Issuu on Google+

La Chasse en Alsace N°105 - JANVIER 2012 Pour commander ce numéro ou vous abonner, contactez Maud Verdant : maud.verdant@lalsace.fr ou 03 89 32 75 37

Espèces PESTE PORCINE CLASSIQUE Avancées et leçons de la gestion de l’épidémie Un an et demi après l’arrêt de la vaccination contre la peste porcine classique (PPC) dans le massif des Vosges du Nord, les études réalisées se poursuivent. Les mesures de gestion contraignantes, mises en place depuis 2004, auront permis de contrôler la PPC dans ce massif, mais aussi d’en améliorer la connaissance et les outils de lutte comme la vaccination. Sophie Rossi, vétérinaire chargée du volet PPC à l’unité sanitaire de la faune de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage, dresse un bilan des différentes recherches menées à ce jour. La Chasse en Alsace : Quel est l’historique de la PPC dans la région ? Sophie Rossi : La PPC, présente depuis très longtemps dans les Vosges du Nord et le Palatinat, a été officiellement détectée au début des années 1990. Après une phase d’extinction côté français, le virus a réémergé en 2003, au niveau de Wissembourg, avant d’envahir toutes les Vosges du Nord. La PPC représente un réel problème économique, en lien avec l’élevage porcin. En effet, elle est causée par un virus spécifique des suidés qui touche aussi bien le sanglier sauvage que le cochon domestique, tous deux membres de la même espèce Sus scrofa. Ainsi différentes mesures ont été mises en place pour contrôler l’épidémie. Depuis 2007, il n’y a plus eu de manifestation du virus en France et, depuis janvier 2009, plus dans le Palatinat. Quelles sont les principales mesures appliquées ? La gestion de la PPC nécessite une implication très forte des chasseurs en ce qui concerne les populations sauvages. Une vaccination orale a été instituée par les services vétérinaires départementaux, à partir d’août 2004, à raison de trois campagnes de deux vaccinations par an, consistant en la distribution d’appâtsvaccins par les chasseurs. D’abord réalisée dans la zone Nord en regard du Palatinat, elle a ensuite été étendue, en février 2005, à l’ensemble de la zone infectée (délimitée au Nord par la frontière, à l’Ouest par le canal des Houillères de la Sarre, à l’Est par le Rhin, au Sud par l’A4 et le canal Marne-Rhin). Par ailleurs, une zone d’observation de cinq kilomètres de large de l’autre côté de l’autoroute A4 et de


la Sarre a été définie. Dans ces deux zones, une surveillance sérologique et virologique des carcasses a été mise en place avec des prélèvements imposés aux chasseurs pour analyses libératoires. Aujourd’hui, si la vaccination n’a plus court, les mesures de surveillance restent de mise. Quels sont les travaux conduits par votre équipe ? Le but des études réalisées par notre unité est d’optimiser l’efficacité des outils de gestion de la maladie et, notamment, la vaccination. Nous cherchons à répondre à différentes questions : quelle est la meilleure période de vaccination, quel est le nombre efficace d’appâts-vaccins, comment améliorer la disposition de ces appâts pour vacciner le plus de sangliers, etc. Ces travaux reposent en grande partie sur les données épidémiologiques recueillies grâce aux chasseurs et centralisés par les services vétérinaires. L’ONCFS réalise également des suivis de sangliers par pièges photographiques ou capture-marquage-recapture, ce type de suivi permettant de détailler le comportement et le devenir de chaque individu marqué. Qu’ont révélé ces travaux ? Ils ont, par exemple, permis de montrer que la vaccination durant les mois de mai à septembre ne permet pas d’atteindre les animaux les plus jeunes, qui sont trop petits pour manger les gros appâts-vaccins. Nous avons donc déplacé les dates de vaccination aux mois de novembre et décembre. L’observation des photos prises par les pièges photographiques a montré que d’autres animaux peuvent consommer les appâts distribués (renard, oiseaux…). En analysant si le nombre d’appâts distribués par sanglier chassé et le nombre d’individus réellement vaccinés, nous avons démontré que le mode de répartition initialement utilisé n’était pas optimal. Il y avait une saturation du mode de vaccination par rapport au nombre de sangliers présents. Ainsi, sur cette base, nous avons recommandé d’élargir les surfaces des places de distribution, ou de favoriser un agrainage linéaire et une distribution extensive des appâts, pour essayer de toucher un plus grand nombre de sangliers. Des études doivent encore être menées pour mieux comprendre le lien entre le nombre d’appâts distribués et le nombre d’individus vaccinés, afin d’améliorer l’outil dans le futur. Dans cet objectif, nous développons des biomarqueurs qui permettent de marquer les animaux vaccinés durablement. Avec des marqueurs différents selon la saison, par exemple, il sera possible de savoir en quelle période de l’année l’animal à été vacciné, ou s’il a mangé plusieurs appâts-vaccins. La possibilité d’utiliser ces biomarqueurs en nature est actuellement examinée par les autorités compétentes (ANSES). Maintenant que la PPC semble éradiquée, quel est l’intérêt de ces études ? Premièrement, elles permettront de maximiser l’utilisation de l’outil vaccination en cas de réappartition du virus. Ensuite, le sanglier peut être porteur d’autres maladies transmissibles, comme la tuberculose bovine. Celle-ci peut se transmettre surtout aux cheptels bovins, mais également à d’autres animaux et même à l’homme par consommation de viande contaminée. En France, les principales espèces sauvages concernées sont le sanglier, le cerf et le blaireau. La tuberculose est actuellement problématique en Seine-Maritime, en Côte d’Or et en Dordogne. Comme elle est transmissible entre plusieurs espèces, cette maladie est très complexe à gérer. Les outils que nous développons pour la PPC pourraient, par exemple, être appliqués à la tuberculose, afin de contrôler la maladie. Magali EYRIEY


En savoir plus  Rossi S, Pol F, Forot B, et al. 2010. Preventive vaccination contributes to control classical swine fever in wild boar (Sus scrofa sp.). Veterinary Microbiology, 142(12):99-107.  Etudes récentes sur la peste porcine classique (PPC) du sanglier dans les Vosges du Nord. Rapport scientifique 2010 de l’ONCFS, p. 51.


LCEA105