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René Lévesque : enfance sauvage

Enfance à Pointeà-la-Renommée

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Sasseville Roy, un grand Gaspésien Page 38

NOVEMBRE 2016 - FÉVRIER 2017 / 10 $

MAGAZINE D’HISTOIRE

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Souvenirs d’enfance Souvenirs de Miss LeGros à PointeSaint-Pierre On n’avait rien, mais on Baignades, avait tout! cowboys, épées et camions…

MAGAZINE GASPÉSIE

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Novembre 2016 - Février 2017 187, Vol. 53, no 3

SOMMAIRE Chroniques « Archives » 31 Charles Robin raconte... UN

JERSIAIS À LA RESCOUSSE D’UN IRLANDAIS Marie-Pierre Huard

« Objets de musée » 33 SE DÉGUISER : PAS JUSTE

UN JEU D’ENFANT… MÊME POUR RENÉ LÉVESQUE! Vicky Boulay

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Le mot de l’éditeur

Dossier SOUVENIRS D’ENFANCE

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LE MONDE DE L’ENFANCE

Jean-Marie Fallu

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L’ENFANCE SAUVAGE René Lévesque

16

SOUVENIRS DE MISS LEGROS À POINTE-SAINT-PIERRE

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MES SOUVENIRS D’ENFANCE À POINTE-À-LA-RENOMMÉE

24

ON N’AVAIT RIEN, MAIS ON AVAIT TOUT!

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27

UNE ÉTOILE EST NÉE

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BAIGNADES, COWBOYS, ÉPÉES ET CAMIONS…

« Anniversaires » 34 LA GASPÉSIE DE 1816 À 1966 Jean-Marie Fallu

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MANCHE-D’ÉPÉE : À L’ORIGINE, UN POSTE DE PÊCHE SUR LA CÔTE NORD DE LA PÉNINSULE Bernard Boucher

Anne Bernard et Jean-Pierre Bernard

Kenneth Nelson

Rhéa Collin

« Personnages »

JOSEPH SASSEVILLE ROY : PIONNIER, POLITICIEN ET PÈRE Sœur Bernadette-Marie Roy ÉVARISTE DUBÉ, UN GASPÉSIEN COMMUNISTE Andrée Lévesque

Eveline Trépanier

Benoit Tapp

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LA GASPÉSIENNE CLARINA LEBLANC S’ÉTEINT À 111 ANS Gaston Fallu et Jocelyne Fallu

« À lire »

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LA GASPÉSIE REVISITÉE Jean-Marie Fallu

« Le Magazine et vous! »

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ILS NOUS FONT BIEN MANGER Jean-Marie Fallu

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VOUS NOUS AVEZ ÉCRIT

PAGE COUVERTURE

Sourire aux lèvres, bien endimanché et bien protégé des rigueurs de l’hiver avec sa tuque à pompon, le garçonnet Julien Leblanc profite des plaisirs de l’hiver à Saint-Jean-de-Brébeuf. Il prend soin de ses neveux Jean-Guy, Jacques-Yves et Chantal, cette dernière emmitouflée dans le petit traîneau, 1950. Photo : Roselyne Leblanc. Collection Corona Leblanc.

Édité par le

Novembre 2016 - Février 2017 – MAGAZINE GASPÉSIE

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Novembre 2016 – Février 2017 No 187, volume 53, numéro 3 Éditeur : Musée de la Gaspésie Fondé en 1963, le Magazine Gaspésie est publié trois fois l’an par le Musée de la Gaspésie. Par sa mission, le Magazine vise la diffusion des connaissances relatives à l’histoire, au patrimoine culturel et à l’identité des Gaspésiennes et des Gaspésiens. Il est membre de la Société de développement des périodiques culturels québécois (SODEP). Comité de gestion Jeannot Bourdages, Jean-Marie Fallu, Gabrielle Leduc, Danièle Rail et Nathalie Spooner. Comité de rédaction Jules Bélanger, Jeannot Bourdages, Jean Carbonneau, Jean-Marie Fallu, Danièle Rail, Ginette Roy, et Nathalie Spooner. Coordination, abonnements et ventes Gabrielle Leduc / Tél. : 418 368-1534 poste 102 Courriel : magazine@museedelagaspesie.ca Rédacteur en chef Jean-Marie Fallu, Patrimoine 1534 1155, boulevard de Douglas, Gaspé (Québec) G4X 2W9 Téléphone : 418 360-1245 / Courriel : fallujm@globetrotter.net Recherche iconographique Jean-Marie Fallu et Jeannot Bourdages. Auteurs Anne Bernard, Jean-Pierre Bernard, Bernard Boucher, Vicky Boulay, Rhéa Collin, Gaston Fallu, Jean-Marie Fallu, Jocelyne Fallu, Marie-Pierre Huard, Andrée Lévesque, René Lévesque, Kenneth Nelson, Danièle Rail, Sœur Bernadette-Marie Roy, Benoit Tapp et Eveline Trépanier. Publicité Gabrielle Leduc, coordonnatrice au Magazine Tél. : 418 368-1534 poste 102 / Téléc. : 418 368-1535 Courriel : magazine@museedelagaspesie.ca Distribution en kiosque Camille Leduc Conception graphique et infographie Ghislaine Roy Révision linguistique Roger Lavoie Pelliculage et impression Lithochic Plateformes numériques www.magazinegaspesie.ca Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec, Bibliothèque nationale du Canada, ISSN 1207-5280 Copyright Magazine Gaspésie Reproduction interdite sans autorisation Nous reconnaissons l’appui financier du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du Canada pour les périodiques, qui relève de Patrimoine canadien. Toute personne intéressée à faire paraître des textes conformes à la politique rédactionnelle du Magazine Gaspésie est invitée à soumettre son manuscrit à l’attention du rédacteur en chef. Ce dernier présente ensuite les articles reçus au Comité de rédaction qui décide des textes à paraître, soit dans l’édition imprimée ou dans le site Web. Les auteurs sont priés de joindre à leurs textes les illustrations pertinentes. La rédaction se réserve le droit d’ajouter ou de modifier les textes de présentation, les titres et intertitres dans les textes soumis et d’abréger les lettres des lecteurs. Le Magazine Gaspésie n’est pas un média écrit d’opinion, mais encourage le pluralisme des idées pour autant qu’elles reposent sur des fondements. La politique rédactionnelle laisse aux auteurs la responsabilité de leurs textes. Seuls les textes où cela est spécifiquement mentionné relèvent de l’éditeur. En acceptant que son article soit publié, l’auteur cède sans restriction au Magazine Gaspésie ses droits d’auteur et tout autre droit sur le texte ainsi que le matériel visuel fourni. Cette cession de droits autorise le Magazine à diffuser éventuellement l’article sur son site Web et à l’inclure dans diverses bases de données électroniques et numériques, conformément aux législations en vigueur. Il va de soi que l’auteur conserve ses droits de publier son texte ailleurs, conditionnellement au respect d’un délai de quatre mois suivant la parution de son article dans le Magazine. Droits d’auteur et droits de reproduction Toutes les demandes de reproduction doivent être acheminées à : Copibec (reproduction papier) : 514 288-1664 / 1 800 717-2022 / licences@copibec.qc.ca Prix de l’abonnement (taxes et frais de poste inclus) 1 an (3 nos) : Canada, 28 $; É.-U., 53 $; Outre-mer, 77 $ (Veuillez préciser à partir de quelle parution vous souhaitez commencer votre abonnement : mars, juillet, novembre). Devenez membre actif du Musée de la Gaspésie pour l’année et obtenez un rabais sur le duo abonnement au Magazine et membre du Musée. Vente en kiosques Prix à l’exemplaire : 10 $ (taxes en sus). Gaspésie : Tabagies et librairies (liste sur le site Web). Rimouski : Musée régional de Rimouski et Librairie L’Alphabet Sept-Îles : Musée régional de la Côte-Nord La Pocatière : Librairie L’Option Montréal : Château Ramezay Magazine Gaspésie 80, boulevard de Gaspé, Gaspé (Québec) G4X 1A9 Tél. : 418 368-1534. Téléc. : 418 368-1535 Site Web : www.magazinegaspesie.ca Courriel : magazine@museedelagaspesie.ca MAGAZINE GASPÉSIE – Juillet - Octobre 2016

Le mot de l’éditeur Chers lecteurs, chères lectrices,

L’enfance L’enfance est une période de la vie où une succession de changements s’opèrent chez l’humain pour finalement arriver à l’âge adulte. L’enfance a plusieurs visages mais l’enfance d’hier en Gaspésie se vivait comme partout, dans un Québec rural, entouré de familles nombreuses, de tâches quotidiennes et de jeux réinventés. À la différence que le terrain de jeux des enfants gaspésiens se composait aussi des plages, des rivières, de la forêt et des montagnes. Plusieurs y ont vécu des moments inoubliables où l’entraide familiale, les rituels religieux et la camaraderie du voisinage étaient fortement présents. Découvrez dans ce numéro cette enfance d’autrefois et profitez de l’occasion pour vous souvenir ou raconter aux générations futures ce qu’était « dans notre temps » cette enfance riche non pas en biens matériels mais en joie de vivre ! Le Musée de la Gaspésie développe ce thème du Magazine Gaspésie en présentant à compter de novembre l’exposition « Hier encore, l’enfance en Gaspésie ». L’exposition produite par l’équipe du Musée vous surprendra par les diverses facettes de cette enfance d’hier. Toutes les générations y découvriront un monde de dur labeur, de jeux réinventés où l’esprit familial règne. Découvertes pour certains, souvenirs pour d’autres, nous vous livrons le portrait d’un passé pas si lointain, mais ô combien différent d’aujourd’hui! Le Musée de la Gaspésie vous invite à plonger dans l’univers de l’enfance comme il était possible de la vivre au début du 20e siècle en Gaspésie. Cette Gaspésie avec ses familles nombreuses, ses écoles de rang, où les heures de labeur étaient bien plus nombreuses que celles consacrées aux loisirs.

Le Magazine à l’ère du numérique www.magazinegaspesie.ca Depuis le 30 septembre, le Magazine Gaspésie a sa propre plateforme numérique transactionnelle. Vous pouvez donc maintenant, à partir de la maison, vous réabonner ou faire l’achat du magazine dans sa version numérique ou papier. En plus du renouvellement en ligne de l’abonnement, papier ou numérique, de l’achat d’anciennes éditions ainsi que de l’accès aux nouvelles et aux événements du périodique, le Magazine Gaspésie pousse l’expérience multimédia en vous proposant du contenu audio et vidéo inédit dans ses nouvelles éditions! « Avec le Magazine Gaspésie en ligne, nous allons pouvoir offrir une toute nouvelle expérience de lecture aux abonnés, explique Gabrielle Leduc, coordonnatrice du Magazine. Nous allons, précise-t-elle, proposer aux lecteurs et aux lectrices un contenu qui va compléter les articles, comme des photographies et vidéos d’archives, entre autres ». Grâce à cette plateforme, le Magazine Gaspésie s’assure d’une diffusion plus vaste de son contenu et favorise par le fait même la connaissance et l’appréciation de l’histoire et du patrimoine gaspésiens, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur de la région.

Félicitations à notre rédacteur en chef ! Toute l’équipe du Magazine Gaspésie tient à féliciter Jean-Marie Fallu, lauréat du Prix du mérite en interprétation du patrimoine - Prix carrière - de l’Association québécoise des interprètes du patrimoine, en reconnaissance de sa carrière vouée à la défense et à l’illustration du patrimoine des Gaspésiens. Bravo Jean-Marie!

Le salon des métiers d’art et du terroir du Musée de la Gaspésie C’est un rendez-vous pour tous, les 25-26-27 novembre prochain au Musée de la Gaspésie pour le traditionnel salon des métiers d’arts et du terroir. Venez en grand nombre y faire vos emplettes des fêtes et profitez de l’occasion pour offrir le Magazine Gaspésie en abonnement cadeau! Pour plus d’information sur le Magazine et les activités du Musée de la Gaspésie, consultez notre site web à www.museedelagaspesie.ca.

Nathalie Spooner Directrice générale, Musée de la Gaspésie


DOSSIER

Le monde de l’enfance L’enfance est sans contredit la période la plus marquante de la vie. De la naissance à douze ans, l’enfant vit des moments de transformations perpétuelles durant lesquels se façonnent les principaux traits de sa personnalité. Regards sur l’enfance des Gaspésiens.

!   S U N O B !   i c i z e u Cliq

Jean-Marie Fallu rédacteur en chef

Le chien, fidèle compagnon des enfants, est mis à contribution de bien des façons. Photo : Musée de la Gaspésie. Fonds Cornélius Brotherton. P141/1/9/17/6

« On ne peut exprimer la tendresse et l’amitié que les pères et mères ont pour leurs enfants. » - Chrestien Le Clercq (en parlant des Mi’gmaq), 16911.

Les enfants mi’gmaq

L

a relation publiée par le père Le Clercq est un précieux document qui nous renseigne sur le vécu des enfants mi’gmaq au 17e siècle2. On y apprend que les femmes accouchent avec beaucoup de facilité et le font dans les bois, car les hommes leur interdisent d’accoucher dans la cabane. La venue d’un enfant est soulignée par un festin. On souhaite avoir de nombreux enfants. Les mères ont beaucoup de tendresse pour leurs enfants qu’elles allaitent jusqu’à l’âge de quatre à cinq

ans et aussitôt qu’ils commencent à manger, elles « mâchent la viande pour la leur faire avaler. » Le missionnaire remarque que les Mi’gmaq sont tous noirs, aucun n’est blond, et qu’ils sont d’une beauté naturelle. Les enfants mi’gmaq apprennent tôt le respect des parents et des personnes âgées. Si un enfant commet une faute, on le réprimande sans qu’il soit battu. L’enseignement est basé sur l’exemple et le respect des traditions qu’on leur transmet à travers des histoires, appelées « atookwakums ».

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DOSSIER Le costume de ces enfants mi’gmaq de Listuguj dénote une forme de métissage culturel alliant le bonnet traditionnel mi’gmaq à la redingote empruntée aux blancs. Photo : carte postale, 1908, collection Michel Goudreau.

L’enfance en Gaspésie

Sous bien des abords, l’enfance d’autrefois ne ressemble en rien à celle d’aujourd’hui. Les familles gaspésiennes étant en mode subsistance, les enfants apprennent davantage à travailler qu’à jouer. Comme le père est souvent en mer, dans les chantiers et dans les champs, les travaux domestiques sont l’affaire des femmes et des enfants. En fait, jusqu’à la fin du 19 e siècle, il n’y a pas une grande démarcation entre l’enfance et l’âge adulte. D’ailleurs, on observe sur les photos anciennes que les enfants ont un habillement similaire à celui des adultes et on se passe les habits d’un enfant à l’autre. L’autorité parentale s’exerce fermement et l’enfant devient vite un jeune adulte au service de la famille. Avant 1900, la mortalité infantile est très élevée. On estime qu’un enfant sur quatre n’atteint pas l’âge de deux ans. Ils sont emportés par des maladies infectieuses dont la diphtérie, la tuberculose et le typhus. À la suite de la diminution du taux de mortalité infantile, grâce au progrès de la médecine, on connaît une explosion des familles nombreuses. Elles ne sont pas rares les familles gaspésiennes qui ont entre dix et vingt enfants.

Marcher à l’école

La mère avait l’obligation de renouveler le contenu du berceau annuellement. Madame Loiselle de Port-Daniel tient dans ses bras le dernier de ses quatorze enfants. L’esprit de sacrifice, la fatigue, l’endurance et le poids de la vie se lisent sur son visage, 1950. Photo : Lida Moser. Bibliothèque et Archives nationales du Québec à Québec, P728, DQ.

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La fréquentation scolaire est obligatoire à partir des années 1870. Toutefois, il arrive souvent que les enfants manquent l’école pour aider le père lors des travaux aux champs ou ceux de la pêche. Avant l’arrivée des transports scolaires, on marche à l’école. Aux Capsde-Maria, comme ailleurs, on marche environ un mille (1.6 kilomètre) pour se rendre à la petite école (école primaire). Vers 1900, les études dans ces écoles ont une durée de huit ans.


DOSSIER Vers 1912, c’est l’école mixte à Bonaventure. Bien habillés, les élèves s’activent dans la cour de l’École modèle de niveau primaire où il se fait de l’enseignement ménager, sous la direction des religieuses de Notre-Dame du Saint-Rosaire. Photo : F. J. Mussely. Musée acadien du Québec à Bonaventure, fonds Sylvio Gauthier, P2, 1c, 66. Fonds Charles-Eugène Bernard. P67/B/2a/4/20

Des enfants au travail

Après avoir appris à manger, à marcher et à parler, l’enfant se met au travail très tôt. Après le temps de l’insouciance, vers sept ou huit ans, il doit maintenant contribuer à la subsistance de la famille. On confie les travaux du dehors aux garçons et ceux de la maison aux filles. Le père se montre heureux d’avoir comme premier enfant un fils qui saura le seconder dans les travaux extérieurs. Lui et ses frères apprennent à travailler. Ils vont chercher les vaches, font le train de la grange, les foins et les récoltes, aident aux activités de pêche et de foresterie en apprenant à couper du bois de chauffage, à le transporter, à le fendre, à le corder et à le rentrer du hangar à la maison. Bien corder le bois Un jour où, pressé d’aller rejoindre mes copains sur le rond à patiner, j’avais cordé le bois de chauffage de façon précipitée, mon père, Arsène Fallu, me fit reprendre le travail en me donnant ce conseil que je n’ai jamais oublié : « Mon gars, tu sauras que bien corder du bois ne prend pas plus de temps que mal le corder! »

Les filles, surtout la première, aident leur mère dans les travaux ménagers. Elles font les lits, servent à table, font la vaisselle, aident aux travaux de lavage et de repassage et, surtout, elles s’occupent des plus jeunes enfants. Lorsque la mère doit s’absenter, c’est l’aînée qui prend en charge la maison. Il n’est pas rare que l’aînée sacrifie un projet de mariage et reste « vieille fille » pour remplacer auprès de ses frères et sœurs leur mère morte en couches. Les travaux de récolte occupent une grande place comme la cueillette

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e m h t y r Le ! e m i a ’ j que 100,3 Sainte-Anne-des-Monts LES PETITS MATINS DU GRAND LITTORAL Lundi au vendredi de 7 h à 10 h avec Fred Parent TOP MUSIQUE Lundi au vendredi de 10 h à 13 h avec Jean-François Nolin LA TRIBUNE HAUTE-GASPÉSIE Vendredi de 12 h à 13 h avec Fred Parent JEFF DANS LA RADIO Lundi au vendredi de 13 h à 16 h avec Jeff Proulx

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LE RETOUR Lundi au jeudi de 16 h à 18 h avec Marie-Claude Alain LE 6 À 6 Lundi au vendredi de 18 h à 18 h 30 avec Jeff Proulx LES NOUVELLES Lundi au vendredi à partir de 7 h 30 avec Stéphane Cyr WEEKEND COUNTRY EXPRESS De 17 h à 21 h avec Fred Parent

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96,3 Chandler LES PETITS MATINS DU GRAND LITTORAL Lundi au vendredi de 7 h à 10 h avec Fred Parent LES MIDIS-LUNCH Lundi au vendredi de 11 h à 13 h avec Serge Soucy JEFF DANS LA RADIO Lundi au vendredi de 13 h à 16 h avec Jeff Proulx

LE RETOUR Lundi au jeudi de 16 h à 18 h avec Marie-Claude Alain LE 6 À 6 Lundi au vendredi de 18 h à 18 h 30 avec Jeff Proulx LES NOUVELLES Lundi au vendredi à partir de 7 h 30 avec Stéphane Cyr WEEKEND COUNTRY EXPRESS De 17 h à 21 h avec Fred Parent


des patates souvent accompagnée d’un combat de tir de patates pourries. En plus des travaux des foins, les enfants s’affairent aux activités de cueillette : fraises, framboises, mûres, groseilles, gadelles, pommes et noisettes. À l’époque où l’on n’a pas accès à des commodités sanitaires comme celles d’aujourd’hui, l’une des corvées du matin dont la charge revient aux enfants est celle d’aller vider les pots de chambre sur le tas de fumier derrière la grange. L’enfant au travail compte sur son précieux ami qu’est le chien qu’il attelle à une petite charrette ou à un traîneau l’hiver. Il y transporte, entre autres, du poisson, de la grève à la maison, et de la marchandise provenant du magasin général. Durant l’hiver, l’enfant se rend en traîneau à chien dans le bois pour y lever ses collets à lièvre. Un lièvre dans la chambre des filles Pour Denis Fallu, mon frère aîné, et moi, notre plaisir du samedi matin est d’aller lever les collets à lièvre. On part tôt en traîneau à chien avec l’espoir d’avoir pris au moins un beau gros lièvre. Un jour, on trouve un lièvre vivant pris par la patte dans le collet. J’aurai donc le rôle de conduire le chien au retour. Assis à l’arrière du traîneau, Denis a toute la peine du monde à maîtriser le lièvre qui se débat. Arrivés à la maison, on est tout fier de montrer ce lièvre vivant à papa qui, par son signe de main et sans dire un mot, nous indique la direction à prendre avec le lièvre : la chambre des filles. Nos sœurs Jocelyne et Roseline dorment dans la chambre du sud-est. En silence on monte, j’ouvre la porte de chambre et Denis lâche le lièvre qui court partout pendant que les filles debout dans le lit crient à tue-tête. Maman intervient. On réussit à capturer le lièvre que Denis avait malencontreusement échappé… Papa sera sommé par maman de nous punir, mais la punition se perdra dans l’oubli de la complicité !

On commence très jeune à travailler. Chaussés de leurs « botterleaux », Jean-Eudes et François Boulay sont déjà, à 13 et 15 ans, des travailleurs au chantier de Saint-Majorique, 1950. Photo : Lida Moser. Bibliothèque et Archives nationales du Québec à Québec, P728, DQ15, P58.

S’amuser

Les enfants gaspésiens ne manquent pas d’espace de jeu. Ils ont pour s’amuser la mer, la plage, la rivière, les champs et la forêt. Ceux qui habitent près de la mer passe l’été à se baigner. On se fait un radeau qui demeure ancré suffisamment loin de la rive pour pouvoir plonger. On se fait des feux pour y faire bouillir des petits crabes, des coques et des couteaux. Et on n’hésite pas à courir après les filles pour les apeurer avec des soleils de mer. À la recherche de leur identité, les enfants expérimentent beaucoup. Pour s’amuser, les garçons particulièrement essaient de nouvelles expériences, font des mauvais coups, brisent des choses et peuvent être très malcommodes et méchants. Par exemple, pour essayer leur tire-roches et leur fusil à plomb, ils commencent par tirer sur des « canisses » et complètent l’expérience en visant des oiseaux. Qui, enfant, n’a pas fait fumer des grenouilles ou encore placé des clous sur le rail pour que le

Des scènes comme celle-ci séduisent la photographe new-yorkaise Lida Moser en 1950. Cette fillette et son jeune frère attendent le passage d’une voiture de touristes pour leur vendre leurs bons bleuets, une façon de rapporter un peu de sous à la famille. Photo : Lida Moser. Bibliothèque et Archives nationales du Québec à Québec, P728, DQ12, P14.

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DOSSIER train les aplanisse pour en faire des couteaux? Aussi, les enfants créent leurs propres jouets. Pour jouer aux cowboys ou aux indiens, on se fabrique des arcs avec des aulnes et des épées avec des languettes de bois. Durant l’hiver, leurs occupations préférées seront la glissade et le patin. On glisse en toboggan, mais aussi à l’aide de tape-cul, appelés « wakawiks », faits d’un siège fabriqué avec des morceaux de deux par quatre qui reposent sur des douves de barils de harengs faisant office de skis. Mais, quel plaisir le vendredi soir que celui d’aider son père à arroser le rond à patiner pour qu’il soit prêt afin d’y consacrer tout le samedi et le dimanche à patiner, à jouer au hockey et, dans la cabane où l’on se repose, à se conter des histoires et à fumer les premières cigarettes emportées par le fils du marchand général.

La glissade est une activité hivernale très populaire. Photo : Musée de la Gaspésie. Série Marguerite Patterson, P57, 84.39.94.

Au temps des fêtes

Parmi les fêtes religieuses, celle de Noël est inoubliable. En cette période de l’année où les jours raccourcissent et la noirceur arrive plus tôt, la décoration de l’arbre de Noël et l’aide accordée à la maman qui prépare les mets pour Noël, tout cela ajoute de la vie dans la maison. La messe de minuit est un événement marquant de l’enfance avec tout son cérémonial : l’église illuminée, la belle crèche, le cortège de chants accompagnés de la puissance de l’orgue, les cierges et l’encens. À une certaine époque, la remise des cadeaux se fait davantage au jour de l’An plutôt qu’au jour de Noël. La tradition veut que l’enfant accroche un bas de laine au pied de son lit et qu’il fasse une prière implorant le père Noël de mettre un cadeau dans son bas comme récompense pour avoir été sage toute l’année. L’Halloween est pour les enfants une fête propice à se déguiser et à jouer des tours. Par exemple, on cache la bicyclette du voisin ou encore on place une boite de carton attachée à une ficelle en plein milieu de la route 132

À Carleton, lors de l’année mariale, en 1954, le curé Roy, fait une tournée des maisons avec un reposoir accueillant la vierge Marie. Le tout se déroule le 15 août, au moment de L’Assomption, fête dédiée à la Vierge Marie, mère de Jésus. Devant le reposoir, placé sur la galerie d’Arsène Fallu, on y dispose le cadet de la famille, Gaston, âgé d’un an et demi. Photo : collection Gaston Fallu.

Marcher au catéchisme En mai, les enfants de dix ans et plus sont convoqués par le curé pour des exercices préparatoires à leur première communion. On marche au catéchisme afin d’acquérir les connaissances religieuses requises pour passer le test de la première communion. Tenant un cierge à la main, signe de pureté, garçons et filles font une profession de foi, renoncent à Satan et renouvellent leurs promesses de baptême.

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DOSSIER récite des formulettes. Qui, à cheval sur le pied ou le genou du paternel, ne s’est pas fait dire : « P’tit galop, p’tit galop, p’tit galop, trot trot! » Dans le monde des comptines, il y a celle-ci : « As-tu faim? Mange ta main / Garde l’autre pour demain / Mange ton pied / Garde l’autre pour danser3. » Il y a aussi de ces comptines moqueuses comme celles relatives à la religion que j’ai apprises lors de mon enfance aux Caps-de-Maria : « Je te bénis / Je te consacre / Et je te jette en bas du cap ». Et cette autre : « Je vous salue Marie, pleine de grâces / La vache à José Degrasse / Est prise dans la vase / Sainte-Marie, mère de Dieu / Tirons-là par la queue / Pour qu’elle aille aux cieux ». Merci de sa précieuse collaboration à Félix Fournier.

Apparition effrayante du loup-garou. Image : huile sur toile de Claude Picher, 1995. Tirée de Légendes gaspésiennes. Illustrations de Claude Picher, Musée de la Gaspésie, 1995, p. 13.

et, à l’arrivée d’une auto qui ralentit, on la tire vers le fossé où les malfaiteurs se cachent.

L’enfance imaginaire

À une époque où il n’y a pas de télévision, on meuble l’imaginaire de l’enfant par la tradition orale. Les mères racontent aux enfants des histoires de toutes sortes qui sont des invitations à se méfier de certains êtres surnaturels comme le Bonhomme sept heures et les loups-garous. Le Bonhomme sept heures est un être surnaturel et sournois qui kidnappe les enfants qui ne

sont pas couchés avant sept heures du soir. Le mythe du loup-garou fait partie des superstitions religieuses. Si l’enfant ne rentre pas à la maison avant la noirceur, il risque d’être dévoré par un loup-garou. Ce dernier est un humain qui, en raison d’un pacte avec le diable, se transforme les soirs de grande noirceur ou de pleine lune en un être effrayant et féroce, à moitié loup et à moitié humain, qui assouvit sa soif de sang en mangeant des petites enfants. L’enfance est aussi baignée par des histoires plus joyeuses et comiques. Pour amuser l’enfant, le parent lui

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Notes 1. Chrestien Le Clercq, Nouvelle relation de la Gaspésie, Paris, Amable Auroy, 1691, p. 51. 2. Le Clercq, Ibid., p. 45, 50-51, 393, 52. 3. Carmen Roy, La littérature orale en Gaspésie, Ottawa, Musée national du Canada, ministère du Nord canadien et des Ressources naturelles, Division des parcs nationaux, 1955, p. 149. (« Bulletin no 134 »). Sources - Jean-Marie FALLU, Une histoire d’appartenance – La Gaspésie, Québec, Les Éditions GID, 2004, 557 p. - Jean PROVENCHER, Les quatre saisons dans la vallée du Saint-Laurent, Boréal, 1996 (seconde édition), 605 p.


DOSSIER

L’enfance sauvage Dans son autobiographie* publiée en 1986, René Lévesque consacre quatre chapitres sur ses souvenirs d’enfance en Gaspésie qui se déroule de 1922 à 1938. À travers son récit dont nous publions des extraits, il nous entraîne dans son parcours d’enfance et de jeunesse à New Carlisle et il relate son passage au Séminaire de Gaspé. Un récit de René Lévesque

L’enfance sauvage

1922. Année faste. Pour la Gaspésie et pour moi. […] Pour moi, c’est en 1922 […] que je vins au monde. Gaspésien, mais né ailleurs. Je dus en effet aller trouver un hôpital à Campbellton, au NouveauBrunswick, pour pousser mes premiers cris. Lesquels faillirent bien être les derniers, puisque j’attrapai aussitôt une jaunisse carabinée dont la seule retombée indélébile serait cette peau de sang-mêlé qui fait qu’on me demande en toute saison si j’arrive du soleil. […] Selon mes parents je fus un beau bébé. Bien moins beau, cependant, que ce petit frère qui m’avait précédé mais n’avait pas vécu. […] je devins rapidement pas endurable. […] Je me revois, le pied gauche emprisonné par une corde qu’on attachait au dernier barreau de l’escalier d’en arrière. On m’empêchait ainsi de me sauver, n’importe où, très loin, assez loin pour aller voir ce bord de l’eau que j’apercevais de ma fenêtre. […] Tant et si mal que, dès cet âge (deux ans et demi) et à maintes reprises par la suite, quand la mesure était pleine on m’expédiait pendant quelques semaines chez mes grandsparents, à Rivière-du-Loup. […] D’une saison à l’autre (à New Carlisle), nous courions ainsi de la forêt à la mer. Galopant à travers la « Commune » puis enjambant la voie ferrée, nous arrivions au quai,

de chaque côté duquel s’étendait une des plus belles plages du canton qui demeure toujours quasi inconnue. À droite, l’eau était d’un beige sableux, donc moins profonde. C’est là que, l’un après l’autre, nous dûmes apprendre à nager. On vous jetait tout bonnement au bas du quai, où Gérard (Gérard Poirier) et un autre grand assuraient au besoin le sauvetage. On buvait des

René Lévesque à trois ans. Photo : collection de la famille Lévesque.

tasses, mais on s’en tirait tout seul. Battant des jambes comme les chiens, poussés par-ci, tiré par-là, on finissait par rattraper l’échelle. […] Quant à l’école, ce fut un vrai pique-nique. Misérable cabane à plus d’un kilomètre de la maison, de celles qu’on nommait « one-room

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René Lévesque, un bébé énergique à dix mois. Il est né à l’hôpital de Campbellton, le 24 août 1922. Il est le fils de Dominique Lévesque, avocat, et de Diane Dionne-Pineau. Photo : collection de la famille Lévesque.

Diane Dionne, près de son fils René dans le landau en rotin offert par son parrain John Hall Kelly. Photo : collection de la famille Lévesque.

René est paré en robe de fillette comme le veut la coutume de cette époque. Il actionne la pompe qui alimente la maison avant l’arrivée de l’eau courante. Photo : collection de la famille Lévesque.

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René avec son père dont il dira qu’il fut l’homme le plus important de sa vie. Photo : collection de la famille Lévesque.


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René en 1925, à trois ans, avec son père et sa toute nouvelle auto, une Studebaker.

René à New Carlisle avec ses frères Fernand et André ainsi que sa sœur Alice.

Photo : collection de la famille Lévesque.

schoolhouse ». Certains jours d’hiver où la poudrerie fouettait au visage, je me rappelle avoir fait tout le parcours à reculons. Autour du poêle à bois qui rougeoyait au milieu de la place, on empilait foulards et coupe-vent d’où montait rapidement un solide nuage de vapeur qui empêchait la maîtresse d’y voir clair. Derrière cet écran, toute la bande se retrouvait pour se pousser des coudes en lançant des farces plates et des avions de papier qui énervaient la malheureuse Miss Gorman et, vers la fin de la journée, la rendaient enragée. Y apprenait-on à compter ? Un peu, malgré tout. À écrire ? Si peu que pas. À parler ? Oui, et dans les deux langues à la fois. À lire? Pas nécessaire. L’électricité n’était pas encore entrée dans nos vies, mais nous avions de belles lampes à l’huile dont nous pouvions augmenter ou réduire la force à volonté, et dans cette souple lumière j’avais appris mes lettres sur les genoux de mon père, dans un grand livre rouge des Éditions Mame. On y racontait des histoires abondamment illustrées, d’un certain LaFontaine, dont je sus plus tard qu’il s’agissait de chefs-d’œuvre. Et c’est

Photo : collection de la famille Lévesque.

René à sept ans, à Rivière-Nouvelle où la famille se rend pique-niquer. Photo : collection de la famille Lévesque.

ainsi que, de fil en aiguille, non seulement j’appris à lire mais contractai un appétit dévorant pour le papier imprimé.

À New Carlisle, PQ

[…] Pour moi, ce (Bonaventure) devint avant tout la capitale de la crème glacée, la meilleure du pays.

Chaque dimanche ou presque, c’était tout un voyage, vingt milles allerretour sur la gravelle, dans l’épais nuage de poussière que la moindre accélération faisait lever. […] je tâche de revoir les choses avec des yeux d’enfant. Ce grand érable au bout du terrain, dans lequel je grimpais pour épater frères et sœur et affoler ma mère. […] Parmi les merveilles que le p’tit train finissait par nous apporter, il y avait d’année en année les catalogues. Celui de « Chez Eaton », épais et sûr de lui, et le maigrichon des colonisés, celui de « Chez Dupuis ». Ils surgissaient vers la fin de l’automne et nous étions sûrs que c’était exprès pour nous faire languir jusqu’aux Fêtes. Or les paquets rutilants et mystérieux qui arrivaient ensuite en décembre (et qu’on dénichait sans tarder au fond des armoires), c’est à Noël que les Anglais pouvaient déjà les ouvrir pour étrenner les patins, les traîneaux, les skis pendant une semaine de plus, une précieuse semaine de vacances! Car nous, il nous fallait nous morfondre jusqu’au Jour de l’An. À la française.

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René Lévesque fréquente le Séminaire de Gaspé de 1933 à 1938. Il est le premier de la deuxième rangée sur cette photo de sa classe en Éléments Latins. Élève surdoué, Lévesque remporte sans grands efforts, plusieurs premiers prix à la fin de son année scolaire 1933-1934: Prix spécial en Éléments-Latins, prix spécial d’excellence, premier prix d’orthographe, premier prix de narration française, premier prix de thème latin, premier prix de version latine, premier prix d’histoire du Canada, deuxième prix de préceptes français et latins. Et il maintiendra cette belle moyenne au cours de ses quatre autres années au Séminaire de Gaspé. Photo : Musée de la Gaspésie, fonds du Séminaire de Gaspé, P69.

Le Séminaire1 du bout du monde

[…] Apprendre à se lever, ou plutôt à se faire jeter hors du lit, paillasson par-dessus tête, à cinq heures quarante-cinq, au début c’est atroce, quand on est couche-tard et non réveillable de naissance. Surtout si c’est pour descendre non pas au réfectoire mais à la chapelle où la messe quotidienne n’est, par bonheur, sous forme d’apparente méditation, qu’un bon petit supplément de sommeil. L’estomac crie. Tant pis, une heure encore, la pire de toutes, à faire semblant d’étudier les « dossiers » du jour sous l’œil implacable de ces finissants imberbes qui portent déjà la soutane, vocation ou pas, l’avenir le dira.

Enfin, on peut aller déjeuner. Les bonnes sœurs nous ont préparé leur chiard maison : des patates, avec des patates, que cimente un mélange d’eau, d’oignon et de farine. Et qu’accompagne jusqu’au « Deo gratias » la lecture d’une vie de saint. […] Dehors, maintenant. Beau temps mauvais temps, veut veut pas, il faut évacuer les lieux. S’il pleut, on tourne interminablement autour du préau, attendant son tour au jeu de mississipi ou au fil de fer. Grimpe discrètement du dessous un arôme de tabac. Pourvu que ça ne passe pas les bornes, les surveillants, boucaniers eux-mêmes, ferment les narines. Quand il fait beau, l’automne essentiellement (le printemps, sous ces latitudes, on en reparlera en

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juin), alors on a le choix : le tennis, à condition de l’entretenir soi-même, le drapeau, la balle au mur, un équipement de gymnastique antédiluvien et tout ce que l’imagination peut encore aller chercher. L’hiver, sur la patinoire que nous arrosons et déblayons nousmêmes, le hockey est roi, bien sûr. Soit qu’on fasse partie d’une équipe soit qu’on traîne le long des bandes en reluquant les filles du village […]. […] c’était le bon temps. Cette rigueur qui nous encadrait ferme de l’aube jusqu’à vingt heures quarante-cinq. […] L’étude « sacrée», par exemple. Elle s’étirait tous les jours pendant une heure et demie avant le souper.


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Vacances à New Carlisle Éléments, Syntaxe, Méthode, Versification, et décès de son père Fin du commencement

Belles-Lettres, Rhétorique, Philo... Ils avaient de l’allure, ces paliers sonores du vieux cours classique qu’on gravissait pendant huit ans. […] À mon humble avis, le contenu n’était pas non plus inférieur à cette cafétéria d’options si souvent prématurées qu’on sert à la volée aux jeunes consommateurs d’aujourd’hui. […] Jamais je n’arriverai à comprendre qu’on ait si complètement éliminé – en jetant le bébé avec l’eau du bain – tout le « tronc commun » de l’éducation traditionnelle. L’étude des langues en particulier. […] Pourquoi n’a-t-on pas remplacé les langues mortes, qui avaient effectivement fait leur temps, par une sinon deux langues modernes ? Pas des options pour rire, mais parties intégrantes et obligatoires du curriculum, avec leur grammaire, leur littérature et tout le trésor culturel dont elles sont chargées.

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[…] Les grandes vacances (à New Carlisle) se déroulaient entre le tennis et la plage. La plage surtout, bordée de bosquets où l’on tâchait d’entraîner nos victimes. […] En attendant, on acquérait là sans trop y penser une ébauche d’identité. Les autres, parmi eux la majorité des « boss » et des exploiteurs, n’étaient-ce pas aussi les conquérants ? Jamais ça ne m’avait dérangé lorsqu’on se houspillait cordialement en échangeant des cailloux ou des balles de neige et en leur assénant notre « English crawfish » en réponse à leur « French pea soup » également idiot. Sport bon enfant qu’on n’avait jamais pris au sérieux, qui restait pour ainsi dire dans la famille. […] Le matin des funérailles (son père Dominique), on me laissa seul avec lui pendant quelques instants dans le salon des grands-parents. […]

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Je l’embrassai à mon tour sur ce front de marbre. Puis, je sortis du salon sans savoir que je venais aussi de prendre congé de la prime jeunesse et de son insouciance. Ni que ma toute nue et bien-aimée Gaspésie, c’était déjà le paradis perdu. * René Lévesque, Attendez que je me rappelle, Éditions Québec Amérique, 2006, pages 65 à 100. Notes 1. À onze ans, en 1933, il entreprend son cours secondaire au Séminaire de Gaspé. Il poursuivra ses études au collège Saint-Charles Garnier de Québec, après la mort de son père en 1938.

Merci pour sa collaboration à Mario Longpré, Les Communications Médialog.

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Souvenirs de Miss LeGros à Pointe-Saint-Pierre Des enfants, il y en a depuis très longtemps à Pointe-Saint-Pierre, petit havre de paix gaspésien situé entre Gaspé et Percé, véritable petite péninsule qui se prolonge dans le golfe Saint-Laurent et qui est couronnée par l’île Plate. L’âge d’or de cette pointe coïncide avec la présence de commerçants jersiais principalement à compter du milieu du 19e siècle. Des fragments de cet âge doré, relatés à travers les souvenirs de Winnifred LeGros, alors jeune fille de descendance anglo-normande, nous aident à comprendre l’histoire de cette pointe et des alentours sous l’angle de l’enfance. Anne Bernard et Jean-Pierre Bernard Barachois

Miss LeGros

L

’analyse de la correspondance de Winnifred LeGros (1909-1964) fille de James LeGros, marchand général, et résidente de Pointe-SaintPierre nous apporte un éclairage intéressant et intime sur cette enfance qui sort de l’ordinaire, puisque baignée par l’opulence d’une famille commerçante jersiaise aux traditions familiales bigarrées. Son implication dans les activités commerciales de la compagnie LeGros Brothers et les notes manuscrites qui en résultent témoignent de son quotidien au cœur des opérations d’un magasin général et d’une entreprise de pêche. Miss LeGros, comme l’on s’adresse parfois à elle, nous invite à découvrir tout au long de ses multiples correspondances, carnets de notes ou journaux personnels, qui constituent aujourd’hui son fonds d’archives, les préoccupations d’une enfant, d’une jeune fille créative et enjouée, habitant Pointe-Saint-Pierre. Nous ferons principalement état de ses archives personnelles1, antérieures à 1928.

Miss LeGros en raquette. À l’arrière, la maison LeGros. Photo : Musée de la Gaspésie. Fonds LeGros. P250/7/1/67 16 MAGAZINE GASPÉSIE – Novembre 2016 - Février 2017


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Retour de la poste à Pointe-Saint-Pierre. Photo : collection Musée de la Gaspésie.

Pointe-Saint-Pierre. Photo : collection Musée de la Gaspésie.

Seul vestige mobilier de cette époque révolue et qui persiste dans le paysage de Pointe-Saint-Pierre est la maison autrefois habitée par la famille LeGros, une immense et magnifique demeure verte construite entre 1880 et 1890. La famille commerçante de Winnifred, établie dans la région dès 1841, s’adonnait aux activités de pêche et à l’agriculture jusqu’à desservir près de 300 habitants durant la seconde moitié du 19e siècle. Après sa naissance en 1909, Winnifred grandit entourée de ses parents et de sa fratrie dans cette maison qui est l’épicentre du succès commercial de son père. L’essentiel de sa correspondance concerne ses amis de Barachois Ouest, de Malbay (sic) et de Gaspé. Les extraits de son journal datent de 1925, soit l’époque où elle était âgée de 16 ans. La majeur partie de la correspondance reçue est sous la forme de cartes de souhaits coloriées soulignant les grandes fêtes religieuses et païennes. Des cartes postales, provenant entre autres d’Europe et des États-Unis, envoyées par sa famille et ses amis, complètent l’ensemble des sources. On y traite des résultats scolaires, de la danse de la veille, de la grippe qui a gâché les réjouissances des fêtes et de la pêche à la truite entre copines.

Winnifred aime écrire

On constate que Winnifred aime écrire. Dans le registre des notes plus personnelles, on retrouve des poèmes et des chansons écrites de sa main. Évidemment, ses chansons parlent d’amour et de la recherche de l’âme sœur, la préoccupation première des jeunes femmes de son époque. Ses poèmes s’inspirent de la vie de tous les jours et même d’événements locaux où deux familles sont en conflit. D’après certains documents plus officiels et rédigés à la machine à écrire, on découvre que la maladie empêche Winnifred de poursuivre ses études outre la 9 e année, ce qui est néanmoins au-dessus de la moyenne de scolarisation au Québec à cette époque. Elle sera même contrainte à passer des épreuves de classement pour pouvoir poursuivre un cursus de sciences infirmières. Son cahier de classe de 1923 démontre qu’elle est une élève douée en langues. Durant sa maladie, elle reçoit de la part de la Croix-Rouge junior, dont elle est membre, le livre Tales of two cities de Charles Dickens, un roman probablement envoyé pour lui changer les idées durant sa convalescence. Toutefois, Winnifred semble continuer à parfaire son éducation durant sa maladie, car on retrouve des traces dans ses boîtes de souvenirs, de notes

Sortie du dimanche à Pointe-Saint-Pierre. Photo : collection Musée de la Gaspésie.

Elle adhère aux idéaux de la Croix-Rouge Depuis la fin de la Première Guerre mondiale (1919), des jeunes comme Winnifred ont adhéré aux idéaux de la Croix-Rouge à travers la Croix-Rouge junior, un programme scolaire basé sur trois principes fondamentaux : la bonne santé, le service aux autres et la bonne citoyenneté. Datant du début du 20e siècle, cette section de la Croix-Rouge canadienne connaît son apogée dans les années 1920 à 1950, introduisant des Canadiens à un mouvement international de la jeunesse. Les enseignants qui choisissaient d’adhérer au programme devaient consacrer habituellement une ou plusieurs classes d’après-midi, principalement un vendredi par mois, à ses activités.

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DOSSIER Enveloppe postale adressée à Miss LeGros, 1933. Source : Musée de la Gaspésie. Fonds LeGros. P250/7/7/29

Le déroulement de ses journées

Poème écrit par Winnie LeGros. Source : Musée de la Gaspésie. Fonds LeGros. P250/7/7/28

de cours et d’exercices de français, d’arithmétique, de grammaire anglaise et de mots de vocabulaire probablement dictés par ses enseignants. Comme la plupart des Gaspésiens de langue maternelle anglaise, on remarque que la maîtrise de la langue française lui pose quelques soucis, notamment pour déceler le genre de mots comme cuillère ou soupe. Des recettes de la classe de Home education font également partie des notes précieuses auxquelles elle s’attache au cours de son adolescence.

En 1925, Winnifred note dans son journal intime, le plus vieux retrouvé dans le fonds d’archives, le déroulement de ses journées de façon méthodique et soignée. Principalement prise par le bon fonctionnement du magasin général qui semble être très achalandé le samedi, on retrouve un certain passage qui atteste qu’elle prend même en charge l’engagement des journaliers pour l’été, dans un cas en particulier, probablement quelqu’un du même âge qu’elle (16 ans). La station de train de Barachois semble être également la plaque tournante où se déroule une pléiade d’activités qui fascinent Miss LeGros, car ce sont les garçons de la famille qui font l’aller-retour pour y cueillir des marchandises. La plupart des observations mentionnent un début de pêche printanière lent en 1923 où le homard se fait rare cette année-là, de même que des constats sur la culture de l’avoine et de l’orge autour des champs qui encerclent la propriété familiale.

Une observation presque obsessive de la météo

Chaque début de journée est ponctué par l’observation presque obsessive de la météo où le moindre vent, la moindre pluie ou, pire, la moindre tempête est notée scrupuleusement. Il est facile de comprendre que les habitants de la

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Pointe-Saint-Pierre sont dépendants, et même parfois à la merci, des intempéries et du changement drastique de la température qui déverse parfois des trombes d’eau sur cette communauté malmenée par le vent. La météo, lorsqu’elle est clémente, permet l’observation des vapeurs qui passent au large de la pointe avant de contourner l’île Bonaventure. L’évolution de l’état des routes dans cette région de la Gaspésie est également scrutée par la jeune femme en fonction des saisons, relatant avec intérêt les changements de mode de transport qui y sont rattachés. Pour ces jeunes qui font face à l’isolement sur le territoire, le passage de la « sleigh » d’hiver à patins vers le « car » (l’automobile) est un événement digne de mention dans une entrée de journal de la fin avril. Mais, les routes ne sont vraiment praticables et moins boueuses que seulement à partir de la mi-mai, écrit patiemment Winnie. Toutes les interventions notées au journal se terminent religieusement de la même manière, en mentionnant la qualité de la réception radio, bonne une fois sur trois.

Ses après-midis et ses soirées de loisirs

Winnifred, en plus d’entretenir une correspondance abondante, occupe aussi ses après-midis et ses soirées de loisirs qu’elle semble adorer. On imagine facilement les danses organisées chez elle dans le grand salon où le froufroutement des robes est rythmé par un piano enjoué qui supplée la réception médiocre de la radio. Ce piano, élément central et irremplaçable d’une soirée bien réussie, reste figé dans le temps depuis le départ de la famille en 1956. Ces danses, principalement tenues en hiver, regroupent des jeunes de la région et se terminent habituellement tard en soirée, pour le plus grand bonheur des hôtes et des invités. Évidemment, prendre le thé dans l’après-midi est une autre activité pour laquelle Winnifred,


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Et puis, les enfants ont grandi et sont partis

L’hiver à Pointe-Saint-Pierre. Maison LeGros à l’arrière. Photo : Musée de la Gaspésie. Fonds LeGros . P250/8/8/21

une parfaite descendante anglaise et jersiaise, éprouve un immense bonheur. L’heure du thé est prétexte à rencontrer les membres de sa famille éloignée de passage et ses amies proches pour échanger potins et nouvelles. Les parties de cartes sont également un rendez-vous fréquent visant à jumeler plaisir et stratégie! Les événements plus fortuits comme les funérailles d’un proche sont également des moments de rencontres et de recueillement communautaire. Il n’est pas rare qu’elle se rende au cinéma à Barachois, qu’elle fasse une tournée de visites à Malbay ou à « Anse-Brillant » (notez la graphie française qu’elle utilise plutôt que Brillant’s Cove) ou qu’elle assiste à des événements plus mondains tels que le

traditionnel pique-nique du 1er juillet, un incontournable de la famille LeGros. Winnifred semblait également apprécier la lecture de la brochure En-ar-co Oil News, dont plusieurs exemplaires sont dans le fonds d’archives. Fondé en 1890, ce petit bulletin en format de poche a été largement distribué gratuitement aux clients de la compagnie par ses concessionnaires. Il se retrouvait probablement dans la correspondance du magasin général. Il contenait des blagues et des épigrammes et une grande partie de la revue a été consacrée à la publicité. Winnifred s’y intéressait sûrement pour son offre de jeux gratuits et de diverses primes.

Depuis 1956, la maison LeGros s’est figée dans le temps alors que ses derniers habitants l’ont définitivement quittée. Il n’y a plus d’enfants qui chevauchent la grande rampe brune pour descendre le majestueux escalier qui trône toujours au milieu de cette grande maison verte, sauf pour quelques photos de famille encadrées ça et là. Les enfants de la pointe Saint-Pierre sont également moins nombreux qu’ils étaient à la fin du 19e siècle. Depuis 2013, cette pointe est désignée « zone protégée », achetée par Conservation de la nature Canada avec la forêt côtière couvrant une superficie de 30 hectares et constituant, de par sa grande valeur environnementale, le dernier îlot forestier en zone côtière du secteur de la Pointe. Les enfants qui arpentent maintenant la pointe Saint-Pierre sont redevenus nomades comme à l’origine. Ce sont des enfants qui accompagnent leurs parents en visite lors de leurs vacances ou leurs enseignants en classe verte pour faire de l’observation de ce site de 1,5 km de rives intactes. Un monde où l’émerveillement de l’enfant a encore sa place. Source 1. Fonds P250 Famille Legros. Musée de la Gaspésie. Les documents ont été déposés au Centre d’archives du Musée de la Gaspésie par Conservation de la nature Canada en 2011.

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Mes souvenirs d’enfance à Pointe-à-la-Renommée Comment un jeune enfant issu d’une famille* anglophone de l’Ontario – et nouvellement arrivé à Pointe-à-la-Renommée – a-t-il vécu son enfance dans ce lieu isolé, en présence de peu d’enfants, au début des années 50 ? Un récit de Kenneth Nelson Ottawa

Un lieu minuscule et isolé

P

ointe-à-la-Renommée était minuscule et isolé par comparaison à Toronto où nous habitions. Mais, aux yeux d`un bambin, ça comptait pour peu. À cette époque, on parlait de Fame Point, aujourd’hui connu sous le nom de Pointe-à- laRenommée. C`était tout un univers même s`il n`y avait que le phare, la bâtisse (la station Marconi) qui logeait les appareils de communication et trois maisons dont celle du gardien du phare pour lui, son épouse, sa fille, et deux ou trois assistants. La maison des trois autres opérateurs et la nôtre se trouvaient sur quelque cents mètres le long de la petite route qui descendait environ un quart de mille en bas du cap à Canne-de-Roches.

Canne-de-Roches

Là, il y avait quelques cabanes occupées l`été par un ou deux pêcheurs qui venaient prendre le poisson dans la petite anse. Ces pauvres cabanes étaient faites de bois de mer avec une seule fenêtre, les murs tapissés avec des pages des catalogues Eaton et Simpson. Ces petites cabanes furent quasiment toutes détruites par un raz-de-marée au début de notre séjour en Gaspésie. Sur le cap, avant de descendre à la mer, il y avait un entrepôt (une neigère) qui, durant le temps de son usage, était réfrigéré par un tas de neige pour garder le poisson frais. Il y avait une

Fête anniversaire de Kenneth, en haut à gauche , avec à droite Don Burdor et en bas Van et Wayne Burdon. Photo : Comité local de développement de L’Anse-à-Valleau, fonds Fred W. Burdon.

bâtisse juste au bord de la mer qui servait d’entrepôt où on gardait des matériaux pour Pointe-à-laRenommée, qui était ravitaillé au moyen d`un bateau qui s’ancrait au large à chaque année lors de son voyage pour desservir les autres postes semblables autour du golfe Saint-Laurent.

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Ruisseau-à-l`ail

Les seules autres habitations se trouvaient au Ruisseau-à-l’ail, situé du côté d’en haut après avoir passé deux pointes le long de la mer. Là, il y avait une quinzaine de maisons d`été, un autre entrepôt réfrigéré plus gros que celui à Canne-de-Roches, et une autre bâtisse qui servait d`école durant


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Lloyd Nelson, son épouse Regina (Lisik) Nelson et leurs enfants Kenneth et Elinore. . Photo : Comité local de développement de L’Anse-à-Valleau.

quelques mois l`été quand les familles des pêcheurs venaient pour la saison et où on dansait les samedi soirs. Le ruisseau qui était associé au nom du petit village descendait la montagne à partir du lac qui fournissait l`eau pour Pointe-à-la-Renommée. On avait placé un barrage où le lac déversait ses eaux et de là on fournissait l`eau à Pointe-à-la-Renommée au moyen d`un aqueduc. C’est ce qui explique qu’on le nommait le lac de la « Dam » (mot anglais pour barrage). Le ruisseau séparait quelques autres maisons du groupe principal. L’Anse fournissait peu de protection aux bateaux de pêche, mais il y avait un cabestan pour les monter sur la grève. Pour les quelques barges qu’on laissait à l`ancre un peu au large, il faillait surveiller le temps et les mettre à l’abri si une tempête était annoncée.

L’entraide

Je me souviendrai toujours du dimanche quand, revenant de la messe, le village a été surpris par un mauvais vent arrivant à l`improviste qui a failli causer un désastre. La dernière barge à secourir était celle

de Raymond Cloutier dont la famille nous considérait comme des leurs, nous des étrangers. Il avait mis tout ce qu’il possédait sur cette barge neuve qui devait servir à nourrir et à soigner sa famille grandissante. À ce moment, son épouse Angelina lui avait déjà donné six ou sept enfants, donc à peu près le tiers de sa famille éventuelle. Presque tout le petit village était sur la grève. Les hommes, quelquesuns encore avec leurs vêtements du dimanche, travaillaient d’arrachepied à sauver son bateau au point de mettre leur vie en péril. Des femmes priaient, certaines avec leurs enfants pleuraient, car ils étaient tous conscients de ce que cela représen-

tait non seulement pour la famille de Raymond, mais pour les autres membres de son équipage qui dépendaient pour leur subsistance de la barge de M. Cloutier. Heureusement ils ont eu le dessus sur la tempête grâce à leur courage et leurs efforts et peut-être aux prières. Cet incident démontre comment le sens de l’entraide communautaire était présent dans ces tempslà. Avec autant de défis et d`obstacles à franchir et si peu de moyens, il fallait pouvoir compter sur ses voisins. L`interdépendance était une évidence. Jamais on n’a eu meilleure preuve que l`union fait la force. Et tout le monde y croyait.

L’incontournable messe du dimanche

La messe du dimanche était de rigueur pour tout le monde et pour nous aussi. Nos voisins avaient compris que même si on venait de loin, de la Saskatchewan en passant par Toronto, on n’était pas comme les non-catholiques de Gaspé. La façon de penser inculquée par l’Église faisait que les croyants avait de la difficulté à comprendre comment ces païens que nous étions auraient une place au Ciel. Or, plusieurs savaient que le vicaire de la paroisse avoisinante, Rivière-au-Renard, l`abbé Ladislas Pordan, était ni Canadien, La maison de la famille Nelson. Photo : Comité local de développement de L’Anse-à-Valleau. Novembre 2016 - Février 2017 – MAGAZINE GASPÉSIE 21


DOSSIER Cabanes de pêcheurs à Canne-de-Roches. Photo : Comité local de développement de L’Anse-à-Valleau.

religieux. La tradition chez les protestants était d`utiliser la langue de tous les jours et la liturgie impliquait la communauté et comprenait beaucoup de chants.

Avantages d’aller à la messe

Le cheval avait son utilité à Canne-de-Roches. Photo : Comité local de développement de L’Anse-à-Valleau.

ni Anglais, mais Hongrois. Les gens ont vite su que comme lui ma mère était hongroise et sans doute pourrait passer pour une bonne catholique. À cette époque, c’est la mère de famille qui était responsable des questions de religion, de moralité et de bon langage. Quand on dit « bon langage », comprenons que la censure visait les sacres** plus que la grammaire. Si ma mère était considérée comme une légitime catholique, il n’y aurait pas à questionner la légitimité de sa famille. On ignorait que mon père était à l’origine de confession luthérienne. Le phénomène du mariage mixte

existait peu en Gaspésie. Après tout, c`était l’année mariale, en 1954, et l`œcuménisme visant le rapprochement des chrétiens. L`idée de la conversion était plutôt réservée pour les indiens et les petits Chinois, moins pour quelqu’un qu’on connaissait, comme mon père. Je ne savais pas que sa conversion au catholicisme était une condition obligatoire de son mariage et de sa présence à l’église de Saint-Maurice-de-L’Échouerie. Ainsi, ma famille avec un nom anglais avait une passe pour assister à la messe. Le latin de mon père était aussi bon que celui de tout le monde. Peut-être il manquait des bouts du sermon les premières années quand il apprenait son français mais il a toujours été très

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Moi, même si je n’avais pas le handicap de mon père pour comprendre le français et que j’avais été baptisé catholique, je trouvais ça dur d’assister à la messe. C’était long la messe pour un jeune garçon. Il faisait souvent chaud dans l’église, même si les portes et les fenêtres étaient grandes ouvertes et aussi, le latin n’était pas ma première, ni ma deuxième langue. Cependant, je trouvais certains avantages d’aller à la messe parce que j’avais la chance de voir des jeunes de mon âge car il n’en avait pas à Pointe-à-la-Renommée toute la semaine. Mais, encore plus important, il y avait cette fille, la belle petite fille aux cheveux blonds, ce qui était rare dans la communauté où presque tout le monde avait les cheveux noirs. À l’approche de mercredi après-midi je commençais à anticiper d’aller à la messe dans l’espoir de voir cette ange, pas celle en plâtre près de la chaire, mais celle qui souvent arrivait juste avant le tout début de la messe. Si j’étais chanceux où nous étions assis, je pourrais la voir, elle et ses longs cheveux blonds. Tout au long de la messe, les paroles du curé n’étaient qu’un bourdonnement lointain et toute mon attention était fixée dans mon imagination à penser comment ça serait d`avoir la compagnie de cette petite belle. Quand on était rendus aux bénédictions, je m’apprêtais à passer de l’imaginaire à la réalité. Tous mes sens se réveillaient pour déguster sa présence momentanée lors de son passage à sa sortie de la messe dans l`éblouissante lumière du soleil encadrée par la porte de l’église. Ah que j`avais hâte à la messe du dimanche prochain.


DOSSIER **Je répétais leurs jurons en français Dans son récit Les années à Pointe-à-la-Renommée (Ottawa, 1998, p. 21), ma mère (Regina (Lisik) Nelson) raconte cette anecdote. « Kenneth, vers l’âge de trois ans, était curieux au sujet de tout. Lorsque les hommes travaillèrent au pipeline derrière la maison, il voulut les rejoindre. Il ne pouvait ni parler ni comprendre le français et les travailleurs ne parlaient pas l’anglais. Mais ce n’était pas un problème pour Kenneth : il faisait de son mieux pour tenter de communiquer avec eux en essayant d’imiter les mots qu’il entendait. Les hommes trouvaient ça drôle et amusant d’entendre Kenneth répéter leurs jurons en français. […] Lorsqu’un jour le père Vaillancourt, notre curé, est venu nous rendre visite, il parla en français à Kenneth. Celui-ci lui répondit en utilisant les jurons français qu’il avait appris. Le prêtre fut surpris. Sachant que nous parlions très peu le français, il demanda à Kenneth en anglais où il avait appris son français. Kenneth lui répondit avec fierté que c’était les hommes qui avaient creusé la tranchée qui le lui avait appris. Le dimanche suivant, le sermon porta uniquement sur les adultes qui enseignaient à sacrer à des enfants innocents. »

L`ange disparaissait chaque dimanche

S’apercevant de mon intérêt pour la messe, ma mère en était très fière car elle y voyait une bonne chance pour elle de faire son Ciel, pas en récompense pour ses vendredis maigres, ses chapelets ou son jeûne du carême,

mais en donnant une vocation à Rome. Son fils serait peut-être un prêtre ou encore un évêque. Imaginez-donc, la mère, peut-être, d`un futur Pape? Pour ma part, je me creusais la tête ces temps-là, et parfois même après avoir quitté la Gaspésie, à savoir où l`ange disparaissait chaque dimanche. Le hasard a fait que lors d`un de mes

retours en Gaspésie dans les années 60, à l`occasion d’une visite chez des amis de L’Anse-à-Valleau, j’ai rencontré une jolie blonde dont les ancêtres étaient présumément d’origine hollandaise, que j’ai aimée et fréquentée, qui m’a aimé et qui dort déjà depuis longtemps derrière l’église. * Durant la Deuxième Guerre mondiale, son père, Lloyd Nelson, a servi comme opérateur de radio sur l’un des navires qui faisaient partie de la flotte qui a ravitaillé les alliés en Europe. Par la suite, résidant en Ontario, il est engagé par la compagnie Marconi pour laquelle il obtient une affectation à Pointeà-la-Renommée où il aura la charge de la station maritime. Il s’y installe en 1949 avec son épouse et son garçon.

Merci de leur collaboration à mesdames Priscilla Poirier, Dorine Dupuis et Joanie Francoeur du Comité local de développement de L’Anse-à-Valleau.

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On n’avait rien, mais on avait tout! À partir de sa naissance inattendue, l’auteure trace le parcours de son enfance : son rang dans la famille, les divertissements à l’intérieur, les jeux à l’extérieur, le bonheur et le malheur. Un récit de Rhéa Collin Cap-d’Espoir

La naissance et les premiers apprentissages

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ers la fin des années cinquante, les familles nombreuses étaient monnaie courante et la mienne ne faisait pas exception puisqu’elle comptait déjà sept enfants. Avec un seul salaire, celui de mon père qui était commis de magasin général, il devenait de plus en plus difficile de nourrir toutes ces bouches et d’inscrire les plus vieux au séminaire ou autres maisons d’enseignement supérieur. Mes parents envisagèrent donc comme c’était dit à l’époque - d’arrêter la famille. Ma mère se rendit donc chez le médecin du village qui lui proposa comme méthode de contraception celle du calendrier. C’était celle que son épouse et lui employaient et qui était selon lui infaillible. Ma mère suivit donc les instructions qu’il lui avait savamment expliquées. Quelques mois passèrent et elle commença à observer des symptômes très souvent ressentis par le passé. Je fis donc mon arrivée dans des circonstances bien imprévues. En ce premier dimanche peu avant la basse messe, le bon docteur passa faire sa visite et dit à ma mère que l’enfant se présenterait bientôt mais qu’il aurait bien le temps d’assister au premier office. Je fus donc la cadette, cinquième fille et huitième enfant de la maisonnée. Dès lors, je fus la petite princesse de mes trois frères et la poupée de mes grandes sœurs. Notre maison, un bungalow construit par mon père,

n’était pas très spacieuse avec ses 5 ½ pièces mais c’est sans doute chez nous que le Petit bonheur de la chanson de Félix Leclerc s’était ramassé. Une chambre pour les filles, une pour les garçons, mais nous nous y sentions très bien. Avec l’ainé qui avait 15 ans de plus que moi, c’est comme si trois générations cohabitaient sous le même toit. Mes premiers pas, mes premiers mots leur ont été adressés. Mes premiers chagrins causés par l’ennui ressenti quand ils quittaient pour les études ou le travail loin de la maison leur appartiennent également.

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À sept ans, je pose avec mes petits animaux : Pussy le chat et Kiki la chienne. Photo : collection Rhéa Collin.

L’entrée à l’école

Nous avions la chance en fermant la porte de la maison de découvrir un immense terrain de jeu. La forêt et son ruisseau derrière, la plage et l’immensité de la mer devant et, entre les deux, quatre ou cinq maisons remplies d’enfants dont l’âge concordait. Il y avait toujours un ami disponible. La première séparation avec les amis s’est produite lors de l’entrée à l’école. Nous avions beau être du même groupe d’âge, si les mois


DOSSIER une carabine à plombs, un camion remorque ainsi qu’un tracteur. Jamais je ne me suis autant amusée qu’avec ce trésor qui ne m’était nullement destiné. Je devins également très populaire auprès de mes amis masculins.

Les jeux extérieurs

Cousins, cousines sur le perron. En haut : Josette Collin, France Collin et Lucille Caron; en bas : Howard Bourget, Marie Caron, Louise Collin, Pierre-Paul Caron et Denise Caron. Photo : collection Rhéa Collin.

de naissance ne concordaient pas avec ceux des différents niveaux à l’école, nous ne pouvions plus passer nos journées ensemble. Quel plaisir lorsque la cloche sonnait. Nous retournions à la maison à la hâte et retirions nos uniformes : tunique et blouse blanche pour les filles tandis que les garçons portaient un pantalon propre et un chemisier blanc. Il ne nous restait qu’à écouter La Boîte à Surprises, à souper, à faire les devoirs pour enfin profiter du peu de temps qu’il nous restait entre voisins. Chaque saison était très animée. L’hiver débutait avec le répit mais aussi l’excitation de la période des Fêtes. Nous avions consulté religieusement les catalogues Eaton et Simpson-Sears et avions marqué de gros X les poupées et les jouets tant convoités. Moment magique de la nuit tant attendue, nous déballions nos cadeaux distribués par un oncle arborant une barbe de ouate faite maison et des habits rouges de fortune destinés à personnifier le père Noël.

La parade des jouets Continental

J’ai souvenir d’une année où j’avais participé à La parade des jouets Continental. À partir de novembre, au poste CHAU-TV de Carleton, il y avait une émission d’une dizaine de minutes qui s’appelait ainsi. En arrière-plan, il y avait étalage de jouets du magasin Continental et nous pouvions participer en envoyant un dessin où nous inscrivions nos coordonnées et dans le coin supérieur, très important, il faillait noter fille ou garçon. Cela servait lors des tirages hebdomadaires, ou lors de l’ultime gros lot, à faire parvenir des jouets selon le sexe du participant. À chaque vendredi un jouet pour garçon et un jouet pour fille étaient distribués, il en était de même pour les gros lots. Le fameux soir du tirage arriva. Le père Noël au fort accent anglophone pigea donc un premier dessin et annonça le gros lot pour les filles. Quelle déception! Ce n’était pas moi. Puis vint celui des garçons. Malgré tout je restais rivé au petit écran. J’entendis alors le nom de Réal Collins et vis mon dessin. Malgré les appels au poste de télé afin de dire qu’il y avait eu erreur, je reçus quelque temps plus tard une piste de course,

Nos temps libres étaient occupés par les jeux extérieurs : les combats de boules de neige, la construction de tunnels, la glissade ainsi que le patin sur tout ce qui était trou d’eau gelée. Le printemps, chacun de nous recevait selon qu’il s’agisse de garçons ou de filles, des bottes de pêche ou des bottes d’eau. Il faut dire que celles des filles servaient également à danser. Nous reproduisions les pas de danse de nos grandes sœurs qui elles les avaient observés à l’émission de télé Jeunesse d’aujourd’hui le samedi soir. Ainsi nous avions rebaptisé la chanson Les boîtes à gogo de Michèle Richard qui portait des bottes blanches pointues à talon noir par Les bottes à gogo. Les petites bottes blanches en caoutchouc à bout arrondi avaient donc une vocation de jour dans les trous d’eau et une pour la fin d’après-midi sur l’établi de l’atelier lorsqu’elles se démenaient sur la musique des précieux 33 tours de nos ainées. Nous avions également droit à une corde à danser, un sac de billes, une balle bleu blanc rouge ou un ballon qui nous permettaient de jouer à la balle au mur ou au ballon-chasseur. L’été, nous profitions de la plage dès que la cloche du dernier jour d’école avait sonné. Les plus chanceux avaient une bicyclette neuve, les plus jeunes héritaient de celle des années précédentes d’un plus vieux de la famille. Les garçons débordaient d’ingéniosité en fabriquant eux-mêmes leur canne à pêche avec un bout d’aulne et, pour quelques sous, ils réussissaient à acheter au magasin général la ligne, les hameçons et les cales de plomb. D’autres construisaient ce qu’ils appelaient des « barouches » avec des bouts de bois trouvés ici et là, des tiges de métal et des tranches de gros arbres qui

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Mes quatre sœurs ainées : Jocelyne, Josette, France et Louise Collin. Photo : collection Rhéa Collin.

servaient de roue. Et voilà ils avaient un charriot. Les bobines de fil de bois de nos mères devenaient des toupies. Une de mes sœurs, quant à elle, expérimentait tout ce qui n’était pas nécessairement imaginable, comme atteler une poule sur un porte-poussière. La cueillette des petits fruits faisait également parti de nos loisirs. Le matin nous partions en expédition avec nos mères, paniers à pique-nique et contenants de plastique dans le but d’assurer les provisions de confiture du prochain hiver. À l’Angélus, le pique-nique étant déjà dévoré, nous sentions l’appel de la mer et laissions nos mères à la besogne mais aussi à leur rencontre amicale. Le nombre d’enfants doublait à cette période puisque les cousins et cousines de l’extérieur venaient en vacances. Puis revenait l’automne et le retour en classe avec l’achat du nouveau matériel scolaire que nous recevions comme des cadeaux. C’était aussi le temps où la noirceur arrivait trop vite et nous privait du dehors plus tôt. Nous en profitions donc pour aiguiser soigneusement nos crayons de couleur et faire des dessins ou encore refaire la garde-robe de nos poupées en recyclant les bouts de tissu de la boîte

La mode des bottes à gogo : Rhéa Collin, Francine Langlois, Gaétane Chartier et Cécile Gariepy. Photo : collection Rhéa Collin.

à guenille. Les promenades dans les bois pour cueillir des feuilles d’érable que nous mettions dans des livres pour les oublier et les retrouver des années plus tard. Pour ce qui est de notre maisonnée, nos parents nous permettaient d’avoir de petits animaux, chat ou chien, auxquels nous donnions des noms farfelus au gré de notre imagination débordante. Ainsi ont cohabité avec nous Codey, Kiki, Goguette, Madoure, Eric aux oreilles de cuir pour ne nommer que ceux-là. C’était nos amis, nos confidents tout au long de notre petite enfance marquée par la joie mais aussi par des événements malheureux.

Bonheur et malheur de l’enfance

Heureuses et heureux, nous vivions dans notre petit nid douillet. Je venais tout juste de célébrer mes sept ans quand, en début de soirée du 26 juillet 1966, alors que je jouais dehors avec les petits voisins, je vis arriver la voiture du médecin à toute vitesse,

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puis des adultes courir vers la maison et d’autres arrivant en voiture à vive allure. En rentrant chez moi, je fis connaissance avec la tristesse : mon père, à l’aube de ses 58 ans, venait de succomber à un infarctus. Ma mère, courageuse, forte, inébranlable, a tout mis en œuvre pour garder le navire à flots. Malgré cette tragédie, elle a gardé le cap et nous a permis de voguer dans des eaux quasi tranquilles. Quelques années plus tard, le sort a voulu que l’ainé de la famille périsse dans un accident de voiture. Cette fois-ci, j’ai été confrontée à la vulnérabilité du roc qu’avait été ma mère jusqu’à ce jour. Malgré tout cela, je puis affirmer que les liens familiaux et les voisins immédiats ont fait que ces années ont été merveilleuses. Comme l’a si bien dit Yvon Deschamps dans un de ses monologues : « On n’avait rien, mais on avait tout! » Je côtoie encore aujourd’hui mes compagnons d’enfance et c’est toujours avec grand plaisir que nous nous remémorons nos aventures d’antan.


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Une étoile est née L’auteure est née à Chandler dans une famille qui prônait l’accueil, la générosité et la vaillance, trois grandes valeurs qui font encore aujourd’hui la réputation des Gaspésiens. Elle rappelle les souvenirs multiples de son enfance. Un récit d’ Eveline Trépanier Chandler

La ménopause vient de bouger!

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e bon docteur Allard avait annoncé à ma mère, Geneviève Parisé, qu’elle était en ménopause compte tenu de ses 42 ans et de ses symptômes. Après sept grossesses dont cinq enfants vivants, c’est en allant chercher un seau de charbon que maman a ressenti un coup de pied dans son ventre. Calme comme toujours elle s’approche de son cher mari et lui dit : « Adolphe, je pense que la ménopause vient de bouger! » Tout heureux, il répond : « ça c’est une bonne nouvelle ! » Sujet tabou à l’époque, nul ne pensa à préparer la petite dernière à l’arrivée d’un autre bébé. Le jour de ma naissance, papa alla cueillir des petites fraises avec les enfants car l’accouchement, c’était l’affaire des femmes. Pour cette raison ma sœur Jeanne, la petite dernière, a toujours dit à mes parents : « Rapportez ce bébélà chez la voisine » pensant que j’étais le bébé de madame Gauthier. Baby boomer, je suis née en 1948. Très croyants, nos parents nous inculquaient l’importance de la générosité et du partage. Un jour, un couple qui était inconnu de la famille et sans ressource frappe à la porte et demande à mes parents s’ils acceptent de les héberger. Mon père regarde maman: « Est-ce une bonne idée de partager notre maison alors que nous sommes déjà huit ? » Sans hésitation ma mère les invite : « Venez partager notre maison, j’ai une petite qui vient de naître, vous pourrez m’aider et ça fera

plus de monde à l’aimer. » Grâce à mes généreux parents, j’ai connu ces beaux personnages que l’on nommait affectueusement monsieur et madame Dan, dans les faits Daniel et Élizabeth, bonne couturière et cuisinière, qui sont demeurés avec nous durant dix-huit ans.

J’ai grandi dans deux familles

Je dis souvent que j’ai grandi dans deux familles et j’ai vite compris que l’on pouvait choisir. Si je n’aimais pas le menu de maman à la salle à dîner, j’allais vers le couple Dan qui

Maman et moi à Percé, juillet 1956. Photo : collection Eveline Trépanier.

mangeait à la cuisine. Ils m’aimaient comme leur fille et me surnommait « la P’tite ». Ils m’ont beaucoup gâtée. En pleine tempête de neige, M. Dan sortit m’acheter un cornet aux fraises à l’épicerie Edgar Leblanc. À la première pêche du printemps, M. Dan courait m’acheter un gros homard, mon plus beau cadeau de l’année! D’où peut-être mon amour effréné pour les fraises et le homard!

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À 18 h 30, « Le chapelet en famille »

À leur mariage, mon père Adolphe Trépanier et ma mère Geneviève Parisé sont entourés d’oncle Conrad Thibodeau et de tante Aurélie Parisé, 10 mai 1933. Photo : collection Eveline Trépanier.

Maman préparait de bons plats souvent jusque tard dans la nuit. Elle se couchait après le souper pour se lever vers onze heures pour cuisiner. Elle disait que c’était plus tranquille dans la maison. Nous dormions aux odeurs de soupe aux légumes, de fèves au lard et souvent même en humant le bon pain frais qui nous ouvrait l’appétit. À notre réveil, la table était toujours mise et papa nous servait le petit déjeuner avant le départ pour l’école; on laissait maman dormir... Je me remémore souvent le repas matinal de mon enfance et c’est encore le plus important de ma journée. Je redis aujourd’hui à mes petits-enfants comme je l’ai répété à mes enfants ces mots de papa : « Les enfants il faut manger le matin pour bien apprendre, c’est comme la voiture lorsqu’on part en voyage, on met l’gaz avant de partir et non à l’arrivée. » Ainsi ils comprennent très bien l’importance du petit déjeuner avant de partir pour l’école.

Durant toute mon enfance, la rue et le terrain de golf ont été mes terrains de jeux et tous les enfants se rencontraient après l’école pour jouer au ballon chasseur. Mais ce qui nous ennuyait le plus était l’appel de nos parents à 18 h 30 pour réciter « Le chapelet en famille » alors diffusé à la radio de CHNC New Carlisle par l’entremise de l’évêché de Gaspé. Aussitôt le chapelet terminé, nous sortions jouer à la cachette sur le terrain de golf, au grand désarroi de notre père qui nous interdisait d’y aller, cet endroit étant réservé aux dirigeants de la Compagnie Gaspésia et aux notables comme les médecins, avocats et autres professionnels. On nous disait même que les ouvriers pourraient perdre leur emploi à cause de notre présence sur ce beau terrain. Mais peine perdue, on allait même y glisser l’hiver, faire de la raquette et du ski. Comme j’étais la cadette, c’est souvent moi qui restais avec maman le soir lorsque les plus grands sortaient. Un soir, dans la balançoire, notre lieu préféré, j’ai demandé à maman pourquoi il y avait six ans de différence entre ma sœur et moi. C’est alors qu’elle m’a raconté qu’elle avait perdu deux petits bébés garçons naissants. J’ai voulu comprendre sa tristesse et elle m’a raconté qu’on ne pourrait pas les revoir au ciel car le curé avait décidé de les mettre au fond du cimetière avec une petite croix blanche, qu’ils iraient dans les limbes n’étant pas baptisés. Après un long silence, j’ai dit à maman que c’était injuste et que dès le lendemain, j’irais au presbytère chicaner le curé car il n’avait pas le droit de faire ça. J’avais à peine dix ans mais jamais plus je n’ai voulu croire en ces histoires du curé puisqu’il m’avait privée de voir mes deux petits frères au ciel.

Être le poteau de vieillesse

Mon rang dans la famille a beaucoup influencé mon choix de carrière et souvent je me suis sentie coupable

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d’avoir trop reçu. Étant femme en plus, j’avais le mandat d’être le poteau de vieillesse! Bien qu’infirmière et donc capable d’objectiver, j’ai ressenti de la culpabilité lors de la maladie ou du décès d’un membre de ma famille, moi qui avait été tant choyée. Cependant, ma profession m’a permis de me réaliser avec les valeurs fondamentales apprises dès l’enfance. Le besoin de justice est aussi fondamental chez moi. Mon père disait toujours : « Celle-là, c’est une Jeanne d’Arc, un jour elle pourrait se faire tuer pour la justice. » Je voulais toujours suivre papa. J’ai ainsi appris à tailler la tôle dans sa « shop » comme il l’appelait car il était ferblantier. Il travaillait à l’usine le jour et, le soir, il réparait les cheminées pour rendre service. Bien souvent les gens n’avaient pas d’argent pour le payer. Il me disait : « Ce n’est pas grave, il faut faire le tuyau pour ne pas que ces familles mettent leur maison en feu l’hiver prochain. » Maman encourageait mon père à m’amener partout. J’ai donc eu la piqûre du voyage très jeune et je continue encore aujourd’hui à parcourir le monde. J’ai eu la chance de demeurer tout près de l’école alors je venais toujours dîner à la maison, invitant souvent des amies. Dans nos retrouvailles, elles me rappellent toujours la gentillesse de mes parents et les bonnes patates frites à Geneviève, ça fait chaud au cœur. Mon entrée dans l’adolescence a été marquée par un exploit. Nous avions réussi à obtenir du curé, Mgr Sévigny, la permission d’organiser des danses dans la grande salle du couvent! Mais à une condition, que M. Georges Michaud, père du chanteur Pierre Michaud, nous surveille « pour ne pas danser trop collé ». J’avais donc intérêt à me tenir le corps droit et les oreilles molles si je voulais retourner danser le vendredi suivant, aux rythmes de notre orchestre préféré Les Commandinos qui jouaient de si beaux slows!


DOSSIER

Baignades, cowboys, épées et camions...

BONUSi !ci ! Cliquez

Qui en Gaspésie n’a pas vécu une enfance comme celle de l’auteur à L’ Anse-à-Valleau avec comme terrain de jeux la mer, la rivière, la montagne et parfois la tête pleine d’idées et de mauvais coups à faire. Un récit de Benoit Tapp Gaspé

À la fin juin, les vacances tant attendues !

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es étés merveilleux d’insouciance où chaque jour, malgré la pauvreté qui m’entourait, était rempli de joie et de bonheur. Nos terrains de jeux étaient la rivière à M. Armand Dupuis pour la baignade, le cap à M. Donat Gaudreau pour nos jeux de cowboy ou d’épée et la montagne à M. Thomas Dupuis pour nos camions fabriqués en bois.

La natation : une méthode d’enseignement très simple

Le bassin de l’embouchure de la rivière, situé derrière la demeure de M. Euchariste Dupuis, était notre piscine naturelle. Tous les jours de beau temps sans exception et pendant quelques heures, les enfants du village venaient faire un brin de saucette ou carrément passer la journée. Il y avait souvent les enfants des vacanciers; ceux-là trouvaient toujours l’eau trop froide. C’est à cet endroit que débutaient pour tous les jeunes les cours de natation et de plongeon. Je vous dis qu’il ne fallait pas être trop peureux car la méthode d’enseignement était très simple : un plus vieux passait près d’un jeune, il l’attrapait par le cou et les jambes et le lançait à bout de bras dans le plus profond de la rivière. Des hurlements se faisaient entendre, un gros bruit suivait et tout le monde espérait que le jeune puisse nager! Sinon deux ou trois jeunes, sachant se débrouiller, allaient le cueillir dans l’eau et le sortaient, parfois étouffé d’avoir avalé

Le village de L’Anse-à-Valleau vu du sommet de la montagne. Photo : Musée de la Gaspésie.

trop d’eau. Après trois ou quatre essais, soit le jeune savait nager, soit il ne revenait plus à la rivière de l’été. Je n’ai jamais appris à nager de cette façon mais je suis toujours retourné à la rivière, quoique nerveux! Parmi les bons nageurs se trouvaient Alain Dupuis, Abel Dupuis, Hugues mon frère, Raynald Dupuis pour le plongeon et les vrais torpilles : Valmont Mathurin et Michel Dupuis.

Nous courions les filles avec du goémon

C’est à cette rivière que nous faisions nos courses de radeaux fait de bois de grève et que nous poussions avec d’immenses perches. C’est là que nous essayions d’attraper la truite avec nos mains! Que de minutes de concentration pour l’approche et seu-

lement pouvoir la toucher. C’est aussi là que nous courions les filles avec du goémon que nous avions ramassé sur la grève; mais, elles ne manquaient jamais de nous lancer des roches ou des bouts de bois. Et parfois, en terminant, nous allions dans les gadelliers de M. Thomas Gaudreau sur la butte près de la rivière. Ce coin du village était également l’endroit idéal pour les pique-niques. Combien de fois avons-nous essayé de guetter du côté des pique-niqueurs un morceau de pain de magasin avec, à l’intérieur, du paris pâté? Nous n’avions ni les moyens d’acheter du pain de magasin ni du paris pâté; alors imaginez-vous les bassesses qu’on était capable de faire pour y goûter. Quand la bande était fatiguée de l’eau, nous allions sur le Cap pour jouer au cowboy ou à l’épée. Ce bout de village faisait environ un kilomètre carré. Au fil des étés, il avait vu naître

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DOSSIER Enfants triant des éperlans. Photo : Musée de la Gaspésie.

sur son sol une frontière, des prisons, des caches, et des beaux petits sentiers. Il faut dire que nous étions heureux dans ce coin de village. M. Donat Gaudreau et Mme Yvonne nous encourageaient à y aller. Quel bon monde! De plus, leurs moutons avaient mangé les branches des arbres sur une hauteur de quatre pieds.

Pow, pow « t’es mort »

Arrivés sur les lieux c’était toujours le même manège. Deux plus vieux divisaient le groupe en deux, les bons et les méchants. Ensuite tout le monde prenait une branche pour fusil ou épée. Les plus astucieux avaient la présence d’esprit de laisser leurs instruments de jeux dans un tas de broussailles. Les bons restaient sur place tandis que les méchants se dispersaient sur leur côté de frontière à travers les sentiers. Après cinq minutes d’attente, le chef des bons donnait le signal. La course aux méchants débutait vite comme des fourmis au travail. Ils traversaient la frontière couchés par terre tandis que les plus hardis restaient debout. Lentement la chasse débutait. Il arrivait souvent des faits cocasses. Un jour Rodrigue Dupuis le bon rencontre Gaston Dupuis son frère le méchant. Rodrigue tire et crie à Gaston : « t’es mort »! Celui-ci lui répond qu’il n’est pas mort parce qu’il est protégé par une branche d’aulnes. Le jeu dure environ cinq minutes avec des « t’es mort », des « je ne suis pas mort » et mettez-en! Rodrigue prend le mors aux dents, fonce sur Gaston et l’assomme raide avec son fusil en branche. Gaston tombe... « asteur, t’es mort »! Une autre fois, les méchants ont attrapé un des bons, ils l’ont amené près d’un arbre, l’ont attaché, apporté des broussailles et mis le feu. Je peux vous dire qu’ils ont su où étaient le reste de la bande. Le gars attaché criait : « vous n’avez pas le droit de faire ça ». Il faut croire que c’était la loi du plus

fort car il n’arrêtait pas de crier et de gesticuler. Et le feu s’est éteint assez vite. Sur cet immense terrain, il arrivait souvent que le jeu soit terminé et que des jeunes continuent à jouer tout seul sans s’apercevoir que les autres étaient partis et que le jeu était terminé depuis un bon moment.

On jouait aux camionneurs

Ailleurs, se trouvait le champ de M. Thomas Dupuis; c’est là qu’on jouait aux camionneurs. Le champ était situé dans la montagne juste en face de notre maison. On y avait construit des superbes chemins de terre qui parcouraient presque toute la montagne. Nos camions étaient faits en bois, peinturés de toutes sortes de couleurs provenant des restants de gallon de peinture. Il y avait des camions pour charroyer la terre, des spéciaux pour le bois et d’autres pour les remorquages. Les

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Enfants sur la plage, 1952. Photo : Charles-Eugène Bernard. Musée de la Gaspésie. Fonds Charles-Eugène Bernard. P67/B/2a/5/29

roues de nos camions provenaient des flottes de liège que nous allions voler le soir sur les filets à harengs des pêcheurs. Pour les essieux, nous prenions des vieux manches de « moppes » ou de balai. Les lumières étaient fabriquées avec des couverts de canne de « beans » et une corde attachée au pare-chocs nous permettait de faire avancer nos chefs-d’œuvre. Je vous dis qu’il y avait des bizarres de sons pour imiter le véritable fonctionnement d’un moteur. Nos journées d’été se terminaient comme cela. Et vers quatre heures de l’après-midi, toutes les mères du village sortaient sur leur perron de galerie pour inviter tout ce beau monde à venir manger. Quel bon temps nous vivions!


ARCHIVES

Charles Robin raconte... Un Jersiais à la rescousse d’un Irlandais Lors de la dernière chronique d’archives parue dans le précédent numéro du Magazine Gaspésie, Charles Robin nous racontait ses péripéties et ses problèmes commerciaux vécus lors de la Guerre d’Indépendance américaine. Cette fois-ci, il fait mention d’un événement particulier impliquant un homme important de la région, Félix O’Hara. Marie-Pierre Huard

Technicienne en archivistique, Musée de la Gaspésie

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ette deuxième série de documents évoque l’influence que pouvait avoir Charles Robin auprès de certaines personnalités importantes de l’époque. Nous sommes en 1786. Robin et O’Hara se connaissent depuis quelque temps et sont des partenaires dans leur aventure en Gaspésie. Presque un an auparavant, plusieurs centaines de loyalistes s’installent dans la région de Gaspé pour y pratiquer la pêche. Les relations ne sont pas cordiales entre ces nouveaux arrivants et Félix O’Hara qui les considèrent comme des gens toujours mécontents, difficiles à satisfaire et instables. En réponse à l’attitude négative de O’Hara et parce qu’il est, semble-t-il, cupide, les Loyalistes brûlent la même année plus de mille âcres de bois appartenant à l’Irlandais. Le gouverneur Nicholas Cox n’apprécie pas le manque de coopération attribué à O’Hara. Ce comportement semble lui coûter énormément, car Robin tentera par la suite d’user de toute l’influence dont il dispose afin d’aider l’Irlandais à se sortir du pétrin. Ainsi, il écrira à Francis LeMaistre résidant à Québec, un compatriote jersiais qui est quelque peu influent auprès de Cox. Ces documents témoignent aussi du profond respect et de l’amitié entre Félix O’Hara et Charles Robin.

Sir Guy Carleton.

Nicolas Cox. Source : Musée de la Gaspésie. Fonds Musée de la Gaspésie. P1/16/1

Source : Musée de la Gaspésie. Fonds Musée de la Gaspésie. P1/16/1

Charles Robin lui apporte son soutien

pour compenser le différend* entre le Gouverneur et toi. Je vais faire tout ce qui est en mon pouvoir. Oublie ce qui s’est passé et fait amende honorable pour la faiblesse de la nature humaine. […]. Maintenant, je le veux et je ne peux pas le faire sans lui. Néanmoins, je pense que je peux gérer le tout pour mériter la confiance et les bonnes intentions des deux (Cox et LeMaistre). Je devrais en être très fier, une tâche difficile tu diras […].

Lettre à Félix O’Hara, Gaspé, 13 juin 1786 : « Je vais écrire ces jours-ci […] à notre ami Major LeMaistre, qui est un ami intime du Gouverneur Cox. Je vais lui témoigner tout mon intérêt de te supporter, mais prend mon conseil pour une fois, ce n’est pas possible de te défendre toi-même sauf si tu deviens plus souple. Laisse-nous continuer

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ARCHIVES Maison O’Hara. Source : Musée de la Gaspésie. Fonds Fabien Sinnett. P232/1

Le docteur Longmore arrive bientôt ici […] ; c’est ton ami et tu dois en prendre soin. Je sais que les événements qui ont menés à ta mésentente provenaient des meilleures intentions, mais qu’est-ce que tu peux faire, tu dois suivre les lois de la province. […]»

Un plaidoyer en faveur de son ami

Lettre à Francis LeMaistre, Québec, 13 juin 1786 : « Je suis infiniment désolé de vous informer que monsieur Félix O’Hara, juge en chef de ce district avec un salaire de 100 livres, un très grand ami de notre compagnie, un homme parfaitement honnête, estimé par tous les habitants pour son bon sens de la justice, respecté par tous les commandants de sa Majesté qui ont séjourné à Gaspé et par tous les marchands de Québec […], a commis un faux pas avec le gouverneur Cox et s’il ne trouve pas de support, cela pourrait lui coûter très cher. Il pourrait perdre son poste, le ruinant par le fait même. C’est tout ce qu’il a comme support pour sa famille nombreuse. Sir Guy Carleton le connait et pourrait peut-être lui être favorable. […] Si vous avez le pouvoir de prévenir la ruine de cet homme bon, ce qui serait estimé comme une faveur, je devrai être en mesure d’affirmer qu’il n’y aura plus de plaintes formulées et que le Gouverneur Cox sera bien satisfait de sa conduite. Ce sont des circonstances malheureuses, O’Hara était bien intentionné, mais a commis une erreur. C’est un bon sujet connaissant bien son pays, son commerce et ses habitants. […] Il réside à Gaspé depuis 24 ans, c’est un homme appliqué, ayant une bonne morale. Bref il n’y a pas le moindre défaut dans ce caractère, à l’exception du différend entre le Gouverneur et lui. […] Je ne voudrais pas qu’on pense que je fais un plan contre le Gouverneur, que je

Extrait de lettre envoyée par Charles Robin à Francis LeMaistre de Québec, le 13 juin 1786. Source : Musée de la Gaspésie. Fonds Robin, Jones and Whitman

respecte et estime et de qui je reçois fréquemment de grandes marques de faveur en plus de sa protection. Mais cela signifie seulement de faire tout ce qui est en mon pouvoir pour apporter une réconciliation dont je sais qu’elle durera. Je ne devrais pas être désolé ni d’être coupable de faire certaines choses dans le dos du Gouverneur Cox. […] Je ne devrais pas avoir d’objection que vous communiquiez mes demandes et vous serez reconnaissant si vous tentez cette affaire avec lui si c’est possible. Je suis désolé de vous déranger si rapidement, mais les fréquents services que j’ai de monsieur O’Hara m’y obligent. […] »

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Dernière tentative

Lettre à Major Francis LeMaistre, Québec, 4 août 1786 : « Mes derniers respects se retrouvent dans la lettre du 13 juin, svp vous y référez. Depuis ce temps, j’ai trouvé que le cas de mon ami O’Hara n’est pas alarmant. Je n’ai pas le moindre doute qu’il aura une meilleure conduite ; je le recommande à tout prix à votre protection, c’est un homme bon. […] » * On sait peu de choses sur ce différend. Rien n’est mentionné directement dans la correspondance. Toutefois, en raison des dates et de ce qui est fait mention dans le Dictionnaire biographique du Canada, nous supposons que ce différend entre les deux est le résultat de ce qui s’est passé à Gaspé entre les loyalistes et O’Hara.


OBJETS DE MUSÉE

Se déguiser : pas juste un jeu d’enfant... même pour René Lévesque! Peu importe le milieu socio-économique ou l’époque auxquels on appartient, se déguiser est, pour un enfant, un moyen efficace d’accéder à un monde imaginaire. Et peu s’en faut pour mettre en scène nos personnages préférés dans les scénarios les plus rocambolesques : une branche en guise d’épée, une vieille étoffe pour imiter une cape et nous voilà transformé en preux chevalier. Dans une Gaspésie du début du 20e siècle, où les jouets manufacturés étaient plutôt rares, jouer à « faire semblant » était certainement une activité appréciée des enfants, et ce pour tous les enfants. Même René Lévesque… Vicky Boulay

Coordonnatrice de la gestion des collections, Musée de la Gaspésie

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’est pour célébrer ses douze ans que la mère de René Lévesque, Diane Dionne, lui confectionne un costume de Pierrot. Celui-ci, de couleur rouge et blanche, est fait d’une seule pièce et se reconnaît facilement par sa large fraise (collerette) et ses quatre gros boutons. Était-ce un personnage qui convenait à celui qu’on surnommait l’« enfant triste »? Le personnage de Pierrot, qui s’appelait à l’origine Pedrolino, est issu de la commedia dell’arte, style de théâtre italien apparu au 16e siècle et qui se démarque par son caractère improvisé. Il sera ensuite repris par le Théâtre-Français ainsi que dans les pantonimes de l’époque classique. Tantôt candide et moqueur, le personnage de Pierrot sera appelé à se renouveler et deviendra un peu plus naïf, amoureux et rêveur. Toutefois, on dit de lui qu’il est empreint d’une grande honnêteté. Enfin, il est admis de façon unanime que le personnage de Pierrot, à travers les différents genres théâtraux et les époques, se veut une personnification du peuple. Peut-être, après tout, que ce personnage convenait à un enfant qui allait porter, des années plus tard, la voix de tout un peuple.

Lors de la fête de René pour ses douze ans, ce dernier porte le costume de Pierrot que lui a confectionné sa mère. Avec lui, sa sœur Alice à sa gauche et Hélène Houde, fille de Charles Houde, propriétaire de la station CHNC où René fera bientôt ses débuts radiophoniques. Photo : collection de la famille Lévesque. Novembre 2016 - Février 2017 – MAGAZINE GASPÉSIE 33


ANNIVERSAIRES

La Gaspésie de 1816 à 1966 Plusieurs anniversaires liés à des personnages et à des événements marquent l’année 2016. Jean-Marie Fallu

Rédacteur en chef

200e anniversaire - 1816

Un Sicilien à Grande-Grève

Né dans le très beau port de mer de Syracuse, en Sicile, Antoni Cassovi commence à naviguer dès ses douze ans. Son vaisseau ayant fait naufrage dans le golfe de Gascogne, il embarque sur un voilier qui le conduit à Québec où il apprend le français. Il accompagne un prêtre-missionnaire en Acadie et en 1816 on le retrouve à Grande-Grève où il épouse Angélique O’Connor. En 1839, il s’embarque sur une goélette pour Québec afin d’y repérer un voilier en partance pour l’Italie. Il semble que l’ennui et la maladie le font revenir à

Grande-Grève. Il meurt trois jours plus tard. Cassovi est aujourd’hui l’ancêtre des familles Cassivi.

Grande-Grève où débarque en premier lieu Antoni Cassovi.

Charles-Marie Labillois à Miguasha

marchand de Maria et inspecteur d’école. Son esprit aventurier convient probablement mieux à un lieu isolé comme Miguasha qu’à la petite bourgeoisie embryonnaire de Carleton. Il sera le premier médecin francophone à exercer sa profession sur la rive nord de la baie des Chaleurs. À la demande du curé de Tracadie, le Dr Labillois se rend porter secours à des malades

Originaire de Ploërmel, en Bretagne, Charles-Marie Labillois (1793-1868), ce chirurgien militaire ayant pratiqué dans la Marine française lors des guerres napoléoniennes, immigre d’abord à Carleton et ensuite, en 1816, il épouse, au moment de s’établir à Miguasha, Amelia Meagher, sœur de John, futur député de Bonaventure et de Joseph,

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Photo : Musée de la Gaspésie. Collection Marcel Lamoureux. P77, 83.16.151.45


ANNIVERSAIRES frappés de la lèpre. Ces quelques mois passés au lazaret de Tracadie en 1849 et 1850 feront un grand bien aux affligés mais placera Labillois au centre d’une querelle l’opposant au Bureau de santé du Nouveau-Brunswick sur le traitement à prescrire aux malades que Labillois prétend à tort être atteints de la syphilis plutôt que de la lèpre. Loin d’être payé à l’acte, Labillois ne touchera aucun émolument pour les mois travaillés dans des conditions difficiles, le Bureau de santé voulant le payer seulement sur la base du nombre de patients guéris. Dix ans plus tard, une pétition de 204 signataires est adressée au lieutenant-gouverneur du NouveauBrunswick demandant le retour au lazaret du Dr Labillois. Ce geste, témoin de la confiance inébranlable de

ces Tracadiens envers le médecin de Miguasha, demeure lettre morte.

Des litiges interethniques à Listuguj

La venue dans la région de Listuguj de colons écossais et surtout de loyalistes après 1784, accentue les différends interethniques relatifs à la propriété des terres. La richesse en foin des prés le long de la rivière du Loup, un affluant de la Ristigouche, attise les tensions. D’une part, les Mi’gmaq exigent une redevance substantielle venant de la coupe du foin qui fait disparaître leur gibier ; d’autre part, les Acadiens cherchent à obtenir la concession de ces prairies fertiles que Justus Sherwood, l’envoyé du gouvernement auprès des loyalistes, décrit comme étant « les

plus vastes et les plus belles qu’il y ait au monde » ; et enfin, le loyaliste Isaac Mann a non seulement des visées sur ces terres mais il n’hésite pas à les occuper sans en avoir les titres. Le litige traîne en longueur et n’est toujours pas réglé en 1816 quand le missionnaire de Carleton Joseph–Marie Bélanger se plaint de l’attitude de Mann auprès de son évêque Plessis : « Mr Mann a fait le tort le plus considérable qu’on puisse au pays ; s’il est maître des prés, on n’a rien à lui dire ; il a vendu tout le foin de Restigouche. Aux gens du Restigouche, notamment aux habitants du Brunswick qui sont d’une province étrangère. Nos Acadiens se voient réduits à tuer entre 150 et 200 bêtes à cornes faute de foin. »

150e anniversaire - 1866 Fini la période du port franc à Gaspé

Gaspé perd son statut de port franc le 15 septembre 1866, à une période durant laquelle le gouvernement canadien négocie avec la Nouvelle-Écosse son entrée dans la confédération canadienne. Or, l’on sait que cette colonie pose comme condition à son adhésion au futur Canada, que le port d’Halifax, accessible à l’année, soit renforcé en le reliant au chemin de fer du Grand Tronc. Mais la principale cause invoquée par les autorités canadiennes pour retirer à Gaspé son exemption douanière est l’échec de la politique des prix. Bien des produits importés ne subissent pas une baisse de prix. Le monopole du commerce en Gaspésie, contrôlé par les entreprises jersiaises, ne facilite en rien une baisse de prix. Certains produits en coton, en laine ou en toile, importés des colonies du sud, sont même plus chers en raison de l’inflation causée par la Guerre de Sécession qui a cours aux États-Unis. Des inspecteurs gouvernementaux notent que le port franc de Gaspé est responsable de la proliféra-

tion du marché noir entre la Gaspésie et le Nouveau-Brunswick. Durant cette période, des curés se plaignent pour leur part de la croissance de la contrebande d’alcool.

Le port de Gaspé vu de Gaspé Harbour. Photo : Musée de la Gaspésie. Collection initiale. P1/16/1

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ANNIVERSAIRES

100e anniversaire - 1916 La visite de Mgr Blais à Saint-Siméon

La visite de l’évêque revêt une grande importance surtout pour une jeune paroisse. Elle devient l’événement de l’année de sorte qu’on s’y prépare des mois à l’avance. À cette époque, on attache beaucoup d’attention au cérémonial qui accompagne une telle visite planifiant le tout dans le moindre détail. Mgr Alcidas Bourdages fait une description des plus savoureuse du rituel religieux rythmant la visite à Saint-Siméon, en 1916, de Mgr Blais, évêque de Rimouski : « Arrivée de SA GRANDEUR à trois heures; toute la paroisse était sur place : les hommes sur une rangée, les femmes sur l’autre, formant une haie aux couleurs fort nuancées… ; en avant de chaque rangée, se tenaient les enfants qui allaient être confirmés le lendemain : les petites filles, avec voile et couronne, se tenaient en avant des femmes et les-

petits garçons, avec brassard et insigne, se tenaient devant les hommes ; de fait, le coup d’œil était magnifique. Une vigie, placée au clocher, surveillait le nuage de poussière que devait soulever la cavalerie qui, souvent, précédait la voiture de l’évêque, toujours tirée par deux chevaux. Aussitôt le nuage aperçu, la vigie donnait l’alarme et les cloches se mettaient en branle. […] À l’entrée, une arche large, haute, artistiquement tapissée de belles branches d’épinettes, ornementée de petits drapeaux, avec une belle banderole sur laquelle on pouvait lire : BIENVENUE À SA GRANDEUR. […] le prédicateur (Mgr Blais) donnait une forte instruction qui, d’ordinaire, portait sur le péché, la confession et le salut éternel. […] Le ‘‘staff’’, qui accompagnait l’évêque dans mon temps, était assez impressionnant. Il se composait d’un Père et, des fois, de deux, d’un secrétaire-cérémoniaire et d’un familier, qu’on appelait ‘‘le petit serviteur de Monseigneur’’.»

La mort du soldat Edwards

(l’ancêtre du Magazine Gaspésie) par un élan admiratif conviant le lecteur à une élévation de l’âme, à se repaître de la beauté du paysage montagneux de Carleton : « Vous vous tournez vers le nord, c’est le chevauchement sans fin de montagnes velues au dos arrondi, dardées de rayons en flèches qui accusent

l’ombre des vallées. Vous faites face au sud et à l’est : c’est le miroitement de la mer, au large, pendant que l’ombre des montagnes va s’élargissant de plus en plus à vos pieds, baignant de son clair-obscur les villages qui s’apaisent. […] Le spectacle s’agrandit jusqu’aux dimensions de l’histoire... »

En 1916, le soldat John Edwards de Pointe-à-Fleurant dans la Baie-desChaleurs tombe au champ d’honneur dans le nord de la France. Son compagnon d’armes, le britanno-colombien C. Edwards, relate, dans une lettre à la mère du soldat mort, les derniers moments de son fils : « […] he was killed on the morning of the 8 th of September, 1916 and me being with him at the time. I turned around to see if I could help him any but he never spoke as he was hit through the head. He was buried on the evening of the 8th, me being one of the boys to help. He was buried in the same grave with four other boys who were killed at the same time as John. I put up a small cross with his name and number and one each for the other boys as they were buried side by side. »

50e anniversaire - 1966 Un historien subjugué par le paysage de Carleton

En plus d’être historien, Antoine Bernard manie admirablement la plume. En 1966, un an avant de quitter ce monde, il conclut une série d’articles « Les origines du pays de Carleton » dans la Revue d’histoire de la Gaspésie

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ANNIVERSAIRES

Manche-d’Épée : à l’origine, un poste de pêche sur la côte nord de la péninsule Bernard Boucher

Concarneau

150e anniversaire - 1866

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’est en 1866 que le postillon Irénée Pelchat s’installe dans une anse, entre Gros-Morne et Madeleine, où il trouve une poignée d’épée qui allait forger sa légende et donner son nom au village qu’il venait de fonder. Les trois familles des débuts, celles de Joseph Fournier, de Johnny Campion, en plus de celle de Pelchat, toutes en provenance de Mont-Louis, sont à peine établies que survient le naufrage du brick Woodstock, le 10 décembre 1867, sur un rocher à l’ouest du village. Dans la toponymie locale, ce lieu devient la pointe du Wrack. Le seul élément du patrimoine bâti qui témoigne de cette époque, la maison des Béland, a d’ailleurs été en partie construit, vers 1868, avec du bois du bateau naufragé. Dans une lettre du 25 janvier 1872, l’abbé F.-X. Bossé de Rivière-au-Renard, missionnaire à Madeleine, confirme que le gouvernement de l’époque encourageait les gens à s’établir sur le littoral nord de la Gaspésie : « Au Manche-Épée, […] j’ai le plaisir de lier connaissance avec l’Agent des Terres de la Couronne, M. Louis Roy, du Cap-Chat. Le but de son voyage est de donner des lots gratis sur tout le parcours du chemin maritime, depuis Ste-Anne […]* ». Comme dans tant d’autres villages, l’activité locale s’est appuyée sur la pêche, l’agriculture et la forêt. Un des premiers hôtels sur cette rive

Carte postale de Manche-d’Épée Photo : Musée de la Gaspésie. Fonds Robert Fortin. P54/1a/30/1

de la péninsule, l’hôtel Gaspé-Nord, y a été ouvert dans les années 1920. Restaurants, cinéma, salles de billard, centre sportif ont animé la vie locale dans sa période la plus dynamique, de 1950 à 1975 environ, alors que la population avoisinait les deux cents habitants. C’est aussi vers cette époque que les travailleurs ont troqué leurs activités traditionnelles et se sont pour bon nombre tournés vers Mines Gaspé de Murdochville. Avec la diminution de ses résidents, la vocation du village s’est progressivement modifiée; les services ont disparu

et plusieurs maisons sont désormais offertes en location à des gens qui veulent se rapprocher de la nature. Depuis 1912, Manche-d’Épée fait partie de la paroisse de Sainte-Madeleine et, depuis 1916, il compose avec les villages de Madeleine-Centre et RivièreMadeleine la municipalité de SainteMadeleine-de-la-Rivière-Madeleine. Pour en savoir plus sur Manche-d’Épée : http://lamedepierre.info * Citée par Marcel Plamondon dans Notes historiques sur la paroisse de Madeleine (1980), p. 15.

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PERSONNAGES

Joseph Sasseville Roy : pionnier, politicien et père

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L’auteure partage ici certains pans de la vie d’une figure gaspésienne d’importance, son père, Joseph Sasseville Roy (1895-1970), et participe ainsi à l’enrichissement de l’histoire de la Gaspésie, région qui lui est toujours restée bien plantée dans le cœur. Un récit de Sœur Bernadette-Marie Roy

Moniale bénédictine, Abbaye Sainte-Marie des Deux-Montagnes

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ap-Chat. La forêt des ChicChocs. Hiver 1913-1914. Les rumeurs de la Grande Guerre ne parviennent pas au camp des bûcherons, où l’un des travailleurs est pris d’une crise d’appendicite. Que faire ? C’est la nuit, le village est loin et la neige, abondante. Mais au village il y a un médecin... Comment s’y rendre? Un bûcheron de 18 ans, le cadet du camp peut-être, se lève. Il part. À pied, en raquettes. Il marche toute la nuit, revient avec le docteur. Et le malade est sauvé.

Issu d’une lignée de Roy illustre J. Sasseville Roy Photo : Musée de la Gaspésie. Fonds Fabien Sinnett. P232/27

Tout Sasseville est dans ce geste de ses dix-huit ans. Le courage, la détermination, le don désintéressé de lui-même pour sauver un compagnon. Bonté, générosité, force, ses qualités

maîtresses, il les avait héritées de son père, Wilfrid Roy, de ses aïeux Henri et Louis, qui avaient été au début du 19e siècle les pionniers de Cap-Chat. En 1838, Louis avait acquis du seigneur Buteau une terre de 42 arpents, payée 60 livres comptant. Écuyer, agent des terres, maire, il illustra l’histoire locale en organisant le sauvetage des 350 passagers du navire Le Premier qui avait fait naufrage devant les côtes de Cap-Chat le 4 novembre 18431. La conscription de 1917 amena Sasseville à l’armée, où son expérience de chasseur lui valut un poste d’instructeur de tir au fusil. La guerre se terminera sans qu’il ait été envoyé au front. Qui sait si tous n’admiraient pas les talents en gymnastique du grand jeune homme qui marchait sur les mains avec tant d’aisance... En définitive, l’expérience vécue au sein des Forces armées aura enrichi Sasseville : il y acquit l’art de l’enseignement pratique, développa ses aptitudes au commandement, en garda un maintien grand et digne.

L’âge de l’amour, du travail et de la politique

Vint l’âge de l’amour, du travail et de la politique. En 1920, il épouse Hélène Baillargeon, fille de Trefflé Baillargeon (oh! ces charmants prénoms d’autrefois!), et le jeune couple s’établit à La Moulin Sasseville Photo : Musée de la Gaspésie. Fonds Famille Théodore-Jean Lamontagne. P32/11 38 MAGAZINE GASPÉSIE – Novembre 2016 - Février 2017


PERSONNAGES Colonisation en Abitibi, vers 1925. Le personnage que l’on voit de dos, au premier plan, portant chapeau et veste, est probablement Sasseville Roy, qui semble diriger l’opération; remarquer le chien à gauche. C’est lui qui avait fait venir cet engin des USA. « La machine a été identifiée par le Musée J.-A.-Bombardier comme étant un véhicule Lombard Log Hauler fabriqué au début du 20e siècle dans le Maine. » Source : Jacques Roy. (Ginette Roy, entrevue avec Jacques Roy sur Sasseville Roy (son grand-père), tenue le 26 mai 2013) Photo : Archives famille Roy.

la Province de Québec est rouge », dira plus tard Duplessis, parlant du fédéral 2 . Pas étonnant alors si Sasseville perd ses élections en tant que candidat conservateur en Abitibi3. En 1931, il revient à Cap-Chat, appuie le nouveau parti de l’Union Nationale créé par Maurice Duplessis, tout en continuant d’œuvrer pour le ministère de la Colonisation. Finalement, c’est à Gaspé qu’il s’établira définitivement en 1936.

Un retour en Gaspésie bénéfique Sasseville Roy député, photo Castonguay, Ottawa 1944. Photo : Archives famille Roy.

Reine, en Abitibi. C’est le temps de la colonisation. Le temps d’ouvrir les forêts pour en faire des routes, des champs, des villages, pour donner travail et dignité à une population qui grandissait trop souvent dans la pauvreté. De 1920 à 1940, Sasseville travaillera comme agent de la colonisation; parallèlement, il ouvre un magasin général à La Reine. Quatre garçons se succèdent dans le berceau familial. Cependant, une autre passion se fait jour : celle de la politique. Fidèle à ses convictions, Sasseville milite pour le parti conservateur. Il faudrait une étude pour expliciter les motifs de son choix, mais il est certain que jamais il n’aurait posé un seul geste par arrivisme; tout en lui relevait de la droiture, jusqu’à l’indépendance. Il le prouvera. « Tout comme l’enfer,

Le retour en Gaspésie sera bénéfique. Plusieurs belles réalisations épanouiront la vie familiale et professionnelle de Sasseville. Il y a d’abord le projet du parc de la Gaspésie, présenté en 1937 au gouvernement provincial par Alphonse Pelletier, député de Gaspénord. On peut penser que Sasseville s’y était intéressé, impliqué peut-être, dès le début, mais on n’en possède aucune preuve écrite. Ce qui est certain, c’est que l’aménagement du parc prend grâce à lui une nouvelle ampleur au printemps 1939 : « Les constructions reprennent de plus belle sous la surveillance de J. Sasseville Roy. On aménage quatre chalets, une résidence permanente [...] En mars 1940, M. J. Sasseville Roy est élu député fédéral et quitte son poste de directeur du parc 4. » Député à Ottawa... Sasseville gardera toute sa vie un souvenir intense de ces cinq années; un autre article serait nécessaire pour en esquisser l’engagement sociopolitique, poursuivi ensuite d’une autre manière par ses fils. On ne peut manquer de

mentionner aussi son amitié avec Dr Camille Pouliot, qui allait beaucoup plus loin que l’entraide lors des campagnes électorales.

La passion d’apprendre

Est-ce dans l’armée qu’il avait appris l’anglais, langue qu’il maîtrisait très bien, au point de se faire des amis au sein de « l’aristocratie » anglaise de Gaspé? Toujours est-il qu’il aura toute sa vie la passion d’apprendre. Doué d’une mémoire remarquable, il lisait tard dans la nuit, aussi bien en français qu’en anglais, gardant un jugement critique sur les livres qu’il lisait. Il traversera ainsi d’une couverture à l’autre tous les livres de ses garçons, puis de sa fille. Lui qui n’avait pu fréquenter l’école primaire que trois ans5, trouvait en quelque sorte l’occasion de poursuivre un cours d’Humanités classiques en étudiant les bouquins de ses enfants. Il dévorait tout autant leurs albums de détente, se donnant la joie d’échanger avec eux sur les aventures de Don Quichotte, celles de Tintin ou de Titi la Carotte. Plus sérieusement, il avait lu (et retenu!) tous les tomes de l’Histoire de l’Église de Daniel- Rops, y puisant les arguments d’une sécurité inébranlable lors des tempêtes qui secouaient l’Église. Autodidacte, sa culture et sa distinction impressionnaient Robert Rumilly 6, qui fut par lui présenté à Duplessis. Mon père lui avait ouvert une porte, permettant à l’historien français de rédiger sa grande biographie du chef de l’Union nationale. L’après-guerre fut sombre pour la famille Roy : Hélène, son épouse, décéda d’un cancer à l’estomac. Le deuil frappait durement la famille,

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PERSONNAGES

Sasseville, Maria et Marie, en 1965. Photo prise à l’aéroport de Gaspé par le Dr Camille Pouliot, avant son départ pour entrer au Noviciat des Camiliens. Un départ impressionnant.

Sasseville et ses quatre garçons vers 1950. De gauche à droite : Paul-Émile, Sasseville, Philippe, Jean-Marc et Roch. Photo prise lors de la prise d’habit de Philippe qui fit un court essai au Noviciat des Pères Blancs, missionnaires d’Afrique, avant d’opter pour la médecine. Photo : Archives famille Roy.

Photo : Archives famille Roy.

mais Sasseville avait assez de cœur et de force d’âme pour être à la fois père et mère. Il fonde alors sa propre entreprise de construction de chemins, s’associant son fils aîné, Paul-Émile, sous l’étiquette « JS et PE Roy enr. »; la compagnie ouvrira une bonne partie des routes qui traversent la forêt de la Gaspésie. Les trois autres garçons, Jean-Marc, Roch et Philippe, poursuivirent des études de Droit et de médecine. Sasseville a aussi été copropriétaire, avec Russell Keays, de « Gaspé Ship Building », ce chantier maritime qui lui tenait à cœur. Son fils Paul-Émile et lui possédaient un moulin à scie dans le parc de la Gaspésie, qui servait à approvisionner Gaspé Ship Building en bois7.

Un homme généreux

En 1951, Sasseville, dont les fils étaient établis, épouse en secondes noces Maria Jalbert, de 21 ans plus jeune que lui, qu’il connaissait depuis qu’elle était enfant. Maria mériterait bien d’être connue pour elle-même! Le pittoresque de sa personnalité, l’énergie tenace qu’elle avait héritée de ses ancêtres irlandais, ses talents, l’amour qu’elle déploya envers sa famille dans des circonstances difficiles mériteraient d’être présentés plus longuement. De leur union naquit une fille, et voilà Sasseville passé tout d’un coup de la

famille au masculin à une famille au féminin, milieu dans lequel il évolua avec aisance, se montrant enjoué, taquin, affectueux. Les joies quotidiennes ne l’empêchent pas de travailler à des collectes de fonds pour Caritas Gaspé. Avec ses collaborateurs, il récolte près de 90 000 $ en 1958 et presque 100 000 $ l’année suivante, n’hésitant pas à grossir le montant en y ajoutant de ses propres deniers8. Un service rendu à l’Église, pour lequel Mgr Paul Bernier lui décernera la Médaille d’or du Mérite diocésain. On ne peut passer sous silence la place prépondérante tenue par la religion dans le cœur de Sasseville. À l’église comme à la maison, il priait intensément. Peu importait le « qu’en-dira-t-on », jamais il ne passait devant une église sans lever son chapeau! Il aimait la liturgie, le chant grégorien, l’orgue, ne manquant pas d’aller féliciter le premier chantre (M. Girard) et l’organiste (M. Leclercq) de la Cathédrale de Gaspé. Du sang de pionnier, la passion de la politique, un cœur de père : au terme de cette vie, l’amour seul demeure. Ce qui émerge de la vie de Sasseville, de sa générosité, de son intelligence, de l’acceptation de ses épreuves, c’est la tendresse d’un père, le mot qui le dit tout entier pour moi : Papa.

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Merci à deux des petits-enfants de Sasseville : Ginette Roy, instigatrice de ces recherches, et Jacques Roy, pour les informations précieuses qu’il a apportées. Notes 1. Le Magazine Gaspésie de juillet-octobre 2015 parle de ce naufrage; l’article se termine en disant ceci : « Malgré l’effroyable catastrophe, dans des conditions climatiques périlleuses, on ne compta aucun blessé grave ni de décès ! » 2. Robert Rumilly, Maurice Duplessis en son temps, tome 2, éd. Fides, Montréal, 1973, p. 60. 3. D’après Conrad Black, « le meilleur commentaire sur la situation est probablement celui de J.S. Roy, candidat défait en Abitibi : « Nous avons été magistralement roulés à travers la province. Ici, ils l’ont simplement volée.» Il poursuit avec la description d’innombrables télégraphes passés de connivence avec le scrutateur. (Votes télégraphiés, personnes se faisant passer pour d’autres ou pour des défunts.) » dans Conrad Black, Maurice Duplessis, tome 1, Éditions de l’Homme, 1977, p.80. 4. Sépac, Manuel de références – Parc de la Gaspésie, 2015, p. 8. 5. Sans doute fut-il obligé de travailler très tôt à cause de la situation financière de sa famille; sa mère décéda alors qu’il avait trois ans. Sasseville confia un jour qu’étant enfant, il jouait pieds nus dans la neige. Il avait connu la pauvreté, mais il était fier de la grandeur morale de ses parents et chercha toujours à aider les pauvres. 6. Robert Rumilly, Entrevue à Radio-Canada vers 1977 : Rumilly raconta qu’il allait voir M. Sasseville Roy, « un homme d’une très grande distinction », à son bureau de député au parlement d’Ottawa et que par lui il avait été présenté à Duplessis. 7. Ginette Roy, Entrevue avec Jacques Roy sur Sasseville Roy (son grand-père), tenue le 26 mai 2013. 8. « Un jour, il fit le don de 5 000 $, un gros montant dans les années 50 ». Ginette Roy, Entrevue avec Jacques Roy. Mais Sasseville faisait ses dons dans la plus grande discrétion et n’aurait pas voulu qu’on le sache.


PERSONNAGES

Évariste Dubé, un Gaspésien communiste Quand, à douze ans, Joseph-Évariste Dubé commence à pêcher avec son père sa vie n’a rien d’exceptionnelle. Comme la plupart des enfants de son âge à Grande-Rivière, il doit contribuer au support de sa famille. Mais Dubé va « s’en sortir », comme on dit, et mènera une vie de contestataire qui le conduira à se présenter quatre fois candidats aux élections provinciales et fédérales... pour le parti communiste. Andrée Lévesque Montréal

Jeune travailleur non qualifié

É

variste Dubé (1898-1970) nait à Grande-Rivière, le huitième enfant d’Émérentienne Caron (1862) et de Louis Dubé (1856). En 1914, à 16 ans, il coupe du bois pour la compagnie Dubuc de Chandler, puis en 1915 pour la Saint-Lawrence Pulp and Paper. Puis commence une vie de travail itinérant qui le conduit à Madawaska, en Ontario, puis de nouveau à Chandler pendant la Guerre de 14-18 où lui et son frère pêchent pour éviter la conscription. Il part ensuite pour Chicoutimi et s’engage comme travailleur agricole et bûcheron. Il arrive à Montréal, en 1923, où il travaille comme menuisier dans la construction et il passe par Détroit pour travailler dans une compagnie de transport, pour enfin s’établir définitivement à Montréal en 1924. La mer, la forêt, la construction, il faudrait aussi ajouter l’occupation de débardeur, constituent les premiers emplois des travailleurs non qualifiés, des emplois où les Gaspésiens sont très présents. On ignore quand Dubé commence à traduire ses aspirations en engagement militant, mais il dit avoir perdu son travail en 1925 pour activités politiques. Or quelles étaient ces activités pour lesquelles on mettait son gagne-pain en jeu ? Il existait à Montréal une Université ouvrière fondée par le socialiste Albert Saint-Martin où, plusieurs fois par semaine, des conférenciers et même des conférencières s’adressaient

à un vaste public sur des sujets aussi variés que l’économie politique, le chômage, l’histoire et l’Église catholique. Dubé a fréquenté l’Université ouvrière dès sa fondation en 1925 jusqu’en 1928. Cette institution n’était pas la seule à attirer les travailleurs et les chômeurs : le Parti communiste du Canada (PCC) était aussi actif à Montréal et, en 1928, Dubé change d’orientation et adhère au PCC. Il se retrouve bientôt le fondateur de la première section canadiennefrançaise du parti. Pour comprendre son implication dans le mouvement communiste il faut se rappeler qu’à l’époque c’était l’option politique qui semblait offrir le plus d’espoir aux chômeurs et aux travailleurs exploités. Dès son arrivée à Montréal en 1924, Dubé épouse Angeline Autotte (aussi Authot), née à Yamaska, qui partage les idéaux d’Évariste et adhère elle-même au Parti communiste en 1935.

Le parti communiste encourage son éducation

Le mouvement communiste accorde à Dubé une chance de poursuivre son éducation. Le parti a mis sur pied une école d’été et c’est là qu’Évariste s’initie aux écrits marxistes. Angéline, qui a plus d’instruction et est férue de lecture, encourage son éducation autodidacte. Il commence aussi à parler en public, apprend l’anglais, donne des conférences et écrit des brochures pour le Parti.

Évariste Dubé Photo : collection Andrée Lévesque.

La dépression économique des années trente frappe très durement le Québec. À Montréal les files s’allongent devant les soupes populaires. La ville, par le biais des églises, distribue des secours aux chômeurs mais ceux-ci doivent avoir certaines qualifications : être résident depuis trois ans, obtenir une lettre de leur curé. Si les chômeurs viennent d’ailleurs, comme bien des Gaspésiens venus chercher du travail comme débardeurs ou comme manœuvres, il est difficile de se faire aider.

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PERSONNAGES Les communistes montréalais créent une association de chômeurs et organisent des manifestations de rue, ils se rendent en délégation à Québec et font signer des pétitions pour obtenir de l’assistance pour tous les chômeurs et chômeuses. Les activités communistes sont vite réprimées par les autorités et les arrestations sont nombreuses. Une organisation associée au mouvement communiste s’occupe de la défense des personnes arrêtées et emprisonnées : la Ligue de la défense ouvrière dont Dubé est l’organisateur de la section francophone.

Couverture de la brochure s’opposant à la Loi du cadenas, 1938. Source : collection Andrée Lévesque.

Délégué à Moscou en 1935

Le Gaspésien gravit bientôt les échelons du PCC : il siège sur des comités, travaille pour le candidat communiste aux élections fédérales de 1935, et occupera plusieurs postes dans les organisations communistes. En 1933, il est secrétaire-trésorier du journal L’Ouvrier canadien. On ne peut qu’imaginer son émotion lorsqu’il va à Moscou, à l’été 1935, comme délégué canadien au Septième Congrès de l’International communiste. À son retour, il est élu membre de l’exécutif provincial du PCC, puis membre du Comité central et président de la section québécoise du parti communiste. En 1937, l’assemblée législative vote la Loi du cadenas dirigée spécifiquement contre les activités « bolchéviques ». Évariste Dubé riposte au nom des communistes dans sa brochure Pourquoi la Loi du cadenas, traduite en anglais What is Behind the Padlock Law, qui sera largement diffusée dans les milieux populaires. Au congrès du parti la même année, Dubé prend la parole en faveur d’un « Front uni des progressistes du Québec, de tous ceux qui luttent pour de meilleurs salaires, pour la sécurité, pour la santé, la culture et la liberté démocratique du peuple québécois ». Dubé n’est pas un intellectuel et, en homme d’action, il est actif dans le Club des chômeurs, il participe aux grèves de débardeurs, il manifeste auprès des

Affiche électorale du Comité électoral communiste. Source : collection Andrée Lévesque.

sans-travail à la Fête des travailleurs le Premier mai, et proteste dans la rue contre le fascisme qui s’affiche de plus en plus au Québec. Le militantisme de gauche a un prix : comme pour plusieurs militants, l’appartement de Dubé est plus d’une fois perquisitionné par la police provinciale qui saisit des livres et des journaux. En 1938, il sera arrêté à une manifestation de chômeurs et accusés d’avoir « troublé la paix » : il devra payer une amende et les frais de cours. Alors sans travail, il perdra ses « secours directs » et survit grâce aux 18 $ par semaine que lui verse le parti

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communiste alors que lui et Angéline ont déjà trois enfants. Angéline est aussi activement engagée auprès des chômeurs et surtout des chômeuses dans l’organisation Solidarité féminine. Elle proteste lorsque le gouvernement Duplessis coupe les secours directs aux mères célibataires et aux travailleurs saisonniers. Lors d’une manifestation, elle est arrêtée et détenue à la prison de la rue Fullum où le petit Fernand ira la visiter après l’école.

Appel pour l’unité avec le peuple catholique

Le communisme est athée et s’attire ainsi les foudres de l’Église catholique, mais Dubé ne s’est pas ouvertement opposé à l’Église et il a compris que le communisme ne ferait aucun progrès au Québec s’il s’opposait au catholicisme. Il convient de le citer, en 1938, dans une période où le communisme cherchait à collaborer avec d’autres groupes antifascistes : « Tout spécialement nous faisons appel pour l’unité avec le peuple catholique, à qui en toute sincérité, nous tendons la main d’amitié. Que demande Dubé dans son pamphlet contre la Loi du Cadenas? Un « programme minimum » pour subvenir aux besoins élémentaires des citoyens. Ce programme comprend les salaires avant les dividendes, la liberté d’union, la sécurité économique par un programme de travaux publics, le maintien des secours, l’assurance-chômage et les pensions de vieillesse à soixante ans, la protection et l’aide aux cultivateurs, la nationalisation de l’électricité et l’électrification des campagnes, la liberté civile et religieuse (c’est-à-dire le rappel de la Loi du Cadenas et la garantie de liberté de presse, de parole et d’organisation), l’abolition des dépôts nécessaires à une candidature, l’abolition du Sénat, l’interdiction de propagande de haine raciale et l’enquête sur les activités nazistes (sic), le système de bourse et d’instruction gratuite, une position contre le réarmement et la conscription et pour la paix.


PERSONNAGES

1936 : la lutte électorale

Aux élections provinciales de 1936, Évariste Dubé est candidat dans Montréal-Saint-Jacques et mène une campagne en faveur des sans-travail : il obtient 185 voix. Le candidat de l’Union nationale, Henri Auger, est élu député dans une élection qui porte au pouvoir pour la première fois Maurice Duplessis et l’Union nationale. Dubé se représente en 1939 et recueille cette fois 159 voix. Pour les communistes, la lutte électorale est plutôt symbolique mais montre leur détermination à porter les droits des travailleurs sur la scène électorale. En mars 1940, Dubé se présente aux élections fédérales dans MontréalSainte-Marie et recueille 728 votes. Le premier ministre canadien Mackenzie King a promis que son gouvernement n’aurait pas recours à la conscription. Les Canadiens-français se souviennent de la conscription de 1917 et Dubé, dans ses discours électoraux, dénonce déjà l’enrôlement obligatoire. Il est appuyé par Angéline qui assiste avec lui au

congrès du parti progressiste-ouvrier (nouveau nom du parti communiste). À lire les articles de Dubé dans la presse communiste on ne se douterait pas qu’il n’a fréquenté l’école que pendant cinq ans. On retrouve ses écrits dans Clarté à partir de 1937, puis pendant la guerre dans La Victoire et dans le Canadian Tribune. Il est à l’aise devant le public, prononce des conférences tant devant des assemblées de travailleurs et de chômeurs que devant les hautes instances du parti à Toronto.

1947 : expulsé pour avoir défendu « la question du Québec »

Dubé défend la particularité du Québec au sein du parti communiste et sera ainsi expulsé en 1947 pour avoir défendu « la question du Québec » et les pouvoirs québécois face à Ottawa. Dubé n’abandonne pas la lutte pour autant et il fonde un Parti communiste du Canada français, puis il rejoint le parti progressiste-ouvrier (nouveau nom du

parti communiste), est de nouveau expulsé et adhère au parti socialiste du Canada. À la fin de sa vie, il se dirige vers le NPD. Il demeure attiré par les activités culturelles et se charge du cinéclub communiste à la fin des années cinquante. Homme posé, calme, Évariste Dubé n’avait rien du « grand gueulard » caricatural. Il était plutôt contemplateur, aimait beaucoup la nature et s’adonnait avec plaisir à la peinture. Pendant toutes ses années à Montréal, Évariste Dubé a gardé contact avec la Gaspésie. Il visitait sa sœur qui avait hérité de la maison paternelle à Grande-Rivière*, et son frère PierrePaul, le barbier qui tenait l’épicerie du village. Il s’est toujours identifié comme Gaspésien. * Je tiens à remercier les petites-filles d’Évariste Dubé, Carmella, Lyna, Diane et Johanne, qui m’ont accueillie chaleureusement, ainsi que son fils Fermand et son petit-fils Jean-Marc, qui tous ont partagé leurs souvenirs avec moi. C’est grâce à Charlene Nicolas de Grande-Rivière, petite-nièce d’Évariste Dubé, que j’ai pu rencontrer cette famille.

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PERSONNAGES

La Gaspésienne Clarina Leblanc Hudon : doyenne du New Hampshire à 111 ans Clarina Leblanc Hudon (1905-2016) qui a eu 111 ans en mars 2016, est décédée le 7 avril dernier au New Hampshire. Elle était la personne la plus âgée du New Hampshire et la 20e personne la plus âgée des États-Unis. Qui était-elle ? Gaston Fallu et Jocelyne Fallu* Carleton-sur-Mer

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Clarina Leblanc-Hudon, à 111 ans, en mars 2016. Photo : collection Mark Harwood, Bedford.

larina Leblanc naît en la paroisse de Carleton (secteur des Caps-de-Maria) le 4 mars 1905 et sera baptisée le même jour sous le prénom Marie-Régina-Clarina. Elle est la fille de Joseph Leblanc (À Boniface) et Démerise Audet. Elle est la douzième enfant d’une famille de quatorze enfants. De ce nombre, cinq enfants sont décédés en bas âges. Elle passe son enfance et adolescence avec sa famille sur les Caps-de-Maria. Clarina Leblanc aurait quitté Carleton en 1922, âgée de 17 ans, pour se retrouver à Montréal, préparant ainsi son voyage vers le New Hampshire. Durant l’année 1923, elle entreprend avec son frère Edmond les différentes démarches auprès de l’immigration américaine. En janvier 1924, son dossier d’examen est complété à Montréal avec l’immigration américaine. En février 1924, elle et son frère font partie des étrangers admis aux États-Unis. Ils passent la frontière canado-américaine à St-Albans (Vermont). Elle et son frère Edmond indiquent comme lieu de résidence au New Hampshire le « 107, Chesnut Street » à Nashua, demeurant ainsi chez madame Anna Provencher. Cette dernière, Anna Audet (mariée à Alexandre Provencher) – née à Maria et immigrée aux États-Unis en 1889 –, est la tante de Clarina et de son frère Edmond.

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Clarina Leblanc, vers 1929. Photo : collection Mark Harwood.

L’attrait pour les États-Unis

Ainsi, Clarina Leblanc se retrouve au New Hampshire pour travailler dans les manufactures de textile. Elle n’est pas la seule de sa famille immédiate à avoir quitté la région pour les États. En plus de son frère Edmond qui l’accompagne, sa soeur Agnès Leblanc s’y retrouve depuis 1917. Entre autres, ses soeurs Dérilda et Carmelle ainsi que son frère Honoré s’y installeront.


PERSONNAGES Clarina Leblanc Hudon a vécu durant plusieurs années à Nashua. Par la suite, elle vit à Merrimack (New Hampshire) chez sa fille Ruth Hudon Harwood et son gendre Jim Harwood. Depuis 2014, elle vivait au « St. Teresa Nursing and Rehabilitation Facility » de Manchester (New Hampshire).

Une famille de centenaires

Mariage de Clarina Leblanc avec Antonio Hudon, le 19 août 1929. Photo : collection Mark Harwood.

Elle perd ses élections En 1928, elle vote pour la première fois à l’élection présidentielle américaine, donnant son vote au démocrate Alfred E. Smith (gouverneur de l’état de New York). Malheureusement pour elle, c’est le républicain Herbert Hoover qui devient président.

Clarina Leblanc Hudon n’a pas été la seule de sa famille à atteindre 100 ans : - Sa soeur Agnès Leblanc : née en 1890, décédée à Manchester (New Hampshire) en 1993; - Son frère Edmond Leblanc : né en 1904, décédé aux États-Unis en 2008; - Dérilda Leblanc : née en 1894, décédée en Californie en 1994 (elle avait presque 100 ans au moment de son décès). Clarina a toujours gardé des liens familiaux avec ses soeurs Laura Leblanc (mariée à Guillaume Barriault) de Carleton, Rose-Anna Leblanc (mariée à Raoul Gallant) de Nouvelle et Francis (François-Xavier) Leblanc (marié à Virginie Lagacé) de Saint-André-de-Restigouche.

Photo : collection Mark Harwood.

On souligne ses 110 ans

Elle se marie à Nashua (New Hampshire) le 19 août 1929 à Antonio Hudon (fils de Joseph Hudon et de Célina Soucy de Nashua). Ils ont une fille, Ruth Hudon. Au recensement américain de 1940, nous retrouvons les principales informations suivantes : - Antonio Hudon, né aux États-Unis en 1901, âgé de 39 ans, marié, parlant anglais; - Clarina Hudon, née au Canada en 1905, âgée de 35 ans, mariée, parlant anglais; - Une fille à charge : Ruth Hudon, âgée de 6 ans; - Résidence : Nashua (New-Hampshire).

Clarina Leblanc et Antonio Hudon, vers 1929.

En mars 2015, une fête fut organisée pour souligner s’est 110 ans. Elle a eu la surprise d’avoir auprès d’elle de sa parenté venue de la Baie-des-Chaleurs. En février 2016, Gary Tuchman de CNN1 rencontre Clarina Leblanc Hudon, cette dernière étant la personne la plus âgée du New Hampshire à voter à la prochaine élection américaine. Le président qu’elle a le plus admiré : Franklin Roosevelt. Elle se dit démocrate depuis fort longtemps. C’est Hillary Clinton qui aurait eu son vote. Clarina Leblanc Hudon fut capable de se déplacer sans beaucoup d’aide. Elle aimait jouir de la bonne nourriture et d’un verre de vin occasionnellement ainsi que profiter de la vie. Elle était surnommée « Mimi Hudon » et aussi

« Lady Miracle ». En plus de s’exprimer en anglais, elle était toujours fière de parler en français. * La mère des auteurs, Marguerite Leblanc (1914-2008), était la cousine de Clarina Leblanc Hudon.

Merci à Mark Harwood (Bedford, NH) pour sa précieuse collaboration. Notes 1. http://www.cnn.com/videos/tv/2016/04/08/2016candidates-debt-crisis-fix-tapper-lead-dnt.cnn/ video/playlists/race-to-2016/ Sources - http://en.wikipedia.org; http://www.cnn.com; http// www.unionleader.com; http://z3.invisionfree.com; http://ancestry.ca

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À LIRE

La Gaspésie revisitée Jean-Marie Fallu

Rédacteur en chef

LE BAEQ REVISITÉ sous la direction de Bruno Jean, Québec, Presses de l’Université Laval, 2016, 215 p. Comme il est indiqué dans le sous-titre, ce collectif d’auteurs présente « un nouveau regard sur la première expérience de développement régional au Québec ». Au cours des dernières années, on a attribué beaucoup de torts au travail du Bureau d’aménagement de l’Est du Québec (BAEQ) dont le plan de développement, paru en 1966, a été à la base du développement régional dans le Bas-SaintLaurent et la Gaspésie dans les décennies qui ont suivi. On retrouve parmi les auteurs de cet ouvrage des chercheurs universitaires et des acteurs de premier plan : Georges-Henri Dubé, ex-président du BAEQ, Robin d’Anjou, gestionnaire des ententes fédérales provinciales dans la région, de 1968 à 1980 et Pierre De Bané qui fut député fédéral de Matane-Matapédia, de 1968 à 1984 et ministre. L’ouvrage rétablit certains faits et déboulonne certains mythes. Entre autres, on y précise que le BAEQ était une organisation non gouvernementale dont le plan n’a pas été réalisé par des fonctionnaires, mais par des experts en développement et en aménagement du territoire. On mentionne que cet exercice de planification s’inscrivait dans la foulée de la Révolution tranquille, avait l’appui des autorités locales et était motivé par une volonté ferme de faire entrer la région dans le Québec moderne. LES SURVEILLANTS DU FLEUVE par Normand Payette, Montréal, Société des écrivains, 2016, 464 p. Ce roman nous entraine dans la Bataille du Saint-Laurent, en plein cœur de la Seconde Guerre mondiale, au moment où les Allemands font des incursions meurtrières dans le fleuve avec leurs redoutables U-Boats. L’auteur dévoile le rôle majeur joué par les pilotes, les gardiens de phare et les pêcheurs afin de contrer les plans des nazis.

1950 LE QUÉBEC DE LA PHOTOJOURNALISTE AMÉRICAINE LIDA MOSER par Anne-Marie Bouchard, Québec, Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ), 2015, 159 p. À l’été 1950, la photographe américaine Lida Moser s’amène au Québec afin de réaliser un reportage pour le compte du magazine Vogue. Elle se rend jusqu’en Gaspésie dans une limousine nolisée par le gouvernement, car elle y est accompagnée de Paul Gouin, conseiller culturel du premier ministre Maurice Duplessis, et du chercheur en folklore, Luc Lacoursière. Le MNBAQ a publié un catalogue d’exposition mettant en valeur le corpus photographique de Moser au Québec dont les clichés ont été acquis par Bibliothèque et Archives nationales du Québec. Dans cet ouvrage, la Gaspésie y tient une grande place. La photographe porte un grand intérêt aux gens dans leur quotidien et aux enfants. Plusieurs portraits d’enfants sont magnifiques. CARNETS DE LA GASPÉSIE- SUD par Raynald Murphy et Sylvain Rivière, Saint-Lambert, Les Heures Bleues, 2016, 109 p. Destiné aux vacanciers, ce recueil met en valeur la Gaspésie-Sud, de Percé à Listuguj, à travers les aquarelles de Raynald Murphy, ex-enseignant en arts visuels, et les textes de Sylvain Rivière, écrivain gaspésien qui n’en est pas à sa première publication. De villages en villages, on parcourt de façon fort agréable cette Gaspésie méridionale, cette patrie d’appartenance de Rivière : « Depuis toujours, la Gaspésie*- m’a nourri dans tous les sens du terme. Elle m’a guéri de bien des faims, sans jamais rassasier mon imaginaire […]. » (p. 7).

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LA GASPÉSIE : AU BORD DE L’INFINI par Linda Rutenberg, Montréal, Del Busso Éditeur, 2014, 120 p. La Gaspésie exerce depuis longtemps un pouvoir d’attraction chez les artistes dont les photographes. Sortant des chemins connus de la Gaspésie estivale, l’auteure, une photographe de renommée internationale, fige en images une Gaspésie moins connue, celle hivernale. Ses images lumineuses redonnent vie aux éléments figés par la neige et le froid : quais, motels, bâtiments, etc.

CHARLOT TEMPO : UNE (VRAIE !) HISTOIRE DE FOU par Émilie Devoe et Mylène Henry, Montréal, Bayard Canada, 2016, n.p. Supporté par les illustrations aux couleurs éclatantes de Mylène Henry, ce conte pour enfant est une invitation dans le monde de l’imaginaire. À Percé, Charlot Tempo, un jeune fou de Bassan, s’acharne à vouloir faire de la musique malgré le scepticisme de ses parents. À force de volonté et de créativité, il rassemble la musique issue du bruissement des arbres, des hautes herbes et des vagues et crée une symphonie orchestrée par ses fous chantants.


LE MAGAZINE ET VOUS

Ils nous font bien manger Lors de la précédente parution du Magazine Gaspésie portant sur le thème « À table! », le Musée de la Gaspésie, éditeur du Magazine, a décerné des certificats de reconnaissance à des personnes et organismes ayant contribué au développement et à la valorisation d’un art culinaire typiquement gaspésien. Jean-Marie Fallu

Rédacteur en chef

Lauréats et lauréates des certificats - Mathilde Cotton, une femme au service de la bonne cuisine familiale qui a publié en 2011 le livre: Les Mathilderies : la Gaspésie en recettes, un ouvrage qui présente une soixantaine de recettes typiquement gaspésiennes, issues d’un joyeux mélange de tradition et de modernité. - Digne représentant d’une famille de grands cuisiniers avec ses frères Euclide et Alban, Armel Béland est à l’origine d’une fine cuisine gastronomique en Gaspésie. - D’abord aide-cuisinier ou « Cookie » dans des chantiers de la Baie-desChaleurs, Gaby Landry se perfectionne pour devenir pâtissier à l’hôtel des Sables Rouges et, au cours d’une fructueuse et longue carrière de 53 ans, chef cuisinier au restaurant Le Héron (1962-1972) à Carleton et maître d’hôtel au restaurant Adams (1972-1990) à Gaspé. - Étant l’un des derniers cuisiniers de chantiers, Marc-André Lapierre de Val-d’Espoir a pratiqué son métier pendant quarante ans, de 1960 à 2000, dans différents camps forestiers de la Gaspésia derrière Chandler et Gaspé. - La mise en place du Centre de formation en hôtellerie C.-E.-Pouliot en 1994-95 procure un véritable essor à la professionnalisation des métiers en restauration et en hôtellerie en Gaspésie. On le doit à des administrateurs de la Commission scolaire de la Péninsule et des Falaises, aux chefs formateurs Gaston Lebreux Ross,

Mathilde Cotton reçoit son certificat de reconnaissance en présence de Danièle Rail, présidente du comité de gestion du Magazine et Jean-Marie Fallu, rédacteur en chef, septembre 2016. Photo : Gabrielle Leduc, Musée de la Gaspésie.

Michel Morin et Jean-Claude Roy, ainsi qu’à la formatrice en service de restauration Suzanne Despard. - Depuis 2004, l’Association Gaspésie Gourmande s’affirme comme le fer de lance de la gastronomie gaspésienne. Son guide-magazine Gaspésie Gourmande, publié depuis 2006, offre aux Gaspésiens et aux visiteurs un parcours gourmand de la péninsule mettant en valeur des producteurs et transformateurs des produits du terroir et des figures de proue de l’art culinaire gaspésien.

- Yannick Ouellet est un chef de file de la nouvelle cuisine et un entrepreneur dynamique. Après 15 ans d’expérience dans le domaine de la restauration, il démarre, en 2003, une entreprise de consultation en restauration et en bioalimentaire. Au moment d’incorporer son entreprise, en 2008, elle comptait près de 40 employés. Depuis 2012, il transmet ses plaisirs gourmands par le biais de son académie de cuisine consacré à l’éducation populaire de l’art culinaire à Sainte-Anne-des-Monts.

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Entrepreneurs et passionnés de pères en fils

Peter, James et Matthew Keays.

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ils et petit-fils d’entrepreneurs, Matthew Keays a toujours eu le sens des affaires. Aujourd’hui, âgé de 29 ans, il est plus que fier de poursuivre l’œuvre que sa famille a bâtie depuis 1955 : Bois et matériaux KEGA. Déjà tout petit, pour s’amuser, Matthew passait de longues heures à arpenter le magasin à la recherche des meilleures cachettes : armoires de cuisine, entrepôt ou monticules de palettes de bois, rien n’était plus plaisant que de profiter des privilèges qu’octroie l’entreprise familiale. Il adorait mettre les pieds au magasin et retrouver cette « autre » famille si spéciale. En grandissant, les jeux d’enfants ont fait place aux petites responsabilités que lui confiait son père. Au tout début, les tâches ne consistaient qu’à placer les articles sur les tablettes ou bien à faire de l’étiquetage. Et, de son propre aveu, « Je n’étais pas très efficace mais j’étais bien voulant. Et, au

La relève en formation!

moins, je ne restais pas à la maison à ne rien faire. » Il ajoute « c’était comme ça, toute la famille aidait. Même ma mère, graphiste de formation, qui devait dépanner pour quelques temps, a travaillé cinq ans avec nous.» C’est ainsi, en passant plusieurs heures à la quincaillerie à observer son père, qu’il développe un sens aigu du travail, du service à la clientèle et de la gestion des ressources humaines. Il devient employé officiel à l’âge de 15 ans et ne travaillera plus jamais pour un autre 151, boul. de Gaspé, Gaspé, QC G4X 1A4 Tél. : 418 368-2234 info@materiauxkega.ca

employeur (sauf pendant ses études universitaires). Matthew avoue qu’il a toujours su qu’il reprendrait les rênes de l’entreprise. Même son père ignorait son désir de revenir en région et de lui succéder. Ayant toujours laissé le choix à ses fils et ne leur ayant jamais mis de pression, il apprend avec bonheur le retour au bercail de son plus jeune et son intérêt pour le commerce. Depuis son retour, Matthew est devenu copropriétaire de Bois et matériaux Kega et, il est fin prêt pour la relève officielle d’ici quelques temps. De plus, sous les précieux conseils de son père, mais surtout avec le support inconditionnel de sa femme, il pilote seul sa nouvelle filiale : Matériaux Kega Grande-Rivière. Il est reconnaissant de pouvoir utiliser son expertise et son expérience dans ce nouveau projet. Il retient, entre autres, la façon respectueuse et professionnelle de traiter les employés, ce qu’il a observé durant toute son enfance. Également, le fait de toujours travailler très fort et de donner son maximum, mais sans jamais négliger sa famille, un autre acquis provenant de son père. Matthew caresse évidemment le rêve de voir ses enfants prendre la relève de l’entreprise plus tard. Toutefois, il se fait un point d’honneur de ne jamais leur mettre de pression et de les encourager à choisir ce qu’ils aiment vraiment. Mais pour l’instant, il se revoit dans les yeux de ses garçons de cinq et deux ans qui prennent plaisir à jouer dans les allées ou à nettoyer les tablettes (s’ils sont trop turbulents). À ce qu’on dit, plus ça change, plus c’est pareil!

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Novembre 2016 - Février 2017 – MAGAZINE GASPÉSIE 49


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Garage Esso Bonaventure :

la fierté de trois générations de Poirier

L

e garage Esso de Bonaventure, aussi connu sous le nom d’Entreprise D.C Poirier, possède une solide réputation dans la Baie-desChaleurs depuis 1970. C’est à monsieur Charlot Poirier que l’entreprise doit une partie de sa notoriété, ainsi qu’à son fils David Poirier qui, depuis quelques années, a repris le flambeau avec succès et ne cesse de faire croître et rayonner ce commerce florissant. Enfant, David Poirier a toujours aimé passer du temps au garage en compagnie de son père. Dès que l’école finissait, il se dépêchait de s’y rendre pour s’amuser dans ce terrain de jeux tellement familier. Il se rappelle de l’excitation et de l’éblouissement qu’il a eu en voyant la première remorque

David et Samuel Poirier avec la mascotte d’Esso, 1995.

Vue aérienne du garage, 1969.

acquise par son père soucieux d’offrir un service de dépannage dans la région. C’était tout un rêve pour ce petit Charlot Poirier, 1985. garçon passionné de camions. De plus, toujours dans les parages, ce n’était pas rare de le voir jouer avec les « C.B. » du garage ou bien aux côtés de son père dans la dépanneuse ou même encore, au poste de pompiste, prêt à servir les clients. Monsieur Poirier se rappelle en riant : « vers neuf ou dix ans, je m’occupais de la pompe et il y avait un client en particulier qui, dès qu’il me voyait, s’en allait instantanément. J’imagine qu’il ne me faisait pas confiance à cause de mon âge. Je ne l’aimais pas beaucoup moi non plus…». Plus tard, à 15 ans, monsieur Poirier est devenu employé à temps partiel au garage. Il se souvient que son père était un employeur très sympathique avec une belle attitude à l’égard de tout le monde. Il avoue qu’en tant que fils du « boss » il a eu quelques petits passe-droits, comme terminer son quart de travail plus tôt, mais que ça n’allait jamais plus loin. L’ambiance qui régnait au garage était très agréable et clients comme fournisseurs aimaient y passer du temps à discuter et faire du « social ». Puis, doté d’un talent naturel pour la mécanique, monsieur Poirier complète une formation dans ce domaine et revient travailler aux côtés de son père. Par la suite, plusieurs événements se succèdent et le poussent à apprendre les rouages de l’administration. Et, de fil en aiguille, il prend la tête du garage et en devient propriétaire. Monsieur Poirier investit énormément dans de nouvelles infrastructures afin de demeurer moderne et écologique et ainsi maintenir la qualité du service offert à sa précieuse clientèle.

50 MAGAZINE GASPÉSIE – Novembre 2016 - Février 2017

Samuel et David Poirier.

Il est reconnaissant de pouvoir compter sur la fidélité de ses clients depuis de nombreuses années et il travaille toujours dans l’optique de leur en offrir plus. Que ce soit le service d’assistance routière CAA, le remorquage, la station service modernisée, la distribution de produits Esso ou l’entretien automobile général, David Poirier n’hésite en aucun temps à investir pour le bien-être de sa clientèle. Depuis quelques temps, la troisième génération de Poirier est en formation en vue de la relève. En effet, depuis le retour en région de son fils Samuel, monsieur Poirier assure une transition en douceur afin que ce dernier se perfectionne et qu’aucune pression ne lui soit imposée. Bien que sa formation en électromécanique et systèmes automatisés l’ait éloigné de la Gaspésie pendant deux ans, Samuel sait qu’il a fait le bon choix en revenant vers l’entreprise familiale et il se sent en confiance pour relever ce nouveau défi. Il compte bien ajouter ses couleurs à Entreprise D.C Poirier et faire en sorte qu’elle demeure une entreprise pilier dans le paysage gaspésien!

Entreprise D.C Poirier 148, avenue Grand Pré Bonaventure, QC G0C 1E0 418 534-2939


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Sur les traces du premier pharmacien de Gaspé!

M

artin Gagnon a toujours su qu’il deviendrait pharmacien. Élevé dans une famille de cinq enfants, par une mère au foyer et un père pharmacien, propriétaire de son entreprise, il est rapidement influencé par le bonheur que dégage son père à travailler dans ce beau milieu. Son père, Jacques Gagnon, est le premier pharmacien de Gaspé et l’un des membres fondateurs de la bannière Uniprix en 1977. En ce temps, monsieur Gagnon portait plusieurs chapeaux en plus de celui de pharmacien: superviseur des pharmacies hospitalières, formateur d’infirmières, conseiller et, bien sûr, père de famille. Il fallait diversifier ses services pour répondre à tous les besoins de l’époque, et monsieur Gagnon avait vraiment à cœur le bien-être de ses différentes clientèles. De plus, il n’hésitait jamais à ouvrir son commerce spécialement pour une personne qui le nécessitait. C’est donc dans ce milieu florissant que Martin Gagnon grandit. Il se souvient d’ailleurs qu’il adorait se rendre à la pharmacie de son père pour… une crème glacée! En effet, ne retrouvant pas de machine à crème glacée ailleurs à Gaspé, monsieur Gagnon avait décidé d’en acquérir une, question d’attirer davantage la clientèle! La présence des enfants de la famille était également sollicitée lors de l’inventaire qu’ils devaient faire, afin de donner un coup de main. Toutefois, c’est seulement vers l’âge de 15 ans que Martin commença à travailler

davantage. « Les garçons avaient les tâches physiques comme transporter les boîtes et remplir les tablettes, et les filles s’occupaient du service à la clientèle et de la caisse ». C’est un peu plus tard, qu’il passa derrière le comptoir et fut attitré aux prescriptions. D’aussi loin qu’il se rappelle, il fut toujours impliqué dans l’entreprise familiale. Le temps des études venu, Martin Gagnon quitte la Gaspésie pour Québec et complète son baccalauréat en pharmacie avant de revenir en région. Son retour est plus que bienvenu pour son père qui fait face à une importante pénurie de pharmaciens sur le territoire. Martin raconte un épisode de 2003 où « c’était tellement difficile de se faire remplacer que lorsque nous avons dû aller en Chine pour l’adoption de notre deuxième fille, j’ai dû travailler 21 jours de suite à mon retour. Des horaires de 12 heures la plupart du temps. Ma femme venait me rendre visite en disant que la petite allait m’oublier à force de ne pas me voir ». La pénurie est désormais loin derrière et monsieur Gagnon entrevoit l’avenir avec beaucoup d’optimisme. Son neveu, Antoine Gagnon-Roy, travaillant à ses côtés lui permet de rêver à la relève de l’entreprise familiale. Ses trois filles sont encore jeunes pour démontrer un intérêt marqué pour le commerce, mais si elles le désirent, elles auront leur place au sein des pharmacies Gagnon, là où leur père et leur grand-père ont eu la chance d’exercer leur métier avec passion et bonheur.

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Jacques Gagnon, finissant en pharmacie, 1958.

Vincent Gagnon-Roy et son oncle Martin Gagnon.

Les enfants Paul, Andrée et Gilles Gagnon en 1968.

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Juillet - Octobre 2016 – MAGAZINE GASPÉSIE 51


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Construire sa vie :

le parcours de Guillaume Lapointe

P

eu nombreux sont ceux qui peuvent affirmer vivre de leur passion, Guillaume Lapointe en fait partie. En voie de reprendre LFG construction, des mains de son père, monsieur Lapointe se remémore ses premiers pas dans l’entreprise. Depuis son jeune âge, Guillaume baigne dans le milieu de la construction et de l’entrepreneuriat. Complètement fasciné par le travail que son père accomplissait, il se rappelle l’avoir accompagné quelques fois à des rendezvous de négociation avec les clients, ou encore dans les mines de Murdochville, pour différents contrats. Ce n’est généralement pas le genre d’activités qu’on

Guillaume et son père Claude Lapointe en 1989.

propose à des enfants mais, pour lui, c’était tout ce qu’il y a de plus normal. Sa passion s’est développée tranquillement alors que, muni de sa hache et de son marteau, âgé d’à peine 9 ans, il coupait ses premiers arbres pour bâtir un nombre incalculable de cabanes en bois. Son père dû même le sommer d’arrêter de planter des clous partout et de couper autant, avant la déforestation totale! Un avenir dans la construction se dessinait alors parfaitement pour ce jeune garçon. Dès l’âge de treize ans, Guillaume fut engagé à la quincaillerie BMR de Carleton, et c’est à cette période qu’il apprit les différentes sortes de matériaux ainsi que les tâches administratives, dont la gestion et les commandes. Puis, vers 17 ans, sentant le besoin de faire son propre chemin, Guillaume est parti travailler dans l’Ouest Canadien ainsi qu’à Québec et Montréal. Ce n’est que cinq ans plus tard qu’il revint définitivement à Carleton-sur-Mer, et par le fait même à LFG, en tant que charpentier-menuisier. Avec un talent naturel de meneur et de gestionnaire, Guillaume obtient un poste de contremaître à 24 ans. Il doit user de toutes ses compétences en matière de ressources humaines afin de se faire respecter et apprécier des employés, souvent plus vieux, sous son autorité. Il y parvient. Finalement, suite à une succession d’événements, il se retrouve aujourd’hui à 29 ans, directeur

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52 MAGAZINE GASPÉSIE – Novembre 2016 - Février 2017

Guillaume Lapointe et son futur associé Loïc!

Siège social d’LFG à Carleton-sur-mer.

de la division résidentielle et bâtiment. Un département regroupant pas moins de vingt employés. Guillaume Lapointe avoue être bien entouré et être capable, tout comme son père l’était, d’aller chercher les personnes qui lui sont complémentaires, maximisant ainsi les opportunités d’affaires afin de demeurer le plus gros employeur en Gaspésie. Lorsqu’il regarde vers l’avenir, il aime bien penser que son fils prendra la relève et qu’il continuera de faire rayonner l’entreprise. Il amène déjà son petit garçon de trois ans au bureau de temps en temps, mais en gardant toujours à l’esprit qu’il sera libre de choisir sa carrière. Finalement, il se considère particulièrement chanceux de marcher sur les traces de son père. Celui qu’il remercie encore pour lui avoir enseigné les bonnes valeurs de la vie!


LE MAGAZINE ET VOUS

Vous nous avez écrit Bonjour, Je suis un abonné du Magazine. Bravo, il est très bien fait et le dernier numéro nous donne énormément d’informations sur le passé de notre beau pays. Un bel été en Gaspésie, beaucoup de visiteurs au Musée, c’est ce que je vous souhaite. Claude Roy, Beauce, 30 juin 2016. Bonjour monsieur Fallu, Je lis vos textes depuis quelque temps et je dois vous dire que leur qualité, leur densité et leur style m’ont aussitôt retenu et conquis. Vos écrits font revivre une Gaspésie que j’ai bien connue et que je continue d’apprécier. Vous me faites m’ennuyer de la Gaspésie, de sa mer et de son air salin... Je vous salue fraternellement! Christian Larsen, Gatineau, 1er juillet 2016. Monsieur (Jeannot Bourdages), Suite à votre article dans le numéro 186 du Magazine Gaspésie (juillet octobre 2016) concernant le 250e anniversaire de l’arrivée de Charles Robin en Gaspésie, il y a lieu de constater tel que présenté dans votre préambule, que cet article ne se rapporte aucunement aux raisons pour lesquelles « encore aujourd’hui, il demeure toutefois une figure controversée, faisant l’objet de vives réactions parmi la population. » Encore plus étonnant que vous mentionniez que « nous vous présentons des extraits inédits de correspondance de Charles Robin, lui offrant ainsi la chance de donner sa propre version des faits. », alors que vous relatez uniquement l’épisode de la Guerre d’Indépendance aux États-Unis (1775-1783) en victimisant « Charles Robin (qui) subit les attaques des corsaires , si bien qu’il devra se résoudre à retourner sur l’île Jersey, et ce, jusqu’à la fin des hostilités. » Il est à espérer que vous aurez l’occasion de rectifier les faits concernant la véritable face de ce commerçant

véreux et de ses non moins semblables héritiers. Pour ce faire, les lecteurs auraient tout intérêt à consulter le volume La révolte des pêcheurs en Gaspésie de M. Jacques Keable (éditions Lanctôt, 1996), faisant état de l’exploitation éhontée des pêcheurs ayant menée à la révolte de 1909 sur la rive nord de la péninsule dans le territoire qui s’étend de la pointe à la Renommée (« Fame Point ») à Rivière-au-Renard contre l’oligopole du système Robin qui fixait comme bon lui semble le prix du poisson. Les Robin obtinrent la collaboration du ministre fédéral Rodolphe Lemieux qui dirigea alors contre les « révoltés » deux navires de la marine canadienne, transportant à leur bord des hommes armés. Les pêcheurs arrêtés furent amenés devant un juge qui, sans même les entendre, les condamnera et les fera emprisonner, au terme d’un faux procès. Vous remerciant de votre attention, Pierre Samuel, Montréal, (fils d’un natif de Rivière-au-Renard), 15 août 2016. Bonjour M. Samuel, Tout d’abord, merci d’avoir pris le temps de nous écrire et nous livrer vos commentaires. Publié dans la chronique « Archives », l’objectif principal de notre texte était d’offrir aux lecteurs des extraits inédits de la correspondance de Charles Robin. Il s’agit ici de véritables documents d’archives, absolument authentiques, auxquels pratiquement personne n’avait eu accès jusqu’à présent. Les nouveaux documents d’archives, datant du 18e siècle, sont d’une extrême rareté en Gaspésie, au Québec et même au Canada. C’est d’ailleurs pourquoi ces documents ont été jugés par des experts comme étant de véritables trésors nationaux. La source principale des historiens étant justement les documents d’archives, il nous apparaissait ainsi primordial d’en publier à tout le moins des extraits, et ce, que nous soyons d’accord ou non avec le point de vue offert par Charles Robin. Le

titre ne laisse d’ailleurs place à aucune ambiguïté, c’est la version de Charles Robin lui-même qui est présentée ici. Par la suite, les gens pourront interpréter les choses comme ils l’entendent, mais auront l’opportunité de se baser sur des écrits authentiques, ce qui est la base fondamentale de la méthode historique. Le fait que l’article s’attarde à la période de la Guerre d’Indépendance est simplement lié au fait qu’il s’agit ici d’une période marquante de l’histoire et que la correspondance s’avérait extrêmement abondante à cet égard. D’ailleurs, on trouve beaucoup d’informations étonnantes dans ces pages qui, effectivement, ne vont pas nécessairement dans la vision habituelle que l’on a du personnage. Cela ne veut pas dire que nous souhaitions faire de Charles Robin une victime. Ce n’est pas le cas. Mais, à la lueur de ces documents, il faut néanmoins reconnaître que, comme beaucoup d’hommes d’affaires, il a connu des difficultés, des obstacles ou même des échecs dans sa carrière. Cette correspondance comptant plusieurs milliers de pages, nous souhaitons d’ailleurs poursuivre ce travail de transcription et de traduction de ces documents avec des extraits d’autres périodes historiques dans les prochaines chroniques « Archives ». En terminant, soulignons le fait que de nombreux articles ont déjà publiés sur Charles Robin, les compagnies jersiaises et le système de crédit au sein du Magazine Gaspésie. Nous invitons nos lecteurs à les consulter pour en savoir plus sur le sujet, notamment l’article de Jacques Keable sur la révolte de 1909 à Rivière-au-Renard « Des pêcheurs révoltés face à une justice caricaturale » (Hiver 2004, no. 149), celui d’André Lepage « Le Banc de Paspébiac, siège social de l’empire Robin » (Été 1987, no. 99) ou encore celui de Pierre Provost « L’empire des Robin à travers les textes » (Été 2012, no. 174). Jeannot Bourdages, archiviste, Musée de la Gaspésie, 2 septembre 2016.

Novembre 2016 - Février 2017 – MAGAZINE GASPÉSIE 53


Cher Jean-Marie Fallu, Chaque fois que je reçois le Magazine Gaspésie je prends un réel plaisir à le lire. Je le dis parfois à Jules Bélanger et il me recommande de vous l’écrire. Enfin je prends le temps de vous envoyer quelques lignes. En tant qu’historienne, je m’intéresse particulièrement aux dossiers thématiques sur les différentes communautés : autochtones, canadiennes-française, acadiennes, irlandaises et dernièrement syriennes ; sur le travail, couturières ou pêcheurs ; sur les arts (peut-être trop rares à mon goût). Dans le numéro de mars-juin 2016, j’étais contente d’en apprendre plus sur Gracy d’Ambroise de Nouvelle, une personne dont m’a déjà parlé ma grand-tante Elise Greene de Miguasha. Je dois aussi vous féliciter pour la mise en page et les couvertures. Andrée Lévesque, Département d’histoire, Université McGill, 13 septembre 2016. N.D.L.R. Madame Lévesque, Merci pour votre appréciation du Magazine Gaspésie dont la réalisation repose sur la synergie de toute une équipe et de personnes bénévoles impliquées au sein des comités de rédaction et de gestion.

Correctifs (Édition Juillet - Octobre 2016, no 186, dossier « À table ») - Page 18. Dans « La cuisine dans un camp de la Gaspésie » par Jean-Eudes Caron, noter que le représentant de la compagnie Swift, n’était pas monsieur Gervais mais plutôt monsieur George Michaud de Chandler qui a travaillé pour cette compagnie durant plus de quarante ans. - Page 27. Noter que la recette La « bouillotte » à l’orignal de mon père, Valmont Landry avait été fournie par Yvan. Landry. - Article « Souvenirs et coups de cœur. Ma tradition culinaire » par Michel Morin : • Notre livreur de poisson frais du vendredi, monsieur Jalbert (et non Jalobert), qui passait aux maisons, page 42; • L’effervescence des premières heures du Brise-Bise à Gaspé, mené par les dames Roy (Hélène, Claudine et maintenant Renée), page 43; • La quiaude aux langues de morue qui se vendait comme des petits pains chauds sur mon menu du restaurant La Bouffatta à Gaspé, propriété de Denise Aspirot (et non Lancup) et Jean-Pierre Duguay, page 43; • Le poisson et les petits pains chauds du Restaurant l’Ancre sur le Banc de Paspébiac et de l’Auberge des commandants à Gaspé, page 44. La famille des

Thibault de la Gaspésie fête ses

100 ans

de présence en optométrie au fil de 3 générations!

Quelle opinion avez-vous du Magazine Gaspésie? Faites-nous part de vos commentaires afin que cette fenêtre historique et culturelle reflète mieux vos attentes. Vos suggestions peuvent porter sur le contenu rédactionnel, la présentation graphique et visuelle ou tout autre aspect de la publication (magazine@ museedelagaspesie.ca ou fallujm@globetrotter.net).

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Magazine Gaspésie - No. 187  
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