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SOCIÉTÉ 26 |

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HUMOUR

| No 37, 9 septembre 2013 |

MIGROS MAGAZINE |

Rigolons-nous tous des mêmes plaisanteries?

Qu’est-ce qui nous fait rire: des blagues potaches ou plutôt du deuxième degré? D’où viennent ces divergences? Existe-t-il un humour typiquement romand?

E

tes-vous plutôt branché jeux de mots ou comique de situation? Vous bidonnez-vous davantage devant Le Père Noël est une ordure ou Bienvenue chez les Ch’tis? Ne jurezvous que par le deuxième degré ou préférez-vous les blagues sur les blondes? Certes, comme l’écrivait si bien Rabelais, «le rire est le propre de l’homme». Reste qu’au grand jeu de l’humour, les cartes sont nombreuses, et les zygomatiques de chacun ne s’activent pas toujours pour les mêmes raisons. Tous les goûts sont dans la nature, c’est une évidence. Mais notre prédisposition à rigoler à une plaisanterie plutôt qu’à une autre s’explique également par notre appartenance à une civilisation donnée. Ainsi, dans L’Humour pour les nuls, l’auteur – répondant au facé-

tieux nom de plume de Gordon Zola – nous propose un «tour du monde en 80 éclats de rire». «Les Français cultivent de longue date une tradition du calembour, tandis que les Britanniques ont développé un humour plus absurde, plus décalé, observe-t-il. Et si on trouve beaucoup de blagues sur la figure du cocu chez les Latins, elles sont quasiment inexistantes chez les Anglo-Saxons. Les juifs jouent sur l’autodérision, tandis que rares sont les Japonais qui comprennent le deuxième degré.»

Des références communes indispensables Et Gordon Zola de préciser également qu’un «système de références commun est indispensable pour comprendre certaines blagues». Lui qui est connu pour

ses romans humoristiques détournant gaiement des figures illustres – chez nous du moins – telles que Tintin ou Harry Potter, planche actuellement sur un nouvel ouvrage intitulé Les Tatas flingueurs. «Je mise bien évidemment sur le côté culte du film de Lautner. Pour quelqu’un qui n’a pas grandi dans notre culture, mes gags tomberont à plat.» Certes, nuance-t-il, certaines situations, comme une chute, prêtent au rire quel que soit notre nationalité. «Je suis sûr qu’un homme des cavernes buttant sur une racine provoquait l’hilarité de ses voisins.» Car l’humour n’est pas une invention moderne. En menant ses recherches, le spécialiste est par exemple tombé sur le Philogelos (littéralement, en grec, «celui qui aime rire»), un recueil de plaisan-

Et eux, qu’est-ce qui les fait se marrer?

«Un jour sans rire est un jour perdu»

1. Qu’est-ce qui vous amuse particulièrement?

Manon Schick, directrice de la Section suisse d’Amnesty International

2. Etes-vous plutôt du genre à raconter des blagues ou à les écouter? 3. Votre dernier fou rire? 4. Votre comédie préférée? 5. Votre humoriste préféré?

1. Je suis d’un naturel joyeux et j’ai le rire facile. Heureusement! Quand on travaille pour Amnesty International, on a plus souvent envie de pleurer que de rire, vu le monde qui

nous entoure. Le rire est mon «hygiène de l’âme». Un jour sans rire est un jour perdu. Alors je saisis toutes les occasions. Je ris même de mes propres gags, c’est dire si je ris facilement… 2. Je ne me souviens jamais des blagues, mon «stock» ne dépasse pas la dizaine, alors je préfère écouter les autres. 3. Un de mes amis est particulièrement maladroit. Le récit de ses aventures me fait à chaque fois piquer un fou rire, par exemple quand il a failli mettre le feu au restaurant en faisant tomber une bouteille qui a elle-

Migros magazin 37 2013 f vs  
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