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JANVIER > MARS 2016

ÉDITO

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ACTUALITÉ

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ACTIVITÉ

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DANSE À BIARRITZ #64

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SENSIBILISATION

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FORMATION

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LE LABO

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EN BREF

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CALENDRIER

JOURNAL D’INFORMATION DU CENTRE CHORÉGRAPHIQUE NATIONAL D’AQUITAINE EN PYRÉNÉES ATLANTIQUES MALANDAIN BALLET BIARRITZ

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Claire Lonchampt & Mickaël Conte, La Belle et la Bête © Olivier Houeix


Claire Lonchampt & Mickaël Conte, La Belle et la Bête © Olivier Houeix + Yocom

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ÉDITO

D

ans le cadre du Pôle de coopération chorégraphique du grand Sud-Ouest créé en 2012 avec le soutien du Ministère de la Culture et de la Communication, le Ballet de l’Opéra national de Bordeaux conduit par Charles Jude et le Malandain Ballet Biarritz lancent un Concours de Jeunes Chorégraphes dont la première édition aura lieu à Biarritz en avril prochain. Loin d’être un concours de plus, il se donne pour objectif de promouvoir dans son expression contemporaine ce que l’on nomme la danse classique. Mais osons parler de « ballet de demain » (1), puisqu’il s’agit aussi d’attirer l’attention sur son avenir, même si ce sujet est usé jusqu’à la corde à force de vieillir.

Parce que tout lasse. Parce que la mode ne s’est jamais souciée d’être sensée et juste. Par l’impéritie des pouvoirs. Par la faute des hommes. Par exagération ou une opinion peutêtre trop pessimiste, régulièrement, on entendit ce cri mêlé de larmes : « La danse se meurt, la danse est morte ! » Ces pleurs versés sur le tombeau de Terpsichore sont même à l’origine de la naissance de la danse classique, que le XVIIe siècle épris de beauté qualifia de « belle danse ». C’est en effet, pour « rétablir ledit Art dans sa première perfection, et l’augmenter autant que faire se pourra », pour lutter contre les abus capables de le porter à « une ruine irréparable »(2) que Louis XIV créa l’Académie royale de Danse en 1661. Ce qui constitua son premier geste officiel, mais contentons-nous de dire : autre temps, autre mœurs, et de faire briller une autre vérité. D’évidence, trop occupés à former des danseurs pour avoir le temps de s’asseoir, les treize « Académistes » nommés par le roi se vouèrent au « plus profond silence » (3). Aussi est-ce Pierre Beauchamps, le premier maître de ballet de l’Académie royale de Musique (1669), autrement dit de l’Opéra de Paris (car, si Louis XIV n’a jamais déclaré : « l’Opéra, c’est moi ! », l’Opéra c’est lui), qui fixa les principes de la « belle danse ». Citons : l’aplomb, la rigueur, l’élégance…, « l’en-dehors » sur lequel il y aurait plus à dire, vu qu’un système ouvert interagit en continu avec son environnement. Puis les « cinq positions » qui serviront d’alphabet à un vocabulaire capable de s’enrichir sans cesse, puisque l’esprit humain est toujours en action et que la danse suit son évolution.

Mettant à profit les leçons de la Renaissance italienne, ces « sacro-cinq » positions dont on ne doit s’écarter comme de l’allée d’un jardin régulier, fixent alors la bonne marche des pieds. Celles des bras, puis de la tête et du corps aujourd’hui oubliées, seront définies petit à petit. Fait à noter, elles seront structurées autour d’un chiffre associé à la figure du pentagramme, qui répond symboliquement au chiffre de la volonté divine, à celui de la vie, à celui de l’homme, de ses cinq sens, avec la liberté de les utiliser pour chercher, expérimenter, s’affranchir de la routine. A ce titre, la fantaisie des chorégraphes empruntera bientôt au style pittoresque des jardins à l’anglaise. Pour dire que « l’en-dedans » contraire aux usages et les 6e et 7e positions sélectionnées au XXe siècle par Serge Lifar auront largement fleuries avant de figurer parmi les semences de la danse dite « néoclassique ». Le beau étant regardé au XVIIe siècle comme une promesse de bonheur, portées par la mode et les conquêtes, les règles de la « belle danse » s’imposeront partout en français par le biais d’un système d’écriture, mais surtout oralement et de corps à corps, puisque jusqu’au XIXe siècle la France fournira les nations étrangères des représentants de son école. Toutefois, même si l’expression : « nul n’est prophète en son pays » se traduit dans toutes les langues et qu’on proclame fraternellement que l’art est sans patrie, là où le bât blesse, c’est que la plupart de ces émissaires seront « forcés de chercher ailleurs ce qu’ils auraient dû rencontrer ici ! » (4) et qu’ils développeront ce que nous laissions perdre. C’est ce qu’il ressort de notre histoire si on l’examine de près. Mais, pour retourner la légende dorée offerte à l’admiration d’aujourd’hui, il faudrait un livre entier puisque de Jean-Georges Noverre l’inventeur français du « ballet d’action » (5) dont les conceptions chorégraphiques figurent toujours au centre des discussions, à Marius Petipa honoré par son pays d’origine d’une médaille de sauvetage en mer, ce qui explique sans doute pourquoi ses ballets permettent toujours aux paquebots de rester à flot, en passant par nombre d’efforts novateurs oubliés comme ceux de Louis Henry ou de Jules Perrot, la France laissa tomber les plus illustres chorégraphes des XVIIIe et XIXe siècle. Cette énumération qui devrait suffire pour faire entrevoir ce que l’on perdit, ne dit pas que la création maintient la danse en vie tout en donnant la main à un enseignement fondé

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ÉDITO

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sur une tradition renouvelée. « Tant que l’on a marché avec la tradition, écrit Léopold Adice en 1859, l’instruction dansante a été féconde ; en revanche, du moment que l’on a délaissé les traditions l’enseignement a rétrogradé, n’a alimenté que le corps de ballet, a cédé la place à l’école étrangère » (6). Léopold Adice désigne ici l’école italienne, qui imposa sa supériorité en France pendant près d’un siècle. Ainsi pour exciter la sympathie et réussir mieux valaitil porter un nom fleurant bon les raviolis. De fait, de 1830 au début du XXe siècle, de Marie Taglioni à Carlotta Zambelli, l’Italie fournit les premiers rangs de l’Opéra. On sauvera, Léontine Beaugrand, qui fit dire à son directeur, Nestor Roqueplan : « Elle danse en français : on ne se relève pas de cela ! » (7). Les autres traînèrent paresseusement dans l’attente de jours meilleurs, c’est-à-dire de directions qui ne sacrifient pas la danse au profit de l’art lyrique, ou bien choisirent sous un nom italien ou pas les théâtres plus actifs, les plus innovants. D’autres enfin récoltèrent les bravos à l’étranger, à l’exemple de Victorine Legrain qui après une carrière européenne enseigna à Turin. Fleur du paradoxe, plusieurs de ses élèves feront honneur à sa pédagogie en France jusqu’au seuil du XXe siècle.

Parce que les temps se suivent et se ressemblent, du moins dans les grandes lignes, en 1969, Jaque Chaurand, las d’entendre qu’il n’y avait pas de chorégraphes en France lança à Bagnolet le concours : « le Ballet pour demain ». Une idée fixe veut que Serge Lifar dont l’influence sur l’essor de la danse française ne peut-être contestée, empêchait alors les jeunes créateurs de s’exprimer. A dire vrai, il ne régnait plus à l’Opéra depuis 1958, puis comme en témoigne l’article consacré plus loin à René Bon, dans un besoin de renouvellement, après-guerre émergea au contraire une foule de chorégraphes, qui peu ou pas soutenus par les

Autrement, on l’a dit, la mode n’est pas toujours ce qu’il y a de mieux, ni l’indice d’un progrès, surtout quand elle est poussée par des inexperts qui déclarent la guerre aux usages pour s’instituer les organisateurs d’une révolution supposée bienfaitrice. C’est ainsi qu’au XIXe siècle, les intellectuels et la presse aux mains de la bourgeoise capitaliste bannirent les hommes de la scène pour privilégier les danseuses en costume masculin. Cette suprématie du ridicule sous laquelle succomba le danseur, s’étendit là où la France conservait son influence et se prolongea chez nous bien après 1930. Mais tout n’est pas sombre comme le désespoir, d’abord les modes passent, puis après l’Italie, un autre pays jeta sur notre terre de grands talents : peut-être pour nous consoler. Certes, ils reléguèrent loin du soleil, des hommes et des femmes qui sans la considération du « ToutParis » rénovaient la danse classique. Certes après l’heure italienne, il fallut se référer à un autre fuseau horaire, mais l’oxygène apporté par les Ballets russes de Serge Diaghilev fut un bienfait. Ainsi, dans la fraîcheur de la nouveauté, les beautés de la tradition qu’exhalaient Les Sylphides de Michel Fokine enthousiasmèrent clairement les élites mondaines. Quant aux ensembles masculins des Danses Polovtsiennes du Prince Igor, ceux-là même qui ne pouvaient composer avec les représentants du « sexe laid », acclamèrent les danseurs de Diaghilev comme s’il s’agissait de femmes. Sans le moindre sens critique, ce qui justifiera cette récrimination d’un danseur : « Quelqu’un a dit : " En France, on danse avec ses pieds ; en Russie, on danse avec son âme..." C’est bien possible, mais, quand on s’occupera de notre estomac en France, vous verrez comme l’âme nous poussera vite ! » (8).

La Belle et la Bête © Olivier Houeix

pouvoirs publics durent se battre avec mille difficultés. Au reste, en 1954, un « ConcoursRéférendum du Ballet » en aidera quelquesuns. Celui du « Ballet pour demain » dont le jury sera longtemps composé de personnalités de la danse classique, ne se contenta pas de découvrir les grands noms de « la nouvelle danse » qui feront circuler un vent neuf porté par des influences américaines et allemandes trop longtemps ignorées. Dans les années 1980, à la faveur d’une augmentation de budget sans précédent, il décida l’Etat à élaborer une véritable politique en faveur de l’art chorégraphique. Seulement, les révolutions se laissant entrainer à repousser toutes les entraves, en quête d’un geste neuf et original, « la nouvelle danse » fit du ballet classique la cause de tous ses maux. De fait,


la table rase du passé n’alla pas sans quelques passions despotiques. Elles découragèrent nombre de pratiquants d’une langue jugée périmée, mais n’écrasèrent pas tout. On ne peut toutefois pas fermer les yeux au fait qu’aujourd’hui la création, le répertoire, les conditions de l’enseignement de la danse classique fichent le camp de chez nous. Cependant, séchez vos larmes, car même si la mort se situe au cœur de la condition humaine, il serait excessif ou défaitiste de dire qu’elle est morte ! Parce qu’à l’instar de l’air qu’on respire, sans distinction de style, la danse est nécessaire, pour ne pas dire vitale dans un monde devenu trop dur. Parce que dans sa forme historique ou actuelle, la danse classique remplit toujours les théâtres où sans honte, on se laisse transporter par le souffle d’un art ancestral qui naquit du besoin d’exprimer en mouvements les lois de

la nature et les passions de l’homme. Parce qu’hors de nos frontières, elle se porte plutôt bien, ce dont témoigne les candidatures enregistrée à notre concours. Puis, l’histoire se répétant « en farce » disait Karl Marx, parce que d’aucuns finiront un jour par adorer ce qu’ils ont brulé. Alors, un sauvetage étranger sera envisagé pour la ranimer. Raison de plus pour le faire sans tarder en ayant foi dans nos propres forces.

(1)

Comoedia, à propos de Serge Lifar, 20 novembre 1935

(2)

Lettres patentes du 30 mars 1662

(3)

J.G Noverre, Lettres sur la danse, lettre V, 1803, II, p.40

La sténochorégraphie, ou L’art d’écrire promptement la danse, Arthur Saint-Léon, 1852, p.15

(4)

Ballet narratif où l’action dramatique se développait à l’aide de la danse et de la pantomime, se distinguait du divertissement mettant en valeur le mouvement pur.

(5)

n Thierry Malandain, janvier 2016

(6) Théorie de la gymnastique de la danse théâtrale, Chaix, 1859, p.64 (7) La Vie à Paris 1880, Jules Claretie, V. Havard Editeurs, p.109 (8)

La Rampe, 3 janvier 1918

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ACTUALITÉ

Cendrillon à Limoges

Donostia / San Sebastián 2016 Europako Kultur Hiriburua Sous l’égide de Donostia / San Sebastián 2016 Capitale Européenne de la Culture et du projet transfrontalier Ballet T, le Malandain Ballet Biarritz accompagné de l’Orquesta Sinfónica de Euskadi dirigé par Ainars Rubikis, présentera La Belle et la Bête au Palacio de congresos y música de Bilbao le 28 janvier, au Baluarte de Pampelune le 1er février et au Kursaal de Donostia / San Sebastián les 3 et 4 février.

Miyuki Kanei & Daniel Vizcayo, Cendrillon © Olivier Houeix

Par ailleurs, dans le cadre de la ligne de programmation « Conversations » de Donostia / San Sebastián 2016 Capitale Européenne de la Culture, le 6 février à 17h et 20h, un « Bal de la Belle et la Bête » sera proposé au Teatro Victoria Eugenia pour un public de 9 à 99 ans. Il sera animé une heure durant par Arnaud Mahouy entouré des danseurs du Malandain Ballet Biarritz et célèbrera de manière originale et conviviale « le danser ensemble ». Gratuit sur inscription dans la limite des places disponibles : malandainballet.com/bal +34 943 48 38 60 +33 (0)5 59 24 87 65

En ce début d’année, outre des représentations en France, Allemagne, Suisse et Espagne, en association avec Danse Émoi - biennale 2016, le Malandain Ballet Biarritz se produira dans la nouvelle grande région avec Cendrillon, les 16 et 17 janvier à l’Opéra-Théâtre de Limoges. L’Orchestre de Limoges et du Limousin sera placé sous la direction de Philippe Hui.

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ACTIVITÉ Coproduction de la Biennale de la danse de Lyon et de Château de Versailles Spectacles, La Belle et la Bête accompagnée par l’Orquesta Sinfónica de Euskadi sous la direction d’Ainars Rubikis a été présenté les 5 et 8 décembre à la Gare du Midi de Biarritz, puis les 11, 12 et 13 décembre à l’Opéra royal du Château de Versailles.

La Belle et la Bête à Biarritz et à Versailles

Mickaël Conte & Claire Lonchampt, La Belle et la Bête © Olivier Houeix

LA PRESSE EN PARLE

Et suivre droit son cœur Que les choses soient bien claires : le manque d’amour ne tue pas, on en crève, c’est tout. A petit feu, à tout petit bouillon muet, le sourire aux lèvres s’il le faut. Faire bonne figure est une stratégie de socialisation ordinaire pour un paquet d’affamés. Mais même accoutumée à une certaine dose de trop peu, de rien ou de pas grand-chose, au cœur de l’exaspérante cacophonie de la solitude, force est de constater, sismographe braqué sur l’âme, la persistance du chuchotement et des lueurs. Je sais ce soir qu’au fond du placard intime tambourine le secret espoir que la puissance de feu de Thierry Malandain, être plein et entier, artiste potentiellement aussi affamé d’amour que nous le sommes, pourrait bien enchanter le dîner.

C’est donc la faim au ventre, le cœur vorace, perdue au milieu de la foule venue goûter la sortie de création de « La Belle et La Bête », que je m’installe de façon précaire, sur une chaise sciemment choisie pour son inconfort et sa capacité à négocier avec la fatigue du jour en cas de faiblesse. Il y a quelque chose de fébrile dans le flot de spectateurs. Une tension particulière aux soirs de première, un pépiement nerveux qui vous gagne, vous envahit, vous dépossède de vos pensées, jusqu’à être apaisé enfin par l’obscurité qui se fait et les premières notes de Tchaïkovski servies par l’orchestre symphonique d’Euskadi.

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ACTIVITÉ La Belle et la Bête, Opéra Royal de Versailles © Olivier Houeix

LA PRESSE EN PARLE

••• Le jour se fait, trois danseurs, en noir et blanc : l’artiste, son corps, son âme. Il faut un certain humour métaphysique pour représenter la dualité de l’être par un trio. Ou un penchant pour une vision orientale façon yin-yang selon laquelle opposition, interdépendance et unité se résolvent, se dissolvent et s’engendrent perpétuellement en un seul et même tourbillon vital infini. Ou est-ce tout simplement le désir de dire la complexité de la création et du geste artistique, de dompter les démons, d’apprivoiser les affres, d’harmoniser les sentiments, de cheminer vers le beau, l’épure, la quintessence ?

La Belle et la Bête © Olivier Houeix

Mais bientôt le conte et sa douce mystification l’emportent sur le monde intérieur de l’artiste en souffrance, sorte de double « intranquille » de la Bête. La cour est joyeuse, le divertissement une religion, c’est léger et doux comme un printemps valsé, insouciant et chatoyant de l’or patiné qui cerne les tableaux d’hier. On danse un menuet, on sourit, on jouit, c’est que ce petit monde est frivole, que voulez-vous. Quand soudain l’un des immenses rideaux noirs qui seuls feront décor d’un bout à l’autre du récit – abri, refuge, sombre forêt, antre, espace-temps dissocié, intimité retrouvée – absorbe la fête moirée, tandis que les oripeaux du bonheur bourgeois jonchent peu à peu la scène sur les sonorités sourdes du basson et de la contrebasse. La pauvreté s’invite au dîner, grise, austère, discrète mais sûre, sans complications ni entrechats. Le dénuement, c’est simple comme bonjour lorsqu’il n’est pas une éthique mais un destin.

A peine plus tard, le père, dans la nuit égaré, s’est réfugié dans l’antre sylvestre et aristocratique de la Bête. D’une image saisissante, Malandain convoque la puissance de l’imaginaire fantastique avec sa monumentale table de conte, quasi personnage, animal fantastique prêt à bondir, frémissante d’une vie propre autour de laquelle la liturgie du merveilleux s’accomplira sans faillir : la coupe est portée aux lèvres, le voyageur s’endort, et le petit matin porte la blancheur éblouissante d’une rose iridescente, virevoltant sur le plateau, arrachée contre son gré au corps et à l’âme de la Bête, scellant pour jamais le destin de la Belle. Consolider un royaume, redorer un blason, s’acheter une respectabilité, calmer un courroux divin, épargner des vies ou arrondir des fins de mois… Il est toujours déconcertant de constater la facilité avec laquelle est livré le corps des filles au profit des familles. La Bête est horrifiante et ténébreuse, certes, et le

fatum du conte toujours particulièrement obstiné. Mais somme toute, un père se sera encore, pour ainsi dire, conformé aux usages du temps en désignant à sa fille le gendre de son choix. Sacrifier la tendre et aimante Belle pour sauver la peau d’un vieil homme épuisé et lessivé par la vie est-il vraiment si contraire à l’ordre des choses ? Pas vraiment. D’autant moins si l’on songe que pour ce père en déroute, la vision de l’union charnelle de sa tendre enfant avec un autre homme, quel qu’il soit – bouclier définitif contre le tabou universel de l’inceste filial – relève d’une scène insoutenable, où le fantasme fait de l’amoureux un satyre, de l’amant une bête à abattre. L’instant des retrouvailles, lors du retour du patriarche au logis, donne d’ailleurs l’occasion d’un magique et troublant « pas de deux » entre père et fille, si affectueux, jouant d’une sensualité si franche, d’une familiarité si chaude et déliée qu’on en vient à douter du lien filial, à vérifier mentalement la distribution des personnages pour s’assurer que l’on ne fait pas erreur. Et subitement, on souhaite avec ardeur et anxiété que la Bête surgisse. Gendre idéal ou amant bestial peu importe, que l’être lunaire au visage sans nom, que l’être de chair et de nuit vienne donc enfin s’emparer de la Belle, qu’elle arrache au regard et aux enlacements paternels cette jeune fille avide d’amour. Et vite. La rencontre entre la Belle et sa Bête, entre l’innocence à déflorer et la bestialité à apprivoiser sera d’une beauté absolue. Vous traversent toutes les images de récits vampiriques du 19e siècle, lorsque la jeune fille au corps défaillant et abandonné, devenue met de choix pour une prédation nuptiale et charnelle, est couchée sur la table, offerte à la dévoration symbolique. Des répliques ardentes de cette vision originelle ponctuent l’apprivoisement réciproque, la Bête devenant sourdement


ACTIVITÉ

Mais voici que l’idylle encore indicible est interrompue par un retour de la Belle auprès de son père malade. Les sœurs comptent les épaisseurs de broderies, dépouillent leur blonde et douce cadette en sautillant. On se réjouit sottement et gentiment, comme on plongerait les doigts dans une boîte de loukoums venus de confins exotiques et irréels mais opulents. Le corps de la jeune amoureuse n’est plus un sanctuaire mais le chemin le plus direct vers la richesse perdue. Je retrouve mon indignation d’enfant, décuplée par la faim d’amour. Peut-on tuer le père par amour pour une Bête ? Plutôt deux fois qu’une ! Père et mère s’il le fallait. Et la souffrance inouïe de la Bête, abandonnée à sa sauvagerie, les hurlements muets de son retour à l’état de nature, son agonie immense vous saisissent à la gorge sur un crescendo de cordes terribles puisées dans l’Adagio Lamentoso de « la Pathétique ». L’union magnifique de la Belle et la Bête réunies, l’amour qui se dit enfin, pressé par le spectre de Thanatos, autorisent la métamorphose de l’être nocturne en prince radieux, une métamorphose ôtée à la vue, voilée de pudeur, enlacée dans un rideau-refuge, préservée par le secret des nuits et de la première étreinte. La lumière solaire qui incendie le plateau, le somptueux océan d’or liquide disent la puissance de la sève pulsée par ce rêve d’amour, qui irrigue jusqu’aux démons de la Bête, jusqu’à l’artiste enfin réconcilié corps et âme. Saurait-on jamais vraiment donner à un artiste tout l’amour qu’il mérite. Sauraiton comment faire d’ailleurs… Des chiffres de vente ? Des critiques ? Des taux de réservation ? L’applaudimètre ? Des mains serrées ? Quel code social utiliser pour transmettre à Thierry Malandain que les éternels débats sur la nature de sa danse, que les critiques bonnes ou mauvaises sur son travail, ne nous racontent finalement rien sur ce qui nous importe réellement, sur ce qu’on aimerait qu’il sache sans ambiguïté, comme ça, à plat, comme le message émergeant d’un rêve dont on a oublié le contenu mais dont la sensation persiste violemment : sa sincérité, son intégrité et son exigence nous bouleversent. L’élégance et la générosité de cette épiphanie de l’être dans les hautes lumières sont un baume bienfaisant qui rappelle à nos chuchotements et nos lueurs qu’il n’y a d’autre chemin que de suivre droit son cœur. n Eklektika, Sevàn l’Hostis, 6 décembre 2015

C

e n’est pas la première fois que Thierry Malandain se plonge dans la création d’un ballet en s’inspirant d’un conte. Sa Cendrillon de 2013, avec plus de 100 représentations jouées dans le monde entier, a connu un succès incontestable. Cette année le directeur du Malandain Ballet Biarritz présente une nouvelle création, La Belle et la Bête. Cependant, la vocation artistique du chorégraphe ne pouvait assurément pas se contenter de « refaire » un nouveau ballet narratif. Il tourne la page pour nous livrer une pièce qui prend ses références dans cette histoire enchantée et la dépasse. Mais sous quelle forme ?

D’ailleurs Jean Cocteau dans son film de 1946 avait donné un rôle central à Bête, personnage à la fois bête et homme, terrifiant et fragile, menaçant et vulnérable. Son amour pour Belle sera dès le début total et exigeant, brutal et sensible. Il est en proie à des démons et lutte contre sa nature sauvage. Cette situation d’être hybride l’éloigne de l’amour et d’une vie commune avec Belle, ce qui l’afflige.

Arnaud Mahouy & Mickaël Conte, La Belle et la Bête © Olivier Houeix

désirable et le corps sacrificiel de la Belle de plus en plus maîtrisé, rayonnant d’ors grisés aux accents de lune (on pensera souvent aux robes couleur de lune, couleur du temps et couleur de soleil de Peau d’Âne).

Le philosophe allemand Konrad Fiedler avait fait de l’activité artistique un des sujets les plus importants de ses œuvres en soulignant sa capacité de rendre visible le réel. Et pour aller plus loin sur ce concept, il affirme que cela est possible « à condition de le concevoir comme une activité, et non comme simple réceptivité ». Cela pourrait justifier l’approche originale utilisée pour cette création où l’aspect narratif et la réflexion sur le processus de création sont intimement liés. En effet, Thierry Malandain met en œuvre cette conception en introduisant outre les protagonistes classiques du conte, trois autres personnages qui représentent l’un l’Artiste lui-même (Arnaud Mahouy), son Corps et ses Instincts (Daniel Vizcayo) et le dernier son Âme (Miyuki Kaney). Une trinité parfaite qui pourrait évoquer un concept religieux. Il se constitue ainsi une sorte de parallélisme entre la Belle et la Bête et cette triade. En fait la Belle réussira avec ses sentiments à faire ressurgir la Bête, et leur histoire constituera le résultat visible de l’activité de l’artiste.

Mais la figure de monstre sans cœur et dominateur, se transformera en celle d’un être amoureux, face à Belle. Les rapports entre eux dès lors s’inversent. Son sentiment d’amour envers elle lui fera dévoiler tous ses secrets, des symboles que nous retrouvons dans ce ballet : la rose, qui représente la beauté et la perfection ; la clé, le moyen pour parvenir à la connaissance et à la réalisation ; le cheval, la mesure du temps et symbole de vitalité ; le miroir, porte d’accès à un monde d’illusions ; enfin le gant, symbole de la main du créateur, qui devrait initier les hommes à la moralité en passant par la beauté. Le ballet s’ouvre avec un grand bal : les costumes sont somptueux, les musiques d’Eugène Oneguine de Tchaïkovski accompagnent une danse conçue selon des principes classiques.

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ACTIVITÉ

••• Lentement on rentre dans le cœur du conte et la chorégraphie acquière une dimension psychologique. Belle interprétée par Claire Lonchampt fait lentement et délicatement résonner sa beauté, tant physique que morale, puisque elle accepte de sauver son père avant de retourner et embrasser Bête (Mickaël Conte). Avec toute sa laideur, celui-ci est parfois au sol, le visage couvert d’une cagoule noire. Il exprime toute sa souffrance et sa force sans jamais excéder dans la violence. Son état d’âme est bien mis en valeur par l’exécution de mouvements glissants et silencieux. Les passages entre les différents moments de la pièce sont marqués par les déplacements du rideau qui passe d’un côté à l’autre de la scène, (presque comme pour feuilleter un libre sur une tablette) et par les personnages qui incarnent le trio « créatif, hors du conte ». Les images de leurs corps nous font penser à des états de recueillements et d’explosion ; ils sont toujours rapprochés, indispensables les uns aux autres, en coopération mutuelle. D’ailleurs un artiste ne peut jamais travailler sans faire agir ensemble corps et âme. La partie finale de la pièce, sur les musiques de la Valse de la Symphonie n.5 et sur le FinaleAdagio Lamentoso de la Symphonie n.6 « Pathétique » de Tchaïkovski, ouvre les portes à la réalisation des sentiments : Belle retrouve son père qu’elle peut finalement embrasser, elle habille ses sœurs avec ses robes de reine malgré leur jalousie et elle retourne au château pour retrouver Bête. Belle avec son acte reproduit l’idéal kantien de beau exposé dans la Critique de la Faculté de Juger et l’amour en sort vainqueur : « Toute vérité ou légende qui est montrée dans des milliers de livres n’est qu’une Tour de Babel si l’amour ne la rend pas cohérente. Les choses qui te sont offertes sous milles facettes, comme contes ou vérités, ne sont qu’une tour de Babel si l’amour ne les lie pas », écrivait Goethe dans une de ses poésies. Ce ballet est en phase avec cette idée, que l’on considère les sentiments exprimés dans le conte original ou bien que l’on s’attache à l’expression des sentiments de l’artiste envers l’œuvre qu’il a créé. Ce n’est pas un hasard, si l’Artiste se retrouve sur la dernière scène du ballet cagoulé comme la Bête, car tous les deux ont été auteurs

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d’un processus de création et d’élévation vers la beauté. Le public français pourra encore être enchanté par ce ballet lors de la Biennale de la Danse de Lyon 2016. » n Chroniques de danse, Antonella Poli, 11 décembre 2015

A nouveau digne de tous les éloges « Mais comment diable fait-il pour toujours innover tant au niveau de la chorégraphie que de la mise en scène, à chaque nouveau spectacle ? Comment diable fait-il pour deviner, devancer même, les desiderata les plus ardents de son public ? Cela doit faire maintenant plus de trente ans qu’il m’a été donné d’assister aux premiers pas de Thierry en tant que chorégraphe néo-classique pour le suivre régulièrement depuis dans ses pérégrinations dans notre vaste monde, et cela fait plus de trente ans que je m’émerveille de son imagination débordante et débridée, de son inventivité, de son éclectisme, de son courage aussi car il en faut une bonne dose pour maintenir de nos jours contre vents et marées les spectacles de danse classique dans un paysage presque totalement conquis par la danse contemporaine ! Bref, le dernier né de Malandain, La Belle et la Bête, est un nouveau chef d’œuvre et, réellement, le mot n’est pas trop fort. Il était logique qu’après le colossal succès de sa relecture de Cendrillon, d’aucuns lui susurrent à l’oreille de s’attaquer à un nouveau contes de fée... Or, La Belle et la Bête est une œuvre qui n’avait jusqu’à présent, à ma connaissance tout au moins, été traitée par l’art de Terpsichore que par Ethéry Pagava en 2013, ce sur une musique de Ravel. Comme pour Cendrillon, ce conte dont l’une des versions les plus anciennes remonte au IIe siècle et qui a été immortalisé par Cocteau en 1946, est truffé de concepts et symboles moralisateurs qui nous donnent à réfléchir sur la dualité de l’être ainsi que sur des valeurs souvent perdues, en l’occurrence l’amour filial, le courage et l’abnégation, l’affrontement du danger, la pitié, voire même, le sens de la beauté. Thierry Malandain a choisi d’ancrer ce ballet d’action narratif et très théâtral sur différents extraits de partitions de Tchaikovski, les Symphonies 5 et 6, ainsi qu’Eugène Onéguine et Hamlet. Si la chorégraphie, remarquablement adaptée à une musique qui lui sied comme un gant, regorge de variations d’une étonnante inventivité bien perceptibles par les balletomanes fervents de l’art du chorégraphe, c’est toutefois dans la scénographie que les trouvailles se révèlent les plus fascinantes, témoignant d’une maîtrise exceptionnelle de cet art.

Raconter une histoire par la danse de façon à ce qu’elle soit compréhensible par tous, les petits comme les grands, n’est en effet pas l’apanage du premier chorégraphe venu ! Outre l’art du narrateur, il lui faut également faire voyager le spectateur dans l’espace et le temps aussi souvent que la trame de l’histoire l’exige. Or, Malandain eut l’idée géniale de séparer les différentes scènes et les « chasser » l’une par l’autre grâce au va-et-vient d’un vaste rideau tiré par les danseurs eux-mêmes, tantôt de cour à jardin, tantôt de jardin à cour, créant ainsi à chaque fois de nouveaux espaces avec une remarquable économie de moyens. Une autre de ses idées, et non des moindres, fut d’évoquer l’histoire par un « artiste-narrateur », faisant ainsi du théâtre dans le théâtre, et l’on pourrait d’ailleurs regretter qu’il n’ait lui-même investi ce rôle... Quant à l’entrée et la sortie de ses personnages, pourquoi - entre autres - ne pas les faire passer carrément à plat ventre sous le rideau ? Une manière comme une autre peu conventionnelle, il est vrai, mais aussi ludique qu’originale, de rompre avec les habitudes. L’œuvre est en effet émaillée d’une foultitude de petites trouvailles de cette sorte, plus divertissantes les unes que les autres, toujours sans prétention, lesquelles donnent une nouvelle dimension à ce ballet parsemé de piques d’humour qui, cependant, ne nuisent point à son extrême raffinement, confirmant un chorégraphe d’une extrême sensibilité, plein d’esprit et de talent. Je ne terminerai pas sans évoquer l’excellence des interprètes, tant les danseurs magnifiques dans leurs costumes chamarrés d’or que les musiciens car, lors de cette avant-première dans ce fabuleux écrin de l’Opéra Royal à Versailles, le Malandain Ballet Biarritz était accompagné par l’excellent orchestre Symphonique d’Euskadi dont les timbres éclataient, démultipliés par l’acoustique étonnante de l’Opéra Royal. Voilà un nouveau chef d’œuvre qui, tout comme Cendrillon, fera sans aucun doute date dans l’histoire de la danse. » n Critiphotodanse, Jean-Marie Gourreau, 13 Décembre 2015

M. Kanei & D. Vizcayo, La Belle et la Bête © O. Houeix

LA PRESSE EN PARLE


Mickaël Conte & Claire Lonchampt, La Belle et la Bête © Olivier Houeix

La Belle et la Bête de Thierry Malandain : Beau et sombre « C’est avec les vieux contes que l’on fait encore les meilleurs ballets ! Et les chorégraphes n’en finissent plus de puiser à ces sources de l’imaginaire mondial un renouvellement incessant pour leur modes d’expression, la portée de leurs messages, les fils à tresser pour remonter au plus profond des angoisses, des peurs et des désirs humains. Après les quêtes identitaires du XIXe siècle, les russes s’en emparèrent pour de grands spectacles, tandis que les Ballets de Diaghilev s’en détachaient ensuite, soucieux de sujets neufs. Mais le Kirov et le Bolchoï remirent à l’honneur ces féeries souvent lourdement démonstratives conçues pour montrer leurs superbes danseurs, et que Noureev à Paris allait imposer à Paris jusqu’à ces jours. Pour les autres, Contes de Musaeus, de Perrault, de Grimm, d’Andersen, de Dumas sont revenus en foule inspirer les chorégraphes d’aujourd’hui, tels Neumeier (Cendrillon, La Belle au Bois Dormant, La Petite Sirène), et Jean Christophe Maillot (La Belle, Cendrillon, Casse-Noisette) de Preljocaj (Blanche-Neige), et Maguy Marin (Cendrillon) à Béatrice Massin et Geneviève Massé, grandes dames du baroque. Aujourd’hui c’est Thierry Malandain, qui décidément trouve dans ces univers symboliques un répondant à ses questions, un tremplin pour ses sursauts, un jardin pour ses fuites. On avait déjà eu à l’Opéra Royal de Versailles en 2013, un exemple de cette nouvelle inspiration, avec une Cendrillon qui depuis a fait un triomphe autour du monde, réclamée partout pour son chic inventif, sa vivacité piquante, sa douce poésie. Voici avec La Belle et la Bête,

tiré de Madame Leprince de Beaumont, une nouvelle et toute autre embarquée au pays des contes, mais encore chez le Roi-Soleil où le ballet a été présenté en avant-première, avant la création officielle l’an prochain à la Biennale de Lyon. Le problème de Cendrillon était affectif, celui auquel Malandain s’est ici attaché est autrement profond, il soulève des vagues de méditations, et le chorégraphe toujours épris de quête métaphysique, voire mystique, s’y est plongé jusqu’à l’âme, qu’il fait incarner par une sorte de triade dont on perçoit difficilement la composante au début du ballet. Puis, comme il est normal dans une descente en soi, tout s’éclaire peu à peu et se fait nécessité. Car contrairement à Cendrillon, beaucoup plus lisible, il s’agit ici d’un ballet codé, avançant à pas de loup pour dévoiler les ressorts cachés des êtres : la césure due aux apparences, la déchirure de la différence, le désir de transcendance. Malandain a repris de Cocteau (on rappelle son film fameux de 1946) le thème de la souffrance de l’artiste, partagé entre l’esprit et la chair, la forme et le fond, l’exposant avec le trio évoqué plus haut, deux hommes et une femme dont la présence intrigue fortement. Par-delà la très habile registration de l’action grâce à des pans de voiles noirs qui manipulés sans cesse, définissent les lieux de l’action, l’artiste mène le jeu et s’en trouve dépassé. Si pendant une première demi-heure, l’on cherche à décrypter une mise en place qui semble compliquée, tout en savourant une magnifique chorégraphie, la vraie rencontre des deux héros du conte fait basculer de l’attention à l’émotion. Dès lors, on est suspendus au duo qui oppose les deux êtres si dissemblables, bouleversés par la délicatesse avec laquelle leurs sentiments évoluent doucement, allant de la bestialité à la tendresse et à la sensualité, la souffrance de la bête, sa peur de se laisser apprivoiser et celle de la belle d’être conquise, au-delà des critères normaux de la séduction. Moments forts où la beauté

ACTIVITÉ des costumes de Jorge Gallardo, et du principal élément de décor, une table à pieds d’animaux, ajoute à la profondeur de l’échange dansé, progressant par séquences qui permettent à la Belle de revenir se montrer périodiquement, dans un état d’esprit mouvant. Il arrive que de grandes œuvres chorégraphiques s’appuient sur des musiques mineures, ainsi du Pavillon d’Armide, peut-être le bijou le plus parfait ciselé par John Neumeier sur l’inconsistante musique de Tcherepnine, mais en général le choix de partitions fortes aide notablement. Malandain, ici, a frappé fort en mettant son conte sous le signe de Tchaïkovsky, avec des emprunts divers notamment à Eugène Onéguine et Hamlet. Mais l’essentiel y reste lié à la 6e Symphonie, la Pathétique, qui conduit vers une fin angoissante et lourde de sens, alors qu’on se demande si le chorégraphe va achever son ballet sur quelque pas de deux jubilatoire peut-être, comme il est d’usage. Mais non, les eaux glacées de l’Adagio final se referment sur un univers qui n’a été que rêve, un voile recouvre les danseurs, les ramène dans le néant, et l’artiste avoue son échec et son impuissance. Heureusement les interprètes, parmi les meilleurs éléments du Malandain Ballet Biarritz, se sont pénétrés en profondeur de ce message complexe, et en graduent très finement l’évolution. De la belle et souveraine Claire Lonchampt, sortie d’un album romantique, à l’étonnant Mickaël Conte, Bête puissante aux sauts impressionnants et à la souffrance contagieuse, outre la superbe précision d’Arnaud Mahouy et la force expressive de Frederik Deberdt, père de la Belle. Parler ici de néo-classicisme s’impose par le style des portés, le dessin des ensembles, la qualité des costumes, élégamment traditionnels, et même l’intrusion de quelques pointes pour la petite Patricia Velázquez, dans le rôle de l’Amour. Mais ce n’est là qu’un mot, pour essayer d’englober ce style si complexe, riche de strates pas toujours faciles à démêler, qui révèle l’originalité profonde de son auteur. Et le ballet est certainement à voir et revoir, pour mieux cerner sa subtile progression. On félicite aussi l’Orchestre Symphonique d’Euskadi, dirigé par son chef, le Letton Ainars Rubikis, qui après avoir été à la peine au début du spectacle, a livré un final de la Pathétique de la plus haute tenue. » n Concert classic.com, Jacqueline Thuilleux, 14 décembre 2015

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au prochain Numéro


LA DANSE À BIARRITZ # 64

René Bon

A

vec la verve facétieuse qu’il mettait en toutes choses, c’est par « vers 2024 Fin » que René Bon, danseur étoile et éminent pédagogue, conclut les notes biographiques qu’il m’adressa en 2002. A vrai dire, le nom de Biarritz plaisant encore à ses souvenirs, le but était de les recueillir afin de lui consacrer cette rubrique. Mais, chaque fois, il remettait les confidences à plus tard, changeait de sujet comme las de chercher, jusqu’au jour où son passé s’abîmant dans l’oubli, je devins à ses yeux un parfait étranger. En août dernier, à 91 ans, le danseur bondissant s’est envolé vers un autre ciel, semé d’autres étoiles.

Disons d’emblée, qu’en dehors de ce qu’il laissa dans les mémoires et les films témoignant de son étourdissante virtuosité, la carrière de René Bon est peu documentée. Surtout rien ne s’est dévoilé à mes recherches à propos de spectacles à Biarritz. Toutefois, parmi les nombreuses étiquettes publicitaires qui tapissent sa malle à costumes, on devine l’adresse d’une villa et d’un hôtel à Biarritz, ainsi que celle du Casino municipal. Il y aurait paru plusieurs fois, notamment lors d’un tirage de la Loterie Nationale, qui avait alors lieu partout en France. Mais aucun article de presse ne se souvient du pas de deux de Don Quichotte qu’il dansa avec Janine Monin. Quant aux autres sources, les programmes par exemple, l’action du temps, secondée par la négligence des hommes font que les étagères locales sont vides. Cependant, parce qu’elles redonnent vie à un pan de l’histoire de la danse française oublié, ignoré, voire occulté, les notes de René Bon offrent un intérêt. C’est pourquoi, je me suis décidé à les publier en les éclairant de commentaires. Au préalable, avant d’oublier à mon tour, confions que je suivis son enseignement dès l’âge de treize ans à l’Académie de Danse de Rambouillet que dirigeait Monique Le Dily. Une pépinière d’où sortiront plusieurs générations d’artistes, parmi lesquels Aureline Guillot, danseuse à Biarritz jusqu’à la saison dernière, mais aussi Isabelle Guérin, étoile de l’Opéra de Paris : ma partenaire, au temps où René venait à Rambouillet donner des cours d’adage, autrement dit, nous enseigner la technique que réclame l’art de danser à deux. A ce sujet, afin de nous aguerrir à la scène, Monique Le Dily nous présentait tous les ans au vénérable concours de La Scène Française. En 1977, sous l’œil de Serge Lifar nous y décrocherons un 1er prix avec Don Quichotte. René dont je suivais depuis 1974 les classes à Paris nous avait transmis « sa version ». De tête, sous la douce condition de sa baguette, l’insistance de sa pédagogie allait à l’étude d’une danse brillante faite d’accents, de respirations et d’humeur joyeuse. Car, par nature amateur de fêtes et de plaisirs à l’image du « Bon Roi René », il prêchait avec ardeur la vivacité et l’allégresse. Pour ne rester qu’au seuil de son art, à l’instar de Léonard de Vinci qui étudia les oiseaux pour donner des ailes aux humains, René fondait son enseignement sur l’observation de l’anatomie dans son contexte mécanique. Tout comme Gilbert Mayer, autre maître de renom, il s’attachait au placement du corps dans le mouvement, condition inséparable d’une technique brillante. Il partait aussi du principe qu’une morphologie pouvait évoluer et avait le coup d’œil et les exercices pour parvenir à la métamorphose. « Le savoir et la technique permettent d’exprimer avec ce merveilleux instrument qu’est le corps, tous les sentiments qui

s’adressent à l’esprit et au cœur du spectateur. Bien des espoirs, spéculant sur la facilité seule, ont sombré dans l’inconnu, sans jamais devenir artistes de la danse. C’est pourquoi, celui qui enseigne cet art si difficile doit savoir quoi faire : quoi faire, pourquoi le faire, comment le faire et surtout… voir ce qui n’est pas fait ». René Bon En matière d’anecdote, encore plein de panache malgré la cinquantaine passée, afin de montrer par l’exemple qu’il était possible de maîtriser les difficultés sans user de tensions excessives, avant d’exécuter un « double tour en l’air », il se préparait en cinquième position avec dans une main une cigarette, dans l’autre son briquet, puis après s’être élancé au ciel, retombait vif comme un chat, la cigarette allumée au bec. Une prouesse à faire mourir de dépit les garçons, mais aussi capable d’épater sublimement la galerie féminine. Car cabot dans le sang, René était aussi constant amateur de femmes et dans une classe mixte, il n’avait souvent d’yeux que pour elles. C’est pourquoi, lorsqu’il quitta son studio du 4e arrondissement pour la Cité Véron, où officiaient Raymond Franchetti et Gilbert Mayer, tout excellent qu’il était et en accord avec lui, je privilégiai les cours donnés par ses deux collègues. Il les suivait également, de là, nous deviendrons bons amis. Né à Montpellier, le 30 août 1924, d’un père employé chez « Braye et Cie, tailleurs » et d’une mère professeur de piano, René Bon prit ses premières leçons à l’âge de sept ans, sous la direction de Madame Céréda, maîtresse de ballet de l’Opéra municipal de Montpellier. « Quelques années plus tard, écrit-il, c’est avec Jeanne Langlois et Juliette Davin, les nouvelles maîtresses de ballet du théâtre que je continue mon apprentissage. Lesquelles après mon départ vers 1937 formeront Violette Lautard, Robert Poujol et d’autres ». Longtemps premières danseuses au Capitole de Toulouse, Jeanne Langlois et Juliette Davin signèrent un engagement à Montpellier en 1934-35. Il subsiste de ce temps un cliché représentant René Bon et sa jeune sœur Evelyne dans Donnes-moi des cerises dont les costumes avaient été confectionnés par leur père, qui plus tard réalisera tous les pourpoints du fiston. « En 1937, à Paris, en même temps que les études au lycée Janson de Sailly (grâce à deux belles bourses d’études gagnées à Montpellier) je prends des cours avec Mr Robert Quinault (rue Georgette Agutte). A mes côtés apprend aussi le jeune Michel Renault mon cadet de cinq ans. Je deviens aussi à peu près à la même époque l’élève de Mlle Irène Collin, ex 1ère danseuse et régisseur de la danse à l’Opéra-Comique. Un jour, Maître Léo Staats m’ayant vu danser dans un concours à l’Académie Piltan de Saint-Germain veut que je vienne


LA DANSE À BIARRITZ # 64

« En juin 1943, ou avril, je rentre sur concours deuxième quadrille à l’Opéra de Paris. Ma charmante première partenaire du corps de ballet, pour ma première entrée sur scène, fut la coopérante et délicieuse Renée Jeanmaire déjà deux catégories au-dessus. Le concours suivant (septembre 1943) me voit classer premier au deuxième quadrille et je monte au premier quadrille pendant que mon jeune collègue talentueux Michel Renault engagé l’année précédente monte encore de catégorie. » Les marches de la hiérarchie étaient alors : deuxième quadrille, premier quadrille, coryphée, petit sujet, grand sujet, premier danseur et étoile. Sans quoi, parmi les ballets qu’il dansa, René Bon retient seulement : Coppélia (1870) et deux titres de Serge Lifar : Le Jour (1943) dans lequel il figurait un oiseau avec Michel Renault et Suite en Blanc (1943) qui présida à son départ pour Monaco. « En mars 1947, Maître Serge Lifar qui m’a donné plusieurs petits rôles à l’Opéra, m’invite comme grand sujet au Nouveau Ballet de Monte-Carlo qu’il dirige où je retrouve mon frère de danse, Raymond Franchetti, déjà 1er danseur ». A l’automne 1944, malgré les expressions de soutien, Serge Lifar s’était retrouvé exclu à vie de l’Opéra par le Comité national d’épuration des professions d’artistes. Une disgrâce de courte durée, puisqu’il

idole. C’est donc contraint dans un premier temps de ne pas paraître en public qu’il prit les rênes de la troupe. A cette époque, « la meilleure compagnie du monde » (3) dira Yvette Chauviré. Mais lorsqu’en mars 1947 René Bon la rejoignit, insuffisamment soutenue par la Société des Bains de Mer, celle-ci était au bord de la ruine. Car, hormis des succès à Monaco, en Italie, en Suisse et une saison écourtée à Londres, on était loin des tournées nécessaires. C’est alors que le Marquis George de Cuevas, riche de la fortune de son épouse, Margaret Strong-Rockefeller s’attacha la compagnie, tandis qu’en septembre 1947, Serge Lifar retrouva l’Opéra. Présenter « ses enfants » à Paris fut en 1947 le premier objectif du Marquis de Cuevas. Mais, un à un, il se vit refuser les grands théâtres, avant que l’impresario Claude Giraud ne traite avec l’Alhambra : « un théâtre qui n’était pas chauffé, situé à l’autre bout de Paris, pendant

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« Après environ cinq cents apparitions dansées de sept à seize ans », c’est en 1940, sous la direction de Constantin Tcherkas, que René Bon débuta sa carrière professionnelle. Par parenthèse et pour démentir l’idée que la création chorégraphique fut longtemps un précarré masculin, depuis 1879, le Ballet de l’Opéra-Comique n’avait pas été conduit par un homme. Elève de Nicolas Legat à Saint-Petersbourg, Constantin Tcherkas avait rejoint en 1923 les Ballets russes de Serge Diaghilev. En 1930, il entre à l’Opéra de Paris puis à l’Opéra-Comique, où, de 1933 à 1946, il ajoute à ses « élastiques bondissements », un talent de chorégraphe que René Bon défendra dans Un Jour d’été (1940), Ma Mère l’Oye (1942), Fête de Jadis (1943), Kermesse (1943), une « parade foraine » dont le livret concorde avec Les Forains que Roland Petit régla en 1945. René Bon cultivait alors son art au Palais Garnier auprès de Serge Lifar et de Gustave Ricaux, merveilleux pédagogue.

réintégra le Palais Garnier en 1947. Cet épisode ayant été détaillé par Florence Poudru (1) et Jean-Pierre Pastori (2), notons seulement avec l’auteur de La Beauté du diable que le soir même de son exclusion, grâce à l’amitié de l’industriel Jean Beau Yon de Jonage, Serge Lifar trouva refuge en Aquitaine, au château Haute-Barde de Villenave-d’Ornon, puis à Guéthary. Fin 1945, à l’invitation de l’impresario Eugène Grünberg, il prendra la tête du Nouveau Ballet de Monte-Carlo. Succédant à Marcel Sablon comme directeur du Casino de Monte-Carlo, Eugène Grünberg avait été chargé de renouer avec le lustre des saisons chorégraphiques monégasques. Seulement, comme le racontait Boris Traïline dont le souvenir reste ardent à Biarritz, l’engagement de Serge Lifar fut jugé inacceptable par les croupiers, les machinistes, les musiciens… alignés sur les syndicats parisiens. Quant aux danseurs, bien que fraîchement syndiqués, le « choréauteur » restait à leurs yeux une

René Bon © photo X, 1953

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travailler tous les jours rue Saulnier à un coût abordable pour mes parents aux revenus modestes. En même temps que le lycée et les leçons chez Maître Léo Staats (derrière Suzanne Lorcia, Serge Peretti, Madeleine Lafon de l’Opéra), je deviens figurant à l’Opéra-Comique, puis figurant danseur, danseur au cachet, danseur au mois, et ensuite au salaire fixe dansant beaucoup en 1er danseur. »

Avec sa soeur Evelyne dans Donnes-moi des cerises © photo X, 1934

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Le Massacre des amazones © photo Renoux, 1953

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une grève des transports » (4) se souvient George Skibine. Toutefois, souligne Gérard Mannoni : « au soir du 7 novembre, l’Alhambra, somptueusement décorée comme le seront toujours les salles de premières de la Compagnie à Paris, affiche complet » (5). Un programme de cette première saison parisienne dont la presse et le public firent l’éloge remémore René Bon dans Les Tableaux d’une exposition (1929) et Brahms variations (1948) de Bronislava Nijinska, mais aussi parmi les quatre spadassins du Roméo et Juliette (1942) de Serge Lifar au côté de Raymond Franchetti. Sans quoi, dans le clair de lune des Sylphides (1909) de Michel Fokine, ce programme se souvient également d’un brin d’étoile : Hélène Traïline qui brillera bientôt au firmament de son art et plus encore, puisqu’en 1978, la créatrice de Haut Voltage (1956) de Maurice Béjart ou encore d’Electre (1960) de Janine Charrat ardemment. Ainsi, dans La Somnambule (1946) de George Balanchine, il se serait bien vu danser Le Poète, cependant c’est dans les trois acrobates qu’il était affiché. Plus grand, il aurait aussi été le cavalier d’autres partenaires. En compensation, il les adorait.

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Suite en blanc © photo Detaille Monte Carlo

deviendra directrice du Ballet Théâtre Français de Nancy. « Ma » directrice de 1980 à 1986 si je peux me permettre une nouvelle digression personnelle. Loin du détail, Hélène Traïline garde le souvenir que René Bon rejoignit Monaco pour danser « le pas de cinq » de Suite en Blanc. Un pas réclamant des attaques, du ballon, de la célérité en batterie est donc conçu pour une fille et quatre garçons de petite taille : « les moustiques » comme les surnommait Serge Lifar. Quelque part le malheur de René Bon. En effet, de pair avec les qualités physiques et la technique, la danse classique distingue : les danseurs « nobles », les danseurs de « demi-caractère » et les danseurs de « caractère » ou comique. La physionomie de René Bon était propre aux deux derniers genres, mais naturellement, le désir de tenir les rôles « nobles » l’animait

« En janvier 1948, je suis nommé 1er danseur de cette compagnie devenue le Grand Ballet de Monte-Carlo du Marquis de Cuevas. » En fait, après la reprise du Nouveau Ballet de Monte-Carlo sous le nom de Grand Ballet de Monte-Carlo du Marquis de Cuevas, détachée de la Principauté, la compagnie prendra le nom de Grand Ballet du Marquis de Cuevas en 1951, puis celui d’International Ballet of the Marquis de Cuevas en 1958. En attendant, avec John Taras comme maître de ballet, les œuvres de William Dollar, Léonide Massine, Michel Fokine, Antonia Cobos, Bronislava Nijinska, Ana Ricarda, etc. font le succès d’une troupe qui sut d‘emblée conquérir un large public : «…pourquoi veux-tu que j’épate les bourgeois, moi je veux épater tout le monde » (6) dira le Marquis, qui adorait les succès populaires. René Bon retiendra les bravos soulevés par Constantia (1944), Le Beau Danube bleu (1933), Les Femmes de bonne humeur (1919), Tristan fou (1944), Le Bal des jeunes filles (1950), Le Spectre de la rose (1911) et La Femme muette (1948). « En octobre 1950, je suis nommé pour la saison du Théâtre des Champs-Elysées danseur étoile en compagnie de Serge Golovine, Raoul Celada et Harriet Toby ». Auparavant, le 29 avril 1949, il aura épousé à Nice, une artiste de la troupe, Anne-Marie Coralli qui portait un nom cher à la danse, puisqu’en association avec Jules Perrot, Jean Coralli régla Giselle (1841), l’un des plus beaux joyaux du répertoire. C’est d’ailleurs ce doux prénom que les mariés choisiront à la naissance de leur fille en 1952.


LA DANSE À BIARRITZ # 64

« 1952, assistant de Maître Léonide Massine lorsqu’il monte pour le festival de Bordeaux Les Saisons d’Henri Sauguet avec le concours des Ballets du Marquis de Cuevas ». Réglé sur la 2e symphonie du musicien bordelais, d’après un livret de Jacques Dupont et David Lichine, Les Saisons furent effectivement confiées à Léonide Massine. Georges Golovine, précisant que les répétitions eurent lieu à Paris salle Pleyel (7) . En revanche, la 1ère mondiale ne se déroula pas en 1952, mais le 20 mai 1951, au Grand-Théâtre pour la 2e édition du Mai Musical de Bordeaux, dont le Grand Ballet du Marquis de Cuevas était l’invité. L’occasion de dire que nous ignorons quand René Bon quitta le « troupeau ailé » du mécène. Y figurait-il encore, le 8 septembre 1951, date de la première représentation de la troupe à Biarritz ? C’est peu probable puisque la saison londonienne des Ballets des Champs-Elysées alla du 2 au 29 août 1951. Au reste tout porte à croire qu’il quitta la compagnie début 1951, mais Serge Lido l’ayant photographié avec Serge, Georges et Jean Golovine à Deauville durant l’été 1953, sans doute dansa-t-il parfois « en représentation » chez le Marquis. Pour revenir au Mai Musical de Bordeaux, en 1951, les amateurs de théâtre pourront y applaudir la compagnie du Grenier de Toulouse dans Les Fourberies de Scapin et Le Carthaginois de Plaute. Cofondée en 1945, le jour de ses vingt-ans, par le comédien Maurice Sarrazin, cette compagnie qui devint Centre dramatique national du sud-ouest en 1949 jouera régulièrement dans les années 1950 au Casino de Biarritz. Maurice Sarrazin, l’un des « monstres sacrés » de la décentralisation théâtrale unira également ses efforts à ceux de Janine Charrat : « Janine rêvait d’une compagnie qui ne fut pas seulement une collection de talents individuels ; elle désirait la mise sur pied d’une œuvre qui malgré la diversité

d’inspiration de ses éléments, bénéficia d’une unité fondamentale, celle de la troupe au sens profond » (8). « 1951, après avoir été danseur étoile des Ballets des Champs-Elysées au Cambridge Theatre de Londres où je reprends le rôle du joker de Jeu de cartes créé par Jean Babilée, Janine Charrat qui monte sa compagnie m’engage comme l’une des étoiles de sa troupe où je crée le rôle du Cheval Blanc dans Le Massacre des Amazones comme son partenaire ».

Se battant avec mille difficultés, en 1951 Janine Charrat créa sa propre troupe, qui deviendra le Ballet de France en 1955. Elève d’Alexandre Volinine, révélée au cinéma à 12 ans dans La Mort du cygne (1937) de Jean Benoît-Lévy, elle avait formé un couple vedette avec Roland Petit sous l’Occupation, avant de rejoindre Serge Lifar à Monte-Carlo. Toujours à la pointe de l’avant-garde, après Jeu de cartes (1945), le coup de maître de ses vingt-deux ans, au prix d’efforts immenses elle enchaînera les succès à l’instar du Massacre des Amazones, créé à Grenoble sa ville natale, le 24 décembre 1951. Dans

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« 1951, danseur étoile invité par Les Ballets des Champs-Elysées pour Palerme, Berlin et Londres où je serai en plus maître de ballet ». Fondés en octobre 1945, par le librettiste Boris Kochno, Les Ballets des Champs-Elysées seront principalement animés par Roland Petit, jusqu’à son désir d’indépendance et la création des Ballets de Paris en 1948. Boris Kochno, l’ancien collaborateur de Serge Diaghilev fera ensuite appel à David Lichine et d’autres chorégraphes avant la dissolution de la troupe en 1952. Après des représentations couronnées de succès à Palerme en juin 1951, entouré de Violette Verdy, Hélène Traïline, Sonia Arova, Jacqueline Moreau, Wladimir Skouratoff, Igor Fosca, etc., René Bon sera salué à Londres dans Jeu de cartes (1945) de Janine Charrat, dans Le Rendez-vous (1945) de Roland Petit où il tient le rôle du Bossu et dans le pas de deux de l’Oiseau bleu de La Belle au bois dormant (1890) de Marius Petipa.

Jeu de cartes © photo Serge Lido, collection Pascale Courdioux

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LA DANSE À BIARRITZ # 64 cette lutte passionnée de huit chevaux avec leurs cavalières, on admira l’aisance de René Bon, son « extraordinaire ballon », tandis que dans Jeux d’eau, créé à Lyon le 4 juillet 1952, Dinah Maggie note : « Le triomphe de la soirée fut, avec Janine Charrat, René Bon dont la manière rappelle souvent celle de Babilée et pour qui l’air paraît un soutien aussi naturel que le sol » (9).

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La Légende de Joseph avec Hélène Traïline © photo Locchi, 1956 collection Hélène Traïline

« Noël 1952, Théâtre de l’Empire et tournées internationales (Grèce, Liban, Egypte, etc.) ». En 1952, avec Maurice Sarrazin comme directeur du spectacle et Yves Brieux comme maître de ballet, Les Ballets Janine Charrat affichèrent René Bon au Théâtre de l’Empire dans Le Massacre des Amazones et Danseuse de Degas (1947). Durant la longue tournée qui emmena les dix-huit danseurs dans les principaux pays d’Europe et en Afrique du Nord, il dansera également Le Spectre de la rose (1911) avec Maria Fris. Après quoi, le 20 avril 1953, la compagnie s’établit au Théâtre des Champs-Elysées avec son répertoire et des créations, dont Le Colleur d’Affiche qui mettait en scène les personnages des publicités du moment. L’idée étant de déclencher l’aide financière des marques chorégraphiquement citées : Airwick, Panzani, Bouchara, etc. Acrobatique dans le rôle-titre, René Bon servait de lien entre toutes ces images. Autrement, Yves Brieux largement connu à Biarritz, règlera Pas de trois royal pour Janine Charrat, Hélène Traïline et Peter Van Dyk. Le mois suivant, Jean Coquelle, contributeur à Toute la Danse consacre à notre danseur sa rubrique, intitulée, Dans le miroir aux étoiles : « On n’a pas assez parlé de René Bon. Cet être dur, ce danseur passionné a besoin de louanges et de blâmes, de feu et de glace. Tout ce qui marque en sa chair le stimule, excite en lui cette activité un peu féroce qui cède devant son humaine faiblesse. Une surveillance instinctive le sauve de l’attendrissement fade et de la noblesse paresseuse des héros romantiques : il se guette et parfois même se traque ». Plus loin, le journaliste passe à l’actualité : « La capture provisoire d’une telle comète n’était pas facile. Tout de même notre étoile consent à parler de cette saison qui pour la première fois avec Feu Rouge, Feu Vert (idée de Bernard Castelli, musique de Daniel Stirn) fait de lui un chorégraphe . J’ai le désir, le besoin de créer confie René Bon. Il me semble sentir en moi des suites de pas qui plairont. Il me faut un argument assez fluide pour soutenir l’inspiration sans me gêner… » (10). Mais, il est à croire que le projet rendit l’âme à mi-parcours, puisque le 22 décembre 1953 paraît ce communiqué : « Le Grand Ballet du Marquis de Cuevas donnera ce soir à l’Empire, la première mondiale du ballet de Bertrand Castelli « Feu Rouge, Feu Vert » sur une musique de Pierre Petit. Serge Golovine fait, avec ce ballet, ses débuts de chorégraphe ».

Toujours en 1953, faisant le tour des espoirs de la danse, le même Jean Coquelle, auteur de La Belle Légende (1954) réglé par Roger Fenonjois au Grand-Théâtre de Bordeaux écrira à propos de la technique de René Bon : « la plus brillante, la plus élevée qui soit parmi les danseurs de petite taille. C’est un virtuose du saut où il atteint de vertigineuses hauteurs. Vif et remuant, il garde toujours une impeccable pureté de ligne ». Quant à l’interprétation : « il excelle dans les rôles gais et particulièrement animés. Son interprétation du Colleur d’Affiche, vue pendant la dernière saison, donne un éclat exceptionnel au ballet tout entier » (11). « 1954-55 avec Le Ballet Igor Fosca pour Les Jeunesses Musicales de France et de Belgique, tournée en France, Luxembourg, Belgique, Maroc, Tunisie ». « Congo belge et français, Cameroun, Côte d’Ivoire, Sénégal, de fin octobre à mi-décembre 1957 ». Parallèlement à « Danse et Culture » de Jean Dorcy qui dès 1947 s’occupa de « rendre accessible à tous l’esthétique de la Danse et du Ballet » ; en mars 1954, les J.M.F fondées en 1941 par René Nicoly pour « éveiller la sensibilité musicale des jeunes de toute condition… » organisèrent un « Concours-Référendum du Ballet » qui vit s’affronter en finale, Dirk Sanders, Roland Duflot, Manuel Parrès et Igor Fosca. Danseur aux Ballets de l’Étoile, que venaient de créer Jean Laurent et Maurice Béjart, Igor Fosca, formé par Boris Kniaseff et associé à toutes les aventures artistiques de cette époque foisonnante, l’emporta avec un trio intitulé Le Javelot d’Artémis. Comme chacun des finalistes, il reçut 50.000 frs, auxquels s’ajouta une « somptueuse » tournée « de province et d’Afrique du Nord » qui encouragea le lauréat à former un groupe. C’est ainsi qu’il s’entoura de Jane Laoust, Janine Monin et René Bon. On observera que les représentations s’achevaient par une improvisation chorégraphique sur une musique choisie par le public et que la troupe passa en 1956 par Biarritz, mais sans René Bon, assure Claude Poujol-Fosca, née Claude Andrieu. En revanche, cette annéelà, pour le 350e anniversaire de la fondation de la ville de Charleville, Igor Fosca créa avec Solange Schwartz, Le Songe d’une nuit d’été. Ponctuant la musique de Félix Mendelssohn de sa fantaisie sans pareille, René Bon tenait le rôle de Puck. En 1962, ce spectacle de féerique imagination sera repris en Espagne avec Claude Andrieu, Violette Lautard, Madeleine Lafon, Robert Poujol dans les principaux emplois. René Bon qui suivait la troupe comme maître de ballet, prêtera une dernière fois à Puck ses yeux rieurs. Confions à présent que la passion de la collection et des brocantes me permit un jour de dénicher une carte postale représentant Hélène Traïline. Passée la surprise initiale, il s’imposa qu’elle


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Autrement, suivant une note jetée cette fois à mon intention au dos d’une photographie, retenons la date du 29 janvier 1955. Ce soir-là, au GaumontPalace, René Bon danse Mickey’s be-bop de Jean Guélis à la première projection des Diaboliques de Georges Clouzot : « Tout l’Opéra ou quelques-uns sont venus me voir, surtout ma diagonale de huit coupésjetés doubles en tournant ». Un pas dont il était l’inventeur assure Gilbert Mayer. « 1955 à 58, invité plusieurs fois au Maggio Musicale Fiorentino sous les directions de Léonide Massine, Victor Gsovsky et Aurelio Milloss ». A l’occasion de ce festival florentin fondé en 1933, René Bon paru en fait dès 1952 dans plusieurs titres qu’il n’évoque pas. Mais le Teatro Comunale se souvient d’Armida (1817) de Gioachino Rossini dirigée par Tullio Serafin du 26 avril au 4 mai 1952. Enregistrée sur le vif, Maria Callas dans le rôle-titre laissera un document de légende, tandis que Léonide Massine réglera le ballet clôturant le second acte avec la troupe de Janine Charrat. Sans quoi, les délicieux Jardins de Boboli se rappellent de La Légende de Joseph (1914) créée le 29 juin 1956 avec Hélène Traïline : « sensuelle, violente et tourmentée », elle incarnait la femme de Putiphar, tandis que René Bon, « à la technique prodigieuse, presque implacable, dans une partie les plus ardues de tout le répertoire chorégraphique » (12) était le petit être en quête d’un monde divin comme le Joseph de la Genèse. Aurelio Milloss, qui signa Mélos (1951) à Biarritz, était l’auteur de la chorégraphie. « Aussi de 1955-58, tournées en Europe avec Les Ballets Jean Babilée et Les Ballets de la Méditerranée de Paul Goubé ». 1er danseur à l’Opéra en 1933, Paul Goubé rejoint le Nouveau Ballet de Monte-Carlo en 1942, où il règle en février Coppélia, avant de se produire en récital avec Yvonne Alexander du Covent Garden de Londres et de former avec sa future épouse, Les Ballets de Paul Goubé en 1943. En collaboration avec des musiciens catalans tels Xavier Montsalvatge pour Le Portait de Dorian Gray (1944) ou Juan Manén pour Manfred (1945), l’activité

de la troupe se développe surtout en Espagne qui n’était pas impliquée dans le conflit mondial. Dès 1945-46, Paul Goubé est l’interprète de Jean-Jacques Etcheverry à l’Opéra-Comique tout en poursuivant son activité de chorégraphe. C’est ainsi qu’il créera Duo (1954) au Grand Ballet du Marquis de Cuevas pour Jacqueline Moreau et Wladimir Skouratoff. En septembre 1955, il fonde à Nice, Les Ballets de la Méditerranée. Avec ses vingthuit danseurs, la troupe se produira par exemple à Berlin, comme en témoigne un programme de mai 1956. Entre Les Sylphides et des fragments de La Belle au bois dormant avec René Bon en Oiseau bleu, on retiendra, Le Pelotari, « scène basque », sur une musique de Jesús Guridi avec Jacqueline Toussainte, Raoul Celada, Jean Fananas et René Bon. Autrement, Jean Babilée, enfant de l’Opéra et danseur profondément artiste, signa à 21 ans sa première œuvre, Sérénité (1944) aux soirées organisées par Irène Lidova au Théâtre Sarah Bernhardt. Révélé ensuite par Janine Charrat en triomphant dans Jeu de cartes, puis dans Le Jeune homme et la mort (1946) de Jean Cocteau et Roland Petit, il forma sa compagnie en juin 1956. Comme tous les jeunes chorégraphes de cette époque, sortir des règles, « contemporainiser » la danse classique est le maître mot. Balance à trois (1955), ballet plein d’esprit qu’il crée à Monte-Carlo avec Yvette Chauviré et Alexandre Kalioujny, sera repris par nombre d’interprètes dont René Bon. Lequel à l’occasion de tournées agencées par Gérard Sayaret, reprendra également La Création (1948), un ballet sans musique de David Lichine mettant en scène un chorégraphe en train de créer. « 1959-60 Tournées avec Maurice Béjart (avant Bruxelles) à la demande de Maurice, je suis devenu un des 27 corps de ballet pour la création du Sacre du printemps à la Monnaie. Assistant et répétiteur au Ballet du XXe siècle du Concerto Flash de Janine Charrat que j’accompagnais plus tard au Théâtre des Champs-Elysées ». Tout a été dit sur la création du Sacre du printemps au Théâtre royal de la Monnaie,

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avait été écrite en 1954 par l’artiste à l’intention de René Bon : « Cher Bon Bon, Merci pour ta lettre de Nantes. Je file maintenant à Florence où je danse le ballet de Kniaseff… » Renseignements pris, il s’agissait du ballet de Mazeppa, l’opéra de Tchaïkovski, que Boris Kniaseff régla au Maggio Musicale Fiorentino en juin 1954. Boris, le frère d’Hélène Traïline était aussi à l’affiche. Quant à René Bon, il se trouvait à Nantes avec Léonide Massine pour danser Laudes Evangelii (1952), un mystère chorégraphique créé en la Basilique San Domenico de Pérouse et repris à NotreDame-de-Bon-Port du 5 au 18 mai 1954 lors du Mai Musical Nantais.

Le Barbier de Séville avec Tessa Beaumont, 1960 © photo Serge Lido

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LA DANSE À BIARRITZ # 64 le 8 décembre 1959 avec Tania Bari et Germinal Casado dans les rôles principaux. Notons seulement que Germinal Casado débuta en 1955 avec René Bon dans la troupe de Paul Goubé, avant de rejoindre le Ballet de Wuppertal, puis le Grand Ballet du Marquis de Cuevas qu’il quitta en septembre 1957 après la saison de Biarritz : « ce départ occasionna ma rencontre avec Maurice Béjart, et ce fut le vrai départ de ma carrière artistique » (13) écrira l’artiste. Quant à « Concerto Flash », toute porte à croire qu’il s’agit de Fantaisie concertante, créé le 22 janvier 1960 à Bruxelles et repris au Théâtre des Champs-Elysées, le 18 avril 1960. A cette occasion, Janine Charrat remportera un prix d’interprétation.

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« 1961, cinq mois avec l’immense compagnie du Festival de Nervi : danseur étoile, professeur et maître de ballet. Rôle principal « Figaro » dans Le Barbier de Séville ». Réglé par Léonide Massine, d’après Rossini, ce ballet en deux actes fut en fait créé le 21 juillet 1960 à Gênes lors du 5e Festival de Ballets de Nervi. Tessa Beaumont tenait le rôle de Rosine.

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A Londres avec la Princesse Margaret

« 1962, etc. Entre autres (beaucoup) invité à l’Opéra d’Etat de Hambourg par le chorégraphe en chef Peter Van Dyk pour son Roméo et Juliette (Mercutio) ». Partenaire de Janine Charrat dès 1953, puis reçu comme étoile à l’Opéra en 1955, après une audition publique en raison de ses origines germaniques, Peter Van Dyk avait rejoint Rolf Liebermann à Hambourg en 1960-61. Roméo et Juliette y verra le jour, le 23 mai 1961, avec Jacqueline Rayet, étoile de l’Opéra qui formait avec Peter Van Dyk un couple à « l’insurpassable harmonie» depuis La Symphonie inachevée (1957) qu’on applaudira à Biarritz en 1965. Rainier Kocherman était Mercutio en alternance avec René Bon qui figurait dans la distribution affichant Maria Fris en Juliette. Depuis 1953, ils dansaient régulièrement ensemble, mais le 27 mai 1961, lors d’une répétition, Maria Fris mourra tragiquement en scène en se jetant du haut d’une passerelle après s’être blessée à la cheville. « 1962, Opéra de Marseille, Grand Gala avec Rosella Hightower, Colette Marchand, Janine Monin et Rudolf Noureev ». En 1959-60, Joseph Lazzini, chorégraphe visionnaire qui avait débuté sa carrière à Marseille sous la direction de Charles Céfail fut appelé par le maire, Gaston Defferre pour reprendre la troupe. Alors sous contrat avec le Capitole de Toulouse, il régla malgré tout les danses polovtsiennes du Prince Igor. Seulement, l’effectif masculin étant insuffisant, il recruta et entraîna vingt gymnastes : stupéfaction du public, qui demanda le bis du final. René Bon incarnait le Chef polovtsien. La même saison, le chorégraphe fit appel à Peter Van Dyk, Claire Sombert, Janine Monin, Tessa Beaumont et Max Bozzoni, pour des

reprises dont Le Chasseur Maudit (1955) et Le Bouffon amoureux (1956) créés à Liège. René Bon sera tour à tour le Chasseur et le Bouffon. Enfin, en janvier 1962, Joseph Lazzini créé La Tendre Eléonore, opérabouffe du bordelais, Jean-Michel Damase, le compositeur de Balance à trois. « Agile et moqueur comme un elfe » (14) René Bon sera une nouvelle fois le Bouffon. Après, avoir interprété « entre 100 et 150 autres ballets, pas de deux, divertissements ou émissions de télévision » René Bon se consacra à l’enseignement. Selon des notes dactylographiées titrées « le professeur de danse », déjà en 1940, Léo Staats lui confie « occasionnellement des leçons à donner à sa place », tandis qu’en 1943 alors « qu’il était danseur au Ballet de l’Opéra, quelques danseurs et d’autres élèves suivent ses cours privés ». Enfin, « en 1948, le Marquis de Cuevas lui confie à Lisbonne l’entraînement de la compagnie (en l’absence de John Taras) et il continuera à enseigner jusqu’à la fin de sa carrière, tout en se produisant ». Toutefois, bien qu’ayant dansé au moins jusqu’en 1962, René Bon fixe la saison 1960-61 et son engagement au Ballet d’Amsterdam par Mascha Ter Weeme au double titre de professeur et maître de ballet comme point de départ de sa nouvelle carrière. Dès juillet 1960, emporté dans un tourbillon d’activités, il est aussi invité à l’Académie Internationale d’été de Cologne où son nom resta attaché jusqu’en 2000. « De 1963 à 1965, appelé par Aurélio Milloss, il est pendant deux ans assistant du directeur de la danse et principal professeur de l’Ecole de l’Opéra de Vienne ». Après diverses tournées avec Le Ballet de France et Les Ballets de Paris. « De 1966 à 1972, il est le premier français et le seul invité par Dame Ninette de Valois comme professeur de danse à l’Ecole du Royal Ballet de Londres ». On soulignera que détenir une chaire de professeur à Londres était sa fierté et qu’il aimait rappeler que le chorégraphe Jirí Kylián figurait parmi ses élèves. Autrement, en congés de Londres, « deux fois invité à Amiens pour enseigner au Ballet Théâtre Contemporain par Madame Françoise Adret ». « Premier Centre Chorégraphique National français » créé en 1968 avec Jean-Albert Cartier comme « conseiller artistique » et Françoise Adret comme « animateur chorégraphique », Le Ballet Théâtre Contemporain s’établit successivement à Amiens (1968-1972) puis à Angers (1972-1978) : « être le point de synthèse et de rencontre entre les arts plastiques, la composition musicale et l’expression corporelle de notre temps » (15) était son ambition, il deviendra le Théâtre Français de Nancy en 1978. « Octobre 1969, quitte l’Ecole du Royal Ballet de Londres pour diriger l’enseignement à l’Académie Janine Charrat. En novembre 1972, ouvre un cours


LA DANSE À BIARRITZ # 64

« Septembre 1980 - août 1983, professeur en première division garçons à l’Ecole de danse de l’Opéra de Paris ».

« Depuis 1989, occupé cependant par les cours qu’il donne assez régulièrement comme invité à Danse Classique Académie Lyon et quelques stages ou cours aux compagnies comme il l’a toujours fait ». Et, de citer : Batsheva Dance Company, Ballet de l’Opéra de Nantes, London Festival Ballet, Ballet Gulbenkian, Cullberg Ballet, etc… Avant de terminer avec le Stage de danse de Montpellier dirigé par Robert Pujol, l’ami de toujours : « Master class tous les étés à Montpellier jusqu’à juillet 2001. Etc., etc., etc.,……vers 2024 Fin ».

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privé ». L’Académie de danse classique et moderne Janine Charrat était située au 70, rue Réaumur, la publicité du temps faisant apparaître René Bon comme professeur principal. Autrement, il ouvrira son propre cours dans la Mairie du 4e arrondissement. De mémoire, le studio était perché sous les toits. A l’entrée, derrière une table, Henri, le père de René Bon tenait gentiment la caisse, tandis que Marie, sa mère, une toute petite femme du même caractère, accompagnait la classe au piano. Tel un réveil matin, la musique ne variait guère, mais elle s’accordait parfaitement, presque religieusement aux exercices du fils adoré.

comme tant d’artistes de cette époque qui purent conserver « leur dignité et un toit sur leur tête » (16) grâce à l’action d’Yvette Bouland-Vinay et de la Fondation de la Danse aujourd’hui présidée par Richard Flahaut, quantité de spectacles donnés en France et à l’étranger n’avaient pas été déclarés. En clair, il n’était pas à jour pour toucher l’intégralité de sa pension. C’est alors qu’il trouva refuge à Lyon chez Pascale Courdioux. Elève de Gilbert Mayer, formée à la pédagogie par Christiane Vaussard, Liliane Gary et René Bon, Pascale Courdioux reconstitua la carrière du danseur, effectua les démarches administratives et l’invita à enseigner au sein de son école. Un épisode que l’intéressé évoque sans chaleur particulière. Mais ne jugeons pas les choses sur l’apparence, René Bon n’avait pas un cœur de pierre, bien au contraire. Mais, dans la crainte, sans doute, d’exprimer ses sentiments profonds, plus il aimait les gens, plus il était satisfait d’un élève par exemple, moins il le montrait.

Remerciements à Hélène Traïline, Pascale Courdioux, Gilbert Mayer, Claude Poujol-Fosca et Anne Londaitz. (1) Serge Lifar - La Danse pour patrie, Hermann Editeurs, 2007 (2)

Pour des motifs non évoqués, en 1983, René Bon laissa l’Ecole de danse de l’Opéra et l’équipe pédagogique constituée par Claude Bessy pour rejoindre le CNSMD de Lyon après avoir réussi le concours d’entrée avec une ancienne partenaire : Janine Monin. Rejoignant finalement le CNSMD de Paris, Janine Monin sera remplacée par Vera Filatoff. A Lyon, respectivement en charge des classes de garçons et de filles, René Bon et Vera Filatoff créeront le département danse installé alors rue Vaubecour dans les studios de Lucien Mars, une figure lyonnaise de la danse, à l’instar de Didier Deschamps, qui sera nommé conseiller des études chorégraphiques du CNSMD de Lyon en 1985. Quatre ans plus tard, en septembre 1989, à l’âge de 65 ans, René Bon prit sa retraite, « obligé loi Rocard » écrit-t-il en marge de ses notes. Car, au fond, exemplaire d’énergie et toujours capable « de faire deux tours en l’air », sous ses dehors de fier-à-bras, il vécut mal sa mise à la retraite. Surtout, il se retrouva pratiquement sans un sou. En effet, bien qu’ayant débuté à 16 ans,

En 2001, à 77 ans, perdant déjà un peu le fil de ses idées, René Bon se retira à La Paillade, un quartier de Montpellier. Dans cet appartement qu’il occupa au-dessus de celui de sa sœur Evelyne, qui veillera sur lui jusqu’au dernier jour, il disait faire quotidiennement sa barre. C’était avant que la mémoire de son œuvre accomplie s’envole sans retour, et qu’au téléphone, il me demande : « Mais qui êtes-vous ? » D’un dernier élan vers le ciel, il s’est élevé le 31 août 2015. Il est banal de dire qu’un artiste ne meurt pas tout à fait tant qu’il laisse derrière lui une œuvre. Sauf qu’étant soumise à la réalité la plus immédiate, la danse est par nature oublieuse. De plus, on y meurt généralement sans gloire, puisque la durée constitue une qualité suprême. Ainsi, la peinture, l’architecture, la littérature, etc. paraissent être les arts par excellence, en raison de leur pérennité. Toutefois, l’éducation chorégraphique impliquant un sens du futur, René Bon féconda assurément la danse et le cœur de ceux qui l’ont aimé. n TM

Serge Lifar - La Beauté du diable, Favre, 2009, p.130

Programme « Gala exceptionnel de danse Yvette Chauviré », vers 1950

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Arts et Danse, Hommage au Marquis de Cuevas, 1960, p.6

(4)

(5)

Le Marquis de Cuevas, JC Lattès, 2003, p.43

Arts et Danse, Hommage au Marquis de Cuevas, 1960, p.6

(6)

(7)

La Russie de mon père, Publibook, 2007, p.82

Programme « Ballets Janine Charrat », Théâtre de L’Empire, 1952

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1983, professeur au « Septembre Conservatoire national supérieur musique et danse de Lyon dès la création du département danse qu’il quitta pour une retraite méritée ».

Un Soir à Vienne, Florence, 1957

Article anonyme

(10)

Toute la Danse, mai 1953

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Toute la Danse, octobre 1953

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Il Tempo, Gianni Carandente, 1er juillet 1956

(13)

Numéro 38, avril 2008

(14)

Toute la Danse, Jean Silvant, mars 1962

Programme Maison de la Culture de Grenoble, novembre 1970

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Numéro 55, Richard Flahaut, juillet 2012


SENSIBILISATION

Autour des représentations de La Belle et la Bête et de Cendrillon données respectivement les 5 et 8 décembre, les 27 et 28 décembre à la Gare du Midi de Biarritz et les 13 et 14 novembre au Teatro Victoria Eugenia de Donostia / San Sebastián des ateliers Voulez-vous dansez avec nous ?, des master-classes et des ateliers de répertoire ont été proposés par Dominique Cordemans. Ils ont réunis près de 300 enfants, adolescents, étudiants issus d’écoles de danse, de conservatoires et de centres de formation, et d’adultes non-danseurs venus de France et d’Espagne, ayant bénéficié de la formule Duo permettant l’accès aux spectacles.

Ballet T Dans le cadre de Donostia / San Sebastián 2016 Capitale Européenne de la Culture, autour des représentations de La Belle et la Bête données au Kursaal, les 3 et 4 février, Malandain Ballet Biarritz et le Teatro Victoria Eugenia proposent : • des master-classes et ateliers de répertoire les 6 et 7 février au studio du Teatro Victoria Eugenia : moyen/avancé de 12hà 14h et supérieur/pré-professionnel de 16h30 à 18h. • des ateliers Voulez-vous dansez avec nous ? les 2 et 5 février au studio du Teatro Victoria Eugenia : adultes non-danseurs et débutants de 19h à 21h Renseignements et inscriptions : Teatro Victoria Eugenia tél. +34 943 48 38 60

Biarritz - Burgos Dans le cadre du partenariat de Malandain Ballet Biarritz avec le Conservatoire à Rayonnement Régional Maurice Ravel Côte Basque, accueillant l’Escuela Profesional de Danza de Castilla y León, une semaine chorégraphique transfrontalière se déroulera sur Biarritz et Burgos réunissant les élèves des deux établissements. Dominique Cordemans transmettra des extraits de Cendrillon à 15 élèves du Conservatoire Maurice Ravel et à 15 élèves de l’Escuela Profesional de Danza. Elle sera accompagnée par leurs professeurs : Valérie Hivonnait, Véronique Aniorte, Ana Ajenjo Soto, Amaya Iglesias et Angelito Lozano, tous anciens danseurs du Malandain Ballet Biarritz, ainsi que de Fabrice Loubatières. Le fruit de ce travail sera présenté le 22 février à 19h au Colisée de Biarritz, puis à Burgos, le 26 février à 19h à l’Auditorium de l’Escuela Profesional de Danza de Burgos.

Parcours culturel 40 élèves de CP et CE1 de l’Ecole Edouard Herriot d’Anglet accompagnés de leurs enseignantes Mesdames Cardonne et Citerin ont été accueillis au CCN le 27 novembre. Après avoir préparé leur venue à l’aide d’un matériel pédagogique, les élèves ont découvert le théâtre, les coulisses, été sensibilisés aux aspects techniques du spectacle (lumière, son et régie) avant de suivre la réalisation des costumes de La Belle et à la Bête. A ce titre, ils purent échanger avec le décorateur et les couturières, après quoi ils assistèrent à la classe des danseurs. Ce parcours s’est achevé en décembre par la venue des élèves et de leurs parents aux représentations de La Belle et la Bête ou de Cendrillon. En mai, ces élèves participeront au Rendez-vous sur le quai de la Gare, ils assisteront alors aux représentations scolaires de Roméo et Juliette, programmées par Biarritz Culture.

Autour des tournées Equinoxe Scène Nationale de Châteauroux Lors de la représentation de Cendrillon du 9 janvier, master-classe et atelier de répertoire avec Giuseppe Chiavaro avec les élèves du Conservatoire à Rayonnement Départemental de Châteauroux et le Centre Académique de Danse de Châteauroux. Opéra-Théâtre de Limoges Lors des représentations de Cendrillon des 16 et 17 janvier données avec l’Orchestre de Limoges et du Limousin sous la direction de Philippe Hui dans le cadre de Danse-Emoi biennale 2016 : • Rencontre avec Thierry Malandain précédée d’une projection du documentaire : Cendrillon, un an de création réalisé par BoiSakré productions, le 15 janvier au foyer du théâtre à 18h. • Master-classes et atelier de répertoire, le 16 janvier avec Dominique Cordemans pour les élèves du Conservatoire à Rayonnement Régional de Limoges. • Mégabarre animée par Dominique Cordemans, le 16 janvier au foyer du théâtre à 18h. Renseignements : Opéra-Théâtre de Limoges : tél. 05 55 45 95 00 Opéra-Théâtre de Saint-Etienne Lors de la représentation de Cendrillon, du 26 janvier à l’Opéra-Théâtre de Saint-Etienne, plusieurs évènements se dérouleront du 23 au 26 janvier en lien avec l’Opéra Théâtre de Saint-Etienne, le Conservatoire à Rayonnement Régional Jules Massenet et la Mission culturelle du Conseil Départemental de la Loire.

© Olivier Houeix

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Biarritz Donostia / San Sebastián

Master-classes et ateliers de répertoire les 23 et 24 janvier ouverts aux écoles de danses et aux conservatoires de la Région Auvergne-Rhône-Alpes animés par Dominique Cordemans. Renseignements : Conservatoire Jules Massenet : tél. 04 77 49 65 30 conservatoire@saint-etienne.fr Dans le cadre de la collaboration de l’Opéra-Théâtre de Saint-Etienne avec l’Académie de Lyon - Rectorat et du Plan Académique de Formation (PAF), Dominique Cordemans animera le 25 janvier une journée de formation sur la thématique « Danse et figures féminines » pour une quinzaine de professeurs de Lettres, de Musique et d’EPS à travers des lectures-vidéos de ballets de Thierry Malandain et des ateliers de pratique. Renseignements : Opéra-Théâtre de Saint-Etienne - Relations avec les publics, médiation et actions culturelles : tél. 04 77 47 83 31 Atelier Voulez-vous danser avec nous ? le 25 janvier de 18h à 20h pour adultes non-danseurs, musiciens et chanteurs à l’Opéra-Théâtre de Saint-Etienne. Rencontre avec Thierry Malandain le 26 janvier à 19h à l’Opéra-Théâtre de SaintEtienne. Renseignements : Opéra-Théâtre de Saint-Etienne : tél. 04 77 47 83 47

CRR de Reims Lors du stage de danse, qui se déroulera du 8 au 12 février au Conservatoire à Rayonnement Régional de Reims en collaboration avec la Région AlsaceChampagne-Ardenne-Lorraine,le Département de la Marne et l’Opéra de Reims, Dominique Cordemans animera des master-classes et des ateliers de répertoire. Elle proposera également une lecturevidéo de La Belle et la Bête, le 11 février à 16h45 à l’Auditorium du Conservatoire à Rayonnement Régional de Reims. (Tout public / Entrée libre) D’autres projets verront le jour durant la saison 2016-17 à l’occasion des représentations de La Belle et la Bête à l’Opéra de Reims, les 16, 17 et 18 octobre 2016. Renseignements et inscriptions : CRR de Reims : tél. 03 26 09 74 90 - 03 26 35 61 27


FORMATION Option Art-danse d’Aquitaine 10 ans déjà ! Le premier trimestre aura permis aux élèves de l’Option Art- danse du Lycée André Malraux de Biarritz de rencontrer plusieurs intervenants, avec lesquels ils ont pu découvrir les œuvres chorégraphiques du répertoire classique et contemporain inscrites à leur programme scolaire. Ainsi lors d’ateliers théoriques et pratiques, avec Nathalie Adam ils ont abordé Giselle et Le Lac des cygnes. Avec Enrico Tedde ils ont découvert l’univers de Pina Bausch et sa version du Sacre du printemps. Enfin avec Robert Thomas, celle de Maurice Béjart. Par ailleurs, la chorégraphe interprète Johanna Etcheverry de la Compagnie Traversée leur a proposé des ateliers autour de son propre langage chorégraphique. Tandis que les élèves de 1ère travaillent actuellement avec le chorégraphe Gilles Schamber à la création d’une pièce qu’ils présenteront le 31 mai au Casino de Biarritz pour célébrer les 10 ans de l’Option Art-danse d’Aquitaine.

Option Art-danse libre de Bordeaux Dans le cadre du partenariat entre le Malandain Ballet Biarritz et Le Cuvier CDC d’Artigues-près-Bordeaux, Gaël Domenger interviendra en janvier auprès de l’Option Art-danse facultative du Lycée Camille Julian de Bordeaux en proposant des ateliers autour de sa dernière création : L’Arbre intégral. q

LE LABO LE LABO et ESTIA : L’Arbre intégral festival FACTS 2015 Pour mémoire, l’ESTIA (Ecole Supérieure des Technologies Industrielles Avancées) de Bidart et LE LABO de Malandain Ballet Biarritz collaborent depuis près de 10 ans sur les thématiques que sont l’usage de l’interaction homme machine et l’utilisation des techniques de projection en 3D stéréoscopiques dans le spectacle vivant afin d’explorer de nouvelles propositions qui parviennent à accorder recherche scientifique et recherche chorégraphique. Ballet augmenté : interaction et 3D stéréoscopique en spectacle vivant.

Suite à la présentation, le 25 décembre de L’Arbre intégral au Cuvier CDC d’Artigues-près-Bordeaux dans le Cadre du Festival FACTS, Gaël Domenger et Alexis Clay, chercheur à l’Estia participeront à une journée d’échanges et de rencontres autour des actions de recherche et de pédagogie menée en Arts et Sciences, organisée par l’Université de Bordeaux et l’équipe du festival FACTS à ENSEIRB-MATMECA (L’école nationale supérieure d’électronique, informatique, télécommunications, mathématique et mécanique de Bordeaux). Alexis Clay et Gaël Domenger présenteront à cette occasion un retour d’expérience sur l’intégration de nouvelles technologies numériques dans le processus de création qu’ont été leurs collaborations artistiques et scientifiques : CARE : staging of a research project (2011), Debussy3.0 (2013) et L’Arbre intégral (2015)

© Olivier Houeix

LE LABO au Portugal Suite à la rencontre à Biarritz entre le Malandain Ballet Biarritz et la Ginasiano escola de dança (Vila nova de Gaïa / Portugal) en avril 2014 organisée par Silvia Magalhaes, ex-danseuse du Malandain Ballet Biarritz, Gaël Domenger s’est rendu au Portugal du 8 au 20 décembre. Auprès des élèves de cette école portugaise, il y a poursuivi l’aventure commencée un an plus tôt à Biarritz, en donnant des cours de danse classique ainsi qu’une série d’ateliers qui ont abouti à la création d’un essai chorégraphique sur la question du contrepoint.

LE LABO / Ateliers Depuis le début de la saison les membres du LABO, qui se réunissent chaque lundi de 20h à 22h dans le Grand Studio de la Gare du Midi, ont pu suivre des ateliers dirigés par Gaël Domenger, Gilles Schamber, Johanna Etcheverry et Jesus Aured. Ils recevront le 29 février la visite de la chorégraphe coréenne Eun Young Lee et de sa compagnie Komusin qui sera en résidence au CCN pour sa nouvelle création : Han Gamjung Memory. Cette création d’Eun Young Lee se propose de porter, avec sérieux et autodérision, une réflexion, tant chorégraphique que cinématographique, sur les traits identitaires particuliers à la Corée du Sud, à l’intérieur desquels s’opposent modes de vie traditionnel et moderne.

LE LABO présente « Regards croisés Begirada Gurutzatuak » 2016 En 2016, avec le soutien du GECT Eurorégion Aquitaine-Euskadi, le projet de coopération chorégraphique transfrontalier : Regards croisés – Begirada Gurutzatuak piloté depuis quatre ans par Gaël Domenger et LE LABO de Malandain Ballet Biarritz continue de gagner en force et en soutien en réunissant la Fundición de Bilbao (direction Laura Etxebarria, programmation Luque Tagua), le Glob Théâtre de Bordeaux (direction Bruno Lecomte) et cette année la Compagnie de Pedro Pauwels / Association Pepau, qui s’implique en programmant à Limoges une des compagnies sélectionnées. Cette collaboration permettra à la nouvelle édition de se dérouler non plus dans trois villes différentes mais dans quatre : Biarritz, Bilbao, Bordeaux et Limoges. Biarritz ouvrira la marche les 30, 31 mars et le 1er avril en permettant de découvrir, au Colisée de Biarritz, la rencontre chorégraphique entre Matxalen Bilbao et Johanna Etcheverry et une nouvelle création d’Igor Calonge pour la Compagnie Cielo Raso. Comme lors de chaque édition, « Regards croisés - Begirada Gurutzatuak 2016 » sera un moment d’échange entre chorégraphes, public et institutions éducatives, à travers des ateliers, conférences, débats et projections de documents filmés. La nouveauté sera de proposer une exposition exceptionnelle initiée par l’Association Pepau / Compagnie Pedro Pauwels et pilotée par Olivier Houeix (photographe officiel de Malandain Ballet Biarritz) à la Médiathèque de Biarritz. Cette exposition consacrée au photographe de danse Jean Gros Abadie, reviendra sur 30 ans de la carrière d’un témoin privilégié de l’évolution de la scène contemporaine française et sera commentée par des textes du journaliste et critique de danse Philippe Verrièle.

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LE LABO

EN BREF

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Le GLOB Théâtre de Bordeaux La participation du GLOB Théâtre de Bordeaux consistera pour l’édition 2016 de « Regards croisés - Begirada Gurutzatuak », à accueillir en résidence la jeune chorégraphe Eva Guerrero. Cette résidence sera aussi l’occasion d’une rencontre, à l’initiative de Bruno Lecomte, entre la chorégraphe de Bilbao et la jeune compagnie bordelaise : La Tierce.

Amis du Malandain Ballet Biarritz Le 27 décembre, à l’issue de la représentation de Cendrillon, l’association des Amis du Malandain Ballet Biarritz, représentée par sa Présidente, Colette Rousserie, a remis au Ballet son précieux chèque de soutien annuel. Concours de Jeunes Chorégraphes Parmi les trente-deux candidats au Concours de Jeunes Chorégraphes organisé en partenariat avec le Ballet de l’Opéra national de Bordeaux, six chorégraphes ont été retenu pour la finale qui se déroulera le 24 avril à la Gare du Midi de Biarritz : Ricardo Amarante (Ballet Royal de Flandre), Yvon Demol (Opéra national de Paris), Martin Harriague (Kibbutz Contemporary Dance Company), Olaf Kollmannsperger (Staats Ballett Berlin), Vitali Safronkine (exdanseur au Béjart Ballet Lausanne), Xenia Wiest (Staats Ballett Berlin).

Laura Etxebarria et Luque Tagua recevront à la Fundición de Bilbao, non pas une compagnie mais deux : Gilles Baron avec le duo, La nuit entre deux soleils, les 8, 9 et 10 avril. Puis, Pedro Pauwels avec le trio, Triphasé, les 15, 16 et 17 avril 2016. « Regards croisés Begirada Gurutzatuak 2016 » à Limoges Du 17 au 19 novembre 2016 « Regards croisés - Begirada Gurutzatuak » fera ses premiers pas à Limoges grâce au soutien de la compagnie Pedro Pauwels / Association Pepau qui associera à sa diffusion le travail du chorégraphe Igor Calonge et de sa compagnie Cielo Raso.

© Luna Campet

La Fundición de Bilbao

Instant Présent Depuis le 22 septembre, déjà une quarantaine de personnes ont rejoint l’association Instant Présent qui propose une immersion dans l’univers de la danse classique, source d’inspiration des créations de Thierry Malandain, et ce, au cœur même du studio de danse du Malandain Ballet Biarritz. Dédiée aux adultes et aux seniors, cette approche originale initiée par Aureline Guillot, ex-danseuse du Malandain Ballet Biarritz, mêle cours de danse académique et ateliers autour d’œuvres du Répertoire, donnant l’occasion d’explorer l’héritage classique de Thierry Malandain (du baroque au néoclassique en passant entre autres par les ballets romantiques, classiques, les Ballets russes…) Planning des cours et ateliers, et inscriptions sur www.instant-présent.eu ou par téléphone au 06 04 53 45 27

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A l’invitation de Jean-Claude Ciappara, directeur des études chorégraphiques du Conservatoire National Supérieur Musique et Danse de Lyon, Giuseppe Chiavaro a remonté trois duos de Mozart à 2 (Malandain / Mozart) au Jeune Ballet du CNSMD de Lyon. Françoise Dubuc les portera à la scène pour la première représentation qui se déroulera le 25 janvier à 20h à l’Amphithéâtre culturel de l’Université Lyon 2 – Bron. Renseignements : tél. 04 78 28 34 34 La Mort du cygne au CNSMD de Paris A l’invitation de Jean-Christophe Paré, directeur des études chorégraphiques du Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris (CNSMD), Giuseppe Chiavaro remontera en mars La Mort du cygne (Malandain / Saint-Saëns) dans le cadre du programme étuDIANSE du CNSMD de Paris. Première représentation, le 2 mai à 19h à la Salle d’art lyrique du CNSMD de Paris. Hivernales de la Danse de Liège Frederik Deberdt et Arnaud Mahouy, entourés d’artistes du Royal Ballet de Londres, du Ballet Royal de Flandres, du Het National Ballet, de l’Opéra de Paris, de l’Opéra de Vienne, du Royal Ballet de Londres et de l’Opéra de Munich, se sont produits les 21 et 22 novembre à Liège lors de la 4e édition des Hivernales de la Danse. Ils ont notamment interprété à cette occasion un duo tiré du Portrait de l’infante (Malandain / Ravel). Compagnie Illicite - Fábio Lopez Le 21 décembre, Fábio Lopez, ex-danseur au Malandain Ballet Biarritz a présenté en répétition publique au CCN des fragments de sa prochaine création, Poil de Carotte sur une musique de Thierry Escaich. Réception en l’honneur de La Belle et la Bête Pour célébrer la création de La Belle et la Bête, l’Hôtel du Palais, fidèle mécène du Ballet, a convié toute l’équipe du Malandain Ballet Biarritz et l’Orchestre Symphonique d’Euskadi le 8 décembre dernier.

© Olivier Houeix

Fidèles partenaires de « Regards croisés - Begirada Gurutzatuak », les élèves des sections de danse et musique de l’Institut national des sciences appliquées de Toulouse (INSA), sous la responsabilité de Laurent Grégoire, seront présents à Biarritz, comme chaque année, du 31 mars au 1er avril 2016. Ils seront accompagnés du chorégraphe Gilles Baron avec lequel ils ont pu travailler lors d’une résidence chorégraphique en novembre 2015 et février 2016 dans leurs locaux toulousains. Le résultat de cette résidence sera proposé par les étudiants de l’INSA, en présence du chorégraphe au CCN le 31 Mars.

© Olivier Houeix

L’INSA de Toulouse

Mozart à 2 au CNSMD de Lyon


centre chorégraphique national d’aquitaine en pyrénées atlantiques

Gare du Midi 23, avenue Foch • F-64200 Biarritz tél. +33 5 59 24 67 19 • fax +33 5 59 24 75 40 ccn@malandainballet.com président Michel Laborde vice-président Pierre Moutarde trésorière Solange Dondi secrétaire Richard Flahaut président d’honneur Pierre Durand Direction directeur / chorégraphe Thierry Malandain directeur délégué Yves Kordian

Transmission du répertoire maîtresse de ballet Françoise Dubuc Production / Technique directeur technique Oswald Roose régie plateau Chloé Bréneur, Jean Gardera régie lumière Frédéric Eujol, Christian Grossard régie son Jacques Vicassiau, Nicolas Rochais techniciens plateau Raphaël Tadiello, Bertrand Tocoua réalisation costumes Véronique Murat régie costumes Karine Prins construction décors & accessoires Frédéric Vadé technicien chauffeurs Thierry Crusel, Guy Martial agent d’entretien Ghita Balouck Sensibilisation / Relations avec les publics responsable sensibilisation / transmission du répertoire aux pré-professionnels Dominique Cordemans responsable Labo de recherche chorégraphique / médiation / accueil studio Gaël Domenger Diffusion chargée de diffusion Lise Philippon attachée de production Laura Delprat agents Le Trait d’union / Thierry Duclos, Creatio 300 / Enrique Muknik, Norddeutsche Konzertdirektion / Wolfgang et Franziska Grevesmühl, Internationale Music / Roberta Righi Communication responsable image Frédéric Néry / Yocom responsable communication Sabine Lamburu attaché de presse Yves Mousset / MY Communications photographe Olivier Houeix Mission Euro région / Projets transversaux administratrice de projet Carine Aguirregomezcorta Secrétariat général / Mécénat secrétaire général Georges Tran du Phuoc Ressources humaines, finances et juridique directeur administratif et financier Jean-Paul Lelandais comptable Arantxa Lagnet secrétaire administrative Nora Menin Suivi et prévention médicale des danseurs Romuald Bouschbacher, Jean-Baptiste Colombié, Aurélie Juret San Sebastián Centre Chorégraphique Transfrontalier Malandain Ballet Biarritz Yves Kordian directeur délégué Carine Aguirregomezcorta suivi du projet Arantxa Lagnet relations partenaire, traduction basque Teatro Victoria Eugenia Jaime Otamendi directeur Norka Chiapuso direction de programmation Maria Jose Irisarri suivi administratif Koldo Domán suivi des actions Numéro direction de la publication Thierry Malandain conception & design graphique Frédéric Néry impression Cap Collectif imprimerie ISSN 1293-6693 - juillet 2002

Claire Lonchampt, La Belle et la Bête © Olivier Houeix + Yocom

Artistique / Création maîtres de ballet Richard Coudray, Françoise Dubuc artistes chorégraphiques Ione Miren Aguirre, Raphaël Canet, Mickaël Conte, Ellyce Daniele, Frederik Deberdt, Romain Di Fazio, Baptiste Fisson, Clara Forgues, Michaël Garcia, Jacob Hernandez Martin, Irma Hoffren, Miyuki Kanei, Mathilde Labé, Hugo Layer, Guillaume Lillo,Claire Lonchampt, Nuria López Cortés, Arnaud Mahouy, Ismael Turel Yagüe, Patricia Velazquez, Laurine Viel, Daniel Vizcayo, Lucia You González professeurs invités Angélito Lozano, Bruno Cauhapé, Giuseppe Chiavaro, Sophie Sarrote pianistes Alberto Ribera-Sagardia, Miyuki Brickle, Jean - François Pailler


CALENDRIER

JANVIER > MARS 2016

Représentations en France 09/01

Châteauroux

16/01

Limoges

Cendrillon, avec l’Orchestre de Limoges et du Limousin

17/01

Limoges

Cendrillon, avec l’Orchestre de Limoges et du Limousin

26/01

Saint-Etienne

Cendrillon (scolaire et tout public)

05/03

Fontenay-le-Comte

Cendrillon

07/03

Beauvais

Cendrillon

09/03

Sucy-en-Brie

Nocturnes, La Mort du cygne, Estro

11/03

Plaisir

Cendrillon

12/03

Le Vésinet

Nocturnes, Estro

13/03

Montrouge

Cendrillon

15/03

Rungis

Nocturnes, La Mort du cygne, Une Dernière chanson

17/03

Courbevoie

Nocturnes, Estro

18/03

Garges-lès-Gonesse

Cendrillon (scolaire et tout public)

20/03

Meaux

Cendrillon

22/03

Dinan

Silhouette, Nocturnes, Une Dernière chanson

24/03

Arcachon

Nocturnes, Estro

25/03

Le Bouscat

Nocturnes, Une Dernière chanson

Cendrillon

Allemagne / Lerverkusen

Roméo et Juliette

20/01

Allemagne / Russelsheim

Nocturnes, Estro, Boléro

22/01

Allemagne / Bonn

La Belle et la Bête

23/01

Allemagne / Reimsheid

La Belle et la Bête

01/02

Espagne / Pampelune

La Belle et la Bête, avec Orquesta Sinfónica de Euskadi

19/02

Espagne / San Cugat

Cendrillon

20/02

Espagne / Terrassa

Estro, Nocturnes

24/02

Suisse / Monthey

Nocturnes, Estro

26/02

Allemagne / Fribourg

La Belle et la Bête

27/02

Allemagne / Fribourg

La Belle et la Bête

01/03

Suisse / Morges

Nocturnes, Estro

Représentations Euro région 03/02

Espagne / Donostia-San Sebastián

La Belle et la Bête, avec Orquesta Sinfónica de Euskadi

04/02

Espagne / Donostia-San Sebastián

La Belle et la Bête, avec Orquesta Sinfónica de Euskadi (scolaire et tout public)

06/02

Espagne / Donostia-San Sebastián

Bal de La Belle et la Bête

28/01

Espagne / Bilbao

La Belle et la Bête, avec Orquesta Sinfónica de Euskadi

www.malandainballet.com

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Représentations à l’étranger

Numéro 69 - Janvier/Mars 2016  

Malandain Ballet Biarritz - 2016 / design Yocom.fr

Numéro 69 - Janvier/Mars 2016  

Malandain Ballet Biarritz - 2016 / design Yocom.fr