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MÊME PAS EN RÊVE Avril 2010

3 eur.

À QUOI SERVENT LES RÊVES?

DOSSIER: La vie du cerveau en 5 étapes

CINÉ: La science des rêves

1 JEU: Etes-vous un grand rêveur?


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Édito rial

Bien chers lecteurs, ce mois-ci,

Le petit nouveau est arrivé! Chères lectrices, chers lecteurs, ce mois-ci, on a décidé de vous permettre d’approfondir la signification de vos rêves en profondeur grâce à de nombreux dossiers hauts en couleurs! Voici le nouveau magazine décodeur de rêves! On vous parlera de vécu grâce à des expériences oniriques, du grand génie de la psychanalyse, Freud, mais aussi du fonctionnement du cerveau et autres pistes de découvertes. Et comme le dit le dicton bien connu de nos grand-mères, «en avril, ne te découvre pas d’un fil!» C’est pourquoi nous vous avons concocté un petit jeu entre votre inconscient et vous, afin de pouvoir bouquiner tranquillement tout en vous amusant où que vous vous trouviez: que ce soit en attendant vtre tour dans la salle d’attente de votre médecin, entre copines, ou tout simplement sur le trône. Alors, je n’ai qu’une chose à vous dire: en route, et... bonne lecture!

MÊME PAS EN RÊVE www.memepasenreve.com 19 rue de la communication 73003 Paris tél: 01 40 56 72 73/ fax: 01 40 56 72 79 Directrice de publication: Marina Sauty En partenariat avec Anne Lemaire et Philibert Delécluse Membre fondateur: établissement Saint Luc Localité: Ramenies-Chin, Belgique

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Sommaire

(ment), le mois d’Avril

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Rêve et cauchemar, les sélections du mois À quoi servent les rêves

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Les principales thématiques de nos rêves

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DOSSIER: La vie du cerveau en 5 étapes

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QUIZZ: Êtes-vous un grand rêveur? Page cinématographique: À voir: «La science des rêves» Page perso, à vous la plume! Quelques chiffres

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Lacoste engage Comment un lapin blanc peut-il se retrouver à faire mumuse au milieu des nuages sur un biscuit géant? C’est la question que vous devez probablement vous poser mais non, vous ne rêvez pas, il s’agirait peut-être d’une envie de retour en enfance? Toujours est-il qu’il est tout chaud tout prêt à être raconté, alors... régalez-vous bien!

La marque Lacoste cherchait des candidats pour présenter leur nouvelle paire de chaussures. Je me suis retrouvée dans les canditates sélectionnées. Il s’agissait de mettre en scene ceci: nous devions etre un lapin blanc, fictivement, il s’agissait d’un test, et face a nous, il y avait un biscuit geant, un Prince sans la marque,

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il devait aproximativement avoir la taille d’un humain. Je devais imaginer une petite scene, sachant qu’il y avait des nuages autour de moi. J’en attrapais un bout.et jouais avec comme un chat et sa pelotte de laine. Quelques minutes plus tard, un homme d’une cinquantaine d’annees vient me dire qu’il est dingue que j’aie si peu

d’imagination. Ma mere est atablee avec quatre ou cinq autres personnes, a la maniere d’un jury. Comme elle me voyait partir vers le couloir sombre, elle se leve et me demande comment s’est passee ma prestation . Je lui dis alors qu’elle y etait, et qu’elle le savait donc. Je m’engoufrais dans le couloir.


Réalité: Morgane frappe a ma porte. Les gars du casting, tous barbe de trois jours, m’avaient donne une deuxieme chance. J’arrive chez Morgane qui revient de son concert de la veille, bandelee de la tete aux pieds. Motif: «bras casse en faisant une illu» me ditelle (avec plus de details). Je lui explique, pleine d’entrain, le but de l’operation Lacoste» attendant une de ses idees, lui proposant de faire moitie moitie du gain. Nous arrivons sur le plateau, ce coup-ci au milieu de gens aux cheveux follement colores. Le jeu commence alors. Une fille s’entraine: elle sort

trois petits biscuits en arc de cercle de facon tres poetique, comme un cracheur de feu. Une autre nous rend virtuels et a sa merci, nous nous placons en cercle tels des robots et nous assayons. Je pose un question a Morgane, elle n’a pas le temps de me repondre. Suite censuree.

«

Je me suis retrouvée dans les candidates sélectionnées

»

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Vécu

Cauchemard: Gilbert Shmidt, 89ans

Triste souvenir qu’est l’occupation. Voici le récit d’un homme hanté chaque nuit par ces images de terreur. Retour en 40.

«

Jamais je n’oublierais...

»

La ville est deserte, les nazis sillonnent les rues et fouillent les habitations. Je vois a travers les yeux d’un officier allemand. «Je» suis dans le salon d’une vieille dame et j’observe une petite porte a rideau de dentelle. Je me questionne sur la presence d’un petit train electrique. D’autres allemands de mon equipe arrivent et se demandent alors ou sont les rails de ce petit train. Ils ouvrent la petite porte et tous les rails tombent en degringolade. Ils questionnent la vieille sur la presence de ce petit train; elle dit «Mais comment pourrais-je y jouer; il n’y a pas d’enfant ici?! Allez plutot voir a cote, ils en ont!.» Sur ce, les allemands visitent les voisins, la femme s’effondre a genoux et commence a pleurer en realisant sa mortelle betise. La maison voisine est la copie conforme de la precedente. On ouvre la petite porte d’ou debute en realite le chemin de fer. Un petit train pointe le bout de son nez hors de la chattiere. De petites tetes apeurees se decoupent dans un noir profond. J’ai mal car je vois ce que je pressentais depuis la batisse precédente. Je ne peux que clairement prevoir cette suite si evidente et proche.

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À quoi servent les rêves ? Pierre MaquetJean-Pol Tassin

Les neurologues ne s’accordent pas sur ce qui déclenche les rêves, à plus forte raison sur leur utilité. Deux propositions d’explication. Équilibre et créativité Pierre Maquet est neurologue au centre de recherche du Cyclotron, université de Liège, Belgique. A quel moment rêvons-nous ? Si le rêve est un phénomène homogène qui se déroule tout au long de la nuit et de manière indépendante des phases du sommeil, on peut considérer qu’il a une identité et des fonctions propres visant au maintien de l’équilibre mental : expression des inquiétudes et préoccupations les plus intimes, assouvissement des désirs, etc. À l’inverse, si le rêve varie selon les phases de « sommeil lent » ou de « sommeil paradoxal », c’est qu’il dépend étroitement des mécanismes neuronaux spécifiques en cours durant le sommeil. Dans cette optique, la genèse et les fonctions du rêve n’existent pas de manière indépendante mais se confondent avec celles de ces deux types de sommeil : en simplifiant les choses, avec la consolidation mnésique pour le sommeil paradoxal et la récupération physiologique pour le sommeil lent. Enfin, si le rêve n’a pas de fonction biologique propre, il a eu chez

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l’homme une fonction sociale importante. Longtemps, l’absurdité du rêve a éveillé le soupçon d’une signification prémonitoire dans la fiction onirique. Aussi l’interprétation des rêves a-t-elle occupé oracles et augures pendant des siècles. On ne peut sous-estimer le rôle de l’oniromancie dans l’histoire, modifiant l’issue des guerres comme le cours de la vie civile. Un espace mental fantastique Mentionnons également l’intervention du rêve dans la créativité artistique et scientifique. Beaucoup d’oeuvres auraient été composées pendant le sommeil, à l’occasion d’un rêve, Dr Jekyll and Mr Hyde par Robert Louis Stevenson, la sonatedu Trille du Diable par Giuseppe Tartini. De même, certaines découvertes scientifiques auraient également trouvé leur origine dans un rêve, telle la formulation du tableau périodique par Dimitri Mendeleïev. Une autre fonction du rêve ne serait-elle donc pas de ménager à chacun cet espace mental fantastique propice à l’imagination et à la créativité ?


Un tampon entre le som meil et l’éveil Jean-Pol Tassin, neurobiologiste, dirige un groupe de recherche au sein de la chaire de neuropharmacologie du Collège de France. Le rêve est soit un événement intervenant pendant le sommeil « électrophysiologique », soit la conséquence de micro-éveils entre les phases de sommeil. Selon le Français Michel Jouvet, le rêve servirait à maintenir l’identité du rêveur lorsqu’il est éveillé. Pour ma part, je crois, à l’inverse, que ce sont les expériences diurnes vécues par l’individu qui creusent les traces formant la substance des rêves et que ces derniers se déroulent non pendant le sommeil mais lors des micro-éveils qui ont lieu la nuit. Nous avons tous remarqué que, lorsqu’un bruit, une lumière ou une sensation, entraîne un réveil, cet événement devient le fil directeur et généralement la « chute » du rêve : le récit du psychologue du XIXe siècle, Maury, rêvant qu’il allait être guillotiné alors qu’il avait le cou appuyé contre la barre métallique et froide de son lit, fait partie de ces « rêves intégrés ». Si l’élément qui réveille est intégré dans le rêve, cela suggère que le rêve pourrait avoir lieu après l’événement qui a donné lieu au réveil. En fait, dès l’entrée en

sommeil lent et plus encore en sommeil paradoxal, certains neurones, qui libèrent de la noradrénaline et de lasérotonine, ralentissent et arrêtent leur activité. Lorsque ces neurones sont silencieux, le cerveau n’est pas en mesure de maintenir l’information assez longtemps pour que nous puissions y avoir accès, c’est-à-dire pour que nous en ayons conscience. Or le rêve ne peut exister que si nous en avons assez conscience pour le mémoriser et le raconter. Si les rêves ont lieu pendant que nous dormons, c’est parce que notre sommeil est entrecoupé de micro-éveils, de l’ordre d’une dizaine par nuit, qui durent quelques fractions de seconde pendant lesquelles le cerveau se trouve dans un état identique à celui de l’éveil. C’est alors que nous rêverions. Ainsi le souvenir du rêve existerait sans que nous ayons souvenir de nous être réveillés. Mais quelle est sa fonction ? Il semble bien qu’il n’en ait pas. Seul le sommeil en aurait une, et le rêve permettrait, en atténuant les transitions brutales entre les différentes phases du sommeil, de se rendormir. Il servirait de tampon entre l’activité cérébrale inconsciente et rapide du sommeil et celle plus lente et consciente de l’éveil.

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Les principales thématiques de nos rêves

«

»

Le rêve est la forme sous laquelle toute créature vivante possède le droit au génie, à ses imaginations bizarres, à ses magnifiques extravagances. Jean Cocteau

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En étudiant des milliers de rêves, de nombreux chercheurs, comme, Antti Revonsuo, psychologue de l’Université de Turku (Finlande) ou Antonio Zadra, Sophie Desjardins et Étienne Ramotte, psychologues spécialistes des rêves et des cauchemars de l’Université de Montréal, ont identifié les thèmes qui reviennent le plus souvent dans nos

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Positif

Négatif par manque

Négatif par excès

Les émotions

Être équilibré émotionnellement

Être coupée de ses émotions

Être submergé par les émotions

Les fondations

Posséder des bases solides

Être insécurisé Pas ancré

Plutôt terre à terre instinctif

Air

L’Esprit Le Cérébral

Vif d’esprit communicatif

Problème de communication

Excessivement cérébral

Feu

L’Energie, L’Action

Dynamique actif

Paresse, fatigue peurs manque de désir

Excès en tous violence, colère

LES 4 ÉLÉMENTS

Eau

Terre

Symbolique

LES COULEURS

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Bleu

La réceptivité

Rouge

L’action

Blanc

Pas d’engagement / innocence

Orange

Joie / légèreté

Vert

Authenticité / fertilité

Jaune

Énergie cérébrale

Noir

Inconscient / peur

Noir & blanc

Hésitation / dualité

Turquoise

Guérison / santé

Marron

Transformation / multiplicité


LES NOMBRES

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L’unité, l’action, le départ, l’autonomie, l’autorité, le rêveur

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La réceptivité, la féminité, la dualité, la séparation, l’association

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La créativité, la trinité de l’intelligence du corps de l’âme et de l’esprit, la communication, la naissance, la joie

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La construction, la stabilité, la contrainte, la famille, les fondations, le travail

5

Le changement, l’adaptation, le voyage, le mouvement, la sexualité

6

L’amour, la perfection, l’engagement social ou familial, les responsabilités

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Le sacré, l’intérieur, le secret, la connaissance, l’analyse, la solitude, la quête

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Le matériel, l’argent, la puissance, le pouvoir, l’évolution

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La collectivité, l’étranger, l’altruisme, le sacrifice, la fin de quelque chose

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DOS La vie du cerve

Avant

l’accouc

De 0 à 10ans:

De 10 à 18ans: le haut débit

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Après 60


SIER au en 5 étapes

hement:

l’anesthésie

le big bang

ans: l’alerte

De 20 à 60ans: le renouveau

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Priorité aux connexions Au nombre de neurones dont nous disposons s’ajoute la qualité des réseaux que nous établissons. Retour sur les grands principes des mécanismes cérébraux.

LEXIQUE 1 - SUBSTANCE GRISE Elle comprend les corps cellulaires des neurones et leurs dendrites ainsi que l’arborisation terminales des axones. C’est là que se trouvent les synapses.

SUBSTANCE BLANCHE Elle correspond à la gaine de myéline qui recouvre les axones. Ces axones sont assemblés en faisceaux qui connectent différentes zones du cerveau entre elles.

2 - NEURONE Unité fonctionnelle du système nerveux. Il est composé d’un corps cellulaire contenant le noyau

«Le cerveau foetal anesthésié juste avant l'accouchement» Que se passe-t-il dans le cerveau du foetus, juste avant la naissance ? Des biologistes de notre unité ont récemment démontré que l'ocytocine, une hormone libérée par l'hypothalamus maternel, alerte le cerveau du foetus de l'imminence de l'accouchement. Il semble que les neurones foetaux soient ainsi anesthésiés pour affronter un éventuel manque d'oxygène. Cette découverte remet-elle en cause certaines pratiques ? Cela soulève des questions, notamment sur les médicaments donnés pour retarder les contractions en bloquant les récepteurs à ocytocine. Ne font-ils pas prendre des risques au cerveau du foetus en empêchant une neuroprotection naturelle ? De même, réaliser une césarienne sans contractions, sans ocytocine, est-ce sans risque ? Si c'est pour une question de confort, on peut hésiter. Il serait souhaitable de chercher de nouvelles molécules plus appropriées. Pourquoi déconseillez-vous le café avant l’accouchement ? En cas de privation d’oxygène, des récepteurs à adénosine, situés au bout des terminaisons nerveuses, sont bloqués pour protéger les neurones. La caféine se fixe sur ces récepteurs et empêche le blocage de se produire.

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et d’arborisations : un axone unique qui émet le signal électrique, des dendrites nombreuses qui le réceptionnent.

3 - MYELINE Composée d’acides gras, elle forme des gaines autour de l’axone. Au lieu d’une conduction continue, l’influx électrique circule alors par «sauts» entre les gaines, accélérant sa vitesse de propagation. A l’adolescence, âge de tous les bouleversements, celle-ci passe de 0,5 mètre par seconde à 120m/s.

enfants ont passé une IRM. Conclusion : la matière grise atteint un pic entre 11 ans (filles) et 13 ans (garçons) puis diminue tandis que la matière blanche, elle, augmente. Signe que le cerveau se spécialise (élagage des connexions) et devient plus efficace (myélinisation des axones).

4 - SYNAPSE C’est la zone de contact fonctionnelle qui s’établit entre deux neurones ou un neurone et une cellule (musculaire par exemple), et grâce à laquelle circule l’influx nerveux.

Le cerveau se spécialise Une équipe du National Mental Health Institute, dirigée par Jay Giedd, a compilé en un film 3D des clichés d’IRM de sujets de 5 à 20 ans. Pour la première fois, il montre qu’à l’adolescence, le cerveau perd de la matière grise. Depuis 1991, tous les deux ans, des

«

»

Une hormone libérée (…) alerte le cerveau du foetus de l’imminence de l’accouchement.


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De 0 à 10 ans, le big bang des synapses Les neurones acquis à la naissance cherchent à se connecter : le grand apprentissage commence. La meilleure stimulation ? La parole, les soins parentaux. Le piège : la télé ou les programmes à «fabriquer des génies». Justine, deux ans et demi, connaît 200 mots, parle constamment, mitraillant ses parents de questions. Elle explore son univers, touche à tout, sans conscience du danger. La voilà qui grimpe sur une chaise pour attraper un gâteau dans le placard, n’y parvient pas, trépigne jusqu’à obtenir ce qu’elle veut... Sous son crâne, c’est une éruption volcanique ! «A son âge, des centaines de millions de nouvelles synapses sont produites chaque... seconde dans son cortex en construction, explique Jean-Pierre Bourgeois neurobiologiste, spécialiste mondial des synapses à l’Institut Pasteur. Son cerveau est en plein Big Bang synaptique.» Imaginez un tissu en perpétuel remaniement : les 100 milliards de neurones donnés à la naissance ne se divisent plus mais pro- jettent leurs branches axonales (émettrices) comme autant de tentacules à la recherche de multiples contacts pour transmettre des signaux nerveux. Car ce qui fait la «qualité» d’un cerveau, c’est sa richesse en connexions. Peut-on les favoriser chez l’enfant ? Oui, répond la science, tout d’abord par les soins parentaux. «A la naissance, l’expression de certains gènes devient sensible aux variations du monde extérieur, poursuit Jean-Pierre Bourgeois. Les soins parentaux sont alors de toute première importance. Il a été montré, chez lerongeur, qu’une privation maternelle ou paternelle à la naissance modifiait la distribution topologique des synapses de certains neurones du cortex limbique (le cerveau des émotions). Et cette altération persiste chez l’adulte.» En outre, «la richesse des connexions de certains circuits synaptiques semble être proportionnelle à l’abondance de soins maternels prodigués aux nouveau-nés !» Passée cette étape de prolifération, vient le temps de l’élagage des synapses. Le cerveau va subir des vagues successives de productions et d’éliminations des synapses. Chaque vague correspond aune période critique du développement, pendant laquelle divers types d’apprentissage sont facilités, comme la marche, le langage, la lecture, la dextérité, etc., et ce jusqu’à la fin de l’adolescence... Une fois une période critique close, il sera beaucoup moins aisé pour l’individu d’apprendre. «Il est primordial de stimuler l’enfant pendant ces périodes critiques, explique Hugo Lagercrantz, neuropédiatre à l’université de Stockholm, auteur du Cerveau de l’enfant (Odile Jacob). Les études menées dans les orphelinats ont montré que les individus qui n’ont bénéficié d’aucune stimulation ont un développement retardé qu’il est difficile de rattraper ensuite. Mais on peut s’interroger, à l’inverse, sur la possibilité d’accélérer le développement.» En 1997, une conférence, organisée sous l’impulsion de Hillary Clinton - alors que son mari était Président des Etats-Unis - et intitulée «L’apprentissage des bébés et le cerveau», a soulevé cette question du développement cognitif, devenu l’objet d’un

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débat passionné outre-Atlantique. La conclusion a été d’encourager les parents à entraîner leurs enfants, par des leçons de musique, des lectures à voix hautes, des échanges nombreux. «L’objectif de ce colloque était surtout d’encourager la stimulation des enfants issus de milieux défavorisés», note Hugo Lagercrantz. Mais dans les faits, le marketing a pris le relais. «Des DVD de stimulation pour bébés ont fait leur apparition», ajoute le neuropédiatre. Et voici comment des programmes tels que Baby Einstein, Baby Brainy ou Baby Genius se vendent comme des petits pains aujourd’hui... Baby Enstein propose ainsi, dès 3 mois, un DVD pour «encourager l’utilisation des capacités motrices» ou pour «introduire les petits aux mots et aux signes de langage» dès 9 mois. Et les parents de laisser leur bambin devant ces programmes, pensant améliorer leurs aptitudes... Erreur ! Andrew Meltzoff, codirecteur de l’Institut des sciences du cerveau et de l’apprentissage de l’université de Washington à Seattle, est un spécialiste mondial du développement du cerveau. Il a publié en 2007 une étude en forme de démenti dans Journal of’ Pediatrics. Après avoir interrogé au téléphone 1000 parents à propos du temps que leurs enfants de moins de 2 ans passaient devant la télé et le nombre de mots qu’ils avaient acquis, le couperet est tombé : aucune corrélation n’a été trouvée entre la télévision et l’acquisition du langage. Pis : ceux qui regardent des baby- vidéos ont un développement du langage 17% plus lent que les autres. Pour être précis, l’acquisition du vocabulaire en est ralentie chez les bébés de 8 à 16 mois, et est sans effet négatif entre 17 et 24 mois. «Ne désespérez pas ! rassure cependant Andrew Meltzoff. Rien ne dit que la vidéo cause des dommages permanents. Mais rangez les DVD et ressortez les clés, pots ou casseroles avec lesquels les bébés adorent jouer.» «En ce qui concerne la télévision, elle peut entraîner des problèmes de concentration et de sommeil avant l’âge de 2 ans, confirme Hugo Lagercrantz. L’Académie de pédiatrie de Suède l’a d’ailleurs interdite. Après 5 ou 6 ans, en revanche, des programmes adaptés et intelligents peuvent être une stimulation.» Alors, que faire pour stimuler le développement cérébral d’un enfant ? La réponse d’Andrew Meltzoff fuse : «Lui parler ! Même avant qu’il puisse parler lui-même, il cartographie le langage selon les sons qu’il entend. Les bébés sont comme des ordinateurs sans imprimante connectée. Ils ne peuvent produire ce qu’ils emmagasinent dans leur tête. De plus, la théorie et la recherche montrent que les conversations précoces avec les bébés sont une préparation pour leur future progression dans la lecture.» Andrew Meltzoff encourage les parents à ne pas trop réfléchir, finalement. «Ce que la science prescrit de faire, c’est précisément ce que nous faisons déjà quand nous sommes avec nos enfants - parler, jouer, faire des grimaces, s’intéresser à eux. Il faut juste trouver le temps nécessaire pour le faire.»


L'ADOLESCENT «La puberté est un atout. C'est une période de créativité intense, de réflexion, d'intelligence, de génie même quand on voit comment les jeunes manient les nouvelles technologies.» Michel Fize, sociologue

L’ENFANT Son cerveau subit des vagues de productions et d’éliminations des synapses. Chaque vague correspond à une période critique du développement, pendant laquelle divers types d’apprentissage sont facilités, comme la marche, le langage, la lecture, etc. 21


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De 10 à 18 ans, l'influx nerveux passe au haut débit C’est l’âge où tout s’accélère : la personnalité se forge et le cerveau prend sa forme définitive en sélectionnant les neurones et les connexions utiles. Une phase qui correspond souvent à une grande vulnérabilité.

évalués par un questionnaire. Leur cerveau a été observé par une IRM dite par tenseur de diffusion (DTI), qui a l'avantage de visualiser les faisceaux des axones myélinisés, la structure fine de la matière blanche. Résultat, étonnant : «Nos observations Les adolescents sont égocentriques, paresseux, irration- suggèrent qu'au lieu d'avoir des cortex immatures, nels. C’est un «âge ingrat» où les jeunes ne pensent qu’aux les adolescents qui s'engagent dans des activités jeux vidéo, à l’alcool ou à la drogue... Tels sont les poncifs dangereuses ont des fibres de matière blanche qui les plus répandus à propos de cette période qui marque ressemblent davantage à celles des adultes qu'à le passage entre l’enfance et l’âge adulte. La réalité est celles de leurs pairs plus prudents», déclare Gregory tout autre selon le sociologue Michel Fize, chercheur Berns, coauteur de l'étude. «Cela ne remet pas en au CNRS. «L’immense majorité des jeunes (80%) se question notre étude mais y ajoute un nouveau portent bien et sont satisfaits de grandir. Beaucoup s’en degré de complexité, rétorque Jay Giedd. Peut-être souviendront comme d’une période heureuse.» En fait, que les étudiants les plus matures ont tendance «la puberté est un atout. Cet âge est une période de à être les moins anxieux et sont plus à même de créativité intense, de réflexion, d’intelligence, de génie prendre des risques...» même quand on voit comment les jeunes manient les Michel Fize tranche : «Ces études sont engluées dans nouvelles technologies». un présupposé : l'adolescent est définissable par la Un âge où la personnalité se forge et où le cerveau prise de risque. Ce qui est prend petit à petit sa forme définitive. Grâce à deux faux. Beaucoup phénomènes parallèles : l'élagage et la myélinisation. d'adoles«Jusqu'au début de la puberté, la densité de synapses est maintenue à son niveau le plus élevé, explique JeanPierre Bourgeois, de l'Institut Pasteur. Jamais l'individu ne possédera autant de synapses. A partir de la puberté, commence le grand élagage que j'ai appelé la «cata synaptique pubertaire».» Chez le singe, la densité des synapses est ainsi diminuée de 40% (voir le schéma p. 49). Pourquoi une telle hécatombe ? Le cerveau se débarrasse des neurones et des connexions qui ne sont plus nécessaires au développement des circuits. «Durant cette phase très plastique, les meilleures choses à apporter à l'adolescent, ce sont des interactions riches avec un environnement sensoriel et socioculturel structuré et largement ouvert à l'altérité», poursuit Jean-Pierre Bourgeois. Parallèlement à cet élagage synaptique, la myélinisation, commencée durant l'enfance, se renforce et s'achève : les axones, fibres émettrices des neurones, vont s'entourer d'une gaine de myéline (riche en glycoprotéine). L'influx nerveux circulera non plus en continu le long de l'axone mais en sautant entre les gaines. Résultat : la vitesse de transmission de l'influx nerveux passe de 0,5 mètre par seconde à 120 m/s. La voiturette devient bolide ! En somme, le cerveau adolescent sélectionne les neurones et connexions les plus utiles tout en transformant ses câbles de transmission en fibres à haut débit : il se spécialise. Tous ces phénomènes, d'abord quantifiés chez le singe, ont été retrouvés chez l'humain. Une large étude d'imagerie cérébrale - publiée au printemps 2008 par le docteur Jay Giedd, chef du département d'imagerie cérébrale du service de pédopsychiatrie du National Institute of Mental Health (Etats-Unis) (voir schéma p. 49) - a ainsi montré la maturation du cerveau de 5 ans à l'âge adulte. De là, les chercheurs ont fait l'hypothèse que l'immaturité du cortex préfrontal de l'adolescent pourrait expliquer les comportements impulsifs et les prises de risque si caractéristiques de cet âge. «C'est une sorte d'injustice d'attendre des adolescents d'avoir des dons d'organisation ou de prise de décisions d'un niveau adulte avant que leur cerveau ait fini de se construire», affirme Jay Giedd. Mais, en août dernier, une étude de l'université Emory (Atlanta, Etats-Unis) est venue jeter une pierre dans ce jardin. 91 jeunes âgés de 12 à 18 ans ont été suivis sur une période de trois ans, et leurs comportements à risque

cents ne prennent pas de risque. De même pour l'addiction. Trois quarts des adolescents ne boivent pas.» Pour le quart restant, cependant, il y a un grand danger pour le cerveau. «Il est particulièrement vulnérable, car il est en formation. Et plus on commence tôt plus c'est grave», rappelle le Dr Olivier Phan, psychiatre et responsable du centre Emergence Espace Tolbiac à Paris, un service spécialisé destiné aux patients souffrant de troubles liés aux drogues. Le Pr Susan Tapert, psychiatre de l'université de Californie à San Diego (Etats-Unis), a mené une étude, publiée en 2009, sur les conséquences cérébrales d'une consommation d'alcool en excès. Elle a examiné 36 jeunes de 16 à 19 ans dont la moitié avait expérimenté plusieurs épisodes de binge drinking (ivresse expresse). Tous ont subi une IRM DTI et des tests neurocognitifs. Résultats : il existe des altérations de la matière blanche et des tests cognitifs chez les adolescents consommateurs. Quant au cannabis, «un lien statistique a été montré entre sa consommation et le risque de schizophrénie chez des personnalités fragiles, énonce Olivier Phan. De la même façon, à long terme, il favorise la dépression.» Les ados ou les parents peuvent demander de l'aide auprès de consultations spécialisées. «Mais la première chose à dire aux parents c'est que, contrairement à ce qu'ils peuvent croire, ils comptent beaucoup pour leur adolescent. Le secret est d'adapter leur comportement à son âge. Tenir la main et accompagner mais sans

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De 20 à 60 ans, le renouveau permanent

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Contrairement à une idée reçue, le cerveau continue de créer des synapses qui attestent de sa forte capacité d’adaptation. Mais pour que ces nouvelles connexions se fassent, il faut sans cesse les alimenter.

Passé 30-40 ans, installé dans la vie active, notre cerveau travaille sans arrêt du matin au soir, prend des informations, mémorise, analyse, décide... et assure aussi toutes les activités mentales comme le langage, la pensée ou la mémoire, ainsi que la régulation des fonctions vitales (battements cardiaques, respiration, transit intestinal... ) et des fonctions sensitives. Tout cela sans que l’on y prenne garde ! «C’est uniquement lorsque des anomalies surviennent - difficulté à trouver un mot, vertige, mal de tête... - que nous commençons à nous inquiéter de sa santé», assure Luc Bodin, médecin et auteur de Bien nourrir son cerveau. «Nous prenons alors conscience de ses besoins. Pourtant, c’est bien avant qu’il faut s’en préoccuper si nous voulons assurer son efficacité et empêcher sa détérioration.» Le développement cérébral s’achève avant 25 ans. Les principaux circuits sont établis et stabilisés, et le lobe préfrontal, siège des activités cognitives supérieures, est arrivé à maturation. C’est à cet âge que le cerveau atteint son pic de puissance. Ensuite, s’il commence son tranquille déclin, ce sont surtout les capacités d’apprentissage fin (un instrument de musique, une langue étrangère, etc.) qui sont affectées. Car contrairement à ce que l’on a longtemps pensé, la perte neuronale est faible pendant la vie adulte. «Statistiquement, selon les travaux réalisés sur des personnes décédées par Geneviève Leuba, neurobiologiste de la faculté de Lausanne, on peut dire que l’on conserve pratiquement tous ses neurones pendant cette période, explique Jean- Pierre Bourgeois, de l’Institut Pasteur. La perte n’est significative que lors de maladies neurodégénératives.» Deuxième bonne nouvelle : le cerveau a de la ressource. Deux zones - au moins - continuent à produire de nouveaux neurones, au niveau de l’hippocampe et du bulbe olfactif (lire Sciences et Avenir n° 727, septembre 2007), ce qui confère à ces zones du cerveau adulte une relative plasticité neuronale et une certaine capacité de récupération. Mais surtout le cerveau n’a pas perdu son extraordinaire faculté à modifier et créer de nouvelles synapses. La plasticité synaptique, si présente à l’enfance (lire pp. 50-51), ne nous a pas totalement abandonnés. «Il existe une synaptogenèse adulte, et ce jusqu’à la mort», assure Jean-Pierre Bourgeois. Elle nous permet de toujours progresser et de nous adapter au plus près aux changements de la vie. «Ce sont ces connexions qui déterminent le fonctionnement mental, rappelle Alain Lieury, psychologue à l’université de Rennes. Lors d’un apprentissage, les stimulations répétées (faire un geste, dire un mot...) vont aboutir à des échanges d’ions entre neurones voisins et à la construction de nouvelles synapses.» Imaginons qu’un comptable se reconvertisse en ébéniste : les synapses des zones de son cortex moteur correspondantes à l’agilité manuelle vont se renforcer, alors que celles mobilisées pour le calcul vont s’affaiblir. Tout type de stimulation est à même de déclencher ainsi la modification des réseaux de connexions. Une étude publiée dans Nature Neuroscience en septembre 2006 montre ainsi que le singe mâle fabrique de nouvelles synapses lorsqu’il devient... papa. Pour que ces nouvelles connexions se fassent, le cerveau doit être entretenu, nourri, entraîné voire stimulé. Comment ? Chaque chercheur à son idée : «L’établissement de nouvelles connexions nécessite de l’énergie, de l’oxygène et des éléments nutritifs essentiels fournis par l’alimentation», assure Jean-Marie Bourre, de l’Académie des sciences (lire pp. 56-57).


«Mieux vaut vivre dans un milieu intellectuellement niche, estime pour sa part Jean-Pierre Bourgeois. On a ainsi montré, chez l’animal, que des adultes placés dans de grandes cages enrichies en stimuli sensoriels mo teurs et cognitifs voyaient leurs gènes de plasticité réactivés et la naissance de nouvelles synapses.» «La vie professionnelle, si elle est suffisamment stimulante, apporte tous les ingrédients nécessaires pour maintenir un cerveau à son niveau de fonctionnement optimal», rappelle Alain Lieury. Pour Dominique Müller, chercheur en neuroscience et pharmacologue de l’université de Genève, la clé serait la pratique d’activités variées et multiples : «Plus on explore de multiples aspects du cerveau, mieux c’est.» Certaines personnes, a la recherche d une meilleure performance, n’hésitent pas aussi à faire appel à la pharmacologie. «Les stimulants psychomoteurs connus sont la caféine, les amphétamines, la cocaïne, ainsi que des molécules nouvelles, comme le modafinil, les ampakines ou les molécules histaminergiques (lire p. 56)», énumère Dominique Müller. Stimulent-ils vraiment les synapses ? «Il y a un certain degré de scepticisme chez les chercheurs, répond le spécialiste. Car on ne peut pas augmenter artificiellement le nombre de neurones ni celui des connexions. Il existe, en effet, des mécanismes de régulation qui maintiennent un niveau d’activité donné. On peut donc obtenir une petite amélioration, mais il serait exagéré dépenser que ce sont des «boosters».» Se pose surtout la question de l’éventuelle dépendance à ces molécules, ainsi que les répercussions sur le reste du système nerveux qui peuvent en découler. Que penser ainsi du modafinil, molécule développée à l’origine pour traiter les hypersomniaques mais largement détournée par des personnes en bonne santé qui souhaitent réduire leur temps de sommeil ? «Qui connaît son influence sur la personnalité, la manière de voir les autres et le monde ?» questionne Dominique Müller. Car ces molécules agissent sur les systèmes de la récompense qui influent eux- mêmes sur les systèmes de décision. Un jeu de dominos problématique.

ADULTE «On conserve pratiquement tous ses neurones pendant la vie adulte. La perte n’est significative que lors de maladies neurodégénératives.»Jean-Pierre Bourgeois, de l’Institut Pasteur

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Comment stimuler ses capacités? Bien dormir pour rester en éveil Condition «sine qua non» du bon fonctionnement du cerveau : dormir. «Car pour améliorer ses capacités cognitives il faut être... bien réveillé. On ne connaît pas d’autre fonction au sommeil sinon celle de nous permettre de rester éveillés !» rappelle Medhi Tafti, spécialiste du sommeil à l’université de Lausanne. «Cela permet de ramener les synapses à un état de repos.» Combien de temps faut-il donc nous reposer ? «Il y a des petits et des gros dormeurs, c’est génétique. Mais disons qu’en deçà de sept heures, vous risquez d’être moins efficace.» La courbe de performance du cerveau comprend deux pics : deux heures après l’éveil et entre 14 et 18 heures, au moment où le corps atteint le maximum de sa température centrale. Entre-temps, chacun peut être victime de chutes de vigilance, voire de somnolences, notamment en milieu de journée.«Pour les contrer, on peut prendre un ou deux cafés : en fonction du poids et de la vitesse d’ingestion, le taux plasmatique monte rapidement et est en général à son maximum au bout de 30-45 minutes, mais l’effet éveillant est ressenti au bout de 10 à 15 minutes. Il faut y ajouter si possible une sieste d’un quart d’heure. Vous serez ainsi d’attaque pour quatre-cinq heures de vigilance optimale.» Fuir le stress pour éviter l’atrophie «Le stress produit une libération de cortisol, rappelle André Delacourte, directeur de recherche à l’Inserm. Or il a été montré que dans un bain de corticoïdes, le neurone s’affaiblit, voire dégénère.» Voilà pourquoi, sous l’effet d’un stress répété, certaines zones du cerveau s’altèrent. Conséquence majeure : la dépression. L’hippocampe lié à la mémorisation s’atrophie et l’amygdale, impliquée dans les réactions de peur, devient hyperactive. Les relations entre le cortex orbitofrontal (circuit de la récompense) et les régions limbiques (circuit des émotions) dysfonctionnent, le cortex préfrontal (réflexion, organisation) ralentit son activité. D’où un manque d’envie, une indécision, une hyperémotivité... «Mieux vaut traiter la dépression précocement pour éviter une rechute, explique Cédric Lemogne, du service de psychiatrie de liaison de l’hôpital européen Georges-Pompidou, à Paris. D’autant que plus un individu fait d’épisodes dépressifs, moins le stress déclenchant un nouvel épisode devra être important.» Dans le cerveau âgé, deux régions cérébrales perdent naturellement des neurones : l’hippocampe et la substance noire (contrôle des mouvements). «Ce phénomène dégénératif est présent chez tout le monde, souligne André Delacourte. Pour la plupart des gens, il y a une compensation, grâce à une probable réserve cognitive (des neurones de secours).» Mais chez certains, la neurodégénérescence va s’emballer provoquant une maladie de Parkinson, une démence à corps de Lewy ou un Alzheimer. «Le stress accélère cet emballement de deux à trois ans...»

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Psychostimulants, ne pas céder à la tentation Détourner l’usage de certains médicaments pour augmenter le niveau de performance ? Le risque est grand, à commencer par le méthylphénidate

«l’idéal, c’est la lecture, les sorties et le voyage»

La mémoire est divisée en modules. Après 50-55 ans les mémoires séman (bagage culturel), implicite (mémoire non verbale) et procédurale (gestes) se nent assez bien. En revanche, la mémoire épisodique (souvenirs personnels) déc montré que chez les personnes ayant une vie professionnelle stimulante intellec l’effet est retardé.

chlorhydrate (Ritaline) - prescrit pour traiter le déficit d’attention avec Quelle est la différence entre vieillissement normal et maladie d’Alzheim hyperactivité chez Dans la maladie d’Alzheimer, la mémoire épisodique est irrémédiablement détruite, l’enfant de plus de l’hippocampe dégénèrent. Dans le vieillissement normal, ce seraient les stratégie de 6 ans - utilisé souvenirs qui fonctionneraient moins bien. Le souvenir, lui, est toujours pré pour augmenter le niveau de concenComment aider le cerveau à compenser ce déclin normal ? tration. L’action De lui-même le cerveau compense. Des travaux récents montrent une utilisation d de type amphétaphères chez la personne âgée, alors qu’une personne plus jeune n’en utilisera qu’u minique libère dans même tâche. Quelques travaux récents ont montré que cette utilisation plus im le cerveau de la des deux hémisphères est plus particulièrement marquée chez les personnes q dopamine, un neuromeilleure mémoire, ce qui laisse penser qu’il s’agit d’un phénomène compen transmetteur qui joue Pour entretenir cette compensation, il faut maintenir un bon niveau cog un rôle clé dans le «sysLire, sortir, discuter. L’idéal c’est le voyage. Le fait de planifier, organise tème de récompense», décider, se confronter à des situations nouvelles, vaut toutes les mais les effets secondaires stimulations. sont insomnies, troubles de l’humeur, anxiété... et un risque majeur de pharmaco-dépendance. Autre star des «smart drugs» (psychostimulants), le modafinil. Administré aux hypersomniaques, il est détourné pour pallier le manque de sommeil avec, à la clé, des céphalées, insomnies, vertiges, anorexie... Nouvelles substances : xes les ampakines. Cette famille, encore au stade d’essai contenus clinique, favoriserait une meilleure conduction de dans les féculents, l’influx nerveux par l’activation des récepteurs d’abord le pain et les pâtes, mais aussi haricots blancs, AMPA présents sur les neurones. Le «CX717» de la petits pois... se dégradent lentement et maintiennent société Cortex est ainsi développé pour maintenir de ce fait un bon niveau de glucose sanguin pendant les performances et l’éveil chez les soldats privés plusieurs heures. Ils doivent donc faire partie des de sommeil. Les effets secondaires n’ont pas encore trois repas de la journée.Pas trop sucreSelon une idée été publiés. Parmi les stupéfiants, la cocaïne (3,9% des reçue - surtout chez les étudiants - boire une boisson Français de 26-44 ans (1)) et les amphétamines (1,4% énergisante sucrée stimulerait les fonctions cérébrades personnes de 15 à 75 ans) augmentent le niveau les. Or«ingérer une boisson sucrée une heure avant d’éveil en accroissant la libération de dopamine un examen est une bêtise car le sucre étant absorbé dans le cerveau. Mais elles entraînent une très forte très vite, le cerveau se retrouve en hypoglycémie accoutumance ou dépendance et de graves effets réactionnelle au moment où il a besoin de toutes néfastes à long terme. ses capacités. Mieux vaut privilégier les glucides complexes (ceux du pain) pour que le glucose sanguin Choisir un menu adapté soit à l’optimum», explique Jean-Marie Bourre.Avec Riche en acides gras«Le cerveau consomme à lui une pointe de vitamine CPrésente au niveau des seul20% de l’énergie de l’organisme, affirme Jeanterminaisons nerveuses, la vitamine C dynamise la Marie Bourre, auteur de «la Nouvelle Diététique du communication entre neurones. La dose recommancerveau» (Odile Jacob Poche) et membre de l’Acadée quotidiennement se trouve dans environ 100 g démie de médecine. Le neurone demande un apport de brocolis crus (mais la cuisson en détruit la moitié) constant d’oxygène (comburant), de glucose (carbuou 160 g d’orange.Arrosé de beaucoup d’eauL’eau rant) et de divers nutriments. Par ailleurs, la conducaméliore l’irrigation du cerveau. «Pour éviter la tion de l’influx nerveux est véhiculée par la memfatigue cérébrale, il faut en boire 1,5 litre par jour, brane biologique du neurone qui entoure le corps explique Luc Bodin, à adapter à la chaleur et à l’exercellulaire et ses prolongements, constituée en grande cice physique. Plutôt que du café, buvez un ou deux partie d’acides gras.» En conséquence, un régime grands verres d’eau et vous verrez une amélioration riche en acides gras entretient la structure des memdans les dix minutes qui suivent.»Pas trop «light»Le branes et la conduction de l’influx nerveux. Mais pas dîner doit aussi comporter des glucides complexes n’importe lesquels ! Seuls les acides gras essentiels, pour éviter une hypoglycémie nocturne, sans quoi la alpha-linolénique et linoléique de la famille des omémémorisation risque d’être mauvaise. ga-3 et oméga-6 (huile de poisson, colza, noix. ..)sont efficaces.Riche en glucides complexesContrairement aux sucres «rapides» (sucreries), les glucides comple-


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Après 60 ans, les deux hémisphères en alerte Certes, passé un certain âge, le cerveau devient moins réactif. Mais les chercheurs ont découvert qu'il dispose d'une «réserve cognitive». Celle-ci doit être stimulée par des activités intellectuelles. C'est l'heure de la retraite pour madame T. Elle fourmille de projets de voyages, d'activités intellectuelles, ne sèche aucun cours de gymnastique aquatique et peut compter sur ses amis pour organiser d'interminables soirées de Trivial Pursuit. D'après une étude de l'Inserm, publié en septembre dans la revue Neurology, madame T. a le profil idéal pour échapper aux maladies neurodégénératives. «Nous avons analysé les données de 6000 personnes âgées de 65 ans et plus à Bordeaux, Montpellier et Dijon, expose Tasmine Akbaraly, coauteure de l'étude. Après avoir recueilli de multiples informations sur le mode de vie, la prise de médicaments, le bilan neuropsychologique, etc., nous avons regardé l'évolution sur quatre ans. Résultat, 161 cas de démence ont été répertoriés. Nous avons statistiquement montré que les participants pratiquant plus de deux fois par semaine une activité intellectuellement stimulante étaient deux fois moins susceptibles de développer cette maladie que les autres.» Comment l’activité intellectuelle protège-t- elle le cerveau ? On ne le sait pas encore exactement, mais une hypothèse paraît de plus en plus étayée. «Le cerveau aurait une «réserve» cognitive, capable de compenser jusqu’à un certain point les lésions dues à la maladie. Ces activités de toutes sortes contribueraient à augmenter cette réserve», affirme Tasmine Akbaraly. Cette réserve serait constituée de circuits de neurones redondants, sollicités en cas de défaillance des circuits, comme une sorte de système de secours. Qu’est ce que le vieillissement cérébral ? Un processus progressif de perte de plasticité. «Toutes les membranes des neurones, chargées de lipoprotéines, vont s’oxyder petit à petit, explique André Delacourte, directeur de recherche du groupe Maladies neurodégénératives etmortneuronale, unité Inserm 837. Les cellules nerveuses - surtout l’axone - vont se rigidifier, entraînant un ralentissement progressif du transport de l’influx nerveux dans les circuits. Le cerveau devient moins souple, moins réactif. Il traite moins bien l’information et s’adapte mal aux changements.» Il faut donc tout faire pour éviter ce stress oxydatif des membranes. Un combat difficile, mais possible, notamment par l’alimentation et l’activité intellectuelle. Pas question donc de laisser ses neurones en jachère une fois la retraite venue ! De là à s’acheter tous les ouvrages et jeux censés stimuler le cerveau... «Ce n’est pas la pratique d’exercices de «gym cérébrale» dix minutes par jour qui va changer les choses ! Nous avons mené une expérience avec un jeu très répandu, celui du «Dr Kawashima», et avons montré que ces programmes n’ont aucun intérêt», affirme Alain Lieury, neuropsychologue de l’université de Rennes. Inutile par exemple d’espérer mieux se souvenir de l’endroit où l’on a rangé ses clés en remplissant quotidiennement une grille de sudoku...

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Car notre mémoire fonctionne comme un ensemble de modules distincts. «Lorsqu’on pratique un exercice visio-spatial, par exemple, on sollicite un module, les autres n’entrant pas en ligne de compte.» André Delacourte ajoute une autre réserve : «Ces jeux peuvent provoquer un stress de mise en situation d’échec chez leurs participants, ce qu’il faut à tout prix éviter !» Car tous les stress sont délétères pour les cellules nerveuses, déjà fragilisées par le stress oxydatif (lire p. 56). Autre priorité : entretenir ses sens. «Le vieillissement des sens ne facilite pas les choses, résume le chercheur lillois. Quand on voit moins bien, on entend moins bien, on s’isole et on s’affaiblit. En corrigeant l’entrée sensorielle des informations, en appareillant une ouïe faible par exemple, on retarde cet effet.» «Toutes ces études montrent une chose, conclut Tasmine Akbaraly. Il faut promouvoir les activités de toutes sortes dans la population âgée qui va grandissante dans nos sociétés. C’est un vrai choix de santé publique, sans effet secondaire.»

Pour en savoir plus Bien nourrir son cerveau, Luc Bodin, Dauphin.La Diététique du cerveau, Jean-Marie Bourre, Odile Jacob. Stimuler ses neurones, oui mais comment ? Alain Lieury, Dunod. Eléna Sender Sciences et Avenir

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QUIZZ Êtes-vous un grand rêveur?

«

Pour sauvegarder la stabilité mentale et même la santé physiologique, il faut que la conscience et l’inconscient soient intégralement reliés, afin d’évoluer parallèlement.

Carl Gustav Jung, Essai d’exploration de l’inconscient.

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»


Depuis Freud, on sait que l’imagina-

tion, l’intuition, la créativité, bref, tout ce qui nous permet de rêver et de réaliser des vies meilleures passe par une bonne relation entre son inconscient et son Moi. Votre inconscient est-il votre meilleur ami? Cochez chaque fois que vous vous reconnaissez sur la liste suivante.

Vous faites souvent des lapsus Vous préférez les chiens aux chats (vous ne vous sentez jamais à l’aise quand il y en a un qui rode autour de vos chevilles) Vous ne vous souvenez presque jamais de vos rêves Vous croyez aux fantômes; votre grand-mère (celle qui est morte) vient d’ailleurs régulièrement vous caresser la tête dans votre sommeil Vous n’aimez pas la couleur orange Vous dormez d’une seule traite Vous vous dites parfois qu’il y a quelqu’un dans votre ordinateur Vous ne faites jamais de cauchemar Vous vous attendez souvent à ce que les choses tournent mal Vous avez très peur des serpents (ou des araignées, des souris, etc.) 31


Do you want to

PLAY

Vous ne donnez jamais votre sang (sauf obligation); vous

Vous préférez prendre les escaliers (même pous monter Vous avez toujours peur de vous tromper

Vous avez une manie (se tripoter les cheveux par exemp Vous ne riez jamais aux éclats ou très rarement Vous ne pouvez pas utiliser des toilettes publiques Vos amis vous reprochent fréquemment de parler trop

Vous avez été élevé d’une manière très stricte par vos p

Vous avez le trac quand vous devez parler en public, pa

Vous détestez ne rien faire (vouv vou débrouillez pour ê

Vous êtes mal à l’aise en présence d’étrangers (surtout s’i

Vous doutez souvent de vous-même (de vos capacités, d

Vous ne supportez pas quand les autres vous chambrent Vous pensez que quand on s’aime, on doit tout se dire Vous ressentez souvent des sentiments de honte Vous n’avez jamais été tout seul au cinéma

Vous avez tendance à perdre tous vos moyens dès que v

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Vous vous «sacrifiez» souvent pour les autres (spontaném vous ont rien demandé)


Vous pensez que vous êtes unique Vous n’aimez pas faire l’amour pendant des heures Vous avez le vertige Vous jetez facilement la pierre aux autres (en cas d’erreur, de faute) Vous avez terriblement peur du ridicule Vous avez mal au coeur en voiture (ou en bateau) Vous fantasmez peu sexuellement Vous n’êtes pas à l’aise quand vous devez prendre l’avion détestez les piqûres

r cinq étages) qu’un ascenseur

ple)

fort

?!

parents

asser un examen

être toujours occupé)

ils n’ont pas la même couleur de peau que vous)

de vos chances de réussite)

t (meême vos amis, même gentiment)

vous vous croyez observé

ment et de façon excessive pour des personnes qui ne 33


Comment analyser vos rĂŠponses? 34


Vous n’arrivez pas à dormir dans les trains (ou en avion, en voiture) Vous avez du mal à sortir de votre routine Vous bredouillez quand vous êtes énervé (ou vous bagayez d’une manière chronique) Vous fumez plus d’un paquet de cigarettes par jour Vous êtes mal à l’aise dans les grands magasins le samedi (ou dans le métro aux heures de pointe) Chez vous, vous avez tendance à accumuler les vieilleries (vous avez du mal à jeter) Vous évitez de passer sous les échelles Vous avez du mal à parler de vos sentiments (et à dire tout simplement «je t’aime») Certains jours de Pleine Lune, vous vous sentez vraiment très mal Vous avez du mal à casser avec quelqu’un, même quand vous pensez que la relation ne vous fait pas du bien Il y a plein de choses (peau du lait, scènes de violence...) qui vous dégoûtent Vous pensez travailler bien mieux que les autres croient et vous trouvez toujours qu’ils vous en demandent trop Vous êtes persuadé que qulequ’un vous en veut en ce moment (la boulangère est d’ailleurs très bizarre) Vous avez fréquemment l’impression d’avoir une «boule dans la gorge» Vous avez un gri-gri (au moins) accroché à votre trousseau de clefs Vous prenez des tranquillisants depuis des mois (sinon des années) Dans votre couple, vous supportez (très) mal les séparations (même de quelques jours) Vous croyez (comme 39% des Français) à l’existance du Diable Vous déménagez souvent (tous les deus ou trois ans), sans raison professionnelle, par exemple Vous cherchez toujours à bien faire (vous êtes plutôt perfectionniste dans votre travail) Vous êtes un peu hypocondriaque Vous n’aimez pas trop les surprises (même agréables) Vous ne parlez jamais à vos plantes vertes

Comptez le nombre de carrés que vous avez cochés et reportez-vous au paragraphe correspondant 35


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Plus de 45 Pas de doute, entre votre inconscient et votre Moi la communication ne passe pas. Vous avez érigé (inconsciemment) une barrière infranchissable. Vous faites d’ailleurs souvent partie des gens (de purs cartésiens) qui croient que l’inconscient n’existe pas, que la raison prédomine. VOTRE CRÉATIVITÉ Faible. Chez vous, la machine à fantasme est en panne des sens. Les rares fois où vous fantasmez, c’est souvent un fantsame réccurent: des images qui reviennent systématiquement, le même scénario qui se répète indéfiniment. Par exemple, vous croyez que vous n’avez pas de fantasme sexuel? En fait vous les refoulez. Vous avez peur des idées que cela pourrait vous donner, alors vous verrouillez. Lâchevous, ça vous fera du bien, libérera votre imagination et votre intuition. VOS RISQUES Plus on est coupé de son inconscient, plus on somatise. La plupart des troubles psychologiques résultent d’un conflit entre notre «Moi» (l’idée que nous avons de nous-même) et notre inconscient. Lorsque nous refoulons certains sentiments ou certains souvenirs qui nous semblent insupportables ou gênants, ceux-ci reviennent souvent «par la fenêtre» en provoquant des symptômes: migraines, douleurs musculaires, spasmes, troubles nerveux, angoisses, etc.

De 31 à 45 Chez vous, l’inconscient et le conscient sont assez soigneusement cloisonnés. Parfois votre conscient se manifeste: vous faites des rêves qui vous semblent sans queue ni tête (mais qui symbolisent en fait des désirs ou de speurs que vous avez censurés à l’état de veille), des lapsus (pour exprimer «à l’insu de votre plein

gré» ce que vous pensez vraiment) ou encore des actes manqués (par exemple en oubliant des rendez-vous où vous n’avez pas envie d’aller). Mais, au fond, vous ne voulez pas connaître vraiment ce qui se passe dans votre inconscient.

donc très attentif aux messages de votre inconscient, même si vous savez qu’une partie de votre personnalité vous échappant (impossible de se connaître soi-même entièrement), vous ne pouvez jamais être sûr de rien.

VOTRE CRÉATIVITÉ Moyenne. Vous avez de l’imagination, de l’intuition, mais vouv vou en servez peu. Dans votre vie quotidienne, votre travail, les relations avec les gens, vous agissez et vous jugez de manière rationnelle. Vous en appelez plus à la volonté et à la liberté de choix. Rien d’obsessionnel dans votre attitude: vous ne cherchez pas à réaliser à tout prix toutes vos idées et vos rêves (encore moins vos fantsames); ou de monomaniaque: vous n’êtes pas un adepte de la pensée ou de la méthode unique (encore que!) Vous bloquez parfois sur certaines choses (préjugés), mais pas sur tout.

VOTRE CRÉATIVITÉ Forte. Souvent peu conformiste (idées, normes sociales, politiques...), vous avez un don pour faire du neuf (souvent en rapprochant des éléments apparemment sans rapport), trouver des solutions originales, même quand vous n’avez pas spécialement de fortes capacités artistiques ou quand vous travaillez dans les métiers que ne nécessitent pas à priori beaucoup d’imagination. Quand vous avez le choix entre une méthode nouvelle aux résultats incertains, mais prometteurs, et les procédures habituelles, vous préférez presque toujours prendre le risque.

VOS RIQUES Que vos motivations profondent vous échappent. Préférer ignorer le rôle (prépondérant) que joue votre inconscient dans vos décisions et vos actes a des avantages: vous êtes maître de vos comportements (et responsable). Mais aussi des inconvénients: vous ne savez pas toujours pourquoi vous agissez de telle ou telle manière et, forcément, vouv vou retrouvez souvent dans les mêmes situations (et/ou vous commettez les mêmes erreurs.)

VOS RISQUES Chez vous, l’imagination ne se contente pas, comme chez les autres, de bricoler quelques images, d’enchaîner deux ou trois scènes: vous avez tendance à vous faire des films grand spectacle (parfois X d’ailleurs). Et parfois à vous déclencher pour un rien: une rencontre, une idée, une nouveauté, etc. Donc vous devez, plus souvent qu’un autre, en appeler à la raison pour vous empêcher de virer au «Yaka, Faukon» et perdre alors tout contact avec la réalité.

De 16 à 30 Chez vous, la frontière entre l’inconscient et le conscient est très perméable (vous avez, par exemple, souvent une vie onirique très riche). En fait, pour vous (comme pour Freud), le vrai devoir de liberté consiste à connaître nos désirs et nos craintes inconscientes. ils cessent alors d’être obscurs et peuvent petre maîtrisés. Vous êtes 37


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Moins de 16 Chez vous, la frontière entre l’inconscient et conscient n’est pas assez bien délimitée, un peu trop passoire. Donc vous êtes souvent envahi par vos pulsions. Cela peut se manifester de différentes manières: envies irrésistibles (nourriture, sexe, choses, etc.), pulsions incontrôlables (vous vous entichez pour des gens ou vous les rejetez sans savoir pourquoi), dispersions (manque de sabilité, de suivi dans les actions et les relations), etc. VOTRE CRÉATIVITÉ Bouillonnante, mais confuse donc souvent stérile. Vous manquez fréquemment d’objectivité. Ou alors vous prenez vos désirs pour des réalités. Du coup, de nombreux malentendus avec les autres, de fausses espérances, etc. Vous devez apprendre à cloisonner pour mieux contrôler. Chaque fois que votre imagination se met à galoper inconsidérément, pincez-vous violemment le gras du bras, ça vous remettre en selle dans le réel. VOS RISQUES Avec presque rien pour faire filtre entre votre inconscient et votre conscient, vous pouvez être submergé. Par vos propres pulsions, mais aussi par les autres. Ayant beaucoup d’ampathie, vous êtes trop sensible à leurs émotions et à leurs sentiments. C’est bien de comprendre intuitivement les autres, d’être attentif à leurs problèmes, mais cela ne doit pas être au détriment de vos propres intérêtes. Là encore, vous devez cloisonner, sinon vous risquez de ne plus vous appartenir et de vivre une (ou des) vie qui n’est pas la vôtre.

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L’art et la manière de rêver en couleurs A cheval sur la frontière entre rêve et réalité, le premier film parisien de Michel Gondry est une merveille de divertissement. Un roulement de batterie joué face à la caméra, et le film est lancé ! L’émission que tourne Stéphane, dans un petit studio équipé de façon très artisanale dans un coin de son appartement, définit d’entrée la règle du jeu. Ce bricoleur bourré d‘énergie, inventeur à l’imagination débordante, c’était sans doute, il y a 20 ans, Michel Gondry, as du clip formé au système D comme débrouille, ancien batteur, aujourd’hui l’un des cinéastes modernes les plus créatifs qui soient. D’entrée, le présentateur touche-à-tout, musicien, réalisateur et philosophe explique à ses téléspectateurs (imaginaires?) la recette de son art. Tout est dans les ingrédients : les rêves, leurs origines,

leurs évolutions et les idées qu’ils révèlent au cerveau humain. Ce mode de création original est suivi à la lettre par le cinéaste Gondry qui réalise une oeuvre éblouissante, véritable ravissement audiovisuel. Pour conter les tracas d’un jeune artiste revenu du Mexique à Paris pour occuper un premier emploi d’illustrateur (Gabriel Garcia Bernal curieusement trilingue, comme l‘ensemble de la distribution d‘ailleurs), les figures de style se multiplient au fil d’une narration bavarde, à la première personne. Le savoir-faire du clip (à grands renforts d’une musique passable) et le goût prononcé pour l’animation à l’ancienne, mêlée au jeu des acteurs, s’expriment de mille manières. Renversements de décors, transformations surréalistes des lieux et des personnages, superbes compositions de couleurs, de formes mouvantes, objets, animaux, nuages… C’est une merveille pleine d’astuces, ultra vivante, qui revisite une jeunesse parisienne avec un brin de nostalgie. L’action vire-volte principalement dans trois pièces, grâce à une excellente mise en scène des espaces. Elle suit le graphiste de sa petite chambre d’enfant (inchangée depuis plus de 10 ans) jusqu’au

bureau de son employeur, un fabricant de calendriers, en passant chez Stéphanie, la voisine de palier, une jeune artiste aux idées contiguës (Charlotte Gainsbourg, forcément mignonne). Le boulot s’avérant très vite décevant, La Science des rêves a pour thème l’amour, ou l’amitié, magnifié par la création, le jeu enfantin et le pouvoir de l’imagination. L’intrigue devient vite un lumineux labyrinthe en développant surtout l’interpénétration entre rêve et réalité. En dehors d’un Paris très bien montré sous un regard neuf et connaisseur, l’histoire est transportée en des endroits fabuleux, de mystérieux coins de nature qui servent de refuges imaginaires au héros fuyant notamment le milieu professionnel — à savourer tout particulièrement, la satire du travail de bureau en PME (avec encore un second rôle réussi pour Alain Chabat, en collègue lourdaud). Les synapses débridées, le récit se place à un niveau égocentrique, cérébral, mais aussi très ludique. Rêveur intense, le timide Stéphane en vient à ne plus savoir quand il est éveillé. Ses déclarations d’amour maladroites, glissées sous la porte, ont-elles vraiment eu lieu? Comment distinguer entre la complicité, la collaboration, la complémentarité, la compassion ?… La relation parfaite, rêvée, n’existe pas, à la différence de la joie réelle de changer le monde par la création (symbolisée par un poney mécanique galopant). Comme dans ce rêve d’enfance où les mains deviennent géantes au bout des bras, l’envie de créer et d’aimer passionnément n‘a simplement pas de mesure.

L’adolescence de l’art Le rapport aux images et aux sons paraît même une source intarissable de plaisirs, baignée d’une aura de bienveillance. Ainsi, excitées comme des puces, Stéphanie et sa copine Zoé (Emma de Caunes, craquante) appellent leur voisin en pleine nuit pour lui demander la démonstration d’autres illusions d’optique… De cette magie (audio)visuelle, les spectateurs vont sûrement en redemander aussi à Michel Gondry. Pour son premier scénario, et son premier film parisien, « l’enfant prodige », le wizkid (contraction de wizard et de kid) originaire de Versailles reprend de nombreux éléments de ses précédents ouvrages (deux longs métrages de fiction tournés aux Etats-Unis et tant de clips) pour signer un film touchant, sincère et personnel. La Science des rêves est une œuvre de jeunesse. Nostalgie du plein épanouissement artistique, de la poursuite romantique d‘un certain idéal de compagne, recherche anxieuse du bonheur de créer des images, on est à l’opposé du précédent film de Michel Gondry, un documentaire, juste pour le plaisir, sur une fête de quartier un été à Brooklyn (Dave Chappelle‘s Block Party, 2005, inédit en France) .

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La Science des rĂŞves Film francobritannique de Michel Gondry (2005) Avec Gabriel Garcia Bernal, Charlotte Gainsbourg Alain Chabat et Emma de Caunes DurĂŠe 1h45

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