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Atelier SĂŠminaire Marina Costanzo L3 - AA / 2010-2011 Semestre 1 - mĂŠmoire suivi par m. Guerrin


Faire naître

L’etrange /Le corps mutant Introduction 4 - 7 / Piste 1 Déformer 8 - 15 Piste 2 hybrider 16 - 31 Piste 3 bousculer 32 - 37 / CONCLUSIONS 38 - 39

[+] Sources 40 - 41


INTRODUCTION Définition

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Lola Dupré, série «créations originales» 2009

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Étrange, Nature : adj. phonétique : [et.ʁɑ̃ ʒ] étymologie : du latin extraneus, de extra,

L’étrange L’étrange, le sentiment d’étrangeté nous apparaît dès lors que le cadre de nos habitudes est brisé. Le spectacle qui s’offre à nous semble alors sortir du commun, de l’ordinaire. Cela peut être lié à une ambiance particulière, décalée, à un geste, une position ou même une teinte particulière. Bref, que l’étrangeté soit liée à un détail comme à une scène entière du quotidien, elle retient forcément l’attention de son spectateur. La manière dont le sentiment d’étrangeté est perçu véhicule souvent une inquiétude liée à la peur de l’inconnu, mais aussi, paradoxalement, à une forme de fascination. C’est d’ailleurs ce sentiment humain de répulsion/ fascination qui est particulièrement intéressant quand on se penche sur le thème de «l’étrange». Provocation, dénonciation... l’étrange permet d’aborder les sujets les plus sensibles avec distance, il crée un sentiment que l’on ne comprend pas toujours mais qui joue à nous rendre mal à l’aise, que ce soit avec cruauté, ou avec humour. Les limites entre notre réalité quotidienne et une situation à laquelle nous sommes étrangers sont parfois extrêmement minces, cela permet au spectateur de s’interroger, de remettre en cause son point de vue habituel.

hors, dehors.

Bizarre, bizarroïde, Qui est inhabituel, anormal, biscornu, curieux, drôle, étonnant, excentrique, exotique, inaccoutumé, inexplicable, inhabituel, insolite, saugrenu...

Le corps mutant / DOMAINE d’intervention En art, l’étrangeté est souvent transmise par un mode opératoire spécifique. On retrouve par exemple dans les travaux de Lola Dupré une démultiplication du corps par l’ajout massif d’une même photographie. De manière bien différente mais tout aussi flagrante, les artistes Pierre et Gilles crééent des portraits extravagants, dérangeants et d’un kitch prononcé, qui comme Lola Dupré viennent dénoncer une société de sur-consommation de l’apparence.


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INTRODUCTION Intervention

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Cette étude va donc s’orienter sur la naissance de l’étrange, la manière dont il apparaît : quand et comment bascule t-on d’une situation banale à une étrangeté totale? Pour cela, divers modes opératoires vont être étudiés et différents supports exploités.


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Le corps mutant / Définition Notre corps possède, pour la société occidentale dans laquelle nous nous inscrivons, un sens autre que celui d’une simple enveloppe. Il est ce qui nous présente et nous représente. Pièce d’apparat primordial, il se doit de répondre à des normes de taille, de forme, de couleur... mais que se passe t-il si tout à coup ce corps est maltraité, tiraillé d’un extrême à l’autre ou encore morcelé puis reconstruit différemment? Les mutilations vont générer une mutation : des hommes «d’un nouveau genre». Même le geste le plus simple opéré sur un corps — aussi parfait que celuici puisse être originellement, peut générer l’étrangeté, le rejet et l’attraction simultanée. La réelle question qui se pose alors est celle d’un point d’existence ou non de la normalité : elle naît ou meurt là où l’étrangeté apparaît ou disparaît. Par ailleurs, l’allégorie de la caverne de Platon insiste sur le réel simulé, or, l’analogie est totale lorsque l’on définit la perfection de l’apparat dans notre société, en effet, ce qui nous est présenté comme la perfection est en réalité issus de mise en scène et de retouches numériques. Le procédé ici sera donc d’agir de manière inverse, c’est-à-dire de partir de l’image ou du corps qui nous est donnée à voir comme parfaite, ou, plus simplement, appartenant à la normalité, pour faire naître des êtres monstrueux, au delà du pensable, cauchemardesques ou alors simplement «différents».

L’analyse et les recherches qui vont suivre s’articulent autour de trois différents procédés qui permettent de faire naître l’étrange : la déformation, l’hybridation et le bouleversement des repères, le tout agissant sur l’espace du corps.


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Piste Déformer

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Démultiplier le corps Déformer, détendre, étirer le corps comme un vieux t-shirt qu’un usage excessif aurait rendu informe. Grâce à différents procédés, le corps va tour à tour être démultiplier et recomposé, amputé d’une partie puis re-dessiné autrement, et enfin, distendu, aplati. Les corps issus de ces «déformations» seront donc forcement des produits de l’étrange, parfois de manière très visible et incontournable tel des personnages issus de la mythologie ou sortant directement de nos rêves et cauchemars les plus fous. D’autres en revanche, paraîtrons simplement dérangeant au premier coup d’oeil, simplement «bizarre», curieux avant de se rendre compte de l’intervention pratiquée.

Chacun de nous est unique, c’est un fait. Chaque corps formé par sa multitude de cellule crée le tout que nous appelons notre enveloppe physique. Mais parfois, le corps s’étendent, créant des excroissances et des difformités diverses. L’artiste Lola Dupré (voir ci-contre) en a même fait sa marque de fabrique. En effet, par le biais de tirages multiples de la même photographie, elle vient décupler les corps pour n’en créer qu’un. Les «personnages» qu’elle créer forme des univers terrifiants, où le corps semble muté progressivement, de l’humain vers le monstrueux. En intervenant de cette manière sur des icônes de la mode et des magazines, Lola Dupré met en exergue les réalités terrifiantes sous-jacentes qui rejoignent ces univers souvent adulés et magnifiés.


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Lola Dupré & Kristiina Wilson, série «créations originales» 2009


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Piste 1 Déformer Démultiplier le corps

Deux photos, de deux sexes opposés ont été morcelées puis assemblés pour former un seul et même corps. Paradoxalement, l’entrechoquement de ces corps viennent ici créer une entité qui, bien que totalement irréelle, ne parait pas si éloigné de la «normalité».


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Travail personnel Photographies numĂŠriques /noir et blanc


Piste Déformer

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"Tournez, détournez" Les corps originaux sont ici détournés au profit de nouveaux, rallongés, hybridés... soit, déformé de toutes les façons permises. Le double jeux réside dans la manipulation de l’objet. En effet, c’est le lecteur qui, en tournant les pages va venir détourner les corps.

Entre humour et monstruosité, les personnages recomposés viennent former un univers appartenant au rêve, parfaitement surréaliste croisant la mythologie aux dictâtes de la mode et d’une esthétique de la perfection du corps.

Première recherches: impression et collage sur un carnet et recherche typographique


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Travail personnel Pages de magazine format A4 incisées pour créer des jeux de superposition puis assemblées en un seul magazine

extrait du magazine final


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Piste 1 Déformer "Tournez, détournez"


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Piste Déformer

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Le corps mis à plat Chaque visage à sa part s’asymétrie, d’où la présente interrogation : quelle forme aurait un visage aplatie? Cette asymétrie rendra t-elle le modèle méconnaissable?

Les visuels ci-dessus montre se phénomène. Grâce à un tour à 360° ce visage est visualisé en panoramique, comme un cube vue depuis son patron.


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Travail personnel Assemblage de Photographies numériques

Ci-dessus le visage est reproduit grâce à une symétrie axiale. N’est-ce pas finalement là que naît la curiosité? En effet, c’est une sensation de miroir qui ressort, comme si la personne se trouvait face à un clone d’elle même. N’est ce pas la part de naturel, d’«erreur», qui fait de l’homme un homme, produit de la nature, et non la symétrie parfaite de la machine créée quand

à elle par l’homme? C’est donc l’artificiel projeté sur le naturel qui fait ici naître l’étrangeté.


Piste Hybrider

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Mélange des genres Hybrider, créer de nouveaux corps à la frontière des genres et des univers. L’étrange peut apparaître dans la superposition du commun avec le curieux, ou même, dans la répétition anormal ou modifié du commun qui, de se fait, devient étranger. Les corps qui naîtrons de ces entrelacements amènerons à mélanger les genre et les corps. Une autre hypothèse fera apparaître l’hybridation entre un corps et son support, ainsi, le support martyriser agira sur le corps.

La superposition ou l’apposition de corps de différente nature forme des entité hybrides. Les couples masculin/féminin, animal/humain... sont des couples opposés par leur genre. Leur superposition permet de mettre à jour des rapports formels communs, comme le démontrent les graphistes de Tburo (voir cicontre) avec leur série de photographies mélant la puissance de l’animal à celle de l’humain. Les couleurs, le mélange des lignes du corps humain et animal ainsi que le rapport d’échelle ou l’animal est hissé au rang de l’homme entraînent une sensation déstabilisante, un univers inquiétant.


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Projection pour les galeries Lafayette - PAris par T-buro


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Piste 2 Hybrider Mélange des genres

Les graphistes de M/M Paris (voir ci-contre) partent du réel, de banals portraits qu’il viennent ré-interpréter graphiquement créant ainsi une hybridation de l’original sur l’original. Le nouvel ensemble formé, de nature indéterminée fait s’entremêlent des parties du visage qui, détachées du contexte globale sont devenue, entre autre, végétales et parfois presque mécaniques.


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Balenciaga invitation card, 2002, par M/M (Paris), Photo. par Inez van Lamsweerde & Vinoodh Matadin


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Piste 2 Hybrider Mélange des genres

Cette déclinaison de douze portraits format A3 offre aux spectateurs une entrevue avec la difformité, la malformation. Les visages hybridés, combinent les couleurs, les genres pour former des ensemble parfois dérangeant, parfois intrigants.

Les portraits sont dénaturés dans un premier temps par des découpes qui viennent directement inciser les parties du visage constituant l’identité (yeux, nez, bouche, sourcils...). Dans un second temps, ils sont superposés les uns sur les autres créant une double hybridation. Parfois, très proche d’un visage réel, ils donnent la sensation d’êtres «recomposés». D’autres, plus abstraits

font apparaître des êtres totalement étranges, qui semblent issus d’une hybridation ou de modifications génétiques.


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Travail personnel Support : formats A4 superposés puis imprimés en A3 pour ramener à échelle humaine


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Piste 2 Hybrider Mélange des genres


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Chaque portrait forme un ensemble dont l’image première est plus ou moins perceptible. Les portraits sont ainsi dévoilés, du plus confus/ abstrait, au plus figuratif. Fixée à un mur, à hauteur d’homme, les portraits sont mis quasiment à l’échelle humaine. Le spectateur y est donc confronté de manière directe et individuelle.


Piste Hybrider

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Corps et support Le corps peut s’hybrider avec sa surface, s’y fondre et s’y conforte. Si bien que pour l’atteindre c’est sur la surface même qu’il faut mutiler. La photographe Francesca Woodman (voir ci-contre) a déjà su appréhender ce procédé. Son corps caché, flou, coupé par le cadrage ou invisible à cause de la longueur de l’exposition permettent de donner à chaque cliché une lecture sensible et fantomatique. Entre cauchemar et poésie, son oeuvre interroge perpétuellement la représentation de son corps, dissolu et onirique, flirtant avec la surface de la pellicule.


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Window par Francesca Woodman


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Piste 2 Hybrider corps et support

Comment nouer un relation entre un visuel et son support d’impression? Grattée, trouée... l’image est «torturée» pour créer des êtres mutants. Le paradoxe réside dans le toucher de ces surfaces en papier glacé, habituellement lisse et ici devenu tactiles, parfois rugueuses et parfois douces. À la manière d’un virus, le support vient ici ensevelir les portraits. Reprenant les lignes des traits de chaque visage, le support vient être altéré, créant ainsi une seconde peau, une hybridation entre l’image et son support.


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Travail personnel AltĂŠration au cutter de papier glacĂŠ


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Piste 2 Hybrider corps et support

Entre douceur et rugosité, les images sont ici altérés, grattées et poinçonnées de manière irrégulière.


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Piste bousculer

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Déstructurer le corps Le corps peut se ployer, s’étendre... se montrer d’une multitude de façon. Mais l’apparition de certaines prises de vue montre les corps, même les plus commun, comme des parcelles de peau étranges, parfois même comme des entités inhumaines. Dans la photographie de Francesca Woodman présenté ci-contre, le corps devient une continuité de l’animal, sans qu’on ne puisse concrètement délimiter de frontières. Son corps tortueux s’efface alors de la race humain pour n’être alors qu’une ligne courbe et continue dans cette espace.


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Francesca Woodman Providence, RI 1975-1978


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Piste 3 bousculer Déstructurer le corps

L’usage de gros de plans et de parties très minimes du corps permet ici de faire abstraction du corps «modèle» voir même du corps humain. La perte de repère et la confusion s’inscrit dans une première lecture, mais s’il est possible d’identifier en regardant attentivement chaque partie du corps.


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Travail personnel Photographies numĂŠriques / noir et blanc


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Piste 3 bousculer Déstructurer le corps

Corps noueux


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Les différentes parties mises côte à côte viennent former de nouvelles entités hybrides


Conclusions

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DAVID ALTMEJD, «Beauty in the Beast - mythogoly meets taxidermy.»


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«Dès le départ, j’ai voulu faire quelque chose de très différent de tout, de très bizarre, et en même temps de très séduisant, à une époque où ce n’est pas très à la mode d’être séduisant, confie le créateur. Certains disent que ce n’est pas le rôle de l’art d’être séduisant. Mais pourquoi les films pourraient-ils être visuellement magnifiques et pas les sculptures?» DAVID ALTMEJD

La part de séduction est incontournable lorsque l’on flirte avec l’étrange, et, bien que le but de l’art ne soit pas d’être en accord avec la société mais, au contraire, de la remettre en question perpétuellement, il est indispensable de la comprendre et de la cerner. Par l’intermédiaire de cette phase d’analyse et de recherche, des points clés ont été mis en exergue. Le corps est un moyen d’expression et de communication avant d’être une parure de mode, en bousculant ses codes on découvre peut à peut les enjeux qu’il véhicule. Ce qui a ici été étudié comme «difformité» se révèle en réalité être la diversité, celle des corps mais, au delà, celle des manière de penser. Cet ensemble de fait permet également d’opposer la notion d’identité propre à la notion de «norme». La norme ne permettant ni l’extravagance, ni la différence ni même l’acceptation d’un «autre».


Sources

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Philosophie

L’allégorie DE LA CAVERNE,

Platon (V° siècle avant J.C) , "La République", Livre VII http://fr.wikipedia.org/wiki/All%C3%A9gorie_ de_la_caverne

graphisme M/M Paris Magazine "étapes:" nov. 10 réf. é:186 p.28 http://www.mmparis.com/

T-BURO http://www.tburo.com/

Documentaire "Toqué de Tokyo" Par antoine de caunes diffusé le 15 nov. 2010 canal + Culte du corps et de sa mutilation volontaire au Japon (docu. Dernière partie)


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Art

L’exposition

"Beautés monstres, curiosité prodiges et phénomènes", Musée des Beaux-arts de la Ville de Nancy, du 24 octobre 2009 au 25 janvier 2010 regroupe plus de 200 œuvres sur le thème du monstre, du fantastique, de la créature hors-norme ou inquiétante. http://www.oboulo.com/exposition-beaute-monstres-musee-beaux-artsnancy-24-octobre-2009-117819.html http://www.latribunedelart.com/beautes-monstres-curiosites-prodiges-etphenomenes-article002377.html

DAVID ALTMEJD entrevue «La beauté du monstre» / Des oeuvres séduisantes Par Marie-Claude Bourdon réf. Magazine «Inter», Printemps 2007 - Vol.05 - #01 http://www.uqam.ca/entrevues/2007/e2007-099.htm

Lola Dupré Magazine "étapes:" mars 10 réf. é:178 p. 4-5 http://www.loladupre.com/

BETSY VANLANGEN magazine "étapes:" mars 10 réf. é:178 p. 8-9 http://www.paperblog.fr/2582892/betsy-vanlangen/

FRANCIS BACON "Francis Bacon peint l’homme" http://aphorismes.over-blog.net/4-categorie-855926.html


Faire naître l’étrange / Le corps mutant par Marina Costanzo, L3 AA 2010 - 2011 /


Marina Costanzo L3 - AA / 2010-2011 Semestre 1 - mĂŠmoire suivi

par m. Guerrin

Le corps mutant  

"Faire naître l'étrange : Le corps mutant." Projet de séminaire mené en L3 Arts Appliqués se présentant sous la forme d'un pré-mémoire.

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