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LA CIVILISATION EN ITALIE

4L TEMPS DE LA RENAISSANCE PAR

JACOB BURCKHARDT TRADUCTION DE M. SGHMITT, PROFESSEUR AU LYCÉE CONDORCET

SUR LA SECONDE ÉDITION ANNOTÉE PAR

L.

GEIGER

TOME PREMIER Deuxième

édition

PARIS LIBRAIRIE PLON PLON-NOURRIT et C IMPRIMEURS-ÉDITEURS ie

,

8,

BDK G A R AN Cl È RE

1906 Tous droits réservés


AVANT-PROPOS

Au

mois d'octobre 1875, je reçus l'honorable mis-

sion de publier la troisième

du

pre'sent ouvrage.

devenue nécessaire,

e'dition,

L'auteur et 'M.

professeur

le

B. Kugler, qui avait dû à

l'origine être charge' de ce

soin, m'avaient autorisé,

est vrai,

à

mon

il

gré; néanmoins, convaincu

je ne pourrais pas faire mieux, le caractère général de cet faire des

j'ai

à remanier

comme je

le livre

l'e'tais

que

cru devoir respecter

ouvrage

et

me

contenter de

changements de peu d'importance.

J'ai

donc

me bornant ou même plu-

laissé subsister le texte presque en entier,

à ajouter fréquemment des mots isolés

sieurs lignes; ce n'est qu'à titre d'exception (particu-

lièrement p. 236

ss.,

243

ss.,

261

ss.)

que

calé des passages d'une certaine étendue.

de

Il

cette manière de procéder que, partout

sur

le sujet traité

j'ai inter-

est résulté

où nos idées

par l'auteur se sont modifiées par

suite de recherches plus récentes, les notes que j'ai rema-

niées, en prenant pour base les recherches en question,

ne

cadraient plus exactement avec le texte.

rer surtout

p.

114

ss., p.

183

ss., p.

215

(Compa-

ss., p.

236


AVANT-PROPOS.

Il

et d'autres encore.) les

notes, j'ai cru

En

grande. C'est ainsi que tifie'

fie'es

général, pour ce qui conceeeerne

pouvoir user d'une j'ai

comparé

celles qui e'taient inexactes,

les citations,

ou que

d'après des e'ditions plus récentes

loppé des indications sommaires et

pu consulter. La

1

1

rec-

je les ai miuuodi-

que

;

fait

j'ai

dtéééve-

des empnuuunts

à des ouvrages nouvellement parus ou que n'avait pas

n plus

liberté'

l'autt<titeur

multiplicité des notes;

«

<

qui

en est résultée m'a décidé à mettre ces notes <aàà la suite de

chaque partie du

fois qu'elles

genients

livre, sans rappeler

émanaient de moi. J'ai

purement extérieurs

:

j'ai

fait

deux volumes,

et j'ai subdivisé

sieurs chapitres distincts.

un Index,

d'autres chiâaan-

donné à

vrage un format plus commode; je

chamaque

l'ai

cet

partagé

chaque partie en

Le tome

II,

<

«

ou-

en

^plu-

qui contieniûddra

paraîtra encore, je l'espère, à la fin de cteeette

année.

Louis Geiger.

Berlin,

mars 1877.


LA CIVILISATION EN ITALIE

AU TEMPS DE LA RENAISSANCE

PREMIÈRE PARTIE JL'ÉTAT CONSIDÉRÉ

AU POINT DE VUE DU MÉCANISME

CHAPITRE PREMIER INTRODUCTION La

lutte entre les papes l'Italie

{laissé

et

les

Hohenstaufen avait

dans une situation politique qui

différait

(essentiellement de celle du reste de l'Occident. Si en

IFrance, en Espagne et en Angleterre le système féodal tétait

tel

qu'il devait

[monarchique;

si

iraoins l'unité extérieure

oque entièrement

torzième

naturellement aboutir à l'unité

en Allemagne

il

aidait à maintenir

de l'Empire,

rompu avec

lui.

l'Italie avait

au

pres-

Les empereurs du qua-

siècle étaient accueillis et considérés tout au plus

ccomme des

chefs et des soutiens possibles de puissances

déjà formées, et non plus comme des seigneurs suzerrains

;

quant à h

la papauté, avec ses créatures et ses points i


L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME.

2

d'appui, elle était juste assez forte pour

empêcher toute dans l'avenir, sans toutefois pouvoir eu créer une elle-même ». Entre l'Empire et le Saint-Siège il y avait une foule de corps politiques, villes et souverains unité

despotiques, soit anciens déjà, soit récents, dont l'exis-

tence appartenait à l'ordre des riels

».

que

C'est là

faits

l'esprit politique

purement matémoderne apparaît

pour la première fois, livré sans contrainte à ses propres instincts; ces États ne montrent que trop souvent le

déchaînement de l'égoïsme sous

ses traits les plus qui foule aux pieds tous les droits et qui étouffe dans son germe toute saine cul-

horribles, de

ture; mais

l'égoïsme

quand

cette funeste tendance est neutralisée

p ir une cause quelconque, ou voit surgir une nouvelle forme vivante dans le domaine de l'histoire; c'est l'État apparaissant comme une création calculée, voulue, comme une machine savante. Dans les villes érigées en républiques, comme dans les États despotiques, cette vie se manifeste

de cent façons différentes et détermine forme intérieure, aussi bien que leur politique extérieure. Nous nous bornerons à examiner le caracleur

tère avec lequel elle se

ques, parce

complet

et

que

montre dans

c'est là

que nous

les le

États despoti-

trouverons plus

mieux accusé.

La situation intérieure des

territoires obéissant à des

souverains despotiques rappelait un celui de l'État

normand de

l'Italie

modèle célèbre,

inférieure et de

la

Machuvelli, Discorsi, 1. I, c. XH. la cagione, che la Ilalia non sia in quel medcsimo termine, ne habbia ancli ella b una Ilepublica b un prencipe che la governi, è solamcnte la Chiesa; perche havendovi habilalo e tenuto Imperio temporale non è slata si patente ne di tal virlu che l'habbia polulo occupare il restante d'Italia efarscne prencipe. 1

E

9 Les souverains et leurs partisans s'appellent ensemble h siato; plus tard, ce nom a pris la signification d'existence de tout un

territoire.


CHAPITRE PREMIER. - INTRODUCTION. Sicile, tel

que

l'avait

transformé l'empereur Frédéric

Ce prince, qui, dans

le

II.

voisinage des Sarrasins, avait

grandi au milieu des trahisons sorte, s'était habitué

3

1

et des dangers de toute

de bonne heure

à juger et à traiter choses d'une manière tout objective il est le pre-

les

:

mier

homme moderne

sur

le

trône. Ajoutez à cela la

connaissance exacte et approfondie de l'intérieur des États sarrasins et de leur administration, et cette guerre

avec

les

papes dans laquelle les deux partis jouaient leur

existence, et qui les forçait tous deux de faire appel à tous les moyens et à toutes les ressources imaginables.

Les mesures prises par Frédéric (surtout depuis 1231) tendent à l'établissement d'une autorité royale toutepuissante, au complet anéantissement de l'État féodal,

transformation du peuple en une multitude inerte, désarmée, capable seulement de payer le plus d'impôts à

la

possible.

centralisa tout le pouvoir judiciaire et l'ad-

Il

ministration, d'une manière jusqu'alors inconnue dans l'Occident. Il est vrai qu'il ne supprima point les tribu

naux féodaux, mais l'Empire;

il

il

établit l'appel aux tribunaux

défendit de

nommer aux

de

emplois par

la

voie élective; les villes qui se permettraient de recourir aux élections populaires étaieut menacées de la dévastation, et leurs habitants devaient perdre leur condition

d'hommes

libres.

L'impôt

sur

la

établi; les contributions, basées sur

consommation

fut

un cadastre et sur

la

routine musulmane, furent exigées avec cette rigueur, avec cette cruauté sans laquelle on ne peut obtenir de l'argent des Orientaux. Ici l'on ne voit plus un peuple, 1

E.

Winckklsunn, De regm

Siculi administratione qnalis fucrit

régnante Fridcrico II. Berlin, 1859. A del Y'Ecemo, La legislazione di l'edenco II, imveratore. wmekelmann et Schirrmacher ont parié avec beaucoup de détails de Frédéric II en général.


L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME.

4

mais une foule de sujets

taillables et corvéables à merci,

qui, par exemple, n'obtenaient le droit de formariage

qu'en vertu d'une permission spéciale, et à qui

absolument interdit

chez eux, surtout dans versité de Naples,

moyens

possibles,

la ville

la

était

guelfe de Bologne. L'Uui-

que Frédéric favorisait par tous

donna

le

les

premier exemple en matière

de contrainte scolaire, tandis que l'Orient moins,

il

études hors de

d'aller faire leurs

laissait,

du

jeunesse libre sous ce rapport. Par contre,

Frédéric restait entièrement dans la tradition musul-

mane, en trafiquant, pour son propre compte, avec tous les ports

de

Méditerranée, en se réservant

la

pole d'une foule de produits, tels que

le

monomé-

le sel, les

en privant ainsi tous ses sujets de

taux, etc., et

la

fatimites, avec

leur

doctrine de l'incrédulité, avaient été, du moins au

com-

liberté

commerciale.

Les kalifes

mencement, tolérants à l'égard des croyances de leurs sujets-, Frédéric, au contraire, couronne son système de gouvernement par une inquisition contre les hérétiques, qui paraît d'autant plus condamnable si l'on admet

persécuté dans les hérétiques

qu'il ait

sentants des idées libérales dans les

pour composer son armée,

les

sa police et

villes.

pour former

Sarrasins qui avaient quitté

les Il

le

repréchoisit,

noyau de

la Sicile

pour

venir se fixer à Lucérie et à Nocera, exécuteurs impitoyables des volontés du maître et indifférents aux fou-

dres de l'Église. Les sujets, qui avaient perdu l'habitude

de porter

Manfred faire

les

armes, assistèrent plus tard à

et à l'usurpation

pour

s'y

la

chute de

de Charles d'Anjou, sans rien

opposer; quant au prince français,

hérita de ce mécanisme gouvernemental

il

et s'en servit

pour son propre compte.

A

côté de l'empereur centralisateur surfit

un usurpa-


— INTRODUCTION.

CHAPITRE PREMIER.

teur d'une espèce toute particulière et son beau-fils, Ezzelino

c'est

:

da Romano.

Il

5

son vicaire

ne représente

pas un système de gouvernement et d'administration,

attendu que toute son activité se dépense en luttes qui

ont pour objet de partie

exemple

politique,

assurer la domination dans la

lui

de

orientale

supérieure; mais,

l'Italie

il

a son

son protecteur impérial. Jusqu'alors toutes quêtes et toutes

les

comme

importance aussi bien que

usurpations du

con-

les

moyen âge

avaient

eu pour prétexte un droit d'hérédité réel ou prétendu,

ou bien d'autres

ou

droits,

elles avaient été la suite

luttes entreprises contre les infidèles et les

au contraire, est

niés. Ezzelino,

le

de

excommu-

premier qui essaye de

fonder uu trône par des massacres généraux et par des cruautés sans

fin,

c'est-à-dire par l'emploi de tous les

moyens, sans autre considération que atteindre.

Aucun des

dernier, sous

le

celle

du but à

imitateurs d'Ezzelino n'a égalé ce

rapport de l'énormité des crimes com-

mis; César Borgia lui-même lui est resté inférieur à cet

égard. Mais l'exemple était donné, et

ne

fut ni le signal

les

peuples, ni

chute d'Ezzelino

la

du rétablissement de

un avertissement pour

la

justice

pour de

les criminels

l'avenir.

C'est en vain qu'à cette

époque

sujet de Frédéric, tout en

saint

meilleure forme de gouvernement et établit la théorie d'une le

Thomas d'Aquin,

proclamant

royauté

la

monarchie constitutionnelle, où

prince s'appuie sur une Chambre haute

lui et sur des

la

la plus régulière,

représentants choisis par

le

nommée

par

peuple; c'est

en vain

qu'il reconnaît aux sujets le droit de révolte Ces théories ne franchissaient pas l'enceinte des salles 1

p.

Baumann, 136

ss.

Politique de saint

Thomas d'Aquin, Leipzig 1873. surt.


L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME.

6

elles étaient exposées, et Frédéric, ainsi

continuaient d'être pour

du treizième

politiques

l'Italie les

siècle.

qu'Ezzelino,

plus grandes figures

Leur image, déjà repro-

duite sous des traits à moitié fabuleux, se détache des «

Cent

vieilles

Nouvelles

dont

»,

date certainement de ce siècle déjà avec la

rédaction primitive

Frédéric y apparaît prétention de disposer en maître absolu de

la

fortune de ses sujets, et

lité

la

même, une

il

*.

exerce, par sa personna-

influence considérable sur les usurpa-

teurs tentés de l'imiter; Ezzelino

y

est

nommé

senté avec ce respect mêlé de terreur qui est plus sûre

la

d'une imagination vivement

et repré-

la

marque

frappée. Sa

centre de toute une littérature qui

personne devint

le

commence

à

chronique des témoins oculaires

va jusqu'à

la

la

tragédie à moitié mythologique*.

Aussitôt après la chute de ces deux surgir en

et qui

grand nombre

les

hommes, on

voit

tyrans particuliers, dont

l'usurpation est facilitée surtout par les querelles des

Guelfes et des Gibelins. Ce sont généralement des chefs gibelins qui s'emparent du pouvoir; mais avec cela les

circonstances au milieu desquelles s'accomplit l'usurpation sont sible

si

nombreuses

et si variées qu'il est

de méconnaître dans tous ces

caractère général de fatalité. Relativement aux à employer,

ils

impos-

faits particuliers

n'ont qu'à marcher sur les traces des

partis, c'est-à-dire à exiler, à exterminer, à ruiner

qui >

les

un

moyens ceux

gênent.

Cento Novelle antiche, éd. 1525.

Pour Frédéric, nov.

2,

24, 30, 53, 59. 90, 100; pour Ezzelino, nov. 31, surt. 84. 2 Scmuieonibs, De urbisPalav.antiq., dans le Ihesaurutde

VI, ih, p. 259.

21, 22, 23,

GiUEVIUS,


CHAPITRE

II

LA TYRANNIE AU QUATORZIÈME SIÈCLE Les agissements des grands et des petits tyrans du quatorzième siècle montrent assez que des impressions

de ce genre devaient porter leurs étaient monstrueux, et l'histoire détail

;

mais,

quand on examine

le

fruits.

Leurs méfaits

a enregistrés en

les

mécanisme politique

de leurs États, on ne peut s'empêcher de reconnaître que cette étude présente

un

intérêt supérieur.

Le calcul raisonné de tous pas un prince étranger à

les

pouvoir presque absolu que

le

Péninsule exerçaient dans produisirent des

hommes

n'en voyait pas ailleurs

moyens,

les

les plus avisés la

la

de leurs États,

et des situations

Pour

de

souverains

l'intérieur

tyrans, le principal secret de

dont

calcul

n'avait alors l'idée, et

l'Italie

comme on parmi

les

domination consistait

à laisser, autant que possible, les impôts tels qu'ils les avaient trouvés ou organisés à l'origine : c'est-à-dire un

impôt foncier basé sur un cadastre, des impôts déterminés sur

la

consommation

tation et sur l'exportation.

revenus

A

et

des droits sur l'impor-

cela venaient s'ajouter

particuliers de la maison

possibilité d'élever le chiffre

régnante;

de l'impôt tenait

SlSMONDl,

Hist. des rép. italiennes, IV, p.

420

à

1

u

l'extension des

mentation du bien-être général et à 1

^euie

la

;

VIII, p. 1 SS.


L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME.

8

relations commerciales.

comme on en

prunts,

Il

n'était pas

question d'em-

voyait se faire dans les villes;

on se permettait de temps à uu coup de force bien combiné, qui était supposé

plutôt que d'emprunter,

autre

devoir laisser intact l'ensemble de l'édifice politique,

comme, par exemple,

destitution et la spoliation des

la

employés supérieurs des finances, qui rappelait cédés des sultans 1

Au moyen

les

pro-

.

de ces ressources,

le

prince cherchait à

faire face à toutes les dépenses, c'est-à-dire à entretenir

garde personnelle, l'armée

sa petite cour, sa

doyait, les

édifices

que

aussi bien

les

publics,

et à

payer

qu'il

sou-

bouffons

les

gens de talent qui faisaient partie de

son entourage. L'illégitimité, entourée de dangers per-

manents,

isole le

souverain;

avec des

hommes doués

tuelles, quelle

zième

que

les relations les

nouer sont

rables qu'il puisse

celles

Il

trei-

aux trouvères

et

n'en est pas de

même du

tyran

rêve de beaux monuments, qui a la passion

par suiie, a besoin de s'entourer

la gloire, et qui,

d'hommes de il

Au

souverains du Nord s'était

bornée aux chevaliers, aux serviteurs

savants,

entretient

soit d'ailleurs leur origine.

de noble extraction. de

plus hono-

de grandes qualités intellec-

siècle, la libéralité des

italien, qui

qu'il

talent.

Vivant au milieu des poêles ou des

se sent sur

un terrain nouveau,

il

est

presque

en possession d'une nouvelle légitimité.

Tout

le

monde connaît

sous ce rapport le tyran de

Vérone, Can Grande dclla Scala, qui entretenait toute

une

Italie

dans

personne des

la

illustres réfugiés qui

peuplaient sa cour 2 Les écrivains étaient reconnaissants; .

1

8

les

Franco Sacchetti, Novdh (61, 62). Dante a sans cloute perdu la faveur de ce prince, tandis que bouffons l'ont toujours s ar <3ëe. Comp. l'histoire curieuse


CHAPITRE

II.

LA TYRANNIE AU QUATORZIÈME SIÈCLE.

9

Pétrarque, dont les visites à ces cours ont été blâmées

sévèrement, a

si

quatorzième auquel

Il

s'adresse,

il

d'un prince du demande au seigneur de Padoue,

fait le portrait idéal

siècle

beaucoup

de répondre à son attente.

«

de tes sujets, mais leur père

que

enfants,

tes

Tu ;

qu'il le croit

car la

l'ennemi

pour la

soudards, tu peux

comme Tu dois non de la

loi,

2

.

haine. Tes armes,

tourner contre

les

n'est

que par

la

bienveillance que tu

gagner. Sans doute, je ne parle que des

les

toyens qui désirent

la

un ennemi de

rebelle et

entrant dans

les détails,

la

il

chose publique.

expose

la

est »

:

un

Puis,

fiction toute

toute-puissance de l'État

la

ci-

conservation de l'État, car celui

qui ne rêve sans cesse que des changements

derne de

maître

le

contre tes sujets, tu ne peux rien avec une

;

garde du corps; ce

peux

capable

tu dois les aimer

comme toi-même

dis-je!

crainte engendre

tes satellites, tes

non

dois être,

aussi leur inspirer de l'affection

crainte,

de grandes choses,

et

mais en termes qui font supposer

mo-

prince doit

le

être libre, indépendant des courtisans; mais, avec cela, il

doit régner sans faste et sans bruit, pourvoir à tous

les besoins

:

créer et entretenir des églises et des édi-

fices publics, veiller à la police des rues

3 ,

dessécher les

qu'on lit dans Pétrarque, De rerum memorandarum lib. II, 3, 46. Petrarca, Ephiolœ seniUs, lib. XIV, 1, à François de Carrare (28 iiov. 1373). Celte lettre a souvent été imprimée à part, sous ce De Republica oplime adminislranda, p. ex., Berne, 1602. titre 2 Ce n'est que cent ans plus tard que la femme du prince devient aussi la mère du pays. Comp. Oraison funèbre de Blanche-Marie Visconli, par Jérôme Crivelli, dansMuRATORi, Scriptores rerum. Italicarum, xxv, col. 429. C'est à la suite d'une plaisanterie du traducteur qu'une sœur du p;ipe Sixte IV porte dans Jac. Volatcrranus (Murât. XXIII, ,

1

:

l'

col

.

109) le

nom

de mater Ecclesiœ.

exprime accessoirement le vœu, qui se rattache à un entretien antérieur, que le prince défende de nouveau qu'on laisse les porcs se vautrer dans les rues de Padoue, attendu que c'est un 3

II


L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME.

10

marais, favoriser faire

la

production du vin et des céréales;

rendre partout une exacte justice, fixer et réparlir

impôts de

les

la

telle

sorte que le peuple en reconnaisse

que

nécessité et qu'il voie

dans

le

prince puise à regret

bourse d'autrui, travailler au soulagement des

la

pauvres et des malades, enfin protéger

les

savants dis-

tingués, et vivre avec eux, dans l'intérêt de sa gloire future.

Mais, quels qu'aient été les côtés lumineux de ces Etats en général et les mérites de quelques-uns d'entre

eux,

quatorzième

le

n'en reconnaissait ou n'en

siècle

pressentait pas

moins

tyrannies et

peu de garanties

le

la fragilité

constitutions politiques,

comme

de

plupart de ces

la

qu'elles offraient. Les celles

dont nous par-

lons, ont naturellement des chances de durée en rap-

port avec l'étendue des États; aussi, les autocraties

les

plus puissantes tendaient-elles toujours à absorber les plus faibles. Quelle hécatombe de petits princes a été sacrifiée

danger

en ce temps-là aux seuls Visconti! Mais à ce extérieur correspondait presque

fermentation

intérieure,

situation sur le caractère

sairement, dans

la

et

le

toujours une

contre-coup de cette

du souverain devait néces-

plupart des cas, être funeste au der-

nier point. La fausse toute-puissance,

la

soif

de jouir

et l'égoïsme sous toutes ses faces, d'une part, les

mis

et

les

enne-

conspirateurs, de l'autre, faisaient de

presque inévitablement, un tyran dans

la

lui,

mauvaise

acception du mot. Si,

du moins,

les

princes avaient pu se fier à leurs plus

proches pareots! Mais dans des situations où tout était illégitime,

il

ne

pouvait s'établir

un sérieux

droit

spectacle désagréable, qui est surtout dégoûtant pour les étrangers et qui rend les chevaux ombrageux.


CHAPITRE

H.

LA TYRANNIE AU QUATORZIÈME SIÈCLE.

11

d'hérédité, soit pour la succession au pouvoir, soit pour le

partage des biens; aussi, dans

maison elle-même,

le

prince qui n'était plus. sions continuelles à

moments de

résolu écartait, dans

un cousin ou un oncle la

les

crise,

l'intérêt

de

mineur ou incapable du

fils

De même

il y avait des discusde l'exclusion ou de la

propos

reconnaissance des bâtards.

Il

arriva ainsi qu'un

grand

nombre de ces familles comptaient dans leur sein des membres mécontents, qu'on voyait assez souvent recouvenger en tuant leurs

rir à la trahison ouverte et se

dans

proches. D'autres, vivant

l'exil,

résignent à

se

leur sort et considèrent leur situation sous un point de vue tout objectif, comme, par exemple, ce Visconti

qui péchait au

de son

filet

rival lui

dans

le lac

comptait revenir à Milan,

même que

il

chemin par lequel j'en crimes de

les

pres méfaits.

immolent

»

de Garde

ayant demandé

Le messager et

répondit

lui

suis sorti,

mon ennemi

».

comment

:

quand

il

Par

le

mais pas avant

aient dépassé

Parfois aussi, les

«

mes pro-

parents du souverain

ce dernier à la morale publique, violée d'une

manière par trop scandaleuse, afin de sauver ainsi la maison elle-même «. Dans certains États l'autorité réside dans l'ensemble de la famille, de telle sorte que le

prince régnant est tenu de s'éclairer des conseils des

siens

;

dans ce cas aussi

l'influence provoquait

partage du pouvoir ou de

le

facilement

les

plus

sanglantes

querelles.

Chez

les

auteurs florentins du temps, on rencontre

Il s'agit de 1 Petrarca, Rerum memora.nd.ar. liber III, H, 66. Matthieu I" Visconti et de Guido délia Torre, qui régnait alors à

Milan. 2

Matteo

Villa.ni,

par

ses frères.

Visconti

V, p. 81

:

le

Meurtre de Mathieu II (Mattiolo)


12

L'ÉTAT AU POINT DE

VUE DU MÉCANISME,

l'expression de la haine profonde avait excitée. Les

pompeux

que cet état de choses

cortèges, les costumes

magni-

fiques par lesquels les tyrans voulaient peut-être

moins

que frapper l'imagination du peuple, suffisent pour provoquer leurs sarcasmes les plus amers.

satisfaire leur vanité

Malheur au parvenu qui tombe entre leurs mains, comme ce doge de fraîche date, Agnello de Pise, qui avait l'habitude de sortir à cheval avec le sceptre d'or et qui, rentré dans sonpalais, se montrait à la fenêtre « ainsi qu'on montre des reliques », appuyé sur des tapis et des coussins de brocart d'or; il fallait le servir à genoux et lui parler

comme

un pape ou un empereur

à

«.

Mais souvent ces

vieux Florentinsparlent d'un ton grave et élevé. Dante 1 reconnaît et désigne à merveille ce qu'il y a de bas et d'inintelligent dans l'avidité et l'ambition des princes

de nouvelle création.

«

Que

disent leurs

trompettes,

leurs grelots, leurs cors et leurs flûtes, sinon

A nous! bourreaux! à nous, oiseaux de proie! » On se représente le château du tyran sur une hauteur isolée de toute autre habitation, plein de cachots et d'oreilles de

comme

le

repaire de la méchanceté,

comme

:

Denys

»,

de

la

l'antre

misère 4 D'autres prédisent toute sorte de malheurs à ceux qui entreront au service des tyrans, et finissent .

par plaindre 1

le

tyran lui-même, qui est inévitablement

Filippo

Villani, Utorie, XI, 101. Pétrarque aussi trouve que tyrans sont parés » comme des autels aux jours de fête ». On trouve une description détaillée de l'entrée triomphale de Castracani à Lucques dans la vie de ce prince, écrite par Tefirimo. les

Murât.

*De

XI, col. 1340.

vulgan eloqmo,

i, c xn : ...qui non heroico more, sed plebeo sequuntur superbiam, etc. 8 Les détails ne se trouvent, il est vrai, que dans des écrits du quinzième siècle, mais ils sont certainement inspirés par d'anciens souvenirs. L. B. Albert,, De re œdif., v, 3. Franc, Giorgio, Jratlato, dans Della Valle, Lettere sanesi, III, 121. 4 Franco Sachetti, nov. 61.

-

.

-

m


CHAPITRE

II.

l'ennemi de tous

peut

se fier à

LA TYRANNIE AU QUATORZIÈME SIÈCLE.

hommes bons

les

ne

et intelligents, qui

personne et qui peut

lire

13

sur le front de

De même que

les

tyrannies s'élèvent, grandissent et se consolident,

de

de

ses sujets l'espérance

même

sa

chute.

«

grandit en silence dans leur sein

d'où sortiront pour

le

germe

elles le trouble et la ruine

'.

fatal »

Les

auteurs ne font pas assez ressortir un contraste plus

frappant

en ce temps-là Florence

:

développement dant que

que

le

des individualités, pen-

et la

minutieux s'exerçait sur

plus

contrôle le

citoyens,

ports

large

plus

le

tyrans n'admettaient d'autre individualité

leur et celle de leurs plus proches serviteurs.

la

Déjà

les

occupée du

était

surveillance s'étendait jusqu'aux

les

passe-

9 .

Cette existence inquiète et maudite prenait une couleur particulière dans l'imagination des contemporains,

par suite des superstitions astrologiques ou de l'incrédulité de certains souverains. Lorsque le dernier Carrara, prisonnier dans sa

ville

de Padoue que

la

peste avait

changée en désert, ne pouvait plus garnir de soldats les murs et les portes, tandis que les Vénitiens enveloppaient

souvent lui

la

donner

la

place, ses gardes

nuit invoquer la

le

du corps l'entendirent

diable et lui crier de venir

mort.

Le développement

le

plus complet et

de cette tyrannie du quatorzième testablement chez

les

le

siècle se

plus instructif

trouve incon-

Visconti de Milan, à partir de

la

mort de l'archevêque Giovanni (1354). Tout d'abord on Matteo Villani, VI, 1. Le bureau des passe-ports qui existait à Padoue au milieu du quatorzième siècle est désigné par Franco Sachetti, nov. 117, comme quelli délie bullette. Dans les dix dernières années du règne de Frédéric II, alors que régnait le contrôle le plus minutieux, le système des passe-ports devait être dgà très-perfectionné. 1

-


1 14

L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME.

reconnaît à ne pouvoir s'y méprendre dans Bernabo un air les plus cruels des empereurs romains >.

de famille avec

Son principal but

politique, c'est la chasse au sanglier;

celui qui ose

empiéter sur les droits de l'auguste chasseur périt dans les plus affreux supplices; le peuple tremblant est obligé de nourrir pour lui cinq mille chiens de chasse, et répond sur sa téte du bien-être de ces animaux. Il fait rentrer les impôts par tous les moyens de contrainte imaginables,

une dot de cent mille énorme. A

la

mort de

tion « à ses sujets

comme

douleur

ils

et porter le deuil

sa ils

*>;

donne

il

à

chacune de ses

florins d'or, et

femme,

il

adressa une notifica-

devaient, disait-il, partager sa

partageaient ordinairement ses joies,

pendant un an.

— Ce

téristique au plus haut point, c'est le

qui est carac-

coup de main par

son neveu Giangaleazzo

lequel

sonne

(1385); c'est

récit fait siècle

filles

amasse un trésor

9 .

un de

encore battre

ces

s'empara de sa percomplots heureux dont le

cœur des historiens d'un autre

le

Giangaleazzo, méprisé de sa famille à cause de

son amour pour

les sciences et

résolut de se venger

il

de ses sentiments religieux,

quitta Milan sous

le prétexte d'un pèlerinage, surprit son oncle qui ne se doutait de rien, le mit en lieu de sûreté, pénétra dans la ville :

avec une troupe d'hommes armés, s'empara du pou1

Corio, Storia di Milano, fol. 247, ss. Sans doute des historiens plus modernes ont fait observer que les Visconti attendent encore leur historien, c'est-à-dire un auteur qui tienne le juste milieu entre les louanges exagérées des contemporains italiens

(de Pétrarque, par ex.) et les

diatribes violentes d'adversaires politiques postérieurs (Guelfes), et qui puisse porter sur eux un

jugement 2

définitif.

Celui de Paul Jove, par ex. : Elogia virorum bellica virlute ilhtstrium, Bâle, 1575, p. 87. Dans la Vita de Bernabo, Giangal {Vita, p. 86,ss.) est pour Jove post Theodoricum omnium prœstantissimus. Compar. aussi Jovius Vitte XII vicecomitum Mediolani principum, Paris, 1549, p. 165, ss.


CHAPITRE voir et

II.

LA TTRANNIE AU QUATORZIÈME SIÈCLE.

de Bernabo par

piller le palais

fit

le

peuple.

Chez Giangaleazzo se montre dans toute sa force goût des tyrans pour

les

choses colossales.

11

a

15

le

dépensé

300,000 florins d'or à faire construire des digues gigantesques, afin de pouvoir détourner à volonté le Mincio

de Mantoue

et la

Brenta de Padoue,

de tout moyen de défense 9

les

et priver ces villes

serait

il

;

songé à dessécher

qu'il eût

fonda

l

chartreuse dePavie, et

le

dôme de

Milan,

en grandeur et en magnificence toutes peut-être

»;

Galéas avait

coup

possible

plus merveilleux de tous les couvents

« le

chrétienté

même

lagunes de Venise.

commencé

qui surpasse

les églises

de

la

de Pavie, que son père

palais

le

«

Il

», la

et qu'il acheva, était-il

de beau-

la

plus splendide résidence princière de l'Europe

d'alors.

C'est là qu'il transporta sa bibliothèque et la

grande collection de reliques lesquelles 11

il

serait extraordinaire

n'eût pas, dans

le

belles couronnes.

politique, recherché les plus

Le roi Wenceslas

roi d'Italie

lui

conféra

ne rêvait rien moins que

il 3

réunies et pour

particulière.

qu'un prince de ce caractère

domaine

de duc (1395); mais

ronne de

qu'il avait

une vénération toute

avait

ou

la

couronne impériale,

le litre

la

cou-

lorsqu'il

tomba malade etmourut (1402). On prétend qu'outre les contributions régulières, qui s'élevaient à 1,200,000 flo1

Coiuo,

fol.

272, 285.

8

CAGNOLA, dans les Archives, stor. III, p. 23. 3 C'est ce que disent Corio, fol. 283, et Poggio, Hist. Florent., IV, dans Mukatori, xx, col. 290. Cagnola parle ailleurs des vues dé Giangaleazzo sur la couronne impériale; il en est aussi question dans le sonnet qu'on trouve dans Trucui, Poésie ilal. inédite, H

p. 118

î

Sun In

le

man

Roma

ci:ià

lombarde con

per dârle a

le

cbiave

voi..., etc.

cbiama

: César mio novello Io sono ignuda, et l'anima pur vive :

vi

Or mi coprite

col Vostro mantello, etc.


16

L'ÉTAT AU POINT DE

rins

d'or, ses différents

une seule année, 800,000

VUE DU MÉCANISME.

États lui ont encore payé, en

de subsides

florins d'or à titre

extraordinaires. Après sa mort, l'empire qu'il avait fondé

au

moyen de

et,

en attendant,

toute sorte de violences, ses héritiers

tomba en

ruine,

purent à peine en con-

server les éléments primitifs. Qui sait ce que seraient

devenus ses

fils

(+1447),

avaient vécu dans

s'ils

Jean-Marie (f 1412)

naître la maison d'où race,

ils

et

Philippe-Marie

un autre pays

et sans con-

sortaient? Mais, issus d'une

ils

héritèrent aussi l'immense capital de

et de lâcheté qui,

telle

cruauté

de génération en génération,

s'était

accumulé dans cette famille Jean-Marie

est, lui aussi,

célèbre par ses chiens; mais

ce ne sont plus des chiens de chasse qu'il a

,

ce sont des

hommes en pièces conservés comme ceux

bêtes dressées à mettre des les

noms nous ont

été

de l'empereur Valentinien

pendant que lui

fit

pace!

r

1 .

entendre un jour dans

il fit

charger

la

la

rue

le

A

la suite

,

dire désormais

:

même

Dona

était

le

mourant

Milan, près de jour, Facino

du duc

,

femme 1

Corio,

fit

les prêtres

fol.

les

il

fut

mots de

reçurent l'ordre de

le

pour

à Pavie, l'église

moment où

assassiner Jean- Marie

de Saint-Gothard; mais,

le

à

même

jurer à ses officiers de soutenir le frère ,

et

demanda lui-même que

mariât avec ce prince, quand

301

Pace!

grand condottiere de ce fou couronné,

Philippe-Marie se

:

nobis tranquillitatem , au lieu de

pacem. Enfin quelques conjurés saisirent Facino Cane,

de

qui tuèrent

de l'événement,

défendu, sous peine du gibet, de prononcer pace et de guerra;

dont

peuple affamé

le cri

foule par ses soudards

deux cents personnes.

et

des ours

Lorsqu'au mois de mai 1409,

guerre durait encore,

la

,

ss.

il

Comp. Ammien Marceuin, XXIX,

ne

3.

sa

serait


CinPITRE plus

1 .

II.

LA TYRNNNIE AU QUATORZIÈME SIÈCLE

C'est ce qui

Teude épousa

ne tarda guère à arriver

l'héritier

:

17

Béatrice de

de Jean-Marie. Nous aurons occa-

sion de reparler de Philippe Marie.

Et

c'est à

rêvait de

une pareille époque que Nicolas de Ricnzt

fonder un nouvel empire

enthousiasme des

A

fils

côté de princes

dégénérés de

comme

d'Italie sur le fragiic

Rome

la

d'autrefois!

ceux-là, qui appliquent une

sauvage énergie à poursuivre, non pas des chimères, mais des réalités, et qui arrivent à leur but parce se servent

nables,

il

souille la

de tous

raît

moyens,

même

les

est impuissant, lui, le rêveur

plus

qu'ils

condam-

mystique, qui

pureté idéale de ses aspirations par des cruau-

dont l'atrocité

tés

les

même accuse

misérablement de

la

sa faiblesse, et

scène où

il

avait

si

il

dispa-

fièrement

débuté.

1

Voir Paul Jove, Elogia, p 88-92, Jo. Maria PMlippus,

cité p. 14, n. 2, p. 175-189.

et l'ouvrage


CHAPITRE

III

LA TYRANNIE AU QUINZIÈME SIÈCLE

La tyrannie au quinzième caractère.

Un

siècle

grand nombre de

présente un tout autre

petits tyrans

quelques-uns des plus considérables et les Carrara,

ont cessé d'exister;

,

tels

et

,

que

même

les Scala

les puissants se

sont

arrondis et ont donné à leurs États une organisation plus

savante;

sous

main de

la

la

nouvelle dynastie

aragonaise, Naples obéit à une direction plus énergique.

Mais ce qui caractérise surtout ce siècle, ce sont

pour arriver à

efforts des condottieri

indépendante, et pas vers

le

même

couronne

à la

triomphe de

force

la

;

une prime élevée, qui peut tenter la scélératesse.

Pour

en

:

la

c'est

un nouveau

même temps

le talent aussi

ménager un appui,

se

les

souveraineté

c'est

bien que

les petits

tyrans entrent volontiers au service des États puissants et deviennent leurs condottieri, ce qui leur procure

peu d'argent

un

et, d'autre part, leur assure l'impunité de

plus d'un méfait, peut-être leur territoire.

même

En somme grands ,

l'agrandissement de et petits sont

désor-

mais obligés de se donner plus de peine, de joindre l'inteRigence et le

de cruautés

calcul à la

inutiles;

ils

force

,

et

de s'abstenir

ne peuveut plus commettre

d'autres méfaits que ceux qui leur permettent d'arri-

ver à leur but; ceux-là,

les

juges désintéressés dans

la


,

CHAPITRE

III.

— LA

TYRANNIE AU QUINZIÈME SIÈCLE.

19

question les leur pardonnent.

Ici l'on ne trouve point de trace de cet amour, de ce respect qui faisait la force

des princes légitimes de l'Occident; a

tout au plus

,

sa capitale

lent

la

,

,

ce qu'il

;

prudence

de Charles

le

le

souverain italien

une sorte de popularité qui

,

pour

lui faut

le calcul.

Un

se

borne à

réussir, c'est le ta-

caractère

comme

celui

Téméraire , qui se lance avec une passion

furieuse dans des entreprises qui n'ont aucun caractère

pratique, était pour les Italiens une véritable énigme.

Mais

«

les Suisses

même on

ne sont que des paysans, et, quand leur mort ne constituerait pas

les tuerait tous

une réparation pour tous pourraient périr dans posséderait

la

,

les

seigneurs bourguignons qui

la lutte

!

même

Lors

que

Suisse sans avoir à la conquérir,

il

le

due

n'y ga^

gnerait pas cinq mille ducats de revenu annuel, etc. ». » Ce qui, dans Charles le Téméraire, rappelait le moyen âge, c'est-à-dire ses fantaisies lie

ou

ses idées chevaleresques, l'Ita-

depuis longtemps ne le comprenait plus

allait

Le prince qui jusqu'à donner des soufflets à ses lieutenauts , et

qui pourtant les gardait à son service; le prince qui maltraitait ses troupes pour les punir d'un échec subi, et

qu'on voyait ensuite blâmer ses conseillers intimes en

présence des soldats, devait être, pour

Sud, un

homme condamné. Quant

politique qui

aux princes

,

le

diplomates du

en matière d'astuce, en aurait remontré

italiens, et qui se posait

teur de François Sforza

sous

les

à Louis XI, cet habile

rapport de

,

en grand admira-

sa nature vulgaire le place

la culture

de

l'esprit,

bien au-dessous

de ses modèles.

Dans 1

De

les différents États italiens

du quinzième

siècle,

GiN'GiNS, Dépêches des ambassadeurs milanais, Paris et Genève p. 200 ss. (N. 213.) Comp. II, 3 (n. et II, 2l2ss. (n. 218)! * Paul Jove, Elogia, p. 156 SS. Carolus Burgundiœ dux.

1858,

II,


L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME.

20 le

bien et

le

mal

mélangés

se trouvent

clans

une bien

singulière proportion. La personnalité des princes de-

vient

si

ristique

remarquable, souvent 1

pour

si

la situation qu'ils

doivent remplir,

imposante,

ont

qu'il est difficile

de

et

pour

les

si

caracté-

le rôle qu'ils

juger d'après les

règles d'une morale inflexible. L'illégitimité est le vice originel

princes est entaché;

il

s'y attache

dont

le

pouvoir des

une sorte de malédic-

tion contre laquelle rien ne peut prévaloir. Leur recon-

naissance ou leur investiture par l'Empereur n'y peut rien

,

parce que

le

peuple ne tient nul compte du mor-

ceau de parchemin que

souverains sont allés cher-

les

cher dans quelque pays lointain ou qu'ils ont acheté à un étranger de passage dans leurs États*. Si les Empereurs avaient été bons à quelque chose,

ils

auraient

empêché l'avènement des tyrans voilà ce que disait la logique du simple bon sens. Depuis le voyage de Charles IV à Rome, les Empereurs n'ont plus fait que sanctionner en Italie l'état violent qui s'était formé sans ;

eux, sans toutefois pouvoir

le

garantir autrement que

par des chartes sans valeur. La conduite tenue par Charles en Italie, les deux fois qu'il y a séjourné (1354 et 1368)* est

qu'on

ait

une des plus honteuses comédies politiques On peut lire dans Matteo Villani 3

jamais vues.

comment

les Visconti l'ont

promené

sur leur territoire

mélange de force et de talent que Machiavel appelle qu'on peut aussi concevoir comme étant compatible avec Sévère. la sederatezza, p. ex., Discorsi, I, 10, à propos de Sept. VI, p. 293. 2 Voir sur ce sujet Franc. Vettorï, Arch. stor., «L'investiture faite par un homme qui réside en Allemagne et qui d'un empereur romain n'a que le nom, ne saurait faire d'un scélérat le vrai seigneur d'une ville. » 1

C'est ce

viriù et

M. VittANi, IV, 38, 39, 44, 56, 74, 76, 92; V, 1, 2, 14-16, 21, 22, Sans doute il reste à examiner si, par suite de l'antipathie qu'inspiraient les Visconti à cet historien, il n'a pas raconté »

36, 51, 54.


,

CHAPITRE et l'en

ont

partout; se faire qu'il

le

LA TYRANNIE AU QUINZiÈME SIÈCLE.

il

se

et

vrai

marchand

forain, pour

les privilèges

ses clients; quelle pitoyable figure

comment pleine

,

21

finalement, l'escortant toujours et

démène,

payer sa marchandise, c'est-à-dire

escarcelle

Malgré

fait sortir

comme

vend à

Home,

III.

il

fait à

il

repasse enfin les Alpes avec sou

sans

avoir

donné un coup d'épée

!

cela, des patriotes exaltés, des poètes, qui rêvaient

rétablissement de l'ancienne grandeur de

i'italie,

fon-

daient sur son apparition de grandes espérances, qui

naturellement furent ruinées par sa déplorable conduite.

Pétrarque avait, dans mainte lettre, engagé l'Empereur

pour rendre à Rome son ancienne

à passer les Alpes

Quand

splendeur et pour restaurer l'empire de l'univers.

Charles IV fut venu en Italie, naturellement sans penser le

moins du inonde à d'aussi grands projets,

espéra

il

voir ses rêves se réaliser et ne se lassa point d'entretenir le

prince de ses idées ambitieuses, soit par ses discours

soit

par ses lettres

quand

il

;

mais

il

finit

par se détourner de

lui

crut voir l'autorité humiliée par la soumission

de Gharles IV au Saint-Siège

Du moins, lors de son premier voyage (1414) Sigismond avait la bonne intention de chercher à intéres,

ser le pape

JeanXXlll à son concile

;

ce fut dans cette

circonstance que, l'Empereur et le Pape étant sur la

grande tour de Crémone pour admirer la

Lombardie,

le

le

panorama de

tyran local Gabrino Fondolo, leur hôte,

eut envie de les jeter tous deux en bas. La seconde fois,

Sigismond apparut tout acte

à fait

en aventurier

d'Empereur qu'en couronnant

le

:

il

ne

fit

poète Beccadelli;

bien des faits en les présentant sous des couleurs plus sombres que ne l'était la réalité. Dans un certain passage (IV, 74), il donne -de grands éloges à Charles IV. 1 Voir Appendice n° 1 à la fin du volume.


L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME

22

pendant plus de

mois

six

une prison pour dettes,

il

comme dans

resta à Sienne

et ensuite

il

ne put qu'à grand-

peine arriver à se foire couronner à Rome.

Que en

faut-il enfin

Italie

ont

le

penser de Frédéric III? Ses visites

caractère de voyages de vacances ou de

parties de plaisir effectuées aux dépens de princes qui

voulaient avoir leurs droits confirmés par étaient fiers de recevoir

Tel fut riale

le cas

lui, ou qui somptueusement un Empereur.

d'Alphonse de Naples,

à qui la visite

de son deuxième retour de

Rome

une journée entière dans

chambre, à Ferrare

sa

jusqu'au chiffre de quatre-vingts

des

dotlori,

:

il

des conti, des notaires

de différentes nuances, par exemple

un

conte avec le droit de

nommer

currence de cinq; un conte avec

le

Lors

(1469), Frédéric passa 8 ,

à distribuer et à contre-signer des promotions.

lieri,

impé-

coûta jusqu'à cent cinquante mille florins d'or

:

nomma ;

Il

alla

des cava-

créa des conti

il

un

occupé

conte palatino,

des dottori jusqu'à condroit de légitimer des

bâtards, de créer des notaires, de réhabiliter des notaires déclarés indignes, etc. Seulement son chancelier de-

manda, pour l'expédition des brevets dont

il

s'agit,

des

honoraires qui furent trouvés un peu exagérés à Ferrare

Onne parle pas des réflexionsauxquelles se livra le seigneur fit nommer, à cette occasion, duc de Modènc

Borso, qui se et

de Reggio, moyennant une redevance annuelle de qua-

tre mille florins d'or, lorsqu'il vit son protecteur impérial

1 On trouvera de plus amples détails dans Vespasiano FiouenTINO, éd. Mai, Spicilegium Romanum, vol. I, p. 54. Comp. 150 et Pa-

NORMITA, De 3

dictis etfactis Alphonsi, lib. IV, n° 4. Diario Ferrarese, dans Murât., XXIV, col. 217 ss.

3

Havcria voluto scortigare

la brigala.

Jean-Marie Filelfo, qui vivait

en ce temps-là à Bergame, écrivit une violente satire in vulgus equitum auto notalorum. Comp. la Biographie de Filelfo, dans FAVRE, Mélanges

d histoire

littéraire,

1856,

I,

p. 10.


CHAPITRE

III.

— LA

TYRANNIE AU QUINZIÈME SIÈCLE.

signer des brevets avec un

cour se pourvoir de

titres.

Tandis que

les

1

uns

célèbrent l'Empereur avec

l'enthousiasme conventionnel de

Pogge*

la

Rome

impériale

,

le

ne sait plus du tout ce que signifie le couronne-

ment; chez

les

anciens

,

général victorieux, et

qu'on

toute sa petite

Les humanistes, dont la parole

époque, étaient divisés selon leurs

faisait autorité à cette

intérêts.

tel entrain, et

28

c'était

lui posait sur la tête

Avec Maximilien

I

on ne couronnait qu'un

dit-il,

une couronne de laurier

3 .

commence une

er

impériale à l'égard de

l'Italie,

nouvelle politique

une politique qui

se rat-

tache à l'intervention de peuples étrangers. Son début l'investiture

de Ludovic

malheureux neveu,

le

More avec suppression de son

n'était pas

de ceux qui portent de

moderne de l'intervention, quand deux compétiteurs se disputent un pays un troisième peut venir prendre sa part du butin et c'est

bons

fruits.

D'après

la

théorie

,

,

ainsi

ne

il

que l'Empire pouvait aussi demander fallait

,

qu'on détruisait

la

on attendait Louis XII

grande

doges, et que partout on peignait des torien Senarega 1

Mais

plus parler de droit et d'autres considéra-

tions de ce genre. Lorsqu'en 1502

à Gênes

sa part.

4

allait

salle

du

fleurs

de

palais des lys, l'his-

demandant de tous côtés ce que

Annales Estenses, dans MURAT., XX, col. 41.

Hist. Florent, pop., lib. VII, dans Murât., XX, col. 381. manière de voir se rattache aux sentiments antimonarchiques de beaucoup d'humanistes de cette époque. Comp. les renseignements précieux donnés par Bezold, la théorie de la souveraineté populaire pendant le moyen âge, Hist., t. XXXVI, p. 365. 3 Un certain nombre d'années après, le Vénitien Léonard Giustiniani critiquait le terme d'imperator comme n'étant pas classique; par suite, il déclarait qu'il ne pouvait s'appliquer aux empereurs d'Allemagne, et traitait les Allemands de barbares à cause de leur ignorance des usages et de la langue de l'antiquité. L'humaniste H. Bebel défendit les Allemands contre ces accusations. Comp. L. Geiger, dans la Biogr. gènér., H, 196. * Senarega, De reb. Genuens., dans Murât., XXIV, col. 575. 8

Poggu

Cette


L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME.

24

qu'on avait toujours épargnée au mi-

signifiait cette aigle lieu

de tant de révolutions,

et quels droits

sur Gôncs. Personne ne savait

que

phrase sacramentelle

la

En

pêrU.

général

,

que lorsque Charîes-Ouint l'Espagne

d'Empereur. Mais ce

A

est

une caméra im-

Italie n'était

capable de

pareilles questions.

fut à la fois maitre

Ce

n'est

de l'Es-

et de l'Empire qu'il put, avec les ressources

lui fournissait

le sait,

l'Empire avait

répondre autre chose

Gênes

;

personne en

répondre pertinemment à de

pagne

lui

non pas

à

qu'il

gagna

comme ou

ainsi profita,

l'Empire, mais à

la

puissance espagnole.

princes du quinzième

politique des

l'illégitimité

que

faire prévaloir aussi ses droits

,

siècle se rattachait l'indifférence à l'égard de la légiti-

mité de

la naissance, indifférence qui

Commines,

étrangers,

quelque sorte

la

dant que dans

Nord, notamment dans attribuait

la

dant que dans le

le

en

était

l'autre.

Pen-

maison de

aux bâtards des apanages

nettement délimités, des évèchés,

particuliers,

tenait sur

L'un

conséquence naturelle de

le

Bourgogne, on

choquait tant les

exemple.

par

etc.,

pen-

Portugal une ligne bâtarde ne se main-

trône qu'au prix des plus grands efforts,

n'y avait plus en Italie une seule maison princière qui

il

n'eût eu et qui n'eût supporté tranquillement dans la ligne

principale

quelque descendance illégitime. Les

Aragonais de Naples étaient maison, car ce fut

le

la

branche bâtarde de

frère d'Alphonse

de l'Aragon lui-même. Peut-être d'Urbiu Pie

II

n'élail-il

se

parmi eux 1

Ils

la

trouvaient Borso,

sont énumérés dans

col, 203.

éd.

Rom.

(1459),

huit

rencontre

et lui-

le Diario Ferrarese; voir

Compar. PU II Commentant,

Lorsque

duc régnant

à sa

le

la

qui hérita

grand Frédéric

le

Mantoue

maison d'Esté vinrent

se

er

pas un vrai Montefellro.

rendit au Congrès de

bâtards de

I

IS5î,

Muuat., XXIV, II,

p. 102.


CHAPITRE

même,

et

III.

deux

LA TYRANNIE

A.U

de son frère

illégitimes

fils

QUINZIÈME SIÈCLE.

décesseur Leonello, également illégitime.

pré-

et

y

Il

25

a plus

:

ce dernier avait eu une épouse légitime; c'était une illégitime d'Alphonse

fille

er

I

et d'une Africaine

1 .

Sou-

vent aussi l'on reconnaissait des droits aux bâtards,

notamment quand que

les fils légitimes étaient

mineurs

et

vacance du trône créait de sérieux dangers; on

la

admettait une sorte de droit d'aînesse, sans examiner si la

naissance du prince qui prenait

légitime ou non. Partout, en l'Etat, la valeur

de l'individu et

sont plus puissants que les

la

couronne

Italie, l'intérêt la

était

direct de

mesure de son talent

coutumes du reste de l'Occident, N'était-ce pas le temps où les fils des papes se taillaient des principautés dans la Péninsule? lois et les

Au

seizième siècle, grâce à l'influence des étrangers

de

la

et

réaction politique qui commençait à se faire

sentir, la question de la légitimité fut traitée

rement Yarchi trouve que ;

est

«

commandée par

la

succession des

moins légèfils

la raison et qu'elle a été,

légitimes

de toute

conforme à la volonté du ciel 5 ». Le cardinal Hippolyte Médicis fondait son droit à régner sur Floéternité,

rence sur

le fait qu'il était

ou du moins

légitime,

d'une union peut-être

issu

qu'il était fils

d'une

femme noble

non d'une servante 3 (comme le duc Alexandre). A celte époque commencent aussi les mariages de sentiet

ment ou mariages morganatiques,

qui,

morales

guère eu de sens au

et politiques, n'auraient

quinzième 1

pour des raisons

siècle.

Marin Sanudo,

Vita de' duclù di

Venezw, dans Murât., XXII,

col. 1113. 2

Yarchi,

Stor. Florent.,

3

I,

p. 8.

Souuno, Iielaz. di Iioma, 1553, chez Tommaso Gar, Rdazioni delta cône di Homa (dans Albeui, Relation degli ambascialori mneli, II s t. t.

t.

m,

p. 28i).


L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME.

26

La plus haute expression,

la

au quinzième

l'illégitimité

forme

la

plus admirée

siècle, c'est le

de

condottiere,

qui devient prince souverain, quelle que soit d'ailleurs

son origine. Au fond, inférieure par les

prise de possession de l'Italie

la

Normands au onzième

été autre chose; mais, à l'époque dont

projets de ce genre

commençaient

siècle n'avait

pas

nous parlons, des

à entretenir la

Pénin-

sule dans un état d'agitation qui allait devenir permanent.

Un condottiere pouvait s'élever au rang de souverain même sans usurpation, quand, par exemple, celui qui le payait

donnait

lui

du

d'hommes

naires renvoyait dats,

momentanément

la

indemnisé de

Cotignola

.

et

John Hawkwood, qui reçut

les villes

Mais quand

de Bagnacavallo

et

de

avec Albéric da Barbiano des

des chefs italiens entrèrent en

devint bien plus facile de gagner des princiou,

quelque

part,

si

le

condottiere

d'agrandir

ses

déjà

était

duché de Milan, après

(1402); les

deux

fils

de ce prince

souverain

possessions. L'ambition

effrénée des condottieri éclata pour la le

pût prendre indis-

exemple

la sorte, c'est

pautés,

dans

il

bande

armées italiennes il

plupart de ses sol-

d'un chef de

du pape Grégoire IX â

d'argent et

chef de merce-

d'hiver et cacher les provisions

premier

pensables. Le

scène,

même quand un

avait besoin d'un lieu sûr

il

quartiers

ses

défaut

terres à

des

reste,

la

première

fois

mort de Jean Galéas

(p. 16)

ruinèrent surtout

leur puissance en cherchant à détruire ces tyrans militaires;

aussi le plus

légua-t-il

1

t.

la

maison régnante sa veuve

suit, compar. CUnestrini, dans l'introduction du des Archiv. stor. Voir sur ce personnage Shepherd-Tonelli, Vita diPo&gio, App.,

Pour ce qui

XV a

grand d'entre eux, Facino Cane,

en mourant à

p. 8-16.


CHAPITRE

III.

— LA

TYRANNIE AU QUINZIÈME SIÈCLE.

un grand nombre de

future,

florins d'or;

à sa suite

villes et

quatre cent

de plus, Béatrice de Tende

raille

17) entraîna

(p.

soldats de son premier mari

les

27

C'est de époque que datent ces rapports, immoraux au delà de toute mesure, entre les gouvernements et leurs ».

celte

condottieri, qui donnent au quinzième siècle

tère

étrange.

si

Une

vieille

2

anecdote

un carac-

une de ces

,

anecdotes qui sout vraies partout et nulle part, peint ces rapports à peu près de la manière suivante

citoyens d'une

blement)

ville (c'est

de Sienne

un général

avaient

qui

d'une incursion ennemie; tous

les

daient quelle récompense on devait

rent par déclarer

penser

qu'ils

même

assez,

ensuite nous

ville.

Et

traita

Romulus. En

il

s'ils

la

l'autre

monde

les

délivrés

deman-

se

décerner; le

ils fini-

récom-

de l'autorité

parole et dit

:

Tuons-

comme un patron de ia peu après comme le sénat de Rome

effet, les condottieri avaient surtout à

quand

ils

combattaient

devenaient dangereux, et on

les faisait dis-

comme Robert

paraître

ils

l'investissaient

se défier de ceux qu'ils servaient; ils

lui

avait

:

proba-

l'adorerons

fut traité

avec succès,

les

jours

ne pourraient jamais

suprême. Alors l'un d'eux prit le,

qu'il s'agit

Malatesta, qui fut dépêché dans

aussitôt après la victoire qu'il avait

remporpour le compte de Sixte IV (1482); mais parfois, au premier revers, on les punissait comme les Vénitiens avaient

tée

puni Carmagnola (1432)

3 .

Ce qui caractérise

la situation

' Cagnola, Archiv. stor., III, p. 28; et (Filippo Maria) da lei (Beatr.) ebbe molto texoro e dinari e tutti le giente d'arme del dicto Facino che , obedivano a lei.

2

dans Eccard, Scriptores, H, col. 1911. Machiavel pose au condottiere victorieux l'alternative de remettre, aussitôt après la victoire l'armée au maître qui le paye, ou de gagner les soldats, de s'emparer des places fortes et de punir le prince diquella ingratitudine, che esso gli userebbe. 3 Compar. Barth. f acius, De vir. M., p. 64, qui rapporte que C a Infessura,

{Discorsi,

i,

30)


L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME-

28

au point de vue moral,

c'est

élaient obligés de livrer leurs enfants, et que,

que souvent

comme

maigré

ressentaient la confiance.

11

les condottieri

otages leurs femmes et

cela,

ils

n'inspiraient ni ne

aurait fallu qu'ils fussent

comme

des héros d'abnégation, des caractères

Bélisaire,

pour ne pas amasser dans leur cœur des trésors de haine;

aurait fallu qu'ils fussent foncièrement

il

pour ne pas devenir de francs

cet aspect que nous apprenons à

les

bons sous

le

mépris

le plus

plus sacrées, la cruauté et la

leurs dernières limites

poussées à

trahison

c'est

connaître beaucoup

d'entre eux; nous trouvons chez eux

profond des choses

Et

scélérats.

ils

;

sont

presque tous gens à mourir en se riant des foudres de Mais en

l'Église.

même

temps, chez plus d'un,

sonnalité, le talent se développent à leux,

On

trouve ainsi

temps modernes où

pendamment de cipal,

le

Sforza

1

la

un degré merveil-

les

premières armées des

valeur personnelle

du

chef, indé-

toute autre considération, est

tout-puissant

est

per-

soldats reconnaissent et admirent cette

et leurs

supériorité.

la

ressort.

La

vie

une preuve éclatante de ce

fait

de il

;

le

prin-

François n'y a pas

de préjugé de caste qui eût pu l'empêcher de devenir l'idole les

de tous et de

moments

déposer

les

se

difficiles.

servir de cette popularité dans

On

a

vu parfois

les

armes à son aspect, se découvrir

ennemis

et le saluer

élé à la tête d'une armée de 60,000 soldats. Les Vénitiens ont-ils aussi empoisonné Alviano (1516), parce que, comme le dit Prato dans les Arduv. Stor., m, p. 348, il a secondé les Français avec

La république se fit trop d'ardeur à la bataille de S. Donato? léguer par Colleoni toute sa succession, et, après sa mort (1475J, elle se l'adjugea en vertu d'une confiscation en règle. Compar. MaLIPIerO, Aunati Veneti, dans les Archie. iler., VII, I, p. 244. Elle aimait à voir les condottieri placer leur argent à Venise. M>id„ p. 351. 1

Cagnola, dans

les Archiv. stor., III, p. 121 ss.


CHAPITRE

Ul.

LA TYRANNIE AU QUINZIÈME SIÈCLE.

respectueusement, parce que chacun le

«

commun

père

des soldats

le

regardait

29

comme

».

Cette famille Sforza est surtout intéressante parce

qu'on croit trône

la voir,

dès l'origine, s'acheminer vers

grande fécondité qui

C'est sa

*.

mière de sa brillante fortune ques Sforza,

très-célèbre, avait

qui était déjà

le

pre-

père de François, Jac-

le

:

fut la cause

vingt

frères et sœurs, qui tous avaient été élevés à la dure

dans

de Cotignola près de Faenza, et qui avaient

la ville

grandi sous l'impression d'une de ces éternelles vendettas

romagnoles qui armait leur famille contre

Toute garde

la ;

mère

la

de

elles-mêmes étaient de véri-

et les filles

tables guerrières. Jacques n'avait qu'il partit

les Pasolini.

n'était qu'un arsenal et qu'un corps

maison

que

secrètement à cheval pour

treize ans lorsaller

rejoindre,

tout près de Panicale.le condottiere pontifical Boldrino. C'était

celui

qui,

tout mort

était, commandait un successeur digne de

qu'il

encore jusqu'à ce qu'il trouvât lui;

en

effet, le

mot d'ordre

sortait d'une tente toute

garnie de drapeaux, dans laquelle on conservait

embaumé

de

de condottiere, Jacques tion,

il

associa les

le

corps

Lorsque, grâce à ses exploits

l'illustre chef.

arrivé à une haute situa-

fut

membres de

sa famille à sa fortune

et s'assura ainsi les avantages que vaut à

un prince une

nombreuse dynastie. Ce sont ses parents qui empêchent l'armée de se disperser, pendant qu'il est enfermé dans le Castel

Nuovo

à Naples, et c'est sa

sœur en personne

qui s'empare des négociateurs du roi et qui, en déte-

nant ces otages,

le

sauve de

la

mort.

Ce qui prouve que Jacques Sforza 1

C'est,

Sfortiœ

du moins, ce que

(Rome,

se croyait assuré d'ua

Paul Jove, dans sa Vite ma gui au cardinal Ascanio Sforza), une

dit

1539. Livre dédié

des plus intéressantes de ses biographies.


L'ÉTAT AU POINT DE

80

VUE DU MÉCANISME.

avenir sérieux et durable, c'est qu'en matière pécuniaire respectait scrupuleusement les

il

engagements

pris, ce qui lui faisait trouver du crédit

même

après

la

défaite; c'est

paysans contre

les

la licence

chez

qu'il avait

les

banquiers,

il

protégeait

que partout

des soldats, et qu'il ne per-

mettait pas de détruire les villes conquises; mais ce qui

montre mieux que tout

le

le reste, c'est qu'il

célèbre concubine (Lucie, mère de François) à

de rester libre de

afin

Le mariage de

du

culs

même

s'allier à

proches

ses

était

maria sa

un

autre,

une famille princière.

subordonné

à des cal-

ne donna jamais dans l'impiété désordonnée des autres condottieri les

genre.

ni dans la vie

Il

;

trois

maximes

qu'il

recommanda

qu'il le lança

dans

jamais à

la

femme

gens, ou,

si

le

à son

monde, étaient

celles-ci

:

Ne louche

cela t'arrive, envoie-le bien loin; enfin, la

ne bouche dure ou sujet

à perdre ses fers. Mais avant tout

d'un grand soldat, exercices,

une

avait

il

pour

lui la

d'un grand capitaine,

personnalité, sinon

un corps robuste, figure

du moins rompu à tous

de paysan bien populaire,

une mémoire remarquable grâce à

laquelle

et retenait ce qui avait rapport

sait

François lors-

d'autrui; ne frappe aucun de tes

monte jamais un cheval ayant

les

fils

il

connais-

à tous ses sol-

dats, à tous leurs chevaux, à tous les détails de leur vie de mercenaires. Le cercle de ses connaissances ne

détendait pas au delà de

l'Italie

;

mais

il

consacrait tous

ses loisirs à l'étude de l'histoire et faisait traduire

son usage des auteurs grecs et François, son

fils,

pour

latins.

qui surpassa encore la gloire de son

père, a travaillé dès l'origine à fonder une grande domination aussi ;

l'éclat foi,

a- t-il

gagné

avec lequel

il

le

puissant duché de Milan, grâce à

a conduit ses armées et à sa mauvaise

qui ne connaissait point de scrupules (1447-1450).


CHAPITRE

— LA

III.

Son exemple à cette

TYRANNIE AU QUINZIÈME SIÈCLE.

fut contagieux. Sylvius

époque

Dans noire

«

:

gements, où rien n'est solide sance séculaire, rois.

de

la

»

fortune

»,

le

pays

de Nicolo. Tout

brûlante,

il

n'y a pas une puis-

nommait lui-même

le

:

c'était

monde

«

l'homme

Giacomo Piccinino,

un

cipauté. Les États considérables avaient

prin-

intérêt évi-

dent à l'empêcher, et François Sforza trouvait aussi

y

avait avantage

pour

lui à clore la liste

devenus souverains. Mais

envoya contre

avait voulu,

les chefs

qu'on

par exemple,

s'emparer de Sienne, reconnurent que leur intérêt

de

le

soutenir 3

«

.

S'il

tombait, se disaient-ils,

drait retourner à la charrue.

dans Orbitello,

»

le

il

était

nous fau-

tenant enfermé

passer des provisions, et

lui firent

ils

Tout en

qu'il

des condottieri

troupes et

les

lui, lorsqu'il

le

cette question

se posait

ou non à fonder une

aussi réussirait

si lui

écrivait

amoureuse de chan-

occupait alors plus qu'aucun autre l'ima-

gination de tout fils

qui se

et

1

peuvent facilement devenir

les valets

Un individu,

Italie

Énéas

31

il

parvint à sortir avec honneur de ce mauvais pas. Mais il

ne put toujours échapper à son destin. Toute

l'Italie

était attentive à ce qu'il allait faire lorsqu'on 1465, reve-

nant de voir Sforza

du

roi Ferrante.

engagements

les

à Milan,

il

se rendit à Naples, auprès

Malgré toutes

les garanties,

plus solennels, ce prince le

siner dans le Castel

Nuovo

3 .

Même

les

malgré fit

les

assas-

condottieri qui

possédaient des États obtenus par voie de succession ne 1 jEn. Sylvius, Commentai-, de dictis et faclis Alphonst, Oj)era ed. 153S, p. 251 . Novilate gaudens halia nihil habet slabile, nullumin ea velus regnum, facile hic ex servis reges videmus.

* Pli II,

Comment., I, 46. Compar. 69. Sismondi, X, p. 258. Corio, fol. 412, où Sforza est considéré comme complice du meurtre parce que la popularité et le renom militaire de Piccinino lui avaient fait craindre des dangers pour ses propres fils. Sloria Bresctana, dans MutUT., XXI, col. 902. Comme le raconte Malipiero, Ann. veneli archiv. stor., VII, I, p. 210, des exilés florentins tentèrent Colleoni, le grand condottiere *


VUE DU MÉCANISME.

L'ÉTAT AU POINT DE

32

en sûreté

se sentaient jamais

Rome,

Bologne

l'autre à

en mourant

faisait

;

lorsque Robert Maîatesta

moururent

et Frédéric d'Urbin

(1482),

même

le il

recommander

Tout semblait permis contre une

jour, l'un à

trouva que chacun

se

ses

États à l'autre

classe

de gens qui se

permettait tant de choses. Tout jeune encore, François Sforza avait été marié

une riche héritière de Caiabre,

à

Polyxène Ruffa, comtesse de Montalto, qui

une

fille-,

une tante empoisonna

s'empara de

A

la

succession

partir de la

la

femme

et

lui l

donna

enfant, et

*.

mort de Piccinino.

la

formation de nou-

veaux États de condottieri fut manifestement considérée

comme un tre

«

scandale qu'on ne devait plus tolérer;

grands États

et Venise

»

les

qua-

de Naples.de Miianjes États de l'Église

semblèrent organiser un système d'équilibre qui

ne comportait plus ces corps politiques irréguliers. Dans lesÉtats de l'Église où fourmillaient de petits tyrans qui

avaient été condottieri ou qui l'étaient encore, les princes

neveux s'arrogèrent, de se livrer à de perturbation

à partir

de Sixte IV, le droit exclusif

telles entreprises.

Mais

les condottieri reparaissaient.

la

moindre

Sous

le triste

à

règne d'Innocent Y III, un certain capitaine Boccalino, qui avait été autrefois au service delà Bourgogne, fut sur le

point de se donner aux Turcs avec la

dont

il

s'était

se débarrasser

emparé 3 de

lui

d'Osimo,

ville

heureux de pouvoir

;

on

fut trop

en

lui

donnant une grosse somme

vénitien, en lui offrant de le faire duc de Milan, s'il chassait de Florence leur ennemi Piero de Médicis. 1 Allegretti, Diam Sanesi, dans Murât., XXIII, p. 81!. 8 Orationes Philelpht, ed. Venet. 1492, fol. 9, dans l'oraison funèbre

de François. 3 Marin SANUDO, 1241.

XXII, col Vite de' duchi de Ven., dans MuRAT. Compar. REUMONT, Laurent de Médicis (Leipzig, 1874), II, p. 324-

327, et les passages qui y sont cités.

,


CHAPITRE

III.

l'argent, que

En

lui

LA TYRANNIE AU QUINZIÈME SIÈCLE. accepter Laurent

fit

le

33

Magnifique.

1495, lors de la perturbation générale qui suivit

campagne de Charles

VIII,

un condottiere du

nom

la

de

Vidovero de Brescia essaya de se rendre souverain déjà antérieurement il s'était emparé de la ville de Césène, 1

;

en mettant

à

mort un grand nombre de seigneurs

bourgeois mais ;

le

château tint bon, et

son dessein; en revanche,

un autre

avait cédée

Rimini,

fils

de ce Robert dont

et

de

dut renoncer à

d'une bande que

suivi

lui

Pandolphe Malatesta de

sacripant,

et condottiere au service

il

il

a été question plus haut

de Venise,

il

enleva

la ville

de

Castelnuovo à l'archevêque de Ravenne. Les Vénitiens, qui craignaient pis et qui d'ailleurs étaient pressés par

Pape, ordonnèrent à Pandolphe,

le

intention celui-ci

douleur

»,

de se

saisir

«

dans une bonne

de son bon ami à l'occasion;

s'empara en effet de sa personne, »

;

il

reçut l'ordre de

Pandolphe eut

la

le

faire

«

bien qu'avec

mourir au gibet.

délicatesse de le faire étrangler d'abord

dans sa prison et de

le montrer ensuite au peuple. Le dernier exemple remarquable d'usurpations de ce genre

est fourni

par

le célèbre Castellan

des désordres qui éclatèrent dans bataille

de Pavie

(1525), se tailla

de Musso, qui, lors le

Milanais après

une principauté sur

bords du lac de Côme. 1

Malipiero, Ann.

I.

Veneli, Archiv. sler

,

VII,

I,

p. £07.

la

les


CHAPITRE

IV

LES PETITS TYRANS

En

général, on peut dire, à propos des tyrans

du quin-

zième siècle, que le désordre était à son comble surtout dans les principautés de moindre importance. Là, dans les membres voulaient notamment de fréquentes Bernard Varano de Camerino

de nombreuses familles dont tous tenir

leur rang, s'élevaient

querelles de succession

:

disparaître (1434) deux de ses frères

fit fils

avaient envie de leur héritage.

»,

parce que ses

Quand un simple

tyran local se distingue par un gouvernement sage, mesuré, exempt de violence, en même temps que par

son zèle pour

la culture intellectuelle, c'est,

en général,

indiquelque rejeton d'une grande maison ou quelque considérable. État vidu entraîné dans la politique d'un Tel était, par exemple, Alexandre Sforza», prince de de Pesaro, frère du grand François et beau-père

Frédéric d'Urbin (f 1473). juste et abordable à tous, carrière militaire, d'un

Bon administrateur, prince il

jouit,

règne

après une longue

paisible

et

tranquille,

loisirs réunit une magnifique bibliothèque et passa ses

de sujets à s'entretenir de questions scientifiques et Bentivoglio de piété. On peut en dire autant de Jean II de Bologne (1462-1506), dont »

3

la politique était

dans MURAT», XXI, Vespasiàno Fiorwt, p. 148.

Chron. Eugubinum,

COl. 972.

subor-


CHAPITRE donnée à

IV.

LES PETITS TYRANS

35

des maisons d'Esté et de Sforza. Par

celle

contre, quels sanglants désordres, quelles cruautés ne

trouvons-nous pas chez

Varanni de Camerino,

les

les

Malatesta de Rimini, les Manfreddi de Faenza, et surtout chez les Baglioni de Pérouse! Nous

rablement renseignés sur famille vers la fin

l'histoire

du quinzième

de Graziani et de Matarazzo

sommes admi-

de cette dernière par les chroniques

siècle,

qui sont des sources pré-

cieuses.

Les Baglioni, dont on disait qu'ils naissaient l'épée au étaient une de

côté,

ces

familles

dont

la

puissance

n'avait pas revêtu le caractère d'une véritable princi-

pauté, mais reposait plutôt sur une primatie locale, sur

de grandes richesses

dans

la

et sur

une influence souveraine

On

nomination aux emplois.

membre de

comme

la famille

reconnaissait

un

chef de tous les autres;

mais une haine profonde et cachée

divisait les

membres

des différentes branches. Les Baglioni avaient contre eux le

parti

de

monde ne

la

noblesse, dirigé par les Oddi; tout ce

sortait

qu'armé

(vers 1487), et toutes les

sons des grands étaient pleines de bravi; tous avait des scènes

les

maijours

de violence à l'occasion des funéd'un étudiant allemand assassiné, deux collèges prirent les armes l'un contre l'autre; quelquefois môme

y

il

;

railles

les bravi

de différentes maisons se livraient des

batailles

en pleine place publique. Les marchands et les ouvriers avaient beau gémir, les gouverneurs, et les neveux pontificaux gardaient le silence

ou s'éclipsaient. Enfin les Oddi sont obligés de quitter Pérouse; ù partir de ce moment la ville devient une citadelle assiégée, sous l'autorité

1

absolue des

Arehiv. stor,, XVI, parte

Baglioni,

I

et

II,

qui convertissent le

éd. Bonaini, Fabretti, Polidori.


36

L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME.

cbme lui-même en de main donnent

caserne. Les complots et les coups

lieu à

de terribles représailles

:

149 î, cent trente individus qui avaient pénétré dans

en la

furent sabrés et ensuite pendus aux portes du

ville

palais

Baglioni; en revanche, on érigea trente-cinq

autels sur la grande place, et pendant trois jours

messes et l'on

dit des

l'endroit

où avait eu

fit

on

des processions pour purifier

Un neveu

lieu le massacre.

cent VIII fut poignardé en plein jour dans

la

d'Innorue;

un

neveu d'Alexandre VI, qui avait été envoyé pour réconcilier les deux partis, ne recueillit que des insultes. Par contre, les deux chefs de la maison régnante, Guido et Ridoîfo, avaient de fréquentes entrevues avec une ,

miracles, la

Sœur Colomba de

geait, naturellement

Rieti

en vain, à

A

:

celle-ci les

faire

menaçant des plus grands malheurs pas.

nonne

qui passait pour sainte et qui faisait des

dominicaine

s'ils

paix,

la

engaen

les

ne l'écoutaient

ce propos, le chroniqueur fait remarquer les sen-

timents de piété que professaient, dans ces années terribles, les

Pérugins honnêtes et

éclairés.

Pendant que

Charles VIII approchait, les Baglioni et les proscrits

campés dans une guerre

la ville

telle,

d'Assise et aux environs se firent

que dans

furent rasées, que les

que

vallée toutes les

paysans ruinés durent se

les

sins, et sailles

la

la

faire

brigands

et assas-

cerfs et des loups peuplèrent les brous-

que des

dont

maisons

champs restèrent sans culture,

campagne

s'était

couverte et où

régalaient des cadavres des victimes, de tien «.Lorsque Alexandre

VI

«

ils

se

chair de chré-

s'enfuit dans l'Ombrie

pour

échapper à Charles VIII qui revenait de Naples (1495), l'idée lui vint à

Pérouse

qu'il pourrait se

pour toujours des Baglioni

:

il

débarrasser

proposa à Guido une fête

quelconque, un tournoi ou quelque chose de semblable»


,

CHAPITRE afin

de pouvoir

mais Guido

-

IV.

les

37

prendre tous d'un seul coup de

fut d'avis

que

Pérouse comptait dans

filet;

plus beau de tous les spec-

le

de voir réunis tous

tacles serait

renonça

LES PETITS TYRANS.

hommes armés que

les

murs;

ses

là- dessus

le

Pape

à son projet. Bientôt après les proscrits tentè-

rent un nouveau coup de main, et cette fois les Baglioni

ne durent

la victoire qu'à leur intrépidité

personnelle.

que Simonetto Baglione,

C'est dans cette circonstance

âgé de dix-huit ans seulement, se défendit sur

la

place

avec une poignée d'hommes contre plusieurs centaines

d'ennemis;

tomba frappé de

il

plus de vingt blesssures,

mais se releva quand Astorre Baglione vint à son secours, se remit

en

avec son armure en fer doré et son

selle

casque orné d'un faucon beau,

En ce

«

il

s'élança dans la mêlée, ».

temps-là, Raphaël, âgé de douze ans, étudiait la

peinture sous a-t-il

:

comme Mars lui-même

fier et irrésistible

la

direction de Pierre Pérugin. Peut-être

immortalisé des souvenirs de cette époque dans

les petits tableaux,

œuvres de

sa jeunesse,

il

a

repré-

senté saint Georges et saintJMichel; peut-être en reste-t-il

une trace impérissable dans Michel, et

si

le

grand tableau de saint

Astorre Baglione a trouvé sa transfigura-

tion quelque part, c'est certainement sous les traits de

cet archange.

Les adversaires des Baglioni avaient succombé ou s'étaient enfuis sous l'impression d'une terreur

et

ils

panique

étaient désormais hors d'état de renouveler

attaque de ce genre. Après quelque temps réconciliation partielle

,

et

un

certain

il

une

y eut une

nombre d'entre

eux purent rentrer dans leurs foyers. Mais Pérouse n'en devint ni plus tranquille, ni plus sûre;

régnait parmi les

membres de

la

la

famille

désunion qui

régnante ne

tarda pas à éclater, et une série d'épouvantables forfaits


,,

L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME.

38

commença. En Jean-Paul

face de Guido, de Ridolfo et de leurs

Simonetto

,

Marc-Antoine

,

etc.

,

Astorre

,

,

un

s'éleva

Sigismond

,

fils

Gentile

deux

parti dirigé par

petits-neveux, Grifon et Charles Barciglia; ce dernier était à la fois

neveu du prince Varano de Camerino

et

beau-frère d'un des proscrits d'autrefois, Jérôme dalla

En

Penna.

vain Simonetto

qui avait de sinistres pres-

,

demanda t— il en grâce à son oncle la perPenna Guido la lui refusa. Le complot tuer mission de

sentiments

,

:

mûrit et éclata tout à coup lors

au milieu de

,

l'été

de 1500,

du mariage d'Astorre avec Lavinia Colonna. La fête et se prolonge pendant quelques jours au

commence

milieu de lugubres présages qui deviennent toujours plus et plus menaçants, présages que Matarazzo

nombreux

rappelle dans

présent il

,

fit

un admirable

éclater l'orage

;

tableau.

était

avec une astuce diabolique,

présenta à Grifon l'appât du pouvoir suprême

fit

,

et lui

croire qu'il existait des relations coupables entre sa

femme Zénobie conjuré

et Jean-Paul; enfin,

il

désigna à chaque

victime qu'il devait frapper. (Les Baglioni

la

avaient tous des demeures séparées; la

Varano, qui

ils

occupaient, pour

plupart, l'emplacement du château actuel.)

quinze

main; nuit

hommes

à chacun des bravi qu'on avait sous la

le reste fut

du 15

Astorre

,

On donna

juillet

,

chargé de monter les

la

garde. Dans

portes furent forcées

,

et

Simonetto et Sigismond tombèrent sous

coups des assassins;

Lorsque

le

les autres

les

purent s'échapper.

corps d'Astorre fut trouvé gisant dans la

rue avec celui de Simonettojes spectateurs, les étudiants

la

Guido

étrangers

», le

«

comparèrent à

et surtout

celui

d'un

ancien Romain, tant les traits de la victime avaient de

grandeur et de noblesse; Simonetto cet

air

ils

retrouvaient encore chez

d'audace et de fierté qu'il avait eu


CHAPITRE pendant amis de

comme

LES PETITS TYRANS.

39

n'avait

pu

Les vainqueurs se présentèrent chez

les

sa vie,

dompter.

le

-

IV.

la famille

si la

mais

,

mort elle-même

trouvèrent tout

ils

monde en

le

larmes et faisant des préparatifs de départ pour

pagne. Cependant

les

ils

de leurs partisans

pénétrèrent dans ,

cam-

lendemain, conduits

sassins réunirent des soldats, et le

par Jean-Paul,

la

Baglioni échappés au fer des as-

la ville,

d'autres

menacés de mort par Barciglia

joignirent) à eux. Lorsque Grifon

tomba

,

Ercolano, entre les mains de Jean-Paul, celui-ci ses gens le soin de le tuer;

,

se

près de Sanlaissa à

Penna parvin-

Barciglia et

rent à se réfugier à Camerino, auprès de Varano, l'auteur de tout le mal.

de

la ville,

Atalante

En un

clin d'oeil

Jean-Paul fut maître

presque sans avoir perdu de monde. ,

la

mère de Grifon

,

femme encore jeune

Zénobie,

la

femme de son

fils,

et

deux de ses enfants,

et qui, à plusieurs reprises, avait repoussé

sant son

bru

et

fils

et

une terre avec

belle, qui la veille s'était retirée dans

en

le

maudis-

qui voulait la faire revenir, arriva avec sa

chercha son

fils

mourant. Tout

le

monde

s'écarta

devant ces deux femmes-, personne ne voulait passer pour meurtrier de Grifon, afin de ne pas encourir

le

diction de sa mère. Mais

jura son les

fils

se trompait;

de pardonner à ceux qui

coups mortels,

tion.

on

Le peuple

et

il

la

malé-

elle-même con-

lui

avaient porté

expira en emportant sa bénédic-

s'inclina avec respect

devant

les

deux

femmes lorsqu'elles traversèrent la place avec leurs habits C'est cette Atalante pour laquelle

tout ensanglantés.

Raphaël a peint plus tard

la

célèbre Mise au tombeau.

C'est ainsi qu'elle mit sa propre douleur

aux pieds de

Celle dont la douleur maternelle a été la plus sublime

et la plus sacrée.

Le dôme près duquel

s'étaient passés la plupart de


,

L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME.

40

ces tragiques événements fut lavé avec

du

vin et béni

de nouveau. L'arc de triomphe élevé à l'occasion du mariage était encore debout, avec les peintures qui retraçaient les hauts faits d'Astorre et les vers élogieux

bon Matarazzo, qui nous raconte tous

du

ces détails.

forma au sujet des Baglioni toute une légende, qui n'est que le reflet de ces horreurs. On prélendit que Il se

de tout temps

membres de

les

cette famille avaient péri

de mort violente; que vingt-sept d'entre eux avaient succombé le même jour; qu'une fois déjà leurs maisons avaient été rasées, et qu'on avait pavé les rues avec les tuiles qui les avaient couvertes, etc.

en

palais furent

Kn

attendant,

mis à

jets,

la

effet rasés

Sous Paul

III,

leurs

K

paraissent avoir conçu de sages pro-

ils

raison leurs propres partisans et protégé

les fonctionnaires

contre

les

crimes des nobles Mais plus

tard, la malédiction qui pesait sur eux éclata de

nouveau,

comme un incendie

étouffé seulement en apparence. Sous

Léon X, Jean-Paul

fut attiré à

l'un de ses

fils,

,

dans un

qui était également

une

Un

fois sa

et décapité (1520);

moment de trouble et d'extrême c'est-à-dire comme partisan du duc d'Urbin,

porairement confusion,

Rome

Horace, qui ne posséda Pérouse que tem-

menacé parles papes,

propre maison par

les plus

souilla

encore

atroces cruautés.

de ses oncles et trois de ses cousins furent tués; sur

quoi

le

duc

dire de s'en tenir là

lui fit

Son

frère

Malatesta Baglione, est le général florentin qui s'est

immortalisé par

dont

le fils

la

trahison qu'il a commise en 1530, et

Rodolphe

est le dernier rejeton

de

la famille;

1 Déjà Jules H s'était facilement emparé de Pérouse en 1506 et avait forcé Jean-Paul Baglione à lui rendre hommage; celui-ci ne profita pas de l'occasion (comme le dit Machiavel, Discom,l, chap. xxvn) de se rendre immortel en assassinant le Pape.

Varchi,

Stor. fiorent., I, p.

242

s».


,

CHAPITRE c'est

LES PETITS TYRANS.

qui a signalé son

celui

cruel par le meurtre

Pérouse

IV.

du légat

41

règne aussi court que et des fonctionnaires

de

(1534).

Nous retrouverons encore de temps en temps rans de Rimini.

On

a vu rarement

la

les ty-

scélératesse, l'im-

piété, le talent militaire et la culture intellectuelle réunis

au

même degré

Mais quand maison,

les

que dans Sigismond Malatesta méfaits s'accumulent

finissent

ils

par emporter

la

(-J-

comme

1467)

*.

dans cette

balance et par en-

traîner les tyrans dans l'abîme. Pandolfe, le petit-fils de

Sigismond, dont nous avons déjà parlé, ne

mainte-

se

nait plus que parce que Venise ne voulait pas laisser

tomber

ses condottieri, malgré tous leurs crimes; Iors-

qu'en 1497 ses sujets

pour

cela

Rimini et

*,

,

qui avaient des raisons suffisantes

bombardèrent dans son château

le

le laissèrent

saire vénitien

un commis-

ensuite s'échapper,

ramena ce

frère et de tant d'autres.

scélérat souillé

Au bout de

fort de

du sang de son

trente ans, les Ma-

latesta étaient de misérables exilés. L'époque de 1527

fut

,

comme

celle

petites dynasties;

de

un

César

Borgia

très-petit

vécurent au delà; encore

celles

,

funeste

nombre

à

ces

d'entre elles

qui survécurent n'en

furent-elles pas plus heureuses pour cela.

A

Mirandole,

où régnaient de petits princes de la maison de Pic vivait en 1533 un pauvre savant, Lilio Gregorio Giraldi, qui avait fui

la

dévastation de

au foyer hospitalier du 1

Rome pour

venir s'abriter

vieux François Pic (neveu

Compar. entre autres Jovianus Postanus,

De

du

immanitate,

cap. xvu. 3 Malipiero, Ann. Veneli, Archiv. stor., VII, I. p. 498 SS. Il avait fait chercher partout celle qu'il aimait et qui avait été enfermée dans un couvent par son père; ne l'ayant pas trouvée, il menaça le père, brûla le couvent et d'autres bâtiments, et tourna même sa fureur contre les personnes.


L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME.

42

célèbre Jean);

tombeau que traité

dont

la

le résultat

année-là 1 Mais quel .

l'ouvrage

:

«

de leurs entretiens au sujet du

prince voulait se faire élever, fut un dédicace est datée du mois d'avril de cette le

triste post-scriptum se lit à la fin

Au mois

d'octobre de

la

même

année,

de le

malheureux prince a été assassiné pendant la nuit; son neveu lui a ravi à la fois la vie et la couronne et moi,

même

j'ai

pu à grand'peine conserver une existence

désormais vouée à

plus profonde misère!

la

Une demi-tyrannie

sans caractère,

»

comme

celle que Pandolphe Petrucci exerça, à partir de 1490, dans la ville de Sienne alors déchirée par les factions, ne mérite

guère d'être étudiée. Aussi nul que méchant, Pandolphe gouverna avec le secours d'un professeur de droit et d'un astrologue, et sema de temps à autre

parmi son

ses sujets

plaisir était

du mont Amiata, sans quoi

ils

la

terreur

en en faisant tuer quelques-uns. En été, de rouler des blocs de pierre du hciut

écrasaient.

rusés ont échoué

se

préoccuper de savoir qui

Après avoir réussi

les

et

plus

c'est-à-dire à échapper aux pièges de César Borgia.il n'en mourut pas moins abandonné et méprisé. Mais ses fils purent exercer longtemps une ,

sorte de demi-tyrannie. 1

Lil.

Greg. Giraldus, De sepulcris ac vario sepeliendi ritu. Dans Opéra 640 ss., nouvelle édition de J. Faes, Helmstadt,

ed. Bas., 1580, 1, p.

1676. Dédicace et post-scriptum de Gir. ad Carolum Mikz Germanum, sans date dans cette édition, les deux sans le passage qui se trouve dans le texte. Déjà en 1470 une catastrophe en' miniature avait eu lieu dans cette maison (Gaieotto avait fait jeter en prison son jeune frère Antoine- Marie). Compar. Diario Ferrarese, dans Muhat., XXIV> col. 225.

m


CHAPITRE V LES GRANDES MAISONS RÉGNANTES

Parmi

les dynasties

d'Aragon mérite dal

,

importantes, celle de

maison

la

d'être étudiée à part. Le système féo-

qui subsiste

depuis les Normands sous la forme

ici

de baronnies indépendantes, donne à particulier, pendant

que dans

l'État

le reste

de

un caractère

l'Italie,

sauf la

partie méridionale des États de l'Église et quelques autres

régions,

admise taires.

,

la

et

propriété foncière pure et simple est seule

que

supprimé

l'État a

Alphonse

le

les privilèges

hérédi-

Grand, qui règne à Naples à partir

de 1435 (+ 1458), est loin de ressembler à ses descendants réels ou supposés. Grand et magnifique en toutes choses, tranquille au milieu d'un peuple qui l'aimait,

généreux envers ses ennemis

,

modeste malgré

le

sang

royal qui coulait dans ses veines, aimable et distingué

dans

la vie

dans

la

gna,

il

ordinaire

1

,

sachant se faire admirer jusque

passion tardive qu'il éprouva pour Lucrèce d'Alaeut

un

seul défaut, défaut qui

souvent sert à

faire valoir des qualités brillantes, la prodigalité

toutes les conséquences qu'elle entraîne fatalement. vit des

avec

On

employés aux finances devenir tout-puissants,,

malgré leurs malversations, jusqu'au moment

où, le

Roi

1 JoviJlN. PONTAN. Opp. ed. Basilea, 1538, 1. 1 : De liberalitale, cap. xix,. xxix, et De obedientû, I, 4. Compar. SiSMONDi, X, p. 78 SS. PANORMITA, De dictis et/aeU Alphonti, lib. I, n° 61 ; IV, n° 42:.


L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME.

44

fut poussé par la

tune

banqueroute à s'emparer de leur foron prêcha une croisade afin d'avoir un prétexte

;

pour imposer or, faire des liers afin

le

clergé; les Juifs durent donner leur vieil

dons volontaires

et

payer des impôts régu

-

d'échapper à de nouvelles mesures menaçantes

pour eux,

telles

que des prédications ayant pour but

leur conversion; à la suite d'un

grand tremblement de

terre qui désola les Abruzzes, les survivants furent obligés

de continuer

Par contre, quins les

tels

,

à

payer l'impôt pour ceux qui avaient péri.

il

supprima des impôts vexatoires et mes-

que l'impôt sur

Alphonse

dés

,

et

chercha à alléger les petites

était d'ailleurs l'hôte le plus

son temps, quand

ou

les

charges qui pesaient durement sur

il

avait à recevoir des visiteurs illustres

ambassadeurs de princes étrangers (page 22) il heureux de donner toujours de donner à tous

les

était

gens.

magnifique de

;

,

même

à des ennemis; enfin, sa libéralité n'avait plus de

mesure quand

il

s'agissait

de récompenser

les

travaux

littéraires.

Ferrante (Fernand)

\

bâtard; on disait qu'il

mais

qui

était peut-être le

il

lui

l'avait fils

succéda, passait pour son

eu d'une dame espagnole

;

d'un Marrano de Valence.

Était-ce le sang dont

tramés par

les

il était issu ou bien les complots barons contre son existence qui le ren-

1

Tristano Caracciolo, De Fernando gui postea rex âragonum. fuit dans MCRAT., XXII, COl. 113-120. JOVIAN. PONTANCJS, De prudentia, 1. IV; De magnanimitate, 1. I; De liberalilate, cap. xxix,

ejusque posteris,

36;

De

immanitate,

dcl regno

cap.

di Napoli contra

VHI. il

— Cam.

PORZIO, Congiura

de'

baroni

re Ferdinando,

I. Pisa, 1818 (nouvelle édition de Stanislas d'Aloe, Naples, 1859), patsim. Comines, Charles VIII, chap. xvii, avec le tableau général des Aragonais. Un

document important, qui prouve avec quelle activité Ferrante du peuple, c'est Régis Ferdinandi primi instruclionumUber,

s'occupait

:

publié par Scipione Vopicella, Naples, 1861, d'après l'autorité duquel il est permis de juger ce prince nn peu plus 1486-1487,

favorablement.


CHAPITRE

V.

sombre

dirent

LES GRANDES MAISONS RÉGNANTES.

45

et cruel? toujours est-il qu'il se signale

entre tous les princes d'alors par son épouvantable tyrannie. D'une

applique

infatigable, reconnu

activité

une des plus fortes

têtes politiques, réglé

toutes ses forces, la sûreté d'une

implacable et

exemple à

la

comme

dans sa

vie,

il

mémoire

profondeur d'une dissimulation sans

la

destruction de ses ennemis. Blessé, autant

qu'un prince peut

de

l'être,

la

conduite des chefs et des

barons, qui étaient ses parents par alliance et qui n'en étaient pas moins ligués avec tous ses ennemis extérieurs,

il

trueuses. lutte et

se

une habitude des cruautés

fit

Pour

se

procurer

de subvenir aux

les

frais

les plus monsmoyens de soutenir cette

de

ses

guerres extérieures,

recourut au système tout mahométan qu'avait employé Frédéric II. Le gouvernement seul faisait le com-

il

merce de

l'huile et

des blés

commerce en général chand,

nommé

profits

avec

armateurs;

François

lui et

les

;

Ferrante avait centralisé

le

entre les mains d'un grand mar-

Coppola, qui partageait

les

qui imposait ses volontés à tous les

emprunts forcés,

confiscations, la simonie, les

les

exécutions et les

contributions extraordi-

naires prélevées sur les corporations religieuses étaient les

autres ressources. Outre

geait rien ni personne, plaisirs

mis

solides, qu'ils

:

soit

il

la chasse,

se livrait à

il

ne ména-

deux genres de

aimait à avoir dans son voisinage ses enne-

il

vivants soit

et

morts

enfermés dans et

portaient de leur vivant

parlait des

des

embaumés, avec ».

11

cages le

ricanait

bien

costume

quand

il

prisonniers à ses confidents;

quant à sa

même

pas mystère.

collection de momies,

il

n'en faisait

Ses victimes étaient presque toutes des

hommes dont

'Paul Jove, HUior., i, p. 14, dans le discours d'un ambassadeur milanais; Diario Ferrarese, dans Murât., X,XiV, col. 294.


VUE DU MÉCANISME.

L'ÉTAT AU POINT DE

46

s'était

il

emparé par trahison, souvent

même

à

sa

une méchanceté vraiment infernale à l'égard de son premier ministre Antodéploya

table

royale.

nello

Petrucci, qui avait

Il

,

par

qui était affaibli

la

blanchi dans le service et

maladie

Ferrante continua

:

d'accepter les présents de ce vieillard qui de jour en

jour tremblait davantage pour sa vie, jusqu'à ce qu'en-

un semblant de participation à

fin

la dernière

conju-

un prétexte pour que Coppola. La

ration des barons fournit à son maître arrêter

faire

le

et exécuter, ainsi

manière dont tous ces ciolo

et

par Porzio

faits

ont été racontés par Carac-

dresser

fait

les

cheveux sur

la

tête.

Dans

la suite, le fils

aîné de Ferrante, Alphonse, duc

de Calabre, fut associé par son père au gouvernement

de «

l'État.

D'après le portrait qu'en fait Comines, c'était

l'homme

et le plus

le plus cruel, le

commun

plus pervers,

qu'on eût jamais vu

le »,

plus vicieux

un débauché

sanguinaire, qui avait sur son père l'avantage d'être

moins dissimulé et qui ne craignait pas non plus d'étaler au grand jour son mépris pour

Ce n'est pas chez ces princes

pratiques

cher

le

empruntent à

temps, c'est

le

l'art

et

presque toujours dégénérés cette

ses

cher-

à la culture de leur

luxe ou l'apparence de

Espagnols eux-mêmes se

vrais

pour

qu'il faut

caractère élevé et vivant de la tyrannie d'alors;

ce qu'ils

ses

la religion et

;

la civilisation.

montrent, en

mais c'est surtout la

Les

Italie, fin

de

maison de Marrano (1494 et 1503) qui montre chez

membres un manque

total

de race. Ferrante meurt

torturé par l'inquiétude et par

le

remords; Alphonse

1 II avait admis dans son intimité des Juifs, p. ex. Isaac Abravane), qui s'enfuit arec lui à Messine. Compar. Zvnz,Sw Vhitt. et la

litlér,

(Berl., 1845), p. 529.


CHAPITRE V.

1ES GRANDES MAISONS RÉGNANTES,

soupçonne de trahison son propre honnête

seul

de

homme

manière

la

s'enfuit

en

la plus

Italie, lui

de toute indigne

le

la famillle,

enfin

jeune Ferrante,

régné comme

chèrement

sa vie,

si

pos, dans un sens

dynastie qui

voulu rendre possible

elle avait

Mais

l'avenir.

Une

vengeance

dû au moins vendre «

», ainsi

que Comines

un peu

étroit,

ne fut hardi

la tête et

Péninsule, laissant son

la

celle-là aurait

une restauration dans cruel

perd

livré sans défense à la

des Français et à la trahison de tous. avait

il

le

et l'offense

qui avait passé jusqu'alors pour un

des meilleurs capitaines de fils,

;

Frédéric,

frère,

47

il

est

jamais

homme

l'a dit

à ce pro-

vrai,

mais non

sans justesse.

La souveraineté apparaît avec dans

italien,

le

caractère vraiment

sens du quinzième siècle, chez les ducs

le

de Milan, dont

la

domination se montre, dès Jean Ga-

léas (p. 15), sous les traits

d'une monarchie absolue.

Le dernier Visconti, Philippe-Marie (1412-1447), est surtout remarquable au plus haut point; c'est, de plus, une figure admirablement retracée par les historiens du

temps K Ce que

ment doué, trouve,

pour

chez

:

tous

lui

les

unique

;

la crainte

peut faire d'un

qui se trouve dans une haute ainsi

l'État n'a

riche-

situation, se

mathématiquement complet

dire,

qu'un but,

moyens dont

homme

il

la sécurité

dispose

du prince,

et

tendent à ce but

seulement, l'égoïsme féroce de ce souverain ne

dégénéra pas eu cruauté.

Il

habite le château de Milan,

1 Pétri Candidi Decembrii Vita Phil. Mariât Vicecomitis, dans MoRAT., XX, dont Jove dit non sans raison (Vitœ XII Vicecomitum, p. 186) Quum omissis laudibus quœ in Philippo ceiebrandœ fuerant, vitia notarel. Guarino donne de grands éloges au prince. Rosmini, Guarino, II, p. 75. Jove, dans l'ouvrage cité, p. 186, et Jov. Pontands, De liberalitate, II, cap. xxvm et xxxi, font surtout ressortir la nobl« conduite du prince à l'égard d'Alphonse prisonnier. :


L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME.

48

dans l'enceinte duquel on voyait les

manèges

reste de ville

;

les

les jardins, les allées et

plus magnifiques

;

il

n'en sort guère, et

longues années sans mettre

ses excursions

ont pour but

le

pied dans

les villes

de

pagne, où s'élèvent ses superbes châteaux;

la

la

la

cam-

flottille

de barques, que traînent des chevaux rapides et qui le

promène sur des canaux spécialement creusés est

à cet effet,

organisée en vue de toutes les exigences de

l'éti-

Toute personne qui venait au château

était

quette.

l'objet d'une surveillance

minutieuse; défense de sta-

tionner près d'une fenêtre, afin qu'on ne pût corres-

pondre par signes avec faire partie

dehors. Ceux qui devaient

le

de l'entourage immédiat du prince étaient

soumis à toute une série d'épreuves savamment calculées

;

quand ils

fiait les

sait

les avaient subies

des laquais, car l'un

l'autre.

avec succès,

Et

c'est cet

était

homme

leur con-

il

plus hautes fonctions diplomatiques

ou en

fai-

honorable que

aussi

qui a soutenu des guerres

longues et

difficiles, et qui a traité constamment de grandes affaires politiques, c'est-à-dire qui a dû sans

cesse envoyer dans toutes les directions

munis des pouvoirs sécurité, c'est

les

plus étendus.

que tous ces gens-là

des

Ce qui

hommes faisait sa

se défiaieut les

uns

des autres, c'est que les condottieri étaient surveillés par des espions, c'est que les négociateurs et les hauts fonctionnaires ne savaient à quoi s'en tenir et ne pouvaient

jamais s'entendre, parce que

ment

la division

soin d'accoupler chaque fois

coquin.

Même

tralement opposés

en

prince semait habile-

un honnête homme

et

un

dans son for intérieur, Philippe-Marie

est tranquille et concilie

fatalité, et

le

entre eux, et surtout parce qu'il avait

:

il

deux courants d'idées diaméaux astres et à une aveugle

croit

même temps

il

invoque

la

protection de


CHAPITRE

V.

— LES

GRANDES MAISONS RÉGNANTES

toute une légion de saints

goûte lire

les

';

il

des auteurs anciens,

poésies de Dante et de Pétrarque et se

des romans de chevalerie français. Enfin, ce

homme, mort

et qui faisait disparaître

vînt attrister

un séjour voué à

il

est

Son

du château jusqu'à ses trépas de personne ne

le

a hâté volontairement sa fin

plaie et

fait

même

qui ne voulait jamais entendre parler de la

favoris mourants, afin que

et

lit

49

ce

la joie,

en

même homme

laissant se

fermer une

en refusant de se laisser pratiquer une saignée,

mort avec noblesse

et dignité.

beau-fils et enfin son hérilier, l'heureux condot-

tiere François Sforza (1450-1466, p. 30), était peut-être

tous les Italiens l'homme préférait. Jamais

du génie

on

tel

que

n'avait vu

le

quinzième

de

siècle les

un triomphe plus éclatant

et de la force individuelle;

n'étaient pas disposés à reconnaître le

ne pouvaient s'empêcher d'admirer en

même

ceux qui

nouveau souverain lui

un

favori de la

fortune. Milan était flatté d'avoir à sa tête un prince aussi célèbre; lorsqu'il était entré dans sa capitale, le peuple l'avait qu'il

porté à cheval dans

mît pied à terre

Ta dressé

le

».

pape Pie

la cathédrale, sans souffrir

Voyons II *,

le

bilan de sa vie, tel

que

qui se connaissait en pareille

1

Serait-ce par hasard à lui que l'on doit les quatorze statues de la ville, qui ornaient les abords du château de Milan? Voir l'Histoire des Frondsberg, fol. 27. * Il était tourmenté quod aliquando « non esse » necesse essel. * Corio, fol. 400; Cagnola, dans les Archiv. stor., III, p. 125. «Pu II Comment., III, p. 130. Compar. II, 87, 106. Caracciolo peint sous des couleurs encore plus sombres les vicissitudes de la fortune de Sforza, De varietate fortunée, dans MCRA.T., XXII, col. 74. Par contre, un autre ouvrage célèbre la fortune de Sforza,

marbre des sauveurs de

C'est Oratio parentalis de divi Francisci Sphortice felicitate,

par FiLELFO. Cet écrivain, toujours prêt à faire l'éloge des maîtres les plus divers qui le payaient, a chanté les faits et gestes de François

dans une Sforziade qui n'a pas été imprimée. Même Decembrio (voir ci-dessus, p. 47, n. 1), l'adversaire moral et littéraire de Filelfo, a vanté dans sa biographie {Vita Franc. Sfortiœ dansMimit.

4


L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME.

50

matière.

En

«

1459, lorsque

le

duc vint à Mantoue pour

congrès des princes,

assister au

âgé de soixante

était

il

ans (ou plutôt cinquante-huit); à cheval, on l'aurait pris

pour un jeune homme;

il

avait

une majesté imposante,

une distinction souveraine

était calme, affable;

dans toute sa personne;

il

i!

éclatait

offrait la réunion la plus

com-

plète des avantages extérieurs et des dons de l'esprit;

jamais

il

ne connut

humble condition

la

défaite

:

tel était

l'homme qui d'une

s'éleva jusqu'au trône.

femme était comme les

Sa

belle et vertueuse, ses enfants étaient gracieux

anges du

ronna à

la

ciel;

il

était

vœax les plus

ses

mauvaise fortune

rarement malade; chers. Pourtant :

sa

il

succès cou-

le

paya son tribut

femme tua par jalousie la compagnons d'armes

maîtresse qu'il aimait; ses anciens et lui

amis

quittèrent pour servir

le

le

roi

Alphonse;

il

en faire pendre un autre, Ciarpollone, qui

fallut

s'était

rendu coupable de trahison; son frère Alexandre

excita

les

Français contre lui; un de ses

fils

entraîner dans un complot et fut arrêté;

une défaite

la

avait donnée.

marche d'Ancône,

il

se

laissa

perdit par

qu'une victoire

lui

Personne ne jouit jamais d'un bonheur

absolument sans mélange. Celui-là seul est heureux qui n'a pas trop à souffrir des atteintes de la fortune.

par cette définition négative que

mine son

portrait. S'il avait

voulu examiner général,

il

les

»

C'est

savaot pontife ter-

pu entrevoir

l'avenir

ou

conséquences du pouvoir absolu eu

aurait été certainement frappé

résultant de l'absence famille

le

du danger

de garanties que présentait

ia

du duc. Ces enfants beaux comme des anges, qui

bonheur de_££orza. Les astrologues disaient «L'étoile François Sforza présage du bonheur à un seul homme, mais des malheurs sans nombre à sa postérité » Arluni. De bello Venelo libri VU, dans Gr^ivius, T/ies. antiq. et hist. llalicce, V. p^.rs 111. Compar. aussi Barth. Faeii de tir. Ul„ p. 67.

tori, XX) le cie

:


CHAPITRE V.

LES GRANDES MAISONS RÉGNANTES.

de plus, avaient reçu l'éducation

la plus

complète

51

et la

plus soignée, une fois parvenus à l'âge d'homme, dégé-

nérèreut entièrement sous l'influence d'un égoïsme sans bornes.

Marie Galéas (1466-1476), prince remarquable par des qualités tout extérieures, était fier de sa belle main, des

grandes sommes

dont

il

qu'il

de sa belle fauconnerie.

qu'il entretenait,

tendre parler parce

qu'il parlait bien, et

sa parole n'était plus

il

salle

que son

Il

aimait à s'en-

jamais peut-être lorsqu'il pouvait

vénitien des choses blessantes

prenait de singulières fantaisies

lui

ainsi qu'il voulut, line

abondante que

un ambassadeur

Mais parfois

florins d'or

de son brillant entourage, de l'armée

trésor contenait,

dire à

payait à ses serviteurs, du crédit

deux millions de

jouissait, des

dans une seule nuit,

à fresque.

Il

faire

*.

c'est

:

peindre toute

eut aussi d'horribles accès de

cruauté, frappa quelques-uns de ses propres parents et se livra à de

monstrueux excès. Quelques

vèrent qu'il avait tous tuèrent 1

2

2

les

défauts d'un tyran;

et livrèrent l'État aux

Malipiero, Ann. On trouve sur

mains de ses

Veneii, Archiv. stor., VII,

le

exaltés, à la

Jean-André de Lampugnano, trou-

léte desquels était

I,

frères,

ils

le

dont

p. 216 SS et 221.224.

meurtre de Maric-Galéas Sforza des docu-

ments remarquables, rédigés par G. d'Adda, dans l'Archivio siorico lombardo giornale dclla socictà Storica lombarda, vol. II (1875), p. 281-294: 1° une épitaphe latine du meurtrier Lampugano, qui perdit la vie en exécutant son projet, et à qui l'auteur fait dire : Hic lubens quiesco, œternum inquam facinus monumenlumve ducibus, principibus, regibus qui modo sunt quique mox fulura trahantur ne quid adversus jusliliam faciant dicantve; 2° une lettre latine de Domenico de' Belli, enfant de onze ans, qui était présent au meurtre; 3° le Lamento de MarieGaléas, dans lequel, après avoir invoqué la Vierge Marie et raconte crime dont il a été victime, il provoque les plaintes de sa femme et de ses enfants, de ses fonctionnaires et des villes italiennes, qu'il nomme les unes après ks autres et adresse ses soule

pirs à tous les peuples de l'univers, même anx neuf Muses et aux dieux de l'antiquité, afin d'attirer sur les meurtriers les malédic-

tions de toute la terre.


L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME.

52

More, s'empara de toute

l'un,

Ludovic

ternir

compte de son neveu,

le

C'est à cette usurpation

des Français et

Comme ristique

le

qu'il oublia

que

se rattachent l'intervention

malheur de toute

More

prince, le

naturel de son époque, et, à ce

part,

titre,

emploie avec une parfaite naïveté fort

étonné

qu'il existe

ment

si

profonde, mais ;

on

les

il

comprendre

moyens; peut-être

un mérite tout particulier d'avoir exécutions sanglantes.

les

ses yeux, l'incroyable respect

pour

se

il

l'aurait probable-

l'on avait voulu lui faire

que possible

évité autant

que

sa force politique, était

les

dans l'autre;

A

Italiens profes-

un tribut légitime

prétendait tenir la guerre dans une main et

il

con-

le

une responsabilité morale portant non-seule-

se serait-il fait

saient

est le produit

moyens dont

sur le but, mais encore sur les

même

il

on ne saurait

absolue. Les

sert attestent l'immoralité la plus

ment

l'Italie,

est la figure la plus caracté-

du temps; mais, d'autre

damner d'une manière

l'autorité, sans

dans un cachot.

paix

la

aimait à faire rappeler sa puissance sur

il

des médailles et dans des tableaux où ses ennemis étaient

tournés en ridicule;

Alexandre

était

il

disait

encore en 1496 que

condottiere, Venise son chambellan, courrier, qui sa fantaisie*. il

était

lui

relle

nore.

pape

le roi

de France son

obligé d'aller et de venir au gré de

Même réduit à

calcule encore avec

qui

le

son chapelain, l'empereur Maximilien son

la

dernière extrémité (1499),

un sang-froid

parfait les chances

restent d'échapper au danger, et la bonté natu-

au cœur humain Il

lui inspire

une confiance qui

l'ho-

décline l'offre du cardinal Ascanio, son frère,

qui lui propose de défendre jusqu'au bout le château 1

,

Ckron. Venetum, dans Murât.,

Mxlipibro, Ann.

S 62.

XXIV,

Veneti, Archiv. stor.,

col. 65.

vu,

I,

p. 492.

Compar.

482,


CHAPITRE V.

de Milan, parce ensemble.

LES GRANDES MAISONS RÉGNANTES.

qu'ils

pardonnez-moi

Iui-dit-il,

pas confiance en vous, bien que vous soyez

n'ai

frère »; déjà cette

a

il

avait choisi

pour commander

garantie de son retour

du bien

avait toujours fait

n'en livra pas moins

A

ont eu autrefois de graves démêlés

Monsignor,

«

le

et

homme

un

»,

je

château,

le

jamais de mal

si

mon

auquel * ;

ii

celui-ci

château.

More

l'intérieur, le

53

s'efforça de

régner en

s'ia^pi-

rant des intérêts de ses sujets; aussi croyait-il pouvoir

compter, à Milan et en dernier tion dont il

avait

il

était l'objet.

imposé

exemple, politique,

il

le

lieu à Corne, sur l'affec-

Cependant, depuis l'année 1430,

pays outre mesure,

Crémone, par

et à

avait fait étrangler secrètement, par

un citoyen notable qui

s'était plaint

veaux impôts; aussi depuis ce moment ceux qui venaient

teLait-il à distance

présenter des requêtes;

lui

séparé d'eux par une barre

a ,

mesure

des nou-

il

était

ce qui obligeait les gens

à parler très-haut pour se faire entendre.

— Mais à

sa

cour, qui était la plus brillante de toute l'Europe depuis

que

la

cour de Bourgogne n'existait plus, on voyait

régner l'immoralité fille, le

la

moins resta toujours il

se

plus profonde

mari sa femme,

le frère sa

actif, et,

:

comme

père

le

sœur fils

s .

livrait sa

Le prince du

de ses œuvres,

trouva tout naturellement rapproché de ceux qui

devaient également leur situation à leurs hautes facultés intellectuelles, tels

que

les savants, les poètes, les

musi-

Son denàer discours â ce gouverneur, Bernardino da Corte, tout émaillé de fleurs de rhétorique, bieu que d'ailleurs il réponde aux idées qu'avait alors Ludovic, se trouve dans Senarega, Murât., 1

XXIV,

col. 567.

Diario Ferrarcse, dans MciUT., peuple croyait ciVil thésaurisait. *

XXIV,

col.

336, 367, 369. Le

' Corio, fol. 44o. On retrouve le contre-coup de cette situaiion surtout dans les nouvelles relatives à Milan et dans les introductions de Bandello.


L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME.

54

ciens et les artistes, L'académie fondée par lui

mission de servir

gens; aussi qui

a-t-il besoin,

a

pour

non de former des jeunes

prince et

le

1

non de

gloire des

la

membres

composent, mais seulement de leurs lumières et

la

de leurs travaux.

mante

fut

est certain

Il

que dans

maigrement rétribué

2

principe Bra-

le

cependant Léonard de

;

Vinci reçut, régulièrement jusqu'en 1496 un traitement considérable; d'ailleurs qu'est-ce qui aurait pu le retenir

à cette cour était

s'il

n'avait pas voulu

comme

ouvert

artistes d'alors, et le

More

y rester? Le monde

peut-être à n'importe lequel des

quelque chose prouve que Ludovic

si

une nature supérieure,

était

long séjour de ce grand maître

à la

c'est

précisément

cour de Milan.

par

c'est qu'il a peut-être été séduit aussi

extraordinaire de ces deux le

More

fut

réfugié.

des

fils

I

er ,

le

caractère

les

Français

hommes.

emprisonné par

(avril 1500) lorsqu'il revint Il laissait

le

Si plus

tard Léonard de Vinci a servi César Borgia et François

Ludovic

lui

de l'Allemagne, où

il

s'était

qui avaient été élevés par des

étrangers et qui étaient incapables

de

se

conduire

d'après le testament politique de leur père. L'ainé, Maximilien, ne lui ressemble plus

du tout;

le

plus jeune,

François, n'était du moins pas incapable de s'élever à une certaine hauteur. Milan, qui à cette époque changea

si

souvent de maître et qui souffrit cruellement de ces fluctuations politiques, chercha

contre

les réactions;

reliraient devant l'armée

milien

1

1

er ,

ils

More pour '

de

la

les

se garantir

Français se

sainte Ligue et de Maxi-

accordèrent aux Milanais des lettres réver-

AmoreTti, Memorie

storiche sulla vita,

eee.

di Lionardo da Vinci,

faut aussi rappeler les efforts faits par Ludovic assurer la prospérité de l'université de Pavie.

p. 35 ss., 83 ss. le

du moins à

en 1512, lorsque

Il

Voir ses sonnets dans Trucchi, Poésie

inédite.


CHAPITRE V. sales

-

LES GRANDES MAISONS RÉGNANTES.

aux termes desquelles ceux-ci n'avaient

pris

55

aucune

part à leur expulsion, et pouvaient, sans commettre

le

crime de rébellion, se donner à un nouveau vainqueur

Au

point de vue politique,

il

'.

importe aussi de considérer

que, lorsque des changements de cette nature se produisaient,

la

malheureuse

ville

devenait ordinairement

proie de quelques bandes de malfaiteurs (appartenant

la

quelquefois aux premiers rangs de

même

sait ainsi le

les

la société), et subis-

sort queNaples, par exemple, lorsque

princes d'Aragon furent obligés de s'enfuir.

Dans

la

trouvons

seconde moitié du quinzième siècle, nous

deux

quables par

la

principautés

qui les gouvernent

Mantoue

et des

particulièrement

remar-

sagesse et par le talent des souverains :

ce sont celles des

Gonzague de

Montefeltro. La famille des Gonzague

était assez unie; depuis

ensanglantée par

le

longtemps

meurtre, et

elle n'avait

elle

pas été

pouvait montrer

ses morts.

Malgré certaines traces de légèreté de mœurs, marquis François de Gonzague* et sa femme Isabelle

le

d'Esté ont été, en somme, un couple respectable et uni ils

ont élevé des

fils

;

remarquables en un temps où leur

Etat, important malgré sa petitesse, courait souvent les

plus grands dangers. Ni l'Empereur, ni les rois de France, ni Venise n'auraient eu l'idée de s'attendre à ce

que

Prato, dans Archiv. stor., III, 298; corapar. 302. Né en 1466; fiancé avec Isabelle, alors âgée de six ans, en 1480; s»n avènement a lieu en 484, son mariage en 1490, sa mort en 1519; Isabelle mourut en 1539. Ses fils sont Frédéric (1519-1540), devenu duc de Milan en 1530, et le célèbre Ferrante de Gonzague. Ce qui suit est extrait de la correspondance d'Isabelle et des 1

s

1

:

annexes, Archiv. stor., Append.. t. II, p. 206-326, publiées par d'Arco. Compar. ouvrage du même auteur Délie arii et degli artifici di Mantova. Mant., 1857-58, 2 vol. Le catalogue de la collection a été imprimé plusieurs fois. Le portrait et la biographie d'Isabelle se trouvent aussi chez Didot, Aide Manuce, Paris, 1875. Voir LXI-LXVIII. Compar. aussi plus bas, 2 a part., chap. h. 1

:


L'ÉTAT AU POINT DE

66

comme

François suivît,

une politique tout à moins, depuis

prince et

du Taro

la bataille

A

à son épouse. lité

héroïque,

que

la

il

mais du

sentit en lui

ses

moment, tout

sentiments

acte de fidé-

défense de Faenza contre César

Borgia, par exemple, apparaît à cette

comme une

condottiere,

et loyale;

(1495),

communiquer

partir de ce

tel

comme

honnête

fait

patriotisme italien et sut

le

VUE DU MÉCANISME.

réhabilitation de

femme remarquable

l'Italie.

Nous n'avons pas

besoin d'appuyer notre jugement sur l'autorité des écrivains et des artistes, qui payaient largement la protec-

tion de

princesse; ses lettres nous prouvent assez

la belle

en toute circonstance, qu'elle avait

qu'elle se possédait

un

remarquable talent d'observation,

et

qu'elle était

d'une amabilité sans égale. Bembo, Bandello, l'Ariosle et

Bernardo Tasso envoyaient leurs travaux à cette cour, bien qu'elle fût petite et sans influence, et que souvent la caisse fût vide.

n'existait plus,

Depuis que l'ancienne cour d'Urbin

on ne retrouvait nulle part une société plus

même

élégante que celle-là;

par

éclipsée

elle

la

cour de Ferrare était

en un point capital,

allures. Isabelle se connaissait très-bien

aussi pas

un amateur ne

lira-t-il

la

liberté des

en œuvres d'art;

sans un vif intérêt le

catalogue de sa petite, mais précieuse collection.

Urbin possédait un prince des plus remarquables dans la

personne du grand Frédéric (1444-1482) peu importe ;

d'ailleurs qu'il soit

condottiere,

et

un il

vrai Montefeltro

l'est resté

ou non.

Comme

encore trente ans après

avoir obtenu la couronne, servant tour à tour les rois et les papes,

ce dont

ils

il

avait la moralité politique

de ses

verain d'un petit pays

,

il

sou-

n'avait d'autre politique

que

de dépenser dans son duché à l'étranger, et

pareils,

comme

ne sont qu'à moitié responsables;

la solde qu'il avait

gagnée

d'imposer ses sujets aussi peu que possible.


— LES

CHAPITRE V.

GRANDES MAISONS RÉGNANTES.

deux successeurs

C'est de lui et de ses

François-Marie, qu'on disait

«

:

du

édifices, favorisèrent la culture

pays les

même

aimait

core

la

Ils

Guidobaldo et

bâtirent de beaux

sol, vécurent dans le

et payèrent une foule de serviteurs

Ce

»

».

n'était pas

seulement l'État

cour qui présentait, à tous

tacle d'un

,

mécanisme régulier

57

les

;

,

égards,

le

peuple

mais enle

spec-

et savant. Frédéric entre-

tenait cinq cents serviteurs; les dignitaires de la cour

nombreux que ceux

étaient aussi

qui entouraient les

souverains les plus puissants; mais on ne gaspillait rien, tout ayait son but, toutes

ment

contrôlées.

A

tendait ni blasphèmes

pour

,

ni

rodomontades

même temps

cour devait être en militaire

dépenses étaient exacte-

les

Urbin, on ne jouait pas; on n'y enc'est

;

que

grands seigneurs,

les fils d'autres

la

une école d'éducation et le

succès de cet établissement était une question d'honneur

pour

le duc.

Il

y

avait des palais plus

qu'il se fit construire

sition,

il

;

n'y en avait pas de plus classique

réunit sa célèbre bibliothèque trésors

1 .

beaux que

Comme

le

,

c'est là qu'il

:

plus précieux de ses

se sentait en. parfaite sécurité

il

celui

mais, au point de vue de la dispo-

dans

un pays où tout le monde trouvait, grâce à lui, de l'argent à gagner et où personne ne mendiait, il sortait toujours sans armes et presque sans escorte

prince n'aurait pu

,

comme

lui

,

se

;

aucun autre

promener dans des

jardins sans clôture, prendre son frugal repas dans une salle

ouverte à tous

les

regards

,

pendant qu'on

'Franc. Vettori, dans Archh. stor. Append , t. VI, Relativement à Frédéric, consulter spécialement :

fiorent., p.

132

SS.,

lui lisait

p, 321. l'espasiuno

et PreindiLACQUA, Vita di Viilorino da Fellre, p. 48-52.

m

lui V. avait essayé de calmer l'ambitieux Frédéric, son élève, Tu quoque Cœsar eris. On trouve de précieux renseignedisant ments sur lui dans Favre, par ex., Mélanges dhist. liu., I, 125, n. 1. :

s

Compar. plus

bas, 3 e partie, chap. u.


L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME.

58

des pages de Tite-Live (ou, pendant

vrages de piété). Dans

même

la

lecture d'un auteur ancien

le

carême, des ou-

après-midi,

écoulait la

il

et allait ensuite au

,

des Clarisses pour s'entretenir, à travers

parloir, de sujets religieux avec la supérieure.

couvent

du

grille

la

Le

soir,

ii

aimait à diriger les exercices corporels des jeunes gens

de sa cour dans

la

prairie voisine de

une vue splendide,

l'on découvrait

lopper chez eux

la

vigueur et

d'être affable envers

chacun

San Francesco, d'où

et s'occupait à déve-

l'agilité. Il

et

prenait à tâche

abordable pour tous

;

il

allait

voir dans leurs ateliers les ouvriers qui travaillaient

pour

lui,

sait droit

donnait continuellement des audiences et dans

la

journée,

si

c'était possible,

des solliciteurs. Aussi, quand

il

passait dans les rues, le

peuple se jetait à genoux devant

lui et

criait

mantcgna, signore! Le monde éclairé l'appelait de

l'Italie

Son lités,

fai-

aux requêtes

la

:

Dio

ti

lumière

»,

fils,

Guidobaldo

2

qui possédait de grandes qua-

,

mais qui eut à lutter constamment contre

ladie et le malheur, finit

entre des mains sûres;

la

ma-

cependant par remettre son État laissa le

il

François-Marie, qui était en

pouvoir à son neveu,

même temps neveu du pape

II, et ce prince empêcha du moins le duché de tomber sous une domination étrangère. Ce qui est re-

Jules

marquable,

c'est l'habileté

avec laquelle ces deux princes

savent se dérober successivement aux coups de César

Borgia

et

de Léon X;

ils

ont

la

certitude que leur retour

sera d'autant plus facile et que leurs sujets le désireront 1

CiSTiGLtONE Conîgiano, L,

I.

s

Petr. BrMBOS. De Guido Ubaldo Ferelrw deque EUsàbelha Gonzaga Urbini duabus. Venetis, 1530. Voir aussi les ouvrages de Bembo, p. ex.. Bâte, 1556,

I,

On y trouve entre autres discours d'Odaiius sur la vie et

p. 529-624.

de Fréd. Fregosus et de Guido.

le

la lettre

la

mort


CHAPITRE

V.

d'autant plus que

LES GRANDES MAISONS RÉGNANTES.

59

pays aura moins souffert par suite

le

d'une inutile résistance. Si

Ludovic le More

par contre, tous

son retour

difficile.

comme

immortalisée

mêmes

faisait les

calculs,

il

oubliait,

autres motifs de haine qui rendaient

les

La cour de Guidobaldo a été de

l'école

suprême élégance par

la

Balthazar Castiglione, qui a composé l'églogue de Tircis

(1506) en l'honneur de

cette société brillante,

et

qui plus tard (1518) a choisi les personnages de son Courtisan

dans

cercle de

le

la

savante et spirituelle

duchesse (Elisabeth de Gonzague).

Le gouvernement de

la

maison d'Esté se distingue par

un singulier mélange de despotisme et de popularité *. Dans l'intérieur du palais se passent des scènes épouvantables

:

une princesse, soupçonnée d'avoir commis

crime d'adultère avec un pitée (1425)

2 ;

fils

né d'un autre

lit,

le

est déca-

des princes, légitimes aussi bien qu'illégi-

times, s'enfuient de la cour et sont menacés,

même

à

l'étranger, par les coups des assassins envoyés à leur

poursuite (1471); qu'on ajoute à cela des complots continuels tramés au dehors

détrôner

:

le

bâtard d'un bâtard veut

le seul héritier légitime (Hercule I"); plus tard

(1493), ce dernier

empoisonna, dit-on, sa femme, après

avoir découvert qu'elle voulait l'empoisonner lui-même

commit,

il

;

à ce qu'on prétend, ce crime à l'instigation

de Ferrante, frère de l'épouse criminelle. La dernière

de ces tragédies,

c'est le

contre leurs frères,

le

complot ourdi par deux bâtards duc régnant Alphonse

I

pr

et le

cardinal Hippolyte (1506), complot qui fut découvert à

temps 1

et puni

de

la

réclusion perpétuelle. D'autre part,

Ce qui suit a été écrit surtout d'après les Annales Estenses, dans

Muratori, XX, et le Diario Ferrarese, dans MURAT., XXIV. s Compar. Bandello, I, nov. 32.


L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME.

60 le

système

l'être,

grands

admirable dans ce duché, et

fiscal est

parce qu'il est et

le

moyens de

que

du pays dut

(-f 1441) exprimait-il

le

réel

de

comme un

fait

mesure

ses

sujets

autres peuples. Si l'ac-

les

population prouve l'accroissement

la

la richesse

fortes.

marquis Nicolo

vœu formel que

devinssent plus riches que

croissement de

le

doit

besoin d'arme-

s'accroître à

des impôts s'éleva; aussi

le chiffre

il

les États

de nombreuses places

et

bien-être

le

et qu'il a

l'Italie,

ments considérables Sans doute

menacé de tous

plus

publique,

en

faut,

il

considérer

effet,

important qu'en 1497, malgré l'agrandis-

sement considérable de la capitale, on ne trouvait plus de maisons à louer '. Ferrare est la première ville

moderne de l'Europe fois,

sur

immenses

c'est là

;

qu'on voit pour

un signe du prince, et réguliers; c'est là

s'élever

que

la

forme une popu-

se

lation d'élite, grâce à la concentration d'un

même

fonctionnaires sur un

nombreux

première

des quartiers

point et

à la

monde de

présence de

industriels attirés par toute sorte de privi-

lèges; de riches exilés, surtout des Florentins, viennent

demander

l'hospitalité à Ferrare et

palais. Mais,

écrasants.

Il

y construisent des

d'autre part, les impôts indirects étaient est vrai

taine sollicitude

que

le

souverain montrait une cer-

pour son peuple,

à l'exemple d'autres

princes italiens, de Marie Galéas Sforza, entre autres

en cas de

disette,

faisait venir

il

des blés étrangers

:

*

et les distribuait gratuitement, à ce qu'il parait; mais

en temps ordinaire pole, sinon

du

se dédommageait par le monodu moins de beaucoup d'autres

il

blé,

denrées alimentaires,

telles

que

les

viandes salées et

1

J)iario Ferr., loc. cit., col. 347.

*

Paul Jovius, Vita Alfonsi ducis, p. ed Flor., 1550, et le en italien par Ciovanbattista Gelli, Flor., 1553.

sujet, traité

même


CHAPITRE le

poisson

seul

[

les

se

il

;

— LES

V.

fruits

GRANDES MAISONS RÉGNANTES.

réservait aussi le

et

légumes,

les

de vendre

droit

qu'il

61

faisait

cultiver

avec soin sur

les

La source

plus importante de ses revenus était la

la

remparts et sur

les glacis

vente des charges publiques, dont renouvelés tous toute

l'Italie;

avons

les

les ans; c'était

seulement

renseignements

commencement de

les

les titulaires étaient

un usage répandu dans sur

c'est

de Ferrare.

Ferrare que nous

plus exacts.

A

propos du

l'année 1502, par exemple, on dit

:

La plupart des charges ont été achetées à des prix salés (salati).

On

cite

des fonctionnaires de différents ordres,

des receveurs des douanes,

domaines juges et

(massari),

même

neurs des

peuple déteste

» «

des

administrateurs

notaires,

des

des podestats,

des des capitaines, c'est-à-dire des gouver-

de province.

villes

geurs de gens

des

Au nombre de

ces

«

man-

qui ont payé cher leur charge et que le plus que le diable », on nomme Tito

Strozza, qui n'est pas, nous voulons bien célèbre poëte latin.

A

la

même

époque,

les

le

croire, le

ducs avaient

l'habitude de faire en personne

un tour dans Ferrare, ce qu'on appelait andar per ventura, pour se faire donner des présents, au moins par les gens aisés. Toutefois ce genre de contribution

était payé,

non en argent, mais

en nature. Le duc

était fier

1

de se dire que dans toute

l'Italie

on

savait qu'à Ferrare les soldats touchaient régulièrement

leur solde, que les professeurs des universités étaient

toujours payés à jour fixe, qu'il était rigoureusement

aux soldats de rançonner les bourgeois et le paysan, que Ferrare était imprenable et que le château interdit

renfermait une

Paul Jovius, hc,

somme énorme cit.

d'argent monnayé.

11


VUE DU MÉCANISME.

L'ÉTAT AU POINT DE

62

de caisses séparées;

n'était pas question

même

finances était en

le

ministre des

temps ministre du

Les

palais.

constructions exécutées par Borso (1430-1471), Hercule I" (jusqu'en 1505) et Alphonse

I

er

(jusqu'en 1534) étaient

très-nombreuses, mais généralement peu considérables;

par

le fait s'explique

habitudes d'une maison qui,

les

malgré son amour du luxe (Borso ne

que vêtu de brocart d'or

et

se montrait jamais

couvert de bijoux), ne veut

pas s'engager dans des dépenses illimitées.

Alphonse villas, le

savait

Du

reste,

par expérience que ses élégantes petites

Belvédère avec ses jardins ombreux, Montana

avec ses belles fresques et ses beaux jets d'eau étaient soumises aux vicissitudes des événements. Il

est certain

desquels

ils

que

les

dangers perpétuels au milieu

vivaient développèrent chez ces princes une

grande valeur personnelle; dans une situation ficile il fallait

aussi dif-

être de première force pour assurer son

existence, et chacun était obligé de prouver par des faits qu'il était

digne de commander. Leurs caractères ont

tous des côtés peu favorables, mais on retrouve dans

chacun quelques éléments de ce qui constituait

l'idéal

des Italiens. Quel prince de l'Europe a travaillé autant

qu'Alphonse

I

er ,

par exemple, à orner son esprit? Son

voyage en Angleterre, en France a été, à vrai dire,

et

dans

les

un voyage d'études dont

Pays-Bas il

revient

avec une connaissance approfondie du commerce et de l'industrie

de ces pays

son goût pour livrait 1

pendant

les

l .

Il

est insensé

de

lui

reprocher

travaux de tourneur auxquels

ses heures

de rôcrcation, attendu

il

se

qu'il

On peut

aussi rappeler à ce propos le voyage fait par Léon X, Compar. Paul. Jovn Vita Leonis .X, lib. I. but était moins sérieux, il voulait surtout se distraire et voir

lorsqu'il était cardinal.

Son

monde; le motif qui le guidait était tout moderne. A cette époque-là, pas un prince du Nord ne voyageait dans un but pareil.

le


CHAPITRE

V.

LES GRANDES MAISONS RÉGNANTES.

était aussi très-expert

dans

l'art

63

de fondre des canons

et qu'il aimait à s'entourer de toute sorte

de maîtres.

comme

Les princes italiens ne sont pas réduits,

leurs

contemporains du Nord, à vivre avec une noblesse qui se considère

comme

seule classe

la

importante de

la

société et qui arrive à imposer ce préjugé au prince lui-

même tout

;

le

ici le

souverain peut et doit connaître et employer

moede; de même

la

noblesse, bien qu'isolée de

la foule par la naissance, ne

comme nous

le

dans

fait attention,

relations sociales, qu'à la personne et

non

les

à la caste,

verrons plus bas.

Les sentiments des Ferrarais à l'égard de

la

famiile

d'Esté offrent un singulier mélange de terreur secrète, d'affection raisonnée et de fidélité moderne-, l'admira-

tion de l'individu celui

fait

place à un sentiment tout nouveau,

du devoir. En 1451,

la ville

de Ferrare érigea sur

grande place au duc Nicolo, mort en 1441, une statue équestre en bronze; Borso ne craignit pas (1454) de

la

placer dans le voisinage sa propre statue en bronze, qui représentait assis; de plus, dès le

le

son règne,

la

ville

décréta

qu'on

colonne triomphale en marbre

«

sa

», et

commencement de élèverait

lui

mort produisit sur le peuple le même était mort une seconde fois

Dieu lui-même

rais qui avait dit

une

lorsqu'on l'enterra, effet 1

».

« si

Un Ferra-

publiquement du mal de Borso à

ger, à Venise, est dénoncé à son retour et

que

l'étran-

condamné par

tribunal au bannissement et à la confiscation de ses

le

biens

;

peu s'en faut

même qu'il ne

soit tué

par un honnête

citoyen à

la

porte du tribunal:

il

se

rend chez

'e

duc et obtient à force de supplications

la

la

corde au cou,

remise de sa peine.

»

Diar. Ferr., dans Murât.,

XXIV,

col.

232 et 240


L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME.

C4

En et le

général, ce duché est pourvu de

duc en personne examine tous

nombreux jours

les

espions,

des

la liste

étrangers, que les hôteliers sont rigoureusement tenus

de présenter au l'effet

partir

Chez Borso

palais.

ce

»,

que

n'est

de son humeur hospitalière, qui ne veut laisser

aucun voyageur de distinction sans

honneur-, par contre, Hercule

I

ers

ne

cation que par mesure de précaution.

sous Jean

Bentivoglio,

II

avec

A Bologne

aussi,

à cette époque que

fallait

il

le traiter

faisait cette vérifi-

chaque étranger de passage prît un bulletin d'entrée

pour avoir

de sortir de

le droit

la

ville

3 .

— Le prince

devient populaire au plus haut degré quand tout à coup il

frappe sans pitié un fonctionnaire qui a abusé de son

pouvoir, quand Borso en personne arrête ses premiers, ses plus intimes conseillers,

quand Hercule

ignominieusement un percepteur

qui,

I

er

destitue

pendant de longues

années, s'est gorgé de l'argent des contribuables

;

dans

ces cas-là le peuple allume des feux de joie et sonne les cloches.

Une

fois

cependant Hercule permit à

ses fonctionnaires d'aller trop loin;

de police (capitaneo

Lucques (car

il

di giustizia),

il

s'agit

de

Gregoris Zampante de

eût été impossible de confier à

un indigène

Même

les

fils

duc tremblaiep', devant cet agent;

les

amendes

des fonctions de ce genre).

l'un

de son préfet

et les frères

du

qu'il infli-

geait n'allaient jamais à moins de quelques centaines

ou

quelques milliers de ducats,

les

accusés à la torture 11

se laissait

même

corrompre par

et

il

avant de les plus

faisait les

mettre

avoir entendus.

grands criminels

à force de mensonges, obtenait leur grâce

et,

du duc. Le

peuple aurait volontiers payé au prince 40,000 ducats et 1

Jovian, PoNTAN., Deliberalilate, cap. xxvin. Hecatommithi, VI, DOV. 1 (ed. 1565, fol. 223 a). Vasari, XII, 165, Vila di Michelangclo,

* Girur.Dl •


CHAPITRE V.

LES GRANDES MAISONS RÉGNANTES.

même

davantage

et des

hommes; mais Hercule en

nommé

et l'avait

s'il

avait destitué cet

an 2,000 ducats d'économies;

il

lui et

cruellement

avait

maison pendant

temps de

était

Il

chevaux tout prêts,

rejoindre

la

ils

au

Les

»

hommes les

avaient franchi la froutière voisine.

de l'événement,

la suite

sa

Sortez de vos maisons, bonnes

«

:

ville

poursuite des meurtriers ne purent

déjà

:

faire

sautant sur

traversèrent la

ils

gens, courez; nous avons tué Zampante.

envoyés à

le

tuèrent dans

offensés, le

qu'il faisait la sieste, et,

galop, en criant

A

ne s'aven-

deux étudiants et un Juif baptisé,

aussi

disparaître;

des

ne man-

est vrai qu'il

plus dans les rues sans une nombreuse escorte

d'arbalétriers et de sbires.

qu'il

compère

bon an mal

faisait

geait plus que des pigeons élevés chez turait

ennemi de Dieu

avait fait son

Zampante

cavalier.

65

y eut naturellement un

il

déluge de pamphlets sous forme de sonnets ou de chansons.

Ce prit

qui, d'autre part, est tout à fait

de cette maison,

cour et à

la

c'est

population

la

que

le

conforme

considération dont

des serviteurs utiles. Lors de

la

à l'es-

souverain impose à

la

il

honore

mort de Ludovic

Casella,

conseiller intime de Borso en matière littéraire (1469), les

tribunaux,

les

boutiques, les salles de l'Université

furent fermés pendant vingt-quatre heures à l'occasion des funérailles; chacun

fut

obligé

d'accompagner

corps jusqu'à San Domenico, parce que vait

suivre

prince de

le

la

ment d'un

convoi.

On

vit

en effet

maison d'Esté qui eût

«

le

prince de-

premier

le

assisté à l'enterre-

sujet », vêtu de noir, suivre

en pleurant

le

derrière lui venaient les parents de Casella,

cercueil;

conduits par des seigneurs de

hommes

le

portèrent ï,

le

la

cour;

des gentils-

corps du roturier de l'église dans 5


L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME.

66

caveau où il fut enseveli ». En général, c'est dans ces Etats italiens qu'on trouve le premier exemple de ces manifestations officielles d'un peuple

le

s'associant

ordre aux sentiments de ses princes

par

Respectables en

principe, ces démonstrations sont généralement équivoques, surtout chez les poètes. Une des poésies de jeu-

nesse de l'Arioste

3 ,

composée

à l'occasion de la

de Léonore d'Aragon, femme d'Hercule

mort

I",

contient

déjà, outre les inévitables fleurs de rhétorique

que tous

les siècles

prodiguent en pareil

modernes

à fait

:

«

cas,

quelques traits tout

Cette mort a porté à Ferrare

un

coup dont

elle

de

sur la terre intercède maintenant pour elle car ce monde n'était pas digne

la ville

dans

le

ne se relèvera pas de

ciel,

séder. La

mort ne

de la pospas approchée d'elle avec cette

s'est

faux sanglante dont elle elle est

venue aimable

sitôt; la bienfaitrice

menace

les vulgaires

humaius-

(onesta) et souriante, de manière'

à n'avoir plus rien de terrible. » Parfois nous rencontrons l'expression de sentiments d'une tout autre nature des nouvellistes qui ne vivaient que de la faveur de certaines maisons princières nous racontent :

les

amours

des

princes, quelquefois de leur vivant*, et cela dune manière qui a paru aux siècles postérieurs le comble de l'indiscrétion, mais qui passait alors pour un

innocent

témoignage

de

reconnaissance.

Des poètes lyriques

allaient jusqu'à chanter les passions exlraconjugales de

\

Déjà en 1446 les

membres de

la

maison de Gonzanue avaient

suivi le convoi mortuaire de Vittorino da Fellre *

Un exemple

^

très-ancien de ce fait, c'est Bernabô Visconti,

LelZ!-^?^^ Lemonmc, Sans doute vol.

1,

p. 425.

le

da °* Opère Mnori, éd. poëte, âfïé de dix-neuf an* '

ne connaissait pas la cause de cette mort fn Voir Appendice n° 2 à la fin du volume.

?9)


CHAPITRE

-

V.

LES GRANDES MAISONS RÉGNANTES.

67

leurs nobles protecteurs; c'est ainsi qu'Ange Politien

célébra les amours adultères de Laurent le Magnifique, et Gioviano Pontano celles d'Alphonse de Calabre. Ce dernier poêle met involontairement à nu l'âme basse et cruelle

du prince aragonais

terrain,

il

soit le plus

1

heureux

faut que,

i

sans cela, malheur à ceux

— Les

plus grands

Léonard de Vinci par exemple,

faisaient les

portraits des maîtresses des princes; c'est

n'a rien

sur ce

il

;

qui seraient plus heureux que lui! peintres,

même

;

un

fait

qui

que de naturel.

Quant aux princes de la maison d'Esté, ils n'attendaient pas que d'autres leur décernassent l'immortalité, ils

se la décernaient

représenter dans

le

eux-mêmes. Borso palais

(p.

63) se

fit

Schifanoja, traversant les

diverses phases de sa vie de souverain, et Hercule célé-

bra (pour

première fois en Î442) l'anniversaire de son avènement par une procession que les auteurs du temps comparèrent à celle de la Fête-Dieu; toutes les boutila

ques étaient fermées milieu du

comme un

jour de dimanche; au

cortège marchaient tous

maison d'Esté,

même

les

les bâtards, vêtus

princes de la

de brocart o'or.

L'idée que toute puissance, que toute dignité

émane du

prince, qu'elle est de sa part une distinction personnelle, était depuis longtemps symbolisée à cette cour»

par un ordre de l'Éperon d'or, qui n'avait plus rien de 1

Entre autres dans

Ad Alpkonsum ducem

les Delicias poelar. Ilalor. (1608),

II,

p. 455 ss

:

Calabrice. l'ourlant je

ne crois pas que l'observation ci-dessus puisse s'appliquer à ce poëme, qui décrit trèslonguement les plaisirs qu'Alphonse a goûtés dans l'amour de Drusula; Pontanus retrace plutôt les impressions de l'amant heureux, qui, dans son ravissement, se figure que les dieux eux-mêmes envient sa 3

Le

fidélité.

a déjà été attribué (1367), dans PoUstore, Murât., XXIV [col. 848, à Nicolô l'aîné, qui nomme douze chevaliers « en l'hon|neur des douze apôtres », fait


L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME.

68

commun

avec

la

chevalerie

du moyen âge. A l'éperon

Hercule I* ajouta encore une épée,

une dotation; tout

d'or et

un manteau brodé

cela entraînait certainement

l'obligation de rendre au prince des

hommages régu-

liers.

La protection accordée au mérite, qui a

gloire

fait la

de cette cour, s'étendait à l'Université, qui était des plus complètes de

cour et de l'État;

l'Italie, et

elle entraînait à

des sacrifices particuliers.

campagnard partenait

et

de

comme droit

à

l'Arioste

commença

dans

véritable sens

le

celle

de Naples;

il

aux serviteurs de peine pour

Comme

riche

le

la

prince

gentilhomme

haut fonctionnaire, Bojardo apcette

à percer,

Florence; celle d'Urbin

une

dernière il

classe;

lorsque

n'y avait plus, du moins

du mot, de cour de Milan allait disparaître,

et de

sans parler de

se contenta d'une place à côté des

musiciens et des historiens du cardinal Hippolyte, jus-

qu'au

le prit

à son service. Plus

en fut tout autrement de Torquato Tasso, que cour était vraiment jalouse de posséder et de garder.

tard la

moment où Alphonse il


CHAPITRE

VI

LES ADVERSAIRES DE LA TYRANNIE

En

présence de cette centralisation du pouvoir sou-

verain, toute résistance intérieure était inutile et impuissante. Les éléments de la constitution d'une cité répu-

blicaine avaient disparu; les idées de puissance absolue

étaient seules à l'ordre

tout

droit

du jour. La noblesse, privée de

malgré

politique

possessions

les

qu'elle pouvait avoir encore, avait

costumer,

elle et ses bravi,

porter à ces derniers de

toque ou tels

et

les

beau

en Guelfes

telie

ou

telle

et

en Gibelins, faire

façon

bouffants du haut-de-chausses

que Machiavel

8

Naples étaient des

féodales

se diviser et se

la »,

plume de

les

la

penseurs

n'en savaient pas moins que Milan villes

trop

voir former des républiques.

«

On

corrompues

»

pour pou-

trouve chez eux de sin-

gulières appréciations sur ces deux prétendus partis, qui

depuis longtemps n'étaient plus que

de

vieilles

à l'ombre du pouvoir absolu.

Agrippa de Nettesheim divisions, répondit

tent 1

le

souvenir vivant

haines de famille soigneusement entretenues

:

«

8

Un

prince italien, auquel

conseillait d'en finir avec ces

Mais leurs querelles

me rappor-

par an jusqu'à douze mille ducats d'amende!

Buiugozzo, dans Archiv. stor., III, p. 432. sur Milan après la mort de Philippe Visconti.

8 Discorsi, i, 17, 8

De

incerl, et vanitale scientiar.,

cap. LV.

»


L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME.

70

— Et

lorsqu'en 1500, par exemple, après

More dans dans

la ville

dans

vait

ses États, les Guelfes

de Tortone appelèrent

une partie de l'armée française qui se trouvoisinage, afin de

le

aux Gibelins,

les

donner

aux Guelfes cux-raémes, jusqu'à entièrement dévastée çe pays

fication

les

coup de grâce

».

— Dans

en firent autant

ils

ce que

la

Tortone

Romagne

aussi,

fut

dans

passions et les haines étaient éternelles,

noms

avaient entièrement perdu

Par un

politique.

ques du temps,

le

Français commencèrent par piller et

par ruiner ces derniers, mais ensuite

ces deux

retour du

le

leur signi-

effet des aberrations politi-

Guelfes se croyaient parfois obligés

les

d'affirmer leur sympathie pour la France, et les Gibelins

de se tourner vers l'Espagne. Je ne vois pas que ceux qui exploitaient cette singulière erreur en aient beau-

coup

profité.

cuer

La France a toujours été contrainte d'évade chaque intervention, et ce que

l'Italie à la suite

l'Espagne est devenue après avoir tué

l'Italie,

Mais revenons à l'autocratie italienne existe à l'époque

ment pure

de

la

Renaissance.

aurait peut-être admis,

que toute puissance émane de Dieu liens

seraient

temps

nécessairement

telle

qu'elle

absolu-

même et

à cette époque,

que

les princes ita-

devenus bons

et auraient oublié leur origine

à

Ainsi

avec

le

violente, à con-

dition de trouver chez tous leurs sujets

fin

le

Une âme

un concours

loyal et dévoué. Mais c'est ce qu'on ne peut pas

der

on ne

que trop.

sait

deman-

des imaginations ardentes et à des esprits exalté^

que

les

mauvais médecins, ceux-ci ne voyaient

du mal que dans

la

(a

suppression du symptôme, et

s'imaginaient qu'il suffisait d'assassiner le prince pour 1

Prato, dmsArchiv.

ator., III, p.

241.


CHAPITRE

VI.

LES ADVERSAIRES DE LA TYRANNIE.

s'assurer aussitôt la liberté,

pas

même

ou bien leur pensée

aussi loin, et ils voulaient

le

n'allait

simplement donner

venger une famille plon-

satisfaction à la haine générale,

gée dans

71

malheur ou punir une offense personnelle.

De même que

domination du souverain est absolue

la

et placée au-dessus des lois,

de

même

le

moyen dont

se

servent ses adversaires n'est subordonné à aucune consi-

dération morale. Boccace

donner au despote obéir

comme

à

le

ouvertement

le dit

nom

lui je

d'une œuvre

sacrée, nécessaire.

que

le

« Dois-je

il

lui

est l'ennemi

puis employer les armes, les con-

spirations, les espions, le guet-apens, la ruse

plus agréable

:

de prince ou de roi et

un supérieur? Non, car

commun. Contre

1

Il

sang des tyrans.

pouvons pas nous arrêter aux

;

car

il

s'agit

n'y a pas de sacrifice »

Ici

détails; disons

nous ne

seulement

que, dans un chapitre célèbre de ses discours*, Machiavel a traité

la

question des conjurations antiques et

dernes à partir de l'époque des tyrans grecs de

mo-

l'anti-

quité, et qu'il les a jugées froidement, d'après les plans suivis

par leurs auteurs et leurs chances de succès.

seulement

Qu'on nous permette l'une portant

sur

les

deux observations,

meurtres accomplis pendant

le

service divin, l'autre sur l'influence de l'antiquité. Il

était

presque impossible d'atteindre

lieu de ses

1

De

gardes et de

le

frapper

,

le

tyran au mi-

sinon quand

il

se

1. II, cap. XV. allusion à cette description dans les

casibus virorum illustrium,

3 Discorsi,

III,

6.

Il

fait

i. Les Italiens ont aimé de très-bonne heure de conjurations. Luidprand (de crémone, Mon. Germ., SS. III, 264-365) traite des sujets de ce genre, en donnant plus de détails qu'aucun autre écrivain du dixième siècle; au onzième siècle, nous trouvons (dans Baluz. Miscell., I, p. 184) l'histoire de Messine délivrée des Sarrasins par le Normand Roger qu'elle a appelé à son

Storie fior., L, VIII, cap.

les récits

secours; c'est, dans ce genre, une œuvre caractéristique (1060), sans parler du récit dramatique des Vêpres siciliennes (1282).


,

L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME.

72

rendait solennellement à l'église; dans circonstance

aucune autre on ne pouvait trouver réunie toute une

,

famille princière.

briano

1

C'est ainsi

que

les

habitants de Fa-

tuèrent (1435) leurs tyrans, les Chiavelli, pen-

dant une grand'messe;

il

avait

massacre commencerait quand

le

été

convenu

que

le

prêtre prononcerait

ces mots du Credo : Et incarnalus est. A Milan, le duc Jean-Marie Visconti fut assassiné à l'entrée de l'église de Saint-Golhard (1412), le duc Galéas-Marie Sforza dans l'église de Sainl-Élienne (1476) (p. 51), et Ludovic le

de

More n'échappa en 1484 aux poignards des partisans la duchesse Bonne, veuve du duc de Milan, qu'en

entrant dans l'église de Saint-Ambroise par une autre porte que celle où l'attendaient les sicaires. Ce n'étaient pas là des impiétés préméditées; les meurtriers de Galéas,

avant de frapper ce prince, prièrent

le

l'église était, dédiée,

première messe

dans

temple

le

pendant,

et assistèrent à la

même

lors de la

qu'ils

saint

auquel

devaient ensanglanter. Ce-

conjuration tramée par les Pazzi

contre Laurent et Julien de Médicis (1478), une cause de l'avortement partiel du complot fut que le capitaine Jean-Baptiste de Montesecco, que les conjurés avaient

comme instrument de leur le dôme de Florence

choisi

dessein, refusa de frap-

per dans attendu

qu'il

s'était

festin;

deux prêtres,

sacrés

et

église

En

»,

engagé à «

les

victimes désignées

les tuer

au milieu d'un

qui avaient l'habitude des lieux

qui n'avaient

pas peur d'ensanglanter une

s'entendirent pour prendre sa place

ce qui concerne l'antiquité,

a .

dont nous rappellerons

1

Corio, fol. 333. Voir ibid., fol. 305, 422 ss., 440. Ciiatiou empruntée à Gallus, dans Sismondi, l'ensemble, compar. Reumo.nt, Laurent de Médias, s

I,

tout 396.

XI, 93. Sur p. 387-397. surr


CHAPITRE

VI.

encore plus d'une rales

fois l'influence

et particulièrement

,

que, dans

dans

dans

les

les

questions

73

mo-

questions politiques,

eux-mêmes donnaient l'exemple, attendu

princes

les

LES ADVERSAIRES DE LA TYRANNIE.

l'idée qu'ils se faisaient

que dans leur conduite, l'Empire romain

ils

de l'État aussi bien

prenaient souvent pour type

De môme

d'autrefois.

leurs

adver-

saires s'inspiraient de l'exemple des tyrannicides anti-

ques, dès qu'ils raisonnaient leurs attentats. Sans doute

prouver

est difficile de

il

en ce qui concerne

résolution d'agir; mais

invoquant l'antiquité

,

la

contagion de ces exemples

chose principale

la

il

ils

,

c'est-à-dire la

n'en est pas moins vrai qu'en

songeaient à autre chose qu'à

faire des phrases sonores et des déclamations

pompeuses.

Nous possédons

curieux sur

les meurtriers

el Visconti

1

renseignements

les

de Galéas Sforza

,

les plus

Lampugnani,

Olgiali

avaient tous les trois des motifs tout

ils

personnels pour se débarrasser du tyran, et pourtant

la

résolution de le frapper est venue peut-être d'une raison p!us générale. Cola de' Montani, humaniste et profes-

seur d éloquence, avait

fait naître

dans

le

cœur des jeunes

nobles milanais qui suivaient ses cours un désir confus

de gloire et un vague besoin de faire de grandes choses

pour

patrie

la

gnani

et

,

il

de

et à Olgiati

tyrannie. Bientôt

la

laisser les

il

jeunes gens

avait la

fini

devint suspect, fut banni, el dut à

leur fanatisme sans pouvoir

Environ dix jours avant

diriger.

lennellement, dans

le

par parler à Lampu-

nécessité de délivrer Milan de

d'agir,

ils

couvent de Saint-Ambroise

,

frapper Galéas

;

image de

Ambroise, dans une chapelle écartée,

levai les 1

yeux vers

Coruo,

col. 777.

saint

«

de

puis, dit Olgiali, j'allai devant une

le saint et le

suppliai de

Allegretto, Diari Voir plus haut, p. Si.

fol. 422.

le

jurèrent so-

Sanesi,

nous

je

assister,

dans Murât., XXIII,


L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME.

74

nous

peuple

et tout son

l'église

duquel

il

Le céleste patron de

».

complot

doit protéger le

,

sera rais à exécution.

Ils

mirent encore

beaucoup d'autres personnes à moitié dans tinrent leurs conciliabules nocturnes dans la

Lampugnaui,

la ville

que saint Étienne dans

ainsi

le

secret,

maison de

et s'exercèrent à frapper avec des gaines

de poignard. Le complot réussit; mais Larapugnani fut

immédiatement tué par

l'escorte

du duc,

et les autres

furent arrêtés. Visconti témoigna du repentir; quant à persista a dire

que son

sacrifice agréable à Dieu, et,

pendant

Olgiati, malgré les tortures,

action avait été

que

le

bourreau

un

il

lui écrasait la poitrine,

il

répétait encore

:

«

Courage, Girolamo! Ton souvenir vivra longtemps;

la

mort

est

douloureuse

,

mais la gloire est immortelle

1 !

»

Malgré le caractère idéal des projets formés et des résolutions prises

conjuration

la

,

le

on trouve dans

la

manière de mener

souvenir du plus criminel de tous

conspirateurs, de celui qui n'a absolument rien de

mun

avec

la liberté

,

les

com-

de Calilina. Les annales de Sienne

disent formellement que les conjurés avaient étudié Salluste

,

et le fait ressort

d'Olgiati

9 .

même ce nom

indirectement de l'aveu

Nous retrouverons encore plus

loin

faut remarquer l'enthousiasme avec lequel le Florentin (né en 1419) parle dans ses Ricordi (publiés par G. Aiaizi, Florence, 1840) des meurtriers et de leur action. A propos d'une apologie du tyrannicide, qui remonte à peu près à la même époque, mais qui n'a pas été écrite par un Itadu lien, voir Kervyn de Lettenhove, Jean Sans peur et l'Apologie tyrannicide, dans le Bulletin de l'Académie de Bruxelles, XI (1861), p. 5581

II

Alamanno Rinuceini

un siècle plus tard, on avait en Italie de tout autres idées sur ce point. Corapar. la condamnation du crime de Lampugnani, dans Egnatius, De exemplis ill. vir. Ven., fol. 99 b.

571. Sans doute,

Compar.

ibid.,

318 b.

Con studiare el Catelinario, dit Allegretto. Que l'on compare, dans le propre récit d'Olgiati, qui figure dans Corio, la phrase Quisque nostrum magis socios potissime el injinilos suivante, par ex. alios sollicilare, infestare, aller alteri benevolos se facere cœpit. Aliquid ah2

:


CHAPITRE

VI.

— LES

ADVERSAIRES DE LA TYRANNIE.

75

Cependant, à ne considérer que le but, il n'y avait pas pour les complots secrets de modèle aussi séduisant que celui-là. terrible.

Chez

les

Florentins

,

chaque

fois qu'ils se

débarrassè-

rent ou voulurent se débarrasser des Mëdicis,

un

nicide était fuite

la

des Médicis (1494), on enleva de leur palais

le

groupe en bronze de Donatello et sa victime lais

1

représentant Judith

,

Holopherne, et on

le

plaça devant

des seigneurs, à l'endroit où l'on

salutis publicœ cives posuere,

1495

le

pa-

vit plus tard le

David de Michel-Ange, avec cette inscription

plum

tyran-

le

ouvertement proclamé. Après

idéal

a .

On

:

Exem-

invoquait

surtout l'exemple de Brutus

le jeuae, que Dante 3 met encore avec Cassius et Judas Ischarioth au plus profond de l'enfer, parce qu'il a trahi l'Empire. Pierre -Paul

Boscoli J

ean

qui échoua dans sa conspiration contre Julien

,

et J ules

la plus

de Médicis (1513), avait professé l'admiration

fanatique pour Brutus et avait promis solennel-

lement de

l'imiter

s'il

trouvait

gustin Capponi se chargea de

un Cassius en ;

le

paroles qu'il prononça en prison les plus précieux

d'alors; elles

effet,

4

sont un des documents

que nous ayons sur

montrent quels efforts

les idées religieuses il

avait faits

chasser ses idées païennes et mourir en chrétien.

qu'un ami et que son confesseur

Thomas d'Aquin condamne

les

Au-

seconder. Les dernières

lui

Il

pour faut

affirment que saint

conspirations en général

;

quibus parum donare; simul magis noclu edere, bibere, vigilare, nostra Omnia bona polliceri, etc. Vasari, III, 251. Note sur V. di Donatello. 3 II se trouve aujourd'hui dans un bâtiment nouvellement construit, qui est destiné à devenir une académie deMichel-An/ïe. 1

8

Inferno,

4

Reproduites par

ttor..

i,

XXX IV,

p. 273.

Viri illustres.

64.

le témoin auriculaire Luca délia Robbia, Archiv. Compar. Paul Jovics, Vita Leonis X. L, III, dans les


,

L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME.

76

mais plus tard,

le

même

question que saint qu'il

confesseur a avoué à l'ami en

Thomas

une distinction,

faisait

permettait de conspirer contre

imposé au peuple. (Voir

un tyran qui

et

s'était

p. 6.)

Lorsque Lorenzino de Médicis eut assassiné Alexandre (1537) et se fut mis en

lieu sûr,

le

duc

parut une

il

apologie du meurtre \ apologie probablement authentique, ou du moins inspirée par lui, dans laquelle il vante le

comme

tyrannicide en lui-même

toire;

il

se

compare sans hésiter

cide par patriotisme

,

la famille

la

Timoléon

dans le cas

appartenu réeliement à ainsi été

l'œuvre

à

plus méri,

le fratri-

où Alexandre aurait

des Médicis et aurait

son parent (même éloigné). D'autres l'ont com-

paré à Brulus, et Michel-Ange lui-même avait encore bien longtemps après des idées de ce genre; c'est ce qu'il est la

permis de conclure de son buste de Brutus (dans

galerie des Uffizi).

Il

a laissé ce buste inachevé,

comme

presque toutes ses œuvres; mais ce n'est certainement pas parce qu'il a vu un forfait dans le meurtre de César,

comme le prétend le distique gravé sur le marbre. On chercherait en vain dans les principautés de la Renaissance un radicalisme général comme celui qui s'est développé en face des monarchies modernes. Sans doute

chaque individu protestait dans son for intérieur contre le

pouvoir d'un seul, mais

moder de

ce régime ou

il

à d'autres pour l'attaquer.

poussées à l'extrême

,

cherchait bien plus à s'accom-

même à

en profiter qu'à se réunir

Il fallait

comme

à

que

les

Camerino

choses fussent ,

à Fabriano

1 D'abord, en 1723, comme supplément à l'histoire de Varclii, ensuite dans ROSCOE, Vita di Lorenzo de' Medici, vol. IV, annexe 12,

souvent réimprimé. Compar. REUMONT, Histoire de la Toscane depuis la fin de la république florentine. Gotha, 1876, I, p. 67, note. Compar. aussi la relation qui se trouve dans les Lettere di Principi [éd. Venez., 1577),

III, fol.

162 SS.


CHAPITRE à Rimini

(p.

VI.

-

LES ADVERSAIRES DE LA TYRANNIE.

41), pour qu'une population entreprit de

détruire ou de chasser ses princes.

Du reste, on ne savait

que trop bien généralement qu'on ne de maître. L'étoile des républiques train

de

77

pâlir.

ferait

que changer

était visiblement

en


CHAPITRE LES RÉPUBLIQUES

VII

VENISE ET FLORENCE.

:

Jadis les villes italiennes avaient développé au plus

haut point cette force qui fallait

de

fait

qu'une chose pour cela

:

massent une vaste fédération

,

en

ou

Italie,

luttes

une forme

sous

du douzième

État.

que ces

sous une

autre.

formation de grandes et puissantes ligues de

Sismondi

174) croit que le

moment

Les

amenèrent

siècle

et

armements de

ne

villes for-

la

(II,

Il

idée qui revient toujours

du treizième

et

un

la ville

c'est

viilcs,

des derniers

Ligue lombarde contre Barberoiivse

la

(à partir de 1168) aurait été favorable à la fédération

des

Mais déjà

vi les italiennes.

les

villes

considérables

avaient pris des habitudes qui rendaient une pareille fédération impossible

rence commerciale les

unes contre

plus faibles de

,

les

sous

:

elles

rapport de

la

concur-

employaient tous

les

moyens

le

autres et écrasaient leurs voisines

toute leur

puissance;

aussi

finirent-

elles

par croire qu'elles pouvaient subsister sans cher-

cher

la

force dans l'union, et préparèrent-elles les voies

au despotisme. Le despotisme vint à intestines, fit

quand

le

la

suite des luttes

besoin d'un gouvernement fort se

sentir dans les cités

les

troupes mercenaires ven-

daient leur appui au plus offrant, et où les partis au

pouvoir

avaient

depuis

longtemps déclaré

imprati-


CHAPITRE

-

VII.

LES RÉPUBLIQUES

cable l'armement

dévora

la liberté

de tous dans

les

:

VENISE, FLORENCE. 79

citoyens

plupart des

la

à autre les tyrans étaient renversés vaient toujours

que jamais

,

,

,

1 .

villes

mais

La tyrannie ;

de temps se

ils

rele-

et la tyrannie reparaissait plus vivace

parce que

situation intérieure la favo-

la

risait et qu'il n'y avait plus

de forces vives pour

la

com-

battre.

il

Parmi les villes qui conservèrent leur indépendance, en est deux dont l'existence forme, dans l'histoire de

l'humanité, un chapitre des plus intéressants la

ville

du mouvement

de toutes

,

idées, de

les

duelles ou générales qui,

qui nous a légué

:

le

Florence,

souvenir

toutes les aspirations indivi-

pendant

trois siècles, se sont

jour dans ce centre intellectuel, et Venise, la ville de l'immobilité apparente et du silence politique. Elles présentent les plus forts contrastes que l'on puisse imaginer, tout en étant chacune unique dans son genre. Venise se proclamait une création fait

extraordinaire et

mystérieuse

prétendait devoir sa grandcurà d'autres causes que l'industrie de l'homme. Il circulait une légende sur la fondation solennelle de la ville le 25 mars 413, à midi, les colons venus de Padoue avaient posé la première pierre du Rialto, qui devait être un asile inattaquable et sacré dans l'Italie déchirée par les Barbares. jPlus tard, les écrivains ont attribué à ces fondateurs tous les pressentiments de la grandeur future de Venise : Marc-Antoine Sabellico, qui a célébré cet événement en magnifiques hexamètres, fait dire au prêtre qui bénit la ville naissante « Quand nous tenterons un jour de grandes choses, c'est alors, ô Ciel, que nous aurons besoin de ton appui. Aujourd'hui, c'est au pied d'un ;

elle

:

:


L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME.

80

pauvre autel que nous t'implorons ne sont pas

marbre

mer, apparaissait

même

mais,

nos vœux

si

siècle, la ville,

comme

l'écrin

Sabellico l'appelle ainsi*

ses antiques coupoles, ses tours

la riche

la la

du monde quand

il

»

d'alors.

aux arêtes obliques, ses

tion de tous les coins marchaient de pair. duit sur la place qui s'étend devant

près

du

les affaires

bruyantes,

s'agite

Le

avec

la décrit

ornementation des palais et

Rialto, place

cle

A

honneur'!

façades de marbre incrusté, sa magnificence étroite,

partout baignée par

et d'or s'élèveront en ton

du quinzième

fin

;

un jour viendra où cent temples

stériles,

11

un peu la

loca-

nous con-

San Giacomelto,

une foule immense, où

de tout un monde se traitent sans paroles sans cris, au milieu d'un

confus, où, sous les portiques

3

bourdonnement

qui l'entourent et sous

ceux des rues voisines, sont établis des banquiers et des orfèvres sans nombre, ayant au-dessus de leur tête des

boutiques et des magasins plus riches autres;

montre de

il

l'autre côté

uns que

les

du pont

le

les

grand Fon-

daco des Allemands, encombré d'habitants et de marchandises, et, devant ce vaste quartier,

couvre constamment 1

la

flotte

Genethliacum Venetœ urbit carmina d'Ant. Sabellicus. Le 25

fut Choisi essendo

nomi

il cielo in

è stato calculato

piu

volte.

qui

canal; puis, en remontant, les

le

singolar disposilione,

si corne

Compar. Sansovino,

da

gli

mars astro-

Venezia citla nobi-

203. Pour nous renvoyons particulièrement à Johannis Baptistœ Egnatii, viri doctissimi, De exemplis illuslrium virorum Uenelce civitaiit aique aliarum gentium, Paris, 1554. La plus ancienne chronique vénitienne, Joh, Diaconi Chron. Venetum et Gradenie, dans Pertz, Monum. SS. VII, p. 5, 6, dit que la fondation de la partie insulaire de la ville ne date que du temps des Lombards, et que le Rialto est d'une époque encore postérieure à celle-là. 3 De Venetce urbis apparalu panegyricum carmen quod oraculum inscrilissima e singolare,

tout ce qui

descritta in

14

libri.

Venetia, 1581, fol.

suit,

bilur. 3

Toute

la

contrée a été transformée par suite des construcdu commencement du seizième sièclç,

tions nouvelles


CHAPITRE

VII.

— LES

RÉPUBLIQUES

:

VENISE, FLORENCE,

mille bateaux chargés d'huile et de vin, et,

ment à

81

parallèle-

cette ligne de navires, la rive où fourmillent les

portefaix et les entrepôts des marchands; enfin, Rialto jusqu'à

parfumerie et

la

place de Saint-Marc,

du

boutiques de

les

promène

les hôtelleries. C'est ainsi qu'il

le

lecteur de quartier en quartier jusqu'aux deux lazarets,

qui font partie de ces établissements de haute utilité

qu'on ne trouve nulle part organisés avec autant

En

ligence.

une grande

pour

sollicitude

comme blessés, même

paix

ment

les

personnes en temps de

en temps de guerre; si

ils

soignaient les

un dévoue-

c'étaient des ennemis, avec

qui faisait l'admiration des étrangers publics de

Les établissements

pouvaient servir de

fussent,

d'intel-

général, les Vénitiens se distinguaient par

1

Venise,

modèles;

quels qu'ils les

pensions

étaient réglées d'après un système raisonné qui ,

s'éten-

dait jusqu'aux héritiers des pensionnaires. La richesse,

avaient mûri les idées

la sécurité politique, l'expérience

hommes,

des Vénitiens en pareille matière. Les la taille

blonds*, à

élancée, à la démarche grave et silencieuse, à la

parole réfléchie, ne se distinguaient guère les uns des autres par le costume et par l'extérieur; les bijoux, filles.

En

était

encore

ce temps-là

la

ils

femmes

surtout les perles, à leurs

prospérité générale de Venise

vraiment brillante, malgré

pertes essuyées dans

les

laissaient

et à leurs

guerres contre

de grandes Turcs;

les

même

plus tard les ressources accumulées dans la ville et le

préjugé de toute l'Europe '

Alexandre BeNjîdictcs,

De

Scriptores, IF. col. 1597, 1601, 1621.

encore pour

suffirent

lui

dans Eccard, Murât., vertus politiques des Vénitiens Caroli

rébus

Dans

VIII,

la Chron. Venelum,

XXIV, col. 26, sont énuraérées les bontà, innocenta, zelo di carità, pictà, misericordia.

'Beaucoup de nobles portaient V.

Erasmi

les

colloquia, ed. Ti&ïiri,a. 1553, p. I.

:

cheveux coupe's court;

215

:

Miles

et

cavlhvsianm.

6


L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME.

82

longtemps aux coups

résister

découverte de

la

mameluks en Egypte

des

les plus terribles, tels

que

route des Indes orientales, la chute

la

de

et la guerre

Ligue de

la

Cambrai. Sabellico, qui était né dans les environs de Tivoli et

qui était habitué au franc parler des philologues d'alors,

remarque

ailleurs

avec quelque étonnement que les

1

grands seigneurs qui assistaient à ses cours du matin refusaient

de s'engager dans des discussions politiques avec

lui

Quand

:

«

je leur

demande

disent et attendent de

en

tel

ou

me répondent

Italie, ils

n'en savent rien.

»

ce que les

gens pensent,

mouvement

tel

qui se produit

tous d'une seule voix qu'il

déchue de

Mais, par la partie

la

on pouvait apprendre bien des choses,

noblesse,

en

dépit de l'inquisition d'État; seulement les secrets se

vendaient moins bon marché. Pendant

du quinzième

siècle

il

plus hauts fonctionnaires

même

*

:

condottieri au

des

hommes de

le

dernier quart

y eut des dénonciateurs parmi les

les

papes, les princes italiens,

de

service

République,

la

fort médiocre condition d'ailleurs, avaient

leurs délateurs, pour la plupart attitrés-, la délation était

devenue

si

commune que

Conseil des Dix croyait

le

devoir cacher au Conseil des Pregadi tiques

de quelque importance

Ludovic

le

More

exécutions nocturnes et

les

la

nouvelles poli-

même

que

nombre de voix respec-

disposait d'un

table dans ce dernier Conseil.

les

on supposait

;

Il

est difficile

de dire

si

prime élevée donnée aux

dénonciateurs des victimes (par exemple, soixante ducats

de pension annuelle) ont beaucoup profité à «

Epistolœ, lib. V, fol. 28.

s

Malipiero, Ann.

530;

II,

COl. 56.

p.

la

noblesse;

Veneti, Archiv. stot:, VII, I, p. 377, 431, 481, 493,

661, 668, 679. Diario Ferrarese,

Chron. J/enetum, dans MURAT.,

ib.,

col. 240.

— Compar.

Dispacei di Antonio Giustiniani (Flor., 1876),

I,

p. 392.

XXIV,

aussi la notice

:


CHAPITRE

-

VII.

LES RÉPUBLIQUES

VENISE, FLORENCE. 83

ce qui est certain, c'est que la pauvreté de

beaucoup de

nobles était une cause de démoralisation qu'on ne pou-

supprimer tout d'un coup. En 1494, deux nobles

vait pas

demandèrent que

sénat votât une

le

somme

annuelle de

deux mille ducats pour venir en aide aux gentilshommes pauvres sans emploi cette motion était sur le point de ;

passer au Grand Conseil, où elle aurait pu trouver une majorité favorable, lorsque le Conseil des Dix intervint

temps

à

dans

deux pétitionnaires à perpétuité de Chypre, à Nicosie K Vers cette époque, un

et relégua les

l'île

certain Soranzo fut

un Conlarini

et

effraction

;

pendu à l'étranger comme sacrilège, condamné aux fers pour vol avec

fut

un autre membre de

en 1499 devant

la

la

même

famille parut

Seigneurie et se plaignit d'être sans

emploi depuis de longues années, de ne posséder que seize ducats de revenu pour entretenir neuf enfants, d'avoir avec cela soixante ducats de dettes, de ne pouvoir se livrer à aucun genre d'occupation et d'être absolument

sans

asile.

On comprend que

certains

nobles riches

bâtissent des maisons pour assurer des logements gratuits

aux nobles pauvres*

sons et

même

On

construisit ainsi des mai-

des rues entières pour l'amour de Dieu

;

les

testaments de l'époque imposent fréquemment aux léga^ taires des œuvres de charité de ce genre*.

Cependant

ennemis de Venise auraient eu tort de fonder des espérances sérieuses sur de pareils embarras. Il est permis de croire que l'essor du commerce, qui assurait

les

même

au moindre artisan un salaire rémunéra-

teur, et que les colonies de l'est de la Méditerranée dé-

tournaient de 1

et

politique les forces qui auraient

Malipiero, dans Archiv.

I,

*

la

ttor,,

VII, H, p. 691.

Compar.

535.

Marin Sanudo,

Vite de' Duchi,

MufUT., XXII,

col. 119#.

pu

694, 713,


L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME.

84

créer des dangers pour la République.

moins

Il

n'en est pas

que Gênes, tout en possédant

vrai

avantages, a eu

l'histoire politique

les

mêmes

plus orageuse.

la

L'inébranlable solidité de Venise est due à

un concours

de circonstances qu'on n'a trouvées réunies nulle part ailleurs. Inattaquable comme ville, elle n'était de tout

temps intervenue dans

les affaires

étrangères qu'avec

plus grande circonspection; elle était

demeurée

à

la

peu

près étrangère aux divisions du reste de l'Italie, et n'avait conclu des alliances que pour des motifs passagers et se faisant

en le

payer son appui

fond du caractère vénitien

tocratique; la

le

plus cher possible. Aussi

était-il

une

fierté tout aris-

république se retranchait dans un isolement

dédaigneux et trouvait une force considérable dans la solidarité de ses citoyens solidarité que la haine du reste ,

que développer davantage. D'autre des part, les habitants de la ville même étaient liés par villes de qu'aux bien aussi colonies aux majeurs intérêts de

l'Italie

ne

faisait

terre ferme, attendu que les habitants de ces dernières (c'est-à-dire de toutes les villes jusqu'à

Bergame) ne

pouvaient acheter et vendre qu'à Venise. Une situation par le aussi avantageuse ne pouvait se maintenir que repos et par l'union au dedans; c'est ce que sentait certainement l'immense majorité des citoyens. Venise était

donc un terrain peu favorable aux conspirations

y

avait des

mécontents,

des autres par

ils

la division

étaient tenus

,

et, s'il

à l'écart les

du peuple en noblesse

uns

et bour-

geoisie, qui rendait tout rapprochement fort difficile. Dans le corps de la noblesse lui-même , une des causes

principales de toute conjuration, l'oisiveté, se trouvait

supprimée pour ceux qui pouvaient devenir dangereux , par suite de leurs grandes c'est-à-dire pour les riches de leurs voyages et des guerres commerciales, affaires ,


CHAPITRE

m-

LES RÉPUBLIQUES

VENISE, FLORENCE. 85

:

incessantes de la ville avec les Turcs. De plus avait aussi

,

l'autorité

pour eux des ménagements parfois coupables; un Caton vénitien présageait-il la ruine de la puis-

sance de sa patrie,

si

cette crainte qu'avaient les nobles

de se blesser entre eux subsistait en dépit de la justice Quoiqu'il en soit, cette grande liberté d'allures donnait,

en somme

à la noblesse de Venise une

,

bonne

et salu-

taire direction. S'il

fallait

absolument donner satisfaction à l'envie on trouvait des victimes officielles des

et à l'ambition

,

,

autorités constituées et des

moyens

légaux. Le long mar-

tyre moral auquel le doge François Foscari succomba (1457) sous les yeux de tout Venise est peut-être l'exemple le plus terrible de ces vengeances qui ne sont possibles ,

que dans des États aristocratiques. Le Conseil des Dix, qui se mêlait de tout, qui avait le droit absolu de vie et de mort qui disposait en maître des deniers publics et ,

des armées, qui renfermait dans son sein les inquisiteurs d'Etat et qui fit tomber Foscari ainsi que tant d'autres chefs puissants, ce Conseil des Dix était renouvelé tous les

ans par

dont

la caste

dominante , par

le

Grand

Conseil,

par conséquent l'image vivante et fidèle. Il est probable qu'il n'y avait guère de grandes intrigues à propos de ces élections attendu qu une puissance qui devait durer si peu et dont l'exercice entraînait de il

était

,

grandes responsabilités, tentait peu d'ambitions. Malgré les allures

ténébreuses et les procédés violents du Con-

des Dix et d'autres autorités vénitiennes, le véritable Vénitien ne fuyait pas leur juridiction; il l'acceptait

seil

de

bonne grâce, non-seulement parce que avait le bras

1

long

Citron, Veneium,

et pouvait, à défaut

MuiUT., XXIV, col. 105.

du

la

République

vrai coupable,


,

L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME.

86

s'en prendre à sa famille la

prononçait

1

n'est

Il

.

mais encore parce que

,

plupart des cas, c'était

la justice et

non

guère d'État qui

dans

,

passion qui

la

exercé à dis-

ait

tance une plus grande autorité morale sur les siens. Si

par exemple,

il

y

avait des dénonciateurs

gadi, cet inconvénient était largement qu'à l'étranger tout Vénitien était

fait

nement un espion

zélé.

parmi

va de soi que

Il

vénitiens qui se trouvaient à

Rome

les

Pre-

compensé par le pour son gouverles

cardinaux

instruisaient la

Répu-

blique de ce qui se passait dans ies consistoires secrets

Dominique Grimani fit les dépêches

présidés par le Pape. Le cardinal

intercepter dans

le

voisinage de

Rome (1500)

qu'Ascanio Sforza envoyait à son frère Ludovic et les expédia à Venise

;

son

père, qui, à la

coup d'une grave accusation,

était sous le

devant

service de son

fils

devant tout

monde

le

le

fit

Grand Conseil, (p. 27,

note

c'est-à-dire

3)

encore quelque garantie particulière de leur dans leur grand nombre

hison aussi

difficile qu'elle

A

la

la

se

demande comment une

vue de

valoir ce

.

traitait ses condottieri. Si elle voulait

la trouvait

More,

9

Nous avons indiqué plus haut Venise

le

même époque,

en

,

comment chercher

fidélité

qui rendait la tra-

facilitait

la

découverte.

composition des armées vénitiennes action

commune

guerre de 1495, on voit figurer

,

on

était possible

avec des troupes aussi disparates. Dans l'armée qui 3

elle

,

fit la

15,526 chevaux, tous

1 Chron. Uenetum, MURAT., XXIV, col. 123 SS., et Malipiero, en d'autres endroits, VII, I, p. 175, 187 ss., racontent le cas frappant de l'amiral Antonio Grimani, qui, accusé d'avoir refusé de remettre le commandement en chef à un autre, se fait mettre les fers aux pieds avant de venir à Venise et se présente ainsi devant

le

Sénat. Relativement à son sort ultérieur, compar. Egnatius, 183 a ss., 189 b ss.

fol. a

Chron.

8

Malipiero,

Vert., loc. cit.,

loc. cit.,

col. 166.

vil,

I,

p. 349. D'autres relevés

de ce genre


CHAPITRE divisés

— LES

VII.

RÉPUBLIQUES

en petits détachements

:

VENISE, FLORENCE. 87

Gonzague de Man-

seuls

;

toue et Gioffredo Borgia en ont,

le

premier 1,200,

le

se-

cond 740; puis viennent six chefs avec 600 à 700 chevaux, dix avec 400, douze avec 200 à 400, environ quatorze

avec 100 à 200, neuf avec 80, six avec 50 à 60, etc. Ce sont ou bien d'anciens corps de troupes vénitiens, ou bien des détachements sous les ordres de villes

ou des campagnes

;

mais

la

la

noblesse des

plupart des

comman-

dants sont des princes italiens, des gouverneurs de

ou

Qu'on ajoute

leurs parents.

dont

d'infanterie,

paraît-il, rien

la

provenance

à cela 24,000

villes

hommes

et la direction n'avaient,

hommes apparEn temps de

de particulier, plus 3,300

tenant probablement à des armes spéciales. paix, les villes de la terre ferme avaient

garnison. Venise comptait moins sur ses sujets que sur leur

guerre de

bon

sens;

on

dévouement de

sait

Ligue de Cambrai (1509)

la

peu ou point de

le

,

que, lors de

elle les délia

la

de

leur serment de fidélité, et les laissa libres de choisir

entre les inconvénients d'une occupation ennemie et les

avantages de çait sur eux;

la

domination toute paternelle

comme

ils

qu'elle exer-

n'avaient pas eu lieu de

quer à leurs devoirs envers Saint-Marc

man-

et n'avaient,

conséquent, pas de punition à craindre,

ils

par

s'empressè-

rent de reprendre un joug aussi facile à porter. Disons

en passant, que cette guerre

était le résultat

séculaires contre l'ambition de Venise. Celle-ci

parfois la faute dans laquelle

tombent

les

,

de plaintes

commit

gens trop pru-

dents, qui croient leurs ennemis incapables d'entreprises qu'ils

trouvent eux-mêmes téméraires et absurdes

1

C'est

Se trouvent dans Marin Sanudo, Vite de'Duchi, Murât., XXII, col. 990 (de Tannée 1426), col. 1088 (de Tannée 1440), dans Corio, fol. 435438 (de 1483), dans Guazzo, Historié, fol. 151 ss. 1

Guichardin

(Ricordi,

n° 150) est peut-être

le

premier à remarquer


L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME.

88

par suite de cet optimisme, qui est peut-être le défaut des États aristocratiques plutôt que des autres, que Venise était restée dans une complète ignorance des faits par Mahomet II pour s'emparer de

préparatifs

même des armements

Coastanlinople, et jusqu'au

moment où

se

réalisèrent

qu'elle n'avait pas crus possibles

de

Ligue de Cambrai

la

nifeste avec l'intérêt

,

1

.

Il

de Charles Vllï,

des

en

événements fut

de

môme

qui était en contradiction

de

ma-

principaux organisateurs,

ses

Louis XII et Jules IL Mais la haine de toute l'Italie contre les Vénitiens conquérants s'était incarnée dans

personne du

la

Pape; aussi ferma-t-il

l'entrée des étrangers

concernait

la

la politique suivie

son maître à

et

dans

de

l'ég-ard

les

yeux sur

Péninsule; pour ce qui

par

le

cardinal d'Amboise

l'Italie,

Venise aurait dû

depuis longtemps reconnaître et redouter leur sottise et leur méchanceté.

La plupart des autres membres de Ligue furent entraînés par l'envie qui s'attache à la

la

richesse et à la puissance

,

dont

elle est le

châtiment

un mobile absolument immoral. Venise lutte avec honneur, mais non sans dommage.

tout en restant sortit

de

la

On

ne pourrait concevoir une puissance dont les bases sont si compliquées, dont l'activité et les intérêts s'étendent

si

loin, sans voir

de haut l'ensemble de

la situation,

sans faire constamment la balance des ressources et des charges, de l'augmentation et de la diminution de sa richesse. Venise pourrait bien revendiquer l'honneur d'être

berceau de

le

la statistique

être avec elle, et en

;

Florence

le

partagerait peut-

seconde ligne viendraient

les princi-

pautés italiennes régulièrement organisées. L'Etat féodal que

le

besoin de vengeance peut

même étouffer la

personnel. 1

Maufiero,

loc

cit.,

VII,

i,

p. 328.

voix de

l'intérêt


CHAPITRE

VII.

— LES RÉPUBLIQUES

du moyen âge produit

elle est, à

comme

(terriers)

;

conçoit

il

une chose immobile, ce que, du

peu de chose

même. Les

VENISE, FLORENCE. 89

tout au plus des aperçus généraux

des droits et revenus du prince

production

:

du

près, tant qu'il s'agit

la

reste,

sol lui-

de l'Occident, au contraire, ont été

villes

probablement amenées de bonne heure à regarder comme essentiellement mobile leur production industrielle et commerciale à l'époque

Hanse

la

il

;

en

,

qui était tout

même

est résulté que,

florissait,

leurs états de pro-

duction étaient simplement des bilans commerciaux. Flottes, armées, tyrannie et influence politique, tout cela était inscrit par Doit et Avoir livre.

Ce

n'est

que dans

comme

dans un grand-

les États italiens

que

consé-

les

quences d'une organisation politique raisonnée,

les

sou-

venirs de l'administration mahométane, une grande force

de production et une puissante activité commerciale réunissent pour fonder une statistique sérieuse

despotique créé par Frédéric avait eu

pour base

la

II

au sud de

J

l'Italie (p.

même

était

ss.)

enjeu. Venise,

au contraire, se propose pour but de jouir de la

3

concentration du pouvoir eu vue

d'une lutte où son existence sance que donne

se

L'État

.

fortune

,

la

puis-

de grossir l'héritage du

passé, de multiplier les industries lucratives et de s'ouvrir sans cesse

de nouveaux débouchés.

Les auteurs s'expriment à cet égard avec une parfaite impartialité

de

la

2 .

Ils

nous apprennent qu'en 1422

population de

la ville s'élevait à

peut-être est-ce en Italie qu'on a

non plus par feux les

1

2

armes,

,

par

commencé

hommes en

XXII, passim.

à

compter

état de

par individus indépendants,

Voir Appendice n° 3, à la fin du volume. Surtout Marin Sainudo, dans les Vite de Duchi

le chiffre

190,000 âmes;

etc.,

di Ventùa,

porter

mais

Murât,,


L'ÉTAT AU POINT DE

90

par âmes (anime),

moins

la

on

supputa-

désirèrent,

ciales

,

acheteurs

que

suffisait

vendeurs,

et

duc augmentât son

le

fût obligé d'élever le chiffre des

consommation diminuât dans

laisser

succomber

régime des

le

effectif

qu'il

par

suite,

vaut mieux

émigreront chez nous avec

Lucquois chassés de chez eux.

»

,

ainsi

Mais

que

Mocenigo mourant (1423) à quelques sénateurs venir devant son essentiels

lit

d'une

de Venise. Je ne taire détaillé

;

faits suivants.

s .

Ce discours renferme

statistique sais

pas

de toutes

s'il

la

doge

qu'il fit

éléments

ressources

en existe un commen-

citons seulement, à titre de curiosité, les

Après

le

remboursement de 4

de ducats, montant d'un emprunt guerre,

les

les

l'ont

document

le

plus curieux, c'est le discours adressé par le

le

folie.

Florentins; habitués à vivre sous

les

villes libres, ils

leurs métiers à tisser la soie et la laine fait les

« 11

c'est-

pour

et que,

duché.

,

une

était

impôts le

la

commer-

que toute guerre entre Milan et Venise

à-dire entre

la

vers

Philippe-

vu qu'on avait

éconduisit,

les

base

la

autres

les 1

calcul

avec Venise contre

s'allier

Yisconti,

toutes

ce

conviction, fondée sur des raisons toutes

la

11

de

Florentins

les

même époque, Marie

à voir dans

et

équivoque

Lorsque

tions.

VUE DU MÉCANISME.

dette publique

(il

fait

monte)

millions

à l'occasion d'une s'élevait

encore à

6 millions de ducats. Tout l'argent en circulation pour les

besoins du

commerce formait

,

paraît-il

,

une somme

de 10 millions, qui produisait 4 millions par an. (Ce sont Pour bien connaître le contraste frappant qui existe entre Florence et Venise, il faut surtout lire un pamphlet de quelques Vénitiens (1742) contre Laurent de Médicis et la réponse qui y a été faite par Benedetto Dei; on trouve ce document dans Pagnini, Délia décima, Florence, 1763, III, p. 135 SS. a Dans Sanodo, loc. cit., col. 958-960. Ce qui a rapport au commerce se trouve dans Scheuer, Hist. génér. du commerce, 1,326, note. 1


CHAPITRE les

VII.

mots du

et 45 galères rins. (Il

— LES

texte.) ;

les

Il

RÉPUBLIQUES

y

VENISE, FLORENCE. 91

:

avait 3,000 barques,

300 navires

barques étaient montées par 17,000 ma-

y avait plus de 200 hommes par galère.) A ce chiffre

venaient s'ajouter 16,000 ouvriers travaillant à

la

con-

struction des navires. Les maisons de Venise avaient une valeur estimative de 7 millions, et rapportaient un demimillion de loyer".

Il

y avait 1,000 nobles possédant de

70 à 4,000 ducats de revenu. Les revenus publics ordinaires sont évalués, pour l'année 1423, à 1,100,000 ducats;

par suite des crises commerciales qui résultèrent des guerres siècle à

tombé au milieu du quinzième

ce chiffre était

,

800,000 ducats».

par des calculs de ce genre

Si,

à la vie matérielle, Venise est

un des grands côtés du système

et

par leur application

première à montrer

la

politique moderne, par

contre, elle est dans une certaine infériorité sous

port de ce genre de culture que au-dessus de tout. Ce qui

l'Italie

manque,

lui

le

rap-

mettait alors

c'est le

goût des

belles-lettres et surtout la passion de l'antiquité clas-

sique

3 .

Les dispositions pour

les

études philosophi-

ques et pour l'éloquence, dit Sabellico, étaient aussi

grandes à Venise que

les

aptitudes commerciales

et

politiques; mais les indigènes ne les cultivaient pas, et, 1

II

s'agit de toutes les maisons, et

ments qui appartiennent

non pas seulement des

bâti-

que ces derniers rapportaient souvent des sommes énormes; compar. Vasari, XIII, à l'État.

Il

est certain

83, Vila di Jac. Sansovino. 2 Ce renseignement se trouve dans Sanudo, col. 963; à ce propos, l'auteur dresse aussi le tableau des revenus des autres puissances italiennes et européennes. Voir un compte public de 1490, col. 1245 ss. 3 II paraît que cette antipathie pour l'antiquité allait chez le Vénitien Paul II jusqu'à la haine; il appelait les humanistes sans Compar. exception des hérétiques. Platina, Vita Pauli, p. 323.

en général

VoiGT, la Renaissance de l'antiquité classique (Berlin, 1859), p. 207-213. Le mépris de l'antiquité est considéré par Lil. Greg. Giralpus {Opéra, t. II, p. 439) comme une des causes de la prospérité de Venise, :


L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME.

92

chez

étrangers, ces talents n'étaient pas honorés

les

comme

ailleurs.

non par

l'État,

Filelfo, qui avait été appelé à Venise, mais par des particuliers, repartit bientôt

désillusionné, et

Georges de Trébizonde, qui, en 1459, déposa aux pieds du doge la traduction des Lois de Platon, fut

nommé

professeur de philologie avec ud

traitement annuel de 150 ducats à la Seigneurie

»j

mais

il

dédia sa rhétorique ne tarda pas à être trompé il

;

dans ses espérances et dut quitter celte ville inhospitalière aux lettres. C'est que la littérature elle-même a

généralement un caractère pratique. Aussi quand on parcourt l'histoire de çois

la littérature

Sansovino a mise à

la suite

vénitienne, que Frande son livre bien connu 2 ,

ne trouve-t-on guère pour le quatorzième siècle que des ouvrages de théologie, de droit et de médecine à côté de quelques histoires; même au quinzième siècle l'huma-

nisme

est

faiblement

représenté

l'importance de Venise, jusqu'au sent

Ermolao Barbaro

et

dans une

moment où

Aide Manuce. Par

ville

de

apparais-

suite,

il

n'y

a que peu d'amateurs qui s'occupent à collectionner des manuscrits et à former des bibliothèques. Lorsque

Venise reçut de précieux manuscrits provenant de la succession de Pétrarque, elle les garda si mal qu'Us eurent bientôt disparu; la bibliothèque que le cardinal Bessarion légua à l'État (1468) détruite. la ville

droit 1

Pour

les

faillit être dispersée et questions scientifiques, n'avait-on pas

de Padoue, où

les professeurs de médecine et de touchaient des émoluments princiers pour les

Sanudo, loc. cit., col. 1167. Sansovino, Venezia, lib. XIII. Ce livre contient les biographies des doges par ordre chronologique; ces différentes biographies sont suivies de courtes notices sur les écrivains contemporains, mais ces notices ne sont régulières qu'à partir de 1312; elles portent le titre de Scriitori veneti. 3


CHAPITRE

— LES

VII.

RÉPUBLIQUES

mémoires qu'on leur

VENISE, FLORENCE. 93

:

rédiger sur des questions de

faisait

droit public?

De même, Venise rares poètes

Même

l

elle se rattrapa

l'époque de

.

goût des

le

Renaissance a été pour

la

qu'elle

elle

une impor-

du quinzième

devient artiste elle-même, dans toute

du mot. On trouve même chez

l'acception

siècle,

arts qui caractérise

tation étrangère, et ce n'est que vers la fin siècle

que de

n'a eu pendant longtemps

mais au commencement du seizième

;

elle d'autres

traces plus frappantes de paresse intellectuelle.

Le

même

État qui était

qui se réservait

la

si

bien maîfre de son clergé,

nomination à tous

les

postes impor-

tants et qui bravait la curie à chaque instant, montrait

une piété

officielle

d'un caractère tout particulier 8

.

Il

acquiert au prix des plus grands sacrifices des corps de saints et d'autres reliques provenant de la Grèce con-

quise par les Turcs, et le

grande pompe

3 .

On

doge

vient les recevoir

en

résolut (1455) de débourser jusqu'à

10,000 ducats pour avoir

la

célèbre robe sans couture,

mais on ne put l'obtenir à ce prix.

Il

ne

s'agissait

pas

ici

d'un engouement populaire, mais d'une décision raisonnée

de l'autorité supérieure, décision

qu'elle aurait

pu

fort

1 Venise fut à cette époque un des principaux centres d'imitation de Pétrarque. Compar. G. Crespan, Del Petrarchismo, dans Pelrarça e Venezia (1871), p. 187-253. 2 Compar., Heinric. De Hervodia, ad a. 1293 (p. 213, ed. Potthast),

qui raconte ce qui suit Les Vénitiens voulurent se faire céder par les habitants de Forli le corps de Jacques Forli, qui opérait un grand nombre de miracles. Ils promirent en échange bien des avantages et offrirent entre autres de supporter tous les frais qu'entraînerait la béatification de Jacques; mais leur demande fut repoussée. 3 Sanudo, loe. cit., col. 1158, 1171, 1177. Lorsque le corps de saint Luc fut rapporté de Bosnie, il y eut une discussion avec les Bénédictins de Sainte-Justine à Padoue, qui croyaient déjà le posséder ; Compar. Guiil fallut que le Saint-Siège tranchât la question. CnAROiN, Iiicordi, n*401» :


L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME.

94

bien

de prendre

dispenser

se

n'aurait pas été prise à Florence.

de

la

qui

et

certainement

Nous ne parlerons pas

piété de la multitude et de sa confiance dans les

indulgences accordées par un Alexandre VI. Mais l'État lui-même, après avoir absorbé l'Église plus qu'elle ne l'était ailleurs,

ment rait

renfermait réellement une sorte d'élé-

religieux, et le doge, qui symbolisait l'État, figu-

dans douze grandes processions

quelles

il

un

jouait

1

(andate),

dans

rôle à moitié sacerdotal.

les-

C'étaient

ordinairement des fêtes célébrées en mémoire d'événe-

ments

politiques-,

elles

coïncidaient presque

avec les grandes fêtes de l'Église; toutes, le le

fameux mariage du doge avec

la

mer, tombait

jour de l'Assomption.

La plus haute personnalité politique, le

toujours

plus brillante de

la

le

développement

plus complet et le plus varié se trouvent réunis dans

l'histoire

de Florence, de cette

ville

qui mérite, sous ce

rapport, d'être appelée le premier État

monde.

Ici l'on voit

moderne du un peuple tout entier s'occuper de

ce qui, dans les États gouvernés par des princes, n'intéresse qu'une famille.

Le merveilleux esprit florentin, cet

esprit à la fois juste, fin, épris

transforme sans cesse il

du beau, avide de

l'état politique et social

le décrit et le juge. C'est ainsi

patrie des doctrines

et des

;

que Florence devint

théories

politiques,

expériences et des brusques changements, mais en

temps aussi tique

et,

elle

devint avec Venise

avant tous

les États

historiques dans le sens

l'ancienne

Rome

créer,

sans cesse

le

berceau de

du monde,

la

des

même

la statis-

celui des éludes

moderne du mot. La vue de

et la connaissance

de ses historiens

1 SANSOVINO, Venezia, lib. XII, DelV andate publiche del principe, Egnatius, fol. 40 a. Sur la crainte qu'inspirait l'interdit pontifical, voir Egnatius, fol. 12 a ss.


CHAPITRE

— LES

VII.

REPUBLIQUES

:

VENISE, FLORENCE. 95

développaient ces tendances naturelles, et Giovanni avoue 1 que c'est lors du jubilé de l'an 1300 qu'il conçut l'idée de son grand travail et qu'il se mit à Villani

l'œuvre aussitôt après son retour; mais, parmi les deux

cent mille pèlerins qui étaient visiter la ville éternelle,

allés,

cette année-là,

combien en

est-il qui avaient peut-être autant de talent et autant de goût pour les

études historiques que écrit l'histoire

pu,

comme

solantes

:

lui,

lui, et qui pourtant n'ont pas de leurs villes? Car tous n'auraient pas terminer leur livre par ces paroles con-

Rome

«

elle est prête à

décline, tandis

que ma patrie

accomplir de grandes choses;

s'élève;

pourvoulu retracer tout son passé; je compte continuer mon œuvre jusqu'à l'époque actuelle et y faire

quoi

c'est

j'ai

entrer tous les événements que je verrai encore.

»

Aussi,

sans parler du témoignage qui résulte de son existence

même, Florence

a-t-clle

plus précieux encore

entre tous

les

obtenu un témoignage bien

ses historiens l'ont

:

États de l'Italie

rendue célèbre

a .

Ce n'est pas l'histoire de cet État remarquable que nous voulons raconter; nous nous bornerons simple-

ment

à

quelques observations sur l'indépendance d'esprit

et l'objectivité que cette histoire a fait naître chez les

Florentins 3

.

Dans aucune heure

et aussi

dément

ville d'Italie

on ne trouve

bonne

d'aussi

longtemps des partis puissants, profon-

divisés, acharnés les

uns contre les autres, que nous ne connaissons sans doute que par les récits d'un âge postérieur, mais chez lesquels nous retrouvons

-

G. ViLLim, VIII, 36. L'année 1300 est en même temps la date adoptée dans la Divine Comédie. 2 C'est ce qui est déjà constaté en 1470 par Vespasiano Fiorent., 1

554.

p. 3

Voir Appendice n» 4, à

..

la fin

du volume.


L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME.

96

cependant

la

supériorité de l'esprit florentin. Quel

grand

politique que Dante Alighieri, la victime la plus illustre de ces crises intérieures, Dante, mûri par Florence elle-

même

et

par

l'exil!

dans

a jeté

11

dans un moule de bronze,

ses tercets

»,

comme

sanglantes railleries que

les

lui

changements de constitution ses resteront proverbiaux partout où se feront de sem-

inspirent ces éternels vers

blables expériences;

;

il

a maudit,

avec une violence qui

a

il

a regretîé sa patrie

dû profondément remuer

le

cœur des Florentins. Mais sa pensée s'étend au delà de l'Italie et

qu'il le

du monde,

et si sa

passion pour l'Empire

concevait n'a été qu'une erreur,

il

faut

tel

avouer

cependant que cette illusion juvénile de la spéculation politique dans son enfance a chez lui une certaine gran-

deur poétique.

Il

dans cette voie

*;

est fier d'être le

sans doute

il

premier qui marche

suit les

pas d'Aristote,

n'en reste pas moins indépendant et original.

mais

il

Pour

lui, l'idéal

de l'Empereur est un juge suprême à la que de Dieu; c'est

fois juste et bienveillant, ne relevant

l'héritier

de

le droit, la

la

domination romaine, qui avait pour

nature et

le

elle

conseil de Dieu. La conquête de

une conquête légitime, un jugement de entre Rome et le reste de la terre Dieu prononçant Dieu en devenant homme pendant qu'il empire a reconnu cet

l'univers a été

;

en se soumettant pendant sa vie au pouvoir mort fiscal de l'empereur Auguste et en acceptant à sa suivre le jugement de Ponce Pilate, Si nous ne pouvons existait,

qu'avec peine ces arguments et d'autres semblables, sa 5 passion n'en reste pas moins saisissante. Dans ses lettres ,

PunGATOïuo, VI, fin. De Monarchia, (nouvelle édition critique de Witte, Halle, 1863Berlin, 1872, 1871), traduction en allemand par 0. Huba/tsch, 1

2

I, 1-

3

Duntis Aligheni Bpistolce,

ctm

,

nolis, C.

Witte, Padua, 1827. Sur I»


CHAPITRE est

il

VII.

LES RÉPUBLIQUES

un des premiers de tous

:

VENISE, FLORENCE. 97

les publicistes; c'est

peut-

être le premier laïque qui ait publié de son propre chef

des écrits de polémique sous la forme épistolaire. II débuta de bonne heure dans cette voie; peu de temps après la mort de Béatrice, il fit paraître un pamphlet sur l'état

de Florence cet écrit est adressé

terre

»

;

;

de

même

les lettres qu'il

«

aux grands de

la

publia plus tard pen-

dant

son exil ne sont adressées qu'à des empereurs, des princes et des cardinaux. Dans ces lettres et dans le livre « sur la langue vulgaire », on voit reparaître sous différentes formes ce frances, qu'en dehors

sentiment né de tant de souf-

de

la ville qui l'a vu naître l'exilé peut trouver une nouvelle patrie intellectuelle par la langue et par la culture, une patrie qu'on ne peut plus

Nous reviendrons encore sur ce point. Nous devons aux deux Villani, Jean et Mathieu, moins

lui ravir.

des considérations politiques remarquables par la profondeur que des jugements dictés par le bon sens et que les

bases de

la statistique

de Florence, sans compter des

indications précieuses sur d'autres États.

Ici le

et l'industrie avaient fait naître des idées

commerce

d'économie

politique à côté des idées de politique pure. Nulle part

on

n'était aussi

exactement renseigné qu'à Florence sur en général, à commencer par la

les situations financières

curie pontificale d'Avignon, dont l'encaisse

énorme

(25 millions

de Jean XXII) que sur

la foi

on ne peut admettre de florins d'or à la mort

de ces documents

1 .

Ce

n'est

manière dont il concevait l'Empereur en Italie et le Pape, voir la pendant le conclave de Carpcntras (1314). Sur la première lettre, voir Uitanuova, cap. xxxi, Epist., p. 9. 1 Giov. Villa.ni, XI, 20. Compar. Matt. Viluni, IX, 93, qui raconte que Jean XXII, Asluto in tulle sue cose e massime in /are il danaio, a laissé 18 millions de florins en argent comptant et 6 millions en pierres précieuses.

leitre écrite

:

i.

r


98

L'ÉTAT AU POINT »E VUE DU MÉCANISME.

que

la vérité sur des

que nous apprenons

emprunts

colossaux, celui, par exemple, que le roi d'Angleterre

contracta auprès des maisons Bardi et Peruzzi, de Flo-< rence, qui perdirent (en 1338)

un

de 1,355,000 flo-

actif

rins d'or, appartenant à eux et à leurs commanditaires, et purent

néanmoins se remettre

plus important, ce sont

que nous fournit relativement à

Ce

à flot

les indications

*

que

l'État

(dépassant 300,000 florins d'or) et

:

la

qu'il

y a de

même épo-

revenus publics

dépenses

(les

dépenses

ordinaires ne s'élevant qu'à 4,000 florins d'or);

popu-

lation de la ville (renseignements très-incomplets, basés

sur la consommation du pain par bocche, c'est-à-dire par

bouches, accusant ainsi un chiffre de 90,000) et

de

l'État (excédant de trois cents à cinq cents garçons sur un total de cinq mille huit cents à six mille enfants pré-

sentés tous les ans au baptistère les écoles,

)

environ

le

de

la

enfants qui suivaient

calcul

dans

six cents écoliers qui suivaient

établissements l'enseignement de et

;

dont huit à dix mille apprenaient à

à douze cents apprenaient plus,

3

la

lire,

mille

six écoles;

dans quatre

grammaire

(laline)

logique. Vient ensuite la statistique des églises

et des couvents, des hôpitaux (qui contiennent

plus de mille

lits);

en tout

l'industrie de la laine, sur laquelle

trouve des renseignements de

détail

de

la

on

plus grande

1 Ces renseignements et d'autres semblables se trouvent dans Giov. Villani, XI, 87; XII, 54, qui perdit son argent dans cette banqueroute et qui fut mis en prison pour dettes. Compar. aussi en général K.ERVYN DE LETTENHOVE, l'Europe au siècle de Philippe le

Bel

:

les

Argentiers florentins,

(1861), vol. XII, p. 123 SS.

dans

le Bulletin de l'Académie de Bruxelles

— Dans M achiavelli, S/or. /forent, lib.IJ, que 96,000 personnes moururent de la peste (1348).Compar. plus haut, p.89, et l'appendice n° 3 à la fin du volume. s Le curé mettait un haricot noir de côté pour chaque garçon et un haricot blanc pour chaque fille; c'est à cela que se bornait 2

Giov Villani,XI^2,93.

cap. xlii,

on

le contrôle.

lit


CHAPITRE

VII.

-

LES RÉPUBLIQUES

VENISE, FLORENCE. 99

valeur; la monnaie, l'approvisionnement de la ville personnel des fonctionnaires, etc. ». On apprend

le

inci-

demment

d'autres faits, par exemple,

comment,

lors de

création des nouvelles rentes sur l'État (monté), en 1353 el les années suivantes, les prédicateurs franciscains parlèrent en chaire en faveur des rentes, et les prédicateurs dominicains et augustins contre elles »j enfin nulle part la

Europe

en

les

conséquences économiques de

la

peste noire

n'ont été et n'ont pu être étudiées et exposées comme à Florence». Un Florentin seul pouvait nous apprendre

comment on

s'attendait à voir baisser le prix de toutes

choses, vu le chiffre de

la mortalité, et comment, au contraire, le prix des denrées et les salaires augmen-

tèrent du double;

comment

d'abord plus travailler

et

bas peuple ne voulait

le

ne songeait plus qu'à bien

vivre; comment on ne pouvait plus se procurer des domestiques sans payer des gages exorbitants; comment

paysans ne voulaient plus cultiver que les meilleures terres et laissaient sans culture celles qui étaient de qualité inférieure, etc. enfin, comment les legs énormes ; qui, pendant la peste, avaient été faits en faveur des pauvres parurent ensuite sans objet, attendu les

que

pauvres étaient ou morts ou devenus riches. d'un legs considérable fait par un

les

A propos

riche particulier sans enfants en faveur de tous les mendiants de la ville (il laissait six deniers à chaque mendiant), on essaya de faire la statistique

ViLum^n%50 3

IOrenceuQ

Matteo Villani,

mêm^il^T* m! en qn

fa fait

complète de

ZZ

m,

C ° rpS

la

mendicité à Florence

depornpiers P ermaneût

-

«.

(«or.

106.

*'

C ° mpar

58 -

'

~

Quant

à ,a P esl «

célèb, e ™ mm[ère Usne Boccace au commencement du Décamêron.

*Giov. Viliani, X, 164.

'

,a

-

.

M-

description


L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME

100

choses au point de Cette habitude de considérer les

vue de

la statistique a été,

dans

la suite,

les

variés; leur gloire est

Florentins aux objets les plus

surtout d'avoir, en général,

étendue par

dans

laissé entrevoir,

rapport des

faits

de

la vie

les

ordi-

travaux de ce genre, le dans le sens élevé du naire avec les faits historiques

mot, avec des

arts.

la

Un

culture générale et avec relevé de l'année 1422

1

le

développement

nous

connaître

fait

comptoirs qui entourent

du même coup les soixante-douze numéraire en circulation le marché neuf, le chiffre du (2 millions

de florins

d'or), l'industrie alors

nouvelle des

de soie, Philippe Brunellesco, qui fils d'or, les étoffes Arétin, secréexhume l'architecture antique, et Léonard République, qui ressuscite la littérature et taire

de

la

l'éloquence anciennes ville,

-,

enfin la prospérité générale de la

aucune agitation qui n'était alors tourmentée par s'était débarrasqui et le bonheur de l'Italie,

politique,

La statistique de Venise, sée des mercenaires étrangers. et 91), et qui date dont il a été parlé plus haut (p. 90 presque de

la

même

année, nous révèle sans doute une

bien plus vaste; opulence bien plus grande et un théâtre les mers de couvre Venise c'est que depuis longtemps première sa n'envoie tandis que Florence ses vaisseaux,

qui ne reconnaît dans galère à Alexandrie qu'en 1422. Mais haute? De dix en dix relevé florentin une pensée plus le

ce genre, et ans nous trouvons des relevés de qu'ailleurs tableaux récapitulatifs, tandis

même

des

on rencontre

sommaires. tout au plus quelques indications

Nous appre-

fortune et les

la nons à connaître approximativement 1434 à 1471 ils n'ont de Médicis premiers affaires des d'or en aumônes, en pas dépensé moins de 663,755 florins :

i

Ex

annalibus Ceretani,

34, VOl. II, p. 63.

dans FABROM, Magui Comi VHa, Adnot.


CHAPITRE VU.

-

LES RÉPUBLIQUES

:

VENISE, FLORENCE. 101

construction d'édifices publics et en contributions; la part de Corne seul se

monte à 400,000 florins «, et Laurent le Magnifique est heureux que cet argent ait été si bien employé. En 1472, nous retrouvons un tableau extrêmement important

commerce îl

complet dans son genre du

et

et des industries de la ville

a ,

parmi lesquelles

s'en trouve plusieurs qui rentrent à moitié

tout à fait dans

le

domaine de

l'art

:

la

même

ou

fabrication des

étoffes lamées d'or et d'argent et des étoffes damassées, la

sculpture sur bois

et

la

marqueterie

(intarsia)-

sculpture des arabesques en marbre et en grès; traits

en

cire, i'orfevrerie et la joaillerie.

naturelle des Florentins est relatif livres

de

>

por-

La disposition

mettre en chiffres tout ce qui

à

la vie matérielle se

ménage,

les

la

montre même dans

d'affaires et

leurs

d'exploitation rurale,

qui sont fort remarquables parmi ceux des autres Euro-

péens du quinzième

On

siècle.

à en publier des extraits

3 ;

a eu raison de

seulement

il

commencer

faudra encore

de longues études pour pouvoir en tirer des résultats généraux bien nets. En tout cas, on reconnaît ici, comme en tout le reste, l'État que des pères mourants priaient dans leur testament

'

de punir leurs

fils

Ricordi de Laurent, dans Fabroni, Lcmr. Med. Magnifiai Viia, Paul JoviUS, Elogia, p. 131 SS. Cosmus.

2 et 25. *

*

ParBenedettoDeï.dans

même page;

le

d'une Adnot

passage cité plus haut,p.90et note

1,

faut considérer que ce relevé doit servir à établir la quantité de ressources disponibles en cas d'attaque ennemie. Pour l'ensemble, compar. Reumont, Laurent de Médias, II, p. 419. Voir le projet financier d'un certain Lodovico Ghetti, avec des indications précieuses, dans Roscoe, Vita di Lor. de Media, t II il

annexe 3

l.

*

P. ex.,

dans Archivio stor., iv (?). Compar., d'autre part, le Livre du commerce, ouvrage infiniment simple et répondant à des relations commerciales encore dans l'enfance, par ott Ruland (14451462). Stuttg., 1843. Pour une époque postérieure, compar. le Journal de Lucas Rem, 1494-1541, publié par B. Greiff, Augsbonrg, 1861 Libri, Histoire des sciencet mathèm., II, 163 SS.


L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME.

102

amende de 1,000

florins d'or

n'exerçaient pas une

s'ils

profession régulière.

Pour

la

première moitié du seizième siècle

peut-être pas une

monde

qui possède

ment comparable au magnifique

tableau que

fait

de Florence

».

ville

au

Florence produit encore

d'œuvre de statistique descriptive duit tant d'autres, avant

côté

du

sa

comme

elle

grandeur

n'y a

Varchi

a

un chefen a pro-

et sa

liberté

pour toujours \

disparaissent

A

que

il

un docu-

calcul appliqué à tous les

de

faits

la

vie

matérielle nous trouvons une suite continue de tableaux

de

la vie politique.

Non-seulement Florence voit

se suc-

céder plus de formes et de nuances politiques, mais

encore

raisonne et les discute infiniment mieux

elle les

que d'autres États libres de général. Son histoire est

l'Italie

le

ou de l'Occident en

miroir

le

plus parfait du

rapport qui existe entre des classes d'hommes et des individus, d'une part, et

de

l'autre.

un tout mobile

changeant,

et

Les tableaux des grandes démagogies bour-

geoises de France et de Flandre, tels que Froissart les retrace, les récits des chroniques allemandes

torzième

siècle

rapport de

la

sont sans doute parlants

haute intelligence des

approfondie des causes qui

les

;

du qua-

mais, sous le

faits et

ont amenés,

de l'étude

les

Floren-

tins sont infiniment supérieurs à tous les autres.

nation de

moyenne

la

noblesse,

contre

le

tyrannie,

prolétariat,

lutte

de

la

démocratie

Domiclasse

pure,

démocratie incomplète, démocratie pour la forme, primatie d'une maison, théocratie (avec Savonarole), 1 Varchi, Stor. forent., m, p. 56 ss., à la fin du livre IX. Il y a quelques erreurs évidentes de chiffres qui pourraient bien provenir de fautes d'écriture ou d'impression. 2 V. Appendice n° 5, à la fin du volume.


CHAPITRE

VII.

LES RÉPUBLIQUES

:

VENISE, FLORENCE. 103

jusqu'à ces formes hybrides qui préparaient les voies au

despotisme des Médicis, tout est décrit de

que

mobiles

les

drames politiques sont dévoilés Enfin, dans ses

être vivant, et la

et mis à

nu

ville

vue.

11

les

l .

comme un son développement comme

natale tout à fait

marche de

développement normal d'un individu;

mier entre

façon

de ce»

Histoires florentines (jusqu'en 1492),

Machiavel conçoit sa

le

telle

plus secrets des acteurs

les

modernes qui

ait

est le pre-

il

découvert ce point de

ne rentre pas dans notre dessein d'examiner

si

et sous quels rapports Machiavel s'est plus inspiré de son

imagination que de

la

réalité,

comme

il l'a

fait

dans

la

biographie de Castruccio Castracane, de ce type de tyran

dont

il

a fait

un

toires florentines,

portrait de fantaisie.

En

lisant les His-

on trouverait peut-être des objections à

élever contre chaque ligne, et néanmoins la haute valeur, la valeur

ses

unique de l'œuvre subsisterait tout entière. Et

contemporains

et

continuateurs

:

Jacques

Pitti,

chardin, Segni, Varchi, Vettori, quelle pléiade de illustres!

Et quelle histoire que

Gui-

noms

celle qui est retracée

par ces maîtres! Le spectacle grandiose

et

émouvant

' En ce qui concerne Côme (1433-1465) et son petit-fils Laurent le Magnifique (mort en 1492), l'auteur renonce à porter tout jugement sur la politique intérieure de ces princes. C'est surtout l'éloge de tous deux, notamment de Laurent, dans William Roscoe (Life of Lorenzo de Medici, called the Magnificent, d'abord Liverpool, 1795, 10 e édition, Londres, 1851), qui paraît avoir provoqué une réaction. Cette réaction se montra d'abord dans Sismondi (Histoire des républiques italiennes, XI), dont Roscoe réfuta les jugements souvent trop absolus (Illustrations historical and crilical oflhelifeofLor. d. Med., London, 1822); plus tard dans Gino Capponi (Archiv. stor. ital, I (1842), p. 315 ss.), qui motiva et développa son appréciation dans Sloria délia republica di Firenze, 2 vol. Flor., 1875. On peut

renvoyer le lecteur au livre de Reumont, Laurent de Médicis, surnommé le Magnifique, 2 vol., Leipzig, 1874, ouvrage dont l'auteur possède pleinement son vaste sujet et où les faits sont jugés avec

une

parfaite impartialité.


L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME.

104

que présentent

les

dernières années de

la

République,

il

de est là tout entier, devant nous. Que, dans ces masses l'existence de fin la à assister documents qui nous font la plus belle et la plus originale

que nous présente

l'his-

toire du temps, l'un ne voie qu'une collection de curioune sités de premier ordre; que l'autre constate avec grand; et noble est qui tout ce de chute la joie maligne

qu'un troisième analyse cet événement comme un grand procès judiciaire, qu'importe? Le fait lui-même n'en

demeurera pas moins jusqu'à

la

fin

un objet

des jours

digûe des méditations du penseur. Le grand malheur de Florence, la cause des troubles qui l'agitaient sans cesse, c'était sa domination sur des

ennemis vaincus, mais autrefois puissants, tels que les habitants de Pise; il en résultait forcément un régime de compression perpétuelle. Il n'y aurait eu qu'un moyen de remédier au mal, moyen héroïque sans doute, que Savonarole seul aurait été à même d'employer; c'eût été d'en de dissoudre en temps utile le duché de Toscane et tard, plus qui faire une fédération de villes libres; idée le délire lorsqu'elle n'était plus qu'un rêve enfanté par

de

la fièvre,

coûta

la vie

à

un Lucquois

patriote (1548)

L'omission de cette transformation salutaire, pathie toute

guelfe

des

Florentins pour

la

».

sym-

un prince

Burlaraacchi, père du chef des protestants de Lucques, \ Franc. SS., DocuMichel B. Compar. ârehiv. stor. ilal, ser. I, t. X, p. 435

Storia di Fr. B Lucca, ment* p. 146 ss.; d'autre part, Carlo Minutoli, Giomale 1844 et les précieux articles de Leone del Prête dans le *

sioricodegli Archivi loscani ,

IV

(1860), p. 309 SS.

On

sait

combien

despotique par la Milan a facilité la formation d'un grand État et au douzième siècle onzième au montrée a ville cette que dureté des Visconti s'éteignit à l'égard de ses sœurs. Lorsque la famille la haute Italie en 1447 Milan détruisit les espérances de liberté de d'une fédérasurtout'parce qu'elle ne voulut pas entendre parler Compar. Cotuo, tion de villes ayant toutes les mêmes droits. fol.

358,

ss.


CHAPITRE

VII.

LES RÉPUBLIQUES

:

VENISE, FLORENCE. 105

étranger, et l'habitude des interventions étrangères, qui

en fut la

la suite,

ont été

la

cause de tous

les

malheurs do

République. Mais peut-on s'empêcher d'admirer ce

peuple qui et qui, le

conduite d'un moine inspiré

s'exalte sous la

premier eu

Italie,

épargne ses ennemis vaincus,

tandis que les exemples du passé ne

vengeance à

jaiilit

et de destruction?

cette

d'enthousiasme

explosion

mais

soudaine

religieux

semble s'éteindre bien

vite

lui

parlent que de

Sans doute

de

et

la

de

nobles

quand on

flamme qui

patriotisme,

sentiments,

la voit à

distance

mémorable de 1529-1530. Sans doute, comme alors Guichardin, c'étaient des cet orage sur Florence; mais

ont

que

«

il

fous

»

livrer

à

entendre que

aux mains de

sans protester. fiques

A

ses

Florence

donne dû se

il

aurait

ennemis sans combattre et

magni-

ce prix elle aurait sauvé ses

faubourgs, ses superbes jardins,

fortune de citoyens sans nombre, mais serait privée de celte

qu'ils

prétend

et, s'il

les sages auraient su éviter la tempête,

simplement

le disait

qui appelèrent

avoue lui-même

qui était réputé impossible,

fait ce

;

féconde et salutaire, lors du siège

elle reparait,

la vie

et

la

son histoire

page glorieuse qui atteste

sa

gran-

deur morale.

Dans

les

grandes choses,

vent les Italiens et servent de modèle;

les il

les

Florentins précèdent sou-

Européens en général,

en

est

de

même pour

et leur

bien des

erreurs et des défauts. Lorsque Dante comparait Flo-

rence remaniant et corrigeant sans cesse sa constitution à

un malade qui change de position à chaque instant échapper à la souffrance, il mettait le doigt

pour

sur l'éternelle plaie de sa

patrie. La grande erreur moderne, qui consiste à croire qu'on peut faire une constitution, c'est-à-dire la créer

en

se basant sur le calcul


L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME.

10S

des forces et des tendances existantes

jours à Florence

dans

les

périodes

1

,

reparaît tou-

d'agitation,

Machiavel lui-même n'a pu s'en affranchir. des novateurs politiques qui, par la division tition savante

Il

et

forme

se

et la répar-

du pouvoir, par des procédés électoraux

bien raffinés, par des autorités plutôt nominales que réelles, etc., veulent

fonder un état durable et contenter, peut-être aussi tromper indistinctement les grands et les petits. Ils s'appuient

quité et finissent les

noms des

Ce

n'est

naïvement sur l'exemple de l'antipar lui emprunter officiellement

même

partis, tels que ottimati, arislocrazia*, etc. que depuis cette époque qu'on s'est habitué à

ces expressions et qu'on leur a

donné un sens conven-

tionnel, européen, tandis qu'autrefois les étaient locaux et désignaient

noms de

partis

exclusivement une chose particulière ou naissaient des jeux du hasard. Or, combien le nom ne sert-il pas à figurer et à défigurer la chose Quoi qu'il en soit, de tous ces architectes politiques», Machiavel est sans contredit le plus grand. Il considère !

les

forces existantes

comme

actives, calcule les chances l'autorité

même,

ni

du génie,

étant toujours

de succès avec

la

vivantes,

puissance et

ne cherche ni à se tromper luià tromperies autres. On ne trouve pas chez lui et

n he dC rAvent de rannée

149 *> Savonarole nréc^sur Sa ™»!™ r amVeii à faire une nouvelIe institution vliTco n Z n1 S31t? LCS SCize com P a Smes de la ville devaien ;

:

étabo^ n et; les S° nfaloniers choisiraient les J°J 2rLiî.r 6ï 13PSe eurie e meilleur de tous. Compar. P v ,,r Savmarola, traduction en allemand, e

,

'

ni'nt

ment

]

I,

et

première

fois

VARCHrri?re tc

pourrait sauver Florence

'

^

p. 193-200

L ^ti^'g^r ÏÏ^ r a

v.

P

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De

après ,,ex P uisi ° n

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dMor d U '

"

1

''

1


CHAPITRE

VII.

— LES

RÉPUBLIQUES

moindre trace de vanité ou de

la

:

VENISE, FLORENCE. 107

suffisance

le public, mais

>

du

reste,

il

pour des gouverne-

non pas pour ments, pour des princes ou pour des amis. Chez lui, le danger de faire fausse route ne vient jamais de ce que écrit

son génie est

faillible

ou de ce

trompe dans

qu'il se

ses

déductions, mais de ce qu'il est entraîné par une imagination ardente, qu'il ne gouverne qu'avec peine. Sans

dans sa sincérité, mais

elle est

de crises dangereuses où

les

effrayante

est parfois

doute son objectivité politique

née à une de ces époques

hommes ne

croient plus

guère au droit et ne peuvent plus supposer

la justice.

L'indignation vertueuse d'un écrivain contre son temps qui, dans

ne nous émeut pas extraordinaireraent, nous notre

avons vu tant de puissances à l'œuvre,

siècle,

Machiavel était du moins capable de s'oublier lui-même dans l'étude des faits. Eu général, il est patriote dans le sens

le

plus rigoureux du mot, bien que ses écrits (sauf

des exceptions insignifiantes) ne respirent nullement l'enthousiasme patriotique et que les Florentins aient

par

fini

le

comme un

considérer

léger qu'il fût, à l'exemple de

la

criminel'.

Quelque

plupart de ses contem-

porains, dans sa conduite et dans ses discours, le salut

de l'État n'en était pas moins sa pensée dominante.

Son programme d'un

dans

le plus

complet sur l'organisation

système politique à Florence se trouve consigné le

mémoire

écrit après la

qu'il a

adressé à Léon

mort de Laurent de Médicis

d'Urbin (mort en 1519), à qui Prince.

moyens

Le mal qu'il

est déjà

il

et qu'il avait le

jeune, duc

avait dédié son livre

profond

et

du

invétéré, et les

propose pour l'arrêter ne sont pas tou-

1

Varchi, Stor. fiorent.,

2

Discorso sopra

p. 207.

X2

il

I,

riformar

p. 210. lo stato di

Firenze,

dans les Opère minori,


L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME.

108

jours moraux; cependant sant de voir

comment

il

est

il

on ne peut plus intéres-

espère faire passer la succession

des Médicis à la république, voire

même à une dém ocralie

moyenne. On ne saurait imaginer un

édifice plus ingé-

nieux de concessions au Pape, à ses partisans les plus

dévoués et aux différents intérêts de Florence; on croit voir le

mécanisme d'une horloge. On trouve dans

Discorsi

beaucoup d'autres principes, des observations, des

des parallèles, rence,

etc.,

les

perspectives politiques pour Flo-

entremêlés d'aperçus de toute beauté;

proclame, par exemple, la tinu des républiques, est vrai, qu'au

il

d'un développement con-

loi

développement qui

n'est possible,

moyen de secousses successives;

il

il

veut que

système politique soit mobile et perfectible, attendu

le

qu'à cette condition seulement

condamnations

et les

raison semblable,

on pourrait

éviter les

bannissements sommaires. Par une

c'est-à-dire dans le bat de couper

court aux violences privées et à l'intervention étrangère, « la

mort de toute

liberté »,

il

voudrait voir les citoyens

détestés du public, traduits en justice (accusa) au lieu de les livrer

simplement à

la

médisance,

comme

autrefois.

peint de main de maître les résolutions forcées et tar-

11

dives qui, en

temps de

crise,

Une

rôle dans les républiques.

de

difficultés

la

jouent souvent un

si

fois, sa fantaisie

grand et les

situation politique l'entraînent à faire

complet du peuple, qui sait choisir son monde mieux que n'importe quel prince et qu'on peut

l'éloge le plus

ramener de l'erreur

«

i'empire de la Toscane,

tienne à sa

il

ville natale, et

particulier) la nécessité 1

par

la

persuasion

à Machiavel.

*.

Quant à

ne doute pas qu'il n'apparil

considère (dans un discours

de reprendre Pise comme une

Cette idée se trouve dans Montesquieu, qui

empruntée

»

l'a

certainement


CHAPITRE question

VII.

— LES

vitale;

debout après

la

il

RÉPUBLIQUES

:

VENISE, FLORENCE iOO

qu'on

regrette

ait

rébellion de 1502;

laissé

Arezzo

accorde même,

il

d'une manière générale, que les républiques italiennes doivent avoir

le droit

de s'agrandir,

et

mêmes

d'étendre leur activité au dehors

de ne pas être attaquées

et d'assurer leur repos intérieur; mais

que Florence fait

afin

s'y est toujours

mal prise, et

elles-

ajoute

qu'elle s'est

des ennemies mortelles de Pise, de Sienne et de

Lucques, tandis que Pistoie, qui avait été

sœur

Il

il

soumise volontairement

», s'était

serait injuste d'établir

un

«

traitée

en

».

parallèle entre les quel-

ques autres républiques qui existaient au quinzième siècle et cette ville

de Florence, qui a été de beaucoup

le

centre

plus important où se soit élaboré l'esprit italien et

le

même

moderne de l'Europe en général. Sienne

l'esprit

souffrait des

maux organiques

prospérité relative

les

plus graves, et sa

en matière d'art et d'industrie ne

doit pas nous faire illusion à cet égard. Sylvius Énéas jette riales

un regard

d'envie sur ces

«

heureuses

villes

impé-

d'Allemagne où l'existence n'est pas empoisonnée

par des confiscations de toute sorte, par autorités et des factions 3 '

»

2

.

les violences des

Gênes ne rentre guère dans

Comparer un document un peu postérieur

(1532?), le

la

mémoire,

terrible dans sa sincérité, de Guichardin sur la situation et l'organisation inévitable du parti des Médicis, Lettere di principi, HI, fol. 2

124 (ed Venez., 1577).

Apologia ad Martinum Mayer, p. 701. Sur le même Machiavel, Discorsi, I, 55 et ailleurs. 3 La demi-culture moderne et l'abstraction ont eu souvent une influence souveraine sur les affaires politiques; c'est ce que prouvent les divisions qui marquèrent l'année 1535 (Délia Valle, Lettere sanesi, m, p. 317). Un grand nombre de marchands, excités par la lecture de Tite-Live et des Discorsi de Machiavel, demandent très-sérieusement des tribuns du peuple et d'autres magistrats comme ceux de Rome pour réprimer les abus commis par les grands et les fonctionnaires.

MH. Sylvii

sujet, voir


L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME.

110

sphère de nos études, attendu qu'avant l'époque d'André

Doria

elle n'a

faisait

guère

pris part à la Renaissance, ce qui

passer les Génois aux yeux de

l'Italie

pour des

contempteurs de toute haute culture intellectuelle

'.

Les

un caractère tellement sauvage, étaient accompagnées de perturbations tellement

luttes des partis ont ici elles

que l'on

violentes

Génois ont pu

s'y

comprend

peine

à

comment

supportable après toutes les révolutions et toutes occupations dont

les

prendre pour retrouver une existence

ils

les

ont souffert. Peut-être ont-ils pu

vivre parce que presque tous ceux qui faisaient partie

du gouvernement déployaient en même temps une grande activité commerciale*. Gênes est un exemple frappant de

la

force de résistance que le travail et la

richesse peuvent opposer à l'incertitude de l'existence politique-, elle

nous montre

aussi

que

la

possession des

colonies lointaines est compatible avec la situation intérieure la plus précaire.

Lucques ne joue qu'un rôle insignifiant au quinzième siècle.

1

Pierio Valeriano, De

in/elicilate lilleratorum, à propos de Bartodélia Rovere. (L'ouvrage de P. V. écrit en 1527, est cité, dans ce qui suit, d'après l'édition de Menken, Analecta de calamitate lilleratorum, Leipzig, 1707.) Il ne peut être question ici que du pas-

lommeo

sage qui se trouve p. 348, passage qui ne renferme pas, il est vrai, l'allégation qui figure dans le texte, mais où il est dit que B. d. R. veut détourner des études son fils, qui a beaucoup de

goût pour

les

travaux intellectuels, pour

le

forcer d'entrer dans

les affaires. 2

SENAREGA.fe reb. Genuens., dans Mur AT., XXIV, col. 548. Sur cette incertitude, compar. surt. col. 5î9, 525, 528, etc. Voir dans Cagnola, Archiv. stor., III, p. 165 ss., le discours très-franc de Battista Guasco, chef des vingt-quatre envoyés génois qui vinrent trouver François Sforza lorsque Gênes se donna à lui; l'ambassadeur déclare

que Gênes se livre au duc parce qu'elle pourra espérer de vivre plus tranquille et plus sûre. La figure de l'archevêque, doge, corsaire, etc., plus tard cardinal Paolo Fregoso, se détache vigou^ usement au milieu de celles du temps.


CHAPITRE

VIII

POLITIQUE EXTÉRIEURE DES ÉTATS ITALIENS

De même que

la

plupart des États italiens, considérés

au point de vue de leur organisation intérieure, étaient des machines savantes, c'est-à-dire des créations voulues nées de la réflexion, reposant sur des bases visibles et bien calculées, de même leurs rapports eutre eux et avec l'étranger devaient être soumis à des règles positives.

Le

fait qu'ils

doivent presque tous leur existence à des

usurpations assez récentes est aussi relations extérieures que

Pas un ne ,

reconnaît

hasard qui a présidé à

leurs

intérieure.

sans réserve; le

l'autre la

pour

fatal

pour leur situation

même

création et au maintien d'un

État peut servir contre l'État

voisin.

ne dépend ou d'agir.

Il

jpas toujours d'un despote de rester inactif

Le besoin de s'agrandir, de

faire

montre

d'activité

en

général, est particulier à tous les souverains illégitimes. C'est ainsi

extérieure

que »

l'Italie

qui a

devient

la

patrie d'une

remplacé peu à peu,

«

politique

même

dans

d'autres pays, l'application du droit naturel. La manière

de traiter

les questions internationales est

tive, elle est sans

ainsi à

préjugés et sans scrupules

prendre parfois un

air

tout objec;

elle arrive

de grandeur et

tandis que la vue de l'ensemble

qu'on ressent en face d'un abîme.

d'éclat,

produit l'impression


L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME.

112

Ces intrigues, ces ligues, ces armements, ces tentatives

de corruption et ces trahisons forment ensemble extérieure de

l'histoire

l'Italie

générales

:

ou

l'Italie

on

l'accusait

de

Pendant long-

d'alors.

Venise surtout fut l'objet

temps

des

vouloir

l'abaisser insensiblement

récriminations

conquérir toute

de manière à forcer

les États, réduits à l'impuissance,

à

uns

se jeter les

Cependant, en y regardant de plus près, on s'aperçoit que ces cris d'alarme après

autres dans ses bras

les

*.

ne sortent pas du sein du peuple, mais de l'entourage des princes et des gouvernements, qui sont presque tous profondément détestés de leurs sujets, tandis que

grâce

Venise,

de

villes

sujettes

régime un peu paternel, jouit

à son

confiance de

la

tous

2 .

Aussi

à-vis de

Venise dans une

même

l'on fait abstraction

si

ciale des

deux

Florence, avec ses

toujours frémissantes,

villes et

situation

de

était -elle

rivalité

la

vis-

plus que fausse,

commer-

des progrès de Venise dans

la

Romagne. Enfin la ligue de Cambrai réussit réellement à affaiblir un État que l'Italie aurait dû soutenir de toutes ses forces réunies.

Tous

les

autres États ont à craindre

effet des usurpations réciproques, et

et craignent

en

sont toujours prêts

à se porter aux dernières violences. Ludovic le More, les

Aragonais de Naples, Sixte IV, sans parler des princes Ainsi parle encore bien plus tard Varchi, Stor. fiorent., I, 57. En 1467, Marie-Galéas Sforza dit bien le contraire à l'agent vénitien (c'est-à-dire que des sujets de Venise s'étaient offerts à faire avec lui la guerre à leur patrie); mais c'est là de la jactance pure. Compar. Malhuero, Annali veneti, Arch. stor., VII, !, p. 210 ss. *

2

En

toute circonstance, des villes et des campagnes se donnent volontairement à Venise, sans doute après avoir souffert du régime despotique, pendant que Florence est obligée de tenir dans une dépendance servile des républiques voisines habituées à la b'bçrté, ainsi que le fait remarquer Guichardin {Ricordi,

n° 29).


CHAPITRE

- POLITIQUE

VIII.

EXTÉRIEURE.

113

moins considérables, inquiétaient sans cesse l'Italie et créaient ainsi pour elle les plus grands dangers. Si du moins l'Italie seule avait été victime de ce jeu funeste! Mais

des choses amena les peuples à rechercher

la force

l'intervention et l'appui de l'étranger, particulièrement

des Français et des Turcs.

D'abord de

les

France.

la

naïveté qui la

France

populations sont généralement engouées

De

».

tout temps Florence avoue, avec

une

frémir, sa vieille sympathie guelfe pour

fait

Et lorsque Charles VIII apparut réellement

au sud des Alpes, toute

l'Italie l'accueillit avec un enthousiasme que ce prince et ses gens eux-mêmes trouvèrent tout à fait singulier 3 Dans l'imagination

des rappelle Savonarole) vivait l'image idéale d'un sauveur et d'un prince grand, sage et juste; .

Italiens

(qu'on se

seulement cet idéal

n'était plus,

l'empereur, mais

roi

comme chez Dante, capétien de France. Avec sa retraite, l'illusion s'évanouit; pourtant il a fallu du

temps aux

le

Italiens

pour reconnaître jusqu'à quel point

1

Ce qu'il y a peut-être de plus fort dans ce genre se trouve dans des instructions aux ambassadeurs qui vont trouver Charles Vlï en 1452 (dans Fabroni, Cosmus, adnot. 107, vol. II, p. 200 ss ) instructions dans lesquelles on recommande aux ambassadeurs florentins de rappeler au Roi les rapports intimes qui, pendant des siècles ont existé entre Florence et la France, et de lui rappeler aussi quê Charlemagne avait délivré Florence et l'Italie des Barbares (Lombards), et que Charles I",avec rÉglise romaine, fwonfondatori délia parte guelfa. Il qualfundamentofu cagione délia ruina délia contraria parte

e inlrodusse lo stalo délia félicita in che noi siamo.

rent

fit

voMl

Lorsque le jeune Lauune visite au duc d'Anjou, qui séjournait momentanéF rence 11 se vêtit à ,a raode française. (Fabuo.m, p 9 j '

Domines,

«comme XXIV,

Charles

saints

.

-

VIII,

comp.

col. 5, 10, 14, 15.

-

chap. x.

On

regardait les

xvn, Chron. Matarazzo, Chron. ch.

XVI,

Français

Venetum, dans Murât., di Perugia, Arch. stor

ii, p. 23. Nous passons sous silence mille autres propos' Compar. surtout les publications authentiques de

Desjardins, plus bas, p. 115, note »•

Pilor ff erie et

1,

-

et l'appendice n» 6.

8


L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME.

114

Charles VIII, Louis XII et François

I

er

méconnaissaient leur

véritable situation vis-à-vis de l'Italie et par quels motifs

secondaires

ils

se laissaient diriger. Les princes

rent à se servir de

Lorsque

les

France autrement que

la

guerres entre

la

France

de tous

les côtés

diplo-

filets

les directions, lorsqu'on vit

de Bourgogne se berçer de projets aventureux, nets italiens vinrent

peuple.

l'Angleterre

et

furent terminées, lorsque Louis XI jeta ses

matiques dans toutes

cherchè-

le

Charles

les cabi-

au-devant d'eux,

et l'intervention française devint inévitable; elle devait

avoir lieu tôt ou tard,

même

sans les prétentions de

la

France sur Naples et sur Milan, aussi sûrement qu'elle

longtemps à Gênes

avait eu lieu depuis

mont, par exemple. Les Vénitiens 1462 '.En de Milan

lisant la

s ,

on

dans

et

le Pié-

l'attendaient

dès

correspondance du duc Marie Galéas

est frappé

de voir dans quelles angoisses

mortelles vécut ce prince pendant la guerre de Bour-

gogne, lorsque,

allié

bien qu'avec Charles

en apparence avec Louis XI le

Téméraire,

il

aussi

avait à craindre de

voir ses États envahis par les deux adversaires. L'équilibre des quatre principaux États italiens, tel

rent

le

Magnifique l'entendait,

que Lau-

n'était après tout

que

le

rêve d'un esprit net, mais optimiste à l'excès, qui était audessus des coupables erreurs d'une politique purement

expérimentale aussi bien que des superstitions guelfes des Florentins, et qui espérait en dépit de tout. Lorsque Louis XI lui offrit des auxiliaires pour sa guerre contre Ferrante

répondit 1

2

:

« Il

le

soutenir dans

de Naples et Sixie IV,

il

lui

m'est impossible de sacrifier la sécurité de

Pu II Commentarii, X, p. 492. Gingins, Dépêches des ambassadeurs milanais, etc.,

283, 285, 327, 331, 345, 359;

II,

I,

p. 26, 153, 279,

p. 29, 37, 101, 217, 306. Charles avait

parlé un jour de donner Milan au jeune Louis d'Orléans.


CHAPITRE toute

VIII.

mon

l'Italie à

- POLITIQUE EXTÉRIEURE.

115

intérêt; plût à Dieu que les rois de

France n'eussent jamais ce pays! Si l'on en vient

l'idée d'essayer leurs forces là, l'Italie

sera perdue

dans

Pour

»

».

d'autres princes, au contraire, le roi de France est tour à tour un moyen ou un objet de terreur; ils le pré-

sentent

comme un épouvantail dès qu'ils ne voient pas commode pour sortir d'un embarras

d'expédient plus

quelconque. Enfin avec

la

les papes croyaient pouvoir négocier France sans danger pour eux-mêmes c'est ainsi ;

qu'Innocent VIII avait encore

la faiblesse

pouvait bouder et se retirer dans

de croire

qu'il

Nord, pour ensuite revenir en conquérant avec une armée française 9 le

.

Ainsi les

esprits

sérieux

prévoyaient

conquête

la

étrangère bien avant l'expédition de Charles VIII

s .

Et

1

Nicolô Valori, Vita di Lorenzo, Flor., 1568, traduction en italien de l'original latin imprimé pour la première fois en 1749. (cet original se trouve aussi dans Galletti, Phil. Villani Liber de civit. Florentins famosis civibus, Florence, 1847, p. 161-183; on y trouve le passage que nous citons.) Il faut pourtant remarquer que cette biographie, la plus ancienne de toutes (elle a été écrite peu de temps après la mort de Laurent), est plutôt un panégyrique qu'une histoire, et particulièrement que les paroles mises ici dans la bouche de Laurent ne figurent pas dans le livre du chroniqueur français et n'ont guère pu être prononcées. En effet, Comines, qui "fut envoyé par Louis XI à Florence et à Rome, dit {Mémoires, liv. VI, ch. v) « Je ne pouvais pas lui offrir une armée, car je n'avais que ma suite. » (Compar. Redmont, Laurent, I, p. 1S7, 429; II, p. 598.) Dans une lettre envoyée de Florence à Louis XI (23 août 1478), il :

nettement Omnisspcs nostra reposita est in/avoribus Suce MajesA. DESJAHDINS, Négociations diplomatiques de la France avec la Toscane (Paris, 1S59), l, p. 173. Laurent lui-même écrit dans un

est dit

:

laUs.

sens analogue dans

Kervyn de Lette.nhove, Lettres et négociations de p. 190. On voit donc que Laurent est un supqui demande humblement du secours, et non un prince

Philippe de Comines,

pliant

i,

orgueilleux qui refuse le secours qu'on lui offre. 2 FABRONI, Laurcntius Magnifions, adnot., 285 SS. Même on trouve dans un de ses brefs ces paroles textuelles Flectere si nequco :

superos,

Acheronta movebo. Nous aimons à croire qu'il ne fait pas allusion à une alliance avec les Turcs. (Villari, Sioria di Savonarola. '

U, p. 48.) 8

P. ex. Jovian.

Pontanus dans son Charon. Dans

le

dialogue


,

L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME.

116 c'est

seulement lorsque Charles eut repasssé

que tout

le

monde

clairement que l'ère des inter-

vit

A

ventions venait de commencer.

partir

de ce moment,

malheurs s'enchaînent, on s'aperçoit trop tard que

les la

Alpes

les

France et l'Espagne,

deux principaux interve-

les

nants, sont devenues dans

de grandes puis-

l'intervalle

sances modernes, qu'elles ne peuvent plus se contenter

d'hommages platoniques, mais lutter à outrance

domination en

qu'elles sont obligées

ont commencé par ressem-

Italie. Elles

bler aux États italiens centralisés,

seulement dans

connaît plus de bornes. la

qualité

par

les imiter,

On

et,

sait

pendant un temps, ne que

la lutte se

termina

prépondérance absolue de l'Espagne, qui, en sa d'épée

Réforme,

et

de bouclier du

parti

hostile

à

la

papauté elle-même à une longue

réduisit la

dépendance. Alors

les

philosophes, contraints au silence

durent se borner, dans leurs

tristes réflexions, à

que tous ceux qui avaient appelé

mal

même

des proportions colossales. L'esprit de

conquête prend son essor

par

de

et leur

pour assurer leur influence

les

montrer

Barbares avaient

fini.

Au quinzième

siècle,

on

vit

des princes entrer ouver-

tement en relation avec les Turcs; ils voyaient dans ces rapports d'un nouveau genre un moyen d'action politique qui en valait

un

autre. L'idée d'une

«

chrétienté

parfois singulièrement baissé

d'Occident

» solidaire avait

pendant

période des croisades, et Frédéric

la

II

l'avait

enlre Eaque, Minos et Mercure {Opp. ed. Bas., II, p. 1167), le premier dit Vel quod kaud tnultis post sœculis futurum auguror ut Ilalia, ,

:

odia maie habenl Minos, in unius redacta ditionem résumai imperii majestatem. Éaque répond à Mercure qui dit de prendre aux Turcs : Quamquam timenda hœc sunt, tamen si vêlera rcspia~

cujus inleslina

te

garde

mus, non ab Asia aul Gracia, verum a Gallis Germanisqtie timendtim Ilaiiœ semper/uit.


CHAPITRE

VIII.

— POLITIQUE EXTÉRIEURE.

sans doute entièrement l'Orient,

oubliée; mais les progrès de

malheurs et

les

117

la

chute de l'empire grec

avaient réveillé chez les Occidentaux leurs sentiments d'autrefois, à défaut

Sous ce rapport,

de leur zèle contre

les

quelque grande et quelque fondée que fût inspirée par les Turcs,

ment considérable qui mettant de Mahomet

il

infidèles.

généralement exception;

l'Italie fait

la

terreur

n'y a guère eu de gouverne-

n'ait

recherché l'appui compro-

et

de ses successeurs contre

II

d'autres États italiens. Les princes se croyaient réci-

proquement capables de l'entente

pactiser avec le

même quand

elle

n'était pas réelle; cela

grave assurément que ce que l'héritier

à

avait

l .

et

moins

d'Alphonse de Naples, qui, disaient-ils,

En voyant un Italie

Mahomet,

vernements

était

Vénitiens reprochaient

scélérat

\ Mais même excité, à ce

italiens,

les citernes

comme Sigismond

on pouvait bien s'attendre à ce

testa,

Turcs en à qui

les

envoyé des gens pour empoisonner

Venise

musulman,

avec les Turcs paraissait toujours possible,

les

qu'on

qu'il

de

Mala-

appelât

les

Aragonais de Naples, dit,

surtout par

par d'autres gou-

celui

de Venise

»,

enleva un jour Otrante (1480), instiguèrent à leur tour

1

Comines, Charles VIII, chap. vu. Nantiporto, dans Murât., ii, 1073, raconte comment Alphonse cherche âr s'emparer de son adversaire à l'occasion d'une entrevue. Alphonse est le véritable précurseur de César Borgia. III, col.

— Quand Marie Galéas de Milan un agent vénitien que lui et ses alliés s'uniraient aux Turcs pour anéantir Venise, c'était une pure fanfaronnade. 2

Pu

II

Commentarii, X, p. 492.

disait (1467) à

Sur

Boccalino, voir p. 32. Porzio, Congiura de' baroni, 1. I, p. 5. Il est difficile d'admettre, comme Porzio l'indique, que Laurent le Magnifique ait trempé dans l'affaire. Par contre, il ne semble que trop certain que 5

Venise avait engagé le sultan à commettre cet acte de violence. Compar. ROMANIN, Sioria documeniata di Venezia, lib. XI, cap. III. Lorsque Otrante fut prise, Vespasiano Bisticci fit entendre son Lamento

d'ilalia, Archiv, stor, ilal,

IV, p. 452

SS.


L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME

118

sultan Bajazet

le

encourut

le

reproche;

« le

Ludovic

».

le

More

sang des victimes et

de douleur des malheureux prisonniers chez

cris

Turcs appellent sur naliste rait

contre Venise

II

même

lui la

vengeance céleste

»,

dit l'an-

de Milan. A Venise, où l'on savait tout, on n'igno-

pas que Jean Sforza, prince de Pesaro,

de Ludovic, avait reçu chez Milan

s

lui les

Parmi

papes du quinzième

à

siècle, les

deux plus respectables, Nicolas

.

les

cousin

le

envoyés turcs qui se

rendaient

V

Pie

et

sont morts au milieu des plus tristes appréhensions; dernier a il

les

les

même

été surpris par la

II,

le

mort au moment où

organisait contre les Turcs une croisade qu'il voulait

en personne.

diriger

Par

contre,

pour subvenir aux

frais

successeurs

leurs

s'approprient l'argent versé par toute

chrétienté

la

d'une expédition contre les

Turcs, et profanent les indulgences promises aux donateurs

en

faisant des spéculations à leur profit

cent VIII s'abaisse à devenir

le

Bajazet

le

frère

du prisonnier,

appuie à Constantinople vic le

les

More pour décider

menace d'un concile *. On

lui

payera

faites

par Ludo-

Turcs à attaquer Venise

(1498), sur quoi cette ville, d'accord avec le roi le

Inno-

Alexandre VI

et

démarches

les

.

geôlier du prince fugitif

Dschem, moyennant une pension annuelle que II,

8

voit

que

la

de France,

fameuse alliance

Chron. Venelum, dans Murât., XXIV, col. 14 et 76. Malipiero, ailleurs, p. 565, 568. 3 Trithem Annales Hirsaug., ad a. 1490, t. II, p. 535 SS. 4 La émise de Dschem Malipiero. p. 161, compar p. 152. entre les mains de Charles Vlll prouve qu'il existait une correspondance on ne peut plus scandaleuse entre Alexandre et Bajazet, même en supposant que les documents qui figurent dans Burcardus aient été interpolés. (Compar. sur ce sujet Ranke, 1

2

,

Sur

la critique de quelques

i

historiens modernes, 2" édit

,

Leipzig, 1874,

Gregorovius, t. Vit, p 353, note 2, la déclaration du Pape, empruntée à un manuscrit, d'après laquelle le pontife ne s'entendait pas avec les Turcs.)

p. 99, et


CHAPITRE de François

I

VIII.

er

et

— POLITIQUE

de Soliman

EXTÉRIEURE.

119

rien de nouveau,

II n'était

rien d'extraordinaire dans son genre.

Du

reste,

il

même

y avait

des populations qui envi-

sageaient sans trop d'effroi sous

la

la

perspective de passer

domination turque. En admettant

qu'elles n'eu -

sent voulu que menacer des gouvernements tyranniques

en se montrant prêtes à se ranger sous sultan, cela n'en prouverait pas

l'autorité

moins qu'on

du

s'était à

moitié familiarisé avec cette idée. Dès 1480, Baptiste

Mantovano donne clairement

à entendre que

la

plupart

des habitants de l'Adriatique prévoyaient un change-

ment de cette nature, et que la ville d'Ancône notamment le désirait ». A l'époque où la Romagne gémissait sous l'oppression de Léon X, un député de Raveune dit

un jour en

face au cardinal légat Jules de Médicis

Monseigneur,

«

la ville

de n'avoir pas de démêlés avec

afin

:

de Venise ne veut pas de nous l'Église;

mais quand

Turc viendra à Raguse, nous nous donnerons à

le lui

9 .

»

En présence de

l'asservissement de

l'Italie

par

les

Espagnols, asservissement qui avait déjà commencé en ce temps-là, on a la

contre

triste,

que désormais

se dire

le

le

mais réelle consolation de

pays est du moins garanti

danger de devenir barbare sous

musulmane 3

.

11 lui

la

domination

aurait été difficile de se soustraire par

Bapt. MANTUANUS, De calamitalibus temporum, à la fin du second dans le chant de la Néréide Doris s'adressant à la flotte turque. 1

livre, 2

Tommaso

3

Ranke,

1494-1514

Gar., Relazioni délia corte di Borna,

Histoire des peuples de race latine (2»

édition,

{Réforme, p. 467),

Leipzig,

1874).

et

I, p. 55. de race germanique de

L'opinion de Michelet

daprès laquelle les Turcs se seraient occidentalisés en Italie, ne me convainc pas. Peut-être cette mission de l'Espagne est-elle indiquée pour la première fois dans le discours solennel que Fedra Inghirami prononça en 1510 devant Jules II, à


L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME.

120

lui-même

vu

à cette destinée,

division qui régnait

la

entre ses princes. Si l'on doit, après tout cela, dire quelque bien de la

politique italienne d'alors,

ne peut s'agir que de

il

la

manière objective et toute philosophique de traiter ces questions, qui n'étaient pas encore

peur, la passion ou

tème féodal dans

la le

méchanceté.

dénaturées par n'y a pas

Il

ici

la

de sys-

genre de celui du Nord, avec des

droits fondés sur des théories respectées; mais la puis-

sance que chacun possède,

de

fait,

tout entière.

Il

il

possède généralement,

la

n'y a pas

de noblesse domes-

ici

tique qui travaille à maintenir dans l'esprit l'idée

du prince

du point d'honneur abstrait avec toutes ses bizar-

res conséquences, mais les princes et leurs conseillers

sont d'accord pour admettre qu'on ne doit agir que d'après les circonstances et d'après Vis-à-vis des

hommes qu'on

de quelque part

qu'ils

le

but à atteindre.

emploie, vis-vis des

viennent,

il

n'y a

alliés,

point cet

orgueil de caste qui intimide et tient à distance; surtout l'existence de la classe des

l'origine

condottieri, dans laquelle

une question parfaitement indifférente,

est

atteste que la puissance est quelque chose de concret, réel.

de

Enfin les gouvernements représentés par les des-

potes instruits dans

l'art

propre pays

pays de leurs voisins infioiment

mieux que

et

les

de régner, connaissent leur

leurs contemporains

culer, jusque dans

de leurs amis

et

les

du Nord;

moindres

ils

détails, les ressources

de leurs ennemis au point de vue

économique comme au point de vue moral; sent être les

savent cal-

nés statisticiens, bien

qu'ils

ils

aient

parais-

commis

plus graves erreurs.

l'occasion de la prise de Bugia par la flotte de Ferdinand le Catb. Campar. ânecJola litteraria, II, p. 149.


CHAPITRE

On

VIII.

POLITIQUE EXTÉRIEURE.

121

pouvait négocier avec de pareils hommes, on pou-

vait espérer les persuader, c'est-à-dire les déterminer

par des raisons positives. Lorsque

Naples fut devenu Yisconli (i434),

domination de

le

grand Alphonse de

prisonnier de

Philippe- Marie

sut persuader à celui-ci que,

il

la

le

maison d'Anjou remplaçait

la

la

si

sienne

à Naples, les Français deviendraient maitres de l'Italie;

sur quoi l'autre

rendit

lui

la liberté

sans

de rançon, et conclut une alliance avec probable qu'un prince du Nord eût agi de

lui

la

certain, d'autre part, qu'un autre prince aussi

leux que Visconti se serait rendu à

seconde preuve de

la

c'est la visite célèbre

ces

demander

lui'. Il est

sorte;

peu

il

est

peu scrupu-

raisons.

Une

puissance des arguments positifs,

que Laurent

Magnifique

le

alla

ren-

dre, au milieu de la consternation générale des Florentins,

au perfide Ferrante de Naples (1478), qui eut certaila tentation de le retenir prisonnier et qui était

nement

homme à

le faire s .

En

effet, le fait

de s'emparer de

sonne d'un prince puissant et de

la

per-

rendre ensuite

lui

la

liberté après lui avoir arraché quelques signatures et l'avoir

abreuvé d'humiliations

,

raire à l'égard de Louis

yeux des

Italiens

comme XI

à

Charles

le fit

Péronne

une insigne

folie

3

»

le

Témé-

(1468), était

aux

aussi s'attendait-

Entre autres Corio, fol. 330. Jov. Pontanus, dans son traité De cap. xxvih, veut faire passer la mise en liberté d'Alphonse pour une preuve de la liberalitas de Philippe-Marie. (Compar. plus haut, p. 47, note 1.) Compar. sa conduite a l'égard 1

liberaliiate

,

de Sforza, fol. 329. 8 Nie. Valori, Vita di Lorenzo. (Comp. ci-dessus, p. 115, note 1.) Paul Jovius, l'iia Leonis X, L, I; ce dernier parle certainement d'après de bonnes sources, mais non sans déclamation. Compar. Reumont, I, 487 ss. et les passages qui s'y trouvent cités. 3 Si, dans cette circonstance et dans cent autres, Comines observe et juge d'une manière aussi objective que n'importe quel Italien, il faut certainement tenir grand compte de ses relations avec des Italiens, surtout avec Angelo catto.


L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME.

122

on à ne plus revoir du tout

le prince florentin ou à le revoir couvert de gloire. Les Italiens de cette époque, surtout les envoyés vénitiens, déployaient, sur le terrain

de

la politique,

un

talent de persuasion dont les peup'es

de ce côlé-ci des Alpes n'ont eu exemple. Ce talent, les

il

l'idée

que par leur

faut s'abstenir de le juger d'après

discours de réception officiels, qui rentrent dans les

produits de

rhétorique des écoles. Les grossièretés et

la

ne manquaient pas non plus dans les relations diplomatiques \ malgré toutes les exigences d'une étiles naïvetés

quette très-miuutieuse.

— Entre tous

les écrivains politi-

ques, Machiavel nous apparaît sous des traits presque tou-

chants dans ses Légations. N'ayant qu'une insuffisante,

agent subalterne,

il

traité en ne perd jamais son esprit d'observa-

tion aussi indépendant

répandre

la

tions

»

faits qu'il

rapporte.

siècle est et restera le

pays des

et des

Sans doute

que profond, ni son ardeur à

lumière sur les

du quinzième

il

instruction

une fortune plus que modeste,

«

relations

»

— «

L'Italie

instruc-

politiques par excellence.

y a eu dans d'autres États des négociations

parfaitement conduites, mais ce n'est qu'ici que l'on

trouve d'aussi bonne heure de nombreux monuments.

La grande dépêche qui remonte à

la fin de la vie tourmentée de Ferrante de Naples (17 janv. 1494), dépêche écrite de la main de Pontano et adressée au cabinet

d'Alexandre VI, donne d'écrits politiques;

la plus

encore ne

que par occasion, parmi

les

haute idée de ce genre

nous

est-elle

parvenue

nombreuses dépêches que

1 Compar., p. ex., Malipiero. p. 216, 221 (voir plus haut p. 112, note 2, et p. 117, note %, 236, 237, 478, etc. Comp. aussi Egxatics, fol. 321 a. Le Pape maudit un ambassadeur; un ambassadeur vénitien insulte le Pape, un autre raconte une fable à ses auditeurs pour les gagner à sa cause, et ainsi de suite.


CHAPITRE Pontano

— POLITIQUE

VIII.

a rédigées

».

Combien de documents de

valeur émanant d'autres cabinets de siècle et

EXTÉRIEURE.

la fin

123

même

du quinzième

du commencement du seizième sont peut-être

ensevelis dans les archives, sans parler de ceux que la

Nous parlerons dans un chapitre spéde l'étude de l'homme, considéré comme peuple

suite a produits! cial

et

comme

celle

individu, étude qui était alors inséparable de

des rapports politiques et

civils.

Dans Villari, Storia di G. Savonarola, vol. II, p. 43, des Docu* parmi lesquels se trouvent encore d'autres lettres politiques remarquables. On trouve d'autres détails sur la fin du quinzième 1

menti,

siècle,

particulièrement dans Baluzius, Miscellanea, ed.

Mansi,

Compar. notamment les dépêches d'ambassadeurs florentins et vénitiens de la fin du quinzième et du commencement du seizième siècle, qui se trouvent réunies dans Desjaudjns, Négociavol.

I.

tions diplomatiques de la

1861.

France avec

la Toscane,

vol.

I, II,

Paris

1859


,

1

CHAPITRE IX LA GUERRE CONSIDÉRÉE COMME UN ART Nous nous bornerons à indiquer en quelques mots corn-

I

caractère d'un

I

ment art

>.

la

guerre est arrivée à prendre

le

âge, l'éducation du soldat d'Occident était

Au moyen

|

système d'armement qui

I

trouvé de tout

I

temps des hommes de génie en matière de travaux de fortification et de siège; mais la stratégie aussi bien que

1

développement par

I

remarquable régnait alors

;

donné

étant

,

il

est

même

le

certain qu'il s'est

la tactique ont été gênées dans leur

les

nombreuses

restrictions

militaire comportait

des seigneurs ils

,

dans

que l'obligation du service! par l'ambition

I

premier rang quand

I

la pratique, et

qui se disputaient

le

étaient en face de l'ennemi, et qui, par leur folle impé-

tuosité, compromettaient l'issue des batailles les plus

importantes, témoin L'Italie,

celles

au contraire, a été

de Créey et de Poitiers la

Renaissance,

il

se

I I

première à employer lel

système des mercenaires, qui reposait sur d'autres bases Elle s'adresse d'abord aux Allemands; mais, à l'époque de la

I

forma, au milieu des mercenaires

2 étrangers, de bons soldats italiens,

.

Le perfectionne-j

ment précoce des armes à feu contribua aussi à démo1 La question a été largement traitée de nos jours par Max; Jaehns, la Guerre considérée comme un art. Leipzig, 1874. 8 Barth. Facu De virisill., p. 62, s. V.; Braccius Montonius.


I

!

CHAPITRE

IX.

— LA

GUERRE CONSIDÉRÉE COMME UN ART. 125

cratiser en quelque sorte la guerre, non-seulement parce

que

les places les plus fortes avaient

peur des bombardes,

mais parce que l'habileté toute roturière de l'ingénieur, du fondeur de canons et de l'artilleur commença à jouer le

premier rôle dans

douleur que

la

les

armées.

On

constata

non sans

valeur de l'individu, qui était en quelque

sorte l'âme des petites, mais excellentes armées mercenaires de l'Italie, devenait moins importante par suite

de l'existence de ces engins qui détruisaient à distance, et

il

y eut des condottieri qui

résistèrent de toutes leurs

forces à l'introduction dans leurs corps de ces arquebuses

qui avaient été inventées récemment en Allemagne C'est ainsi que Paolo Vitelli les

fit

crever

mains aux arquebusiers ennemis

sonniers,

«

parce

qu'il lui

les

yeux

8

»;

mais, d'autre part,

tions nouvelles firent leur chemin, et

il

un vulgaire

admettait les

on

Des princes

comme

la

les

inven-

les utilisa

les Italiens devinrent-ils les

toute l'Europe en ce qui concernait fortification».

.

qu'il avait faits pri-

canons et s'en servait lui-même. En somme, son mieux; aussi

1

couper

semblait monstrueux qu'un vail-

lant et noble chevalier fût blessé et tué par et vil fantassin

et

de

maîtres de

balistique et îa

Frédéric d'Urbin et

Alphonse de Ferrare acquirent dans ces connaissances une supériorité qui faisait pâlir même la répu-

spéciales

tation d'un Maximilien

1

Pu

II Commentât-il, L,

I

er .

C'est l'Italie qui la première

IV, p. 190, ad

a.

1459.

2

Les Crémonais surtout passaient pour habiles dans ce genre de travaux. Comp. Cronacadi Cremona, dans Bibliotheca hislorica Italica, vol. I. Milan, 1876, p. 214 et not. Les Vénitiens aussi se vantaient d'y exceller Egnatius, fol. 300 ss. 3 Ainsi s'exprime Paul Jove, Elogia, p. 184, et il ajoute Nonium enim invecto externarum genlium crucnio more, Itali milites sanguinarii et multœ cœdis avidi esse didicerant. Cela rappelle Frédéric d'Urbin, « qui aurait rougi » de souffrir uu livre imprimé dans sa bibliothèque. Comp. Vespas. Fiorent. :

:


L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME.

126

de

a fait

la

guerre une science et uu art complets et

sonnés; c'est

ici

que nous trouvons pour

l'admiration toute philosophique

fois

la

rai-

première

du connaisseur

à

vue d'une guerre savamment conduite, admiration

la

toute naturelle, d'ailleurs, au milieu de ces fréquents

changements de parti

et

dans ce monde de condottieri

qui ne connaissent et ne voient que leur métier. Pen-

dant

la

guerre milano-vénitienne de 1451

et 1452,

entre

François Sforza et Jacques Piccinino, un écrivain, Jean-

Antoine Porcello de Pandoni,

suivit le quartier

général

de ce dernier, avec mission de rédiger une relation faits militaires

pour

le roi

des

1

Alphonse de Naples. Ce rap-

port est écrit dans un latin plus coulant que pur, avec l'enflure

que prêchaient alors

somme,

l'auteur a pris

qu'Alphonse admirait

le

plus;

raconté des prodiges, etc.,

on

les écoles

il

et,

le plus

;

en

l'écrivain

y a inséré des discours, depuis cent ans

comme

discutait sérieusement la question

des deux avait été

d'humanités

pour modèle César,

de savoir lequel

grand, de Scipion l'Africain ou

d'Annibal*, Piccinino et Sforza sont obligés de se rési-

gner à se voir appeler dans tout l'ouvrage, l'un Scipion une des-

et l'autre Annibal. Porcello devait aussi faire

cription tout objective de l'armée milanaise-,

donc présenter à Sforza, qui rang;

le

se

fil

conduire de rang en

sophiste se confondit en éloges et promit de

transmettre également à

En

le fit

il

général,

la postérité

la littérature italienne

ce qu'il avait vu

du temps

3 .

est riche

PORCELLli Commentaria Jac. Picinini, dans MlJRÀT., XX, et «ne pour la guerre de 1453, ibid., XXV, L'ouvrage est condamné par Paul Cortesius, De. hominibus declis (Flor., 1734), p. 33, à cause des pitoyables hexamètres qu'il renferme. 2 Porcello donne par méprise à Scipion le nom d'Émilien, tandis qu'il veut parler de Scipion l'Africain, de Scipion l'aîné. 8 Simonetta, Wst. Fr. S/ortice, dans Murât., XXI, col. 630. 1

suite


-

CHAPITRE

IX.

en

de guerres et en relations de stratagèmes à

récits

LA GUERRE CONSIDÉRÉE COMME UN ART.

l'usage des connaisseurs aussi bien tivés

en général, pendant que

époque des

relations telles

que

par Diebold Schilling, où mais aussi alors

que

militaire

1

,

le

que des

12?

esprits cul-

Nord produit

à

la

même

la

guerre de Bourgogne,

l'on

retrouve l'exactitude,

sécheresse des vieilles chroniques. C'est l'amateur le plus illustre en matière d'art la

Machiavel, écrivit son Arte délia guerra. Le

développement subjectif de

l'individu trouva sa plus haute expression dans ces luttes solennelles d'un contre un ou de plusieurs couples entre eux, dont l'usage s'était

introduit bien longtemps avant

Barletta (1503)

2

Le vainqueur

.

récompense que

le

était célébré

les

par

Nord ne

le

gain ou

une

pas décernée

poètes et par les humanistes.

un triomphe de

spectateurs; c'est

fameux combat de

lui aurait

voit plus dans l'issue de ce

Dieu, mais

le

était sûr d'obtenir

:

On

il

ne

combat un jugement de la

personnalité

la

perte d'un pari qui les

;

pour

les

passionne et dans lequel est engagé l'honneur de l'armée ou de la nation dont les champions se mesurent 3 .

va sans dire que cette manière toute rationnelle de

Il

Compar. Bandello, parte I, nov. 46. Sur le combat de treize Français avec treize Italiens près de Barletta et la victoire de ces derniers, voir Ranke (ci-dessus, p 119 note 3), p. 157 ss.; sur d'autres combats solennels, De p ex obsidwne Tiphernatium, dans le tome II des Rer. Ilalicar. scriptorès ex 1

2

codd. Florent., col. 690 ss. Un autre fait caractéristique, datant l'année 1474, c'est le duel de Jérôme d'Imola

avec Cornix de

de la

dont ce dernier sort vainqueur. Voir le duel du maréchal Boucicault avec Galéas de Gonzague (1406) dans Cacnolv Areh sior III p. 25. infessura raconte que Sixte IV approuvait les duels de ses sardes. Ses successeurs lancèrent Fouille,

-

des bulles le duel en général. Sept. Décrétai., V, tit 17 faut rappeler incidemment (d'après Jabuns^ p. 26 ss.) les cotes faibles de la stratégie des condottieri la bataille était en quelque sorte un tour d'adresse; on devait tâcher de forcer son

contre 3

il

:

adversaire par des sait

manœuvres simulées

d éviter l'effusion du sang, de

à cesser l'action:

faire tout

il

s'agis-

au plus des prison-


VUE DU MÉCANISME.

L'ÉTAT AU POINT DE

128

traiter les choses

de

guerre

la

aux plus horribles excès, tique y fût

pour rien,

suite d'une

promesse de

faisait

même

quelquefois place

sans que la haine poli-

exemple, à

cela arrivait, par pillage.

Après

la

la

dévastation de

Plaisance (1447), qui dura quinze jours, exécution que

Sforza avait dû permettre à ses soldats, déserte pendant longtemps force

».

Mais ces

malheurs dont

faits isolés

l'Italie

et

la

ville resta

dut être repeuplée de

sont peu de chose à côté des

fut victime par suite des invasions

étrangères. Les plus cruels de ces envahisseurs furent les

Espagnols, chez lesquels l'ardeur du sang arabe qui

coulait dans leurs veines, peut-être aussi l'habitude des

affreux spectacles que leur donnait l'inquisition, avaient

développé

l'instinct

de

la férocité.

Celui qui

connaître par les horribles violences qu'ils

Prato,à Rome, etc.,

dinand

le

a

apprend

à les

commirent

à

peine à s'intéresser plus tarda Fer-

Catholique et à Charles-Quint. Ces princes

connaissaient leurs hordes et les ont pourtant déchaînées.

Lesinnombrables documents qui sont sortis de leur cabinet et qui se

répandent peu à peu, resteront une source de

renseignements précieux

;

mais personne ne cherchera

plus une pensée politique féconde dans ce

ont

que ces princes

écrit.

niers et de leur extorquer ères rançons. En opérant d'après ces principes, les Florentins, dans une grande bataille qu'ils livrèrent e n 1440, ne perdirent qu'un homme, s'il faut en croire Machiavel. 1

pour plus de

détails, voir Arch. sior.,

append.,

t.

V.


CHAPITRE X LA PAPAUTÉ ET SES DANGERS

En

étudiant le caractère des États italiens en génénous ne nous sommes occupé qu'incidemment de la papauté et des États de l'Église qui sont une création

ral,

1

,

tout à fait exceptionnelle. Ce qui rend d'ordinaire ces États intéressants, c'est-à-dire l'augmentation et

centration raisonnées des

moyens

con-

la

d'action, fait à

peu

près défaut dans les États de l'Église, car

ici

sance spirituelle aide constamment à cacher

la faiblesse

du pouvoir temporel l'État

pontifical ainsi

quatorzième

Lorsque

le

France,

la

rale; mais

grand

et à le remplacer.

siècle et

Pape il

Avignon

dans

puis-

quelles épreuves

constitué n'a-t-il pas résisté au

au commencement du quinzième!

emmené

prisonnier dans le midi de

y eut d'abord une désorganisation géné-

homme

tificaux

fut

A

la

avait de l'argent, des troupes et

de guerre, qui

le

fit

un

rentrer les États pon-

devoir; c'était l'Espagnol Albornoz. Le

danger d'une dissolution

définitive

était

encore bien

plus grand lors du grand schisme d'Occident, alors que 1

Nous renvoyons une

Ranke,.

t.

I,

fois

pour toutes à

l'Histoire des papes,

par

du développement des Etats de a tiré parti des ouvrages récents de

et à l'Histoire de l'origine

et

par Sugenheim. On Gregorovius et de Pieumont, et on les a cités chaque fois qu'ils présentaient des faits nouveaux. Comparer aussi l'Histoire de la papauté romaine. Leçons faites par W. Watte^iuch, Berlin, 1876. l'Église,

0


L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME.

130

Rome ni celui d'Avignon n'étaient assez pour reconquérir leurs États perdus; mais après

ni le pape de riches

le rétablissement

l'entreprise

de l'unité de

réussit;

l'Église,

couronnée de succès, lorsque

Eugène IV. Mais

les États

sous Martin V,

même une

fut

elle

seconde

fois

danger reparut sous

le

de l'Église étaient et restè-

rent jusqu'à nouvel ordre une complète anomalie parmi les États de la Péninsule; à Rome et autour de la ville

grandes familles nobles des Colonna, des

les

des Orsini,des Anguillara,

etc.,

papauté; dans i'Ombrie, dans la Marche, dans il

n'y avait presque plus,

caines que

la

papauté avait jadis

leur attachement; mais

f

délité

étaient

y

il

de principautés grandes la

est vrai,

il

Savelli,

bravaient ouvertement la

la

Romagne

de ces cités républi-

mal récompensées de par contre, une foule

si

avait,

et petites,

dont l'obéissance et

très-problématiques.

Formant des

dynasties particulières qui subsistent par elles-mêmes, elles

ont aussi leurs intérêts particuliers

nous avons déjà parlé

(p.

34

ss.,

55

;

ss.)

sous ce rapport,

des plus impor-

tantes d'entre elles.

Nous avons cependant

à faire

une courte observation

sur les États de l'Église considérés tique.

Dès

le

comme

milieu du quinzième siècle,

mentés par de nouvelles

crises et

dangers, attendu que l'esprit de

la

ils

corps polisont tour-

menacés de nouveaux politique italienne les

envahit sur plusieurs points, et cherche à les entraîner

dans ses

voies. Les

dangers

dehors ou du peuple, le

les

moins graves viennent du

grands ont leur source dans caractère des papes eux-mêmes. les plus

Nous ne parlerons pas ici des étrangers d'au delà des Alpes. Dans le cas où la papauté aurait été menacée en Italie

dans son existence, ni

l'Angleterre au

la

France sous Louis XI, ni

commencement de

la

guerre des Deux


CHAPITRE

X.

-

LA PAPAUTÉ ET SES DANGERS.

131

Roses, ni l'Espagne, encore en proie à la désorganisation, ni même l'Allemagne, qui n'avait pas eu son concile de Bâle, ne lui auraient prêté ou n'auraient pu lui prêter le moindre secours. En Italie même il y avait un certain nombre d'esprits, cultivés ou non, qui regardaient

l'exis-

tence de l'État pontifical

comme une

question d'amour-

propre

national; un très-grand nombre avaient un intérêt positif à ce qu'il subsistât tel qu'il était; la foule des fidèles croyait encore à la vertu des

bénédictions du

chef de

grands criminels, pliait

dans

l'Église';

comme

Alexandre VI de

moment où

le fils

nombre

le

il

y avait

même

de

ce Vitellozzo Vitelli, qui sup-

accorder des indulgences au

lui

du Pape le

2

faisait égorger Mais toutes ces sympathies réunies auraient été impuissantes à sauver .

1 Sur l'impression faite par les bénédictions d'Eugène IV à Florence, voir Vespadano Florent., p. 18. Compar. le passage cité dans Reumont Laurent /» p 171. Sur la majesté des fonctions de Mcolas V, voir infessuea II, col. 1883, ss.) et J. Manetti, Vita Nicolai v (Murât., m, n, col. 923). Sur les hommages rendus à Pie II, voir Diario Ferrarese (Murât., XXIV, col. 205) et Pu II; Comment, passim, surt. IV, 201, 204 XI, 562, à Florence Dehuedegli eruditi, t. XX, p. 368. Pour Venise, comparer Egna-

-

.

-

-

Tius,

De

ex.

ill.

vir.

Ven.,

1.

I,

cap.

I

:

De

-

religione.

Même

sicaires de profession n'osent pas s'attaquer au Pape. Les

des

grandes

fonctions eta ie nt considérées comme quelque chose d'essentiel par Paul II, ce pape ami de tout ce qui était pompeux (Platina loc cit., 321), et par Sixte IV, qui célébra la messe de Pâques,' maigre la goutte dont il souffrait (Jac. Volaterran, Diarium, Murât., XXIII, col. 131). Le peuple fait une distinction très-singuliere entre la vertu magique de la bénédiction et l'indignité de celui qui la donne; lorsqu'en 1431 Sixte fut dans l'impossibilité de donner la bénédiction, îe jour de l'Ascension, la foule murmura contre lui et le maudit, (Ibid., col. 133.) 2

Machiavelu, Scritii minori, p. 142, dans le récit connu de la catastrophe de Sinigaglia. Sans doute les Espagnols et les français attachaient encore plus de prix aux bénédictions ponti-

que

ficales

les soldats

italiens. Coinpar. dans Paul Jov., Vita scène qui précède la bataille de Ravenne où l'armée espagnole se presse autour du légat qui pleure de joie

Leoms

et lui

Milan.

X

(L, II), la

demande

l'absolution. '.'rvus

,•>•>.,

Voir aussi .

,

,

...

(ibid.) ..

a

les Français à ,


L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME.

132 la

papauté Si

>

en face d'adversaires vraiment

elle avait été

résolus, sachant exploiter la haine et l'envie dont elle était l'objet.

Et

c'est

précisément au

moment où

de chances d'être soutenue par

papauté a

menacée des plus grands dangers à

qu'elle est rieur.

la

Comme

elle avait fini

si

peu

princes étrangers,

les

par vivre de

la

l'inté-

vie

d'uue

principauté italienne séculière, elle dut aussi apprendre à connaître les vicissitudes d'une pareille existence, vicis-

pour

situdes qui,

elle,

s'aggravèrent encore par suite des

conditions particulières dans lesquelles elle se trouvait.

Pour

ce qui concerne la ville de

Rome, on

a toujours

semblant de ne pas craindre beaucoup ses colères,

fait

pape chassé par l'émeute est revenu dans capitale; du reste, les Romains étaient obligés, dans

car plus d'un sa

leur propre intérêt, de désirer la présence de la curie.

Toutefois, non-seulement

un

radicalisme aotipapal

complots

les

Rome 1

,

déploya de temps à autre

mais encore on

plus menaçants

l'action

vit

dans

les

de mains étran-

gères, présentes bien qu'invisibles. C'est ce qui arriva lors

de

Nicolas le

la

V

conjuration ourdie par Etienne Porcaro contre (1453), c'est-à-dire contre le

plus fait

pour Rome, mais qui

lation en enrichissant les cardinaux et ville

en une forteresse pontificale

renverser l'autorité du Saint-Siège

Pape qui

avait irrité la

;

avait

popu-

en changeant

la

*.

Porcaro voulait

il

avait de puissants

' Chez les hérétiques de Poli, qui croyaient qu'un vrai pape devait se reconnaître à la pauvreté du Christ, on ne trouvait probablement que les doctrines qu'on reproche aux Vaudois.

INfessuiu (Eceard, II, col. 1893) Pl.vtiju, p. 137, etc., racontent comment ils ont été arrêtés sous Paul H. 2 On retrouve ces sentiments dans le poëme adressé au Pape, poëme cité par Gregorovius, VII, 136, note 1 (auteur Joseph (Bripius?), d'après Vuilen, Laur. Vallœ opisc, tria, Vienne, 18G9, p. 23.


CHAPITRE

X.

-

LA PAPAUTÉ ET SES DANGERS.

nomme

complices qu'on ne

cher certaiuement parmi

A

même

la

pas

mais

»,

qu'il faut

gouvernements

les

133

cher-

italiens.

époque, Laurent Valla terminait sa célèbre la donation de Constantin, par un

déclamation contre

vœu ayant pour objet

la

prompte

sécularisation des États

de l'Église».

De même

la bande de conspirateurs de bas étage que eut à combattre 8 (1460) ne dissimulait pas que son but était de renverser la domination des prêtres en gé-

Pie

II

néral; leur principal chef, Tiburzio, disait qu'il n'avait agi que par suite de certaines prédictions qui annonçaient cet événement pour cette année-là. Plusieurs

grands de Rome,

le

prince de Tarente et

Jacques Piccinino, étaient complot.

Si l'on

les

complices et

fauteurs

du les

avait particulièrement

que

,

condottiere

songe aux trésors que renfermaient

palais de certains riches prélats (la

est surpris

le

en vue

dans une

le

ville

les

bande de Tiburzio

cardinal d'Aquilée)

la

,

on

surveillance était

presque nulle, des tentatives de ce genre n'aient pas été plus fréquentes et plus heureuses.

Ce

n'est pas

pour rien

' Dialogus de conjuralione Stefani de Porcariis, d'un contemporain, Petrus Godes, di Vicenza, cité et mis à profit par GrecoroTins, VII, 130. L. B. Alberti, De Porcaria conjuratione, dans Murât.

XXV,

col.

309

exstinguere.

liait* ; les

ss.

— P.

voulait

omnem

L'auteur conclut ainsi

pontificiam turbam fuiiditus

Video sane quo stent loco res intelligo, qui sint, quibus hic perturbata esse omnia conducat... Il extrinsecos impulsons, et croit que le crime de Porcaro :

nomme

trouvera des imitateurs. Les rêves de P. ressemblaient à ceux de Nicolas Rienzi, qu'il imita aussi en rapportant à sa personne des vers du poëme fait par Pétrarque pour Spirto gentil. R. Ut Papa tanlum, vicarius Chrisli sit et non etiam Cœsaris... Tune Papa :

dicetur

et

erit

pater

sanclus,

pater

omnium,

pater

Ecclesiœ

etc

L ouvrage de Valla a été écrit un peu antérieurement; il était dirige contre Eugène IV. Compar. Vahlen, Laur. Valla (Berlin 1870), p. 25 ss., surt p. 32. Par contre, Nicolas V fut grandement

loué par Valla; voir Gregorevius, Vit, 136. '

Pu

II

Commentai IV,

p.

208

ss.

G.

Voigt, Enea

Silvio,

III,


L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME

154

que Pie

III

préférait n'importe quelle résidence au séjour

de Rome. Plus tard, Paul

sous

qu'il avait destitués, et qui,

assiégèrent

bien que

le

la

la

les abréviateurs

conduite de Platina,

Vatican pendant vingt nuits

papauté

de ce genre, ou bien

finît

la

1 .

Il

fallait,

ou

par succomber à une attaque

qu'elle

factions des grands sous

une grande

a eu (1468)

II

frayeur à cause d'un complot tramé par

comprimât par

la

force

les

protection desquelles se for-

maient ces bandes de brigands. C'est la tâche

que s'imposa

le terrible

Sixte IV. C'est

qui le premier fut presque entièrement maître de

lui

Rome

et de ses environs, surtout depuis qu'il s'était mis

à persécuter les Colonna; c'est

montrer tant d'arrogance sait

pour

cela qu'il pouvait

et tant d'audace dès qu'il s'agis-

de régler des questions intéressant

seul»

ou

l'Italie;

même c'est

pour cela

ne pas entendre

Saint-Siège

le

se rattachant à la politique générale qu'il

de

pouvait faire semblant de

les plaintes et les cris

de tout l'Occident,

qui le menaçait d'un concile. L'argent qu'il lui fallait était fourni

par une simonie qui prit des proportions

colossales, et qui les

ne tarda pas à s'étendre

à tout,

nominations de cardinaux jusqu'aux grâces

insignifiantes*. Sixte

lui-même

n'avait

obtenu

depuis

les

plus

la tiare

qu'en achetant des voix.

Une vénalité aussi générale pouvait, cher au Saint-Siège; mais les maux

à la longue, coûter

qui pouvaient en

résulter étaient encore cachés dans la nuit de l'avenir.

1

PLATtNA, Vita Pauli

2

Battista

II.

Mantovano, De

calamitatibus temporum,

1.

III.

L'Arabe

l'encens, le Tyrien de la pourpre, l'Indien de l'ivoire l'enalia nobis templa, sacerdoles, altaria, sacra, coronœ, ignés, thura, preces, cœlum est vénale Deusque. Opéra ed. Paris, 1507, fol. 302 b.

vend de

le pape Sixte, aux efforts duquel mage, à remédier à ces maux.

L'auteur exhorte

il

rend hom-


.

CHAPITRE Il

-

X.

LA PAPAUTÉ ET SES DANGERS.

n'en était pas de

moment

perdre

neveux,

le

même du

,

qui

faillit

un

lui-même.

De

tous

les

népotisme

pontificat

le

Riario fut celui qui jouit

cardinal Pietro

d'abord auprès de Sixte de

la

plus grande faveur;

possédait presque exclusivement

Pape. C'était un

homme

,

soit

par

les

les bruits

le

duc Marie-Galéas de Milan

eux que ce prince deviendrait qu'ensuite

il

soit

l'Italie

par son luxe

qui se répandaient sur son

En

impiété et sur ses projets politiques. avec

il

bonnes grâces du

qui pendant quelque temps

occupa l'imagination de toute insensé

135

:

il

roi

1473,

fut

il

négocia

convenu entre

de Lombardie, et

aiderait son allié de son argent et de ses

troupes pour qu'il put, après son retour à Rome, prendre la tiare

il

;

paraît que Sixte lui aurait volontairement

cédé sa place

a .

Ce projet, qui aurait sans doute abouti

à la sécularisation des États de l'Église à la suite de

l'établissement de l'hérédité

,

Girolamo Riario

ordres, et n'attaqua point

les

lui,

les

échoua

grâce à

,

commencement de

subite de Pietro (au

Le deuxième neveu

,

Italie

mort

l'année 1474).

n'entra pas dans

,

le pontificat;

neveux des papes augmentent

règne en

la

mais, après

l'agitation qui

par leurs efforts pour se créer une

grande principauté. Jadis les papes avaient voulu faire valoir leur suze-

raineté sur Naples en faveur de leurs neveux

depuis que Calixte

III

y

avait

échoué

à

3

son tour,

;

mais n'y

il

p. ex. les Annales Piacentini, dans Murât., XX, col. 94 Cotuo, Sloria di Miiano, fol 4i5 à 420. Pietro av iit déjà diriger l'élection de Sixte. Voir Infessura, dans Eccard, Se II, col. 1895. D'après Infessura et Machi.v., Stonejior., I. V l. les Vénitiens auraient empoisonné le cardinal. En effet, ils ue manquaient pas de raisons pour cela. 3 Déjà Honorius II avait voulu, après la mort de Guillaume I er (1127), annexer la Pouille aux États de l'Église, disant « qu'elle devait faire retour à saint Pierre » 1

Voir

.

2


136

L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME.

avait plus guère à y songer, et Girolamo Riario, après

avoir

fait

une vaine tentative pour s'emparer de Florence,

et subi bien d'autres échecs, dut se

une principauté sur Ce

l'Église.

fait

contenter de créer

même

territoire

le

pouvait se justifier ainsi

des États de :

Romagnc

la

avec ses princes et ses tyrans locaux menaçait d'échapper

entièrement à l'autorité du Saint-Siège, ou de devenir sous peu

proie des Sforza et des Vénitiens,

la

si

Rome

n'intervenait pas de celte manière. Mais qui pouvait garantir, à cette la

époque

et

dans de

telles

circonstances,

soumission des neveux devenus souverains et de leurs

successeurs à l'égard des papes, qui ne leur étaient plus

rien?

Même

son propre

le fils

pape régnant

n'était pas toujours sûr

ou de son propre neveu,

de

et, d'ailleurs, il

devait être tenté de chasser le neveu d'un prédécesseur

pour mettre

situation sur la papauté

tous les

Le contre-coup de cette

à sa place le sien.

elle-même

se

fit

moyens de contrainte, même

vivement sentir

les

moyens

employés sans vergogne pour arriver

tuels, furent

but on ne peut plus équivoque,

à

:

spiri-

à

un

un but auquel toutes

les

autres vues du siège de Saint-Pierre durent se subordonner, et

quand on

réussit,

au milieu des secousses

les plus

violentes et de la réprobation générale, à venir à bout

de

l'entreprise,

qui avait

Après

le

la

il

se trouva

qu'on avait créé une dynastie

plus grand intérêt à

mort de Sixte IV

,

la

ruine de la papauté.

Girolamo ne put

se

sou-

tenir qu'à grand'peine, et grâce à la protection de la famille Sforza (à laquelle appartenait sa

femme

Catarina),

dans celte principauté (de Forli et d'Jmolà) qui avait une si

singulière origine

;

il

conclave qui se réunit à choisit

fut assassiné la suite

pour pape Innocent VIII

en 1488. Dans

de cet événement ,

phénomène qui ressemble presque

on

vit se

le

et qui

produire un

à une nouvelle garantie


CHAPITRE

-

X.

extérieure de

la

PAPAUTÉ ET SES DANGERS.

LA

papauté

deux cardinaux, qui sont des

:

princes appartenant à des maisons régnantes leur appui de la manière

sant

donner de

d'Aragon

fils

,

du More Milan,

de

du moins,

vendent

roi Ferrante, et Ascanio Sforza

que

,

frère

princes de Naples et de

les

étaient intéressés au maintien de la

part qu'on leur donnait à la curée. Lors

réunion du conclave suivant (1492) lorsque tous cardinaux se vendirent, à l'exception de cinq, Ascanio

la

les

se

la

,

plus scandaleuse en se fai-

la

l'argent et des dignités; ce sont Jean

du

C'est ainsi

papauté par

137

fit

,

donner pour

et se réserva,

lui-même à Laurent

la

le

la

seconde

fois

sommes énormes,

des

en outre, l'espérance

»

de devenir pape

prochaine élection.

Magnifique désirait aussi que

Médicis eût sa part du butin. avec Franceschetto Cybo,

Il

maria sa

la

maison de

fille

Madeleine

du nouveau pape, du premier pontife qui reconnut publiquement ses enfants, et, à partir

de ce moment,

il

fils

demanda non-seulement toute

sorte de faveurs pour son propre

vanni

(le

futur Léon X)

,

gendre aux plus hautes dignités 3 voulait l'impossible.

fils,

le

cardinal Gio-

mais encore l'élévation de son .

Sous ce rapport,

Chez Innocent VIII,

il

il

ne pouvait

être question de ce népotisme qui fondait des États,

parce que Franceschetto était un valeur, qui, de

même que

son père

homme le

Pape

sans aucune ,

ne songeait

1

Fabroni, Laurentius Magn., adnot. 130, p. 256 ss. Un espion, Vespucci, dit de ces deux personnages Hanno in ogni elezione a metlere a sacco questa corte, e sono i maggior ribaldi delmondo. :

3

Corio, fol. 450. On retrouve dans Gregorovius, VII, 310 ss., des détails sur ces faits de corruption, détails qui sont puisés en partie dans des manuscrits.

On retrouve une lettre de Laurent, qui est très-curieuse sous ce rapport, dans Fabroni, Laurentius Magn., adnot. 217, II, p. 390; on en voit un extrait dans Rainke, les Papes, I, p. 45, et dans ReuMONT, Laurent de Médicis, II, p. 482 SS. 8


188

L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME.

notamment

qu'à faire le plus vil usage de la puissance,

et le

.

nécessairement

à la longue

,

même

catastrophe, à la dissolution

IV

Si Sixte

le

à

père

prenaient pour satisfaire leur passion de

s'y

fils

l'or aurait

La manière dont

1

amasser d'immenses trésors

s'était

conduit à une

,

de l'État.

procuré de l'argent en vendant

toutes les grâces et toutes les dignités spirituelles, Inno-

cent et son

relles,

moyen de amende,

fils

le

fondèrent une banque des grâces tempo-

crime de meurtre pouvait se racheter au

taxes fort élevées

;

sur le produit de chaque

y a 150 ducats pour

il

le trésor pontifical,

le reste est

versé à Franceschetto.

ment dans

les dernières

sins protégés et

avait

commencé

pullule,

et

notam-

années de ce pontificat, d'assas-

non protégés; à

Rome

les factions,

que Sixte IV

dompter, ont partout relevé les murailles

la tête;

de son Vatican,

le

Pape, en sûreté derrière

se

borne à tendre de temps à autre un piège aux crimi-

nels capables de payer.

n'y avait plus pour Frances-

Il

chetto qu'une question importante

ment

il

un jour que

le

s'était

mort du Saint-Père

la

de savoir com-

celle

pourrait disparaître en emportant

possible, dans le cas trahit

,

le

Pape viendrait

plus d'argent

à mourir.

répandu faussement

(1490);

il

le

Il

se

bruit de

voulut emporter tout

l'argent existant dans les caisses, c'est-à-dire le trésor

de il

l'Église, et, l'entourage

voulut du moins

pital vivant

du Pape

emmener

le

l'en

ayant empêché,

prince turc

Dschem

,

ca-

qu'on pourrait peut-être remettre à Ferrante

1 et c'est Ils voulaient aussi s'emparer de fiefs napolitains, pourquoi Innocent appela de nouveau les d'Anjou contre le roi Ferrante, qui n entendait pas se laisser dépouiller. La manière dont le Pape se vengea de ce prince, et son intervention dans la deuxième insurrection de barons napolitains étaient aussi maladroites que déloyales. Il avait l'habitude de menacer ses ennemis de l'invasion étrangère; comp. ci-dessus p. 117, note 2.


CHAPITRE

-

X.

LA PAPAUTÉ ET SES DANGERS.

de Naples moyennant une belle somme d'argent de calculer

est difficile

les

139 1 .

Il

éventualités politiques qui

auraient pu se produire dans un passé aussi lointain

mais

il

permis de se demander

est

résisté à

deux ou

laisser aller les choses trop loin

était

il :

les

;

aurait encore

de ce genre.

trois pontificats

de l'Europe catholique,

vis-à-vis

Rome

si

Même

imprudent de

voyageurs et

les

pèlerins n'étaient plus en sûreté; toute une ambassade

de l'empereur Maximilien fut entièrement dépouillée

dans

le

voisinage de

Rome,

et souvent des

retournèrent sans être entrés dans

Une de

la

situation était incompatible avec

telle

domination,

(1492-1503); aussi ce fut d'assurer

ment

A

envoyés s'en

la ville.

la

tel qu'il existait la

l'amour

chez Alexandre VI

première chose que

fit

ce pontife,

sécurité publique et de payer exacte-

tous les fonctionnaires. la

rigueur, on pourrait passer ce pontificat sous

silence dans

un

italienne, car

livre qui traite des

les.

formes de

la

culture

Borgia sont aussi peu Italiens que

la

maison régnante de Naples. Alexandre s'adresse en espagnol à son fils César, même quand il lui parle en public ;

lors de la réception qu'on lui tait le

costume espagnol,

gnols qui

fit

à Ferrare, Lucrèce por-

et ce furent des bouffons espa-

saluèrent de leurs chants; les serviteurs de

la

confiance de la maison sont tous Espagnols; de les soldats

César dans letto,

ainsi

les plus décriés la

même

de l'armée que conduisait

guerre de 1500; son bourreau, don Miche-

que son empoisonneur en

Pmzon*, semblent avoir

titre,

Sébastien

été des Espagnols. Entre autres

Compar. surt. Infessora, dans Eccard, Scriptores, II, passim. D'après Dispacci di Antonio Giustiniani, I, p. 60, et III, p. 309. Séb. Pinzon était de Crémone. 2 De nos jours la question a été surtout traitée par Gregoro1

VIUS, Lucrèce Borgia, 2 vol., 3 e édit., Stuttg., 1875,


L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME.

140

exploits, César abat

une arène,

un jour, dans une cour fermée comme

taureaux indomptés, suivant toutes les cher aux Espagnols. Quant à la corrup-

six

règles de l'art tion,

\

que cette famille a portée à son apogée,

elle l'avait

trouvée déjà très-développée à Rome.

Ce que les Borgia ont été, ce qu'ils ont fait a été souvent et longuement raconté. Leur principal but, qu'ils ont d'ailleurs atteint, était la complète soumission des États de l'Église à l'autorité pontificale; ils ont obtenu ce résultat en chassant

ou en détruisant tous

1

les petits

souverains qui étaient, en général, des vassaux plus

moins indépendants du Saint-Siège,

Rome môme les

et

en écrasant

ou à

deux grandes factions qui l'inquiétaient, Orsini, ces prétendus Guelfes, et les Colonna, ces les

prétendus Gibelins. Mais

les

tellement horribles

étaient

moyens employés pour que

les

cela

conséquences des

agissements du Saint-Siège auraient été certainement mortelles pour

lui, si un incident imprévu, l'empoisonnement simultané du père et du fils (voir p. 147, note 1),

n'avait

changé brusquement

la face des choses. Alexandre pouvait se mettre au-dessus de l'indignation de l'Oc-

cident, pourvu qu'il réussît à répandre la terreur et à imposer l'obéissance dans son voisinage. Du reste, les

princes étrangers se laissèrent gagner, et Louis XII l'ap-

puya

même

elles se

de toutes ses forces; quant aux populations,

doutaient à peine de ce qui se passait dans

centrale.

l'Italie

Le seul moment vraiment critique sous ce rap-

port, celui de la présence de Charles VIII à

de sa campagne cette époque-là

d'Italie, se

il

s'agissait

Rome lors môme à

passa sans accident, et

du remplacement d'Alexandre

'A l'exception des Bentivoglio de Bologne et de la maison d'Esté de Ferrare. Cette dernière fut obligée d'accepter l'alliance des Borgia. Lucrèce épousa le prince Alphonse.


CHAPITRE

X.

- LA PAPAUTÉ ET

SES DANGERS.

141

par un pape meilleur plutôt que de la papauté ellemême ». Le grand danger, le danger permanent et croissant de jour en jour qui menaçait le Saint-Siège, c'étaient Alexandre lui-même et surtout son fils

César

Borgia.

Chez

le père,

l'ambition,

plaisir s'unissaient à la force

la cupidité et l'amour du de caractère et à de bril-

lantes qualités. Toutes les jouissances que peuvent donner l'exercice delà puissance et la sensualité, il les goûta pleinement dès le premier jour de son avènement au pouvoir. Tous les moyens sont bons pour arriver à ce

but;

on put

se dire dès la

première heure que les sacripour assurer son élection ne tarderaient pas à être largement compensés 3 et l'on prévit que les actes de simonie commis par lui pour obtenir des fices qu'il avait faits

,

voix resteraient bien inférieurs â ceux qu'il commettrait après son exaltation. Ajoutez à cela que, grâce à ses fonctions de vice-chancelier et à d'autres emplois antérieurs,

il

connaissait mieux les sources de revenus pos-

mieux les exploiter en homme d'affaires que n'importe quel membre de la curie. Dès 1494 il arriva qu'un carmélite, Adamo de Gènes, qui avait prêché à sibles et savait

Rome contre la simonie, fut trouvé dans son lit percé de vingt coups de poignard. Alexandre n'a peut-être pas

nommé un

des

sommes

1

*

seul cardinal sans avoir reçu

au préalable

considérables du postulant.

V. appendice nv Gônio, fol. 450.

6,

à la fin du

Maunero,

volume

Ann. Verni! Arch. Slor., Vif, i, voit enlre autres dans Malipiero, p. 565, quelle devait être la rapacité de toute la famille. Un neveu est magnifiquement reçu à Venise comme léçpt du Pape, et ^agne des sommes colossales en vendant des dispenses; au momè:U de son départ, ses domestiques, volent tout ce qui leur tombe p. 318.

— on

,

main, même une pièce de brocart d'or qui paraît d une église de Murano.

sous

le

la

maUre-autc)


L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME.

142

la longue le Pape subit la domination de moyens employés par le Saint-Siège prirent

Mais lorsqu'à

son

fils,

les

ce caractère infernal qui réagit nécessairement sur

but à atteindre. Les rigueurs

engagée contre

Romagne

grands de

les

dépassèrent, sous

exercées dans la lutte

Rome

le

le

et les princes de la

rapport de

la perfidie et

de la cruauté, la mesure à laquelle les Aragonais de Naples, par exemple, avaient déjà habitué

même,

les

frémit en voyant

manière dont César

la

pour assassiner plus tranquillement son d'autres parents et des

frère,

faveur dont attitude lui

ils

même

monde; de

isole

frère,

On

donne de l'ombrage. Alexandre

de ses

fils

son père son beau-

courtisans, dès

jouissent auprès du Pape ou

donner son consentement die, celui

le

Borgia savaient mieux ourdir leurs trames.

la

leur

fut obligé

mieux

parce que

lui-

tremblait à toute heure devant César.

Quels étaient donc

Même

dans

qu'il était

les projets secrets

les derniers

venait de mettre à

de

fait le

de ce dernier?

mois de sa domination, lorsqu'il

mort

les condottieri à Sinigaglia et

maître des Étals de l'Église (1503),

son entourage s'exprimait assez discrètement sur point

:

primer

on

disait

que

le

les factions et les tyrans, et cela

Romagne de tous

et qu'il pouvait être sûr

les

fut

1

9

de

la

papes ultérieurs, puisqu'il

rassés des Orsini et des

ce

duc voulait simplement sup-

dans l'unique

intérêt de l'Église; qu'il se réservait tout au plus

sa

de

du duc de Gan-

à l'assassinat

qu'il aimait le

que

même

Colonna

3 .

la

reconnaissance

les avait

débar-

Était-ce là le fond de

pensée? Personne ne l'admettra. Alexandre lui-même plus

explicite,

un jour que,

s'entrclenant avec

V. appendice n° 7, à la fin du volume. Machiavelli, Opère, ed. Milan, vol. V, p. 387, 393, 395, dans la

Legazione al duca Valenlinot


CHAPITRE

X.

-

LA PAPAUTÉ ET SES DANGERS.

l'ambassadeur vénitien,

il

protection de Venise

Je ferai en sorte,

:

«

recommandait son

mon

trône pontifical revienne à blique féré

».

»

Sans doute César ajouta que

de Venise aurait seul

cardinaux

ou

fils

vénitiens

la

à la

fils

dit-il,

143

que

le

à votre répu-

le

candidat pré-

tiare, et qu'à cet effet les

devaient

bien s'entendre.

A-t-il

voulu parler de lui-même? peut-être; quoi qu'il en soit, le propos du père prouve suffisamment que le fils comptait monter sur le trône pontifical. Lucrèce Borgia jûous renseigne indirectement à cet égard, car certains

passages des poésies d'Hercule Strozzi sont peut-être l'écho de propos qu'elle pouvait bien se permettre en sa qualité de duchesse de Ferrare. D'abord il est

y

question des vues de César sur

[qu'avait

il

|es réaliser,

fait

il

avait autrefois

effet,

Tommaso Gau,

tel.

entendre que,

comme

est

il

déposé

pour

chapeau de carincontestable que César, qu'il la

le

mort d'Alexandre, enten-

Relazioni délia corte di

Roma,

de P. Capello. (Compar. aussi Ranke,

les

I,

Papes,

p. 12, t.

III*

dans la appen-

dice n° 3, et Dispacci di Antonio Giusliniani,

textuellement potentat de la terre, |

lit

:

hrolegga

il

figliuolo,

«

e

I, p. 72 SS., 132 SS.) On Le Pape considère Venise plus qu'aucun

pero desidera che

e dice

clla

(Signoria di

voler /are Cale ordine,

che

il

l'enezia)

papato o

si a

ho, ovvero délia Signoria nostra.

» Suo ne peut sans doute s'appliuer qu'à César. Le pronom possessif est souvent une cause 'obscurité; c'est ce que prouve la discussion, non encore épuisée ujourd'hui, à laquelle ont donné lieu les paroles de Vasari,

di Rafaclle : A liindo AUooitlifece il ritratto suo, etc. Strozzii Poctœ, p. 19, dans Venatio d'IJercule Strozz.v : ...Cui iplicem fala invidere coronam. Ensuite dans l'Élégie sur la mort de ésar, p. 31, seq. : Sperarelque olim solii décora allapatcrni.

'ita

s

3 Ibid.

Jupiter a promis jadis a/fore Alexandri sobolem

m haliœ * Ibid.

:

;

prince

avait les plus grands projets, et que,

ou non élu pape après

lût 1

En

*.

on

et à la fin

»,

[séculier,

dinal

3

on y trouve parfois des allusions à l'espérance César de devenir un jour maître de toute

pnsuite,

l'Italie

aussi

trône pontifical

le

leges, alque

aurea sœcla re/erret, etc.

Sacrumque decus majora parcniem

dcposuisse.

,

quee poneret


L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME.

144

dait rester à tout prix maître des États de l'Église, etl

qu'après tout ce qu'il avait

de s'y maintenir

sible

aurait été impos-1

fait, il lui

comme

pape.

avait

Il

travaillé 1

plus que personne à séculariser les États pontificaux et

il

1

,!

aurait été obligé de prendre définitivement cette]

mesure pour continuer d'y régner. Nous nous trompe-! rions fort

si

telle n'était

pas la raison principale de lai

sympathie secrète avec laquelle Machiavel traite cet! illustre

scélérat;

si

quelqu'un pouvait

qu'il « retirerait le fer

de

la

blessure

détruirait la papauté, cette source

ventions, cette cause

bien César.

11

des

fausses,

les inter-l

l'Italie, c'était!

lui

présentaient l'appât dul il

les

repoussait avec!

2 .

Pourtant toutes tirer

de toutes

du morcellement de

de roi de Toscane; mais

dédain, parait-il

c'est-à-dire qu'il!

y avait des intrigants qui s'imaginaient!

deviner César Borgia et qui titre

espérer!

lui faire

»,

les

conclusions logiques qu'on

peun

prémisses qu'il avait posées sont peut-être!

non pas

à cause d'un certain génie

après tout, n'était pas plus naturel chez

duc de Friedland,

mais

parce que

les

lui

du mal quiJ que chez

moyens

Ici

qu'il

employait sont, en général, incompatibles avec une par-1

conséquence dans

faite

aurait-elle trouvé

scélératesse,

la

conduite. Peut-être

une chance de salut dans

même

la

papauté!

l'excès de sa!

sans le hasard qui mit fin à sa domi-J

nation.

marié avec une princesse française de as que de ce mariage était née une fille il aurai» bien cherché à fonder une dynastie d'une manière quelconque,: On ne sait pas s'il a fait des démarches pour ravoir le chapeau de cardinal, bien que (d'après Machiavel, p. 285) il dût comptée 1

On

sait qu'il était

maison d'Albret,

et

1

;

la mort prochaine de son père. Machiavel, p. 334. César avait des vues sur Sienne et, le cal échéant, sur toute la Toscane; mais ses projets n'étaient pas] encore tout à fait mûrs; pour les exécuter, il fallait l'assentimeni de la France.

sur 2


CHAPITRE

Même

X.

LA PAPAUTÉ ET SES DANGERS,

en supposant que

petits souverains qui

le

nom

en admettant que l'armée qui

145

destruction de tous les

encombraient

rendu sympathique

qit

la

les États

de i'Église

de César Borgia,

suivit sa fortune

même

en 1503,

armée composée des meilleurs soldats et des meilleurs avec Léonard de Vinci comme ingénieur en

officiers,

chef, prouve qu'il avait des chances d'avenir,

pas moins vrai

il

n'en est

y a dans son existence bien des faits irrationnels, qui déroutent notre jugement aussi bien qu'ils ont dérouté celui de ses contemporains. Je veux qu'il

parler surtout de l'État qu'il vient

garder

et

manière dont

la

de conquérir,

gouverner. J'y ajouterai

curie dans les dernières années

Soit que le père et le

scription en règle

\

fils

soit

il

maltraite et dévaste

et qu'après tout l'état

raître tous

ou dont

ils

les valeurs

reste les

:

le

Borgia

ceux qui

compte delà

une

liste

de pro-

les projets d'assassinat aient

été conçus par chacun d'eux en particulier, l'histoire des

il

Rome et

du pontifical d'Alexandre.

aient dressé

que

de

il

résulte de

qu'ils s'appliquèrent à faire dispa-

les

convoitaient

gênaient à un la succession.

titre

quelconque

Les capitaux et

mobilières les tentaient bien moins que

Pape avait bien plus de profit

rentes viagères que

le

le

à voir s'éteindre

trésor pontifical payait à cer-

MACniAVïX, p. 326, 351, 414. MATARAZZO, Cronaca di Perugia, stor., XVI, u, p. 157 et 221 « Il voulait que les soldats se logeassent à leur gré, de sorte qu'en temps de paix ils gagnaient encore plus qu'en temps de guerre. » Petrus Alcyomjs, De exilio (1522), ed. Mencken, p. 19, dit à propos de la manière de faire la guerre Ea scelera et jlagilia a noslris milîlibus patrata sunl quœ ne Scy:hœ qttidem axa Turcœ, aut Pœni inllalia commisissent. Le môme auteur accuse (p. 65) Alexandre d'être Espagnol Hhpani generis homincm, cujus proprium sst, raltonibus et commodis Hispanorum consultum 1

Arch.

:

:

:

non Itatorum. Compar. ci-dessus, p. 138. s In arcano proscriptorim albo positus, comme Pierio ValeriANO, De infeluitate litierat,, à propos de Giovanni Regio, éd. Mencken. velle,

p. 232.

U

10


VUE DU MÉCANISME.

L'ÉTAT AU POINT DE

146

taius dignitaires de l'Eglise et à toucher les revenus de

pendant

leurs charges

le prix d'achat

qu'elles étaient vacantes, ainsi

payé par

nouveaux

les

bassadeur de Venise, Paolo Capello ce qui suit

:

«

Toutes

:

La

que

L'am-

rapporte en 1500 à

Rome

quatre

ce sont des évéques, des pré-

lats et d'autres individus-, aussi ville

,

on trouve

les nuits

ou cinq personnes tuées

1

titulaires.

tous les habitants delà

tremblent-ils d'être assassinés par le duc César.

nuit,

effrayée

il 8 ,

non parce

»

parcourait lui-même avec ses gardes la ville

de croire

et l'on a tout lieu qu'il

qu'il le faisait,

ne voulait plus, nouveau Tibère, montrer

au grand jour son visage devenu horrible, mais parce qu'il avait besoin d'assouvir sa soif de meurtre, même sur des inconnus. Dès 1499 l'indignation générale était

devenue si grande que le peuple attaqua et mit à mort 3 un grand nombre de gardes pontificaux Ceux que les .

Borgia ne frappaient pas de leur poignard périssaient par leur poison. Dans les cas où la discrétion semblait nécessaire, la

on employait

neige, agréable au goût

cette 4 ,

poudre blanche

comme

qui ne foudroyait pas, mais

qui agissait lentement et qui pouvait se mêler, sans

qu'on s'en aperçût, à tous

les

aliments et à toutes les

boissons. Le prince Dschem en avait absorbé avant d'être livré par fin

Alexandre à Charles VIII (1495), et à

de leur carrière

père et

le

le fils

furent

la

eux-mêmes

1 Tommaso Gar, p. il, Pour la période qui commence le 22 mai 1502, on trouve des renseignements précieux dans Dispacci di Antonio Giusiiniani, publ. par Pasquale Villari, Firenze, 1876,

3 vol.

9 paulus Jovius, Elogia, Le livre XXI p. 202, Caesar Borgia. des Commentant urbani de Raph. Voleterranus contient un portrait; d'Alexandre, tracé d'une main très-prudente, bien qu'il ait été, Roma... nobilis jam carnificinafacta erat,\ fait sous Jules II. On y lit :

»

Diario Ferrarese, dans

Paul.

Jovius, Hisior.,

Murât. XXIV, ,

II, fol.;47.

col. 362.


CHAPITRE

- LA PAPAUTÉ ET

X.

victimes de ce terrible poison

ment des

bablement Adrien de Corneto Pape, Onufrio Panvinio 3 ,

».

147

goûtèrent imprudem-

ils

:

confitures destinées à

SES DANGERS.

un

riche cardinal, pro-

L'historien officiel

cite trois

du

cardinaux qu'Alexan-

dre a fait empoisonner (Orsini, Ferrari et Michiel), et il en indique un quatrième (Giovanni Borgia), que César se chargea d'expédier; il est probable qu'en ce temps-là

peu de riches prélats mouraient à Rome sans que leur

mort

fit

naître des soupçons de ce genre.

sibles savants, retirés

dans quelque

Même

de pai-

ville

de province,

étaient atteints par l'inexorable poison.

Les endroits

fréquentés par déjà autrefois

Pape commencèrent à n'être plus sûrs; avait été effrayé par des coups de foudre

le

il

et des tempêtes qui avaient renversé des

murs

des appartements entiers; lorsqu'en 1500

mènes

se reproduisirent,

on y trouva

«

8

et dévasté

ces

phéno-

cosa diabolica

».

Grâce au jubilé de 1500, qui attira tant de monde \ le bruit de cet état de choses se répandit au loin, paraît-il; le

scandaleux

trafic

auquel donnait lieu

vente des

'Compar. les passages de Ranke, les Papes de Rome, XXXVII, p. 35, et XXXIX, Append., 1™ partie, Gregorovius, VII, p. 497 ss. Le Vénitien Giustiniani ne croit le Pape ait été empoisonné. Compar. ses Dispacci, t. II, p corn mplètes, t.

s

la

la

note de Villari,

Œuvres n-

4.

et

pas que 107 ss •

p. 120 ss., et l'Append., ibid., p. 458 ss. Panvinius, Epitome pontificum, p. 359. Sur la tentative ci-empoisonnement faite contre Jules II, voir p. 363. S

D'après Sismondi EIII, 246, Lopez, cardinal de Capoue, qui avait été pendant dé ^longues années le confident de tous les secrets d'Alexandre mourut de la même manière; d'après Sanuto (dans Ranke, les rapts l, p. 52, note 1), le cardinal de Vérone eut le port du cardinal Ursini (de Vérone), le Pape fit même sort. A la constater par hcoiiége de médecins que sa fin était Wtspacci di Antonio Giustiniani, I, 41 1 SS. !

8

PRATO, ârch.

stor., III, p.

un

due à des causes naturelles

254.

Jubilé qui fut largement exploité par le Pape. comp. Chron. Wenetum, dans Murât., XXIV, col. 133. Voici un simple bruit : E si bmdicam che tl Pontefice dovesse cavare a»ai danari di queslo Giubileo. * * che gh tornerà molto a proposito, . *

.

-.

.


L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME.

148

indulgences sur

Rome

fit

les

sans doute

le

resle et finit par attirer

regards de tous

les

peuples K Outre les

pèlerins qui rentraient dans leur patrie,

il

y avait aussi de

singuliers pénitents blancs qui venaient de l'Italie dans le

Nord, et parmi eux se trouvaient des

hommes

qui s'étaient enfuis des États de l'Église;

probable que ces gens aient gardé

déguisés

n'est

il

le silence.

guère

Mais qui

I

degré auquel l'indignation de l'Occident peut aurait dû s'élever pour créer à Alexandre un danger 2 fait mourir immédiat? « Il aurait, dit ailleurs Panvinio

I

calculer le

j

,

cardinaux et prélats qui vivaient encore, afin

les riches

d'hériter de leurs dépouilles,

milieu des grands projets

son

fils.

»

s'il

n'avait pas été enlevé

qu'il faisait

Et qu'aurait fait César

mort de son père,

il

si,

pour

au

l'avenir

moment de

au de la

n'avait pas été mourant lui-même?

Quel étrange conclave eût été ce collège de cardinaux savamment épuré par le poison, qui aurait élevé au trône pontifical

César Borgia, armé de tous ses moyens et

n'ayant pas à craindre

la

présence d'une armée française!

L'imagination se perd dans un abîme, dès qu'elle s'arrête sur ces hypothèses.

Au

lieu de ce conclave,

(1503), et,

peu de temps

on

ceux qui élurent Pie III

vit

après, à la

mort

île ce

pape,

JulesII.Laréactionavaitsuivide prèsIafind'ÂlexandreVl. Quelle qu'ait été la conduite privée de Jules H, c'estj la papauté. lui qui est en grande partie le sauveur de

A

force d'éîudicr les faits qui s'étaient passés sous les

pontifes qui avaient succédé h son oncle Sixte IV, avait reconnu

les véritables

ditions de l'autorité pontificale 1

ANSHELM, Chronique de Berne,

3

-,

III,

p. 579, 584, 586. PANVIN., Contln. Plalinœ, p. 341,

Annales Hirsaug.,

t. II,

il

bases et les véritables con-j il

organisa son pouvo'd

p. 146 à

156.

TritheM.


CHAPITRE

-

X.

LA PAPAUTÉ ET SES DANGERS.

149

d'après les principes que lui avait révélés l'histoire des derniers temps, et il consacra toute l'énergie et toute la

passion de son

âme indomptable

domination.

est vrai

Il

fical fut l'objet

ne donna pas

à asseoir solidement sa

que son élection au trône ponti-

de négociations équivoques; mais

tionnée par l'approbation générale,

avènement,

le

trafic

tiques cessa tout à

des fait.

et, à partir

de son

grandes dignités ecclésiasJules

des favoris

avait

n'étaient pas toujours dignes de sa faveur; mais, par

bonheur tisme I

elle

lieu à des actes de simonie, elle fut sanc-

singulier,

il

ne connut pas

la

plaie

qui

un

du népo-

son frère Jean délia Rovere

:

était le mari de sœur du dernier Montefeltro, Guide ce mariage était né (1491) un fils, Fran-

héritière d'Urbin,

dobaldo, et

çois-Marie délia Rovere, qui était en légitime

tier

Toutes

les

ou par

la

du duché dUrbin

et

même temps

héri-

neveu du Pape.

conquêtes que JulesII fit par voie diplomatique guerre,

Saint-Siège et

non

il

mit son orgueil à

à sa famille

;

les

donner au

aussi laissait-il à sa

mort

États de l'Église, qu'il avait trouvés eu pleine disso-

les

lution, entièrement soumis et agrandis de

Plaisance. Si cela n'avait tenu qu'à

lui,

Parme

et

de

Ferrare aussi eût été

incorporée au domaine de l'Église. Les 70o,000 ducats

constamment dans

qu'il avait

le

château Saint-Ange ne

devaient être livrés par le gouverneur qu'au futur pape. recueillit sans scrupule les successions des

II

cardinaux

même de tous les ecclésiastiques qui moururent à Rome sous son pontificat \ mais il n'en fit périr aucun

et

par

le fer

mais 1

il

ou par

n'a

le

poison.

pu échapper

Il

a lui-même fait la guerre;

à cette nécessité, et

il

s'en est

De là cette pompe que les prélats déployaient dans les tombeaux qu'ils se faisaient élever de leur vivant; c'était un moyen de dérober aux papes au moins une partie de leurs dépouilles.


150

L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME. trouvé à une époque où

d'ailleurs bien

enclume ou marteau, et où puissante que

le

droit le moins contesté. Mais

sa devise ambitieuse il

:

«

Il

peut-être

si,

malgré

la

domination

ce fait pouvait paraître indifférent,

Italie,

même

être

Barbares»,

faut chasser les

contribua plus que tout autre à assurer

espagnole en

fallait

il

personnalité était plus

la

avantageux pour

le Saint-Siège.

L'Église

ne pouvait-elle pas s'attendre à être respectée par pendant l'Espagne plus que par toute autre puissance que les princes italiens ne nourrissaient peut-être à sou égard que des projets coupables? Quoi

qu'il

en

soit, cet

d'une si puissante originalité, qui ne savait ni

homme

dissimuler sa colère ni cacher ses sympathies, faisait en

somme d'un

un

l'impression,

« Pontefîce

concile à

éminemment

tembile

Rome

favorable à sa cause,

put même se risquer à réunir

». 11

et faire taire ainsi toute l'opposition

grands

A un

européenne qui réclamait un concile

à

souverain de cette trempe

un symbole gran-

de son caractère

diose Jules

II le

trouva dans

la

et

il

fallait

de ses idées; ce symbole,

construction du

dôme de

Pierre; l'ordonnance de cet édifice, telle

Bramante,

est peut-être la plus

de

dans

l'unité

même

dans

la

intérêt de rappeler que

la

perpétuel souvenir et, il

n'est pas sans

poésie latine trouva, pour

des accents autrement inspirés que ceux

qu'elle avait fait entendre seurs.

Saint-

la voulait

puissance en général. Mais on voit,

les autres arts, le

.Iules II,

que

magnifique expression

pour ainsi dire, l'image de ce Pape, et chanter

cris.

Son entrée

à

en l'honneur de

Bologne

,

à la fin

ses prédéces-

de

1'

Iter

Julii

Malgré l'assertion de Giovio ( Vtta Alphonsi Ducis), il est fort ait réellement espéré que Ferdinand le Catholique se laisserait décider par lui à rétablir sur le trône de Naples avait été la branche secondaire de la maison d'Aragon, qui en 1

heureux que Jules

chassée.


CHAPITRE

-

X.

LA PAPAUTÉ ET SES DANGERS.

151

Secundi, par le cardinal Adrien de Corneto, est décrite

dans un style magnifique,

que

élégies

dans une des plus belles

et,

l'on puisse lire

Jean-Antoine Flaminio a

»,

appelé la protection du pontife patriote sur l'Italie.

Par un décret draconien Latran, Jules

pour

II

2 ,

rendu par son concile de

défendu

avait

recours à

le

les élections pontificales. Après sa

cardinaux,

poussés par

la

mort

(1513), les

cupidité, voulurent

cette défense et proposèrent de décréter en

que

les

bénéfices

et

les

simonie

la

éluder

commun

charges du Pontife à élire

seraient partagés également entre eux; par suite,

auraient donné la tiare au cardinal bénéfices

3

l'incapable Raphaël Riario)

ils

plus riche en

le

.

Mais l'oppo-

membres du Sacré Collège, qui un pape libéral, fit échouer cette

sition des plus jeunes

voulaient avant tout triste

combinaison

:

on

choisit

Jean de Médicis,

le

fameux Léon X. Nous retrouverons ce pontife chaque question de

la

grandeur de la Renaissance en ce moment, ;

nous nous bornons à rappeler que sous

une

fut encore

fois qu'il sera

fois

rieurs et extérieurs.

lui le

Saint-Siège

exposé à de grands dangers intéIl

ne faut pas compter parmi ces

1 P. ex., les deux poëmes qui se trouvent dans Roscoe, Leone X, ed. Bossi, IV, 257 et 297. A sa mort, la Cronaca di Cremona dit : Quale fut grande danno per la Italia, perché era homo che non voleva tramonlani in Italia et kaveva cazato Francesi, et l'animo era di cazar le altri.

Sans doute lorsqu'au mois (1876), I, p. 217. eut une syncope qui dura plus d'une heure, au le crut mort, les têtes les plus turbulentes des premières familles, Pompeo Colonna, Aniino savelli entre autres, osèrent appeler le « peuple » au Capitole et l'exciter à secouer le joug pontifical a vendicarsi in liberlà... a publica ribellione, comme le raconte Guicbardin dans le livre X. Comp. aussi Paul Jove, dans la Viia Pompeji Columnœ, et, pour les détails, Gregorovius, VIII, Bibl.

hist.

ital.

d'août 1511 point qu'on

il

p. 71-75.

*Seplimo *

décrétai., L, I, tit. 3,

Franc. Vettori, dans Areh,

cap. sior.,

i

à ni.

append. IV, 297.


L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME.

152

dangers nelli

conspiration des cardinaux Pelrucci, Bandi-

la

de Saulis, Riario, Sodeiiniet Corneto (1517), parce

qu'elle

ne pouvait avoir pour conséquence qu'un chan-

gement de personne tout au plus; aussi Léon X trouva-t-il remède au mal; il nomma trente-neuf nouveaux

le vrai

cardinaux, et cette extension extraordinaire du Sacré Collège fut bien vue, parce qu'elle récompensait en partie le vrai mérite

Mais rien n'était plus dangereux que certaines voies

dans lesquelles Léon

X

s'engagea pendant

mières années de son pontificat.

Il

tions très-sérieuses dans le but de

Julien le

royaume de Naples

grand royaume de Haute la

et à

Italie,

deux pre-

donner

à

son frère

son neveu Laurent un

qui aurait compris Milan, s

Toscane, Urbin et Ferrare

les

entama des négocia-

.

Il

est évident

que

les

États de l'Église, ainsi encadrés, seraient devenus un

apanage des Médicis, besoin de

et

qu'on n'aurait

même

plus eu

les séculariser.

Les événements politiques firent échouer ce projet; Julien mourut de

Laurent, Léon

X

bonne heure

(1516); afin de pourvoir

entreprit de chasser

François-Marie délia Rovere.

11

le

duc d'Urbin,

par cette guerre

s'attira

des haines violentes, s'appauvrit pour soutenir et fut obligé, à la

mort de Laurent

l'Eglise ce qu'il avait conquis

1 D'après Ziegler, Amœnit. hist. eccl., II,

Historia

(1519), de

la lutte,

donner

à

au prix de tant de sacri-

démentis

VII,

dans Schemorn,

302, elle lui aurait, de plus, rapporté 500,000 florins d'or; l'Ordre des Franciscains, dont le général,

Christophe Numalio, devint aussi cardinal, en paya 30,000 a lui on trouve le détail des sommes versées par les intéressés dans Senuto, vol. XXIV, fol. 227; pour l'ensemble, compar. Gregorovius, VIII, p 214 ss. 9 Franc. Vettori, p. 301. Arch. $tor., append. I, p. 293 ss. Roscoe, Leone X, ed. Bossi, VI, p. 232 ss. Tommaso Gar, seul;

p. 42.


CHAPITRE fices»;

il

fit

X.

-

LA PAPAUTÉ ET SES DANGERS.

sans gloire et malgré lui

l'aurait immortalisé

si elle

153

une cession qui

avait été volontaire. Les entre-

prises plus ou moins heureuses qu'il dirigea

ensuite,

en négociant tour à tour avec CharlesQuint et François 1", contre Alphonse de Ferrare, contre quelques petits tyrans et quelques condottieri, n'étaient soit seul, soit

pas de nature à sait à

le

grandir beaucoup. Et tout cela se pas-

une époque où

souverains de l'Occident s'habi-

les

tuaient davantage, d'année en année, à jouer des parties colossales dont l'enjeu était toujours telle ou telle portion

du

territoire italien

avoir,

». Oui pouvait répondre qu'après dans les derniers temps, considérablement agrandi

leur puissance à l'intérieur,

ils

ne tourneraient pas leurs

X vit encore le prélude de ce qui devait s'accomplir en 1527; vers ta fin de l'année 1520, quelques bandes d'infanterie espagnole vues vers

les États

de l'Église? Léon

franchirent de leur propre mouvement, tière des États

Pape

le

»

paraît-il, la fron-

du Saint-Siège, simplement pour rançonner

mais se firent repousser par les troupes ponen présence de la corruption dont

tificales. I>e plus,

l'autorité donnait

l'exemple, l'opinion publique s'était

éclairée plus rapidement qu'autrefois, et des clairvoyants, tels que le jeune Pic de la

hommes

Mirandole

»

Amosto,

Sat., VI, v. 106.

Tutti morrete,

*,

ed è fatal che nuoja Leone

Dans les satires III et vu, l'Arioste s'est moqué des intrigues des anciens et des nouveaux clients à la cour de Léon X en général. On trouve une combinaison de ce genre dans une dépêche du cardinal Bibiena, envoyée de Paris, le 21 décembre 1518: voir

appresso.

Leitere de' principi (Venise, 1581), 8

Franc. Vettori,

I,

65.

p. 333.

*Lors du concile de Latran

(1512), Pic écrivit un discours s Concilium Lateranense de reformandi* Ecdesiœ moribus (ed. Haguenau, 1512; réimprimé souvent dans les ouvrages spéciaux et dans d'autres). Le discours est dédié à Pickheimer; il lui fut envoyé une seconde fois en 1517. Compar. J.

1<.

F. oratjo ad Leonem

Vir. doc. epist. ad.

X

et

PircM., ed. Freytag, Leipz., 1838, p.

8.

Tic craint


L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME.

154

demandaient à grands valle avait

cris

des réformes. Dans l'inter-

paru Luther.

y eut bien quelques grand mouvement du réformes timides; mais, en face qui se produisait en Allemagne, elles étaient insuffisantes. Adrien ne pouvait guère faire autre chose que Sous Adrien VI (1522-1523),

tonner contre le

le

népotisme,

la

corruption du jour, contre

l'incurie

gaspillage, le

il

chez

les

la

fonctionnaires,

simonie, le

banditisme et l'immoralité;

cumul,

la

mort

l'empêcha de rendre des édits sévères. Le luthéranisme lui-même ne semblait pas le danger le plus redoutable;

un observateur de Venise, célèbre par son lamo Negro, pressent pour

Rome

esprit,

Giro-

des malheurs prochains

et terribles

Sous Clément VII,

l'horizon

de

la

ville

éternelle

s'obscurcit; des vapeurs sinistres s'élèvent, pareilles à ce voile livide

dont

le

sirocco couvre parfois

rendent souvent l'arrière-saison

si

le

funeste à

pays et qui la

campagne

romaine. Le Pape est détesté partout; pendant que les a ermites esprits sérieux continuent d'être inquiets , des que sous Léon X te

le

mal ne triomphe positivement du bien,

et in

parari. hélium a nostrœ religionis hostibus ante audias geri quant rai« Lettere de principi, I, Rome, 17 mars 1523. « Pour bien des

Dieu veuille sons, l'existence de cet État ne tient plus qu'à un fil; que nous ne soyons pas bientôt obligés de fuir à Avignon ou jusqu'aux confins de l'Océan. Je vois que la chute de cette monarchie secours, c'en spirituelle est imminente... Si Dieu ne vient à notre nous. » Adrien a-t-il été empoisonné ou non? c'est ce est fait de

pas possible de conclure positivement de l'ouvrage de SS.); Blas Ortiz, Itinerar. Hadriani (BAXUZ. Miscell, ed- Mansi,I,p. 286 qui ont l'opinion publique le croyait. Les différentes versions couru sur la mort d'Adrien ont été réunies par H. Baueu Adrien VI, portrait de l'époque de la Ré/orme. Heidelberg, 1876, qu'il n'est

,

p. 150

SS.

Negro, sur le 24 oct. (ou plutôt sept.), le 9 nov. 1526, le 11 avril 1527. Sans doute il avait aussi ses flatteurs et ses admirateurs. Le dialogue de Petrus Alcyonus, De exilio, le glorifie peu de temps avant son avènement au pontificat. s


CHAPITRE

X.

LA PAPAUTÉ ET SES DANGERS.

viennent prédire dans

du monde

;

ils

les

nomment

rues la ruine de

le

l'Italie

et la fin

pape Clément l'Antéchrist 4

faction des Colonna relève insolemment la tête table cardinal

155

Pompée Colonna, dont

la

;

;

la

l'intrai-

seule présence

3

est une menace perpétuelle pour la papauté, ose tenter un coup de main sur Rome (1526), dans l'espérance de

devenir pape avec

le

secours de Charles-Quint, dès que

Clément sera mort ou prisonnier. dans

le

Celui-ci put se réfugier

château Saint-Ange; mais

plus heureuse

pour

cela

;

Rome

n'en fut pas

quant au sort qui devait

lui être

réservé à lui-même, on peut l'appeler pire que la mort.

Par une

série

de perfidies de tout genre, de perfidies

qui ne sont permises qu'aux forts et qui sont funestes

aux

faibles,

Clément provoqua l'approche de l'armée

his-

pano-allemande commandée par Bourbon et par Fronds-

berg

(1527). Il est certain

3

que

le

Quint avait voulu frapper un coup pouvait prévoir jusqu'où iraient qu'il

les

cabinet de Charlesterrible, et qu'il

ne

excès de ces hordes

ne payait pas. Les Allemands n'auraient pas con-

senti à servir à qu'ils allaient

peu près gratuitement,

s'ils

n'avaient su

marcher contre Rome. Peut-être

existe-t-il

des ordres écrits de Charles-Quint au duc de Bourbon,

même

des ordres relativement modérés; mais de pareils

documents ne sauraient modifier rien. C'est

un pur hasard que

le

le

jugement de

Pape

l'histo-

et les cardinaux

n'aient pas été égorgés par les soudards de l'Empereur

Roi Très-Catholique.

et

S'ils

avaient péri, nul sophisme

au monde ne pourrait établir l'innocence de ce prince. Le massacre d'une foule innombrable de gens de moindre condition, les contributions énormes arrachées aux sur1

8 *

Varchi, Stor.Jiorent., I, 43, 46 SS. Paul Jovius, Vila Pomp. Columnœ. RANKE, Histoire d'Allemagne (4 e édit. et

SS.),

H, 262 SS.


L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME.

156

vivants par

que

la

torture donnent une idée assez nette de ce

de Charles-Quint pouvaient se permettre

les soldats

au sacco

di

Roma

Le Pape avait encore une

cherché un refuge dans

fois

château Saint-Ange; après

le

sommes immenses, Charles duire à Naples, et

si

lui

avoir extorqué des

con-

voulait, dil-on, le faire

Clément

s'est enfuit

à Orvieto,

il l'a

sans doute à l'insu des Espagnols et malgré eux*.

fait

Charles a-t-il songé un

de

moment

à séculariser les États

l'Église (ce qui n'aurait gurpris

laissé

personne)

?

S'est-il

réellement détourner de cette idée par les repré-

sentations de Henri Vlll d'Angleterre? Ce sont

des

questions qu'on n'arrivera sans doute jamais à éclaircir.

Mais

si

de pareils projets existaient,

Un

bien vite abandonnés.

de

la dévastation

fait

de Rome,

c'est celui

tion à la fois spirituelle et temporelle.

jour,

Sadolet

malheurs,

du

3

écrit-il,

Ciel, si ces

dans

pressent

la voie

cette

ont désarmé

ils

ont dû être

considérable va sortir

d'une restaura-

Dès

premier

le

révolution.

«

colère et

la

la

Si

nos

rigueur

châtiments terribles nous font rentrer

des bonnes

situation sera peut-être

mœurs moins

et des sages lois,

cruelle. Dieu

défendra

ses droits; quant à nous, nous avons à devenir leurs; ayons-eu le désir, et

nous en aurons

la

notre

meil-

force; que

toutes nos actions, que toutes nos pensées n'aient qu'un but, notre relèvement; cherchons en Dieu le véritable éclat de la dignité sacerdotale, notre vraie

notre vraie puissance.

A 1

Varchi,

Stor. forent., Il,

et

»

partir de cette crise

2 Ibid.,

grandeur

de 1&27, des voix sérieuses

43 SS.

p. 278, note 1, et III, p. 6 ss. On croyait que Charles transférerait sa résidence à Rome. 3 Sa lettre au Pape, datée de Carpentras, 1 er sept. 1527, dans les Anecdolu Utl. r lV t p. 335. et

Ranke,

Hist. d'âllem., II,


CHAPITRE

X.

LA PAPAUTÉ ET SES DANGERS.

purent de nouveau se

157

Rome avait trop même sous un

faire entendre.

souffert pour pouvoir jamais redevenir,

Paul

III, la

Dès que

Rome la

brillante et

corrompue de Léon X*

papauté fut tombée dans cet abîme de

malheurs, des sympathies moitié politiques, moitié gieuses se déclarèrent pour

admettre que

l'un d'entre

du Pape;

aussi le désir

conclure

le

moyen

elle.

eux

se fît le geôlier officiel

de délivrer

le

Pontife leur

fit-il

d'Amiens (18 août 1527). C'était un

traité

d'exploiter le caractère odieux des excès

parles troupes impériales. En se trouvait,

reli-

Les rois ne pouvaient

même temps

commis

l'Empereur

en Espagne même, dans un grand embarras

ses prélats et ses

grands ne cessaient de

lui faire

circonstance les représenlations les plus sérieuses. était question faire

Il

d'une grande manifestation que devaient

des ecclésia tiques et des laïques vêtus d'habits de

deuil; Charles eut peur qu'il n'en résultât

ment dangereux comme qui avait

réprimé

été

le

n'aurait pas

quelques

années

avec

lui.

Car

le

il

le

Pape, mais

de toute politique extérieure,

faite

une impérieuse nécessité lier

auparavant;

Non-seulement

pu continuer de maltraiter

encore, abstraction

un mouve-

soulèvement des communes,

aussi la manifestation fut-elle interdite il

:

en toute

lui

commandait de

se réconci-

Saint-Siège, qui avait tant à se plaindre de

voulait aussi peu s'appuyer sur les sentiments

de l'Allemagne, qui l'auniient entraîné dans une autre voie, que sur la révolution religieuse dont l'Allemagne était le théâtre.

Du

reste,

observer un Vénitien, que

de 1

Rome

ait

il

le

est possible,

comme

pesé à sa conscience S et que ce motif

Lettere de' principi,

I,

72. C~Stîg1ione

Tommaso

GiR,

ait

au Pape, Burtfos, 10 déc.

1527. 3

le fait

souvenir de la dévastation

Relai. delta corte di Ftoma,

I,

299.


L'ÉTAT AU POINT DE

158

la réconciliation,

hâté

VUE DU MÉCANISME.

qui dut être scellée par

mission définitive des Florentins à

la

famille des

la

sou-

Médi-

cis,

à laquelle appartenait le Pape. Le nouveau duc, qui

est

en

même temps neveu du

Médicis, épouse la

Dans

fille

Charles continua de dominer le Saint-

la suite,

Siège par l'idée d'un concile;

mer

et le protéger.

à ce

Pontife, Alexandre de

naturelle de l'Empereur.

il

pouvait à

Quant au danger de

danger intérieur que

la fois l'oppri-

la sécularisation,

Papes et leurs neveux

les

eux-mêmes avaient créé, il était écarté pour des siècles par la Réforme d'Allemagne. De même que celle-ci avait seule rendu possible et heureuse la campagne dirigée contre

Rome

(1527), de

même

papauté à

elle força la

redevenir l'expression d'une puissance toute spirituelle

en se mettant à

la tête

velles doctrines et

l'avaient

fait

de tous

les adversaires

en sortant de

« l'état

des nou-

d'abaissement

tomber des préoccupations d'ordre

purement matériel ». Ce qui va surgir dans les dernières années de Clément VII, sous Paul III, Paul IV et leurs successeurs, au milieu de la défection de la moitié de

l'Europe, c'est une hiérarchie toute nouvelle, entière-

ment régénérée, qui

évitera les dangers et les scandales

particulièrement

intérieurs,

d'accord avec

les

népotisme

le

qui,

ne travaillera qu'à

les intérêts

regagner ce

qu'elle a perdu. Elle n'existe et le

et

princes catholiques, animée d'un zèle

ardent pour

prend que par

»,

de

l'Église,

contraste qu'elle

fait

ne se com-

avec les apostats.

Dans ce sens on peut dire vraiment que, sous le rapport moral, la papauté a été sauvée par ses ennemis mortels.

Quant à

sa situation politique, elle se fortifia

sous la surveillance permanente de l'Espagne,

1

il

Les Farnçse réussirent encore à abaisser les Caraffa.

aussi

est vrai,


CHAPITRE

X.

-

LA PAPAUTÉ ET SES DANGERS.

et finit par défier toutes ies attaques;

attendre l'extinction de ses vassaux (de

time de

la

maison d'Esté et de

elle la

159

n'eut qu'à

branche légi-

la famille délia

Rovera)

pour hériter des duchés de Ferrare et d'Urbin. Sans Réforme, au contraire,

si

immense comme n'ayant pas que

les États

l'on

peut concevoir ce

existé,

il

est

la

fait

probable

de l'Église auraient passé tout entiers ec

des mains laïques bien plus tôt que nous ne l'ayons vu.


CONCLUSION l'italie des patriotes

Nous

allons

examiner brièvement politique

situation

cette

le

contre-coup de

sur l'esprit de la nation en

général. L'état d'incertitude politique

dans lequel

trouvée au quatorzième et au quinzième

l'Italie

s'est

siècle a

pro-

voqué naturellement l'élan du patriotisme et l'idée de la résistance dans les cœurs généreux. Déjà Dante et Pétrarque proclament hautement la nécessité de l'unité 1

italienne et disent à ce but.

que

la

que tous

les efforts

doivent tendre

objecte bien qu'il ne faut voir dans ce fait

On

manifestation des aspirations généreuses de quelque la masse de la nation était

ques esprits d'élite, et

étrangère à ces idées; mais qu'on se rappelle que l'Allemagne rêvait, elle aussi, l'unité réelle, bien qu'elle eût

un souverain reconnu, l'Empel'Allereur. La première voix qui s'élève pour glorifier magne une et forte (à part quelques vers des Minnedéjà l'unité nominale et

saenger),

Maximilien 1

c'est I

er

des

celle

*; elle

humanistes

apparaît souvent

du temps

comme un

de

écho 40,

p. Petiurca, Epist.fam., I, 1, ed. Fracassetti (1859), vol. Ensuite : Apologia conira il remercie Dieu d'être né Italien. I,

ed. Ba$., 1581, cuiusdam anonymi Galli calumnias, de l'année 1367. Op. Geiger, Pétrarque, p. 129-145.) : L. etc., parler surtout des écrits de Wimpheling, Bebel,

p. 1068 ss. (Pour l'ensemble

Me

veux


CONCLUSION.

L'ITALIE DES PATRIOTES.

comme une

des déclamations italiennes ou attaques dirigées par

l'Italie

contre

la

161

réponse aux

minorité intel-

lectuelle de l'Allemagne.

connu

de

l'unité

Et pourtant l'Allemagne avait bien plus tôt que l'Italie, morcelée

fait

depuis l'époque des Romains. C'est à ses longues luttes contre l'Angleterre que

ment de son pas pu, à

France doit surtout

longue, absorber

la

pourtant de

la

le,

senti-

unité nationale; quant à l'Espagne, elle n'a

si

grandes

le

Portugal, qui avait

avec

affinités

elle.

Pour

l'Italie,

l'existence et les conditions vitales des États de l'Église

étaient

un obstacle

Si parfois,

dans

les

peu près insurmontable

à

à l'unité.

relations politiques du quinzième

on parle avec emphase de la patrie commune, on ne veut généralement que blesser l'amour-propre d'un autre État également italien l La première partie du siècle,

.

seizième siècle, c'est-à-dire l'époque où a jeté le plus vif éclat, n'était

pement du patriotisme

:

la

ou

le reléguaient

Renaissance

soif des jouissances intel-

la

lectuelles et artistiques, l'amour

de

la

pas favorable au dévelop-

personnalité étouffaient

du

le

plaisir,

l'importance

sentiment patriotique

au second plan. C'est seulement à

titre

d'exception que des voix généreuses se font entendre à cette époque; ce n'est

réunis dans

que plus tard que retentissent

1" vol. de Schardius, Scriptores rerum Germanicarum dans le 3 vol. du Recueil de Freher-Struvj? (Strasbourg, 1717). Compar. aussi plus haut, p. 23, note 3. il faut y ajouter des ouvrages antérieurs, tels que celui de Félix FABER, Historia Suevorum, libri duo, dans GOLDAST, Scriptores rer. Suev., 1605, et des ouvrages postérieurs, tels que celui d'iRENicus, Exegesis Germanice (llaguenau, 1518). Sur ce dernier livre et sur l'histoire patriotique de l'Allemagne de ce temps en général, compar. plusieurs travaux d'A. Horawitz, Rcvuehistoriq.,t. XXXIII, p. 118, note 1. 1 Citons un exemple seulement la réponse du doge de Venise à un agent florentin relativement à Pise (1196), dans Mamimero, (Basel,

le

157-1),

et

!

:

Ann. ventti, Arch. Stor., VII,

i,

p. 427.


L'ÉTAT AU POINT DE VUE DU MÉCANISME.

162

de pressants, de douloureux appels au sentiment national

;

mais

il

n'était plus

gnols avaient envahi s'étaient

le

temps

:

les

Français et les Espa-

pays, et les troupes allemandes

emparées de Rome.

On

peut dire du patrio-

tisme local qu'il représente ce sentiment sans le placer.

rem-


DEUXIÈME PARTIE DÉVELOPPEMENT DE L'INDIVIDU

CHAPITRE PREMIER l'état italien et l'individu L'organisation de ces États, qu'ils soient républicains est la cause principale, sinon unique, du

ou despotiques,

précoce développement de surtout qu'il est devenu un

grâce à

elle qu'il a été l'aîné

Au moyen âge

les

deux

l'Italien; c'est

grâce à

homme moderne. des

fils

elle

C'est encore

de l'Europe actuelle.

faces de la conscience, la face

objective et la face subjective, étaient en quelque sorte voilées; la vie intellectuelle ressemblait à un demi-rêve, Le voile qui enveloppait les esprits était un tissu de foi et de préjugés, d'ignorance et d'illusions il faisait ; apparaître

monde

le

à

et l'histoire sous des couleurs bizarres;

l'homme,

il

ne se connaissait que

parti, corporation, famille,

générale et collective.

comme

quant

race, peuple,

ou sous toute autre forme

C'est l'Italie

déchire ce voile et qui donne

le

qui, la première,

signal de l'étude objec-

de l'État et de toutes les choses de ce monde; mais à côté de cette manière de considérer les objets se dévetive


DÉVELOPPEMENT DE

164

L'INDIVIDU.

loppe l'étude subjective; l'homme devient individu* spirituel, et il a conscience de ce nouvel état. Tel on avait

Grec s'élever en face du monde barbare, l'Arabe en face des autres races asiatiques. Il ne sera pas qui a difficile de prouver que c'est la situation politique

vu

jadis le

eu

plus grande part à cette transformation.

la

Même

en

trouve parfois

un degré inconnu

Italie

la

dans

dixième siècle

1) et les

Mais à

la fin

Nord. Nous voyons les

du

les faits et gestes,

Grégoire VII (comp. p.

de

des

hardis aventuriers

dont Liudprand raconte

contemporains

note

personnalité développée à

le

figures remarquables parmi

les

on

beaucoup antérieures,

à des époques de

191,

adversaires des premiers Hohenstaufen.

du treizième

siècle l'Italie

miller de personnalités marquantes

;

commence

le

à four-

charme qui avait

pesé sur l'individualisme est entièrement rompu; les grandes figures se multiplient. Le vaste poëme de

Dante aurait été impossible dans tout autre pays par la raison que, partout, le préjugé de la race régnait encore en maître; pour

l'Italie le

poëte est devenu

le

héraut

le

plus national de son temps, grâce au développement extraordinaire de l'élément individuel. Nous aurons à

exposer dans des chapitres spéciaux ce que l'esprit humain a produit dans le domaine de la littérature et des arts; nous réservons une place à pari aux grandes ici figures qui ont surgi en Italie; nous nous bornerons est fait Ce à expliquer le fait psychologique lui-même.

complet

et positif, tel

quatorzième

il

se

siècle, l'Italie

ne

montre dans sait

l'histoire

guère ce que

c'est

;

au

que

peur la fausse modestie et l'hypocrisie; personne n'a

de

remarquer les expressions uomo singolare, uomo umeo, employées pour désigner un degré supérieur et l'apogée de la 1

II

faut

culture individuelle.


— L'ÉTAT

CHAPITRE PREMIER.

se faire remarquer, d'être et

ITALIEN ET L'INDIVIDU. 166

de paraître

1

autre que le

commun des hommes 4 Comme nous l'avons .

vu, la tyrannie commence par développer au plus haut degré l'individualité du souverain, du condottiere lui-môme; ensuite elle développe

du

celle

talent qu'il protège,

mais aussi

qu'il exploite

sans ménagement, du secrétaire, du fonctionnaire, du poëte, du familier. L'esprit de ces gens apprend forcé-

ment

à

connaître toutes ses ressources, celles qui sont

permanentes

comme

celles

du moment; grâce à des

moyens

intellectuels, leur vie s'élève et se concentre

donner

le

pour

plus de valeur possible à ce pouvoir et à

cette influence qu'ils n'exerceront peut-être pas long-

temps.

Même

les sujets n'étaient

mouvement

pas tout à

fait

étrangers au

qui emportait les maîtres. Nous ne ferons

pas entrer en ligne de compte ceux qui passaient leur vie à résister au pouvoir, à conspirer contre lui; nous ne parlerons que de ceux qui se résignaient à être de simples particuliers, à peu près comme la plupart des

habitants des

mahométans.

villes Il

de l'empire byzantin et des États

est certain,

les sujets des Visconti

par exemple, que souvent

ont eu beaucoup de peine à sou-

Vers 1390, il n'y avait plus à Florence une mode dominante pour l'habillement des hommes, parce que chacun cherchait à se singulariser par le costume. Compar. les Canzone de Franco Sac1

.

CHETTi a

A

:

Conlro aile nuove foggie, dans les RlME, Publ. dal. Poggiali,

fin du seizième siècle, Montaigne {Essais, 1. M, ch. v, vol. HT, p. 367 de l'édition de Paris de 1816) établit entre autres le parallèle suivant Us (les Italiens) ont plus communément des belles femmes et moins de laides que nous; mais des rares et excellentes beautés j'estime que nous allons à pair. Et (je) en juge autant des esprits de ceux de la commune façon, ils en ont la

:

:

beaucoup plus

et

évidemment;

la brutalité y est sans comparaison plus rare d'âmes singulières et du plus hault estage, nous ne leur en debvons rien. » :


DÉVELOPPEMENT DE L'INDIVIDU.

166

tenir l'honneur de leur

maison et leur rang personnel, probable que, pour une foule d'entre eux, la servitude a dégradé leur caractère moral. Mais il n'en a pas et

il

est

été de

même

de ce qu'on

nomme

le

caractère individuel,

car c'est précisément l'absence d'influence politique qui

développé avec d'autant plus d'énergie les aspirations des particuliers. La richesse et la culture, en tant qu'elles pouvaient se produire tion, jointes à

et,

par

la

concurrence

une liberté municipale qui ne

et l'émulalaissait

pas

d'être encore considérable, s'étendre à l'existence d'une

Église qui ne se confondait pas avec l'État,

Byzance

et

dans

le

monde de

comme

à

l'islamisme, tous ces élé-

ments réunis favorisaient certainement Péclosion d'idées individuelles, et c'est précisément l'absence des luttes

de

partis qui permettait aux esprits de se développer à l'aise. Il

est bien possible

que

le

simple particulier, indifférent

en matière politique, partagé entre

ses

occupations

sérieuses et ses goûts esthétiques, soit arrivé dans ces

États despotiques du onzième siècle au complet épa-

nouissement de ses facultés avant Etats. Sans doute

citoyens d'autres

les

on ne peut demander à

des documents authentiques

;

les

cet

égard

dont on

nouvellistes

pourrait attendre quelques indications mettent souvent

en scène des

vue que

hommes

l'intérêt

etxraordinaires mais ils n'ont en que ces personnages peuvent répandre ;

sur l'histoire qu'ils veulent raconter; de plus,

la scène des événements qu'ils imaginent se passe principalement

dans des

villes

républicaines.

D'autres causes favorisaient dans ces villes

loppement du caractère individuel. Plus

les

le

déve-

partis se

succédaient vite au pouvoir, plus l'individu avait de raisons pour concentrer toutes ses facultés dans l'exercice et

dans

la

jouissance de la domination. C'est là ce qui


CHAPITRE PREMIER.

donne, surtout dans

L'ÉTAT ITALIEN ET L'INDIVIDU. 167

l'histoire florentine

d'État et aux tribuns

celle

du monde

,

aux hommes

du peuple un caractère

sonnel; à peine trouve-t-on, à reste

!

titre

si

per-

d'exception, dans

d'alors, des figures originales

le

comme

d'un Jacques d'Arteveldt.

Les membres des partis vaincus étaient souvent dans

une

situation semblable à celle des sujets des États des-

potiques; seulement

la

liberté

ou

le

pouvoir dont

ils

avaient joui, peut-être aussi l'espérance de retrouver l'une ou l'autre, contribuait-elle davantage à développer

leur idéalisme.

C'est

précisément parmi ces

hommes

condamnés à l'inaction qu'on trouve, par exemple, un Agnolo Pandolfini (-{- 1446), dont le livre De l'intérieur d'une maison* est le premier

programme d'une

existence

privée parfaitement comprise. L'énuméraliondes devoirs à remplir

des

par l'individu en présence de l'incertitude et

difficultés

de

la

situation politique

*

est

dans «on

genre un véritable monument de l'époque. 1 Et aussi dans celle des femmes, comme on le remarque dans la maison Sforza et dans différentes familles de souverains de la haute Italie. Compar. dans l'ouvrage de Jacques-Phil. Bergomen-

SIS Deplurimis claris selectisque mulieribus, Ferrare, 1497, les biographies de Battista de Malatesta, de Paola de Gonzague, de Bonne Lombarda, de Richarde d'Esté et des femmes les plus marquantes de la famille des Sforza, Béatrix entre autres. On trouve dans le nombre plus d'une virago, et l'on voit souvent le développement individuel complété par la haute culture. (Comp. plus bas, 187, :

p.

note 1, et la cinquième partie.) 2 Franco Sacchetti, dans son Capitolo (Rime, publ. dal Pogciali, p. 56), compte vers 1390 plus de cent noms de gens considérables des partis dominants, qui étaient morts de son temps. Quelques médiocrités qu'il pût y avoir dans le nombre, il n'en est pas moins vrai que l'ensemble est une preuve sérieuse du réveil de l'individualité. Sur les « Vite . de Philippe Villani, voir plus bas. 3 Trattato del governo délia famiglia, forme une partie de l'ouvrage : La cura délia famiglia. {Opère volgari di Léon Batl. ALBERTi, publ. da Anicio Bonucci, Flor., 1844, t. II.) Compar. ibid., vol., I, p. 30-40: vol. H, p. 35 ss., et vol. v, p. 1-227. Autrefois on attribuait généralement cet écrit à Agnolo Pandolfini 1446); comp. Vespas. Fio-

(f


DÉVELOPPEMENT DE L'INDIVIDU.

168

Enfin

use l'homme ou bien

l'exil

à leur plus haute puissance.

«

il

élève ses facultés

Dans nos

villes si

popu-

Pontanus \ nous voyons une foule de gens qui ont quitté volontairement leur patrie; on leuses, dit Jovianus

soi ses qualités et ses vertus.

emporte partout avec

effet, ce n'étaient pas seulement des s'étaient expatriés

»

En

condamnés qui

des milliers d'individus avaient aban-

-,

donné volontairement le sol natal, parce que la situation politique ou économique était devenue intolérable. Les Florentins qui avaient émigré à Ferrare, les Lucquois qui étaient

Venise, etc., formaient des

allés s'établir à

colonies entières.

Le cosmopolitisme qui

développe chez

se

les exilés les

plus heureusement doués est un des degrés les plus élevés

Gomme

de l'individualisme. (p. 96),

nous l'avons

dit plus

Dante trouve une nouvelle patrie dans

et dans la culture intellectuelle de l'Italie

plus loin quand

général

*! »

il

dit

:

humiliantes,

répondit

«

lumière du

partout sur

Ma

Ne

puis-je

soleil et

lui

de revenir

grandes

Ne

obscur et

même

à

vérités,

couvert

va

même

monde en

Florence,

partout

il

la

puis-je pas méditer

paraître devant le peuple et devant

homme

il

haut

langue

permettre, à des

pas contempler

des astres?

les plus

;

patrie est le

— Et quand on voulut

conditions :

«

la

sans pour cela

comme un

la ville

d'ignominie? Je ne

rent., p. 291 ss., 379; mais à la suite de nouvelles recherches de Fr. Palermo (Florence, 1871), il a été prouvé que c'est Alberti qui en est l'auteur. Cet ouvrage a toujours été cité d'après l'édition Torino, Pomba, 1828. 1 Tratlalo, p. 65 ss. a Jov. Pontanus, De fortiludine, 1. II, ch. iv, De lolerando exilio. Soixante-dix ans plus tard, Cardan pouvait se demander (De viia Quid est pairia mai couse/mas propria, cap. xxxu) avec amertume tyrannorum mimitorum ad opprimendos imbelles timidot «f qui plerumque :

su nt innoxii?

,


CHAPITRE PREMIER.

même

manquerai

L'ÉTAT ITALIEN ET L'INDIVIDU. 169

pas de pain 1

!

»

C'est avec

un noble

orgueil que les artistes se vantent d'être libres de toute

entrave locale. Ghiberti

2

situdes

de

il

du

même

:

même

De

« 11

fait

il

nulle part;

est citoyen

humaniste réfugié

bon

vivre partout

demeure I,

3 .

même

de toutes les vicis-

à l'élranger dit

où un

homme

in-

»

cap. VI. Sur l'idéal de la langue italienne, des gens instruits, chap. xvill. Voir

intellectuelle

ausd la nostalgie dans du Parad., XXV, 1 SS. 3

Un

vulgari eloquio, lib.

ebap. xvu. L'Unité

2

un étranger

sans amis,

peut affronter et dédaigner toutes

sort. »

struit établit sa

1

n'y a que celui qui a tout appris, dit

qui ne soit

,

sans fortune, les villes;

« Il

le

passage célèbre du Purg., VIII,

Danlis AUujkcrii Epislolœ, ed. Carolus WlTTE, p. 65. Voir à l'appendice n» 1,

1 ss.,

et


CHAPITRE

II

ENTIER DÉVELOPPEMENT DE LA PERSONNALITÉ

Un esprit familiarisé avec lectuelle n'aurait pas

l'histoire

de

la

culture intel-

de peine à suivre pas à pas

difficile

de dire

si

les

hommes

pro-

la

gression toujours croissante de l'individualisme.

Il

est

qui sont arrivés au plein

épanouissement de leurs facultés se Sont nettement proposé pour but

le

développement harmonieux de leur

intelligence; mais ce qui est certain, c'est

étaient parvenus à la perfection relative la faiblesse

dresser

que plusieurs

que comporte

humaine. Si l'on renonce, par exemple, à

un bilan général pour Laurent

le Magnifique, en y faisant figurer sa singulière fortune, ses grandes qualités et son caractère remarquable, que l'on considère

du moins une individualité comme

celle

de l'Arioste,

particulièrement dans ses satires. Dans quelle harmonie n'y voit-on pas se fondre la fierté de

l'homme

et

du

poëte, l'ironie qui s'attaque à ses propres jouissances, la raillerie la plus fine et la bienveillance la plus vraie

Quand cette tendance la personnalité

1

!

à développer au plus haut point

se rencontrait avec

une nature réelle-

1 Le réveil de la personnalité se montre aussi dans l'importance exagérée qu'on attache au développement indépendant, dans la prétention de foroier les esprits sans l'influence des parents et des ascendants. Boccace, De cas. vir. M. (Paris, s. a., fol. XXIX b), rappelle que Socrate est né de parents sans culture, qu'Euripide


CHAPITRE

II.

-

ment puissante s'assimiler

171

un esprit richement doué, capable de en même temps tous les éléments de la cul-

ture d'alors,

Yuomo

DÉVELOPPEMENT DE LA PERSONNALITÉ. et

on voyait surgir

1'

homme

«

universel

»,

universale, qui appartient exclusivement à l'Italie.

Pendant tout

le

hommes

pays des

moyen âge

il

y a eu dans différents

qui possédaient la science universelle,

parce que cette science formait un tout assez restreint; même on trouve jusqu'au douzième siècle des artistes

de

universels, parce

que

les

problèmes de l'architecture

étaient relativement simples et la

peinture et dans

la

homogènes,

sculpture,

la

forme

et que,

dans

était sacrifiée

à l'objet lui-même. Dans l'Italie de la Renaissance, au contraire, nous voyons des artistes qui savent créer et

atteindre à

la perfection dans toutes les branches à la tout en étant extrêmement remarquables comme

fois,

hommes. D'autres sont

universels, en dehors de la pra-

tique de l'art, dans le

domaine

Dante,

qui

même

infini

de son vivant

de l'intelligence.

appelé poêle parles uns, philosophe ou théologien par les autres imprime à tous ses écrits le caractère de sa puissante était

J

,

personnalité; l'autorité de l'écrivain s'impose au lecteur,

même

si l'on fait abstraction des sujets qu'il traite. Quelle force de volonté suppose l'ordonnance magis-

de

trale

la Divine

même de

cette

a guère dans le esprits

lequel

un

il

monde des corps

et dans le

qu'il

n'y

monde des

soit prononcé avec une autorité souveraine, son opinion se résume en quelques mots.

l'art plastique,

son livre est un document précieux,

et némosthène sont issus de parents inconnus, ammos a gignentibus habeamusl 1

fond

le

objet important qu'il n'ait approfondi et sur

ne se

même quand Pour

Comédie! Si l'on considère

œuvre immense, on reconnaît

Boccaccio,

Vitçt

di Dante, p. 16.

et

il

s'écrie

.

Quasi


DÉVELOPPEMENT DE L'INDIVIDU.

172

moins à cause des quelques ligues qu'il a consacrées aux indiartistes de son temps que parce qu'il renferme des cations d'une plus haute portée; bientôt

il

devint aussi

1

une source d'inspiration Le quinzième siècle surtout a été fécond en hommes remarquables par la variété de leurs connaissances et de leurs aptitudes. Il n'y a pas de biographie dont le héros .

ne possède

plus divers. Souvent

les talents les

ciant,

l'homme

naît à

fond

deux langues anciennes;

les plus fils,

les

négo-

le

un savant qui con-

d'État florentin est

les

humanistes

célèbres sont obligés de lui faire, à lui et à ses

des leçons sur la Politique et sur l'Éthique d'Aris-

tote»;

même

les filles

tion la plus variée

;

du

de

la

maison reçoivent

reste, c'est

l'instruc-

principalement dans

ces sphères qu'il faut chercher les premiers exemples de haute culture dans la famille. L'humaniste, de son côté,

mis en demeure d'élargir

est

plus possible le cercle

le

de ses connaissances, attendu que son savoir philologique ne doit pas servir, comme aujourd'hui, à la connaissance objective de l'âge classique, mais qu'il

trouver son application à

la

vie de tous les jours.

se livrant à ses études sur Pline

une collection d'objets

3 ,

par exemple,

d'histoire naturelle;

il

doit

Tout en il

forme

part de

géographie des anciens pour devenir un cosmographe

la

Les anges qu'il peignit sur des tablettes, le jour anniversaire mort de Béatrice (Vita nuova, p. 61), pourraient bien avoir dit été autre chose qu'une fantaisie d'amateur. Lion. Aretino 1

de

la

qu'il dessinait egregiamente et qu'il était

grand amateur de musique.

sur ce qui suit, comp. surtout Vespasiano Fiorenla tino, qui est une source de premier ordre pour l'histoire de culture à Florence au quinzième siècle. Voir p. 359, 379, 401, etc. 2

Sur ce

fait et

Puis la belle et instructive

Vita Jannoctii Manetti (né

en

1396),

par Naldcs Nalmus, dans Murât., XX, p. 529-608. 3 Ce qui suit est emprunté au portrait de Pandolfo Collenuccio par Perticari, dans Roscoe, Leone X, éd. Bossi, III, p, 197 ss., et dans les Opère del Conte Perticari, Mil., 1823, vol. II.


CHAPITRE

moderne

;

IL il

DÉVELOPPEMENT DE LA PERSONNALITÉ.

prend

écrit l'histoire

pour modèles quand

leurs historiens

de son temps,

173

même

s'il s'exprime dans langue vulgaire; traducteur des comédies de Piaule, il

il

la

amené

est

à devenir régisseur lors des représentations

reproduit aussi bien que possible

il

de

la littérature

il

vraiment

esprits

d'examiner en détail

universels.

questions relatives à

les

de

et diplomate.

hommes remarquables on

Mais au-dessus de ces

;

vivantes

fonctionne, quelquefois à son

dam, comme juge, secrétaire quelques

si

antique, imite jusqu'au dialogue

Lucien, et avec tout cela,

briller

formes

les

voit

Avant

la vie et

à

culture d'alors, nous esquisserons le portrait d'un de

la

ces géants intellectuels;

c'est celui

Alberti, qui apparaît au seuil

1404? mort en 1472 l'état

et

ne

Sa biographie

*).

de fragment, ne parle guère de fait

l'histoire

même

de Léon-Baptiste

du quinzième

pas la moindre allusion au

de l'architecture

;

»,

siècle (né

en

qui n'est qu'à

lui comme artiste nom qu'il a dans

nous allons voir ce

qu'il a été

sans cette gloire spéciale.

Dès son enfance, Léon-Baptiste a excellé dans tout ce que les hommes applaudissent. On raconte de lui des tours de force et d'adresse incroyables tait

dans '

:

on

dit qu'il sau-

à pieds joints par-dessus les épaules des gens; que, le

dôme,

Pour ce qui

en Italie,

il

suit,

Stultg.,

lançait

Comp.

J.

une pièce d'argent jusqu'à Burkhàrdt,

1868, surt. p. 41

SS.,

la

Histoire de la Renaissance

et A. Sfringer,

Études sur

de l'art moderne, Bonn, 1867, p. 69-102. Une nouvelle biographie d'Alberti par Hun*. Janitschek est en préparation. 2 Dans Murât., XXV, col. 295 ss., avec traduction en italien dans les Opère volgari di L. B. Alberti, vol. I, p. 39-109, où l'auteur formule et rend probable l'hypothèse que cette vita émane d'Alberti lui-même. Pour plus de détails, voir Vasari, IV, 52 ss. l'histoire

— Mariano

Locini, p. ex., était un amateur universel, il était passé maître dans plusieurs branches à la fois, si l'on peut ajouter foi au portrait qu'en trace Sylvius jflnéas (Opéra, p. 622, Epht., 112).


174

DÉVELOPPEMENT DE L'INDIVIDU.

voûte de

l'édifice, qu'il faisait

lui les

chevaux

les plus

perfection

comme

orateur.

apprit

Il

fougueux

marcheur, la

frémir et trembler sous il

;

voulait arriver à la

comme

cavalier et

musique sans maître,

comme

ce qui

n'em-

pêcha pas ses compositions d'être admirées par des gens

du métier. Sous l'empire de

la nécessité

il

étudia le droit

pendant de longues années, jusqu'à tomber malade d'épuisement

lorsqu'à l'âge de vingt-quatre ans

;

stata

que sa mémoire

pour

les

avait baissé, mais

il

con-

que son aptitude

connaissances exactes restait entière,

s'adonna

il

à l'étude de la physique et des mathématiques, sans pré-

judice des notions pratiques les plus diverses,

car

il

interrogeait les artistes, les savants et les artisans de

De

tout genre sur leurs secrets et sur leurs expériences. plus,

il

même

s'occupait de peinture et de modelage,

et faisait,

de mémoire, des portraits et des bustes frappants surtout l'admiration de ses

de ressemblance. Ce qui

fit

contemporains,

c'est la

mystérieuse chambre optique

dans laquelle

faisait

il

1

apparaître tantôt les astres et la

lune se levant au-dessus de montagnes rocheuses, tantôt

de vastes paysages avec des montagnes

golfes qui se perdaient au loin dans la flottes qui

fendaient la mer, avec des alternatives de

lumière et d'ombre.

Il

accueillait avec joie les créations

d'autrui, et en général toute

beauté

la

cela

des

et

brume, avec des

lui paraissait

une grande

œuvre conforme à

presque divine

activité littéraire

:

*.

la loi

de

Qu'on ajoute à

ses écrits sur l'art

en

L'Andalousien Abul Abbas Kasim îbn Firnas avait fait des semblables; il avait particulièrement essayé vers 880 de construire une machine à voler. Comp. Gayangos, The history of 1

essais the

muhammedan

dynasties in Spain,

427; voir des extraits dans

I,

(Lond., 1840), p. 148

Hammer,

SS., et

425-

Histoire de la littérature arabe,

î,

Introduction, p 51. 3

Quicquid ingenio esset hominum cum quadam effeclum elegantia, prope divinum ducebat.

id


CHAPITRE

II.

— DÉVELOPPEMENT DE

LA PERSONNALITÉ.

175

général offrent au lecteur des points de repère et d'importants témoignages pour l'étude de

la forme à l'époque Renaissance, particulièrement en ce qui concerne l'architecture. Puis viennent des compositions latines

de

la

en prose, des nouvelles, prises

pour des œuvres de

etc.,

dont plusieurs ont été joyeux propos

l'antiquité, de

de table, des élégies, des églogues; d'autre part, un

ouvrage en quatre écrit

en

livres

u

sur l'intérieur de la maison

»,

des traités de morale, de philosophie, d'histoire, des discours, des poésies, même une oraison italien

»,

funèbre en l'honneur de son dieu. Malgré son culte pour langue latine, il écrivit souvent en italien et engagea

la

d'autres auteurs à se servir de cette langue; disciple de la science grecque, il proclama hautement cette idée

que

|sans le christianisme,

le

monde

s'agiterait

une

dans

d'erreur. Ses paroles sérieuses et ses bons mots ont paru assez remarquables pour être recueillis; on en cite des colonnes entières dans la biographie dont

[vallée

*nous savait,

avons parlé. il

le mettait

tous, ainsi

que font

Tout ce

qu'il

avait,

généreusement à

tout ce

qu'il

la disposition

les riches et puissantes

de

natures;

quant à ses plus grandes inventions, il les abandonnait au public sans prétendre à aucune rémunération. Parlons enfin des sentiments les plus intimes de son être.

U s'intéressait à tout, éprouvait pour toutes choses une sympathie profonde, qu'on pourrait presque appeler nerveuse. La vue des beaux arbres ou d'une riche campagne lui arrachait des larmes il admirait les beaux et majestueux vieillards comme « les délices de la » ;

nature

ît

1

ne pouvait

se

lasser de les contempler;

même

des

C'est cet ouvrage (compar. p. 167, note 3) dont une partie, oiirent imprimée à part, a passé longtemps pour être l'œuvre de 'andolnni.


.

DÉVELOPPEMENT DE

176

L'INDIVIDU.

animaux de forme parfaite parlaient qu'ils

avaient

particulièrement

été

à son

cœur parce par

favorisés

la ]

nature; plus d'une fois la vue d'une belle contrée l'a guéri quand il était malade ». Il n'est pas étonnant voyaient en relation aussi intime avec extérieur lui aient attribué le don de prévoir

que ceux qui le

monde

l'avenir.

On

le

prétend

qu'il a prédit

crise sanglante

une

de

Florence la maison d'Esté, ainsi que la destinée réservée à de d'années; nombre et aux papes pendant un certain la sur même il passait pour savoir lire sans se tromper va sans dire qu'une extrême

I

de force de volonté animait toute cette personnalité; il Renaissance, la de hommes même que les plus grands

j

physionomie des gens.

avait

pour devise

Pour l'homme, vouloir, c'est pouvoir.»

Léonard de Vinci

commence

à

Il

est à

celui qui

Alberti ce

couronne

qu'est

l'édifice,

celui

ce

qui

que

maître est à l'amateur. Quel profit pour la science

le si

biographie l'œuvre de Vasari était complétée par une qu'une jamais n'aura On comme celle de Léon-Baptiste! s'appelait^ idée vague de l'immensité de ce génie qui

Léonard de Vinci. une 1 Dans son livre De re œdificatoria, I. VIII, cap. j, se trouve Si modo définition de ce qu'on peut appeler un beau chemin : aridam rupem mare, modo montes, modo lacum Jluentcm fonlesve , modo aut plamtiem, modo nemus vallemque exhibebit.


CHAPITRE LA

GLOIRE

Au développement de

III

MODERNE

l'individu

nouveau genre de signe extérieur

En dehors de société

vivaient

l'Italie,

les

:

correspond aussi un la gloire

moderne

».

différentes classes de la

chacune à part, avec

héréditaires qu'elles avaient conquis au

les

avantages

moyen

âge. La gloire politique des troubadours et des minnes«ngers,

par exemple, n'existe que pour

les chevaliers.

En Italie, au

contraire, toutes les classes sont égales devant la tyrannie ou devant la démocratie; on voit déjà

poindre y une société homogène qui a son point d'appui dans la littérature italienne et latine; faire vie.

il

fallait

germer l'élément nouveau qui

Ajoutez à cela que

les

ce terrain pour

allait

entrer dans

auteurs latins, que l'on

la

com-

mençait à étudier sérieusement, surtout Cicéron, le plus admiré de tous, sont pleins de l'idée de la

lu et le plus

gloire, et que l'image de la reine

du monde, qui revient

sans cesse dans leurs écrits, s'impose à 1

l'Italie

comme

Nous ne citerons que Blondus,

Iioma triumpkam, I. v, p. 117 ss. les définitions de la gloire sont puisées dans les anciens et où désir de la gloire est une passion formellement permise, même au chrétien. L'écrit de Cicéron, De gloria, que Pétrarque croyait posséder, lui a été dérobé par son maître Convenevole, et n'a plus reparu depuis. Alberti, nommé ci-dessus, a célébré l'amour :

le

de dans une œuvre de jeunesse qu'il a composée lorsqu'il avait à peine vingt ans Opère, vol. I, p. 127-166. la gloire

:


DÉVELOPPEMENT DE L'INDIVIDU.

178

un

Par

idéal vers lequel elle doit tendre.

suite, tout ce

que veulent, tout ce que font les Italiens est dominé par des aspirations inconnues au reste de l'Occident. première C'est encore Dante qu'il faut écouter en toutes les questions capitales,

comme dans

ligne,

1

aspiré au laurier poétique

âme; même comme

de toutes

les forces

comme

publiciste et

il

a

de son

littérateur,

il

produit est essentielest fier de dire que tout ce qu'il a

lement neuf, que non-seulement il est le premier, mais encore qu'il veut être appelé le premier qui ait marché

dans dans des voies inconnues ». Pourtant il parle déjà une présente que inconvénients des prose en ses écrits gloire éclatante;

chantés quand

sait

il

ils

combien de gens sont désen-

voient de près l'homme célèbre, et

explique cette désillusion soit par

multitude qui raisonne l'envie

grand tout

il

qui

rabaisse

homme

tout,

lui-même

insiste sur le

comme s .

les

les

il

préjugés d'une

enfants, soit par

par l'imperfection du

soit

Dans son grand poëme sur-

néant de

la gloire,

bien

qu'il le

son cœur ne s'est fasse d'une manière qui montre que de l'acquérir. pas encore détaché entièrement du plaisir

Dans

le Paradis, la

bienheureux

4

sphère de Mercure est

la

demeure des

qui sur la terre ont aspiré à la gloire et

qui ont affaibli par

là les «

rayons du pur

ce qui est surtout caractéristique, c'est

J Pamdiso, XXV, au plus haut p. 169, note

commencement

:

amour

que

les

».

Mais

âmes des

5e mai contenga, etc.; voir

-

Comp. Boccaccio, Uita di Dante, p. 49. più eue Vagbissimo fue e d'onore e di pompa, e per avventura richiesto. alla sua inclita virlù non si sarebbe 1.

I, cap. i, vulgari eloquio, 1. I, cap. i. Surtout De Monarchia, 1. pour veut exposer l'idée de la Monarchie, nou-seulcment tanii bravii primus m être ufile au monde, mais encore utpalmam

a

De

il

:

mcam »

gloriam adipiscar. Convito, ed. Vcnezia, 1529, fol. 5 et 6.

«

Paradito, VI, 112 ss.


CHAPITRE

III.

LA GLOIRE MODERNE.

179

pauvres pécheurs relégués dans l'Enfer demandent à Dante de renouveler leur gloire et d'entretenir leur souvenir sur la terre le

*, pendant que celles qui sont dans Purgatoire ne demandent que son intercession en vue

de leur satisfaction ie

»;

désir de la gloire,

damné par

le

même, dans un passage

lo

gran

disio dell' eccellenza, est

poëte parce que

loin d'être absolue,

célèbre

,

con-

gloire intellectuelle,

la

dépend du temps

circonstances, elle est surpassée

3

et que, selon les

ou éclipsée dans

les

âges suivants.

La génération de poètes philologues qui surgit après s'empare du domaine de la gloire dans un

Dante

double sens

:

ils

deviennent eux-mêmes

célébrités de l'Italie, et en

comme

historiens,

ils

même

temps,

disposent en

les

plus grandes

comme

poètes et

connaissance de

cause de la gloire d'autrui. Le symbole extérieur de ce

genre de gloire, poètes dont

Un

il

c'est

par

couronnement des

contemporain de Dante, Albertinus Musattus ou

Mussatus, couronné et

surtout le

sera question plus bas.

théose

comme

poëte à Padoue parl'évéque

recteur, jouissait d'une gloire qui frisait l'apotous les ans, au jour de Noël, des docteurs et

le :

des étudiants des deux collèges de l'Université venaient en procession solennelle, avec des trompettes et, paraitil,

avec des cierges allumés,

mages

lui

présenter leurs

et lui apporter leurs présents.

*

On

hom-

continua de

1

P. ex. Inferno, VI, 89; XIII, 53; XVI, 85; XXXf, 127. Purgatorio, V, 70, 87, 133; VI, 26; VIII, 71; XI, 31; XIII, 147. Purgatorio, xi, 85-117. Outre la gloria, on trouve ici réunis les noms de Grido, fama, minore, nominanza, onore, qui ne :

3

3

sont que des synonymes désignant la même chose. Boccace écrivait, comme il l'avoue dans sa lettre à J. Pizinga {Opère volgari, TOl XVI, p. 30 SS.), perpetnandi nominis desiderio. * Scaudeonius. De urb. Patav. antiq. {Grcev. Thesaur., VI, m, col. 260). Faut-il lire eerei$, muneribut ou certis munmbus? C'est question :

w$


DÉVELOPPEMENT DE L'INDIVIDU.

180 lui

rendre ces honneurs extraordinaires jusqu'au

il

tomba en disgrâce sous

maison de Carrare

la

Pétrarque

le

réservé autrefois aux héros et aux

suade

même

modé par «

parfum qui

à la postérité

rendu de sa publique;

vie,

il

1 »>

que

la

le

en quelque

est

il

aimerait

Mais

faut-il

heureux de voir que

Byzance* que

le

compte

le

doit à la curiosité

nom

fût glorieux

8 ;

dans

arguments

les

plus forts le

en vouloir à Pétrarque

le

Paléologue

les

ses dialogues

sont produits par l'interlocuteur qui montre la gloire.

incom-

Sa lettre

mieux n'avoir pas

gloire dans le présent ,

per-

se

qu'il est

sorte

l'illustre vieillard

sur le bonheur et le malheur 8 les

de

de

l'encens

il

partout.

suit

voudrait bien que son

dans l'avenir, mais ennuis de

poumons

saints, et

dans ses dernières années

ce

issu

(1318).

respire à pleins

aussi

moment

règne d'un tyran

néant s'il

qui règne

est

sur

connaît par ses écrits aussi bien que le

je m'abstiens

de Mussatus peut Henri VII.

de décider. La personnalité un peu solennelle se reconnaître rien qu'à son histoire de

' Franc, Petrarca posteritati OU ad postera, dans les édit. de ses œuvres, au commencement, ou comme lettre unique du liv. XVIII des epp. senties; enfin dans FlUCASSETTi, Petr. epistolœ familiares, I, (1859), p. 1-11. Certains modernes qui blâment la vanité de P. ne seraient peut-être pas restés, à sa place, aussi bons et aussi fermes

que

lui.

s

Opéra, éd. 1851, p. 117 : De celebritate nominis importuna. répugnait notamment d'être célèbre parmi la multitude

Il

lui

Kpp J que chez Pétrarque, on roche la lutte entre la conformer à l'humilité :

fam., vol. I, p. 337, 340 et aut. De même trouve chez maint humaniste de vieille passion de la gloire et le désir de se chrétienne en restant modeste et inconnu. 8 De remediis utriusque fortunœ, dans les différentes éditions; souvent imprimé à part, p. ex., Berne 1600. il faut surtout citer ici le fameux dialogue de Pétrarque, Secrelum ou De contemptu mundi, ou De conjlictu curarum suarum, dans lequel Augustin, un des interlocuteurs, déclare que l'ambition surtout est un défaut condamnable. * Epp. fam., lib. XVIII (ed. Fracass.), 2. Blondus, p. e\.(Italia tllustrata, p.

146),

nous indique ce qu'était

la gloire

de Pétrarque


CHAPITRE

III

- LA GLOIRE MODERNE.

181

En

effet,

connaît l'empereur Charles IV lui-même

même

Et n'éprouva-t-il pas une émotion légitime

l'Italie.

pour quelques jours Arezzo,

revoyant

lorsque,

pairie (1350),

par ses amis qui

condui-

avait reçu le jour et lui

annon-

maison où

cèrent que

la ville veillerait à ce

rien *? Autrefois

Naples, et plus

y

qu'on n'y changeât jamais

on conservait pieusement

de certains saints de saint

il

sa

le

fut accueilli

il

sirent à la

cellule

'?

de son vivant, sa réputation s'étendait au delà de

les

demeures

comme, par exemple,

illustres,

Thomas d'Aquin

chez

les

la

Dominicains de

réduit de saint François d'Assise; tout au

le

encore quelques grands jurisconsultes qui

avait-il

jouissaient de cette considération à moitié fabuleuse et de cet

honneur extraordinaire;

quatorzième

siècle, le

c'est ainsi que, vers la fin

bâtiment de Bagnolo près de Florence, 1'

«

élude

»

comme

étant

d'Accurse (né vers 1150), ce qui plus tard ne

l'empêcha pas de les

du

peuple respectait encore un vieux

détruire

le laisser

3 .

sommes énormes que gagnaient

sultes par leurs consultations et leurs

Il

est

probable que

certains juriscon-

mémoires,

et d'autre

part leurs relations politiques, frappaient vivement les imaginations, et que ces souvenirs passaient à

la postérité

la plus reculée.

On

honorait de

illustres

4 ;

même

les

tombeaux des hommes

pour ce qui concerne Pétrarque en

particulier,

cent ans plus tard en affirmant que pas un savant ne connaîtrait plus le roi Robert le Bon si Pétrarque n'en avait parlé si souvent et en termes si affectueux. II est à remarquer que Charles IV lui-même, influencé peut-être par Pétrarque, présente, dans une lettre à l'historien Marignola, ia gloire comme le but des hommes d'action. H. Fuiedjung, 1

L'empereur Charles temps,

IV

Vienne, 1876,

5 Epist. scmles,

et la

part

qu'il

a prise à la

vie intellectuelle de son

p. 221.

xill, 3, à

Giovanni Aretino, 9 sept. 1370.

»

Filippo Villani,

*

Les deux choses se rencontrent dans l'épitaphe de Boccaco

Vile, p. 19.


DÉVELOPPEMENT DE

182 la ville

d'Arquà où

était

il

L'INDIVIDU.

mort devint un séjour aimé

des Padouans, et elle se couvrit d'habitations élégantes 1

Tout cela se

faisait à

une époque où

Nord

le

.

que

n'avait

des pèlerinages, des images miraculeuses, des reliques,

mai> pas

u

d'endroits classiques

».

Les

mirent leur

villes

point d'honneur à posséder les ossements de person-

nages célèbres indigènes ou étrangers,

et l'on est

de voir que dès

longtemps avant

le

quatorzième

siècle,

étonné

Croce, les Florentins songeaient très-sérieusement à

S.

de leur dôme

faire

un Panthéon. Accurse

Pétrarque, Boccace et

le

jurisconsulte

Strada devaient y avoir des mausolées nières années fique en lète

de

du quinzième

personne

lui

céder

s .

Dans

Laurent

siècle,

,

Dante

Zanobi délia

le

les

der-

Magni-

demander aux habitants de Spodu peintre Fra Filippo Lippi

alla

les restes

dôme de Florence

pour

le

ville

ne possédait pas trop d'ornements, surtout que

hommes

;

ils

lui

répondirent que leur

de leur faire grâce de sa requête; en se contenter d'un simple

démarches

auxquelles

cénotaphe

Boccace,

effet,

s .

avec

une

les

amertume

\ Dante

lui-

continua de reposer paisiblement près de San

Francesco à Ravenne, Nacqui

Laurent dut

Malgré toutes

pleine d'emphase, poussa sa ville natale

même

les

célèbres n'y abondaient pas, et qu'ils le priaient

in Firenze al

«

entre d'antiques tombeaux d'em-

Pozzo Toscanelli, Di fuor sepolto a Certaldo giac-

Comp. Opère volgari di Bocc, vol. XVI, p. 44. Mich. Savonarola, l>e laudibus Patavii, dans Murât., XXIV, col 1157. Depuis lors, Arquà resta toujours l'objet d'une vénération particulière omp. Ettore conte M.vcola, / codici di Arqua. P.uioue. 1874); on y célébra de grandes fêtes lors du cinquième centenaire de la mort de Pétrarque. On dit que récemment la maison qu'il habitait a été donnée à la ville de Padoue par le cardinal Silvestri, qui l'a possédée en dernier lieu. 8 Voir l'arrêté motivé de 1396 dans Gaïe, Carleggis, I, p. 123. * Reumont, Laurent de Mèdicis, H, 180. cio, etc. 1

(<

*

Bogcaccio,

Vila di Dante, p. 39.


CHAPITRE

III.

LA GLOIRB MODERNE.

183

pereurs et des caveaux de saints, dans une compagnie plus honorable que celle que tu pouvais lui offrir, ô patrie

».

Déjà alors on voyait parfois un fanatique

prendre impunément près du tombeau es plus

Les

du poëte en disant

digne que

l'autre, le crucifié

concitoyens

l'autel et les :

« ».

»

d'autrefois.

nom

Naples

Peut-être

n'avait-elle jamais oublié entièrement

Virgile, dont le

mettre

Prends-les, tu en

rappellent aussi leurs habitants

villes italiennes se

leurs

et

de

les cierges

tombeau de

le

était resté légendaire;

Pétrarque

Boccace, qui séjournèrent tous deux dans cette firent revivre le souvenir

au seizième

ments

les

siècle,

et

ville,

du cygne de Mantoue. Enfin,

Padoue croyait posséder non-seule-

ossements de son fondateur troyen Anténor,

mais encore ceux de Tite-Live *.

«

Sulmone,

dit Boccace*,

se plaint qu'Ovide soit enveli dans la terre d'exil, tandis

que Parme

est

dans ses murs.

heureuse de se dire que Cassius repose »

Dès 1257,

médaille représentant

le

les

buste de Virgile et érigeaient

une statue qui devait figurer

mouvement

le

grand poëte

dans un

tuteur du

Gonzague

d'orgueil féodal, le

d'alors, Charles Malatesta, la il

Mantouans frappaient une

fit

renverser en 1392; mais

fut obligé de la faire remettre sur son piédestal, et de

satisfaire à l'opinion

publique qui commandait

le

respect

de cette gloire antique. Peut-être montrait-on déjà alors à

deux

milles de la ville la grotte où, dit-on, Virgile

Franco Sacchetti, Nov. 121. ceux d'Anténor sont dans le sarcophage célèbre de S. Loren2o, ceux de Tite-Live au-dessus d'une porte du Palazzo délia ragione. Pour la manière dont ils ont été découverts en 14i3. voir dans Misson, Voyage en Italie, vol. I, et Mich. Savonarola (voir plus bas, 1

*

p. 184, note 4), col. 1157. 3 Vita di Dante, l. c. Comment le corps de Cassius a-t-il

transporté à Parme après la bataille de Philippes? 4 Voir à l'appendice n» 2.

pu

être


DÉVELOPPEMENT DE L'INDIVIDU.

134

médité autrefois

avait

de Naples

même

de

la scuola di Virgilio.

qu'on montrait près

Côme s'appropria les deux

du quinzième siècle, il immortamémoire au moyen de deux statues assises,

Pline*, et, vers la fin lisa

leur

placées sous d'élégants baldaquins sur

la

façade de son

dôme. L'histoire et la topographie, cette science

de manière à ne plus

origine, s'arrangent l'oubli

aucune gloire

locale, tandis

que

de récente

laisser

les

dans

chroniques

du Nord, en relatant

l'exaltation des papes, l'avènement des empereurs, les tremblements de terre et l'appari-

tion des comètes, se contentent de dire de temps à autre

qu'à telle ou

homme

telle

éqoque a

aussi

Nous examinerons

célèbre.

«

ou tel comment,

fleuri » tel

ailleurs

sous l'influence de l'idée de la gloire, la biographie a pris

dans

pour

le

la littérature

une place très-considérable

moment nous nous bornerons à

parler

;

du patrio-

tisme local du topographe, qui enregistre les titres de gloire de sa ville natale.

Au moyen âge, les

villes

avaient été fières de

compter

des saints et de posséder leurs corps et leurs reliques

dans

les églises

3

C'est par là

.

Padoue, Michel Savonarole

*,

que

le

panégyriste de

commence encore son énu-

mération en 1440; mais ensuite

il

passe à des

«

hommes

célèbres qui n'ont pas été des saints, mais qui, par la distinction de leur esprit et l'éclat de leur talent [virtus),

1

Compar.

8

L'aîné était,

les Derniers Voyages de Keyssler, p. 1016. on le sait, de Vérone.

comme

ce qui est confirmé par l'écrit remarquable : Dt laudibus Papiœ (dans Mur at., X), du quatorzième siècle; il y avait beaucoup d'orgueil municipal, mais pas encore de gloire spéciale. • C'est

*

De

laudibus Patavii,

dans Mdrat., XXIV, col. 1138 ss. Selon lui, peuvent se comparer à Padoue; ce sont :

trois villes seulement

Florence, Venise et Rome*


CHAPITRE

III.

LA GLOIRE MODERNE.

185

ont mérité d'être mis sur la même ligne (adnecti) que les saints » c'est ainsi que dans l'antiquité l'homme célèbre ;

La suite de son énumération est ou ne peut plus caractéristique pour le temps. C'est en première ligne Anténor, le frère de Priam, qui, à la tête touche au héros

».

d'une troupe de Troyens

fugitifs, a

fondé Padoue;Ie

roi Dardanus, qui a vaincu Attila dans les montagnes d'Euganée, a poursuivi le roi barbare et Ta tué à Rimini

en

le

frappant avec un échiquier; l'empereur Henri IV,

qui a bâti

le

dôme

;

un

tête à Monselice (Monte

naux

arce)

la

puis quelques cardi-

;

et prélats qui ont fondé des établissements pieux,

des collèges et des églises;

théologien Fra

le célèbre

Alberto, de l'ordre des Augustins

sophes avec Paolo Veneto et

eu

dont on conserve

roi Marc, silicis

tête; le jurisconsulte Paolo

;

une

l'illustre

série

de philo-

Pietro d'Albano

Padovano; puis Tite-Live

et les poètes Pétrarque, Mussato, Lovato. Si les célébrités militaires

n'abondent pas, l'auteur s'en console en se

disant que cette lacune est comblée par les

hommes de

science, et que la gloire intellectuelle dure plus long-

temps que

la gloire des

armes, car cette dernière est sou-

vent enterrée avec celui qui survit, ce n'est soit, c'est

l'avait

obtenue, et

si elle lui

que grâce aux savants \ Quoi qu'il en la ville qu'il y ait du moins

un honneur pour

de fameux guerriers étrangers qui aient demandé à être ensevelis dans ses murs : tels sont Pierre de Rossi, de 1 Nam et vêlera nostri taie* eut divas aut œterna memoria dignos non immerito pradicabant, quum virtus summa sanctilali» sit consocia et pari

ematurpretio. Ce qui esttrès-caractéristique (comp. appendice n° 3), C'est ce qui suit : Ho» itaque meo facili judicio œternos facio. * On trouve des idées semblables chez beaucoup d'écrivains du temps. CODRUS Urcecs, Sermo Xlll (Opp. 1506, fol, XXXVIII b), dit Cognoscent de Galéas Bentivoglio, qui était guerrier et savant :

artem militarem eue quidem escellentem, sed

tiom.

litterat

muito cette excellent


DÉVELOPPEMENT DÈ L'INDIVIDU.

Î8«

Parme, Philippe

Arcelli,

de Plaisance, surtout Gatta-

molala de Narni (f 1442) bronze, sur

la

«

dont

la

statue équestre en

semblable à un César triomphant

»,

se dressait

place de l'église du Santo. Ensuite l'auteur cite

des légions de jurisconsultes et de médecins; parmi ces derniers des amis de Pétrarque, tels que Johannes ab

Horologio et Jacques de Dondis, gentilshommes qui

non-seulement avaient reçu

le titre

de chevalier

comme

tant d'autres, mais qui l'avaient aussi mérité, enfin des

mécaniciens, des peintres et des musiciens célèbres. Celui qui clôt

la

liste,

c'est le

fameux maître d'armes

Michel Rosso, dont on pouvait voir

le

portrait en maint

endroit.

A

côté de ces gloires locales auxquelles coopèrent le

mythe,

la

légende, les travaux des littérateurs et l'admi-

ration populaire, les poètes philologues construisent

PaDthéon universel qui doit recevoir

gloires

les

un du

monde entier; ils écrivent des recueils où figurent des hommes et des femmes célèbres; souvent ils s'inspirent directement de Cornélius Népos, du faux Suétone, de Valère Maxime, de Plutarque (Muliemm saint

Jérôme (De

viris illustribus), etc.,

virtutes),

ou bien

ils

ginent des triomphes et des assemblées idéales,

de

ima-

comme

Pétrarque dans son Trionfo délia fama, Boccace dans son

Amorosa

visione,

trois quarts

que

noms dont

avec des centaines de

les

au moins appartiennent à l'antiquité, tandis

les autres

sont empruntés au

peu, cet élément relativement

grande extension;

les

moyen âge

moderne

reçoit

*.

Peu

à

une plus

historiens font entrer de véri-

tables portraits dans leurs œuvres, et

il

se

forme des

1 Ce qui suit ne vient pas de Michel Savonarole, ainsi que l'éditeur le fait observer, mais de Murât. XXIV (col. 1059, note). * Voir à l'appendice n° 3.


CHAPITRE

-

III.

recueils de biographies

ceux de Philippe

contemporaines célèbres,

Villani,

Bartolommeo Facio Paul Jove

LA GLOIRE MODERNE.

et de

de Vespasiano Fiorentino, de

Paoio Cortese

enfin ceux de

.

Quant au Nord, jusqu'au moment où Allemand qui

graphies d'hommes célèbres),

légendes de

saints,

de

ait écrit

des bio-

ne possédait que des

il

des histoires particulières et des

monographies de princes

et d'ecclésiastiques,

s'appuient encore visiblement sur

de

l'influence

aux auteurs de celte région (par exemple,

à Trithemius, le premier

l'idée

comme

2

l'Italie s'étendit

est

167

la gloire, c'est-à-dire

de

la

œuvres qui

légende et auxquelles

notoriété personnelle,

la

absolument étrangère. La gloire poétique

l'apanage exclusif de certaines castes,

et,

est

encore

sauf un très-petit

nombre d'exceptions, nous n'apprenons à connaître les noms des artistes du Nord qu'autant qu'ils jouent un rôle

comme ouvriers En Italie, au remarquer,

le

c'est lui qui

l'oubli

s .

et

comme membres

d'une corporation.

nous l'avons

contraire, ainsi que

fait

poêle philologue sait pertinemment que

distribue la gloire, l'immortalité et aussi

Malgré

le

caractère idéal de sa passion pour

Laure, Pétrarque dit que ses chants d'amour

ront l'immortalité à

lui et à celle qu'il

aime

lui *;

assure-

Boccace

se plaint d'une belle qu'il a chantée et qui l'a repoussé afin

de

l'exciter à continuer

de célébrer ses charmes et

d'arriver ainsi à la gloire, et

il

lui fait

essayera dorénavant de la critique Voir à l'appendice n c 3. a Voir à l'appendice n° 4. 5 Un chanteur latin du douzième qui mendie un habit en chantant, Carmina Burana, p. 76. 4 Sonnet CLI Lasso ck'i ardo.

».

entendre

qu'il

Dans deux de

ses

1

un écolier vagabond déjà cette menace. Voir

siècle, fait

:

5

Bocciccio, Opert

Pallido, vinto, etc.

volgari, roi.

XVI, dans

le

treizième sonnet

:


DÉVELOPPEMENT DE L'INDIVIDU.

188

Saanazar menace

sonates

Alphonse

de

roi

d'une

qui

a

éternelle

Relativement aux découvertes à faire en

Ange

Politien exhorte sérieusement (1491) le

Jean de Portugal

temps, à

la

à songer, pendant qu'il en est

*

gloire et à l'immortalité, et l'invite à lui

envoyer à Florence des matériaux excolenda);

autrement

les actions, oubliées

dans

le

des écrivains,

«

restent cachées

grand amas de décombres où vont

souvenirs de la fragilité humaine

».

son chancelier) écouta cet avis

et

faites

littéraires (operosius

pourrait avoir le sort de ceux

il

dont

Florence

obscurité

lâchement devant

fui

».

Charles VIII Afrique,

Naples

les

se

perdre

les

Le roi (ou du moins promit d'envoyer à

annales qui racontaient les explorations

en Afrique, traduites en

rédigées en langue latine

;

italien et destinées à être

on ne

sait

pas

s'il

a tenu sa

promesse. Les prétentions de ce genre ne sont pas aussi vaines qu'elles le paraissent au premier abord; la forme

(même

sous laquelle les choses

les

plus importantes) se

présentent aux contemporains et à

la postérité,

n'est

rien moins qu'indifférente. Les humanistes italiens, avec leur manière d'exposer les faits et leur latin, ont réelle-

ment régné pendant des d'Occident, et

il

Le

nom

puce fut donné de

la relation

la

instruit

assidûment que ceux de toute autre

de baptême du Florentin Améric Vesà la

quatrième partie du

que l'explorateur

ajoutons cependant que le

de

monde

n'y a pas cent ans que les poètes ita-

liens étaient lus plus

nation.

siècles sur le

avait faite

fait n'a

eu

monde

à cause

de son voyage;

lieu qu'à la suite

rédaction de ce travail en langue latine et sur

la

proposition de l'Allemand Waldseemûller (Hylacomylus 3 ). 1

Entre aut. dans Roscoe, Leone X, ed. Bossi, IV, p. 203

8 Angeli Polttiani epp., »

lit».

Quatuor navigations, etc.

X.

Deodatum (St-Dié),

1507.

Comp.

CHEJb, Histoire de l'époque des découvertes, 1859, 2 e édit., 1876.

0. PeS-


CHAPITRE Si,

III.

malgré sa légèreté

que

promettait l'immortalité

ses

espérances n'ont pas été tout à

A

côté de ces

189

et ses qualités plus brillantes

Paul .love se

ialides,

LA GLOIRE MODERNE.

moyens de

»,

déçues.

fait

garantir la gloire au dehors,

l'ambition la nous voyons de singulières échappées immense de grandeur, indépenplus colossale, une soif :

dante de l'objet et du résultat, nous apparaît parfois sous une forme effrayante de vérité. C'est ainsi que

nous

lisons dans la préface des histoires florentiues de

Machiavel, où l'auteur blâme

le silence

par trop indulgent

de ses devanciers (Léonard Arétin, le Pogge) sur les partis qui divisent les villes

trompés;

ont prouvé

hommes

tion des

Que

ils

« Ils

se sont grossièrement

connaissaient peu l'ambi-

perpétuer leur nom.

et leur désir de

d'individus, qui n'ont

ont cherché à

:

qu'ils

s'illustrer

pu

par

se distinguer par le bien,

le

mal! Ces écrivains n'ont

pas réfléchi que des actions ayant un caractère de grandeur, ce qui est particulier aux actions des souverains et des États, paraissent toujours entraîner plutôt l'admi-

ration que le blâme, de quelque nature qu'elles soient et quel

qu'en soit

racontant quelque riens sérieux

de

faire

le

résultat

2

»

.

Plus d'une fois, en

formidable entreprise,

indiquent

comme mobile

quelque chose de grand

et

des histo-

l'ardent désir

de mémorable.

Ici

non pas une simple dégénérescence de la vanité ordinaire, mais des phénomènes vraiment monstrueux, c'est-à-dire l'action brutale, l'emploi des moyens les

l'on voit,

Paul. Jov. De Romanis piscibus, Prœfalio (1525). Il dit que la première décade de ses histoires paraîtrait prochainement non sine 1

aliqua spe immortalitatis. 2

Compar.

Discorsi,

i,

27.

La irhihia,

le

crime, peut avoir de la

grandezza et être in alcuna parte generosa; la grandezza peut éloigner d'une action toute infamia; l'homme peut être onorevolmenle tristo, par opposition à perfettamente buono.


DÉVELOPPEMENT DE L'INDIVIDU.

190

plus violents et l'indifférence complète à l'égard de

moralité du résultat. C'est ainsi que Machiavel

la

même

par exemple,

conçoit,

Porcaro

(p.

près

même

la

99)

1

documents

les

;

le

lui-

caractère de Stefano officiels

chose des assassins

de

Varchi lui-même (dans

disent à peu

Marie -Galéas V) attri-

Sforza

(p. 57);

bue

meurtre du duc de Florence Alexandre (1537)

le

l'ambition de p. 59).

le livre

Lorenzino de Médicis (voir plus haut

Mais Paul Jove 2

plus de force encore

:

fait ressortir ce

veauté

mante,

»

Lorenzino, mis au pilori par un

Rome, médite une

il

Ce sont des

des

action dont la

est destinée à faire oublier cette

et

statues «

nou-

punition infa-

assassine son parent et son souverain. traits qui

v

motif avec bien

pamphlet de Molza pour avoir mutilé antiques à

à

peignent bien cette époque de

passions violentes et de forces déréglées qui aboutissent à des actions aussi monstrueuses

que l'incendie du temple

d'Éphèse au temps de Philippe de Macédoine. 1

2

Slorie florentine,

1.

VI.

Paul. Jov-, Elogia

vir.

lit,

ill„

p, 192, à propos de Marius Molsa*


CHAPITRE

IV

LA RAILLERIE ET L'ESPRIT MODERNES

Le correctif non-seulement de

la gloire et

de l'ambi-

tion modernes, mais aussi de l'individualisme arrivé à

un haut degré de développement, moderne, qui

se produit autant

forme triomphante l'histoire

de

l'esprit

c'est

la

raillerie

que possible sous ».

Nous savons

la

par

du moyen âge comment des armées ennemies,

des princes et des grands se blessent et s'irritent jusqu'à

fureur par des railleries amères, ou

la

vaincu est écrasé sous

le

rappeler partout. Dans

les

voit déjà de l'influence

temps

de

la

poids de

la

honte

comment

le

qu'il se voit

controverses théologiques on

à autre l'esprit devenir une arme sous

rhétorique et de l'épistolographie des

anciens, et dans la poésie provençale se développe

genre particulier de chants de

défi

et

un

de chansons

moqueuses; ce ton ne manque pas non plus à l'occasion aux minnesœngers, ainsi que l'attestent leurs poésies politiques

*.

Mais

l'esprit

ne pouvait devenir un élément indé-

L'injure seule se trouve déjà de très-bonne heure chez le d'Albe, du onzième siècle {Mon, Germ. SS. xi, 591-681). *

menteur Benzo 8

Le

moyen âge possède en

outre

un grand nombre de poèmes

satiriques; mais ce n'est pas encore la satire personnelle, ce sont presque toujours des satires générales, dirigées contre des classes, des catégories, des populations, etc., qui, par suite, prennent facilement le ton didactique. L'œuvre dans laquelle se résume


DÉVELOPPEMENT DE L'INDIVIDU.

192

la vie qu'à la

pendant de

condition d'avoir sa victime

régulière, c'est-à-dire l'individu développé, ayant des

prétentions personnelles. Mais alors à la parole et à l'écriture, faits

:

il

ne

se

borne plus

entre dans le domaine des

des farces et joue des tours, ce qu'on appelle

fait

il

il

fond de plusieurs recueils

hurle et beffe, qui constituent le

de nouvelles. Les

Cent

«

ment à

vieilles

la fin

Nouvelles

du treizième

»

,

qui remontent certaine-

siècle, n'ont

élément principal ni l'esprit qui naît burlesque

1 ;

du

encore pour

contraste, ni le

leur but est simplement de reproduire sous

une forme simple, mais élégante, de sages sentences, des histoires et des fables ingénieuses. Si quelque chose prouve l'antiquité de ce recueil,

manque

d'ironie.

siècle vient

en

c'est

précisément

le

aussitôt après le treizième

effet,

Dante, qui, sous

le

rapport de l'expression

laisse derrière lui tous les

du mépris, qui,

En

poètes du

monde

et

de verve comique puissante et d'ironie colosmaître par excellence témoin ce merveilleux

fait

sale, est le

tableau de genre,

:

la peinture

des trompeurs qui figure dans

3 Avec Pétrarque commencent déjà les recueils de sentences à l'instar de Plutarque (Apophthegmes, etc.).

l'Enfer

*.

roman du Renard sous toutes ses formes, que l'ont conçu les différents peuples de l'Occident. La littérature française contemporaine a produit, dans ce genre, un trasuite vail excellent : Lenient, la Satire en France au moyen âge, et la la Satire en de cet ouvrage, qui n'est pas moins remarquable cette tendance, c'est le tel

:

France, ou la Littérature militante au seizième i

siècle,

Paris, 1866.

Compar. plus haut, p. 6, note 1. Par exception on trouve époque une plaisanterie insolente, Nov. 37. Infemo, XXI, XXII. Le seul terme de comparaison possible

à cette «

serait Aristophane.

débute timidement dans Opéra, p. 421 ss., dans Rcrum même libri IV. D'autre part dans Epp. senil., X, 2. Compar. aussi Epp.fam. {ed. Fracass.), vol. I, p. 68 SS., 70, 240, 245. Les jeux de mots sentent parfois encore l'asile que ce genre d'esprit avait trouvé au moyen âge, c'est-à-dire le couvent. Les invectives de 3

II

randamm


CHAPITRE

— LA RAILLERIE

Franco

C'est le

IV.

choix

ET L'ESPRIT MODERNES.

donne, dans ses nouvelles,

Sacclietti qui

remarquable dé mots piquants

le plus

Florence pendant ce

même

193

dits à

La plupart du temps

siècle.

ce ne sont pas des histoires proprement dites, mais des

réponses faites dans certaines circonstances, d'horribles naïvetés que débitent des écervelés, des bouffons de cour, des fripons, des courtisans, pour excuser leurs

méfaits;

ici le

comique consiste dans

de cette naïveté

réelle

reçus et 'a morale ordinaire.

de mettre en

relief les

On

contraste violent les principes

emploie tous

mots piquants

exemple, l'imitation de certains

Souvent

le

ou apparente avec

,

les

moyens

même

dialectes

,

par

orientaux.

remplacé par l'insolence brutale,

l'esprit est

tromperie grossière,

le

blasphème

plaisanteries de condottiere

et l'ordure;

la

quelques

1

sont ce qu'il y a de plus cynique dans ce genre. Plus d'une farce rentre dans le

haut comique; mais

il

en

est aussi

simplement une preuve supposée de

beaucoup qui sont la

supériorité per-

sonnelle d'un individu sur un autre. Nous ne savons pas ce qu'on se passait les uns aux autres,

victime s'est contentée de mettre

la

combien de les

fois

rieurs de son

côté par une riposte adroite-, mais ce qui est certain, c'est

que ces tours révélaient souvent une méchanceté

froide et brutale, et qu'ils ont

très-incommode

à

Florence

".

dii

souvent rendre

la

vie

Déjà l'inventeur et nar-

rateur de tours est devenu une figure qui s'impose

*; il

Pétrarque Contra Gallum, contra medicum objurgantem, enfin son écrit De sui ipsius et mullorum ignorantia, peut-être aussi ses Epittolœ sine lilido, peuvent être cités comme d'anciens exemples d'où vraies satiriques. Nov. 40, 41 il s'agit de Ridolfo da Camerino. ^ 2 La farce connue de Brunellesco et du gros sculpteur sur bois, Manctto Ammanatini, que la mystification dont il fut l'objet poussa, dit-on, à s'exiler en Hongrie, peut être appelée cruelle, :

;

malgré 3

l'esprit et l'imagination qu'elle suppose. h'Araldo de la seigneurie florentine. Citons, à titre d'exemple

h

13


DÉVELOPPEMENT DE L'INDIVIDU.

194

y

a eu sans doute des

virtuoses dans ce

artistes bien supérieurs à tous les bouffons

genre, des

de cour, qui

n'étaient slimulés ni par la concurrence, ni par le conti-

nuel changement de public, ni par

la

vive intelligence

des auditeurs (toutes choses qui se rencontraient à Florence). Aussi voyait-on des Florentins exploiter les cours

des tyrans de

Lombardie

la

et de la

Romagne

vaient leur compte à ces pérégrinations,

auraient végété dans leur

Le type

les rues.

amusant (l'uomo

le

ville natale,

moins vulgaire,

piacevole)

;

1

ils

;

trou-

tandis qu'ils

l'esprit courait

c'est celui

de l'homme

au dernier degré de

l'échelle

est le bouffon et le parasite de bas étage, qui court aux

noces et aux festins en se faisant ce raisonnement je n'ai pas été invité, ce n'est pas

ma

faute

2 .

»

:

« Si

De temps

en temps ces derniers aident à ruiner un jeune dissipateur-, mais, en somme, ils sont traités en parasites et méprisés

comme

tels,

tandis que les farceurs d'un ordre

plus élevé se considèrent à l'égal des princes et regardent leur esprit

comme une

puissance vraiment souveraine.

Dolcibene, que l'empereur Charles IV avait proclamé «

Imperalor di

un jour à

Buem

»,

«

roi des farceurs d'Italie

ce prince, dans la ville de Ferrare

:

«

»,

dit

Vous

le monde, parce que vous êtes mon ami et celui du Pape; vous combattez avec ses bulles, moi avec la langue 3 » Ce mot n'est pas une simple plaisanterie, il

vaincrez

fait pressentir Pierre Arétin.

unique

:

Commissioni di Rinaldo degli Albiz&i,

t. III,

p. 651, 669.

Le

fou était considéré comme nécessaire pour égayer les convives après le repas voir Alcyonius, De exilio, ed. Mencken, p. 129. 1 Sacchetti, Nov. 48. Et pourtant on voit par la Nov. 67 que parfois un Romagnol pouvait dépasser le Florentin le plus futé. s L. B. ALiiEtiTi (comp ci-dess. p. 167, note 3), Del govcrno délia familia (Opère, ed. Bonucci, V, 171). z Franco Sacchetti, Nov. 156; comp. Nov. 14 sur Dolcibene et les Juifs, (Pour Charles IV et les fous, voir Friedjung, p. 109 etpaw/m.)— :


CHAPITRE

Vers

le

IV.

-

LA RAILLERIE ET L'ESPRIT MODERNES.

milieu du quinzième siècle,

les

195

deux farceurs

les plus célèbres étaient

un curé du voisinage de Florence, Arlotto (1483), pour l'esprit délicat (facezie), et le fou de la cour de Ferrare, Gonnella, pour

neries.

serait téméraire

Il

de comparer

les

bouffon-

les

histoires

racontent avec celles du curé de Kalenberg et de Till l'Espiègle; ces dernières ont une tout autre origine elles sont à moitié mythiques, de telle sorte que qu'ils

:

un peuple y a travaillé et qu'elles s'adressent à tout monde, tandis qu'Arlottoet Gonnella étaient desper^

tout le

sonnalités définies et connues. Mais

dans

la voie

son aux

«

facéties

»

trouvera en

somme

comme

les

chez

l'on veut entrer

si

des rapprochements et étendre

la

des peuples étrangers à que,

dans

Allemands,

les

fabliaux

comparail'Italie,

on

français

»

pour premier objet un avantage matériel à obtenir ou une jouissance positive à éprouver, tandis que les mots plaisants d'Arlotto la

facétie a

et les farces de Gonnella sont en quelque sorte désintéressés et que leurs auteurs n'ont en vue qu'une satisfaction

d'amour-propre. (D'autre part, Till l'Espiègle apparaît comme un type à part, savoir comme une personnification, assez fade d'ailleurs, de la raillerie dirigée contre certaines classes et certaines professions.) Le bouffon de la cour d'Esté s'est plus d'une fois vengé de ceux qui l'humiliaient par des sarcasmes amers et des tours raffinés

2 .

A en Juger par leur contenu,

les Facéties du Pogge sont Je la famille que les Nouvelles de Sacchetti on y trouve des d insolences, des quiproquos d'hommes simples et naïfs ««««'i opposés à des obscénités raffinées; mais elles contiennent en plus Grand nombre de ces jeux de mots qui trahissent le philologue, bur L. B. Alberti, compar. p. 173 ss. 1 Cela est vrai aussi des nouvelles italiennes qui ont été puisées a cette source.

même

:

«

»

D'après Bandeho, iv, Ab».

2,

Gonnella savait au«i se grimer


DÉVELOPPEMENT DE L'INDIVIDU.

196

Les deux espèces de ïuomo piacevok et du bouffon ont vécu bien plus longtemps que la liberté de Florence.

Sous

duc Corne

le

ment du

florissait Barlacchia,

dix-septième siècle

En

Marignolli.

vrai Florentin qu'il est, le

a une prédilection tout à fait

bouffons. Malgré son l'esprit, ce

délicats de

au commence-

Fraucesco Ruspoli et Gurzio

pape Léon

extraordinaire pour

amour pour

X

les

les plaisirs les plus

prince supporte et veut à sa table

des bouffons et des gastronomes spirituels, parmi lesles quels se trouvent deux moines et un cul -de-jatte 1

;

jours de fête,

il

les traitait,

avec une ironie renouvelée

faisait de l'antiquité, en véritables parasites, et leur rôtis délicomme des corbeaux des et singes des servir

cieux.

général, Léon

En

son propre usage;

X

rentrait

il

se réservait la farce

pour

notamment dans son genre

occupations d'esprit d'appliquer parfois l'ironie à ses ainsi que lui et favorites, la poésie et la musique; c'est 5 factotum, le cardinal Bibiena , s'amusèrent à faire

son

en action de ces deux trouvèrent que ce n'était pas déroger

la caricature

d'entreprendre un bon tant et

cien

si

en

bien

fait

Tous deux que

vieux secrétaire et de le travailler

par se croire un grand théori-

qu'il finit

de musique.

A

force de flatteries et de

pliments sans cesse répétés, teur Baraballo de Gaëte

arts.

à leur dignité

si

com-

Léon

X

poussa l'improvisa-

que

le

malheureux

loin

sollicita

sa figure, et contrefaire tous de manière à changer complètement les dialectes de l'Italie. » Paul JOVIUS, Vita Leonis X. » Eral enim Bibiena mirus arlifex homtmbus œlale vel pm/essione gravibusad insaniam impcllendis. On se rappelle à ce propos comment philologues, il Christine de Suède s'amusait aux dépens de ses De convient de citer ici le remarquable passage de Jov. Pontanus,

sermone, lib.

magnus

II,

cap. IX

et ipse Jv.il

usus vellet.

Nam

:

arti/ex

Ferilinandus âlphonsi fdius, Neapolilavonim rcx et vxtllus ccvqw.iendi cl orationcs in quern ipse

œlalis noslras Pontifices

vcl hiitriones ipsos anleveniunt.

maxmifingendis

vultibut ac verbit


CHAPITRE

IV.

-

LA RAILLERIE ET L'ESPRIT MODERNES.

197

sérieusement l'honneur d'être couronné comme poëte au Capitole. Le jour de la fête des patrons de la

maison

de Médicis, saint

Côme

d'abord paraître à

la table pontificale

de laurier et

où tout

le

manteau de pourpre,

le

déclamations

Damien,

et saint

il

lui

et

égayer par des

repas de Sa Sainteté; puis, au

le

monde

riait à se tordre,

il

fallut

avec la couronne

moment

dut monter, dans

cour du Vatican, l'éléphant harnaché d'or qu'Emmale Grand de Portugal avait envoyé au Saint-Siège;

la

nuel

pendant ce temps

le

Pape lorgnait

1

ce spectacle

de son balcon. Mais l'animal fut effrayé par

le

du haut

bruit des

limbales et des trompettes, et jamais on ne put lui faire franchir

le pont Saint-Ange. La parodie de tout ce qui

est grand et solennel, telle nous apparaît dans cette cérémonie bouffonne, avait déjà pris alors une place considérable dans la poésie a Sans doute elle était obligée de choisir d'autres

qu'elle

.

Je trouve ce lorgnon non-seulement dans le portrait peint par Raphaël, où Ton peut le considérer comme une loupe destinée à permettre d'examiner les miniatures d'un livre de prières mais encore dans une notice de Pellicanus, d'après laquelle Léon x regarda un jour une procession de moines à travers un Specillum (comp. \Almanach de Zurich pour l'année 1858 p. 177) et dans le cristallm concava dont, suivant Ginvio, il se servait à la chasse (,omp. Leoni* X vtla auclore anon, conscripta, dans l'appendice de uoscœ.) Dans Atilius Alessius (Baluz. Mùcel., iv, 518) on lit Oculari ex gcmina {gemma?) ulebalur, quam manu gestans, si quando ali r/mdvidendum esset, oculis admovebat. La •

(

myopie

héréditaire dans

était

une infirmité

la famille de Médicis. Laurent avait la vue basse un jour à Bartolommeo Soccini de Sienne, qui 1 répondit prétendait que l'an- de Florence était mauvais pour les yeux L quclladi Siena al cervelle. La myopie de Léon X était proverbiale electlon les satiriques de Rome expliquèrent de là ÎÏSLÎÏÏ 1V 1 16 c »C était gravé dans l'église « OU Vadcan Vatican Multt cœci Cardinales creaverunt cœcum decimum Leonem. Compar. Shepherd Tonelu, Vita del Poggio, vol. II, p. 23 ss., et les passages qui y sont cités. r ° UVe aussi dans rart Plastique; qu'on se rappelle, n 1° \î?/ I,a ure con n«e qui représente le groupe duLaocoon 5 7 ? fmf. i» sous la forme de trois singes. Seulement la parodie se bornait •

'

T

M

;',

¥f

f^ W


DÉVELOPPEMENT DE L'INDIVIDU.

198

victimes que celles auxquelles Aristophane osait s'atta-

quer, par exemple, quand

tragiques grecs. Mais qui, chez les Grecs,

déterminée,

même

maturité intellectuelle

naître la parodie à

une époque

également en

Dès

fit

la fit fleurir

quatorzième

siècle, les plaintes

Italie.

la fin

du

amoureuses de Pétrarque

forme de sonnets burlesques; solennelle du poëme en strophes de

sont parodiées sous

même

la

mettait eu scène les grands

il

l'allure

la

quatorze vers est tournée en dérision et traitée d'extravagante. C'est surtout à propos de la Divine Comédie

que

goût de

le

parodie se donna carrière

la

Laurent

;

le

Magnifique a su déployer la verve comique la plus brillante dans le style de Y Enfer (Simposio ou / Beoni). Luigi Pulci, dans son Morgante, imite visiblement les

improvisateurs; de plus, sa poésie et celle de Bojardo sont déjà la vague parodie de la poésie chevaleresque

du moyen Folengo

âge. Puis vient

le

grand parodiste Théophile

(qui florissait vers 1520),

qui s'attaque directe-

ment aux Roland et aux Amadis. Sous le pseudonyme de Limerno Pitocco, il compose son Orlandino, où la chevalerie n'est plus qu'un

dans lequel

place une

il

modernes; sous faits et gestes

mente

le

nom

de ses

cadre ridicule et suranné

de figures

foule d'idées et

de Merlin Coccaie,

il

vagabonds fantastiques,

décrit les

qu'il

également d'anachronismes plaisants;

il

agré-

raconte

leurs aventures en hexamètres à moitié latins et s'appro-

prie

plaisamment

la

forme

solennelle

de

l'épopée

sérieuse d'alors (Opus Macaronicorum) . Depuis, la parodie n'a jamais cessé

d'être représentée

au Parnasse

ita-|

peutgénéralement à un dessin fait en quelques coups de crayon; disparu. La être aussi beaucoup d'oeuvres de ce genre ont-elles (dans caricature est tout autre chose Léonard dans ses grimaces quand et parce la bibliothèque Ambrosienne) représente le laid qu'il est comique, et renforce ce comique à yolonté. :


CHAPITRE lien, et

IV.

RAILLERIE ET L'ESPRIT MODERNES. 199

quelquefois elle

Vers

le

commence poser

— LA

milieu de

la

l'a

été avec

période de

à analyser l'esprit, à

l

de parler, notamment dans

trième

véritable éclat.

Renaissance,

on

faire la théorie et à

règle de son emploi dans la bonne société. Le

la

théoricien est Joviano Pontano l'art

en

un la

livre,

il

essaye d'arriver à

;

dans son ouvrage sur le

troisième et

le

qua-

un principe général par

nombre de bons mots ou facetiœ. manière d'employer l'esprit parmi les gens

l'analyse d'un certain

Quant à

la

de qualité,

c'est

Balthazar Castiglione qui l'enseigne

dans son Cortigiano l'art

d'égayer des

a .

Naturellement

tiers

il s'agit surtout de en reproduisant des histoires

comiques ou gracieuses et des mots plaisants; met plutôt en garde contre la plaisanterie

l'auteur directe,

parce que,

dit-il, elle est un moyen de blesser des malheureux, de faire trop d'honneur à des criminels et

d'exciter à la vengeance des personnages puissants et

des gens gâtés par

la

vue de

il

la narration,

un emploi judicieux de Puis vient, non pas à

fortune »; de même, au point de recommande à l'homme de qualité la

mimique, c'est-à-dire du geste. de modèles à reproduire,

titre

mais de paradigme pour de beaux esprits futurs, un volumineux recueil de tours et de mots plaisants, méthodiquement rangés par catégories, parmi lesquels il y en a beaucoup d'excellents et de parfaits. Environ vingt ans 1

Jovian. Pontan., De sermone, librh V. II reconnaît que nonseulement les Florentins, mais encore les Siennois et les Pérugins ont un remarquable esprit naturel (pour les Siennois, voir l'écrit cité plus haut, p. 90, note 1, et p. 197, note 1); il y joint la cour espagnole par politesse. * Ucortigiano, lib. Il, cap. L SS., ed. Baude di Ucsme, Florence, 1854 Voir ibid., cap. txxni, p. 136, comment l'auteur fait p. 124 ss dériver l'esprit du contraste, bien que sa déduction ne soit pas tout a fait claire.

3 Pontanus, De sermone, lib. IV, cap. m, recommande aussi de n'employer ndicula ni contre les malheureux ni contre les puissants.


DÉVELOPPEMENT DE L'INDIVIDU.

200

plus tard, Giovanni délia Casa professe

une doctrine

plus sévère et plus méticuleuse

dans ses con-

beaucoup seils

pour former aux bonnes manières

aux conséquences,

il

1

relativement

;

veut qu'on bannisse entièrement

des mots plaisants et des facéties l'idée d'un triomphe

personnel.

11

est le

héraut d'une réaction qui devait se

uroduire fatalement.

En effet, comme on dans

la

l'Italie était

devenue une école de blasphème

n'en a pas vu une

seconde depuis,

France de Voltaire. Ce n'était pas

le

même

scepticisme

qui manquait à cet écrivain et à ceux de son école; mais

le

dix-huitième siècle aurait-il pris des victimes dignes

de son ironie? où aurait-il trouvé ces figures innombrables, aussi grandes qu'originales, ces célébrités de

hommes

tout genre,

rateurs, savants,

d'État, prêtres, inventeurs, explo-

poètes et artistes

dont l'originalité

Au quinzième

s'imposait à l'admiration de tous?

et au

seizième siècle cette phalange existait, et à côté d'elle culture générale avait produit toute esprits

sans portée, de critiques méchants, de Zo'iles

sans pudeur, djnt l'envie ajoutez à cela

la

hommes

autres les

:

Filelfo, le

du quinzième talent, vivent l'histoire

de

célèbres.

Comme

est avéré

les

que ce sont

les

à s'entre-déchirer; tels Valla, etc.

;

les artistes

en bonne

le

intelligence entre eux, ce dont

peut prendre acte. dit,

Florence, ce grand centre

hommes, devance pendant quelque temps,

sous ce rapport, toutes les autres

1

hécatombes; uns contre

au contraire, quoique rivaux par

nous l'avons

des grands

Il

commencé

Pogge, Lorenzo

siècle,

l'art

réclamait ses

jalousie qui excitait les

philologues qui ont sont

la

une légion de beaux

villes. «

Galatet del Casa, éd. Venez, 1879, p. 26 $»., 48*

OEil pergant,


CHAPITRE

IV.

LA RAILLERIE ET L'ESPRIT MODERNES.

mauvaise langue Florentins

l .

»,

tels

Une douce

sont les traits distinctes des raillerie qui s'attaquait à toutes

choses était probablement Machiavel, dans

le

ton habituel de

remarquable prologue de

le

l'abaissement visible des caractères, et ses détracteurs

en leur rappelant

médire. Puis vient

depuis longtemps

le

la

Mandra-

il

menace, du reste,

qu'il

s'entend,

rendez-vous des langues

les plus

sont datées de

mensonges des secrétaires apostoliques, grand nombre de coureurs de

cine de

lui

cour pontificale, qui est

Les Facetiœ de Pogge

affilées.

la société.

sa

dériver avec raison de la médisance générale

gora, fait

aussi, à

201

l'on considère le

l'offi-

et, si

places

déçus, d'ennemis et de concurrents ambitieux des gens

d'hommes dévoués aux plaisirs, de immoraux qni étaient réunis à Rome, on ne peut

favorisés

prélats

du

sort,

trouver extraordinaire que cette

du pasquin et de

la satire

ville soit

devenue

l'asile

personnelle. Si l'on ajoute à

cela les griefs qu'inventait l'antipathie générale contre et le besoin, inné chez

la

domination des gens d'Église

la

populace, d'attribuer aux puissants les vices

horribles,

on trouve un

total effrayant

les plus

de turpitudes

*.

Les gens en vue se défendaient victorieusement contre ces

attaques par

les

accusations

le

dédain,

pour ce qui concernait

fondées aussi bien que

accusations

les

mensongères, et n'en continuaient pas moins leur vie Letlere pitioriche, I, 71, dans une lettre de Vinc. Borghini, 1577. Machiivelli, Stor.fior., 1. VII, cap. xxvm, dit des jeunes seiGU siudî loro gneurs florentins de la fin du quinzième siècle erano apparire col vestire splendidi, e col par lare sagaci edasluli, e quello cite più destramente mordeva gli altri, era piû savio e da più slimalo. a Comp. l'oraison funèbre composée par Fedra Inghirami sur Ludovic Podocataro (mort le 25 août 1504), dans les Anecd. lin., I, Massaino, l'auteur de la chronique scandaleuse, cité p. 319. par Paul. Jov., Dialogus de viris litt. illusir. (Tirabosghi, t. VII, »

:

parte IV, p. 1631).


DÉVELOPPEMENT DE L'INDIVIDU.

202

brillante et joyeuse

». Mais parfois des âmes tendres tombaient dans une sorte de désespoir sous l'influence du remords des fautes commises et des méchants propos 2 Peu à peu la médisance en vînt à ne plus respecter personne, et ce fut précisément la vertu la .

plus austère qui fut en butte aux attaques les plus violentes. C'est ainsi qu'à propos du grand orateur sacré Fra Egidio de Viterbe, dont Léon X récompensa le

mérite

par

chapeau du cardinal, et qui, lors des malheurs de l'année 1527, montra toute l'énergie d'un moine le

populaire

Paul Jove

»,

pâleur ascétique au paille

fait

entendre

moyen de

humide enflammée,

petite

croit pas laisse

il

jusqu'à

histoire en

un mot,

un certain

;

est dans ces ciren général, il débite

ayant soin d'ajouter

qu'il

n'en

le

et,

point.

La victime qui eut

médisance romaine, fut l'austère

Adrien VI; tout

le

monde

plus à

le

pieux

et

s'entendait en quelque sorte

considérer que par le côté burlesque. Adrien

avait désigné

1

*

dans une observation générale, deviner qu'elle pourrait pourtant être vraie

souffrir de la

pour ne

fumée provenant de

Jove

etc.

constances un véritable curial sa

la

qu'il entretenait sa

C'est ainsi

dédaigneusement

que

fit

le

groupe de Laocoon

presque toujours Léon,

et,

en somme, son

calcul était parfaitement juste; malgré les horreurs que les pamphlétaires ont dites sur son compte après sa mort, ils n'ont pu effacer le glorieux souvenir de son

existence.

2

Tel était le cas du cardinal Ardicino délia Porta, qui en 1494 vou ait se démettre de sa dignité et chercher un asile dans quelque couvent lointain. Comp. Infessura, dans Eeeard, il ' col. 2000. 3 voir son oraison funèbre dans les Anecd. lia., IV, p. 315 il réunit dans le sud de la marche d'Ancône une armée de paysans que la trahison du duc d'Urbin empêcha seule d'agir. Voir dans ïrucchi, Poésie ined, m, 123, les beaux

-

un amour sans espoir.

p

.

madrigaux où

il

chante

4

Voir dans Giraldi, Hecatommithi, VII, NOV. 5, parler à la table de Clément VII.

comment

il

osait


CHAPITRE

comme

— LA

IV.

idola antiquorum;

la

ne

fit

orner

cour

avait fermé l'entrée

il

du Bel-

inachevés les travaux de Raphaël, banni

védère, laissé

de

RAILLERIE ET L'ESPRIT MODERNES. 203

acteurs et les poètes

les

;

on

craignait qu'il

convertir en chaux toutes les statues destinées à

de Saint-Pierre. Dès

l'église

les

premiers jours,

il

plume redoutable d'un certain Franen menaçant de faire jeter dans le Tibre,

se brouilla avec la

cesco Berni,

non pas

la statue

de Pasquin

mais

»,

les

pamphlétaires

eux-mêmes. La réponse à cette menace fut opuscule « contre le pape Adrien », libelle par

la

haine, mais par

le

réserve sa lui

impute

les

Berni et d'autres

*

les

Allemands qui

du

feuilleton

dicté

non

d'Allemand

8 ;

l'auteur

cardinaux qui l'ont élu.

Rome eu

peste qui désolait

la

célèbre

mépris qu'inspirait ce barbare

ridicule, croisé de Hollandais et

violence pour

le

On

ce temps-là

3 ;

dépeignent aussi l'entourage du Pape, le

dominent

moderne qui

5 ,

avec

la liberté

piquante

travestit et qui grossit tout.

La biographie que Paul Jove

écrivit sous les auspices

du

le fait, devait être

un

cardinal de Tortosa, et qui, dans

pour tous ceux qui savent lire entre les lignes, un modèle de raillerie. Rien de comique (surtout pour l'Italie de ce temps-là) comme le passage où Adrien fait des démarches auprès du chapitre de Sara-

panégyrique,

est,

1 Toute la prétendue délibération qui a pour objet la suppression de la statue de Pasquin, dans Paul. Jov., Vita Hadriani, est Comp. Leitere de principi, I, transférée de Sixte IV à Adrien. 114 ss. Lettre de Negro du 7 avril 1523. Pasquin avait, le jour de Saint-Marc, sa fête particulière; le Pape défendit de la célébrer.

2

Dans

note, 381 8

passages rapprochés par Gregorovius. VIII, p. 380,

les ss.,

Compar.

393

ss.

Pier. Valer., Deinfel. Ut., ed.

Mencken,

p. 178

:

Pesti-

quatcum Adriano VI invecta Romam invasit. Compar ibid., p. 285. P. ex. : Firenzuola, Opère (Milano, 1802), vol. I, p. 116, dans les

lentiel

*

Discorsi degli animali. 8

Compar.

les

noms

dans Hoefler, Comptes rendus det séances de LXXXII, p. 435.

l'académie de Vienne (1876), t.


20

DÉVELOPPEMENT DE L'INDIVIDU.

i

gosse pour avoir les dévots

ments

ponné

«

mâchoire de saint Lambert; celui où Espagnols le couvrent de toutes sortes d'ornela

jusqu'à ce qu'il ait bien

selon les règles

»

;

l'air

d'uo pontife

pom-

et ces autres passages où, sur

roule dOstieà Rome, il fait une démonstration pleine de violence et de mauvais goût, délibère pour savoir si Pasquin périra par l'eau ou par le feu, interrompt tout la

à coup les discussions les plus graves parce qu'on lui

annonce

le dîner, et finit, après un règne malheureux, par mourir pour avoir bu trop de bière; sur quoi la maison de son médecin particulier est enguirlandée

par des coureurs de nuit et ornée de celte inscription Liberatori Patriœ S. P. Q. R. Sans doute, lors de la sup:

pression de toutes les rentes, Paul Jove avait aussi perdu la

sienne, et

n'avait obtenu

il

dommagement que parce c'est-à dire pas

un païen

serait la dernière

malheurs de

*.

Mais

il

«

de dé-

à titre

pas un poëte

était écrit

(1527), la

médisance

même temps

et la

que

»,

qu'Adrien

grande victime de ce genre. Après

Rome

diminuèrent visiblement en sité

un bénéfice

qu'il n'était

les

calomnie la

perver-

des individus.

Pendant que

les

mauvaises langues avaient encore beau

1 Ce qui peint admirablement les sentiments de Rome à l'égard d'Adrien, ce sont les paroles de Pier. Valerun, De infel. lit., ed. IVienrken, p. 382 Ecce adest Musarum et eloquenliœ toliusque nitoris hostis acerrimus, qui literalis omnibus irtimicitias minitaretur, quoniam ut ipse :

,

diclilubat, Terentiani essenl, quos

cum

odisse atque etiam persequi cœpitset

voluttlarium aîii exilium, alias atque alias alii latebras quœrentes tam diu laluere quoad Vei beneficio altero imperii anno decessil, qui si aliquanto diutius vixissel, Golhica illa citaturus.

Du

tempora adversus bonas

litteras videbalur sus-

reste, la haine générale

qui poursuivait Adrien provenait en partie de ce qu'étant pressé d'argent, il recourut à un impôt direct. IUnke, Histoire des papes, ï, p. 411. Comme contre-partie des faits que nous avons relatés jusqu'ici, nous rappellerons qu'il s'est, aussi trouvé quelques poëtes qui ont fait 1 éloge d'Adrien. Comp. de nombreux passages des Coryciana (éd. Rome, 1524), surt. JJ2b ss.


CHAPITRE

IV.

-

LA RAILLERIE ET L'ESPRIT MODERNES.

205

jeu, le pius grand calomniateur des temps modernes, Pierre Arétin, s'était formé surtout à l'école de Rome.

Un

jeté sur sa vie

coup d'œil

nous dispensera de nous

occuper d'écrivains moins célèbres dans ce genre.

Nous connaissons principalement années de

seul asile possible

lagunes,

trente dernières

les

(1527-1557), qu'il passa à Venise,

sa vie

pour

lui.

Retranché dans

la ville

comme

tenait toutes les célébrités de l'Italie

il

en état de

c'est là qu'affluaient

siège-,

aussi

le

des

pré-

les

sents des princes étrangers qui employaient ou redoutaient sa plume. Charles-Quint et François

sionnaient tous

deux en

les

même

I

er

le

pen-

temps, parce que

chacun espérait qu'Arétin écrirait des choses désagréables contre son adversaire; Arétin les

deux, mais s'attacha, à

comme de

Charles-Quint, parce que celui-ci resta

Après

Italie.

Tunis (1535), celui

la il

victoire

héros-,

il

faut

remportée

la

plus

le

par

quitte son ton habituel

de l'emphase

flattait tous

raison, plus étroitement

ridicule

maitre eu

Charles

sur

pour prendre diviniser son

et

remarquer à ce propos qu'Arétin ne cessa

de se bercer de l'espérance que Charles -Quint l'aiderait à

devenir cardinal.

Il

est

probable

qu'il

jouit

d'une

immunité toute spéciale en sa qualité d'agent espagnol, parce que par ses écrits ou par son silence on pouvait peser sur publique.

princes

les petits

italiens

papauté, sous prétexte

qu'il la

sur l'opinion

et

profond pour

la

connaissait de près;

la

affectait le mépris le plus

11

Rome on ne comme un homme

véritable raison de son mépris était qu'à

pouvait et ne voulait plus le traiter

honorable 1 «

Au duc

Vous

*.

Il

gardait un silence prudent sur Venise

de Ferrare,

allez faire le

avvilita nel

mirar

(enze impcriali,

»

le

1

er

janvier 1536

(Lcitere,

ed. 1539, fol. 39)

voyage de Rome à Naples,

:

riercando la visia

miser ie ponlificali con la contemplalioue délie cçcel-


DÉVELOPPEMENT DE L'INDIVIDU.

20«

lui donnait l'hospitalité. Quant au reste, ses relations avec les grands se bornent à la mendicité et au

qui

vulgaire chantage. C'est Arétin qui le

premier

pour arriver à ces polémiques que le Pogge publicité

et

un abus

fait

fins

violent de

la

méprisables. Les écrits

ses

adversaires

avaient

échangés un siècle auparavant, sont tout aussi infâmes, si l'on en considère le but et le ton; mais ils ne sont du moins destinés qu'à une sorte de demi-publicité. Arétin,

au contraire, veut complète;

il

la

publicité la plus large et la plus

est, à certains égards,

journalisme moderne.

Il

fait

un

des créateurs du

paraître des recueils pério-

diques de ses lettres et d'autres articles, après qu'ils ont déjà circulé partout

Comparé aux plumes mordantes du dix-huitième

siècle,

Arétin a l'avantage de ne pas s'embarrasser de principes gênants, de lumières à répandre, de philanthropie ou d'autres vertus à pratiquer, ni même de connaissances à propager; tout son bagage se réduit à la devise connue Veritas odium parti. Aussi ne fut-il jamais dans une fausse :

position,

de renier

comme

Voltaire, par exemple, qui fut obligé

sa Pucelle et de cacher

pendant toute sa

vie

d'autres de ses œuvres; Arétin signait tous ses écrits, et

même,

sur la fin cle sa carrière, il se vante ouvertement de ses fameux Ragionamenti. Son talent littéraire, sa prose claire et piquante, son esprit observateur le ren-

même à côté de sa complète impuissance à concevoir une œuvre d'art prodraient remarquable de toute façon,

1 Nous ne pouvons examiner ici comment il se rendit particulièrement redoutable aux artistes. L'instrument de publicité de la réformation allemande est surtout la brochure, en ce qui concerne des questions déterminées, sur lesquelles il n'y a pas lieu de revenir; Arétin, au contraire, est journaliste en ce sens qu'il a constamment de nouveaux motifs de recourir à la publicité.


CHAPITRE

- LA

IV.

RAILLERIE ET L'ESPRIT MODERNES. 207

dite, comme, par exemple, le plan comédie vraiment dramatique. Qu'on ajoute à

cela la

méchanceté

la fois,

preraent

avec

souvent

la

don

le

il

plus grossière et la plus raffinée à d'exceller dans le

la lutte,

il

La manière dont

il

:

,

pendant que

ou

qu'il puisse la dévorer.

exhorte Clément VII à ne pas se

plaindre, à ne pas songer à s

lui-même \

se jette sur sa proie

tourne autour d'elle en attendant

ner

genre grotesque, où

n'est pas inférieur à Rabelais

armé pour

Ainsi

d'une

les cris

la

vengeance, mais

de douleur de

s'élèvent jusqu'au château de Saint-Ange,

pardon-

à

Rome le

dévastée

Pape

est

prisonnier, dénote la malice d'un singe ou d'un démon. Parfois, quand il lui faut absolument renoncer à l'espé-

rance de recevoir des présents, sa fureur éclate en hurlements sauvages, comme, par exemple, dans le chapitre consacré au prince de

Salerne.

pendant quelque temps de

le

et

Celui-ci l'avait payé ne voulait plus continuer

pensionner; d'autre part,

rible Pierluigi Farnèse,

attention à

Comme

lui.

il

paraît que

duc de Parme, ne

fit

le

ter-

jamais

ce prince avait renoncé,

pour

à trouver

cause,

grâce devant l'opinion publique, il n'était plus facile de l'atteindre; Arétin l'essaya toute3

en comparant son extérieur à celui d'un sbire, d'un meunier et d'un boulanger. Arétin est surtout fois

,

amusant

lorsqu'il prend le ton larmoyant du mendiant de profession, par exemple, quand il s'adresse à François I er par contre, on ne lira jamais sans être écœuré ;

les

lettres et les

menace, malgré 1

P. ex.

dans

à'Albicante;

le

poëmes où

les traits

il

mêle

comiques

qu'il

'Dans

le

flatterie

à la

y prodigue. On

chapitre consacré à un mauvais poëte du nom il est impossible d'en citer des

malheureusement

passages. 3 Lettere,

la

du 31 mai premier chapitre à Côme.

ed. 1539, fol. 39,

1527.


DÉVELOPPEMENT DE L'INDIVIDU.

208

ne trouverait peut-être pas une seconde bre 1545 tion

tout en l'accablant de témoignages d'admira-

1 ;

cause de son Jugement dernier),

de Jules

II); enfin,

grand

tiné à apaiser le

menace parce

:

«

J'ai

voulu

vous êtes divino {di

si

*.

»

En

effet, soit

outrecuidance, soit manie de parodier tout ce qui

était célèbre,

il

tenait à être appelé divin et à entendre

partout cette épithète que

Quoi

flatteurs.

en

qu'il

de célébrité que, dans

maison où droit

ajoute

il

ne suis pas non plus d'acqua

vino), je

le

(aux dépens de

dans un post-scriptum des-

artiste,

simplement vous montrer que,

folle

il

indécent, voleur

qu'il est irréligieux,

l'héritier

comme

lettre

Michel-Ange, au mois de novem-

celle qu'il adressa à

3 .

il

était

Sans doute

soit,

la ville

il

parvint à un

les

ses

degré la

des curiosités de l'en-

restait, d'autre

entiers sans oser franchir le seuil

pas tomber entre

tel

d'Arezzo, on montrait

comme une il

donnée un de

lui avait

de

part,

des mois

sa porte,

mains d'un Florentin

pour ne

irrité,

comme

plus jeune des Strozzi, par exemple; les coups de

le

poignard bien que

bastonnades ne

et les

le résultat

lui

ont pas

manqué

3 ,

n'en ait pas été tel que Berni l'avait

prédit dans son sonnet

fameux

:

il

mourut dans

sa mai-

son, à la suite d'une attaque d'apoplexie.

Dans

la

distribution de ses flatteries

tions curieuses

:

aux étrangers

il

il

fait des distinc-

offre l'encens

le

plus

grossier pour des gens comme le duc Corne de Florence

il

;

réserve 1

la

louange délicate*.

GAYE, Carleggio,

II,

Il

loue la beauté du prince,

p. 332.

8

Voir la lettre impudente de 153G dans les Lcttere pittor., ï, Compar. plus haut, p. 180 et 181, la maison où Append. 34. était né Pétrarque, dans la même ville d'Arezzo.

3

L'Aretin per Dio grazzi»,

è

rivo e sano,

Ma'l mostaccio ha fregiato nobilmente,

E più

coldi ha, che dita in

una mano.

(Mauro, capitolo in Iode délie bugie.)

* Voir,

p. ex., la lettre

au cardinal de Lorraine,

Ltttere,

ed


CHAPITRE

IV.

LA RAILLERIE ET L'ESPRIT MODERNES. 209

qui était encore jeune à cette époque, et qui, en effet,

ressemblait beaucoup à Auguste sous ce rapport;

pureté de sa vie,

la

fait

il

vante

une courte digression sur

les

mère de Côme, Marie Salviati, termine en mendiant un secours, en gémissant sur affaires d'argent de la

dureté des temps,

Mais

etc.

si

Côme

pensionnait

le

élant donnée sa parcimonie habituelle,

pension assez élevée (160 ducats par an dans

les

la si,

lui servait

il

et

une der-

niers temps), cela tenait en partie à ce qu'en sa qualité

d'agent espagnol

il

était

un homme

fort dangereux.

Côme

Arétin pouvait se permettre de débiter contre

menaçant

injures les plus violentes, tout en d'affaires florentin

de

le faire

duc. Et, bien qu'à la fin

Charles-Quint, tin

ne

il

le

Médicis se

le

deviné par

vît

n'en devait pas moins craindre qu'Aré-

des vers satiriques dirigés contre

et

chargé

avant peu révoquer par

circuler à la cour impériale des

fît

le

les

mots piquants

Une

lui.

flatterie

d'un tour fort original est celle qu'il adresse au fameux

marquis de Marignano, qui, étant simple

Musso

«

châtelain de

un État indépen-

(voir p. 33), essaya de fonder

»

dant. Pour le remercier de lui avoir envoyé cent écus,

Arétin

lui écrit

un prince

:

«

Toutes

se rencontrent

corderait à

le

reconnaître

les qualités

en vous si la

débuts d'un souverain ne vous

peu rude

On fait

(aspro)

*.

la

tout le

monde

s'ac-

violence inséparable des

encore un

faisait paraître

»

a souvent relevé, à titre de

que

;

qui doivent orner

méchanceté

d' Arétin

phénomène s'est

curieux, le

toujours exercée

Venez. 1539,

fol. 29, du 21 nov. 153*, ainsi que les lettres à CharlesQuint, où il dit entre autres que pas un homme ne se rapproche autant de la divinité que Charles. 1 Pour ce qui suit, voir Gaye, Carleggio, II, p. 336, 337, 345. 9 Leiiere, ed. Venez. 1539, fol, 15, du 16 juin 1529. Comp. la

remarquable i.

lettre

au même, du 15 avr. 1529,

fol.

212.

14


DÉVELOPPEMENT DE L'INDIVIDU.

210

contre

les

hommes,

sont chose tout à

manière dont

il

et

jamais contre Dieu. Ses croyances

fait

d'intérêt personnel

pu

1 .

il

en

il

de

la

ses

que dans des vues

Il

n'était ni

docteur

ne pouvait pas extorquer de l'argent à

Dieu en employant

la

de refus à encourir, blasphèmes.

donnée

même

Je ne vois pas, du reste, ce qui

l'entraîner à blasphémer.

ni théoricien;

de

est

qu'il n'a faits

ouvrages d'édification,

aurait

insignifiante, étant

a vécu;

menace il

et la flatterie

-,

n'ayant pas

n'avait pas lieu de proférer des

Un homme comme

lui

ne

fait

rien pour

rien.

Ce qui témoigne en faveur de l'esprit italien actuel, une telle manière de procéder

c'est qu'un tel caractère et

sont devenus absolument impossibles. Mais, au point de

vue historique, Arétin restera toujours une figure considérable. écrits en vue d'obtenir le chapeau peur des rigueurs de l'inquisition, qu'il avait encore osé censurer vigoureusement en 1535 (voir fol. 37;, mais qui, depuis la réorganisation de cette institution (1542), augmentèrent tout à coup et réduisirent toutes les voix au silence. 1

II

a peut-être

rouge ou parce

composé ces

qu'il avait


TROISIÈME PARTIE LA RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ

CHAPITRE PREMIER OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES Arrivé à ce point de l'histoire

de

la

revue que nous faisons de

la culture intellectuelle,

de l'antiquité, dont

la «

nous avons à parler

renaissance

» est devenue le grande époque. Les phases que nous avons

nom de cette

même

décrites jusqu'ici auraient suffi,

imprimer un mouvement fécond aux

sous l'antiquité, à

esprits

en

Italie et

à hâter la maturité intellectuelle de la nation; de le

génie italien aurait pu trouver sans

elle

toutes les voies qu'il s'est frayées depuis; mais est pas

moins

après la

il

n'en

que tout ce que nous voyons avant et Renaissance porte plus ou moins l'empreinte vrai

du monde antique retrouve toujours à des choses. La

«

et

que

Renaissance

du monde

abstraction

de

si

trace de

la

la surface,

rement un des plus grands l'histoire

même

presque

»

le

fond

même

n'aurait pas été nécessai-

et des plus

l'on pouvait

l'influence

l'antiquité se

sinon dans

de

si

beaux

faits

de

facilement faire

l'antiquité.

Mais

nous


LA RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

212

devons

insister sur ce point, qui est

un des principaux de

ce livre, que ce n'est pas l'antiquité seule, mais son alliance intime avec le génie italien qui a régénéré le

monde a

d'Occident. L'indépendance que l'esprit moderne

gardée en

Italie, tout

en étant tributaire de l'antiquité,

est très-inégale et paraît souvent

presque nulle, dès que

l'on ne considère, par exemple, que la littérature néolatine-,

mais dans

l'art

plastique et dans plusieurs autres

sphères de l'activité humaine

elle est

extrêmement remar-

quable, et la fusion de deux époques de la vie intellectuelle d'un

même

siècles, apparaît

peuple, époques séparées par de longs

comme

produit d'un travail parfaite-

le

ment indépendant et, par

suite, légitime et fécond. C'était

au reste de l'Occident à se mettre en garde contre la grande impulsion qu'il recevait de l'Italie, ou bien à se laisser entraîner tout à fait le dernier cas,

ou en partie par le mouvefallait ne pas gémir sur la

ment; dans ruine prématurée du moyen âge, de

ses travaux, de ses

théories. Si les idées enfantées parle

moyen âge

pu

il

se défendre, elles vivraient encore;

aspirent

au

retour de

cet

les rêveurs qui

si

âge bienheureux

obligés d'y vivre seulement une heure, raient à grands cris tain

que

l'air

ils

du monde moderne.

dans une grande révolution

avaient

étaient

demandeIl

est cer-

comme

celle-Jà,

plus d'une belle et noble fleur périt sans être assurée de revivre pour toujours dans la tradition et dans la

mais ce n'est pas une raison pour maudire la révolution elle-même. Cette révolution consiste en ce poésie

;

que, à côté de l'Église qui jusqu'alors avait fait l'unité de l'Occident (privilège qu'elle allait perdre bientôt) se

forme un nouveau milieu à peu

comme

cultivés

intellectuel qui deviendra

peu

vivront tous les esprits

l'atmosphère où de l'Europe. Le plus grave reproche qu'on


CHAPITRE PREMIER.'

OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES.

213

puisse faire à cet élément nouveau, c'est d'être exclusif, c'est de diviser fatalement toute l'Europe en deux classes, la classe instruite et la classe ignorante. Mais ce reproche perd toute valeur, dès qu'on est obligé de reconnaître que le mal subsiste encore aujourd'hui, que

tout le

monde

le constate et

qu'on ne peut cependant

ie faire disparaître. D'ailleurs,

que cette démarcation

rable en Italie qu'ailleurs. italiens, le les plus

il

s'en faut de

beaucoup

soit aussi

tranchée et aussi inexodes plus grands poètes

Un

Tasse, n'est-il pas dans les mains des gens

pauvres?

L'antiquité romaine et grecque, qui, dès le quatorzième siècle, exerça une action si puissante sur la vie de l'Italie

comme base et comme source de ta et comme idéal de l'existence, en

comme but aussi comme

culture,

partie

contraste voulu, cette antiquité avait depuis longtemps fait sentir son influence à tout le monde du moyen âge.

Cette civilisation

parée à était

la

représentée par

Charlemagne, com-

barbarie du septième et du huitième siècle,

au fond une véritable renaissance et ne pouvait pas

être autre chose.

De même que

l'architecture

romane,

après avoir hérité des formes générales de l'antiquité,

en

était

venue à emprunter directement aux anciens cer-

taines formes particulières, de

réfugiée dans les

même la science, alors couvents, avait absorbé à la longue

une masse de matériaux et, à partir

d'Eginhard,

recueillis le style

dans

les

auteurs latins,

de ces modèles fut sou-

vent imité.

Mais Italie

le réveil

de

l'antiquité se fait tout

que dan*

le

Nord. Dés que

la

autrement en

barbarie cesse dans

Péninsule, le peuple italien, qui est encore à moitié antique, voit clair dans son passé; il le célèbre et veut le la

ressusciter.

En dehors de

l'Italie, il s'agit

de

la

mise en


LA RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

214

œuvre savante par le

le

monde

peuple à

tous les cle

la

monde savant rendent hommage à l'antiquité

;

en

qui

la fois

qui veulent

de quelques éléments fournis

et réfléchie

antique

revivre, parce qu'elle

faire

grandeur passée de leur pays. La

la

comprendre

Italiens à

et

rappelle à

facilité

langue latine,

la

monuments

souvenirs et de

et

Italie, c'est le

la

qu'ont

masse

qui subsistent encore

contribuent puissamment à ce développement intellectuel.

C'est de

ce

mouvement

de

et

maniques avec

et

politiques ger

lombardes, qui pourtant

temps, de

le

modifié

s'était

répandue par toute

chevalerie

la

en sens

l'action

contraire, de l'esprit des institutions

l'Europe, de l'influence du Nord, de celle de

gion

auquel

reli-

la

de l'Église que nait l'esprit italien moderne,

et

était réservé

l'honneur de servir de modèle à

l'Occident.

Les édifices qui, au douzième

Toscane,

et les sculptures

comment

le

la

parallèles dans la poésie,

l'art

s'il

est

la

plastique

même

Nous trouvons

barbarie.

dans

montrent

siècle

génie de l'antiquité inspire

dès que cesse

le

siècle, s'élèvent

du treizième

des

permis d'admettre que

plus grand poëte latin du douzième siècle, celui qui

donnait

le

ce temps,

ton pour tout un genre de ait

celui auquel

été

un

on doit

Italien les

poésie latine de

la

Nous voulons parler de

meilleures pièces de ce qu'on

appelle Carmina Burana. Le plaisir de vivre et de jouir

de l'existence sous

nisme

la

ressuscités, dans

Scipions remplacent

nisme, déborde

protection des dieux du paga-

un monde où

les saints et les

comme un

strophes rimées. Quand on

Catons et

les

magnifique dans ces

fleuve les lit

les

héros du christia-

d'un

trait,

à s'empêcher de reconnaître que c'est

bablement un Lombard qui parle

;

il

y

un a,

on

a

peine

Italien,

pro-

de plus, des


-

CHAPITRE PREMIER.

OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES.

raisons particulières pour le croire

Jusqu'à un

215

certain

point ces poésies latines des clercs errants du douzième siècle avec l'extrême frivolité qui les caractérise sont

certainement un produit celui qui a

composé

le

commun

teur

On

Flora

et

2

et

probablement pas un

JEstuans interius, etc., n'était

le

homme

mais

de l'Europe;

chant de Phyllide

du Nord, non plus que le sybarite, cet observaDum Dianœ vitrea sero lampas oritur.

fin qui a écrit

si

trouve

une renaissance des

ici

forme du vers

du moyen âge

fait

que

idées antiques,

la

d'autant mieux ressor-

y a bien des œuvres de ce siècle et des siècles suivants où l'on rencontre des hexamètres et des pentatir.

Il

mètres frappés au coin de l'antiquité avec toutes sortes

d'ornements antiques, surtout des souvenirs de logie, mais où l'on ne retrouve pas à

même

la

mytho-

beaucoup près

le

parfum d'antiquité. Les chroniques en vers hexa-

mètres

et d'autres

Apuliensis

(vers

productions à partir de Guilielmus

1100)

attestent souvent une

sérieuse

étude de Virgile, d'Ovide, de Lucain, de Stace et de Claudien; mais la forme antique est pure affaire d'érudition-,

il

pilateurs

logue

en est de

même du

fond antique chez des com-

du genre de Vincent de Bcauvais

et écrivain

et

du mytho-

allégorique Alanus ab Insulis. Mais la

Renaissance n'est pas une imitation partielle compilation, c'est une régénération; or tère qui se manifeste dans les poésies

du douzième

et

tel est le

du

clerc

une

carac-

inconnu

siècle.

V. appendice n° 1, à la fin du volume. Carm. bur., p. 155, à l'état de fragment seulement; le poëme entier se trouve dans Wright, Walther Mapes(1841), p. 258. Comp. Hubatsch, p. 27 ss., qui rappelle que le fond du poëme est un conte qui a paru sous plusieurs formes en France. JEst. imer. Carm. bur., p. 67. Dum Dianœ, Carm. bur., p. 124. De plus, on trouve dans le texte : Cor paiet Jovi; la jeune fille aimée porte des noms 1

2


RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

LA

216

Toutefois, ce n'est qu'au quatorzième siècle que

l'Italie

tout entièrese passionne réellement pour l'antiquité. Pour

que le fait se produisit, il fallait des conditions d'existence qui ne se rencontraient que dans les villes italiennes

:

réunion et égalité effective de

la

noblesse et de

la bourgeoisie;

formation d'une société qui éprouvait besoin de cultiver son intelligence et qui en avait

temps

et les

âge et

ses erreurs, la culture

moyens. Mais, en rompant avec

le le

moyen

le

ne pouvait pas arriver tout à coup, par voie de simple empirisme, à la connaissance

du monde physique et du monde intellectuel; il lui fallait un guide, et ce guide, elle le trouvait dans l'antiquité classique, qui s'offrait à vérité objective et lumineuse. la

elle

On

avec son trésor de

emprunta l'idée et forme avec reconnaissance, avec admiration; elle fut

d'abord l'élément principal de

la

lui

culture

moderne 1 La .

situation générale de l'Italie était d'ailleurs favorable à

cette

révolution

l'Empire du

pouvait à

s'y

Rome;

:

depuis

moyen âge

maintenir; la

le

la

chute des Hohenstaufen,

avait renoncé à l'Italie

plupart des puissances existant

avaient une origine violente et illégitime; l'esprit

de

la

ou ne

Saint-Siège s'était transporté

de

fait

quant

nation, sorti de son long sommeil,

il

à

était

à la recherche d'un idéal nouveau, d'un idéal durable, et c'est ainsi que l'Italie put rêver une seconde fois la

domination universelle et tenter de réaliser son rêve sous les auspices de Nicolas de Rienzi (voir plus haut, p.

17).

A

voir

la

manière dont

il

se

mit à l'œuvre,

antiques; une fois, l'ayant nommée Blanchefleur, il ajoute le nom d'Hélène, comme pour réparer une erreur. 1 Sylvius JEnèas {Opéra, p. 603, dans l'épît. 105, au duc Sigismond) montre dans une revue rapide comment l'antiquité peut servir de guide pour la solution de toutes les grandes questions de la vie.


-

CHAPITRE PREMIER.

notamment

lors

OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES. 217

de son premier tribunat, sa tentative ne

pouvait aboutir qu'à une comédie ridicule-, mais pour sentiment national, le souvenir de l'ancienne Rome

le

avait sa valeur. Italiens ne

Grâce à la culture antique retrouvée, les tardèrent pas à devenir le peuple le plus

avancé du monde et à sentir leur supériorité sur les autres nations.

Esquisser à grands traits ce

en étudier surtout l'origine, allons essayer de remplir

mouvement des

telle est la

esprits,

tâche que nous

1 .

'Pour plus de détails nous renvoyons aux ouvrages déjà souvent eues de Roscœ Laurent le Magnifique, et Lèon X, ainsi qu'à G. VOIGT brfvmsœncas de Piccolomini, pape sous le nom :

:

de Pie II

époque, Berlin, 1856-63, et

et

son

aux ouvrages de Reumont et de GregoCUéS Si 1 011 veut se fail e » ne Wée de ÎKïS,f 1 étendue des connaissances qu'embrassaient les gens instruits du commencement du seizième siècle, on ne trouvera nulle part de "ejjrs renseiffnemente que dans les Commentarii d Raphaël f ° iS

HT"

-

S

~

Volaterkands ed. Basil. 1544, fol. montre que l'antiquité était la base de

'

IZi

16 et autres). Ce livre

la science qu'eile e retrouvait dans la géographie, dans l'histoire locale, d\,ns les biograplnes de tous les hommes puissants ou célèbres, dans la nhilomùT * lt et ,eS sciences spéciales, jusque d.ns 1 analyse de tout Anstote, qui termine l'ouvrage. Pour apprécier 8 0 6 1 im P° rtance de ce livre comme source la 311 16 com arer à toutes P les encyclopédies . anfSil e qUeSti ° n 56 trouve traitée d ulle manière «-omTèt p, ÎS" ée dans 1 excellent ouvra s e de G l« ? ; ChmiqUe ° U le Prmier *** l'humanisme, Ber-

V?*££F?™A*-

Sr""? / ?

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••


CHAPITRE

II

ROME, LA VILLE AUX RUINES CÉLÈBRES. aux grandes ruines, n'est plus la même I qu'à 1 à nos yeux et n'inspire plus les mêmes sentiments les ! écrivait Malmesbury de Guillaume l'époque où ». L'ima- I d'histoire ouvrage » son et « Merveilles de Rome

Rome,

la ville

gination du pèlerin pieux

comme

de trésors restent au-dessous de du patriote. C'est dans ce sens les paroles

méritent

la

de Dante

8

»

«

du chercheur 1

de l'historien et 1

qu'il

faut

entendre!

Les pierres des murs de

vénération de tous, et

ville est bâtie est plus

disent.

:

celle

celle

le

Rome

I

sol sur lequel la I

respectable que les

hommes ne

le I

Pourtant l'extrême fréquence des jubilés ne!

guère de pieux souvenirs dans la littérature pro-l prement dite; ce que Giovanni Villani (p. 95) rapporte!

laisse

de plus précieux du jubilé de

l'an 1300, c'est la

résolution!

205, » Dans Guill. Malmesb., Gesla regum Anglor., 1. II, § 169, 170, 277 ss., p. 354 ss.| 206 (publié par Hardy, Londres, 1840, vol. I, p. trésors, puiîj on trouve différentes fantaisies de chercheurs de

Vénus comme objet d un amour fantastique, enfin la découverte milieu du du corps gigantesque de Pallas, fils d'Evandre, vers le monum, onzième siècle. Comp. Jac. ab âquis, Imago mundi (Hist.patr.

Colonna, se col. 1603), sur l'origine de la maison des d'autres histoire Outre cachés. trésors de l'existence à rattachant d'Hildebert du de trésors, Malmesbury mentionne aussi l'élégie qui est un des exemples les plus extra-

script.,

t. III,

Mans, évéque de Tours, la pre; ordinaires de l'enthousiasme humaniste qui régnait dans mière moitié du douzième siècle. * Dante, Convito, Tratl., IV, cap. v.


CHAPITRE

II.

ROME, LA VILLE AUX RUINES CÉLÈBRES. 219

de devenir historien, résolution qu'a

nous

fait

entre

chrétienne;

en

lui

un sentiment

connaître un autre sentiment,

qui se partage quité

fait naître

de Rome. Pétrarque, de son côté,

l'aspect des ruines

raconte

il

classique

l'antiquité

l'anti-

monté souvent

est

qu'il

et

avec son ami Giovanni Colonna sur les voûtes gigantesques des Thermes de Dioctétien

1

dans cet air

là,

;

pur, dans ce profond silence, dominant ce vaste pano-

rama,

ils

parlaient ensemble,

domestiques

de

et

non

politique,

d'affaires, d'intérêts

mais

leurs

d'histoire-,

regards cependant se promenaient sur les ruines qui les entouraient

de

toutes

philosophie

christianisme;

la

arts formaient

aussi

de

fois,

bon

et

depuis

ces

le

Dans

parts.

Pétrarque représentait surtout

et

sujet de

grands

les

entretiens,

ces

Giovanni

passé,

le

le

inventeurs

des

discours.

Que

jusqu'à

Gib-

leurs

hommes

Niebuhr, ces ruines admirables n'ont-elles pas

inspiré aux historiens de grandes et fécondes méditations

S

Ce double sentiment se retrouve encore dans le Dittamondo de Fazio degli Uberti, composé vers 1360; c'est la relation

d'un voyage imaginaire où l'ancien géo-

graphe Solinus accompagne l'auteur

comme

Virgile

accompagne Danfe. De même qu'ils visitent Ban en l'honneur de saint Nicolas, le mont Gargano par dévotion à l'archange saint Michel, de

Rome

la

légende d'Ara Cœeli et

même

celle

ils

rappellent à

de sainte Marie du

Epp.familiares, VI, 2, détails sur Rome avant qu'il l'eût vue, et expression de son désir de voir cette ville. Epp.fam ed. Fracass., vol. I, p. 125, 213; vol. II, p. 336 ss.; compar. dans L. Geiger, Pétrarque, p. 272, note 3. Déjà Pétrarque se plaint du grand nombre d'édifices détruits et abandonnés, dont il fait l'énuméra1

,

tion (De remediis utriusque fortunœ,

lib.

I,

dial.

118);

il

fait

cette

remarque caractéristique qu'il existait d'innombrables statues antiques, mais pas un tableau (41).


LA RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ

220

Translévère; pourtant

la

splendeur profane de

Rome monde

la

antique les passionne plus que les souvenirs du chrétien; une

beaux,

c'est

femme vénérable, aux vêtements en lamRome elle-même, — leur raconte sa glo-

rieuse histoireet leur décrit minutieusement les triomphes

d'autrefois

1

;

ruines

promène

puis elle

la ville et leur

explique

les

étrangers par toute

les sept collines et

une foule de

— che comprender polrai, quanto fui bellu!

Malheureusement cette Rome des papes d'Avignon

et

des pontifes schismatiques n'était déjà plus, à beaucoup près, relativement aux souvenirs de l'antiquité, ce qu'elle avait été quelques générations auparavant.

Un

acte de

vandalisme qui a dû ôter leur caractère aux édifices

les

plus considérables qui existaient encore, c'est celui que

commit

le

sénateur Brancaleone (1257) en faisant raser

cent quarante-six maisons fortifiées qu'habitaient des

grands de Rome; dans

les

la

noblesse s'était certainement installée

ruines les plus hautes et les mieux conservées

Néanmoins

il

en

restait

.

encore infiniment plus que ce

qui subsiste aujourd'hui, et fices avaient sans

8

notamment beaucoup

d'édi-

doute encore à cette époque-là leurs

1 Dittamondo, il, cap. m. Ce trait rappelle encore en partie les images naïves des rois mages et de leur suite. La description de la ville, II, xxxi, n'est pas tout à fait sans valeur au point de Suivant le vue archéologique (Gr.EOoaovius, VI, p. 697, note 1). Polisiore (MuruT., XXIV, col. 845), Nicolô et Hugo d'Esté firent en 1366 le voyage de Rome Pcr vedere quelle magnificenze antiche, ehe

:

al présente

si

possono vedere in Borna.

2 Gregorovius, V, 316 ss. On trouve ici incidemment une preuve du fait que l'étranger même regardait au moyen âge Rome comme une carrière :1e célèbre abbé Suger, qui (vers 1140) cherchait de grands fûts de colonnes pour l'édifice qu'il faisait construire à Saint-Denis, ne songeait à rien moins qu'à faire transporter en France les monolithes en granit des Thermes de Dioclétien, mais heureusement il changea d'idée. Suyerii libJiiis aller, dans Ouchesne, Hisl. Franc, seriptorcs, IV, Chartep. 352. magne avait été certainement plus discret»


CHAPITRE

II.

revêtements

ROME, LA VILLE AUX RUINES CÉLÈBRES.

et

leurs incrustations de

colonnades et d'autres ornements, tandis

221

marbre, leurs

ne reste

qu'il

aujourd'hui que la brique nue. L'existence de ces précieux débris fut cause qu'on entreprit sérieusement de faire

topographie de

Dans

on

les

mêmes

liée

la

la

antique.

pérégrinations du Pogge à travers

pour

voit

la ville

première

fois l'étude

Rome"

des ruines

plus intimement à celle des anciens

el

es-

wtmf<

et à celle des inscriptions (qu'il trouve et qu'il déchiffre

malgré toutes

les difficultés 2); l'imagination est

au second plan, et

la

pensée de

Rome

la

reléguée

chrétienne est

écartée volontairement. Seulement l'ouvrage du

Pogge ne

soit pas

il est à regretter que beaucoup plus élen u

ne soit pas orné de gravures. Cet auteur a.trouvé beaucoup plus de monuments bien conservés que Raphaël

et qu'il

n'en a trouvé quatre-vingts ans plus tard. Lui-même a encore vu intact le tombeau de Cécilia Métella, ainsi que

colonnade d'un temple situé sur

la

et a retrouvé plus tard ces

la

pente du Capitule,

monuments

à moitié détruits;

ces dégradations provenaient de ce que le marbre avait le

funeste avantage de pouvoir facilement se convertir en

chaux.

Une

partie de l'immense colonnade qui se trouve

le même sort. Un chroniqueur de 1443 raconte que cette barbare transformation du

près de

1

la

POCCU

écrite

Minerve subit

Opéra, ed. 1513,

vers 1430,

fol. 50-52.

c'est-à-dire

Ruinarum urhs Homes

peu de temps après

descriptlo,

mort de Martin V. Les Thermes de Caracalla et de Dioclétien avaient encore leurs incrustations et leurs colonnes. Comp. pour les détails Gregorovius, VI, p. 700-705. 2 L e Pogge considéré comme un des premiers collectionneurs d'inscriptions dans sa lettre qui figure dans la Vita Poggii, MURAT., XX, COl. 177. AMCROS. Travcrsarii epislolw, XXV, 42. Un petit livre que le P. a écrit sur les inscriptions, semble perdu. Shepherd, Life ofPoggio, trad. Toneui, I, p. 154 ss. Le Pogge considéré comme collectionneur de bustes, Murât., XX, col. 183, et la lettre qui figure dans .SiirpncRD-ToNEUi, I, 258 la


LA RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

222

marbre en chaux dit-il-,

que de

1 ;

«

c'est

une infamie,

car les édifices modernes sont pitoyables, et ce

Rome la

se fait toujours

a de beau, ce sont

ville,

les ruines

2

».

Les habitants

avec leurs manteaux campagnols et leurs

bottes, faisaient aux étrangers l'effet de bouviers, et,

dans

Banchi;

les

bétail

le

fait,

le

circonstances

seules

dans

venait paitre jusque

l'on

les

réunît,

se

que

c'étaient les processions; c'est aussi à cette occasion

montraient

se

Dans

les belles

femmes.

années du pontificat d'Eugène IV

les dernières

(mort en 1447), Blondus de Forli écrivit sa Roma instaurata, en se servant déjà de Frontin et des anciennes

monographies,

que d'Anastase,

ainsi

parait-il.

de décrire ce qui existe, mais

n'est pas

restaurer par

la

pensée ce qui a disparu.

Son but de

plutôt

Comme

il

le

dit dans la préface de ce livre dédié au Pape.il se console

par

les belles reliques

Avec Nicolas V (1447-1455), distingue la Renaissance,

Par suite

faisait

.

goût des monuments, qui

monte sur la ville

le

trône pontifical.

et dejî embellisse-

sans cesse, les ruines se trouvaient

menacées; mais, d'autre part, dont

le

de l'importance de

ments qu'on y

Rome possède 3

des saints, que

elles étaient le plus

la

gloire de la vie éternelle,

précieux ornement,

comman-

dait de les respecter. Pie II a la passion des antiquités;

1

Fabroni,

Cosmus,

Adnot. 86.

Extrait

d'une lettre d'Alberto

degli Alberti à Jean de Médicis. Des témoignages et des plaintes semblables se trouvent réunis dans Gregorovius, VII, p. 557. Sur l'état de Rome sous Martin V, voir Platina, p. 277; pendant

l'absence d'Eugène IV,

v.

Vespasiano, Fiorent., p. 21.

Roma instaurata, ouvrage écrit en 1447 et dédié au Pape imprimé pour la première fois à Rome en 1474. antiquité, » Compar. ses distiques dans VOIGT, Renaissance de t pape qui lance une p. 275, note 2. Il est, d'autre part, le premier bulle pour la protection des monuments (4 Kal. Maj. 1462) et qui ces édicté des peines contre ceux qui les dégraderaient. Mais 2

;

mesures ne servirent à rien; compar. Gregorovius, vil,

p. 558 ss.


CHAPITRE

IL

ROME, LA VILLE AUX RUINES CÉLÈBRES.

parle peu de celles de

s'il

Rome

il

toute son attention à celles du reste de le

premier qui

ait

voisinage de

le

grande distance. Sans doute merveilles de

égal bien

comme il

écrire,

l'Italie, et il est

bien connu et fidèlement décrit celles

qui se trouvent dans

les

223

a donné, par contre,

la

les

la ville

jusqu'à une

monuments

chrétiens et

nature l'intéressent à un

ecclésiastique et

degré

comme cosmographe, ou

faut admettre qu'il a dû se faire violence

par exemple, que Nola

pour

plus de gloire

tirait

du

souvenir de saint Paulin que des souvenirs romains et

du combat héroïque de Marcellus. Non pas lieu

qu'il

y

ait

de douter de sa croyance aux reliques, mais son

esprit est déjà plus épris de la nature et de l'antiquité et

plus porté vers l'étude des

Môme

artistiques. tificat,

dans

tourmenté par

sérénité,

il

se fait

les la

monuments et

vers les éludes

dernières années de son pon-

goutte, mais gardant toute sa

transporter par monts et par vaux

dans une chaise à porteurs à Tusculum, à Albe, à Tibur, à Ostie, à Faléries, à Ocriculum, et prend note

de tout ce

vu;

qu'il a

il

recherche

les

anciennes voies

romaines, les anciens aqueducs, et s'efforce de déterminer les limites

des endroits occupés jadis par

les

peuplades

qui se pressaient autour de Rome. Dans une excursion

Tibur avec le grand Frédéric d'Urbin, tous deux passent leur temps de la manière la plus agréable à parler de l'antiquité et des guerres antiques, surtout qu'il fait à

de

celle

de Clusium dont les

même

de Troie;

Mantoue (1459),

il

lorsqu'il se

rend au congrès de

cherche, bien qu'eu vain,

il

est question

dans Pline,

bords du Mincio ce qu'on appelle

le

labyrinthe

et visite sur

la villa

de Virgile.

'Ce qui suit est extrait de Jo. Ant. Campanus Vita PU II, dans Muratoiw, III, h, col 980 SS. Pu II Commentant, p. 48, 72 ss., :

206, 248 ss., 501 et ailleurs.


LA RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

224

naturel que ce pontife demandât auxabré-

était assez

11

un

viateurs de s'exprimer dans la

guerre de Naples, n'avait-il pas amnistié

comme

les

le

nom

population? C'est à

1

Arpinates

était

voulait dédier sa

lui seul,

Roma

en

triumphans,

1

premier essai d'une

le

époque, cette ardeur à étudier

romaines avait naturellement

q

sa qualité de protec- I

description complète de l'antiquité romaine cette

I

encore très-commun parmi

de l'archéologie, que Blondus pouvait et

teur éclairé

A

de

étant des compatriotes de M. Cicéron ainsi que

de Marius, dont la

latin classique; lors

gagné

le

J

1 .

antiquités!

les

reste de l'Italie.

Déjà Boccace* appelle les ruines de Baies

de

«

| vieilles I

bâtisses, qui

pourtant sont nouvelles pour des esprits!

modernes

depuis, elles passèrent pour la plus remar-1

»

;

quable curiosité des environs de Naples. Déjà se for-I

maient aussi des collections d'antiquités de tout genre.!

Ciriacod'Ancône (mort en 1457), qui expliquâtes monu-| ments romains à l'empereur Sigismond (1433), parcourut!

non-seulement

l'Italie,

mais encore d'autres pays de

l'ancien orbis terrarum, la

même

Grèce et

les îles

de l'Archipel,

certaines parties de l'Asie et de l'Afrique, et rap-

porta de ses pérégrinations une foule d'inscriptions, de médailles et de dessins il

se

;

quand on

donnait tant de peine,

ressusciter les morts

3 !

il

lui

demandait pourquoi

répondait que

c'était

pour

Les chroniques locales avaient de

tout temps fait entendre que l'histoire des villes se rattachait à celle de

Rome

fondées ou colonisées par 1

2 s

et qu'elles avaient toutes été la capitale

du monde

4 ;

deputt

La première édition est datée de Brixen, 1482. BOCCACCIO, Fiammetla, cap. V. Opère, ed. MOUTIER, VI, p. 91. Cyriaci ûnconitani Ilinerarium, ed. Mehus. FloSon ouvrage :

rence,

1742.

Corapar. Leandro Ai,berti, Descriz. di

lutta

Vltalia

fol. 285.

*

Citons deux exemples seulement

:

l'histoire fabuleuse de

l'ori-


CHAPITRE

II.

ROME, LA VILLE AUX RUINES CÉLÈBRES.

longtemps des généalogistes complaisants

225

faisaient déri-

ver certaines familles modernes de célèbres familles

romaines. De telles assertions étaient

si flatteuses que au encore quinzième siècle, malgré les l'on y croyait lumières de la critique naissante. A Viterbe Pie II 1

,

répond naïvement aux orateurs romains qui hâter son retour dans patrie aussi bien

la ville

éternelle

que Sienne, car

la

:

«

le

prient do

Rome

le

fréquent emploi des

d'Énée et de Sylvius dans notre maison. qu'il aurait

» Il est

bien aimé descendre des Jules. Paul

de Venise) eut

ma

Rome

mini, à laquelle j'appartiens, a jadis émigré de

Sienne, ainsi que le prouve

est

famille des Piccolo-

à

noms

probable II

(Barbo

aussi d'illustres ancêtres; malgré son

origine germanique, les généalogistes

des Ahenobarbus de

Rome,

le firent

descendre

qui étaient allés fonder une

colonie à Parme, et dont les descendants avaient émigré à Venise

par suite de dissensions intestines*.

Il

n'est pas

extraordinaire que les Massini aient prétendu descendre gine de Milan, dans le Manipulas (Murât., XI, col. 552), et celle de l'origine de Florence, dans Gio. Villani; (qui suit, ici comme ailleurs, la fausse chronique de Ricardo Malespini), d'après lequel Florence a toujours raison contre Fiésoles, qui est antiromaine et rebelle, parce qu'elle-même est si dévouée à Rome (I, 9, 38 Dante, In/., XV, 76. 41; II, 2).

Commentarii, p. 206, liv. IV. Mich. Cannesius, VUa Pauli II, ed. Quirini, Rome, 1740, et aussi dans Murât., III, ri, col. 993. L'auteur, à cause de sa parenté avec 1

2

Pape, ne veut pas être désobligeant, même à l'égard de Néron, de Domitius Ahenobarbus; il n'en dit que ces mots : De quo rerum scrif tores multa ac diversa commémorant. La famille Plato de Milan, par ex., allait plus loin quand elle se flattait de descendre du grand Platon; il en était de même de Filelfo, quand, dans un discours prononcé à l'occasion d'un mariage et dans lé panégyrique de Theodoro Plato, il osait dire la même chose (comp. C Rosmini, Filelfo, H, 121 ss.), et d'un certain Giovan Antonio Plato, quand il se permettait de mettre au bas du relief représentant le philosophe (relief sculpté par lui en 1478 et se trouvant dans le pal. Magenta à Milan) l'inscription suivante Platoncm suum, a quo originemet ingenium rc/ert.., le

le fils

;

h

15


LA RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

226

de F. Fabius Maximus, et

Cornaro de

les

la famille

Cornélius. Par contre, au seizième siècle,

Bandello, qui veut se faire passer pour

d'une famille considérable de

la

le

des

nouvelliste

le

descendant

nation des Ostrogoths,

constitue une exception très-digne de remarque.

Revenons

à

Rome. Les

s'appelaient alors

habitants de cette ville

l'espèce d'admiration respectueuse le reste

de

«

qui

Romains», acceptaient comme un tribut

l'Italie.

Sous Paul

II,

que leur témoignait

Sixte IV et Alexandre VI,

nous verrons de magnifiques mascarades, destinées à reproduire l'image qu'on aimait le mieux à se retracer

en ce temps-là, c'est-à-dire

le

cortège

pompeux des an-

ciens triomphateurs romains. C'est sous cette

forme que

se célébraient toutes les fêtes solennelles. Tel était l'esprit public lorsque, le 15 avril 1445, le bruit se répandit

qu'on avait découvert

le

corps, admirablement beau et

parfaitement conservé, d'une jeune Romaine des temps antiques 1 Des maçons lombards qui travaillaient dans .

une

terre

du couvent de Sainte-Marie, près de

la

voie

Appienne, à exhumer un tombeau antique, trouvèrent

un sarcophage de marbre avec «

Julie,

fille

fantaisie

:

de Claudius.

»

cette inscription, dit-on

d'après la légende, les

est

que contenait

aussitôt avec les trésors

:

du domaine de la Lombards disparurent

Le reste

le cercueil et les

pierres précieuses dont la morte était parée; cette der-

nière

était

contre

la

enduite d'une

décomposition

comme une jeune mourir; on

allait

;

essence qui

la

garantissait

aussi était-elle fraîche et souple

de quinze ans qui viendrait de

fille

jusqu'à dire qu'elle avait encore

les

1 Voir sur ce sujet Nantiporto, dans Murât., III, u, col. 1094, qui avoue qu'on ne pouvait plus distinguer si c'était le corps d'un homme ou d'une femme lnfessura, dans Eccard, Scripiores, H, col. 1951; Matarazzo, dans VArch. stor., XVI, II, p. 180. :


CHAPITRE

II.

-

couleurs de la

moitié ouverts.

ROME, LA VILLE AUX RUINES CÉLÈBRES. vie,

On

que sa bouche la

et ses

227

yeux étaient à

porta au Gapitole, dans

le palais

consacré aux reliques du passé, qui devint aussitôt l'objet d'un pèlerinage. Quantité de peintres vinrent copier cette merveilleuse dépouille; « car elle était belle au delà de toute expression, et il fallait l'avoir vue pour croire

à cette beauté surnaturelle ». Mais, sur Tordre d'Inno-

cent VIII, elle fut emportée au milieu de

la nuit et enterrée secrètement au delà de la porte Pinciana, et le sarcophage seul resta dans la galerie de la cour du palais.

Probablement on

avait

moulé en

cire

un masque de cou-

leur qu'on avait appliqué sur la tête du cadavre, et les cheveux d'or dont il était question devaient parfaite-

ment encadrer ce masque embelli jusqu'à l'idéal. Ce qu'il y a de frappant en cela, ce n'est pas le fait lui-même, mais le préjugé, solidement ancré dans les esprits, que le corps antique que l'on croyait avoir réellement sous les yeux, nécessairement plus beau que ce qui existait alors.

était

Cependant, grâce aux

fouilles,

on

arrivait

de jour en

jour à mieux connaître l'ancienne Rome.

Déjà sous Alexandre VI, on apprit à connaître ce qu'on appelle les grotesques, c'est-à-dire les ornements des murs et des

voûtes des anciens,

et l'on

trouva à Porto

d'Anzo

l'Apollon du Belvédère; sous Jules II eut lieu la glorieuse

découverte du Laocoon, de

la

Torse, de

même

la

Cléopàtre, etc.

et des cardinaux

commencèrent

Vénus du Vatican, du les palais

des grands

à se peupler de statues

antiques et à se remplir de fragments précieux. Raphaël entreprit pour Léon X cette restauration idéale de toute la ville des Césars, dont parle sa fameuse lettre de 1518 •Déjà sous Jules II on faisait des fouilles dans le but de trouver des statues. Vasari, XI, p. 302, V. di Gio, da Udine. Compar.

Grego-

Iioyius, VIII, p. 186.


LA RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

228

ou 1519 ». Après

il

amèrement des destructions notamment encore sous Jules II,

s'être plaint

qui duraient toujours,

appel au pontife et

fait

le

conjure de prendre sous sa

protection les quelques témoignages qui restent de la grandeur et de la force de cette âme divine de l'anti-

dont le souvenir enflamme encore aujourd'hui ceux qui sont capables de s'élever dans la région idéale de l'art. Puis il pose, avec une remarquable sûreté de

quité,

coup l'art

d'œil, les

fondements d'une histoire comparée de

en général, et

il

finit

par établir ce principe, qui a

prévalu depuis, qu'il convient de

«

relever

»

les

monu-

ments anciens en indiquant à part le plan, la coupe et Notre cadre ne nous permet pas d'exposer en détail comment, à partir de cette époque l'archéologie,

l'élévation.

,

considérée surtout au point de vue de

la ville éternelle

de sa topographie, devint une science spéciale, comment l'Académie de Vitruve sut du moins fixer un pro-

et

gramme

colossal'. Mais

nous nous étendrons sur

le

pon-

tificat de Léon X, sous lequel l'admiration de l'antiquité se joint aux plaisirs les plus délicats pour former ce

merveilleux ensemble d'instincts et de jouissances qui, à Rome, élève la vie à sa plus haute expression. Le Vati-

can résonnait de chants et de concerts harmonieux qui la ville entière à goûter les joies de

semblaient inviter

l'existence, bien que

Léon

X

lui-même eût de la peine

à

chasser par ce

moyen

les

chagrins et les soucis, bien

que l'espérance

qu'il avait

de prolonger sa vie au moyen

k

La

lettre fut d'abord attribuée à Castiglione. Leilere di Negozj Padoue, 1736 et 1769. Daniel Francesconi

del Conte Bald. Castiglione,

prouva en 1799 qu'elle était de Raphaël; elle a été, de nos jours, reproduite d'après un manuscrit de Munich, dans Passa. vant, Vie de Raphaël, III, p. 44. Conip. surtout GRUYER, Raphaël et l'antiquité, 1864, l,

p. 435-457. Leltei s pitln, iche, II,

I.

Tolomei à Laudi,

14

UOV. 1542,


CHAPITRE de

la

M.

ROME, LA VILLE AUX RUINES CÉLÈBRES.

220

gaieté \ fût déçue par suite de sa mort prématurée.

Jamais on ne pourra détourner ses regards du brillant tableau que fait Paul Jove de

gré

ombres qui

les

la

Rome

de Léon X, mal-

l'assombrissent, c'est-à-dire l'état de

servitude de ceux qui veulent parvenir,

la

misère cachée

des prélats, qui, bien que chargés de dettes, sont obligés de

mener un

train de vie conforme à leur rang 8

qui préside aux faveurs que Léon

X

;

répand sur

le

hasard

les litté-

Le

rateurs, enfin la prodigalité ruineuse de ce pontife*.

même

Arioste, qui connaissait

qui s'en moquait

si

si

bien cette situation et

gaiement, n'en trace pas moins dans

sixième satire une image mélancolique et touchante

la

de ces poètes distingués qui l'accompagneraient à travers ville

la

aux ruines sublimes;

ment des doctes

il

conseils qu'il

parle avec attendrisse-

y trouverait pour

ses tra-

vaux poétiques et des trésors de la Bibliothèque Vaticane.

Rome, et non

Voilà ce qui l'attirerait à

protection des Médicis, à laquelle

longtemps,

envoyé de Outre

si

la

a renoncé depuis

y retourner comme

cour de Ferrare.

le zèle

des archéologues et

ments patriotiques, ailleurs des

il

l'on voulait l'engager à

l'espérance de la

les

grands senti-

ruines éveillèrent à

les

Rome

tendances élégiaques et sentimentales.

et

On

trouve déjà dans Pétrarque et dans Boccace des notes

de ce genre (p. 219, 224);

1

le

Pogge

(p.

221) va voir sou-

voulait curis animique doloribus quacunque ratione adilum interil aimait la gaieté, le badinage, la musique, et les regardait comme un moyen de prolonger sa vie. Leonis vitaanonyma, dans II

cluderc;

X

Roscoe, ed. Bossi, XII, 2

Parmi

les satires

(Poiche, AnnïbaU, etc.)

p. 169.

de l'Arioste, la I (Perc'ko molto, doivent être rappelées ici.

etc.) et la

IV

3 Lettere de principi, p. 107. Lettre Ranke, les Papes, I, 408 SS. de Negri, 1" septembre 1522 ...Tutti questi cortigiani esausti da Papa Leone e falliti... ils se vengèrent après la mort de Léon X par un© foule de vers moqueurs et d'épitaphes satiriques. :


LA RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

230

vent

temple de Vénus

le

souvent, et là

blait

si

sans

fin,

de Rome, avec l'idée que

il

le

Sénat s'assem-

s'absorbe dans des méditations

soDgeant aux grands orateurs Crassus, Horten-

sius et Cicéron. Pie II

quand

et

de Castor et de Pollux, où

c'est celui

il

fait la

prend tout

à fait le ton sentimental

description de Tibur

peu de temps

et,

après lui(1467), Polifilo inaugure l'idéalisation des ruines 8 il

:

montre des débris de voûtes et decolonnadesimmenses,

disparaissant à moitié

sous uae forêt de platanes, de

lauriers, de cyprès séculaires et de buissons inextricables.

Dans

l'histoire sacrée s'introduit,

ment, l'usage de

on ne

ruines magnifiques d'un palais d'autrefois

tude d'orner de ruines tueux n'est que

sait

trop

faire voir le Christ naissant

artificielles

com-

dans

les

Enfin l'habi-

*.

des jardins somp-

la manifestation pratique

de ce

même

sentiment. 1

Pu

II

l'élégie de

Commentant, p. 251, dans

Sannazar

:

Ad

ruinas

le

livre V. Comp. aussi urbis vetustissimœ {Opéra,

Cumarum

236 SS.). POLIFILO (c est-à-dire Franciscus Columna), Hypnerotomachia, ubi humana omnia non nisi somnum esse docet atque obiter plurima scita sane quam digna commémorât. Venise, Aide Manuce, 1499. Comp. sur ce fol. 2

livre

si

remarquable entre autres Didot, Aide Manuce, Paris,

1875,

p. 132-142 et Gruyer, Raphaël et l'antiquité, l, p. 191 SS. J. BurCKHARDT. Histoire de la Renaissance en Italie, p. 43 SS., et le livre d'A, Ilg,

Vienne, 1872. 3 Tandis que tous les Pères de l'Église et tous les pèlerins ne connaissent qu'une grotte. Les poètes aussi peuvent se passer du palais. Comp Sannazaro, De parlu Virginis, \, II, y, 284 SS.


CHAPITRE

III

LES AUTEURS ANCIENS.

Naturellement,

grecque

et

ouvrages littéraires de l'antiquité

les

romaine étaient infiniment plus nombreux

plus considérables que les

ancienne et de

comme

l'art

monuments de

ancien eu général.

On

et

l'architecture les regardait

la source de toute science dans le sens le plus

absolu du mot.

On

souvent parlé des travaux biblio-

a

graphiques de cette époque des grandes trouvailles;

nous ne pouvons qu'ajouter à ce qui a été traits sur lesquels

on

a cru devoir

moins

dit quelques

insister

Quelque influence que les écrivains de l'antiquité eussent exercée en Italie au moyen âge et surtout pendant le quatorzième

siècle,

on avait moins découvert des trésors nou-

veaux que propagé

les

œuvres que

longtemps. Les poètes,

l'on connaissait depuis

les historiens, les orateurs, les

épistolographes latins les plus célèbres, des traductions latines de certains écrits d'Aristote, de Plutarque et de

quelques autres écrivains grecs formaient, en somme,

la

source à laquelle un petit nombre d'élus de l'époque de

Boccace et de Pétrarque puisaient leur inspiration. 1

On

Emprunté principalement à Vespasiano Fiorentino, Ier vol. du Romanum de Mai, d'après laquelle édition nous avons fait citations qui précèdent et celles qui suivent; une édition plus

Spicileg.

les

récente est celle de Bartoli, Florence, 1859. L'auteur était un libraire florentin qui vendait aussi des copies; il vivait vers le milieu du quinzième siècle et après.


LA RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

23C sait

que ce dernier possédait un Homère grec

admirait sans pouvoir le

non

sans

nommé

le

lire

qu'il

c'est sous les auspices, et

;

concours de Boccace, qu'un Grec calabrais,

Leonzio Pilato, entreprit de

faire

en

latin

la

traduction complète de l'Iliade et de l'Odyssée, tentative

qui échoua misérablement tiède que

commence

l'ère

1 .

Ce

n'est qu'au

des découvertes, de

langue vulgaire

création

moyen de copies,

systématique de bibliothèques au se multiplient les traductions

quinzième la

du grec en

latin

et

que

ou en

2 .

Sans l'ardeur passionnée de quelques collectionneurs d'alors, qui s'imposaient les plus durs sacrifices,

nous ne

posséderions cependant qu'une faible partie des auteurs

grecs qui sont parvenus jusqu'à nous. Le pape Nicolas V, alors qu'il n'était

que simple moine,

s'était

endetté pour

acheter ou pour faire copier des manuscrits; déjà, à ce

moment de

partageait les

sance

pape,

:

celle

il

il

avouait ouvertement qu'il

deux grandes passions de

des

les

Renais-

la

monuments 3 Devenu

livres et celle des

resta fidèle à ses goûts

pour transcrire saires

carrière,

sa

.

:

il

paya des copistes

œuvres de l'antiquité

et des émis-

pour chercher partout des manuscrits anciens;

Perotto reçut 500 ducats pour

la

traduction latine de

Polybe, Guarino 1,000 florins d'or pour celle de StraComp. sur ce sujet Petr. Epist. fam. ed. Fracass., I. XVIII, 2, XXIV, 12, var. 25, et les remarques de Fracassetti dans la traduc1

t. IV, p. 92-101, V, p. 196 ss. Voir le même auteur relativement au fragment d'une traduction d'Homère par Pilato.. 2 On sait que, pour exploiter les amateurs de l'antiquité, on fabriqua des livres apocryphes. Voir dans les ouvrages d'histoire littéraire les articles qui concernent Annius de Viterbe. 3 Vespas. Fior., p 31. Tonimaso da Serezana usava dire, ehe dua casa farebbe, segli poieste mai spendere , ch'era in libri e mur are. E l'una e l'altraface nel suo ponlificato. Sur les traducteurs voir dans JÎN. Sifivius, De Europa, cap. lix, p. 459. Compar. surtout G. Voigt, la Renaissance de l'antiquité classique, livre V.

tion italienne,

,


CHAPITRE bon, et

il

III.

LES AUTEURS ANCIENS.

2SS

en recevoir encore 500 lorsque

devait

Pape mourut.

-

Filelfo aurait

10,000 florins d'or

eu

une bonne traduction métrique d'Homère

;

mais

la

le

pour mort,

du Pape l'empêcha de se rendre de Milan à Rome. Lorsque Nicolas V mourut, la bibliothèque destinée aux membres de la curie, qui est devenue le noyau de la Bibliothèque Vaticane,comprenait5,000volumes,selonlesuns,ou9,000, 1

suivant les autres

même

et

;

elle

en devenir

le

devait être installée dans plus bel ornement,

le palais

comme

jadis

la

Ptolémée Philadelphe avait réservé à sa bibliothèque place d'honneur dans le palais d'Alexandrie. Lorsque

la

peste força

le roi

cour

à

meilleur papier,

il

Pape (1450) de se retirer avec

le

Fabriano, où l'on

faisait alors déjà le

sa

y emmena ses traducteurs et ses compilateurs pour qu'ils ne devinssent pas victimes du fléau. Le Florentin Niccold Niccoli â membre du cercle ,

d'amis et de savants que réunissait autour de

Corne de

lui

Médicis, employa toute sa fortune à acheter des livres; enfin, lorsqu'il n'eut plus rien à dépenser, les Médicis lui

ouvrirent leur caisse et les

sommes qu'il qu'Ammien

lui

permirent d'y prendre toutes

demanderait dans ce but. C'est par ses

soins

Marcellin, le De oratore de Cicéron, le

manuscrit de Lucrèce et d'autres ouvrages ont été complétés; c'est lui qui détermina

vent deLubeck livres avec

la

Côme

à acheter à

meilleure édition de Pline.

une noble confiance,

Il

laissait lire les

un cou-

prêtait ses

gens chez

lui tant qu'ils voulaient, et s'entretenait avec eux de ce qu'ils avaient lu. Grâce à Côme, sa bibliothèque, comprenant 800 volumes estimés à 6,000 florins d'or, devint, 1

tai

et

Compar. J. MANNETTi, Vita /Vîcoss. Sur la question de savoir si en partie cette collection, voir note de Mai.

Vespa». Fior., p. 48 et 658, 665.

V,

dans Murât.,

comment

Calixte

III III

,

n, col. 925 a éparpillé

Vespas Fior., p. 284 ss., avec la 2 Vespas. Fior., p. 617 SS.


LA RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

234

après sa mort (1437),

la propriété du couvent de SaintMarc, à condition qu'elle serait publique. Elle forme encore aujourd'hui une des parties les plus précieuses

de

Bibliothèque Laurentienne.

la

Des deux bibliophiles vailles, tie

Guarino

pour

et le

Pogge, ce dernier

compte de

le

les plus célèbres

Niccoli, explora aussi les

de l'Allemagne du Sud, stance

Il

trouva ainsi

Quint îlien complet,

à l'occasion

six le

par leurs trou-

agissant en par-

abbayes

du concile de Con-

discours de Cicéron,

le

premier

manuscrit de Saint-Gall, connu

nom de manuscrit de Zurich; on dit que trente-deux jours pour en faire une copie très-soignée. Il a complété dans leurs parties

aujourd'hui sous

ne

qu'il

le

lui fallut

essentielles

Silius

Italicus,

Manilius, Lucrèce, Valérius

Flaccus, Ascon. Pedianus, Columelle, Celse, Aulu-Gelle,

Stace, Frontin, Vitruve, Priscien et d'autres auteurs;

de concert avec Leonardo Aretino,

il

découvrit les douze

dernières pièces de Plaute, ainsi que les Verrines, le Brulus et V Orateur de Cicéron.

Un

Grec célèbre,

le

cardinal Bessarion*, réunit par

patriotisme antique 600 ouvrages traitant de sujets païens aussi bien que de sujets chrétiens il le fit au prix de sacri;

fices

énormes (30,000

pût

il

jamais

les

elle

florins d'or), et

chercha un lieu sûr

conserver, afin que sa malheureuse patrie,

si

recouvrait sa liberté, pût retrouver sa litté-

rature perdue. La seigneurie de Venise se déclara prête à construire un local, et la bibliothèque de Saint-Marc

possède encore aujourd'hui une partie de ces trésors 3 . 1

2

Vespas. Fior., p. 457 SS. Vespas. Fior., p. 193. Comp.

Marin Sanudo, dans Murât., XXII,

col. 1185 ss. 3

Voir dans Maupiero, Ann> venet., Arch. stor., VII, H, p. 653,655, comment on procéda à l'installation provisoire. Comp. plus haut,


CHAPITRE

III.

-

LES AUTEURS ANCIENS.

235

La manière dont s'est formée la célèbre bibliothèque des Médicis est extrêmement curieuse; mais

que nous ne pouvons pas raconter des agents que Laurent

le

On

frais

par

le

56

feltro (p.

comde

dut être reconstituée à

1

(qui

est

aujourd'hui

au

création du grand Frédéric de Monte-

la

ss.),

la

le pillage

cardinal Jean de Médicis (Léon X).

bibliothèque d'Urbin

Vatican) a été

une histoire

Le plus célèbre

qu'après

sait

l'an 1494, la précieuse collection

La

c'est

Magnifique chargea de

poser, est Jean Lascaris.

grands

ici.

qui, dès son enfance, avait

constamment

trente à quarante copistes disséminés partout, et qui a

consacré à son œuvre une somme de plus de 30,000 ducats. Elle fut continuée et complétée d'une manière systéma-

tique, principalement avec le concours de Vespasiano;

ce que celui-ci raconte à cet égard est surtout remar-

quable en ce

qu'il

nous

thèque de ce temps-là.

fait

connaître

l'idéal

d'une biblio-

On possédait, par exemple, à Urbia

les catalogues de la Bibliothèque Vaticane, de la bibliothèque de Saint-Marc à Florence, de la Bibliothèque Viscontine de Pavie, même le catalogue d'Oxford, et l'on

constatait avec orgueil que, sous

le

rapport de l'intégrité

des œuvres des différents auteurs, Urbin l'emportait sur toutes ces bibliothèques célèbres. Peut-être le moyen

âge et

théologie formaient-ils l'élément principal de

la

collection (201 vol. sur 772)

la

;

on y trouvait un grand

nombre de Pères de l'Église, toutes les œuvres de saiut Thomas d'Aquin, d'Albert le Grand, de saint Bonaventure, etc.

;

à part cela, la bibliothèque était très-variée et

1

Vespas. Fior., p. 124 SS., et Inventario délia libreria urbinata compiml secolo da Federigo Veterano, bibliotecario di Federigo 1 da Montefeltro, duca d'Urbino, reproduit par C. Guasti dans le Giornale storico degliArchioi Toscani, VI (1862), p. 127-147, et VII (1863), p. 46-

lai

XV

55, 130-154. Voir les jugements contemporains sur cette bibliothèque réunis dans Favre, Mélanges d'hist. lia., 1, 127 ss., note 6.


LA RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

236

renfermait, par exemple, tous les ouvrages de médecine était

qu'il

dernes

»

possible de se procurer.

Parmi

«

les

figuraient en tête les grands auteurs

mo-

du qua-

torzième siècle, tels que Dante et Boccace, représentés par leurs œuvres complètes; puis venaient vingt-cinq

humanistes

toujours avec leurs écrits latins et

d'élite,

italiens, et tout ce qu'ils avaient traduit.

En

d'auteurs

fait

grecs, les Pères de l'Église étaient de beaucoup les plus

nombreux; pourtant on

chaque instant dans

lisait à

catalogue, à propos des classiques

notamment

le

OEuvres

:

complètes de Sophocle, oeuvres complètes de Pindare,

œuvres complètes de Ménandre.

Il

autrement

philologues

les

que ce

est évident

catalogue a dû disparaître de bonne heure

d'Urbin,

1

n'auraient pas tardé

à le

publier.

A

côté des gens qui collectionnent des livres,

on en

trouve de bonne heure qui recommandent de ne pas

tomber dans

l'excès,

non pas

qu'ils

redoutent

la

dangers de

les

méprisent

qu'ils

mais parce qu'ils veulent que

la

la science,

science soit sérieuse et

fureur de collectionner.

mode ou

C'est ainsi que Pétrarque déjà tonne contre la

plutôt la manie nouvelle qui consiste à accumuler des livres

aucun

sans

quatorzième

but

pratique,

et

dans

le

même

Giovanni Manzini se moque d'un

siècle

certain habitant de Brescia, âgé de soixante-dix ans,

Andreolo de Ochis, qui aurait volontiers donné toute fortune, sa afin de

la

maient

et

lui-même par-dessus

le

sa

marché,

pouvoir agrandir sa bibliothèque.

Souvent sur

femme aussi

nous apprenons des détails intéressants

manière dont se faisaient les bibliothèques

1

V. appendice n°

s

Pour ce qui

2,

et

.

les copies

et se for-

L'achat direct d'un ancien

du volume. en partie aussi pour ce qui précède,

à la fin

suit,

s


CHAPITRE

-

III.

LES AUTEURS ANCIENS.

manuscrit contenant un texte rare, ou

même

ou

plet,

de compte. Parmi grec occupaient

les copistes,

en ligne

nombre,

étaient

des

on

et

ceux qui entendaient

premier rang et prenaient

le

plus aristocratique de scrittori; petit

comme une

fortune extraordinaire et n'entrait pas

bonne

les

ils

le

nom

le

ont toujours été en

payait fort cher

tout

copistes

com-

texte

d'un auteur de

naturellement considéré

était

l'antiquité,

le seul

le seul texte existant

237

court;

Les autres

ou

c'étaient

des

ouvriers qui n'avaient que ce gagne-pain, ou des moines, voire

même

des nonnes qui croyaient, en copiant des

manuscrits, faire une œuvre agréable à Dieu, ou des

maîtres d'école et des savants pauvres qui avaient besoin

Au commencement de

d'un gain accessoire.

Renais-

la

sance, les copistes mercenaires étaient très-rares et fort sujets à caution, à tel point se plaint

rance

;

amèrement de

au quinzième

nombre; port de

ils

la

que Pétrarque, par exemple,

leur négligence et de leur igno-

siècle,

on en trouve un plus grand

sont aussi plus instruits; mais, sous

correction,

ils

le

rap-

n'arrivent jamais à la hauteur

des moines, qui sont les plus consciencieux des copistes.

De

plus,

ils

manquaient de

parait; rarement

ils

le faisaient, c'était

conscience du

zèle et d'exactitude, à ce qu'il

reproduisaient les signatures, ou,

s'ils

avec un grand laisser-aller, sans avoir

prix

de

leur travail,

sans

la

noble

ardeur qui nous a valu ces manuscrits français et aile— COmpar. W. WATTENBACH,

Ecrivains au moyen âge, 2 e édition, 505 et ailleurs. Voir aussi le poëme De officio scribœ, par Phil. BÉroalde (Opuscula, Bas., 1509, fol. LXXI ss.), qui a surtout en vue l'écrivain public. 1 Quand Piero de Médicis prédit, à la mort du roi bibliophile Mathias Corvin de Hongrie, que désormais les écrivains seront obligés de baisser leurs prix, ou qu'autrement ils ne seront plus

Leipzig, 1875, p. 392

occupés par personne tion que des Grecs.

405

ss.,

Il

les

ss.,

que par nous), il ne peut être quesy a eu toujours beaucoup de calligrapb.es

{scil.


LA RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

238

mauds plus

soignés,

si

remarquables. Le

si

extraordinaire

copistes de

Rome

qu'à

étaient

et des Français \

pour

la

italiens;

des gens qui avaient affaire à

d'autant

V

les

plupart des Allemands

des barbares

«

laient les humanistes

fait est

de Nicolas

l'époque

»,

comme

la

les

appe-

probablement

c'étaient

curie et qui étaient

obligés de gagner leur pain de chaque jour. Lorsque

Côme de pour

Médicis voulut improviser une bibliothèque

sa création favorite, la Badia près

de Fiesole,

il fit

venir Vespasiano, qui lui conseilla de renoncer à acheter

des

parce qu'on ne trouverait pas ceux que l'on

livres,

désirait,

accord

et d'en

avec

lui

faire copier. :

Vespasien

copistes qu'il payait au jour

terminés la liste

a .

Côme

le

deux cents

vingt-deux mois

Côme

Là-dessus

engagea

complètement

V

3

en personne

des ouvrages à copier. (Naturellement

ture religieuse et les livres nécessaires la

un

jour, et put fournir en

volumes

avait reçu de Nicolas

du chœur formaient

fit

quarante-cinq

partie la plus

pour

la littéra-

le service

importante de

cette bibliothèque.)

On

trouve dans ces manuscrits ce beau caractère itamoderne qui fait que la seule vue d'un livre de cette époque est un plaisir, et dont le premier emploi remonte lien

en

Italie; cette assertion ne peut donc s'appliquer à eu*. Fabroni Laurent. Magn. Adnol. 156. Comp. Adnot. 154. Gaye, Carieggio, I, p. 164. Une lettre de 1455, sous Calixte m. La célèbre Bible miniature d'Urbin a été écrite par un Français qui travaillait pour Vespasiano. Sur les copistes allemands en Italie, COinp G. Campori dans Artisli italiani e stranieri negli Stati Eslensi, Modène, 1855, p. 277, et Giornale di erudizione arlistica, t. II, p. 360 SS. Wattenbach, les Ecrivains, p. 411, note 5. Imprimeurs allemands, voir plus bas, p. 239, note 2. 1

2

3

Vespas. Fior., p. 335.

Ambr. J'rav. Epist., i, p. 63. Le Pape en fit autant pour les bibliothèques d'Urbin et de Pesaro. (Sur celle d'Alexandre Sforza, voir p. 34.)


CHAPITRE

-

III.

LES AUTEURS ANCIENS.

239

quatorzième siècle. Le pape Nicolas V, le Pogge, Giannozzo Mannetti, Niccolô Niccoli et d'autres jusqu'au

savants célèbres étaient

eux-mêmes des

tingués et n'admettaient que

même

travail,

à défaut de vignettes, était

comme on

élégant,

logues de

la

calligraphes dis-

les belles copies.

le voit

Le reste du extrêmement

particulièrement par les cata-

Bibliothèque Laurentienne avec leurs gra-

cieux entrelacs.

Quand on

copiait

pour de grands

gneurs, on n'employait jamais que

le

parchemin;

seià la

Bibliothèque Vaticane et dans celle d'Urbin, les reliures

uniformément en velours cramoisi avec ferre-

étaient

ments d'argent. Étant donné le respect qu'on professait pour le contenu des livres et qu'on voulait montrer aux yeux par le soin matériel qu'on apportait à leur confection, livres

est facile

il

imprimés

du cardinal Bessarion

émissaires

Constantin Lascaris

moquèrent de Barbares

d'Urbin

«

de comprendre que l'apparition de pas eu de succès d'abord. Les

n'ait

cette invention

dans

,

une

aurait rougi

ville »

Quant aux malheureux ceux qui gagnaient leur qui, ils

pour avoir un

rirent

premier

le

livre

en voyant chez imprimé, et se

qui était née chez les

«

d'Allemagne

de posséder un copistes,

»

livre

Frédéric

;

imprimé

— je ne parle pas de

vie à ce métier, mais de

livre, étaient obligés

de

le

ceux

copier,

saluèrent avec enthousiasme l'invention allemande,

malgré

les

dissertations

poèmes qu'on

et les

fit

en

leur honneur, malgré les voix qui les encourageaient à continuer leurs nobles travaux 1

s

9 .

Bientôt, grâce à elle,

Vespas. Fior., p. 129.

Arles

Quis îabor esl/essis demptus ab articulis, dans un poëme de vers 1470, Rcmm liai, script, ex codd. Florent., col. 693. Il se réjouit un peu prématurément de la rapide'

Robertus t. II,

UrsilS, écrit

propagation des auteurs classiques. Compar. Libri, Hist. des sciences mathématiques, n, 278 ss. Comp. aussi le panégyrique en vers de


LA RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

240 les

éditions des auteurs latins d'abord et des auteurs

grecs ensuite se multiplièrent en

cependant qu'on aurait pu

le

mais pas

Italie,

vite

si

en présence de

croire

l'enthousiasme général dont ces ouvrages étaient l'objet.

Après quelque temps commencent à ports modernes d'auteur à éditeur

rap-

s'établir les

sous Alexandre VI

>;

surgit la censure préventive, attendu qu'il n'était plus

comme

guère possible d'anéantir un livre arrivé encore sous

Côme

Filelfo la suppression d'un

A mesure que l'antiquité,

on

textes; mais

cela

était

de Médicis, qui avait exigé de s

ouvrage

.

progressa l'étude des langues et de

vit naître et se

développer

la critique

des

nous n'avons pas plus à parler de cette

science nouvelle

général. C'est

la

térature et dans

que de

de

l'histoire

la

science

reproduction de l'antiquité dans la vie

en

la lit-

des Italiens qui doit seule nous

occuper. Qu'on nous permette pourtant une observation sur

question des études considérée en elle-même.

la

La science grecque Florence; on

l'y

mencement du

comme

la

pher de

concentre principalement à

trouve au quinzième siècle et au com-

seizième. Elle ne s'est jamais généralisée

science latine, soit parce qu'elle avait à triomdifficultés

parce que

surtout

se

infiniment plus la

conscience

grandes,

de

la

soit

et

supériorité

Lorenzo Valla, qui se trouve dans la Revue histor., XXXIII, p. G2. Les premiers imprimeurs de Rome étaient des Allemands Hahn, Pannartz, Schweinheim; Gaspar. Veuon. Vita Pauli II, dans

:

Murât., sœculi,

III,

COl.

1046, et Laire, Spec.

hist.

Rome, 1778 (Gregorovius, VII,

typographiœ Romanas

525-533). Sur le

XV

premier

privilège accordé à Venise, voir Marin Sanudo, dans Murât., XXII, col. 1189. 1 Quelque chose de semblable existait déjà à l'époque où il n'y avait que des manuscrits; voir Vespas. Fior., p. 65C ss.,surla chro-

nique générale de Zembino de Pistoie. 2 Fadroni, Laurent. [Magn. Adnot. 212. pasquin De exilio.

Cela arriva à propos

du


CHAPITRE romaine gnaient

et

IIÏ.

-

LES AUTEURS ANCIENS.

241

Grecs

éloi-

une haine instinctive contre

les Italiens

qu'elles ne les

les

de l'étude de la langue grecque plutôt Bien que Pétrarque et Boe-

y poussaient

cace ne se soient occupés du grec qu'en amateurs, l'in> pulsion qu'ils donnèrent aux études grecques n'en fut

pas moins considérable pas directement à

avec

part,

la

aussi l'étude

dans

Érasme,

La

colonie

,

tout en ne se transmettant

généralion contemporaine; d'autre

colonie de savants grecs

du grec

l'intervalle

lin,

la

a

des

mourut

exilés

1520); heureusement que

(vers

hommes du Nord

les Estienne, Budé)

dont nous parlons

avait

Manuel Chrysoloras, son parent Jean Trébizonde; ensuite vinrent,

adonnés.

commencé par et

Georges de

l'époque de

à

Reuch-

(Agricola,

s'y étaient

la prise

de

Constantinople et après, Jean Argyropoulos, Théodore

Gaza ses

Démétrius

,

fils

Chalcondyle

et ses dignes

Marcos Musuros beaucoup

,

héritiers,

Théophile

et

Andronikos

et la famille des Lascaris, sans

Basile,

Callistos,

compter

d'autres. Toutefois, lorsque l'asservissement de

1 Déjà dans Pétrarque on trouve fréquemment l'expression de Epp. cette conscience de la supériorité de l'Italie sur la Grèce fam., lib. I, Ep. III; Epp. sen., lib. XII, Ep. j|; ce n'est qu'à contrecœur qu'il fait l'éloge des Grecs Carmina, lib. III, 30 (ed. Rossetti, vol. II, p. 342). Un siècle plus tard, Silvius JEnéns dit [Comm. de Panormila, de dictis elfaclis Alphonsi, Appendice) âlphonsus tanlo est Socrate major quanto gravior Romanus komo quant Grœcus putatur. :

:

:

Par suite, on fait peu de cas de l'étude de la langue grecque. Il résulte d'un document qui nous a servi plus bas, p. 282, note 2, document qui a été écrit vers 1400, que Porcellio et Tomaso

Seneca cherchaient à empêcher le grec de se répandre; de même Paolo Cortese (vers 1490) était contraire à l'étude du grec, parce qu'il la croyait préjudiciable ù celle du latin, qu'on avait seul cultivé jusqu'alors De hominibus duciis, p. 20. Les savantes notices de Favre, Mélanges d'hist. lia., I, passim, sont très-importantes à con:

pour qui veut connaître la question des études grecques en On attend un travail de Carlo Malagola sur l'hellénisme à Bologne. Compar. Gazetta délia Emilia, 19 genn. 1877. s Voir plus haut p. 232, note 1, et surtout G. Voigt, Renaissance,

sulter

Italie.

p. 323

ss. i.

te


LA RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

242 la

Grèce par

les

Turcs fut complet,

nouveaux savants en

il

sauf les

Italie,

ne vint plus de fils

des exilés

peut-être quelques Candiotes et Cypriotes. Si

dence des études grecques commence à

Léon X,

cela tient

un nouveau

en partie à ce que 1

courant d'idées

la

la

et

déca-

mort de

les esprits

suivent

et sont déjà relativement

saturés de la substance de la littérature classique; mais, d'autre part, fait

avec

était

époque-là

est certain aussi

le

coïncidence de ce

la

fort

papes Paul

en vogue chez

les

l'étude

Italiens; à cette

grec était cultivé par des gens qui savaient

parler encore

le

que

Cependant vers 1500

fait accidentelle.

pas tout à

du grec

il

disparition graduelle des savants grecs n'est

la

III et

un demi-siècle plus Paul IV

Mais de

*.

tard, tels

que

tels résultats

les

sup-

nécessairement des rapports constants avec

posaient

des Grecs d'origine.

En dehors de Florence, Rome

et

Padoue entretenaient

presque toujours des professeurs de grec; Vérone, Ferrare, Venise, Pérouse, Pavie et d'autres villes en avaient

du moins de temps à autre lièrement facilitée par

les

3 .

L'étude du grec fut singu-

produits d'Aide Manuce, de

Venise, dans les ateliers duquel furent imprimés pour

première les plus

fois

en grec

considérables

les 4 .

auteurs

les

la

plus importants et

Aide y risqua sa fortune;

c'était

1 La disparition définitive des maîtres grecs est constatée pai Pierius Valerianus, De infelicitaie Huerai., & propes de Jean Lascaris, ed. Menken, p. 332. A la fin de ses Elogia liueraria, Paul Jove dit des Allemands .. Quumlitlerœ non lalinœ modo cumpudore noslro, sedgrœcœ et hebraicce in eorum terras fatali commigralione transierint. (Vers 1540.) De môme, près de soixante ans auparavant (1482), Jean Argrypoulos, entendant le jeune Reuchlin traduire Thucydide dans la salle OÙ il faisait ses cours, s'était écrié Grœcia nostra exilio transvolavit Alpes. Geiger, Reuchlin (Liepzig, 1871), p. 26 ss. 3 Comp. la fin de cette partie. Ranke, les Papes, I, 486 ss. :

:

'

4

Tommaso

Gar., Relazioni délia corle di Roma, I, p. 338, 379. Georges de Trébizonde avait à Venise, comme professeur,

un


CHAPITRE un

III.

libraire-éditeur

vent

A

LES AUTEURS ANCIENS.

comme

monde

le

J43

n'en a pas eu sou-

».

côté

prirent

des études classiques,

Déjà Dante

zième

siècle, les savants

cas de cette langue,

assez

remarquable*.

grand cas de l'hébreu, bien

avait fait

la difficulté à le

eût de

études orientales

les

un développement

aussi

ils

qu'il

comprendre; à partir du quinne se contentèrent plus de

faire

essayèrent aussi de l'apprendre

à fond. Pourtant cette occupation scientifique fut, dès

début, favorisée ou contrariée par des motifs

le

reli-

gieux. Lorsque le Pogge, se reposant des fatigues

du

concile de Constance, apprenait l'hébreu à Constance et à Bade,

étant

«

chez un Juif baptisé

représente

qu'il

comme

béte, lunatique et ignorant,

dinaire les Juifs qui se font baptiser »,

de Léonardo

justifier vis-à-vis

prouver que était

nozzo Manetti,

le

même

grand savant,

contre les Juifs;

le

la

lui

fallut se

la

lui

langue hébraïque

damnable. Puis, chez Gial'illustre

homme

florentin dont nous avons souvent parlé 3

l'hébreu se rattache à

comme

sont d'or-

Bruni, qui voulait

connaissance de

la

chose inutile et

il

le

,

d'État

l'étude

de

polémique dogmatique dirigée

pape Nicolas

V

le

chargea de traduire

Voir Malipiero, Arch. relativement à la chaire de grec à Pérouse, Arch. sior., XVI, n, p. 19 de l'introduction. Quant à Ri mini, on ne sait pas positivement si l'on y enseignait le grec; comp. Anecd. Mit., II, p. 300. A Bologne, centre de l'étude du droit, Aurispa n'avait qu'un médiocre succès. Pour plus de détails, voir Malagola. 1 La question est traitée à fond dans le beau livre d'A. F. Didot : Aide Manuce et l' hellénisme à Venise, Paris, 1875. s Pour ce qui suit, voir A. de Guberputis Matériaux pour servir à l'histoire des éludes orientales en Italie, Paris, Florence , etc. 1876. Articles de Soave dans le Bullelino italiano degli sludi orientali, vol. I, 178 ss. On trouvera des renseignements plus détaillés ci-dessous; voir l'appendice n° 3, à la fin du volume. traitement annuel de 150 ducats

stor.,

VII, h, p. 653

;

comp. ci-dessus

(1459).

(p. 92),

:

*

Comp. notamment plus

,

bas, p. 268 ss.


LA RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

244 les

Psaumes mais, dans un 5

dut défendre

traduction;

cette

écrit adressé à

les raisons qui lui avaient fait

sur l'invitation

Alphonse,

même

du

il

entreprendre pontife,

qui promit un prix de 5,000 ducats à celui qui décou-

hébreu primitif de l'évangile de saint

vrirait le texte

Mathieu,

réunit des manuscrits hébraïques que l'on

il

conserve encore aujourd'hui dans cane,

contre

les Juifs

breu à sa cause

1 .

;

sari apprit cette

construire

la

(librarios)

C'est ainsi

que

fit

servir l'hé-

paya aussi des copistes

acquisitions,

auxquels

grecs et hébreux

il fit

transcrire des manuscrits latins,

L'étude de cette langue orientale se

».

généralisa toujours davantage

hébreux

l'Église

moine camaldule Ambrogio Traverlangue », et le pape Sixte IV, qui fît

le

Bibliothèque Vaticane et qui l'enrichit par

nombreuses

de

Bibliothèque Vati-

la

commença un grand ouvrage apologétique

et

:

on

réunit des manuscrits

dans plus d'une bibliothèque, dans celle d'Urbin par exemple, formèrent un des éléments les plus

qui,

précieux du trésor déjà existant. Dès 1475,

commença

à

imprimer des

qui facilita l'étude de Italiens aussi bien

pendant l'Italie

bien

les

s'étaient

voulaient

années

toutes les familiarisés

l'apprendre-,

hébreux en

on

Italie,

langue hébraïque pour

que pour

ouvrages dont

y eut dans

il

qui

des

la

livres

les autres

encore, ils

qui,

demandèrent

à

avaient besoin; bientôt

grandes avec

aussi

peuples,

ce les

villes

cette

des

hommes

langue ou

créa-t-on

une

d'hébreu à Bologne en 1488, et une autre à

qui

chaire

Rome

1 Compar. Commentario délia vita Messer Gianozzo Manelli serlllo du Vespasiano Bisticci, Torino, 1862, surtout p. 11, 44, 91 ss. Le Pape

céda-t-il réellement aux philologues] de ce temps, qui voulaient proscrire la Vulgate? 8 Vesp. Fior., p. 3

A. Trav. Epist., lib. XI, 16. 320. Pl/ATINA, Vita Sisli IV, p. 332.


CHAPITRE

III.

LES AUTEURS ANCIENS.

245

en 1514; on en vint même à préférer l'hébreu au grec

De

tous les hébraïsants du quinzième siècle, le plus

remarquable

est Pic

pas à pouvoir

lire la

de

la

Mirandole, qui ne se borna

hébraïque, mais qui osa même aborder et s'occupa d'écrits juifs qu'il devait

la

Kabbale judaïque

talmudiques. C'est à ses

maîtres

de pouvoir se livrer à de pareils

en général, c'étaient

vaux, car,

grammaire

Bible et à connaître la

les

Juifs qui

tra-

ensei-

gnaient l'hébreu aux chrétiens; plusieurs d'entre eux, surtout ceux qui s'étaient convertis au christianisme,

devinrent des professeur considérés et des écrivains de valeur*.

En

fait

de langues orientales, on étudia l'arabe à

On

côté de l'hébreu.

langue par

la

était sans cesse

ramené à

cette

médecine, qui ne voulait plus se contenter

des anciennes traductions latines des livres des grands

médecins arabes; peut-être

les

consulats de Venise en

Orient, qui entretenaient des médecins italiens, ont-ils aussi contribué à répandre l'étude de cette langue. Mais les

éludes arabes de

la

Renaissance ne sont qu'un faible

souvenir de l'influence que

au moyen âge sur lisé,

culture arabe avait exercée

comme

sur tout

le

monde

civi-

influence qui non-seulement précède celle de la

Renaissance sous

même et qui

régné

l'Italie

la

le

rapport chronologique, mais qui est

contraire jusqu'à

un

ne cède pas sans si

longtemps.

certain point à cette dernière lutte le terrain

Hieronimo Ramuso,

elle

avait

médecin à

Venise, traduisit de l'arabe une grande partie des œuvres

d'Avicenne et mourut à Damas (1486). Andréa Mongajo, de Bellune 3 séjourna longtemps à Damas pour y étu,

1

s •

V. appendice n« 3, à la fin du volume. V. appendice n» 4, à la fin du volume. Pierius Valerun., Deinfelic, Hit., à propos de Monoajo, ed.

Men-


LA RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

246

dier les livres

d'Avicennc

son auteur favori

;

il

y apprit l'arabe et corrigea gouvernement de Venise

ensuite le

;

créa pour lui une chaire spéciale à Padoue. L'exemple

donné par Venise

fut bientôt suivi

par d'autres

villes

:

des princes et des particuliers collectionnèrent à l'envi des manuscrits arabes créée à Fano par

la

;

première imprimerie arabe fut

pape Jules

le

X

lement en 1514, sous Léon

Nous avons encore

II,

et bénie solennel-

1 .

à parler de Pic de la Mirandole,

avant d'examiner l'influence de l'humanisme en général. 11

est le seul qui ail

quement

la

eu

le

courage de défendre énergi-

science et la vérité de tous les temps contre

les esprits étroits

quité classique*.

Il

qui mettaient au-dessus de tout

non-seulement Averroès et les scolastiques

dire

:

«

mais encore

les savants juifs,

du moyen âge

;

croit

il

les

entendre

Nous vivrons éternellement, non pas dans

les

monde

des

écoles des éplucheurs de mots, mais dans le sages, où l'on ne discute pas sur la

ou sur

l'anti-

estime d'après leur valeur intrinsèque

les

fils

mère d'Andromaque

de Niobé, mais sur l'essence des choses

ken, p. 301. Gubernatis, p. 184, le considère

comme

identique avec

Andréa Alpagode Bellune, qui, dit-on, a fait également des études arabes et entrepris des voyages en Orient. Sur les études arabes en général, voir Gub., p. 173 ss. Sur une traduction de l'arabe en italien, faite en 1431, comp. E. Narducci, Intorno ad una tradu-

cione italiana di una composizione aslronomica di Alfonso X, re di Castiglia,

Rome,

1865.

Sur Ramusio, comp. Sansovino, Venezia,

fol. 250. 1 Gcbernatis p. 188. Le premier livre contient des prières chrétiennes en langue arabe; la première traduction italienne du Roran parut en 1547. Dès 1499 se trouvent dans l'ouvrage de Polifilo (voir plus haut. p. 230, note 2) quelques caractères arabes naturellement assez peu corrects. Pour le commencement des études égyptiennes, comp. Gregorovius, VIII, p. 304. s Surtout dans la lettre importante de l'année 1485, lettre adressée â Ermolao Barbaro, dans Ang. Politiani epistolœ, I. IX. Comp. Jo. Pici orutio de ho mini s dignitate. Sur ce discours comp. plus bas, 4 e part., tout à fait à la fin; il est plus longuement question de Pic dans la 6* partie, ch. iv.


CHAPITRE

Ht.

-

LES AUTEURS ANCIENS.

247

divines et humaines; celui qui approfondira ces questions verra que les Barbares avaient, eux aussi, l'esprit

(Mercurium) dans

primant dans un

le

cœur

latin

et

non sur

énergique et

la

il

exagérée

méprise qu'ils

surtout quand l'idée

même

le

»

S'ex-

qui ne manque pas

d'élégance, exposant ses idées avec neuse,

langue.

une

clarté lumi-

purisme des pédants et

la

valeur

prêtent à une forme qui n'est pas la leur, ils

et la

sacrifient à cet

grande

ornement étranger

et forte vérité.

On

peut voir

par son exemple quel essor la philosophie italienne aurait pris

si

une réaction mesquine

n'avait troublé la vie intel-

lectuelle dans tout ce qu'elle a d'élevé.


CHAPITRE

IV

l'humanisme au quatorzième siècle. Qui a fondu fait

C'est

-

sous

l'esprit

de l'antiquité

le

la

antique et l'esprit moderne, et

base de

la culture actuelle?

une légion à cent têtes qui ne se montre jamais

même

aspect; mais ce que savaient les

hommes

qui la composaient, ce que savaient leurs contemporains, c'est civile.

qu'ils

On

étaient

un nouvel élément de

peut considérer

comme

la société

leurs principaux pré-

curseurs ces clercs errants du douzième siècle, de la poésie desquels il a été question plus haut 215 ss.) (p.

;

même existence vagabonde, c'est la même liberté plutôt la même licence dans les idées sur la vie et le

c'est la

ou

monde; mais

c'est

du moins

le

premier

tion de la poésie par l'antiquité.

moyen âge

qui,

essai

En face de

de rénova-

la culture

du

au fond, est surtout religieuse, naît une

culture nouvelle qui se rattache particulièrement à ce le moyen âge. Ceux qui travaillent à la propager deviennent des personnages importants », parce

qui a précédé

qu'ils savent ce qu'avaient su

commencent à penser 1

les

et bientôt à

anciens, parce qu'ils sentir

Le Pogge, par eiemple, nous dit comment

comme pen-

ils se taxaient eux{Deavaritia.opp. ed. 1513, fol. 2, les deux premières phrases de l'introduction); d'après lui, ceux-là seuls peuvent dire qu'ils ont vécu, se vixisse, qui ont écrit des livres latins pleins de savoir et d'éloquence ou qui ont traduit du grec en latin*

mêmes


CHAPITRE

IV.

et

saient

L'HUMANISME AU QUATORZIÈME SIÈCLE. 249

cherchent à répandre

La

anciens.

sentaient les

tradition

qu'ils

en mille passages dans

se trouve

œuvres nouvelles.

les

Souvent des modernes ont regretté que

débuts

les

d'une culture infiniment plus indépendante, en apparence tout italienne,

telle

qu'on put

constater à Flo-

la

rence vers 1300, aient été étouffés plus tard par l'huma-. nisrae lire à

1 .

En

ce temps-là, disent-ils, tout le

Florence,

de Dante;

les

même

les âniers

monde

savait

chantaient les strophes

meilleurs manuscrits italiens avaient ap-

partenu primitivement à des ouvriers; alors avait été pos-

comme

sible l'apparition d'une encyclopédie populaire le «

Tesoro

»

de Brunetto Latini, et tous ces

eu pour cause première

la

avaient

faits

trempe des caractères

telle

qu'elle pouvait résulter à Florence de la participation

de tous aux affaires publiques, du développement du

commerce, des voyages matique de

l'oisiveté.

monde

considérés dans le

de l'exclusion systé-

et surtout

Alors aussi les Florentins étaient

face VIII les avait

comme

entier et regardés

propres à tout; ce n'est pas à tort que

nommés le cinquième

le

pape Boni-

élément.

de 1400, l'envahissement de l'humanisme

A

partir

avait étouffé ces

aptitudes nationales; on n'avait plus attendu que de l'antiquité la solution

rature s'était réduite à liberté était la

la

de tous

les

problèmes, et

un amas de

la litté-

citations; la ruine de

conséquence de cet état de choses,

attendu que cette érudition reposait sur un respect servile de l'autorité,

sacrifiait le droit

romain, et que, pour ce motif,

municipal au droit

elle briguait et

obtenait

la faveur des tyrans.

Nous reviendrons de temps à autre sur ces 1

Surt. Libri, Histoire des sciences muthém.,

II,

159

ss.,

258

Si.

griefs


LA RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

250

pour en discuter profits qui ont

valeur et pour faire ressortir les

la

compensé

les pertes. Pour le moment, nous n'avons qu'à poser tout d'abord en fait que la culture du quatorzième siècle, de ce siècle si bien trempé,

a dû nécessairement contribuer elle-même au complet

triomphe de l'humanisme, les

représentants

ont ouvert

les

les

pour

Dante vient en

la

une

tête. Si

acquis et conservé

la

suile

culture

dans

la

donc

le

types

moyen âge pris

aurait

elle

original, l'Italie

un second Dante;

la vie intellectuelle. Il est vrai il

ne mit pas

le

monde

la même ligne, mais comme étant parallèles;

chrétien sur

sente constamment

que

italienne,

il

est

celui qui, le premier, a assuré à l'antiquité

Divine Comédie,

monde

et le

de génies de sa valeur

présence des éléments antiques. Mais

prépondérance dans

la

quinzième

un caractère profondément

et l'Occident n'ont pas produit et reste

le

l'antiquité.

pu développer

malgré

que ce sont précisément

portes au culte servile que

siècle a professé

avait

et

plus illustres du génie italien qui

dans

l'Ancien et du

il

que,

antique les

de

pré-

même

avait rapproché des types et des antiles histoires

et

parmi

Nouveau Testament, de

les

figures

même

il

de

réunit

généralement un exemple chrétien et un exemple païen du même fait ». Mais il ne faut pas oublier que l'histoire et le

monde chrétiens étaient connus, tandis que l'hismonde antiques étaient relativement inconnus,

toire et le

qu'ils parlaient

davantage à l'imagination et

qu'ils

ont

du nécessairement exciter un intérêt plus général alors 1

Purgatorio, XVIII, contient, par ex., des preuves sérieuses Marie s'enfuit en franchissant les montagnes, césar court en Espagne; Marie est pauvre et Fabricius désintéressé. - A ce propos, il faut rendre attentif à l'introduction des sibylles dans l'histoire profane de l'antiquité, telle que l'essaye, vers 13G0, Uberti dans son Diuamondo (i, chap. xiv, xv). :


CHAPITRE

— L'HUMANISME

IV.

qu'il n'y avait plus

ces

AU QUATORZIÈME

SIÈCLE. 251

de Dante pour établir l'équilibre entre

deux mondes opposés.

Aujourd'hui

Pétrarque que

nous le

ne

voyons

grand poëte

plus

italien;

guère

dans

chez ses contem-

porains, au contraire, son principal titre de gloire est qu'il représentait

personne,

en quelque sorte l'antiquité dans sa

qu'il imitait la

poésie latine dans

tous les

genres, qu'en écrivant de grands ouvrages d'histoire et des traités de philosophie,

il

ne cherchait pas à

faire

oublier les ouvrages des anciens, mais à en propager

connaissance, et qu'il écrivait des lettres ou plutôt des

la

sur des

dissertations l'antiquité,

questions

pour nous,

était

ne

s'était

questions de détail

énorme

les

même

aurait

effacer de la Il

en

est

Du

de

était célèbre

détruites

si

il

par

l'affirme là

De

il

souvent,

avait

pu

les

même

de Boccace;

il

y avait un siècle

qu'il

dans toute l'Europe avant que de ce côté-ci 1

;

on ne l'admirait que

mythographiques, géographiques

et biographiques en langue latine*. L'on :

que

peu de cas

mémoire des hommes.

ses compilations

intitulé

Pétrarque

reste,

faisait

il

comme

des Alpes on connût son Décaméron

pour

science

la

désirait arriver à la gloire

par contre,

écrits latins;

de ses poésies italiennes; il

époque où

à une

pas encore vulgarisée.

lui-même n'espérait et ne par ses

relatives à

dont l'importance, insignifiante

de ces recueils,

genealogia deorum, contient au quatorzième

1 La première traduction allemande du Dècamiron, faite par H. Steinhœwel, fut imprimée en 1472 et ne tarda pas à devenir un livre populaire. Les traductions du Dècamér.tn italien étaient

presque toujours précédées de la nouvelle de Griselidis, racontée par Pétrarque en latin. 8 Schuck, dans son Etude sur l'hum. liai, au quatorzième et au quinzième siècle, Breslau, 1865, et dans une dissertation qui se trouve dans Fleckeisen et Masius, Annalesphil. elpédag., t. XX (1874), a parlé en termes excellents de ces écrits latins de Boccace.


LA RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

252 et au

quinzième

un appendice où

livre

il

discute l'atti-

tude de l'humanisme naissant vis-à-vis de son siècle.

Qu'on ne

s'y

trompe pas

;

il

ne parle que de

la «

poésie

»

;

mais, en y regardant de plus près, on remarquera qu'il a

en vue toute logues

1 .

l'activité intellectuelle

C'est elle

dont

énergie infatigable-, qui ne

il

songent qu'à

combat

des poètes philo-

ennemis avec une en veut à ces ignorants frivoles il

faire

les

bonne chère

et

à

mener

joyeuse vie; à ces théologiens sophistes pour qui l'Hélicon, la fontaine de Castalie et le bois sacré de Phébus

ne sont que

folie pure-, à ces jurisconsultes

qui regardent

la

poésie

comme une

avides d'or,

chose superflue,

mène pas à la fortune enfin aux moines mendiants (désignés au moyen de périphrases assez trans-

puisqu'elle ne

;

parentes) qui se plaisent à accuser le paganisme et à

tonner contre l'immoralité du

siècle».

Vient ensuite

la

partie positive de sa thèse, c'est-à-dire la preuve que la

poésie des anciens et des modernes qui sont leurs successeurs

ne contient rien de mensonger;

l'éloge de la poésie,

notamment du

il

finit

par

sens profond, du

sens allégorique qu'il faut chercher chez les poètes, de la légitime obscurité

dont

elle

s'enveloppe à dessein afin

de rester inaccessible aux profanes, c'est-à-dire aux ignorants. Poeta désigne encore chez Dante (Vita nuova, p. 47) seulement celui qui se sert de la langue latine, tandis qu'on emploie les expressions Rimatore, Dicitore per rima, pour le poète italien. Sans 1

doute les mots et les idées se confondent avec le temps. «Pétrarque lui-même, étant au comble de la gloire, se plaint à ses heures de mélancolie que sa mauvaise étoile l'ait condamné à vivre sur ses vieux jours au milieu de coquins extremi fures. Voir la lettre fictive à Tite-Live, Epp. fam. td. Fracass., lib. XXIV, ep. 8. On sait que Pétrarque défendait la poésie et comment il la défendait (comp. Geiger, Petr., p. 113-117). Outre les ennemis que Boccace a combattus, il a pris encore à partie les médecins; comp. Invectiva in medicum objurgantem, lib. I et III.

I


CHAPITRE

IV.

L'HUMANISME AU QUATORZIÈME SIÈCLE. 253

Enfin l'auteur

temps avec il,

justifie les

nouveaux rapports de son

paganisme en général».

le

Sans doute,

«

dit-

situation était tout autre alors que l'Église primi-

la

tive avait

encore à se défendre contre

grâce à Jésus-Christ,

d'hui,

forte et puissante, le

(fere)

paganisme

est détruit, et l'Église

Quoi

»

aujour-

;

véritable religion est

camp ennemi

et faire revivre le

sans danger.

païens

la

victorieuse est maîtresse du

on peut étudier

les

qu'il

en

aujourd'hui,

;

paganisme presque Boccace n'a pas

soit,

toujours été aussi libéral. Sa défection tenait en partie à sa nature mobile et changeante, en partie au préjugé

encore très-commun à cette époque,

qu'il

n'était pas

convenable qu'un théologien s'occupât de

l'antiquité.

Ce qui l'intimidait

aussi, c'était l'avertissement

Gioacchino Ciani, parlant au Petroni

:

était

11

s'il

du moine

défunt Pietro

Boccace mourrait bientôt, avait

prophétique,

le

nom du

dit la voix

ne renonçait pas à ses travaux païens.

fermement résolu

à

abandonner

détourner de ce lâche dessein,

il

ses études.

Pour

fallut les sérieuses

exhortations de Pétrarque, il fallut que le poëte lui démontrât victorieusement que l'humanisme est compatible

avec

la

religion

».

Il y avait donc un élément nouveau dans le monde et une nouvelle classe d'hommes qui le représentait. 11 est

inutile

aurait

de discuter

question de savoir

la

si

cet élément

s'arrêter au milieu de son développement, se

restreindre à dessein et réserver les droits de l'élément national pur.

Il suffit

convaincu que

de dire que tout

c'était

l'antiquité

le

même

monde qui

était

était la

'Boccace défend énergiquement la poésie proprement dite dans lettre à Jacques Pizinga, dans les Opère volgari, vol. XVI, Et pourtant il ne reconnaît comme poésie que ce qui p. 36 ss. ï inspire de l'antiquité; déplus, il ne connaît pas les troubadours. sa

S

PBTR., Bpp.

senil., lib.

I,

Ep,

5.


LA RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

254

plus belle source de gloire pour la nation italienne.

de

génération

Cette première

poètes

philologues

célèbre une cérémonie symbolique qui lui est particulière, qui

seizième

valeur

au quinzième

jamais arrivée à des

rites

du moyen âge;

déterminés et con-

une démonstration publique, une mani-

stants; c'était

festation visible de la gloire littéraire

raison

au

haute

couronnement des poètes. L'origine de

cette cérémonie se perd dans la nuit elle n'est

et

mais qui perd peu à peu sa

c'est le

:

même

ne disparait pas

siècle,

même,

»,

pour cette

et,

quelque chose de mobile et de

est

elle

changeant. Dante, par exemple, semble avoir rêvé une voulait

fête à moitié religieuse

;

couronne de laurier sur

sa tête,

de San Giovanni, où

il

lui-même poser

penché sur

avait été baptisé

il

son biographe, recevoir partout

rier, tant sa gloire

était

la

•.

usage

il

nouveau,

été transmis

par

et

les

qu'on

ne voulut aussi

est-il

nous apprenons que cet

l'avoir été. Plus loin

était

des cen-

aurait pu,

couronne de lau-

éclatante, mais

jamais être couronné que dans sa patrie;

mort sans

Il

la

baptistère

comme

taines de milliers d'enfants de Florence dit

le

le

regardait

comme

ayant

Grecs aux anciens Romains. Eu

effet, ce qui le rappelait le plus, c'était le

concours des

joueurs de cithare, des poètes et des autres artistes, qui était

un souvenir grec

cours qui, depuis

et qui avait lieu

Domitien,

ans et qui peut-être

s'était

au Capitole, con-

renouvelé tous

les

cinq

avait survécu de quelques années

à la chute de l'empire romain. Si les poètes n'osaient

pas

couronner eux-mêmes comme

se

l'avait

voulu Dante,

qui donc avait le droit de les couronner? Albertino 1

s

la quale [laurea) non scienza p. 50 è dell' acquistata certissimo teslimonio e ornamento.

BOCCACCIO, Vila di Dante,

accresce,

ma

Paradiso,

fonli di

Mus-

XXV,

San Giovanni

I

SS.

:

Boccaccio, Vila di Dante, p. 50

si era disposto di coronare.

Comp.

:

Sopra

Paradiso,

1,

la

25»


CHAPITRE sato et

IV.

L'HUMANISME AU QUATORZIÈME SIÈCLE.

(p. 179) fut

par

dont

le

couronné à Padoue

recteur de l'Université; l'Université de Paris,

le recteur était

Rome

255

(1310), par i'évêque

un Florentin,

et la municipalité de

se disputèrent l'honneur de couronner Pétrarque

(1341);

même l'examinateur qu'il avait choisi, le roi

d'Anjou, aurait voulu célébrer

cérémonie

la

à

Robert Naples,

mais Pétrarque préféra se faire couronner au Capitole par sénateur de Rome. Pendant quelque temps cet hon-

le

neur

fut le but

de l'ambition des poètes Jacques Pizinga, ;

haut fonctionnaire

sicilien,

Mais tout à coup parut en

un

sait

le

brigua entre autres

Italie

Charles IV, qui se

fai-

vrai plaisir d'imposer au vulgaire ignorant par

des cérémonies pompeuses. Partant de l'hypothèse que le droit

de couronner

les

poètes avait appartenu autre-

pois aux empereurs romains et quent, l'exercer aussi,

il

qu'il devait,

par consé-

couronna, à Pise,

florentin Zanobi délia Strada (15

le

savant

mai 1355), au grand

scandale de Pétrarque, qui se plaint que le « laurier ait osé orner le front de l'homme aimé des Muses d'Ausonie », et à la grande contrariété de Boc-

[barbare

cace, qui ne veut pas reconnaître llaurea pisana |quel droit

»,

On

la

valeur de cette

pouvait, en effet, se

un demi-Slave jugeait

le

demander de

mérite de poètes

reurs

Cependant, à partir de cette époque, les empevoyageant en Italie couronnèrent des poëfes,

[tantôt

dans une

italiens.

ville,

tantôt dans une autre

(p. 21);

au

1

S

p.

Lettre de Boccace au même, dans les Opère volgari, roi. XVI, 36 Siprœslet Deus, concedente senalu Romuleo... s Matt. Villani, V. 26. il y eut un cortège qui fit solennellement :

tour

de la ville achevai; la suite de l'Empereur, les barons îscorterent le poëte. Boccvce, voir ailleurs; Pétr., Invectiva contra nedicumprœf. Comp. aussi Epp.fam. volgarhzate da Fracamtti, vol. III 1865), p. 128. Sur le discours prononcé au couronnement par îanobi, voir Friedjung, Fazio degli Uberti fut aussi p 303 ss. -ouronné, mais on ne sait pas où ni par qui.

(e

.

-


LA RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

256

quinzième>iècle, le Pape et d'autres princes ne voulurent

pas rester en arrière, jusqu'à ce qu'on en vînt à ne plus tenir aucun compte des traditions. A l'époque de Sixte IV

»,

l'Académie romaine de Pomponius Lsetus dis-

propre autorité des couronnes aux poètes. Les Florentins avaient au moins le tact de ne couronner c'est ainsi que les humanistes célèbres qu'à leur mort tribuait de sa

;

furent couronnés Charles et Léonard Arétin; l'oraison funèbre du premier fut prononcée par Matteo Palmieri,

du second par Giannozzo Manetti; la cérémonie eut lieu devant tout le peuple et en présence des membres du Concile. L'orateur était au chevet du catafalque celle

sur lequel était couché le corps, couvert d'un vêtement

de soie». En outre, on érigea solée

S. Croce),

à Charles Arétin

un mau-

qui est un des plus beaux de la

Renaissance. 1

Jac.

Volaterran., dans Murât., XXIII,

col. 185.

dans MURAT., XX, tellement célèbre, même de son vivant, qu'il venait des gens de tous les pays pour le voir, et qu'un La municiEspagnol se jeta à genoux devant lui. l'esp., p. 568. palité deFerrare donna la somme alors considérable de 109 ducats pour le monument à élever à Guarino (1461). Sur les couronne* Vespas. Fior.,

col. 543.

p. 575, 589.

Vila Jan. Manetti,

— Léonard Arétin était

ments de poëtes en 1856,

1,

p. 65 SS.

Italie,

voir Favre, Mélanges

d'histoire littéraire,


CHAPITRE

V

LES UNIVERSITÉS ET LES ÉCOLES

L'influence de l'antiquité sur la culture, dont

nous

avons à parler maintenant, supposait tout d'abord

triomphe de l'humanisme dans

les

régnait en effet, mais non dans

mesure

la

universités. et sans

le

Il

y pro-

duire les résultats qu'on pourrait se figurer.

Ce zième

n'est

que dans

siècle

lorsque

que

le

cours du treizième et du quator-

les universités se

multiplient en Italie

la vie, s'enrichissant sans cesse

d'éléments nou-

veaux, imposa le devoir de donner plus de soins à culture individuelle.

Au commencement,

en général, que trois chaires

de droit

civil et celle

université eut

:

celle

de droit canon,

de médecine avec ;

la

elles n'avaient,

le

celle

temps chaque

un professeur de rhétorique, un profes-

Iî, p. 92 SS. On sait de Bologne était plus ancienne; Pise florissait déjà au quatorzième siècle; elle fut détruite par Florence, son ennemie, mais relevée plus tard (1472) par Laurent le Magnifique, ad solatium vclcris amiisœlibertatis, comme le dit P. Jove, Vila Leonis X, L'université de Florence (comp. Gaye, Caricggio, I, p. 4811. 1. 5G0, passim; Matteo Villani, I, 8; VII, 90) existait déjà en 1321 avec l'instruction obligatoire pour les enfants du pays; elle fut réorganisée après la peste noire de 1357 et entretenue au moyen d'une somme annuelle de 2,500 florins d'or; mais elle retomba et fut rétablie en 1357. La chaire d'exégèse de Dante, créée en 1373, à la suite d'une pétition signée par un grand nombre de citoyens, fut plus tard presque toujours réunie à celle de philologie et de rhétorique; c'est dans ces conditions qu'elle fut occupée par Filelfo. 1

que

Comp.

Libri, Histoire des sciences malhcm.,

la prospérité


LA RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

258

seur de philosophie et n'était

un professeur d'astronomie, qui souvent qu'un adepte de l'astrologie. Les traite-

ments étaient

même un culture

la

loin d'être

capital fit

au

uniformes; parfois on donnait d'une chaire. A mesure que

titulaire

des progrès, l'émulation se développa, et

l'on vit des universités se les

débaucher réciproquement

maîtres célèbres; c'est ainsi que

dépensa quelquefois

Bologne, dit-on, moitié de ses revenus (20,000 du-

la

pour son université. En général,

cats)

étaient

temporaires

souvent

«;

les

nommés que pour un

semestre;

professeurs

une

menaient

des acteurs; pourlant vie.

vie

les

nominations

maîtres

n'étaient

en résultait que les errante comme celle il

y avait

aussi des nominations à promettre de ne pas répéter ailleçons faites dans une université. Outre les

Souvent

leurs les titulaires,

il

il

il

fallait

y avait encore des professeurs

libres et

non

rétribués.

Parmi

les chaires

que nous avons citées,

torique était naturellement

humanistes;

les

le

celle de rhébut de l'ambition des

chances de succès des candidats étaient

proporlionnéesàla connaissance

qu'ils avaient

de l'anti-

quité; le plus sûr de réussir était celui qui était capable d'enseigner aussi le droit, la médecine, la philosophie

ou

l'astronomie. L'état

de

la

science et la situation

des

maîtres étaient encore fort peu déterminés. D'autre part il ne faut pas oublier que certains professeurs de droit ei

de jurisprudence obtenaient et conservaient

ments

les

les traite-

plus élevés; l'État, qui employait les premiers,

rétribuait ainsi les consultations qu'il pouvait avoir à leur

1

Fait à considérer dans les dénombrements, comme, p. ex., lorsqu'on dressa la liste des professeurs enseignant à Pavie, vers 1400 (Coiuo, Sioria dt Milano, fol. 290) : on inscrivit entre autres vingt juristes.


CHAPITRE

V.

demander pour Padoue,

LES UNIVERSITÉS ET LES ÉCOLES.

ses revendications

et

ses

259

A

procès

y avait, au quinzième siècle, un traitement annuel de 1,000 ducats pour un professeur de droit et il

l'on voulait

des clients été

8

donner 2,000 ducats avec le droit de soigner un médecin célèbre qui, jusqu'alors, n'avait

à

payé que 700

florins d'or à Pise.

Lorsque

le juris-

consulte Bartolommeo Socini, professeur à Pise, accepta de la république vénitienne un poste à Padoue, et qu'il

voulut se rendre dans cette

ville,

le

gouvernement de

Florence l'arrêta au passage et ne voulut liberté

que contre une caution de 18,000

moment qu'on gnement,

faisait

un

tel cas

lui

rendre

florins d'or».

la

Du

de ces branches d'ensei-

comprendre que des philosophes éminenls se soient voués à l'enseignement du droit et de

la

faire

il

est facile de

médecine; d'autre part, tous ceux qui voulaient se

un nom dans une

spécialité étaient obligés de faire preuve d'une forte culture littéraire. Nous parlerons bientôt de l'activité des philologues appliquée à d'autres objets.

Cependant

les

postes confiés aux philologues, bien

qu'assez largement rétribués dans certains cas 4 et rendus

plus lucratifs encore grâce à des avantages accessoires,

manquaient en somme de

stabilité; aussi le

même homme

pouvait-il être attaché successivement à toute une série

d'établissements scientifiques.

on

On

aimait le changement,

voulait sans cesse du nouveau, chose facile à

prendre, étant donné ses débuts et qui,

l'état

par

de

suite,

la science,

com-

qui en était à

dépendait des personnes.

Marin Sanudo, dans Murât., XXII, col. 990. Fabroni, Laurent. Magn. Adnot. 52, de l'ann. 1491. 3 Allegretto, Diari sanesi, dans Murât., XXIII, col. 824. 4 Filelfo demanda cinq cents florins d'or dans la lettre où il priait Laurent de le nommer à l'université de Pise, nouvellement fondée. Comp Fabroni, Laurent. Magn.,\\, p. 75 ss Les négociations furent rompues, mais non pas seulement à cause des prétentions élevées de Filelfo. 1

2

.


LA RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

260

Du

reste, le professeur qui faisait des cours sur des auteurs

anciens n'appartenait pas toujours à l'université de

ville

grand nombre de locaux dont on

aller et venir, et le

pouvait disposer (dans

commun que

plus

les

était à

couvents,

les

siècle

1 ,

Au commen-

que l'université de

alors

son apogée, que

rien n'était

etc.),

cours libres et privés.

cement du quinzième Florence

la

enseignait; vu la facilité qu'on avait pour

il

les courtisans

V

gène IV et peut-être déjà de Martin

d'Eu-

se pressaient

dans les amphithéâtres, que Charles Arétin et Filelfo rivalisaient dans l'enseignement public,

il

y avait une

deuxième université presque complète chez les Augustins de S. Spirito et toute une société d'hommes savants chez les Camaldules du couvent des Anges; de plus, de simples particuliers, d'un rang considérable, se cotisaient

pour

faire faire certains cours

sophie, ou les

même

travaux philologiques

longtemps étrangers

et

et

de philo-

les frais.

A Rome,

de philologie

en faisaient seuls

archéologiques restèrent

à l'université (sapienza)

dus presque exclusivement à

l'initiative

;

ils

étaient

de certains papes

de certains prélats, ou bien émanaient des fonctionnaires attachés à la chancellerie pontificale. Ce n'est que et

sous

Léon

X

de l'université

;

parmi lesquels

on y

appela qua tre-vingt-huit professeurs,

se trouvaient des

matière d'archéologie, sans

nombre des

grande réorganisation

(1513) qu'eut lieu la

qu'il

hommes

capables en

y eût toutefois

clans le

savants de premier ordre; mais l'éclat de la

sapienza reconstituée sur de nouvelles bases ne fut que passager.

Nous avons

dit

quelques mots

(p.

241

ss.)

des chaires de grec et d'hébreu qui avaient été fondées

en 1

Italie.

Comp.

Vetpatian. Fior., p. 271, 572, 580, 025. col. 531 ss,

dans Murât., xx,

Vita Jan, Manettt,


CHAPITRE V.

Pour se lors,

il

-

LES UNIVERSITÉS ET LUS ÉCOLES.

.

261

une idée du mouvement scientifique d aque possible oublier l'organisation de

faire

faut autant

nos académies modernes. Les relations personnelles, discussions savantes, l'usage constant du latin, et

les

même

du grec chez un grand nombre, enfin les fréquents changements de maîtres et la rareté des livres donnaient aux études d'alors une forme que nous ne pouvons nous représenter qu'avec peine.

y avait des écoles latines dans toutes les villes tant peu considérables, bien moins pour préparer aux hautes éludes que parce que l'étude du latin venait imméIl

soit

diatement après

la lecture, l'écriture et le calcul;

lui-même succédait

logique.

la

ces écoles dépendaient,

nistration municipale

;

il

non de

Un

au

fait capital, c'est

l'Église,

y en avait

latin

que

mais de l'admi-

même

qui étaient de

simples entreprises privées.

Sous

les auspices de quelques humanistes distingués, études étaient arrivées à un grand développement elles devinrent avec le temps la base d'une éducation

les

;

supérieure.

A

princières de

l'éducation des enfants de deux maisons

la

haute

Italie se

rattachent des institutions

qu'on peut appeler uniques dans leur genre. A la cour de Jean-François de Gonzague (qui régna de 1407 à 1444), à Mantoue, parut l'illustre Vittorino da Feltre

1

(né en 1397,

mort en 1446), qui de son vrai nom Rambaldoni il aimait mieux se

s'appelait Vittore dai

dire de

Mantoue que de Feltre.

— C'était un de ces hommes

qui consacrent toute leur existence à un but unique, et 1

Vespat

Fior., p. 460.

PR1WD1UQUA

(élève de Vitt.), Jntorno alla

d r ., publié pour la première fois par Natale dalle Lasle, 1774, traduit par Giuseppe Brambula, Como, 1871. C Rosmini,

vita dt v.

Mca

dell

ottimo precetlore nella vita e disciplina di Vittorino da Feltre e Bassano, 1801. Nouveaux écrits de Racueli (Milan. 1832), Benoit (Paria, 1853).

de- suoi discepoli,


LA RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

262

qui sont armés de l'énergie et de l'intelligence nécessaires

pour l'atteindre.

11

par détruire des vers

n'a presque rien écrit;

gardés longtemps.

les avoir

dans

faits Il

purement extérieur; 11

lait

I

il

se lia

comme

,

tout ce

1

intimement avec

I

menait de front

de

telle

même,

la danse,

manière

I

exercices du

les

:

excellait

il

de l'escrime;

il

dans

1

s'habilj

hiver

même par le

des sandales

sut

il

j

de l'équitation, de toujours de

I

1

corps et les travaux de l'intelligence l'art

I

fini

étudiait avec ardeur, mais

des maîtres, des collègues et des étudiants dont

conserver l'amitié.

a

après

sa jeunesse

sans rechercher les titres, qu'il méprisait qui est

il

comme

froid

qu'il arriva à

le

ne portait quel

élé,

plus rigoureux, et vivait

1

un âge avancé sans avoir |

jamais été malade. Quant à ses passions, à son goût pour

son penchant à

le plaisir, à

la colère,

il

les

combattit

si

bien qu'il resta chaste pendant toute sa vie, et que rare-

ment il blessa quelqu'un par une parole injurieuse. 11 commença par élever les fils et les filles de la maison' régnante, et

fit

une véritable savante d'une des prin-

cesses confiées à ses soins fut

répandue dans toute

;

mais lorsque sa réputation se

l'Italie et

même

au delà, lors-

que des jeunes gens de grandes et riches familles accou-; rurent de tous côtés, même de l'Allemagne, pour recevoir ses leçons,

plus loin

:

Gonzague il

lui

prit à tâche

permit de

de

faire

les instruire;

alla

il

de Mantoue un centre

d'éducation pour les enfants des plus nobles familles j C'est là et les

qu'on

vit

pour

la

première

fois la

exercices du corps entrer dans

le

gymnastique^

programme

des

écoles et se combiner heureusement avec l'enseignemen scientifique. A tous ces élèves vinrent s'en joindre d'autres,

dans l'éducation desquels Vitlorino reconnaissait

peut-être

le

but

le

plus élevé de son existence; c'étaienj

des jeunes gens pauvres, mais bien doués

(ils

étaient

paw


CHAPITRE V.

— LES

fois

au nombre de

chez

lui

«

263

80), qu'il nourrissait et instruisait

per l'amorediDio

Plus

».

il

venait d'élèves, plus

de maîtres pour enseigner, sous

fallait

il

UNIVERSITÉS ET LES ÉCOLES.

la

direction de

Vittorino, ce qui répondait le mieux aux aptitudes des

jeunes gens qu'ils devaient instruire. Gonzague avait à lui

payer annuellement 240

le

florins d'or;

une maison magnifique,

plus,

la Giocosa,

il

lui bâtit,

de

dans laquelle

maître demeurait avec ses élèves, et plus d'une

fois

il

prit sa part des dépenses qu'entraînaient l'entretien et

l'instruction des élèves pauvres;

besoin de quelque chose,

quand Vittorino

avait

s'adressait à des princes et â

il

des gens riches, qui n'accueillaient pas toujours ses de-

mandes

et qui,

des dettes.

Il

par leur dureté, finit

honnête aisance;

priété avait

il

il

allait

il

le

forçaient à contracter

pourtant par se trouver dans une possédait à la

campagne une pro-

passer les vacances avec ses élèves, et

une bibliothèque célèbre dont

il

aimait à prêter

et

même à donner les livres

la

dépouillât de sa propre autorité. Le matin,

;

mais il n'entendait pas qu'on

des livres de dévotion, puis

il

il

lisait

se flagellait et allait à

l'église; ses

l'église à

élèves étaient aussi obligés de fréquenter son exemple, de se confesser une fois par mois

et d'observer

jeunes gens

rigoureusement

qu'il dirigeait

les

jeûnes prescrits. Les

éprouvaient pour

pect mêlé de crainte; quand

ils

avaient

lui

un res-

commis quelque

méfait, une rude punition suivait immédiatement faute.

11

était

la

vénéré non-seulement de ses élèves, mais

encore de tous ses contemporains; on faisait exprès le voyage de Mantoue pour aller le voir. Guarino de Vérone (1370-1460) s'occupa davantage de 1

1

Vespas. Ftor., p. 646, dont C. ROSMINI, Vila e disciplina di Guarino e de suoi discepoli, Brescia, 1805-6, 3 volumes, dit (t. II,

Veronese p. 36)

:

Formicolanle di errori di

fatto.


la

RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

LA

234

science pure.

Appelé à Ferrare (1429) par Nicjîô

d'Esté pouf faire l'éducation de son

professeur d'éloquence

anciennes à l'université de celte pli sa mission.

nombreux sa

Même

Lionel,

fils

et enseigna

les

ville lorsqu'il

à côté de Lionel,

élèves de différents pays

il

il

devint

deux langues eut accom-

avait

formé de

réunissait

dans

maison des jeunes gens pauvres et studieux

qu'il

même

entretenait en partie ou

jusque bien avant dans entretiens dont

la

;

il

tout à fait; les soirées

nuit étaient consacrées à des

la science était l'objet et à la répétition

des cours. Lui aussi tenait extrêmement aux pratiques religieuses et

aux bonnes mœurs. Guarino étudiait

la

Cible et était en relation avec des contemporains remar-

quables par leur piété; mais

il

ne craignit pas d'écrire

contre ces derniers une apologie des écrivains profanes si la

;

plupart des humanistes de ce siècle n'ont pas tou-

jours été recommandables par leurs sentiments religieux et

par leur moralité, cela n'a pas tenu aux leçons et aux

exemples de Vittorino

et

de Guarino.

difficilement que, malgré ses

Guarino

ait

trouvé

le

On comprend

occupations régulières

temps de traduire de nombreux

auteurs grecs et d'écrire de grands ouvrages, fruit de ses

études personnelles

1 .

Mais Guarino n'avait pas

la

1 Sur cette question et pour le jugement à porter sur Guarino, Voir FACICS, De viris illustribus, p. 17 ss., et CORTESIUS, De hominibus doctis, p 13. Tous deux s'accordent à dire que les savants de toute la génération suivante se vantaient d'avoir été les élèves de Guarino; mais tandis que Fazio fait l'éloge de ses ouvrages, Cortese croit que sa gloire aurait gagné à ce qu'il n'écrivît pas. Guarino et Vittorino étaient liés et s'étaient aidés mutuellement dais leurs études; leurs contemporains aimaient à les comparer l'un à l'autre; ils donnaient ordinairement l'avantage à Guarino (SabelLICO, Dial. de lat, ling. reparata, dans ROSMINI, II, 112 ). Il faut surtout remarquer l'attitude qu'il prit vis-à-vis d'Ermafrodito; comp. Rosmini, 11,46 ss, On vante chez Guar. et Vitt.leur extrêmes briété, ils ne buvaient jamais de vin pur; ils avaient tous deux les mômes principes d'éducation ; jamais ils ne se servaient de la -


CHAPITRE sagesse,

-

LES UNIVERSITÉS ET LES ÉCOLES.

retenue et

la

Vittorino;

V.

il

265

douceur qui distinguaient

la

s'emportait facilement; aussi

sa violence

amenait-elle des querelles fréquentes entre

lui et

les

savants de son temps.

Dans

'

la

plupart des cours d'Italie, l'éducation des

enfants des princes

nombre

certain

qui leur

fit

au moins en partie

d'années,

faire

Les traités

était,

sur

et

pour un

confiée aux humanistes, ce

un pas de plus dans l'éducation

la vie des cours.

des princes, qui étaient

réservés autrefois à la plume des théologiens, sont dé-

sormais du domaine des humanistes.

Paolo Vergerio, ils

pénètrent

ces

traités

A

partir de Pier-

se multiplient

même en Allemagne,

en

qui adresse à deux jeunes princes allemands de

son de Habsbourg

1

Italie;

grâce à Sylyius iEnéas, la

mai-

de longues dissertations ayant pour

objet le développement de leur esprit et la connaissance

de leurs devoirs

;

il

tout

il

les

recommande

va sans dire qu'il leur

de cultiver l'humanisme dans

le

sens italien, mais sur-

exhorte à tâcher de devenir de bons souve-

rains et des guerriers accomplis. iEnéas savait peut-être qu'il

prêchait dans

le

désert; aussi faisait-il en sorte que

Nous reparle-

ces écrits se répandissent encore ailleurs.

rons plus loin des rapports

des humanistes avec les

princes. verge pour punir leurs élèves;

la

plus grave

des

punitions

qu'infligeait Vittorino consistait à forcer l'enfant de s'agenouiller et de se coueber par terre, afin que tous ses condisciples pussen t fPle voir.

'A

l'archiduc Sigismond, Episi., 105, p. 600, et au roi Ladislas,

son puîné, p. 695;

le dernier traité est intitulé rorum educalionc (1450),

:

Traciatu» de libe-


CHAPITRE

VI

LES PROMOTEURS DE L'HUMANISME

Tout d'abord

il

nommer

convient de

les

citoyens de

différentes villes, particulièrement de Florence, qui ont

de l'étude de l'antiquité

fait

et qui sont

amateurs 236

p.

ment

le

but principal de leur

vie,

devenus de grands savants ou simplement des

éclairés qui protégeaient la science.

ss.)

Ils

à l'époque

(Comp.

jouent un rôle très-important, notamde transition qui marque

ment du quinzième

le

commence-

parce que chez eux l'huma-

siècle,

nisme prend un caractère pratique et devient un élément nécessaire de la vie de tous les jours.

eux que des princes

ment

n'est qu'après

papes se sont mis sérieuse-

à le cultiver.

Nous avons coli et

déjà parlé plusieurs fois de Niccolô Nic-

de Giannozzo Manetti. Vespasiano

sente Niccoli

dans

et des

Ce

les

comme un homme

objets

extérieurs

qui

1

nous repré-

qui voulait que, l'entouraient,

rappelât l'antiquité. Sa personne majestueuse,

même

tout lui

drapée

dans un vêtement flottant, apparaissant dans une mai-

son remplie des antiquités

les plus merveilleuses, faisait

tout d'abord une impression profondément originale 1

fol.

P. 625.

102

gwvis.

ss.,

;

il

Sur Niccoli, voir un discours du Pogge, Opéra, éd. 1513, et une VUa de Manetti dans son livre, De illustribus lon-


CHAPITRE était

VI.

LES PROMOTEURS DE L'HUMANISME. 267 raffinée, mais sur-

en toutes choses d'une propreté

tout à table; là on voyait devant

sur uue nappe

lui,

d'une blancheur éblouissante, des vases antiques et des

coupes de

La manière dont

1

cristal

.

il

gagne

rêts un jeune Florentin passionné pour

trop amusante pour que nous ne

Piero de Pazzi,

à ses inté-

le plaisir

s

racontions pas

la

est

,

ici.

d'un riche négociant, et destiné à

fils

succéder à son père, doué d'un physique avantageux et très-adonné aux

moins qu'à

plaisirs

la science.

du podestat*,

palais

du monde, ne pensait à rien

Un

jour

devant

qu'il passait

Niccoli l'appela;

le

s'empressa de

il

venir auprès du savant respecté, bien qu'il ne lui eût

jamais parlé auparavant. Niccoli

son père

il

-,

répondit

:

ton métier? continua

est

sans façon de

la

demanda qui

lui

l'autre.

jeunesse

:

Piero répondit avec

Je prends du

d'un

fils

le

bon temps,

attendo a darmi buon tempo. Niccoli lui dit alors le

était

— Quel

Messire André de Pazzi.

Etant

:

père et doué d'un extérieur aussi heu-

tel

reux, tu devrais rougir d'ignorer la science latine, qui

honneur;

te ferait

tu ne l'étudiés pas, tu ne seras

si

considéré de personne, et dès que sera

fanée,

(virtù).

tu

un homme

seras

que

le

savant avait raison, et

dierait volontiers

répondit

:

s'il

trouvait

il

maître instruit qui se mit à

lui

dans sa maison et 100 florins d'or.

lui

Au

il

valeur

reconnut

à quoi Niccoli lui

apprendre

nommé Pontano;

il

lui dit qu'il élu-

un maître;

Je m'en charge. Et en effet,

grec; c'était un

jeunesse

la

sans aucune

Lorsque Piero entendit ces paroles,

aussitôt

1

de

la fleur

Piero

procura un

le latin et le

le fit

demeurer

donna un traitement annuel de lieu

de vivre dans

la

débauche

Les mots suivants de Vespasiano sont intraduisibles una gentilezza.

:

A

vederlo

in tai ola cosi antico corne era, era * Ibidem, p. 485. 8

D'après

l/espas., p.

271, c'était

un

cénacle

l'on disputait aussi.


LA RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

2G8

comme

il

nuit;

fut l'ami

il

homme

l'avait fait jusqu'alors,

de tous

d'État éminent.

Il

Piero étudia jour et gens instruits et devint un apprit par cœur toute VÊnéide

les

un grand nombre de discours de Tile-Live, profitant pour cela du trajet qu'il avait à faire entre Florence et et

maison de campagne de Trebbio ». Giannozzo Mannetti» (1393-1459) représente l'antiquité à un autre point de vue et dans un sens plus élevé. Il était d'une précocité remarquable à peine sorti de sa

:

l'enfance,

il

avait déjà fait l'apprentissage

et était teneur de livres chez

du commerce un banquier; mais après

quinze ans d'un travail ingrat, considérant combien cette occupation était vaine et stérile, il éprouva un désir violent de

se

l'homme peut 1

vouer

à

la

science, par laquelle

s'assurer l'immortalité.

Il

fut

seule

un des pre-

Pour compléter ces

comme

détails sur Nicoli, faisons remarquer que, non plus n'a rien écrit, parce qu'il était conœuvres n'auraient jamais la perfection qu'il

Vitlorini.Iui

vaincu que ses rêvait, que ses sens étaient tellement délicats

qu'il neque rudentem asinum, ncque sccantem serrant, neque muscipulam vagienlem sentire audireee paierai. Mais il ne faut pas oublier ses côtés faibles. Il enleva à son frère une jeune fille qu'aimait ce dernier,

Benvenuta; il par là la colère de Léonard Arétin; Benvenuta le brouilla avec bon nombre de ses amis. Il s'irritait quand on refusait de lui confier des livres; un jour il eut avec Guarino une querelle violente pour un motif de ce genre. Il n'était pas exempt d'une envie mesquine; c'est cette passion qui fit qu'il s'attaqua à Chrysoloras, au Pogge et à Filelfo, et qu'il chercha à les éloigner de s'attira

Florence. 2

Sur sa l'ua par Naldius Naldi, dans Murât., XX, col. 532 ss. D'autre part, Vespasiano Bisticci, Commenlario délia vila di Messer Giannozzo Mannetti, publié pour la première fois par P. Fanfani

dans Collezione di opère inédite o rare vol. II, Torino, 1862. Il faut distinguer le commentaire de la courte biographie de Mannetti, écrite par le même auteur, dans laquelle on renvoie fréquemment au commentaire. Vesp. était très-lié avec G M.; il voulait dans la biographie en question faire le portrait idéal d'un homme d'Etat pour Florence corrompue. Vesp. est la source à consulter pour Naldi. Comp. aussi le fragment qui se trouve dans Galetti, ,

Phil.

mort,

lill.

G.

hier. Flor., 1847, p. 129-138. Un demi-siècle après sa M. était à peu près oublié. Comp. Paolo Cortese, p. 21


CHAPITRE

VI.

-

LES PROMOTEURS DE L'HUMANISME. 269

miers laïques qui s'enterra dans

comme nous

l'avons dit

les

livres,

et devint,

un des plus grands

266),

(p.

savants de son temps. Lorsque l'État l'employa

chargé

neur

d'affaires, directeur des contributions et

Pescia, à Pistoie et à Mugello),

homme

fonctions en

il

comme gouver-

remplit ces

qui aurait conçu tout à coup

un

idéal élevé, fruit naturel de ses études et de ses senti-

ments religieux. que

l'État

Il fit

avait

rentrer

les plus

odieux,

aucune

rétribution pour sa peine-, vince, tatives

il

impôts

les

décrétés, mais sans accepter

comme gouverneur de pro-

refusa tous les présents, repoussa toutes les ten-

de corruption dont

il

fut l'objet, exigea de ses

subordonnés une obéissance aveugle téressement,

veilla à l'importation

mit un frein sans

nombre

calmer

un entier désin-

fureur du jeu, termina des procès

à la

en général tout ce

et fit

les passions

et

des grains nécessaires,

contre lesquelles

il

qu'il

put pour

avait à lutter. Les

habitants de Pistoie l'aimaient et l'honoraient

un

saint; jamais

ils

deux partis qui divisaient leur sympathie; lorsque les

comme

ne purent découvrir pour lequel des ville

il

avait le plus

de

terme de sa mission fut arrivé, deux factions rivales envoyèrent une députation à le

Florence pour demander qu'on

Comme pour

le

créer un symbole de

et des droits loisir l'histoire

de tous, de

il

maintînt en fonction. la

destinée

composa dans

la ville,

ses

commune heures de

qui fut reliée en pourpre et

conservée dans le palais de Pistoie

comme un

Lors de son départ,

cadeau d'une bannière

brodée à

ses

De même

armes

la ville lui fit

et

d'un magnifique casque en argent.

qu'à Pistoie, Mannetti défendit, en qualité

d'envoyé extraordinaire,

les intérêts

Le titre de cet ouvrage est cité flCCI, Cummcntario, p. 1Q0, 112, 1

objet sacré

de sa patrie contre

en latin et en italien dans Bis-


LA RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

270

Venise et Rome, et contre

l'honneur de sa

natale avec

ville

Alphonse,

le roi

veilla sur

un soin jaloux, mais

refusa toutes les distinctions qu'on voulut lui accorder

grâce à ses discours et à ses négociations,

il

;

se couvrit

de gloire et fut honoré du surnom de prophète, à cause de la sûreté avec laquelle il savait prévoir les événements.

Parmi

les

autres citoyens savants qui, à cette époque,

vivaient à Florence,

Vespasiano

(qui

milieu dans lequel ce

monde

en première ligne

faut mettre

il

connaissait

les

Le

tous).

écrit, l'autorité qu'il

il

de gens instruits,

paraissent

importants que ses travaux eux-mêmes.

ton,

encore plus

Même

dans une

traduction, à plus forte raison dans les indications

maires auxquelles sible

faut

il

som-

impos-

serait la

valeur

n'est pas un grand écrivain, mais nul ne

livre. 11

connaît mieux que lui il

il

de faire ressortir ce qui constitue surtout

de son

et

nous borner,

le

exerce dans

le

mouvement intellectuel

d'alors,

en apprécie l'importance mieux que personne. cherche à analyser le charme que les Médicis

Si l'on

du quinzième

surtout

siècle,

Côme

l'ancien (f 1464) et

Laurent le Magnifique (f 1492), ont exercé sur Florence et sur leurs contemporains en général, on trouve que le secret de

merveilleuse influence, c'est qu'ils se

cette

sont mis à la tête du

mouvement

intellectuel

de celle

époque, sans parler de leur supériorité politique, Uq homme qui a la situation de Côme, à la fois grand négociant et chef de parti, qui, de plus, a

pour

lui tout ce

qui pense, étudie et écrit, que sa naissance place au

premier rang parmi considérer

comme

est réellement

un

la gloire d'avoir

les Florentins et

le plus

que sa culture

grand des

souverain.

En

reconnu dans

fait

Italiens, celui-là

outre,

Côme

la philosophie

possèd-

de Plae


CHAPITRE ton>

la

VI.

-

LES PROMOTEURS DE L'HUMANISME.

plus belle

fleur de

l'esprit

antique,

nourri son entourage de cette idée et d'avoir

271

d'avoir

fait

éclore

au sein de l'humanisme une seconde et plus belle renais sance de l'antiquité. L'histoire nous renseigne trèsexactement sur les détails de cette révolution»- tout se rattache aux efforts du savant Jean Argyropoulos, appelé par le prince à Florence, et au zèle infatigable que Côme lui-même a déployé dans ses dernières annéesaussi Marsile Ficin pouvait-il se dire, en ce qui concer-

|

nait le

platonisme,

le

fils

intellectuel

de

Côme Sous

Pierre de Médicis, Marsile Ficin se voit déjà chef d'école*

le

fils

de Pierre,

petit-fils

de

Côme, l'illustre Laurent' doctrine péripatéticienne pour se ranger sous sa bannière; ses condisciples les plus remarquables sont Bartolommeo Valori, Donato Acciajuoli et Pierfi lippo Pandolfini. Ce maître éloquent et enthousiaste a déclaré en plusieurs endroits de ses écrits que

abandonne

a

la

approfondi tous

Laurent

mystères de

les

I

et

exprimé maintes

fois la

doctrine d« Platon conviction que sans elle la

il

ï

serait difficile d'être

cère.

un bon citoyen et un chrétien sinLe célèbre groupe de savants qui se réunit autour

de Laurent était uni par l'esprit élevé de cette philosophie idéaliste et se distinguait entre toutes les réunions 1 Ce qu'on en connaissait auparavant no aentaire.Eu «438, il y eu, à

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,

Mar5i ' 0

1

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«l'ArfJ.

'

^


LA RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

272

du

même

genre. Ce n'est que dans un pareil milieu que Mirandole pouvait se sentir heureux. Mais le

Pic de la Laurent, c'est de plus bel éloge qu'on puisse faire de le culte de l'antiprofessant tout en cour, sa que dire italienne, et que poésie la de sanctuaire le quité, était

de tous ses titres de gloire, celui-là peut être considéré comme le plus beau. Comme homme d'État, chacun juger comme il l'entend; mais le droit de le a

rien ne

serait plus

injuste

que de l'accuser d'avoir

surtout protégé des médiocrités dans le

domaine de

faute que l'intelligence, et de prétendre que c'est par sa Pacciolo Luca Fra Léonard de Vinci et le mathématicien

que Toscanella, Vespucci et d'autres il n'ont pas trouvé l'appui qu'ils méritaient. Sans doute ont qui grands les tous de mais universel; pas été

se sont expatriés, et

n'a

jamais cherché à protéger et à développer la science, il doués, un de ceux qui a été un des plus heureusement l'ont

aimée et cultivée pour elle-même, par suite d'un

besoin inné.

Le siècle actuel a l'habitude de proclamer assez haut l'importance de la culture en général et de l'étude de en particulier. Mais nulle part, comme chez ces Florentins du quinzième siècle et du commencement du

l'antiquité

seizième,

on ne trouva

passion de

la science, ce

cette ardeur enthousiaste, cette

besoin de s'instruire qui domine

par des preuves indiau doute on n'auplace aucune rectes qui ne laissent cultiver la science, de filles rait pas si souvent permis aux

tous les autres. Ce

fait est attesté

:

si

on ne

l'avait

regardée

comme

de celte vie; on n'aurait pas séjour du bonheur,

comme

pas vu des hommes,

le

fait

bien

de

la

le plus

précieux

terre d'exil le

Palla Strozzi;

on

n'aurait!

qui d'ailleurs ne craignaient pasj

force et d'user et d'abuser des plaisirs, garder assez de


CHAPITRE

VI.

LES PROMOTEURS DE L'HUMANISME. 273

d'ardeur pour écrire une savante critique de l'histoire naturelle de Pline,

ne s'agit pas

ici

comme

l'a

de distribuer

Philippe Strozzi

fait

1 .

Il

l'éloge ou le blâme, mais

de constater une tendance particulière, aussi

commune

qu'énergique.

Outre Florence,

il y avait encore en Italie bien des où des individus et des sociétés mettaient tous les moyens en œuvre pour favoriser la cause de l'huma-

villes

nisme et pour protéger eux.

Ce

fait

échangées

ressort

à

cette

les

savants qui vivaient parmi

d'une

foule de

époque». Tous

prêchaient presque exclusivement

Mais

est

il

nisme à

la

le

correspondances

les

grands esprits

cuite de la science.

temps d'examiner ce

qu'était

cour des princes (voir plus haut,

Nous avons déjà indiqué plus haut

(p.

8,

l'humap.

265).

172) le rap-

port intime qa'il y avait entre le tyran et le philologue, qui tirait, lui aussi, toute sa valeur de sa personnalité et

de son talent; ce dernier préférait franchement

les

cours aux villes libres, n'eût-ce été qu'à cause des avantages matériels qu'il trouvait auprès des princes. A l'époque où l'an croyait que le grand Alphonse d'Aragon deviendrait le maître de toute l'Italie, Sylvius jEnéas 3 écrivait à l'Italie

fût 1

un autre Siennois

trouvait

obtenu sous

la

:

«

Si,

paix, j'aimerais

lui

que sous

le

sous sa domination,

mieux que ce résultat

gouvernement des

villes;

Varchi, Stor./iorent., 1. iv, p. 321. C'est une biographie écrite avec beaucoup d'esprit. 2 Les biographies de Rosmini citées plus haut, p. 26f, note 1, et 263, note 1, celles de Guarino et de Vittorino, ainsi que Suephef.p. Life of Poggio, surtout dans la traduction italienne de T. Tonclli. remarquable par des additions et des corrections nombreuses (2 vol. Florence, 1825), et la correspondance du Pogge, publiée par cet auteur (2 vol. Florence, 1832 ss.), les lettres du Pogge dans Mai, Spicikgium, t. X, Rome, 1844, p. 221-272, contiennent beaucoup de détails là-dessus. » Epiit. 39, Opéra, p. 526, à Mariano Socino,


LA RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

214

car

un prince généreux récompense

De nos

jours,

on a trop

insisté sur le

tous les mérites».

»

côté méprisable de

et littérateurs, sur les flatteces rapports entre princes qu'autrefois on a pris à la lettre ries payées, de même A par les savants aux souverains. les éloges prodigués milite qui capital fait toujours un tout considérer, il y a qu'ils croyaient devoir se : c'est derniers en faveur des mouvement intellectuel de leur la

mettre à

tête

du

temps

et de leur pays,

Enfin

la

quelque restreint

pût être.

qu'il

sécurité avec laquelle certains

papes» envi-

culture de leur époque, a sagent les conséquences de la était chose d'imposant. Nicolas V

réellement quelque

des milliers

l'Église, parce que tranquille sur le sort de leur appui. Pie prêtaient d'hommes savants lui

II est

pour

aussi considérables loin de faire des sacrifices

la

très-médiocrement peuplée, ccience, sa cour de poètes est plus le chef de la répumais lui-même est encore bien prédécesseur, lettres que son avant-dernier blique des et

il

jouit de

cette gloire avec

une parfaite

sécurité.

ses secrépremier à qui l'humanisme de ses trois défiance-, la de et taires inspire de la crainte acceptent Alexandre, Innocent et

Paul

II est le

successeurs,

Sixte,

attribuer toutes les verbien des dédicaces et se laissent il d'imaginer, y eut que l'adulation est capable

-

tus

Eclog., flans Bapt. SSantuan.

et

V,

qm

De dans Ambrogio Teatoabi,

est

encore uu M u

infeUcitate pnnapum.

monde. possible de satisfaire tout le pas 1 ont 'Pour la protection dont les papes ,„

t.

fin

du nuinzième

siècle,

p. 406-440,

Il

notait était n

le^Jl'"^ m*

honore nous devons nous borner

particulier VII et VIII. Pour Pie II en devenu pape sous le nom de Pie

JÉnémi,

-

eomp. II,

G.

t. III

vo

ot,

(Beiiin,

oj,


CHAPITRE

même une mètres

1

-

VI.

LES PROMOTEURS DE L'HUMANISME. 275

Borgiade,

— mais

écrite

probablement en

hexa-

sont trop occupés ailleurs et songent trop à trouver d'autres points d'appui pour rechercher ;

ils

les louanges des poètes philologues. Jules II trouve des poètes pour chanter sa gloire, parce que sa carrière est

faite

pas,

pour inspirer

du

le talent (p. 150),

mais il ne semble beaucoup préoccupé des poètes en vient Léon X, « comme à Romulus

reste, s'être

général. Après

succède

Numa

lui

»,

c'est-à-dire qu'après le pontificat bel-

liqueux de Jules

II, on s'attendait à voir un pontificat pacifique, entièrement consacré aux Muses. Le plaisir de lire de belle prose latine et des vers harmonieux entrait

dans i

la

le

programme de

protection

qu'il a

ment un heureux dans

X sous ce rapport, accordée aux lettres a eu certainela vie

effet

des élégies,

;

ses poètes latins ont reproduit

:

des

de Léon

odes, des

épigrammes

et

des

épîtres sans

nombre cet heureux et brillant esprit de l'époque de Léon X, dont la biographie de Paul

j

Jove est animée». Peut-être n'y a-t-il pas dans toute l'histoire de l'Occident un seul prince qui ait été célébré par tant de voix, malgré le peu de faits éclatants que présente ' Lil. Greg. Gyiuldus, De poetis nostri temporis, à proDOS du Sûhaprulus de Camerno (Op P , „, p 89 4). Le brave homme son ouvrage à temps, et quarante ans plus tard il l'avait encore nS Urea Sur 165 mai S res honoraires donnés par pst f P IV, iT,î Sixte comp. Pieno Valer., De infelic. litt., p. 369 ss à nronos de Théodore Gaza. Il reçut cinquante florins d'or pour ia non et l'annotation d'un ouvrage d'Aristote ab eo, a

mtiv

.

~

tSc

çuoseZL

™tance systématique de! ne P as donner le chameau de e C ° mp 1,0raiscm funèbre du card. composée par Lor Grana du de Ce S^re se trouvent dans h rum et dans ,es appendices des différentes les édii° Léon X. Bien des poëtes et des écrivains, tels que '°' ed Menken P' I0 ' disent sa »s détour qu'ils L ° n X par ° e qU ils espèrent ainsi de Qir ' SHr

7 nâZ oui'ont^TS P Cede Léon

12";; hu mS AnediL ^T Anecd Ep'd EgidlO l J' iy p m

X

Pe

à

^

io

13

-

lJ£%*^}?™ ^T Yn ^oe,

tinn

,

ofmlnf l' f' îmmorteîs

-

>

'


j

LA RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

2f6

sa vie. Les poètes

pouvaient l'aborder principalement alors

vers l'heure de midi, cessé leurs

concerts

que

les

musiciens avaient

mais un des membres

1 ;

plus

les

poètes courtisans * donne à illustres de cette pléiade de que ces solliciteurs s'attachaient toujours et

entendre

,

partout à ses pas et

!

l'intérieur

i

qu'ils le

poursuivaient jusque dans

â de son palais; ceux qui n'arrivaient pas l'intéresser en s'approcher de sa personne tentaient de

en forme d'élégie, dans leur faveur par une supplique Car de l'Olympe laquelle figuraient toutes les divinités autour voir voulait ne qui X, qui était prodigue et 3

.

Léon de

lui

libéque des visages contents, donnait avec une

successeurs, ralité qui, sous ses avares

devint bien vite

la réorganisation légendaire*. Nous avons déjà parlé de Pour ne pas 260). lui par (p. de°la sapienza, entreprise

l'influence de Léon X estimer au-dessous de sa valeur les choses de haut il ne faut sur l'humanisme, il faut voir apparente avec laquelle pas se laisser tromper par l'ironie lettrés (p. 196 et 197) les et lettres parfois les ;

;

il

traite

il

faut la juger pari'

a

donnée aux travaux

«

impulsion

»

littéraires

souvent féconde

qu'il

de son époque. Le

des humanistes retentissement qu'ont eu les ouvrages 1250 environ, les imitations italiens en Europe depuis littéraire qui s'enmouvement le qu'ils ont provoquées, l'initiative de première cause suivit, tout cela a pour

>

Paul Jov., Elogia

doct. vir., p. 131,

;

àpropos de Guido Posthumus.

Simia. Pierio Valeruno dans sa , r 1 les Dehciœ poet. IiaU * Voir l'élégie de Jean Aurèle Mutius, dans pourpre de couleur velours en » L'histoire connue de la bourse déférente grandeur, dans laque lld contenant £s rouleaux d'or de dans G.rald., Hecatommuhu trouve se hasard, au épuise Léon latins qui égftp improvisateurs les contre, Par wov S »| fouet quand de coups des recevaient X ?epas de Léon oells n05(f Gybudus, fil P Lil. Greg. boiteux. vers par trop 2

,

,

J*

des

temp. opp.,

\

II,

p. 398 (Bas., 1580).


CHAPITRE VI.

Léon X.

LES PROMOTEURS DE L'HUMANISME. 277

C'est ce pontife qui, dans le privilège accordé

pour l'impression de Tacite pouvait dire que vie, la

1

qui venait d'être retrouvé,

grands auteurs sont

les

consolation dans

le

malheur; que

la

règle de

la

protection

la

accordée aux savants

et l'acquisition de livres excellents ont paru de tout temps une des plus nobles tâches,

lui

et qu'il remerciait le ciel

l'humanité en favorisant

De même que artistes,

de

la

même

la

de

de cet

avoir permis de servir

dévastation de

elle

Rome

illustre

de ce

moment

Alphonse

l'Italie.

princes séculiers du quinzième siècle, c'est

les îe

(1527) que

protecteur des lettres qui n'était

plus se répandit jusqu'aux extrémités de

Parmi

dispersa les

chassa les littérateurs dans toutes

les directions, et c'est à partir la gloire

lui

publication de ce livre.

Grand,

roi

de Naples

(p. 43),

plus grand enthousiasme pour l'antiquité.

qui montre Il

le

paraît que

cette passion

pour les anciens était toute naïve et toute spontanée, et que, dès le jour de son arrivée en Italie, les

monuments

et les écrits du monde antique firent sur une impression profonde, qui décida de toute la suite de son existence; peut-être aussi était-il stimulé lui

par l'exemple d'un de ses ancêtres, Robert, l'illustre protecteur de Pétrarque, qu'il voulut égaler ou surpasser.

Il

céda avec une

d'Aragon

extraordinaire son triste pays en dépendait à son frère, afin de

facilité

et tout ce qui

ne plus vivre que pour sa nouvelle position.

Il

eut suc-

cessivement ou simultanément à son service* Georges de Trébizonde, Chrysoloras le jeune, Laurent Valla, Barthélemi Faccio 1

et

Antoine Panormita, qui devinrent ses

m$wtir&m2,

ed. bossi, iv, isi.

Vcqmsjw,..^, fi8ss La traduction qu'A, fit faire du grec, p. 93. V,tU Jm\ «m», dans Mukat., XX, col. 541 ss., 450 ss., 495. - Panormita- De dktis et factis Mphonsi, régis âragonum, libri 2

quatuor.

mentar.

in

eosdem/Eneœ

Sylvii,

Corn-

publié par Jacques Spiegel, Baie, 1538.


LA RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

278

historiographes; ce dernier était chargé de

lui expli-

quer, à lui et à sa cour, l'historien latin Titc-Live, et ces

leçons journalières n'étaient pas

même

les

campagnes du prince. Ces savants

les

ans 20,000 florins d'or;

à

interrompues par lui

Panormila pour son ouvrage; outre

de traitement annuel ce savant d'une

qu'il

terminé car

:

est

il

«

temps

Lorsqu'il

auquel

il

don à

il fit

quand

le livre fut

Je ne prétends pas vous payer votre ouvrage,

un de ceux qui ne peuvent

je vous donnais le

500 ducats

1,500 florins d'or pour son

lui écrivit

il

florins d'or

les

accordait à Facio,

somme de

histoire d'Alphonse, et

coûtaient tous

donna 1,000

il

de

tâcherai

je

villes

m'acquitter envers vous

faisait la plus brillante situation,

mon

partagerais avec vous

il

si

mais avec

;

pour secrétaire Giannozzo

prit

même

se payer,

une de mes meilleures

»

1 .

Mannetli, lui dit

:

«

Je

dernier morceau de pain.

»

Déjà lorsque ce savant avait été envoyé par Florence

pour complimenter son mariage,

prince Ferrante à l'occasion de

le

avait fait

il

une

impression sur

telle

que ce prince resta immobile sur son trône, qu'une statue de bronze

mouche

à chasser une

cours de Mannetti,

Vitruve pour tait

la

qui,

s'était

ne songea pas

lui

la

ainsi

même

au commencement du dis-

posée sur son nez.

des ouvrages anciens;

journée où

il

consultait

Il

restauration du château royal

partout avec

comme perdue

et qu'il

»,

le roi

«

;

il

il

empor-

regardait

n'avait rien lu,

ne se

I

laissait

déranger dans ses lectures ni par

la

musique, ni

j

par un bruit quel

qu'il fût, et méprisait les

autres princes

|

1 Alphonse lui-même ne parvenait pas à contenter tout le monde, p. ex., le Pogge; comp. Shepherd Tonelli, Vita dt Poggio, il, 108 ss., et la lettre du P. à Facius, dans Fac. de vir. M., ed. Mehus, p. 88,

il

dit d'Alph.

viris favere,

p. 241,

ainsi

:

Ad que

quœdam facit quibus du Pogge dans Mai,

ostentationem la

lettre

videatur doclis Spicil,,

t.

X,


CHAPITRE

VI.

LES PROMOTEURS DE L'HUMANISME. 279

qui ne cultivaient pas eux-mêmes la science ou qui ne semble avoir été la protégeaient pas. Son endroit favori bibliothèque du château de Naples, qu'il savait fort bien ouvrir lui-même en l'absence des bibliothécaires;

la

s'asseyait près d'une fenêtre d'où l'on avait

il

admirable sur la mer, et écoutait les docteurs discutaient, sur la

Trinité, par exemple. Car

fondément religieux; outre Tite-Live, lire et

commenter

il

il

ils

pro-

se faisait aussi

Aux

jeune;,

qui voulaient entrer dans un couvent, ildonnait la dot

nécessaire les

était

après l'avoir lue qua-

la Bible; aussi,

torze fois, la savait-il à peu près par cœur. filles

une vue

quand

,

fréquentait assidûment les églises et écoutait

sermons avec une éprouva à

dire ce qu'il

religieuse attention. Qui pourrait la

vue des prétendus ossements de

Tite-Live, découverts à Padoue instantes prières,

de l'historien

il

183)? Lorsque, sur ses

(p.

obtint des Vénitiens un os du bras

latin, et qu'il reçut cette relique avec

un

il dut y avoir dans son âme un singulier mélange de sentiments chrétiens et païens. Dans une campagne qu'il fit dans les Abruzzes, on lui montra de

saint respect,

loin Sulraome,

remercia

le

de pouvoir

la

génie du lieu justifier les

sujet de sa gloire future taisie

d'Ovide

patrie ;

il

était

il

;

salua

la ville et

évidemment heureux

prédictions du grand poète au 1 .

Un jour,

il

eut

même

la f

n-

de renouveler une cérémonie antique. C'était lors

de sa fameuse entrée dans Naples définitivement connon loin du Mercato, on pratiqua dans le quise (1443) :

mur

d'enceinte une brèche large de 40 aunes; c'est par

là qu'il

entra dans

la

ville, assis

sur un char d'or ainsi

qu'un triomphateur romain 3 Le souvenir de ce .

fait est

consacré par un magnifique arc de triomphe élevé dans 1

Ovm., âmores,

* Giorn. napolet.,

III, il.

— Jovian.

dans MURAT., XXI,

Pontan., De col. 1127.

principe.


LA RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

280

le Castello

— sa dynastie

Nuovo;

non

l'antiquité,

napolitaine (p. 4G

grand'chose de cét

pas hérité

n'a

enthousiasme

Un prince infiniment 1

plus instruit qu'Alphonse, c'étaîî

l'illustre élève

,

du grand maître Vît-

torino da Feltre, qui avait moins de qui ne connaissait pas

la

monde autour de

prodigalité et qui, dans

l'exploitation des trésors de l'antiquité

comme en

choses, procédait avec méthode. C'est

pour

V

Nicolas

qu'ont été écrites

la

d'auteurs grecs, ainsi qu'un grand

nombre des etc.

poètes à Urbin lettrés.

n'était pas

Il

pour

meilleurs

dépensait

Il

beaucoup, mais avec intelligence, pour payer employait.

toutes

lui et

plupart des traductions

commentaires, des meilleures études,

qu'il

de

plus que de ses autres bonnes qualités,

Frédéric d'Urbin

lui,

ss.)

les

gens

question d'une cour de

le prince lui-même était le premier des Mais l'antiquité n'était qu'un des éléments de sa ;

culture intellectuelle; prince, général,

homme

accompli,

possédait une grande partie de la science d'alors et se

il

servait de ses connaissances tique.

Comme

théologien,

pour en il

faire

un usage pra-

comparait, par exemple,

Thomas et Scot il connaissait aussi les anciens Pères de l'Église de l'Orient et de l'Occident; les premiers ne lui étaient abordables que dans des traductions saint

latines.

;

Dans

la

philosophie,

abandonné Platon cis;

à son

quant à Aristote,

seulement

la

morale

il

semble avoir entièrement contemporain Corne de Médien connaissait très-bien nonil

et la politique,

mais encore

sique et d'autres écrits. Dans ses autres lectures,

une préférence marquée pour

les historiens

«

qu'il relisait

1

phy-

il

avait

de l'anti-

quité, qu'il possédait au complet; c'étaient eux et

poètes

la

non

les

et se faisait relire sans cesse ».

Vespas. Fior., p. 3, 119 SS. Voile aver piena notizia (Vogni cosa, cosi sacra corne genlile. Comp. plus haut, p. 56 SS. et 235 ss.


CHAPITRE Les Sforza

VI. 1

-

LES PROMOTEURS DE L'HUMANISME.

comme

struits et se déclarent les protecteurs des lettres,

on duc

vu plus haut

l'a

281

également sont tous plus ou moins in-

30, 49).

(p.

François regardait

1

Il

probable que

est

intervention des

dans l'éducation de ses enfants

le

humanités

comme une

chose que

des raisons politiques rendaient toute naturelle; toute

la

en général, semble avoir attaché une grande importance à ce que le prince fût à la hauteur des famille,

hommes

les

lui-même un

plus instruits. latiniste

tout ce qui est

Ludovic

du domaine de

les petits

est

l'intelligence et va bien

au delà de l'antiquité sous ce rapport

Même

More, qui

le

de premier ordre, s'intéresse à

(p.

53

ss.).

souverains recherchaient ce genre de

supériorité, et c'est leur faire injure que de croire qu'ils

n'entretenaient leurs littérateurs de cour que pour être adulés par eux.

Un

prince

comme Borso

ne nous apparaît plus, malgré

(p. 62)

un homme qui s'attend

de Ferrare

sa vanité,

comme

à être immortalisé parles poètes,

bien que ceux-ci l'aient chanté dans une dans' Vautres compositions de ce genre

;

«

il

Borséide

»

et

a trop le sen-

timent de sa puissance pour concevoir une ambition aussi

mesquine. Mais, d'autre part,

goût de

le

le

l'antiquité, le besoin

commerce des de savoir

savants,

lire et

écrire

d'élégantes épîtres latines étaient, en ce temps-là, insé-

parables

de

l'autorité

Alphonse, ce prince

si

Combien

souveraine.

le

instruit (p. 62), a-t-il regretté

duc

que

son état maladif l'eût forcé, dans sa jeunesse, à recourir aux travaux manuels pour rétablir sa santé 3 Ou bien !

1

Chez

dernier Visconti, Tite-Live et les romans de chevalerie compter Dante et Pétrarque se disputent encore la préférence du prince (p. 38). Il avait l'habitude de renvoyer au bout de quelques jours les humanistes qui se présentaient chez lui et qui voulaient le « rendre célèbre ». Comp. Decembrio, dans Murât., x\', col. 1114. a Paul Jovii Vita Al/onsi ducis. le

français, sans

.

.


LA RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

282

simplement usé de ce prétexte pour écarter

a-t-il

lettrés?

pour

ses

Même

Une âme comme

sienne était fermée,

la

contemporains. tyrans romagnols sont plus ou

les plus petits

moins tenus d'avoir

un ou

à leur cour

précepteur

nistes attitrés; chez eux, le

ne sont souvent qu'une seule et

temps à autre, devient

ment on

les

même

le

même

et le secrétaire

personne, qui, de

factotum delà cour

est porté à rire

huma-

plusieurs

1 .

Générale-

de ces arrangements domes-

tiques et à mépriser les cours qui se les permettent; mais

on oublie que

les

choses de l'esprit ne se mesurent pas

à l'importance des milieux.

Dans tous

une singulière

les cas, c'était

qu'on menait à

la

cour de Rimini sous

condottiere Sigismond Malatesta.

Il

le

vie

que

celle

hardi païen et

avait autour de lui

un grand nombre de philologues il en dota quelquesuns richement, en leur donnant des terres, par exemple, ;

pendant que d'autres étaient leur existence assurée*. ils

du

Dans

officiers et

avaient ainsi

son château (arx Sismundea)

ont souvent des discussions fort violentes en présence «

rex

»,

comme

ils

l'appellent; dans leurs poésies

comme

latines, ils le

chantent

amours avec

la belle Isotta,

de raison et célèbrent ses

en l'honneur de laquelle fut

1 Sur collenuccio à la cour de Jean Sforza de Pesaro (fils d'Alexandre, p. 34), qui finalement le récompensa en le faisant mourir, p. 172, note 3. — Chez le dernier Ordelaffo, de Forli, c'est Codrus Urceus qui remplit ces fonctions (1447-1480) plaintes près de son lit de mort dans C. U. Opp., Ven., 1506, fol. 54; sur le séjour à Forli, V. Sermo VI. Comp. Carlo Malagola, Délia vita di Parmi les tyrans lettrés il faut C. V., Bologna, 1877, cap. iv. aussi nommer Galeotti Manfreddi, de Faenza, assassiné par sa femme en 1488, et quelques Bentivogli de Bologne. 2 Anecdota litterar., II, p. 305 ss., 405. Basinius de Parme se moque de Porcellio et de Tommaso Seneca en leur qualité de parasites affamés, dit-il, ils sont encore obligés, sur leurs vieux jours, de jouer aux soldats, tandis que lui est pourvu d'ager et de villa. ;

:


CHAPITRE

VI.

LES PROMOTEURS DE L'HUMANISME. 283

reconstruite l'église de San Franceseo à Riraini, destinée

à devenir un jour son tombeau, Divœ hottœ Sacrum.

Quand

les

philologues meurent, on

sous) les sarcophages

deux murs extérieurs de tion dit que

tel

ou

dépose dans (ou

les

dont sont ornées

tel

même

cette

les

église

,

niches des

une inscrip-

humaniste a été enseveli

l'époque où régnait Sigismond,

fils

de Pandolphe

croirait difficilement aujourd'hui qu'un

',

à

di

monstre pareil

à ce prince ait éprouvé le besoin de cultiver son esprit et

de vivre avec des savants;

qui l'excommunia, a dit de lui était versé sir 1

:

«

dans

dans tout ce Pour plus de

le

et

pourtant

brûla en effigie et

Sigismond connaissait la

philosophie;

il

pape Pie

lui fit la

II,

guerre,

les historiens et

semblait né pour réus-

qu'il entreprenait'.

détails sur ces

le

»

tombeaux, voir Reyssler, Derniers

Voyages, p. 924. 2

Pu

II

Comment,,

1. II,

résumé de toute un grand éloge.

p. 92. Historiée est ici le

l'antiquité. Paulus Cortesius

en

fait aussi


CHAPITRE

VII

REPRODUCTION DE L'ANTIQUITÉ. ÉPISTOLOGRAPHIE ET DISCOURS LATIN. L'humaniste

était

un personnage absolument indispen-

sable aux républiques aussi bien qu'aux princes et aux

papes;

Il

bon

fallait

il

lettres et

pour

leur

concours pour

faut qu'au point de vue latiniste

;

la

rédaction des

les discours publics et solennels.

du

style le secrétaire soit

par suite, on ne se croit sûr de trouver que

chez un humaniste la culture et les qualités dont un secrétaire a besoin. C'est ainsi que les savants les plus

distingués du quinzième siècle ont servi l'État pendant

une grande partie de leur

vie.

Leur origine

n'était

pour rien dans l'importance qu'on leur attribuait des quatre grands secrétaires florentins qui tinrent la plume :

de 1427 à 1465 \ trois sont originaires de

la ville sujette

d'Arezzo. Ce sont Lionardo (Bruni), Carlo (Marzuppirn^ et

Benedetto Accolti;

le

Pogge

était

de Terra-Nuova,

qui faisait également partie du territoire de Florence.

Depuis longtemps plusieurs des plus grands emplois 1

Fabroni,

Cosinus, AdïlOt. 118.

un passage important sur ce que

Vespas. ftor., passim.

— On trouve

les Florentins exigeaient

de leurs secrétaires (quoelhonor apud Florenlinos magnus habelur) dans B. Facius,

quand (De

il

raconte la nomination du Pogge comme secrétaire 17); voir jEneas Sylvius, De Europa, cap. uv. (Opéra.

vir. ill., p.

p. 454.)


CHAPITRE VU.

REPRODUCTION DE L'ANTIQUITÉ.

étaient confiés à des étrangers. Lionardo,

Giannozzo

285

Pogge

le

Mannetti ont aussi été pendant quelque

et

temps

secrétaires des papes, et Charles Arétin devait le devenir.

Blondin de Forli fut élevé à cette dignité; malgré tous les obstacles, )ï

A

ent.

finit

par y parvenir égale-

partir de Nicolas V et de Pie

fical attire

bles;

Lorenzo Valla

de plus en plus

même

d'ailleurs

les

II

les talents les plus

remarqua-

derniers papes du quinzième siècle, qui

ne se distinguent guère par l'amour des

suivent cette tradition. Plalina, la vie de Paul

Dans l'histoire des papes

II

n'est qu'une satire

gée par l'humaniste contre le la chancellerie

ponti-

le palais

comme elle

lettres,

écrite par

amusante

diri-

pape qui ne savait pas traiter

méritait de l'être, qui ne savait

pas honorer selon son mérite cette pléiade de

poètes et

«

d'orateurs qui répandaient sur la curie autant d'éclat qu'ils

en recevaient d'elle si

». Il

faut voir ces messieurs,

si fiers

et

riches, qui s'entendaient à exploiter leur posifion aussi

bien que les papes eux-mêmes

quand

surgit

exemple,

même

les

*, il

faut les voir s'emporter

une question de préséance, quand, par avocats consistoriaux prétendent avoir le

rang qu'eux ou

même

le

pas sur eux*.

Ils

en appel-

lent tout d'une haleine à l'évangéliste saint Jean, h qui le ciel avait dévoilé ses secrets,

au secrétaire de Porscnna,

p. 132, 274, et G. Voigt, Sylvius JEnéas, sous de Pie II, t. III, p. 4î8 ss., à propos des changements souvent entrepris et souvent avortés que Pie II fit faire dans 1

le

Comp. plus haut,

nom

l'ahréviature. " «Comp. l'opinion de Jacques Spiegel, 1521, relatée

dans les comptes rendus des séances de l'Académie de Vienne, LXXVIII, p. 333. 3 ânecclota

lilt., I, p. 119 SS. Plaidoyer (Actio ad cardinales depulalos) de Jacobus Volatcrranus, au nom des secrétaires, datant certaiLes prénement de l'époque de Sixte IV (Voigt, p. 552, note 3). tentions à l'humanisme des avocats consistoriaux reposaient sur leur éloquence, comme celles des secrétaires sur leur talent à

écrire des lettres.


LA RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

286

que M. Scévola avait pris pour

le roi

lui-même, à Mécène,

qui était le secrétaire d'Auguste, aux archevêques, qui

en Allemagne s'appellent chanceliers, vains

apostoliques

affaires

dans

ont entre

les

etc.

mains

Les écri-

».

les

premières

du monde, car quel autre qu'eux écrit

et décrète

les questions relatives à la foi catholique, à la lutte

contre l'hérésie, au rétablissement delà paix, à tion

entre les plus grandes

qu'eux dresse

les

tableaux statistiques de toute

Ce sont eux qui frappent d'admiration

tienté ?

les princes et les

des papes;

ils

peuples par l'expression de

le droit

chré-

volonté

de leur commander.

Les deux célèbres secrétaires et stylistes de Pierre

la

la

les rois,

rédigent les ordres et les instructions pour

pape a seul

les légats, le

média-

la

monarchies? Quel autre

Bembo

et Jacques Sadolet

»,

Léon X,

devinrent illustres

entre tous.

Mais toutes

les chancelleries n'écrivaient

pas avec élé-

un certain méchant style particulier y aux fonctionnaires et un affreux latin qui étaient fort gance;

il

avait

1 C'est la véritable chancellerie impériale sous Frédéric III que Sylvius jEnéas connaissait le mieux. Comp. Epp. 23 et 105, Opéra, p. 516 et 607. 2 Les lettres de Bembo et de Sadolet ont été souvent imprimées;

du premier, p. ex., dans les Opéra, Bâle, 1556, vol. Il, où une distinction entre les lettres écrites au nom de LéonX et des lettres particulières; celles du dernier sont les plus complètes, 5 vol., Rome, 1760. Carlo Malagola a écrit quelques articles sur ces deux auteurs dans la revue 11 Baretti, Turin, 1875. Nous parlerons plus bas de l'Asolani de Bembo sur 1 importance de Sadolet comme écrivain latin, un contemporain, Petrus Alcyonius, De exilio, ed Menken, p. 119, s'est exprimé de la manière suivante celles

l'on fait

;

:

Solus autem noslrorum temporum aul cerle cum paucis animadvertit elocutionem emendatam et latinam esse quasi fundamenlum oratoris, ad eamque

oblmendam

linguam expurgare quam inquinarunt nonomnino rudes et nullius judicii komines qui

necesse esse latinam

nulli exquisitarum litterarum

partira ex circumpadanis municipiis

partim ex transalpinis provinciis in , hanc urbem confluxerunt. Emendavit igilur eruditissimus hic vir corruptam

et

vitiosam lalinœ linguce consuetudinem,

pura ac intégra loquendi

ralione.


CHAPITRE

VII.

répandus. Dans

les

REPRODUCTION DE L'ANTIQUITÉ.

documents publiés par Corio sur du contraste qui

rhistoire de Milan, on est frappé

entre

287

existe

de ces pièces et celui des quelques lettres

le style

membres de

qui ont dû être écrites par les

la famille

princière eux-mêmes, et cela dans les circonstances les plus

graves

*

Garder son

comme ment

sont de

même

la

latinité la

plus pure.

du danger,

à l'heure

c'était

une règle de savoir-vivre et une suite de l'habiOutre

tude.

elles

;

style

les

fonctionnaires,

il

y avait naturelle-

aussi des particuliers, des savants de tout

genre qui

écrivaient. Le but des lettres était rarement celui

que

nous nous proposons, nous autres modernes, savoir de renseigner un absent sur notre situation, de l'instruire

de nouvelles de toute sorte; on les regardait plutôt comme un travail littéraire et on les écrivait, moitié pour faire

preuve de culture intellectuelle, moitié pour

dans l'opinion

remplacer

du

destinataire.

la dissertation

La

lettre

se poser

commença par

savante, et Pétrarque, qui a le

premier donné cet exemple, peut être considéré

comme

rénovateur du style épislolaire des anciens, ne serait-ce que parce qu'il remplace le « vous », légué par le latin du

le

moyen

âge, par

le

classique

«

tu

».

Plus tard, les lettres

devinrent des assemblages de phrases ingénieuses et élé-

gamment

tournées, par lesquelles on essayait d'encoura-

ger ou d'humilier ses inférieurs, d'encenser ou d'attaquer 2 ses collègues, de glorifier ou d'implorer ses supérieurs .

1 Corio, Storia di Milano, fol. 449, la lettre d'Isabelle d'Aragon à son père Alphonse de Naples; fol. 451, 464, deux lettres du More a Comp. avec ces lettres l'historiette qui se trouve Charles VIII. dans les Leiiere pitiorkhe, III, 86 (Sébast. del Piombo à Arétin) comment, pendant le sac de Uome, Clément VII réunit ses savants au château et leur fait faire à chacun le brouillon d'une sup-

:

plique à Charles-Quint. 2

Pour l'épistolographie en général, comp.

p. 414-427

G. VoiGT, Renaissance,


LA RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

288

de modèles qu'on étudiait avec beaucoup

C'est à titre

les recueils

de soin

de lettres de Cicéron, de Pline

et

d'autres écrivains. Aussi vit-on paraître dès le quinzième siècle

des traités d'épistolographie et des formulaires de

lettres latines

ces ouvrages formèrent

;

grands travaux de grammaire

et

une branche des

de lexicographie dont

quantité nous étonne encore aujourd'hui. Plus

la

fanes s'évertuaient à ces exercices en

s'

celles

et,

les lettres

au commencement du seizième

de Pierre

Bembo

regardées

étaient

pro-

aidant de secours

de ce genre, plus les maîtres faisaient d'efforts;

de Politien

les

siècle,

comme

des

chefs-d'œuvre de perfection, non-seulement au point de

vue de

la latinité,

mais encore à celui de l'épistologra-

phie en général.

A

côté des lettres latines, le seizième siècle produit

aussi

modèles de

des

Bembo

tient le

moderne latine,

;

lettres italiennes, et ici

premier rang

».

C'est

auteurs s'écartent à dessein de

les

encore

un genre tout la

forme

tout en restant fidèles à l'esprit de l'antiquité.

Sans doute ces lettres sont en partie confidentielles; toutefois elles sont pour la plupart écrites en vue d'une publication possible et dans se répandre à

la

pensée qu'elles pourraient

cause même de leur élégance.

Aussi trouve-

t-on, dès 1530, des recueils imprimés de lettres provenant

de différents auteurs ou bien d'un seul; disons que Bembo devint aussi célèbre par ses lettres italiennes que par ses lettres latines

a .

Mais au-dessus de l'cpistolographe se place l'orateur \

M

1 Bembo croyait encore devoir s'excuser d'écrire en italien Sempionium, Bcmbi Opéra, Bâle, 1556, vol. III, R. 156 SS. 2 Sur les collections de lettres d'Arétin, voir plus haut p. 206 ss. On avait déjà imprimé au quinzième siècle des recueils de lettres :

latines. 3

Que

l'on

compare

les discours qui figurent

dans les Opéra de


CHAPITRE

VII.

REPRODUCTION DE L'ANTIQUITÉ.

289

ce qui est chose naturelle à une époque et chez un peuple

où tout

le

monde

était passionné

où l'image du sénat

et

dans tous cipée;

les

elle

pour

de l'Église dans

de

toute

moments

par

la

existence

musique

;

elle

un des ornements

Beaucoup

considérable.

qui sont

solennels

et

de

le sein

un refuge au moyen âge

forme un des éléments nécessaires de

romains régnait

cœurs. L'éloquence est complètement éman-

est affranchie

laquelle elle avait trouvé

naturels

parole vivante

la

et des orateurs

aujourd'hui remplis

appartenaient à l'éloquence latine ou

italienne. Et pourtant

Bartolommeo Fazio

se plaint

que

l'orateur de son temps soit bien moins partagé que ne Tétait l'orateur antique

:

des trois genres d'éloquence

dans lesquels celui-ci pouvait

briller,

un

seul est resté

ouvert aux modernes, attendu que l'éloquence judiciaire est réservée aux juristes, et que les discours prononcés

dans

le conseil

des princes doivent être faits en italien».

Peu importaient qu'on

lui

littéraire.

le

rang et

la

condition de l'orateur ce

demandait avant tout,

A

la

;

c'était la

cour de Borso de Ferrare,

haute culture le

médecin du

prince, Jeronimo da Castello, adressa un discours de

bienvenue

à Frédéric III aussi bien qu'à Pie II

s ;

dans

les

églises, des laïques mariés

de fête ou de deuil, et

membres du

montaient en chaire aux jours même pour célébrer des saints. Les

concile de Bâle qui n'étaient pas Italiens

durent être surpris lorsqu'au jour de

la

fête

de saint

Philelphus, de Sabellicus, de Beroaldus, et les écrits et biographies de Gian. Mannetti, Sylvius JEnêas, etc. B. F. Devins illuuribm, ed. Mehus, p. 7. Mannetti aussi, ainsi que l'a raconté Vesp. BtsTicci, Commentario, p. 51, a prononcé beaucoup de discours en italien, mais les a écrits ensuite en latin. -~ Les savants du quinzième siècle, Paolo Cortese p. ex., no jugent en général les travaux passés qu'au point de vue de Y clo1

quent ia. » Diario Ferrartst, '

dans Murât., XXIV,

col. 198, Î05.

19


LA RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

290

Ambroise, l'archevêque de Milan

prêcher Sylvius

fit

JSnéas, qui n'était pas encore entré dans les ordres

malgré

les

murmures des théologiens,

cette nouveauté et écouta l'orateur avec le plus plaisir

;

accepta

le concile

grand

1

.

Un mot

sur les principales occasions qui s'offraient

aux orateurs de parler en public.

D'abord ce n'est pas pour rien que à

État portent

secrète

y

il

le

nom d'orateurs

avait

un

inévitable

discours public, prononcé avec sible

nom

s .

Généralement un

:

les

envoyés d'État

de

à côté

négociation

la

morceau de parade, un le

plus de solennité pos-

seul avait mission

de parler au

de l'ambassade, qui était souvent fort nombreuse;

mais

arriva pourtant à Pie II, devant lequel chacun

il

cherchait à se faire entendre, d'être obligé d'essuyer les discours de tous

les

membres d'une députation 8 D'autre .

part, des princes instruits et bien doués aimaient à parler

eux-mêmes, de

la

soit

en

italien,

soit

en

latin.

Les enfants

maison Sforza étaient dressés à cet exercice;

Galéas-Marie, étant tout jeune

encore, prononça,

1455, un discours très-coulant devant

de Venise

*,

le

grand

en

conseil

au congrès de Mantoue (1459), sa sœur

et,

Hippolyte adressa une allocution fort élégante au pape 1

Pu

II

Comment.,

1. I,

p. 10.

grand le succès de l'orateur heureux, autant il était terriblru>*ester court devant de nombreuses et brillantes assemblées. On en trouve des exemples dans Petrus Crinitus, De honesta disciplina, V, cap. III. Comp. Vespas.Jior., p. 319, 430. * Pu II Comment., 1. IV, p. 205. C'étaient, de plus, des Romains

•Autant

était

qui l'attendaient à Viterbe. Singuii per

se verbafecere,

ne alius alio

Le fait qu'on ne ferme pares. permit pas à l'évéque d'Arezzo de parler au nom de la députation envoyée par les états italiens au nouveau pontife Alexandre VI, est compté très-sérieusement par Guichardin (au commencement du t. I) au nombre des causes qui aidèrent à amener les malheurs

mclior viderelur,

de «

cum

essent eloquentia

l'Italie.

Communiqué par Marin Sanudo, dans Murât.,

XXII, col. 1160.


CHAPITRE Pie

REPRODUCTION DE L'ANTIQUITÉ

291

.

Ce pontife lui-même

II

de sa

VII.

travaillé à sa

vie,

l'éloquence.

savant serait-il

avait

Il

avait, à toutes les époques grandeur future en cultivant

beau être

le

premier diplomate

plus remarquable de la curie,

le

et le

peut-être ne

pas devenu pape sans sa réputation d'orateur

charme de

et sans le

sa parole.

sublime que ses élans*.

«

Car rien n'était plus

Certainement qu'avant

»

tion son éloquence le faisait remarquer

digne d'occuper

le

comme

l'élec-

le

plus

Saint-Siège.

Ensuite on adressait aux princes des allocutions, souvent fortlongues,à l'occasion des réceptions solennelles.

Naturellement cela n'avait lieu que voulait passer

si le

pour aimer l'éloquence»,

prince aimait ou et

s'il

avait sous

main un orateur capable de donner la réplique, que ce fût un lettré de la cour, un professeur de l'Université, un fonctionnaire, un médecin ou un ecclésiastique. la

On saisit

aussi avec

empressement toute autre occasion renom de l'orateur, tout le public

politique, et, suivant le

instruit accourt à l'envi. Lors

du renouvellement annuel

même lors de l'entrée de nouveaux évêques, un humaniste est

de certains hauts fonctionnaires,

en fonction

Pu H Comment., 1. h, p. 107. Comp. p. 87. Une autre femme orateur de rang princier, qui prononça des discours en italien, était Madonna Battista Montefeltro, mariée à un Malatesta, qui 1

harangua I,

le

roi

Sigismond

et le

pape Martin. Comp. ârch.

p. 412, note. 2 De expeditione in Turcas,

stor.,

iv,

dans MunAT., XXIII, col. 68. Nihil enim Outre la complaisance naïve avec laquelle Pie raconte lui-même ses succès, comp. Campanus, Vita PU il, dans Murât., ni, H, passim. plus tard, sans doute, on jugea ces discours d'une manière moins favorable; comp. G. Voigt,

PU

concionantis majestate sublimius.

Silcius jfinéas, II, p. 3

275

SS.

Un jour pourtant

Charles-Quint, écoutant à Gènes un discours latin et ne pouvant suivre le langage fleuri de l'orateur, dit en soupirant à P. Jove Ah! combien mon maître Adrien avait raison autrefois quand il me prédisait que je serais un jour puni de ma paresse à apprendre le latin » Paul Jov., Vita Hadriani VI. Les princes qui avaient été harangués faisaient ordinairement :

!


292

LA RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

chargé

de prendre

parole; souvent

la

1

il

parle en

strophes saphiques ou en hexamètres; bien des fonctionnaires entrant en charge sont obligés de prononcer

discours sur leurs devoirs futurs, par exemple

heureux

justice »;

A

Florence, les condottieri eux-

quelles que soient leur origine et leur culture,

payent leur tribut à l'éloquence, le

et,

bâton du commandement, on

présence de tout taires d'Étal

Lanzi,

le

s .

11

le

peuple par

on

le

quand on leur remet haranguer en

les fait

plus lettré des secré-

paraît qu'au pied ou prés de la Loggia dei

portique où

peuple,

le

un

sur la

leurs études les ont préparés à

si

subir cette épreuve.

mêmes,

«

le

gouvernement

avait élevé

paraissait devant

une tribune aux harangues

(rostra, ringhiera).

Parmi

on célèbre surtout par des la mort des princes.

les anniversaires,

discours coramémoratifs ceux de

L'oraison funèbre proprement dite est surtout réservée à l'humaniste, qui la

prononce

à l'église,

en costume

laïque, non-seulement devant le cercueil des

princes,

mais encore devant celui des fonctionnaires et d'autres 3 personnages considérables Souvent il en est de même .

des discours prononcés aux cérémonies de fiançailles ou

aux mariages; seulement, dans ce dernier cas, l'orateur palais, (parait-i!) parle non pas à l'église, mais dans le

témoin

le

discours prononcé par Filelfo, au château de

répondre par leurs orateurs attitrés; c'est ainsi que Frédéric Gianrépondit par la bouche de Sylvius jEnéas à l'allocution de nozzo Mannetti; Vesp. Bist., Commentario, p. 64. de Colle'Lit, Greg. Gyraldus, De poelis noslri temp., à propos nuccio Filelfo, qui était laïque et marié, prononça dans la cathédrale de Corne le discours d'installation pour l'évéque Scarampi III

(1460). Rosmini, Filelfo, s

II,

p. 122;

III,

p. 147.

FABRONI, Cosmus, adnot. 52. a Ce qui pourtant choqua quelque peu Jac. Volaterranus (dans Murât., XXIII, col. i71)lors de la fête de l'anniversaire de la mort de Platina.


CHAPITRE

VII.

REPRODUCTION DE L'ANTIQUITÉ.

293

Milan, lors du mariage d'Anne Sforza avec Alphonse d'Esté.

(Il

est possible

prononcé dans

cependant que ce discours

la chapelle

de haute condition

liers

se

du

Même

palais.)

ait été

des particu-

donnaient à l'occasion

le

luxe

de payer un orateur extraordinaire pour une cérémonie de ce genre.

A

Ferrare, on priait simplement Guarino

d'envoyer un de ses élèves pour tionnelle.

Aux mariages

et

1

faire l'allocution tradi

aux enterrements, l'Église ne

s'occupait que des détails matériels.

En

fait

de discours académiques, ceux qui sont pro-

noncés par

les

eux-mêmes

professeurs

lors

de leur

enlrée en fonction ou de l'ouverture des cours rehaussés de tous les ornements que fournir.

De même,

les

la

8

sont

rhétorique peut

cours ordinaires se rapprochaient

souvent du discours proprement

3

dit

.

1 Anecdota lia., i, p. 299, dans l'oraison funèbre prononcée par Fedra en l'honneur de Lod. Podocataro c'est lui que Guarino désignait de préférence pour de semblables missions. Mais Guarino lui-même a prononcé plus de cinquante oraisons funèbres et discours d'apparat, qui sont énumérés dans Rosmini, Guarino, il, ;

p. 139-146. 2 On trouve beaucoup de discours d'ouverture de ce genre dans les ouvrages de Sabellicus, de Beroaldus major, de Codrus Urceus, etc. Parmi les ouvrages de ce dernier se trouvent aussi des poésies, qu'il a lues publiquement in prîncipio studii. 3 Voir le succès remarquable qu'avaient les cours de Pomponazzo dans Paul. Jov., Elogia vir. doct., p. i3i, qui remarque entre autres que P. parlait souvent de telle manière que ses auditeurs auraient pu écrire tout ce qu'il disait. En général, il parait que les discours qui devaient être parfaits sous le rapport de la forme, s'apprenaient par cœur; le fait est affirmé formellement par Giannozzo Mannetti {Commeniario, p. 39}; comp. le récit qui se trouve au même endroit, p 64 ss., avec celte observation qui se trouve à la fin, que Mannetti parlait mieux sans préparation que Charles Arétiu après qu'il avait préparé son discours. Par contre, on raconte de Codrus Urceus que, comme il avait la mémoire ingrate, il lisait ses discours.( ttoa, après les œuvres de C. U., Ven., 1506, fol. LXX.) Le mérite exagéré qu'on attribuait à l'orateur Ausim affirmai e, per/eclum oratoest attesté par le passage suivant rent (si quisquam modo sil perfeclus orator) ila facile powe nitorem, lœtitiam,

:

lumiua

et

umbras rébus dure quas oratione exponendas

iuscipit, ut

piclorem


RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

LA

294

Pour

les avocats, c'était la

composition de l'auditoire

qui déterminait la nature des discours. Suivant les cir-

constances, l'orateur appelait à son aide toutes les res-

sources de

Un italien

philologie et de l'antiquité.

à part, ce

aux soldats,

d'tirbin savait

il

la

genre

'

sont les harangues adressées en

soit avant, soit

était passé

maître dans

après l'action. Frédéric la

harangue militaire

admirablement enflammer

le

bataillons lorsqu'ils étaient là, prêts à combattre.

possible

11

que bien des discours qui figurent chez

écrivains militaires du quinzième

chez Porcellius gination pure

;

(p. 126),

mais

il

:

courage de ses

siècle,

est les

par exemple

soient en partie des œuvres d'imase

peut aussi

qu'ils

reposent sou-

vent sur des paroles qui ont été réellement prononcées. Les allocutions adressées à la milice florentine

depuis 1506, surtout d'après

les conseils

*,

organisée

de Machiavel,

allocutions prononcées lors des revues et plus tard à l'occasion d'une fête annuelle particulière, ont encore

un caractère en général;

y parle du patriotisme un citoyen portant la cuirasse et l'épée

différent. L'orateur c'est

qui les prononce devant

la

milice assemblée.

Enfin, au quinzième siècle, n'est parfois guère différent

le

serment proprement

du discours ordinaire, vu

que beaucoup d'ecclésiastiques étaient entrés dans

mouvement

jaloux de faire valoir leurs connaissances

Bernardin de Sienne lui-même, ce prédica-

ts

coloribus et pigmentis faeere videmus.

ed.

Menken,

1

le

qui avait l'antiquité pour point de départ, et

qu'ils étaient littéraires.

dit

p. 136.) Vesp. Fior., p. 103.

Comp.

ment Giannozzo Mannetti 3

(Petrus ALCYONIUS,

De

exilio,

où il raconte comtrouver dans son camp.

l'Histoire, p. 598,

vint

le

ârchiv. stor., XV, p. 113, 121. Introduction de Canestrini, p. 32 SS., reproduction de deux harangues militaires; la première, prononcée par Alemanni, est d'une beauté remarquable et digne du la

moment

(1528).


CHAPITRE

VII.

REPRODUCTION DË L'ANTIQUITÉ.

son vivant, et qui

était

adoré du peuple,

un devoir de ne pas dédaigner du célèbre Guarino, bien italien.

En

ce temps-là

quelle époque; parfois

même

demandait qui

lui

la

les cours

à

y

l'a

été à n'importe

un auditoire qui

avait aussi

philosophie dans la chaire et qui

y retrouver

étaient familières

Il

les idées

ne

dicateurs de premier ordre que

parler en latin.

de rhétorique prêcher qu'en

était aussi exigeant à l'égard

on

il

saint,

qu'il n'eût à

des prédicateurs de carême qu'on

ne craignait pas

même de regardait comme

comme un

teur des rues qu'on regardait

295

Gomme

philosophiques

s'agit ici le

que des pré-

hasard appelait à

nous l'avons dit, bien des

occasions de se faire entendre leur étaient enlevées par

des laïques lettrés. Ce sont des laïques qui prennent

la

parole à certaines fêtes de saints, aux enterrements et

aux mariages, lors de

même

l'installation des

à la première messe

sont des laïques qui,

noncent

le

le

évêques, etc.,

d'un ecclésiastique ami; ce

jour de

la fête solennelle

discours d'apparat devant

le

a ,

pro-

chapitre d'un

ordre. Cependant, au quinzième siècle, c'étaient géné-

ralement des moines qui prêchaient devant

Sixte IV,

fût la

prédicateurs officiels, et l'art*.

il

la

cour pon-

cérémonie à célébrer. Sous

que Giacomo de Volterra relève

tificale, quelle

les critique

Fedra Inghirami, célèbre

les

noms de

ces

selon les règles de

comme

prédicateur sous

Voir là-dessus Faustinus Terdoceus, dans sa satire De triumpho

stultitiœ, lib. II. a trouve

On ces deux cas extraordinaires dans {Opéra, fol. 61-82. De origine et auctu religionis, discours

Sabellicus.

prononcé en chaire à Vérone, devant le chapitre des Carmes déchaux, et De sacerdotii laudibus, discours prononcé à Venise. Comp. 292, note 3.) 3 On Jac. Volateriuni Diar. Roman., dans Mur., XXIII, passim. cite, col. 173, un sermon extrêmement remarquable, prononcé devant la cour, mais toutefois en l'absence accidentelle du Pape le Père Paolo Toscanella fulmina contre le Pape, la famille du :

:


LA RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

296 Jules

avait reçu

II,

Latran; parmi

et

l'ordination

les prélats,

s'exprimaient élégamment en latin.

zième

siècle

En

général, le sei-

amène, sous ce rapport comme sous d'autres,

une diminution dans dont

chanoiûe à

était

y en avait beaucoup qui

il

les privilèges jusqu'alors excessifs

humanistes avaient joui. Nous reviendrons plus

les

loin sur cette question.

Quels étaient, en somme,

nature et

la

le

contenu de

ces discours? Le bien dire naturel n'aura sans doute pas

manqué aux temps

la

raux; mais antique,

Italiens

pendant

rhétorique avait

il

s'il

s'agit

de

fait

la

le

moyen

âge, et de tout

partie des sept arts libé-

résurrection delà méthode

faut, d'après Philippe Villani

\ en

attribuer le

mérite à un Florentin, Bruno Casini, qui mourut de peste en 1348, dans un âge peu avancé.

de l'invention, de

la

Il

déclamation, du geste et du main-

lien tels que les anciens les avaient conçus; son but cela était tout pratique tins capables

:

il

de s'exprimer avec aisance dans 11

les conseils

n'était pas le seul à

demander que l'éducation oratoire eût un caractère un

;

tout

le

monde

en

voulait rendre les Floren-

et dans les réunions publiques.

tique

la

fixa les règles

pra-

estimait fort ceux qui parlaient

latin élégant et qui savaient

improviser un discours

en cas de besoin 2 L'étude toujours plus assidue des .

dis-

cours et des écrits théoriques de Cicéron, de Quintilien et des panégyristes impériaux, l'apparition

ouvrages didactiques spéciaux

*,

et la

de nouveaux

masse

d'idées et

pontife et les cardinaux; Sixte l'apprit et se contenta de sourire. 1 Fil. Villani, Vitœ, ed. Gaietti, p. 30. 8 Comp. plus haut p. 293, note 3. * Georg. Trapezunt. liheiorha, le premier système complet. Sylvius jEneas, Artis rhetoricœ prœcepla (1456), dans les Opéra, p. 9921034, ne s'occupe à dessein que de la syntaxe et de la construction; son livre est, du reste, caractéristique pour la routine dont il est un parfait modèle. Il nomme plusieurs autres théoriciens


CHAPITRE

VII.

REPRODUCTION DE L'ANTIQUITÉ.

297

de choses antiques dont on pouvait et devait grossir trésor de ses

le

propres idées, toutes ces circonstances

achevèrent de donner à l'éloquence italienne

le

carac-

ière qui la distingue.

Ce caractère varie toutefois selon

les individus. Plus

d'un discours respire une véritable éloquence, notam-

ment ceux qui

se renferment dans le sujet lui-même; en général, ceux qui nous restent de Pie II.

tels sont,

D'autre part,

Mannetti

1

les effets

merveilleux qu'obtint Giannozzo

dénotent un orateur

comme on en

a

peu vu

à n'importe quelle époque. Les discours solennels qu'il

prononçait

doge

le

dont

le

comme ambassadeur

et le Conseil

souvenir ne s'effaçait pas de

d'orateurs, par flatter

devant Nicolas V, devant

de Venise, étaient des événements

contre, profitaient

sitôt.

Beaucoup

de l'occasion pour

quelques auditeurs de distinction et pour

citer,

sans ordre et sans choix, une foule de mots et de

empruntés à

même

trois

l'antiquité. Cela durait quelquefois

heures; aussi

peut-elle s'expliquer que

la

patience de l'auditoire ne

par l'intérêt passionné

aux anciens, par l'insuffisance

s'attachait

faits

deux et

nombre des travaux philologiques qui

et

par

qui

le petit

existaient avant

que l'imprimerie fût répandue partout. Ce genre de discours avait toujours la valeur que nous avons attribuée dont 262

plupart sont inconnus aujourd'hui. Comp. G. Voiot, D'autres d'Aug. Dati, etc.

la

ss.

II,

1

Sa Vita, dans Muuat., XX, est toute pleine des effets de son éloquence. Comp. Vcspas. Fior., 592 SS., et Commentario, p. 30. Sans doute ces discours ne font pas sur nous une impression parti-

culière,

p. ex. celui qui a été prononcé au couronnement de Frédéric III voir Freher-Struve, Script, ter. Germ., III, p. 4-19. Sur le discours prononcé par Mannetti aux funérailles de Léon Arétin, Shepherd-Tonelli, Poggio, h, 67 ss., dit, après en avoir cité de nombreux passages L'orazione ch'ei compose, è ben la cosa la ;

:

più meschina che potesse

udirsi,

piena di puerilità volgare

vante negli argomenti ed' una prolissilà insopportabile.

nello stile irrile-


LA RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

298

à certaines lettres de Pétrarque (p. 255 et 287). Pourtant

quelques orateurs allaient par trop loin. La plupart des discours de Filelfo sont

un affreux pêle-mêle de

tions classiques et bibliques, rattachées à lieux

communs; dans

l'intervalle,

personnalité des grands dont l'éloge

il

une

l'auteur

cita-

série

de

célèbre

la

proposé de faire

s'est

en leur prêtant, par exemple, toutes

les vertus

cardinales, et ce n'est qu'à grand'peine qu'on découvre,

chez

chez d'autres,

lui et

les

quelques éléments histo-

riques de valeur qui s'y trouvent réellement. Le discours

d'un docte professeur de Plaisance, par exemple, discours

prononcé à l'occasion de

commence par

réception du duc Marie-Galéas,

la

l'éloge de C. Julius César, mêle

une foule

de citations antiques à d'autres citations prises dans

un ouvrage allégorique de

l'auteur, et se termine

bonnes leçons

fort indiscrètes à l'adresse

Heureusement

la soirée était déjà fort

Filelfo

célèbre

l'exorde

péripatéticien,

lui-même commence un

eux-mêmes tout à

et leurs auditeurs

A

citations.

la fin

coup,

et

nombreux,

il

les livres

et

que

le

Aristote,

etc.,

ne pouvaient attendre siècle, le

dès

comme

si

les

goût s'épura

surtout grâce aux Florentins; à

époque,

sobres de citations;

:

d'autres s'écrient

Scipion,

du quinzième

et cela

partir de cette

recueils

etc.;

Publius Cornélius

:

manuscrit

le

discours de fiançailles par les mots suivants le

'.

avancée, et l'ora-

teur dut se contenter de remettre au prince

de son panégyrique.

par de

du souverain

les

orateurs deviennent plus

faut dire que dans l'intervalle les

à consulter sont

devenus plus

premier venu peut y trouver sans

peine ces citations qui, jusqu'alors, avaient émerveillé les princes et

1

le

peuple.

Annales Placentini, dans Murât., XX, col. 918.


CHAPITRE

Comme

la

VII.

~

REPRODUCTION DE L'ANTIQUITÉ.

299

plupart des discours étaient élaborés dans

du cabinet, l'imprimerie s'emparait des manuau loin les discours prononcés. Par

le silence

scrits et répandait

contre, il

fallait la

sténographie pour recueillir les paroles

des grands improvisateurs

».

En

outre, tous les discours

que nous possédons n'étaient pas destinés à être prononcés réellement; tel est, par exemple, le panégyrique de Ludovic

le

connu que sous

More, par Béroalde, que le prince n'a la forme d'un manuscrit». De même que

composait des lettres avec des adresses imaginaires

l'on

à titre d'exercice, de formulaires,

dance, de

même

même

de ten-

d'écrits

y avait des discours fictifs 3 destinés à servir de modèles en cas de réception de hauts foncil

,

tionnaires, de princes, d'évêques, etc.

Pour l'éloquence comme pour

le

reste, la

mort de

Léon

X

de

décadence. P. Jove \ qui avait eu peine à s'échapper

1

la

(1521) et le sac de

Rome

(1527) inaugurent l'ère

P. ex., les discours

deMannetti. comp. Vesp. Commentario, p 30 Savonarole; comp. Perrens, Vie de Savonarole, I, p. 163. Cependant les sténographes ne pouvaient pas toujours le suivre, non plus que des improvisateurs entraînés par leur verve. Savonarole prêchait en italien; comp. Pasq. Villari (traduit par Berduschek, I, 268 ss.). * Ce n'est pas un des meilleurs. Opuscula Beroaldi, Bâle, 1509 fol. XViil-xxi. Ce qu'il y a de plus remarquable, c'est le trait Anal listo tibi ipsi archelypon et exemplar, tcipsum imitare, etc. 3 Alberto di Ripalta a écrit des lettres et des discours de ce genre; comp. l'ouvrage composé par son père et continué par lui, Annales Placentini, dans MURAT., XX, col. 914 ss., OÙ le pédant raconte d'une manière tout à fait instructive sa carrière

en

Il

était de

même de

:

litté-

raire. *

Pauli Jovil Dialogus de viris litteris illustribus, dans Tiraboschi ar e '7 ~" Ce P endant i' dit "ne dizaine d'années plus f i la tin des Elogia litteraria : Tenemus adhuc, lorsque

V\a lara, î'

magne

l'Alle-

avait conquis le

premier rang dans la philologie, sincerœ oquemiœ munitam arcem, etc. Tout le passage, traduit en allemand dans Gregorovius, VIII, p. 217 ss., a une importance toute particulière au point de vue du jugement porté par un et constant,* e

Italien sur lAllemagne; c'est à ce titre que nous nous en servi encore plus bas.

sommes


LA RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

300

de

la ville

étemelle, en donne les raisons; ses vues, bien

qu'étroites, ne «

manquent pas de

justesse

:

Les représentations de Plaute et de Térence, qui

bonne

étaient autrefois l'école de la

Romains de

distinction, ont

latinité

dû céder

la

pour

les

place à des

comédies italiennes. L'orateur élégant ne trouve plus l'admiration qui accueillait jadis ses discours. C'est pour-

quoi les avocats consistoriaux, par exemple, ne travaillent plus que le début de leurs rapports; le reste n'est plus

qu'un informe pêle-mêle où

il

n'y a ni lien ni transition.

Les discours de circonstance et les sermons sont tombés

ou d'un grand,

cardinal

eux-mêmes

bien bas. S'agit-il de l'oraison funèbre d'un les

exécuteurs testamentaires se

gardent de s'adresser au meilleur orateur de ils

la ville;

louent à bas prix quelque aventurier, quelque pédant

sans vergogne, qui n'aspire qu'à se faire à tout prix une certaine notoriété. Le mort, se dit-on, est insensible à

la

présence de ce singe habillé de deuil qui, du haut de chaire, commence par faire entendre une voix sourde

et

larmoyante pour se

la

tables hurlements.

de

quand

fête,

le

laisser aller

Même

peu à peu à de véri-

les serinons

prononcés

les

jours

pontife officie en personne, sont mai-

grement rétribués; ce sont encore des moines de tous les ordres qui se sont emparés de la chaire et qui prêchent

comme bares.

s'ils

Il

étaient en face des auditeurs les plus bar-

y a quelques années encore, à la

duire à

dignité épiscopale.

la

un

pareil sermon,

messe en présence du Pape, pouvait con-

prononcé

»


CHAPITRE

VIII

LES TRAITÉS EN LATIN ET L'HISTOIRE.

A

l'épistolographie et à l'éloquence des humanistes

nous rattacherons encore leurs autres productions, qui, en même temps, sont plus ou moins des souvenirs immédiats

de l'antiquité.

Nous parlerons tout d'abord du traité suivi ou préla forme du dialogue ', qui élait empruntée directement à Cicéron. Pour être juste à l'égard de ce genre de travaux, pour ne pas le condamner d'emblée senté sous

comme points

étant une source d'ennui, :

avait besoin, dans

de philosophie, quité

les

faut considérer deux

d'être initié

entraves du

aux doctrines de

l'anti-

ce furent les auteurs de traités et de dialogues

;

chargèrent de

qui se lieux

il

moyen âge beaucoup de questions de morale et

le siècle qui brisa

l'éclairer

sous ce rapport. Ces

communs que nous trouvons dans

étaient

pour eux

et

leurs écrits

pour leurs contemporains des vues

laborieusement retrouvées sur des objets dont personne n'avait plus parlé

depuis les anciens. Puis

ils

aiment à

s'entendre parler sur ces matières, peu leur importe que 1 Une espèce particulière, ce sont les dialogues à moitié satiriques que I'andolfo Collenuccio et surtout l'ontano ont imités de Lucien. Ce sont eux qui ont donné l'exemple à Érasme et à U. de Ilutten. Il est probable que, pour les traités proprement dits, des parties des ouvrages moraux de l'Iularque ont, de bonne heure, servi de modèle.


LA RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

302

ce soit en latin

ou en

italien.

Grâce à ces ouvrages,

langue devient plus libre et plus variée qu'elle ne dans

la

narration historique ou dans

les lettres; aussi,

parmi

le

la

l'est

discours et dans

les écrits italiens

de ce genre, en

est-il plusieurs qui passent encore aujourd'hui

pour des

modèles. Beaucoup de ces travaux ont été déjà cités ou le

seront encore à cause des idées qu'ils renferment;

nous devons nous borner à en parler

du quinzième

jusque vers la fin

antique qui domine dans

prend

place de l'imitation, jusqu'au

la

les Asolani, et

dans

siècle, c'est

Luigi Cornaro

1

fait, c'est

comme

moment où Bembo dans

Une

produisent des modèles classiques.

de ce

l'élément

cette sorte d'ouvrages,

des orateurs; peu à peu l'originalité

les discours

dans

ici

litté-

partir des lettres et des traités de Pétrarque

A

raire.

comme genre

la Vita sobria,

raison majeure

que, dans l'intervalle, les matériaux légués

par l'antiquité s'étaient en quelque sorte déposés dans de volumineux recueils spéciaux, et

un embarras pour Il

les

était inévitable

qu'ils n'étaient plus

auteurs de traités.

que l'humanisme s'emparât

l'histoire. Si l'on fait

une comparaison

aussi

de

superficielle entre

ces histoires et les chroniques d'autrefois,

notamment

des ouvrages admirables, riches de couleur et de vie,

comme

ceux de

Villani,

on regrettera vivement cette huma-

transformation. Combien tout ce qu'écrivent les nistes est terne et conventionnel à côté

vaux,

même

Villani!

sans excepter

les

Quel abîme entre Léonard Arétin

ces illustres chroniqueurs de Florence

!

8

de ces beaux tra-

successeurs immédiats de

2 !

Voir là-dessus plus bas, 4e partie, chap. v. la mordante épigramme de Sannazar

Comp.

Dam

patriam laudat, damnât

Nec malus

est civis,

dum

et le

Pogge.et

Le lecteur

:

Poggius bostem

nec bonus historicus.

se dit


CHAPITRE

VIII.

LES TRAITÉS EN LATIN ET L'HISTOIRE. 303

sans cesse qu'entre les périodes de Tite-Live et les phrases de César qu'il retrouve chez un Facius, un Sabellicus,

un

un Senarega, un Platina(dans

Folieta,

de Mantoue), chez et

même

Bembo

YHisloire

(dans les Annales de

chez Paul Jove (dans

les Histoires), la

Venise)

couleur

individuelle et locale, l'intérêt des faits ont dû souffrir.

On

se méfie davantage

mérite de Tite-Live,

le

quand on s'aperçoit que le vrai modèle adopté par les historio-

graphes »,a été méconnu par eux, son style une tradition sèche

même

on trouve

d'un style savant,

les artifices

la

comme

poésie. D'autre part,

c'est

:

passionner, charmer, émouvoir

pouvait remplacer

|

et décolorée »;

chez ces auteurs un singulier aveu

l'histoire doit

par

vu dans ce

qu'ils l'ont

a transformé par la grâce et la richesse de

fait qu'il «

le

que

lecteur

l'histoire

si

songer que beaucoup d'historiens humanistes, travaillant sur commande, sont peu instruits de ce qui se passe hors de leur

portée, et que les rares

! recueillir,

ils

données sont souvent obligés de

manière à plaire à leurs protecteurs Enfin l'on se demande

si le

il

faut

qu'ils les

peuvent

exposer de

et à leurs patrons.

mépris des choses modernes,

Ique ces mêmes humanistes professent parfois* ouvertement, n'a pas dû avoir une influence fâcheuse sur leur

manière de

les

concevoir et d'en parler. Malgré

lui, le

lecteur a plus de sympathie pour les annalistes latins et italiens, pour ces écrivains sans prétention qui sont ^restés fidèles à la

manière ancienne, pour ceux de Bo-

1

BENEDICTUS, Caroli Vlll hitl., dans ECCARD, Script., II, COl. 1577. «Petrus Crinitus se plaint de ce mépris, De honesta discipl., |I. XVIII, cap. ix. Les humanistes ressemblent en cela aux auteurs jde la fin de Iantiquité,q u i évitent aussi d'être de leur temps. Comp. BURCKHARDT, V Epoque de Constantin le Gr„ p. 285 ss. Comme I

!

contraste, voir plusieurs p. 443 SS,

mots du Pogge dans Voigt,

Renaissance,


LA

304

RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

logne et de Ferrare, par exemple; il a plus de confiance des en eux; Usait encore bien plus de gré aux meilleurs chroniqueurs proprement dits qui écrivent en

italien, à

uu Marin Sanudo, à un Corio, à un

Infessura, jusqu'à la

grands historiens

italiens, qui écrivent

brillante série des

dans leur langue maternelle, série qui ouvre

ment

En

le

seizième

réalité,

il

si

brillam-

siècle.

est incontestable

que

la

langue du pays

convenait bien mieux que la langue latine à l'historien pour le de son temps. L'italien aurait-il aussi mieux valu récit

de

faits

passés depuis longtemps et pour la critique

dont historique? C'est une question qui, pour l'époque était latin Le réponses. nous parlons, comporte plusieurs alors la lingua franco, des savants,

non-seulement dans

sens international, entre Anglais, Français et Italiens, par exemple, mais encore dans le sens interprovincial,

le

c'est-à-dire

Vénitien, le

langue parlée par le Lombard, le Napolitain, n'était pas reconnue par le Flo-

que

la

rentin, bien qu'elle fût toscanisée depuis

longtemps

et

provinciaqu'elle ne conservât que de faibles traces de lisme.

Cela n'aurait pas tiré à conséquence

chroniques locales, qui étaient assurées lecteurs sur les lieux

mêmes; mais

il

pour

les

de trouver des

n'en aurait pas été

de l'histoire du passé, pour laquelle il fallait chercher un cercle de lecteurs plus étendu. Ici l'on poula vait sacrifier la sympathie locale d'une population à de

même

sympathie générale des savants. Jusqu'où serait allée la réputation de Blondus de Forli, par exemple, s'il avait écrit ses savants

gnol? Ces

ouvrages dans un

livres

tombés dans

italien à moitié

roma

remarquables seraient certainemen

l'oubli, rien

que par suite de l'indifférenc

exercèren des Florentins, tandis qu'écrits en latin, ils Les Flo l'Occident. tout sur influence la plus grande


CHAPITRE

VIII.

LES TRAITÉS EN LATIN ET L'HISTOIRE. 30S

eux-mêmes

rcntins

quinzième

siècle,

écrivaient

d'ailleurs

non pas seulement parce

en

latin

au

qu'ils avaient

des instincts de lettrés, mais aussi parce que c'était un plus sûr moyen de répandre leurs livres. Enfin,

y a aussi des chroniques contemporaines en

il

latin, qui

out toute

Live, ce

la

valeur des meilleures chroniques

Dès que disparaît

italiennes.

le récit

continu imité de Tite-

de Procuste de tant d'auteurs,

lit

paraissent tout transformes. Ce

Paul Jove que l'on ne

même

les historiens

Platina, ce

historiques qu'autant qu'on est obligé de le révèlent tout à coup

même

dans leurs grands ouvrages

suit

faire, se

comme

de parfaits biographes. Nous avons déjà parlé incidemment de Tristan Garacciolo, de l'ouvrage biographique de Facius, de la topographie

vénitienne de Sabellico,

etc.;

il

en

est d'autres

dirons plus tard quelques mots. La d'écrire l'histoire apparaît de

apparue

la

dont nous

théorie de

bonne heure,

l'art

ainsi qu'était

théorie de l'art d'écrire des lettres et de

composer des discours. S'appuyant sur des paroles do Cicéron, elle proclame tout d'abord la haute valeur et l'importance de l'histoire;

appeler Moïse et et

est

elle

les évangélistes

assez hardie

pour

de simples historiens,

ne manque pas de recommander vivement l'amour de

la vérité et l'impartialité la plus

rigoureuse h

Les récits du passé portaient,

comme de raison, surtout sur l'antiquité classique. Mais ce qu'on chercherait moins chez ces historiens humanistes,

ce sont des

tra-

vaux considérables sur l'histoire générale du moyen âge. Le premier ouvrage important de ce genre fut la Chro'Lorenzo Valla, dans Arag.; Zeni,

62

voir

comme

Murât., XIX,

SS.,

p.

la préface de YHistoria Ferdinandi ngu contraste Giacomo Zeno dans la Vim Cm oh

201.

Comp.

aussi Guarino, dans

RÔSMmi

177 SS. t.

20

I!


LA RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

306

qui nique de Matteo Palmieri (449-1449),

commence

à

elle eut, à l'époque où s'arrête Prosper Aquitanus-, déplaire aux écrivains cause de son style, le malheur de Si l'on ouvre exemple. par Cortese, Paolo à postérieurs,

par hasard

les

Décades de Blondus de Forli, on n'y trou-

histoire universelle « ab vera pas sans étonnement une comme chez Gibbon; inclinatione Romanorum imperii », c'est

un

chaque

livre plein d'études sur les

siècle; les trois cents

sources des auteurs de

premières pages retracent

moyen âge jusqu'à la l'histoire des premiers temps du que l'Italie proouvrages les Voilà mort de Frédéric II. duisait

pendant que dans

le

Nord on en

était

chroniques des papes et des empereurs et temporum. Nous n'avons pas à rechercher

ouvrages Blondus a tous les documents

tiré parti, ni qu'il a

consultés

;

il

encore aux

aux Fasciculis ici

de quels

a trouvé réunis

mais dans l'histoire

bien un jour lui de l'historiographie moderne il faudra ce livre, on serait en faire cet honneur. N'y eût-il que a seule rendu posdroit de dire que l'étude de l'antiquité du moyen âge; c'est elle qui, la première, a sible celle

intérêt objectif. habitué l'esprit à prendre à l'histoire un âge était passé moyen le il faut ajouter que

Sans doute

pour l'Italie qu'il

en

rendu

d'alors, et

que l'esprit pouvait l'étudier parce

était affranchi.

On

ne peut pas dire

justice tout de suite, ni

respect; dans

même

les arts s'établit

qu'il lui ait

qu'il l'ait traité avec

un violent préjugé contre

datent de leur appace qu'il a produit, et les humanistes nouvelle « Je comrition le commencement d'une ère :

mence

à espérer, je

commence

à croire, dil

Boccace \ que

XVI, p. 38. Dans la lettre à Pizinya, dans ses Opère volgari, vol. monde intellecRaph. Volaterranus fait encore commencer le auteur dont les tuel au quatorzième siècle, Volaterranus, c. ù d. 1 premiers livres contiennent de précieux résumés d'histoire spéciale pour cette époque. 1


CHAPITRE

Dieu

VIII.

a pitié

LES TRAITÉS EN LATIN ET L'HISTOIRE. 307

nom

du

depuis que je vois que son

italien

inépuisable bonté redonne aux Italiens des âmes pareilles à celles des anciens, car ils cherchent la gloire par d'au-

que par

tres voies

par

la

ment

la

rapine et

la violence, c'est-à-dire

poésie qui rend immortel.

peu

étroit et

esprits le désir

»

Cependant ce senti-

juste n'exclut pas chez les grands

de connaître

le

où, dans le reste de l'Europe, tion d'études de ce genre;

il

âge une critique historique traiter tous les sujets d'une

moyen

il

*,

âge, à une époque

n'était pas

se

encore ques-

forma pour

le

moyen

parce que l'habitude de

manière rationnelle devait

tourner aussi au profit des études de

l'histoire. Au quinchroniques locales se ressentent de l'influence de cet esprit nouveau; en effet, les fables qui

zième

siècle déjà, les

défiguraient l'histoire primitive de Florence, de Venise,

de Milan,

etc., disparaissent

du Nord sont condamnées

pendant que

à ressasser

les rêveries creuses qui les défrayaient

les

chroniques

encore longtemps depuis

le

treizième

siècle.

Nous avons déjà de

l'étroite

parlé, à

connexion qui

et la gloire. Venise

propos de Florence

(p. 95),

existait entre l'histoire locale

ne pouvait pas rester en arrière des

autres villes; après

un grand triomphe oratoire remporté par un Florentin », un ambassadeur vénitien se hâte d'écrire à Venise

teur; de

même,

pour

qu'elle envoie

également un ora-

les Vénitiens veulent

une histoire qui puisse soutenir la comparaison avec les ouvrages de 1 En cela Pétrarque est encore un de ceux qui donnent l'exemple. Comp. surtout ses recherches sur la charte autrichienne provenant, comme on le prétend, de César. Epp. sen., xvi, 1.

Comme celui que remporta Giannozzo Mannetti en présence de Nicolas V, de toute la curie et de nombreux étrangers venus de loin; comp. Ve$P a$, Fior., p. 591; pour plus de détails voirie 3

Commentario, p. 37-40.


LA RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

308

Léonard Arétin et du Pogge. d'autres, Sabellico écrivit au

que Pierre

et

Ces deux

Bembo

livres,

dont

fit

C'est ainsi qu'après des

avec Jean-Marie Filelfo et

négociations infructueuses

quinzième

siècle les

son Historia rerum Venetarum.

second n'est que

le

Décades,

la

continuation

du premier, ont été formellement demandés par Venise à leurs auteurs.

du seizième

Les grands historiens florentins

103

(p.

ss.)

latins P.

sont de tout autres

qu'ils

les écrivains

écrivent en italien,

non pas

ne sont plus capables de

rivaliser

Jove et Bembo.

seulement parce

hommes que

siècle

Ils

avec l'élégance raffinée des latinistes d'alors, mais parce qu'ils veulent,

dans

le

comme

Machiavel, revivre, pour ainsi dire,

passé et présenter les faits sous une forme vivante,

comme

parce qu'ils veulent,

Guichardin, Varchi et

la

plupart des autres, frapper l'esprit de leurs lecteurs en

exposant des vues neuves et fécondes.

un

n'écrivent que pour fait Yettori,

un

petit

nombre

la

ils

comme

l'a

instinct irrésistible les pousse à s'entourer

de témoignages, à s'expliquer de

Même quand

d'amis,

et à se justifier à

propos

part qu'ils ont prise aux événements.

Malgré

l'originalité

on reconnaît

on ne

les

qu'ils

de leur style et de leur langue,

ont subi l'influence de l'antiquité, et

concevrait pas sans

humanistes, mais

ils

elle.

Ce ne sont plus des

ont traversé l'humanisme et sont

plus pénétrés de l'esprit qui anime les historiens anciens

que

la

plupart des imitateurs de Tite-Live

citoyens qui écrivent pour des citoyens, les

Thucydide

et les Tacite.

:

ce sont des

comme

faisaient


CHAPITRE

IX

LATINISATION GÉNÉRALE DE LA CULTURE, Nous ne pouvons pas sciences spéciales culière,

;

suivre l'humanisme dans les

chacune

dans laquelle

d'elles a

son histoire parti-

les savants italiens

de cette épo-

que, riches des trésors qu'ils ont découverts chez les anciens forment une section considérable; c'est avec 1

,

eux que commence l'âge moderne des différentes sciences, mais sans que la ligne qui les sépare du passé soit toujours parfaitement distincte. phie, nous

sommes

Même pour

la

philoso-

obligé de renvoyer aux travaux his-

toriques spéciaux. L'influence des philosophes anciens

sur

la

culture italienne parait tantôt immense,

insignifiante

1

:

immense, quand on songe que

tantôt

les idées

On

trouvait déjà alors qu'Homère à lui seul représentait la de tous les arts et de toutes les sciences, qu'il était une encyclopédie. Comp. Codri Uucei opéra, Sermo XIII, fin. Il dit (Scrmo XIII, Habilus in laudem liberalium artium; Opéra, ed. Ven., 150G, fol. XXXVIIlb) : Eia ergo bono animo esto; ego grwcas lileras tibi exportant et prœcipue divinum Homerum a quo ceu fonte perenni, ut scribit Naso,

somme

Valumpieriis ora riganlur aquis. Ab Homero grammaticam discere ab Homero rhelorieam, ab Homero medicinam, ab

Homero

poteris',

astrologiam, ab

Homero fabulas, ab Homero historias, ab Homero mores, ab Homero philosophorum dogmala, ab Homero artem milharem, ab Homero coquinariam, ab Homero architecturam, ab Homero regendarum urbium percipics

modum

et in summa quicquid boni, quicquid honesti animus hominis discendi cupidus oplare potest in Eo:iero facile poteris invenire. On trouve des idées

analogues dans Sermo vil et rapportent qu'à Homère.

VIII, Opéra, fol.

XXVI

ss.,

qui ne se


LA RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

310

sont contenues dans sa

d'Àristote, surtout celles qui

Morale heure

1

le

et dans sa Politique, sont devenues de

bien

commun

des lettrés de toute

bonne

l'Italie, et

que

le philosophe grec faisait loi en matière de métaphysique 9 insignifiante, au contraire, si l'on considère le peu ;

d'action qu'ont eue, au point de vue dogmatique, les

philosophes anciens et

même

les

philosophes florentins,

ces fervents adeptes de Platon, sur l'esprit de

la

nation

italienne. Tout ce qui ressemble à une action de ce genre

en général, qu'un phénomène normal de

n'est,

intellectuelle,

ment des

esprits

en

Italie.

A propos de

aurons encore quelques remarques à la

la

culture

qu'une conséquence naturelle du mouve-

plupart des cas, ce n'est pas

la

la religion,

faire.

nous

Pourtant, dans

culture générale qui est

en jeu, mais seulement ce qui se produit chez certains individus ou dans certains cercles savants, et

même

là il

faudrait chaque fois faire la distinction entre le culte

sérieux de l'antiquité et n'est qu'une affaire de

un engouement passager qui

mode. Car pour beaucoup

d'esprits

cela,

même quand

l'étude des anciens les faisait arriver à

une véritable

l'amour

de l'antiquité

n'était

que

érudition.

ne

Cependant tout ce qui nous parait affecté aujourd'hui l'était pas forcément en ce temps-là. L'usage de

prendre pour noms de baptême des noms grecs et romains, par exemple, est plus beau et plus respectable

mode actuelle qui consiste à prendre (surtout pour des noms de femme) des noms tirés des romans. Du moment qu'on met le monde antique au-desque

1

la

Un

cardinal du temps de Paul II fit exposer même à ses cuimorale d'Arist. Comp. Gasp. Veron., Vita Pauli II, dans

siniers la

Muratori,

III, II,

col. 1034.

Pour l'élude d'Aristote en général, on consultera avec beau» coup de fruit un discours d'Hermolaus Barbarus. 9


CHAP.

IX.

LATINISATION GÉNÉRALE DE LA CULTURE. 3H

sus des saints,

memnon,

nomme tion

paraît tout simple et tout naturel que

d'Achille

son

d'nn

il

nobles donnent aux

les familles

et

de Tydée

Apelle et sa

fils

fille

les

nom

le

peintre

s

L'adop-

etc.

.

à l'antiquité,

famille qu'on n'aime pas à

tout aussi facile à justifier.

volontiers à un

noms d'Aga-

que

*,

Minerve,

nom harmonieux, emprunté

pour remplacer un nom de porter, est

fils

On

renonçait

géographique, qui avait l'inconvé-

nient de désigner toute une classe de citoyens et qui n'était pas encore

même temps

il

saint; c'est ainsi

nom

devenu nom patronymique, quand en

comme nom de

devenait incommode

Gemignano prit ie après avoir été méconnu

que Filippo de

de Callimaque. Celui qui,

S.

et offensé par sa famille, s'illustrait

l'étranger, pouvait être fier,

nom même la

même

s'il

comme était

savant à

un Sanseve-

Pomnom en grec

rino, d'échanger son

contre celui de Julius

ponius Laetus. De

traduction d'un

en latin (dont l'usage se répandit presque exclusive-

et

ment en Allemagne)

est excusable chez

une génération

Burselms, Ann. Bonon., dans MURAT., XXIII, col. 898. Vasari, XI, p. 189, 257, Vite di Sodoma edi Garofalo. A Rome, ce turent naturellement les femmes de mœurs légères qui s'emparèrent des noms les plus ronflants de l'antiquité, tels que ceux de Julie, Lucrèce, Cassandre, Porcia, Virginie, Penthésilée, sous lesquels elles figurent dans Arétin. Il est possible que les Juifs aient adopté en ce temps-là les noms des grands ennemis des Romains, de ceux qui appartenaient à la race sémitique, tels que ceux d'Amilcar, d'Annibal, d'Asdrubal, qu'ils portent encore si fréquemment à Rome. (Cette dernière observation ne saurait subsister. Pour les premiers temps Zunz ne connaît pas de semblables noms de Juifs, Leipzig, 1837, nouvellement imprimé sous le litre Recueil des écrits de Zunz, t. II, Berlin, 1876 Steinschneider, ; dans son // Buonarrotti, Ser. II, vol. VI, 1871, p. 196-199, ne connaît pas de Juif qui ait porté un de ces noms; même aujourd'hui, d'après les renseignements pris par le prince Buoncompagni auprès de M. Tagliacopo, employé aux Archives israélites à Rome (lettre à M. le docteur M. Steinschneider, déc. 1876), il n'y a que quelques Juifs qui portent le nom d'Asdrubal, et pas un qui porte celui d'Amilcar ou d'Annibal. 1

a

:

:


LA RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

812

qui parlait et qui écrivait en latin, et qui avait besoin de

noms

qui fussent non-seulement déclinables, mais encore

faciles à

est

mettre dans

la

prose et dans les vers. Ce qui

blâmable et souvent ridicule, c'est

nom

d'un

le

dW-changcment

auquel on veut donner un air classique et une

un nom de baptême ou

autre signification, que ce soit

un surnom.

C'est ainsi

qu'on changea Giovanni en Jo-

vianus ou Janus, Piero en Pierius ou Petreius, Antonio

en Aonius,

manie

a

etc.

L'Arioste, qui se

moque

tant de celte

vu encore donner à des enfants

ses héros et de ses héroïnes 2

De même, on ne

noms de

les

.

doit pas juger trop sévèrement les

dénominations antiques que

donnent

les écrivains latins

aux fonctions, aux cérémonies,

etc.

Tant qu'on

se

tente d'un latin simple et facile à comprendre, celui

qu'on trouve dans

les écrivaius qui se

con-

comme

succèdent

depuis Pétrarque jusqu'à Sylvius $lnéas, cet usage ne fut

pas trop fréquent; mais

abus à partir du

il

dégénéra nécessairement en

moment où

l'on s'efforça

d'écrire la

langue de Cicéron dans toute sa pureté. Alors plus possible de trouver des équivalents

il

ne fut

pour toutes

les

choses modernes, à moins de recourir à de savantes périphrases. Le pédantisme se

aux conseils municipaux désigner traiter

les

nonnes sous

fit

le titre

le

nom

un

plaisir

de Patres

de donner

conscripti,

de Virgines

vestales,

de de

chaque saint de Dius ou Deus, tandis que des gens

Quasi che'l nome i buon giudici ingannl, clie quel meglio t'abbia a far poeta,

Che non farà

lo studio di molt'

anni

!

C'est ainsi que l'Arioste se moquait de cette manie dans la satire Vil, vers 64; il faut dire que le hasard lui avait donné un

nom *

harmonieux.

Ou même

siens.

d'après ceux de Bojardo, qui sont en partie les


CIIAP. IX.

LATINISATION GÉNÉRALE DE LA CULTURE. 313

d'un goût plus raffiné, pareilles

autrement.

faire

Comme

aucune importance

on

tels

que Paul Jove, n'usaient de

dénominations que

n'est pas trop

monieuses,

les

lorsqu'ils

ne pouvaient pas

Paul Jove semble n'attacher

noms empruntés

à ces

choqué de

voir,

cardinaux s'appeler senatores, leur doyen

princeps senatus, l'excommunication dirœ Lupercalia, etc. L'exemple de cet auteur

combien

à l'antiquité,

dans ses périodes har-

le

carnaval

même

fait voir

»,

faut se garder de voir dans ces détails de

il

de l'influence absolue de l'antiquité sur

Style l'indice

la

moderne.

vie

nous

Il

du

impossible de pousser plus loin l'histoire

est

style latin.

Pendant deux

siècles entiers, les

nistes ont vanté la langue latine

comme

huma-

étant la seule

dans laquelle on pût écrire. Le Pogge» regrette que Dante ait composé son grand poëme en italien; on sait

que

l'illustre

mencé par

poëte avait essayé du

écrire le

latin, et qu'il a comcommencement de V Enfer en hexa-

mètres. Tout l'avenir de qu'il n'a pas

la

poésie italienne tient à ce

continué dans cette voie; cependant Pétrarque

(voir plus haut, p. 251) comptait plus sur ses poésies

que sur ses sonnets

latines

1

C'est ainsi

omnibus

diris

ad

que

les soldats

inferos dewcati.

et ses

Canzone; on conseillait

de l'armée française (1512) sont

NOUS reparlerons plus bas du bon

chanoine Tizio, qui s'y prenait plus sérieusement et qui lança contre les troupes étrangères une formule d'anathème tirée de Macrobe. 3

fol.

De 152

principum, dans POGGH Opéra, éd. Bâle, 1513, Cuius (Danlis) exsîat poema prœclarum, neque si litleris latinis

infelicitate :

constaret, ulla ex parte poetis superioribus (les

anciens) postponendum.

Corteshjs {De hominibus doctis, p. 7) dit Utinam tant bene cogitationes litleris mandare poluisset, quam bene patrium sermonem illustravitl En parlant de Pétrarque et de Boccace,le même auteur fait entendre des plaintes du même genre. D'après Boccaccio, :

suas latinis

Uita di Dante, p. 74, il y avait déjà beaucoup de gens, et dans le nombre des gens sages, qui se demandaient pourquoi Dante n'avait pas écrit son poëme en latin.


LA RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

814

encore à l'Arioste d'écrire son

poëme en

latin. Il n'y a

jamais eu de joug plus dur en matière littéraire

1 ;

mais

poésie a échappé en grande partie à cette contrainte,

la

et aujourd'hui

misme

Il

:

organes, car

nous pouvons dire sans trop d'opti-

bon que

est

elle

la

poésie italienne ait eu deux

a produit dans les deux langues des

œuvres excellentes et originales. Peut-être en peut-on

occupée dans

dire autant de la prose; la place

par

la culture italienne tient à ce

été traités en latin*

prose italienne a été

mêmes

à qui

Depuis à

la

le

il

le

considérer

Urbi et Orbi

— pendant

mieux maniée par

en coûtait de ne pas écrire en

quatorzième

comme la

siècle, tout le

source

le

monde

que certains sujets ont

la

les

que

la

auteurs

latin.

monde s'accordait

plus pure de la prose.

Cela ne provenait pas seulement de la haute idée qu'on avait

de son style et de sa manière de composer, mais

surtout de ce que le caractère aimable de l'épistolo-

graphe,

l'éclat

de l'orateur,

la clarté

du philosophe se

retrouvaient dans l'esprit italien. Pétrarque reconnaît

1

Si l'on

veut savoir jusqu'où

allait le

fanatisme sous ce rap-

port, que l'on compare Lil. Greg. Gyraldus, De poetis nostri temporis, en plusieurs endroits. Vespasiano Bisticci est un des rares écrivains de cette époque qui reconnaissent franchement qu'ils ne se sont pas beaucoup occupés de latin. Commentario délia vita di Gian.

en savait assez pour mettre des citations pour lire des lettres écrites en latin, ibid., 96, 165 ss. Pour la préférence exclusive accordée au latin, on peut au;>si citer le passage suivant de Petr. Alcyomus, De exilio, ed. Menken, p. 213. Il dit que, si Cicéron revenait à la vie et voyait Rome, omnium maxime illum credo perlurbarent ineptiœ quorundam qui omisso studio veteris linguœ quœ eadem hujus urbis et universœ halice propria erat, dies noctesque incumbunt in lingaam Gelicam aut Dacicam discendam eamdemque omnx ralione ampliandam; cum Goli, l'isigoli et l'andali [qui erant olim Getœ et Daci) eam in Italos invexerint, ut artes et iinguam et twmen fiomanum delerent. 2 Sans doute il y a aussi des exercices de style, comme, p. ex., dans les Orationes, etc., de Beroaldus major, les deux nouvelles traduites de Boccace en latin, et môme une canzone de Pétrarque, Man., p.

2.

Cependant

il

latines dans ses écrits et


CHAP. IX.

LATINISATION GÉNÉRALE DE LA CULTURE. 315

parfaitement chez

lui les faiblesses

de l'homme d'État

1 ;

seulement

de l'homme privé et

le

il

respecte trop pour

s'en réjouir; après lui l'épislolographie prend Cicéron

pour modèle presque exclusif les fait

(voir plus haut, p. 288), et autres genres, à l'exception du genre narratif, en ont

autant. Mais

le vrai

toute expression fin

du quinzième

cicéronianisme, celui qui s'interdit

non authentique, n'apparaît

de Laurent Valla eurent toute

l'Italie,

littérature

fait sentir leur

romaine eurent été contrôlées

nuances de

style

retrouve toujours,

si

et

comme

la

prose des anciens, et l'on

résultat final, cette certitude

modèle

le

parfait,

ou

l'on veut embrasser tous les genres, que c'est

ce siècle immortel et presque divin de Cicéron

«

la

comparées*.

qu'on distingue jusqu'aux plus

dans

consolante que Cicéron seul est bien,

influence dans

lorsque les assertions des historiens de

C'est alors seulement fines

qu'à la

lorsque les écrits grammaticaux

siècle,

Alors on vit des

hommes

tels

3

».

que Pierre Bembo, Pierio

Valeriano et d'autres s'appliquer de toutes leurs forces à suivre ce modèle incomparable

même des gens qui avaient longtemps résisté au courant et qui s'étaient formé un vocabulaire

tiré

;

des plus anciens auteurs

*,

Comp. les lettres de Pétrarque adressées du haut de I'empyrée à des ombres illustres. EPP fam. (ed. Fracass.) lib. XXIV, 3 4. (Et dans la même édit. t. II, p. 497.) Voir aussi %>. sen., XIV I (imprimé souvent à part sous le titre De rep. opt. adminislranda, plus haut p. 9, note 1) Sic esse doleo, sedsic est. 1

.

:

:

s

Jovian. Pontanus donne dans son Anionius une image burlesque du purisme fanatique qui régnait à Rome. 3

HADRiANl(Cornetani) Card. S. Chrysogoni de sermone latine liber. Voir surtout l'introduction. Il trouve dans cicéron et ses contemporains la latinité . en elle-même». Le même Codrus Urceus qui voyait dans Homère la science absolue (voir plus haut, p. 309

note 1), dit : Opp. ed. 1506, fol. LXV Quicquid temporibus meis aul studm hbens Omne illud Cicero mihifelici dédit omine; :

poëme

(ibid.),

alla jusqu'à affirmer doctrines Grœcia mater. *

il

Paul. Jov., Elogia

doct. vir., p.

187

que

ss.,

:

/lut vidi

dans un autre Nonhabet huic similem

à prop. de Bapt. Pius.


J1I

LA INSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

316

finirent par céder et par

décider par

laissa

Bembo

cinq années entières plus employer aucun

enfin cet querelle

;

le

adorer Cicéron; Longolius se

1

que Cicéron pendant

1

à ne lire

môme

savant se promit de ne

mot qui ne

figurât

engouement universel aboutit

les

]

dans cet auteur; à cette

1

longue

deux partis avaient pour chefs Érasme

î

et

1

l'aîné des Scaliger.

même

Car

admirateurs de Cicéron étaient loin

les

assez bornés

d'être

unique du

latin.

pour l'admettre

Encore au quinzième

Ermolao Barbaro voulaient créer une individuelle

1 ,

comme

$

source

1

siècle, Polilien et

I

la

latinité originale, I

naturellement en s'appuyant sur une éru-1

ne réussirent

1

pas à faire partager leurs idées à leurs élèves; Paul Jove,

I

dition

«

vaste, presque illimitée », Mais

ils

qui nous raconte ces faits, a également poursuivi le but.

11 est

latin

une

le

premier qui

foule d'idées

ait

mémo 1

laborieusement rendu en!

modernes, surtout des idées

d'esthétique; ses efforts n'ont pas toujours été heureux,

1

une force et à une élégance

I

remarquables. Ses portraits en latin des grands peintres

I

mais

et des lier

1

est arrivé parfois à

il

grands sculpteurs de cette époque* sont un singu-I

mélange de perfection

et

de

faiblesse.

Léon X, qui!

vir., p. 145, à propos de Naugerius. Il dit! aliquid in slijlo proprium, quod peculiarem exi

Paul. Jov., Elogia doct.

que leur idéal

était

:

nota mentis effigiem re/erret, ex nalurœ genio efftnxisse. Polit, à Cortefaciès, atitË sillS (Epist., lib. VIII, ep. 16) : Mihivero longe honeslior tauri item leonis quant simiœ videlur : ego malo esse assecla et simia Ciceronism quant alumnus. Politien se gênait déjà d'écrire ses lettres en latinl

quand il était pressé; comp. Raph. Voiat., Comment, urban., 1. XXI Pour i ic et ses idées sur la langue latine, comp. la lettre citée! J

plus haut, p. 246, noie 2. 3 Paul. JOV., Dialogus de

dans TlIUBOSCHlj que pendant quelque temps; P. Jove eut l'idée d'entreprendre le grand travail qu'exécutaj Dans ce dialogue il pressent aussi que l'habiensuite Vasari. tude d'écrire en latin se perdra bientôt tout à fait, et il le ed. Venez. 1796,

t.

regrette.

viris litteris illustribus;

VII, p. 4.

On

sait


C11AP. IX.

-

LATINISATION GÉNÉRALE DE LA CULTURE. 317

mettait sa gloire à ce que lingua latina noslro pontificalu dicalur fada auclior, penchait, en matière de latin, vers

non

des idées libérales,

nécessairement chez un

pour toutes

exclusives

homme

les jouissances;

avait à entendre

ou

à lire fût

il

»,

ce qui devait être

comme

passionné

demandait que ce

exprimé en

latin

lui

qu'il

vraiment

pur, plein de vie et d'élégance, mais rien de plus. Enfin

Cicéron ne donnait pas de modèle pour

en

latin-,

fallait

il

dieux à côté de

la conversation donc, bon gré, ma! gré, adorer d'autres

lui.

Cette lacune fut comblée par

représentations, assez fréquentes à

comédies de Plaute les

acteurs à

un

et

Rome

de Térence, qui équivalaient pour

exercice incomparable;

[manière excellente d'apprendre

le latin

découverte de pièces de Plaute dans tet la translation

de ce dernier

à

Rome

le

de l'antiquité;

la

comédie

c'était

Ce

usuel.

latine

une

fut la

Cod. Ursinianus

(en 1428

qui donnèrent l'idée d'étudier et d'exploiter latine

les

et ailleurs, des

ou 1429)

comédie

la

moderne

avait

désormais des modèles classiques. Un certain nombre d'années après, sous Paul II », on loue le savant cardinal

de

Theanum (probablement

Niccolô Forteguerra de Pis-

toie) de s'occuper des pièces de Plaute qui sont le moins bien conservées, de celles où manquent les listes-des personnages, et d'étudier l'auteur tout entier à cause de la langue; peut-être est-ce grâce à lui qu'on s'est mis

à

représenter ces pièces. Pomponius Lœtus s'intéressa à ces représentations, les fit multiplier; il était régisseur Dans le bref de 1517, adressé à Franc. de'Rosi, rédigé par Sadolet, dans Roscœ, Léo X, ed. Rossi, VI, p. 172. 2 Gaspar. Veronbns. Vita Pauli II, dans Murât., III, H, col 1031 De plus, on jouait quelquefois Sénèque et des imitations latines de' 1

Jrames grecs.

3 A Ferrare, on jouait le plus souvent Plaute en italien, tel que lavaient traduit Collenuccio et Guarino le jeune; Isabelle de (

Gonzague

se

permettait de

le

trouver ennuyeux Pour

la

comédie


318

LA RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

chaque

fois

que

l'on jouait Plaute

1

dans

les palais

des

riches prélats. L'habitude de ces divertissements savants se perdit à partir

nous l'avons vu causes de

la

de 1520 environ, et Paul Jove, (p. 300), trouve

Citons, avant de finir,

le

comme une des

un pendant du cicéronianisme

l'art: le

confirme encore

ter dans le

fait

décadence de l'éloquence.

dans le domaine de Ici se

dans ce

vitruvianisme des architectes 1

la loi

phénomène de

générale qu'on peut constala

Renaissance, savoir que

mouvement intellectuel précède

le

mouvement

artis-

Dans le cas particulier dont nous parlons, les mouvements sont séparés par une vingtaine d'années, si l'on compte depuis le cardinal Adrien de

tique.

deux

Gorneto (1505) jusqu'aux premiers vitruviens purs. comp. R. Peiper, dans Fleckeisen et Masius, Archive! et pèdag., XX, LpZ. 1874, p. 131-138, et Sur Pomp. L^tus comp. Sabellici V, p. 541 SS.

latine en général, Nouvelles Annal, phil. d'histoire Uttèr.,

opéra, Epist., 1

1.

et., plus bas, la fin de cette partie. Histoire de la Renaissance en Italie, p. 38-41.

XI, fol. 56 ss.,

Comp. Burckhaudt,


CHAPITRE X LA POÉSIE NÉO-LATINE. Enfla

le plus

beau

poésie néo-latine.

la

tilre

de gloire des humanistes est

faut en parler

Il

ici,

en tant qu'elle

sert à caractériser l'humanisme.

Nous avons montré plus haut

ment

(p.

combien

elle était l'objet,

elle a été

porter définitivement. On peut j

316) de quel engoue-

être

près de

rem-

convaincu tout

d'abord que ce n'est pas par caprice ni sans poursuivre but sérieux que la nation la plus spirituelle et la plus

pn

du monde

[cultivée

langue

comme

la

d'alors renonçait dans la poésie à

langue italienne.

Il

faut qu'elle

une

y

ait

été déterminée par une raison d'un ordre supérieur. Cette raison, c'était l'admiration de l'antiquité.

Comme

[toute admiration véritable et sans réserve, elle engendra

^nécessairement

l'imitation.

Même

à

d'autres

époques

chez d'autres peuples on trouve une foule de teniajtives isolées dans ce sens; mais ce n'est qu'en Italie jet

qu'étaient réunies les deux conditions essentielles de la

durée

et

du développement de

[empressé de tous réveil partiel

la

poésie latine

gens cultivés de

de l'antique génie

eux-mêmes; on affaiblis

les

la

:

l'accueil

nation et

le

italien chez les poètes

entendre les accents à peine de la lyre d'autrefois. Les meilleures œuvres dirait

qui surgissent, sont,

.

non pas des

imitations, mais

des


LA RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

820

créations originales. Celui qui dans les arts ne peut pas

supporter des formes dérivées, celui qui n'apprécie pas

ou

l'antiquité cessible

qui,

au contraire,

ou inimitable,

la

regarde

comme

inac-

celui qui est d'une sévérité inexo-

rable pour des poètes qui ont dû, par exemple, retrou-

ver ou deviner

la

quantité d'une foule de syllabes, celui-là

doit laisser cette littérature de côté. Les plus belles pro-

ductions ne sont pas faites pour résister à une critique absolue, le

une source de

suffit qu'elles soient

il

Ce qui

pour

réussit le moins, c'est l'épopée tirée d'histoires

de légendes de l'antiquité.

et

épique aux modèles latins et

Homère; comment les Latins

de

de Pétrarque teurs aussi

la 3

Renaissance? Quoi

sait,

le

pu

aux Grecs, sauf

se rencontrer

qu'il

en

nombreux

et aussi enthousiastes Il

soit, Y Afrique

que n'importe

n'est pas sans intérêt

de rap-

de ce poëme. Le quatorzième

parfaitement raison de voir dans l'époque de

deuxième guerre punique l'apogée de

donc

la

grandeur ro-

époque que voulait

et devait

maine;

c'est

chanter

Pétrarque. Si Silius Italicus avait été déjà

il

chez

a eu peut-être des lecteurs et des audi-

peler le but et l'origine

vert,

on

d'une vivante poésie

même

auraient -elles

quelle épopée moderne.

siècle avait

Comme on

essentielles

qualités

refuse les

la

plaisir

poëte et pour des milliers de ses contemporains

cette

décou-

aurait choisi peut-être une autre matière; mais,

à défaut d'un autre sujet, Scipion l'Africain intéressait le

quatorzième

1

Pour

Elogia.

siècle à tel point

qu'un autre poëte, Zanobi

Paul. la suite, voir les Deliciœ poelarum Ilalor. les Lit. Grefi. Gyiuldus, De poetis noslri temporis;

Jovius, annexes!

de Roscqe, Leone X, ed. Bossi. 2 Deux nouvelles éditions du poëme ont été publiées par Pingaud (Paris, 1872) el par Corradini (Padoue, 1874); on 1874 ont; paru aussi deux traductions italiennes par G. B. Gaudo et A. Palesa. Sur l'A/rica, comp. L. Geiger, Pétrarque, p. 122 SS. et 270, note 7 :


CHAPITRE

X.

di Strada, s'était déjà

LA POÉSIE NÉO-LATINE. proposé de

que son poëme

fût déjà assez

l'intérêt

général

s'attachait à Scipion s'il

on

;

Pompée

modernes peuvent laire,

un

sujet

époque

et

gens

mythe

c'était

plus

et

lui

tard,

comme

mettaient au-dessus

le

de César

8

se vanter d'avoir

le

quelque chose

pour

se passionnait

vivait encore, et bien des

d'Alexandre, de

Si

de cette épopée,

cette

à

qui,

bien

qu'il s'effaça,

avancé

l'apparition

pouvait justifier

chanter; ce n'est

le

que par considération pour Pétrarque

321

Combien d'épopées

.

un

sujet aussi

se réunit à l'histoire?

popu-

Aujour-

d'hui sans doute Y Afrique ne trouverait plus de lecteurs.

Pour d'autres

sujets historiques

voyions aux histoires

il

faut

que nous ren-

littéraires.

Le développement du mythe antique,

le

comblement

des lacunes politiques qu'il renferme sont déjà plus pro-

La poésie italienne s'empara de bonne heure

ductifs. aussi

de cette veine

:

nous citerons comme exemple

Théséide de Boccace, qui passe pour

le

la

meilleur de ses

ouvrages poétiques. Sous Martin V, Maffeo Vegio composa en latin un treizième

livre à

ajouter à l'Enéide;

ensuite on trouve une quantité d'essais sans valeur dans

genre de Claudien, une Méléagride, une Hespéricle,

le

etc.

y a de plus remarquable, ce sont les mythes nouvellement imaginés, qui peuplent les plus Mais ce

belles

1

s

qu'il

contrées de

l'Italie

d'une foule de dieux, de

Filippo Villa.ni, VUœ, ed. Galetti, p. 16. in laudem Franc. Sfortiœ,

Franc. Alcardi oralio

col. 384.

— Dans

le

rîan'i

M OR AT., XXV,

parallèle entre Scipion et Cssar, Guarino et

C. A. (Cyriacus Anconitanus) regardaient le premier comme le plus grand, le Pogge {Opéra epp., fol. 125, 135 ss.) accordait la palme au second; il y eut à ce sujet de grandes discussions. Voir Sur Sheph.-Tonelli, I, 262 SS., et ROSMINI, Guarino, II, p, 97-118. Scipion et Annibal dans les miniatures d'Attavante, voir Vasaiw, IV, 41, Vita di Fiesoh. Les noms de ces deux grands hommes ont été employés pour Picinino et Sforza, p. 126.


LA RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

322

nymphes, de génies

ment épique rables.

et aussi de bergers; car ici l'élé-

et l'élément pastoral sont désormais insépa-

Nous aurons occasion de

faire ressortir ailleurs

ce fait que dans les églogues tantôt narratives, tantôt

dialoguées, qui ont paru depuis Pétrarque,

déjà presque entièrement

rale est

1

la vie

pasto-

conventionnelle, et

quelle sert de cadre à des idées et à des sentiments quel-

conques; nous n'avons à parler en ce

nouveaux mythes.

On

voit ici

leurs que les dieux antiques ont

dans

Renaissance

la

abstractions,

les

:

figures allégoriques;

et

remplacent

les

rendent inutiles

les

d'autre part,

temps un élément de poésie

des

une double signification

d'une part,

généralités,

moment que

plus nettement qu'an

libre et

ils

sont en

ils

même

indépendant, une

sorte de beauté neutre qui peut trouver sa place dans

toute espèce de poésie et qui se prête à mille combinai-

sons variées. Boccace ouvre

la

marche avec son monde

)maginaire de dieux et de bergers des environs de Florence, avec son Ninfale d'Ameto et son Ninfale de Fiéçole, qui sont écrits en italien. Mais le chef-d'œuvre

du

genre

Bembo 5

pourrait

bien être

le

Sarca

de

Pierre

demande en mariage de la nymphe Garda par le fleuve de ce nom, le magnifique banquet nuptial dans une grotte du monte Balbo, les prédictions de Manto,

,

la

fille

de Tirésias, sur

la

naissance de l'enfant

Mincius, la fondation de Mantoue et

la

gloire future de

1 II y aura également lieu de parler plus bas des brillantes exceptions que forment les auteurs qui donnent à la vie champêtre les couleurs de la réalité. s Imprimé dans Mai, Spicilegium Iiomanum, vol. VIII, p. 488-504 (comprenant environ cinq cents hexamètres]. Pierio amplifia ce mythe; voir son Carpio dans les Ddiciœ pot:t. liai.; voir aussi les écrits secondaires de P. V., Cologne, 1811, p. 42-46. —Les fresques de Brusasorci, dans le palais Murari, ù Vérone représentent le ,

sujet

du Sarca.


CHAPITRE

X.

-

LA POÉSIE NÉO-LATINE.

Virgile, qui naîtra de l'union de Mincius avec la

323

nymphe

d'Andes, Maïa. Sur ce beau rococo humaniste, Bembo trouva de fort beaux vers et, à la fin, une apostrophe à Virgile que tout poëte peut lui envier.

On

de faire peu de cas de ces choses-là et de comme de la déclamation pure comme il ;

affaire de goût,

On dont

a l'habitude

regarder

les

s'agit

d'une

n'y a pas de discussion possible.

il

voit aussi naître de

volumineux poëmes épiques ou religieux, et qui étaient

le sujet était biblique

en hexamètres. Les auteurs n'avaient pas toujours pour but d'obtenir de l'avancement ou de gagner écrits

la

faveur pontificale novices

poser

le

comme

chez

;

les

meilleurs et

Batista Mantovanb,

est

il

même

chez

les

permis de sup-

désir tout désintéressé de servir la cause de la

religion en la célébrant dans leur savante poésie latine, qui ne se conciliait que trop avec la manière

à demi

païenne dont

ils

concevaient

le catholicisme.

Gyraldus

énumère un grand nombre de ces poètes à la léte de tous sont Vida avec sa Christiade et Sannazar avec ses trois chants « De Partu Virginis* ». Sannazar (né ;

en 1458,

mort en 1530) impose par

sa

marche puissante

égale, par la hardiesse avec laquelle

paganisme

et

le christianisme,

de ses descriptions, par

mêle ensemble

la

comparaison

le

vérité plastique

perfection de son travail.

la

n'avait pas à redouter la

par

il

et toujours

Il

lorsqu'il faisait

entrer les

dans

le

Quand

vers de la quatrième églogue de Virgile chant des bergers près de la crèche (III, 200 ss.). il parle de l'autre monde, il a parfois des traits

d'audace dantesque

;

je citerai

'Nouvellement publié et traduit les irott lerles de la poésie nèo-lalim, '

d a " tre P art

t

p. lu/ et 41 1.

»

les

Œuore*

&

comme exemple

le

roi

par Th. A. Fassnacut, dans Leutkirch Ct Leipzig 1875. (éd. de ilerapel), xxil,

GœiU


LA RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

324

David s' élevant dans le limbe du patriarche jusqu'au chant et à la prophétie

manteau, qui

236

(I,

ss.),

des images de tous les êtres élémen-

brille

taires, qui adresse la parole ss.).

D'autres fois,

l'Éternel trônant dans son

il

aux esprits célestes

ne craint pas de mêler

la

17

(III,

mythologie

antique à son sujet, sans toutefois paraître réellement

baroque, parce

ne considère en quelque sorte

qu'il

comme un

polythéisme païen que

donne

apprendre à connaître tout ce dont ce temps-là, celui-là.

faut tenir

il

de l'élément païen

que dans

l'art

dédommager

les

la signification

le

mélange de l'élément chrétien

est bien plus

il

est,

gênant dans

la poésie

constamment

des objets que ne

la

bon

.demi-dieux

à

:

au

de

travail

le

Baltista

la

Man-

dans son calen-

tovario avait essayé d'un autre système

drier des jours de fête

poésie,

forme, et que dans

poésie elle porte plutôt sur l'idée. Le

1

la

l'est

œuvres plastiques

les

et

en général, plus indépendant

l'imagination porte plutôt sur

les

capable en

yeux par quelque beauté positive

attendu* que dans

et

Si l'on veut

compte d'un ouvrage comme

plastique; ce dernier peut

tangible; de plus,

de

l'art était

Le mérite de Sannazar paraît d'autant plus

grand que d'ordinaire et

cadre, et qu'il ne

que des rôles secondaires.

à ses dieux

le

lieu de faire servir les dieux

l'histoire

sainte,

les

ils

met,

à

l'exemple des Pères de l'Église, en opposition avec elle;

pendant que l'ange Gabriel salue

Mercure

est

la

Vierge

descendu du mont Carmel,

malicieusement à

la

porte-

puis

il

l'a

à

Nazareth,

suivi et écouté

redire

vient

aux

dieux assemblés ce qu'il a entendu, et les porte ainsi aux résolutions les plus violentes. D'autres fois

2 ,

sans doute,

faut que Thétis, Cérès, Éole, etc., rentrent dans le

il

*

De

2 P.

sacris diebus.

ex. dans sa huitième églogue,


CHAPITRE

-

X.

LA POÉSIE NÉO-LATINE.

devoir, et reconnaissent de

bon gré

la

825

puissance de la

Madone. La gloire de Sannazar, teurs, les

hommages

le

grand nombre de

enthousiastes des

ses imita-

hommes

les plus

éminents de cette époque, de Bembo, qui composa son épitaphe, de Titien, qui fit son portrait, tout cela montre

combien

il

était nécessaire à

son

siècle et

combien

ses

contemporains l'estimaient. Vivant au commencement de la Réforme, il résolut ce problème difficile il sut être :

entièrement classique tout en restant chrétien; aussi les papes Léon et Clément lui en surent-ils le plus grand gré. Enfin, l'histoire

du temps

fut aussi traitée

mètres ou en distiques, tantôt sous

la

en hexa^

forme narrative,

tantôt sous forme de panégyrique; mais, en général, cette sorte d'ouvrage était composée en l'honneur d'un prince

ou d'une maison priucière. Aiosi naquirent une Sforciade \ une Borséide, une Borgiade (voir plus haut p. 275, note 1), une Laurentiade, une Trivulciadc, etc. Sans doute

les

ment manqué

auteurs de ces compositions ont entière-

nom est

leur but, car ceux dont le

immortel

n'ont pas dû leur gloire à cette espèce de poëmes pour lequels le monde a une répugnance invincible, même s'ils sont l'œuvre d'hommes de talent. Il en est tout autrement de ces compositions plus petites, de ces œuvres de ^cnre qui se bornent à retracer une scène de célèbres; tel est, par exemple,

Chasse de Léon

X près de

Palo

2

le

ou

la vie

des

hommes

beau poëme le

.sur

la

Voyage de Jules

/#,

1 II y a deux Sforciades qui n'ont pas été imprimées et qui sont inachevées, l'une de Filelfo l'aîné, l'autre de Filelfo le jeune. Sur €e dernier ouvrage comp. Favre, Mélanges d'kist. litt., i, p. 156; sur le premier, voir Rosmini, Filelfo, II, p. 157-175. Celui-ci devait aller jusqu'à 12,800 vers; il contient entre autres ce passage : Le soleil s'éprend de Blanche.

s

Roscœ,

Leone X,

ed.

Bossi,

VIII,

184; ainsi qu'un

po6me de

,


1

LA RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

326

par Adrien de Corneto

y a aussi de brillantes

I

descriptions de chasses par Hercule Strozza, par Adrien,

I

que nous venons de nommer,

serait regrettable

I

(p. 151). 11

etc.

moderne en voulût

;

il

de

1

qui a inspiré leurs œuvres. La perfection de

1

de ces poèmes, valeur

I

souvent considérable, assurent à ces gracieuses composi-

I

que

le

lecteur

la flatterie

et la valeur historique

forme

la

tions

une

longue que ne

vie plus

à ces poètes à cause

de mainte

le sera celle

j

poésie connue de notre temps.

En somme,

ces ouvrages sont toujours d'autant meil-I

leurs que l'auteur

généralité.

Il

y

moins au pathétique

vise

y a de petites poésies épiques

et à

lai

composées

par des maîtres célèbres qui, en abusant de

I

mytho-

la

logie, produisent sans le savoir l'impression la plus comi-

que du monde. Tel est le poème d'Hercule Strozza sur la mort de César Borgia (p. 143, note 2). On entend 1

les plaintes

les

de Rome, qui avait mis tout son espoir dans

papes espagnols, Calixte

après eux, regardait César

III et

Alexandre VI, et qui,

comme l'homme

providen-

Le poète profite de la circonstance pour raconter toute l'histoire du prince jusqu'à la catastrophe

tiel.

de 1503. Puis ce

moment

qui suit

:

a

il

demande

Muse

à la

dans l'Olympe, Pallas prit parti pour

gnols, Vénus pour les Italiens

;

aux genoux de Jupiter, sur quoi embrassa,

quels avaient été à

les conseils des dieux, et Erato raconte ce

les

calma l'une

les

Espa-

toutes deux se jetèrent le

maître des dieux

et l'autre, et s'excusa

de ne

les

rien;

faire parce qu'il était impuissant contre le destin filé pal

même style, XII,

130.

de Chariemagne PERTZ, Monum., II.

— Combien

est-il

le poëme d'Angilbert sur la couj déjà près de cette Renaissance! Compj

1 Stuozzii Poelœ, p. 31 SS. Cœsaris Borgiœ ducis epicedium. * Pontificem addiderat , flammis lustralibus omîtes,

Corporis ablutum lobes, Dits Jupiter

ipsis, ete.


CHAPITRE ggParques mais ;

X. les

LA POÉSIE NÉO-LATINE.

promesses des dieux,

327

s'accom-

dit-il,

pliront par l'enfant de la maison d'Este-Borgia

';

après

avoir raconté les aventures merveilleuses dont fourmille

du berceau des deux

l'histoire

ne

lui est

familles,

il

pas possible d'accorder à César l'immortalité

dû refuser jadis à un Memnon ou

qu'il a

affirme qu'il

malgré des intercessions puissantes,

et

un

à

Achille,

termine par

il

l'assurance consolante qu'avant de mourir, César tuera

encore beaucoup de monde sur

les

champs de

Mars s'en va donc à Naples pour y préparer

bataille.

discorde

la

et la guerre; quant à Pallas, elle court à Nepi et y apparaît

à César malade, sous

les

d'Alexandre VI;

traits

après l'avoir exhorté à se résigner et à se contenter de la gloire «

de son nom,

comme un

oiseau

Quoi

en

qu'il

la

déesse pontificale

disparaît

».

soit, c'est se priver

plaisir parfois très-réel

volontairement d'un

que de condamner

et

de rejeter

toute œuvre plus ou moins mélangée de souvenirs de

mythologie antique

quelquefois

;

l'art a relevé et

la

ennobli

cet élément conventionnel dans la poésie aussi bien que

dans

la

peinture et

la sculpture.

Même

l'amateur trouve

des commencements de parodie, par exemple, dans

la

Macaronéide

la

fête

(p.

198

ss.),

à laquelle sert de

comique des dieux, par Giovanni

pendant

Bellini.

Bien des poèmes narratifs écrits en hexamètres sont

de simples exercices ou des remaniements d'histoires en prose; le lecteur préférera naturellement ces derniers.

A

la fin,

tout fut célébré en vers

;

toutes les guerres

particulières» toutes les cérémonies furent chantées; elles

1 C'est celui qui fut plus tard Hercule II de Ferrare, né le 4 avril 1508, probablement peu de temps avant ou après la composition de ce poëme. Nascere, magne puer, matri exspeclate patriqite, lit-on vers la fin.


LA RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

328 le

furent quelquefois

du temps de

la

même

Réforme

tribuer ce déluge de

'.

par

poèmes

les Italiens,

humanistes allemands

à l'oisiveté

excessive avec laquelle tout le

Chez

les

Cependant on aurait tort

monde

ou à

écrivait

en

du moins, celte exubérance qui

duit tant de récils, de tableaux historiques et

d'at-

la facilité

vers.

pro-

a

même

pamphlets en tercets s'explique par

le

style porté à la plus haule puissance.

De même que

de

sentiment du le

projet de constitution politique de Niccolo da Uzzano, la

revue de l'histoire du temps par Machiavel,

phie de Savonarole par un troisième,

par Alphonse se

le

le

siège

la

biogra-

dePiombino

Grand*, raconté par un quatrième,

produisaient sous

cette

du tercet

forme

manier, afin de mieux frapper

si

difficile à

de

même beaucoup

le

etc.,

italien,

lecleur,

d'aulres écrivains pouvaient avoir be-

soin de l'hexamètre pour forcer leur public à l'attention. C'est la poésie didactique qui

montre

le

mieux ce qu'on

pouvait supporter et ce qu'on demandait sous cette forme.

Ce genre de poésie prend au seizième

ment extraordinaire; on

voit

siècle

un dé veloppe-

même les humanistes

les plus

éminents descendre jusqu'à chanter en hexamètres

latins

des opérations purement matérielles, des choses ridicules

ou repoussantes,

telles

que

la

fabrication de l'or, le jeu

des échecs, l'élève des vers à soie, l'astrologie, la syphilis 1 Comp. les recueils des Scriplores rerum Germanicarum de ScnARBius, Freher, etc., et plus haut, p. 160, note 1. 8 Uzzano, voir Arch. slor. ital., IV, I, 296. Macchuvelli, I Decenali. Histoire de Savonarole sous le titre de Cedru; Libani, par

Fra Benedetto; comp. P. Villari, trad. par Berduschek, I, p. 19, Assedio di Piombino, dans Mukat., XXV. A mettre en note 2. parallèle le Theuerdctnk de l'empereur Maximilien et de Melchior Pfinzing, nouv. édit. par Hallaus, Quedlinb. et Leipzig, 1836, et autres ouvrages rimés qui ont paru dans le Nord à cette époque. Comparer tout particulièrement le,' chants populaires historiques de l'Allemagne, datant du quinzième et du seizième siècle, que nous possédons en si grand nombre.


CHAPITRE

-

X,

{moi bus Gallicus), etc.

;

LA POÉSIE NÉO-LATINE. faut y ajouter

il

de poëmes italiens de longue haleine. l'habitude de lus, et

ces

condamner

un

certain

De nos jours on

a

tous ces ouvrages sans les avoir

nous serions incapables de dire jusqu'à quel point

poëmes didactiques méritent qu'on s'en occupe

chose est certaine, c'est que des époques où

le

que le monde grec

à

son déclin,

le

1 .

Une

sentiment

du beau était infiniment plus développé que dans c'est

329

nombre

la

nôtre,

monde romain et

la

Renaissance n'ont pas pu se passer de ce genre de poésie,

On

peut objecter,

il

est vrai,

que ce

n'est pas le sentiment

du beau qui nous manque, que nous sommes plus sérieux en tout, et que est

nécessité de répandre partout ce qui

la

digne d'être enseigné exclut

la

forme poétique; mais

ce sont là des questions que nous n'avons pas à examiner.

Un

de ces ouvrages didactiques se publie encore de

temps en temps

*

:

c'est le

cellus Palingenius (Pier

Ferrarc, ouvrage

Zodiaque de

la vie,

par Mar-

Angello Manzolli), protestant de

qui fut

composé vers 1528. L'auteur

rattache aux plus hautes questions, à celles qui ont Dieu, la vertu,

l'immortalité pour objet, l'étude d'un

nombre de

détails,

de précieux

et,

grand

sous ce rapport, son livre offre

témoignages pour

l'histoire

des mœurs.

Cependant, au fond, ce poëme sort déjà du cadre de Renaissance, de

même

la

que, par suite de son caractère

1 A propos des Coliicaùone, écrites en versi sciolii italiens par L Alamanni (une des plus anciennes éditions, Paris, 1540 nouvelle édition des OEuvres, 2 vol., Florence, 1867), on pourrait soutenir que tous les passages ayant une valeur poétique sont directement ou indirectement empruntés aux poètes de l'antiquité. 8 P. ex. par C. G. Weise, Lpz., 1832. Le livre, divisé en douze parties dont les titres portent les noms des douze signes du zodiaque, est dédié à Hercule II de Ferrare. Dans la dédicace on Nam quem alium palronum in tota Italia lit ce remarquable passage intenir e possum, cm musœ cordi sinl, qui carmen sibi oblalum aict inlclligat, ;

:

aui examine recio expeudere sciai?

remment

l'un

pour

Palingenius aussi emploie indiffé-

l'autre Jupiter et Deus.


LA RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

330

didactique, la

dans

C'était

que

l'élégie,

mythologie cède la

le

pas à l'allégorie.

le

poésie lyrique, et spécialement dans

poëte philologue se rapprochait

le

plus

de l'antiquité; on peut en dire autant de l'épigramme.

Dans

le

cination

genre léger, Catulle exerça une véritable

sur les

Italiens.

Bien des madrigaux

fas-

latins,

remarquables par leur élégance, bien des invectives, bien des billets méchants ne sont que des paraphrases

de Catulle; puis on trouve des élégies sur petit chien

instant

le

«

découvrir un soit,

per tion

il

>,

moineau de Lesbie

mot de ce

y a des opuscules

même à

la

mort d'un

ou d'un perroquet, qui rappellent à chaque

le

petit

»,

sans qu'on puisse y

poëme. Quoi

qu'il

en

de ce genre qui peuvent trom-

connaisseur sur la date de leur composi-

moins que quelque détail matériel ne fasse voir

clairement qu'ils sont du quinzième ou du seizième siècle.

Par contre, il

peu près impossible de trouver des

est à

odes saphiques ou alcaïques,

etc., qui

ne trahissent par

quelque coin leur origine moderne. Le caractère moderne se reconnaît

généralement à cette faconde de rhéteur

dont Stace donne

le

premier exemple dans l'antiquité,

à l'absence de la concentration lyrique qui doit caractériser ce

deux ou d'être

genre de poésie. Certaines parties d'une ode, trois strophes réunies,

peuvent bien avoir

un fragment antique, mais

guère faire

illusion.

le

tout

Et quand par hasard

franchement antique,

comme

dans

la belle

la

l'air

ne saurait couleur est

ode à Vénus,

par Andréa Navagero, on reconnaît facilement une simple paraphrase 1

de chefs-d'œuvre de l'antiquité 5

.

Le premier poëme comique de L. B. Alberti, qui'portait comme d'auteur celui de Lepidus, passa longtemps pour une œuvre

nom

antique. " Poésie imitée (comp. plus bas, p. 332, note Lucrèce et d'Horace, Odes, IV, I.

1)

du début de


CHAPITRE

X,

LA POÉSIE NÉO-LATINE.

Quelques poètes lyriques s'emparent du culte des

331

saints,

et leurs invocations sont calquées assez habilement sur

des odes d'Horace ou de Catulle où sont traités des

comme exemple Navagero, dans

sujets analogues. Citons

l'ode à l'archange Gabriel, et surtout Sannazar (p. 323

ss.),

qui pousse très-loin le mélange de l'élément chrétien et

de l'élément païen. porte

il

nom

le

Il

célèbre de préférence

dont

1

,

le saiut

trouve dans son

la chapelle se

admirable campagne située près du Pausilippe, droit

mer absorbe

la

les flots

la

source qui

viennent battre

le

«

à l'en-

du rocher

et

petit sanctuaire

».

jaillit

mur du

dont

Tous les ans.il voit revenir avec bonheur la fête de saint Nazaire; les guirlandes de feuillage dont la petite église est ornée, surtout en ce jour solennel, lui semblent être

Même lorsqu'il accompagne

des dons offerts en sacrifice. Frédéric d'Aragon sur

la terre d'exil, à

près de l'embouchure de

la

Loire,

il

Saint-Nazaire,

offre à son vénéré

patron, quand vient le jour de sa fête, des couronnes

de buis et de feuilles de chêne;

il

se rappelle avec

dou-

leur ces belles années où les jeunes gens de tout le Pausilippe venaient à sa fête dans des barques enguirlan-

dées, et

il

3 supplie le Ciel de hâter l'heure de son retour

.

Ce qui surtout paraît antique au point de faire illusion, c'est une foule de poëmes écrits en vers élégiaques ou simplement en hexamètres, poëmes qui embrassent tous

les genres, depuis l'élégie

gramme. De même que

proprement les

dite jusqu'à l'épi-

humanistes exploitaient

le

à connaître, à propos d'une circonstance cette habitude de mêler les saints à des actes éminemment profanes. Comp. aussi l'élégie de Sannazar : In feslo die divi Nazarii marttjris. Sannazari Elegiœ, 1535, fol. 166 SS. 1

Nous avons déjà appris

plus sérieuse

*

(p.

72),

SI satis ventos tolérasse et imbres fraudes,

Ac minas fatorum hominumque

Da, Pater, tecto salientem avito Cernere

fumumt


LA RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

832 texte

des poètes

liberté,

de

même

élégiaques latins avec une extrême

se sentaient capables de les imiter avec succès. L'élégie de Navagero à la Nuit contient aulant de réminiscences que n'importe quel poëme de ce ils

genre, ce qui ne l'empêche pas d'avoir un cachet tout à fait antique. En général, la première préoccupation de

Navagero

1

de trouver un sujet vraiment poétique, non pas servilement, mais avec une

est

qu'il traite ensuite

noble

indépendance, dans

d'Ovide, de Catulle, et

style

le

même

de l'Anthologie,

des églogues de Virgile;

use de

la mythologie avec une extrême modération; composera, par exemple, une prière à Cérès ou à

il il

d'autres divinités champêtres, pour retracer la vie dans

ce qu'elle a de simple et de primitif.

un

salut à la patrie, qu'il avait

retour de sa mission en Espagne

mant poëme de

plus

Salve, cura

Formosœ

si la

n'a pas achevé

Il

commencé ;

lors

de son

nous aurions un char-

répondu à ce début

fin avait

Deum, mundi felicior

:

ora,

Veneris dulces, salvele, recessus,

Ut vos posl tantos animi mentisque labores Aspicio lustroque libens, ut munere vetlro Sollicitas loto depello e pectore curas s

La forme élégiaque ou hexamélrique est de rigueur pour quiconque veut exprimer des idées élevées ou de nobles sentiments; l'appel au patriotisme à Jules

II),

d'un Tibulle, l'usage

3 .

(p.

151, l'élégie

l'apothéose des princes, la tendre mélancolie se

servent de

ce

moule consacré par

François-Marie Molza, qui, dans

les

adulations

'Andr. Naugerii orationes duce carminaque ahquot, Ven., 1530, in-4°. Sur lui et sur sa mort voir Pier. Val., De in/, lin., éd. Mencken! p.

226 2

ss.

Comparer

le salut de Pétrarque à l'Italie, qui est plus ancien d'un siècle (composé en 1353), dans Petr., Cai mina minora, ed. Bossetti, H, p. 266 ss. * On voit ce qu'on pouvait dire à Léon X par la prière que


CHAPITRE qu'il

prodigue

à

-

X.

LA POÉSIE NÉO-LATINE.

Clément VII

aux Farnèse,

et

838

rivalise

avec Stace et Martial, a trouvé, dans une élégie adressée

par

le

poëte malade

mort qui sont

à ses amis

«

des pensées sur

»,

n'importe quel auteur ancien, et cela sans faire à quité des emprunts bien considérables

Sannazar qui a

le

mieux connu

reproduit l'élégie romaine; autant

brillé,

comme

il

Du

1 .

et le plus

l'anti-

reste, c'est

complètement

n'y a pas d'auteur qui

poëte élégiaque, par

ait

la variété et

par l'excellence de ses poëmes. Nous aurons encore à citer

la

aussi belles et aussi antiques que celles de

le

de temps en temps à propos du sujet de quelques-

unes de ses élégies. Enfin, l'épigramme latine était à cette époque quelque

chose

de sérieux, attendu que quelques

expressives, gravées sur

bouche en bouche,

remonte bien haut

:

s'illustrer

par l'épigramme

lorsqu'on sut

que Guido délia

Polenta voulait orner d'un Dante,

il

posées

«

monument

le

tombeau de

arriva de tous les côtés des épitaphes

par des gens qui voulaient

ment honorer

la

bien

suffisaient à fonder la gloire d'un

La prétention de

savant.

lignes

un monument ou transmises de

se

9 ,

com-

montrer ou simple-

mémoire du poëte ou même gagner les ». Sur le tombeau érigé à i'ar-

bonnes grâces de Polenta

chevêque Giovanni Visconti (mort en 1354) dans de Milan, on suivante

:

«

lit,

après trente-six hexamètres,

la

le

dôEie

mention

Gabrius de Zamoreis, de Parme, docteur en

droit, a fait ces vers.

»

Peu

à

peu

l'on vit se

former

toute une littérature dans ce genre; l'épigramme fleurit, Gnido Postumo Silvestri adresse au Christ, à Marie et a tous les saints de laisser encore longtemps ce Numen sur la terre, attendu qu'ils étaient en nombre suffisant au ciel. Leone X, ed. Bossi, V, 337. 1

MOLZA,

Bergamo, s

Poésie volgari e latine, publ.

1747.

BOCCACCIO, Vita di Dante, p. 36,

Imprimé dans Roscge,

par PlEIUNTOMO SERASSI,


LA RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ-

331

grâce à l'influence de Martial et de Catulle. Le plus beau titre

de gloire était de faire des épigrammes qui eussent

l'air

d'être antiques, d'avoir été copiées sur

ment de

1

l'antiquité

quables que toute

,

l'Italie

qui arriva pour quelques

par cœur;

les savait

c'est ce

épigrammes de Bembo. Quand

de Venise payait 600 ducats d'honoraires à San-

la ville

nazar pour

ne

faisait

on ne pouvait

,

composés en

trois distiques qu'il avait

les

son honneur 1 elle

un monu-

ou qui fussent tellement remar-

la

taxer de prodigalité

qu'honorer l'épigramme

comme

la

plus concentrée de la gloire; c'est ce qu'elle était

la

yeux de tous part,

les

:

forme

aux

gens instruits de cette époque. D'autre

personne n'était assez puissant pour être au-dessus

d'une épigramme bien mordante; les grands

eux-mêmes

avaient besoin de doctes conseils pour les inscriptions qu'ils

pouvaient avoir à composer, car des épitaphes

par exemple, risquaient d'être recueillies dans

ridicules,

but d'égayer

le

public 1

.

La science de l'épigraphie

de l'épigramme se donnaient

et celle

mière

le

reposait

sur

l'élude

assidue

la

main

des

;

la

pre-

inscriptions

antiques.

Rome

était

par excellence

1

3

oîi l'hérédité n'existait

Sannazar se moque d'un individu qui

sifications de ce genre Sint vetera hœc Ilu/um, Opéra, 1535, fol. 41a). :

de l'épigramme et

la ville

des inscriptions. Dans cet État

par des falmi nova semper erunt (ad

l'avait irrité

aliis,

De mirabili urbe Venetiis (Opéra, fol. 38b) Viderat Adriacis Venetam Neptunus in undis Stare urbem et toto ponere jura mari Nunc mihi Tai-pejas quantuinvli Jupiler arceis Objicc et i!la tui mœnia Martin ait, Si pclago Tybrim prxfcrs, urbem adspice utramepue, :

Iliam bomines dices, banc posuisse Deos.

ont été traduits de bonne heure en allemand par Chrétien Warnecki.) (Ces vers

s

Lelterè ie'principi,

I,

88, 08.


CHAPITRE pas,

-

X.

LA POÉSIE NÉO-LATINE.

335

que chacun s'occupât de perpétuer son souvenir; en même temps le petit poëme moqueur était une arme contre des rivaux gênants. Déjà Pie II énumère avec satisfaction les distiques que son poëte en titre, Campanus, a faits à l'occasion sous son gouvernement. Sous les pontifes qui lui succédèrent, on il

fallait

vit fleurir

l'épigramme satirique, qui atteignit lence quand elle prit à

comble de l'insopartie Alexandre VI et les siens. le

Sannazar n'avait relativement rien à craindre quand il composait les siennes; mais d'autres, vivant dans le voisinage de la cour, étaient exposés aux plus grands dangers (p. 141). A la suite de huit distiques cdnte^ nant des menaces, que l'on trouva un jour affichés à la porte de la bibliothèque Alexandre fit 1

renforcer sa

,

garde de 800

hommes 2 on peut ;

aurait traité le poëte

Sous Léon X, s'agit

de louer

les le

si

se figurer

comment

il

celui-ci s'était laissé prendre.

épigrammes Pape ou de

latines foisonnaient; qu'il

le décrier, de châtier des ennemis, de frapper des victimes sous ou sans le voile de l'anonyme, de parler sur des sujets réels ou imagi-

'Malipiero, Ann. veneti, Arch. stor., VII, I, p. 508. A la fin on lif les vers suivants, qui renferment une allusion au taureau "buiaiu figurau dans les armes des Borgia : Marge, Tyber, vitulos animosos ultor in undas; Bos cadat inferno victima magna Jovi i

0

voir R0SCQE LeoneX ed *>ui, vu, Li 21e? VIII 214-221 (les ?lettres qui ,11-216 forment l'introduction des Coryaana). ce recueil des Coryciana, imprimé en 1524 et fort rare aujourd'hui, ne contient que les poésies latines; Va,Si a vu encore chez les Augustins un livre spécial où se trouvaient ussi des sonnets, etc. La manie " d'attacher des vers au ro U1 )e ïevint si contagieuse qu'on fut obligé d'isoler ce rrouo au nème dC 16 -visilde La

vîfiS^rf

En d?5£

'

im ° P " Ier

-

rie

V

IV, 127. sur la fin malheureuse de cet omej voir Pieno Valeruno, De

,iie,

Vyciam.

>

infehe.

ail ' eUrS

dC

Sfo"

homme

après

littéral.,

ed.

Cw**»

et

le

sac de

Mencken

du ^CUeil des


LA RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

336

ou seule-

I

il

n'y avait pas de forme plus heu-

I

On

voyait alors cent vingt personnes

I

une inscription digne du

1

en étant spirituel ou méchant,

naires,

ment mélancolique, rcuseque

celle-là.

s'évertuer à faire en

vers latins

Mère de Dieu avec

célèbre groupe de la

l'Enfant, qu'André Sansovino sculptait

Saint-Augustin

que

;

triste

c'était

moins

la

sainte

pour

groupe.

et

1

de

I

piété qui les inspirait I

désir de plaire au Mécène qui avait

le

Anne

l'église

commandé

ce

1

Celui-ci, qui était référendaire des suppliques

I

adressées au Pape, Jean Goritz de Luxembourg, ne se 1

contentait pas de faire célébrer le service divin le jour 1

de

Anne;

fête de sainte

la

donner un grand banquet la

il

avait aussi l'habitude de 1

littéraire

pente du Capitole. Ce n'était

dans ses jardins, sur I

pas une œuvre oiseuse de

I

passer en revue tous les poètes qui cherchaient fortune |j

à la cour de

urlanis

»,

Léon X, dans un grand poëme,

comme

besoin ni de et qui

se

\

homme

De poeth

I

qui n'avait!

protection du Pape ni de personne,

j

son franc parler vis-à-vis de ses

réservait

1

Sous Paul III et après lui, l'épigramme l par contre, l'épigraphe continue de fleurir et!

confrères. décline-,

la

celui d'Arsillus

«

1 Ce poëme parut d'abord dans les Coryciana avec une introduc-j tion sous forme de lettres écrites par Silvanus et par Corycius lui-même; plus tard il fut réimprimé souvent, p. ex., dans Roscav Leone X, ed. Bossi, t. VII, p. 223 SS. (comp. ibid., p. 216-222); et dans les Delicia, comp. Paul. Jov., Elogia vir. doct , p. 179, à propos,

Dans notre poème, Arsillus ne fait guère usage de II jugement il loue à tort et à travers. Sur le grand nombre d'auteurs d'épigrammes, voir LU. Greg. Gyraldus. Une des] plumes les plus méchantes, c'était Marcantonio Casanova. Gyraldutj Un., ed. Mencken, 394. Sur M. C. comp. Pier. Valer., De in/cl. d'Arsillus.

liberté de son

;

p.

p. 376 de lui

ss., :

dit| et Paul. Jov., Elog. vir. doct., p. 142 ss., qui, du reste, eo simplicitale ac innocentia vitas melior ; voir aussi!

Nemo autem

sespoésiesj Arsillus, qui rappelle ses placidos sales. Quelques-unes de Parmi| se trouvent aussi dans les Coryciana, J3a ss., Lia, L4b.

ceux qui sont moins connus, çonius (voir les

Delicia']

-

il

faut distinguer

J.

Thomas Mus-j


CHAPITRE

X.

LA POÉSIE NÉO-LATINE,

ne succombe qu'au dix-septième

337

par l'em-

siècle, tuée

pila se.

A

Venise aussi, l'épigramme a son histoire particu-

que nous pouvons suivre grâce

lière,

Sansovino.

d^ns

On

à la

«

Venezia

»

de

trouvait toute une série d'échantillons

devises (brievi) qui figuraient sur les portraits

les

des doges, dans

grande

la

ordinairement de deux

salle

du

palais dogal; ce sont

quatre hexamètres qui con-

à

tiennent ce qu'il y a d'essentiel dans

chaque doge

1 .

De

la vie

quatorzième

plus, au

publique de

tom-

siècle, les

beaux portaient des inscriptions laconiques en prose, qui ne contenaient que des

côté se trouvaient des

faits, et à

hexamètres emphatiques ou des vers léonins. Au quinzième

siècle,

soin de la raît

l'antithèse

un mot il

on

mieux

travaille

forme arrive

inutile, la

l'enflure. Assez

au seizième, ce

le style;

son apogée,

à

et bientôt

prosopopée,

le

appa-

pathos,

en

souvent on trouve des pointes;

n'est pas rare de voir la critique des vivants se cacher

sous l'éloge des morts. Bien longtemps après, on rencontre quelques épitaphes

dont

auteurs ont cherché à

les

être simples et naturels.

L'architecture inscriptions,

et

même

l'ornementation se prêtaient aux

nombreuses, tandis que

du Nord ne trouve qu'avec peine une pour une inscription exemple,

il

la

que,

et

le

gothique

place convenable

sur un

tombeau,

relègue volontiers aux endroits

les

par plus

menacés, c'est-à-dire aux bords.

Par ce que nous avons

dit jusqu'ici,

dons pas avoir convaincu

le

de cette poésie latine des

Italiens.

diquer 1

la

nous ne préten-

lecteur de la valeur propre Il

ne

s'agit

que d'in-

place qu'elle occupe dans l'histoire de

Marin Sanudo, dans régulièrement.

les

Vite de'

cul-

duchi di Venezia (Murât., XXII),

les cite

r.

la

22


LA RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

338

ture intellectuelle et le développement qu'elle a pris

parla force des choses.

heure

la

caricature

1

l'échantillon le plus

corum, écrit

:

Du

reste,

c'est la

on en trouve de bonne

poésie macaronique, dont

remarquable

est le

Opus macaroni-

par Merlin Coccaie (c'est-à-dire Théophile

Folengo de Mantoue). Nous reparlerons de temps à autre du fond de cette poésie; quant à la forme, ce sont des vers hexamètres ou autres composés de mots mots italiens avec des désinences latines; ce

latins et de

y a de plus plaisant dans ce mélange, c'est qu'il produit l'effet d'une série de lapsus Unguœ et qu'on croit

qu'il

entendre

le

bredouillement d'un improvisateur latin qui

se presse trop. latin

Des imitations formées d'allemand

et

de

ne peuvent pas en donner une idée.

Scardeonius, Deurb. Patav. antiq. (Gr^V., Thcs., VI, III, COl.270), comme le véritable inventeur de ce genre de poésie un certain Odaxius de Padoue, qui vivait vers le milieu du quinzième siècle. Mais déjà bien avant lui on trouve partout des vers macaroniques. 1

cite


CHAPITRE XI DÉCADENCE DE L'HUMANISME AU SEIZIÈME Après avoir, depuis

le

commencement du quatorzième

fourni plusieurs générations brillantes de poètes

siècle,

philologues, rempli l'antiquité,

formé

la

l'Italie

et

le

monde du

culte

de

base du développement intellectuel

de l'éducation, souvent

et

SIÈCLE.

même

joué un rôle considé-

rable dans le domaine politique, et reproduit avec éclat

ancienne, les humanistes tombèrent par-

la littérature

tout en discrédit au seizième siècle, c'est-à-dire à une

époque où fait

l'on

parler, à écrire

ne veut plus

on

ne voulait pas encore se passer tout à

de leurs leçons et de leur savoir.

comme

faire partie

avait surtout

les

On

continue à

eux, mais personnellement

on

de leur corporation. Jusqu'alors

accusés d'orgueil,

on

leur avait

reproché leurs excès scandaleux; désormais une troisième voix se

on

les

fait

entendre, celle de la contre-réforme

:

accuse d'incrédulité.

Pourquoi, dira-t-on, ces reproches, fondés ou non, n'ont -ils d'assez

pas

été

formulés

plus

tôt? Ils

bonne heure, mais sans grand

demment parce qu'on dépendait encore trop nistes,

taires

parce et

les

qu'ils

étaient

l'ont

résultat,

exclusivement

été évi-

des huma-

les

déposi-

propagateurs des trésors de l'antiquité.

Mais l'apparition de nombreuses éditions imprimées des


LA RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

340

1 auteurs classiques de manuels et d'ouvrages à consulter, ,

avec soin, émancipa le peuple

faits

et le dispensa

de

recourir continuellement aux humanistes; lorsqu'on vit

devenus moins nécessaires, l'opinion se

qu'ils étaient

comme

déclara tout à fait contre eux. Les bons vais souffrirent

Ce sont

les

les

mau-

de ce revirement.

humanistes eux-mêmes qui sont

les

pre-

miers auteurs des accusations dont nous avons parlé. De tous ceux qui ont jamais formé une caste, ce sont eux qui ont eu pecté

le

le

moins d'esprit de corps ou qui ont le moins ressentiment de la confraternité quand il voulait se

manifester. D'autre part,

quer, tous les

un et

clin d'œil

moyens

quand

ils

se mettaient à s'atta-

leur étaient bons. Us passent en

des arguments scientifiques aux invectives

aux calomnies

les plus grossières;

ils

veulent,

non pas

réfuter leur adversaire, mais l'anéantir. Cela tient en partie à leur entourage et à leur position;

nous avons

vu par quelles alternatives de gloire et d'abaissement a passé le siècle dont ils étaient les organes les plus actifs.

En

outre, dans la vie réelle, leur situation était telle

qu'ils étaient

sans cesse réduits à défendre leur existence.

C'est dans ces conditions qu'Us écrivaient, péroraient et se déchiraient les

contiennent

damner

uns

les autres.

toute la corporation, et ce sont

Opéra Poggii qui ont été

le

si

pour

faire

con-

précisément ces

plus souvent réimprimées des

deux côtés des Alpes. Qu'on ne l'on

Les œuvres du Pogge

à elles seules assez d'infamies

se réjouisse pas trop tôt

trouve au quinzième siècle une figure inatta-

quable en apparence; en cherchant bien, on risque toujours de rencontrer une calomnie qui la ternit,

même

si

'Il ne faut pas oublier que les classiques furent imprimés de très-bonne heure avec des scholies anciennes et des commentaires

modernes.


CHAPITRE

— L'HUMANISME

XI.

AU SEIZIÈME SIÈCLE.

341

Les nombreux poèmes licencieux et

l'on n'y croit pas.

l'imprudence des poètes tournant en ridicule leur propre famille, comme, par exemple, dans le dialogue de

Pontanus

intitulé

«

Antoine

zième siècle connaissait tous

les

vaient contre les humanistes,

longue d'une caste

si

firent le reste.

»,

Le

témoignages qui

et

il

sei-

s'éle-

s'était fatigué à la

sujette à caution.

Le corps tout

entier dut expier ses propres erreurs, ainsi que l'estime

exagérée qu'on

lui avait

vaise fortune voulut

que

accordée jusqu'alors. Sa mau-

le

plus grand poêle de la nation

s'exprimât sur son compte avec

le

calme d'un mépris

écrasant

Parmi ces reproches, qui finirent à un moment donné par former un faisceau redoutable, il n'y en avait que trop de fondés.

mœurs pures

Lien des philologues gardèrent des

et restèrent

sincèrement

religieux-,

ce

montrer qu'on ne connaît guère cette époque que de les condamner eu masse; mais beaucoup d'entre eux étaient coupables, surtout ceux dont la voix était le plus serait

écoutée.

Trois choses expliquent et atténuent peut-être leur faute la

:

les faveurs

exagérées dont

ils

étaient l'objet

quand

fortune leur souriait; l'incertitude de leur existence

matérielle,

l'éclat et la

quement, suivant

le

caprice

misère se succédaient brus-

du maître

et la

méchanceté

de leurs ennemis enfin l'influence de l'antiquité, qui jetait ;

les esprits

dans une fausse voie. Les anciens faisaient

tort à leur moralité sans leur

même en

communiquer

la

leur;

matière religieuse, l'antiquité agissait sur eux

surtout par son côté sceptique et négatif, puisqu'il ne

pouvait pas être question d'adopter sérieusement le polythéisme d'autrefois. C'est précisément parce qu'ils 1

Ariosto, Salira VII. De l'année 1531.


LA RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

342

concevaient l'antiquité d'une manière dogmatique, c'est-àdire

comme un modèle

l'action,

un

que

la

pensée et pour

leur position devenait fausse. Mais

monde ancien avec

la

y a eu

ce qu'il a produit, ce ne sont

pas quelques individus qu'il faut en accuser; là

s'il

aveuglé volontairement et qui a divi-

siècle qui s'est

nisé le

constant pour

il

faut voir

dedaus quelque chose de providentiel. La cause de cullure est intimement liée à ce fait, et tout son ave-

nir tient à ce

moderne

et

y

que l'antiquité

emparée de

s'est

la

a pris le premier rang.

La carrière des humanistes était généralement

que

telle

mieux trempés pouvaient seuls la dégrader. Le premier danger prove-

les caractères les

parcourir sans se

nait souvent des parents l'enfant de fort

eux-mêmes, qui développaient

bonne heure

et

en

faisaient

un

petit

en vue d'une condition qui passait pour être première de toutes. Mais, en général, les enfants pro-

prodige la

vie

1

diges ne dépassent pas une certaine limite, ou bien

sont obligés de traverser les

arriver à se développer et à se faire

homme

ambitieux,

la

ils

plus dures épreuves pour

un nom. Pour

le

jeune

gloire de l'humaniste et la brillante

figure qu'il faisait étaient

un dangereux appât;

lui aussi

trouvait « que les instincts élevés que lui avait donnés la

nature ne

lui

permettaient plus de s'abaisser aux choses

1 On en trouve plusieurs; je le prouverai plus bas. L'enfant prodige Giulio campagnola n'est pas du nombre de ceux qui ont. été poussés par l'ambition. (Comp. Scardeonios, De urb. Patav. aniiq., Sur l'enfant prodige dans Gn&v., Thesaur., VI, III, col. 276.)

Cechino Bracci, mort en 1544, dans sa quinzième année, comp. Sur la manière dont le Trucchi, Poésie ital. inédite, III, p. 229. père de Cardano voulait lui memoriam artificialem inslillare et lui enseigna l'astrologie arabe dès l'âge le plus tendre, comp. Cardanus, De propria vita, cap. xxxiv. — On pourrait aussi compter ici Manoello, à moins qu'on ne veuille attacher aucune importance à ce qu'il a dit « Je suis à six ans comme à quatre-

:

vingts.

»

Comp.

Lut. del'Orient, 1843, p. 21.


CHAPITRE

communes une

XI.

et viles

vie agitée,

1

L'HUMANISME AU SEIZIÈME SIÈCLE. ».

Et

dans

c'est ainsi qu'il se lançait

dévorante ;

taire, professeur, valet

343

tour à tour précepteur, secré-

des princes, se consumant dans

des études ingrates, en butte à des inimitiés mortelles, à

des dangers incessants, élevé aux nues ou accablé de mépris, opulent aujourd'hui, demain misérable,

vivante de

l'image

l'instabilité.

On

est

il

voyait souvent

le

mérite le plus vulgaire l'emporter sur le savoir le plus réel.

Mais

le

grand mal

était

que cette condition ne

comportait guère une demeure

fixe,

attendu qu'elle

changements de résidence nécessaires ou quelle empêchait l'individu de se plaire longtemps quelque part. Se fatiguant lui-même de ceux au milieu desquels il vivait, se sentant mal à l'aise parmi des ennemis rendait les

acharnés à

le

perdre,

il

par lasser un entourage (p.

les

finissait

par se décourager et

amoureux de

la

nouveauté

258). Malgré tout ce qui, dans cette situation, rappelle

sophistes du temps des

empereurs,

décrit Philostrate, ceux-ci étaient dans

meilleure,

ils

étaient

que

tels

les

une condition

généralement riches ou se rési-

gnaient plus aisément aux privations; en somme, leur vie était plus facile,

parce

qu'ils étaient

moins des savants

que des rhéteurs toujours prêts à parler. L'humaniste de la

Renaissance, au contraire, est obligé de posséder une

vaste érudition et de savoir se plier aux situations et

aux occupations

du

plaisir et

effet,

il

les

plus diverses. Pour s'étourdir,

en abuse; on

le croit

capable de tout,

se met au-dessus de toutes

vulgaire.

On

de

la

use

en

morale

ne saurait concevoir de pareils caractères

sans un orgueil qui résiste à tout; fut-ce

les lois

il

et,

ils

en ont besoin, ne

que pour rester supérieurs aux événements;

1 Expression employée par Philippe Villani, circonstance pareille.

Vite, p. 5,

la

dans une


344

LA RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

haine et

le culte

dont

ils

sont tour à tour l'objet fortifient

nécessairement en eux ce sentiment. et les victimes les plus

sont les exemples

Ils

remarquables de

la

subjectivité

livrée à elle-même.

Les accusations et

comme nous

loin, tait

les portraits satiriques

l'avons fait observer;

guet-

toute personnalité marquante, tout genre de célé-

brité.

En

outre, les victimes fournissaient des

ribles contre elles-mêmes, et la les

datent de

raillerie

la

employer.

Au quinzième

armes

ter-

médisance n'avait qu'à

siècle encore, Èattisîa Bilan-

tovano, énumérant les sept monstruosités \ range les

humanistes et beaucoup d'autres sous orgueil;

il

montre ces soi-disant

fils

la

rubrique

:

d'Apollon s'avançant

avec une gravité de

commande, l'air fâché et hargneux, grue qui picore, tantôt regardant leur ombre, tantôt affamés de louange. 11 était résorvé au semblables à

la

seizième siècle de leur faire sérieusement leur procès. C'est ce

historien

que nous apprend spécial,

sous Léon X, dont

I'Arioste, mais surtout leur

Gyraldus; il

appelle

sa

dissertation

1 ,

écrite

le siècle l'âge d'or, fut

pro-

bablement remaniée vers 1540. Nous y trouvons quantité d'exempies anciens et modernes du peu de moralité et des misères des lettrés; en outre, l'auteur formule de

temps à autre

les

graves accusations que

la

voix publique

dirige contre eux. Ce qu'on leur reproche surtout, c'est leur violence, leur vanité, leur entêtement, le culte qu'ils

ont pour leur personne,

les

désordres de leur vie pri-

vée, les dérèglements de tout genre, l'hérésie, l'athéisme;

puis le talent de parler sans conviction, leur 1

*

Bapt. Mantuan., De calamitatibus lemporum i LU. Greg. Gyraldus, Progymnasma aacersus

ed. Bas. 1850,

H

1.

funeste

h

litleras et litleratos,

Opp.

p. 422-445. Les dédicaces sont de 1540 et 1541; l'ouvrage lui-même est adressé à Jean-Franc. Pic; ainsi, de toute façon il a été achevé avant 1533 (v. pl. h. p. 41 ss.).


CHAPÎTRÈ Xt

L'HUMANISME AU SEIZIÈME SIËCLEr

.

315

influence sur les puissants, leur langage pédantesque, leur ingratitude envers leurs maitres, les basses adulalions qu'ils prodiguent aux princes, qui

commencent

par amorcer

laisser

rir

de faim,

le

etc.

lettré et finissent

par

le

tion sur l'âge d'or, qui régnait à l'époque où

pas encore de science.

Une de

il

n'y avait

ces accusations ne tarda

pas à devenir plus grave que toutes les autres celle d'hérésie.

mou-

L'ouvrage se termine par une observa-

:

c'est

Gyraldus lui-même, faisant réimprimer

plus lard une œuvre de jeunesse tout à fait sans consé-

quence

',

est obligé

duc Hercule

H

de se cramponner au manteau du

de Ferrare

gens qui trouvent

! ,

qu'il ferait

parce que

la

parole est à des

mieux d'employer son temps

à traiter des sujets chrétiens qu'à faire des

sur la mythologie.

Il

fait

recherches

observer que, vu l'esprit du

temps, ces travaux sont à peu près innocents, c'est-à-dire neutres,

les seuls

qui soient

en étant dignes

tout

d'occuper l'homme de science. Si l'histoire de la culture est tenue

témoignages où

le

de rechercher des

sentiment humain domine et parle

plus haut que l'accusation elle-même, elle doit surtout

consulter l'ouvrage de Pierio Valeriaûo

des savants

* »

;

c'est

sur le malheur une source plus précieuse que tout ce

qu'on pourrait imaginer. Ce 1

est

Lil.

«

livre a été écrit

Greg. Gyraldus, Hercules. Opp.,

I,

p.

sous

la

lugu-

5H-570. La dédicace

un monument parlant des premières menaces de

l'inquisi-

tion. s

Hercule était généralement considéré, ainsi que nous l'avons (p. 329, note 2), comme le dernier protecteur des

vu plus haut savants. 3

De

infdicilale Htteratorum.

Sur les éditions, voir plus haut Après avoir quitté Rome, Pierre Val. a vécu encore longtemps comme professeur à Padoue, où il jouissait de la considération générale. A la fin de son ouvrage, il exprime l'espérance que Charles-Quint et Clément VII inaugureront des p. 110, note

i.

temps meilleurs pour

les savants.


LA RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

346

bre impression du sac de Rome, dont

n'épargnent pas

comme

l'auteur

même

les

lettrés,

dernier et

le

le

les

conséquences

et qui apparaît

à

plus cruel des coups

qu'un destin ennemi ne cesse depuis longtemps de porter à l'Italie. Pierio obéit à un sentiment juste et vrai en

somme;

ne va pas imaginer un démon envieux qui

il

gens d'esprit à cause de leur génie; il se borne, au contraire, à constater des faits où le hasard a souvent la plus grande part. 11 ne veut ni écrire une

persécute

les

montrer

tragédie, ni résultat

du

conflit

les

événements comme étant

de causes d'un ordre supérieur

;

le

c'est

raconte aussi des choses vulgaires. Nous pourquoi des gens qui, à des époques trouconnaître apprenons à il

blées, perdent d'abord leurs revenus, puis

aussi

leurs

places, des ambitieux qui courent deux emplois et n'en obtiennent aucun, des avares misanthropes qui portent toujours leur argent cousu sur eux et qui meurent fous

après en avoir été dépouillés, d'autres qui acceptent des lits

dans un hospice et qui ensuite se consument de

regret d'avoir perdu leur liberté. Puis l'auteur s'apitoie sur

nombre

d'individus qui sont morts de la fièvre ou de

dont

la peste, et

les écrits

sont brûlés en

même temps que

leur literie et leurs habits; d'autres sont menacés dans leur vie par des collègues jaloux; tel est assassiné par

domestique rapace

;

tel

un

autre est arrêté en voyage par des

malfaiteurs et languit dans

un cachot parce

qu'il

ne peut

pas payer de rançon. Plus d'un meurt rongé par un cha-

grin secret, à

la suite

un Vénitien

ressentie

;

que son

fils,

d'une humiliation trop vivement est

emporté par

un enfant prodige,

est

la

douleur, parce

mort;

la

mère

et

comme si Un certain

l'oncle ne tardent pas à mourir à leur tour,

l'enfant les entraînait tous dans la tombe.

nombre de

lettrés,

surtout des Florentins, finissent par


CHAPITRE

— L'HUMANISME

XI.

AU SEIZIÈME

347

SIÈCLE.

\ d'autres sont frappés par la justice secrète d'un tyran. Qui est encore heureux à la fin? et comment peut-on l'être? est-ce par l'insensibilité complète en

le suicide

présence d'une pareille catastrophe?

Un

teurs du dialogue dans lequel Pierio a ses récits, l'illustre

des interlocu-

fait

entrer tous

trouve une solution à ces questions; c'est

Gasparo Contarini;

pour s'attendre

il

suffit

nom comme

de voir ce

à des vérités profondes.

Il

cite

type du savant heureux Fra Urbano Valeriano de Bellune 9 qui fut longtemps professeur de grec à Venise, ,

visita la

Grèce

et l'Orient,

parcourut encore à

un

la fin

de

autre, sans jamais

un monter sur une bête de somme, qui ne posséda jamais pays, tantôt

sa carrière tantôt

un denier, refusa tous tions, et

mourut dans

les

honneurs

et toutes les distinc-

sa quatre-vingt-quatrième année,

après une vieillesse pleine de sérénité, sans avoir jamais été malade, sauf à la suite d'une chute qu'il fit du haut

d'une échelle. Qu'est-ce qui

le

distinguait

des

huma-

nistes? Ceux-ci ont plus de liberté, plus d'indépendance qu'il

n'en faut pour être heureux

;

le

moine mendiant,

au contraire, enfermé dans un couvent depuis son enfance, n'avait jamais mangé ou dormi son soûl et, par

devenu insensible aux privations;

suite, était

conservait-il

une parfaite égalité d'âme,

des tribulations,

et,

même au

aussi

milieu

par cette impression qui se déga-

geait de sa personne,

il

agissait plus sur ses auditeurs

que par sou grec; son exemple leur disait qu'il dépend de nous-mêmes de succomber à l'adversité ou de la supporter courageusement.

1

Comp. Dante,

Inferno, XIII,

«

Au

milieu

du dénûment

v. 58 ss.; surtout 93

de Vineis parle de son suicide. a Pier. Valer., ed. Mencken, p. 397 l'écrivain dont nous parlons.

ss.,

402.

Il

ss.,

et

où Petruâ

est l'oncle

de


LA RÉSURRECTION DE

318

du malheur,

il

était

L'A NT 10 U IT É.

heureux parce

parce qu'il n'avait pas été gâté par

qu'il voulait l'être,

fortune, qu'il n'était

la

ni fantasque, ni inconstant, ni difficile à satisfaire, et qu'il savait toujours se contenter de peu ou de rien. »

nous entendions Contarini lui-même, nous trouverions peut-être encore un motif religieux à côté de ces Si

traits de philosophie pratique; mais l'image de ce philosophe qui parle en sandales nous édifie suffisamment.

Nous trouvons, dans un milieu

différent, un caractère de Fabio Calvi de Ravenne \ le com mentateur d'Hippocrate. 11 vécut jusqu'à un âge avancé, ne se nourrissant que d'herbes et de racines, « comme

semblable

autrefois

;

c'est celui

les

-

pythagoriciens

»

;

il

habitait

une masure

qui ne valait guère mieux que le tonneau de Diogène;

sur

la

levait

pension que

que

le strict

lui

payait

le

pape Léon X,

il

ne pré-

nécessaire, et donnait le reste aux pau-

ne garda pas la santé comme Fra Urbano; aussi probable qu'à sa dernière heure il ne sourit pas comme celui-ci, car, lors du sac de Rome, les Espagnols vres.

II

est-il

l'entraînèrent malgré ses quatre-vingt-dix ans, dans l'intention de le rançonner, et suite des privations

nom

est

vieillard

sauvé de

qu'on

l'oubli,

comme un

père,

il

mourut dans un

lui avait fait

hôpital, à la

endurer. Mais son

parce que Raphaël a aimé l'a

respecté

comme un

le

maître

toujours consulté en toutes choses. Peut-être les conseils de Fra Urbano avaient-ils surtout pour objet la et

l'a

restauration archéologique de l'ancienne

Rome

(p. 228),

peut-être aussi des questions beaucoup plus élevées. Qui pourrait dire la part de Fabio dans l'idée de Y École d'Athènes et d'autres grandes compositions de Raphaël? 1 Cœlii CALCiGNiNi Opéra, ed. Basil. 544, p. 101, dans le VII» livre des Epîires. N° 27, lettre à Jacques Ziegler. Comp. Pierio Val

-

De

in/,

ha., ed.

Mencken,

p. 3G9 ss.


CHAPITRE

XI.

L'HUMANISME AU SEIZIÈME SIÈCLE.

Nous voudrions bien

finir

par

à la fois aimable et heureux,

tel

349

portrait d'un savant

le

que Pomponius

Laetus,

par exemple; malheureusement nous n'avons d'autres

documents sur

que

lui

de son élève Sabelljcus

la lettre

qui représente à dessein Laetus sous des traits antiques.

Esquissons à tout hasard cette figure de l'auteur en ques-

un bâtard de

tion. Il était (p. 311)

pas

non

ne voulait

il

leur écrivit ce billet fameux

il

ponius Lœlus cognatis petitisfieri

mais

;

en réponse à l'invitation de venir

les reconnaître, et,

vivre près d'eux,

maison des Sanse-

la

verino de Naples, princes de Salerne

propinquis

et

Vakle. C'était un tout petit

polest.

:

salutem.

suis

PomQuod

homme

avec de petits yeux

vifs,

singulière

vingt ou trente dernières années

dans

;

du quinzième

Rome,

les

siècle,

en cette

et,

ornée d'un jardin

il

toujours vêtu d'une manière

fut

qualité,

professeur à l'université de il

habitait tantôt la

qu'il possédait sur le

tantôt sa vigne du Quirinal. Là d'autres volatiles,

rigoureusement de Columelle;

ici

il

il

élevait ses canards et

passait les jours de

l'ombre, près d'une

frais à

bords du Tibre. ceurs de sance,

gens

la vie.

et

;

du

méprisait

les

fête

en pleine

oiseaux, ou bien

source ou sur

richesses et les

ne connaissait ni l'envie ni

la

de cette triste

liberté

de parole

pas.'ion-,

à l'égard

reste, à part les dernières

il

se

de

les

dou-

médi-

ne souffrait pas dans son voisinage

il

affligés

une grande rieurs

Il Il

en 'observant

cultivait sa terre

campagne, péchant ou prenant des buvant

maison

Esquilin,

préceptes de Caton, de Varron et

les il

mont

les

réservait ses

années de

supésa vie,

M. Ant. Sabellici Opéra, Epist., 1. xi, fol. 56. L'ouvrage a aussi paru à part sous le titre Sabelltcus, l'iia Pompomi Lœti, Sjtrasjb., 1510. Voir la biographie correspondante dans les Efogia, p. 76 ss '

:

de Paul Jove.


LA RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

350 il

était

de

comme un contempteur

généralement considéré

la religioD.

Compris parmi

cuta le pape Paul

II, il

humanistes que persé-

les

avait été livré par Venise à ce

moyen n'avait pu lui arracher des de lui. A partir de ce moment, les papes

pontife; mais aucun

aveux indignes

et les prélats l'invitèrent à venir chez eux, lui prêtèrent

leur appui, et lorsqu'à la faveur des troubles

de Sixte IV sa maison fut

tificat

on

pillée,

du ponen sa

fit

faveur des collectes qui produisirent plus qu'il n'avait

perdu.

Il

voyait,

même

consciencieux

était

avant

le

raient dès minuit

bégayait dans

la

professeur; on le

jour, descendre avec sa lanterne

du mont Esquilin; toujours avant de commencer

comme il

trouvait la salle pleine

son cours, car

pour

s'assurer

conversation,

il

les

gens accou-

une place; comme

il

s'appliquait à parler

lentement en chaire, ce qui n'ôtait rien au charme de sa parole. Les rares ouvrages qu'il a faits sont écrits avec soin. Personne ne traitait avec autant de respect les textes grecs

ou

latins

;

du

reste, telle était la véné-

qu'à

la

vue de monu-

ments quelconques des anciens temps,

il

restait

ration que

lui inspirait l'antiquité

comme

en extase ou se mettait à verser des larmes abondantes.

Comme vait

il

quittait volontiers ses études

quand

il

pou-

rendre service à d'autres, on l'aimait beaucoup; quand il mourut, Alexandre VI alla-t-il jusqu'à

aussi,

envoyer

ses courtisans

pour accompagner son corps,

qui fut porté par les plus considérables parmi ses auditeurs; quarante évêques et tous les ambassadeurs étran-

gers assistèrent à ses funérailles, qui eurent lieu à Araceli.

Lœtus

avait eu l'idée de faire représenter à

Rome

des

comédies anciennes, particulièrement des pièces de Plaute, et

il

avait dirigé lui-même ces représentations (p. 317).

Aussi, tous les ans,

il

célébrait le jour de la fondation de


CHAPITRE

XI.

L'HUMANISME AU SEIZIÈME SIÈCLE.

351

par une fête où ses amis et ses élèves pronon-

la ville

çaient des discours et récitaient des vers sion de ces solennités

que

se

:

c'est à l'occa-

forma l'Académie romaine,

qui survécut à Laetus. C'était une société libre qui n'avait

aucun caractère

dont nous avons parlé

ami des

en dehors des anniversaires

officiel; ,

lettres l'invitait

ou

réunissait

se

elle

1

qu'il s'agissait

quand un de fêter

la

mémoire d'un de ses membres, de Plalina par exemple. Daos ce cas, un prélat qui en faisait partie commençait par dire la messe; ensuite Pomponius montait en chaire et prononçait le discours d'usage; un autre membre de l'Académie

lui

succédait et récitait des distiques. Le ban-

quet obligé, assaisonné de discussions savantes et de récitation de vers, terminait la fête, qu'elle fût triste ou

joyeuse; rappelons que

les

académiciens, sans en excep-

ter Platina lui-même, passèrent de

être de fins gourmets

dans les

goût des

le

8 .

atellanes.

bonne heure pour

ils

jouaient des farces

Comme

société libre à tous

Parfois

égards, cette académie subsista avec ses caractères

primitifs jusqu'au sac de

Rome;

elle reçut l'hospitalité

d'un Angélus Coloccius, d'un Jean Corycius d'autres. difficile

Comme pour

(p.

336) et

toute société de ce genre,

est

il

d'apprécier exactement l'influence que l'Aca-

démie romaine a eue sur

la

vie

3

intellectuelle

de

la

compte

nation; quoi qu'il en soit, Sadolet lui-même

la

parmi

Un grand

les meilleurs

souvenirs de sa jeunesse.

nombre d'académies se formèrent dans différentes villes, selon que le nombre et la valeur des humanistes résidant dans

'Jac. 17 J, 185. 8

»

le

pays, ou

la

protection des riches et

Volaterran. Diar. Rom., dans Morat., XXIII,

— Anecdota

liller.,

II,

p. 168

SS.

Paul. Jov., De Romanis piscibus, cap. XVI! et XXXIV.

Sadoleti

Epist. 106,

de l'ann. 1529.

col.

des

161,


LA RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ.

352

grands, rendirent possibles de tels établissements; beau-

coup d'entre

elles

disparurent

ou

se

transportèrent

l'Académie de Naples, qui se réunit

ailleurs. Telle fut

autour de Jovianus Pontanus et dont une partie alla s'étacelle de Pordenone, qui forma la cour du blir à Lecce 1

;

Alpiano, etc.

général (p. 54)

Nous avons

de celle de Ludovic

lier qu'elle jouait

le

More

plus

parlé

et

du

haut

rôle particu-

dans l'entourage du prince.

du seizième siècle, ces sociétés semblent complète. Les humanistes, transformation une avoir subi occupaient dans la vie qu'ils élevé qui ont perdu le rang cessent contre-réforme, et qui sont devenus suspects à la Vers

le

milieu

d'avoir la direction des académies

corps savants

l'italien

prend

la

;

dans ces

d'ailleurs,

place

du

latin.

Bientôt

chaque ville tant soit peu importante eut son acadé-

mie avec un

nom

aussi bizarre

que possible

,

et avec

une fortune propre, provenant de cotisations et de legs. Outre l'habitude de adoptèrent

? ,

réciter

académies

des vers, ces

à l'exemple des Latins d'autrefois, le

ban-

quet périodique et l'usage des représentations scéniques; acadéles drames représentés étaient joués, soit par 'es miciens eux-mêmes, soit par des jeunes gens qu' ls dirigeaient par leurs conseils; plus tard, ce furent des acteurs payés. Le sort du théâtre italien, plus tard celui de l'opéra, sont restés

longtemps entre

les

même mains

de ces sociétés. 1

Anton. Galatei

Epist.

10 et

12,

dans Mai,

Spkileg.

Rom.,

siècl*.

Comp.

vol. VIII. s

Lil.

qu'on avait vu déjà avant le milieu Greg. Gyraldus, De pectis npstrt temp., II.

C'est ce

du


APPENDICES

PREMIÈRE PARTIE

APPENDICE N°

1.

PROJETS DE CROISADE DE CHARLES

IV.

C'était un Italien, Fazio degli Uberti (Dittamondo, 1. VI, cap. v, vers 1630), qui croyait Charles IV capable de faire encore une croisade en Terre Sainte. Le passage dont il s'agit est un des meilleurs du poème, et il est caractéristique même sous d'autres

rapports. Le poëte est chassé du Saint Sépulcre par un grossier

Turcoman. Coi passi lunghi e con la testa bassa

Oltre passai e dissl

Del cristian Poscia

E

tu

pastor

li

stai, tiioi

Similimente

Che

sta in

!

(le

:

a ingrassar la carogna?

dissi a quel sofisto

Buemme (Bohême)

E che non cura Che

ecco vergogna

Pape) mi voîsi per ramposnt chesel vicar di Christo

al

Co' frati

:

che'l saracin qui lassa

di

si

(Charles IV) a pianlar vigne e

caro acquisto

GcM,

:

non segui i primi a>ttichi Romani, e che non segui,

fai? perché

Cesari de'

Dico, gli Otti,

E

i Corradi, i Federichi? che pur tiini questo imperio in tregui ? ss non hai lo euor d'esser Augusto. Che nol rifiatî ? o che non ti dilegui? etc.

E

Environ huit ans auparavant, vers 1352, Pétrarque avait écrit IV (Epistofo familiares, lib. XII, ep. 1, ed. Fracassetti,

à Charles

vol.

II,

p. 160)

:

Silbpliciter igitur et aperte...

pro maturando quam primura

negotio Terrée Sanctae... oro... tuo egentera auxilio invisere velis Ausoniam. I.

23


APPENDICES.

854

APPENDICE N°

2.

NOUVELLES DES HECATOMM1 TTI. Les nouvelles des Heeatommitti de Giraldi, qui sont relatives à des la maison d'Esté, se trouvent, à l'exception d'une seule (I, nov. 8), dans le sixième livre, qui est dédié à François d'Esté, marquis délia Massa, au commencement de la deuxième partie de l'ouvrage entier, de celle qui porte la dédicace à Alphonse II, « le cinquième duc de Ferrare ». Aucune

personnages princiers de

nou-

velle

ne se rapporte

à ce prince,

auquel le dixième livre est dédié particulièrement; une seule se rapporte à son prédécesseur Hercule II (voir plus bas) ; les autres se rapportent à Hercule ï« . le deuxième duc ., et à Alphonse I", • le troisième duc de Ferrare ». Les histoires racontées sur le compte de ces princes sont quelquefois des histoires d'amour mais c'est le plus petit nombre L'une d'elles (I, nov. 8) raconte l'insuccès du roi de Naples voulant amener Hercule d'Esté à enlever à Borso la domination de Ferrare, et une autre (VI, nov. 10) vante la conduite généreuse d'Hercule à l'égard de quelques conspirateurs. Les deux nouvelles qui se rapportent à Alphonse I" (VI, nov. 2, 4), dans la dernière desquelles Alphonse ne joue qu'un rôle secondaire, sont également, îinsi que nous l'apprenons par l'épigraphe et surtout par la déd cace au susdit François, attidi coriesia envers des chevaliers et des prisonniers, mais non envers des dames, et les deux autres seules sont des histoires d'amour. Elles sont de telle nature qu'elles ont bien pu être racontées du vivant du héros elles sont destinées à prouver que les princes sont magnanùnes, généreux modérés dans leurs désirs et vertueux. L'une d'elles (VI, nov. l| se rapporte aussi à Hercule V, qui était mort depuis longtemps lorsque les nouvelles ont été réunies; une seulement (VI, nov 3) se rapporte à Hercule H, qui vivait encore à cette époque (né en 1508, mort en 1568, fils de Lucrèce Borgia, mari de Renée), et dont le poëte dit : // giovane, che non meno kà benigno l'animo,' che eortese Vaspetto, corne già il vedemmo in Roma, nel tempo ch' egli, in vece delpadre, venue à Papa Hadriano. Voici en quelques lignes l'histoire qui le concerne : La belle Lucile, fille d'une pauvre veuve noble aime Nicandre, mais ne peut pas l'épouser parce que le père dé ce dernier défend au jeune homme de se marier avec une fille ;

:

sans fortune. Hercule, qui voit Lucile et qui est frappéde sa beauté, gagne la mère de la jeune personne, pénètre, grâce 5 elle, dans la

chambre

toucher par

à

coucher de

celle

dont

les supplications de la

il

s'est épris,

jeune

fille,

mais

il

se laisse

à tel point qu'il


APPENDICES.

355

son innocence et facilite même son mariage avec Nicandre en lui donnant une dot. Dans Bandello les nouv. II, 8, 9, se rapportent à Alexandre de Médicis, la nouv. 26 à Marie d'Aragon, la nouv. III, 26, et IV, 13, à Galéas Sforza, les nouv. III, 36, 37, à Henri VIII dAngleterre, et la nouv. II, 27, parle de l'empereur d'Allemagne Maximilien I«. L'Empereur, « dont la bonté naturelle et la libéralité plus qu'impériale sont vantées par tous les écrivains ., s'était séparé de sa suite en poursuivant un cerf et s'était égaré. En sortant de la forêt, il demande son chemin à un paysan. Celui-ci, qui est occupé à charger du bois, prie l'Empereur, qu'il ne connaissait pas, de lui donner un coup de main. Maximilien l'aide de bonne grâce; mais, pendant qu'il est en train de travailler, sa suite arrive et le salue respectueusement. Il a beau faire signe à ses gens de faire trêve à leurs salutations, le paysan le reconnaît et le supplie de lui pardonner de l'avoir traité avec autant de sans façon. Mais l'Empereur relève le pauvre homme, lui fait un riche présent, l'invite à venir le voir le lendemain et lui accorde de nombreux privilèges. Le narrateur termine ainsi Dimostro Cesare respecte

:

nello

una

smontar da cavallo indicibile e

degna

d'

e

con allegra ciera aiutar

ogni Iode humaniià,

privilegii dalla sua falicosa vita, aperse

il

et

il

bisognoso contadino,

in sollevarlo

con danari e

suo veramente anima

Cesareo.

y a aussi une histoire des Hecatommitti, VIII, nov. 5, qui se rapporte à Maximilien. c'est l'histoire qui s'est partout répandue, grâce à Shakespeare, qui en a tiré son drame intitulé : • Mesure pour mesure » (voir à ce sujet le « Wendunmuth • de Kirchhof, publ. par Pesterley, t. V,p. 152 ss.), histoire que Giraldi a transportée à Inspruck et qu'il attribue à Maximilien. L'auteur fait aussi un grand éloge de cet empereur. Après l'avoir nommé d'abord tout simplement Massimiano il Grande, il le désigne comme UU prince chc/ù raro essempio di cortesia, magnanimilà, e di singolare (II,

415.)

Il

giustiiia.

APPENDICE N°

3.

LA STATISTIQUE EN ITALIE, AU MOYEN AGE.

On trouve une revue statistique de Milan très-importante, quoique restreinte, dans Manipulus Florum (Murât., XI, 711 ss.); elle date de l'année 1288. On y voit figurer le nombre des portes cochères, le chiffre de la population, celui des hommes en état de porter les armes, le nombre des maisons des nobles, des fontaines, des fours, des débits de vin, des boucheries, des pêcheurs, la quantité

de blé nécessaire à l'alimentation,

le

nombre

des chiens, des


APPENDICES.

356

prix du bois, du foin, du vin et du sel; plus médecins, des maîtres d'école, des copistes, des armuriers, des maréchaux ferrants, des hôpi-

oiseaux de chasse,

le

le relevé des juges, des notaires, des

taux, des cloîtres, des couvents et des corporations religieuses. On trouve une revue statistique peut-être plus ancienne encore dans le Liber de magnatibus Mediolani, par Henri de Hervordia, éd. Potthast, p. 165. Compar. aussi la statistique d'Asti en 1250, par

Ogerius Alpherius scriplorum,%.

III,

[Alfieri),

col.

684

De

gestit Aslensium, Histor.palr.

monumenta

SS.

APPENDICE N°

4.

SUR l'authenticité de la chronique de dino compagni.

Le passage relatif à la chronique de Dino Compagni qui se trouve dans les éditions antérieures a été omis ici 'en raison du caractère apocryphe de cette chronique; c'est Paul SchefferBoichhqrst qui a prouvé que ce document n'était pas authentique [Études sur Florence, Leipzig, 1874, p. 45-210) ; plus tard il est revenu sur cette question et a répondu victorieusement aux arguments d'un critique fort distingué (C. Hegel, la Chronique de Dino Compagni, Essai de réhabilitation, Leipzig, 1875). L'opinion de Scheffer a prévalu presque partout en Allemagne (comp. M. Bernhardi, l'Êiat de la question de Dino, Revue histor., N. F. 1877, t. l* r ); du reste, Hegel admet que le texte que nous possédons est le produit d'un remaniement ultérieur de la chronique que Dino avait laissée inachevée. Il s'est élevé, même en Italie, des voix autorisées contre l'authenticité de la chronique en question, bien que le grand nombre ait fait semblant d'ignorer l'attaque dirigée par la critique contre ce document. (Compar. surtout P. Fanfani, dans la revue // Borghini et dans le livre intitulé : Dino Compagni vendicato, Milano, 1875.) Sur la plus ancienne histoire de Florence en général compar. Hartwig, Recherches, etc., Marburg, 1876; déplus, C.Hegel, dans la Revue historique de H, de Sybel, t. XXXV.

APPENDICE N°

5.

LA RICHESSE EN ITALIE A LA FIN DU MOYEN AGE.

Sur

la question

de

la richesse

publique en

faute d'autres ressources, que réunir quelques

Italie, je

ne puis,

données éparses,


APPENDICES. telles

c;iie

le

hasard me

les a fait

trouver.

357 Il

faut laisser de colè

certaines exagérations évidentes. Les monnaies d'or, auxquelles rapportent les principales données, sont : le ducat, le sequin,

se

le florin

d'or et l'écu d or. Leur râleur est à peu près la neuf à dix marcs de notre monnaie.

même,

c'est-à-dire de

A Venise, le doge André Vendramin (1478), qui possédait 170,000 ducats, passait pour très-riche. (Malipiero, loc. cit., VII, ît, p. 666.) La fortune confisquée à Colleoni s'élevait à 216,000 ducats; voir ibid., p. 244.) Vers 1460, le patriarche d'Aquilée, Lod. Patavino, qui avait une fortune de 200,C00 ducats, était considéré comme étant « presque le plus riche de tous les Italiens » (Gasp. Veronens., Vita Pauli II, dans Murât., III, n, col. 1027). On trouve ailleurs des données tout à fait invraisemblables. Sur le commerce du hlé et le prix des céréales sur le marché de Venise, voir surtout Malipiero, loc. cit., VII, u, p. 709 ss. (Notice de 1498.) Vers 1522, ce n'était plus Venise qui passait pour la ville la plus riche de l'Italie; c'étaient Gènes et Rome. (D'après le témoignage d'un certain Franc. Vettori; voir la Storia de cet auteur, dans Archiv. slor. append.,

t.

VI,

parle d'Ansaldo Grimani, temps.

p

:

343.)

le plus

Bandello, Parte II, nov. 34 et 42, riche négociant génois de son

Entre 1400 et 1580, la valeur de l'argent baisse de moitié, d'après Franc. Sansovino (l'enesia, fol. 151 bis).

Dans la Lombardie, le prix des céréales est, vers le milieu du quinzième siècle, au prix qu'elles valaient chez nous vers le milieu du siècle actuel, comme 3 est à 8. (Sacco di Piacenza, dans Archiv. ttor., append., t. V. Note de l'éditeur Scarabelli.) A Ferrare, on appelait gens riches, à l'époque du duc Borso, ceux qui avaient 50,000 ou 60,000 ducats. (Diario Fcrrarese, Mur., XXIV, 207, 214, 218. On trouve une donnée invraisemblable,

col.

col. 187.)

Pour

Florence,

il y a des données d'une nature tout exceptionne conduisent pas à des conclusions toujours exactes; tels sont certains emprunts de princes étrangers qui nominalement sont consentis par une seule maison ou par un petit nombre de banquiers, mais qui, en réalité, sont de grandes opérations intéressant toute une société de préteurs. Il en est de même de ces amendes énormes qu'infligeaient les tribunaux on dit, par exemple, que, de 1430 à 1453 :oixante-dix-sept familles payèrent

nelle, qui

:

4,875,000 florins d'or (Varcdi,

III,

p. 115 ss.); le seul

Giannozzo

Mannetti, dont il sera encore souvent question, dut verser la somme de 135,000 florins d'or, à la suite de quoi il se trouva réduit à la mendicité (Reumont, I, 157). La fortune de Jean de Médicis s'élevait, à la mort de ce prince


APPENDICES.

358

de ses deux fils, Côme et Laurent, dernier à lui seul laissa en mourant (1440) 235,137 florins d'or (Fabroivï, Laur. Med., adnot. 2). Le fils de Côme, Piero, laissa (1469) 237,982 écus (Reumont, Laurent de Mèdicis, I, 286). Un fait qui prouve le développement de la richesse publique, c'est qu'au quatorzième siècle déjà les quarante-quatre boutiques (1428), à 179,221 florins d'or; le

d'orfèvres du Ponte Vecchio rapportaient à l'État 800 florins d'or de loyer annuel (VASARI, II, 114, V. di Taddeo Gaddi). Le Journal de Buonaccorso Pitli (dans DelÉCLUZE, Florence et ses vicissitudes, vol. II) est plein de chiffres qui ne prouvent après tout que le prix élevé de toutes choses et le peu de valeur de l'argent. Pour Rome, les recèdes de la curie, qui provenaient de toute l'Europe, ne peuvent naturellement pas servir de base; de même, on ne peut guère se fier aux indications relatives aux trésors de certains pape; et à la fortune des cardinaux. Le célèbre banquier Augustin Chigi laissa (1520) un avoir total de 800,000 ducats. {Lcttere pittoriche, l, append. 48).

APPENDICE N° PROJETS DE CHARLES

VIII

6.

CONTRE ALEXANDRE

VI.

D'après Corio (fol. 479), Charles songeait à un concile, à la déposition du Pape, même à sa translation en France translation qui ne devait se faire qu'à son retour de Naples. D'après Benedictus, Carolus 177/ (dans Eccard, Scriptores, II, col. 1584), Charles, qui était alors à Naples, voyant que le Pape et les cardinaux ,

refusaient de reconnaître sa nouvelle couronne, eut certainement de haliœ imperio deque pontifiais statu mutando, mais presque aussitôt il y renonça et voulut se contenter de l'humiliation per-

l'idée

sonnelle d'Alexandre. Parles documents publiés dans le livre de PiLORGERlE, Campagne et bulletins de la grande armée d'Italie commandée par Charles VIII, 1494-1495 (Paris, 1866), on voit quels dangers

Alexandre a courus

à certains moments (p. 111, 117, etc.). Dans lettre de l'archevêque de Saint-Malo à la reine Anne, qui figure dans cet ouvrage (p. 35), on lit ces paroles textuelles • Si

une

:

nostre Roy eust voulu obtempérer à la plupart des messeigneurs cardinaulx, ilz eussent fait ung autre Pappe en intention de refformer l'Église ainsi qu'ilz disaient. L<i Roy désire bien la refor-

macion, mais ne veult point entreprendre de sa depposicion.

»


APPENDICES.

APPENDICE N°

359

7.

CRIMES DES BORGIA. De tous les historiens du temps, Panvinio et Jove sont les seuls qui allèguent ce fait (Conlin. Platinée, p. 329); le premier dit /««'diis Cœsaris fratris interfectus... connivenle... ad scelus pâtre. JOVE, Elogia :

202, s'exprime d'une manière presque identique. Ces deux assertions, qui datent du milieu du seizième siècle, doivent-elli s

vir. r'#.,p.

ôter toute autorité aux autres, p. ex., aux récits de Malipiero et de Matarazzo (où le coupable est Jean Sforza)? (Corapar. l'excellent recueil des plus anciennes traditions relatives à la question dans Gregorovius, VII, p. 399-407, d'après lesquelles César est positivement l'auteur du crime, mais qui laissent fort indécise la question de savoir si Alexandre avait connaissance du projet de César ou s'il était allé jusqu'à l'approuver.) il est certain que le trouble

profond dans lequel on vit Alexandre après le crime, semble indiquer sa complicité. Le cadavre de la victime fut repêché dans le Tibre; voici te que dit à ce sujet Sannazar [Optra omnia latine teripta, 1535, fol. 41a):

Piscatorem

hominum ne te non, Sexte, putemus. natum retibus, ecce, tuum.

Piscaris

Outre l'épigramme ci-dessus, on trouve dans le Recueil de Sanépigrammes sur, c'est-à-dire contre Alexandre VI; on y remarque l'épigramme connue contre Lucrèce Borgia (indiquée dans Gregorovius, I, 314) :

nazar, fol. 36b, 42b, 47b, 51ab, des

Ergo

te

semper cupiet Lucretia Sextus? d ri nominis : hic pater est?

0 fatum

i

Les autres maudissent sa cruauté et proclament que sa mort est commencement d'une ère de paix. Il y a aussi dans Sannazau, fol. 43b, une épigramme qui a trait au jubilé (voir p. 147, note 4). loutres non moins fortes (fol. 34b, 35a, 42b, 43a) sont dirigées ccnire césar Borgia; la plus mordante de toutes est celle-ci :

le

Aut

nihil aut

Cum pandello en a

Caesar vult dici Borgia; quidni?

simul et Ccesar

tiré parti,

IV nov,

possit,

11.

et esse nihil.


APPENDICES.

SCO

DEUXIÈME PARTIE

APPENDICE N°

i.

à la suite de ses Opéra, publié

pour la première Sans doute on entrevoit déjà l'adage c. U. ne preiid pas le nom de l'endroit oui L'bi bene, ibi pairia. est né, mais celui de Forli, où il a séjourné longtemps; comp. Malagola, Codro Urceo, Bologna, 1S77, cap. v, et app. XI. La masse de jouissances intellectuelles neutres, qui ne dépendent pas du lieu, et que les Italiens instruits devenaient de plus en plus capables de goûter, allégeait considérablement pour eux le poids de l'exil. Du reste, le cosmopolitisme est un des signes distinctifs de toute époque où l'on découvre de nouveaux mondes et où l'on ne se sent plus chez soi dans sa propre patrie. Il apparaît chez les Grecs après la guerre du Péloponèse, comme l'a dit Niebnbr. Platon n'était pas un bon citoyen, et Xénopbon en était un mauvais; enfin Diogène proclamait l'absence de patrie un véritable bonheur, et s'appelait lui-même à7to)viç, comme on le voit dans Il y a lieu de parler ici d'un livre remarquable Diog. Laërce. Petrus Alcyonius, dans son ouvrage Medices Legatus de exilio libri duo, Ven., 1522 (imprimé dans Mencken Analecla de calamitale lilteratorum, Leipzig, 1707, p. 1-250], a consacré à la question de l'exil une longue dissertation, qui fatigue par sa prolixité. Il y essaye de combattre par le raisonnement et par des exemples historiques 1° parce les trois raisons qui font regarder l'exil comme un mal que l'exilé est obligé de vivre hors de sa patrie; 2° parce qu'il perd nécessairement sa part de l'honneur dont jouit sa patrie; 3° parce qu'il est privé de la présence de ses parents et de ses amis, et il arrive à cette conclusion que l'exil n'est pas un mal. Sapieniissimus Toute son argumentation peut se réduire à ceci Cedi

L'rcei viia,

i

fois à Bologne, en 1502.

:

:

:

:

:

:

quisque omnein orbem lerrarum unain urbem esse ducil. Algue eliam il'am ver eu» sibi palriam eue arbilralur bilalem, pudorem, virtulcm cclit,

quœ se peregrinanlem exceperit, quœproquœ optima sludia, libérales disciplinas

amplcciitur, quue> eli-œm faeil, ut peregrini et

famam

dignitatis svee.

emnc$ honeslo

olio

tencant slatum

j '


APPENDICES.

APPENDICE N°

861

2.

et encore sub obtentu religionis, dit Pie II (ComLa nouvelle espèce de gloire a du paraître incommode à bien des gens qui étaient habitués à autre chose. Charles Malatesta fit renverser et jeter dans le Tibre la statue de Virgile, sous prétexte qu'il était irrité de voir les hommages que lui rendaient les habitants de Mantoue; ce fait est généralement admis comme vrai, il est surtout attesté par une invective composée par P. P. Vergerio contre C. M. en 1397 De diruta statua l'irNobililalis fastu

,

ment., x, p. 478).

:

P. P. V. eloquenlissimi oratoris epistola ex lugurio Blondi sub Apolline, publ. par Marco Mantova Benavioes (sans indic. de date ni de lieu, mais en tout cas avant 1560). 11 résulte de cet écrit que, jusqu'au moment où il a paru, la statue n'avait pas été remise à sa place; cette invective aurait-elle été la cause occasionnelle de sa restauration? Barthélémy Facius [De vir. itt. (1456), p. 9 SS., dans la vie de Carolum Malatestam inveetus, Virgilii statua, quant Me P. P. V.) le dit Mantuœ in foro everlerat, quoniam gentilis fuitset, ut ibidem restituer elur, gilii

:

mais il est seul à l'affirmer. Il est certain qu'à ma connaissance du moins il n'existe pas de chroniques contemporaines pour l'histoire de Mantoue à cette époque (Platinœ hist. Mant., dans Murât., XX, ne contient rien sur tout cet épisode); mais les historiens postérieurs s'accordent à dire que la statue n'a pas été remise en place. On peut renvoyer à Prendilaqua, Vita di Via. di Feltre, ouvrage écrit peu de temps avant l'année 1446 (édit. 1871, p. 78), où il est question de la disparition de la statue, mais non de sa restauration, et de l'ouvrage principal Ant. Possevini jun., Gonzaga, Mantoue, 1628, où l'auteur raconte (p. 486) l'outrage fait effecit,

à la statue, les murmures et môme la résistance violente du peuple, et la promesse, faite par le prince afin de calmer la multiNec tude, que la statue serait remise en place; il ajoute ensuite tamen restilulus Virgilius est. II y a plus. Le 17 mars 1499, Jacopo d'Hatry écrit à Isabelle d'Esté qu'il a parlé à Pontano du projet qu'avait la princesse d'élever une statue à Virgile dans la ville de Mantoue, et que Pontano, enchanté de cette idée, s'est écrié que si Vergerio vivait encore, il en serait encore plus heuChe non se attrislo, quando el conte Carolo Malatesta persuase reux abutlare la stalua di Virgilio nel fiume. Ensuite l'auteur de la lettre parle en détail de l'érection de la statue future et cite l'inscription qu'elle devait porter P. Virg. Manluanus, et habella Mar:

:

:

dit aussi qu'Andréa Mantegna était bien l'artiste qu'il fallait pour exécuter cette œuvre. Mantegna en a fait, en effet, le dessin. (Le dessin et la lettre en question se trouvent dans BASCHET : Recherches de documents d'art el d'histoire dans ckionissa

les

Mantuœ

restituit;

il

archives de Mantoue; documents inédits concernant la personne et les


862

APPENDICES.

ouvres d'Andréa Manlegna dans la Garnie des beaux-arts XX (1866) p. 478-492, surtout 486 ss.) Il résulte clairement de cette lettre que C. Malatesta n'a pas fait remettre en place la statue Virgile.

de

Dans Compauetti,

Virgile

au moyen âge, l'histoire est racontée

d'après Burkhardt, mais sans indication de source. C'est à titre de curiosité que je rappelle que Léopold Camille Volta (Prose e poésie pel giorno nalalizio di Virgilio, p. 53) a révoqué en doute l'histoire du renversement de la statue, et cela non sema ragione,

le dit

Rosmini, Vita de

Vilt.

di Feltre, p. 63,

APPENDICE N° Dans

le

note

comme

a.

3.

triomphe que nous citons, Pétrarque ne s'arrête que

sur des personnages de l'antiquité; dans son recueil, De rébus memorandis, il ne parle que fort peu des contemporains; dans les Casus virorum ilhstrium (parmi les

hommes figurent aussi un grand Philippa Catinensis, dont il parle en déesse Junon y trouve place) de Boc-

nombre de femmes, outre dernier lieu;

même

la

cace il n'y a que la fin du huitième livre et le neuvième et dernier qui parlent des temps postérieurs à l'antiquité proprement dite. Le remarquable écrit de Boccace : Declaris mulieribus, se rapporte aussi presque exclusivement à l'antiquité. Il part d'Ève, parle ensuite de quatre-vingt-dix-sept femmes de l'antiquité et de sept du moyen âge; la première de celles-ci est la papesse Jeanne, et la dernière la reine Jeanne de Naples. De même, bien plus tard, le vingt et unième livre des Commentarii urbani de Raph. Volaterranus, qui forme le neuvième de l'Anthropologie, 'est consacré

aux femmes; dans le vingt-deuxième et dans le vingt-troisième il est surtout question des papes et des empereurs. Dans l'ouvrage De daris mulieribus de l'Augustin Jacques

Bergomensis (imprimé en 1497, mais écrit antérieurement; comp p. 172, note 1), c'est l'antiquité et encore plus la légende qui domine; mais ensuite viennentquelquesbiographiesremarquablesd'ltaliennes. Quelques biographies de femmes du temps sont dues à Vespasiano da Bisticci (Arch. slor. ital., IV, 1, p. 430 ss.). Scardeonius (De urb Patav. antiq Grœc. thesaur., VI, III, col. 405 ss.) n'énumère que des Padouanes célèbres d'abord une légende du temps de la migration des peuples, puis des tragédies inspirées au treizième et au quatorzième siècle par les luttes des partis; ensuite d'autres :

femmes héroïques, la fondatrice d'un couvent, la conseillère femme médecin, la mère de fils nombreux et distingués, la femme savante, la jeune paysanne qui meurt pour

politique, la

sauver son innocence, enfin

du seizième

siècle,

la

femme

instruite, la

femme

qui inspire les poètes; finalement la

artiste

femme


APPENDICES.

363

poëtc et celle qui écrit des nouvelles. Un siècle plus tard, la femme professeur serait venue enrichir cette galerie de femmes célèbres. Voir les Femmes célèbres de la maison d'Esté, dans I'Arioste,

Rol. t XIII.

APPENDICE N°

4.

Bartolommeo Facio

et Paolo Cortese.

Bartholomœi Facii de

viris illustrions liber fut

mière

fois

(qui est

par

L.

Menus (Florence,

connu par

ses autres

1745).

publié pour

Commencé par

travaux historiques,

et

la

pre-

l'auteur

qui vivait à

cour du roi Alphonse de Naples), après qu'il eut terminé l'histoire du roi Alphonse, cet ouvrage fut terminé en 1456, ainsi que l'indiquent des allusions aux combats de Huniade et l'ignorance où était Facius de l'élévation de Silvius jEnéas au rang de cardinal (comp. toutefois Vahlen, Laurentii Vallœ opuscula tria, Vienne, la

1869, p. 67, note

1). Ce livre n'est jamais cité par les contemporains, ne l'est que rarement par les écrivains postérieurs. L'auteur a voulu peindre les hommes célèbres œtatis memorieeque noslrœ; en effet, il ne mentionne que ceux qui sont nés dans le dernier quart du quatorzième siècle et qui vivaient encore vers le milieu du quinzième ou qui étaient morts peu de temps auparavant. Il ne parle généralement que d'Italiens, excepté quand il s'agit d'artistes et de princes; parmi les souverains, il rappelle l'empereur Sigismond et Albert-Achille de Brandebourg. Il dispose les différentes

et

biographies, non d'après l'ordre chronologique, ni d'après la gloire dont les divers personnages ont joui, mais ut quisque mihi prior occurrerit, et il compte parler dans une deuxième partie de ceux qu'il a omis. Il divise les hommes célèbres en neuf catégories; presque chaque division est précédée d'une introduction consacrée aux personnages et aux faits les plus saillants. Voici 1° poètes; 2° orateurs; 3° jurisconsultes; 4» médeces catégories cins (auxquels l'auteur rattache les philosophes et les théologiens); 5° peintres; 6° sculpteurs; 7° citoyens remarquables; 8° généraux; 9° princes et rois. Parmi les derniers, il voue un« attention toute particulière au pape Nicolas V et au roi Alphonso de Naples. A part cela, ses biographies sont fort courtes, le plus :

souvent élogieuses; pour les généraux et les princes, elles se bornent à l'énumération de leurs faits et gestes; pour les artistes et les écrivains, à la nomenclature de leurs œuvres. Il n'est pas question d'une description ou d'une appréciation des différents ouvrages qu'il énumère; il n'entre dans les détails qu'à propos de certaines œuvres d'art, surtout à propos de celles qu'il a vues


APPENDICES.

364

lui-même; on trouve tout aussi peu chez lui des portraits et des jugements : il loue d'une manière tout à fait générale les personnages qu'il rappelle, ou se contente même de les nommer purement et simplement. L'auteur ne parle pas non plus de lui-même; il dit tout au plus que Guarino a été son maître, que Manetti a écrit

un

livre sur

un

sujet qu'il (Facius) a aussi traité,

que Bra-

son compatriote, et qu'il est lié avec le peintre Pisano de Vérone (p. 17, 18, 19, 48); mais a propos de Lor. Valla, par ex., il ne dit pas un mot des violentes querelles qu'il a eues avec ce savant. Par contre, il ne manque pas de manifester sa haine contre les Turcs et sa piété (p. 64), de nommer, dans son patriotisme italien, les Suisses des barbares (p. 60), et de dire de P. P. Vergerius : Dignus qui totam in ltalia tilam scribens exegistet (p. 9). cellius est

Parmi tous

les

hommes

le plus, et entre ceux-ci

célèbres, ce sont les savants qu'il estime

préfère les oraiores, auxquels il a consacré presque le tiers de son livre; cependant il rend justice aux jurisconsultes distingués et montre une prédilection toute partiil

culière pour les médecins, qu'il divise fort bien en théoriciens et en praticiens; il raconte de ces derniers des diagnoses et des

opérations bien faites. Aux médecins il rattache les théologiens et les philosophes, ce qui n'est pas moins étrange que de le voir

mettre immédiatement après la partie qui traite des médecins celle qui est consacrée aux peintres, c'est-à-dire à des artistes qui, comme il le dit lui-même, sont de la famille des poètes. Malgré le respect qu'il a pour la science, respect qui se manifeste même dans les éloges qu'il donne aux princes protecteurs des savants, il est trop courtisan pour ne pas enregistrer, à propos des savants dont il fait la biographie, les faveurs dont ils ont été l'objet de la part des princes, et pour ne pas désigner les princes, dans l'introduction de la partie qui leur est consacrée, comme des hommes qui veluti corpus membra, ita omnia gênera quœ supra memoravimus, regunt ac tuentur.

La langue dont se sert l'auteur est simple et naturelle, et, malgré le peu de détails qu'il donne, on trouve dans ce livre bon nombre d'observations instructives. Il est à regretter que Facius ne soit pas entré plus avant dans les particularités de la vie de ses personnages, et qu'à l'énumération des écrits qu'il cite il n'ait pas ajouté quelques mots indiquant leur contenu ou déterminant leur valeur.

Paolo Cortese (né en 1465, mort en 1510) est bien plus succinct dans son écrit De hominibut doctit dialogus (publié pour la première fois à Florence, en 1734). Ce dialogue, écrit vers 1490 sans doute, parce qu'il parle de la mort d'Antonius Geraldinus, survenue en 1488, et qu'il est dédié à Laurent de Médicis, qui n'a vécu que jusqu'en 1492, se distingue de l'ouvrage de Facius, écrit un quart de siècle auparavant, non-seulement par l'exclusion de tous les


APPENDICES. hommes

étrangers à

rieurs et extérieurs

365

mais encore par des détails intéd'abord par la forme, qui est celle d'un dia-

la science, :

logue entre l'auteur et ses deux interlocuteurs, Alexandre Farnèse et Antonius, par les digressions qui résultent de là, par la manière dont l'auteur parle des différents personnages, enfin par la façon dont il conçoit sa tâche. Tandis que Facius ne veut renseigner le lecteur que sur les hommes de son temps, Cortese ne parle que de ceux qui ne sont plus, en partie même de ceux qui sont morts depuis longtemps, de sorte qu'il élargit son cercle plus qu'il ne le rétrécit en excluant les vivants; tandis que Facius réunit des ouvrages et des faits qu'il se borne à mentionner, Cortese se prononce sur l'activité littéraire de ses personnages, qu'il suppose connue. Ses jugements sont déterminés par l'idée qu'il s'est faite de l'éloquence, idée d'après laquelle celui-là seul mérite une place importante, qui s'est distingué, comme orateur, par le maniement de la langue classique et pure de Cicéron. Aussi ne loue-t-il que modérément Dante et Pétrarque, et les blâme-t-il d'avoir négligé les ressources que leur offrait le latin et d'avoir fait une part trop large à l'italien; par contre, il considère comme un titre de gloire pour Guarino d'avoir au moins entrevu l'éloquence parfaite à travers un nuage, pour Léonard Aretino d'avoir offert à ses contemporains aliquid splendidius; mais, pour lui, Sylvius jEnéas est le premier in quo apparuit sœculi mutati signum. Ce point de vue est pour l'auteur le plus important de tous; peut-être n'a-t-il jamais été considéré d'une manière aussi étroite que par Cortese; comme le censeur des meistersœnger allemands, il veille avec un soin jaloux sur la langue, et assigne à chacun sa place selon qu'il parlé une langue plus ou moins parfaite. Pour se faire une idée de la manière dont procède Cortese, il suffit de lire la remarque qu'il fait sur un de ses devanciers, qui a également écrit un grand recueil de biographies Ejus tuni viginii ad filium libri scripti de clans scriptoribus, utiles admodum qui jam /ère ab omnibus legi sunt desili. Est enim in judicando parum aeer, nec servit aurium voluplati, quum Iractal res :

ab

aliis ante tractatas;

sed hoc ferendum, Jllud cette moleslum

alienis verbis senlentiisque

maxime et

viliosum scribendi genus,

asper appareat, et

est,

dum

scripta infarcil et explet sua; ex quo nascitur

sic in loto

quum modo

lenis et candidus,

génère lanquam in

modo durus

unum agrum plura

inter

se inimicissima sparsa semina.

Quand

il parle des autres personnages, il n'est pas si explicite; expédie pour la plupart en quelques phrases, et il en est beaucoup qu'il se contente de nommer, sans ajouter un mot. Malgré cela, ses jugements sont très-instructifs, bien qu'on ne puisse pas les approuver tous. H est impossible d'entrer dans des détails, surtout puisque nous avons déjà mis à profit plus d'une de ses appréciations; dans leur ensemble elles nous donnent une idée assez nette de la manière dont se sont formés les jugements d'une

il

les


APPENDICES.

366

époque postérieure, aux dehors plus

brillants, sur

une époque

comme

valeur absolue, mais où la perfection de la forme était certainement moindre. Facius, l'auteur de l'ouvrage biographique dont nous ayons parlé, est nommé par Cortese; mais celui-ci ne mentionne pas l'écrit en question. De même que Facius, Cortese est un humble courtisan; seulement Laurent de Médicis est pour lui ce qu'était Alphonse de Naples pour Cortese, il est patriote comme Facius; comme lui, il ne loue qu'à regret ce qui vient de l'étranger, et, s'il est obligé de le faire, il ajoute l'assurance qu'il ne veut pas nuire à ce qu'a produit son pays (p. 48, à propos de Janus Panhoantérieure, peut-être plus riche

nius).

Bernardus Paperinius, l'éditeur du livre de Cortese, a réuni toute sorte de documents sur cet auteur. Il faut ajouter que la Hippolyius et traduction latine des nouvelles de L. B. Alberti :

Dejanira, a été

L.B.A.,

vol.

imprimée pour

III, p.

la

première

fois

dans

les Opère di

439-463.

APPENDICE N°

5.

Ce qui prouve combien était grande la gloire des humanistes, qu'on vit surgir des imposteurs qui cherchèrent à exploiter à leur profit ces nome célèbres. C'est ainsi qu'à Vérone on vit un jour venir un homme au costume étrange, aux gestes bizarres; conduit devant le chef de la municipalité, il débita avec beaucoup c'est

d'emphase des vers latins et de la prose latine empruntés aux œuvres de Panormita; aux questions qu'on lui fit, il répondit qu'il était Panormita lui-même et sut raconter sur la \ie de cet auteur tant de détails généralement inconnus que tout le monde le prit pour Panormita. Par suite de cette erreur, les fonctionnaires et les savants de Vérone le fêtèrent à l'envi; il sut soutenir assez longtemps son rôle jusqu'à ce qu'enfin la supercherie fut découverte par Guarino et d'autres, qui connaissaient personnellement Panormita. Comp. ROSMINI, Vita di Guarino, II, p. 44 ss., Un petit nombre d'humanistes seulement s'abstinrent 171 ss. de se vanter comme le faisaient presque tous. Codrus Urceus {Vita, à la suite des Opéra, 1506, fol. LXX) avait l'habitude de répondre quand on lui demandait ce qu'il pensait de tel ou tel homme illustre Sibi scire videntur. A propos du jurisconsulte Antonius Butriensis, Barth. Facius, De vir. M., p. 31, raconte ce qui suit ld unum in eo viro notandum est, quod neminem unquam, adeo exceller»

:

:

domines in eo studio volebat, ut doctoratu dignum in examine comprobavit.


APPENDICES.

367

TROISIÈME PARTIE

APPENDICE N°

I.

Carmina Burana, dans la « Bibliothèque de la Société littéraire de Stuttgart » t. XVI (stuttg., 1847). Le séjour à Pavie (p. 68 Italie qui est le théâtre des faits, la scène de

-

,

M

la

pasZlla sous

olivier (p. 146), le pinus pris pour un arbre des prés qui donne une ombre épaisse (p. 156), le mot bravium qui revient plusieurs fois (p. 137, 144), mais notamment la forme Madîi p0U r Madii (p. 141), semblent nous donner raison. L'opinion 1

-

émise nar Burkhardt, savoir qu'un Italien a fait les meilleures pièces des Carmina Burana, ne peut se soutenir. Les raisons alléguées nar savant sont assez faibles en elles-mêmes (p. ex. ce qu'il dit de Pavie Quis Papiœ demoranscaslushabeatur? vers qui peut SexDliauer par une locution proverbiale ou par un court séjour de l'auteur à Pavie; voir plus bas; elles tombent devant les raisons contraires *t perdent toute leur force en présence de la personnalité du noéte qui se dessine assez nettement dans l'ouvrage. Les raisons aué fait valoir O. HUBATSCH

J

:

(les

j

Chants des clercs errants du

Zen 1/

Gœrlitz , 1870, p. 87) contre l'origine italienne des Carr^a BuZa sont, entre autres, le blâme qu'il dirige contre les prélats italien, et les éloges qu'il décerne aux prélats allemands, les injures adresse aux étrangers comme à une gens

protêt,

S

et la qualifica

tion de transmontanus qu'il donne au poëte. La personnalité du" poète reste certainement mal définie. De ce qu'il s'appelle Wa ther il ne s ensuit pas que son origine soit nettement établie.

Autre

on 1 identifiait avec Gualterus de Mapes, chanoine de Saiisbur ¥ chapelain des rois d'Angleterre vers la fin du douzième s ecle depuis Giesebrecht (les Clercs errants ou goliards et leurs chants Berne mensuelle générale, 1855), on l'a identifié avec Gauthier de Lille ou ChatUlon, qui alla de France en Angleterre et en Allemagne, et qui de là a peut-être suivi l'archevêque Rei naU de c,° °sne en Italie (1164 et 75). Même fois

et

;

I

T^ ^

si l'on abandonne D HubatSch «élevé qu 'quë^olSc: il n'en reste pas moins certain que c'est en France faut chercher l'origine de tous ces chants, car c'est de ce P ay c es des écoles régulières où se formaient ces chantent erranls qu ils se sont répandus particulièrement en Allemagne, oùïîënt I été étendus et mêlés d'expressions allemandes, tandis que rîiïj

1

#

ese

t fn ons

1

'

116

'

S


APPENDICES.

368

cet art du chant, ainsi que prouvé Giesebrecht. Le traducteur italien de l'ouvrage de Burckhardt, D. Valbusa, conteste dans une note relative à notre passage (I, p. 235) l'origine italienne des Carmina Burana ; mais ce qu'il dit des termes allemands, français et anglais qui figurent dans ces poésies ne s'applique pas aux termes cités par Burckhardt. est restée tout à fait étrangère à

l'a

APPENDICE N°

2.

Était-ce peut-être lors de la prise d'Urbin par l'armée de César On révoque en doute l'existence du manuscrit; mais Borgia? je ne puis croire que Vespasiano ait fait figurer les sentences de Blénandre, qui ne forment, comme on le sait, que quelques! Tutte le opère, et qu'il ait! centaines de vers, sous la rubrique rangé ces fragments parmi les auteurs dont nous avons des! fragments plus considérables (tels que notre Sophocle et notre] Pindare actuels). Il est possible qu'on finisse par découvrir!!

:

Ménandre. L'inventaire de la Bibliothèque d'Urbin (p. 235, note 1), qui! dale encore du quinzième siècle, ne concorde pas tout à fait] avec ce que dit Vespasiano, ni avec les remarques faites pari ? Burckhardt dans le texte; mais, en sa qualité de catalogue offiVespasiano, qui n'est peut-être que plus confiance mérite de ciel, il pas tout à fait exempt du reproche d'exagération et d'inexacti-| tude, défauts qu'on trouve dans ses descriptions en général.

|

le manuscrit de Ménandre manque entièrement dans ret inventaire. Par suite, Mai est bien fondé à douter de son exis« toutes les œuvres de Pindare », on trouve tence; au lieu de

D'abord

:

ici

:

Pindarus olimpia

et

piihia; l'inventaire n'établit

aucune démar-

cation entre les écrivains anciens et les écrivains modernes; les œuvres de Dante (Comœdiœ thusco carminé) et de Boccace n'y iîgurent pas d'une manière complète, tandis que les écrits de Pétrarque y sont tous mentionnés. Rappelons encore que l'inventaire cite beaucoup d'écrits humanistes qui n'ont pas été imprimés et qui sont restés

inconnus jusqu'ici,

qu'il

contient des recueils

des privilèges des princes de Montefeltro, et qu'il énumère soigneusement les dédicaces qui ont été faites au prince Frédéric d'Urbin, soit pour des traductions, soit pour des livres origi-

naux.


APPENDICES.

APPENDICE H»

8G9

3^

BENEDicrus FALCUS, De origine Hebraicarum, Grœcarum Latinarumque linguarum, Naples, 1520.

Pour Dante, comp. Wegele Dante, 2« édit.,p. 268, et Lasinio le lingue semitiche, dans la Bivista orientale (Flor., 1867-1868). Sur le POGGE Opéra, p. 297. Lion. BRUNI, Episl. lib. IX, 12. Comp. I SnEGOROViUS, VII, p. 555, et SHEPHERD TONELLI, Vita di Poggio, I, |p. 65. La lettre du Pogge à Niccoli, dans laquelle il traite de l'hébreu, a été récemment publiée en français et en latin sous le les Bains de Bade, par Pogge, par Antony Méray, Paris, 1876. titre Le Pogge désirait particulièrement savoir d'après quels principes S. Jérôme avait traduit la Bible, tandis que Bruni posait en fait que, puisque la traduction de la Bible par saint Jérôme existait, c'était montrer de la méfiance à l'égard de cette œuvre que d'étudier l'hébreu pour lire la Bible dans l'original. Sur Mannetti considéré comme collectionneur de manuscrits hébreux, voir :

:

Dante e

:

:

:

Steinschneider,

le traité

citéplusbas, note 203.

— Sur les manuscrits

hébreux d'Urbin, comp. l'inventaire cité plus haut, p. 235, noie 1 f VII, 152 ss., en tout soixante et un manuscrits, parmi lesquels § Ojms mirabile et inlegrum, cum glossis mirabiliter scriptis in modwn avium, et animalium in maximo volumine, ut vix a tribus hominibus ftratur. Ainsi que cela semble résulter du catalogue dressé par Assemanni, ces manuscrits se trouvent aujourd'hui pour la plupart dans la' bibliothèque du Vatican. Sur les premiers livres hébreux imprimés,

f arborum I

I voir Steinschneider et Cassel la Typographie hébraïque, dans Ersch et |Gruber, Encyclopédie pratique, sect. II, t. XXVIII, p. 34, et Calai. Bodl. I de Steinschneider, 1852-60, p. 2821,2866. Un fait caractéristique, c'est Ique des deux premiers imprimeurs, l'un est de Mantoue, l'autre fde Reggio en Calabre, et qu'ainsi l'impression de livres hébreux :

commence presque simultanément aux deux

extrémités

de

L'imprimeur de Mantoue était un médecin juif qui dans ses travaux typographiques se faisait seconder par sa femme. Rappelons, à titre de curiosité, que dansl'Hypnerotom achia de l'olifilo écrite en 1467, imprimée en 1499 (voir plus haut, p. 230, note 2), se trouve fol. 68a un passage en hébreu, tandis que dans les livres ^publiés par les Aide avant 1501 on ne trouve jamais de caracl'Italie.

jtères hébraïques. Les Italiens versés dans

la

connaissance de la

|langue hébraïque se trouvent énumérés dans A. de Gubermtis, p. 30 ss.; mais les preuves à l'appui manquent pour les différents savants cités par cet auteur. (Marco Lippomanno a été omis comp. Steinschneider, dans l'ouvrage cité plus bas.) Pier. Vale| I»un. De infel. litterat., ed. Meuken, 296, cite Paolo ;

p.

de Canale


370

APPENDICES.

comme un

hébraïsant très-érudit. Mag. Vincentius était professeur à Bologne en 1488; comp. Coslituzione discipline e ri/orme dtlV antico studio bolognese, memoria del prof. Luciano Scarabelli, Pia,

cenza, 1876; professeur à Rome en 1514: Agarius Guidacerius, d'après Gregorovius, VIII, p. 292, et les passages qui y sont cités. Sur Guid., comp. Steinschneider, Manuel de bibliographie, Leipzig, 1859, p. 56, 157-161.

APPENDICE N°

4.

L'activité littéraire des Juifs en Italie est trop grande et elle a eu une influence trop considérable sur les Italiens pour qu'on puisse tout à fait la passer sous silence. Les remarques ci-dessous que j'ai reléguées parmi les notes pour ne pas trop encombrer le texte, sont le fidèle résumé des communications de M. le docteur M. Steinschneider de Berlin, que je me fais un devoir de remercier ici pour son empressement à m'obliger. Steinschneider lui-même a donné des renseignements complets sur le sujet qui nous occupe dans sa dissertation aussi savante qu'instructive Lilteraiura ilaliana dei Giudei, qui a paru dans la Revue intitulée :

:

Il

Buonuroui, vol. VI, VIII, XI, XII,

Rome, 1871-77;

je renvoie à cet

ouvrage une fois pour toutes. avait beaucoup de Juifs à Rome à l'époque du second Il y temple. Ils avaient si bien adopté la langue et la culture italiennes que môme sur les tombeaux ils ne se servaient plus de la langue hébraïque, mais du grec et du latin. {Notes de Garucci, comp. Steinschneider, Bibliographie hébraïque, VI (18G3), p. 102.) C'est surtout dans la basse Italie que, pendant le moyen âge, la culture grecque se conserva chez les Juifs comme chez le reste de la population. D'après la tradition, quelques Juifs ont suivi les cours de l'université de Salerne, et plusieurs d'entre eux ont, par leurs travaux scientifiques, rivalisé avec les chrétiens (comp. Steinschneiet XL). der, Donnolo, dans les Archives de Virchow, t. XXXIX jusqu'à la conCette prépondérance de la culture grecque subsista avant cette quête de la basse Italie par les Arabes. Mais, même efforcés d'égaler ou époque, les Juifs de l'Italie centrale s'étaient habitaient le sud de devancer ceux de leurs coreligionnaires qui et, des le du pays; les savants juifs se concentrèrent à Rome, Kairouan et Cordouc, jusqu'à répandirent ils se dixième siècle, émigrations, les Juifs itadans l'Allemagne du Sud. Grâce à ces hébraïque. Ils ont exercé liens s'emparent de l'enseignement particuindirectement une grande influence par leurs ouvrages, Iechiel UKM). ben Nathan par écrit d'Aruch, lièrement par le livre


APPENDICES.

S7É

grand dictionnaire destiné à faciliter l'intelligence du Talmud, des Midraschim et du Thargum, «ouvrage qui ne décèle pas, il est vrai, un esprit scientifique bien profond, mais qui offre de si abondants matériaux et repose sur des sources si anciennes » que même aujourd'hui c'est encore un trésor où l'on trouve à puiser

(Abraham Geiger,

1865, p. 170, et du p. 129 et 154). Un

même

le

Judaïsme

auteur

:

et son histoire,

Écrits posthumes,

Breslau,

t. Il,

t.

II.

Berlin, 1875'

peu plus tard, au treizième siècle, la littérature judaïque mit, en Italie, les Juifs en contact avec les chrétiens, et reçut une sorte de consécration officielle grâce à Frédéric H et, peut-être à un degré encore plus élevé, grâce à son fils Manfred. Ce contact est prouvé par le fait qu'un Italien, Nicold di Giovinazzo, étudia avec un Juif, Moïse ben Salomon, la traduction en hébreu du célèbre ouvrage de Maimonides, More Nebuchini; la sanction dont nous avons parlé est attestée par le fait que l'Empereur, qui se distinguait par ses opinions libérales en matière de religion aussi bien que par son goût pour les études orientales, fit faire probablement la traduction latine de l'ouvrage susdit et qu'il fit venir le célèbre Anatoli de Provence en Italie pour traduire en hébreu les écrits d'Averroès (comp. Steinschneider, ,

XV, p. 80. Comp. aussi Renan : Averroès et l'âverroïsme,3'èd., Paris, 1866, p. 290). Ces faits seuls suffiraient à prouver la connaissance que des Juifs savants avaient de la langue latine; Bibliogr. hébraïque,

par

des relations suivies entre Juifs et chrétiens étaient posen effet et furent tantôt amicales, tantôt déterminées par la polémique. Dans la seconde moitié du treizième suite,

sibles; elles s'établirent

Samuel s'adonne encore bien plus qu'Anatoli à il avait étudié en Espagne, mais revint en Italie et y traduisit toute sorte d'ouvrages du latin

siècle, Hillel

b.

l'étude de la littérature latine; il

en hébreu, entre autres des écrits d'Hippocrate, qu'il traduisit d'une version latine (imprimée en 1647 par Gaioitius et considérée comme étant sa propriété); dans cette traduction il mit quelques

mots italiens destinés à éclaircir le texte, et c'est peut-être par l'emploi de ces mots ou par toute son activité littéraire en général reproche de mépriser les doctrines judaïques. Mais les Juifs ne s'en tiennent pas là; à la fin du treizième siècle et au quatorzième, ils se rapprochent de la science chrétienne et des principaux représentants de la culture de la Renaissance à tel point que l'un d'eux, Giuda Romano, étudia avec ardeur la philosophie scolastique et écrivit sur cette science une série de traités en hébreu qui n'ont pas été imprimés jusqu'à présent; dans un écrit destiné à servir d'éclaircissement à un texte hébraïque il , qu'il s'attira le

emploie des termes italiens; il est ainsi l'un des premiers Juifs qui aient fait cette innovation (Steinschneider, Giuda Romano, Rome, 1870). L'autre, le cousin de Giuda, Manoello, ami de Dante, écrit, à 1 imitation du grand poëte florentin, une sorte de Di oine Comédie


372

APPENDICE S.

en langue hébraïque; il y fait l'éloge de Dante et, de plus, il déplore sa mort dans un sonnet italien (Abraham Geiger, dans sa Revue judaïque, t. V, Breslau, 1867, p. 286-301). Le troisième, qui est né vers la fin du siècle, Moïse Riete, a écrit quelques ouvrages en italien. (On en trouve la preuve dans le catalogue des manuscrits hébreux existant à Leyde, 1858.) Au quinzième siècle on peut même reconnaître nettement l'influence de la Renaissance sur un écrivain juif, Messer Léon, qui, écrivant un traité de rhétorique, n'a pas seulement puisé à des sources judaïques, mais a tiré aussi parti de Cicéron et de Quintilien. Un des plus célèbres écrivains juifs du quinzième siècle en Italie est Élie del Medigo; c'est un philosophe qui enseigna publiquement à Padoue et à Florence/et qui fut un jour choisi par le sénat de Venise comme arbitre dans une grande discussion philosophique. (Abraham Geiger, Écrit» posthumes, Berlin, 1876, t. III, p. 3.) E. d. M. a été avec Jochanan Alemanno le maître de Pic de la Mirandole (comp. Steinschneider, Lia. polém. et apolog., Lpzg, 1877, Append. 7, § 25). La série des savants juifs en Italie se termine par Kalonymos ben David et Abraham de Balmes (mort en 1523), auxquels on doit une grande partie des traductions latines d'Averroès dont on se servait encore au dix-septième siècle dans l'enseignement public à Padoue. On est d'autant plus fondé à compter parmi les savants l'Aide juif, Gerson Soncino, que, d'une part, il a pu faire de sa librairie le centre des publications hébraïques et que, d'autre part, il fit concurrence au grand Aide lux-même, en imprimant des ouvrages grecs (Steinschneider, Gerson Soncino et Alde Manuce, Berlin, 1858),

FIN DU

TOME PREMIER.


TABLE DES MATIÈRES DU TOME PREMIER.

PREMIÈRE PARTIE L'ÉTAT CONSIDÉRÉ AU POINT DE VUE DU MÉCANISME.

CHAPITRE PREMIER

f

INTRODUCTION.

État politique de l'Italie au treizième siècle. sous Frédéric II. Ezzelino da Romano.

CHAPITRE

L'État

normand

II

7

LA TYRANNIE AU QUATORZIEME SIECLE.

-

Système financier; degré de culture. L'idéal du souverain absolu. Dangers intérieurs et extérieurs. Jugement des

Florentins sur les tyrans.

— — Les Visconti jusqu'à l'avant-dernier.

CHAPITRE

III

19

LA TYRANNIE AU QUINZIEME SIECLE.

-

Int

0 ?\*t™YW*de$ empereurs. Absence d'un droit a*Z™*J:} neredité défini ; exemples de successions illégitimes. Condottien fondateurs d'Etats. Leur situation vis-à-vis du maître qui les paye. La famille Sforza. Giacomo Piccinino. Ten-

-

-

tatives ultérieures des condottieri.

CHAPITRE IV

— —

34

LES PETITS TYRANS.

-

Les Baglioni de Pérouse. Massacre de l'année 1500. sons Malatesta Pico et Petrucci.

— Les mai-


TABLE DES MATIÈRES.

374

V

CHAPITRE

43

LES GRANDES MAISONS REGNANTES.

La maison d'Aragon à Naples.

Le dernier Visconti de Milan. Galéas Marie et Ludovic le François Sforza et sa fortune. Les Gonzague de Mantoue. Frédéric de Montefeltro, More. Les Este à Ferrare. duc d'Urbin.

CHAPITRE VI

69

LES ADVERSAIRES DE LA TYRANNIE.

Les Les Guelfes et les Gibelins des quinzième et seizième siècles. Les assassinats dans les églises. influence du conspirateurs. Les imitateurs de Catilina. Opinions tyrannicide antique. Le peuple et les conspira| des Florentins sur le tyrannicide.

I

teurs.

CHAPITRE VII LES RÉPUBLIQUES

78

VENISE ET FLORENCE.

:

Les habitants. L'État et le Venise au quinzième siècle. Causes de l'inédanger provenant de la noblesse pauvre. Le Conseil des Dix et les branlable solidité de Venise. Rapports de Venise avec les condotprocès politiques. Venise conOptimisme de la politique extérieure. tieri. Lenteur du mousidérée comme la patrie de la statistique. FloCulte arriéré des reliques. vement de la Renaissance. Caractère objectif de rence à partir du quatorzième siècle. Dante considéré comme homme la conscience politique. Florence considérée comme la patrie de la statispolitique. La statistique des intérêts supérieurs. tique; les Villani. Le vice oriLes formes constitutionnelles et les historiens. Machiavel et Les hommes d'État. ginel de l'État toscan. Sienne et Gènes. «on projet de constitution.

— —

CHAPITRE

m

VIII

POLITIQUE EXTÉRIEURE DES ÉTATS ITALIENS.

L'étranger; les sympathies pour la L'envie excitée par Venise. Intervention et conquête. France. Essai d'équilibre. Manière La réaction espagnole. Alliances avec les Turcs. L'art des négociations. objective de traiter la politique.

CHAPITRE IX COMME UN ART.

124

LA GUERRE CONSIDEREE

Les armes a feu. *- Coiuiaisseurs et amateurs. guerre.

Horreurs de

la


TABLE DES MATIÈRES.

375

CHAPITRE X

129

LA PAPAUTÉ ET SES DANGERS.

Troubles à La situation vis-à-vis de l'étranger et de l'Italie. Sixte IV, maître de Rome. Les Rome à partir de Nicolas V. princes neveux voulant se faire une principauté indépendante Cardinaux issus de maisons princières. dans la Romagne. Alexandre VI, s'entourant d'EspaInnocent VIII et son fils. César Borgia gnols. — Rapports avec l'étranger et simonie. Ses projets et ses actes. et ses rapports avec son père. Léon X et ses projets; danJules II, sauveur de la papauté. Adrien VI. Clément VII et le sac de Rome. gers extérieurs. — Suites de cet événement et réaction. Réconciliation de La papauté combattant la Réforme. Charles V avec le Pape.

— — —

CONCLUSION

160

L'ITALIE DES PATRIOTES.

DEUXIÈME PARTIE. LE

DÉVELOPPEMENT DE

L'INDIVIDU.

CHAPITRE PREMIER

163

l'état italien et l'individu.

L'homme du moyen

âge.

despote et ses sujets.

— L'exil et

le

Le réveil de la personnalité. Le L'individualisme dans les républiques.

cosmopolitisme.

CHAPITRE

170

II

entier développement de la personnalité. Les

hommes doués

d'aptitudes variées.

— Les hommes universels

:

L. B. Alberti.

CHAPITRE

177

III

LA GLOIRE MODERNE.

Dante

Célébrité des humanistes Pétrarque. Le maisons illustrées par certaines naissances; le culte des tombeaux. Le culte des grands hommes de l'antiquité. La littérature relative aux gloires locales; Padoue. — La littérature célébrant les gloires de tous les pays. — La gloire dépendant des écrivains. La passion de la gloire. et la gloire.

culte des

:


876

TABLE DES MATIÈRES. CHAPITRE IV

191

LA RAILLERIE ET L'ESPRIT MODERNES.

eur connexion avec l'individualisme. La raillerie des Florentins; la nouvelle. Les diseurs de bons mots et les bouffons Les plaisanteries de Léon X. La parodie dans la poésie. Théorie du bel esprit. La diffamation. Adrien VI en est

victime.

-

Pierre Arétin.

TROISIÈME PARTIE. LA RÉSURRECTION DE L'ANTIQUITÉ. CHAPITRE PREMIER

211

OBSERVATIONS PRELIMINAIRES.

Extension de l'idée de Renaissance. L'antiquité au moyen âge. La poésie latine au douzième siècle en Italie. L'esprit du quatorzième siècle.

CHAPITRE

218

II

ROME, LA VILLE AUX RUINES CELEBRES.

Dante, Pétrarque, Uberti. La Rome du Pogge. Nicolas V; Pie II considéré comme antiquaire. L'antiquité hors de Rome!

— Villes et familles dont on

fait

remonter

l'origine à

Le cadavre trouvé à Rome. — Fouilles et découvertes. sous Léon X. Amour sentimental des ruines.

CHAPITRE

III

Rome.

— Rome 281

LES AUTEURS ANCIENS.

Leur vulgarisation au quatorzième siècle. Découvertes du quinzième siècle. — Les bibliothèques. Copistes et écrivains. Les livres imprimés. Les études grecques en général. Études orientales. Pic et l'antiquité.

CHAPITRE IV

— —

248

L'HUMANISME AU QUATORZIÈME SIÈCLE.

Son triomphe est inévitable. ~ Goût de Dante, de Pétrarque et de Boccace pour l'étude de l'antiquité. Le couronnement des

poètes.


TABLE DES MATIÈRES, CHAPITRE V

257

LES UNIVERSITÉS ET LES ECOLES.

Position des humanistes dans les universités. Écoles latines. Éducation libérale Victorin de Feltre. Guarino de Vérone. Éducation de jeunes princes.

:

CHAPITRE VI LES

266

PROMOTEURS DE L'HUMANISME.

Bourgeois de Florence Niccoli, Mannetti. Les premiers Médicis. L'humanisme dans les cours. Les papes depuis Nicolas Y. Alphonse de Naples. Frédéric d'Urbin. Les Sforza et les :

— —

Este.

— Sigismond Malatesta.

CHAPITRE

VII

REPRODUCTION DE L'ANTIQUITE

;

284

EPISTOLOGRAPHIE

ET DISCOURS LATIN.

— Importance qu'on attachait au style — Les orateurs. — Discours politiques, discours de réception et oraisons funèbres. — Discours académiques et harangues militaires. — Le sermon en latin. — Forme et fond des discours. — La manie des citations. — Discours sur des — Décadence de l'éloquence. sujets

La chancellerie pontificale. épistolaire.

fictifs.

CHAPITRE

VIII,

301

LES TRAITES EN LATIN ET L'HISTOIRE.

Valeur absolue du latin. Recherches sur le moyen âge; Blondus Rapports entre ces recherches et la manière d'écrire l'histoire en Italie.

CHAPITRE

IX

309

LATINISATION GENERALE DE LA CULTURE.

Les

noms

antiques.

l'autocratie.

en

Imitation de la vie latine. Prétentions à Cicéron et les cicéroniens. La conversation

latin.

CHAPITRE X

319

LA POÉSIE NÉO-LATINE.

L'épopée tirée de l'histoire de l'antiquité; 1' « Afrique ». La poésie mythique. Épopée chrétienne; Sannazar. Poésie tirée de l'histoire du temps. Intervention de la mythologie. Poésie didactique; Palingenius. La poésie lyrique et ses .imites. Odes en l'honneur de certains saints. Elégies et poésies du même genre. L'épigramme.


TABLE DES MATIÈRES.

878

CHAPITRE XI

33:

DÉCADENCE DE L'HUMANISME AU SEIZIEME SIECLE. Les accusations dirigées contre les humanistes; jusqu'à que point ils étaient coupables. Leurs malheurs. L'opposé de Pomponius Laetus. humanistes. Les académies.

.'âÉ

APPENDICES

FIN DE LA

PARIS.

TABLE DU TOME PREMIER.

TYP. PLON-NOURRIT ET C 10 ,

8,

RUE GARANCIÈRE.

807


ir

i


La civilisation en Italie au temps de la Renaissance by Burckhardt, Jacob Volume I  

La civilisation en Italie au temps de la Renaissance by Burckhardt, Jacob, 1818-1897; Geiger, Ludwig, 1848-1919 Publication date 1906 Topic...

La civilisation en Italie au temps de la Renaissance by Burckhardt, Jacob Volume I  

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