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Autel de la chapelle Saint-Boniface ; le maréchal est enterré, conformément à ses vœux, juste devant.

Le dragon à l’intérieur de la partie droite de la chapelle Saint-Boniface

Lyon en 1864. Lui-même avait justifié son choix, retranscrit sur l’autel : « La pensée que mon corps reposera dans ce lieu, l’œuvre des soldats, moi soldat dans l’âme, et que mes cendres seront déposées dans ce beau pays de Lyon que j’affectionne m’est agréable et douce ». Il avait prévu précisément son lieu d’inhumation : « Il y a, entre la marche de l’autel et la grille, la place suffisante pour y mettre mon corps ». Plutôt sobre et visible à travers une grille, l’intérieur ressort du néogothique typique du XIXe siècle. Un grenadier et un dragon gigantesques sont placés de part et d’autre de la dalle sur laquelle a été simplement gravé « ci-gît un soldat ». La liste de ses décorations figure sur une grande plaque à côté de la statue du grenadier : grand-croix de l’ordre impérial de la Légion d’Honneur, médaille militaire, chevalier de Saint-Louis, grand-croix de l’ordre royal et distingué de Charles III d’Espagne, grandcroix de l’ordre militaire de saint Ferdinand d’Espagne, grand-croix de l’ordre de Pie de Rome, grand-croix de l’ordre de San Bento d’Aviz de Portugal, grand-croix des ordres religieux et militaires des saints Maurice et Lazare d’Italie, grand-croix de l’ordre de Léopold de Belgique et chevalier de l’ordre du mérite de Maximilien de Bavière. Avec Castellane, l’Europe se trouvait déjà à Lyon. 

La chapelle photographiée au début du XXe siècle. La petite maison sur la gauche a été démolie pour élargir la route

CORNÉLIUS VAN LEYEN

Le gardien du temple

C

’était une physionomie bien connue de la plupart des Lyonnais de la fin du XIXe siècle que celle de Cornélius van Leyen (ou van Leijen), le vieux gardien chargé de l’entretien du pittoresque monument funéraire du maréchal Boniface de Castellane, à Caluire. Né le 6 décembre 1824 à Zwolle, en Hollande, van Leyen vécut ses premières années au Cap (Afrique du Sud), d’où ses parents le ramenèrent à Digne, ville où ils étaient venus se fixer. En âge de combattre, le jeune Cornélius fut naturalisé français le 7 septembre 1846 en contractant un engagement volontaire dans la Légion étrangère. De cette date à celle de sa mise à la retraite, survenue le 5 mars 1873, le vieux soldat parcourut le monde, prenant part à toutes les guerres, soit comme chasseur d’Afrique, soit comme légionnaire. Engagé sous le règne de Louis-Philippe, il a successivement servi la Royauté, la République de 1848 et l’Empire, et sous toutes les latitudes, en Afrique, en Crimée, en Italie, au Mexique et en Allemagne. Il avait pris part aux batailles de l’Alma, d’Inkermann, de Montebello, de Magenta, de Solferino ;

aux sièges de Zaatcha (1849), de Sébastopol (1854-55), de Puebla (1863) et de Strasbourg (1870-71). Cinq fois blessé sur les champs de batailles et cité à plusieurs reprises à l’ordre du jour de l’armée pour sa bravoure, van Leyen était titulaire de sept décorations : la Légion d’honneur (19 septembre 1860), la médaille militaire et coloniale, celles de Crimée, du Mexique, d’Italie, de Turquie, ainsi que l’ordre du Medjidié. Après une carrière bien remplie, il fut envoyé en garnison en Corse. Van Leyen s’y maria. Lorsqu’il prit sa retraite à Calvi, ce vieux brave, ancien sergent au 61e régiment de ligne, comptait quarante-six campagnes. Peu de temps après, il revint en métropole, fit halte à Marseille (1873), puis à Valence (1874), avant de s’établir dans le Rhône (1876). Définitivement installé à Caluire, sa carrière militaire le désignait particulièrement pour le poste très convoité de gardien du tombeau du Maréchal de Castellane, situé montée SaintBoniface (dite «montée des Soldats»). C’est à ce poste qu’il décéda le 26 février 1907. Il fut inhumé dans la commune de Caluire.

Source : Bibliothèque Municipale de Lyon. Note bibliographique «Tombeau de Castellane» / A. Deschavannes in Lyon républicain, 1er janvier 1905. - «Mort d’un vieux brave» in La Dépêche de Lyon, 28 février et 1er mars 1907. - «Le Gardien du Tombeau de Castellane» / Francillon in La Dépêche de Lyon, 16 mars 1907. - Leonore (dossier : LH/2673/30) •

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LYON PEOPLE Juin 2019 / Les Secrets de Caluire et Cuire  

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