d’une ville, ils sont tous issus d’un processus de longue durée (rappeler les mouvements du chapitre histoire). Lorsqu’une destruction totale ou quasi-totale vient rompre ce processus et effacer ces aspects de la ville, il ne reste alors qu’une page blanche qu’il faut remplir à nouveau. Mais comment faire des choix qui décideront de créer ce qui s’était mis en place avec le temps, de façon naturelle et spontanée le plus souvent ?

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Partie 2: Reconstruction Les facteurs qui ont joués dans la reconstructions. Le contexte en matière d’idéologie en urbanisme. Le bilan de la reconstruction et les débats qu’elle a soulevée. Les acteurs, théories et décisions ...... 34 Les projets: Gruber, projet de reconstruction ...... 41 Les projets: Grund, modernisation ...... 47 La réalisation ...... 54


Les acteurs, théories et décisions

Stratégies et priorités au lendemain de la guerre Après guerre, la reconstruction de la ville pose de nombreuses difficultés à la municipalité en matière de ressources humaines et matérielles. La priorité est avant tout le ravitaillement et l’alimentation de la population ainsi que le déblaiement des trois millions de mètres cube approximatif de débris qui encombrent les rues. Malgré au début certaines tensions entre eux, les habitants et occupants militaires américains travaillent ensemble au déblaiement. En 1948, en terme de financement, la réforme monétaire annonce le point de départ de la reconstruction. A partir de 1949, de nouveaux lotissements d’habitations sont créés, cependant dans les années 50, la pénurie de logement est encore si importante que le retour des habitants, émigrés à l’Est, doit être refusé Outre le problème de logements, la ville doit choisir les priorités de la reconstruction, d’une part pour son redressement économique et d’autre part pour retrouver une importance au sein de la région. Compte-tenu de son ancien rôle de pôle culturel, qui s’était nettement développé les dernières années avant la première guerre mondiale. Ce domaine est un des premiers à bénéficier des mesures prise pour la reconstruction. En 1946, le théâtre de la ville rouvre ses portes. L’éducation bénéficie également de ce privilège avec la réouverture simultanée de la Technische Universität. L’Académie Allemande de Langue et Poésie, qui chaque année attribue un des plus importants prix littéraires nationaux, le prix Georg-Büchner, installe son siège à Darmstadt en 1951 Pour relancer l’économie, la réorganisation du Domaine industriel est essentielle Kurt Jahn économiste, architecte et urbaniste y joue un rôle. En proposant une méthode efficace, car libre de l’inertie bureaucratique pour acquérir des terrains et y réimplanter des industries et logements.

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[16] 1953 Quartier des imprimeurs, vue du Sud

Kurt Jahn étudie l’économie et l’architecture puis exerce dans son propre cabinet en tant que architecte et urbaniste. En 1948, il vient s’installer à Darmstadt où il effectue planifie le plus grand projet de sa carrière. Il propose une nouvelle base d’organisation pour la ville détruite et “identitairement menacée” par le développement de l’industrie en déportant celle-ci à l’extérieur ouest de la ville. En 1949, il fonde la société de reconstruction de la ville dont les parts sont partagées entre Jahn (55%) et la ville (45%).

[17] Schéma encore actuel de la répartition territoriale de l’espace industriel

Son plan est conçu dans le but d’inciter de nouvelles entreprises à venir s’installer et participer ainsi au redressement économique de la ville. Dans son projet, il se préoccupe de l’achat des terrains, du financement, du programme de construction et espace d’habitation pour les collaborateurs. Il prévoit également de déléguer la tâche de la reconstruction des logements à des organismes privés spécialisés. Il réalise un parc industriel, le quartier graphique ou quartier des éditeurs, sur l’ancien champ d’exercice et le site de la caserne, dans la périphérie Sud-Ouest, à côté de la gare, à l’entrée principale de la ville. Dans ce parc sont combinés logements des collaborateurs et industrie « sans fumée ». Avec ce

Reconstruction: les acteurs, théories et décisions

Kurt Jahn (1903-1978)

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concept, il est un des premiers à avancer l’idée de protection de l’environnement et permet à Darmstadt de prendre de l’importance dans le domaine de la recherche. Avec son projet jusqu’en 1959, environ 170 entreprises et établissements, principalement dans le secteur de l’édition et de l’impression s’installent à Darmstadt, près de 20 000 emplois sont créés. Les bénéfices réalisés sont investis dans le domaine de la culture et des œuvres caritatives. En 1961, la ville lui décerne la médaille du mérite. Peu à peu la ville recommence à prendre vie et en 1951, a lieu la première “Heinerfest” entre les baraquements et les ruines, célébration du jour d’origine de Darmstadt. Quatre ans plus tard est de nouveau célébrer également l’anniversaire de la fondation de la ville. En 1958, Darmstadt a retrouvé un certain poids et s’ouvre vers l’international avec des parrainages avec les Pays Bas, la France et l’Angleterre.

Discussions et théories Mais ces réponses sont seulement les premiers soins d’urgence. La question du logement est bien entendue nécessaire pour abriter les milliers de personnes qui ont perdues leur foyer dans les bombardements. De même que la question financière est la base de toute projet: sans argent, pas de projet réalisable ! Mais d’un point de vue urbanistique elles sont bien insuffisantes. La ville est un ensemble qui doit être cohérent par conséquent il doit y avoir une concertation des acteurs. Beaucoup sont d’accord pour donner construire une ville moderne, proposant des habitats sains et prenant en compte les nouveaux besoins en matière de circulation. Mais quelles formes et quelles éthiques? A quoi doit ressembler la nouvelle ville, comment fait-on avec la structure encore disponible? Quel futur lui offrir? La prise de conscience de l’importance de réfléchir à une reconstruction sensée mène à l’organisation de conférences et débats en Allemagne mais aussi spécialement à Darmstadt. On fait alors référence aux grands modèles d’urbanisme de la première moitié du XXème siècle: Ville-jardin, ville polynucléaire, ville concentrique. On se réfère aussi beaucoup à la Charte d’Athènes. 36

Dans Hesse, le Land de Darmstadt, le célèbre journal “Baukunst und Werform”


- Les grosses (ou principales) villes doivent être construites d’une manière structurée dans un ensemble cohérent, quartier viable et clair, le vieux centre doit regagner une vie comme coeur culturel et politique de la ville. - Les territoires détruits ne doivent pas être reconstruits selon l’historique, ils peuvent seulement donner naissance à de nouvelles formes - Dans nos villes de province, pour les anciens édifices et rues, derniers témoins de l’Histoire allemande, une unité vivante doit être trouver entre les anciennes structures, les quartiers résidentiels modernes et nouveaux bâtiments industriels. - La restructuration concerne également les villages. - Pour les bâtiments résidentiels et publics, le mobilier et équipement doit être simple et valable. Une série de discussions est organisée par Peter Grund sous le nom de “Darmstädter Gespräch”. De nombreuses personnes y participent; hommes politiques, architectes, philosophes, urbanistes, artistes, musiciens... La première discussion en 1950 intitulée “Das Menschbild unserer Zeit” “l’image de l’homme de notre temps” est une discussion animée sur l’art et son abstraction dont la notoriété dépasse les frontières régionales. De nombreuses expositions accompagnent ces débats.

Reconstruction: les acteurs, théories et décisions

(Architecture et (approximativement) production industrielle) en 1947 publie le “Lützelbacher Manifest des Hessichen Werkbunds” un manifeste sur les ouvrages fédéraux de Hesse. Cinq point sont relevés durant la discussion:

En 1951, la seconde discussion est à l’origine de la fondation d’une institution dont feront partie de célèbres architectes comme Otto Barning, Hans Scharoun, Ernst Neufert qui proposeront onze projets pour Darmstadt, les “Meisterbauten”.

Dans les couloirs sombres de l’administration August Buxbaum Le premier a proposé un projet de reconstruction est August Buxbaum en 1944 A. Buxbaum (1876-1960) occupait le poste de conseiller d’urbanisme (Stadtbaurat) à la mairie entre 1909 et 1930. Pendant la guerre, il dessine déjà des projets pour reconstruire des bâtiments isolés et certains quartiers. Dans ses esquisses de 1944, il se réfère à son projet de 1932 dans lequel il

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propose une complète réorganisation de la vieille ville, avec la démolition de l’église. Ses projets de reconstruction de la Kirchstrasse ainsi que d’un nouvel hôtel de ville sur Luisenplatz, montre sa préférence pour les formes classiques de la Mollerstadt. La municipalité ignore son projet. Il s’opposera fortement à la construction des Meisterbauten de Darmstadt, comme il s’était opposé 50 ans plus tôt au Jugendstil. Karl Gruber et la commission de reconstruction

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Le 25 mars 1945, lorsque les américains arrivent à Darmstadt, ils désignent Ludwig Metzger en tant que Maire. Ceux-ci vont avoir un rôle important dans le choix des plans de reconstruction puisqu’ils apportent aide financière et matérielle à la municipalité. Dès le 15 Avril 1945, Gruber présente ses premières esquisses pour la reconstruction de la ville au maire Ludwig Metzger. Le mois suivant ce dernier fonde une commission de reconstruction, un comité de conseil créé qui a pour charge temporaire de planifier et mener à bien la reconstruction de la ville. Gruber est désigné à sa tête, secondé de trois collègues de la Hochschule; Rudolf Geil, Friedrich Reinhold et Erich Reuleaux. Un autre membre fera partie de la commission en tant que représentant de la municipalité, Walter Raupp, directeur d’urbanisme (Stadtbaudirektor) depuis le premier mai. Rudolf Geil a été architecte des villes foyers (Heimstadt) de Hesse à Kassel entre 1928 et 1940. Il apporte à la conception du projet ses connaissances en matière de logement. Quant à Friedrich Reinhold, il est spécialiste des techniques de réseaux de circulation et infrastructure. Enfin Erich Reuleaux est ingénieur civil et dresse le plan d’exécution des travaux. Il propose une construction par phase, en commençant par la reconstruction du quartier entre Landgraf-Georg-Straße et l’Insel. Viennent ensuite des phases de trois ans pendant lesquelles se construiraient peu à peu les quartiers avoisinants. Cette méthode est conçue dans le but de se libérer des contraintes due à l’inertie de l’administration. En effet, l’efficacité de la commission souffre de cette immobilité. L’armée américaine exige le renvoi de 130 employés de l’administration, anciens membres du Parti National-Socialiste des Travailleurs Allemands. Metzger est lui-même renvoyé en Janvier 1946. Robert Müller, chargé de la planification de la ville depuis 1925 est également révoqué. Il était en 1943 membre de l’organisation des “mesures d’urgence” après les première attaque aériennes. Puis 1944, il était conducteur administratif des bâtiments “Leiter Hochbauamtes”. La commission se trouve donc dans une situation où elle doit prendre des initiatives. Chacun travail sur des parties du projet. Rudolf Geil travaille sur l’axe de sortie


L’élaboration du plan appartenait avant tout aux plus importants efforts de Grund.

Joseph Tiedemann

Reconstruction: les acteurs, théories et décisions

Sud: la Karlstraße, Freindrich Reinhold sur les techniques de circulation à travers un balisage du champ de vision. Malheureusement le travail d’équipe ne satisfait pas gruber qui prétend que ses collègues n’ont jamais compris son principe de base qui n’était non pas de reconstruire tel quel le quartier du Moyen-âge mais de seulement garder et restaurer le meilleur. C’est pourquoi, en février 1946, il travaille sur des variantes et cherche encore à redessiner son projet. C’est parce qu’il occupe un poste important à la fin de la guerre que sa théorie est mise en application. D’autres théories sont apparues un peu plus tard mais les travaux, dans l’urgence ayant déjà commencé, celle-ci posait déjà les bases de la reconstruction de Darmstadt.

Gruber est sur le point de déposer son rapport final à la commission de reconstruction lorsque une nouvelle proposition paraît. Joseph Tiedemann, professeur d’architecture depuis 1933 à l’école technique supérieure de Darmstadt, présente en Juin 1947 un projet aux idées radicales. Malheureusement, les planches de son projet ont disparues, il ne reste que les indications dans les comptes-rendus que les représentants des ponts et chaussées et de la commission de construction ont laissés. Il propose des interventions majeures dans l’ancienne structure encore apparente avec la démolition des restes du château, de l’église principale et de l’Hôtel de ville. Il transfert également le monument central de Luisenplatz, la colonne de Ludwig en périphérie de la ville. Enfin, il implante des axes de circulation Nord-Sud à travers la ville. Son idée radicale effarouche la commission, qui y voit “un second bombardement sur les restes de la ville” Elle décide alors d’accélérer la reconstruction de la ville.

Peter Grund En septembre 1946, le maire Ludwig Metzger récemment réélu, appelle contre toute attente, Peter Grund au poste d’architecte en chef. Il y a très peu de renseignement sur les raisons de la nomination de Peter Grund alors que Karl Gruber

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en tant que responsable de la commission de reconstruction y est prédestiné et que tout porte à croire que son projet va être réalisé. On présume que, le plan de Karl Gruber étant alors très contesté, des personnalités de Darmstadt ont jouées en la faveur de Grund. Par exemple son prédécesseur August Buxbaum, qui plus tard dessinera de nombreux projets de façade type pour les plans de Grund. De même que le constructeur d’église Otto Barning avec qu’il avait travaillé auparavant et Paul Girkon. Son ancienne affiliation au Parti nazi fait naître de nombreuses oppositions à sa nomination, il était en effet un des architectes maîtres du parti jusqu’en 1937. Cependant à défaut de temps sans doute, il devient officiellement Directeur de la Construction en Juin 1947. Un mois avant, le 7 Mars 1947, il présentait déjà sa proposition de reconstruction à la municipalité. A la suite cette réunion administrative paraît un protocole décrivant les principes de bases de son projet.

En 1949, le plan de Grund est adopté par le magistrat de la ville et le ministère de l’intérieur.

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Gruber, projet de reconstruction 1945-1946 Gruber, biographie Depuis 1933, Gruber occupe un poste d’enseignement dans le domaine « Urbanisme et Antiquité, conception et construction de la ville » à l’école technique supérieure de Darmstadt. Gruber Dès 1937, dans sa publication qui deviendra pour les urbanistes un ouvrage de référence, « Les formes de la ville allemande » (Die Gestalt der deutschen Stadt) il développe un principe de théorie de la ville du Moyen-âge sur laquelle il travaille pour proposer un plan de reconstruction de la ville. Il participe également aux plans de reconstruction des villes de Lübeck et Mayence dès 1943.La recontruction de dramstadt est le travail le plus important de Gruber.

La reconstruction: K. Gruber

Les projets

Gruber, concept Gruber dans son concept pose en principe deux idées fondamentales ; d’une part il refuse le mensonge architecturale, qui ferait de la ville “une ville cinéma”, il parle ici d’une reconstruction à l’identique de l’ensemble de la ville médiévale puisque selon lui « la vie moderne ne passe plus dans le cadre ancien » De plus, la ville médiévale d’avant guerre est surtout un quartier pauvre et délabrée, insalubre qui posait des problème d’hygiène à la municipalité et qu’il considère donc indigne d’être reconstruit. D’un autre côté il refuse également la négation totale de l’historique de la ville. Pendant sa conférence publique « Darmstädter Wiederaufbaufragen » les questions de la reconstruction de Darmstadt, le 9 Mars 1946 il déclare que les changements indélicats au travers de la ville feraient de celle-ci une ville désespérément abrutie, qui ne pourrait plus raconter aux générations à venir le vouloir et le vécu de notre histoire (évolution). Le meilleur projet d’aujourd’hui ne pourrait, selon lui, remplacé la beauté et l’attrait de l’histoire d’une ville. C’est pourquoi il propose un compromis entre ancien et moderne. Il souhaite conserver ce qui peut être encore sauvé et qui a été cher et aimé de la population Darmstadtoise pour le concilier à une vision moderne de la ville.

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Gruber voit dans le Moyen-âge un potentiel d’idée, notamment dans le rapport, qui met au premier plan dans ses priorités de reconstruction entre la société et la forme urbaine. En effet, dans ces études sur les formes d’urbanisation de la ville depuis l’antiquité jusqu’à nos jours, Gruber y développe une théorie sur la relation entre l’ordre social et la hiérarchisation de l’espace urbain selon une organisation tripartite entre économie, politique et religion autour des espaces publics. Dans le même sens, il oppose l’espace profane à l’espace sacré. On trouvera donc dans son travail un accent sur les soins portés aux dessins de la place du château et de l’Hôtel de Ville et la place de l’église. Ce modèle correspond à la typologie de la cité médiévale. L’urbanisme de Gruber trouve s’inspire de l’œuvre de Camillo Sitte, particulièrement son essai l’Art de bâtir les villes (1889). Ces idées sont donc la base de son projet pour la reconstruction de Darmstadt. Il présente durant les années 1945 et 1946 une série de isométrie montrant l’ensemble du quartier médiéval redessiné. Gruber considère uniquement dans son projet, la vieille ville qui fut entièrement rasée et dont on pouvait à peine distinguer l’empreinte du parcellaire après la destruction du 11 Septembre 1944. Il la façonne de façon détaillée, proposant grâce à son équipe, à la fois un plan d’urbanisme avec un nouveau dessin de voiries et d’îlots, avec réhabilitation du tramway, une typologie de bâtiments d’habitations et de commerces, un nouveau projet pour l’hôtel de ville, un programme pour l’exécution des travaux avec un budget et un planning prévisionnels, et une solution de répartition des parcelles entre particulier entreprise et état pour permettre une efficacité dans l’avancement des travaux.

Gruber, projet Le projet de Karl Gruber se décline en deux points principaux ; d’une part le choix de la reprise à l’identique de certains caractères de la ville médiévale et d’autre part la modernisation de cette même vieille ville. Dans le premier point on trouve d’abord le choix de la conservation et reconstruction à l’identique des bâtiments représentatifs de l’époque du Moyen-âge à savoir le château, pour lequel il ne réfère pas au plan baroque, le pédagogue, la tour blanche, une des tours de la muraille médiévale et l’ancien Hôtel de ville. 42

Il projette de conserver et mettre en valeur par une ceinture verte à l’Est du bourg


La reconstruction: K. Gruber

médiévale l’espace des anciens remparts mis à jour par la destruction avec une conservation des ruines en l’état. Il met également un accent particulier sur la place du marché, Merkplatz, privilégiant de la même manière que lors de la Renaissance, la relation entre celle-ci le château et l’ancien Hôtel de ville. Il considère cet espace public comme le point cœur de la ville. Enfin il conservera malgré la disparition quasi-totale de son empreinte le réseau des rues dans le bloc Nord Est du bourg. En effet celui-ci, fruit de la première opération d’urbanisme de la ville de Darmstadt présente un réseau de rue organisé, linéaire et une organisation qui paraît à l’architecte encore approprié pour les nouveaux besoins de la ville. Il privilégie dans la mesure du possible une réutilisation de la trame urbaine préexistante. Pour lui, comme pour Camillo Sitte, elle représente la nature-même de la ville, son essence et est donc dans son optique de retrouver une identité effacée par les bombardements, primordiale. D’autre part pour répondre aux besoins d’une préparation de la ville à son futur, notamment concernant les nouveaux modes de déplacement, il hiérarchise les voies. Il choisit comme axe principale la Landgraf-georg-straße mène directement de la périphérie Est à la place du marché. Un autre axe est l’objet de soins particuliers de la part d’un de ses collègues de la commission, Rudolf Geil. Il s’agit de la Karlstraße qui part, par l’intermédiaire de la Kirchstraße de la place du marché à la sortie Sud. Encore trois rues principales sont planifiées dans la conception. La Rheinstraße qui relie la porte Nord à la place centrale et existe depuis la planification de la Nouvelle ville. Ernst-Ludwig-Strasse et Schulstrasse qui délimitent respectivement l’Ouest et le Sud du faubourg. Ces axes principaux sont dédiés à la desserte de la ville, et prévus pour accueillir à la fois voiries de tramway et voiries automobiles. Afin de compenser l’espace perdu, Gruber propose une typologie de bâtiment qui présente un rez-de-chaussée avec arcade sous lesquelles se fait la circulation piétonne. L’exécution des travaux est prévue en plusieurs phases selon six blocs. Chacun est traité légèrement différemment en fonction des avantages et inconvénients qu’il présentait dans son état d’avant-guerre. Le bloc au Nord du bourg, à l’Est du château, entre Alexanderstraße et Landgraf-georg-straße conserve sa trame

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claire due à la première planification d’extension urbaine. Les autres, que Gruber qualifie de insalubres et délabrés se voient redessiner leur réseau de voirie avec une trame plus régulière et un alignement des rues qui correspond au désir d’une ville moderne structurée et aérée et pare ainsi à l’inconvénient que présentait la densité et l’irrégularité du bourg médiéval d’autrefois Le second bloc se situe entre la Landgraf-georg-straße et l’Insel. Il est destiné à accueillir les artisans ainsi que les logements dédiés. Il est construit sur l’exemple du quartier des artisans de Fuggerei de Ausburg, le plus vieil ensemble de logements sociaux du monde.

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Le troisième bloc comporte un nouvel élément majeure, le nouvel Hôtel de ville

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[18] Projet pour la reconstruction du centre-ville de Karl Gruber, Mai 1945


La reconstruction: K. Gruber

qui selon sa théorie de l’ordre social marque le point centrale de la petite Bourgeoisie faisant le contre poids face au château seigneuriale. Le quatrième bloc comprend la reconstruction à l’identique du pédagogue Le bloc 5 concerne l’église et l’urbanisation de l’îlot alentour. Un espace est créé autour de l’église, de même que la rue s’ouvre dans l’axe du chœur de l’église pour créer une place dans le bloc en face qui lie l’église à la place ovale de l’Insel. L’Insel est un espace créé lors des premières tentative de désencombrement de la ville médiévale par la démolition d’un îlot de maisons. Le 6ème bloc correspond à l’îlot projeté entre la place triangulaire du marché, Ludwigstraße et Ernst-Ludwig-straße.

Typologie d’ilots et d’habitats Il conçoit un gabarit standard de bâtiments linéaires, ou en peigne d’une hauteur de deux à trois étages présentant gouttière sur rue avec de grand espace à l’intérieur des îlots destiné aux ateliers. Il garde cependant la différenciation des parcelles marquée par les toitures. La typologie de toiture en croupe est utilisée pour donner une atmosphère charmante, agréable de petite ville. Il propose aussi des maisons familiales individuelles mitoyennes de deux étages. Dans ses dessins isométriques, Gruber offre une image idéaliste de la ville. Il accorde de l’importance à une conception globale de l’ensemble laissant, proposant des règles d’urbanisme pour les hauteurs, les typologies de bâtiment, les rythmes des fenêtres mais souhaite cependant laissé une possibilité de diversification des bâtiment en gardant le découpage en parcelle visible au niveau des toits et en proposant une conception par parcelle pour les bâtiment. Il prend également en compte le manque de moyen qui entraînera d’après lui, l’utilisation des matériaux disponibles et donc modestes. Il préconise le choix de maîtres d’œuvre qualifiés pour une construction artisanale mais harmonieuse des façades. Dans le centre du plan de Gruber il propose un nombre limité d’habitation, réduit par rapport à la situation d’avant-guerre,

Conclusion Avec le choix de reconstruire les principaux monument historique,, de conserver la trame et en quelque sort l’âme de la ville, en les combinant avec des bâtiments modernes, Gruber a une pensée progressiste de la reconstruction de la ville. Il

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souhait à la fois laissé une trace de l’histoire de la ville en guise de repère pour les générations à venir et ouvrir la ville vers le progrès. Il pense la ville à une échelle humaine et en matière d’ordre social se rapportant à la théorie de Camillo Sitte qui décrit l’identité de la ville dans sa trame urbaine et son organisation autour des places. Conserver une part des bâtiments et de l’empreinte, comme trait de caractère de la ville est un parti qui se justifie dans une ville où la culture et l’architecture ont jouées pour beaucoup dans son importance et sa notoriété pendant plusieurs siècles. D’abord avec son architecture des princes puis avec la Künstlerkolonie et le Jugendstil né à Darmstadt et qui annonçait pour certain le commencement d’une nouvelle ère de prospérité. Cependant, après le troisième Reich, dont les valeurs tournaient principalement autour de l’ordre social, on ne voulait plus de ce modèle socio-politique et encore moins celui du Moyen Age. Gruber doit donc essuyer un rejet de la part de l’opinion publique ainsi que des professionnels D’autre part le cité médiéval dont les rues sinueuses et étroites ainsi que les arrières cours signifiaient d’une part insalubrité et d’autre part destruction totale et éclair lors des bombardements. Ce modèle de ville ne convenait pas. On prônait alors des villes aérées ; structurée, avec de larges espaces de rues alignée, de larges champs de visions, interpénétration de la ville et de la nature. D’autre part son modèle ne propose pas de solution pour le redressement économique pas plus qu’elle ne préparait la ville à un futur moderne. La planification en matière de circulation par exemple était insuffisante, la question de l’automobile est trop négligée quand on sait que l’industrie de l’automobile connaît déjà une forte croissance depuis le début des années 1900 et qu’en 1930 elle est déjà fortement popularisée. Il ne fait pas un doute à l’époque que, si la question est sujette à controverse il n’en reste pas moins qu’il est un problème qui doit être pris en compte dans les nouveaux modèles de ville. Le nombre de logement trop réduit. En somme, l’échelle du projet de Gruber ne répondait pas à une vision visionnaire et un renouveau des villes qui s’annonçait déjà avant la guerre.

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Peter Grund architecte, (15.11.1892-26.01.1966) Peter Grund étudie l’architecture à “ l’école d’art appliqué et de construction mécanique urbaine” de Darmstadt où il sera professeur entre 1919 et 1922 . Entre temps, il travaille chez Friedrich Pützer et Arthur Wienkoop. Il fonde avec Karl Pinno son propre bureau d’architecture « Pinno und Grund » à Dortmund. En 10 ans, son cabinet participe à de nombreuses compétitions et missions notamment dans les domaines du lotissement et de l’industrie pour lesquels il gagnera de nombreux prix. En 1933 il est professeur et directeur de l’académie d’art à Düsseldorf puis de 1935 à 1937, il est architecte référent du parti NSDAP (Parti national-socialiste des travailleurs allemands). En 1943 il retourne travailler pour son compte à Düsseldorf. Après la seconde il a participé à de nombreux projet de reconstruction, dont le plus important est celui de Darmstadt.

La reconstruction: P. Grund

Peter Grund, modernisation 1946-1949

Concept La nécessité de restructuration d’une ville laisse aux architectes et urbanistes une possibilité d’anticiper sur les besoins de la ville, de lui donner un visage futuriste et de prévenir la croissance de la population ainsi que l’évolution des besoins en milieux urbains comme le développement de nouveaux types de transports. Notamment au XXème siècle où depuis la révolution industrielle, les villes sont en pleine mutation. C’est dans ce contexte que Peter Grund conçoit son projet en mettant au centre de la réflexion le thème de la circulation. Il y vendra l’image d’une solution au redressement économique de la ville. A l’opposé de Karl Gruber, dans sa volonté de porter la ville vers le futur, Peter Grund place au cœur de son projet la question de la circulation. Il se soucie de l’intégration de Darmstadt dans le système de connexions régional de Hessen, et met donc en place d’une série d’axes routiers qui la relie avec les grandes villes alentours. Son plan d’urbanisme pour la ville même est organisé autour de la conception du réseau de voiries. 47


Grund a une approche organique de la ville. Il la définit selon un cœur qui compte trois parties : vieille ville, ville nouvelle (ou ville de Moller) et les quartiers résidentiels avoisinants qui se sont développés par la suite fin 19ème et début 20ème siècles. Comme Gruber, il considère le château comme l’élément central. Autour de ce cœur, un réseau radial d’artères existe déjà dans la situation d’avant guerre, cependant il est sous développé et présente des défauts notamment au niveau des liaisons entre les routes. De plus, ils ne sont pas adaptés aux futures demandes en matières de déplacement. Grund pense aussi de manière progressive le développement de la ville et envisage une évolution future. Il propose pour cela un schéma qui s’apparente à notre plan local d’urbanisme “beleitung” Celui servira de modèle pour les autres villes d’Allemagne. Enfin il s’applique l’embellissement de la ville en reconstruisant une partie des édifices importants de l’histoire de Darmstadt dans laquelle il doit inclure le projet de Gruber dont la réalisation a déjà commencé. Il dessine également les places et les rues les plus importantes avec une architecture linéaire et monumentale.

Réseau de voirie

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Klappacherstrasse

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Base: Maquette de projet de reconstruction de Peter Grund, 1949-1950

Worms

Heidelbergerstrasse

[19] Réseau des axes de circulation

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Les Rings (ou anneaux intérieur et extérieur).

La reconstruction: P. Grund

Le réseau de voiries qu’il développe comporte deux types de routes majeures. Les unes sont disposées selon un système radial qui mène de la périphérie de la ville au cœur selon les axes Nord-Sud et Est-Ouest. Ce système, déjà présent avant la guerre est renforcé de manière à répondre à l’augmentation de la circulation en ville. Le second, dans le même but crée des possibilités de contournement de la ville. Il s’agit de deux cercles concentriques dont l’un se situe en périphérie et le second dans le centre.

Dans un premier temps, Peter Grund fait un relevé des éléments importants se situant dans la périphérie qui nécessitent une bonne desserte du fait de leur fonction. Par exemple il lui paraît important de relier la gare principale au faubourg sud Bessungen, ainsi qu’à la gare Sud. Il dessine donc un périphérique extérieur qui encerclera l’ensemble des quartiers extérieurs de Darmstadt. Celui-ci relie les quatre gares entre elles. Le ring intérieur quant-à lui contourne l’hypracentre de la ville, contenant le quartier des commerces et des grands bâtiments administratifs Pour la réalisation de cet anneau intérieur, l’architecte prévoit une percée à travers le très ancien Hernngarten qu’il fait passer en contrebas et masque par “un talus vert de façon à ce qu’elle ne nuise pas à la beauté du jardin”, explique-t-il. Une autre percée est également planifiée pour relier la Magdalenenstrasse à la Teichhausstrasse afin comme il l’indique de tracé une diagonale signifiante pour la régulation du tracé, entre Frankfurterstraße, Schwanenstraße et Nieder-Ramstädter-straße.

Réseau radial En plus de la Heidelbergerstraße, Grund définit deux axes Nord-Sud secondaires en direction d’Eberstadt au Sud à partir de voies déjà existantes dont il renforce les liens entre elles. (voir axes oranges sur cartes) Dans la direction Est-ouest, les axes Rheinstraße / Landgraf-georg-straße, Rheinstraße / Dieburgerstraße sont destinés à être les principaux. Ils sont secondés au Nord par l’axe Bismarckstraße / Kranichteinerstraße et au Sud par l’axe Eschollbrücherstraße / Roßdörferstraße. 49


Dessin artistique des rues et places Grund attache beaucoup d’importance à la mise en valeur des axes. Il pense en terme d’alignement des façades, uniformisation des rues, et de leur mise en valeur en générale. Il préconise un soin particulier pour l’architecture des bâtiments qui bordent les rues principales d’entrée dans la ville: Heidelbergerstraße, Frankfurterstraße, Dieburgerstraße, Landgraf-Georg-Straße, Nieder-Ramstädter-Straße, qui étaient jusqu’à présent d’une “architecture ennuyante” selon Grund. De même les croisements de rues sont des points singuliers et doivent avoir une esthétique soignée pour un champ visuel agréable et claire. Les angles des croisement de rue notion de champ visuel. Sur la carte suivante on peut voir les zones de la ville qu’il souhaite mettre en valeur (points aux contours roses).

Places rondes Les places sur les rings (sur la carte, points aux contours blancs) doivent être conçu en place ronde de 70-80 m de diamètre, elles ont un rôle d’articulation important entre les deux types d’axes du réseau. D’autre part, situées à l’entrée de la ville, elles doivent offrir une image agréable. Ces places soulèveront beaucoup de critiques de la part de la population.

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[20] Exemple de place ronde de Grund


La reconstruction: P. Grund

[21] Emplacement des places et rues mises en valeur Base: Maquette de projet de reconstruction de Peter Grund, 1949-1950

Façonnement de la Rheinstraße La Rheinstraße est définie comme l’axe principal de la ville. D’après Peter Grund, et en accord avec les projets d’urbanisation du classicisme, cet axe Ouest-centre représente la ville, il met donc en avant ce point dans sa conception. Elle porte aussi le rôle de rue principale du quartier des commerces et des affaires de la ville. De plus elle porte entre Neckarstraße et le château, le plus dense de la circulation. La partie inférieure (au delà de la Neckarstraße vers l’extérieur de la ville) présentait selon Grund, un niveau de la qualité architecturale médiocre. Il propose une mise en valeur de cette partie. Pour l’adapter au nouveau besoin de la circulation, il l’ élargit: des 15 m de chaussée existants, elle passe à 18 m de chaussée. Puis il reprend le principe des arcades de Gruber côté Nord entre Kasinostraße et Luisenplatz pour l’élargir encore. Au sud de la rue, à son extrémité, il planifie sur l’ancien champs d’exercice un “Volkgarten”, jardin du peuple.

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Il utilise également la typologie de hauts bâtiments “en peigne” conçu par Gruber. La rheinstrasse, est pour Grund l’axe symbolique de l’image de la ville. A la différence de Gruber son intérêt se porte majoritairement sur l’Ouest, la ville de Moller qui est pour lui représentative de l’image de la ville.

[22] Projet pour la Rheinstraße, Grund

Mise en valeur des places et proposition de projets pour les bâtiments Il dessine également de nombreux projets pour la construction de bâtiments isolés, à des endroits stratégiques: l’ancien Hôtel de ville, le Château... Ces projets posent l’empreinte de l’architecture de Grund à travers la ville.

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Herrngarten

Rosenhöhe Grosser Woog

La reconstruction: P. Grund

Mathildenhöhe

Exerzierplatz

[23] Préservation des espaces verts et grands axes historiques

Wilhelminenstrasse

Base: Maquette de projet de reconstruction de Peter Grund, 1949-1950

Espace verts Depuis toujours Darmstadt présente beaucoup d’espaces verts. Grund préserve cet atout avec la renauvation du Herrngarten, Grossen Woog, Rosenhöhe, et de l’Exerzierplatz sur laquelle il prévoit un public. Intégration/ inclusion organique de la colonie d’artiste de la Mathildenhöhe Comme silhouette identitaire de la ville, avec la tour des mariages, il choisit de la mettre en valeur avec la création d’un chemin de promenade en direction du château depuis la colline. Il parle en terme d’impression de l’espace comme pour la Whilhelminenstrasse avec Mollerkirche.

Dessin pour la Mathildenhöhe

Plan pour la Mathildenhöhe

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Réalisation du projet

Début 1949, le plan est accepté par la Magistrature et le comité de construction. Le 30 Novembre 1949, il est également adopté par le ministère de l’intérieur comme “Beleitung” plus ou moins équivalent du plan local d’urbanisme. Mais l’exécution d’un projet d’une telle ampleur nécessite du temps, et avec le temps, peuvent venir des changements. La réalisation du plan général de reconstruction reste donc incomplète. Du projet de Gruber, on retient la place du marché et la place de l’église réalisée entre 1952 et 1956. La réalisation de son projet pour la vieille ville n’est pas visible; le plan de grund qui impose une percée à travers le bourg médiéval comme un élément vital va totalement à l’encontre du plan de Gruber et l’a donc rendu irréalisable. On y travaille pourtant jusqu’en 1949, mais la réalisation des travaux de Grund entraîne la nécessité d’une planification entière nouvelle de ces espaces. Les années suivantes tout n’est pas réalisé, sur le champs d’exercice on voit se construire en 1962 les nouveaux bâtiments pour la Fachhochschule (académie technique) à la place du jardin public prévu qui sera déporté à l’extérieur de la ville. Les bâtiments “en peigne” de Gruber pour la Rheinstraße sont seulement réalisés dans la partie inférieure de la rue sur un côté. Les arcades, malgré les protestations de la populations sont entièrement construites. Le réseau de circulation de Grund est partiellement construit, les voie radiales seront pratiquement toutes réalisées, par contre les rings connaissent d’importantes modifications et la majeure partie n’est pas achevée. Le ring intérieur est entièrement transformé et rétréci, et se réduit à contourner le château sur trois de ces côtés. Quant-au ring extérieur, il se résume à un contournement Ouest puis en 1988 tronçon périphérique Nord.

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Grund lors de la conception et de l’exécution du projet doit faire face à l’opinion publique. On lui reproche souvent son autoritarisme, qui a sûrement joué un grand rôle dans la présence significative de son plan à travers la trame urbaine. Rudolf Kraft dans le Darmstädter Echo du 20.12.49 dénonce l’écart entre la population et le “Stadtbaudirektor” qui est très grand. Le rédacteur Hans J. Reinowski 1951: souligne également le fait que Grund va contre l’opinion publique ainsi que celle de spécialistes qui critique son plan à la dominante sur les réseaux de circulation. (Otto Bartning in Ansprache auf der Jahresversammlung des BDA in Bad Dürkheim 5.10.1950): “Mettre la circulation comme principe d’une ville est quelque chose comme une porte, d’un escalier ou des conduits d’ordures faisait le sens d’un logement”

La reconstruction: réalisation

Critiques

“Den Verkehr zum Gesetz der Stadt zu machen ist etwa so, als ob man Haustür, Treppe und Müllabfuhr zum Sinn des Wohnhauses machte. Sie Sind wichtig, aber dienend und so ist das Sein in der Stadt wichtiger als das Hindurchsausen.”, Otto Barning, 1950

L’exécution ou non-exécution du projet, poseront certains problèmes encore actuels aujourd’hui dont l’encombrement du centre ville. Ces problèmes sont répertoriés à peine une dizaine d’années après la fin de la reconstruction. Plusieurs projets tentent de résoudre le problème, entre autres: > Luisencenter et le souterrain sous Luisenplatz Le projet ne grund pour la place ne convenant pas elle resta vide pendant 2 ans, Une grande opération, que certain critique pour être produit de la société de consommation à ‘sauver la place’ en faisant passer les voiture sous le niveau du sol. Cette opération est Cependant déplorée par Durth qui la décrit comme “un scandaleux projet, qui entraîne la perte du caractère historique au profit d’une opération commerciale.” Il est vrai que c’est un projet de grande envergure pour la ville qui rappelle encore les utopies qui donnait à la voiture une place considérable dans le plan des villes. Mais elle a su lui redonné une qualité au centre en y bannissant le voitures de la surface..

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[24] Photographie aérienne de Luisenplatz 1965

[25] Plan du projet de Luisencenter, 1976

Et ainsi redonné une certaine spatialité dont Durth déplorait la disparition avec le projet de Grund. > Le projet encore en discussions du tunnel du contournement NordOuest, Celui-ci propose, pour désencombrer la Kasinostraße un contournement, cependant il reste en proche du centre ville et rappelle ironiquement le projet de la percée du Herrngarten pour le petit ring de Grund. De nombreux habitants se mobilisent contre ce projet. > Une étude pour la création du nouveau plan local d’urbanisme qui propose un périphérique à l’image de celui programmé par Grund. Malgré les années et les nouveaux projets d’expansion et de réaménagement, la ville reste encore lourdement marquée par le plan de Grund et la question de la circulation est encore un caractère majeure présent dans la forme urbaine de Darmstadt ainsi que dans les débats. (Opposition de l’opinion publique, des spécialistes et des autorités)

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La reconstruction: réalisation

[27] Grüneplanung als Stadtplanung En jaune, la nouvelle partie proposée du périphérique

[26] Contournement Nord-Est avec le tunnel (en plus large sur la carte

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Conclusion

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Darmstadt est dès l’âge de la Renaissance déjà une ville qui connaît nombre de planifications urbaines et très peu d’expansions spontanées, d’abord les premières places publiques à la renaissance puis la ville de Moller, les quartiers résidentiels Nord, Martin et Johannesviertel, la colonie d’artiste… jusqu’à sa destruction où il a fallu tout recommencer. Un projet est principalement à l’origine de la forme urbaine de Darmstadt qui a subit par la suite très peu de modifications, Il s’agit de celui de Peter Grund. La proposition de Gruber était également important pour Darmstadt, mais au final, seulement peu construite et très localisée, elle est restée anecdotique dans la forme générale. Si l’on regarde les deux idées de projet on s’aperçoit qu’ils sont représentatif de deux grandes pensées urbanistes du XXme siècle opposés. L’urbaniste progressiste représenté par Charles Fourrier, RobertOwen, le Corbusier, et correspond aux grandes utopies et sciences fictions nées de la modernité. On y retrouve les caractères suivants; ville divisée en zone (habitat travail loisirs), maillage de la circulation avec l’automobile au coeur, géométrie comme efficacité de l’esthétisme, rejet du modèle traditionnel de la ville. On préfère au modèle standard de rues bordées d’immeubles, de grands ensembles entourés d’espaces vert Et l’urbaniste culturaliste, représenté par William Morris, Camillo Sitte, qui sera une référence dans l’œuvre de Gruber, et Ebenezer Howard. Le mouvement culturalisme prône un modèle de ville organisé sur l’articulation de la société, autour de bâtiments communautaires. La ville comme formalisation de l’organisation d’un groupement humain. Elle respecte l’âme de la ville, les traditions et habitants. Elle prend en compte, grâce a des études préalables les paramètres tel que la démographie, géographie, l’environnement social, culturell, architectural. Gruber qui défend cette dernière pour le projet de Darmstadt se verra souvent critiqué pour sa nostalgie de l’ordre social médiéval et son refus du progrès d’autant que l’Allemagne, après la défaite de la seconde guerre mondiale refuse une ville à l’image d’un modèle socio-politique. Le plan de Grund quant-à-lui avec ses idées progressistes vendait l’image d’un progrès et notamment d’un redressement miraculeux ; Son projet donnera à la ville son caractère moderne sinon « science fictif »


Conclusion

Les raisons qui ont poussées à préféré le projet de grund sont probablement due au contexte historique. En effet depuis la révolution industrielle, c’est-à-dire environ depuis 50 ans les villes ne cessent de croître et de muter. La population urbaine augmente, les besoins et les techniques en matière de circulation notamment, les modes de vies changent, la voiture par exemple se popularise. On sent donc un réel besoin d’anticipation sur ce progrès constant. C’est d’ailleurs dans ce contexte les grandes pensées d’urbanisme progressistes et les utopies architecturales qu’apparaissent avant-guerre. Darmstadt détruite, est par sa taille et son importance d’antan une ville sans doute idéale pour proposer l’application d’une théorie de reconstruction d’ensemble qui correspond à une des idéologie des progressiste de l’époque. D’une part sa taille modeste permet d’envisager et de réaliser une reconstruction globale selon des théories qui s’appliqueraient à des grandes villes, et de laisser imaginer qu’elle puisse un jour donner naissance à ce type de grande ville. Son ancien titre de capitale de Hessen lui donne l’ambition et les possibilités financière de prétendre à des modifications et des planifications d’ordre majeur. Au final Darmstadt présente aujourd’hui un cadre de vie relativement agréable particulièrement aéré, avec de nombreux espaces verts, et une place centrale piétonne. Cependant les problèmes de circulation et avec eux de pollution y sont encore très présents. Le prouve le projet de Luisencenter ainsi que le futur projet de tunnel encore en question aujourd’hui. Des éléments apparaissent parfois incongrus dans la ville d’une taille comme celle-ci comme une passerelle piéton béton au dessus de la route à la sortie de l’hypercentre ou des souterrains pour y traverser à divers endroits. La présence du projet de Grund, à particulièrement marqué Darmstadt et semble avoir du mal à s’effacer pour laisser place à un nouveau devenir de la ville Une utopie, ancrée dans un contexte, imaginée par une personne, correspondant a une idéologie. Si elle est appliquée au pied de la lettre n’est-elle pas alors un obstacle à l’évolution future d’une ville ? A l’image du petit ring qui contient fermement le centre ville l’empêchant de s’étendre. Ne devrait-on pas plutôt voir les utopies comme des lignes directrices, comme un chemin, un outils plutôt q’une fin en soit ?

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Thèses et rapports d’études

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Bases de données BEBAUUNGSPLANATLAS 2007.pdf Wissenschaftsstadt Darmstadt, 2007 DIGITALE KARTE Darmstadt.pdf Wissenschaftsstadt Darmstadt, 2007

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Cd-rom Interaktiven Stadtatlas der Wissenschaftsstadt Darmstadt

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Bibliographie

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[2] Districts de Darmstadt Interaktiven Stadtatlas der Wissenschaftsstadt Darmstadt 1998-2006 - webnologic internet systems [3] Plan de la ville avec ses secteurs et son plan de circulation dessiné selon les sources du site www.openstreetmap.com [4] La Vieille ville médiévale avant-guerre Kulturdenkmäler in Hessen - Stadt Darmstadt, Denkmaltopographie 1994 Friedr. Vieweg & Sohn, VErlagsgesellschaft mbH, Wiesbaden, 1994 [5] Darmstadt au XVIème siècle, reconstitution d’August Buxbaum Kulturdenkmäler in Hessen - Stadt Darmstadt, Denkmaltopographie 1994 Friedr. Vieweg & Sohn, VErlagsgesellschaft mbH, Wiesbaden, 1994 [6] 1799, Plan de la ville (J. M. Weiß). http://darmstadt.ykom.de/serverlocal/diys_files//karten/ [7] Extension Ouest de la ville avec la Rheinstraße Tableau de Johann Tobias Sonntag, 1746 http://www.darmstadt.de/kultur/geschichte/ [8] Vue aérienne de Darmstadt, 1902, peinture de C. Grote Kulturdenkmäler in Hessen - Stadt Darmstadt, Denkmaltopographie 1994 Friedr. Vieweg & Sohn, VErlagsgesellschaft mbH, Wiesbaden, 1994 [9] 1866, Plan de la capitale et ville-résidence, Darmstadt http://darmstadt.ykom.de/serverlocal/diys_files//karten/ [10] 1901 Plan Darmstadt avec les quartiers récents à partir de http://darmstadt.ykom.de/serverlocal/diys_files//karten/ 63


[11] carte postale de la Mathildenhöhe, 1914 http://www.darmstadt.de/kultur/geschichte/02654 [12] Montage de photographies aériennes du bombardement sur image satellite 2007 de Darmstadt http://www.vetsmemorialmuseum.com/dabran/index.album/us-bombing-darmstadt [13] 1930 Support: plan de Darmstadt tiré de l’annuaire de 1930 http://darmstadt.ykom.de/serverlocal/diys_files//karten/ [14] - [15] 1944 Photographies aériennes du centre ville en ruine http://www.raf.mod.uk/bombercommand/sep44.html [16] 1953 Quartier des imprimeurs, vue du Sud Architektur der fünfziger Jahre, Die Darmstädter Meisterbauten Karl Krämer Verlag, 1998 [17] Schéma encore actuel de la répartition territoriale de l’espace industriel Architektur der fünfziger Jahre, Die Darmstädter Meisterbauten Karl Krämer Verlag, 1998 [18] Projet pour la reconstruction du centre-ville de Karl Gruber, Mai 1945 Träume in Trümmern : Planungen zum Wiederaufbau zerstörter Städte im Westen Deutschlands 1940 - 1950, Städte Braunschweig [u.a.] : Vieweg, 1988 [19] Réseau des axes de circulation [20] Exemple de place ronde de Grund [21] Emplacement des places et rues mises en valeur [22] Projet pour la Rheinstraße, Grund [23] Préservation des espaces verts et grands axes historiques Träume in Trümmern : Planungen zum Wiederaufbau zerstörter Städte im Westen Deutschlands 1940 - 1950, Städte Braunschweig [u.a.] : Vieweg, 1988

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[25] Plan du projet de Luisencenter, 1976 BEBAUUNGSPLANATLAS 2007.pdf Wissenschaftsstadt Darmstadt, 2007

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[24] Photographie aérienne de Luisenplatz 1965 Architektur der fünfziger Jahre, Die Darmstädter Meisterbauten Karl Krämer Verlag, 1998

[27] Grüneplanung als Stadtplanung Etude commandée par la ville de Darmstadt 1995 [26] Contournement Nord-Est avec le tunnel Brochure “Darmstadt Ohne Nord-Ost Umgehung” Informationen & Argumente JA für den Bürgerentscheid – für Darmstadt ohne Nord-Ost-„Umgehung“, 2009

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Annexes Proposition d’organisation de la reconstruction par Erich W. Reuleaux pour le projet de Gruber, Mai 1945 Träume in Trümmern : Planungen zum Wiederaufbau zerstörter Städte im Westen Deutschlands 1940 - 1950, Städte, DURTH, Werner et GUTSCHOW, Niels

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Annexes

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Annexes

Protocole de Peter Grund, Düsseldorf, 7 Mars 1947 Träume in Trümmern : Planungen zum Wiederaufbau zerstörter Städte im Westen Deutschlands 1940 - 1950, Städte, DURTH, Werner et GUTSCHOW, Niels

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Annexes

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Résumé/Resume

L’identité d’une ville peut être décrite par une série de caractères tels que le tissu urbain qui naissent de l’évolution de la ville et imprègnent, lors d’un processus de croissance continu, définitivement la ville. Si la ville de Darmstadt au premier abord, interpelle c’est qu’elle a été altérer dans son tissu urbain. Ce changement brutal et artificiel est du à une rupture dans son processus naturel de croissance. Rupture causée par la destruction quasi-totale de la ville pendant la seconde guerre mondiale ainsi que sa reconstruction.. Cet ouvrage présente l’identité urbaine de Darmstadt à travers l’analyse de cette rupture.

The city’s identity could be described by urban patterns, like street system and opens spaces, parcelling out of blocks... Those take their origin in the evolution of the city and give it, during a constant increasing process, a definitive imprint. The city of Darmstadt has known an alteration in its urban patterns. This artificial change is due to rupture in its natural developmental process. This rupture is directly in relation with the nearly complete destruction of the city during the second World War, and its reconstruction. This thesis present the urban identity of Darmstadt through the analyse of this rupture.

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