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On remarque sur cette carte, adaptée de celle Murray de 1761, que la majorité des maisons du Coteau-Rouge (Sainte-Foy) étaient bâties au sud du chemin. Le terrain entre le bord de l’eau et le CoteauRouge semblait faire partie d’une zone humide. Il y avait très peu d’habitations sur le chemin de Chambly. Par contre, on en comptait plusieurs à l’ouest du chemin De Gentilly (RolandTherrien). De petits ruisseaux, à l’est de la rue Saint-Charles, se jetaient dans le fleuve Saint-Laurent. Finalement, la présence d’une grande quantité de petits îlots le long de la côte atteste que le niveau du fleuve était, selon certains écrits, plutôt bas du côté de la Rive-Sud.

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LE RÉGIME BRITANNIQUE

En 1792, les citoyens de Longueuil manifestèrent leur mécontentement envers la baronne et son époux à cause de l’augmentation des redevances seigneuriales. Le procureur général James Monk n’y alla pas de main morte dans ses commentaires. La situation n’était pas propre à la baronnie de Longueuil et elle tendait à se généraliser. Le 6 juin 1794, il livra ses commentaires au Secrétaire d’État, Henry Dundas : « Dans plusieurs parties de la province, les censitaires sont astreints pour la tenure des terres à des rentes et à des corvées exorbitantes comparativement à celles qui étaient attachées aux concessions en 1711. Dans bien des cas elles sont deux et trois fois aussi élevées que les rentes exigibles par les seigneurs en vertu de l’édit de 1711, conformément à l’intention du roi français, le cédant des fiefs... La huitième clause de ce bill a pour objet de mettre fin à ce doute, de fournir les moyens de rendre justice aux censitaires ou paysans de la colonie (qui se sont plaints fortement, et souvent, je crois, avec raison)... Sa majesté s’attirerait l’attachement sincère de ces sujets qui, bien que vivant sous des lois bienfaisantes et équitables, ne peuvent en retirer aucun profit pour eux, tandis que le riche recourant aux artifices ou se moquant de l’autorité, leur cause des torts et leur fait sentir leur état d’oppression. »

Il serait tentant et facile de faire un rapport entre l’incendie du château fort, en 1792, et le mécontentement des censitaires qui, comme nous venons de le voir, était loin d’être spécifique à la baronnie de Longueuil. Endosser cette hypothèse conférerait un caractère criminel à l’événement. Si les soldats occupaient encore le bâtiment cette année-là, comme le prétend Robert Rumilly, qui irait se risquer à l’incendier ? Quoi qu’il en soit, l’année 1792 fut difficile pour la baronne qui perdit aussi son fils Jean, inhumé, au mois de novembre, dans l’église Saint-Antoine. En 1805, Pierre Trudeau et André Noreau, de Longueuil signèrent une pétition adressée par 12 personnes à Napoléon dans laquelle ils signifièrent que : « Sire, nous attendrons de votre sollicitude paternelle que la paix ne se fera pas sans que nous ayons repris le nom de Français canadiens. Nous sommes prêts à tout entreprendre à la première vue des Français que nous regardons toujours comme des frères. » Le maître tonnelier de Saint-Constant, Jean-Baptiste Noreau, se rendit en France, mais sa pétition demeura stérile. Quant à la famille de la baronne, si les Grant ne purent se faire élire démocratiquement comme députés dans la circonscription électorale de Kent, Charles William, le fils de la baronne, réussit à se faire nommer, en 1811, au Conseil législatif de la province, poste qu’il occupa jusqu’en 1838. Le 20 mars 1806, la baronne Le Moyne perdit son époux, David Alexander Grant. En 1809, elle céda à la fabrique de la paroisse Saint-Antoine-de-Padoue le terrain de 51,8 mètres de front par 60,9 de profondeur, sur lequel était bâti le château fort alors en ruines, cette transaction fut entérinée l’année suivante par le gouverneur général James Henry Craig. En 1811, on construisit la nouvelle église sous la surveillance des syndics Louis Bétournay, Joseph Boutheiller dit Bonneville, François Ceré, Joseph Comtois, Luc Desautels, Joseph Dubuc, Joseph Préfontaine et Pierre Vincent. En 1810 et 1815, elle céda d’autres terrains pour y loger un cimetière. En 1838, la baronne obtint de la Fabrique qu’à son décès son corps fût inhumé dans la crypte de l’église telle qu’elle l’avait demandé en 1809. En 1812, le curé Chaboillez reçut de la baronne un terrain du côté ouest de l’église. Il y construisit une résidence de pierres qui ne comptait alors que deux étages. Cette maison porte aujourd’hui son nom. La même année, les États-Unis et le Royaume-Uni étant en guerre, le moulin du Vieux-Longueuil fut transformé en magasin à poudre. En 1814, on inaugura la nouvelle église. La rue Saint-Charles fut également ouverte. Fait plutôt étonnant, à la même époque, Antoine St-Amour construisit une petite chapelle, de 5 par 6,4 mètres, sur le terrain de la commune, rue Saint-Laurent Ouest, près du chemin de Chambly.

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La baronne, Marie-Charles Joseph Le Moyne (1756-1841). Photo collection Société historique et culturelle du Marigot.

En 1818, le gouvernement acheta à la baronne l’île Sainte-Hélène, l’île Ronde et l’île-à-la-Fraise pour des raisons militaires. La baronne reçut en échange divers terrains dont la vente lui permit d’acheter une maison de briques sur la rue Notre-Dame dans laquelle elle mourut, le 16 février 1841. Elle laissa dans le deuil sa fille Marie-Élisabeth, veuve de Nicolas Fortuné Charles de Montenach, et qui résidait rue Bleury, et son fils Charles William qui devint, à 59 ans, le nouveau baron de Longueuil et qui résida rue Saint-Gabriel, à Montréal. C’est de cette façon que commença le transfert de la baronnie de Longueuil de la famille Le Moyne, originaire de France, à la famille Grant, originaire d’Écosse. Son autre enfant, William, mourut en 1824 sans laisser de postérité. La baronnie de Longueuil fut alors évaluée à 33 000 £, la seigneurie de Belœil à 13 000 £ et le fief de Pierreville à 2 000 £. Marie-Élisabeth conserva en exclusivité, contre compensation, le fief de Pierreville, dans le district de Trois-Rivières, donnant sur la rivière Saint-François, et le reste des biens fut distribué selon la norme des 2/3 à Charles William et le 1/3 à Marie-Élisabeth. En 1819, André Achim sculpta les fonts baptismaux de l’église Saint-Antoine. En 1830, on construisit un nouveau presbytère, à l’angle sud-est du chemin de Chambly et de la rue Saint-Charles. L’année suivante, on y ajouta un charnier, car les cadavres qu’on ne pouvait enterrer à cause du gel du sol étaient volés, notamment par des étudiants en médecine. Au mois d’août 1834, une importante épidémie de choléra, apparue en 1832, emporta le curé Augustin Chaboillez (1773-1834). LES OBLATS

DE

MARIE IMMACULÉE

En 1842, les Oblats de Marie Immaculée, arrivés au Canada l’année précédente, s’installèrent dans la maison Chaboillez, cédée par Antoine Olivier Berthelet (1798-1872), homme d’affaires montréalais et philanthrope. Il avait épousé en 1822 Marie-Angélique-Amélie Chaboillez, fille du notaire Louis Chaboillez et de Marguerite Conefroy et nièce du curé Augustin Chaboillez. Reprenons la description du Codex des Oblats : « ... cette maison, bâtie en pierre, et à deux étages, est la plus élégante comme la plus belle de Longueuil, qu’il y a en outre des écuries spacieuses avec des greniers à foin, un vaste jardin à l’est, et à l’ouest une langue de terre, convertie en prairie, qui se prolonge du chemin qui la sépare de la maison, jusqu’au fleuve Saint-Laurent. » En 1844, la communauté fit construire un long hangar de pierres en face de l’édifice. En 1848, le bâtiment fut allongé de 9 mètres. Du côté ouest du hangar, il y avait alors un superbe jardin, aujourd’hui

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transformé en stationnement municipal. La communauté religieuse fondée par Joseph-Eugène de Mazenod resta à Longueuil jusqu’en 1850. Signalons que le père Jean-François Allard fut le confesseur des Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie. Cependant, l’Oblat le plus célèbre de Longueuil, malgré sa présence fort brève, fut Chiniquy. En 1846, il entra, comme novice, dans la communauté monastique des Oblats de Marie Immaculée, à Longueuil, mais quitta la vie monacale le 1er octobre 1847 et s’établit chez son protecteur, le curé de la paroisse de Saint-Antoine, Louis-Moïse Brassard qui le logea au presbytère alors situé sur le site actuel de la Banque Laurentienne, à l’angle de la rue Saint-Charles et du chemin de Chambly. Voulant remplacer les Oblats et prendre une partie du contrôle du couvent de Longueuil, Chiniquy devint l’ennemi juré de mère Marie-Rose Durocher, des Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie; celle-ci dut affronter tant les foudres de Chiniquy que du curé Brassard. De 1840 à 1850, Chiniquy retint l’attention en prêchant vigoureusement la tempérance à Longueuil. Il fut inondé d’honneurs : don d’un crucifix en provenance de Rome par Mgr Bourget, 300 jours d’indulgence accordés par le pape pour les membres de la tempérance, son portrait par le peintre Théophile Hamel, le 29 octobre 1848, et une médaille d’or le 15 juillet 1849. Son intervention força le maire du Village de Longueuil, Isidore Hurteau, à fermer sa brasserie. En 1851, il partit aux États-Unis, à la demande de l’évêque de Chicago. Il fut accusé, dès l’année suivante, d’avoir séduit une femme mariée. Abraham Lincoln, le futur président américain (1861-1865), assuma sa défense. Chiniquy fut innocenté. Excommunié en 1856 et en 1858, il devint presbytérien en 1859. Il épousa Euphémie Allard et revint au Québec. Il mourut le 16 janvier 1899 et fut enterré au cimetière Mont-Royal, à Montréal. Petite chapelle, ouverte en 1814, sur la rue Saint-Laurent Ouest, tout près du chemin de Chambly. Dessin original dans Jodoin et Vincent. Adaptation Marie-Josée Therrien et © Société historique et culturelle du Marigot.

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Église Saint-Antoine-de-Padoue construite en 1811 sur l’emplacement de l’actuelle cocathédrale. Dessin original dans Jodoin et Vincent. Adaptation par Marie-Josée Therrien et © Société historique et culturelle du Marigot.

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Plan du village de Longueuil de 1810. Adaptation d’un plan tiré de l’ouvrage de Jodoin et Vincent.

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Chemin du Lac Chemin De Gentilly

Coteau-Rouge

Chemin de la Savane

Côte-Noire Montée Sabourin Chemin de La Pinière

Chemin de Chambly

Adaptation de la carte de Joseph Bouchette de 1815. 55


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Village de Longueuil, en 1835. Adaptation de la carte incluse dans l’ouvrage de Jodoin et Vincent.

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Concessions en 1846.

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Concessions en 1846.

1851

1861

1871

374

344

373

Population

3 021

2 753

2 083

Canadiens français

2 854

2 718

1 971

Maisons habitées

Britanniques

7

3

83

Irlandais

68

31

34

Écossais

9

1

40

Catholiques

58

2 947

2 712

2 002


Longueuil 1657-2007