Page 86

lp

CALUIRE ET CUIRE

COUTOT ROEHRIG

Expert en filiation successorale Rechercher des héritiers à l’occasion d’une succession, telle est la mission du “cousin germain du notaire” : le généalogiste successoral. Des histoires d’hommes et de femmes au parcours peu banal. Paul Lauriau, directeur régional de Coutot Roehrig nous raconte l’une d’entre elles ayant pour théâtre Caluire. Texte : Christophe Magnette - Photos DR

E

st lyonnais, avril 2017. Le notaire de la ville me confie un dossier en apparence ordinaire : Max vient de décéder. Sa fille, Marie, pense que son père a un enfant d’un premier mariage. Ma mission est de chercher l’héritier, puis de suivre les étapes habituelles : lui faire signer le contrat de révélation, la procuration, en six mois tout sera réglé. Après quelques jours d’investigation, je parviens à retrouver l’héritière à Lyon. Elle s’appelle Capucine et signe le contrat de révélation. Mais elle refuse de parapher la procuration : elle ne discute pas les honoraires mais ne souhaite pas que je la représente. Une posture peu habituelle. Je l’appelle pour comprendre : “Je suis d’accord pour que vous me représentiez mais j’insiste pour être prévenue de la tenue de chaque rendez-vous afin d’avoir la possibilité de venir, ou pas.” Cette femme n’est pas banale et n’a rien de l’héritière classique. Les questions qui me sont si souvent posées : « de combien vais-je hériter ? » « Quand ? » « Comment ? » ne l’intéressent pas ; elle aspire à être présente, simplement. Comme promis, j’informe Capucine de l’avancée de la succession. L’acte de notoriété doit être signé, actant l’identité des héritières : Marie, 35 ans, mariée deux enfants et Capucine, 47 ans, mariée, un enfant. Je lui envoie un courrier, indiquant la date du rendez-vous chez le notaire. Elle me répond : “Je serai présente.” Sur la route, en me rendant au rendez-vous, une interrogation m’envahit : les deux sœurs ne se sont jamais vues. Comment vont-elles réagir ? L’une va-telle vouloir plus d’argent ? L’autre aura-t-elle de la rancœur ? Se sentiront-elles agressées ? J’espère que le rendez-vous se passera correctement. 17 heures. Capucine m’appelle : “Je suis devant l’étude, je vous attends.” J’arrive : elle est là. Elle est rousse, comme dans les films : cheveux longs, couleur de feu, la peau diaphane, des taches de rousseur sur le visage. Nous entrons et nous présentons à l’accueil. Direction la salle d’attente : une femme est déjà assise. Nos regards se croisent. Je m’assois, estomaqué : j’ai en face de moi la copie conforme de Capucine ! On entendrait une mouche voler... Pas un mot. Chacune se toise du regard, se juge, se jauge et voilà le notaire qui vient nous lyon people • juin 2019 • 86 •

chercher. Je m’installe entre les deux, peu détendu. Le notaire n’a pas encore conscience de la dimension émotionnelle de ce rendezvous. Il est factuel. Le droit, rien que le droit. Il lit son acte : “Vous êtes d’accord, mesdames ? Signez !” Marie et Capucine signent, sans un mot. Il renchérit : “Concernant l’héritage, nous avons quelques comptes bancaires et une maison à Caluire” (il est coupé). - Capucine : Caluire ? À Vassieux ? - Marie : Exactement. - Capucine : C’est là que j’ai passé toute mon enfance avec mes parents. - Marie : Ah bon ? Aujourd’hui, j’y habite avec mon mari et mes deux enfants, Paul et Manon. - Capucine : Ma chambre était au rez-dechaussée, au fond du couloir, à droite. - Marie : Aujourd’hui, c’est celle de ma fille, Manon. - Capucine : Nous étions heureux avec mes parents mais un beau jour, ma mère m’a enjointe de la suivre : mon père l’avait trompée. Nous avons fui le domicile familial. J’avais 12 ans. Et cela a été mon dernier contact avec papa. - Marie : C’est sûrement à ce moment-là que ma mère a rencontré papa... Ils étaient très amoureux... Nous avons été très heureux. Les deux sœurs ne s’arrêtent plus : une vie entière à se raconter. Elles sont seules au monde. Avec le notaire, nous nous sommes effacés. Assises, les frangines sont dans leur monde : perçoivent-elles encore notre présence ? 18h15, fin du rendez-vous. Elles parlent encore et encore. Sur le trottoir, l’heure de se séparer. Je dois filer de l’autre côté de la ville et je suis très en retard. Capucine : Vous avez changé notre vie, M. Lauriau, venez prendre un verre avec nous. Difficile de refuser une si gentille invitation. Je bois mon Perrier tranche, seul. Dans leur bulle, Marie et Capucine sont seules au monde : Happy end. Durant les premières années, Capucine et Marie m’ont envoyé une carte de vœux pour me raconter qu’elles passaient les fêtes ensemble. Certainement à Caluire, dans le quartier de Vassieux. Je ressens rarement autant d’émotions dans le cadre d’un dossier : les doigts d’une main suffisent pour les recenser. Les questions d’argent n’ont jamais été abordées. Capucine et Marie devaient se retrouver, une évidence à sang pour sang. www.coutot-roehrig.com Tél. 04 72 69 48 37 lyon@coutot-roehrig.com

Notre mission ?

« À partir d’un défunt, retrouver toute personne vivante susceptible d’hériter de la personne disparue et ce, jusqu’au 6e degré. Il ne s’agit pas de généalogie familiale : avec nous, l’héritier de sang prévaut toujours sur l’héritier de cœur. »

Profile for Lyon people

LYON PEOPLE Juin 2019 / Les Secrets de Caluire et Cuire  

Lyon People, leader de la presse lyonnaise

LYON PEOPLE Juin 2019 / Les Secrets de Caluire et Cuire  

Lyon People, leader de la presse lyonnaise