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La maison des frères des écoles chrétiennes sauvée de la démolition voulue par le docteur Dugoujon. Elle accueille depuis 1992 la mairie de Caluire

Quels sont les objectifs que vous vous êtes fixé en tant que président de l’association ? Ce que l’on souhaite, c’est avant tout de faire partager toutes les informations que l’on a sur l’histoire de notre commune et son patrimoine. La défense du patrimoine est évidemment dans nos gênes, mais il faut peut-être redéfinir ce dont il s’agit. Est-ce défendre à tout prix les vieilles pierres ou, de manière réfléchie, accompagner l’évolution normale de notre patrimoine, en faisant preuve de surveillance et de discernement ? On ne pourra pas tout garder. C’est un débat intéressant. Il faut aussi mentionner que pour nous il y a deux types de patrimoine : le minéral (les vieilles pierres, les vieilles maisons...) et le patrimoine végétal qu’on a tendance à oublier. Un environnement est d’abord défini par ses arbres, par ses bosquets, ses buissons et ses haies. Et lors de l’aménagement d’une propriété ou d’une promotion, il faut aussi regarder les arbres car ce sont souvent des éléments emblématiques d’un quartier ou d’un angle de rue.

« LE DOCTEUR DUGOUJON REGRETTAIT D’AVOIR SIGNÉ CERTAINS PERMIS DE CONSTRUIRE » Nous arpentons Caluire depuis deux ans maintenant et avons pu constater les dégâts de l’urbanisation massive... Cela aurait-il pu être évité ? Oui, elle aurait pu être évitée et d’ailleurs celui qui en est l’auteur, le docteur Dugoujon s’en est « épanché » une ou deux fois avec mon père. Dans le cas de deux immeubles un peu trop hauts ou un peu trop longs où il aurait préféré des proportions plus en rapport avec l’environnement. Le premier, c’est l’immeuble du 63-65, rue Pierre Brunier à côté de la petite église de Saint Romain de Cuire qu’il écrase. Le second s’appelle « Le Castellane » en face de la Poste, qui barre l’horizon sur le Val de Saône. Dans les années 60, il a fallu construire pour loger toujours plus d’habitants heureux de venir vivre à Caluire, et peut-être que trop d’immeubles ont été construits en même temps. On a dénombré la destruction d’une quarantaine de châteaux et maisons emblématiques... Comment expliquezvous l’attitude des maires Frédéric Dugoujon et Bernard Roger-Dalbert ? Sont-ils les principaux fossoyeurs du patrimoine caluirard ? Non, on ne peut absolument pas dire ça !

Le rôle d’un maire ou d’un urbaniste est de faire évoluer sa commune, et si possible en respectant l’habitat existant. Mais lorsque la pression est trop forte il faut faire des choix, et à l’époque, dans les années 1970 et au début 80 le patrimoine n’était pas encore une priorité. Est-ce une question de mode ou de sensibilité ? Ils n’avaient sûrement aussi pas cette sensibilité-là. Vous avez été conseiller municipal de Caluire pendant deux mandats auprès de Bernard Roger-Dalbert. Prenez-vous une part de responsabilité dans cette politique de démolition massive ? Bien au contraire ! Et encore une fois il n’était pas question de démolition massive mais plutôt de priorité différente. Quand j’ai été élu en 1983, on était en pleine construction de l’avenir de la propriété des Frères, l’Hôtel de ville que vous connaissez à l’heure actuelle, et que le docteur Dugoujon avait acheté en 1972 pour en faire un futur centre administratif. Au début des années 80, l’idée était qu’il fallait démolir cette maison pour construire un centre administratif neuf. Une association s’est créée (l’association de défense de la propriété des Frères, ndlr) pour défendre ce bâtiment avec un certain nombre de Caluirards dont mon père, et de nombreux adjoints dont principalement Simone Collomb et Jean-Philippe Delsol. Et vous ? J’étais personnellement inscrit dans cette démarche de sauvegarde même si cela a été

long à mettre en place car l’opération devait être la plus blanche possible financièrement, c’est-à-dire qu’elle ne devait rien coûter aux Caluirards. Et ça coutait très cher ! Il a fallu céder des parcelles de terrain à un promoteur qui a construit « le Parc des Frères ». Au nord, on a construit Le Radiant à l’emplacement de l’ancienne ferme des frères des écoles chrétiennes. Au sud, vers l’emplacement de ce qu’on appelait l’infirmerie, ont été construits les immeubles neufs que nous connaissons.

« À UN MOMENT, C’ÉTAIT DANS L’ÈRE DU TEMPS, IL FALLAIT CONSTRUIRE » Le maire actuel Philippe Cochet semble avoir tourné le dos à cette politique de destruction massive... Il est aussi question d’ère du temps, de mode... mais aussi de sensibilité. Il y a donc des gens qui sont dans l’ère du temps et d’autre dans l’intemporalité ? A l’époque, le château de Montchoisy était une superbe propriété. En 1974, il y a eu un permis de démolir. C’est un château que nous connaissions tous pour y être allé jeune scout, ou à l’occasion de kermesses. Il était complètement délabré au point qu’il était interdit d’y rentrer. Alors comme pour la maison Bondet, détruite en 1968, il n’y avait pas d’état d’âme. C’était dans l’ère du temps, il fallait construire, et accompagner Caluire vers l’an 2000.

Une année chargée en écrits : Outre un petit recueil sur « toutes les mémoires des anciens », et des projets portant

sur « tous les espaces patrimoniaux » ou sur « l’évolution de la population », dixit Bernard Basse, ce dernier a également planché sur l’emplacement de la bataille de Lugdunum en 197 laquelle aurait eu lieu, selon lui, à Caluire. L’ouvrage, intitulé « Lugdunum - 197 - la bataille » et publié aux éditions du Poutan, est sorti le 11 mai dernier.

39 • juin 2019 • lyon people

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LYON PEOPLE Juin 2019 / Les Secrets de Caluire et Cuire  

Lyon People, leader de la presse lyonnaise

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