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Les Ombres de Fligard Partie I Minibook 05

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Kiko, Kira, Kips Nicraft

Les Ombres de Fligard Partie I Éveils Minibook 05

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© 2012 – Kiko, Kira, Kips Tous droits réservés – Reproduction interdite sans autorisation de l’auteur.

Image de couverture : XXX

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Ă  Manga Passion

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2e minibook de ce post et 5e minibook de la série ! J'espère que vous êtes toujours motivés pour continuer :) Bonne lecture ! Kips

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Éveils Minibook 05

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Chapitre 19 : Nicraft (2)

Thanatopolis, Ville mère de Fligard. Tard le soir...

Du haut de la tour Ouest de son château, le Tyran contemple son œuvre. Alors que la plupart des villes et villages qui se trouvent sur le chemin des ombres sont vidées de leurs habitants, la ville du dictateur, ainsi qu'une poignée d'autres telles que Ladestra et Grantadur, possède des habitants vivants presque normalement. Ils ne mangent pas aussi bien qu'ils le souhaiteraient, les vols de nuit et les agressions sont fréquents. Mais les ombres qui sont en charge d'y faire respecter l'ordre ne sont pas les fou furieux qui dévastent le pays. Ils n'ont bien sûr pas beaucoup de moralité, mais savent se tenir. Et pour cause, en réalité, les ombres vertes qui parcourent le pays et celles qui gardent les grandes villes du tyran ne sont pas choisis sur les mêmes critères. Les ombres gardant les villes sont pour ainsi dire de simples soldats... Alors que les autres ont été libérées des prisons, cherchées dans des asiles, recrutées sur place en qualité de brigands des grands chemins, de voleurs ou d'escrocs. Seuls les ombres noires sont les mêmes partout. Car elles sont reconnues pour leurs capacités véritables au combat. De ce fait, elles sont généralement moins abruties. Mais rien n’empêche les exceptions...

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- Maitre ? Interrompus dans ses pensés, par l'interrogation rocailleuse, l'interpellé se retourna sans hâte. Une silhouette encapuchonnée d'un long manteau rouge à la broderie argentée se découpait de l'ouverture donnant accès à la terrasse. - Bonsoir Morgenstern. Répondit une voix grave sans intonation. S'avançant, le dénommé Morgenstern dévoila un bâton de mage. - Je venais avertir votre grandeur que les expériences, bien que se soldant encore par des échecs, progressent. La voix âgée marqua une pause, sous le regard intrigué de son supérieur qui jugeait ne rien apprendre de nouveau. - J'ai également perdu un de mes disciples. La tête du fautif est mise à prix mais il se pourrait que ce ne soit pas suffisant. Du moins, cela ne l'est pas pour moi... - N'en dis pas plus, je sais ce que tu veux. Et ma réponse est non. - Mais maitre, il se pourrait bien que... Le mage ne termina pas sa phrase. Il venait d'être mentalement plaqué contre le mur par son maître. La douleur était persuasive, mais il n'avait pas bougé. Les iris verts de Fligard étaient plantés dans les siens. - Reprenez les expériences, vous n'aurez la permission de quitter le domaine que lorsqu'il y aura un résultat convenable. Et bon sang, séparez-vous de vos états d'âme ! Vous en avez encore 15 de disciples. Le vieillard acquiesça en silence. Regardant son maître retourner à l'intérieur du château...

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Ladestra 18h42

Elodora resserra sa prise sur le poignet de son adversaire. Le tira vers elle et effectua un salto arrière en se servant de la tête de ce dernier comme point d'appui. La lame attachée dans ses longs cheveux d'ébène frôla la joue du lâche qui se trouvait maintenant sous elle et non plus dans son dos. Toujours en l'air, elle lança deux kunaïs en sa direction. L'un se ficha dans la cuisse du braillard qui moulinait inutilement son épée, tandis que l'autre, plus vicieux, se planta plus haut. -Papa ! Beugla le gringalet au nez cassé. Atterrissant avec souplesse sur ses antérieurs, la féline... miaula. L'adolescent fondit sur elle. Les yeux rougis. La vision brouillée par des larmes de haine. Sa mère gisait à une vingtaine de mètres. L'ombre noire en face de lui eut un mouvement de la tête. Ses cheveux magnifiques atteignirent le garçon. Douleur. Moment d'incertitude. 'Serait-ce un cauchemar ? Est-ce que j'ai vraiment existé ? Pourquoi ?' Il revécu alors la perte de la première dent de sa petite sœur. Julia. Quelle chipie, il l'avait souvent haïe. Et maintenant, il regrettait de ne pas avoir pu la protéger, de ne plus voir son sourire... De ne plus... Il cracha du sang. Une ombre se dressa sur lui. Une douleur irradia sa poitrine. Sa vision se brouilla, il fit soudain très chaud... puis très froid. Elodora entra dans la demeure de ses victimes. Un grand plat à base de riz semblait l'attendre encore fumant sur la table.

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Darkans Dans la matinée Encore un pillage... C'était le troisième depuis que Jumundir avait intégré les rangs du Tyran. Le jeune homme avait perdu toute sa famille. Son petit village avait subit le même sort que celui que subissait actuellement Darkans. Caché au milieu des cochons, il avait pu survivre aux ombres. Il avait commis l'erreur de sortir trop tôt de sa cachette. Les ombres étaient toujours sur place. Sans trop réfléchir, il avait revêtit l'accoutrement de l'un de leur mort et s'était fait passé pour une nouvelle recrue lorsqu'on lui demandait son rang... Ce qui avait fini par devenir vrai. Il souffrait d'avoir perdu sa famille, mais s'était fait une raison et n'en voulait pas vraiment aux ombres. L'odeur de la porcherie avait peut être atteint certaines zones... Il en résultat que maintenant, après avoir pillé deux villages, il se trouvait sur le toit d'une maison. Toujours avec d'autres ombres à ses côtés. Tuant les archers qui défendaient leur village. Brûlant les maisons. Faisant main basse sur les récoltes. C'est ça ou mourir se disaitil... Mettant le feu à la maison sur laquelle il se trouvait, il sauta sur une botte de foin en contre bas. Roula sur le côté pour éviter de se faire écraser par ses comparses qui arrivaient à leur tour. En bas, un paysan l'attendait. Brandissant sa fourche. Un des pics lui écorcha le bras. Il bloqua de son épée courte le coup suivant. Et n'eut rien de plus à faire. Une, puis deux, puis trois autres ombres étaient venus à son secours. Mettant fin à la vie du pauvre homme. Tout était devenue si simple...

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Chapitre 20 : Kiko (10)

Il faisait nuit. Allan et Maddie venaient de s'endormir dans la tente de cette dernière, une toile noire tendue contre l'arbre au feuillage piquant vert, seule preuve que de l'eau se trouvait encore sous le puits, loin sous la terre. Ils avaient réfléchis au moyen de survivre le plus longtemps possible. Attendre que quelqu'un passe aurait été de la folie, ils décidèrent donc de voyager à pied le lendemain. Après une bonne nuit de sommeil, ils iraient vers Maléate, la ville frontalière du pays du tyran qui ne se trouvait qu'à deux jours de marche et le mage pourrait entrer au Morgorenth. Maddie n'était pas dupe. Elle et Allan avaient longuement discuté sur le moyen de traverser cette ville, collée au rempart de la frontière du tyran. Pour une raison qu'Allan ignorait, Maddie ne pouvait pas aller dans le pays du tyran. Le plan qu'il avait imaginé (se faire passer pour prisonnier) tombait à l'eau, ils seraient tous les deux capturés par les gardes. Impossible d'infiltrer cette frontière par la force, Allan en serait incapable sans son bâton réduit à trois bouts de bois. En rusant, pourquoi pas, mais tous deux ne connaissaient aucun moyen. Ils étaient donc dans une impasse pour l'instant. Par chance, les réserves de nourriture n'avaient pas été pillées par un animal sauvage pendant leur séjour dans le puits. Ils avaient donc pu manger, mais en se réservant pour ne pas tomber à court de ration les jours suivants.

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L'aube pointa. Allan se leva, sortit de la tente et s'étira, sous les rayons du soleil matinal. Puis bailla. - J'ai très mal dormi... Si seulement ce matelas était confortable. Marmonna t-il - Si vous n'êtes pas content, vous n'aviez qu’à trouver une auberge. Répondit Maddie dans la tente. - On y va ? - Laissez-moi le temps de m'habiller au moins ! - Ah oui... Il faudrait peut-être que je me prépare aussi. - Vous êtes vraiment irrécupérable... Après que les deux compagnons se soient habillés et eurent remballés les affaires dans la toile de la tente, ils se mirent en route vers Maléate en marchant d'un pas rapide sur cette terre toujours aussi poussiéreuse, vide et désolée. Dans la nuit du second jour de marche ils aperçurent au loin les torches des remparts de la ville. D'après Maddie, Maléate était une ville circulaire, cernée par de hauts remparts. Mais plus étrange, elle était coupée en deux par le rempart de la frontière, bien plus haut et imposant. Ainsi la ville, bien que reliée par quelques portes très bien gardées, était socialement coupée en deux depuis la guerre. Un côté pauvre et rejeté (les envahis) et un côté riche et envié (les envahisseurs). Avant de se jeter dans la gueule du loup, ils décidèrent de dormir à l'abri d'un rocher. Maddie fût réveillée plus tard par une lueur turquoise. La même qui l'avait réveillée la nuit précédente. Cette forte lueur qui se dégageait des paumes tendues du magicien au dessus de son bâton. Une fois de plus il essayait de le réparer, une fois de plus il n'y arrivait pas. Elle le regarda silencieusement retourner se coucher avant de s'endormir à son tour. Au matin, ils se regardèrent. Tous deux ressemblaient à des mendiants, tant ils étaient sales. Allan pris de la poussière dans ses paumes et s'ébouriffa les cheveux avec. Maddie comprit très vite le principe. Devenir le plus méconnaissable possible. La séance de maquillage terminée, ils ressemblaient à des mendiants fous. Ainsi déguisés, ils marchèrent jusqu'à la porte

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de Maléate. Une immense porte en bois noir, bardée de métal noir, dans un rempart noir, gardée par des ombres noires. Le tableau était complet. Devant, une foule de personnes et de cargaisons qui s'entassait. Preuve que beaucoup de gens voulaient rentrer, mais que peu le pouvaient. Allan et sa compagne passèrent la matinée compressés dans une foule agitée et bruyante. Le brouhaha de supplices, de cris, de pleurs. Vers midi, ils purent parler au garde de l'entrée. L'entrée, cette toute petite porte incrustée dans la grande. Le garde était caché derrière, et parlait par un trou rectangulaire gros comme un point. Assez grand pour faire passez une bourse pleine de pièces. - Les mendiants ne sont pas autorisés en ville ! dit-il brutalement. - Nous ne sommes pas des mendiants. Répondit Allan. - Ben voyons, et moi je suis Fligard, alors dégagez. N'insistant pas, Allan se plaqua contre la grande porte, las. - Que fais-tu ? demanda Maddie. Insistons un peu ! Allan ne répondit pas. Il marcha au travers de la foule. Coincée, elle ne put le suivre. Mais bientôt il revint. - Qu'as-tu fais ? - J'ai discuté. - Avec qui ? Une charrette tirée par des chevaux se fraya un chemin dans la foule. Pour parler au garde soi-disant. Arrivé devant la porte du garde, le cocher descendit pour parler. Dans sa conversation houleuse avec le garde, il ne remarqua pas qu'une roue de sa charrette venait de se décrocher. Basculant sous le poids de l'imposante cargaison, cette dernière tomba au sol. Des bottes de paille, du foin et des sacs de fourrage partout autour de l'entrée du garde. En prime les chevaux réussirent à se détacher, semant la panique dans la foule de suppliants. Comble du sort, la paille pris feu. Panique totale. Le garde de l'entrée appela à l'aide, d'autres soldats rappliquèrent pour éteindre le début d'incendie, en vain. Une soudaine brise attisa les flammes, noyant l'entrée dans une épaisse fumée. Maddie fut tirée par une main dans la fumée, une main plaquée sur sa bouche. Elle ferma les yeux dans le brouillard irritant.

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Quand elle les rouvrit un peu plus tard, elle était dans une rue sombre et étroite, avec le magicien à ses côtés, assis sur une caisse. - Toi, tu n'es pas innocent dans cette histoire. Lui dit Maddie. - Dans cette suite de regrettables incidents ? Bien sûr que non ! Je n'aurais jamais osé... - Je crois que je ne suis pas au bout de mes surprises... Allan et Maddie marchèrent dans le dédale de rue de Maléate, tandis que les soldats se battaient contre les flammes qui rongeaient maintenant la grande porte.

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Chapitre 21 : Kiko (11)

Le soleil perça le rideau miteux de leur chambre du premier étage. Ils avaient choisi cette auberge pour sa discrétion, mais comme toutes les autres de la ville de ce côté ci de la frontière, appelée Cigomar, elle était pauvre et délabrée. Allan rentra à l'auberge après une sortie matinale. Il allait pousser la poigné de la chambre lorsqu'elle s'ouvrit à la volée, Maddie furibonde dans l'encadrement. - Ah te voilà, j'ai cru que tu étais parti de la ville ! Tu n'as pas fait de bêtises au moins ? Tu as l'air fatigué. - Tu ne crois pas si bien dire. lui répondit-il essoufflé. - Oh non... murmura t’elle. - Arrêtez-le !!! Arrêtez-le !! Cria une voix dans les escaliers de l'auberge, dans un brouhaha de pas rapides. - Tu exagères ! On vient juste d'arriver et tu ne m’as même pas laissé participer ! - Tu te rattraperas plus tard, on doit filer d'ici ! - Et par où ? Ils bloquent la sortie ! Et n'espère pas me faire sauter par la fenêtre ! Allan poussa Maddie dans la chambre et ferma la porte avec la clef. De justesse, un soldat essayait d'ouvrir en agitant la poigné, en vain évidemment. - Aides-moi à tirer le lit ! - T'es vraiment chiant ! - Bon sang dépêches toi ! - D'accord, d'accord... fit-elle résignée. Ils poussèrent le lit et une petite commode contre la porte tambourinée par les soldats.

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Allan se cracha dans la main puis agita les mains d'une étrange manière. Maddie se demanda ce que préparait le mage. Au bout d'un moment, Allan lança ce qui ressemblait à une pâte gluante contre la porte. Une odeur pestilentielle envahit la pièce, et le couloir, aux jurons poussés par les soldats écœurés. - Allez viens ! - C'est infect. - Mais c'est utile. Dit le mage en ouvrant la fenêtre, qui débouchait sur une rue étroite... remplie de gardes. Ces derniers ne se privèrent pas de tirer une bonne volée de flèches et de carreaux, qui se fichèrent dans les volets fermés rapidement. Probablement pas de bon cœur, mais les soldats des pays vaincus doivent obéir à leur geôlier. - C'est malin ! Rouspéta Maddie. On fait comment maintenant ? Hein ? - Arrêtes de râler un peu ! Agis ! - D'accord ! Mais tu l'auras voulu ! Maddie ouvrit les volets. Aussitôt des torches tombèrent à l'intérieur, enflammant instantanément les rideaux, qui eux même mirent le feu aux quelques objets inflammables proches. Bref, le feu prenait de l'ampleur. Sans crier garde, Maddie plongea par la fenêtre, sous les yeux ébahis du mage. Éteignant du mieux qu'il pouvait les flammes sur son passage, il regarda sa compagne lui faire des signes depuis la fenêtre de l'autre côté de la rue, qui n'était pas si loin que ça. Il prit son élan et sauta dans l'appartement voisin dans un roulé boulé. - Viens là, on va essayer d'aller sur les toits. Lui indiqua Maddie. - Euh d'accord. °J'ai l'impression de perdre le contrôle de la situation° pensa Allan. La porte s'ouvrit violemment, sur le coup de pied d'une ombre noire. Elle fit danser ses lames puis chargea. Pas bien loin, assommé par une chaise. Derrière la porte se trouvait une dame, qui ne semblait pas aimer ce genre d'individus noirs. - Merci madame. Fit Allan dans une brève révérence.

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- Déguerpissez avant que je ne vous en claque une sur le dos aussi ! Sans demander leur reste, le mage et Maddie sortirent dans le couloir. À droite, l'échelle terminée par une trappe vers le toit, à gauche, des soldats à la charge. - Monte, dit Maddie. Je vais les retenir un peu. Allan empoigna l'échelle et grimpa sur le toit. Il entendit des cris et du fer s'entrechoquer. Telle une féline, elle monta agilement sur le toit. En cassant quelques barreaux de l'échelle avec de vigoureux coups de pied. - Et maintenant ? Demanda Maddie. - Comment ça ? C'est toi qui nous as fait venir ici ! - C'est toi qui as commencé ! Que t'es t-il passé par la tête ? - J'ai juste fait tomber une ombre. Il y avait une flaque, je l'ai gelée et il est tombé. Mais je ne savais pas qu'il allait tomber sur un feu. Quand il a commencé à devenir une torche humaine, il a couru vers moi et a mis feu à mon capuchon. Ses collègues m'ont de suite reconnu. - Ton capuchon ? - Oui, celui que j'ai volé à une ombre. - Vraiment irrécupérable...

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Chapitre 22 : Kiko (12)

- Viens Maddie, allons par là. Ils coururent sur la cime des toits en direction du rempart de la frontière. D'ici, ils voyaient les immenses portes se fermer dans un puissant claquement métallique. Les tuiles ne tenaient pas très bien et parfois ils marchaient sur des toits en chaume. La ville était en effervescence. Des gens aux fenêtres leur criaient des encouragements, certains parlaient même d'une rébellion. En même temps, les gardes hurlaient des ordres en tentant de suivre les deux délinquants, ce qui n'était pas facile dans une foule subitement impénétrable ou en évitant les charriots qui par hasard se renversaient sur leur route. Les maisons étant proches les unes des autres, il était facile pour Allan et Maddie de sauter de toit en toit. Bientôt, dans quelques pâtés de maisons ils seraient au pied de la muraille et il leur faudrait trouver un moyen de passer. Ils contournèrent une maison plus grande que les autres en colombage. Surement des riches qu'ils ne voulurent pas attirer, pour peu qu'ils donnent l'alerte et avertissent les ombres de leur position. Un coup de vent violent les fit ralentir, pour ne pas trébucher. Une voix cria depuis une chambre de cette maison. - Mes papiers !!! En effet, une flopée de papiers s'envolait de la fenêtre. un d'entre eux tomba dans les mains du mage.

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- J'ai gagné une feuille de papier ! dit Allan tout heureux. - Félicitations... répondis Maddie d'un air d'incompréhension. Ils finirent au pied du rempart environ 30 minutes plus tard. - Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? demanda Maddie. On grimpe ? Je vois quelques prises faciles dans ces gros blocs de roche noire. - Pour se prendre de l'huile bouillante sur la figure en milieu de parcours ? Non merci. - Tu as une meilleure idée ? - Bien sûr, n'oublie pas que j'ai gagné un papier ! dit-il en brandissant sa banale feuille de papier. Maddie resta stoïque. - Tu vas comprendre et ce n’est pas difficile à faire. Tu as de l'eau ? - Euh... oui... Tu vas faire une boulette de papier mâché? dit-elle en étouffant un rire. Allan pris la gourde d'eau que lui tendis Maddie et humidifia méthodiquement la feuille de papier, juste 1 tiers. Ensuite il se débrouilla pour l'enrouler en cylindre. Cela donna un cylindre mouillé au tiers qu'il remplit aux 2 tiers d'une poudre violette, sortie d'une fiole de sa sacoche. Il prit ensuite les deux extrémités dans ses paumes et écrasa la feuille de papier dans un scintillement vert et quelques volutes violettes. Quand il ouvrit les mains... - Une graine ! s'écria Maddie. C'est incroyable ! Et ça va nous servir à quoi ? demanda t’elle perplexe. - On va la planter et la faire pousser. En attendant un peu elle fera une plante assez grande pour atteindre le sommet du rempart. Maddie assena un coup de poing sur le crâne du mage. - T'es vraiment stupide ou tu le fais exprès ? s'exclama t’elle énervée par ce cirque. - Mais laisses-moi finir ! C'est un gland que j'ai dans la main. Bon, un gland vert fluo et violet, mais un gland quand même. Avec un peu de magie, il va nous aider à passer. - Ah d'accord... - Prête ? - Je ne suis pas sûre, ça parait tellement fantaisiste et

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simple... - Ce ne le sera pas. Même magique, ce gland ne nous mènera pas aussi haut si je ne l'y aide pas. Bon allons-y avant que les ennuis n'arrivent. Allan posa le gland sur une surface plane à plusieurs mètres du mur et déposa quelques gouttes d'eau dessus. La graine scintilla d'une lueur verte en tremblotant. Elle germa presque aussitôt et une tige verte et fétiche commença à s'élever timidement entre les deux personnes. Allan empoigna cette tige dans son poing. Boostée par la magie qu'il lui insuffla, elle grossit et commença à faire des feuilles et des branches. - Accroches-toi bien, c'est parti... La plante atteignait déjà presque 4 mètres, qu'Allan libéra progressivement un flux magique dans l'arbre encore vert. Aussitôt ce dernier explosa littéralement de croissance. Le tronc devenait de plus en plus gros, se parait d'une écorce brune, des branches fusaient de partout avant d'être enveloppées d'un vaste manteau vert de feuilles. Il poussait en oblique en direction du rempart. Allan et Maddie s'éloignèrent de la base qui dévorait le toit avec ses racines, s'enfonçant sous les tuiles et le long des murs. Les premières branches touchèrent le rempart, Allan pria Maddie de commencer à monter dans l'arbre. Ce chêne n'avait rien de normal. Allan dirigeait sa croissance, il poussait vers un point précis du rempart et comme un aimant attire des aiguilles, les branches partaient dans cette direction. Elles en venaient à fusionner, prendre l'aspect de pieux de bois pas toujours recouvertes de feuilles ou d'écorce. Le tronc lui même avait tendance à pivoter, à se vriller comme un foret. - Attention ça va commencer. - Quoi donc ? fit-elle en se hissant sur une très large branche. - L'arbre s'infiltre dans la paroi, en grossissant il va la faire éclater. Le chêne frémit. Le tronc ondula. Ils entendaient des craquements réguliers. Ils continuaient leur progression dans l'arbre mouvant, lorsqu'il y eu un moment de chute dans un terrible grondement.

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- AAH ! S'écria Maddie, qui manqua de peu de tomber à cause de ce bref retour en arrière. - La maison a dû s'écrouler. Répondit Allan, tendu, toujours contre son tronc. Soudain, un bruit d'effondrement. Des blocs plus ou moins gros tombaient au travers des branches, en brisant quelques unes dans de bruyants craquements. Au milieu des branchages, ils ne voyaient rien de ce qu'il se passait. La croissance de l'arbre ralentit et finit par s'arrêter. - Et voilà, je ne peux pas faire plus, sinon j'en mourrai..., souffla péniblement Allan en sueur. Maddie ? - Oui, je suis là. Répondit elle en émergeant de derrière une branche. Allan regarda autours de lui : un vaste et dense tissu de branches focalisées vers un point qui laissait à peine passer la lumière. - Il ne nous reste plus qu'à savoir où nous sommes. - Oui... Avançons. Proposa Maddie. Chose assez facile, malgré la forte densité de branches. Plusieurs minutes plus tard, les rayons de soleil de fin de matinée commençaient à les éblouir. Mais les branches devenaient de plus en plus fines, donc fragiles. Ils dépassèrent de nombreuses roches, des blocs parfois énormes qui trainaient dans les branchages. Finalement la scène se dégageait petit à petit. Maddie sembla reconnaitre le nouveau paysage. - Bien joué Allan nous sommes de l'autre côté !! Viens vite il faut traverser ! dit-elle en souriant. - Par où allons-nous ? - Suis-moi. Ne perd pas tes affaires. - Pas de risques. Ce fut alors un véritable parcours de santé et d'acrobatie que parcourait Allan. Au milieu des branches et des feuilles, il était tantôt en équilibre sur une fine branche, tantôt suspendu... Le chemin lui parut long. Il entendait un brouhaha, de l'agitation. Finalement il posa pied sur une surface plane recouverte de tuiles rouges. Un toit. Ils avancèrent jusqu'à sortir

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complètement des branchages. D'ici, Allan voyait tout. Un arbre gigantesque torsadé qui avait poussé comme une vrille dans le rempart noir et l'avait perforé, créant une brèche verte sur ce sombre édifice. Dans les rues en contrebas, les gens s'émerveillaient de ce spectacle, d'autres en étaient apeurés. Mais épuisé par ses efforts, Allan s'évanouit. - Je le savais qu’il ne tiendrait pas longtemps ce vieux crouton siffla Maddie avec un léger sourire. - Il faudrait qu'il puisse réparer son bâton, ça pourrait être de plus en plus utile. Mais comment faire ...? ditelle en s'asseyant près du mage vulnérable.

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Chapitre 23 : Kiko (13)

°Rho qu'il fait bon ici... et ce lit est si confortable... je resterai bien couché plus longtemps, mais les enseignements vont bientôt commencer. Je me demande ce que nous réserve le cours d'illusion encore, de si bon matin. Et Solaris qui va encore me demander si j'ai un livre à lui prêter... Elle ne peut pas avoir ses affaires celle-là ? Mais elle est si gentille, je ne peux rien lui refuser...° - Ah...Solaris...soupira Allan. - Solaris ? Qui est-ce ? Allan ouvrit les yeux en grand pour voir Maddie. - Alors ? Qui est cette Solaris ? Elle est mignonne ? Demanda sournoisement Maddie. - Aïe ma tête... - Pff même pas drôle. Elle s'assit sur le lit avant de reprendre : - On est à Faber. - Faber ? - Oui, l'autre moitié de Maléate. Cigomar, c'est du côté conquis, Faber c'est le côté des ombres, celui de Fligard. On a passé la frontière quoi. - Ah... soupira Allan. - Ca a l'air de te réjouir... - Comment tu as fait pour m'amener du haut du rempart à cette cave ? Il n'y a que de petites fenêtres, avec des barreaux en plus, il n'y a qu'une petite lumière, et des armes... Je peux savoir ce qu'il se passe?

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Maddie baissa la tête. Elle ne répondit pas immédiatement. - Je suis née dans cette ville. dit-elle simplement en regardant Allan droit dans les yeux. - QUOI ?! S'écria Allan en s'asseyant d'un bond sur son lit. - Oui, tu as bien entendu... Je suis née ici, à Faber. - Mais... - Laisse moi t'expliquer. J'ai connue Maléate lorsqu'elle était liée. J'avais de nombreux amis à Cigomar. Quand Fligard a pris le pouvoir, mes parents ne m'ont plus laissé les voir, car c'était reconnu comme trahison pendant la guerre. Quand le pays est tombé, je pu les revoir. Mais ils avaient presque tous été tués... Et tout le monde me rejetait. - Je suis désolé... - Ne t'en fais pas, j'ai passé le cap : j'ai rejoins un groupe de résistants. - Pardon ?! S'étonna Allan. - À l'époque, j'ai rejoins un groupe de résistants et commis de nombreux attentats. Mon dernier visait le gouverneur de cette ville, Castell, corrompu jusqu'à la moelle par Fligard. Je l'ai loupé, prenant la vie de deux de mes camarades par accident. J'ai décidé de partir pour tourner la page et me faire oublier des ombres de la ville. J'ai rejoins l'expédition d'un gros qui avait pour mission de défricher la reste de la forêt du pays. Je t'ai menti pour mon fiancé, je n'en ai jamais eu. - Je vois. Et ensuite, tu as fini par me rencontrer... - Oui. Et quand j'ai vu ta haine envers les ombres, j'ai décidé de me battre, et de t'aider, pour qu’à ton tour tu puisses m'aider. Allan se sentit trahis. Il n'avait été qu'un objet dans les plans d'une résistante. - Je sais ce que tu penses et c'est faux. C'est vrai, au début je n'ai pensé de toi que comme un outil. Mais je me suis attachée à toi, tu dois le croire ! Allan était perplexe et pensif. Il ne savait quoi dire et penser. - C'est ce groupe de résistants qui m'a aidé à te porter ici. C'est leur repaire. Ce sont des anciennes ombres, des civils de la ville, de Cigomar et de Faber. J'ai

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retrouvé parmi eux de vieilles connaissances, des amis très chers. - Tu veux rester ici, c'est ça ? demanda directement Allan, pour aller droit au but. Maddie hésita à dire ce qu'elle pensait. Elle finit par le murmurer ce mot déchirant, qui à lui seul signait une séparation. - Oui... - Je vois... C'est ton choix, et je n'ai aucun droit de t'en empêcher. - Imbécile... dit-elle en baissant la tête. - Quoi ? - On va se séparer, et tout ce que tu trouves à faire pour me réconforter, c'est philosopher froidement ! - Mais... - Je veux rester ici et me battre de nouveau pour mon pays ! Fligard n'aurait jamais dû bouleverser la vie de tant de gens ! Nous ne sommes pas les seuls à vouloir voir les guerres cesser. Partout dans les villes des groupes de résistants se forment. Des émeutes ont éclaté après l'apparition de l'arbre. Malheureusement elles n'ont pas duré longtemps... - Attends voir, combien de temps ai-je dormi ?! - Plus d'une semaine, tu as beaucoup dormi... Comme un bébé. - Ah. Quand même. Dure contre-partie pour faire pousser un arbre. - Pas n'importe quel arbre ! Il est plus haut que le rempart dit infranchissable par aucune armée ! Il sera le symbole de la liberté de Maléate, et celui du début de la fin des ombres. Et pour te remercier, j'ai une surprise pour toi. Sur ce, elle partit en courant hors de la pièce. Elle revient avec un grand sac blanc. Maddie n'y était pas passée par 4 chemins, elle sortit du sac, puis tendit dans une pose théâtrale une grande toile rouge aux runes d'or à Allan. Un bâton... soupira Allan, surpris. Ma...Maddie comment as-tu fait ça ? - Tais toi et prend le pour voir à quoi il ressemble, tu ne l'as même pas déballé !

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Allan pris la toile dans ses mains. Déjà, il ressentit un picotement dans les mains qu'il n'avait pas ressenti depuis un bon moment. Un picotement si nostalgique, qui lui remontait doucement dans les bras. Il commença à déballer le « paquet ». Il fut surpris de ne pas reconnaître son bâton. Celui dans le drap rouge est d'un marron très clair, presque blanc. Bien plus droit que son ancien bâton, celui-ci restait tout de même assez tortueux. Son bout refermait à même le bois, un rubis. Allan en resta bouche bée. Ce bois très distinct était un bois rare -plus rare encore que le bois de son ancien bâton- que l'on trouvait dans les profondes forêts tropicales, loin, très loin dans les îles du Sud. Le rubis, parfaitement rond et de la taille d'un poing de bébé reflétait en son sein des volutes magiques. Quand il le prit dans ses mains, Allan fut subjugué par la puissance du bâton, bien plus impressionnante après avoir été coupé d'un amplificateur de magie durant des semaines. Des larmes perlèrent sur ses joues. - Je... je ne sais pas quoi dire... dit Allan, ému. - Tu n'as pas besoin de le faire. Tes larmes sont largement suffisantes. C'est pour te remercier de l'aide que tu m'as apporté et de ta sympathie. Je ne t'oublierai jamais Allan. Allan enlaça fortement Maddie, qui à son tour fondit en larmes. Ce magnifique cadeau avait un goût amer de séparation, qui ne passait pas inaperçu. - Je ne t'oublierai jamais non plus, Maddie. dit amicalement Allan. Subitement, Allan se détacha de Maddie. Il sortit du bâtiment avant de disparaître dans un dense brouillard sombre. - Allan !! cria Maddie en sortant à son tour. Elle regarda plusieurs fois aux alentours mais elle ne le vit pas. Quand elle retourna dans le bâtiment, elle remarqua que des provisions avaient disparues, ainsi que les affaires du mage. Ainsi, il était partit. Elle ne comprenait pas encore comment il pouvait le faire dans l'état où il était, mais il l'avait fait. Peut-être à cause de la magie. Le soir même, Maddie et les résistants de la ville voulurent

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reprendre les rennes de Maléate en assassinant le gouverneur dans sa demeure gardée. Telle fut leur surprise lorsque depuis la chambre du gouverneur alors poignardé, ils virent le rempart dit infranchissable s'effriter et commencer à s'effondrer autours du chêne, créant une ouverture, une large brèche dans ce rempart pour unifier la ville sous la bannière d'un chêne. Maddie ne pu s'empêcher de pleurer.

À suivre...

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Comme illustration cette fois une image qui vient un peu en retard, puisqu'il s'agit de Matt (et son cher Lewon) ! Un dessin de Nitrats qui a dessinĂŠ son perso !

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Minibook 05 - Les Ombres de Fligard : Eveils