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un lieu, une prière pierre-yves zwahlen - textes marc-andrÊ marmillod - photographies


Je défaille Je déraille Je dérouille Et je t’aime Je délice Je dévisse Je t’enlace Et je t’aime Oh là-haut ! Dans les précipices J’ai glissé Et tu m’as rattrapé. Arthur H

Oh là-haut


Êtes-vous là, êtes-vous proche Ou trop loin pour entendre nos cloches Ou gardez-vous les mains dans les poches Ou est-ce vos larmes quand il pleut ? D’en haut de vos très blanches loges Les voyez-vous qui s’interrogent Millions de fourmis qui pataugent La tête tournée vers les cieux. Sommes-nous seuls dans cette histoire, Les seuls à continuer à croire, Regardons-nous vers le bon phare Ou le ciel est-il vide et creux ? Francis Cabrel Le chêne-liège


préface Ce livre est le résultat de deux cheminements différents, mais parallèles. Marc-André Marmillod et Pierre-Yves Zwahlen ont tous deux désiré explorer les méandres complexes de leur quête spirituelle. Pour ce faire, ils ont naturellement opté pour le média qui leur était le plus naturel, à savoir la photographie pour Marc-André et l’écriture pour Pierre-Yves. Marc-André s’est rendu régulièrement au bord du lac Léman, près du charmant port de La Tour-de-Peilz. Là, il a pris le temps de la méditation et de la recherche intérieure. Il en a immortalisé le résultat au travers d’une série de photos prises toujours au même endroit. Pierre-Yves, de son côté, a choisi de mettre en mots le résultat de ses quêtes spirituelles. Il a ausculté son âme pour tenter de découvrir ce chemin mystérieux et secret qui nous permet de dépasser nos réflexions humaines et d’entrer dans le monde de la spiritualité. Entre écoute et doutes, élans de foi et perplexité, il trace un chemin qui nous aidera peut-être à nous ouvrir, nous aussi, à une réalité qui nous dépasse et pourtant nous rejoint.


rendez-vous


J’ai choisi un lieu qui me ressemble. Un endroit ouvert, à l’horizon dégagé. J’ai choisi un banc pour m’y asseoir et y être bien. J’ai choisi de venir le matin de bonne heure, dans l’espoir que cette journée soit… une journée de bonheur.


J’ai choisi cet endroit, pour te rencontrer. En fait, je me rends compte que j’ai tout choisi ! Le lieu, le panorama, l’heure, le banc… Je ne te laisse pas vraiment le choix !


C’est déjà le troisième matin que je viens ici ! Troisième rendez-vous ? Je ne t’ai pas encore rencontré, pas encore vraiment attendu… J’ai profité de la vue, de la quiétude du lieu, du confort relatif du banc, de la douceur du vent sur mon visage. J’ai apprécié, à sa juste valeur, ce temps en dehors du temps, à l’aube de ma journée. Demain, je t’attendrai !


Je suis là ! Je t’attends !


Hier, tu n’es pas venu ! Ou alors, tu es venu et je ne t’ai pas vu ! Il y avait une voile sur l’horizon, j’ai cru que c’était un signe, que tu étais dans ce frêle esquif qui avançait lentement vers moi au souffle incertain de la brise matinale. Mais non, je m’étais trompé ! Viendras-tu aujourd’hui ?


Pourquoi ne viens-tu pas ? Pourquoi me laisses-tu seul sur ce banc froid, humide de rosée ? N’aimes-tu pas ce lieu ? Aurais-tu préféré la montagne, ou la tiédeur d’un feu de cheminée ? J’ai besoin de toi ! J’ai besoin de te rencontrer, besoin de te parler… À demain !


perdu de vue


Ce matin, j’ai relu les mots que tu m’as écrits. Ces mots qui parlent de fidélité, d’absolu, d’amour éternel. Je les ai reçus comme un cadeau de ta part ! J’aurais aimé te le dire de vive voix, face à face, mais je suis seul sur mon banc… L’eau, le ciel, tout se mélange devant moi. Le ciel a pris la couleur du lac, à moins que ce ne soit l’inverse. La lumière est comme aspirée par les brumes matinales. Elle semble prisonnière de cette masse informe qui l’empêche de rayonner comme à son habitude. Le ciel me ressemble ce matin. Comme moi, il paraît lourd, triste et sans allant. Est-ce un signe ? Qu’est-ce que j’attendais exactement en venant ici à l’aurore ? Un miracle étonnant, une voie directe avec le ciel ? Est-ce que je rêvais d’une chorale céleste, d’un séraphin jouant de la harpe sur un nuage chantilly ? Ai-je vraiment besoin de cela pour te rencontrer ? Le miracle est-il l’élément indispensable à nos rendez-vous ?


J’ai repensé à ce que tu m’as dit un jour… Oui, j’ai bien dit : « Ce que tu m’as dit… » Je crois que ces pensées qui m’agitent ne sont pas le seul fait de mes cogitations personnelles. Tu y glisses discrètement tes réflexions, tes paroles. Ce n’est pas tout à fait comme ça que j’imaginais nos rencontres, mais si c’est ta manière à toi de me rejoindre, alors je l’accepte. Je n’ai pas besoin de miracle, ta présence me suffit ! J’ai décidé de faire silence, de me taire devant toi… Sous mes fesses, le banc est dur et froid. Devant moi, la brume se bat avec la lumière de l’aube. Sur ma gauche, j’entends le léger murmure de l’eau sur la coque d’un bateau. J’écoute… Je suis bien, je sais que tu es là !


La lumière a triomphé de l’obscurité ! Le soleil a vaincu les brumes. Pour la première fois depuis que je viens sur ce banc, je ressens vraiment ta présence. J’avais besoin de ce signe, besoin de voir de mes yeux ce que tu murmures dans mon cœur ! Je sens en moi la douce chaleur du soleil levant. Tu me dis des mots d’espérance, des mots joyeux, heureux comme le rire d’un enfant, simples comme les gestes de tendresse d’une mère pour son petit, puissants et troublants comme les baisers d’un amant pour son amante.

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Un lieu, une prière  

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