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Éthiques & Sociétés

Numéro Numéro 20 - Décembre 18 - Juin 2013/Février 2013/Août 2013 2014


Éthiques & Sociétés

Numéro 20 - Décembre 2013/Février 2014


ÉD ITORI AL

Mandela, la leçon par Zora Ait El Machkouri

Au moment où s’écrivent ces lignes, le monde pleure un des plus grands hommes du XXème siècle. Le grand Nelson Mandela s’est éteint. Avec lui, c’est une grande partie de l’âme sud-africaine qui s’évanouie. Les dirigeants qui lui rendent hommage aujourd’hui en ont-ils pour autant tirer une leçon, de la vie de Madiba? Honnêtement, des hommes de son calibre, des hommes torturés prêts à pardonner à l’ennemi, des hommes prêts à ranger les armes pour concrétiser une paix durable, des hommes charismatiques qui mettent le pouvoir au service du peuple, des hommes qui prônent la non-violence pour dénoncer l’injustice, des hommes qui accueillent les bras ouverts d’autres qui n’ont rien fait pour dénoncer une discrimination connue de tous, des hommes pour qui la guerre civile n’est pas une réponse , des hommes qui s’assoient pacifiquement pour tracer un avenir meilleur pour leur pays,… vous en connaissez actuellement? Les rebelles, leaders, miliciens en tout genre qui pullulent, en Afrique et ailleurs, sur le terreau de l’ignominie, qui exacerbent le communautarisme, la haine de l’autre au nom d’un ethnocentrisme primaire, ne retiendront rien de Mandela. Et pourtant, ce sont eux qui sont majoritaires. La République centrafricaine en est un triste exemple. Le pays est déchiré par des factions ennemies qui n’aspirent qu’au pouvoir, qu’importe le nombre de civils massacrés. La crise humanitaire, les combats entre rebelles et milices, entre musulmans et chrétiens, ne font souffrir que la majorité silencieuse : les Centrafricains, lesquels se réfugient dans les églises et les mosquées, lieux sacrés censés les protéger de la folie meurtrière. Les troupes françaises panseront quelques plaies, mais l’hémorragie a débuté il y a longtemps. Pensez-vous que dans un tel contexte surgisse un homme de paix comme Mandela? Madiba était, est et restera un modèle, car des Mandela il n’y en avait qu’un. Et la journée du 18 juillet, Journée internationale Nelson Mandela, nous le rappellera chaque année. Cette journée souligne en effet, depuis 2010, « la contribution qu’il a apportée à la lutte pour la démocratie à l’échelle internationale et à la promotion d’une culture de paix dans le monde entier ». L’été dernier, à l’occasion de son 95e anniversaire, l’ONU invitait les gens à « consacrer 67 minutes à aider les autres », une durée symbolisant les 67 ans de sa vie que Mandela a mis au service de l’humanité. Une excellente manière d’honorer sa mémoire et de contribuer à l’édifice d’un monde meilleur que la rédaction d’Éthiques et Sociétés vous encourage à faire.

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SOMMAIRE 3 ÉDITORIAL Magazine Éthiques et Sociétés Trimestriel fondé en novembre 2008 7374, rue Lachance Laval, Québec H7A 0G3 Canada Téléphone +1 514-389-1859 Courriel info@ethiquesetsocietes.com Site web http://www.ethiquesetsocietes.com

6 HOMMAGE À NELSON MANDELA 12

Nelson Mandela (1918-2013). Le sida, dernier grand combat de Madiba.

http://www.facebook.com/ethiquesetsocietes https://twitter.com/EthiquesSociete ISSN 1918-7238 Éthiques et Sociétés (Imprimé) ISSN 1918-7246 Éthiques et Sociétés (En ligne) Rédaction Directrice de publication Zora Ait El Machkouri Rédactrice en chef Zora Ait El Machkouri Rédactrice en chef adjoint Benoîte Labrosse Journalistes collaborateurs Benoîte Labrosse Charlotte Lopez Etienne Plamondon Emond Charles-Éric Blais Dessins et Caricatures Obi. http://obi.abonnemine.over-blog.com/ Design et Maquette Jimmy Hong Design Imprimerie et envoi Hewlett-Packard Development Company HP MagCloud Abonnements Éthiques et Sociétés Magazine 7374, rue Lachance Laval, Québec H7A 0G3 Canada +1 514-389-1859 Courriel : info@ethiquesetsocietes.com Numéro courant Éthiques et Sociétés Numéro 20 – Décembre 2013/Février 2014 Prix unitaire au Canada : 10$ Prochaines publications mars 2014 juin 2014 septembre 2014 décembre 2014 Toute reproduction partielle ou intégrale des informations, des textes et/ou des photographies est interdite sans l’autorisation expresse et écrite de la Directrice de publication. Tous droits réservésÉthiques et Sociétés Magazine 2011.

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« Le VIH-sida est pire qu’une guerre, affirmait Nelson Mandela en décembre 2000. Mais cette guerre peut être gagnée. » Malheureusement, le premier président sud-africain démocratiquement élu ne pourra jamais en célébrer la victoire : il est décédé le 5 décembre dernier à son domicile de Johannesburg des suites d’une infection pulmonaire. Retour sur le dernier chapitre de la longue vie de militant de celui que tous surnommaient affectueusement Madiba.

8 BRÈVES D’ACTUALITÉ 12 URGENCE

Trafic d’esclaves sexuelles au Burundi. La population sous le choc. En septembre dernier, les Burundais ont reçu un électrochoc : la présidente de l’organisation non gouvernementale canadienne Justice & Equity (Justice et équité) a dénoncé dans les médias, après des mois d’enquête, un réseau de trafic de jeunes esclaves sexuelles. « Nous sommes catastrophés, les familles sont désespérées; c’est une véritable horreur pour toute la population », résume Florence Boivin-Roumestan à Éthiques et Sociétés.


SOMMAI RE

16 DOSSIER SPÉCIAL

République centrafricaine. Le peuple en otage. La Centrafrique vit une crise humanitaire sans précédent depuis le coup d’État qui a secoué le pays le 24 mars dernier. Les rebelles de la Seleka (ou Séléka) et d’autres miliciens d’auto-défense n’ont pas rangé les armes après la chute du président François Bozizé, et terrorisent toujours la population. La récente mobilisation de la communauté internationale fait toutefois renaître l’espoir. Éclairage sur une crise longtemps oubliée.

20 ÉCONOMIE

Nouvelle stratégie ministérielle en Afrique. Québec mise sur la langue et les entreprises. L’hiver dernier, le ministre québécois des Relations internationales, de la Francophonie et du Commerce extérieur (MRIFCE), JeanFrançois Lisée, assurait à Éthiques et Sociétés que le Québec prendrait plus de place en Afrique grâce à une nouvelle stratégie et à plus de représentation sur le terrain. Un an plus tard, force est de constater qu’un bout de chemin a été parcouru en ce sens. Explications.

24 SOLIDARITÉ

Jacques Claessens La coopération à hauteur d’homme Il ne faut surtout pas oublier le préfixe « co » dans la coopération internationale : tel est le message laissé par Jacques Claessens dans son livre posthume Qui a dit que nous avions besoin de vous? À l’instar du titre, l’ouvrage bouscule, questionne, confronte et interpelle. Avec la verve d’un conteur, l’ancien consultant en développement rural pousse les lecteurs à réfléchir sur les relations Nord-Sud et sur les personnes qui les tissent.

28 FICHE-PAYS

République de Gambie

30 POINT WEB Éthiques & Sociétés

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18 juillet 1918 : Naissance de Rolihlahla Mandela à Mvezo, dans le Transkei (sud-est de l’Afrique du Sud). Son prénom signifie « celui par qui les problèmes arrivent » en xhosa, la langue du clan de son père, les Madiba. Il se fera renommer Nelson à son entrée à l’école primaire, comme le voulait alors la coutume.

15 octobre 1993 : Nelson Mandela et Frederik De Klerk, dernier président du régime de l’apartheid, reçoivent conjointement le prix Nobel de la paix en hommage à « leur travail pour l’élimination pacifique du régime de l’apartheid et pour l’établissement des fondations d’une Afrique du Sud nouvelle et démocratique ».

1963-1990 : Condamné le 12 juin 1963 à la prison à vie pour sabotage et haute trahison, le « détenu 46664 » restera finalement emprisonné 9 855 jours, majoritairement à la prison de Robben Island, au large du Cap. Il a été libéré le 11 février 1990, à l’âge de 71 ans.

1994-1999 : Nelson Mandela devient le premier président démocratiquement élu d’Afrique du Sud sous la bannière de l’African National Congress le 27 avril 1994. Il est investi le 10 mai, mettant fin à 46 ans d’apartheid. Il termine son mandat le 14 juin 1999 et son vice-président, Thabo Mbeki, lui succède.

11 juillet 2010 : Dernière apparition publique de Madiba, à l’occasion de la cérémonie de clôture de la Coupe du monde de football à Johannesburg. Il croyait beaucoup au pouvoir fédérateur du sport, lui qui avait tenu à remettre le trophée de la Coupe du Monde de rugby – un « sport de Blancs » symbolisant l’apartheid - à l’équipe sud-africaine en juin 1995.

Nelson Mandela (1918-2013)

Le sida, dernier grand combat de Madiba par Benoîte Labrosse

«Le VIH-sida est pire qu’une guerre, affirmait Nelson Mandela en décembre 2000. Mais cette guerre peut être gagnée.» Malheureusement, le premier président sud-africain démocratiquement élu ne pourra jamais en célébrer la victoire : il est décédé le 5 décembre dernier à son domicile de Johannesburg des suites d’une infection pulmonaire. Retour sur le dernier chapitre de la longue vie de militant de celui que tous surnommaient affectueusement Madiba.

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’un des rares faux pas de Nelson Mandela durant son passage à la tête de l’Afrique du Sud (1994-1999) aura sans aucun doute été le peu d’attention accordée publiquement à l’épidémie de VIH-sida, même si ces cahiers de notes personnels montrent qu’il s’en inquiétait déjà en 1991. A posteriori, il a justifié sa retenue par la pudeur de ses concitoyens : « les Africains sont très conservateurs en matière de sexe. Ils ne veulent pas que l’on en parle. » Sa perspective a beaucoup changé une fois les rênes du pouvoir transmises à Thabo Mbeki. « L’Histoire nous jugera durement si nous ne faisons rien », s’est inquiété Mandela à la 13e conférence internationale sur le sida à Durban, en juillet 2000. Même s’il l’ex-président s’était promis de ne pas confronter son successeur, il n’a pu s’en empêcher quand celui-ci a remis en question le lien entre le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) et le sida. Mbeki évoquait un « complot des firmes pharmaceutiques occidentales pour inonder l’Afrique de médicaments toxiques ».


En 2002, alors que le virus fait jusqu’à 1 000 morts par jour au pays - qui compte alors le plus grand nombre de séropositifs au monde, environ 5 millions, soit 20 % des adultes - la Fondation Nelson Mandela a fait de la lutte contre l’épidémie son cheval de bataille, car « le sida n’est plus seulement une maladie, c’est un problème de droits de l’Homme ». L’ONG tentait d’infléchir Thabo Mbeki, qui s’opposait fermement à la distribution d’antirétroviraux dans les hôpitaux publics. Pour lui forcer la main, Madiba s’est rendu au chevet du président de la Treatment Action Campaign (Campagne d’action pour les traitements), le sidéen Zackie Achmat, qui faisait une « grève de médicaments » en signe de protestation. « Ce n’est pas un ennemi du gouvernement, mais un modèle à suivre, estimait le militant chevronné. Son action est basée sur des principes fondamentaux que nous admirons. » Pressé par l’opinion publique, le gouvernement Mbeki a finalement approuvé la distribution d’antirétroviraux dans les hôpitaux publics en août 2003.

Utiliser sa notoriété pour la cause

« Soyez fidèles à un seul partenaire et utilisez un préservatif. Ainsi, vous aurez un enfant de l’amour, avec des rires et de la paix, et non pas le sida! », exhortait Madiba en 2002. Il avait choisi d’utiliser sa notoriété pour le bien de la cause, mais aussi son histoire personnelle en révélant qu’une de ses nièces et deux de ses arrière-petits-neveux avaient succombé au VIH. « Le sida est une guerre contre l’humanité et c’est comme cela qu’il faut la combattre, soulignait-il à l’époque. Si vous vous identifiez aux gens, vous ne pouvez pas rester insensible. C’est pour cela que je me suis lancé dans la bataille. »

Sa dernière grande initiative : une ONG de Sages indépendants

Nelson Mandela estimait que « la paix est l’arme la plus puissante qu’une communauté ou une nation peut posséder pour se développer ». C’est pourquoi il est sorti de sa retraite en juillet 2007 pour acquiescer à une demande du chanteur Peter Gabriel et de l’entrepreneur Richard Branson, et fonder The Elders - littéralement Les Anciens ou Les Sages. « Le nom ne vient pas de leur grand âge, mais bien de leur sagesse individuelle et collective », expliquait Madida à Johannesburg au moment de la création de cette ONG. L’objectif de ce groupe indépendant rassemblant une douzaine de leaders mondiaux - dont l’ancien secrétaire général de l’ONU Kofi Annan, l’ancien président américain Jimmy Carter, l’ancienne Haute commissaire de l’ONU pour les droits humains Mary Robsinson et le « père » du microcrédit Muhammad Yunus – est « d’utiliser leur indépendance politique pour aider à résoudre certains des conflits les plus insolubles du monde ».

Mais au-delà des incontournables questions climatiques et moyen-orientales, l’organisation se préoccupe de dossiers « moins populaires » tels la réconciliation des Ivoiriens, les violations présumées des droits de l’Homme au Sri Lanka et le mariage forcé des enfants dans plusieurs régions du monde. « Ils iront vers ceux qui possèdent le moins, et donc qui souffrent le plus; ceux qui sont rarement entendus, assurait Madiba en 2007. Les Sages peuvent parler librement et audacieusement, travailler autant publiquement que derrière les portes closes sur n’importe quelles mesures qui doivent être prises. » Ce Dans le but de sensibiliser les plus jeunes à la maladie et de qui signifie entre autres se rendre sur le terrain pour appuyer collecter des fonds pour la recherche et le soutien aux Sud- des initiatives locales et publier des lettres ouvertes dans les Africains atteints, la Fondation Nelson Mandela a organisé une médias. série de grands concerts nommés « 46664 », en référence à son matricule de prisonnier à Robben Island. Le premier eut lieu Celui qui était Elder honoraire - au même titre que son ami et au Cap le 29 novembre 2003, avec entre autres Johnny Clegg, compatriote l’archevêque Desmond Tutu – fondait de grands Bono, Beyoncé, Youssou N’Dour et le Soweto Gospel Choir. espoirs dans cette ONG unique en son genre. « Je crois qu’avec L’événement s’est répété trois fois en 2005 : à George en leur expérience, leur énergie et leur profond engagement pour Afrique du Sud, à Madrid en Espagne à Tromsø en Norvège. la construction d’un monde meilleur, les Elders peuvent deveUn 46664 marqua ensuite la Journée internationale du sida le nir une robuste et farouchement indépendante force pour le 1er décembre 2007 à Johannesburg, et un dernier concert aura Bien. » lieu au Hyde Park de Londres en juin 2008 pour marquer les Avec AFP, Afriquinfos, BBC, Jeune Afrique, Le Soir, Nelson Mandela Centre of Memory, The Elders, Reuters et Slate. 90 ans de Madiba. Parallèlement, l’homme œuvrait à lever les tabous associés à cette maladie. En janvier 2005, il convoque la presse dans le jardin de sa résidence de Johannesburg pour annoncer la mort de son fils Makgatho, un avocat de 54 ans, des suites du sida. « Il ne faut pas dissimuler la cause de la mort des membres de nos familles, a-t-il déclaré aux journalistes. En parler est le seul moyen d’arrêter de voir le sida comme une maladie extraordinaire, à cause de laquelle les gens iront en enfer plutôt qu’au paradis. Le seul moyen de montrer qu’il s’agit d’une maladie normale, comme la tuberculose ou le cancer, est de dire ouvertement que quelqu’un est mort du sida. » Ce père de six enfants s’est toujours reproché le décès de ce fils : « je n’ai pas fait assez contre le sida; j’y consacrerai le reste de ma vie », a-til promis en 2005. Ce qu’il a fait en multipliant les campagnes d’éducation sexuelle et celle de levée de fonds pour plus de recherche médicale et de meilleurs traitements. Éthiques & Sociétés

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BR È VE S D ’ A CT UAL IT É AF R ICAIN E

BRÈVES D’ACTUALITÉ AFRICAINE

RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO L’UNICEF « alarmée » par des exécutions présumées d’enfants

(Source : Avec Radio Okapi)

En raison d’un manque de financement, le Programme alimentaire mondial (PAM) a annoncé qu’il devra limiter, voire suspendre, certaines de ses activités en République Démocratique du Congo (RDC) à compter du mois de décembre. Pour assurer la continuité de ses opérations au cours des six prochains mois, le PAM - qui est entièrement financé sur la base de contributions volontaires - a besoin de toute urgence de 75 millions de dollars d’ici mai 2014. Le manque de financement a déjà contraint le PAM à réduire de moitié les rations distribuées aux déplacés de la province du Nord-Kivu. Et ce, même si cette région est marquée par une aggravation de l’insécurité alimentaire, qui touche aujourd’hui six familles sur dix, soit deux fois plus qu’il y a deux ans. Dans les deux Kivus et la province Orientale, près d’un demi-million de personnes déplacées seraient les victimes collatérales des problèmes financiers du PAM. La distribution quotidienne de repas chauds à des milliers d’écoliers et l’apport nutritionnel vital dont dépendent près de 180 000 enfants, femmes enceintes et mères allaitantes à travers tout le pays sont remis en cause.

Crédit Photo: Imane Gana Cherif pour OCHA

L’UNICEF et la mission de l’ONU en République démocratique du Congo (MONUSCO) se sont déclarés « alarmées » par des allégations d’exécutions extrajudiciaires de jeunes et d’enfants à Kinshasa le 27 novembre. La police mène actuellement une vaste opération « coup de poing » contre les délinquants dans la capitale. « Selon les informations reçues - qui sont en cours de vérification -, au moins une vingtaine de personnes, dont 12 enfants, auraient été tuées. L’UNICEF et la MONUSCO demandent que des mesures immédiates soient prises par les autorités congolaises, afin de mettre fin à ces actes », a affirmé à la presse Carlos Araujo, porte-parole intérimaire de la MONUSCO. Selon un communiqué du Réseau national des ONG des droits de l’homme du pays (RENADHOC) datant du 27 novembre, « des policiers et autres agents de sécurité non autrement identifiés ont été mobilisés en vue de traquer, arrêter, torturer et parfois exécuter en public » des bandits présumés. « Le gouvernement est appelé à éradiquer la criminalité urbaine en utilisant les moyens et méthodes qui respectent les droits de l’homme », et les délinquants « doivent être arrêtés, traduits en justice et condamnés à des peines proportionnelles à leurs actes de gangstérisme répréhensibles », a plaidé l’organisation.

Le PAM contraint de réduire son aide alimentaire

(Source : Centre d’actualités de l’ONU)

NIGER Crédit Photo : Centre d’actualité de l’ONU

Plus de 15 000 personnes ont besoin d’une aide humanitaire d’urgence

L’inondation provoquée par la crue d’une rivière dans le sud-est du Niger force plus 15 000 personnes à recherJens Laerke cher une aide humanitaire d’urgence, s’est alarmé le 3 décembre le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA). « L’inondation saisonnière a débuté il y a un mois et a pris de court les habitants et les autorités, alors que l’eau a atteint un niveau sans précédent à la mi-novembre », a indiqué le porte-parole de l’OCHA, Jens Laerke. Au moment de mettre sous presse, les inondations se poursuivent et au moins 20 autres villages sont exposés, selon M. Laerke. Des terres arables se trouvent sous cette eau, la sécurité alimentaire future de la population locale préoccupe l’OCHA. (Source : Avec le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires)

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Des personnes déplacées attendent une distribution alimentaire du PAM dans la région de Goma dans le Nord-Kivu en RDC.


BRÈVES D ’ACTUAL ITÉ AFRIC AI NE

SOMALIE Aide demandée pour la population touchée par le cyclone

Crédit Photo : Mahad Omar Diriye pour IRIN News

Une dizaine d’agences d’aides internationales ont déclaré, dans un communiqué conjoint publié le 29 novembre à Nairobi, que plus de 100 000 Somaliens ont besoin d’une assistance humanitaire d’urgence pour se relever du passage, début novembre, du cyclone tropical baptisé « 03A ». Ces agences, dont CARE International, Polish Humanitarian Action Refugees International, Save the Children International, Adeso et World Vision, déplorent le peu de médiatisation de cette crise humanitaire. Elles soulignent que les sinistrés ont aujourd’hui désespérément besoin de nourriture, d’eau potable et d’un toit. Le cyclone qui a frappé la région du Puntland en Somalie le 11 et 12 novembre a entraîné la mort d’au moins 80 personnes, pour la plupart des enfants et des personnes âgées, et de nombreuses pertes de bétail. (Source : Avec IRIN News)

CÔTE D’IVOIRE Crédit Photo : Nancy Palus pour IRIN News

L’ONU demande l’ouverture d’enquêtes sur des crimes commis par les Dozos

Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) a publié le 6 décembre un rapport sur les graves violations de droits de l’Homme commises par les Dozos, des chasseurs traditionnels de la Côte d’Ivoire. Il appelle maintenant à l’ouverture d’enquêtes sur ces crimes. Publié par l’Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire (ONUCI) et le HCDH, le rapport documente des meurtres, des exécutions sommaires, des arrestations et détentions illégales, des actes de pillage et d’extorsion commis par des Dozos. Les propres enquêtes de la Division des droits de l’homme de l’ONUCI ont conclu qu’au moins 228 personnes avaient été tuées, 164 autres blessées par balle ou à l’arme blanche et 162 personnes arrêtées et détenues illégalement par des Dozos entre mars 2009 et mai 2013, dans le cadre « d’activités de sécurité ». Par ailleurs, 274 cas de pillages, d’incendies et d’extorsions ont été vérifiés et confirmés, notamment dans les régions de Gbôklé, Haut-Sassandra, Gôh, Cavally, Guemon, Tonkpi, Marahoué, Nawa, Indenie-Djuablin, Poro et Moronou. (Source : Centre d’actualités de l’ONU)

ONG : organisation non gouvernementale

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B R È VE S D ’ A CT UAL IT É IN T E R N AT IO N AL E

BRÈVES D’ACTUALITÉ INTERNATIONALE CISJORDANIE Photographie de l’ONU par Rick Bajornas

SYRIE Le gouvernement et les forces de l’opposition entraveraient l’acheminement de l’aide humanitaire

Un collectif de 36 organisations de défense des droits de l’homme, le 4 décembre, a exhorté Israël à mettre fin aux démolitions de maisons palestiniennes dans les zones actuellement sous son contrôle en Cisjordanie. « Depuis la reprise du processus de paix en juillet, Israël a détruit 207 maisons et propriétés palestiniennes en Cisjordanie occupée, déplaçant 311 Palestiniens, pour plus de la moitié d’entre eux des enfants », a dénoncé ce collectif dans un communiqué. Le regroupement, qui compte entre autres Amnesty International, Human Rights Watch et plusieurs associations chrétiennes, a ajouté que les démolitions « facilitent souvent l’expansion de colonies israéliennes illégales, 60 % d’entre elles intervenant dans des communautés palestiniennes proches de colonies ». (Source : Avec L’Expression Le quotidien)

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(Source : Avec Human Rights Watch)

Photographie de l’ONU par David Manyua

36 ONG réclament la fin des démolitions de maisons palestiniennes

L’organisation Human Rights Watch (HRW) soutient que le gouvernement national et les forces de l’opposition entravent l’acheminement d’aide humanitaire à des centaines de milliers de civils dans les zones assiégées de Syrie. Selon une déclaration parue le 5 décembre, des militants de la région de Damas et de Homs ont affirmé, au cours d’entretiens téléphoniques avec HRW, que les habitants de ces zones sont aux prises avec une pénurie alimentaire qui s’aggrave de jour en jour, et que de nombreuses personnes sont décédées en raison du manque de soins médicaux dû à l’état de siège. L’ONU estime que plus de 2,5 millions de personnes se trouvent dans des zones difficilement accessibles de la Syrie, y compris celles contrôlées par l’opposition dans le nord du pays.


BRÈVES D ’ACTUAL ITÉ IN TERN ATIO NALE

HAÏTI PAKISTAN Malala Yousafzai remporte un prix de l’ONU pour les droits de l’Homme

Crédit Photo : Photographie de l’ONU par Amanda Voisard

Le HCR demande à la République dominicaine de restituer la citoyenneté aux enfants d’immigrants illégaux

La célèbre écolière pakistanaise Malala Yousafzai a été nommée le 5 décembre à Genève parmi les lauréats du Prix 2013 des Nations unies pour la cause des droits de l’Homme, aux côtés d’un militant anti-esclavagiste mauritanien, notamment. Décerné tous les cinq ans, ce prix est une distinction honorifique accordée à des individus et à des organisations en reconnaissance de leurs réalisations exceptionnelles en matière de droits de l’homme. Parmi les lauréats précédents figurent l’ONG Amnesty international ainsi que les anciens présidents Jimmy Carter (États-Unis) et Nelson Mandela (Afrique du Sud). La remise des prix s’est déroulée au siège de l’ONU à New York le 10 décembre, dans le cadre de la commémoration annuelle de la Journée des droits de l’Homme. (Source : Centre d’actualité de l’ONU)

Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) demande à la République dominicaine de restituer la citoyenneté aux enfants d’immigrants illégaux — particulièrement à ceux de descendants haïtiens. Ces derniers sont actuellement frappés par une décision de la Cour constitutionnelle voulant que cette citoyenneté leur soit retirée. Dans un communiqué émis le 5 décembre, le HCR s’est dit « profondément préoccupé » par le fait que « deux mois après cette décision, le statut de la population concernée n’a pas encore été traité correctement par les autorités ». « Les normes juridiques internationales exigent que le gouvernement rétablisse automatiquement la citoyenneté à toutes les personnes touchées par la décision et que leurs droits acquis soient respectés », a fait valoir le HCR. (Source : Centre d’actualité de l’ONU)

AFGHANISTAN Six travailleurs humanitaires assassinés

Crédit Photo : Acted

Six travailleurs humanitaires afghans employés par l’ONG Acted ont été tués le 27 novembre dans la province de Faryab, dans le nord de l’Afghanistan. Cette organisation est présente en Afghanistan depuis deux décennies et compte plus de 800 salariés afghans et une dizaine d’expatriés affectés à différents programmes, dont celui de développement rural auquel participaient les victimes. (Source : Avec Acted)

ONG : organisation non gouvernementale

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U R G E NC E

Découverte d’un trafic d’esclaves sexuelles au Burundi La population sous le choc Par Charlotte Lopez

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URGENCE

En septembre dernier, les Burundais ont reçu un électrochoc : la présidente de l’organisation non gouvernementale canadienne Justice & Equity (Justice et équité) a dénoncé dans les médias, après des mois d’enquête, un réseau de trafic de jeunes esclaves sexuelles. « Nous sommes catastrophés, les familles sont désespérées; c’est une véritable horreur pour toute la population », résume Florence Boivin-Roumestan à Éthiques et Sociétés.

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usqu’à cette sortie publique, le Burundi fermait les yeux sur la pratique du trafic humain, qui a pourtant cours à l’intérieur de ses frontières depuis plusieurs années, selon la présidente de Justice et équité. Elle estime que ce phénomène a pris différentes formes par le passé, mais que, depuis les années 90, c’est le trafic sexuel - et celui lié au travail - qui prédomine.

« Aujourd’hui, c’est une industrie inimaginable, partout au Burundi et dans les pays transfrontaliers comme le Malawi, la Zambie, le Kenya...», se désole Mme Boivin-Roumestan. L’ONG est d’ailleurs débordée, car énormément de jeunes filles burundaises sont envoyées à l’étranger. Elle tente donc de bloquer ce trafic aux frontières et de faire en sorte que ces enfants soient récupérés par les autorités burundaises et par leurs familles. Une fois sortis du pays et rendus en Europe, en Asie ou en Amérique, il est en effet plus difficile de les retrouver. Il y a actuellement dix pays reconnus pour abriter les responsables de cette traite - le Malawi, la Zambie, le Kenya, l’Afrique du Sud, le Mozambique, l’Ouganda, les États-Unis, le Liban, l’Australie, le Congo -, mais la présidente de Justice et équité est consciente qu’il y en a davantage. « Les jeunes filles sont transférées dans des camps de réfugiés, puis envoyées dans le monde entier, où le trafic sexuel des jeunes filles est tout simplement considérable » s’exaspère-t-elle. Ces fillettes et adolescentes, âgées de 7 à 16 ans, quittent leur pays sous prétexte d’être scolarisées. « On promet à leurs parents qu’elles auront une bonne éducation et du travail, c’est une chance inespérée pour ces familles. On les habille bien, on leur donne des téléphones… Une fois arrivées dans les villes et villages, elles sont vendues à des hommes à qui elles doivent obéissance, raconte Mme Boivin-Roumestan. Il y a des maisons closes partout, et énormément de pédophilie. » Et les parents n’entendent plus jamais parler de leurs filles parties au loin. La présidente de Justice et équité souligne aussi que celles-ci sont souvent emmenées pour travailler comme domestiques dans des maisons privées contre un salaire dérisoire ou inexistant. Tous les hommes de la maison peuvent alors « se servir ».

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Des rabatteurs en culotte courte

Par ailleurs, il existe aussi, selon l’ONG, des élèves rabatteurs dans les écoles primaires et secondaires. Ces derniers sont payés par des proxénètes ou des réseaux extérieurs pour chercher des jolies filles, souvent leurs amies de classe; ils les invitent chez eux pour ensuite les droguer et les vendre à des fins de prostitution. En plus d’être des esclaves sexuelles, elles sont également battues et soumises aux hommes qui les détiennent. « C’est absolument gravissime, se révolte Mme Boivin-Roumestan. Maintenant, c’est entre jeunes que ça se passe. On pense avoir confiance en notre ami ou même en notre propre famille, et il n’en est rien. » Seulement à Bujumbura, la capitale nationale, l’ONG dénombre à l’heure actuelle 30 écoles et universités où ce genre d’activités se déroule.

Un sursaut de solidarité nationale

La sortie médiatique de Justice et équité a rapidement fait réagir le gouvernement burundais, ainsi que la police, les douaniers et les autorités aéroportuaires. L’ONG collabore maintenant avec eux. « On rassemble des éléments sur les enfants qui ont disparu, on fait des enquêtes, on travaille avec la police et on leur donne des informations, précise sa présidente. Tous les jours, nous avons quatre à cinq dossiers qui arrivent : des familles, des pères viennent à notre rencontre pour qu’on retrouve leurs filles. » En plus de son association, Mme Boivin-Roumestan a également créé une coalition informelle nommée Déracinons le trafic humain au Burundi. Celle-ci a été mise en place pour sensibiliser et mobiliser les acteurs de la société burundaise afin que des stratégies soient trouvées pour mettre un terme à ce trafic. Ce groupement se compose de bénévoles de différentes professions comme des journalistes, des psychologues, des professeurs d’école, des étudiants, des avocats, ainsi que des membres d’associations locales.

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URGENCE

« Chacun se sent tellement concerné que tout le monde s’investit dans cette affaire, explique la présidente. Nous n’avons aucun budget, nous sommes une ONG chrétienne, on fait avec ce que l’on a. Notre équipe est composée seulement de bénévoles qui payent leurs propres dépenses. » Toutefois, depuis septembre, un énorme réseau de solidarité nationale s’est mis en place, de nombreuses personnes aident à couvrir les dépenses de l’ONG. « À une époque où tout est argent, c’est une sacrée leçon! », fait valoir la militante. Un véritable réseau national d’informateurs s’est également développé spontanément à travers le Burundi, où le trafic sexuel d’enfants est devenu le sujet de toutes les discussions. « C’est un grand branle-bas de combat dans tout le pays, les secteurs privés et publics se réveillent », résume Mme Boivin-Roumestan. « Depuis l’annonce faite par l’ONG, on assiste à une véritable prise de conscience de la société, renchérit la commandante de la Brigade des Mineurs et des Mœurs du Burundi, Christine Sabiyumba en entrevue à Éthiques et Sociétés. C’est à travers la campagne médiatique que les gens ont pris conscience du problème et peuvent maintenant donner des informations qui nous aident énormément dans nos démarches de recherche des jeunes filles enlevées. » La police sait maintenant que ce sont en majorité des femmes - issues de tous les milieux sociaux - qui dirigent ce trafic. La plupart des jeunes filles seraient envoyées à l’étranger par leurs mères, souvent à l’insu des pères. Et comme les mères symbolisent le pilier central de la famille africaine, c’est un véritable choc pour toute une population de réaliser ce que certaines sont capables de faire.

Crédit Photo : Justice & Equity

Grâce à l’aide conjuguée de cette coalition, de la population et du Mouvement africain des enfants et jeunes travailleurs (MAEJT), Justice et équité arrive à retracer des enfants. « Il y a des arrestations de femmes et d’enfants racoleurs tous les jours, et un réseau a été démantelé. En un mois, c’est très rapide, nous sommes très contents du résultat », confie Florence BoivinRoumestan. La MAEJT, qui compte environ 4 000 membres répartis dans plus de 40 pays, sensibilise les jeunes, mais également les avocats et les juristes. C’est grâce à eux que Justice et équité – dont le vice-président est avocat -, Denis Roumestan, peut s’occuper des aspects légaux des poursuites et des jugements.

Une ONG guidée par la foi

Justice & Equity est une ONG chrétienne basée au Nouveau-Brunswick, une province du sud-est du Canada. Créée dans le but de combattre l’injustice et l’inégalité à travers le monde, elle se bat contre la violence, le viol, la traite des personnes et milite pour l’autonomisation des femmes. Selon sa présidente, Florence Boivin-Roumestan, leur objectif principal est de mobiliser et sensibiliser les communautés locales notamment lorsqu’il s’agit de trafic d’enfants. « Même si plus tard nous aurons besoin d’argent, on commence avec ce que l’on a : la foi », confie celle qui travaille en partenariat avec des leaders spirituels et politiques, des organismes publics et des églises.

Plus en savoir plus http://justiceequity.ca/

L’alarme sonnée, Justice et équité ne compte pas partir du pays de sitôt. L’ONG a la volonté de faire du Burundi un centre d’excellence contre le trafic humain, mais aussi contre le trafic d’organes qui a cours dans le pays. Avec l’aide du ministère national de l’éducation, elle va créer des clubs antitrafic humain dans les écoles primaires et secondaires, pour agir sur la prévention, mais aussi sur la guérison des jeunes filles qui ont pu être sauvées. L’organisation espère la mise en place de lois très strictes punissant la traite sexuelle, semblable à celles qui existent en Suède pour les clients des prostituées. « Notre but est que le Burundi devienne le deuxième pays avec de telles lois. Si tu casses la demande, tu casses le marché », conclut, déterminée, Florence Boivin-Roumestan.

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République centrafricaine

Le peuple en otage Par Charles-Éric Blais-Poulin

La Centrafrique vit une crise humanitaire sans précédent depuis le coup d’État qui a secoué le pays le 24 mars dernier. Les rebelles de la Seleka (ou Séléka) et d’autres miliciens d’autodéfense n’ont pas rangé les armes après la chute du président François Bozizé, et terrorisent toujours la population. La récente mobilisation de la communauté internationale fait toutefois renaître l’espoir. Éclairage sur une crise longtemps oubliée.

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U

n coup d’État hier, un massacre et des viols aujourd’hui… Dans les journaux, les grands drames de la Centrafrique deviennent généralement des brèves reléguées en fin de cahier. Du moins jusqu’à la récente sortie de la France, qui a affirmé - par la bouche de son ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius - que le pays était « au bord du génocide » entre chrétiens et musulmans. Peu de temps après cette déclaration-choc – démentie depuis par le président centrafricain Michel Djotodia –, l’Hexagone a annoncé le déploiement de quelque 1 000 soldats pour stabiliser la situation dans la capitale, Bangui. « Je salue cette nouvelle », confie d’emblée Alexis B. Béléké, un Centrafricain qui a quitté son pays en 2011 pour venir s’installer au Québec. « Avec cette présence à venir, je crois que le pire de la crise est derrière nous. »


Crédit Photo : Hannah McNeish pour IRIN News

C’est que Bangui vit depuis le début de l’année une instabilité sans précédent. Le 24 mars, la Seleka - une coalition de rebelles dont le nom signifie d’ailleurs « coalition » en sango, l’une des langues officielles du pays - a renversé le sixième président de la République centrafricaine, François Bozizé. Pour le remplacer, elle a choisi Michel Djotodia, qui est devenu le premier président musulman de cet État majoritairement chrétien. Le président Djotodia a ensuite officiellement dissous la coalition armée à son arrivée au pouvoir, mais les ex-rebelles sont devenus des électrons libres et incontrôlables. Meurtres délibérés de civils, destruction de plus de 1000 maisons, pillages, recrutement d’enfantssoldats : le rapport de l’organisation Human Right Watch sur les exactions commises par la Seleka entre mars et juin 2013, intitulé « Je peux encore sentir l’odeur des morts » La crise oubliée des droits humains en République centrafricaine, est accablant. Des chiffres publiés par le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF) font par ailleurs état de 2,3 millions d’enfants affectés par la crise, et de 1,2 million de résidants du nord-ouest du pays qui n’auraient pas bénéficié des principaux services essentiels depuis plus de quatre mois. Alexis B. Béléké connaît trop bien la détresse de ses compatriotes. Des amis de la diaspora qui ont perdu des êtres chers, des hommes malades laissés sans soins, des chrétiens cachés qui vivent dans la peur : ses proches collectionnent les récits d’horreur écrits à l’encre rouge par les rebelles, épaulés notamment par des insurgés du Tchad voisin. M. Béléké souhaite maintenant que les Nations unies déploient au plus vite des Casques bleus pour venir en renfort à la Mission internationale de soutien à la Centrafrique (MISCA). Actuellement, la MISCA compte plus de 3 000 soldats, toutefois souvent effacés - par peur de la Seleka - et laissés à eux-mêmes. « Malgré ses bonnes intentions, c’est une armée désorganisée et mal outillée, qui ne peut pas grand-chose sur le terrain », estime le ressortissant. Selon Jocelyn Coulon, directeur du Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix affilié au Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal, l’envoi de soldats français est un prélude au déploiement d’une force multinationale plus vaste. Trois résolutions onusiennes votées depuis octobre dernier pointent

Des Musulmans à la mosquée de Bossangoa devant des pages arrachées du Coran par des groupes d’autodéfense chrétiennes qui se vengent des violations des droits de l’homme des civils perpétrés par les ex-rebelles de la Seleka.

d’ailleurs dans cette direction. « Tout va se faire par étape », dit celui qui revient d’une mission d’observation d’un mois dans la capitale, où l’armée française contrôlait déjà l’aéroport. Sur place, M. Coulon a senti l’insécurité, il a senti la crise, mais tout n’était pas que poussière : « j’ai vu une ville saccagée, mais pas une ville détruite ». L’auteur de l’essai Les Casques bleus (1994) et du Dictionnaire mondial des opérations de paix (2013) a bon espoir que la mobilisation internationale annonce une nouvelle ère pour la Centrafrique. Mais la transition démocratique pourrait prendre du temps, beaucoup de temps. « Lorsqu’il y a une intervention, on nous montre les soldats, les aspects les plus spectaculaires, les plus frappants, mais la plus grande part du travail n’est pas militaire », explique-t-il. Le rétablissement de la démocratie, si elle a déjà existé dans ce pays manipulé par les pays voisins et ses propres hommes de pouvoir, passe aussi par la reconstruction de ses institutions, la volonté et la capacité de sa population d’exercer la démocratie et l’organisation d’un scrutin sécuritaire.

Une nouvelle donne : la religion

Si les coups d’État précédents - en 1976, 1981, 1986 et 2003 - étaient essentiellement idéologiques ou politiques, le dernier en date ajoute une nouvelle composante à la division : la religion. « L’histoire de la Centrafrique n’est pas celle d’affrontements entre chrétiens, animistes et musulmans, nuance toutefois M. Coulon. Il faut peut-être davantage voir un effet conjoncturel. Les rebelles sont pour la plupart musulmans, et ils ne voudront peut-être pas s’en prendre en premier à des amis, à de la famille ou à des Centrafricains qui partagent leur religion. » Et contrairement au ministre français Laurent Fabius, le spécialiste des missions de paix refuse d’y voir les germes d’un génocide religieux. « Il n’y a pas dans le passé centrafricain les indices qui révèleraient un contexte génocidaire, affirme-t-il. On est loin de la situation du Rwanda ou du Burundi, par exemple, où les tensions entre Tutsis et Hutus étaient très marquées. »

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Cependant la diaspora centrafricaine du Québec demeure préoccupée par une éventuelle « islamisation du pays » et les exactions répétées sur la majorité chrétienne. Et les exemples sont nombreux : le 23 mars, tous les biens des Sœurs de Saint Paul de Chartre, à Bossembélé, étaient dérobés. Le 14 avril, une roquette s’abattait sur une église du quartier de Cité Jean, à Bangui, tuant sept fidèles qui célébraient la messe. Ajoutons à cela le pillage et le saccage de radios catholiques à Bambari et à Bossangoa, ainsi que l’enlèvement de plusieurs figures chrétiennes, notamment des curés et des abbés. À l’inverse, la récente création de la milice chrétienne dite « anti-balaka » inquiètent aussi les observateurs. Les « antibalaka » (littéralement « anti-machettes » en sango) sont des membres de milices d’autodéfense paysannes, qui ont émergé depuis septembre dans le nord-ouest du pays. Ils sont principalement formés de paysans chrétiens, et s’en prennent

Les conditions pour une transition démocratique en Centrafrique

Selon Jocelyn Coulon, directeur du Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix : - Une force de maintien de la paix robuste - Des ressources financières - Un vrai programme de développement - Un dialogue national - La bonne foi des pays voisins

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aux populations musulmanes. Le 3 décembre dernier par exemple, la chef du bureau d’OCHA en Centrafrique, Amy Martin, annonçait que des hommes armés avaient attaqué un campement de Peuls, une ethnie à majorité musulmane, près de la commune de Boali, au nord-ouest de Bangui, faisant au moins douze morts et une trentaine de blessés. Une attaque perpétrée par des miliciens « anti-balaka » selon Mme Martin. « Le risque du déclenchement des conflits interconfessionnels avec un esprit de vengeance peut à la longue provoquer un déchirement sans merci du peuple centrafricain, en ce moment dans la géhenne comme une souris entre les griffes d’un chat », s’alarmait Mgr Albert Vanbuel, évêque de Kaga-Bandoro et président de la Commission épiscopale Justice et Paix, dans une lettre publiée le 5 mai dernier. « La population n’est pas tranquille, poursuivait-il. Elle se déplace massivement et se réfugie chez les voisins au Tchad, au Congo-Brazzaville, au Congo démocratique et au Cameroun. » Pour Alexis B. Béléké, ce sont les hommes actuellement au pouvoir qui ont instrumentalisé et exacerbé les sentiments religieux. « Nous n’avons jamais eu de problème de cohabitation, assure-t-il. Depuis l’indépendance [en 1960], les chrétiens et les musulmans se sont toujours côtoyés dans l’harmonie. » Certes, les chrétiens ont plus souvent occupé des postes d’importance au fil des coups d’État, mais M. Béléké assure qu’un certain équilibre était respecté dans les nominations aux hautes sphères du pouvoir. « Je reçois dans mes courriels les nouvelles nominations, et il y a maintenant une nette tendance à désigner uniquement des musulmans et à chasser les chrétiens des postes importants », regrette-t-il.


D OSSIER SP ÉCI AL

Une église détruite par la Séléka à Yangoumara le 2 juin 2013. Les forces de la Séléka ont détruit Yangoumara après que des habitants ont tué un membre de leur groupe. Jean-Michel Bangui, le secrétaire exécutif de la Séléka dans la région, a d’abord admis devant Human Rights Watch que la Séléka avait détruit le village sous l’empire de la colère, mais il a ensuite déclaré que ce village de 115 maisons, ainsi que l’église, avaient été brûlés involontairement suite à des balles perdues. Extrait du Rapport d’Human Right Watch « Je peux encore sentir l’odeur des morts » (http://www.hrw.org/sites/default/files/reports/car0913fr_ForUpload.pdf) Crédit Photo : Human Right Watch

Les raisons du silence

Mais pourquoi, malgré autant d’atrocités et de dérives autoritaires, la communauté internationale parle-t-elle si peu du conflit? « Il faut comprendre que la situation en Centrafrique n’est pas un problème de sécurité intérieure aux États-Unis, note Jocelyn Coulon. Alors, il n’y a pas d’empressement comme en Haïti, où les crises favorisent par exemple l’arrivée d’immigrants illégaux à Miami. » Selon le chercheur, même si ses intérêts économiques ou politiques restent très limités en Centrafrique, « l’Occident » souhaite tout de même la stabilisation de la région. Il désire éviter sa « somalisation » - soit le démantèlement de l’autorité étatique en clans, tribus ou factions - une situation dangereuse et propice à l’expansion des réseaux terroristes comme AlQaïda, Boko Haram ou l’Armée de résistance du Seigneur de Joseph Kony. Pour leur part, M. Béléké et la diaspora centrafricaine du Québec ont fait pression à plusieurs reprises sur le Canada pour faire bouger les choses sur le plan diplomatique. L’aide humanitaire canadienne a effectivement été majorée en réponse aux doléances du peuple centrafricain, mais l’appui à une intervention des Nations unies est plus difficile à gagner. Deux lettres ont été adressées au premier ministre canadien Stephen Harper. La première a mené à un accusé de réception laconique, tandis que la deuxième est restée sans réponse. « Les pays doivent défendre des intérêts et des valeurs. Je trouve qu’ils ont plus de facilité à laisser tomber leurs valeurs que leurs intérêts », déplore M. Béléké.

Des compatriotes et lui ont mis sur pied un nouvel organisme, Söngö Canada, qui veillera à aider la Centrafrique en recueillant des dons et en organisant des activités depuis leur terre d’accueil. Une manière de se battre, sans armes et à distance, pour ce pays que M. Béléké décrit comme un « paradis ». « C’est un pays magnifique en temps de paix. Pourquoi pensez-vous qu’il y a si peu de ressortissants dans le monde?» conclut-il, pressé d’aller rendre visite à sa famille, au pays, en toute sécurité.

Dernière nouvelle 5 décembre 2013 Nouvelle attaque à Bangui, l’ONU donne son feu vert à une intervention Le Conseil de sécurité a donné le 5 décembre son feu vert à une intervention des troupes françaises aux côtés des forces africaines en Centrafrique. Une décision qui arrive le jour où les violences meurtrières ont fait entre 80 et 105 morts à Bangui la capitale, selon l’AFP et l’agence Reuters. La milice « anti-balaka » serait responsable des massacres dont une attaque perpétrée dans la mosquée Ali-Babolo qui aurait fait 58 victimes musulmanes, dont 4 femmes. Un couvre-feu a été décrété dans la capitale entre 18h et 6h.

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ÉCONOMIE

Nouvelle stratégie Afrique Québec mise sur la langue et les entreprises Par Benoîte Labrosse

L’hiver dernier, le ministre québécois des Relations internationales, de la Francophonie et du Commerce extérieur (MRIFCE), Jean-François Lisée, assurait à Éthiques et Sociétés que le Québec prendrait plus de place en Afrique grâce à une nouvelle stratégie et à plus de représentation sur le terrain. Un an plus tard, force est de constater qu’un bout de chemin a été parcouru en ce sens. Explications.

L

e 13 septembre dernier, Jean-François Lisée bouclait ce qu’il qualifie de « plus grande mission québécoise en Afrique à ce jour » : en une semaine, une délégation de 115 Québécois liés au milieu des affaires et à diverses institutions visitait trois pays – le Sénégal, la Côte-D’Ivoire et le Burkina Faso – pour signer 44 ententes commerciales ou institutionnelles. En parallèle, le ministre a participé à 25 rencontres politiques, en plus d’ouvrir deux bureaux du nouvel organisme parapublic pour gens d’affaires Expansion Québec.

Jean-François Lisée, Ministre des Relations internationales, de la Francophonie et du Commerce extérieur.

Cette délégation représente le premier pas de la nouvelle « approche séquentielle qui cible des mesures pragmatiques » prise par le MRIFCE, comme l’explique Éric Théroux, sous-ministre adjoint des Politiques et Affaires francophones et multilatérales (voir encadré L’Afrique à l’honneur à l’ÉNAP). « Cette mission avait des objectifs à la fois politiques, solidaires et commerciaux; il était important pour nous que cette mission soit multisectorielle, pour envoyer le message selon lequel nous voulons faire du commerce avec l’Afrique, mais pas seulement du commerce », détaille celui qui qualifie de « réussite sur toute la ligne » cette initiative ministérielle.

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ÉCON O MI E

ministérielle en Quatre piliers d’action dans cinq pays de prédilection

« Nous avons des moyens limités », répète inlassablement le sous-ministre adjoint en soulignant que Québec investit 12 M$ par année dans ses relations avec l’Afrique. « Étant donné l’ampleur des moyens québécois, il nous faut choisir et identifier des partenaires privilégiés », fait-il valoir. Son collègue, Alain Carrier, coordonnateur Marchés Afrique et Moyen-Orient au MRIFCE, précise que « les cinq pays principaux sur lesquels le Québec s’appuie pour ses actions sont le Sénégal, le Burkina Faso, le Maroc, le Cameroun et l’Afrique du Sud ». Cette courte liste se base sur une longue série de critères économiques et démographiques qui ont également permis de dresser des listes de pays dits « de niveau 2 » - soient la Tunisie, la Côte d’Ivoire, le Gabon, le Ghana, la Tanzanie, l’Algérie et l’Éthiopie - et « de niveau 3 » - soient la Guinée, le Rwanda, le Nigeria et l’Égypte – où le Québec prévoit agir sporadiquement. En plus de définir ces cinq nations de prédilection, le ministère a choisi de baser ses actions sur quatre piliers, soit la prospérité, la solidarité, la gouvernance et l’identité. Le dernier axe concerne principalement l’implication du Québec au sein de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), la seule institution internationale au sein de laquelle la province a le statut de membre à part entière. D’ailleurs, à l’occasion de son récent passage au Sénégal, le MRIFCE « a assuré son appui aux autorités en vue du succès du prochain Sommet de la Francophonie » qui se tiendra à Dakar en novembre 2014. Notons que ce dernier devrait aussi marquer le lancement de la toute première stratégie économique de l’OIF, dans laquelle le Québec « s’investit beaucoup ». « C’est important pour nous que cette stratégie intègre de façon plus spécifique l’économie solidaire, et qu’elle fasse une place particulière aux jeunes, à l’entreprenariat et aux femmes », souligne Éric Théroux.

autres, grâce à « l’échange d’expérience et de bonnes pratiques électorales » déjà assuré par le Réseau des compétences électorales francophones. Le siège social de cette initiative conjointe de l’OIF et du Directeur général des élections du Québec, Jacques Drouin - qui en est le secrétaire général depuis sa fondation en 2011- est d’ailleurs situé à Québec.

Entrepreneurs québécois demandés

Le pilier central de la nouvelle stratégie est sans contredit celui de la prospérité, qui se résume à « positionner le Québec comme partenaire du développement économique des pays francophones africains dans une perspective de réciprocité ». « Nous sommes venus pour participer à la croissance africaine et, ainsi, créer des emplois au Québec, c’est sûr », explique le ministre Lisée sur son blogue en spécifiant « mais nous ne sommes pas des prédateurs ». Les mesures en ce sens sont inscrites dans le Plan de développement du commerce extérieur 2013-2017 (PDCE), lancé le 28 octobre dernier par le MRIFCE. Parmi elles, « l’augmentation du nombre de missions commerciales d’Export Québec » semblables à celle de cet automne, et « la [facilitation] de l’implantation d’entreprises québécoises en Afrique par l’ouverture de bureaux d’Expansion Québec » tels que ceux inaugurés en septembre à Dakar et à Ouagadougou.

En matière de gouvernance, le Québec entend « accompagner l’émergence de la démocratie et de l’État de droit », entre

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ÉCONOMIE

L’Afrique à l’honneur à l’ÉNAP

Éthiques et Sociétés a pris connaissance de la « stratégie africaine » du gouvernement québécois au Colloque sur les relations du Québec avec l’Afrique, qui s’est tenu le 11 novembre dans les locaux montréalais de l’École nationale d’administration publique (ÉNAP). Le Haut Commissaire du Cameroun au Canada, Anu’A-Gheyle Solomon Azoh-Mbi, était au nombre des orateurs invités par le Groupe d’études sur les relations internationales du Québec (GÉRIQ), tout comme le président-directeur général du festival Vues d’Afrique, Gérard Le Chêne, le président du Conseil canadien pour l’Afrique, Benoit La Salle, et plusieurs autres acteurs des relations bilatérales entre le Québec et les pays africains, dont trois représentants ministériels. La journée de discussion a porté sur les aspects économiques, culturels, identitaires et solidaires de ces relations, que tous les panélistes ont affirmé vouloir voir s’intensifier rapidement. « L’Afrique est au début de son envol, et si, comme société, on désire avoir des fondations solides là-bas, c’est le temps de le faire maintenant », a résumé M. La Salle, également fondateur de SEMAFO, une société minière québécoise active au Niger, au Burkina Faso et en Guinée.

Pour plus de détails, visionnez le reportage de NjanguiTv:

http://www.youtube.com/watch?v=Wp7SidZGUGw

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Ces bureaux, comme le résume M. Lisée « servent à accueillir des entreprises québécoises qui viennent tâter le terrain, prospecter le marché, chercher des partenaires ». Le ministre assure qu’Expansion Québec « s’autofinancera », car ses services sont tarifés : les commerçants paient pour louer un bureau tout équipé, ainsi que les services d’un consultant bien au fait du marché local. Cette formule a déjà été testée par la française Entreprise Rhône-Alpes International (ERAI), qui s’est d’ailleurs associée avec le ministère québécois pour partager ses 24 bureaux existants. Les clients d’ERAI pourront aussi bénéficier de la quarantaine de bureaux qu’Expansion Québec prévoit ouvrir à travers le monde. « C’est une façon de revenir en Afrique », affirme Éric Théroux en soulignant que la dernière représentation provinciale en Afrique, en Côte d’Ivoire, a fermé ses portes en 2000. Le MRIFCE entend également travailler à la « création de comités stratégiques traitant d’enjeux géographiques et sectoriels en Afrique » pour permettre aux entreprises locales de s’entraider pour agir de manière plus efficace avec leurs partenaires africains. L’expertise d’entrepreneurs déjà actifs sur le continent sera aussi mise à profit. Le tout semble avoir porté ses fruits, car depuis le retour de la mission de septembre, au moins 23 nouvelles ententes et partenariats ont été signés, dont une entre le géant québécois Bombardier Aéronautique et la compagnie aérienne locale Air Côte d’Ivoire. « Maintenant que l’Afrique décolle, il faut être là, à la ligne de départ, résume M. Théroux. Et il faut d’autant plus être là que, contrairement à l’Inde ou à la Chine, où nous sommes moins connus, en Afrique, on a le bénéfice d’être connu et reconnu. »


ÉCON O MI E

Et la solidarité dans tout ça?

Preuve de l’importance accordée à la nouvelle stratégie africaine du Québec, le ministère a ajouté une Direction Afrique et Moyen-Orient à son organigramme. « Auparavant, l’Afrique était jointe à la Direction de la solidarité internationale, donc était traitée uniquement sous l’angle de la charité, explique Éric Théroux. Maintenant, l’approche se veut vraiment multisectorielle, donc c’est une direction géographique à part entière. » Le fait qu’il y ait aujourd’hui « plus d’investissements privés que d’aide publique au développement » qui partent vers le continent noir n’est sûrement pas étranger à ce remaniement administratif, bien que « la solidarité est toujours l’un des cinq objectifs de la politique internationale du Québec, et l’un des quatre piliers de notre stratégie africaine », assure M. Théroux.

Parallèlement, la province travaillera, en collaboration avec l’OIF et l’UNESCO, à « appuyer les pays africains dans le développement de leur système d’éducation ». Elle mise particulièrement sur « l’approche par compétences » mise de l’avant depuis 2000 au travers de la réforme scolaire québécoise. Le MRIFCE entend également « continuer de soutenir des projets et des stages de solidarité internationale en Afrique francophones », entre autres à travers le programme Québec Sans Frontières, qui envoie annuellement environ 200 Québécois de 18 à 35 ans réaliser un stage d’initiation à la solidarité internationale sur le continent africain.

Finalement, advenant la création d’une Agence québécoise de Concrètement, le Québec entend « appuyer le développement solidarité internationale – le rapport recommandant ou non sa des compétences en Afrique par le partage d’un savoir-faire mise en place devrait être déposé dans les prochaines semaines québécois », entre autres par « l’octroi de bourses d’exemption - « à coup sûr, l’Afrique y aura sa place », certifie Éric Théroux. de frais de scolarité pour les formations professionnelles et techniques » et « l’offre de stages en Afrique à la suite du séjour d’études effectué au Québec ».

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SO L I D A R I T É

Jacques Claessens La coopération à hauteur d’homme Par Etienne Plamondon Emond

Il ne faut surtout pas oublier le préfixe « co » dans la coopération internationale : tel est le message laissé par Jacques Claessens dans son livre posthume Qui a dit que nous avions besoin de vous? À l’instar du titre, l’ouvrage bouscule, questionne, confronte et interpelle. Avec la verve d’un conteur, l’ancien consultant en développement rural pousse les lecteurs à réfléchir sur les relations Nord-Sud et sur les personnes qui les tissent. Jacques Claessens

L

e cap des 80 ans passé, le consultant Jacques Claessens a persisté et signé. L’octogénaire est reparti dans le Sahel burkinabé, remonté à bord d’un 4x4 et s’est logé loin des hôtels luxueux de Ouagadougou. Son but : observer par lui-même l’aboutissement de projets financés par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), dont il avait fait l’évaluation des dizaines d’années plus tôt. Cette aventure a donné le livre Qui a dit que nous avions besoin de vous?, paru en septembre dernier aux Éditions Écosociété. Environ trois ans avant sa publication, le PNUD a contacté M. Claessens, réputé pour ses évaluations franches et sans complaisance, afin d’entreprendre une évaluation d’impact des projets de développement rural dans le Sahel. Enthousiaste, le consultant a suggéré de se pencher sur deux projets au Burkina Faso dont il avait souvenir. Mais les responsables du PNUD se sont par la suite défilés. Qu’à cela ne tienne, M. Claessens a décidé de retourner en Afrique de l’Ouest à ses frais. « C’était peut-être une bonne chose, parce Jacques y est vraiment allé en parfaite indépendance », explique Constance Fréchette, sa compagne, qui a mené à terme l’édition du manuscrit après la mort subite de l’auteur en 2012. Comme il n’avait plus l’obligation de rédiger un rapport pour le PNUD, ce vulgarisateur hors pair a écrit un récit accessible à un large public. « Il disait : «cela fait 30 ans que je vois les choses, que je les dis au PNUD et que ça ne change pas» », raconte Mme Fréchette. Selon elle, ce livre est donc « un peu une bouteille à la mer; c’est aussi un peu comme un testament ». Avant son décès, Jacques Claessens avait d’ailleurs trois bouquins en tête : il était retourné en Guinée et projetait de remettre les pieds au Mali dans une démarche similaire.

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SOL ID A RI TÉ

« Jacques était convaincu que l'Afrique allait s'en sortir, mais grâce aux Africains, pas grâce à nous. » Le deuxième cas, un projet de lutte contre la déforestation au sud du pays, se réalisait, au contraire, à travers une véritable coopération. Il mobilisait la population locale et s’élaborait dans une perspective de développement durable.

Le début et la fin

Ce retour au Burkina Faso s’inscrivait parfaitement dans la vision que l’homme se faisait du développement international. « Selon Jacques, il manquait deux choses dans les projets de coopération : le début et la fin », résume sa compagne. La première étape, celle qui permet de déterminer le bienfondé d’un projet, était à ses yeux souvent bâclée pour mieux répondre aux contraintes du calendrier budgétaire des agences onusiennes. « La dernière étape, celle qui manque toujours, est d’aller chercher, 10 ans plus tard, les leçons de l’expérience, ajoute Mme Fréchette. Or, c’est avec cette étape que l’on apprend ce qu’il faut changer pour mieux investir la prochaine fois. » Dans Qui a dit que nous avions besoin de vous?, Jacques Claessens a donc raconté la genèse et la conclusion de deux projets : l’un mal orchestré dès le départ, l’autre élaboré de manière exemplaire. Le premier cas, un projet visant à améliorer la gestion de l’eau dans les pâturages de l’Oudalan, dans le nord du Burkina Faso, a été mal abordé dès la mission de pré-formulation. La réalité des nomades de la région était entre autres mal comprise, faute de consultation adéquate.

Mais ces deux projets se sont enlisés, à l’image d’un 4x4 s’enfonçant dans le sable à la hauteur des essieux. Même celui admiré par M. Claessens s’est effondré après le départ du conseiller technique principal, désabusé à la suite d’une tentative de sabotage mené par le chef de la division foresterie de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Dans l’Oudalan, le PNUD a mis fin au projet après 7 ans en raison d’une « absence de bien-fondé ». Si une dune a été maîtrisée après un travail acharné des ONG nationales, la culture de contre-saison et celle de décrue ainsi que le désensablement des puits ont été abandonnés après le départ d’un coopérant nigérien. Les vieilles habitudes sont revenues. À son constat d’échec, l’auteur ajoute ses inquiétudes devant l’apparition, dans le nord burkinabé, du complexe minier d’Essakane, exploité par la compagnie canadienne IamGold « sans connaître les conséquences à long terme ».

Regard humain

Bien que fondé sur son expérience et sur des situations véridiques, ce récit de Jacques Claessens est légèrement romancé. « Il rappelait souvent : «tout ce que j’écris est vrai, réel, mais n’a pas nécessairement été vécu à ce moment-là, à cette datelà» », nuance Constance Fréchette. Plutôt qu’une analyse scientifique froide et une cueillette de donnée sans âme, l’auteur dévoile ce que les rapports, au fond, ne dévoilent pas : le facteur humain. Car la coopération internationale constitue d’abord et avant tout une aventure humaine. Et pour comprendre ses réussites et ses échecs, il faut s’attarder aux personnes impliquées et à leurs relations. Ce regard à hauteur d’homme transcende les apparences de rigueur qu’un projet peut revêtir sur papier et jette une lumière crue sur ce qui déraille sur le terrain ou dans les bureaux des institutions internationales.

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SO L I D A R I T É

Des jeux de coulisses et de pouvoir dans des agences onusiennes rivales aux ambitions personnelles des coopérants, en passant par une laborieuse communication interculturelle et des idylles amoureuses détournant les efforts : Jacques Claessens décrit toutes ces anecdotes aux allures anodines, mais dont les répercussions se révèlent souvent majeures. Son regard n’est pourtant jamais simpliste ni manichéen. S’il se montre cinglant par rapport à l’attitude parfois cavalière de certains coopérants occidentaux et à l’aveuglement de la machine bureaucratique, il n’est guère plus complaisant envers les Africains complices qui laissent passivement et silencieusement les projets se mettre en place sans les arrêter, les améliorer ou les sauver d’un échec certain. « Jacques disait que le développement n’était pas une affaire technique, mais une affaire psychique, se souvient sa conjointe. Ce qui était important pour lui, quand il quittait une mission, c’était que les gens avec qui il avait travaillé aient plus confiance en eux qu’avant son arrivée. » Mais pour atteindre ce résultat, il faut d’abord gagner la confiance de la collectivité. Ainsi, constate-t-on à la lecture du témoignage de M. Claessens, que la coopération internationale prend du temps, en plus de nécessiter patience et écoute.

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Constance Fréchette reconnaît qu’il y a eu une évolution avec les années : plusieurs agences sont passées d’une approche par projet à une approche par programme plus ouverte à l’identification des besoins par les partenaires du Sud. Un virage que M. Claessens voyait d’ailleurs d’un bon œil. « Oui, il y a des améliorations, mais il y a tellement d’intérêts personnels, d’intérêts politiques en jeu », soulève aujourd’hui Mme Fréchette. Et la question de fond demeure. En somme, tout en étant férocement critiques, voire quelquefois humoristiques, les écrits de M. Claessens ne basculent jamais dans le cynisme. « Sa conclusion, ce n’était pas de mettre la hache dans la coopération internationale, mais de remettre le « co » dans la coopération, insiste sa conjointe. On opère, mais on ne coopère pas souvent, parce qu’on n’a pas le temps; on dirait que le système est contre l’établissement d’une relation partenariale réelle. » L’ouvrage déplore d’ailleurs constamment les projets dans lesquels aucun homologue du pays d’accueil n’est impliqué aux côtés du coopérant occidental. « Jacques était convaincu que l’Afrique allait s’en sortir, mais grâce aux Africains, pas grâce à nous. »


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République de Gambie Progrès, paix, prospérité

Capitale : Banjul. Population : 1,8 million d’habitants. Superficie : 11 300 km2. Langues : Anglais, fula, mandingue et wolof. Religions : 95 % de musulmans. Monnaie : Dalasi (GMD). Chef de l’État : Yahya Jammeh. Pays frontaliers : Sénégal. Indépendance : du Royaume-Uni, le 18

février 1965.

Contexte politique

Le 22 juillet 1994, le lieutenant Yahya Jammeh renverse par un coup d’État le Président Dawda Jawara, au pouvoir depuis l’indépendance du pays en 1965. Sous la pression internationale, Jammeh promet un retour à la démocratie : une nouvelle constitution est adoptée par référendum en août 1996. L’élection présidentielle de septembre 1996 permet à Yahya Jammeh d’être élu. Il a été réélu à trois reprises - 2001, 2006, 2011- depuis. La domination sans partage du chef de l’État et de son parti, l’Alliance patriotique pour la réorientation et la reconstruction (APRC), est solidement implantée dans le pays. Le régime gambien est régulièrement accusé d’avoir recours à des procédures contraires aux principes démocratiques. La Gambie a annoncé le 2 octobre 2013 son retrait du Commonwealth - dont elle était membre depuis 1965 - par refus des injonctions du Royaume-Uni au sujet des droits de l’Homme, qui estime que le régime du président Yahya Jammeh se fait de plus plus autoritaire.

Contexte économique

La Gambie est de tradition agricole mais le pays s’est aussi diversifié dans le commerce de réexportation. Le port de Banjul, la capitale, est au cœur d’une activité particulièrement rentable de réexportation de marchandises vers les pays de la région. L’agriculture demeure centrale, employant 70 % de la population active. L’arachide est la principale culture et assure à elle seule 80 % des exportations agricoles. Les productions de millet et le riz sont également substantielles. L’industrie de la pêche s’est aussi développée au fil des années, notamment grâce à l’assistance des pays européens et du Japon. Elle représente la deuxième ressource d’exportation primaire. Le tourisme, en majorité britannique et allemand, constitue un autre pôle d’activité important. Il représente 19 % du secteur des services et constitue le premier poste de salariés déclarés en Gambie. Toutefois, plus de 60 % de sa population vit actuellement au-dessous du seuil de pauvreté.

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FICH E PAYS

Malgré de forts taux de croissance - jusqu’à 7,7 % en 2006 -, la Gambie reste tributaire de l’aide internationale, notamment à cause de sa dépendance aux conditions météorologiques. Car si l’économie gambienne a bien résisté à la crise économique – elle a affiché un taux de croissance moyen de 5 % entre 2007 et 2011 - le pays a été durement touché par une sécheresse qui a réduit les récoltes de la saison 2011-2012 de 60 % par rapport à celles de l’année précédente. Cependant, le secteur agricole devrait connaître un rebond positif à la fin de 2013 à cause d’une bonne pluviométrie. Parallèlement, bien que le taux de croissance ait été de 3,3 % en 2011, le pays est entré en récession l’année suivante avec un taux de -1,6 %. Le gouvernement gambien a lancé en décembre 2011 le Program for Accelerated Growth and Employment (PAGE), destiné à soutenir les secteurs porteurs de l’économie. Les autorités ont cependant connu des difficultés pour son financement, notamment à cause de la suspension des projets européens à la suite d’atteintes répétées aux droits de l’Homme.

Aperçu de la situation des droits de l’homme

De l’intimidation et des agressions contre la presse sont régulièrement rapportées depuis près d’une décennie, notamment le meurtre du journaliste Deyda Hydara le 16 décembre 2004 et la disparition du journaliste Ebrima Manneh en juillet 2006. La suspension du moratoire sur la peine de mort a valu au pays une levée de bouclier de la part de la communauté internationale. • Peine de mort Le 6 octobre 2010, l’Assemblée nationale gambienne a étendu la peine de mort aux crimes de trafic humain, de cambriolage, de viol et de détention de drogue. Cette décision viole le droit international humanitaire qui limite l’usage de la peine de mort aux crimes les plus graves. Finalement, depuis le 12 avril 2011, la peine de mort est réservée uniquement au trafic de drogue. Le 20 août 2012, le président Yahya Jammeh

a annoncé sa décision d’exécuter 37 condamnés à mort. En dépit des pressions internationales de la France, du Royaume-Uni, de l’Espagne, de l’Allemagne, de l’Union africaine et de l’Union européenne, 9 exécutions – celles de 7 ressortissants gambiens et de 2 Sénégalais - on t donc eu lieu le 23 août 2012. Elles levaient de facto le moratoire sur la peine de mort en vigueur depuis 1981. À la suite à l’intervention du premier ministre sénégalais Abdoul Mbaye, le Président Jammeh a annoncé le 20 septembre suivant la mise en place d’un nouveau moratoire sur la peine de mort. Il n’y a pas fixé de date limite, mais sa pérennité dépendra de l’évolution du taux de délinquance en Gambie. • Liberté d’expression L’Agence nationale de renseignement (NIA) et la police procèdent régulièrement à des arrestations arbitraires, et des personnes sont souvent détenues sans inculpation et pendant plus de 72 heures, en violation de la Constitution. En avril 2012, 20 personnes perçues comme étant homosexuelles, bisexuelles ou transgenres ont été arrêtées lors d’une descente dans une discothèque. Elles ont été inculpées pour tentative de commettre des « actes contre nature » et « conspiration en vue de commettre un crime grave ». Les poursuites ont toutefois été abandonnées en août faute de preuves. En septembre de la même année, deux journalistes, Baboucarr Ceesay et Abubacarr Saidykhan, ont été arrêtés après avoir demandé à la police l’autorisation de manifester pacifiquement contre l’exécution, en août, de neuf condamnés à mort détenus à la prison centrale de Mile II à Banjul. Les deux hommes ont été détenus de façon arbitraire et inculpés de sédition, puis ont été libérés sous caution. Le 3 décembre suivant, deux agents de la NIA ont arrêté l’imam Baba Leigh, défenseur des droits humains, qui avait publiquement condamné les mêmes exécutions, déclarant qu’elles étaient « contraires à l’islam ». Il n’a pas été présenté devant un juge et sa détention n’a pas été reconnue par la NIA; sa famille ne savait pas ce qu’il était advenu de lui. Il été libéré après cinq mois de prison, après l’intervention des gouvernements américains et anglais, ce alors que les autorités avaient toujours nié sa détention.

(Sources : Amnistie internationale, diplomatie.gouv.fr)

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PO I N T W E B

Le jeu vidéo SimCity version Croix-Rouge

Les joueurs du célèbre jeu vidéo SimCity pourront aider les victimes de catastrophes naturelles sur deux fronts : dans le monde réel et dans le monde virtuel des Sims. Le nouveau contenu numérique de la Croix-Rouge à télécharger inclut un centre de secours, des tentes et deux véhicules qui sillonnent la ville des joueurs lors d’une catastrophe naturelle. En cas de pluie de météores, de tremblement de terre ou de tornade, des tentes de la Croix-Rouge apparaîtront à différents endroits de la ville. Dès que Simcity aura surmonté la catastrophe naturelle, les tentes disparaîtront. Pour chaque tente disparue, 10 Sims en bonne santé reviendront dans la ville du joueur. Les ambulances, camions de pompiers et voitures de police continueront de protéger la ville du joueur aux côtés des services de l’ONG.. Pour la Croix-Rouge, ce kit est un excellent moyen de faire connaitre ses actions sur le terrain, et ce, de manière ludique, tout en collectant des fonds pour soutenir ses actions humanitaires réelles puisque l’éditeur de jeu américain Electronic Arts reversera au moins 80% des recettes de la vente de ce kit à l’organisation internationale. Téléchargement disponible depuis le 17 septembre 2013. (Source : SinCity.com)

Les géants Google, Facebook et Microsoft s’allient pour connecter les pays émergents à bas coût

Soutenue par une trentaine d’entreprises et d’organisations, dont les géants du web Google, Facebook et Microsoft, l’Alliance pour un internet abordable a vu le jour le 7 octobre dernier à Abuja, au Nigeria. L’objectif de cette alliance : connecter les pays émergents en leur offrant un accès à Internet à un prix plus abordable, soit faire passer le coût de connexion sous la barre des 5% du revenu mensuel moyen de chaque pays. Une initiative louable même si elle est un accès privilégié pour ces grands groupes internationaux au marché de l’internet dans les pays émergents, sans réelle concurrence. (Source : Avec RFI)

L’ONG Terre des Hommes piège plus de 20 000 pédophiles présumés grâce à une fillette virtuelle

(Source : Avec FranceBleu)

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Crédit Photo : Rewbe Woila

Près de 20 000 hommes à travers le monde ont contacté la fillette virtuelle Sweetie, présentée comme une Philippine de 10 ans, conçue par la branche néerlandaise de l’association Terres des hommes, pour qu’elle se livre à des actes sexuels par caméras interposées. Parmi les internautes, « des hommes de 30 ou 50 ans, pères de famille, musiciens ou architectes », 1000 d’entre eux ont pu être identifiés, mais seulement six ont pour l’instant été condamnés, a confirmé l’ONG à Francetv info le 14 novembre. Selon l’ONU et le FBI, près de 750 000 pédophiles peuvent être en ligne simultanément. Pour l’association Terre des Hommes, le phénomène du tourisme du sexe via webcam s’étend comme une « épidémie », et les victimes se comptent par dizaines de milliers.


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«La paix n’est pas simplement l’absence de conflit; la paix est la création d’un environnement propice à l’épanouissement de tous, indépendamment de la race, de la couleur de la peau, de la croyance, de la religion, du sexe, de la classe, de la caste, ou de toute autre marque de différences sociales. La religion, l’ethnicité, la langue, les pratiques sociales et culturelles sont des éléments qui enrichissent la civilisation humaine et notre diversité. Pourquoi laisser tout ceci donner naissance à la division et à la violence? Ce faisant, nous avilissons notre humanité commune.» Nelson Mandela, New Delhi (Inde) 31 janvier 2004

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Magazine Éthiques et Sociétés 20 (Dec.2013/Fev.2014)