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manuel henry

QUESTIONS d’ECHELLES


SOMMAIRE INTRODUCTION .07 DEFINITIONS .15 échelle du fragment .18 échelle de la pièce .21 échelle de l’aire de chalandise .25 échelle de la région .29 architecture .32 urbanisme .35 aménagement du territoire .39 réalités des pratiques professionnelles .40 planification .44 projection .46 temporalités .47

19. 22. 26. 31.

exemples développés

ensa nantes île de nantes lille métropole europe du nord ouest

ARTICULATIONS .55 matriochkas .57 puzzle - domino - mikado .60 top-down .64

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bottom-up .68 réseau .70 système .73 zoom / dézoom (longue vue) .75 connaissance .79 essai/erreur/correction (itération) .82 exemples développés 59. 62. 66. 71. 76. 80.

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CONCLUSION .89 BIBLIOGRAPHIE .95 ouvrages .95 revues .100 travaux universitaires / actes de colloque .101 sources iconographiques .102

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INTRODUCTION

«Et cette fois encore nous sommes hors du temps.» Fernand Braudel1

Raconter un projet d’architecture, un projet urbain, un projet territorial, ne se fait pas par l’unique et seul exposé de l’objet projeté, mais par un tout définissant l’objet, venant d’une échelle transversale, s’inscrivant dans une seconde plus grande, nécessitant des interventions à une troisième échelle... Pour se calquer sur la démarche initiée par l’Ecole des Annales et reprise par Fernand Braudel2, la question de territoire, de projet urbain, d’architecture, prend aujourd’hui de multiples sens et l’on ne peut plus se contenter de la prendre en compte uniquement depuis son domaine d’intervention. Se pencher sur un projet n’est plus la question d’un

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corps de métier, de la maîtrise d’une technique ou d’un outil, et nécessite une évolutivité, une mutabilité qui fait appel à son tour à une ouverture chaque fois plus forte. La question de l’échelle se pose continuellement dans le travail des architectes et urbanistes. C’est un rapport, mais aussi une contrainte. On l’aborde en rapport de comparaison, de mesure, de proportion. Mais elle est aussi un outil d’appréhension d’un territoire, d’une ville, d’un quartier. Elle est présente dans toutes les phases du projet, et amène vite à une nécessité de limites, de définition. Dans notre société contemporaine, un virage s’est imposé petit à petit, celui du développement durable, auquel je préfèrerai dans ce mémoire le terme soutenabilité. Cette problématique devient aujourd’hui inévitable, et intervient dans toutes les sphères de la société, depuis les modes de gouvernance jusqu’à la consommation en énergie de chaque ménage. Les architectes et urbanistes jouent un rôle très important dans ce processus, intervenant à plusieurs échelles. Ils établissent souvent le lien entre diverses actions (global/local) et participent à l’application de ce concept de soutenabilité du développement à un territoire donné. Ces questions sont soulevées dans tous les projets ou recherches menées sur les villes et le territoire actuellement, nourrie par des débats pu-

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blics (comme on a pu le voir dans le cas du Grand Paris récemment) et des analyse des réalisations ou des projets en cours. Les architectes et les urbanistes se retrouvent ainsi petit à petit confrontés à une nouvelle échelle de projet, comme ils ont pu l’être au début du XXème siècle (Camillo Sitte3 relevait alors que l’architecte devait élaborer les « échelles d’intervention propre à la ville moderne de plusieurs millions d’habitants »). Le projet s’inscrit dès lors à toutes les échelles géographiques, mais aussi dans une temporalité qui n’est plus linéaire. Les phases de prospection, planification, programmation et projection ne se succèdent plus, mais s’imbriquent réellement. La connaissance du territoire nécessite donc une lecture fine pour se permettre d’intervenir en prenant en compte toutes les échelles, et concevoir le projet en accord avec toutes les dimensions d’appréhension du territoire. La question des articulations se présente donc comme centrale : comment se rencontrent ces échelles ? comment s’imbriquent-elles ? comment se juxtaposent-elles ? comment se questionnent-elles et se répondent-elles entre elles. En d’autres termes, quelles relations entretiennent-elles ? et jusqu’à quel point influencent-elle le travail des architectes et celui des urbanistes ? Dans cet imbroglio, l’hypothèse la plus probable

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est celle de la complexité, de la pluralité d’approches nécessaire pour s’inscrire, répondre, et correspondre aux différents systèmes et critères définis, qui sont eux même en perpétuelle évolution et transformation. La main de l’architecte n’est pas la seule à pouvoir dessiner le monde comme le dit Gropius, mais elle doit savoir connaître les enjeux, les échelles, les acteurs du projet, comprendre les phases et les temporalités en présence. Les rôles transversaux des architectes et urbanistes se nourrissent aujourd’hui de domaines divers pour rester en cohérence avec les enjeux actuels d’une société globale, en mutation perpétuelle. Les outils sont donc issus de ces sciences formelles, de l’ingénierie, mais aussi des sciences humaines et sociales, de pratiques d’enregistrement du territoire, de manières de l’inventorier et de le percevoir.

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L’ampleur d’une telle question couvrant tant de domaines, aussi bien théoriques que pratiques, prospectifs qu’exécutifs, d’outils analytiques ou projectionnels, que les traiter dans un mémoire n’est pas possible. L’importance de redéfinir le champ des recherches s’est très vite présentée, et l’optique envisagée est plus celle d’un travail exploratoire, permettant de définir certaines limites, certaines bases pour la question posée. Des entretiens exploratoires (A. Querrien et G. Novarina) m’ont permis de définir des limites, des axes directeurs, d’identifier des opérations


permettant de nourrir ma réflexion et l’emmener sur un terrain propice à un exercice de mémoire de master d’architecture. Ce mémoire se compose donc en premier un travail de compréhension par des définitions simples des échelles, de leur relation, de leurs temporalités, des modes de conception et des réalités en présence constitue la première partie de ce mémoire, suivie d’un questionnement sur les articulations et un essai de typologie pour mieux comprendre les interfaces/ interférences de chacune des échelles, de leurs acteurs. Le tout est nourri d’exemples permettant d’illustrer les propos au fil du texte, mode de référence préféré à une réelle étude de cas, envisagée comme troisième partie mais qui présente un travail conséquent qui pourra être poursuivi par la suite.

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Quatrième de couverture écrite par F. Braudel luimême pour son ouvrage La méditerranée, l’espace et l’histoire. 2 Courant d’études historiques fondé par Lucien Febvre et Marc Bloch, l’Ecole des Annales veut se pencher sur une histoire totale, en ne se limitant plus aux seuls aspects politiques, militaires ou diplomatiques, et instaurant le principe de temps long. Fernand Braudel sera le porte drapeau d’une seconde génération d’historien défendant ces idées, en publiant sa thèse (La méditerranée et le monde méditerranéen à l’époque de Philippe II) qui marque un tournant dans l’historiographie puisqu’il traite moins de Philippe II que de la question d’un territoire, la méditerranée. 3 SITTE, Camillo, L’art de bâtir les villes : l’urbanisme selon ses fondements artistiques, Ed° L’Equerre, Paris, 1984 1

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DEFINITIONS

«Echelle

: données temporelles et spatiales (…) qui changent constamment selon les variables dynamiques qui décident du devenir régional ou local.» Milton Santos1

Les différentes échelles définies dans cette première partie ne sont pas un catalogue exhaustif, elles simplifient la vision du champ des facteurs à prendre en compte depuis le poste de l’architecte et de celui de l’urbaniste. Chacune a trait à son tour à d’autres échelles à prendre en compte, qu’elles contiennent, dans lesquelles elles sont inclues ou qui lui sont transversales. La définition d’une échelle dépend tant du but recherché que de l’articulation que l’on souhaite donner à l’ouvrage. Pour cela, plusieurs théoriciens, architectes, urbanistes, géographes, sociologues (...) ont défini leurs échelles selon les besoins de leur démonstration. Cela n’est pas une base faussée dans la démarche, juste

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un premier pas permettant par la suite de développer une pensée. Comme exemple, nous pourrions prendre le cas de J. Tricart, professeur en géographie humaine, cité par A. Rossi pour sa définition de trois échelles distinctes et facilement identifiables qui lui permettent de poser des limites pour son analyse sociale de la ville : «l’échelle de la rue, comprenant les constructions et les espaces non construits qui la bordent ; l’échelle du quartier, constitué par un ensemble d’îlots présentant des caractéristiques communes ; l’échelle de la ville tout entière, considérée comme un ensemble de quartiers»2. Nous voyons ici un exemple d’arbitraire flagrant dans ces définitions, mais elles ne sont qu’une étape dans la démonstration voulue par l’auteur. Bien sûr il omet bon nombres d’échelles appartenant à des domaines très divers, mais il cerne ce qui est important pour monter sa réflexion. Ph. Boudon quant à lui tente d’avoir une approche pluridisciplinaire, et quasi exhaustive, de la question lorsqu’il parle d’échelle (tout en admettant lui-même qu’il choisi aussi d’oublier certaines d’entre elles) : il propose par exemple pour une piscine quatre échelles différentes, allant de la sphère sociale à l’outil de mesure du maçon3. Le propos qu’il développe ensuite reste très centré sur la question de l’espace architectural, faisant preuve d’une vision très fine de l’importance de l’échelle en architecture depuis l’antiquité jusqu’à nos jours4. Ce travail

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sur le bâti présente un intérêt réel sur la méthodologie d’étude des échelles qu’il est bon à prendre en compte même pour une analyse sortant de l’espace architectural. L’identification des échelles nécessaires pour ce mémoire part d’un encart rédigé par David Mangin intitulé «Mieux repérer trois échelles de maîtrise des limites»5. Sont identifiées l’échelle métropolitaine, l’échelle des «pièces» et l’échelle architecturale. J’y ajouterai un dernier niveau, celui de l’échelle régionale, et je modifierai les définitions et nominations de chaque échelle. Comme souligné dans les paragraphes ci-dessus, ces échelles sont arbitraires et peuvent être complétées par d’autres niveaux, transversaux ou interstitiels, mais le but de ce mémoire est de définir une base de travail permettant une étude de cas pertinente par la suite. De même, les trois domaines d’appréhension et d’études des échelles architecture, urbanisme, aménagement) ne sont pas les seuls, mais partent de l’idée de projet ou de planification, et nourrissent en ce sens l’exercice des architectes et urbanistes. Il ne faut en aucun cas tenter de voir un rapport direct entre une échelle, un domaine d’études et/ou une profession. Ce serait là un raccourci dangereux et une approche erronée de la vision des échelles telle que je l’entends dans ce mémoire. Les définitions des phases de conception

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territoriale (planification et projection) viennent étayer le propos en y apportant une dimension opération et la question de la temporalité introduit une dimension qu’il est difficile d’ignorer dans ce mémoire, étant la clé de nombres de relations traitées et mises en évidences dans la seconde partie. échelle du fragment Cet ensemble pourrait être apparenté à l’échelle de la limite cadastrale : le terrain de la villa individuelle, la parcelle d’un édifice. Elle prend en compte les questions de contexte, d’environnement proche, de perception d’un bâtiment propre depuis tous les points de vue imaginables. L’importance de cette échelle réside dans la centralité du bâti, de l’édifice, qu’il soit un centre commercial ou un abri à vélos. Les dimensions dépendent du programme, pouvant aller de 10m² à des dizaines -voir des centainesde milliers de mettre carrés (d’occupation au sol) pour les plus grands bâtiments. La dénomination fragment vient du fait que l’on sait que cette échelle fait partie d’un tout, d’une multitude d’autres ensembles, mais qu’elle se pense comme un fragment unique que l’on peut facilement identifier. L’édifice est donc un fragment bâti qui appartient à diverses entités qui s’identifiant à d’autres échelles.

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L’avantage de cette échelle est qu’elle est représentée par un bâtiment reprenant la


ENSA NANTES Lacaton et Vassal - Livraison prévue en 2006 26.000 m² (12.500 requis, 8.000 de terrasses)

Cet édifice est très simple de conception : trois plateaux de bétons à 9 16 et 22m du sol libres d’usage, pour créer des espaces ouverts ou fermées, et permettre de futurs agrandissements du bâtiment selon les usages. Il s’insère dans le projet urbain de l’île de Nantes, se positionnant comme un grand équipement (aux cotés du palais de justice de J. Nouvel). La principale critique dont il fait l’objet vient du principe même de l’occupation libre et la possibilité d’agrandissement : l’ENSA n’ayant besoin à ce jour que de 18.500 m², les surfaces supplémentaires ne pourront être accessibles comme terrasses faute d’assurance trop coûteuse à l’administration de l’établissement.

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question de l’incarnation physique de l’échelle définie. Cela simplifie l’identification, mais en fait aussi un objet formel qu’il faut prendre en compte pour se pencher sur les autres échelles. L’objet formel de l’édifice, bien que ne répondant qu’à la problématique de l’objet architectural, s’inscrit dans toutes les autres échelles, puisqu’il fait partie de nombreux systèmes. L’insertion, le positionnement du bâtiment, son élévation, son impact sur le voisinage (…) font partie intégrante de cette échelle puisqu’elles dépendent et définissent l’édifice depuis la base. Bien entendu, ne s’attacher qu’à l’édifice serait une erreur, comme cela a été mentionné cidessus, la question du bâti s’apparente à la question de la parcelle, donc des espaces vides, des espaces verts, des espaces publics ou privés extérieurs, à la question du voisinage de la parcelle. Dans une optique actuelle de pensée globale et soutenable, cette échelle dispose d’outils physiques et techniques facilement identifiables pour suivre ces problématiques contemporaines. E traitement de l’orientation, des masques solaires, de la passivité d’un bâtiment, de sa faible consommation, de sa production d’énergie, de traitement des eaux, de traitement des déchets (…), ont toutes été développées depuis les années 1970 et prennent une ampleur, aujourd’hui médiatique

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et économique, qui les amène au devant de la scène. Leur réponses sont multiples, et prennent toujours en compte la qualité du bâti, mais aussi son confort, son efficacité énergétique, son lien au tissu urbain existant, sa capacité à se relier à des réseaux et infrastructures existants… échelle de la pièce Le quartier serait donc l’échelle suivante, le premier réseau dans lequel s’inscrit la question du bâti. Les formes du quartier sont très diverses, allant du lotissement au campus en passant par la ZAC (Zone d’Aménagement Concerté), n’ayant donc pas uniquement une seule et unique fonction. Pour cela la dénomination de «pièces6» utilisée par David Mangin peut avoir une réelle vertu, s’éloignant ainsi du concept de quartiers souvent attaché à une fonction (quartier résidentiel, quartier d’affaire…). Ces pièces admettent une d’organisation globale de fragments bâtis, répondant ainsi à des impératifs définis par des instances plus hautes que celles du projet et de son contexte. La cohérence n’est alors pas une nécessité, la pièce ne pouvant trouver sa définition que dans des limites administratives (comme l’exemple de la ZAC). Toujours est-il que la cohérence joue aujourd’hui un rôle important dans les décisions et le suivi de ces zones : la cohérence intrinsèque mais aussi la cohérence avec les infrastructures, les relations

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ILE DE NANTES Restructuration confiée à l’Atelier de l’île de Nantes par les élus. Surface : 337 ha L’intérêt de cette opération urbaine réside principalement dans l’élaboration par l’Atelier de l’Ile de Nantes (dirigé par A. Chemetoff) d’un plan guide dès le début des opérations. A mi chemin entre un projet urbain et un plan de ville, cet outil à permis à tous les acteurs de se mettre d’accord pour définir le futur de l’île.

Espace public existant (1) et projeté (2)

Il s’est imposé pour plusieurs raisons, tout d’abord face à la grandeur de l’opération (environ 350ha), ensuite par la multiplicité des acteurs participant, et enfin par le caractère historique, central et passager de l’île.

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«Tout y est dessiné avec une égale précision»7, l’existant comme les hypothèses d’occupation. Plus qu’un plan d’exécution, il est utilisé comme un outil de discussion, d’évolution des idées, et s’adapte aux acteurs, aux changements, et permet de construire tout en ayant une idée ce qui va se passer à coté («un projet d’aire de jeux (…) peut s’implanter en tenant compte d’une voie prévue»). La démarche est de chercher une véritable cohérence entre l’existant et le futur, de jouer avec les diverses temporalités en présence.

Extrait du plan guide

«Il importe que le projet proposé puisse répondre aux demandes immédiates, intégrer les aménagements provisoires, et tout ce qui constitue la vie d’un quartier. Quelle serait sa valeur si, confronté à la discussion avec les habitants, il ne pouvait être modifié et amélioré ? Les invariants sont les éléments qui se réalisent ou ceux qui perdurent et s’imposent à tous comme des évidences, inscrites sur le sol ou sur les cartes.»8 Alexandre Chemetoff

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avec les autres pièces de l’agglomération, l’inscription dans le réseau urbain, dans une politique territoriale. S’il fallait y indiquer une échelle physique, la limite de certaines pièces pourrait se définir assez facilement (pour une ZAC, des limites en nombre de logements sont édictées par une circulaire) alors que pour d’autres la question est plus épineuse : comment définiton un centre ville (limites historiques, limites économiques, limites culturelles …) ? Quelle est la taille minimale d’un lotissement (définition d’un COS commun ? d’une unité architecturale supplémentaire au PLU ? d‘un découpage de terrain ?) ? La pièce se définit donc plus par une question de cohérence que par une échelle quantifiable en hectares ou mètres carrés. Elle s’inscrit parfaitement dans la question de la soutenabilité, permettant de générer des réponses à une échelle plus grande que celle de l’édifice seul. Les réflexions sont menées à l’échelle d’un quartier, permettant des solutions plus globales, parfois moins concrètes, mais tout aussi importantes que des mesures techniques ou physiques auxquelles l’architecte a recours facilement à l’échelle du bâti. La question des transports entre directement en considération, permettant ainsi une réduction de l’utilisation du véhicule individuel (sauf dans

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le cas du lotissement, selon son attachement ou détachement du tissu urbain). Les questions des espaces verts, des espaces publics, de la mixité de fonctions, du faible déplacement, du degré de dépendance vis-à-vis des autres pièces, sont aussi des questions qui se posent aussi et les réponses peuvent varier tout en gardant à l’esprit l’orientation soutenable de l’opération. La mutualisation des problèmes mène à une mutualisation des solutions, à une cohérence plus grande ce qui offre à la pièce son identité et son existence physique. échelle de chalandise urbaine Si on remonte suivant la logique utilisée jusqu’ici, la pièce s’inscrit donc comme une partie de la ville, une portion de l’agglomération pour certaines pièces pouvant ne pas se restreindre aux limites administratives d’une ville. L’ensemble suivant est donc la métropole, ou l’agglomération, constituée d’un réseau de pièces urbaines. La définition historique du terme est celle d’une «ville et de sa banlieue»9, mais peut paraitre aujourd’hui peu adaptée à la société contemporaine. La question d’un réseau urbain continu est plus facile à lire, plus malléable face à l’extension du périurbain. Si cette échelle semble s’appliquer uniquement

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LILLE METROPOLE La métropole lilloise fonde sa politique sur un renouveau urbain suite à un déclin économique et social fort dans la région. S’appuyant sur un atout économique et une dynamisation liée au passage du TGV et de l’Eurostar dans la capitale du nord, l’agglomération Lille-RoubaixTourcoing a profité de cet essor pour proposer un réel projet urbain. La volonté de mettre en œuvre une politique commune pour le développement et le renouvellement urbain de cette grande cité industrielle prend appui sur plusieurs constats et objectifs, tant au niveau spatial (requalification d’un tissu urbain «inadapté au nouveau contexte du développement»10) qu’au niveau social (restructuration sociale et économique suite à l’exclusion et a la «mutation économique contemporaine»).

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Sites d’activité stratégique


Rénovation de l’usine Le Blan-Lafont dans le cadre du projet Euratechnologie

L’importance d’un discours -construit au fil des ans suivant les acteurs en présence et les consultations publiques- et d’une application concrète -via des projets urbains qui entrent dans le cadre du projet de métropole- constituent la clé de voute de la stratégie urbaine lilloise. Le projet de la métropole s’appuie sur le renouvellement urbain, jouant sur la continuité historique, sur laculture commune (passé marchand de la ville) tout en adaptant l’aire métropolitaine aux mutations socioéconomiques de la société contemporaine. L’exemple lillois peut être considéré comme fondateur de la loi SRU de 2000. Le projet prend donc une double figure : une politique intercommunale (le projet Lille Métropole Communauté urbain regroupe 7 grandes villes) de cohésion de développement et un projet métropole, appliqué par des SEM (Sociétés d’Economie Mixte) œuvrant dans la métropole (SEM Ville Renouvelée, SAEM Euralille…) dans un but cohérent, et prenant la forme de grands projets urbains (Euralille, Eurasanté, Euratechnologie…)

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aux villes, il me parait nécessaire dans ce mémoire d’y inclure l’entité de plus en plus répandue qu’est la communauté de communes. Elles ne répondent pas à l’agglomération à proprement dit, mais correspondent elles aussi à un assemblage de pièces qui offre une diversité de fonctions reliées entre elles par des réseaux formant une unité bien définie. Elle porte elle aussi la question de la cohésion au sein d’un même territoire, le développement en commun et la mutualisation d’infrastructures et d’équipements (par exemple les centres de tri et de traitement des déchets). Une telle échelle dispose donc -dans les communautés de communes ou les agglomérations- d’une capacité de décision, d’une vision plus globale de ce qui se développe dans les limites d’un territoire. La question pourrait être celle de l’aire de chalandise d’un centre ville ou d’un espace urbain, permettant ainsi de définir de façon plus ou moins objective cette question d’échelle d’urbanisation. La question d’aire de chalandise d’une ville est très bien exposée par P. Claval et P. Merlin dans leur définition sur l’aire d’influence d’une ville11 : ils prennent en compte divers facteurs mesurables, comme la question d’aire d’influence des commerces, banques, ou encore la question des flux et déplacements. Ils concluent par la définition de l’INSEE prenant en compte

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uniquement la question des emplois (plus de 5000 emplois entre ville centre et banlieue). Dans ce mémoire, je me tiendrai donc à la définition d’une aire de chalandise non comme une donnée quantitative (surface, nombre d’emplois…) mais comme une aire qualitative (une cohésion, une centralité et les pièces qui en dépendent, …). échelle de la région L’échelle suivante est donc celle dans laquelle s’inscrit la ville. Ce n’est pas simplement le département ou la région, d’un point de vue administratif, tels qu’ils pourraient être définit par un état ou une histoire. La question régionale se dessine en dehors de ces limites administratives et recouvre un caractère multiple : le nombre de réseaux auxquels appartient un territoire urbain défini par son aire de chalandise est conséquent. Par région, on entend souvent une échelle moyenne en ce qui concerne le territoire, c’est pour cela qu’il faut prendre le temps de bien définir la multitude de la définition de région au vu des références que je compte y insérer. Le terme région est ici pris au sens très large, se rapportant à des échelles très diverses, mais répondant toutes à des questions de réseaux aux maillages plus ou moins fins, aux critères divers et variés, mais formant toujours une cohésion dans la région ainsi définie. Une définition proposée par M. Santos (géographe brésilien) me semble

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convenir, «Subdivision fonctionnelle de l’espace. De l’espace total, de l’espace nationale et de l’espace local aussi, puisque les plus grandes villes sont susceptibles de régionalisation»12 (il entend par régionalisation le processus d’identification d’une région). La région est donc définie par des intérêts, des fonctions, des réseaux (...), communs à un même territoire. La région est donc une entité définie par divers facteurs (socioéconomiques, culturels, géographiques…), créant une cohérence, un ensemble géographiquement situé, qu’il soit local (Schéma Directeur, Schéma de Cohérence Territoriale), national, transfrontalier, multinational, continental, international… A cette échelle, il est bon de penser aussi la question du paysage, de la perception du territoire et de l’environnement. Cette question est bien sûr transversale à toutes les échelles jusque là définies, mais elle se perçoit d’autant plus à l’échelle de la région. Pour reprendre les mots de G. Clément le paysage est «sans échelle»13, et il peut être étudié depuis l’image satellite jusqu’à l’observation au microscope. Mais le paysage, tel qu’on l’entend aujourd’hui dans nos sociétés, est plus un objet d’étude ayant un rapport direct avec l’échelle de la région telle qu’elle est définie dans ce mémoire. La pratique d’une telle échelle est assez floue vue que la définition laisse elle-même un champ

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EUROPE DU NORD OUEST La question régionale prend ici toute son ampleur dans l’inscription d’un réseau de villes constitué du tissu urbain très dense de l’europe du Nord Ouest. Cette région ayant une unité de fait -histoire commune, développement économique fortement lié, nécessité d’un renouvellement postindustriel- s’est vu renforcée suite au traité de Maastricht.

Villes transfrontalières et réseau de villes de l’Europe du nord ouest

Les problématiques présentes dans ces grandes villes de l’Europe du nord ouest sont fortement similaires et toutes s’interrogent sur la mise en œuvre d’une régénération urbaine. L’influence grandissante de l’Union Européenne aide à créer une cohérence tout en gardant une identité propre à chacune des villes ou régions concernées

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très ouvert, mais elle concerne plus la question de l’aménagement, de la planification jusque là préférée au projet. Elle concerne des instances de décisions ayant un pied dans le monde politique, mais aussi des postes et des décisions revenant à des organismes nationaux, internationaux, se basant sur des travaux tant théoriques que des expériences pratiques, des études universitaires et des exemples de démarches plus ou moins similaires déjà réalisées. architecture «L’approche de n’importe quelle sorte de dessin – une chaise, un immeuble, une ville entière ou un plan régional – est fondamentalement semblable». Walter Gropius14

La question de l’échelle d’intervention de l’architecte revient à se pencher au travail de l’architecte et à la définition même de cette profession. Un bref retour étymologique et historique nous montre l’architecte comme «chef des travaux»15, ou directeur de la construction durant l’antiquité. Repris à la Renaissance, il est investit par Alberti16 d’une dimension plus grande : «il devient le grand ordonnateur du cadre bâti dans son ensemble, sa tâche n’étant pas limitée à l’édification de bâtiments individuels. […] Il a pour tâche de structurer et d’édifier leur cadre de vie, depuis le paysage rural, les grandes routes et les ports

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jusqu’à la ville». Cette dimension de la tâche de l’architecte est toutefois mise entre parenthèses et ne réapparait dans le débat que lorsque le mouvement moderne tente de donner une vocation démiurgique à l’architecte. Ce dernier commence à assumer le rôle de l’urbaniste, comme cela a été formulé parallèlement dans le cadre du mouvement Bauhaus, dans cette société industrielle et machiniste qui donne à l’acte architectural une dimension globale de pensée. Cette vision fut très critiquée depuis 1968, mais reste souvent un point de vue fort dans l’enseignement de l’architecture dans certains pays (France, Italie…). Au jour d’aujourd’hui, il est important de formuler la question selon de nouvelles données : l’architecte, qui s’est vu retirer la question de la planification et du projet profit des sciences de la ville (sociologie comme critique), reprend petit à petit une place de plus en plus grande dans la démarche de projection globale d’une ville, d’un territoire. Faire entrer la question du global/local dans cette constatation est aussi évidente que le débat sur la soutenabilité. Il semble aujourd’hui difficile, voire impossible, d’avoir une pratique architecturale ne répondant pas à des impératifs globaux, inscrivant donc le travail de l’architecte non seulement dans une logique locale mais aussi globale. Il doit prendre en compte nombre de paramètres, allant de l’inscription urbaine à la politique territoriale, et son rôle en est

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grandi puisqu’il prend part à ces domaines de débat contemporain. Ainsi on retrouve nombre d’architecte dans le développement de plans urbains, ou dans des consultations ou concours sur des projets urbains ou territoriaux (Lille, Paris, Barcelone, Copenhague…). Cette résurgence de l’architecte dans les différentes échelles du projet peut s’expliquer par sa lecture de la ville, sa connaissance de l’urbain dans une société qui tend à devenir purement urbaine, sa capacité à prendre en compte un nombre de paramètres forts, et sa vision à termes plus proche, importante dans une société où l’évolution et la mutabilité sont des faits quotidiens. L’échelle de l’architecte n’est donc plus uniquement celle du bâtiment ou de son contexte proche, mais elle devient aujourd’hui une réponse globale dans une société en évolution et en mutation continue. Un édifice n’est pas une pièce unique insérée dans un contexte donné, mais apparait plus comme un fragment qui s’insère dans plusieurs systèmes, répondant aux us et coutumes des usagers, aux impératifs d’une société, aux questions d’un territoire… Pour réutiliser l’expression de Camilo Sitte face à la ville du début du XXème siècle en pleine mutation, l’architecte doit aujourd’hui «inventer une échelle d’intervention propre»17 à la société contemporaine, soutenable, en évolution

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perpétuelle, et se projeter non seulement dans son bâtiment et son contexte mais aussi dans un tout, allant du contexte proche à l’impact sur l’environnement, et pour cela connaître tous les enjeux de la société. Mais il est important de noter que l’acte architectural est aujourd’hui encore pris en compte comme étant celui de l’édifice. On reconnait la valeur d’une architecture au bâtiment, à sa fonctionnalité, à sa spatialité. La vision de l’architecture reste encore et toujours confinée entre les murs, et l’on prend rarement en compte les enjeux globaux dans lesquels s’inscrivent ou non une œuvre architecturale. Il existe toujours cet amalgame qui résume l’architecture au bâtiment sans relever la démarche de l’inscrire dans un système, de répondre à des impératifs sociétaux. urbanisme

«L’urbaniste n’est pas autre chose qu’un architecte» Le Corbusier18

Parler d’urbanisme, c’est revenir sur les pratiques de la ville passée, dont celles définies par Françoise Choay sur la question des préurbanistes19. Confrontés à la ville industrielle naissante depuis le début du XIXème siècle, une critique de la ville se développe, et des courants de pensées prennent de l’ampleur, dont certains très utopistes. Ils se positionnent face à l’insalubrité, les déplacements, la vie

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sociale en ville… Certains développent des modèles, imaginant la ville future, que F. Choay classe en deux parties : les progressistes (révolution industrielle comme déclencheur de l’homme nouveau, support du bien être) et les culturalistes (conception organique de la société). L’apparition de l’urbanisme telle qu’il fut édicté par Cerdá en 1867 doit se voir comme une opposition au rôle que donnait Alberti à l’architecte, bien qu’on y retrouve nombre de similitude dans les disciplines ainsi énoncées de l’un et de l’autre avec quatre siècles d’écart. La vision de Cerdá s’impose par la présentation d’une théorie reposant sur des constats et lois scientifiques, alors qu’Alberti restait dans l’idée d’un dialogue entre l’architecte et ceux pour qui il travaillait. Cette vision de l’urbanisme va longtemps rester telle qu’elle est énoncée par Cerdá lors de la naissance de ce néologisme qu’est l’urbanización qu’il défend, avec le rôle de l’urbanizador qui applique cette nouvelle science. Les théories fleurissant au travers de la première moitié du XXème siècle, défendues par de grands noms de l’architecture que sont Le Corbusier, Franck Lloyd Wright ou encore Tony Garnier fondent l’organisation de leur ville sur des théories scientifiques. C’est cette vision «monologique»20 que dénonce certaines critiques comme Henri Lefebvre21 qui

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tente de placer l’urbanisme dans une vision plus politique et moins démiurgique de l’urbanisme, pensant aux besoins et aux désirs de l’usager, replaçant la question d’un projet négocié, d’un dialogue dans la pratique urbaine. Après la reconstruction et les expériences des grands ensembles, l’urbanisme connait une vague de critiques dès les années 1970 et doit se réinventer. Aujourd’hui le terme urbanisme recouvre un nombre de champs et d’application qui nourrit sa complexité, et qui semblent parfois paradoxaux. L’urbanisme pourrait se définir par un ensemble incluant un volet d’analyses et théories suivant différentes logiques (prospective, culturaliste, historiciste, projective) ainsi que ses applications (planification et négociation du projet, modalités d’actions dans un contexte donné…) L’échelle de l’urbanisme est aujourd’hui assez floue. Se restreint-elle à une pratique du projet urbain ? S’étend-elle à la planification territoriale ? Est-elle une pratique historiciste, projective, ou mêle-t-elle les deux ? Il est difficile de dissocier la pratique de la théorie, mais si l’on pense uniquement en termes d’urbanisme opérationnel, il faut faire référence en France aux codes de l’urbanisme, aux outils, et aussi aux contraintes, dont dispose aujourd’hui l’urbaniste dans sa pratique professionnelle. Si l’on pense en termes plus théoriques, l’urbanisme peut

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être pris comme une science, un savoir qui ne peut plus se fonder comme «monologique» mais comme un dialogue continu entre les différentes disciplines d’étude et de recherche, ainsi que les différents acteurs d’un projet urbain. Et d’ailleurs qu’est ce qu’un projet urbain ? Ce terme a longtemps été discuté après son apparition dans les années 1970. Défendu par Charles Devillers, et rediscuté par nombre d’acteurs de la littérature urbaine (comme Philippe Panerai), on retiendra pour cette expression la définition faite par Patrizia Ingallina dans l’introduction de son ouvrage Projet urbain22 : «le projet urbain peut être aussi bien une action concrète qu’une démarche méthodologique. […] il se situe comme un projet d’ouverture qui impose une évolution des mentalités […] il demande davantage de partenariat entre institutions publiques […] c’est-à-dire une volonté de s’inscrire dans cette logique de globalité et de la durée.» Aujourd’hui l’échelle urbanistique pourrait se donc définir comme une intervention à l’échelle de la ville ou de l’agglomération, du quartier, du projet négocié entre diverses entités. Les documents d’urbanisme sont en effet établis à ces échelles. L’urbanisme a du mal à se situer entre les champs de l’architecture et l’aménagement (voir réalité des pratiques professionnelles), mais l’échelle

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urbanistique prend dans ce mémoire le sens d’une discipline tant théorique que pratique, dont l’application est lisible à diverses échelles. aménagement du territoire L’aménagement du territoire est souvent vu comme une application de la géographie, une planification de politiques à un territoire donné, avec des outils administratifs et législatifs. On pense souvent aux infrastructures, confiées depuis le XVIIème siècle aux ingénieurs des Ponts-et-Chaussées. Mais la question de l’aménagement s’étend aujourd’hui bien audelà, notamment avec les problématiques de centralité et décentralisation, mise en exergue entre autre dans l’ouvrage incontournable (et très critiqué) de J.-F. Gravier23 pour la question de la centralité de la capitale française. Aujourd’hui l’organisme chargé de la question de l’aménagement territorial en France, la DATAR (créée en 1963, devenue aujourd’hui DIACTE), a nombre de missions : «la définition et l’évolution de l’armature urbaine […], le développement des zones rurales […], le développement et la localisation des activités […], la planification des réseaux d’infrastructure […], l’implantation des grands équipements […], l’aménagement de régions touristiques»24… L’aménagement territorial s’est vu investi depuis la fin du XXème siècle des missions de préservation du milieu naturel, ainsi que de

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toute la réflexion sur le développement durable. Les questions posées sont celles de la régulation et du «ménagement»25 des espaces naturels et du milieu social. Penser le territoire devient donc une nécessité pour orienter la société contemporaine vers la soutenabilité prônée, et la prise en compte de ces facteurs guide aujourd’hui l’aménagement territorial. Bien sûr, s’il fallait définir une échelle, elle serait en tout cas bien supérieure aux à celle des échelles architecturale et urbanistique, répondant à des niveaux départementaux, régionaux, nationaux, voir à des enjeux internationaux. Les échelles deviennent dès lors difficiles à définir leurs limites étant de plus en plus floues, car il semble peut probable de penser à un territoire en se limitant à ses frontières administratives ou physiques. réalité des pratiques professionnelles «L’urbanisme, l’architecture peuvent être considérés comme des disciplines paradoxales. Plus que les différentes sciences sociales, ils doivent d’une part fournir des réponses rapides à une société plus exigeante et toujours plus mobile, à une société dont les structures fondamentales, y compris la structure du pouvoir, sont à la limite de la volatilité, de l’autre ils aspirent toujours plus à l’inertie et à la durabilité des structures spatiales et matérielles qu’ils contribuent à produire». Bernardo Secchi26

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Pour nourrir le débat des échelles, il parait aussi nécessaire de préciser les réalités de pratiques professionnelles selon les acteurs concernés par ces échelles. Aujourd’hui l’architecte intervient régulièrement sur l’échelle urbanistique et l’urbaniste sur l’échelle territoriale. Définir les réalités des pratiques professionnelles revient à chercher dans quels champs travaillent chacun des acteurs, quels sont les recoupements, les croisements, leur complémentarité, leurs domaines. La multiplicité des emplois dans lesquels on retrouve aujourd’hui des architectes est indéniable : de part leur formation pluridisciplinaire, de par leur connaissance de la ville, ils officient non seulement dans des agences d’architecture traditionnelles (qui elles même ne répondent plus uniquement à des commandes purement) mais aussi dans des agences d’urbanisme. On retrouve des architectes dans les départements d’urbanisme des mairies, à s’occuper de programmation, de suivi de chantier, de planification ou de projection. Leurs missions sont multiples et à elles seules traversent de multiples échelles. Il est donc bien compliqué de définir aujourd’hui la question de l’échelle de l’architecte ou de l’architecture. Il faut toujours garder en tête cette complexité à laquelle on se frotte lorsqu’il faut parler de ce domaine, tant les compétences sont transversales et pluridisciplinaires, tant

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les exercices sont variés. L’exemple flagrant de la capacité de l’architecte à se projeter dans diverse échelles est le nombre d’architectes présents dans les consultations internationales telles que le Grand Paris (sur les dix équipes, neuf émanent d’agences d’architecture et toutes comptent en leur sein plusieurs architectes) ou des concours d’urbanisme auxquels participent principalement des agences reconnues d’architecture. La figure actuelle de l’architecteurbaniste est communément acceptée. Sur ce point, H. Dupont livre dans sa définition27 un bon nombre de postes et domaines d’actions qui forment cette profession. Mais il retient que la pratique liée à l’urbanisme dans le métier d’architecte tient à la question de l’urbanisme de projet (projet urbain), bien que ce champ d’action se soit élargi au fil des années.

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De même la notion d’urbanisme est encore à ce jour discutée, et la question de ses échelles d’interventions reste toujours floue selon les exercices de l’urbanisme. Tout comme l’architecte, l’urbaniste se retrouve régulièrement dans des champs autres que l’échelle urbanistique à proprement parler (ou du moins définie plus haut). Ainsi, si l’on reprend la définition du terme «urbaniste» tel qu’il est présenté dans le dictionnaire de l’urbanisme et de l’aménagement28, la question posée est franchement portée sur l’échelle de l’exercice de ce dernier : de la région ? de la ville ? du


quartier ? de l’opération de construction et de réaménagement urbain ? On a en effet le recours aux compétences de l’urbaniste dans bien des domaines d’intervention et d’étude («recherche fondamentale, études urbaines, élaboration de documents d’urbanisme, conception d’espaces, urbanisme d’opération»). L’urbanisme est aussi une science et une pratique, donnant à la définition de l’urbaniste un flou assez flagrant comme dans le cas de l’architecte. De plus, on remarque un télescopage continu du travail de l’architecte qui s’essaye régulièrement à l’exercice du projet urbain, et des excursions de l’urbaniste dans le champ de l’aménagement du territoire. Ces allers retours entre chaque profession montrent une réelle complémentarité entre les champs d’études de l’architecture et de l’urbanisme, mais aussi une définition floue de l’exercice professionnel de chacun, une possibilité de passer d’une échelle à l’autre, tout en ayant une formation et une approche différentes. A ce propos, Bernard Reichen (grand prix de l’urbanisme 2005) tente de définir un chaînon manquant entre l’échelle d’intervention des «architectes qui font de l’urbanisme et [celle des] urbanistes qui travaillent sur le territoire»29. Il définit pour cela l’étendue de chacune de ces deux échelles (urbanistique -50 à 100 hectareset territoriale -10 000 hectares) auxquelles on

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pourrait rajouter l’échelle du projet architectural dont il est difficile de donner une étendue en hectare.). Les creux entre chaque échelle définissant un chaînon manquant, Bernard Reichen propose l’échelle du millier d’hectares comme cadre pré-opérationnel permettant «d’établir un process de développement durable»30 entre les deux échelles qu’il définit (urbanistique et territoriale). Le caractère multiforme de ces deux professions, se croisant dans leur exercice, dans leurs domaines d’étude, dans leurs domaines d’intervention amène à se poser la question de leur complémentarité, de leur rapprochement. Le terme architecte urbaniste est-il une spécificité française, face à d’autres pays et cultures où l’enseignement de l’un n’est pas dissocié de l’autre, et donc la pratique de l’un se fait par les mêmes acteurs ? C’est là un autre débat qu’il ne faut pas oublier et qui permet de comprendre la relation entre ces deux métiers si proches et pourtant séparés. planification Lorsque l’on parle de plan, on revient à la référence historique des plans quinquennaux soviétiques au début du XXème siècle. Bien que ces plans aient été dans un premier temps uniquement économique, il est bon de garder cette référence à l’esprit même lorsque l’on parle de planification territoriale.

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Dans ce mémoire, je traiterai bien sur plus de la planification territoriale, apparue en France après la seconde guerre mondiale. Son objectif une répartition harmonieuse des ressources suite au constat mis en exergue dans l’ouvrage de J.F. Gravier31 sur le territoire français. Les indications des plans ainsi établis par un pouvoir central (national, régional…) oriente le développement d’un territoire pour une période donnée. Il existe plusieurs sortes de plans, selon les échelles, selon les entités administratives. P. Merlin dégage ainsi différents échelons de planification : l’aménagement du territoire (échelle nationale), planification régionale, plan d’urbanisme (échelle du quartier), composition urbaine (îlot ou petit groupe de bâtiments), et le plan architectural (le bâtiment).32 L’intérêt du plan est considérer un territoire dans son intégralité, ayant ainsi une vision globale de la question. Son manque de flexibilité a malgré tout été longuement critiqué, faisant évoluer la question de planification et de sa durée, de ses territoires d’application (loi de décentralisation de 1983). Aujourd’hui, la capacité d’adaptation à une société en évolution permanente rend le plan encore plus critiquable. Pour cela se mettent en place de nouvelles instances, de nouvelles formes de planification, plus souples. Sont ainsi

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apparus en Italie les plans stratégiques venant en complément des plans urbains, pour concrétiser ces derniers. En France, un mouvement similaire pourrait être mis en avant par la mise en place des Schémas de Cohérence Territoriale (SCoT) avec la loi Solidarité et Renouvellement Urbains (SRU, décembre 2000), pour remplacer les schémas directeurs. Ces nouvelles formes de planification mélangent des approches de développement urbain et de projection d’un plan sur un territoire donné. projection Le projet peut être vu de prime abord comme la concrétisation des orientations données par le plan à un territoire précis. Cette vision réaliste se vérifie dans les faits, le projet urbain ou le projet architectural étant avant tout un acte de dessin, de projections d’intentions sur le papier menant à la réalisation concrète de ces idées. Le projet urbain est apparu suite à la crise de planification et à la critique des principes de planification modernistes («anhistoriques et décontextualisés»33) et s’est vu investi dans les années 80 d’une double tâche : la flexibilité et la spécificité. Il est aujourd’hui présent à toutes les échelles, tout comme la question du plan : projet de ville, projet d’agglomération, projet de quartier, projet urbain, projet architectural. On peut le voir comme une série d’action qui s’enchaine pour donner corps au projet, mais

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aussi comme une question regroupant des finalités plus larges et des compétences plus diverses. Le projet se traduit donc par des choix, suivant les orientations données, des applications, et peut avoir recours à nombre de compétences, tant dans la perspective de projet (recours à des matériaux issus de la recherche, voir l’article de G.Novarina34 qui traite de ce point) que dans la réalisation du projet (ingénieurs, techniciens…). temporalités Pour lier toutes ces échelles spatiales, il ne faut pas omettre un facteur de taille : le temps. Il est présent dans toutes les définitions traitées cidessus, on parle même souvent de la question spatio-temporelle La question des échelles temporelles peut être présentée comme l’insertion de la donnée temps dans l’appréhension du territoire, la façon dont on les parcourt, la manière de se déplacer entre et dans ces échelles spatiales. Cela revient donc plus logiquement à une analyse plus géographique ou au domaine des sciences humaines comme le montre par exemple l’ouvrage dirigé par G. Baudelle et H. Regnauld35, partant de données physiques et géographique pour mettre en relation les échelles temporelles et les échelles spatiales, pour juger de la pertinence de certaines articulations qu’ils mettent en exergue.

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Une approche ayant moins recours aux sciences dures et partant plus d’une question sociale pourrait être illustrée à son tour par une étude dirigée par J. Levy pour le compte du PUCA36 sur la question des déplacements, de l’appréhension d’un territoire à partir des lieux fréquentés, des distances qui les séparent, et des modes de transports utilisés. Les déplacements ne sont pas mesurés en kilométrage mais en temps de parcours, offrant une nouvelle vision de la pratique du territoire plus proche de la réalité vécue des usagers, se basant sur une série d’enquêtes de terrain réalisé notamment dans la région tourangelle. A ces questions d’échelles temporelles se rattache aussi la question des temporalités propres à chaque acteur, à chaque phase d’un projet, d’un plan. Penser ces phases comme linéaires serait bien sur une erreur, mais les penser dissociées aussi. La temporalité est l’un des facteurs qui unit toutes ces échelles spatiales en une problématique qui découvre une fois de plus sa complexité. Les temporalités du maître d’ouvrage et du maître d’œuvre sont différentes, ainsi que celles de l’élu et de l’usager. Prendre en compte un projet territorial ou un projet architectural (s’inscrivant dans un projet ou plan territorial) sans se poser la question de la simultanéité, du court ou long terme, serait omettre le cœur du problème.

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En guise de conclusion de cette partie introductive de définitions, cette question des échelles de temporalités, pour toute centrale qu’elle est, ouvre donc sur l’ampleur de la question des échelles telle qu’elle est entendue dans ce mémoire. Le temps serait ici le nœud qui crée la difficulté des articulations entre les diverses échelles, et qui pose la question ouverte en introduction : comment s’articulent ces échelles ?

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Définitin extraite de Milton Santos, philosophe du mondial, citoyen du local, sous la direction de J. Levy. 2 in ROSSI, Aldo, L’architecture et la ville, InFolio éd., Gollion, 2001. 3 BOUDON, Philippe, Introduction à l’architecturologie, éd. Dunod, Paris, 1992. 4 BOUDON, Philippe, Sur l’espace architectural, éd. Parenthèses, Marseille, 2003. 5 MASBOUNGI, Ariela (dir.), Agir sur les grands territoires, Ed° Le Moniteur, Paris, 2009. 6 Ibid. 7 MASBOUNGI, Ariella (dir.), Nantes, La Loire se dessine, Editions de la Villette, Paris, 2003. 1

Ibid. Voir la définition de l’aire d’influence d’une ville issue du Dictionnaire de l’urbanisme et de l’aménagement dirigé par F. CHOAY et P. MERLIN. 8 9

PARIS, Didier, MONS, Dominique (dir.), Lille métropole, laboratoire du renouveau urbain, éd. Parenthèses, Marseille, 2009.

10

11 Voir la définition de l’aire d’influence d’une ville issue du Dictionnaire de l’urbanisme et de l’aménagement dirigé par F. CHOAY et P. MERLIN.

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in LEVY, Jacques (dir.), Milton Santos, philosophe du mondial, citoyen du local, Presses Polytechniques et universitaires Romandes, Lausanne, 2007.

12

CLEMENT, Gilles, Manifeste du Tiers Paysage, Ed° Sujet/Objet, Paris, 2004.

13

Selon la lecture de F. CHOAY, dans ses articles Architecte et Urbanisme du Dictionnaire de l’urbanisme et de l’aménagement dirigé par F. CHOAY et P. MERLIN 14

15

Ibid.

Conceptualisation du rôle d’ordonnateur telle qu’elle est exposé dans le traité d’architecture De re ædificatoria remis au pape par Léon-Baptiste Alberti en 1452.

16

SITTE, Camillo, L’art de bâtir les villes : l’urbanisme selon ses fondements artistiques, Ed° L’Equerre, Paris, 1984.

17

in CHOAY, Françoise, L’urbanisme, utopies et réalités, une anthologie, Ed° du Seuil, 1965. 18

19

Ibid.

Terme emprunté à F. CHOAY, toujours dans sa définition de l’Urbanisme dans le Dictionnaire de l’urbanisme et de l’aménagement dirigé par F. CHOAY et P. MERLIN. 20

21

Voir Le droit à la ville et La révolution urbaine.

INGALLINA, Patrizia, Le projet urbain, Presses Universitaires de France, Paris, 2003. 22

GRAVIER, Jean-François, Paris et le désert français, Flammarion, Paris, 1972 (première édition 1947). 23

24

Article Aménagement du territoire du Dictionnaire

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de l’urbanisme et de l’aménagement dirigé par F. CHOAY et P. MERLIN. 25 Voir la définition d’Aménagement dans le Dictionnaire de la géographie et de l’espace des sociétés dirigé par J. LEVY et M. LUSSAULT. 26 Introduction à une conférence donnée par B. Secchi citée par G Novarina dans son article à paraitre dans les Cahiers de la Recherche Architecturale et Urbaine. 27 Référence à la définition Architecte-Urbaniste rédigée pour le Dictionnaire de l’urbanisme et de l’aménagement dirigé par F. CHOAY et P. MERLIN. 28 Ibid. 29 Entretien avec Bernard Reichen, Vers la conception de la ville territoire, in Le Moniteur, Hors Série Aménagement, 2006. 30 Ibid. 31 GRAVIER, Jean-François, Paris et le désert français, Flammarion, Paris, 1972 (première édition 1947). 32 Référence à la définition Planification spatiale rédigée pour le Dictionnaire de l’urbanisme et de l’aménagement dirigé par F. CHOAY et P. MERLIN. 33 Voir la définition du Projet Urbain dans le Dictionnaire de la géographie et de l’espace des sociétés dirigé par J. LEVY et M. LUSSAULT. 34 Les Cahiers de la Recherche Architecturale et Urbain (à paraître), La recherche un matériau pour le projet ?, NOVARINA, Gilles. 35 BAUDELLE, Guy, REGNAULD, Hervé, Echelles et temporalités en géographie, éd. Sedes, Paris, 2004. 36 LEVY, Jacques (dir.), Echelles de l’habiter, PUCA, Paris, 2008.


ARTICULATIONS

Nous avons donc en première partie défini quatre grandes échelles pour scinder et étudier le territoire : l’échelle du fragment, l’échelle de la pièce, l’échelle de l’aire de chalandise urbaine, et enfin l’échelle de la région. De même, un rapide coup d’œil a été jeté sur les acteurs nous intéressant dans cette approche territoriale (architectes, urbanistes, aménageurs), sur la question centrale des échelles temporelles et des temporalités, ainsi que les questions d’outils que sont le plan et le projet. Cette seconde partie tentera donc d’établir une typologie d’articulations identifiées ou supposées et de voir si elles sont vérifiables ou non, et surtout applicables à la relation entre les

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différentes échelles et acteurs identifiés lors de la première partie. Il ne faut en aucun cas voir un type comme la seule et unique articulation possible dans un cas donné, mais l’une des façons d’aborder les différentes échelles. Ces types d’articulations sont issus de conception logique provenant de différents champs, de différents domaines d’étude. Leur sélection s’est faite par leur capacité à représenter les relations qu’entretiennent les différentes échelles, éléments d’un ensemble. Certains types peuvent paraître peu appropriés à la questions spatiale, provenant d’une sphère lointaine ou désignant un processus allant à l’encontre de l’idée de territoire, mais elles présentent tout de même un intérêt par le fait qu’elles permettent toutes une lecture -certes orientée- des relations à étudier. L’ensemble de cette typologie permettra une étude plus approfondie d’un cas choisi, le confrontant à plusieurs types d’articulation pour mieux le lire. Je ne dis pas que toutes ces différentes articulations sont bien fondées, mais je pense qu’elles permettent de poser des hypothèses et une façon de lire la problématique posée par ce mémoire. Elles posent une base d’étude et de lecture pour les différentes expériences envisagées pour une étude de cas. Il est évident que tous les types d’articulation entendent une relation d’interdépendance

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entre chacune des échelles, des acteurs. Il est fortement improbable d’être en présence d’objets, de projets, ne prenant pas en compte leur rapport à d’autres éléments de leur environnement, proche ou lointain. L’ignorance d’échelons -d’acteurs- existe, mais la coupure totale de toute relation avec l’environnement est ici omise. La tabula rasa des moderne ne peut être prise en compte ici comme une articulation, du moins comme un mode de relation entre les échelles, puisqu’elle définit elle-même son mode d’articulation. Des exemples viendront étayer ces différents types d’articulations, mettant en relief l’accent mis par chaque projet ou plan sur un point précis où se rencontrent ces échelles. Les exemples seront transversaux et tenteront de souligner la diversité des articulations qu’il est possible de mettre en relief dans un même projet. matriochkas La métaphore des poupées russes (matriochkas) est souvent utilisée comme un modèle de conception où les objets concernés entretiennent une relation de similarité entre l’objet contenant et l’objet contenu, qui peut se retrouver tant dans la nature que dans des exemples de conception humaine. Le terme est aussi souvent utilisé dans les sciences dures (biologie, physique…), dans l’informatique (bases de données), ou encore dans des

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disciplines créatives comme le stylisme, le design… Voir les échelles comme des contenant eux même contenus par un contenant plus grand est la première chose qui vient à l’esprit : le territoire contient la ville, la ville contient le quartier, le quartier rue, la rue l’édifice ou l’espace public. La similarité des éléments n’est pas une unité de forme, mais une unité de traitement, de représentation, de fonctionnement. Bien qu’elle puisse paraitre simpliste, cette vision est à prendre en compte car elle est physiquement indéniable : le rapport de grandeur se lit dans tous les cas, et ne peut être écarté de l’analyse de la question des échelles. Le lien entre chaque échelle dans ce cas est lié aux instances de décisions, à la question d’un pouvoir central ou non, mais toujours régenté par cette question de planification d’un territoire qui oriente la question locale (principe discuté par la suite dans pour le type bottom-up).

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Dans le cas d’un système d’imbrication des échelles en matriochka, la question se pose tout de même de la transversalité de ces échelles, de la temporalité entre les différents espaces, entre les différentes instances. Ainsi, un contenu pourrait appartenir à plusieurs contenants, ce qui pose problème dans le cas de la relation en matriochkas, car l’imbrication n’a recours qu’à une relation linéaire avec un contenant plus


ECHIROLLES La question de la grande échelle venant d’une initiative d’une échelle inférieure trouve son parfait exemple dans la commune d’Echirolles au sud de l’agglomération grenobloise. Ce projet partant de la question de l’aménagement du centre ville, s’est amplifié petit à petit, donnant naissance à un projet urbain pour tout le centre ville, monté sous la forme d’un schéma directeur ensuite intégré au Plan Local d’Urbanisme (PLU) de la ville. Le tout donnant l’élan à la constitution d’un réel projet de ville, prenant en compte toutes les questions socio-économiques de cette commune limitrophe à Grenoble.

Définition des voiries dans le cadre du projet urbain

Aujourd’hui, la politique de la ville d’Echirolles s’inscrit dans le SCoT de la Région Urbaine Grenobloise, notamment par les questions des relations à l’agglomération, mais aussi par sa zone de projet NOVASUD ayant un rôle prépondérant dans l’attrait d’entreprise et la création d’emplois spécialisés dans le sud de la région.

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grand et un contenu plus petit. La question apparait alors plus complexe, car les contenus n’appartiennent à un seul et unique contenant, et doit faire face à plusieurs réseaux ou systèmes différents. C’est par ce chemin que ce type d’articulation se voit limité, par sa linéarité et son manque de flexibilité, offrant un mode de lecture unique de l’imbrication des échelles. Toutefois, elle permet de lire la relation entre échelles de façon simple, permettant de définir un premier degré d’encastrement. puzzle – domino - mikado Les métaphores faisant référence à ces trois jeux de sociétés sont issues de la Première leçon d’urbanisme de B. Secchi dans laquelle il emprunte les deux premières (puzzle et domino) à sa collègue P. Vigano1. Ces figures utilisées pour faire référence aux processus d’interaction sociale peuvent selon lui s’appliquer à la question du territoire et de l’urbanisme, par la représentativité des relations (entre acteurs, entre espaces) qu’elles sous entendent. Le puzzle est vu comme un processus d’identification de chaque pièce par sa forme et son contenu, de sa position dans un système par sa compatibilité (ou incompatibilité) avec les pièces voisines, et où chaque fragment joue un rôle et possède une place dans l’échelle plus grande de l’image du puzzle entier. La métaphore propose ici une vision figée d’un

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territoire ayant une image cadre dans laquelle s’insère des projets pour rendre complète cette image en accord avec d’autres projets. Les dominos sont plus incertains, n’ayant pas de référence de forme globale, les pièces s’assemblant selon un principe d’association et dissociation issue de règles de compatibilités ou non. Le jeu prend une forme au fur et à mesure du temps, la forme finale restant incertaine. La métaphore mène, pour la question territoriale, à une instance qui donne les règles pour la conception «d’un futur dont [on] ne découvre que lentement les aspects»2. L’application à un territoire trouve une résonance dans la question de plan, de sch��ma directeur ou aujourd’hui de cohérence territoriale, qui construit un discours, une règle (le développement soutenable) mais laisse libre l’interprétation et la conception tout en respectant l’idée de compatibilité du projet à un territoire. La métaphore du mikado prend une dimension supplémentaire : celle du temps qui décompose des séquences et stratégies de modification du jeu. Un entremêlement de valeurs différentes distribuées aléatoirement et liées les unes aux autres naissent d’un lâcher qui crée le désordre. L’analogie au travail d’un architecte, d’un urbaniste ou d’un aménageur découle cette fois de cette nécessité de faire avec la variable temps pour établir des stratégies pour définir

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SCoT DE MONTPELLIER Le SCoT de Montpellier émane d’une pensée commune à un territoire autour de trois valeurs (environnementale, sociale et économique) que les élus de l’agglomération montpelliéraine ont développé jusqu’à la constitution d’un Plan d’Aménagement et de Développement Durable (PADD) et un Schéma de Cohérence Territoriale (SCoT) en 2005. L’équipe du SCoT dirigée par B. Reichen s’est d’abord attelé à un travail de définition, du territoire, de ses limites, de ses enjeux, de son avenir, auquel tous les élus de toutes les communes de l’aire territoriale du SCoT (44000 ha) ont pris part. En sont sorties des limites à respecter pour éviter l’étalement périurbain, ainsi qu’une volonté de conserver un rythme de croissance en accueillant chaque année 10 000 nouveaux habitants dans la région.

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Définition des limites ville/campagne


Projet «de Montpellier à la mer»

C’est dans ce cadre que B. Reichen a testé sa proposition d’une échelle mezzo3, servant d’intermédiaire entre l’échelle planificatrice (macro) et l’échelle du projet précis (micro). Cette échelle mezzo permet d’inspirer les PLU tout en établissant un processus préopérationnel et en identifiant trois types d’actions : «les incontournables, les possibles, les souhaitables»4. Enfin l’étude de définition a permis d’identifier les limites ville/campagne, de les projeter, et d’offrir des documents opposables établissant publiquement ces dernières (plans de secteurs). De même elle a permis d’aborder la question des infrastructures et des transports collectifs à l’échelle du territoire, ainsi que les sites appropriés pour de grandes opérations, comme par exemple le projet «de Montpellier à la mer»5 concernant la requalification de la RD21 dite route de la mer et impliquant quatre communes différentes.

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des priorités d’actions pour aboutir à un objectif donné (pour obtenir le mikado dont la valeur est la plus haute, il faut souvent enchainer différentes par des séquences pour le libérer). top-down Les approches top-down et bottom-up sont deux principes utilisés dans bien des cas pour désigner un processus de conception descendant ou ascendant. Le cas du top-down se réfère donc à l’apport d’une première donnée qui se détaille petit à petit, au fur et a mesure que l’on descend dans l’organigramme d’un projet. L’idée est de cadrer ainsi une démarche, un projet, et de le subdiviser en sous parties chaque fois plus facilement manipulables, tout en gardant une vue globale de l’objet étudié. Une comparaison souvent utilisée à ce propos est l’esquisse du dessinateur, ou l’ébauche de la taille de pierre du sculpteur. Cela correspond à la définition d’un cahier des charges permettant de suivre un objectif global. Parler de ce processus et l’appliquer à une pratique spatiale se noue bien avec cette idée de cohérence, de vue globale d’un projet. Il pourrait même retranscrire la question de la globalisation, et donc accompagner un développement soutenable à l’échelle globale. On y lit une centralisation très présente et une distribution des décisions selon les différentes instances.

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Les projets répondraient donc à un cahier des charges rédigé à la plus grande échelle et descendrait en se précisant jusqu’à la question finale de la poignée de porte (ou plus généralement de l’édifice), tout cela dans une cohérence globale puisqu’appartenant à un même processus. L’idée est pensée à l’échelle régionale (voir globale) et descend petit à petit en se précisant : une nouvelle définition à l’échelle des différentes aires de chalandises urbaines, puis encore une nouvelle pour les pièces, et enfin un dessin architectural. On peut faire un rapide parallèle avec la question des plans nationaux, puis régionaux, SCoT ou schémas directeurs, puis plans urbains, projets de villes, projets urbains, et enfin les édifices ou aménagements urbains (espaces publics, équipements) réalisés. Cette vision descendante traverse de même les instances décisionnelles, donnant une force indéniable au pouvoir central, une priorité sur la question du développement local ou régional, accordant une primauté à la cohérence et à la question de la globalité. Les temporalités sont alors assujetties à la définition de ce cahier des charges qui doit venir en premier pour donner un cadre aux projets et mise en œuvre à venir. Cette vision est très critiquée par A. Magnaghi (entre autres) qui voit dans son essai sur le projet local6 la question à l’inverse, d’une

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GRAND PARIS - GRUMBACH La particularité du projet de l’équipe dirigée par A. Grumbach est l’échelle de projet territoriale qu’il choisit pour articuler sa réflexion : la Seine comme territoire de base pour un développement digne d’une métropole de l’après Kyoto. Une métropole allant de Paris au Havre passant par Rouen, accordant par la même un accès à la mer à la capitale et lui offrant un port, condition nécessaire à toute métropole pour ne pas «souffrir d’être trop continentale»7. Cette échelle est un port pour la métropole parisienne, lui permettant de s’inscrire dans le développement d’une «ville monde», la tournant vers la question des échanges internationaux par une ouverture sur le commerce maritime. Mais elle guide aussi

Croquis d’A. Grumbach illustrant la «Seine Métropole»

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La «ville monde»

les politiques de mobilité, et l’établissement d’un réseau complet de moyennes et grandes distances permettant de redéfinir de façon concrète la relation ville/campagne, entre «intensité urbaine» et «urbanisme diffus»8. Toute la politique de ce projet étant tournée vers la question des émissions de Gaz à Effet de Serre (GES), tout en respectant les enjeux socioculturels La question de la définition et de décision de projets dans le cadre de la métropole Seine s’effectue du point de vue du bilan carbone du projet, émettant plusieurs scénarios pour mesurer la capacité de réponse du territoire aux objectifs fixés par le protocole de Kyoto. Les différents scénarios sont composés d’un répertoire de «curseurs» qui peuvent varier, rendant cet outil flexible.

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«globalisation par le bas». Il dénonce ce principe de global city et de hiérarchisation des villes dans une société qui s’appauvrit par ce combat hiérarchique entre villes, au final toutes dirigées par des impératifs socio-économiques dictés par le mode de développement des villes globales («qui mènent le jeu»). bottom-up Le processus de conception ascendant, bottomup, vient donc à contrepied de l’articulation précédente : les éléments de base définissent petit à petit le projet final, chacun étant une partie fondamentale du projet global. Cette articulation est beaucoup plus minutieuse car elle prend en compte tous les détails à chaque phase du projet, à chaque projet. Son intérêt dans les processus de conceptions informatiques ou montage de projets industriels est qu’elle prend en compte beaucoup plus de variables que la conception top-down et présente par là même beaucoup moins de risques lors de la conception finale. Par contre elle présente le désavantage d’être plus longue dans la phase d’analyse. Appliquer cette forme d’articulation à une question spatiale n’est pas si simple. Il faut faire abstraction du fait que c’est un processus d’analyse et se demander comment projeter le global à partir du local. C’est la thèse de «globalisation par le bas»9 défendue par A. Magnaghi : il voit l’échelon local comme

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l’«amorce» d’un projet global. La question de la soutenabilité, et même de l’«auto-soutenabilité», est utilisée par l’auteur pour défendre cette idée d’impulsion du niveau local comme créateur d’une base nécessaire au développement soutenable d’une société entièrement orientée vers la globalisation par le haut. L’exemple serait donc la valeur de l’innovation, montrant que le réseau marche à petite échelle, un quartier, une communauté de commune, permettant de mettre en marche un processus à plus grande échelle, non pas calqué sur ces exemples, mais se reposant sur cette base «auto soutenable». La démarche permet en effet de prendre en compte toutes les particularités inhérentes à chaque échelle, que ce soit l’édifice, la pièce, l’aire de chalandise urbaine, guidant vers un projet de territoire émanant de ces expériences et respectant ainsi l’identité territoriale, la profondeur historique, les particularités culturelles, de chaque échelons traversé. C’est au niveau local que l’on a la meilleure vision des nécessités et des enjeux du territoire. Le contact avec le terrain permet de projeter le local, et de définir le global par cette multitude composée des particularités de tous. Toutefois un tel processus territorial montre des faiblesses dans la nécessité d’une ou plusieurs instances assurant la cohérence à plus grande échelle. Ainsi les SCoT pourraient être ce type

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d’instance en France, de par leur nom bien sur, mais surtout de par leur mission et de par les territoires qu’ils incluent, qui voient de nombreux acteurs, de nombreuses entités, voulant œuvrer en cohérence mais en respectant chacune son identité. Le principal désavantage de ce type d’articulation est sa temporalité. Les projets n’ayant pas de suite une cohérence, le développement se formant petit à petit à partir d’expériences à diverses échelles, il est difficile de lire le territoire comme une unité. réseau Le terme réseau vient du latin rete : filet. Cette précision étymologique vient compléter la définition simple de ce terme : un ensemble de nœuds reliés entre eux par des liens. Les nœuds sont aussi appelés pôles, et les liens canaux, et le réseau peut prendre toute sorte de formes, matérielles ou immatérielles. En urbanisme, on entend souvent parler de réseau urbain multipolaire, de réseau de villes. Bien sûr, le terme réseau n’a pas grand-chose de commun avec les réseaux techniques (canalisations, câbles…), si ce n’est son organisation sous cette forme de filet. Le réseau urbain est plutôt considéré comme une organisation territoriale ne dépendant pas d’un ville, mais répondant à plusieurs villes, à différentes pièces ne répondant pas et n’appartenant pas nécessairement à une

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LILLE (LMCU) L’approche de la ville de Lille comme métropole se pose tout d’abord sur la question de l’élaboration d’un discours comme plateforme de discussion et de projection d’un territoire. Mais la valeur comme exemple d’articulation est la complémentarité entre ce discours et des espaces de projets pris comme expérience, menés de front à la formulation du discours.

Portion du territoire de Lille Métropole Communauté Urbaine (LMCU)

L’expérience lilloise est un bon exemple d’action itérative qui met en place tant la réflexion que la formulation et l’action. Le discours (vue comme base commune) évolue au fur et à mesure du temps, des expériences, et réinjecte des espaces d’expérimentation au processus d’action et de formulation après appropriation des idées nouvelles, des reformulation à faire sur les expériences passées. Il s’intègre dans le «système complexe d’action et de production»10 de la ville comme étant l’outil de la cohérence. Il crée un référentiel commun, qui permet une lisibilité de l’ensemble des projets au fil du temps, leurs relations.Il est élaboré non pas par une instance, mais émane d’une formulation collective à laquelle vont adhérer les acteurs du système complexe de la «ville renouvelée».

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même échelle. Le réseau peut avoir en son sein des entités répondant à différentes fonctions. Un territoire donné trouve alors sa cohérence par la jonction de ces pôles fonctionnels par des canaux ou infrastructures nécessaires. Ces réseaux naissent souvent spontanément, issus de relations marchandes, de coopérations entre villes voisines ou ayant des intérêts communs. La question de réseau de villes est plus une notion développée par la DATAR à la fin des années 1980, et donne un sens plus orienté vers la projection au réseau11. L’objectif est de définir des polarités, des aires d’influence de métropole ou ville, pour intégrer des villes ou des communes voisines au développement local. Le terme prend ici un sens plus actif, les acteurs et villes se regroupant pour concevoir des programmes de coopération, de coordination. Les relations entre les villes d’un tel réseau ne sont pas linéaire et peuvent répondre à différents concepts : une proximité géographique, une homogénéité socio-économique, une complémentarité… La ville cesse donc d’être un «point isolé»12 pour devenir un nœud dans un ensemble de relation complexes qui traverse toute les échelles, du local au planétaire. Dans les deux cas, on peut lire la question sous jacente du polycentrisme utilisée en aménagement du territoire, favorisant la constitution de plusieurs centres dans un

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territoire plutôt qu’un centre unique ou prépondérant. système Terme proche du précédent (réseau) provenant pour sa part du grec sutêma : ensemble. Le système est un ensemble d’éléments ayant entre eux des relations particulières qui permettent au tout d’avoir une unité face à son environnement13. Il existe différents types de systèmes : fermés (sans relation avec leur environnement), ouverts (relations d’interdépendance avec leur environnement) ou autonomes (ouverts sur leur environnement mais qui en maîtrisent l’influence). Milton Santos simplifie la définition en proposant la sienne : «ensemble dynamique d’interactions entre des éléments, des actions ou des individus, organisés en direction à l’unité du tout»14. Appliqué à la question qui nous intéresse, le schéma du système peut se révéler fort utile, du moins comme outil méthodologique. Il nécessite une phase de définition, mais il est utile pour prendre l’objet d’étude comme un tout, d’identifier ses éléments constitutifs pour pouvoir ensuite en étudier les interactions. Ce principe permet de prendre en compte des réalités provenant de toutes les échelles, et permet de lire le territoire ou l’espace étudié comme un complexe constitué de systèmes et sous-systèmes à décomposer pour mieux sortir

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de la complexité apparente (et réelle). L’avantage du système pour une application territoriale réside dans sa propre typologie : on retrouve plusieurs types de systèmes (vertical, horizontal, isotrope…) pour pouvoir répondre à des scénarios ou stratégies différentes. Cette typologie permet aussi de comprendre par l’analyse les différentes relations possibles que peuvent entretenir les éléments définis par la première phase de définition du système (établissement de la frontière, définition des éléments, des relations qu’ils entretiennent…). L’inconvénient inhérent à un tel outil d’analyse est la nécessité d’établir une frontière permettant de définir le tout du système, l’appartenance ou non des éléments à un système. Cette frontière est, comme dans les autre cas, à connaitre, et ouvre sur d’autres systèmes. Le territoire doit donc passer sous le crible de différents systèmes, répondant chacun son tour à des critères propres permettant d’établir la frontière et d’identifier les éléments qui en font partie. La multiplicité des systèmes étudiés finit par aboutir à l’appartenance de chaque éléments à plusieurs systèmes, mais surtout à une orientation donnée par les recoupements de ces systèmes et sous-systèmes. Les processus d’organisation systématique de la société contemporaine forment donc une lecture de la ville qui nous la révèle comme une

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complexité mise en exergue par différentes recherches effectuées au cours du XXème siècle. Parmi elles, il est bon de mentionner l’apport de la sociologie urbaine, créée par P.H. Chombart de Lauwe15 qui nous décrit une capitale française qui se constitue de systèmes mettant en avant sa dispersion, son hétérogénéité, sa diversité de temporalités… L’une des démarches urbaine à souligner qui utilise la question des systèmes est celle de B. Secchi. Il définit plusieurs systèmes qui donnent un caractère opérationnel au plan territorial et oriente les projets en les incluant (ou non) à différents systèmes de développement urbain (système social, système du vert…). zoom / dézoom (longue vue) Le zoom est cet objectif employé en photographie et au cinéma pour passer d’un grand angle à un plan serré. Le terme est apparu dans les années 1930 et s’est démocratisé petit à petit, entrant dans le langage courant, devenant un verbe (zoomer, et son contraire dézoomer). Il désigne un système composé de plusieurs groupes de lentilles, de miroirs, permet par un déplacement des groupes de lentilles le passage d’une focale courte (grand angle) à une focale longue (téléobjectif). Aujourd’hui il est utilisé dans tout un tas de domaine, notamment l’informatique. Zoomer et dézoomer est un acte que l’on fait en continu sur toute sorte

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GRAND PARIS - STUDIO 08/09 L’équipe dirigée par B. Secchi et P. Vigano dans le cadre de leur studio d’architecture et d’urbanisme évolutif (dont le nom change chaque année pour montrer cette nécessité d’évolution : studio 08, studio 09, studio 10…) propose une base d’analyse cognitive très forte pour la question du Grand Paris. Il identifie la métropole parisienne comme une illustration de la problématique de la «ville poreuse»16 et l’analyse en partant de ce postulat. Ils utilisent à ces fins plusieurs outils en parallèle pour leur première étude : un carré de définition du territoire de 100km x 100km ; une pratique piétonne sur des espaces choisis de 3km x 3km, une observation à vol d’oiseau de la métropole, et enfin la question de la stratification et du mélange des imaginaires. L’idée d’une telle approche est d’extraire des concepts de compréhension pour pouvoir les utiliser comme outils de lecture et d’élaboration de plan et projets applicables à l’aire métropolitaine de la capitale. Leur proposition repose sur plusieurs systèmes d’appréhension du territoire qu’ils veulent intégrer sous une gouvernance unique pour élaborer une vision commune et des projets qui répondent à cette vision, tout en gardant en tête l’idée de cette complexité de la ville, mais prônant donc une «complexité organisée»17.

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Carrés latins séléctionés pour être les premiers cas d’étude.

Ils exposent la flexibilité de cette instance de gouvernance par ce principe de vision, qui n’est qu’un support aux débats et aux décisions. Sachant que les projets qu’ils avancent engagent des acteurs trop nombreux et un temps trop long pour ne pas être modifié au fil des nouvelles propositions et interrogations qui viendront enrichir cette première vision. Les systèmes retenus par l’équipe pour approcher la question du grand Paris sont : la question énergétique, la question de l’eau (risques et biodiversité), le système du vert et des loisirs, et la question d’une accessibilité généralisée au territoire.

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de logiciels, et plus particulièrement dans les logiciels de dessin (technique ou non). De part cet usage dans la pratique informatique, le terme est progressivement passé dans le langage commun lorsque l’on parle de l’espace dessiné ou non. Ainsi la possibilité des dessinateurs à zoomer ou à dézoomer sur un projet donné s’est transmise aux décideurs. Cette capacité est aussi traduite par une autre métaphore : celle de la longue vue utilisée par B. Secchi18 qui se déplace sur le territoire, et s’avance selon les demandes, pour observer et projeter le territoire, adaptant l’intervention à l’échelle ainsi observée. Les relations entre les échelles sont alors perçues comme un rapport de grandeur où pour comprendre le zoom il faut dézoomer, et pour comprendre l’intégralité d’un territoire les zooms sur les zones diverses qui le composent sont nécessaires. Ces allersretours incessants sont donc la base d’une approche cognitive du territoire (voir plus loin la connaissance). Ici les questions de temps sont laissées de côté, sachant que l’on peut zoomer ou dézoomer sans trop de problème sur un même temps pour mener un projet tout en gardant un œil sur le global ou le local selon l’échelle à laquelle on travail. La métaphore de la longue vue est à mettre en parallèle avec les assertions avancées par Gropius : penser un siège ou un plan de

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région dépendent du même acte de dessin. Il faut mesurer ici le danger d’une telle assertion en se demandant si les outils à disposition restent les même, pensant le territoire comme un fichier ouvert par un même logiciel qui offre une palette d’outils similaires à toutes les échelles du zoom. connaissance Une autre articulation envisagée est celle de la connaissance pour la prise de conscience de l’appartenance à un seul et même territoire. Cette approche cognitive du territoire prend en considération l’image qu’ont les acteurs, les usagers, les visiteurs d’un même territoire. L’image est donc la référence qui diffère pour chaque catégorie types d’usagers, voir même pour chaque usager. Apprendre à construire le territoire, à appréhender de façon transversale les échelles, passe par la connaissance des territoires, des pièces et fragments en présences, des spécificités culturelles, des particularités spatiales, pour pouvoir articuler les interventions du territoire autour de cette connaissance primaire. Cette articulation pourrait être apparentée à une phase d’analyse d’un territoire, mais elle va au-delà : se posant comme outil, la connaissance peut engendrer une conscience d’appartenir à un tout, voir à plusieurs tout, et engager les acteurs et usagers à projeter le territoire en

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LA RUHR - EMSCHER PARK Expérience emblématique menée dans le paysage de friches industrielles de cette région est-allemande, la mission Emscher Parka débuté dans les années 1990. Sous l’impulsion d’un gouvernement fédéral fort qui a accordé de façon prioritaire des crédits aux projets qui se tenaient dans ce cadre, une entité de gouvernance à orienté près d’une centaine de projets sur le territoire délimité en une dizaine d’année. Le principe fut de mener en parallèle la définition d’un discours et la projection d’un territoire la projection, compte tenu de la durée limitée à 10 ans de la mission connue dès le début. La question de la temporalité venait donc forcer cette articulation d’itération, axant la politique sur la création d’une identité culturelle nouvelle et forte.

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Opération paysagère dans les friches industrielles


Ancienne usine reconvertie en lieu de spectacle.

La politique territoriale s’est appuyée sur des moyens tels que des projets forts tels que le développement du design sur le site de Zollverein (un musée conçu par Foster & Partners, puis une université par l’agence SANAA), mais aussi par la festivalisation de la mission, tant par la mise en place d’un festival artistique (la Triennale) que par des festivals au milieu et au terme de la mission pour montrer les réalisations, et créer par la même une identité régionale. Aujourd’hui cette démarche est repris à une échelle encore plus grande : le Concept Ruhr regroupe un territoire de près de 4500km², 11 communes et 53 millions d’habitants, et a pour objectif de «rivaliser avec les métropoles européennes attractives et prospères»19. Ce Concept Ruhr reprend l’idée du projet comme moteur de stratégie métropolitaine, établissant 274 projets répondant à cinq objectifs (grands axes est/ouest, rénovation urbaine, identification et répartition de sites de grande valeur, engagement privé, et évènementiel) pour créer une identité territoriale et un moyen de développement de ce dernier.

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ayant cette connaissance du territoire en tête. La conscientisation est donc l’outil utilisé par cette articulation basée sur la connaissance. Elle permet alors de comprendre les questions d’appartenance à tel ou tel réseau ou système, la cohérence avec une échelle plus grande ou plus petite. L’expérience cognitive reste difficile à définir. Comment s’opère la connaissance d’un territoire, par quels moyens, par quels médias (…) ? Cela soulève à son tour le problème des outils d’appréhension d’un territoire (entretiens, cartes, statistiques, photos, vidéos…). essai/erreur/correction (itération) Enfin, comme dernier type d’articulation, la démarche empirique reste inéluctable. Cette démarche revient à penser le territoire comme un terrain d’essai, ou l’on injecte en continu de nouvelles expériences : on les observe, les corrige, les adapte, pour les réinjecter à nouveau, après avoir analysé les effets provoqués dans toutes les sphères, réseaux, systèmes auxquels elles peuvent appartenir. Pour bien comprendre l’utilité de l’erreur dans le processus de formation d’un territoire, il est bon de faire référence à cette question de l’erreur dans la pédagogie : un acte inévitable dans le processus d’apprentissage, l’erreur est cette mal-connaissance sur laquelle on va

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pouvoir reconstruire un savoir. De plus prendre conscience de faire une erreur donne une capacité de remise en cause et de nécessité d’adaptation. Dans la pratique du territoire, cette articulation présente plusieurs avantages. Tout d’abord le fait d’exister depuis toujours car ayant été la pratique prédominante depuis l’occupation d’un territoire par l’homme. Ensuite par sa capacité d’adaptation, sa flexibilité face aux mutations de notre société. Enfin par son caractère intemporel, permettant de mener parallèlement une action à une échelle sans avoir à attendre que la décision soit prise à une autre échelle. Naturellement, l’autre question est celle de la cohérence dans un tel système empirique. Elle peut prendre place si les démarches sont faites dans une conscience collective, et si l’on suit des objectifs commun, donnés ou non. La cohérence peut provenir de la communauté des exemples de référence, même si la variété des réponses apportées peut paraître comme une dispersion, elle nourrit plutôt une richesse qui crée la particularité, nécessité indéniable pour la bonne tenue d’une articulation.

Pour conclure cette partie, ces types d’articulation sont complémentaires. Chacun présente ses limites, ses inconvénients, mais

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aussi ses avantages, ses points positifs quand à la lecture et la compréhension des relations qu’entretiennent les échelles entre elles, les acteurs et les questions posées par cette problématique. Passer au crible un projet, un plan, un schéma directeur ou de cohérence territorial, une stratégie, suivant ces quelques types d’articulation devrait offrir un panel d’information certes triées, mais objectives sur les relations simples ou complexes existant au sein de cet objet d’étude. Il ne faut voir en cette typologie aucun absolu, aucune exhaustivité, seule une démarche pour mener une étude sur la problématique des échelles dans l’exercice de l’architecte aujourd’hui confronté à toutes ces questions. La compréhension de la problématique étant le premier pas pour bien réussir à les projeter.

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SECCHI, Bernardo, Première leçon d’urbanisme, éd. Parenthèses, Marseille, 2006. VIGANO, Paola, La città elementare, Skira, Milan, 1999. 2 Ibid. 3 Le Moniteur, numéro spécial Aménagement 2006, Paris, 2006. 4 MASBOUNGI, Ariela (dir.), Agir sur les grands territoires, éd. Le Moniteur, Paris, 2009. 5 Coll. (Ministère de l’écologie, de l’énergie, du développement durable et de la mer), Ville durable, écocité 2009, Ante Prim / AAM éd., Paris, 2009. 6 MAGNAGHI, Alberto, Le projet local, Madraga éd., Sprimont, 2003. 7 GRUMBACH, Antoine (dir.), Livret de chantier n°2, Le grand Pari, février 2009. 1

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8 amc Le Moniteur Architecture, Le grand Pari(s), consultation internationale sur l’avenir de la métropole parisienne, Hors Série, 2009.

MAGNAGHI, Alberto, Le projet local, Madraga éd., Sprimont, 2003. 9

Voir l’article sur le discours par D. Paris, dans l’ouvrage Lille métropole. 10

Voir à ce propose la définition de réseau urbain dans le Dictionnaire de la géographie et de l’espace des sociétés dirigé par J. LEVY et M. LUSSAULT. 11

12

Ibid.

Voir la définition de Système du Dictionnaire de l’urbanisme et de l’aménagement dirigé par F. CHOAY et P. MERLIN.

13

in LEVY, Jacques (dir.), Milton Santos, philosophe du mondial, citoyen du local, Presses Polytechniques et universitaires Romandes, Lausanne, 2007. 14

Voir entre autres Paris, Essais de sociologie 19521964, éd. Ouvrières, Paris, 1975.

15

SECCHI, Bernardo, VIGANO, Paola (dir.), Livret de chantier n°1, Le grand Pari, décembre 2008.

16

Principe emprunté à Jane JACOBS dans son ouvrage intitulé Déclin et survie des grandes villes américaines paru en 1961, posant comme principe de gestion de la complexité intrinsèque de l’entité urbaine aux Etats-Unis cette question de gouvernance venant organiser la complexité par une vision globale.

17

SECCHI, Bernardo, Première leçon d’urbanisme, éd. Parenthèses, Marseille, 2006. 18

MASBOUNGI, Ariela (dir.), Agir sur les grands territoires, éd. Le Moniteur, Paris, 2009.

19

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CONCLUSION

«La seule certitude que j’ai c’est d’être dans le doute.» Pierre Desproges1

Traiter de la question des échelles dans le travail des architectes et des urbanistes revient donc à définir une logique pour les aborder. Ce besoin de limite, de frontière, n’est pas une fermeture, mais une nécessité pour cerner une relation, une échelle physique, les champs de l’action. Ce mémoire répond à ce besoin dès l’introduction, posant une problématique bien définie s’orientant autour des articulations entre échelles, mais laissant un champ des possibles très ouverts par la réponse de la complexité. Par la suite le travail de définition est lui aussi arbitraire et offre un angle d’attaque pour répondre à l’hypothèse présentée en introduction. Les échelles choisies, couplées aux

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acteurs et aux modes d’appréhension présentés dans cette partie, ne sont au final que des outils servant la thèse de l’étude de cas envisagée. La seconde partie sur les articulations est elle aussi un catalogue loin d’être exhaustif ni réaliste des relations engendrées par les éléments définis en première partie. On pourrait même revenir sur cette typologie, arguant que ces éléments ne répondent pas à un type défini d’articulation mais plus à un chaos où s’entrechoquent chaque éléments. Encore une fois, l’arbitraire est un mode de décodage qui m’a poussé à utiliser ces dernières. Chaque articulation présentée pourrait être utilisée comme un crible sous lequel on passerait un projet, une planification territoriale…offrant ainsi une lecture pour mieux le comprendre. Le mot clé est donc une série de simplifications, omettant chacune à son tour des variables, des facteurs, pour analyser successivement la complexité des relations et des enjeux en présence. Cette simplification est consciente, et n’est pas une vision tronquée de la problématique, juste une segmentation permettant d’aborder un projet en y appliquant une logique pour le définir et passer par une autre pour le redéfinir selon d’autres aspects. Cela met en exergue la nécessité d’un travail en allers-retours incessant, en questionnements divers, tout en gardant à l’esprit le caractère

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multiple des objets, acteurs, usagers, territoires (…), qui définissent et interagissent dans le cadre du projet envisagé. Cette remise en cause et la souplesse d’un tel mode de travail ressort comme nécessaire dans notre société contemporaine, non seulement en mutation perpétuelle, mais dont il ne faut pas oublier sa complexité intrinsèque. Complexité et simplification, voilà donc l’intention de ce mémoire : garder en tête la première, et user de la seconde pour lire, analyser et projeter la première. Le discours prend alors une ampleur très forte, comme étant le lien et la façon de lire cette complexité. Une analogie avec le monde de la politique -pas si lointain- vient naturellement : on énonce une vérité, mais le besoin de garder un doute sur l’absolu de cette idée est devoir pour le citoyen et l’un des fondements de la démocratie. Le doute et la remise en question sont la base d’une réflexion passant par la simplification. Il n’existe en aucun cas un absolu, juste un cadre, un outil pour rendre lisible la société, le territoire, la ville. Le travail de ce mémoire s’ouvre sur des exemples distillés au fil du texte, présentant des opérations diverses impliquant toutes plusieurs échelles de pensées, et ayant chacune sa particularité. Aujourd’hui, la suite logique est une analyse construite ces projets (et d’autres) pour pouvoir confronter les outils et définitions

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présentés dans ce mémoire à la réalité des opérations sélectionnées. Cette analyse passerait par tant des entretiens avec les acteurs des ces opérations, mais aussi ses usagers, que par un recul sur les documents primaires émanant des instances de projet. Une telle lecture nécessite de définir pour chaque projet les échelles en présence et de tenter d’appliquer l’une après l’autre plusieurs des articulations présentes dans la seconde partie du mémoire. Le doute étant ici représenté par la multiplicité des articulations proposées, qui permet chacun à son tour de remettre en question une lecture trop arbitraire du territoire par une autre lecture (répondant elle à un autre arbitraire), et ainsi de suite. Ce qui pourrait ressortir de ce travail d’étude de cas n’est pas un absolu mais un décodage, pour fonder cette «connaissance de la façon dont les individus [ici pris au sens éléments : acteurs, usagers, réalités professionnelles, outils de projection] et les environnements [physiques, échelles, paysages, temporalités] interagissent» pour reprendre les propos d’A. Rapoport2. Le discours et la connaissance sont deux notions présentant chacune une part de doute, un non absolu permettant l’évolution et la remise en question tout en gardant une base dure sur laquelle s’appuyer dans l’exercice de sa profession. Ils offrent une logique pour

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avancer et une flexibilité pour s’adapter. Ils se composent d’une multiplicité de domaines, de logiques, formant un champ de ressource large et ouvert. Cette ouverture et cette flexibilité me semblent bien définit la base de la continuité de mon travail, pour me permettre de décoder le premier (le discours) par le second (la connaissance) et surtout pour offrir un outils de lecture et de projection qui joue avec le premier se reposant sur le second.

Titre de l’entretien de P. Desproges par Y. Riou et P. Pouchain en 1986, édité au Seuil (1998). 1

RAPOPORT, Amos, Culture, Architecture et Design, InFolio éd, Gollion, 2003.

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- GRAVIER, Jean-François, Paris et le désert français, Flammarion, Paris, 1972 (première édition 1947). - INGALLINA, Patrizia, Le projet urbain, Presses Universitaires de France, Paris, 2003. - KOOLHAAS, Rem, MAU, Bruce, S, L, M, XL, Taschen, Köln, 1997. - LARSONNEUR, Claire, Les mots du territoire, Dexio éd., Paris, 2005. - LE CORBUSIER, La charte d’Athènes, Editions de Minuit, 1957. - LECUREUIL, Jacques, La programmation urbaine, éd. Le moniteur, Paris, 2001. - LEVY, Jacques (dir.), Echelles de l’habiter, PUCA, Paris, 2008. - LEVY, Jacques (dir.), Milton Santos, philosophe du mondial, citoyen du local, Presses Polytechniques et universitaires Romandes, Lausanne, 2007. - LEVY, Jacques, LUSSAULT, Michel (dir.), Dictionnaire de la géographie et de l’espace des sociétés, éd. Belin, Paris, 2003 - MANGIN, David, La ville franchisée, Editions. de la Villette, Paris, 2004. - MASBOUNGI, Ariela (dir.), Agir sur les grands territoires, éd. Le Moniteur, Paris, 2009. - MASBOUNGI, Ariela (dir.), Organiser la ville hypermoderne - François Ascher, grand prix de l’urbanisme 2009, éd. Parenthèses, Paris, 2009. - MASBOUNGI, Ariella (dir.), Breda, Faire la ville durable, éd. Le Moniteur, Coll. Projet Urbain, Paris, 2008.

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- SECCHI, Bernardo, Première leçon d’urbanisme, éd. Parenthèses, Marseille, 2006. - SECCHI, Bernardo, La ville du vingtième siècle, éd. Recherches, Paris, 2009. - SIMMEL, Georg, Les grandes villes et la vie de l’esprit, L’Herne, Paris, 2007. - SITTE, Camillo, L’art de bâtir les villes, L’art de bâtir les villes : l’urbanisme selon ses fondements artistiques, éd. L’Equerre, Paris, 1984. - TRIBILLON, Jean-François, L’urbanisme, éd. La Découverte, Paris, 2002. - TRICART, Jean, cours de géographie humaine, Centre de documentation universitaire, Paris, 1963. - TSIOMIS, Yannis (coord.), Echelles et temporalités des projets urbains, PUCA, éd. Jean Michel Place, Paris, 2007. - RAPOPORT, Amos, Culture, Architecture et Design, InFolio éd, Gollion, 2003.- ROSSI, Aldo, L’architecture et la ville, InFolio éd., Gollion, 2001. - RUBY, Ilka et Andreas, Lacaton & Vassal, éd 2GLibros, Barcelona, 2006. - VIOLLET-LE-DUC, Eugène Emmanuel, Dictionnaire raison de l’architecture française du XIème au XVIème siècle, Bibliothèque de l’image, Paris, 1999.

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travaux universitaires / actes de colloques - Coll., Les territoires et leurs échelles, les échelles soumises à question, Actes du séminaire, Ecole d’architecture de Nancy, Nancy, 1998. - BLANCIAK, François, Une articulation urbaine dans la zone des Docks à Dublin : du projet urbain au projet architectural, TPFE, EAG, 2000. - DIMITRIADI, Leda, Rupture d’échelle et changement des représentations du territoire athénien, Journées « Ville, Transport et Territoire, Quoi de neuf ? » du pôle Ville, Université Paris Est, Marne La Vallée, 2022/01/2010. - GRUMBACH, Antoine (dir.), Livret de chantier n°2, Le grand Pari, février 2009. - MANGIN, David, Du projet urbain au projet de territoire, mémoire de thèse, Université Paris Est Créteil Val de Marne, 2007. - MANDIL, Nicolas, Le contrat d’axe, un nouvel outil d’articulation de la planification au projet, Mémoire master UPU, IUG, Grenoble, 2008. - SECCHI, Bernardo, VIGANO, Paola (dir.), Livret de chantier n°1, Le grand Pari, décembre 2008.

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sources iconographiques p.19 : RUBY, Ilka et Andreas, Lacaton & Vassal, éd 2GLibros, Barcelona, 2006. pp.22-23 : MASBOUNGI, Ariella (dir.), Nantes, La Loire se dessine, Editions de la Villette, Paris, 2003. pp.26-27 : PARIS, Didier, MONS, Dominique (dir.), Lille métropole, laboratoire du renouveau urbain, éd. Parenthèses, Marseille, 2009. p.31 : Les Manuels du renouvellement urbain, n°1, Europe du Nord Ouest, Echelles territoriales et renouvellement urbain, Caisse des dépôts et consignations, mars 2002. p.59 : brochure éditée par la mairie d’Echirolles. p.62 : MASBOUNGI, Ariela (dir.), Agir sur les grands territoires, éd. Le Moniteur, Paris, 2009. p.63 : Coll. (Ministère de l’écologie, de l’énergie, du développement durable et de la mer), Ville durable, écocité 2009, Ante Prim / AAM éd., Paris, 2009. pp.66-67 : GRUMBACH, Antoine (dir.), Livret de chantier n°2, Le grand Pari, février 2009. p.71 : PARIS, Didier, MONS, Dominique (dir.), Lille métropole, laboratoire du renouveau urbain, éd. Parenthèses, Marseille, 2009. p.77 : SECCHI, Bernardo, VIGANO, Paola (dir.), Livret de chantier n°1, Le grand Pari, décembre 2008. pp.80-81 : MASBOUNGI, Ariella (dir.), Nantes, La Loire se dessine, Editions de la Villette, Paris, 2003. première de couverture : photographies personnelles

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Ce mémoire se penche sur la question des échelles, de leur utilisation dans le travail des architectes et des l’urbanistes, se positionnant dans la problématique de la façon dont s’articulent les éléments (échelles, acteurs, outils, temporalités,…) en présence. Aborder la complexité de cette problématique passe dans un premier temps par la simplification de la vision, par un travail de définitions simples, puis par la proposition d’une typologie d’articulations pour étudier et projeter le territoire. Complexité et simplification n’oublient pas la nécessité de la remise en question et de la connaissance comme outils à disposition.

master A. E. CC. ensag - mai 2010


Questions d'échelles