Les Mondes d'Alix

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HORSSÉRIE

L es mondes d’Alix

Quarante ans après, sénateur par la grâce de l’empereur Alix est devenu sénateur. Désormais protégé d’Auguste, il est aussi un fidèle soutien de l’empereur. Valérie Mangin, qui scénarise les nouvelles aventures, décrit cette métamorphose. Par Valérie Mangin

L’HISTOIRE / HORS-SÉRIE

chevaliers romains y ont c­ ôtoyé des citoyens originaires des provinces d’Italie et même d’Espagne ou de Gaule – comme Alix. Mais Auguste rompt avec cette politique. Pendant son principat, il ­révise trois fois la liste des sénateurs et ­ramène leur nombre de 900 à 600. Il l­ imite aussi la possibilité de devenir questeur (la première magistrature qui permette d’entrer au Sénat) aux seuls membres de l’ordre ­sénatorial, c’està-dire aux seuls fils de sénateurs. L’assemblée se ­recentre sur la très haute aristocratie romaine. Alix, l’ancien esclave gallo-­romain devenu ­citoyen romain par adoption, n’a donc théoriquement aucun droit d’y entrer.

Prestige et privilèges Mais il est un fidèle parmi les fidèles de l’empereur. Il s’est rallié à lui après la mort de César et l’a servi loyalement pendant les guerres c­ iviles. Quand, pendant l’expédition d’Égypte, son ­compagnon Enak a rejoint le camp de Cléopâtre, il l’a laissé partir. Au fil du temps, il s’est intégré à l’entourage impérial. Il est devenu l’ami de Lidia (nom donné par Jacques Martin à Octavie, la sœur d’Auguste) et du général Agrippa, et l’ennemi de Livie, l’épouse de l’empereur, ce qui n’est pas pour déplaire à ce dernier. L’ancien esclave n’est pas le seul à être promu ­sénateur par la grâce d’Auguste. L’empereur

CASTERMAN/ALIX SENATOR

V

ers 52 av. J.-C., Alix rencontre pour la première fois le jeune Octave, petit-neveu de César, auquel un aigle ­jupitérien vient promettre qu’il dominera la terre comme lui-même domine le ciel. Quarante ans plus tard, la prophétie s’est ­réalisée. Octave est devenu Auguste, le princeps civitatis, premier citoyen de Rome, et il gouverne seul l’Empire. Alix est toujours à ses côtés. L’aventurier au service de César s’est mué en un respectable sénateur. Cette métamorphose n’a rien d’étonnant. L’empereur nourrit une profonde méfiance ­envers le Sénat, la plus vieille institution de Rome et la seule encore capable de contester son autorité. Avec Alix, il y a fait entrer à la fois un héros dont l’exemplarité contribuera au prestige de l’assemblée et un proche qui appuiera ses décisions et l’aidera à éliminer les dernières résistances. A priori, Alix n’a rien pour devenir sénateur de Rome. A la fin de la République, en 46 av. ­J.-C., César a ouvert l’assemblée à des hommes aux origines sociales de plus en plus variées. Des fils de simples