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Préfigurer l’absence LE PAYSAGE NUCLÉAIRE COROLLAIRE (LOIRET)

Travail Personnel de Fin d’Études 2018

Manon Cadoux Encadrement Alice Roussille

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Propriété exclusive de Manon Cadoux Toutes les images sont des productions personnelles, le cas échéant , la source de l’auteur est mentionnée 2


Préfigurer l’absence LE PAYSAGE NUCLÉAIRE COROLLAIRE (LOIRET)

Directeur d’étude : Alice Roussille Paysagiste DPLG Membres du jury : Chloé Sanson Paysagiste DPLG Pierre-François Le Jeanne Paysagiste DPLG Alexis Faucheux Paysagiste DPLG Veit Stratmann Artiste plasticien

Manon Cadoux Travail Personnel de Fin d’Etudes Diplôme de paysagiste DPLG Obtenu le 5 juillet 2018 3 à l’Ecole Nationale Supérieure de Paysage de Versailles


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Comme tu m’éclaires au nucléaire j’ai le ciel vieux J’aime pas compter, j’aime pas savoir qui gère le feu Jouer entre nous ça reste jouer avec les dieux Au fond des corps un cœur qui bat ça se bat mieux Et les nuages qui scindent le ciel En deux Le temps qui passe ça n’a pas d'âge ce n’est pas peu Il y aura de quoi faire des histoires faire des envieux

ODEZENNE, Nucléaire, (3’43), CD Universeul, avril 2018.

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Avant-propos Nous regardons, et nous posons du sens sur l’étendue. Elle s’impose à l’espace et fait écho à notre présence, la centrale nucléaire. Parfois, nous regardons sans véritablement regarder. Parfois encore, nous regardons et le regard est continu et intérieur. Quand je suis née, la centrale nucléaire de Dampierre-en-Burly fonctionnait depuis douze années déjà. Je crois par la suite qu’elle s’identifiait à mes yeux aux trajets éloignés, de ceux qui dépassent les vingt minutes de voiture. Il y a les travailleurs, les habitants de proximité, les habitants travailleurs éloignés, et juste les habitants éloignés. Je faisais partie de la dernière catégorie. La centrale nucléaire, c’est un coffre et une charge posés dans un cadre. Ce sont des coffres et une charge redondants posés dans des cadres. C’est l’exploitation manichéenne d’un matériau qui depuis le début marque des ambivalences. C’est à la fois l’apogée de la découverte scientifique du début du XXème siècle et à la fois l’instrument de ce qui peut mener à notre perte. Le début de l’exploitation est militaire, puise son origine dans la compétitivité géopolitique, la violence et le combat, alors que plus tard, son exploitation civile deviendra symbole de développement social et d’indépendance énergétique et politique nationales. Enfin, depuis la projection de l’exploitation civile des années 70, certains vantent ses mérites tandis qu’elle divise et soulève la société. L’installation nucléaire, parce qu’elle se dénoue des contraintes sociales et territoriales, interroge le rapport de l’homme au paysage. Peut-on parler d’acceptation lorsqu’on travaille, habite et circule en territoire nucléaire ? Résultat d’un interventionnisme fort, l’aménagement des centrales nucléaires outrepasse largement notre rapport d’humilité face à l’environnement, au paysage et à la terre. C’est l’esthétisme des formes qui sert l’acceptation, la technique et l’imaginaire. C’est à la fois la présence physique et l’imaginaire qui font paysage. Les bâtiments, l’uranium plongé, enseveli et tapi, le «nucléaire» dans son ensemble sont porteurs d’une représentation. Parfois celle-ci véhicule-t-elle même la peur, et une forme de rejet. Les centrales nucléaires s’insèrent dans des territoires aux paysages puissants, en retrait des grandes dynamiques de concentration et de circulation. Elles sont forcément liées à l’eau, ossature de paysage.

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Table des matières Avant-propos Table des matières

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Chapitre 1

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A l’écart Le paysage nucléaire Uniformité Analogies

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Chapitre 2

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Les terres, Le Val de Loire Les terres, Captures de paysages Les terres, A l’intersection des forces L’amplitude, Approche in situ L’amplitude, Définir la limite

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CARNET PHOTOGRAPHIQUE 1

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CARNET PHOTOGRAPHIQUE 2

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L’amplitude, S’inclure L’amplitude, S’installer

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Chapitre 3

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L’île nucléaire

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CARNET PHOTOGRAPHIQUE 3

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L’alternance des grèves Le circuit de l’eau

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Intermèdes

20 22 24

Amplitude terrestre, Importance du rapport de la centrale nucléaire avec le socle

32 34 38 40

50

Les formes de l’eau, Somme des relations de la centrale nucléaire avec la ressource en eau

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Chapitre 4

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Le système symbiotique CARNET PHOTOGRAPHIQUE 4 Les concentrations La circulation continue L’explosion Les constructions CARNET PHOTOGRAPHIQUE 5 Les périmètres et les parcours Influences accrues CARNET PHOTOGRAPHIQUE 6

80

Chapitre 5

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Scénario Vision future L’effacement

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Chapitre 6

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Les limites nucléaires, Perspectives Les limites nucléaires, La limite contenante Les limites nucléaires, La limite extensive Temps premier, 2018-2025, Appropriation et découverte Second temps, 2025-2040, Appropriation et préfiguration Troisième temps, 2040-2050, Appropriation et effacement Temps quatre, Post-démantèlement

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Postface Remerciements Bibliographie

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Les franchissements, Ensemble des relations entretenues entre la centrale nucléaire et le territoire

84 86 88 92 96 98 100 102 104

Les périodes, Encadrer les évolutions spatiales et psychologiques

112 114

Préfigurer l’absence nucléaire

120 122 124 132 140 152

158 160

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Intermèdes Chapitre 1

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lieu d’implantation d’une centrale nucléaire

lieu de catastrophe nucléaire

site d’essai nucléaire

site majeur espace d’essai nucléaire d’exploitation (+ 100) majeur d’uranium (mines en profondeur)

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espace de stockage majeur des déchets radioactifs (en profondeur)


A l’écart

A l’échelle du monde et de façon générale, la production d’énergie électrique est étroitement liée aux concentrations humaines proches, lieux de consommation énergétique. Peu ou pas de stockage n’est possible et le transport de l’énergie s’avère vite coûteux par l’extension du réseau, et peu propice à cause des pertes électriques par effet Joule. La production d’énergie nucléaire est donc inhérente à l’espace large dans lequel elle s’inscrit. Pourtant, l’installation des centrales nucléaires se situe en marge de ces espaces de consommation. L’ensemble du cycle de production nucléaire s’installe dans les périphéries. Dans le cycle nucléaire, ces espaces de marge se transforment parfois en espaces de vide : les territoires de catastrophes nucléaires, et les sites d’essais nucléaires aux conséquences longuement masquées. Les espaces de production nucléaire génèrent aussi des espaces résiduels. Ces derniers engendrent aussi des espaces de vide : l’exploitation des mines d’uranium et le stockage des combustibles usés. Ces territoires débarrassés deviennent dépossédés. Ce sont des vides trop vides. Ce sont des déserts. C’est la possibilité unique de l’inhabité, non pas parce qu’il fait trop froid ou trop chaud, mais parce que la contamination est longue. Le cycle de l’exploitation nucléaire s’implante à la fois dans l’espace physique proche, et à la fois résonne dans l’espace large impalpable : les nuages radioactifs des catastrophes nucléaires, l’enfouissement des déchets à plusieurs kilomètres sous terre ou la modification des milieux d’implantation des centrales nucléaires. Les espaces nucléaires se trouvent donc dans le monde sous différentes formes qui toutes interrogent par leur interaction avec l’espace et leur rapport au temps.

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Chapitre 1, Intermèdes


Ci-dessus, de gauche à droite : Site Arandis de mine d’uranium en Namibie photographe inconnu Les villes nucléaire interdites proche des zones d’essais d’Union Soviétique photographe Nadav Kander Ancien mur anti-tsunami emporté en 2011 à Fukushima photographe Andreas B. Kruger Centre de stockage de déchets radioactifs de faible et moyenne activité dans l’Aube photographe de Pascal Bourguignon Sources respectives : https://fr.wikipedia.org/wiki/Mine_d%27uranium_de_R%C3%B6ssing http://www.laboiteverte.fr/les-villes-nucleaires-interdites-dunion-sovietique/ http://www.andreasbkrueger.com/places/ https://www.lemonde.fr/planete/article/2010/12/17/incursion-dans-uncentre-de-stockage-de-dechets-nucleaires_1454392_3244.html

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Chapitre 1, Intermèdes


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Le paysage nucléaire

Jusqu’en 1970 le prix du fuel en France baisse, mais l’augmentation à l’internationale des prix du pétrole s’est imposée à l’économie française. Dans les années 80, la France fait le choix d’une nouvelle dynamique énergétique, pour la production nucléaire. Alors que la source d’énergie par le pétrole pouvait encore se prêter à une utilisation diversifiée (chauffage domestique, transport, habitat, textile, électricité), la production énergétique nucléaire donne lieu à une consommation électrique uniquement. A cette période, la quantité d’électricité devant être produite devient alors proportionnelle au besoin d’électricité des ménages : l’amélioration du confort et la propension de l’électroménager amplifient la dépendance. Définir et structurer l’offre de l’énergie nucléaire implique un réaménagement des territoires énergétiques. En 1974, le Ministère de l’écologie affirme la position géographique des centrales nucléaires : elles s’installeront en zone rurale. L’électricité issue de la production nucléaire bénéficie par la suite d’une tarification avantageuse, couplée à des aides financières pour l’isolation du logement. Aujourd’hui, la part de l’électricité d’origine nucléaire est de près de 76 %. La France est le pays le plus nucléarisé au monde proportionnellement à son territoire, avec 58 réacteurs en activité répartis sur 19 sites. Deux chantiers de construction sont actuellement en cours, et l’ouverture d’un site d’enfouissement des combustibles de réacteurs est en projet dans l’Est. Néanmoins, les tarifs de l’électricité dans les années à venir, issus de la même origine, vont tendre à augmenter. Le parc nucléaire de première génération nécessitera nombre de rénovations ou de déconstructions, tandis que le parc de seconde génération devra inévitablement se rénover. Si le démantèlement des structures les plus anciennes est compliqué, le processus pourrait s’industrialiser, avec plus de 300 centrales nucléaires à déconstruire dans le monde d’ici 15 ans. La politique française de ces prochaines années affirme son engagement à limiter le réchauffement de la planète par le rejet des gaz à effet de serre : la priorité est donnée au maintien et au développement des centrales nucléaires dont les connaissances sont maîtrisées. D’ici 5 années, les centrales thermiques et à charbon seront toutes fermées. L’Autorité de Sûreté Nucléaire, organisme indépendant, rendra pour sa part un rapport de sûreté important concernant les centrales nucléaires à moderniser pour prolonger leur fonctionnement au-delà de 40 ans.

Ci-contre, octobre 2017, horizon des installations agricoles et nucléaires depuis le nouveau quartier de la commune de Dampierre-en-Burly

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Chapitre 1, Intermèdes


Uniformité

A la manière du « paysage ferroviaire » et du « paysage de la mine », la production de l’électricité nucléaire doit s’associer à un « paysage du nucléaire », symbole de renouveau économique et témoignage de l’indépendance et de l’ingénierie française. Une équipe d’architectes « Les architectes du nucléaire », dont Claude Parent est le chef de file, est associée aux ingénieurs pour travailler ensemble sur les problématiques liées à l’installation nucléaire : la nature de ce qu’elle produit, sa monumentalité, et le rapport au site sur lequel elle s’implante. La structure des bâtiments, des installations sont explicites et lisibles et permettent la transparence des mécanismes internes. Les formes abstraites des tours réfrigérantes symbolisent en revanche la puissance de l’atome. A leur construction, les centrales nucléaires font écho à la philosophie de l’architecture du modèle antique : témoignage d’une attitude certaine de l’homme face au monde naturel. L’architecture nucléaire est homogène sur différents sites, le milieu devient un support indifférencié. L’installation de la centrale nucléaire ne donne pas à voir les spécificités naturelles et humaines d’un lieu ; et les formes graphiques, les matières froides sont indifférentes à ce même lieu dans lequel elle s’insère. Le ciel et la terre sont mis en tension par les cheminées, mais ce contact n’exprime pas un ordre voulu. De l’observation ne peuvent se détacher les craintes de l’exploitation de la ressource à l’intérieur des parois. La distinction ne peut être faite entre l’enveloppe esthétique et le contenu. De près, elle se doit d’être lisible, de loin, elle doit être reconnaissable dans le paysage. De près et de loin, elle distance. La centrale nucléaire devient alors, plus qu’un objet énergétique, un objet équivoque dans le paysage. Il révèle à la manière des objets architecturaux complexes, les enjeux de la perception de nos paysages contemporains : la démesure.

« Toujours plus près des étoiles. On ne reconstruit plus vraiment sur la terre. Le paysage répond donc ici à une double volonté : orner la terre en décidant de construire des formes telles des parures, et aussi considérer le cosmos comme une autre immersion de la terre et dans laquelle les hommes doivent projeter leur existence. » François BEGUIN, Le paysage, Paris, collection Dominos, Éditions Flammarion, 1995, 126 pages, p. 103.

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Ci-dessus, aperçus de la matérialité de la centrale nucléaire depuis l’extérieur de l’enceinte

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Chapitre 1, Intermèdes


Analogies

Le paysage nous pousse à considérer à la fois les invariants naturels et à la fois les marques plus récentes de l’histoire. Les paysages électriques récents de la France influencent et modifient l’espace géographique. Leur emprise est conséquente : depuis leur installation jusque pendant la production, le transport et la consommation de l’énergie. Leur nombre sur le territoire, et dans le monde, questionne toujours un peu plus notre rapport aux édifices. Comme les plus grands objets architecturaux, ils sont le résultat de la projection humaine. Les formes produites traduisent le sens et le fond, et font partie intégrante de notre environnement. Aujourd’hui pourtant, les centrales nucléaires ne sont plus observées comme des objets architecturaux à proprement parler. Au regard des accidents nucléaires de l’histoire, et de la familiarité de leur forme devenue «commune» à tous les sites, leur symbolisme initial s’est peu à peu effacé. Leur présence est acceptée, et on ne les regarde plus. C’est ce que l’anthropologue Françoise Zonabend illustre dans l’étude sur le site de la Hague «La presqu’île nucléaire». Elle définit ce qu’est la cécité paysagère : la dépossession et le fatalisme de l’ouvrage et de ses abords par les habitants riverains. C’est le temps qui modifie notre perception et notre réceptivité. Certains espaces industriels, anciens maillons des systèmes économiques de leurs régions d’implantation, se transforment aujourd’hui en objets culturels. Muséifiés, ils deviennent le témoin de ce qui a été et sont portés au rang de «témoins». Aujourd’hui ces nombreux cas dénotent une période où le regard sur les paysages industriels, électriques, s’inverse.

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Chapitre 1, Intermèdes


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Amplitude terrestre

Importance du rapport de la centrale nuclĂŠaire avec le socle

Chapitre 2

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Les terres

Le val de Loire Entre les deux massifs boisés, la Forêt d’Orléans au Nord et la Sologne au Sud, le fleuve se courbe et ondule en méandres -sur la portion appelée la Loire moyennelorsqu’elle franchit le socle sédimentaire du Bassin parisien. La Forêt domaniale d’Orléans forme un arc de cercle d’environ 80 kilomètres de long et jusqu’à 20 kilomètres de large. Elle s’étend sur un vaste territoire, entre sa lisière sud, qui définit la frontière du val de Loire, et sa limite nord qui donne sur le plateau de la Beauce. Aujourd’hui, la forêt présente un aspect différent des siècles passés. Après les nombreux défrichements le pin sylvestre est implanté pour combler les vides, et les landes sont reboisées. L’espace plus densément planté présente un ordonnancement que caractérisent les chemins tirés au cordeau. La forêt est désormais largement aménagée pour le loisir. Les terres pauvres originelles sont aujourd’hui des terres amendées : champs ou prairies. L’élevage a largement régressé mais le paysage agraire reste celui d’un pays d’enclos aux contours irréguliers où s’alternent boisements, landes, prairies et étangs, en rupture avec la Beauce au Nord, plateau de cultures céréalières et oléagineuses. Le plateau est en effet défriché très tôt dès le Néolithique, et sur ces terres riches, tout parait être démesuré. C’est également le sous-sol qui présente la plus grande nappe phréatique d’Europe. Le Val de Loire, encadré de part en part, se définit par une large plaine alluviale où le lit mineur du fleuve trace des courbes qui bifurquent de 5 à 10 kilomètres. Autrefois le val était très boisé et peu cultivé à cause de la nature sauvage du fleuve, mais la Loire devient très vite un outil de navigabilité et d’essor pour ses terres adjacentes. Aujourd’hui le territoire est beaucoup plus maîtrisé, et la plaine cultivée d’openfield se compose d‘arbres et de bosquets, de cultures légumières et de pépinières autour des fermes de polyculture. Le val draine les plus importantes agglomérations du département.

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0

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Chapitre 2, Amplitude terrestre

20

40 km


Ci-dessus de gauche à droite : vallée de la Loire, levée du fleuve et plaine alluviale cultivée, cultures céréalières et pâturages, octobre 2017

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Ci-dessus, de gauche à droite : route forestière, champs céréalier et champs de pâturage, orée de culture périurbaine, novembre 2017

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Chapitre 2, Amplitude terrestre


Les terres

Captures de paysages

C’est la géographie du méandre qui rend visible et compréhensible la plaine, les coteaux et les boisements. La morphologie de l’espace détermine les modes de l’agriculture d’élevage et de céréales, de l’habité dispersé et des déplacés radiaux. Les paysages sont des lieux privilégiés d’intégrations et de synthèse de ces couches de l’information géographique. A l’échelle du regardant, les «objets» -organiques, humains et techniquesconstituent ces paysages. Ce sont ces détails qui caractérisent les divers ensembles de paysages. Ces «objets» ou «composantes», par leur échelle, passent par l’œil de l’observateur mais s’oublient souvent au profit de l’impression générale. Les «expériences d’attention de paysage» que j’ai menées m’ont conduites à transposer par le dessin le souvenir de ces «petites choses» de ce que je venais de voir. J’ai pratiqué l’exercice dans l’immédiateté de ce que je venais de voir, ou par le souvenir sélectif quelques heures plus tard. Amasser ces «bribes» instantanées ou ces «restes» du souvenir me permettent de porter attention et de mémoriser. C’est au fur et à mesure des objets posés sur le papier que de nouveaux paysages se créent. L’exercice de la déconstruction/reconstruction traduit sensiblement mon impression personnelle de l’ensemble.

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Octobre 2017 Espace pavillonnaire proche de l’agriculture Issu du souvenir dessiné deux heures plus tard

Octobre 2017 Espace pavillonnaire récent proche de la centrale nucléaire Issu du souvenir dessiné deux heures plus tard

Décembre 2017 Bord de fleuve, proche des infrastructures de transport de l’électricité Dessiné immédiatement

Décembre 2017 Bord de fleuve, entre la levée et le végétal spontané Issu du souvenir dessiné une heure plus tard

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Chapitre 2, Amplitude terrestre


Les terres

A l’intersection des forces

La centrale nucléaire fonctionne ainsi dans un substrat rural forestier et agricole. Les plaines alluviales des deux rives sont toutes deux comprises entre le fleuve et la lisière du massif boisé proche. La vision cartographique et la pratique in situ retransmettent cette composition selon une disposition «stratigraphique». Les milieux s’étendent parallèlement : massif boisé (Sologne) - plaine alluviale - fleuve plaine alluviale - massif boisé (d’Orléans). L’infrastructure s’est même implantée dans l’espace où le rapport frontal entre les deux forêts est le plus ténu. L’architecture presque «brutaliste» et sa vision à longue portée portent un esthétisme artificiel qui questionne sa résonance avec le paysage. Finalement la centrale nucléaire ne participe-t-elle pas à la beauté de l’espace ? Participe-t-elle à souligner le rapport entre les deux massifs boisés ? La centrale nucléaire s’implante dans un espace particulier du fleuve, au creux d’un méandre. L’emplacement est stratégique : son fonctionnement nécessite la préemption de l’eau du fleuve. C’est cette position singulière par rapport au fleuve qui interroge. Quel impact a-t-elle sur le cours d’eau lui-même ? Modifie-t-elle ou fabrique-t-elle un nouveau rapport au fleuve ? Les espaces forestiers et les abords du fleuve sont des espaces très pratiqués des riverains. Dans l’étude sociologique Grands équipements énergétiques et cadre de vie. Trois situations ligériennes, Sophie Bonin montre, à travers trois infrastructures sur le cours de la Loire (deux barrages et une centrale nucléaire) combien, à des gradients très différents, les installations peuvent perturber les relations de l’homme avec le fleuve et le milieu. Ces perturbations dépendent des modifications environnementales induites et des modifications des interactions et pratiques sociales liées à l’appropriation des espaces. Quelles modifications environnementales dans son sens le plus large la centrale nucléaire de Dampierreen-Burly a-t-elle entraîné ? Quel rapport a-t-elle pu modifier entre le milieu et les hommes qui l’habitent ?

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La centrale nucléaire à l’horizon depuis le nouveau «quartier EDF» pavillonnaire de logements individuels Périphérie de la commune-hôte, Dampierre-en-Burly

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La centrale nucléaire à l’horizon depuis les cultures céréalières de la plaine du méandre Sur les terres de la commune de Ouzouer-sur-Loire

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Chapitre 2, Amplitude terrestre


L’amplitude Approche in situ

Objet dans le paysage, la centrale nucléaire devient dès le début, un repère fixe pour comprendre le territoire dans lequel elle s’implante. Je décide de découvrir l’espace de façon concentrique selon des tracés circulaires arbitraires de périmètres allant de 10 kilomètres jusqu’à 1 kilomètre autour de la centrale nucléaire. Ceux-ci me permettent d’avoir une «ligne de conduite» cartographique plus ou moins suivie sur site dans la mesure du possible (notamment l’accessibilité des boisements). Ces tracés arbitraires font écho à d’autres tracés caractéristiques des sites nucléaires que nous évoquerons par la suite. Je choisis de comprendre le paysage en premier. Comprendre le paysage au sens large me permet par la suite de mieux considérer les caractéristiques du paysage proche du site nucléaire : la nature des boisements, la nature de l’agriculture, la disposition du bâti ou encore les spécificités du fleuve. La centrale nucléaire devient l’objet recherché à l’horizon et me permet de comprendre ma propre orientation spatiale. Le processus s’avère vite obsédant et rythmé. La photographie est le meilleur outil de capture rapide des différentes scènes et des contextes dans lesquels je trouve l’infrastructure. La pratique du dessin est utile plus tard, quand je prends le temps de l’immersion dans les milieux que je connais davantage.

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Ci-dessus, vues périphériques lointaines de la centrale nucléaire en fonction de l’orientation spatiale

1:

3:

N 2:

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N

Chapitre 2, Amplitude terrestre

N N 4:


10

40

20 km


L’amplitude Définir la limite

Très vite je m’aperçois que mon parcours dessine une propre limite, prospective donc imparfaite, mais qui trouve beaucoup plus de sens. C’est ce que je définis par le terme de limite contenante : c’est-à-dire qu’elle contient l’ensemble des paysages depuis lesquels la centrale est visible. A l’image du fleuve et du bassin versant, jusqu’où le lit mineur peut avoir un impact, c’est la définition de l’ensemble des «paysages-scène» qui se dessine. C’est à la fois la limite de visibilité de l’ouvrage et de lisibilité de son impact. Représentée de façon linéaire par la cartographie, sous la forme d’un périmètre, en pratique la limite est une surface réduite. Cette surface présente différentes morphologies : c’est la lisière des boisements principalement ; le front de l’espace bâti très ponctuellement ; ou la limite «morphologique» d’un changement topographique, qui est très rare au sein de ce territoire. A mesure que les jours passent, la limite n’est plus tout à fait la même. Les espaces agricoles ouverts où la centrale était visible ne permettent plus son observation, ni même de la deviner. En plus d’être imparfaite, la limite contenante devient mouvante. C’est la météorologie qui définit sa grandeur. Lorsqu’il fait gris, que le ciel est chargé et que les nuages sont bas, la centrale nucléaire n’est visible que de très près. Lorsqu’il fait beau, que le ciel au contraire est dégagé, la centrale nucléaire s’aperçoit depuis très loin, notamment sur les rives du lit du fleuve qui n’ont aucun obstacle visuel. Le temps météorologique général d’une même journée apporte aussi, en fonction de l’heure, plusieurs nuances : au temps humide correspond souvent une matinée très brumeuse sans visibilité, tandis qu’au temps ensoleillé correspond plutôt une rosée lumineuse. Les journées chaudes d’été sans vent, ont la particularité d’avoir des crépuscules très clairs qui laissent courir la fumée des tours de la centrale, alors que les journées au vent agité désaxent constamment leur direction. Ces changements climatiques font écho à un vieux souvenir, où plus petite mon père me disait que « Si les fumées de la centrale sont hautes dans le ciel, alors il fera beau demain».

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Chapitre 2, Amplitude terrestre


5 km

5 km

Ci-dessus et ci-contre : définition de la limite mouvante aux différents temps météorologiques évoqués Carte 1 : Limite contenante de la centrale nucléaire par temps brumeux, humidité ambiante, pendant la matinée Carte 2 : Limite contenante de la centrale nucléaire par temps couvert, humidité faible, en milieu de journée

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5 km

5 km

Carte 3 : Limite contenante de la centrale nucléaire par temps ensoleillé, aucun nuage, en milieu de journée Carte 4 : Limite contenante de la centrale nucléaire par temps ensoleillé, aucun nuage, en fin de journée

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Chapitre 2, Amplitude terrestre


1 Horizon de la plaine alluviale sur la rive opposée, à l’ouest de la centrale nucléaire, Ouzouer-sur-Loire janvier 2017

2 Horizon des grandes cultures sur la rive opposée, au sud ouest de la centrale nucléaire, Ouzouer-sur-Loire janvier 2017

3 Horizon des grandes cultures sur la rive opposée, au sud est de la centrale nucléaire, Saint-Gondon octobre 2017

4 Horizon des grandes cultures, aux abords est de la centrale nucléaire, Dampierre-en-Burly octobre 2017

5 Horizon de la plaine alluviale de grandes cultures, au sud ouest de la centrale nucléaire, à 30 kilomètres de distance, Sigloy septembre 2017

6 Horizon des espaces pâturés et limite de la ville, au nord de la centrale nucléaire, Dampierre-en-Burly octobre 2017

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1 Horizon des grandes cultures, au nord de la centrale nucléaire, Dampierre-en-Burly octobre 2017

2 Horizon des grandes cultures, au nord de la centrale nucléaire, Dampierre-en-Burly octobre 2017

3 Horizon des grandes cultures bocagères, à l’est de la centrale nucléaire, Nevoy septembre 2017

4 Horizon de la route départementale et grandes cultures, à l’ouest de la centrale nucléaire, Ouzouer-sur-Loire septembre 2017

5 Horizon des grandes cultures aux abords des équipements collectifs de la ville, au nord de la centrale nucléaire, Dampierre-en-Burly octobre 2017

6 Horizon des boisements de la Sologne et terres imperméables marécageuses, au sud ouest sur la rive opposée de la centrale nucléaire, Saint-Aignan-le-Jaillard janvier 2017

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CARNET PHOTOGRAPHIQUE 1 45

Chapitre 2, Amplitude terrestre


1 Ciel du quartier de la ville, au nord de la centrale nucléaire, Dampierre-en-Burly octobre 2017

2 Ciel des grandes cultures sur la rive opposée, au sud ouest de la centrale nucléaire, Saint-Florent janvier 2017

3 Ciel de la plaine alluviale, à l’est de la centrale nucléaire, à 30 kilomètres de distance, Gien septembre 2017

4 Ciel des grandes cultures, au nord de la centrale nucléaire, Dampierre-en-Burly septembre 2017

5 Ciel de la plaine alluviale sur la rive opposée, au sud ouest de la centrale nucléaire, Villemurlin septembre 2017

6 Ciel de la vallée de la Loire, à l’ouest de la centrale nucléaire, à 30 kilomètres de distance, Dampierre-en-Burly septembre 2017

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1 Ciel des prés pâturés, au sud ouest sur la rive opposée de la centrale nucléaire, Saint-Florent septembre 2017

2 Ciel des grandes cultures, des bâtiments agricoles et des bosquets, au sud ouest sur la rive opposée de la centrale nucléaire, Saint-Aignan-le-Jaillard septembre 2017

3 Ciel des grandes cultures proches à la périphérie de la Sologne, au sud ouest sur la rive opposée de la centrale nucléaire, Saint-Gondon janvier 2017

4 Ciel de la route départementale et grandes cultures, à l’ouest de la centrale nucléaire, limite Ouzouer-sur-Loire/Dampierre-en-Burly octobre 2017

5 Ciel des grandes cultures et des bosquets, au sud ouest sur la rive opposée de la centrale nucléaire, limite Saint-Aignan-le-Jaillard/Saint-Florent octobre 2017

6 Ciel des grandes cultures laissées en jachère, au sud ouest sur la rive opposée de la centrale nucléaire, Saint-Aignan-le-Jaillard janvier 2017

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CARNET PHOTOGRAPHIQUE 2 47


L’amplitude S’inclure

Les centrales nucléaires françaises s’implantent dans le territoire rural. A la différence du modèle énergétique territorial allemand où les centrales sont généralement situées proche des agglomérations urbaines pour ne pas colporter de vision négative, la politique préventive française préfère installer ces infrastructures dans les espaces de faible densité humaine, la démographie zéro étant impossible. Cela réduirait les conséquences d’un éventuel accident. En revanche, et c’est le paradoxe cité en amont, l’installation doit se situer proche d’une agglomération conséquente, centre de consommation de l’énergie produite. Le site choisi doit posséder un réseau routier bien desservi pour faciliter l’arrivée des composants, l’évacuation des déchets, voire l’évacuation des personnes en risque d’accident. Aussi, les zones industrielles importantes de proximité sont prises en considération si un accident devait avoir lieu. Les lignes aériennes sont généralement écartées, cette fois-ci dans le cas d’un attentat. Les observations préalables et les mesures lors de son fonctionnement prennent en compte la notion de risque. L’exploitation du combustible nucléaire ne constitue pas seulement l’exploitation industrielle d’une ressource, c’est aussi tout le milieu dans lequel elle s’implante qui porte un poids nouveau. Le milieu proche lié à la centrale nucléaire, à moindre échelle est lui aussi choisi selon plusieurs critères. Le climat doit être relativement doux. Ici le département du Loiret à l’intérieur des terres ne connait que peu l’influence des côtes : seulement par les vents faibles de direction constante du Nord Ouest au Sud Est. Ils permettent ainsi, s’engouffrant entre les massifs boisés le long de vallée, la dispersion des rejets et l’orientation des gaz vers des zones peu peuplées. Enfin, l’eau représente la condition sine qua non au choix de sa situation. La ressource en eau doit être suffisamment abondante, de dépit rapide et assez froide pour ne pas subir de trop forte élévation de température. L’implantation de la centrale nucléaire est finalement presque comparable à l’élection du lieu de jardin. Tous les particularismes doivent être réunis pour que celui-ci se développe, et soit entretenu et observé parce qu’il réunit les qualités requises.

48


village

desserte routière principale

ville

espace agricole

espace forestier

direction du vent

fleuve

49

cours d’eau

Chapitre 2, Amplitude terrestre


Carte topographique, courbes à la cote 2 mètres

0

50

5 km


L’amplitude S’installer

La centrale nucléaire fonctionne grâce à la Loire. Si elle dépend de la ressource du fleuve, elle s’abstrait de ces contraintes dès le début. La majeure partie des travaux du site, la construction des bâtiments comprise, a consisté à tester le sol par sondages, terrasser et surélever le socle-support à la cote 125 mètres correspondant au niveau de la crue la plus importante enregistrée. C’est l’exemple de la préparation du paysage en préalable, l’horizontalité et la stabilité comme bases universelles à la construction architecturale. Mais les paysages riverains dans leurs morphologies, sont très peu modifiés. Le site de la centrale nucléaire s’implante sur les terres planes du méandre. Les visions photographiques aériennes ci-après, en deux temps, avant et après l’implantation de l’infrastructure, le montrent très bien. Aucun boisement n’est quasiment touché, au contraire une légère tendance au renfermement du milieu est même observable aujourd’hui. Depuis 1976, la loi relative à la protection de la nature impose de nouvelles nécessités pour le respect des milieux naturels face aux aménagements de grande ampleur : « Les études préalables à la réalisation d’aménagements ou d’ouvrages qui, par importance de leurs dimensions ou leurs incidences sur le milieu naturel, peuvent porter atteinte à ce dernier doivent comporter une étude d’impact permettant d’en apprécier les conséquences. » (loi n°76-629, article 2) L’installation et la construction de la centrale nucléaire restent très interventionniste dans le paysage. Le chantier de la centrale nucléaire de Dampierre-en-Burly est lancé en 1974 et dure six ans. Ce sont 6 mois de travaux préliminaires d’aménagement du site, 3 années de construction génie civil (terrassements, bâtiments), 1 année et demie de montage du matériel et 1 année d’essais de fonctionnement.

51

Chapitre 2, Amplitude terrestre


Canaux d’amenée et de rejet

N

Photographies aériennes de la première année de construction de la centrale nucléaire : terrassements, accès au futur site et début du creusement du canal d’amenée et de rejet de l’eau du fleuve 1975, Electricité de France (EDF) Source : http://remonterletemps.ign.fr/

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Captures d’écran issues d’un reportage INA, montrant l’état des travaux de la construction de la centrale nucléaire de Dampierre-en-Burly 24 novembre 1976, 1 min 26 s. Source : http://www.ina.fr/video/PAC05044534

53

Chapitre 2, Amplitude terrestre


1973

54


2018

55

Chapitre 2, Amplitude terrestre


vallĂŠe alluvionnaire terrains sablonneuxargileux

sables et limons des plateaux

marnes et sables

marnes et calcaires

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affleurements de craie


Les importants travaux de terrassements reposent sur la nature du sous-sol même, qui constitue une autre des données primordiales à l’installation de la centrale. La composition du sous-sol est ici plutôt simple et de formation récente. A l’ère primaire, les contreforts du Massif central se retrouvent jusqu’au Sud de la région. Ce sont principalement les formations dites de socle, dont les affleurements de calcaire visibles. Par la suite, pendant l’ère secondaire se succèdent une inclinaison de nouvelles strates vers le Nord : ce sont les marnes et les calcaires. Plus tard encore, les formations de l’ère tertiaire se rapprochent du centre du bassin parisien et recouvrent les formations précédentes. Ce sont les marnes et sables de surface aujourd’hui. Enfin la période la plus récente, l’ère quaternaire, a donné lieu au dépôt de formations superficielles principalement liées aux cours d’eau et à la dynamique éolienne. Ce sont les formations de type alluviales : les sables et limons et plateaux et le complexe sablo-argileux de la vallée alluvionnaire du fleuve. A échelle humaine il est difficile de mesurer ces changements. L’observation des dynamiques d’un fleuve est parmi la seules manière d’apercevoir les processus géologiques à l’œuvre à l’échelle de la terre. Les dépôts de sédiments, des alluvions du fleuve visibles dans le paysage nous raccrochent finalement à l’échelle d’un temps de construction qui nous dépasse. L’installation nucléaire et son énergie construisent aussi des valeurs de temps et des ordres de grandeur qui nous dépassent. Les déchets nucléaires soulèvent de vrais problèmes de stockage : leur durée de vie nous surpasse. La demie-vie de désintégration du plutonium, à titre d’exemple, est estimée à 24 000 années.

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Chapitre 2, Amplitude terrestre


DĂŠpĂ´ts alluvionnaires visibles depuis le cours de la Loire

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Échelles du temps de vie moyen des espèces végétales, animales et humaines comparativement à l’existence de l’infrastructure nucléaire

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Chapitre 2, Amplitude terrestre


Capture photographique de la radioactivité présente sur site nucléaire irradié Source : http://www.laboiteverte.fr/?s=julian+charriere

L’artiste suisse Julian Charrière présente en 2015 à l’occasion de son exposition «Polygon» à Paris, les photographies d’un ancien site nucléaire : le polygone de Semipalatinsk au Kazakhstan où a lieu une grosse partie des essais nucléaires soviétiques. Les prises de vue argentiques des ruines sont éditées sur du film noir et blanc. Il a ensuite découvert un protocole novateur : une double-exposition des photographies contact en irradiant les films simultanément.

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Échelles de temps géologiques comparativement aux présences radioactives engendrées par l’installation nucléaire

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Chapitre 2, Amplitude terrestre


Forêt d’Orléans sol limonneux-argileux tendance à l’imperméabilité et à l’acidité présence de résineux au Sud-Est

Coteaux boisés espaces privilégiés à l’implantation des villages situations de surplomb de la plaine alluviale

Plaine alluviale du fleuve majorité de cultures de céréales

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Espace d’implantation de la centrale nucléaire dans le creux du méandre de la Loire

Ripisylves denses

Sologne sol argilo-complexe tendance à l’imperméabilité

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Chapitre 2, Amplitude terrestre


64


Les formes de l’eau

Somme des relations de la centrale nuclĂŠaire avec la ressource en eau

Chapitre 3

65


0 lit mineur

lit majeur

zone classement UNESCO

espace tampon de la zone de classement UNESCO

66

10

20 km


L’île nucléaire

La dynamique de l’eau sur le territoire justifie la présence de la centrale nucléaire, son fonctionnement et sa sécurité. Comme évoqué précédemment, la centrale nucléaire est extrêmement liée au fleuve. Mais elle est construite en effaçant les sinuosités et les débords du fleuve. La Loire, premier fleuve français par son ampleur, est considérée aussi comme le plus sauvage donc le plus imprévisible. Pourtant son histoire et l’économie qu’il a engendré reposent sur ses canalisations successives. A partir du 17ème siècle, un système cohérent de digues insubmersibles est mis en place : les «levées». Les populaires crues successives de 1846, 1856 et 1866 vont accélérer la technicité hydraulique. C’est au 20ème siècle que les déversoirs sont crées pour évacuer l’eau du lit principal dans un espace de plaine concentré. Entre 2007 et 2013, le plan Loire Grandeur Nature vise à concilier la protection des populations, la protection de l’environnement ligérien et à promouvoir le développement économique. Davantage qu’hier, la contenue du fleuve est très visible. En amont de la centrale nucléaire, le fleuve est canalisé et son lit majeur ne peut que très peu s’étendre. Un certain nombre d’aménagements sur le fleuve permettent en effet d’assurer un débit en eau suffisant et constant (de l’ordre de 3 m3/sec). Le bassin versant aval de la centrale nucléaire en revanche laisse beaucoup plus place à l’aléa : l’inondation des espaces agricoles ne présentent pas les mêmes conséquences. On note la différence, dans cette portion aval, entre la rive droite, plaine agricole largement submersible, et la rive gauche, coteau où sont installées quelques agglomérations. L’espace de la centrale nucléaire, ponctualité artificialisée, se détache largement des dynamiques naturelles et au regard de la carte, semble «figer» l’espace. C’est une forme de «fixation des espaces» que l’on retrouve aussi dans la gestion des paysages par le classement UNESCO récent du Val de Loire (2000). Presque en limite de l’espace de la centrale nucléaire, son périmètre ne dépend pas de l’infrastructure (elle contient la centrale de Belleville-sur-Loire). Le classement vise à protéger la diversité biologique et la richesse historique et culturelle des villes, des parcs et des châteaux.

67

Chapitre 3, Les formes de l’eau


0 levée de la Loire

déversoir de la Loire

68

bief de la centrale nucléaire

10

20 km


Le système général d’endiguement du fleuve repose ainsi sur les «levées». D’une hauteur de 7 mètres ou plus, elles protègent prioritairement les populations et les espaces «à risque». Elles sont pensées dans le sens d’écoulement du fleuve. En cas de crue, un espace de déversoir se trouve plus en aval, et permet la décharge des eaux «excédentaires» dans la plaine agricole. A la gestion de l’espace du fleuve, s’ajoute un bief, très peu visible en réalité, qui s’apparente à une ligne transversale réduisant le débit de l’eau sur toute la largeur du fleuve. Cette «lame» traversante, qui génère un bruit d’eau de cascade, se positionne légèrement en avant des deux canaux d’amenée et de rejet perpendiculaires. La quantité d’eau prélevée par jour dans le fleuve, et nécessaire au fonctionnement de la centrale, s’estime à environ 3 500 litres par jour. Cette quantité est possible grâce aux dispositifs importants en amont : les barrages construits dans les années 70, 80 et 90, conséquence du besoin (Grangent et Villerest sur le cours supérieur de la Loire). Les barrages ont parfois même été construits en prévision des besoins futurs relatifs aux centrales nucléaires. Le canal de rejet rejette ensuite moins de la moitié de la quantité d’eau prélevée initialement, à une température avoisinant 18°C de plus. L’écoulement de l’eau à une telle température dans le cours d’eau naturel entraine une modification du milieu en aval de la centrale nucléaire. Très peu d’études sérieuses existent à ce sujet. Seules quelques évidences sont connues : la prolifération des algues peut étouffer les autres formes de vie en créant un milieu asphyxiant. De façon générale, les différents aménagements du fleuve et de ses abords sont visuellement très intégrés et constituent le vocabulaire architectural des vals et des paysages fluviaux.

69

Chapitre 3, Les formes de l’eau


1 Levée de la Loire sur la rive opposée de la centrale nucléaire, Saint-Aignan-le-Jaillard janvier 2017

2 Levée de la Loire sur la rive à l’ouest de la centrale nucléaire, Ouzouer-sur-Loire janvier 2017

3 Plaine pâturée sur la rive à l’est de la centrale nucléaire, Nevoy octobre 2017

4 Levée de la Loire sur la rive opposée de la centrale nucléaire, Saint-Aignan-le-Jaillard janvier 2017

5 Levée de la Loire à sur la rive à l’ouest de la centrale nucléaire, Ouzouer-sur-Loire octobre 2017

6 Boisement alluvial et rive pâturée sur la rive opposée à l’est de la centrale nucléaire, Lion-en-Sullias octobre 2017

1

2

3

4

5

6

70


1 Levée de la Loire sur la rive à l’ouest de la centrale nucléaire, Ouzouer-sur-Loire octobre 2017

2 Levée de la Loire sur la rive à l’ouest de la centrale nucléaire, Ouzouer-sur-Loire janvier 2017

3 Rive de la centrale nucléaire, entre l’enceinte de défense et le fleuve, Dampierre-en-Burly octobre 2017

4 Levée de la Loire sur la rive opposée de la centrale nucléaire, Saint-Aignan-le-Jaillard janvier 2017

5 Levée de la Loire à sur la rive à l’ouest de la centrale nucléaire, Ouzouer-sur-Loire octobre 2017

6 Boisement alluvial et rive pâturée sur la rive opposée à l’est de la centrale nucléaire, Lion-en-Sullias octobre 2017

7

8

9

10

11

12

CARNET PHOTOGRAPHIQUE 3 71

Chapitre 3, Les formes de l’eau


bande active du fleuve

espace centrale nucléaire

1971

2018 1 km

chenal principal

chenal secondaire

terrasse alluviale récente

grève ou banc de sable

île

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levée


L’alternance des grèves

Les ouvrages liés à la gestion hydraulique continue du fleuve entraînent de nombreux changements. Mais ce sont principalement les infrastructures ponctuelles qui participent, comme les centrales nucléaires ou les barrages, qui localement ont de grandes répercussions. Entre les deux situations exposées ici, 40 ans les séparant, il n’y a pas forcément de la corrélation d’évolution à établir. Pendant ce laps de temps de nombreuses dynamiques peuvent avoir eu lieu, d’autant plus que l’installation de la centrale nucléaire a annulé localement les dynamiques fluviales naturelles alors à l’œuvre. Il s’agit seulement de comparer la situation avant et après l’installation de la centrale nucléaire. La «Loire moyenne» est la partie du fleuve la plus mouvementée. Le fleuve y est très irrégulier dans ses formes. Le système est dit «en anabranches», c’est-à-dire qu’il peut parfois multiplier ses tracés en chenaux secondaires (bras secondaires). Ce style fluvial est dit «en anamorphose» : constamment mouvant. Cela crée un tracé du fleuve aux formes sinueuses qui apportent l’originalité et la rareté de la Loire moyenne. Aujourd’hui de façon générale sur cette portion du fleuve, plusieurs dynamiques sont observées. L’affaiblissement de la dynamique fluviale liée à la navigation entraine une stabilisation et une végétalisation spontanée des berges et des îles par les espèces pionnières (boisements alluviaux). La bande active du fleuve, rive la plus mouvante, est de ce fait moins importante spatialement et dynamiquement. La période des basses eaux devient plus longue, et les bras secondaires se créent plus facilement. En 1971, le chenal principal, au débit important, se contient le long d’un tracé principal encadré par les levées. Les espaces sédimentaires se situent logiquement dans les situations convexes des courbures du fleuve. Les îles se situent elles au milieu du chenal principal : cela traduit bien le débit conséquent du fleuve, les faisant «migrer». La situation actuelle présente un aspect très différent. Le débit plus faible du fleuve engendre un dépôt sédimentaire plus important. Cela se traduit par un semiendiguement de cette portion du fleuve (valable de façon générale sur l’ensemble du cours de la Loire moyenne). Il en résulte une augmentation de la création des îles. Sur la portion du fleuve, le cours d’eau s’est largement déplacé. La rive droite après le «barrage» a été largement érodée et l’espace de sédimentation s’est opposé. Finalement, le chenal principal est de largeur moins importante et de débit moins important. Les chenaux secondaires et les îles se créent. Avant de se détacher, ces espaces sont des espaces de sédimentation du fleuve, qui se sont ici inversés (rives opposées par rapport à la situation 1). Enfin, le débit moins important et la dynamique différente du fleuve participe à la formation d’un méandre au niveau de la seconde courbure du fleuve (à la sortie du large méandre accueillant la centrale nucléaire).

73

Chapitre 3, Les formes de l’eau


préemption de l’eau pour le refroidissement de la centrale nucléaire

bâtiments réacteurs

74

préemption de l’eau pour le fonctionnement de la centrale nucléaire


talus des canaux

canal de rejet

canal d’amenÊe

boisements alluviaux

75

fleuve


10 km espace agricole

préemption et rejet de l’eau du fleuve

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circuit d’eau tiède issu du fonctionnement de la centrale


Le circuit de l’eau

L’eau du fleuve, dès qu’elle est prélevée dans le canal d’amenée, entre dans un système en circuit «fermé» où elle s’évacue de différentes façons : soit elle s’évapore sous la forme de vapeur d’eau dans les tours de refroidissement, soit celle-ci parcourt les réseaux sous-terrains des bâtiments de la centrale nucléaire et de la zone horticole faisant face à la centrale nucléaire. Le «système» de réutilisation des eaux tièdes issues du fonctionnement de la centrale est étudié dès 1975 par EDF. C’est la loi du 15 juillet 1980 (n°80-531) relative aux économies d’énergie et à l’utilisation de la chaleur, qui définit aussi le rôle des collectivités locales dans la promotion et le développement de ces réseaux de chaleur. Le décret issu de cette loi affirme que l’eau est à la disposition des exploitants, gratuite, mais incertaine : l’approvisionnement peut être interrompu pour des raisons techniques ou à l’arrêt de l’exploitation d’une tranche de la centrale (un réacteur sur quatre). La réutilisation des eaux tièdes issues de la centrale nucléaire est un modèle qui s’applique aussi aux centrales thermiques, et qui parfois prend la forme d’une exploitation d’aquaculture où les bassins d’eaux sont chauffés. La gestion des eaux de refroidissement rejetées devient l’exemple de l’apprentissage géopolitique d’EDF. A l’image d’autres démarches parallèles pour le «développement» et «l’amélioration» du territoire local, l’entreprise participe à conforter son «image d’entreprise citoyenne». Le système d’eau tiède sous-terrain permet le chauffage du sol, par un système de tuyaux de plus de 100 km où l’eau s’écoule à une pression de 2 bars, qui permet une desserte gravitaire des installations. L’ensemble du réseau d’eau tiède couvre environ 3 ha. L’eau tiède permet d’accroître considérablement les rendements : la rotation des cultures est de l’ordre de 3 par an par serre.

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Chapitre 3, Les formes de l’eau


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Les franchissements

Ensemble des relations entretenues entre la centrale nuclĂŠaire et le territoire

Chapitre 4

79


10 km

80


Le système symbiotique

C’est l’exploitation de l’eau, prélevée à la surface et exploitée en sous-sol, qui permet l’installation des deux infrastructures et les activités terrestres : l’espace et les contraintes sont franchis. Le «système» crée deux espaces aux dynamiques propres. A l’ouverture du chantier de la centrale nucléaire, ce sont près de 4 000 personnes qui vont être mobilisées. Aujourd’hui environ 1 300 agents dont 500 prestataires de service font fonctionner les 4 réacteurs de 900 MW. Selon les données INSEE, le secteur «énergie» du bassin de vie représente 7,3 % des effectifs salariés, contre 1,2 % en région Centre. La centrale nucléaire de Dampierre-en-Burly est le plus gros embaucheur de la région. Le territoire accueille aussi toute une série d’entreprises liées à la proximité de la centrale nucléaire (comme par exemple Polinorsud, spécialisée dans le traitement de déchets et la logistique nucléaire, 95 salariés). Le Domaine horticole des Noues, paysage horizontal de surfaces bâchées et de serres vitrées, s’est spécialisé depuis sa création dans la production de jeunes plants : 50 millions de plantes dites molles par an (géranium, impatiens, pétunias), 40 millions de plans maraîchers et 10 millions de jeunes plants d’arbres. 160 personnes travaillent continuellement à la production horticole constante d’espèces coupées de la dynamique saisonnale. Le domaine est la plus grande zone maraîchère de la région. L’espace horticole et maraîcher généré ici s’installe sur des terres de cultures céréalières et entraînent, à comparaison, moins de modifications néfastes que pour une situation de cultures bocagères. En effet, la plaine alluviale du méandre où s’implante la centrale constitue une «poche» agricole de grandes cultures à la différence de toutes les exploitations de polyculture voisines caractéristiques des vals de la Loire. De la même manière, la trame viaire existante sur cet espace n’est pas perturbée et les corps de ferme sont conservés à l’intérieur de l’espace horticole. L’espace ici devient une «enclave» horticole au sein de l’«enclave» agricole céréalière. Finalement en opposition frontale et séparés par une route départementale, ces deux espaces sont mis en relation par la technique de l’eau : la centrale nucléaire utilise l’eau pour son refroidissement, la zone horticole l’utilise pour sa chaleur. C’est la centrale nucléaire qui consomme le plus d’eau : 19 milliards de m3 par an pour les centrales nucléaires françaises. La situation met en vis-à-vis deux espaces artificialisés : la zone horticole s’abstrait de la saisonnalité et la centrale nucléaire s’abstrait des horaires, la production d’électricité est continue.

81

Chapitre 4, Les franchissements


1973 parcellaire principal

82


2018 parcellaire principal

parcellaire contemporain commun au parcellaire passĂŠ

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Chapitre 4, Les franchissements


1 2 Domaine horticole des Noues, Dampierre-en-Burly

3

octobre 2017

4 5 6

1

2

3

4

5

6

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7 8 Domaine horticole des Noues, Dampierre-en-Burly

9

octobre 2017

10 11 12

7

8

9

10

11

12

CARNET PHOTOGRAPHIQUE 4 85

Chapitre 4, Les franchissements


10 km enceinte espace de fermée stationnement de la centrale de la centrale nucléaire nucléaire

limite d’espace boisé

espace de route route pâturage départementale secondaire

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Les concentrations

Sur un territoire agricole peu peuplé en dehors des villages à équidistance les uns des autres, les deux espaces génèrent une présence humaine concentrée. Comparativement, la présence animale est elle très faible. Les cultures étant majoritairement céréalières, seules quelques fermes d’élevage possèdent des bêtes. Au sein de la portion étudiée, une seule ferme, au nord-ouest de la zone horticole, possède un cheptel de vaches laitières. Les prés pâturés sont peu nombreux et ils sont disposés de façon rassemblée. La présence animale sauvage se concentre dans les espaces boisés où leur circulation est souvent stoppée par les discontinuités boisements/espace agricole. Les espaces pâturés et les champs sont respectivement délimités en périphérie par des haies qui coupent les possibilités «d’accès spontanés» et libres pour les animaux sauvages. La route départementale constitue aussi un obstacle de taille à la circulation entre les boisements et les rives du fleuve : celle-ci concentre les animaux dans les terres de la plaine. De façon générale, la distribution des routes est très orthogonale et organise de façon «quadrillée» la possibilité des déplacements humains motorisés ou cyclistes. La présence du fleuve questionne la possibilité de le traverser. Ici, aucun pont ne le franchit pourtant à 5 kilomètres de distance de part et d’autre. Il en résulte une construction du réseau viaire parallèle à la Loire. A ce titre, les levées sont depuis leur construction rehaussées, des espaces de circulation idéaux aux qualités paysagères fortes. Leur accès est aujourd’hui largement limité, prioritairement destiné aux circulations douces, comme le parcours de la Loire à vélo, ou aux véhicules techniques. Le fonctionnement de la centrale nucléaire est dépendante du réseau routier. Ses accès s’organisent autour de plusieurs axes qui la desservent de façon périphérique. C’est ce que j’appelle la limite franche : l’enceinte fermée sécurisée, depuis laquelle une tour de contrôle observe les alentours. Autour de cette enceinte, 4 grands parkings et 3 entrées, dont une entrée principale, accueillent les centaines de véhicules des travailleurs journaliers (jours et nuits).

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Chapitre 4, Les franchissements


10 km ligne haute tension (jusqu’à 90 000 volts)

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La circulation continue

Sans le souci de la trame viaire terrestre, le transport de l’énergie par les lignes électriques haute-tension (RTE) impacte fortement le territoire. Celles-ci traversent aussi bien le fleuve, et l’île boisée à l’ouest de la centrale nucléaire, que les boisements où leur passage nécessite qu’on abatte les arbres. Cela crée de grandes percées, visibles par photo aérienne et représentée dans les cartographies IGN, ayant beaucoup plus d’impact que les tracés tirés au cordeau issus de l’aménagement forestier depuis des dizaines d’années. Le dessous des lignes électriques de façon générale contient le développement végétal, et nécessite une gestion continue pour conserver une strate végétale basse. La centrale nucléaire de Dampierre-en-Burly a d’ailleurs été construite à cet endroit, en plus de toute les caractéristiques précédemment énoncées, parce qu’elle se situe sur le parcours des lignes haute-tension qui relient l’agglomération parisienne au Massif central. La production énergétique et son transport génèrent ainsi tout un réseau à la logique pragmatique : relier en dépit des obstacles. A noter, la seule grande incidence sur les boisements de l’espace étudié est le résultat de la construction de l’espace des transformateurs et de redistribution de l’énergie (au nord de la centrale nucléaire). L’emprise des infrastructures de transport de l’énergie sur l’espace est double : leur tracé est arbitraire et leurs dimensions dépassent souvent largement les échelles du paysage. Les tours aéroréfrigérantes, d’une hauteur de 166 mètres, sont 31/2 fois plus grandes que la hauteur d’un château d’eau et les lignes haute-tension, pour les plus importantes d’une hauteur de 30 mètres, sont comparables à la hauteur des arbres de la forêt d’Orléans. Au sein du réseau même, une hiérarchie dans le réseau de transport de l’énergie est visible : les pylônes électriques de 30 mètres de hauteur proches de la centrale deviennent les pylônes électriques des villages aux dimensions plus modestes : 8 mètres de hauteur.

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Chapitre 4, Les franchissements


Coupe imaginée à partir des éléments de l’infrastructure énergétique présents depuis le flanc nord de la centrale nucléaire

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Chapitre 4, Les franchissements


L’explosion

Le «système» que la centrale nucléaire a engendré s’insère dans un territoire au cadre de vie qualifié «de qualité» dans les rapports de l’INSEE : la proximité de grandes agglomérations implantées sur une terre forestière en bordure de larges coteaux fluviaux. Depuis les années 90, la croissance démographique du bassin de vie augmente légèrement chaque année (+ 0,40 %). La catégorisation des emplois du bassin de vie montre une large proportion d’emplois ouvriers et employés. Et le secteur industriel représente la proportion la plus forte d’emplois : près de 36 %. Il tient aux entreprises aux spécificités particulières et à l’industrie de l’énergie liée à la centrale nucléaire. Localement, comme évoqué précédemment, la présence de la centrale représente le principal pourvoyeur d’emplois du bassin de vie. En effet les pouvoirs politiques présentent les installations nucléaires aux élus locaux comme le moyen d’attirer de nouvelles activités économiques. Pourtant : « au plan de l’expression régionale [...] la centrale nucléaire s’est avérée décevante, le désert énergétique a disparu, le désert industriel est resté »1 Elle entraine conjointement une augmentation de la population dans les communes voisines. C’est le cas de la centrale de Dampierre-en-Burly qui entraine une explosion démographique de la commune d’Ouzouer-sur-Loire (première commune proche de la commune de Dampierre-en-Burly), doublant sa population entre les années 80 et aujourd’hui. Le commune d’implantation de la centrale voit également sa population doubler depuis 1975. Finalement pour la commune hôte la centrale nucléaire correspond presque à une dé-localisation qui fait éclater ses véritables limites communales. L’équipement nucléaire se trouve sur ses terres mais ne dépend pas d’elle. Babonaux Yves, De la houille blanche au nucléaire : des chances nouvelles pour le bassin de la Loire ?, in Novois, n°95 ter, Paris, Géographie rurale, novembre 1977, 271 pages. 1

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Graphique de l’Êvolution de la population de Dampierre-en-Burly en fonction du temps source INSEE

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Chapitre 4, Les franchissements


1965

pĂŠriphĂŠrie du village

limite administrative de Dampierre-en-Burly

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2018

enceinte fermée de la centrale nucléaire

périphérie du village

limite administrative de Dampierre-en-Burly

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Chapitre 4, Les franchissements


Les constructions

Parallèlement à la construction de la centrale nucléaire, EDF prend en charge la construction de «quartiers EDF» destinés aux «travailleurs EDF» pour répondre à l’explosion démographique alors en œuvre. Les quartiers neufs, parfois spatialement isolés et aux caractéristiques génériques, se détachent de la morphologie et de l’identité générale des bourgs et sont pointés du doigt. De la même manière que pour l’utilisation de ses eaux tièdes, EDF pallie à l’image controversée de l’exploitation nucléaire. Ces premiers «logements EDF» ont été revendus et achetés par de nouveaux acquéreurs ; et quelques années plus tard les «logements EDF» se construisent désormais un à un en s’intégrant aux villages. En France, le fonctionnement des centrales nucléaires est assujetti à deux impôts locaux : la taxe foncière et la taxe professionnelle (remplacée en 2010 par une taxe spéciale pour les communes abritant un site atomique) qui permettent des recettes fiscales importantes pour la commune. A Dampierre-en-Burly, les équipements collectifs sont nombreux : complexe aquatique, salle polyvalente, espace sportif et nouvel espace culturel. Les recettes permettent aussi de couvrir les travaux d’embellissement de la ville et la construction d’infrastructures de qualité. En outre, la fiscalité des habitants est minorée, et accentue les nouvelles installations. C’est pourquoi la fermeture de la centrale nucléaire peut être perçue comme une menace. Elle représente à la fois la source de revenus individuels et la source de revenus nécessaires au niveau de vie de la communauté. C’est un véritable «territoire de dépendance au nucléaire» que l’on observe à Dampierre-en-Burly. Le problème est d’autant plus légitime que la question générale des territoires ruraux en France fait débat. « La production de l’espace et celle de l’énergie forment deux aspects inséparables, en interaction perpétuelle, d’un même processus. La constitution de l’espace énergétique - les réseaux de communication - permet ou renforce le contrôle sur cet espace. Le centrales nucléaires vont renforcer les dispositifs de ce contrôle, le quadrillage policier de l’espace. »1 Les communes sont les mécanismes spatiaux de la gouvernance du territoire. Mais finalement la centrale nucléaire court-circuite le pouvoir local de la commune et crée un nouveau territoire : avec ses modifications paysagères (évoquées précédemment) et avec ses propres gouvernances. La centrale nucléaire engendre une double situation : c’est à la fois un outil de déterritorialisation communal et un outil de «re-territorialisation».

1

LEFEBVRE Henri, De l’État, Tome I, Paris, Coll. 10-18, Union générale d’Édition, 1976, 180 pages.

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10 km

périphérie du village

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espace espace d’infrastrcutures du nouveau et d’espaces «quartier EDF» publics

Chapitre 4, Les franchissements


1 «Quartier EDF», Ouzouer-sur-Loire octobre 2017

2 «Quartier EDF», Ouzouer-sur-Loire octobre 2017

3 «Quartier EDF», Ouzouer-sur-Loire octobre 2017

4 «Quartier EDF», Gien avril 2017

5 «Quartier EDF», Dampierre-en-Burly octobre 2017

6 «Quartier EDF», Dampierre-en-Burly octobre 2017

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7 Salle polyvalente, Dampierre-en-Burly septembre 2017

8 Complexe aquatique, Dampierre-en-Burly septembre 2017

9 Espace sportif, Dampierre-en-Burly avril 2017

10 Limite périphérique, salle polyvalente et nouvel espace culturel, Dampierre-en-Burly avril 2017

11 Espace public aménagé , Dampierre-en-Burly octobre 2017

12 Nouvelle route depuis le quartier EDF vers la centrale nucléaire de Dampierre-en-Burly avril 2017

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CARNET PHOTOGRAPHIQUE 5 99

Chapitre 4, Les franchissements


10 km route très empruntée par les cyclistes

chemin chemin levée de la de Grande de Grande Loire Randonnée Randonnée secondaire

chemin très emprunté des coureurs travailleurs de la centrale nucléaire

principal espace de pêche

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espace du terrain de motocross

périmètre arbitraire de 2 km


Les périmètres et les parcours

Si le territoire de la centrale nucléaire se caractérise par de nombreuses constructions et «améliorations» du cadre de vie social, il se définit aussi par différents «principes de précaution». Ceux-ci résultent de la dangerosité de l’exploitation nucléaire et mettent en avant le facteur risque, très présent dans les consciences mais finalement peu appréhendé en cas de nécessité. Plusieurs périmètres sont arbitrairement tracés autour de l’infrastructure de façon circulaire. Le plus important, d’un rayon de 30 kilomètres, correspond au périmètre d’évacuation immédiat en cas de problème. Cette disposition officielle est prise en compte depuis l’accident de Fukushima en 2011. De nombreuses lois ont d’ailleurs été créées depuis l’accident nucléaire à la résonance mondiale. Le PPI «Plan Particulier d’Intervention», d’un rayon de 10 kilomètres, met en place depuis 1977 une distribution de pastilles d’iode aux populations riveraines. Les populations concernées en possèdent à leur domicile à leur bon vouloir. En 2009, l’Autorité de Sûreté nucléaire (ASN) a lancé une nouvelle campagne de distribution de comprimés d’iode : plus de 400 000 foyers et 2 000 établissements recevant du public (hôtels, salles des fêtes…) répartis sur les 500 communes françaises étaient donc concernés. Enfin, il existe un périmètre de restriction urbaine de 2 kilomètres autour de l’espace de la centrale. La loi s’appuie sur un décret et sur une circulaire de deux pages datée de 2010. Le texte, signé par Jean-Louis Borloo, alors ministre de l’Écologie, vise à la «maîtrise des activités susceptibles d’accroître l’exposition des populations aux risques» et au «renforcement du contrôle». Un premier axe propose de limiter l’urbanisation pour ne pas gêner ou entraver les opérations de secours en cas d’accident nucléaire. Son application reste cependant encore très opaque. L’ensemble de ces dispositions, très abstraites en pratique, sont largement dépassées par les usages autour du site nucléaire. Ils correspondent à la nature rurale de l’espace et sont liés à la présence humaine sur le site de la centrale nucléaire et sur le domaine horticole. Les nombreux chemins de Grande Randonnée (GR) sillonnent les espaces forestiers à proximité et traversent la plaine. Les cyclistes sont également nombreux sur les routes départementales et les routes de taille inférieure, même si le tracé de la Loire à vélo ne passe pas à proximité de l’espace de la centrale nucléaire. Aux abords de l’enceinte de la centrale, un espace de motocross a pris place sur les terrains creusés à l’est. Il est issu des terres de déblai datant de la période de construction. Des circuits spontanés sont aussi empruntés autour de l’enceinte : ce sont essentiellement des coureurs issus du personnel de la centrale nucléaire. Les pêcheurs sont également très présents et s’installent entre l’enceinte et les rives du fleuve. La position de la centrale nucléaire ne facilite pas la relation et les usages possibles entre l’homme et l’environnement fluvial. En revanche, les modifications du socle et des circulations, couplées à la concentration humaine cyclique sur place, entraînent de nouveaux usages à engager davantage.

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Chapitre 4, Les franchissements


10 km paysage modifiĂŠ

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espace de projet


Influences accrues

L’exploitation de l’énergie nucléaire influence et modifie l’espace. C’est par un ensemble d’éléments que l’exploitation nucléaire nourrit un imaginaire latent : la mystification de la découverte scientifique de la radioactivité, l’hyperbole du progrès, la singularité des sites construits. C’est tout le milieu qui s’adapte aux changements d’ordre morphologiques : - le parcours du fleuve, «Les formes de l’eau»1 - l’activité agricole, les déplacements et la silhouette de la ville : «Les franchissements»1 C’est ce que je dénomme la limite extensive de la centrale nucléaire. Amplement plus vaste que l’enceinte d’accès de l’infrastructure, la limite extensive englobe plus justement la présence de la centrale nucléaire au sein du territoire. Ces dynamiques sont le résultat d’attributs propres aux sources d’énergie, des caractéristiques géographiques des territoires, et de l’action des acteurs impliqués à la propension du nucléaire. In fine, elles altèrent la perception que se font les citoyens des sources d’énergie et ainsi influencent leur engagement dans le conflit : « La centrale fait partie de la contrée dans laquelle elle s’établit et, à ce titre, répond à tout un processus d’intégration de la région tant du point de vue social et économique que du point de vue esthétique ou psychologique. Elle se doit ainsi de briser son isolement et d’entretenir d’étroites relations de voisinage […] Ce nouvel état de paysage devient le patrimoine de la région considérée et à ce titre, doit pouvoir entrer sans accrochage trop violent dans la mémoire des hommes, dans la nouvelle mémoire géographique du lieu. »2 1 2

Titres utilisés dans les parties de l’analyse paysagère PARENT Claude, L’architecture et le nucléaire, collection Architecture, Paris, Éditions du Moniteur, 1978, 144 pages.

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Chapitre 4, Les franchissements


1 Grandes cultures à la limite des boisements de la ville, au nord de la centrale nucléaire, Dampierre-en-Burly septembre 2017

2 Grandes cultures à la limite des boisements de la ville, au nord de la centrale nucléaire, Dampierre-en-Burly septembre 2017

3 Grandes cultures au sud sur la rive opposée de la centrale nucléaire, Saint-Aignan-le-Jaillard octobre 2017

4 Ferme d’élevage au nord sur la rive de la centrale nucléaire, après la zone horticole, Dampierre-en-Burly ocotbre 2017

5 Quartier pavillonnaire nouveau au nord sur la rive de la centrale nucléaire, Dampierre-en-Burly octobre 2017

6 Bourg de maisons individuelles au milieu des grandes cultures, à l’ouest sur la rive de la centrale nucléaire, à la limite d’Ouzouer-sur-Loire/Montereau octobre 2017

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2

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7 Nouveau pavillon en construction dans le quartier au nord le plus proche de la centrale nucléaire, Dampierre-en-Burly avril 2017

8 Terre de culture et potager privé dans le quartier au nord le plus proche de la centrale nucléaire, Dampierre-en-Burly octobre 2017

9 Pavillons individuels d’une vingtaine d’années dans le quartier au nord le plus proche de la centrale nucléaire, Dampierre-en-Burly octobre 2017

10 Parking principal à l’ouest aux pieds de la centrale nucléaire, Dampierre-en-Burly avril 2017

11 Pavillon individuel le plus proche de la zone horticole des Noues à côté de la centrale nucléaire, Dampierre-en-Burly octobre 2017

12 Terrain privé d’habitations individuelles à la limite des boisements de la ville, au nord de la centrale nucléaire, Dampierre-en-Burly septembre 2017

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CARNET PHOTOGRAPHIQUE 6 105

Chapitre 4, Les franchissements


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Les pĂŠriodes

Encadrer les ĂŠvolutions spatiales et psychologiques

Chapitre 5

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Scénario

CONSTAT ET PROBLÈMES

POSITIONNEMENT

Le fonctionnement de la centrale nucléaire pose donc la question de l’ensemble des rapports de l’infrastructure avec les hommes et le milieu. L’ensemble des changements sur le site de la centrale nucléaire de Dampierre-en-Burly modifie le site lui-même et sa perception. Pourtant aujourd’hui, le système et ses conséquences ne sont en rien remis en cause. C’est un nouveau système qui fonctionne, et de ce point de vue, ce n’est plus un ensemble égalitaire qui fait corps, c’est la centrale qui prédomine.

Le scénario propose alors de considérer la centrale nucléaire de Dampierre-en-Burly s’arrêter de fonctionner en 2044. Le temps de projet pour le territoire se positionne entre 2018 et les premières années de son démantèlement. ENJEUX

De nos jours nous acceptons la présence de l’ouvrage, la centrale nucléaire est même respectée pour l’économie qu’elle engendre. Aussi, son architecture dans le paysage est oubliée. Je suis née pendant cette période où, jusqu’à maintenant, la centrale nucléaire est un fantôme de l’atome*. Les perceptions de l’objet évoluent. Paradoxalement pendant les premières années qui ont suivi sa construction, la centrale nucléaire était encore regardée comme un objet de progrès. Elle fascinait et devenait «objet-spectacle» aux dimensions spectaculaires.

Depuis le début de son exploitation, la centrale nucléaire bénéficie de temps de contrôle de ces différents équipements : les visites décennales. Dans le système d’exploitation français, chaque période de contrôle permet de reconduire le fonctionnement de la centrale nucléaire à 10 années supplémentaires. D’après la consultation d’un calendrier officiel de l’organisme en charge de ces contrôles (ASN, Autorité de Sûreté Nucléaire), il est possible de prendre connaissance de ces temps futurs. De plus, comme évoqué en amont, le gouvernement français, sur la question énergétique, affirme que le fonctionnement des centrales nucléaires nationales sera prolongé au-delà de 40 années.

Le temps de projet envisagé permettrait alors d’influencer ce rapport perceptif. A l’époque de l’idéalisation du début correspondrait maintenant une époque de compréhension de son système et de dénonciation de ce qu’elle a engendré. A l’époque d’acceptation et d’oubli contemporaine, correspondrait une période ultérieure : celle de la préfiguration à l’oubli pour permettre de penser le futur du territoire sans sa présence.

Il est estimé tout de même que les centrales nucléaires, malgré certains travaux de modernisation, ne pourront dépasser 60 années d’exploitation. Néanmoins, si le temps restant d’exploitation parait relativement long, il est plutôt court au regard des mécanismes et des logiques territoriales engendrées. Aujourd’hui rien n’est mis en place pour pallier à ce manque de projection et à la préfiguration du changement à venir.

Spatialement, un nouveau système territorial s’engage, se reconnecte à la géographie des lieux et préfigure, de la même manière que dans les esprits, l’arrêt de la machine nucléaire. * Titre repris du nom de l’émission France Culture, Le fantôme de l’atome, de Arjuna Andrade, mars 2018, 3 minutes.

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Chapitre 5, Les pĂŠriodes


POSTULAT Comme évoqué précédemment, la centrale nucléaire se trouve être un objet qui outrepasse la législation de la commune et son unité. Mais l’objet nucléaire représente à la fois une ressource financière, pour le développement social et le développement de l’espace public, de la même manière qu’elle incarne une certaine notoriété à l’échelle départementale : la commune est regardée. L’échelonnement du projet permet alors d’anticiper la coupure d’une telle ressource. Ici la commune de Dampierre-en-Burly pourra mettre un protocole en place : un certain pourcentage des recettes perçues issues des taxes foncières et taxes «professionnelles», pourront servir à anticiper suffisamment en amont les mutations vers un territoire post-nucléaire.

Dans un second temps, l’emprise des liens construits entre les espaces évolue et permet de commencer à esquisser une structure de paysage. L’appropriation de l’espace est croissante, et le projet engage de nouvelles possibilités d’usages. Pendant le troisième temps, lorsque le démantèlement de la centrale nucléaire est amorcé, l’espace est pratiqué depuis plusieurs années et il est apprécié. L’effacement de la structure nucléaire a lieu au profit de la nouvelle structure de paysage. Cet évènement est observé, et vécu depuis les lieux où les usages sont devenus familiers. Enfin un quatrième temps correspond à une projection lointaine, et imagine le devenir du site nucléaire lorsque le démantèlement est terminé.

Les bénéfices à tirer d’une situation maîtrisée résident dans le rapport entretenu entre les travailleurs –de la centrale nucléaire elle-même et de la zone horticole– avec le territoire, des riverains et habitants de la commune, enfin des personnes extérieures curieuses de l’évolution spatiale des lieux.

L’exploitation nucléaire fait toujours appel à des projections remises à plus tard : le terme de son activité ne souhaite pas être évoqué par l’exploitant et les conséquences territoriales de sa disparition ne sont pas énoncées. Ici la démonstration s’oriente jusqu’à son démantèlement terminé pour permettre la visualisation «optimum» des processus engagés, mais elle ne correspond pas à la temporalité de projet projetée. Cela permet de dessiner plus clairement l’orientation spatiale que je souhaite engager. C’est bien dans une volonté d’intervention dans le paysage contemporain et relativement proche dans le temps, que le projet souhaite s’articuler.

INTENTIONS

Le projet s’articule en quatre temps qui présentent les caractéristiques de vouloir : Dans un premier temps, permettre la découverte des lieux, donner à voir la complexité des relations entre la centrale nucléaire et le territoire. L’expérience in situ, par les usages signifiés, participe à la prise de conscience territoriale.

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EFFACEMENT

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Chapitre 5, Les pĂŠriodes


Vision future

La machine nucléaire peut disparaître beaucoup plus rapidement que ne peuvent disparaître les paysages qu’elle a crées. La période de démantèlement d’une centrale peut varier de 30 à 50 ans selon la complexité de la structure. Aujourd’hui les démantèlements les plus longs correspondent aux premières centrales nucléaires à l’exploitation différente des centrales de seconde génération comme Dampierre-en-Burly. Au fur et à mesure que les étapes du démantèlement progressent, la notion de «risque» diminue et les espaces disponibles périphériques augmentent. C’est la nature des différents bâtiments de l’installation nucléaire qui déterminent les étapes de traitement. L’ensemble des bâtiments annexes, inutilisés depuis l’arrêt du fonctionnement, sont détruits en premier. En 6 années, les bâtiments des réacteurs, qui contiennent les cuves des réacteurs, sont aussi parmi les premiers éléments à être traités. Ils sont évacués en peu de temps et sont évacués avec eux les principaux indices de radioactivité. Les valeurs de radioactivité restantes se trouvent dans les bâtiments réacteurs eux-même. L’étape de décontamination dure 15 années, pendant laquelle l’ensemble des équipements auxiliaires sont aussi déconstruits. Il s’en suit une ultime période, de 10 ans, de dépollution et de décontamination de la radioactivité qui persiste, dans les bâtiments et dans les sols. Le démantèlement d’un site nucléaire entraine une libération d’espace conséquente. L’espace disponible correspond généralement à une emprise très importante du territoire communal. Parfois, l’espace libéré est soumis à une forte pression urbaine. Ici ce n’est pas le cas, les villages se concentrent en «bourgs», ou alors en quartiers distincts dans les lieux privilégiés de la géographie, les coteaux. Sur les terres du méandre, l’espace libéré dans quelques années, se trouve au milieu de multiples espaces de protection (ZNIEFF, Natura 2000, Val de Loire UNESCO) qui annulent les possibilités constructibles. La troisième période du projet constitue un basculement. Le démantèlement de la centrale nucléaire commence au sein d’un territoire pratiqué et «compris». C’est l’étape à laquelle les abords de la centrale et les premiers espaces disponibles de son enceinte sont aménagés. On approche le site nucléaire à mesure que l’espace devient disponible. La volonté générale exprimée par EDF, et portée à exécution dans quelques cas, consiste à faire table rase de l’ensemble de l’installation nucléaire. Cette «situation 0» questionne l’héritage dont le présent est le bénéficiaire.

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EFFACEMENT

2044-50 Espace accessible dès les premières années du démantèlement Bâtiments annexes déconstruits et dépollution des sols

2050-2074 Espace accessible lorsque le démantèlement est terminé Lessivage et bâtiments déconstruits

Tours aéroréfrigérantes qui nécessitent de lourds travaux de déconstruction

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Chapitre 5, Les périodes


L’effacement

Je choisis d’encourager l’effacement. Je choisis d’accompagner l’effondrement de la structure nucléaire. Il s’agit de prolonger la logique de l’exploitation nucléaire jusqu’à son apogée, et de trouver les modalités de son témoignage. La mémoire du lieu n’est pas tarie : elle s’exprime de façon moins formelle. La mémoire, d’ordre personnel, s’ancre dans le lieu lui-même, l’image de ce lieu et sa pratique. L’effacement traduit un rapport plus juste entre le devoir de mémoire et l’oubli. Par un travail sélectif, le rapport d’intimité avec le passé est conservé, sans générer une boucle mortifère de l’affecte et du souvenir mélancolique. Le nouvel espace devient un espace de symbole physique et psychologique. Il se dénoue du concept caricatural. L’effacement devient significatif. Finalement le nouveau paysage s’apparente à un paysage cicatriciel. Ce sont les géologues qui souvent évoquent les cicatrices issues des mouvements et des agissements de la terre. Explorer les cicatrices nucléaires permet l’éloquence et la visibilité sans l’artifice. C’est une cicatrice de culture que nous aurons devant les yeux : empreintes d’une histoire très étrange, égarée et pourtant captivante. « Un paysage a l’amplitude de ce que nous pouvons accueillir du regard, de la marche – ou des déplacements divers –, et de la pensée. » NANCY Jean-Luc, Paysages avec cicatrices, in: Les cicatrices du paysage, Les Cahiers de l’École de Blois, n°13, Éditions de la Villette, Paris, mai 2013, 95 pages.

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Ci-dessus, du haut à gauche jusqu’en bas à droite : Mégalithes et dolmen en cercle, Stonehenge, Royaume-Uni Vue partielle des géoplyphes de Nazca, Pérou Les «entonnoirs» des Eparges, bataille de Verdun Sophie Ristelhueber, A cause de l’élevage de la poussière, 1991-2007 Sources respectives : https://www.architectsjournal.co.uk/home/works-starts-on-new-stonehenge-visitor-centre-20-years-after-first-mooted/5209325.article http://footage.framepool.com/fr/shot/627667751-geoglyfes-de-nazca-pam pa-ingenio-ligne-forme-dessin http://www.cartesfrance.fr/carte-france-ville/photos_55320_Marche ville-en-Woevre.html https://www.galerieofmarseille.com/artists/sophieristelhueber/ristelhueber4.html

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Chapitre 5, Les périodes


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Préfigurer l’absence nucléaire Chapitre 6

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Les limites nucléaires Perspectives

Le projet de paysage souhaite ici s’articuler entre l’échelle géographique et l’échelle locale, finalement autour de trois grandes caractéristiques propres au site : la situation particulière du méandre, les espaces générés par la centrale nucléaire et les abords proches de l’installation nucléaire. La définition même du nucléaire, étymologiquement nucleus ou «noyau», désigne la partie intérieure d’une chose. Au sein du territoire, ce sont les paysages des différents espaces évoqués qui sont interprétés comme des « intériorités ». Le définition même de l’intériorité, le contenu, renvoie à ce qui les inclut : les limites. Le territoire nucléaire s’apparente précisément à un territoire de limites. L’analyse paysagère précédente a permis de déceler, à travers les caractéristiques des différentes intériorités, 3 limites fortes : La « limite contenante », la plus vaste, qui correspond à la limite de visibilité de l’ouvrage nucléaire. Elle se définit globalement par la morphologie géographique générale du paysage. La « limite extensive », qui comprend les espaces modifiés et générés par le fonctionnement de la centrale nucléaire. Elle se détermine globalement par l’espace de la plaine alluviale du méandre. La « limite franche », se définit aujourd’hui par la limite infranchissable de l’installation nucléaire. Elle porte toutes les typologies de la limite d’infrastructure : accès, barrières, grillage, béton, système de sécurité. Les quatre temps de projet, les trois temps de « l’avant démantèlement »jusqu’à la projection ultime « post démantèlement », s’appuient ainsi sur la définition de ces limites.

119 Chapitre 6, Préfigurer l’absence nucléaire


tracé issu des grandes voies aménagées des boisements

tracé issu de la relation entre les points hauts

espace espace « d’intervention » « d’intervention » de projet de projet à la limite à la rive du fleuve extensive

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Les limites nucléaires La limite contenante

A l’échelle la plus vaste, l’échelle de la limite contenante renvoie au contexte géographique. Comme évoqué précédemment, la centrale utilise les éléments issus du territoire —l’eau, la planéité de la plaine, la situation privilégiée entre les coteaux boisés­— mais s’en distance artificiellement. La démarche de projet cherche à joindre les différents attributs du territoire. Au regard de la géographie naturelle, différents points hauts se distinguent en définissant circulairement l’espace de projet (espaces plus foncés). Leurs rapports en vis-à-vis permettent de tendre les tracés de force topographiques (les lignes continues noires). A cette correspondance entre les points hauts à large échelle, résonnent les points hauts secondaires : à l’intersection de la limite extensive de l’espace de projet (rectangles rouge clair). Ils se définiront par une intervention de projet particulière et permettront de porter regard sur le nouvel espace de projet. Au regard de la géographie humaine, différents tracés territoriaux sont identifiés (lignes noires pointillées). Ce sont les tracés issus de l’aménagement des boisements de la forêt d’Orléans, et les tracés de l’emprise des lignes haute-tension. Leur projection dans le territoire permet de tendre des directions jusqu’aux rives du fleuve (rectangles rouge foncé). A cette interaction correspondront des espaces nouveaux de rapport au fleuve. Ces tracés projetés resteront aussi des lignes dessinées pour le projet. L’ensemble de ces projections conceptuelles permettent de définir un ensemble d’espaces concrets où l’intervention de projet sera soulignée. Ils permettent le rapport plus transversal entre le contexte géographique et le contexte local, entre le massif boisé et le fleuve.

121 Chapitre 6, Préfigurer l’absence nucléaire


Esquisse Plan original 1/1500ème

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Les limites nucléaires La limite extensive

A l’échelle du méandre, le parcellaire délimite les grandes cultures céréalières caractéristiques et les quelques pâturages périphériques. Comme abordé précédemment, la logique parcellaire a très peu évolué. Les nouvelles infrastructures, nucléaire et horticole, se sont installées sans vraiment porter atteinte à l’organisation spatiale. C’est ce que les trames intérieures de projet tentent de révéler par le dessin. La répartition de l’habitat sur la plaine du méandre a, elle aussi, été peu modifiée. Cependant elle ne trouve plus la place qui lui est due : par l’existence de la centrale nucléaire et la hiérarchie des déplacements dans un premier cas ; par leur effacement (physique et idéologique) lié à l’aménagement dans un second cas. Sans se vouloir exhaustif, la logique de projet réinvestit ces espaces habités, passés ou présents, pour les inclure. La suggestion induite de cette présence dépose une trace durable. A l’instar des valeurs issues du passé, le projet souhaite porter regard, participer à la compréhension et à la révélation du modèle complexe de l’installation nucléaire. La singularité du diptyque centrale-espace agricole coupe spatialement les terres avec le fleuve, de la même manière que les liens entre le centre bourg en creux de coteau avec les rives du fleuve, les riverains avec leurs habitudes usuelles. Le dessin de projet s’attarde alors à lier ces modifications territoriales et à y pallier par l’aménagement de certains espaces. La nouvelle structure du territoire valorise les espaces et les pratiques humaines. Enfin, la singularité du dispositif architectural de la centrale nucléaire elle-même pose question. L’homogénéité des bâtiments de la zone nucléaire contraste fortement avec les tours aéroréfrigérantes. L’exploitation dangereuse de l’uranium et leur mise à distance les réunit, fonctionnellement et visuellement. La logique de projet permet la visibilité de l’ensemble lorsqu’il fonctionne. Par la suite, à mesure que l’édifice s’efface, la manière de l’atteindre évolue.

123 Chapitre 6, Préfigurer l’absence nucléaire


échelle originale 1/25 000éme taillis planté

réseau de chemins

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Temps premier 2018-2025 Appropriation et découverte

La première période de projet spatial s’organise essentiellement autour d’un réseau de chemins qui infusent le territoire, armature de projet à venir. Ils desservent à la fois les espaces de densité humaine et les espaces naturels. Au niveau de la zone horticole, le réseau devient praticable pour les travailleurs de la centrale et les travailleurs de la zone horticole même. Proche du fleuve, les différents chemins accompagnent le regard sur les dynamiques naturelles : plaine alluviale et rives du fleuve, saisonnalité et rythmes fluviaux. Il s’engage ici un nouveau rapport au fleuve, dénué de protection et de mise à distance. L’ensemble adopte à la fois l’usage récréatif et fonctionnel. La structure paysagère qui se met en place se raccroche aux pratiques du territoire déjà engagées : le chemin des Grandes Randonnées et les levées de la Loire. Elle permet avant tout de faire lien entre la plaine cultivée en bordure de massif boisé, et les rives du fleuve : les «points d’intensité» relevés correspondent entre eux. La structure pédestre permet un nouveau rapport d’échanges entre les milieux et permet de poser de nouveaux regards sur le paysage. Cette première mutation de l’espace permet d’établir un pont entre évolution spatiale et psychologique. L’espace du «système nucléaire» draine des habitudes de vie ancrées depuis des dizaines d’années, participant à ne pas remettre en question cette forme d’existence. Ce temps participe à la compréhension objective des conséquences de l’installation nucléaire par la mise en scène du corps dans l’espace. La redécouverte du site par des installations artistiques est notamment mis en place. On note l’importance d’espaces à la fois d’exploration, à la fois de création. C’est le temps qui engage une nouvelle conscience territoriale.

125 Chapitre 6, Préfigurer l’absence nucléaire


3 4 2

1

(associé aux vues de la page 128 suivante)

PLAN DE L’ESPACE EST DU SITE ENTRE L’ENCEINTE NUCLÉAIRE ET LE CANAL D’AMENÉE DU FLEUVE échelle 1/1700ème

(associé à la perspective des pages 130-131)

PLAN DE L’ESPACE OUEST DU SITE «JUSQU’À LA GRÈVE» échelle 1/3000ème 126


La première période de projet spatial s’organise essentiellement autour d’un réseau de chemins qui infusent le territoire, armature de projet à venir. Ils desservent à la fois les espaces de densité humaine et les espaces naturels. Au niveau de la zone horticole, le réseau devient praticable pour les travailleurs de la centrale et les travailleurs de la zone horticole même. Proche du fleuve, les différents chemins accompagnent le regard sur les dynamiques naturelles : plaine alluviale et rives du fleuve, saisonnalité et rythmes fluviaux. Il s’engage ici un nouveau rapport au fleuve, dénué de protection et de mise à distance. L’ensemble adopte à la fois l’usage récréatif et fonctionnel. La structure paysagère qui se met en place se raccroche aux pratiques du territoire déjà engagées : le chemin des Grandes Randonnées et les levées de la Loire. Elle permet avant tout de faire lien entre la plaine cultivée en bordure de massif boisé, et les rives du fleuve : les «points d’intensité» relevés correspondent entre eux. La structure pédestre permet un nouveau rapport d’échanges entre les milieux et permet de poser de nouveaux regards sur le paysage. Cette première mutation de l’espace permet d’établir un pont entre évolution spatiale et psychologique. L’espace du «système nucléaire» draine des habitudes de vie ancrées depuis des dizaines d’années, participant à ne pas remettre en question cette forme d’existence. Ce temps participe à la compréhension objective des conséquences de l’installation nucléaire par la mise en scène du corps dans l’espace. La redécouverte du site par des installations artistiques est notamment mis en place. On note l’importance d’espaces à la fois d’exploration, à la fois de création. C’est le temps qui engage une nouvelle conscience territoriale.

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4 SITUATIONS DU CORPS HUMAIN DANS L’ESPACE ADJACENT A L’ENCEINTE NUCLÉAIRE 128


L’aménagement de l’espace boisé à l’est du site participe à suggérer les différents positionnements du corps dans l’espace adjacent à l’enceinte fermée de la centrale nucléaire. L’orientation des cheminements permet de conduire le regard jusqu’à l’objet. Les hauteurs de la vue et les rapports frontaux ou fuyants sont prédisposés par la nouvelle trame pédestre. L’aménagement de l’espace «Jusqu’à la grève» engage aussi un rapport entre l’homme et le paysage, ici naturel, celui des rives du fleuve. Les cheminements aux tracés plus courbes, favorisent les perspectives sur le cours d’eau et les îles. La mise à distance des rives proches du fleuve est souhaitée pour permettre la mise en scène et l’engagement d’une nouvelle curiosité. Le ruisseau de la plaine agricole est soutenu par un nouveau cheminement qui considère ce fragment de paysage. Le dessin des évolutions de ces deux espaces s’appuient sur les parcours d’usages agricoles et d’usages aux pratiques spontanées. Leur matérialité est identique : il s’agit de terre naturelle compactée qui n’a pas d’emprise visuelle forte sur le paysage. Cette forme permet la pratique pédestre ou cyclique, sur les longues distances engagées ici.

1. SURPLOMBER LES CHEMINÉES 2. EMBRASSER LA MESURE 3. LONGER L’ENCEINTE 4. S’ENFONCER DANS LE BOISEMENT

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PERSPECTIVE DE LA TRAVERSÉE DE L’ESPACE «JUSQU’À LA GRÈVE» 130


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double trame fossé et chemin

taillis planté

espace nu, terre de jachère par la suite

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échelle 1/25 000éme


Second temps 2025-2040 Appropriation et préfiguration

Pendant le second temps, la structure des chemins est prolongée et crée un maillage plus cohérent et plus desservi. Sur l’espace de la zone horticole, certains chemins se voient doublés par le creusement d’un large fossé à leur côté. L’arrêt de la centrale nucléaire est proche (2044). La fin de l’exploitation nucléaire entraînera l’arrêt de la fourniture en eau tiède pour les cultures horticoles et maraîchères. En périphérie de chaque parcelle d’exploitant, correspondant plus ou moins à un 5ème de leur surface d’exploitation, des terres sont laissées sans activité. Ces espaces deviennent des espaces de jachère. Ils s’affirment comme les nouveaux témoins des changements à venir. Aussi, des espaces boisés proches du fleuve sont réorganisés et plantés. Finalement cette étape intermédiaire marque un temps pour la fertilisation du sol et la préparation du changement majeur à venir pour le territoire. La pratique de la nouvelle structure pédestre est acquise, de façon quotidienne pour les personnes qui travaillent à proximité, plus ponctuellement pour les proches riverains. De toutes les manières, l’œil du promeneur devient attentif aux changements du paysage.

133 Chapitre 6, Préfigurer l’absence nucléaire


TEMPS 1 La trame pédestre générale infuse la totalité des terres de la «limite extensive» et dessert l’espace horticole et maraîcher.

TEMPS 2 La trame pédestre générale, dont la trame de l’espace horticole et maraîcher, est prolongée pour desservir plus largement les terres du méandre.

TEMPS 2 Dans le même temps le réseau pédestre plus dense est doublé par le creusement d’un fossé. Ce double linéaire s’ancre dans un temps intermédiaire et prédispose les changements à venir pour le territoire.

TEMPS 3 Par la suite le double linéaire s’accompagne de nouvelles surfaces émergentes sur l’espace horticole et maraîcher. Ce sont les espaces périphériques sélectionnés de chaque exploitant qui bientôt trouveront une nouvelle fonction.

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A A’ PLAN DE L’ESPACE OUEST DU SITE «JUSQU’À LA GRÈVE» échelle 1/3000ème

Le dessin de le trame s’appuie sur l’organisation parcellaire historique. Les tracés de projet se concentrent sur les tracés communs entre le parcellaire avant l’installation de la centrale nucléaire, et après son installation. Ce choix repose sur plusieurs raisons. Le dessin souhaite témoigner symboliquement de l’histoire du territoire, encourager les dynamiques du territoire sans modifier profondément leur organisation, enfin traduire par la forme de la nouvelle trame l’organisation orthonormée du territoire.

Au second temps, l’utilisation des cheminements pédestres de l’espace horticole et maraîcher est familier pour les travailleurs de l’espace horticole lui-même, et pour les travailleurs de la centrale nucléaire pour se rendre sur leur lieu de travail. De la même manière, les riverains parcourent facilement le territoire. Les trames pédestres et les fossés plantés, présentent tous deux les mêmes proportions. Ils représentent symboliquement ce temps intermédiaire des changements du fonctionnement à venir pour le territoire.

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NOUVEAU FOSSE PLANTE

LIMITE NORD DE L’ESPACE HORTICOLE ET MARAÎCHER COUPE AA’ DE L’ESPACE HORTICOLE ET MARAÎCHER ÉCHELLE 1/2500EME (RELIEF TOPOGRAPHIQUE DOUBLÉ)

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«LIMITE FRANCHE»

LIMITE SUD DE L’ESPACE HORTICOLE ET MARAÎCHER

ESPACE DE TERRE DE JACHÈRE TEMPORAIRE

NOUVEAU FOSSE PLANTE ET NOUVEAU CHEMINEMENT PÉDESTRE

ESPACE DE TERRE DE JACHÈRE TEMPORAIRE

DOUBLE ALIGNEMENT STRUCTURANT NOUVEAU FOSSE PLANTE ET NOUVEAU CHEMINEMENT PÉDESTRE


PERSPECTIVE DE LA JUXTAPOSITION DU DOUBLE ALIGNEMENT DE LA ROUTE TRANSVERSALE PRINCIPALE, DU NOUVEAU CHEMINEMENT, ET DU FOSSE PLANTE DE L’ESPACE HORTICOLE ET MARAÎCHER

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double trame canal et chemin

espace de plantations pour phytorémédiation des sols

biomasse en taillis

espace inerte témoin

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échelle 1/25 000éme


Troisième temps 2040-2050 Appropriation et effacement Le troisième temps correspond aux premières années de l’arrêt de l’exploitation nucléaire. A cette période, l’ensemble des bâtiments annexes sont déconstruits. Le réseau des cheminements intègre alors les nouveaux espaces disponibles proches de l’ancienne «limite franche» aujourd’hui réduite. Les nouvelles possibilités d’approche de ces espaces permettent la découverte des installations proches des bâtiments et interdites d’accès jusque là : les canaux d’amenée et de rejet, et le bief sur le cours de la Loire. De plus, c’est tout le processus de la déconstruction nucléaire, puis de l’effacement adapté de ces traces qui sont observables. A la périphérie de la nouvelle «limite franche» plus réduite, l’ancien socle de bitume est détruit et une action de phytorémédiation est mis en place. L’approvisionnement gratuit des eaux tièdes de rejet est désormais terminé. L’approvisionnement en eau tiède trouve alors deux origines : Le canal devient la structure spatiale majeure du méandre, interagissant avec le fonctionnement agricole. Les fossés creusés enherbés, joints à la structure des chemins, se raccordent au canal. Ils deviennent des canaux secondaires d’irrigation des exploitations, et de fonctionnement du nouveau système de chaleur. Les espaces de jachère deviennent des espaces arbustifs plantés. Ils sont les réservoirs de la biomasse d’exploitation du méandre et deviennent le symbole d’une géographie à plus large échelle, lien entre la forêt du plateau et la plaine. Au bout de quatre années, la première coupe aura lieu. Le rendement est complété par l’approvisionnement des boisements alluviaux et la gestion de la forêt d’Orléans. Ce nouveau système de production de biomasse fonctionne avec la combustion par co-génération, c’est-à-dire qu’il produit à la fois de la chaleur et de l’électricité à partir des résidus de boisements et par l’apport en eau. La centrale de combustion prend place proche de la forêt et à proximité de la plus grande route de l’espace horticole : sur l’ancien terrain du transformateur électrique des lignes haute-tension de la centrale. A cet emplacement elle ne dénature pas les qualités spatiales de la plaine. Elle devient le contre-point symbolique, par son fonctionnement durable, sa position symbiotique entre forêt et plaine, sa position frontale au site d’effacement nucléaire. Les tracés des chemins sur les rives de la Loire sont prolongés jusqu’au fleuve pour le franchir et accéder à l’île fluviale. Ce nouveau rapport, au plus proche du fleuve, témoigne plus symboliquement encore de la dynamique engagée par la centrale nucléaire . L’espace est pratiqué depuis plusieurs années et il participe à l’acceptation de la situation énergétique et sociale en cours. La visibilité du démantèlement participe à cette projection vers l’avenir.

141 Chapitre 6, Préfigurer l’absence nucléaire


A’

B’

A

B

PLAN DE L’ESPACE OUEST DU SITE «LA PRESQU’ÎLE NUCLÉAIRE» échelle 1/3000ème

A la périphérie des réacteurs nucléaires, l’ensemble des bâtiments annexes sont donc déconstruits et l’ancienne «limite franche» est réduite. Les nouveaux espaces investis permettent la reconquête des éléments d’exploitation du territoire : les canaux d’amenée et de rejet, et le bief sur le cours de la Loire. Les anciens terrains de la centrale sont aujourd’hui le lieu d’expérimentation de cultures de phytorémédiation. La démarche reste expérimentale et tente, en s’appuyant sur le résultat de démarches scientifiques passées, de capter les nucléides restants dans les sols, résultats de l’activité nucléaire arrêtée.

Les espèces plantées en monoculture sont les suivantes : Calluna vulgaris, Amaranthus, Carex ou Chemopodium. Leur récolte tous les 10 ans permet, en 3 cyles (30 ans) d’envisager un sol plus pur. A contrario, des espace sont laissés inertes pour témoigner des dynamiques d’exploitation du lieu. Les nouveaux cheminements sont créés grâce aux résidus de déconstruction des anciens bâtiments désormais disparus. La trame orthogonale qu’ils génèrent reprend les limites parcellaires communes entre, l’avant exploitation nucléaire, et aujourd’hui. Le maillage de ces déplacements repose ainsi sur l’unification entre avant et après exploitation industrielle de l’espace.

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COUPE AA’ VERTICALE DE L’ESPACE OUEST «LA PRESQU’ÎLE NUCLÉAIRE» échelle 1/1000ème (relief topographique doublé)

COUPE BB’ HORIZONTALE DE L’ESPACE OUEST «LA PRESQU’ÎLE NUCLÉAIRE» échelle 1/1000ème (relief topographique doublé)

Désormais le canal est unique : le canal d’amenée fusionne avec le canal de rejet et inversement, la prise et le rejet n’étant plus nécessaire. Son tracé se prolonge dans le territoire par un doublement qui structure la plaine agricole. La présence du fleuve est symbolisée et transforme l’espace en «presqu’île». Ce nouvel axe permet aussi la réaffirmation du bâti rural existant sans entraver le fonctionnement des cultures (notamment en facilitant les circulations). Le tracé devient témoignage du bâti rural disparu avec la construction de la centrale nucléaire.

Les tracés des chemins sur les rives de la Loire sont prolongés jusqu’au fleuve pour le franchir, accéder à l’île fluviale entre les deux anciens canal et pouvoir observer le fleuve depuis les rives. Ces points de contact entre la direction rectiligne des chemins et l’eau sont traités comme espaces aménagés : descente progressive jusqu’à la berge, ou belvédère.

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espace de la centrale de co-génération

PLAN DE L’EXTRÉMITÉ NORD DE L’ESPACE HORTICOLE ET SA NOUVELLE EXPLOITATION ÉNERGÉTIQUE échelle 1/5000ème

Première année - Strate herbacée

Seconde année - Ourlification

plantation dense de 15 000 boutures/hectare

CROISSANCE DES TAILLIS DE PLANTATIONS DE BIOMASSE DE LA PLAINE

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Les taillis de biomasse sont plantés et croient désormais en vue de leur récolte quatre années plus tard. Plantés linéairement en direction nord-sud sur les terres de la plaine, ils dessinent encore un peu plus le lien entre ses limites nord et ses limites sud. Les taillis de la biomasse deviennent le symbole de l’insertion de la géographie à large échelle, de la forêt qui progresse et enrichit le paysage de la plaine. La fin de l’exploitation nucléaire ne correspond pourtant pas à l’arrêt des cultures horticoles et maraîchères. L’activité peut perdurer de deux façons différentes : l’apport de la biomasse qui, grâce à un système de co-génération produit de la chaleur et de l’électricité ; et avec un puits de géothermie. La double origine de la production de chaleur continue ainsi de circuler grâce au réseau de tuyaux faiblement enfouis déjà existants. La centrale de co-génération s’installe alors sur l’espace de l’ancien transformateur électrique, sur une surface plane en haut de la plaine du méandre, elle devient le contre-point symbolique de la centrale nucléaire proche de la rive du fleuve. Elle se situe proche de l’axe routier de la plaine, qui permettra la desserte de la ressource bois. La surface de la centrale (bâtiments et espaces de stockage) est doublement réduit par rapport à la surface du transformateur électrique original. La réduction de cette surface permet aux espaces de pâturages de s’étendre, et d’affirmer leur emprise aujourd’hui très réduite dans l’espace agricole général du méandre.

Troisième année - Stade arbustif Récolte en fin de saison

COUPES DE PRINCIPE DES DIFFÉRENTS RAPPORTS CRÉES PAR LE CANAL ET LE CHEMINEMENT AU SEIN DE L’ESPACE HORTICOLE

Quatrième année - Stade arbustif Nouveau cycle

300 tonnes de matière sèche produite par an

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L’installation des taillis de biomasse insère une autre atmosphère dans la plaine horticole du méandre. Le canal et le chemin jouxtent différents espaces et rythment les traversées par la proximité ou l’éloignement des espaces de biomasse et des axes de circulation automobile. Les taillis plantés sur une surface totale de 25 hectares, évoluent en quatre années seulement. Ce sont les exploitations de biomasse TCR (à taux de croissance rapide). Les essences principales sont le saule et l’aulne à la longue saison de végétation, et à l’évapotranspiration et l’absorption racinaire très importantes. Ces milieux sont intéressants écologiquement, ils sont proches de l’écosystème de lisière (de nombreuses herbacées s’y développent). Le réseau sous-terrain de circulation d’eau tiède continue de fonctionner, de façon raisonnée, et colporte la chaleur pour le développement de ces espaces plantés.


LA NOUVELLE TRAVERSÉE DU GRAND CANAL

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AMÉNAGEMENT PONCTUEL DE LA RIVE DU FLEUVE, ABOUTISSEMENT DU TRACÉ TERRITORIAL

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VUE A VOL D’OISEAU DE L’ESPACE HORTICOLE ET MARAÎCHER JUSQU’AUX RIVES DU FLEUVE, LA CENTRALE NUCLÉAIRE SE DÉCONSTRUIT

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« Les tirants d’eau » Apporte un nouveau fonctionnement agricole interne « Jusqu’à la grève » Porte témoignage des dynamiques fluviales

« La presqu’île » Inscrit la singularité territoriale issue de l’installation nucléaire et devient source du fonctionnement agricole

échelle 1/25 000éme

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C’est un virage énergétique qui s’engage pour le territoire. Un nouveau système identitaire se met en place pour l’agriculture du méandre. En correspondance à l’emprise de la centrale nucléaire, et aux enjeux qu’il s’agit de révéler, les tracés de projet se veulent interventionnistes. L’ensemble des espaces observés, désormais regardés, sont mis en réseau et trouvent une nouvelle raison d’être. Trois espaces de projet se distinguent. C’est l’eau qui structure l’espace et qui délimite. L’ensemble des canaux met ainsi en partage cette ressource commune dans un territoire à la logique compartimentée. L’eau résonne alors comme la fertilité et le mouvement, en ressource à la fixité de la centrale nucléaire qui se meurt. Elle porte le vecteur du temps, c’est elle finalement qui transpire l’histoire des lieux . La nouvelle structure du territoire permet d’engager une évolution des manières de voir le paysage, en empêchant la rupture à venir. Elle correspondrait à une perte pour les paysages et l’espace vécu. Ici le projet se veut dans une démarche de continuité. Les trois temps de projet s’attachent à proposer des usages implicites. La pratique de la «campagne» ne correspond pas à la définition d’un espace public pratiqué, et inversement. Alors l’aménagement se situe entre ces deux vérités. Il faut accompagner les usages de ces espaces qui sont aujourd’hui exploités mais non aménagés.

151 Chapitre 6, Préfigurer l’absence nucléaire


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Temps quatre

Post-démantèlement Plusieurs dizaines d’années plus tard, lorsque le démantèlement est terminé, les bâtiments sont tous détruits. Il ne reste sur place que les gravats de ce qui a un jour fonctionné. Les résidus «saints» des anciennes constructions sont conservés dès le début pour les réutiliser. Ils forment les futurs cheminements surélevés qui soulignent les anciens emplacements des bâtiments nucléaires. Les cheminements participent à la traversée et à l’observation générale. Ce sont donc essentiellement des travaux de terrassement qui sont engendrés dès le début. Par la suite, entre les combinaisons de dénivelés, différentes dynamiques végétales prennent forme. Ils sont le résultat d’une gestion accompagnée par l’espace horticole et maraîcher, et les activités agricoles. La centrale nucléaire, syndrome de gèle territorial, reste un marqueur de paysage entretenu par les personnes qui ont subsisté à sa perte. Elle reste une structure qui participe à lier entre eux les espaces qu’elle a généré. Dans un premier temps elle ne sert que cette fonction.

153 Chapitre 6, Préfigurer l’absence nucléaire


Postface

La démarche générale de projet tend à exprimer les modifications du territoire engendrées par la centrale nucléaire, entre explication et dénonciation. Les modifications techniques (dérivation de l’eau), les modifications naturelles (rives et dynamiques fluviales) et les modifications agricoles sont les objets singuliers du territoire du méandre. Au fur et à mesure de l’évolution dans le temps, c’est la fertilité du paysage qui prend le pas sur l’infertilité liée à la présence de la centrale nucléaire. Ce sont les possibilités de mouvance du paysage et de l’homme qui sont convoquées. L’effacement de l’architecture physique de la centrale nucléaire n’est pas voulu comme un travail d’estompage. Il s’agit de révéler au contraire l’existence de l’exploitation et le socle qui l’a accueilli. Par l’usage et la compréhension, le territoire initialement dépossédé devient un territoire réinvesti. La ville de Dampierre-en-Burly puise une nouvelle identité à travers l’organisation agricole et la singularité moderne de la plaine. L’exploitation agricole, via les canaux d’irrigation et l’apport forestier, raccroche le territoire communal aux entités géographiques et dessine d’autant plus son centre bourg. L’ensemble du projet accompagne l’imaginaire, à travers un regard averti. Aujourd’hui en effet cet imaginaire repose sur une mystification du modèle nucléaire. L’approche se veut fonctionnelle et récréative par l’expérience ; informée et entendue par la lecture de l’espace.

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Le paysage se définit en somme par la création technique, la création sociale (appropriation) et la création culturelle (d’orientation du regard). Le paysage est aussi le résultat d’un aménagement et de la perception des lieux, dans la logique d’une influence perpétuelle entre ces deux vérités. Cela justifie que les étapes de projet présentées évoluent temporellement, à la vitesse conjointe de celle de l’esprit. « Ce sont les regardeurs qui font les paysages. »1 Le paysagiste détient véritablement un rôle à démontrer ce qui existe, quand bien même rien ne se destine initialement à évoluer. La logique d’explication des paysages est assez nouvelle dans le travail de paysagiste. Elle révèle combien il tient un important rôle de précurseur. Au cœur des choix politiques d’aménagement des territoires, le travail du paysagiste pousse à prendre parti. Enfin, la disparition et l’effacement constituent les armes et la matière exploitée dans le travail du paysage. Je souhaite défendre l’étendue : aller vers l’épure des formes de projet pour laisser s’exprimer la complexité des paysages ; et toujours plus révéler la modestie nécessaire de notre rapport humain à la terre. L’exploitation nucléaire convoque l’ensemble des données terrestres : le socle de la terre lui-même, l’eau et la durée.

BERQUE Augustin, in: « Cinq propos pour une théorie du paysage », Seyssel, Éditions Champ-Vallon (Seyssel. France), 1994, 128 pages. 1

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West of Eden

Hugo Pratt, 2004, Editions Vertige Graphic, 90 pages.

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Remerciements

Je remercie Alice Roussille, pour son aide et son écoute, sa curiosité et ses partages. Je remercie Pierre-François Le Jeanne pour ses conseils, son écoute et le temps donné depuis le début de cette recherche. Je remercie Alexis Faucheux pour son attention et son intérêt depuis le début de ce travail. C’est une belle région le Val de Loire. Je remercie Chloé Sanson pour sa confiance, ses conseils et sa disponibilité. Je remercie Veit Stratmann, pour son enthousiasme, la singularité de son regard d’artiste, et son entière confiance à observer ce travail. Je remercie, et c’est peu dire, la famille de l’école, intérieurement aussi belle que la couleur des ciels le soir au Potager du Roi. Je remercie les personnes qui sont à mes côtés chaque jour, Stéphane, Margaux, Constance, ma petite sœur Alice. Et je remercie avant tout mes parents, Sylvie et Jacky, sans qui je ne serai pas qui je suis aujourd’hui. Je ne vous remercierai jamais assez pour ses 7 années de construction personnelle et la liberté que vous m’avez accordé.

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Bibliographie

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Préfigurer l'absence. Le paysage nucléaire corollaire - Mémoire de paysage  

Diplôme de paysagiste dplg - promotion 2014-2018 TPFE (Travail Personnel de Fin d'Etudes) de l'ENSP (Ecole Nationale Supérieure de Paysage d...

Préfigurer l'absence. Le paysage nucléaire corollaire - Mémoire de paysage  

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