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VERTIGE

N°2


VERTIGE On m'a demandé d’écrire l'édito de ce numéro 2, j'ai paniqué, j'ai hésité et n'ai cessé de me répéter ces quelques mots d'Otto Gross « Ne réfrénez jamais quoi que ce soit. » Alors pourquoi cet attachement à ZEBULE ? Pourquoi ce numéro ? Parce j'ai horreur du quotidien et de son fétide « métro, boulot, dodo. » Parce que je suis allergique à cette standardisation qui infecte notre vie. Nos vêtements ? Identiques. Notre odeur ? Identique. Nos références ? Identiques. Même nos lieux d'habitation se désincarnent ! Parce que l'environnement de nos villes m'affole avec leurs rues piégées par les mêmes enseignes, avec leurs sombres zones industrielles et leurs lumineuses zones commerciales saturées. Parce que les reality shows et les infos de vingt heures me font flipper : viols, homicides, guerres… Même la météo déconne... Parce qu'heureusement il y a encore mille choses à découvrir, revoir, parcourir, inventer ou réinventer ! Parce que j'ai justement cette chance de ressentir et de connaître encore une certaine ivresse de vivre à travers des rencontres, des images, des sons ou des mots, à travers ces pages, à travers ZEBULE et de vous les faire partager. Je ne pourrais rehausser ces modestes propos que par ce passage des « Raisins de la colère » de John Steinbeck : « Quand un homme disposait d’un peu d’argent il pouvait toujours se saouler. Les angles s’arrondissent, assis dans le fossé, il sent la terre s’adoucir sous lui. Echec, désespoir… tout cela se tasse, l’avenir cesse d’être menaçant, le monde devient agréable et compréhensif, les étoiles se rapprochent si près qu’on peut presque les toucher et le ciel est merveilleusement doux, la mort devient une âme, sœur du sommeil. Les étoiles qui sont si basses, tellement proches que la tristesse et le plaisir, tout ça se touche. C’est la même chose à vrai dire. Je voudrais être saoul tout le temps. Qui a dit que c’était mal, qu’il ose venir me le dire. Là tout est sacré même moi. » Sophie Faucillion


SOMMAIRE COUVERTURE

par Nicolas Duc

RENCONTRES

Christopher Anderson Andrea Crews

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014

Tassos Sofroniou 016 White Sands par Thibault Grabherr

024

Moon Dust par Cyril Lagel

034

It takes two par Nicolas Duc

044

BEAUTÉ

Castle of (H)Air par Robert Jaso

062

ATTRAPE - CŒUR

Parfums par Anouchka de Williencourt

ART

Baby Alone in Babylone par Maud Bernos

MODE

074

086

Aime moi par Marjolijn de Groot et Emeraude Nicolas 096

VOYAGE

Dignité par Bence Bakonyi

108


CONTRIBUTEURS EQUIPE PARIS Thibault Grabherr Cofondateur de ZEBULE Magazine, Directeur de la Publication

Aurore Michaud

contact@zebulemagazine.com

Directrice de Publicité & Partenariats advertising@zebulemagazine.com

Christophe Durand Cofondateur de ZEBULE Magazine,

Benoit Cotten

Directeur de Création

Responsable pré-presse

Marie Juncker

Sébastien Kosinski

Rédactrice en Chef

Webdesigner

et Responsable Photo mjuncker@zebulemagazine.com

Jean-Marc Sevin Directeur Technique

Sophie Faucillion Rédactrice en Chef adjointe

Claudine Tzoanis Administratif

ZOLTAN+ Directeur Artistique

EQUIPE NEW YORK

studio@zoltanplus.com Simone McKenzie Grégory Bricout

Développement & communication

Caroline Magre

aux Etats-Unis

Direction Artistique

simonem@zebulemagazine.com

Enik

Ont collaboré :

Déri

Maquettiste, Graphiste

Benjamin Armand, Bence Bakonyi, Maud Bernos,

chez ZOLTAN+

Nicolas Duc, Marjolijn de Groot, Robert Jaso, Gaëtan Kondzot, Cyril Lagel, Emeraude Nicolas,

Adelheid Blankestijn

Mélanie Perego, Barbara Polla, Tassos Sofroniou,

Traductrice anglais-français

Anouchka de Williencourt.

Les mentions légales Éditeur : Société LE PUB DES CREATEURS Société par actions simplifiée au capital de 31 200 € Adresse du siège social : 18 rue Villeneuve, 92110 CLICHY RCS NANTERRE sous le numéro B 529 327 322 Numéro de TVA intracommunautaire : FR 06 444549349 E-mail : contact@zebulemagazine.com ISSN en cours


RENCONTRES


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CHRISTOPHER ANDERSON par Sophie Faucillion photographies Thibault Grabherr

Du 14 février au 14 avril 2012, Christopher Anderson, figure singulière de l'agence Magnum nous délivre, rue de l'Abbaye, sur les cimaises de la sacro-sainte galerie, un fragment de son cycle de vie. Un exercice constant semblant aussi intense que celui de Roland Barthes relatant sa chambre obscurément claire. Vendredi 10 février, il fait un froid de canard sorti tout droit de chez Picard, mais j'affronte quand même. Le rendez-vous en vaut la peine. Je dois interviewer Christopher Anderson. Il arrive tout juste de New York. Il franchit les portes de la galerie, je le laisse finir son déjeuner et me plonge dans ses images : un enfant, une femme, un couple de personnes âgées, New York scintillant sous la neige… C'est l'heure du café, nous nous réfugions dans un petit bureau. Je sors mon dictaphone. Christopher est en jet-lag, son français est déglingué mais enthousiaste. Il me raconte. Déjà enfant, Christopher est saisi par la magie de la caméra obscure, sa soeur lui a offert un boîtier. Au collège, plus objectif que d'autres, il fait l'expérience de la dark room. A l'instar de Man Ray et Lee Miller il développe lui-même ses tirages. Un moment important dans sa vie ! Tout en continuant son expérience visuelle, il étudie l'anthropologie dans la perspective d'un doctorat. Mais de petits riens peuvent faire chavirer la vie, même un simple coup de fil : un « newspaper » lui demande de s'exercer dans sa dark room. Travailleur acharné, il accepte. Le téléphone arabe a parfois un avantage ! Trois mois plus tard un autre « newspaper » lui propose un contrat mais cette fois-ci, en tant que photographe. C'est à ce moment-là qu'il prend conscience que capturer l'image, des instants de vie, est un métier à part entière. La guerre gronde en Bosnie, caméra à l'épaule il débarque à Sarajevo puis parcourt le monde troublé des guerres assassines. En 2005, il intègre l'agence Magnum : « j'ai choisi Magnum et Magnum m'a choisi.»

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En 2008, c'est la naissance de son fils, mais aussi l'alitement de son père terrassé d'une grave maladie. Son esprit se dissipe : un grand questionnement sur le cycle de vie l'obsède. Pour lui, fini les conflits à la Kalachnikov, son combat et son positionnement deviennent générationnels mais toujours en gardant en tête la philosophie de Magnum : « Magnum est une communauté de pensée, une qualité humaine en partage, une curiosité de ce qui se passe dans le monde, un respect de ce qui s'y passe et le désir de le transcrire visuellement » *1. Des sentiments, des peurs, des questionnements étonnamment proches de ceux de Roland Barthes lorsqu'il écrira, perturbé par la mort de sa mère dans « La Chambre Claire » : « Folle ou sage ? La photographie peut être l'un ou l'autre : sage si son réalisme reste relatif, tempéré par des habitudes esthétiques ou empiriques (feuilleter une revue chez le coiffeur, le dentiste) ; folle, si ce réalisme est absolu et, si l'on peut dire, originel, faisant revenir à la conscience amoureuse et effrayée la lettre même du Temps : mouvement proprement révulsif, qui retourne le cours de la chose, et que j'appellerai pour finir l'extase photographique. » Une chose est certaine, les images de Christopher Anderson sont estampillées de ce brin de folie ! Son projet : un livre, « Son », un recueil de ses émotions générationnelles, de ce qui a été, de ce qui est, de ce qu'il sera. Mais laissons conclure Gilles Deleuze « Le corps n'est jamais au présent. Il contient l'avant et l'après, la fatigue, l'attente. La fatigue, l'attente, même le désespoir sont les attitudes du corps. Nul n'est allé plus loin qu'Antonioni dans ce sens. (...) L'attitude quotidienne, c'est ce qui met l'avant et l'après dans le corps, le temps dans le corps, le corps comme révélateur du terme. L'attitude du corps met la pensée en rapport avec le temps comme avec ce dehors infiniment plus lointain que le monde extérieur. Peut-être la fatigue est-elle la première et la dernière attitude parce qu'elle contient à la fois l'avant et l'après. » * 2 *1 Henri Cartier-Bresson * 2 Gilles Deleuze, L'Image-temps


AND REA CR n e ANDREA CREWS par Gaëtan Kondzot photographie Chantapitch Wiwatchaikamol Autopsie d’une marque jeune et tendance aux frontières de la mode et des Arts. À sa tête, Maroussia Rebeck, venue des beaux-arts et qui revendique l’expérimentation au cœur de ses créations. Andrea Crews fédère depuis quelques années un groupe de stylistes, musiciens, vidéastes et performeurs. Ce jeune collectif dynamique et réjouissant s’illustre dans le milieu de la mode en intégrant dans son travail plusieurs aspects de la création contemporaine : happenings, performances et vidéos. Une envie claire et affichée d’offrir des collections qui soient aussi une histoire de la mode et du vêtement à travers le détournement de pièces « vintage » ou de basiques des grands créateurs. Un travail qui partirait d’une silhouette retravaillée pour lui donner une nouvelle ligne, un nouveau style : celui d’Andrea Crews. En février 2010, j’assistais pour la première fois à leur défilé organisé dans le cadre d’une résidence proposée par le festival « Hors Pistes », manifestation ultra-tendance du Centre Pompidou mettant en relation les nouvelles formes de productions et de diffusions qui s’opèrent dans l’art contemporain, le cinéma, la musique ou encore la mode ou la gastronomie. La collection dégoupillée par Maroussia Rebeck, meneuse et chef du groupe, présentait dans la grande salle du centre Beaubourg un vestiaire autour du ski dans une tonalité bleu-blanc-rouge comme une raillerie à la fameuse « identité française ». Une convocation aux nouveaux damnés de la terre pris dans une tempête de neige mais chaudement et joliment parés de matières nobles dont une couverture de survie pailletée d’or et qui se retrouvaient comme téléportés dans un paradis africain. « Hors Pistes » se révélait comme la cristallisation du style Andrea Crews. Une mode et un spectacle excitant qui donnaient envie d’en savoir un peu plus sur cette « bande ». Le rendez-vous fut pris quelques temps plus tard avec Maroussia Rebeck. Elle me reçoit au cœur de l’été avec un large sourire mutin dans son showroom installé rue Vaucouleurs dans le onzième arrondissement. L’ambiance est détendue et canaille malgré la suffocante chaleur en ce début juillet. Elle nous explique le concept Andrea Crews : « J’ai fait les beauxarts à Bordeaux. Je ne m’intéressais pas spécialement à la mode sauf comme une fille qui aime s‘habiller. Les vêtements, c’est venu plus tard mais parce qu’avec je peux toucher le maximum de gens. » Elle insiste sur l’aventure collective comme un moteur, une volonté de se confronter à d’autres formes d’expressions, d’autres cultures, un désir de se « dépasser pour aller vers les autres et découvrir qu’avec nos différences nous pouvons au sein d’Andrea Crews partager quelque chose de commun. Si je prends la décision finale, ce qui est important, c’est de travailler en équipe et de garder une admiration sur l’activité des autres membres. Et puis ce que nous proposons est une aventure commune. » Comme une réaction à un milieu nombriliste et élitiste ? « Ce n’est pas là ma volonté. Mon discours, ce n’est pas de ne pas cloisonner. Il y a un système de la mode qui est très bien là où il est. Certes, il est un peu vieillissant, mais je ne cherche pas à me poser en réactionnaire. Je propose au contraire quelque chose qui serait de l’ordre de la dérision. Plus que le recyclage, ce serait un art du détournement qui prend en compte l’histoire et l’analyse de la mode afin de proposer ma propre histoire. » Une histoire qui a trouvé ses aficionados de Paris à New York en passant par Tokyo ou Moscou.


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E WS w

PS :

par Sophie Faucillion

Les grands voyageurs, comme Gaëtan Kondzot, vous donnent la migraine par leur absence et leurs points de suspension... Des récits captivants, des idées furtivement audacieuses, mais toujours ces fameux trois points sans fin à combler faute de présence par une éternelle volonté d'échappées ! L'Automne arrive, Gaëtan a quitté Paris et Andrea Crews reste sur un mode mouvementé d'événements (2012, c'est l'année de ses dix ans) : en octobre la sortie de la compilation « Colette loves Andrea Crews » et celle de l'édition « I am Andrea Crews ».

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LES CONQUÉRANTS N E I D I T O DU QU TASSOS SOFRONIOU par Barbara Polla photographies courtesy of Tassos Sofroniou

J’ai rencontré Tassos Sofroniou un dimanche matin glacial de février, à l’aube, dans une Genève déserte, le lendemain de la création de « Glory », le spectacle de danse pour lequel il a réalisé les costumes, qui fit salle comble. Café. Noir. Dehors la ville est blanche. Tassos vient d’Izmir et de Chios. Il est né en Allemagne, a grandi au son du rembétiko, dans une famille de musiciens, de jazzmen à la grecque, de chanteurs ; il a été champion de natation ; à douze ans on lui a offert un premier job ; il en a quarante aujourd’hui, vit à Athènes et dans le monde, parle l’anglais à la perfection, a créé sa propre marque de vêtements: Conquistadores. Plus que des vêtements, un style de vie. Il vient donc de signer les costumes du ballet « Glory » dansé au BFM à Genève sur une musique de Haendel. Cette musique de Haendel qui aura accompagné Sofroniou pendant toute sa création. Les costumes de Tassos Sofroniou et la musique de Haendel ? Baroques et glorieux. Comment faisaient les hommes en ce temps-là, s’est demandé Tassos, qui s’en rêve héritier, pour penser qu’ils pouvaient être divins ? Chaque jour est une conquête, chaque instant de chaque jour. Les hommes aujourd’hui doivent être non seulement des hommes, des amants, des pères, des businessmen, avoir du succès, ils doivent vivre aussi, explorer, inventer le monde… Chaque jour est un voyage, une nouvelle expérience. En Grèce en ce moment plus qu’ailleurs encore. « Nous sommes les Conquistadores du quotidien, nous nous levons chaque matin pour conquérir une journée de plus. Nous soulevons le rideau de velours rouge qui nous dissimule la scène du monde pour entrer de plain-pied dans notre monde, la rue, la ville,


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TASSOS SOFRONIOU

notre scène. Mais pour cela, tout comme les danseurs de « Glory », nous avons besoin d’un costume, d’une armure. Mais pas n’importe laquelle… Mon armure est ma veste, mon casque ma capuche. Les vêtements que je crée sont des symboles qui me permettent de reconnaître les autres conquérants, dans la rue, à leur allure, à leur style. » Tassos Sofroniou s’intéresse à la masculinité – une masculinité qui pour lui, ne va pas sans cet esprit conquérant et rebelle dans lequel il a grandi. Pour lui, le seul fait d’être un homme, d’être celui qu’il veut être – et non pas celui que voulait sa famille ou la société tout entière – est un acte de rébellion. Ses références sont multiples, et viennent autant du design qu’il a étudié à l’université, que des costumes traditionnels des moines du seizième siècle, des cultures tribales que des guerriers grecs éternels. Le coton et le cuir, minimaliste et baroque. « Mes habits sont pour tous, sans distinction, ni de race ni d’âge, d’ailleurs il n’y a plus d’âge, tu peux aller au club avec ton grand-père et écouter Lady Gaga avec lui, à huit ans un gosse s’habille comme son père ou son grand-père, ils portent juste des tailles différentes. Nous allons vers une réalité sans âge, l’avant-garde n’existe plus, les rides sont à la mode désormais et moi, l’ex-champion, je nage désormais dans les eaux profondes de la ville, de ses rues et de ses tensions. Je suis infra-culturel. Je travaille et me réjouis des petites choses, de chaque marche gravie, de chaque rencontre. Du café, ce dimanche matin. Encore…»


MODE


WHITE SANDS PHOTOGRAPHE THIBAULT GRABHERR RÉALISATION MARIE JUNCKER STYLISTE MÉLANIE PEREGO

Epaulettes Leloo, lingerie et pantalon Peachoo+Krejberg, bracelet et broche Vincent Richard de Latour


Top Peachoo & Krejberg, jupe Gustavo Lins, bague et collier "Gargouilles" Insolyte Joaillerie


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Veste Franck Boclet, pantalon Peachoo & Krejberg, bagues "Dragon" Elise Dray, bagues "Ressort" et "Relief" Insolyte Joaillerie, sac Jarl AlĂŠ 8, escarpins Walter Steiger


Veste SPRB, collier et bracelet Vincent Richard de Latour


Photographe Thibault Grabherr Réalisation Marie Juncker Styliste Mélanie Perego Maquillage Juan Romero Muah Coiffure Fabrice Perissinotto Modèle Fabienne Maibach @Option Model Agency Assistants Cyril Combettes & Edvinas Gliebus @Le Bal des Créateurs Remerciements au resort Whitepod


Veste et bottes Peachoo & Krejberg, collants Wolford


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mo oo on n d u s t PHOTOGRAPHE CYRIL LAGEL RÉALISATION BENJAMIN ARMAND


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Robe Theyskens Theory


Manteau Songzio, pantalon Maison Martin Margiela


Photographe Cyril Lagel RÊalisation Benjamin Armand Maquillage Corinne Lebreton @B4 Agency Coiffure Gaspard @B4 Agency Manucure Kamel @B Agency Modèle Lisa Bommerson @City Models Robe Theyskens Theory


PARIS - GENEVA Email : contact@t-forme.com TĂŠl. : +33 (0)1 71302003 Photographie Thibault Breton - Graphisme KogiProd


Bagues mythiques, ondes magiques...


IT TAKES T O PHOTOGRAPHE NICOLAS DUC


Veste SPRB

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Sofie Pantalon SPRB, top Peachoo & Krejberg Franck Top Peachoo & Krejberg, bracelet Vincent Richard de Latour


Manteau Gustavo Lins, collier Vincent Richard de Latour


Franck Pantalon Sandrine Philippe, manteau Gustavo Lins Sofie Manteau Gustavo Lins, pantalon Peachoo+Krejberg


Franck Chemise Gustavo Lins, pantalon Sandrine Philippe Sofie Chemise et pantalon Peachoo+Krejberg


Sofie Manteau Peachoo+Krejberg, pantalon SPRB Franck Veste Peachoo+Krejberg, pantalon Sandrine Philippe


Photographe Nicolas Duc Coiffeur-maquilleur Christophe Durand @B Agency Assistants Lysiane Mollar & Juan Romero Muah Modèles Sofie Nielander @Karin Models & Franck @Le Bal des CrÊateurs

Pull et pantalon Peachoo+Krejberg


Sofie Manteau Peachoo+Krejberg, pantalon SPRB Franck Veste Peachoo+Krejberg, pantalon Sandrine Philippe


AT E L I E R - B O U T I QU E S A N DR I N E P H I L I P P E 6 RU E H É ROL D 7 5 0 0 1 PA R I S W W W. S A N DR I N E P H I L I P P E . C OM

SP


ZOL TAN paris san francisco new media web design graphic design branding & consultation www.zoltanplus.com


ZOLTAN+ aime l’art contemporain Our branding and webdesign company presents the Hungarian sculptor, Villő Turcsány and her most amazing installation, the PENDULUM TUNING, at Museum Kiscell Minicipal Picture Gallery, in Budapest. The sculptures are suspended at the highest point of the church, allowing them to make pendulum movements. Computer software controls the cycles of the spatial choreography, determining the rhythm and intensity of each of the four sculpture’s movement. Curator Peter Fitz Photo @Gergely Eortzen-Nagy


BEAUTÉ


PHOTOGRAPHE ROBERT JASO

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Photographe Robert Jaso Maquillage Christophe Durand @B Agency Coiffure Olivier Lebrun @B Agency Modèles : Nastya Domoratskaya @Exclusive Management Ellada Paulina M. @Metropolitan


w w w.z ebul emagaz in e.c om

F A C E B O O K T W I T T E R P I N T E R E S T Y O U T U B E


ATTRAPE-CŒUR


[ P AR FU M S photographe Anouchka de Williencourt


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célèbre les 25 ans de l'Eau Dynamisante de CLARINS Jenna Courtin Clarins nous ouvre une page du livre de son enfance en revisitant le flacon de l'Eau Dynamisante, à l'occasion des 25 ans du produit phare de la maison Clarins. La petite fille du fondateur de la marque se souvient des vacances d'été au soleil avec son grand père et son père, et de la tendre effluve qui berçait l'atmosphère. Un orange chaud pour rappeler le soleil, un écriture en braille puisque l'odeur se suffit à elle même. « No need to see it, just smell it »


ART


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BABYLONE


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par Sophie Faucillion photographies Maud Bernos Gagner le large, loin des gémissements de Gaza semblant s'épanouir vers « l'Immortel », pour accoster paisiblement sur l'une des plages de Bubble, de l'autre Babylone : Tel Aviv, la seconde ville qui ne dort jamais. Une nuit, « J'aime les lumières de la nuit. J'aime les gens et les rencontres nocturnes », Baby Alone in Babylone longea, comme souvent elle aime à le faire, la promenade de Shlomo Lahat pour conquérir si peu que ce soit un morceau de couleur, pour rentrer un peu dans la couleur de la « Liberté » (le J de l'abécédaire de Gilles Deleuze est une nécessité à la joie de vivre). Un couple alangui sur le sable cesse enfin de ramper pour s'entortiller charnellement sans crainte d'être menacé par l'aversion de l'hymne d'Aphrodite. Un paisible pêcheur, canne à pêche en main aguiche le poisson aimant rejoindre les côtes, l'obscurité tombée. Un enfant chevauchant une puissante monture, adopte le triple galop et détale droit vers la mer pour ne faire souvenir à son fidèle « sang mêlé » que le ressac des vagues n'appartenant qu'à un dieu mythiquement oublié. Pourtant même dans ce havre de paix les barrages de protection ne cessent de s'étendre pour contenir le soulagement, l'apaisement qu'offre la « bulle » ! Mais les eaux profondes jamais ne se soumettent, surtout pour de telles causes. La douce Méditerranée s'oppose et se déferle sur ses tôles de fortune, les brisant d'une lame bienfaisante pour tenter d'éparpiller la plénitude de Tel Aviv.


Ce soir là, Baby Alone in Babylone, seule au seuil des flots se plongeant dans le noir, ne peut toutefois oublier totalement qu'à vingt kilomètres de là d'étranges projectiles aux terribles desseins se croisent et font point de mire pour répandre la terrible odeur de la fureur du sang et du pouvoir ! Baby Alone in Babylone ne peut s'empêcher de penser que « La vague furieuse et incontrôlable qui claque et qui déferle est une métaphore de la violence des émotions que j'ai vécu là-bas. » Baby Alone in Babylone jamais, j'en suis certaine, ne se laissera submergée par la poudre létale, ses longues ballades nocturnes toujours assouviront ses tourments.


MARJOLIJN DE GROOT ET EMERAUDE NICOLAS

UN BINÔME AU VÉRITABLE DIALOGUE


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par Sophie Faucillion photographies Marjolijn de Groot & Emeraude Nicolas Il y a des rencontres qui vous redonnent un certain enthousiasme relatif aux projets collectifs. Ce mardi-là, c'est celle de Marjolijn de Groot, photographe, et Emeraude Nicolas, notamment directrice artistique d'Ultra Pointu, qui m'a fait recouvrer le dessein d'ouvrages en essaim. Elles se sont captées via Facebook. Emeraude connaissait déjà le travail de Marjolijn et bien sûr ne pouvait se suffire de la relation platement virtuelle du réseau social qui ne leur aurait laissé que peu de chance pour une collaboration. Un rendez-vous fut pris sur le champ. Les présentations faites, elles se lancèrent sans retenue dans l'élaboration d'une série beauté tendance niche. Emeraude aussitôt rassembla les troupes d'un petit bataillon de travailleurs artistiquement acharnés : starring Astrid Bergès-Frisbey, make-up Vera Dierckt, words Dominique Cozette, artwork Nicolas D'Olce, music and sound design Nick Bump... Quelques mois plus tard une série photographique et une vidéo captivèrent et ensorcelèrent les yeux : des traits qui se tendent pour s'appesantir enfin ; un regard affolé pour ensuite atteindre la sérénité ; un visage poudré de violet et de vert se démunissant au fil des images de tout artifice ; l'émotion et l'intensité de l'expression des yeux et de la bouche soulignées par des lignes furtives et des mots sans cesse tracés « Aime moi ». Un son cristallin, des soupirs, des murmures et cette phrase obsessionnelle « Aime moi comme moi je t'aime »… Une allégorie que l'on aimerait regarder en boucle ! Assurément cette mélodie d'images est un projet collectif s'animant avec cohérence et harmonie. Un véritable hymne à la peur de la passion naissante pour s'apaiser dans le balbutiement du sentiment déclaré et incomplexe.


cliquez ici pour la video


VOYAGE


dignité de la place, s’il vous plaît, pour le très conceptuel Bence Bakonyi par Adelheid Blankestijn photographies Bence Bakonyi

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Voyez issir devant vous le talent de Bence Bakonyi. Très jeune, très svelte, un petit air de poète maudit, ce photographe hongrois est un élément prometteur. Sa production est d’ores et déjà assez importante pour s’en faire une idée et même discerner l’homme derrière l’objectif. Pourtant réservé, il est clair-obscur pour plus de contraste, comme s’il cherchait à mieux se définir. L’éclosion identitaire - et donc artistique - de Bence Bakonyi est en cours, nous pouvons le voir de nos yeux. Ce qui reste plus dissimulé est le questionnement métaphysique qui s’est violemment saisi de lui. Il s’agit du problème corps-esprit, jugé fort épineux déjà par Pascal et Leibniz. « Je lutte intérieurement. Comment puis-je concilier mon esprit et mon corps ? (…) C’est comme si mon corps voulait m’avaler, refusant toute forme de pensée, puis c’est l’esprit qui réapparaît tout d’un coup pour me rattraper. C’est un affrontement sans fin. »


Et ce n’est pas dans l’inertie que Bence va chercher des réponses. Depuis plusieurs années, il crée, il travaille, il expose... Il explose ? En tout cas, l’air semble lui manquer dans sa Hongrie natale, où il a révélé ses photos et créations digitales et sa photographie classique dans les galeries de Budapest et d’ailleurs. Il faut dire que le climat politique y est actuellement des plus délétères pour les artistes comme pour les autres minorités. Son travail fait un premier saut à l’étranger, au centre culturel de Prague, en 2010. Puis des collectionneurs londoniens se sont saisis de ses photos. À présent, c’est tout un séjour prolongé aux confins de l’exotisme qui se confirme, à destination de la mythique Shanghai. Bence Bakonyi y exposera l’œuvre intitulée « DIGNITY », dont un aperçu vous est ici présenté, en février 2013. Sa contribution à l’événement de l’année précédente, au musée Ludwig de Budapest, « XY Human Dignity and The MOME Generation », a donc su émouvoir.


La génération MOME, à laquelle appartient notre Bence, est née au laboratoire du même nom, où l’université Moholy-Nagy d’art et de design de Budapest conduit un mystérieux programme. Le recteur, Monsieur Kopek, nous confie : « Chacun d’entre nous a quelque chose d’impalpable, distinct des notions de nationalité, de mode de gouvernance et même d’individualité. (…) Une qualité qui naît de la vie elle-même, de l’inimitable expression de la vie humaine ». Réaliser cela, conclut-il, permettra de s’engager sur la voie de la perfection. Voilà qui est intéressant ! Monsieur Kopek, Bouddha de Buda ? Tout ce que nous savons est que la méthode fait appel à la pensée intégrative et l’appréciation de la scène contemporaine. Bence, lui, a tout compris - son diplôme, une maîtrise de photographie, en attestera sous peu - car comme nous l’avons vu, il a la fibre philosophique. Et il faut bien cela, lorsqu’on aspire à l’art conceptuel. Sous la direction de ses professeurs, il a laissé de côté les propriétés esthétiques des objets pour se concentrer sur le concept même de l’art, envoyant résolument balader Kant et sa définition quelque peu désuète. Pour lui, l’idée prime sur sa réalisation. Et les idées, elles, ne lui manquent visiblement pas.


MAGNUM GALLERY présente Harry Gruyaert « Roots » 13 février à 30 mars 2013 www.magnumgallery.fr


graphisme : tabaramounien.com / photos drellaforever.com

Richard de Latour www.RicharddeLatour.com

Spring / Summer — 2013


ZEBULE N°2 FR  

Mode, Art, Culture, Voyage Zebule Magazine N°2 - Français

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