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L’Etat italien face au terrorisme et à la criminalité actes du colloque Etat et terrorisme du 12 janvier 2002 Démocraties Fabrice Rizzoli Doctorant en science politique à l'université Paris I

INTRODUCTION Au cours des années 70, le terrorisme des grands idéaux est, en l’Italie, un dés plus meurtrier. Depuis la fin des « années de plombs », en dépit d’actes sporadiques ou d’une relative gravité, l’état italien semblait épargné. Puis, de 1992 à 1993, moins d’une dizaine d’attentats, ravivent les vieux démons, tant par leur violence que l’absence de fil conducteur. En 1992, la Sicile subie les attentats de Capaci et de Palerme - rue d’Amelio -, fatales aux juges Falcone et Borsellino. Si en l’occurrence, les victimes, deux symboles de l’Antimafia, désignent leurs meurtriers, l’année suivante, les cibles sont moins explicites : - Le 14 mai 1993, à Rome, un bombe blesse vingt et une personnes mais n’atteint pas le journaliste visé, Maurizio Costanzo, - Le 27 mai 1993, une explosion fait 5 morts, une dizaine de blessés et des dégâts irréversibles dans la Galerie des Office de Florence, - Le 27 juillet 1993, à Milan, les explosifs tuent 5 personnes, en blessent une dizaine d’autres et détériore un musée, - Le même jour, à Rome, deux bombes blessent de nombreuses personnes et endommagent deux des plus prestigieuses églises de la capitale. Le titre précité recouvre, de prime abord, un vaste sujet mais de l’autre côté des Alpes, le « terrorisme » est associé à la « criminalité ». Le champs d’étude se limite, donc, à un terrorisme atypique, celui d’une mafia, dont ma définition1 est souvent occultée. Parmi les 4 mafias opposées à l’état de droit, à ce jour, seule Cosa Nostra fut capable, d’une politique terroriste, mais avec la complicité des autres mafias. Si celles-ci ont toujours utilisé la violence et l’explosif, les cibles impersonnelles, impliquant des « innocents » et hors de la Sicile, sont une relative nouveauté. Pourquoi Cosa Nostra, qui bénéficie d’appuies politiques, recourt-elle à des méthodes aussi radicales ? Un tel renversement ne s’explique pas, sans considérer la mafia, comme un sujet politique. Assommée par la sentence définitive du « maxi-procès », la mafia est au coeur d’un bouleversement géopolitique. En outre, le terrorisme n’est pas une stratégie irréfléchie. Cosa Nostra qui a réformé sa structure, possède une alternative à la classe politique défaillante.

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Voir annexes

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1.

La mafia : un acteur de la vie politique italienne : a) Les origines du terrorisme :

Le terrorisme mafieux du début des années 90, s’enracine depuis deux décennies. Au cours des années 70, les mafieux siciliens acquièrent le monopole de la distribution d’héroïne sur le marché américain. Les profits, si rapides et si colossaux ne permettent plus le partage des pouvoirs. En 1982, une guerre intestine, effroyable et sans précédent, voit l’ascension des Corléonais2 sur les familles palermitaines. Organisation traditionnellement « démocratique »,3 Cosa Nostra, est, depuis, régie par un commandement unitaire. Cette « revanche des campagnes » comme la mutation structurelle sont les conséquences d’une révolution géopoliticocrimellle : la massification du trafic de drogue4. Au sein de l’organisation mafieuse, la mondialisation du trafic de drogue, provoque une réaction en chaîne. A ce titre, la violence des Corléonais connaît des effets secondaires à la mesure de leur triomphe. En 1984, un homme d’honneur brise, pour la première fois, la loi du silence. Le premier repenti, Tommaso Buscetta, permet des centaines d’arrestations qui conduisent au « maxi-procès » soit 474 jugées de 1986 à 1987. L’absence de preuve matérielle pour reconnaître la responsabilité pénale des donneurs d’ordre est palliée par « théorème Buscetta5 ». De ce fait, les magistrats jugent l’organisation en soi et légitiment des condamnations fondées sur la seule foi des repentis. Le 30 janvier 1992, la cours de cassation rejette la révision du « maxi-procès » et confirme toutes les condamnations de première instance. Au regard des relations politico-mafieuses, ce jugement définitif est emblématique et décisif. Il s’explique par la crise qui ronge les principales forces gouvernementales ( P.S. et D.C. ). Ceux qui garantissaient « l’ajustement6 » des procès ou les détentions temporaires, n’honorent plus leurs engagements. L’exécutif s’émancipe, alors, du traditionnel contrôle « partitocratique » bien que les nombreux décrets-lois antimafia de 1991, soient, d’avantage, le fruit du renforcement endogène de l’action antimafia7. En second lieu, les causes le terrorisme mafieux, s’inscrivent dans un bouleversement géopolitique mondial.

b) Un coup d’état permanent : conséquence de bouleversements politiques C’est la chute du Mur de Berlin qui altère profondément les relations politico-mafieuses. Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, contre la menace communiste, l’Etat italien, administré par la Démocratiechrétienne, a choisi l’alliance avec les mafias pour leur puissance électorale. Or, au début des années 90, la disparition de la menace, affaiblie au sein de la Démocratie-chrétienne, le camp du « compromis historique ». L’Etat s’éloigne, alors, des intérêts mafieux. Réciproquement, la mafia perd son rôle de régulateur des oppositions Est-ouest8. Si l’on doute de l’influence exercée par la fin de la guerre froide, il suffit de rappeler la décision de la cours l’appel en 1988. Elle avait rejeté le « théorème Buscetta » pour les « exécutions exquises », celle d’importantes personnalités9. Dans un premier temps, l’apogée de l’escalade corléonaise consiste à se libérer des anciens référents. Cela débute le 13 mars 1992, avec l’assassinat de Salvo Lima, complété par celui de Ignazio Salvo, le 17 septembre 1992. Aux yeux des hommes de Cosa Nostra, tuer leur allié sicilien de la D.C. affaiblie le pouvoir et l’image 2

L. Liggio, chef spirituel emprisonné depuis 1974, S. Riina, le meneur, son beau-frère L.Bagarella et B. Provenzano , en cavaledepuis 38 ans. 3 Expression très imagée du repenti Leonardo Messina qui reflète une gestion collectives des intérêts criminels. 4 Voir annexes 5 Théorie juridico-criminelle, voir en annexes. 6 Terme technique du langage mafieux qui évoque la culture de la médiation et non la guerre. Audition Buscetta, Commission Parlementaire antimafia, 16 novembre 1992, p. 360. 7 Détail en annexes. 8 Développement en annexes. 9 Voir en annexes.

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d’Andreotti. Dans un deuxième temps, les attentats contre le patrimoine doivent contraindre le nouvel Etat à négocier. Le collaborateur de justice, Leonardo Messina, qualifiait le terrorisme de « coup d’état » graduel10 : C’est le coup d’état permanent, politique qui n’a pu être prise dans l’urgence. 2.

La guerre contre l’Etat : décision et substitution : a) Le choix terroriste

Selon Leonardo Messina, à Enna, de novembre 1991 à février 1992, les plus grands chefs mafieux 11, décident, pendant 3 mois, de l’avenir de la mafia sicilienne. Au cours de cette réunion, le grand chef, Toto Riina aurait fait le constat suivant : La pression des autorités, à l’encontre de Cosa Nostra s’est accentuée et surtout, certaines alliances traditionnelles avec l’Etat ne fonctionnent plus. Or, si la sentence du « maxi-procès » ne peut être annulée, tous les chefs considèrent les repentis12 comme un fléau à endiguer. Ainsi, avec le terrorisme, les mafieux se dotent d‘une monnaie d’échange : la fin des attentats contre une politique de discrédit des collaborateurs de justice et la suppression de l’article 41. Cette loi prévoit un régime pénitencier sévère et spécifique aux mafieux. Or, l’isolement strict, les conditions de vie dures sont des instruments favorables aux nouvelles collaborations.13 Selon Cancemi, Provenzano, parlait des bombes de Capaci à Milan comme d’une stratégie continue de lutte contre les repentis. Les attentats de Florence, de Rome et de Milan en 1993, ont, donc, une charge destructive particulière, déjà planifiée, au moment des deux premiers attentats plus traditionnels. Cosa Nostra n’a pu s’engager sans posséder une alternative aux forces politiques traditionnelles incapables d’interférer avec l’action étatique. b) L’intégration par les loges maçonniques : La défaillance de la classe politique ne signifie pas une mafia aux aboies. L’inébranlable conviction de Riina et de ses sbires ne s’explique pas sans une nouvelle convergence de l’Organisation et de forces extérieures14. Animés par des hommes de l’ombre, elles sont porteuses d’intérêts hors de la politique perceptible par le public. L’association de ses deux mondes constitue un réseau capable d’interférer l’action légale. Ce sont des loges maçonniques, secrètes et détournées de leur finalités démocratiques qui permet ces ententes stables et clandestines. Au cours des réunions, l’entrelacement entre les affaires ( à grands profits ) et violence, moyen de communication et de persuasion politique, devient progressivement centrale. Le caractère méfiant des Corléonais les a toujours fait douter de la crédibilité de leurs alliés politiques. C’est pourquoi, entre les années 70 et les années 80, ils multiplient ce type d’alliance jusqu’à ce que Cosa Nostra et ces pouvoirs occultes ne fassent qu’un. L’achèvement de ce processus d’intégration 15 coïncide avec le tournant d’Enna… « Les Corléonais sont en train de créer une autre structure secrète sans connaissance mutuelle.

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Audition Messina, C.P.A., 4 décembre 1992, p ; 517. Voir en annexes. 12 Voir en annexes. 13 Interrogatoire du 8 mars 1994 par le juge d’instruction de Florence. 14 Voir en annexes : 15 Voir en annexes. 11

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Conclusion : Les rapports politico-mafieux qui précédent les attentats sont décrits, avec précision, dans le rapport de la Commission parlementaire antimafia de la XIème législature.16 Indéniablement, un virage stratégique de la mafia sicilienne, se vérifie, au cours des années 1992/93. Cependant, une lecture rétrospective démontre que ses origines ne sont pas, en dépit des apparences, aussi soudaines qu’inattendues. La violence des attentats n’en pas moins significative : la paix avec Cosa Nostra ne peut plus se négocier aux conditions du passé. A ce sujet, Riina aurait déclaré, au sommet d’Enna : « On fait la guerre pour ensuite faire la paix » Son arrestation, le 15 janvier 1993, qui n’a pourtant aucune d’incidence sur le terrorisme, symbolise cette nouvelle donne, à plus forte raison parce qu’elle ne reste pas sans lendemain. La capture, les uns après les autres, des « parrains » de Corleone, offre l’image d'un Etat qui ne cède plus qui, pour la première fois, semble accepter le rapport de force avec ses mafias. A contrario, la fin des attentats en 1994, doit-elle être interprétée comme une victoire des institutions. Rien n’est moins certain. La cavale de Bernardo Provenzano, le dernier chef des chefs, recherché depuis 38 ans, demeure énigmatique. Les soupçons sont fortement étayés par sa personnalité : peu enclin au terrorisme, favorable à la coexistence pacifique avec l’Etat comme au sein familles mafieuses. Puis l’apparition de nouvelles « affaires » qui concernent des élections trop faciles, notamment en Sicile sont autant d’indices d’un nouvel armistice politicomafieux : la « pax mafiosa ».

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Commission parlementaire antimafia de la XIème législature, Rapport sur les relations entre mafia et politique, ( rapprteur Luciano Violante ), approuvé le 6 avril 1993, ed Laterza, Roma-Bari, 1993.

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ANNEXES

1. Mafia et définition : Une typologie criminelle permet l’appréhension d’un phénomène vidé de son sens par la mode journalistique du “tout mafia”. La criminalité comprend : la délinquance, la criminalité ( incluant les délits graves ) et la criminalité organisée, apanage des organisations criminelles, telles que : - les clans turcs : les « Loups Gris » des « Babas » (« parrains ») ou les « associations kurdes » - les “Fares” albanaises : à portée internationale récente - les cartels latino-américains : fortement conditionnés par le trafic de cocaïne - les clans eurasiens ou « mafias russes » : ethniques et issues de la dérive post-communiste. Toutes répondent aux critères suivants : o l’association clandestine d’au moins 3 personnes : division du travail et compartimentage… o une structure hiérarchisée : pyramidale, horizontale, familiale, clans et cartels… o le culte du chef : boss, parrain, babas, tête de dragon, chef des chefs… o une présence sur le long terme de l’histoire : indépendant des facteurs conjoncturels o une portée internationale : réseaux transnationaux, alliances avec les O.C. étrangères.. . o la capacité de diversifier les activités criminelles : du racket au blanchiment … o la volonté de richesses et de pouvoirs illicites : et non politiques ( organisations terroristes ) o l’utilisation de la corruption et la violence : adaptation par souci d’efficacité. Une typologie a posteriori, d’un phénomène à réalités multiples ne peut qu’être imparfaite. Dans le cas où quelques critères font défaut, la définition fonctionne mal. Ainsi, bien que trés organisés, les réseaux nigérians sont peu structurés, limités aux circuits de la drogue et dépenant d’un narco-état. Les gangs de motards, le “Milieu” français ou les clans galiciens relève d’une criminalité organisée sans pour autant former une organisation criminelle. Enfin, une mafia est un Organisations criminelle de Type Mafieux,1718 telles : - les mafias italiennes : Cosa Nostra, Camorra, ‘Ndranghetà et Sacra Corona Unita. - les Yakusa japonais19 : Boryokudan, Yamaguchi-gumi ou Sokaiya. - les Triades chinoises20 : Sun yee on, Fédération Wo, 14K, Bambou uni, Bande des quatre mers et Grand cercle. Elles se distinguent par deux caractéristiques supplémentaires : o le contrôle du territoire : entreprise privée de la protection ( racket et extorsion ) o la « subculture » mafieuse21 : code de l’honneur fait de règles et de rites ( loi du silence, apologie de la vengeance et cérémonie initiatique… La criminologie n’est pas une science excacte. Ainsi, est-il peu rigoureux, de qualifier des O.T.M asiatiques séculaires, ( 300 ans d’âge ), de “mafieux”, mot italien pour un phénomène vieux seulement d’un siècle...

2. Le “théorème Buscetta” : Le repenti Gaspare Mutolo a offert aux magistrats de Palerme, une chronique fidèle de l’univers mafieux pendant le procès. Dés le départ, les hommes d’honneur sont convaincus du caractère politique de ce procès, en raison du nombre d’accusés et de la polémique sur l’association mafieuse. Fondé sur les aveux de repentis, ce délit ne concerne pas d’infractions spécifiques mais la mafia en soi. Selon les repentis, le « théorème Buscetta », absent du langage mafieux se résume aux règles propres à Cosa Nostra22. M.L. CESONI, déviance et société, 1995, Vol.19, No 1, pages 51-83. Thierry CRETIN, revue de sciences criminelles (2), avril-juin 1995 : Qu’est-ce qu’une mafia? 19 Luigi DE MARTINO : Yakusa et Cosa Nostra, revue internationale de criminologie et de police technique, 1/95. 20 G. De Véricourt, les mafias, les essentiels, Milan. 21 Eric Hosbawn, les primitifs de la révolte dans l’Europe moderne, Fayard, Paris, 1966. 17 18

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Ordonnance de jugement de G. Falcone, P. Borsellino, L. Guarnotta et G. Di Lello dans le procès pénale contre Abate Giovanni et 706 ( extraits publics dans C. Stajano, Mafia, l’acte d’accusation des juges de Palerme, Rome, 1986, p. 42 ).

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• L’organisation hiérarchique en structure pyramidale : Les unités fondamentales de la structure sont, la famille, le canton et la commission provinciale. La famille, composée d’hommes d’honneur est commandée par un chef. Le canton qui rassemble au moins trois familles territorialement contiguës est dirigé par un des chefs de ces familles. La commission provinciale rassemble les chefs mandatés par chaque canton même si la Commission de Palerme exerce une sorte de suprématie. A certains moments, les représentants des provinces se réunissent en Commission inter-provinciale. Créée par les Corléonais, la « coupole » est une structure d’arbitrage pour un gouvernement régionale • Le contrôle du territoire : Personne ne peut se livrer à une activité criminelle d’un certain niveau, sans l’aval de la famille qui régit le territoire en question. Les magistrats s’y réfèrent pour reconnaître la responsabilité pénale du chef de famille. • Le pouvoir hiérarchique : Ces systèmes politico-criminels démontrent qu’un homicide « excellent », dépasse les dynamiques propres à une seule famille. L’assassinat d’un policier ou d’un notable de l’île est nécessairement délibéré et ordonnée par la Commission provinciale. In fine, cette théorie s’applique, aux meurtres des personnalités d’envergure nationale ( magistrats, politiciens etc… ), à charge des chefs de provinces qui composent la Commission régionale. Au procès, la mafia se défendait en contestant la véracité de ces règles qui justifient la responsabilité pénale. Alors que nombres de juges instructeurs partageaient cette thèse, aucun magistrat du siège, président de chambre pénale, ne souhaitaient diriger le collège du « maxi-procès ». Giovanni Falcone « n’était pas considéré comme un juge normal mais comme un homme de terrain ». Confiants en ses référents politiques, les hommes d’honneur croyaient, à plus forte raison, que le procès serait « ajusté » et vidé de sa dangerosité. Ce sentiment d’invulnérabilité est confirmé par d’autres collaborateurs de justice, de Guiseppe Marchese à Leonardo Messina. La sentence de 1992 est, donc, un coup d’assommoir. Non seulement, le rejet des recours, avalise toutes les condamnations mais la cassation réaffirme le « théorème Buscetta » pour les « cadavres exquis », et annule les importantes relaxes de la cour d’appel.

3. L’indépendance des juges : La spécificité constitutionnelle de la séparation du Ministère public de l’exécutif qui permet l’indépendance des juges, a contribué à l’émancipation de l’Antimafia Au cours des années 90, plus l’indépendance de la magistrature croît et plus l’administration judiciaire23 se soustrait des conditionnements de la classe politique. Les vieux équilibres et les alliances longtemps expérimentés protègent de moins en mois les intérêts mafieux. Les anciens médiateurs, qui tiraient leur force de la capacité à conduire ou à conditionner l’action du gouvernement, perdent leur emprise, ils ne servent plus.

4. L’appel du « maxi-procès » : … La sentence en appel avait introduit un fait nouveau ; le rejet du « théorème » de la responsabilité pénale des membres de la Commission pour les « cadavres exquis ». A ce titre, les parrains s’attendaient que tout soit résolu en cassation, grâce à la présence et la contribution du président de la première chambre pénale, Corrado Carnevale, déjà connu pour une série de rocambolesques annulations ( tous en faveur des mafieux mis en examen ) et pour avoir exprimé publiquement et à plusieurs reprises, des critiques acerbes sur le maxi-procès et sur les déclarations des repentis. Dans ce sens, selon les collaborateurs de justice, des assurances avaient été données par des avocats et des représentants politiques de niveau national, parmi lesquels Lima, qui devaient s’intéresser de l’issu favorable du procès. Ce procès ne fut pas assigné à un collège présidé par le docteur Carnevale. Le Conseil Supérieur de la Magistrature avait énoncé le principe selon lequel les désignations, devaient être basées sur des critères objectifs de rotation. Sur cette base, le président de la chambre de cassation, Antonio Brancaccio décida que le 23

C’est à dire les fonctions politiques du C.S.M. et les activités organisationnelles des chefs de services judiciaires.

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collège des juges serait présidé non pas par le docteur Pasquale Vincenzo Molinari, magistrat que ce même Carnevale avait désigné, mais par le docteur Arnaldo Valente : complétement étranger au « parti du patriotisme de la première section ». La perception de la défaite est extrêmement nette dans le récit de Mutolo.

5. La crise politico-mafieuse : Il est possible d’analyser les stratégies mafieuses des années 90, de Capaci à la rue des Georgofili, dans le contexte de l’histoire politique du pays. Il n’y pas de coïncidence, le choix du terrorisme mafieux intervient dans un moment d’instabilité politique et elle vise à accentuer la crise. Non ne sommes certainement pas n face de changements spontanés des habitudes mafieuses, mais plutôt à des conscientes et lucides délibérations, assumées par le groupe dirigeant de Cosa Nostra, sur la base d’une analyse des rapports de force. Il s’agit d’un projet d’avenir qui vise à créer les conditions politico-institutionelles les plus avantageuses pour le développement de l’Organisation. L’idée de la guerre trace l’horizon de l’organisation même si Cosa Nostra est aussi capable d’amnisties et d’ententes pacifiques. Elle profite d’un patrimoine d’intimidation acquis à travers un usage sans scrupules et sans remords de la brutalité, qui devient une ressource fondamentale qui renforce les liens entre associés. Aux dires des collaborateurs de justice, la rupture du début des années 90 entre Cosa Nostra et ses référents politiques les plus solides a balayé le pouvoir de contrôle exercé par une partie de la classe politique nationale sur la périphérie sicilienne et sur les hiérarchies des forces. Ainsi ont été renforcées les composantes mafieuses les plus subversives qui demandaient depuis longtemps - dés la fin des années 70 – la suprématie et l’autosuffisance de l’Organisation sur les parties. Buscetta dénonce comme subversive, la philosophie des Corléonais qui repose sur une véritable structure de contrôle des familles mafieuses qui fait abstraction de l’implantation traditionnelle. Il introduit un modèle typiquement autoritaire et se sert d’un réseau occulte de relations internes et externes à Cosa Nostra.

6. Le sommet d’Enna : Dans cette ville tranquille, c’est à dire moins contrôlée par les forces de l’ordre 24, les membres de la Commission de Palerme et les représentants des provinces, forment la « coupole ». Cette Commission régionale est une structure créée par les Corléonais pour une direction unitaire des activités mafieuses. Cette réunion au sommet doit renforcer un réseau mafieux, en témoigne, la présence de représentants des autres mafias, opérant en Italie comme à l’étranger.

7. Le problème des repentis : Sur ce sujet, le repenti Salvatore Cancemi25 a personnellement entendu, les chefs de la Commission, ( Salvatore Riina, Bernardo Provenzano, Salvatore Biondino et Raffaele Ganci ) évoquer, sans retenue, le gravissime danger que la diffusion du « repentisme » constitue pour Cosa Nostra. Sur les arguments en faveur de l’offensive contre l’Etat, défendus par Riina, Giuseppe Pulvirenti, chef de Catane, aurait confié à Malvagna26 que Santapaola et les autres membres de la Commission étaient tous convaincus. Selon « il Malpassotu 27», maintenant que nombres d’accords avec le pouvoir politique font défaut, il faut faire pression sur l’Etat par d’autres moyens. Il faut inviter les institutions à traiter avec la mafia ou au moins, qu’elles atténuent leur pression sur Cosa Nostra et sur la Sicile. Cette interprétation est corroborée par de nombreux témoignages, ceux des repentis ( Filippo Malvagna, Marco Favaloro et Salvatore Annacondia de la Sacra Corona Unita ) et des fonctionnaires, sollicités par Cosa Nostra pour négocier. Le collaborateur de justice, Gioacchino La Barbera, relate une tentative de négociation, en 1992. 24

Audition Messina, P. 521 à 527. Interrogatoire du 16 février 1994 par le juge d’instruction de Caltanissetta. 26 Le 9 mai 1994, cité dans les mémoires du juge d’instruction de Palerme, l’authentique histoire de l’Italie, p. 862. 27 Surnom de Pulvirenti. 25

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Pour le compte de la Commission, Antonino Gioè sollicitait un traitement plus clément pour certains parrains emprisonnés. En retour, Cosa Nostra proposait sa médiation pour récupérer des œuvres d’art dérobées28. Les actes de procédures stipulent que l’intermédiaire entre Gioè et les institutions, fait désormais partie d’un programme de protection. En raison de ses contacts avec les Carabiniers 29, il porte le nom de code « Alfa » ( l’institution utilisant des « Alfaromeo » ). Au cours de l’été 1992, Gioè l’aurait informé, du projet d’attentats, non plus contre des personnes mais contre le patrimoine artistique. A l’évocation d’une éventuelle destruction de la Tour de Pise, la réaction de l’intermédiaire est lourde de sens : « Ce serait la mort d’une ville »… Gioacchino La Barbera rappèle qu’à la fin de 1992, le Catanais Santo Mazzei, mandaté par Cosa Nostra, a tenté de provoquer un incendie dans le musée de Florence30.

8. Le contexte de 1992 : Le virage stratégique de Cosa Nostra, basé sur l’abandon de la cohabitation avec l’Etat et sur un conflit radical, n’est pas entièrement élucidé, si notre attention se limite à 1992. Certes, les rencontres de Enna sont très importantes. Elles définissent la voie à suivre et probablement réforment la structure de l’organisation, notamment pour les groupes de feux et la compartimentation avec lesquels Cosa Nostra se prépare à la guerre31. Cependant, ces choix sont préparés de longues dates.

9. Les mafieux à l’assaut des loges maçonniques : … Selon Leonardo Messina, « beaucoup d’hommes de Cosa Nostra, ceux qui réussissent à devenir chef, font partie de la Francs-maçonnerie […] au sein de celle où ils peuvent avoir les puissantes relations avec les entrepreneurs, avec les institutions, avec les hommes qui administrent le pouvoir. » Certes, la mafia « n’obéit qu’à elle-même », mais elle a besoin de contacts pour ses propres affaires : arranger un procès, obtenir un important marché public. « La Francs-maçonnerie étant un point de rencontre entre les dirigeants de la classe dirigeante et ceux de Cosa Nostra, les hommes d’honneur les plus importants tentaient d’en faire partie. »… Mais, ce sont certaines des affirmations de Messina devant la Commission Parlementaire Antimafia qui permette de réaliser que le processus d’intégration entre mafia et loges maçonniques coïncide avec une mutation structurelle de Cosa Nostra…

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Interrogatoire du 4 décembre 1993 par le juge d’instruction de Palerme. Tout cela est confirmé par un sous-officier carabinier qui était en contact avec « Alfa » ( entendu par le J.I. de Florence du 7 avril 1994 ) et par le colonel Mori du groupe des opérations spéciales des C.C. de Rome. 30 Interrogatoire du 3 décembre 1993 par le juge d’instruction de Palerme. 31 Sur la fonction qu’exerce la compartimentation comme structure plus adéquate à l’activité terroriste, voir l’audition du Docteur Piero Luigi Vigna, devant la C.P.A, le 28 juillet 1995. 29

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LEXIQUE Ajustato ou Combinato : arrangé (“ initié ”). Années de plomb : Années 1970 au cours desquelles l’Italie subit un terrorisme violent provoqué par des partis extrémistes. Baby-killers : jeunes tueurs adolescents. Cadaveri eccellenti (cadavres exquis) : assassinats des représentants de l’Etat. Députés, maires, policiers, juges, procureurs... Camorra : organisation criminelle implantée à Naples et en Campanie. Capodecima (chef de dizaine) : une dizaine regroupe dix “ soldats ” . Capo di tutti capi : chef de tous les chefs . Capofamiglia : chef de famille . Capomandamento : commandant représentant plusieurs familles. Les capomandamenti siègent à la Coupole. Compare : témoin de mariage, compère ou membre de la ‘Ndrangheta. Consiglieri : conseillers du capofamiglia. Cosa Nostra (Notre Chose - Notre Affaire) : mafia sicilienne. Tous les hommes d’honneur sont “ la même chose ”, stessa cosa. Cosca : la famille ou la cellule. Cupola (Coupole) : gouvernement de la Cosa Nostra. Structure collégiale qui coordonne les différentes familles. Dix ou douze membres qui élisent “ le chef de tous les chefs ”. D.E.A. : Drug Enforcement Agency, Institution chargée de la lutte contre le trafic de stupéfiants aux Etats-Unis. D.I.A. : Direzione Investigativa Antimafia, Brigande antimafia de la police nationale. Don : titre donné aux parrains les plus notoires. D.C. : Démocratie Chrétienne Ecomafia : “ ( compilation de éco- et mafia, 1994 ) s.f : secteur de la mafia qui gère des activités hautement dommageables pour l’environnement comme les constructions abusives et le traitement clandestin des déchets toxiques ”. ( Zingarelli 1999 - Vocabulaire de la langue italienne ). Extorsion : Evolution du racket mafieux : il n’y a plus de contrepartie au pizzo Locale : organisation de base de la ‘Ndrangheta Lupara : fusil à double canon scié servant à la chasse au loup. Arme favorite de la mafia. Plus précisément, lupara signifie “ grosse goutte ”, c’est-à-dire “ chevrotine ”. Lupara bianca : (mort blanche), disparition, meurtre sans cadavre ni trace. Mafia : “ Mort aux Français, Italie attend ” une des nombreuses significations possibles. Cri de soulèvement des insurgés lors des Vêpres siciliennes au XIIIème siècle. Mani pulite : “ mains propres ”, nom donné à l’enquête nationale sur les pots-de-vin. Mezzogiorno : midi italien. ’Ndrangheta : (du grec andragatos : homme valeureux) ; désigne la mafia de Calabre. ‘Ndrine : clan de la mafia de Calabre. Nuova Camorra Organizzata (N.C.O.) (Nouvelle Camorra Organisée) : scission de la Camorra dirigée par Raffaele Cutolo puis sa soeur Rosetta. Nuova Famiglia (Nouvelle famille de la Camorra) : scission avec la précédente. Omertà : loi du silence imposée par la mafia aux membres de l’organisation comme à ceux qui en sont victimes. L’Organisation : avec une majuscule, ce mot désigne en général les organisations mafieuses, sicilienne ou calabraise. Pentitismo : phénomène de repentir généralisé chez les mafieux, jusqu’ici inhibés par la loi du silence. Pentito : mafieux repenti qui devient collaborateur de justice. Picciotti : hommes de main. Pizzo (racket en sicilien) : “ Tangente ” en italien. Impôt prélevé par la mafia chez les commerçants en échange d’une “ protection ” contre la délinquance. Posare : déposer. Dissolution d’une famille ou mise à l’écart d’un homme d’honneur. “ Punciutu ” : dialecte sicilien signifiant “ piqué ”, en référence à la piqure au doigt lors de l’introduction d’un nouvel affilié à Cosa Nostra. 9


R.O.S : Repartivo Operazione Speciale, brigade d’intervention d’élite de l’arme des carabiniers. Sacra Corona Unita ou S.C.U. (la Sacrée Couronne Unifiée) : mafia des Pouilles. Sbiro : “ sbire ”, (policier), en langage parlé, péjoratif, signifie “ flic ” voire “ indic ” ou toute personne qui défend les forces de l’ordre. S.I.S.D.E. : Service secret civil italien S.I.S.M.E. : Service secret militiare italien Stidda (L’Etoile, en sicilien) : organisation rivale de Cosa Nostra. Sub-culture mafieuse : idéologie et système normatif de valeurs, revendiqués par les mafias, mais partagés par de larges strates de la société dans son ensemble, visant à légitimer l’ensemble de ses pratiques. Tangentopoli : système généralisé de corruption politico-financière. Tangenta signifiant “ pots-de-vin ”. Usure : taux démesurément élevé contraignant le commerçant à céder tôt ou tard son affaire à son créancier mafieux. Zoomafia : secteur de l’ecomafia, dont les activités concernent les animaux : des paris clandestins au trafic d’espèces rares.

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BIBLIOGRAPHIE Ouvrages généraux sur les organisations criminelles de type mafieux • Bolzoni (Attilo) et Lodato (Saverio), C’era una volta la lotta alla mafia, (storie di patti e di ricatti) : Il était une fois la lutte contre la mafia, (histoires de pactes et de chantages). Ed. Garzanti, Milan, 103 pages,1998. Cette récente parution propose un bilan des dix dernières années de lutte contre Cosa Nostra. Trois journalistes analysent à partir de quatre thèmes centraux, l’évolution des rapports politico-mafieux. Les auteurs ne remettent pas en cause les bouleversements de la fin des années 80 (offensives de l’Etat, Cosa Nostra aux abois). Ils constatent néanmoins, que l’Organisation se ressource. Plus grave, certaines victoires de l’Etat ne seraient que le fruit de nouveaux marchés entre notables et parrains. Exemple le plus criant : l’arrestation du chef suprême Toto Riina, inspirateur de “ la saison des bombes ”. Sa capture est une victoire éclatante pour un Etat qui se veut en lutte contre les mafias. Grâce à un solide faisceau d’indices, les journalistes démontrent l’existence d’un pacte entre les autorités et Bernardo Provenzano. Ce dernier, en fuite depuis les années 60, est un chef mafieux versé davantage dans la diplomatie par rapport à Riina. Depuis cinq ans, les faits siciliens accréditent la thèse de ce nouveau chantage. • Colaprico (Piero) et Fazzo (Luca), Manager, calibro 9, (Vent’anni di malavita a Milano nel racconto del pentito Saverio Morabito) : Chef d’entreprise au calibre 9, (Vingt ans dans le “ milieu ” à Milan par le récit de Saverio Morabito). Ed. Garzanti, Milano, 179 pages, 1995. Il s’agit des confessions de l’un des plus importants chefs de la ‘Ndrangheta. Cependant, il faut nuancer le caractère exceptionnel du repentir d’un membre de la mafia calabraise. En effet, Saverio Morabito est né à Milan où il fit la totalité de sa carrière criminelle, depuis les années 60 jusqu’à son arrestation en 1990. Cet ouvrage journalistique apporte donc un éclairage important sur la présence mafieuse à Milan. Enfin, il permet des recoupements avec les recherches de Narcomafie et en accrédite la typologie de l’occupation mafieusedu Nord du territoire italien. • Commission parlementaire antimafia, Mafie e antimafia : Mafias et antimafia. Ed. La Terza, Italie, 221pages, 1996, p. 48 à 137. Il est question ici d’un rapport officiel comportant les toutes récentes découvertes en matière de mafias italiennes. Les informations sur la ‘Ndrangheta et la politique de terreur de Cosa Nostra de cette décennie sont capitales. Il est très regrettable que les parutions de 1994 et 1995 ne soient plus éditées. • Sifakis (Carl), The Mafia encyclopedia, (From Accardo to Zwillman). Ed. Facts On File, Inc. New York, 357 pages, 1987. Seule encyclopédie sur la mafia, cet ouvrage, exclusivement disponible en langue anglaise est aussi riche que pratique et se révèle indispensable pour découvrir la mafia italo-américaine. • Matard Bonucci (Marianne), Histoire de la mafia. Coll. Point Questions au XXe siècle, Ed. Complexe, Paris, 317 pages, 1994, p. 240 à 246 : le pactole de la drogue. C’est une des oeuvres fondamentales sur l’histoire des mafias en Italie, aussi bien par l’ampleur des recherches que par la finesse de l’analyse. Seule la pauvreté sur les structures mafieuses fait défaut. Enfin, peut-être du fait de la date de parution, ce livre ne peut être utilisé pour l’étude du tournant du début de la dernière décennie. • Sterling (Claire), La pieuvre, (la Mafia à la conquête du monde 1946-1989). Ed. Robert Laffont, Paris, 394 pages, 1990. La pieuvre est la plus riche des enquêtes sur la pizza connection. Cependant, la thèse selon laquelle, en plus d’être les porteurs de l’héroïne, les Siciliens en sont les distributeurs sur le sol américain, est plus que discutable. • Padovani (Marcelle) et Falcone (Giovanni), Cosa Nostra, le juge et les hommes d'honneur. Ed. de la Seine, Paris, 188 pages, 1991. La richesse et la précision des informations contenues dans cet entretien avec le juge Falcone, effectué quelques 11


mois avant sa mort, sont à la hauteur des moyens employés pour son assassinat. • Gamdetta (Diego), La mafia siciliana (un’industria della protezione privata), La mafia sicilienne, (une industrie de la protection privée). Ed. Einaudi Paperbacks, Sciences sociales, Turin, 398 pages, 1992. • Calderoni (Pietro), L’avventura di uomo tranquillo, (Storia vera di Piero Nava, supertestimone di un delitto di mafia), L’aventure d’un homme tranquille, (L’histoire vraie de Piero Nava, témoin extraordinaire d’un crime mafieux). Ed. Rizzoli, Milan, 222 pages, avril 1995. • Madeo, (Liliana), Donne di mafia (Vittime, complici e protagoniste), Femmes de mafia (Victime, complices et protagonistes). Ed. Baldini/Castoldi, Milan, 240 pages, 1994. • Arlacchi, (Pino), Buscetta, la Mafia par l'un des siens. Editions du Félin, Paris, 255 pages, 1996. • Arlacchi (Pino), Les Hommes du déshonneur, (la stupéfiante confession du repenti Antonino Calderone). Ed. Albin Michel, Paris, 342 pages, 1992. • Calvi (Fabrizio), L'Europe des parrains, (la Mafia à l'assaut de l'Europe). Ed. Grasset, Paris, 294 pages, 1993. • Cretin (Thierry), Mafias du monde, (organisations criminelles transnationales, actualité et perspectives). Coll. Criminalité internationale, ed. P.U.F., Paris, 201 pages, 1997. • Giraud (Henri-Christian), Terres de Mafia. Coll. essai, ed. J.C. Lattes, Paris, 180 pages, 1993. • Lodato (Saverio), Dieci anni di Mafia, (La guerra che lo stato non ha saputo vincere). Dix années de mafia, (la guerre que l’Etat n’a pas su gagner). Ed. Rizzoli, Milan, 296 pages, 1990. • Santino (Umberto), Derrière la drogue. Ed. C.i.s.s., Centre Giuseppe Impasto Groupe Abele, Turin, 300 pages, 1992. • Santino (Umberto), l’alliance et le compromis (mafia et politique au temps de Lima et d’Andreotti). Ed. Rubbetino, Sovaria Mannelli (Catanzaro), 324 pages, 1997. • Véricourt (Guillemette de), Les mafias. Ed. Les Essentiels, Milan et Toulouse, 63 pages, 1998, p. 4 à 5. Ouvrages généraux sur l’Italie • Caracciolo (Lucio), M. Korinman, A quoi sert l'Italie ? Ed. La Découverte, Paris/Rome, 253 pages, 1995, p. 181 art. : Battre Cosa Nostra ? Cet entretien avec Luca Pistorelli, représente un article clef sur le concept de transnationalité mafieuse. Luca Pistorelli, magistrat à Trapani, soutient que Cosa Nostra n’est pas une “ internationale du crime ”, et ce, contre bien des clichés diffusés à outrance. Toujours en opposition aux stéréotypes, les Corléonais, Riina en tête, ne seraient pas les responsables de l’affaiblissement de Cosa Nostra, bien au contraire... • Comarin (Elio). Rupture à l'Italienne, (Eglise, mafia et communisme). Coll. Pluriel Intervention, Ed. Hachette, Paris, 181 pages,1994, p. 69 à 95 art. : Mafia et mafias. • Guimbard (Catherine), Où va l’Italie ? Coll. Lecture en Sorbonne, Paris, 468 pages, 1994, Chap. XI : Que peut-on dire de la mafia ? P. 361 à 406. • Mac Carthy, L’Italie dans la tourmente. Ed. Presse de Sciences politiques, Paris, 240 pages, 1995, art. p.117 à 122, p. 227 à p. 230. 12


• Le Monde, l’Italie en marche, Ed. le Monde Marabout, Paris, 142 pages, 1998. • Tessier (Bruno), Géopolitique de l’Italie, Ed. Complexe, 140 pages, 1996. Revues spécialisées disponibles à l’Observatoire géopolitique des drogues 1. Revues sur les organisations criminelles de type mafieux • NARCOMAFIE. Ed. Gruppo Abele Periodici, Turin, (en italien seulement), 65 pages environ, de février 1993 à septembre 1999, mensuel sur les phénomènes mafieux dans le monde. Ce mensuel constitue la principale source d’information de la dernière décennie, ce qui est très précieux du fait de son actualité et de ses grandes connaissances de la géopolitique des mafias italiennes. Les enquêtes de Narcomafie sont précises, sûres, étayées par des jugements définitifs, des entrevues de magistrats, de policiers, d’élus locaux et de personnels sociaux qui ont l’avantage d’exercer sur le terrain. Ces recherches sont plus complètes puisque, contrairement aux journalistes qui ne traitent que de Cosa Nostra en Sicile, Narcomafie accorde beaucoup d’attention à la Camorra de Naples et ses alentours, à la ‘Ndrangheta en Calabre et à la Sacra Corona Unita dans la région des Pouilles. C’est dans le numéro de mars 1998, que se trouvent les comptes rendus des enregistrements par micros espions dans les voitures blindées des chefs de familles de Locri en Calabre. En outre, y figurent des informations uniques sur l’implantation de réseaux criminels des mafias en territoire norditalien. • Cultures et conflits. Mafia, Drogue et politique. Ed. l’Hamartan. Paris. 1. Catanzaro (Raymondo), Cosche - Cosa Nostra : la structure organisationnelle de la criminalité mafieuse en Sicile. Numéro 3, Automne, p. 9 à 22, 1991. 2. Cesoni (M-L.), Camorra et politique : démystification du rôle de la drogue, numéro 3, Automne, p. 24 à 55, 1991. • C.D.S. (Centre sicilien de documentation Giuseppe Impasto), Palerme. 1. Santino (Umberto), la mafia comme sujet politique, (en italien), numéro 2, 62 pages, 1994. 2. Santino (Umberto), hors de la légalité, rendez-vous pour un programme de travail en terre de mafias, (en italien), numéro 6, 78 pages, 1998. 2. Ouvrages généraux sur la géopolitique des drogues • Observatoire géopolitique des drogues (O.G.D.), Atlas mondial des drogues. Ed. P.U.F. Paris, 250 pages, 1996. • Observatoire géopolitique des drogues (O.G.D.), La drogue nouveau désordre mondial. Rapport annuel 1992, Coll. Pluriel Intervention, ed. Hachette, Paris, 321 pages, 1993, p. 184 à 197. • Observatoire géopolitique des drogues (O.G.D.), États des drogues, drogues des États. Rapport annuel 1993, Coll. Pluriel Intervention, ed. Hachette, Paris, 322 pages, 1994, p. 298 à 304. • Observatoire géopolitique des drogues (O.G.D.), Géopolitique des drogues 1995. Rapport annuel 1994, ed. La Découverte, Paris, 273 pages, 1995, p.122 à 128. • Observatoire géopolitique des drogues (O.G.D.), Géopolitique mondiale des drogues. Rapport annuel 1995 et 1996. Disponible à l’O.G.D. 1997, p. 111 à 116. • Observatoire géopolitique des drogues (O.G.D.), Géopolitique mondiale des drogues. Rapport annuel 1997 et 1998. Disponible à l’O.G.D. 1998.

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• Labrousse (Alain) et Wallon (Alain) sous dir. La planète des drogues (organisations criminelles, guerres et blanchiment). Ed. Seuil, Paris, 347 pages, 1993. Article de Santino (Umberto), La mafia sicilienne et les nouveaux marchés des drogues en Europe, p. 123 à 143. • Labrousse (Alain), La drogue, l'argent, les armes.Ed. Fayard, Paris, 485 pages, 1991, p. 154 à 178. • Koutouzis (Michel) et Labrousse (Alain), Géopolitique et géostratégie des drogues. Coll. Point Poche, ed. Economica, Paris. 110 pages, 1996, p. 86. • La dépêche internationale des drogues : lettre confidentielle mensuelle de mars 1992 à septembre 1999 ( voir les sources disponibles à l’Observatoire géopolitique des drogues) : # 6 (avril 1992) : Italie : crime organisé et classe politique # 9 (juillet 1992) : Italie : L’assassinat d’un symbole # 45 (juillet 1995) : Italie : restructuration dans le Nord # 66 (avril 1997) : Cameroun : redéploiement de la criminalité italienne # 73 (novembre 1997) : Italie : la Camorra fait des petits # 91 (mai 1999) : dans la presse toujours en page 2 : Italie PRESSE 1. Presse française : • Le Courrier international - numéro 229, du 23 & au 29 mars 1995, p. 12. - numéro 436, du 11 mars au 17 mars 1999, p. 36 à 41. • L'Express - Haut (François), Crime : le temps des super puissances. 18-11-1993, p. 71 & 72. • Le Figaro - Le 22 mai 1996. • Libération - Le 3 et 8 mars 1995. • Le Monde - Le 3 et 4 mai 1995, 25 mars et 8 et 9 juin 1997. • Valeurs actuelles - Leclerc (Jean-Marc), La France des mafias, 8-10-1994. • Le Monde Diplomatique - Articles variés 2. Presse italienne : • Il Corriere della Sera - Un article du Corriere della Sera relate l’acte intimidateur des hommes d’honneur envers le procureur Giancarlo Caselli. - Un article analyse le chantage de Riina reposant sur l’échange d’oeuvres d’art volées contre des faveurs. • La Repubblica Un article de la Repubblica met en exergue les nouvelles activités mafieuses ayant trait à l’exploitation des animaux : trafic d’espèces rares, combats en tout genre... • La Stampa Articles variés, notamment sur la délinquance juvénile. 14


CYBERINFORMATIONS INTERNET : • Site : http ://www.fionline.it/mafie/ Base de données sur les activités de la mafia (en italien). • Site : http :// csdgl. historie.ku.dk/Index.html.en Centre de documentation contre la Mafia. • Site : http :// www.radioradicale.it/speciale/andreotti.html Le procès Andreotti en direct (en italien). • Site : http://www.clarence.com/memoria/antimafia/index.html Documents relatifs au processus antimafia (en italien) • Site : http://www.clarence.com/memoria/andreotti/index.html Documents relatifs au procès Andreotti (en italien) • Site : http://www.neomedia.it/provenzano Il s’agit de la première biographie de chef de Cosa Nostra, réalisée par deux journalistes palermitains, Ernesto Oliva (directeur du journal télévisé de Trm) et Salvo Palazzolo (chroniqueur judiciaire de “ Il Mediterraneo ”). Cette biographie est une véritable banque de données sur la vie privée, les affaires, le patrimoine et les sympathies politiques du parrain qui pour l’Etat demeure un “ pauvre ”. • Site : http://www.mafiasnews.net

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Revues spécialisées disponibles à l’Institut de criminologie • Déviance et société - Cesoni (M-L.), L'économie mafieuse en Italie : A la recherche d'un paradigme... 1995, Volume 19, numéro 1, p. 51 à 83.

• Relations internationales et stratégiques - Padovani (Marcelle), Le modèle Cosa Nostra, p. 112 à 115.

• Revue internationale de criminologie et de police technique - Falcone (Giovanni), La criminalité organisée : un problème mondial. La mafia italienne en tant que modèle pour la criminalité organisée opérant au niveau international, avril 1992, p. 391 à 398.

• Revue internationale de politique criminelle - Palmieri (Luigi), Le crime organisé en Italie, mars-avril 1992, p 30 à 35.

• Revue de sciences criminelles - Crétin (Thierry), Qu'est-ce qu'une mafia ? Tome II, avril-juin 1995, p. 281 à 298.

• Colloque : Sidoti (Francesco), La justice juvénile et la mafia. IXe Journées internationales de criminologie juvénile, Vaucresson, juin 1993, p. 237 à 243.

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Etat et terrorisme