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La Jolivette en 1969. Elle vient d’être achetée par le promoteur qui a détruit le château de La Tour (lire page 190)

CALUIRE ET CUIRE

LA JOLIVETTE

Il n’y a pas de

fumée sans feu

À la frontière de Lyon et de Caluire, au 68, quai Gillet, s’élevait un magnifique pavillon de plaisance démoli en 1981. À son emplacement, le promoteur a aménagé un parking ! Texte : Marc Engelhard - Photos © DR et MP

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Le grand salon et sa cheminée surmontée d’une glace et d’un trumeau, en mars 1969

ette superbe maison de plaisance a été l’une des plus belles propriétés des bords de Saône. Elle aurait dû figurer en bonne place dans le patrimoine lyonnais. Aujourd’hui, elle est dans un état irrécupérable ! » Le constat dressé par la journaliste Brigitte Vital-Durand dans l’édition du 5 avril 1981 du Progrès est implacable. En ce printemps qui va voir arriver François Mitterrand au pouvoir, le scandale de La Jolivette fait les gros titres de la presse lyonnaise. Car cette magnifique propriété construite par Dupoux, un contemporain de Soufflot, et restaurée en 1856 par Pascalon pour le banquier protestant Henri de Riaz (De Riaz-Audra & Cie) puis transmise à son fils Auguste, membre de la Société Linnéenne de Lyon, agonise après avoir été pillée et incendiée, sans doute volontairement.

Notre consœur n’ose pas accuser directement son propriétaire, le promoteur Marc Chabot, mais pour le père Robert Cote, « le monsieur patrimoine » de Cuire le Bas, l’affaire ne fait aucun doute. « Incendie volontaire » a notifié le curé de la paroisse Saint Côme et Damien, en marge d’un second article du quotidien édité le 13 juillet 1981. La bâtisse se trouvait en effet dans une zone boisée classée TCB inconstructible et le promoteur qui pensait pouvoir contourner la loi (comme le fera en 1982 son voisin à Lyon Plage) voit néanmoins ses permis de construire systématiquement refusés par l’administration. Pour arriver à ses fins, incendier la maison aurait été l’option la plus expéditive. Le mystère demeure. En 1984, il pouvait enfin inaugurer sa résidence Clos de Saône (208 lots)...  La salle à manger

L’escalier et son gardecorps en fer forgé

MAISON DE PLAISANCE Construction : 1760-1780 Architecte : Dupoux PROPRIÉTAIRES Joseph Orcel 1789 : Famille Menou Claude-Marie Jacquemot 1804 : Benoit-Gaspard Doux Jean-Claude Edeme-Perrey 1854 : Henri de Riaz 1860 : Auguste de Riaz Madame Roman-Brolemann 1969 : Marc Chabot (prix 600 000 F) 1984 : Copropriété SCI 68, quai Gillet

Elle est ruinée après l’incendie de 1972. Le prétexte idéal pour la démolir 9 ans plus tard. Le Clos de Saône, construit par Chabot Promotion, dans le parc dont les arbres centenaires de la propriété, pourtant classés, ont été abattus car « ils menaçaient pourriture », selon le promoteur… Malgré le délit caractérisé, il ne sera jamais poursuivi.

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LYON PEOPLE Juin 2019 / Les Secrets de Caluire et Cuire  

Lyon People, leader de la presse lyonnaise

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