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Comment se passe cette cohabitation ? Les gens se croisent et vivent les uns avec les autres ou les uns à côté des autres. Cette hétérogénéité fait la richesse de Caluire et Cuire. Vous avez d’un côté des barres des années 60-70 qui sont quand même assez dures et d’un autre côté, vous tombez sur des propriétés absolument inimaginables, à 10 minutes de la place Bellecour. Vous passez de l’un à l’autre. C’est la marque de fabrique de la ville ! Vous parlez de ces immeubles qui défigurent votre ville. Comment expliquez cette frénésie anarchique de constructions entre 1950 et 1980 ? C’était la période des rapatriés, où Lyon a connu le quartier de la Duchère, le quartier des Minguettes. Le maire de Caluire était président de l’office HLM et il y avait des terrains disponibles… Dans les années 70, la notion patrimoniale avait cédé le pas par rapport aux besoins urgents de logements. Cette photo aérienne de 1962 explique cette frénésie anarchique. Est-ce que vous reconnaissez le Caluire de votre enfance ? J’ai vu la période d’urbanisation excessive, c’est certain ! Les promoteurs lançaient leurs opérations sans aucune cohérence avec l’environnement. Certains secteurs ont été très compliqués à gérer, parce qu’il y a eu un apport de population important. C’est de là que vient le problème. Quand vous faîtes de l’urbanisme, vous devez raisonner normalement à 50-100 ans et au-delà.

pour maîtriser notre foncier. On s’est fait taper sur les doigts par la Métropole et par l’État qui disent que les droits de construire à Caluire sont insuffisants. Mais on l’assume complètement. Nous avons dénombré la démolition d’une quarantaine de châteaux et demeures remarquables dont Montchoisy, Belle Rive, la Tour... À la place de vos prédécesseurs Frédéric Dugoujon puis Bernard Roger Dalbert, auriez-vous signé les permis de démolir ? C’est difficile de critiquer ses prédécesseurs. Ils ont fait des très belles choses par ailleurs. Il y a eu parfois des erreurs. Il est clair qu’aujourd’hui, sur l’aspect patrimonial, mon équipe a une affirmation qui est forte. Vous avez décidé de tourner le dos à cette politique du 100% béton et sauvé les châteaux Poumeyrol à Saint-Clair et Boccara au Vernay. Comment avezvous pris conscience de cette urgence patrimoniale ? Caluire étant hétérogène, il faut garder cet état d’esprit, il ne faut pas qu’on se banalise. Quand il y a des maisons remarquables, nous sommes confrontés à une réalité : le propriétaire ou l’héritier d’un bien qui vaut 100, s’il le transmet à un particulier, il va le vendre 100, 110, 120. Mais quand un promoteur arrive et qu’il en propose 200 ou 250, la réflexion s’arrête… De quelle manière peut-elle reprendre ? Depuis un certain nombre d’années, du moins depuis que je suis maire, nous

repérerons les maisons, les lieux, et les espaces naturels remarquables, de manière à pouvoir les intégrer. Ainsi, quand on a une DIA (une demande d’intention d’aliéner), il y a tout de suite un clignotant qui s’allume pour dire attention. On a fait la cartographie de ce qui existe et je dirais que c’est la partie défensive. Quel discours tenez-vous aux propriétaires ? On essaie de faire comprendre aux propriétaires qu’ils ont un bien remarquable et qu’il est préférable de le vendre à des particuliers. Ce n’est pas une discussion simple. Parce que derrière c’est quand même de l’argent sonnant et trébuchant. Mais c’est une démarche que l’on fait. On a pu également vis-à-vis de certains promoteurs être suffisamment restrictif pour rendre l’achat moins rentable que prévu. Cependant, dans le bourg, La Mesnie a été démolie à 90% il y a un an… Le promoteur LEM l’a acheté très cher. On lui avait dit dès le départ qu’on voulait garder une partie de la Mesnie, pour valoriser son antériorité. Il a acheté trop cher et ne s’en sort pas. Il est en train de lâcher l’opération. La maison est quand même tombée… Non, il reste la façade et il a été bien intégré dans le PC de reconstruire une partie de la Mesnie. La difficulté, c’est que le promoteur va devoir revendre ce dossier mais pour nous, les exigences restent les mêmes. Ce n’est pas un renoncement par rapport à ce qui a été fixé au départ.

« LE TEMPS URBANISTIQUE EST DÉSASTREUX PAR RAPPORT AU TEMPS PATRIMONIAL » Que faire, pour rattraper les choses ? On le voit sur le quartier de Montessuy que l’on essaye de remettre à niveau. Le temps urbanistique est désastreux par rapport au temps patrimonial. On ne peut pas revenir en arrière, parce que ce qui a disparu n’est malheureusement plus là. Nous essayons de conserver le patrimoine bâti qui reste dans la mesure du possible. Nous voulons également sauvegarder tout ce qui touche à l’environnement, notamment des arbres remarquables. Comment conserver de l’humanité en termes de constructions ? On essaye, dans le cadre du plan local de l’urbanisme et de l’habitat, de limiter les hauteurs. Nous avons refusé les SMS (Systèmes de Mixité Sociale, ndlr), non pas que nous sommes contre le social, mais •

27 • juin 2019 • lyon people

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LYON PEOPLE Juin 2019 / Les Secrets de Caluire et Cuire  

Lyon People, leader de la presse lyonnaise

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