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EATING THE GOD


MANGER LE DIEU


La PIÉTÉ EST PREFERABLE à L’IMPIÉTÉ L’uni-jambe, tête de cigogne sur pied d’hippopotame, se rencontre parfois dans les forêts de Bourgogne, la nuit uniquement. Emblème Hiéroglyphique, P. Valeriano. 1561.

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AVANT-PROPOS Cet ouvrage est une percée. Trou noir de la raison, C’est la légende d’un mythe, qui est conté ici : l’Ile Déserte. Cartographie et iconographie des monuments authentiques, imaginaires ou faux, des systèmes linguistiques, ethnologiques, scientifiques, sont mis en oeuvre. C’est une architecture baroque qui s’édifie maintenant à la gloire d’un opéra en construction . Sans doute, de nombreux matériaux réunis ici paraissent-ils insolites, extravagants, en marge de la raison. Tous correspondent pourtant à une necéssité de fonder un monde régie par l”histoire et l’accomplissement de quelques Uns. Las de l’immédiateté, l’Ile, atteint souvent les régions de l’absurde et évolue dans l’impossible. Des objets égyptiens, des peintures hiéroglyphiques et des momies, des curiosités de toute espèce emplissent les cabinets des princes et des prélats.

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Préface | MANGER LE DIEU

Agir l’entre, le commun, Former l’expérience de la différence(s), Prendre conscience de l’altérité des langages, Et Faire corps.

X2 + Y2 = R2

Un langage ?

OUI, l’équation d’un cercle.

Oscillations de coordonnées dans l’espace.

Résonnance.

Retour au point d’origine.

Mon programme de recherche se fonde sur cette idée fondamentale qu’il ne peut y avoir de société sans cérémonie collective. A travers la pratique de l’exposition, une activité théorique et pratique partagée autour de centres d’intérêts communs, transdisciplinaires et de la réalisation d’artefacts, mes expérimentations se sont cristallisées autour d’un partage des savoirs. L’anthropologie, l’histoire naturelle, la biologie, les mathématiques, les arts visuels, la musique, la danse, l’architecture, et le livre sont des domaines que j’aspire à réunir dans l’attente de renouveler l’expérience conceptuelle et perceptive vécue par le spectateur. Il s’agit d’influencer les modalités de présence du regardeur dans le champ de la danse ainsi que ses formes interactives de réception ; il s’agit également d’interroger les conditions traditionnelles de visibilité et d’appréciation de l’art dans un espace d’exposition et dans un lieu scénique. Je souhaite m’inscrire dans la continuité du dieu fleuve de l’histoire, prendre position, établir des repères, fonder une cartographie pour la vie. Suturer, panser, faire, agir, cuire le monde1 et revendiquer des filiations, tels seront les enjeux de mon programme de recherche à mettre en partage avec le SACRe. De plus, le développement d’un langage spécifique à l’écriture numérique sera central et les compétences rassemblées autour du projet, fortes de leur diversité. Danseurs, danseuses, acteurs, actrices, ingénieur(e), mathématicien(ne) philosophe, historien(ne) et architecte porteront le projet à son acmé dans le but d’irriguer la vie. Par ailleurs, cette recherche continue s’ouvre aux potentiels « d’une utilisation magique de l’espace scénique reliant ce qui jusqu’alors était disjoint : acteur et public, auteur et metteur en scène, langage sonore et langage visuel, gestes, mouvements, cris, lumière. C’est ainsi que le théâtre se fait poésie dans l’espace. C’est ainsi que les mots redeviennent vivants et vibrants, matière sonore et visuelle, qu’ils se déploient comme des gestes physiques et concrets dans toutes les dimensions de la scène. Un langage proféré et projeté, qui se mue en force répétitive qui déstabilise l’ordre linéaire des vibrations, échos de bruits, modulations de voix, efficacité envoûtante de rythmes incantatoires ».2 1 2

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Charles Malamoud, Cuire le monde, rite et pensée dans l’Inde ancienne, Éditions La Découverte, Paris, 1989. Antonin Artaud, 50 dessins pour assassiner la magie, Éditions Gallimard, Paris, 2004, p. 6.


L’ambition de susciter un rassemblement autour de l’événement artistique rejoint l’art vivant comme vecteur d’un être-ensemble. Je souhaite activer plus spécifiquement des démarches chorégraphiques qui prennent comme point de départ esthétique et pratique l’ensemble des relations humaines qui parcourent l’espace d’exposition en tant que contexte social. Il s’agit aussi de ménager des zones de vide, pour respirer, d’ailleurs le poumon est un exemple de lacune féconde : de cette cavité, de ce manque de matière naît la respiration, de même que c’est du creux matriciel que sortent les vivants quand ils naissent. J’ai également entrepris depuis deux années avec l’Institut Henri Poincaré, maison des mathématiques et de la physique théorique depuis 1928, une étude sur l’histoire de la géométrie différentielle, une réflexion sur les dimensions et la conception moderne du cosmos. Mon intervention publique « L’île déserte acte 1, Fondation » dans la cour vitrée des Beaux-Arts en collaboration avec sept danseurs du CNSMDP m’a permis d’engager un rapport magnétique majeur dans la pratique artistique avec l’idée de la chute d’un corps en mouvement et le travail à l’œuvre dans les mécanismes gravitationnelles. voir le diagramme générateur et chorégraphique Il s’agit « de sonder les stratifications profondes constitutives de l’expression humaine en faisant fi des frontières temporelles, géographiques et historico-culturelles traditionnelles3 » et ainsi de partager les résultats de cette recherche avec le plus grand nombre sous la forme d’interventions publiques et de publications en langues française et étrangères. Je propose également, dans le cadre de ce projet, de faire émerger de nouvelles hypothèses quant aux modalités d’activation des différents éléments constituant un ensemble audiovisuel afin d’en assurer la pérennité. Il s’agit de repenser les problématiques de l’acquisition, les enjeux de la représentation et de la reproduction dans différents contextes et, notamment, la présentation publique répétée, la projection, la transmission, la conservation et les qualités immatérielles.

Marc Johnson

Aby Warburg, Miroirs de faille, à Rome avec Giordano Bruno et Édouard Manet, 1928-29, textes établis et présentés par Maurizio Ghelardi, 2011, p. 11 3

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SOMMAIRE en construction...

(français, russe, chinois, arabe, hébreu, coréen, indien, allemand, japonais, italien, espagnol, anglais)

1) COMMENT TRACE-T-ON UNE ROUTE A TRAVERS LA NEIGE VIERGE ? How trampled (to plot) a road through the virgin snow? Как топчут дорогу по снежной целине?

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Varlam Tikhonovitch Chalamov, La neige (through the snow, По снегу.) Jean-Michel Alberola : KOYAMARU, L’hiver et le printemps CONTRIBUTION Dmytro AFANASENKO CONTRIBUTION ≈ 1-2 reproductions, 1 double page

2) SEX[e] ‫ سنجل‬性别 секс セックス - - - - - - -

« De la différence » Alice Halter (texte)CONTRIBUTION ≈ 2-3 page Planches anatomiques des hydrozoaires ≈ 12 reproductions Fluorescent green transgenic mice with GFP gene ≈ 1 page pour 1 reproduction Syphonophore, The Monterey Bay Aquarium Research Institute ≈ 4 reproductions Introduction à la série d’Ahlam Shibli par Jean François Chevrier (texte) CONTRIBUTION 1-2 pages Trans, Ahlam Shibli CONTRIBUTION ≈ 1-5 reproductions Pourquoi ne pousserais-je pas un cri de cochon ? CYÖRGY KURTÁG

Почему мне не визжать свиньей… Why wouldn’t I shout as a pig squealing?

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Eleanor Heartney CONTRIBUTION 1-5 pages

3)

COMMENT ENFUME T-ON LES SORCIÈRES ?

*How to smoke witches ?

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Akira Kurosawa, le château de l’Araignée 1 reproduction d’image de film « Manger le Dieu » Eating the God (texte par Maurice Godelier) CONTRIBUTION ≈ 3-4 pages « The Island » Intervention publique chorégraphiée ≈ 34 reproductions Kader Attia CONTRIBUTION ≈ 1-4 double pages

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4) COSMOS - - -

« Le soleil chute » The sun’s fall (texte) CONTRIBUTION ≈ 6-8 pages François Apéry CONTRIBUTION (texte) ≈ 1-4 pages IHP Photographie modèle mathématique ≈ 10-15 reproductions


5)

DU CHAMP GRAVITATIONNEL À L’ÉPREUVE DES SOLDATS

* Gravitational field in reply to soldiers | Campo gravitazionale in risposta ai soldati | Gravitationsfeld in Antwort auf Soldaten 兵士への応答に重力場 | 引力场的士兵在答复

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Image noir et blanc détails (zeppelin, œil du cyclone, manège, soldat) ≈ 7 images [[Statut de Rome]] ≈ 1 page citation + QR code « Du Nombre… » Jacqueline Lesschaeve CONTRIBUTION ≈ 3-4 pages « Necro-economy » Eyal Weizman CONTRIBUTION ≈ 3-4 pages

6)

« ZWEI SEELEN WOHNEN, ACH ! IN MEINER BRUST »

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« L’idiot » Emmanuel Comtet (texte) CONTRIBUTION ≈ 10 pages « À l’écoute » : Psychanalyse et pensée analytique CONTRIBUTION Santé mentale et révolution CONTRIBUTION « Le complexe de l’ascenceur » (the complex of the lift, der Komplex aus dem Aufzug) Herzog et de Meuron, une exposition par Remy Zaugg TRADUCTION FRANÇAISE

7)

L’IMAGE, L’ANIMAL

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« GodDog » ≈ 8-15 reproductions d’image de film « Camérer » par Fernand Deligny (dans Caméra/Stylo, n°4, septembre 1983) Prédation CONTRIBUTION ≈ 5-6 pages

8)

DU PAYSAN * Peasant

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Madeleine Bernardin Sabri, image extraite de l’ensemble « Alexandrovka » Alain Bonfand (texte) CONTRIBUTION ≈ 1 double page + 6 double page traduction Brancusi, l’ensemble monumental de Tîrgu Jiu et la culture traditionnelle du paysan roumain Photographie de Florian Fouché et Claire Tenu CONTRIBUTION ≈ 1-7 reproductions « ATLAS in-situ » ≈ 7-10 images Dürer, « monument commémorant une victoire sur les paysans ». 1 reproduction

Gravure sur bois extraite de l’Underweysung der Messung…, Nuremberg, 1525.

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Jeff Wall, « The thinker », 1986 CONTRIBUTION Akira Kurosawa, les 7 samourais (drapeau-invasion) 1 reproduction d’image de film

9)

AVONS NOUS JAMAIS ÉTÉ ? Have we ever been ?

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Du creux matriciel d’ou sortent les vivants quand ils naissent (texte) CONTRIBUTION (Charles Malamoud) * On matricial void, where life emerge.

* Deux ames, hélas ! se partagent mon sein (Traduction Gérard de Nerval) - Two souls dwell, alas! in my breast


EATING THE GOD


00 00 43 s

“ Disruption “ Vidéo projection 2m 22s 2006-12

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« Du champ gravitationnel à l’épreuve des soldats »

00 02m 22 s

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Albrecht Durer, 4.3 Inv. - Nr. 704, Rontgenmontage. 1988, Kristalloflex II, 25, 15 kv, 15 mA, 40 sec, 100 cm, Agfa Strukturix D7 DW 30


Comment trace-t-on une route à travers la neige vierge ? Как топчут дорогу по снежной целине?

Sur la neige Comment trace-t-on une route à travers la neige vierge ? Un homme marche en tête, suant et jurant, il déplace ses jambes à grand-peine, s’enlise constamment dans une neige friable, profonde. Il s’en va loin devant : des trous noirs irréguliers jalonnent sa route. Fatigué, il s’allonge sur la neige, allume une cigarette et la fumée du gros-gris s’étale en un petit nuage bleu au-dessus de la neige blanche étincelante. L’homme est reparti, mais le nuage flotte encore là où il s’était arrêté : l’air est presque immobile. C’est toujours par de belles journées qu’on trace les routes pour que les vents ne balaient pas le labeur humain. l’homme choisit lui-même ses repères dans l’infini neigeux : un rocher, un grand arbre ; il meut son corps sur la neige comme le barreur conduit son bateau sur la rivière d’un cap à l’autre. Sur la piste étroite et trompeuse ainsi tracée, avance une rangée de cinq à six hommes. Ils ne posent pas le pied dans les traces, mais à côté. Parvenus à un endroit fixé à l’avance, ils font demi-tour et marchent à nouveau de façon à piétiner la neige vierge, là où l’homme n’a encore jamais mis le pied. La route est tracée. Des gens, des convois de traîneaux, des tracteurs peuvent l’emprunter. Si l’on marchait dans les pas du premier homme, ce serait un chemin étroit, visible mais à peine praticable, un sentier au lieu d’une route, des trous où l’on progresserait plus difficilement qu’à travers la neige vierge. Le premier homme a la tâche la plus dure, et quand il est à bout de forces, un des cinq hommes de tête passe devant. Tous ceux qui suivent sa trace, jusqu’au plus petit, au plus faible, doivent marcher sur un coin de neige vierge et non dans les traces d’autrui. Quant aux tracteurs et aux chevaux, ils ne sont pas pour les écrivains mais pour les lecteurs. 1956 Varlam CHALAMOV, Récits de la Kolyma, sur la neige, Traduit du russe par Sophie Benech, Catherine Fournier, Luba Jurgenson, Éditions Verdier, Collection « Slovo » dirigée par Hélène Châtelain, 2003, p 23

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The relation of a man to his totem is one of friendship and kinship ; as far as possible he identifies himself with his totem. The respect which a man owes to his totem as a kinsman and friend usually prevents him from killing and eating it when it is an edible animal or plant ; but sometimes he kills and eats it for the purpose of identifying himself with it more completely. Perhaps the original custom was to eat the totem, and the later custom was to abstain from it. Similarly people used to eat their dead relations as a mark of respect and affection, but later times they ceased to do so.

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2010 « Bushido » Magic room, Nadiff books bldg 4F, Shibuya-ku, Tokyo

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Exposition personelle, 2009 « Orphée » « Dédale in-situ », filet, dimension variable « L’aval d’ombre », bache noir, 250 x 700 cm « Aménophis IV fils » impression sur polyester transparent, 180x 500cm

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«Scénario pour une métamorphose » graphite sur papier et impression sur plexiglass Dimensions : 260x 140 cm, diptyque, 2009


«Disruption Story » détail (après Durer) Technique : Impression sur Arches satiné Dimensions : 56 x 76 cm, 2009 série de 9 dessins édités à 12 exemplaires,


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Nikola Tesla seated inside a circular framework of 51 feet in diameter, which supported the primary and secondary conductors of the largest Tesla coil ever built, Colorado Springs experimental station, 1899.

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Photographies Collections d’objets mathématiques, Institut Henri-Poincaré maison des mathématiques et de la physique théorique 2010

Diagramme : mécanisme générateur de la surface de Boy, Hypocycloid

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Surface de Boy degré 6, prototype pour un pavillon, stéréolithographie, 22 x 22 x 18cm 2010 « Arithmétique ! algèbre ! géométrie ! trinité grandiose ! triangle lumineux ! [...]Celui qui vous connaît et vous apprécie ne veut plus rien des biens de la terre se contente de vos jouissances magiques et, porté sur vos ailes sombres, ne désire plus que de s’élever, d’un vol léger en construisant une hélice ascendant vers la voûte sphérique des cieux »[...] [...] ô mathématiques saintes, puissiez-vous, par votre commerce perpétuel, consoler le reste de mes jours de la méchanceté de l’homme et de l’injustice du Grand-Tout! » Isidore Ducasse, Lautréamont, Maldoror et Poêmes, Chant 2

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2011


ATLAS in-situ

Installation in-situ, dimension variable 16m x 22m x 18m, bambou, caoutchouc. Cour vitrĂŠe, Beaux-Arts de Paris,


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Cycle de danse Danseurs : Soa Ratsifandrihana Yoann Hourcade Jim Couturier Nikkita Goile Steven Hervouet Ghislain Grellier Louise Hakim NoĂŤllie Poulain 2010-2012

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Au CNSMDP et dans la cour vitrée du Palais des études des Beaux-Arts de Paris.

Les “mots-actions”, objet du travail d’écriture chorégraphique agissent tels des amorces de récit et donnent l’opportunité aux danseurs d’improviser leurs savoirs dans l’espace : S’éloigner, Contraindre, Ouïr, Ausculter, Éblouir Illuminer, Transparaitre, Rattraper, Se tordre Écarter, Élancer, Soutenir, Apposer, Coupler Lâcher, Lancer, Sauter, Gémir, Imiter, Pleurer Tomber, Pointer, Tourner, Tourbillonner, Encadrer Défenestrer, Doubler, Tripler, Monter, Maintenir.

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18 séquences de : « L’île déserte, Acte 1, Fondation, septet » Lieu de réalisation : Cour vitrée, palais des études, Beaux-Arts de Paris, 2011. Dispositif interactif : leds, interface OSC, contrôle DMX, environnement temps-réel, Dimensions : Ø 10m Durée : 14m 50s

00 00 07 s

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00 14m 50 s

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détail de : « L’île déserte, Acte 1, Fondation, septet » Lieu de réalisation : Cour vitrée, palais des études, Beaux-Arts de Paris, 2011. Dispositif interactif : leds, interface OSC, contrôle DMX, environnement temps-réel, Dimensions : Ø 10m Durée : 14m 50s 91


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Marc Johnson Simon Ghraichy Alexandre Chevallier Orchestral Chimera After Sergueï Prokofiev “ Toccata ” Op. 11. “ Diabolic Suggestion ” Piece for piano & Electronic instruments 12.1

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“ Au moment de l’Apocalypse, quand chacun aura le droit d’emporter quelque chose avec soi dans l’autre vie, je te vois bien emporter cette île.” Klaus Rinke

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