Page 1

La Succube Romain Le Blé, 1 ELEC

CDI – Lycée professionnel Alfred Hutinel Cannes Mars 2014


La Succube Depuis un mois, une vieille bâtisse de ma rue semblait de nouveau habitée. Du moins, je le pensais… L’hiver, je passais toujours devant cette construction de bois pour rentrer chez moi plus rapidement. Des lumières jaillissaient des fenêtres de l’étage qui jetaient leurs lueurs malsaines sur moi. Cette maison semblait me regarder. Je m’attendais, à chaque fois, à voir surgir une langue de la porte, traversée le porche et m’attraper pour m’absorber à l’intérieur. Cette lueur m’attirait. Deux semaines auparavant, une silhouette féminine était apparue à l’étage. Cette apparition coïncidait avec l’arrivée d’une étrange affaire. Régulièrement, des hommes disparaissaient sans laisser de traces. Ce qui inquiétait la police. Plusieurs de mes amis avaient eux aussi disparu. J’étudiais dans un lycée de la ville voisine car notre ville était trop petite. Depuis cette affaire qui les effrayait, mes parents pensaient déménager dans la ville de mon lycée. Dans ma chambre, j’étais mal à l’aise. Il me semblait que l’on m’observait ; la vieille bâtisse se trouvait de l’autre côté de ma rue. Un soir, à la tombée de la nuit, mes volets étant ouverts, je m’aperçus que la voisine d’en face me regardait. Un étrange sentiment s’empara de moi.

Le lendemain, une femme sonna. Elle avait une très longue chevelure verte, une forte poitrine et un magnifique visage. Elle avait apporté de quoi manger. Elle se présenta comme la voisine d’en face. Le soir même, mon père disparut. Il l’avait dévisagé comme un enfant attiré par un nouveau jouet qu’il convoite. Ma mère avait été totalement éclipsée et, je dois l’admettre, elle a failli m’envouter. Depuis, chaque soir, à la tombée de la nuit, elle me regarde de la rue d’en face de sa fenêtre craquelée. Un soir, alors que je rentrais chez moi, elle se tenait sur son perron. Elle me souriait et faisait des signes pour que je la suive. Comme hypnotisé, je l’ai suivi. La maison était bien plus grande de l’intérieur qu’elle ne paraissait de l’extérieur. Nous traversions alors un long couloir jusqu’à une pièce. Horreur ! Un amas de cadavres d’hommes nus ! Je reconnus mon père et certains de mes amis. 2


« Embrasse-moi », me dit-elle. Elle m’envoutait. Je résistais. J’avais peur aussi. Tous ces cadavres ! Mais, à bien regarder, ces cadavres souriaient ! Elle s’approcha de moi et approcha sa bouche de mon oreille. Je sentis son souffle dans mon cou et sa poitrine contre moi. « Je t’aime, murmure-t-elle. Plus je t’observe et plus je t’aime. Pas comme les autres qui ne sont qu’un repas. Pour toi, j’éprouve un vrai sentiment ». « Qui es-tu ?!? » Cette phrase sortit de ma bouche sans que je m’en sois rendu compte. Elle me regarda avec un sourire. « Je suis une Succube. Une démone qui se nourrit de l’énergie des hommes ». « Je ne te crois pas ». Elle souriait toujours. Des ailes, semblables à celles d’une chauve-souris, surgissent de son dos. « Me crois-tu maintenant ». J’ai un mouvement de recul. Je me retourne, traverse le couloir en courant. Elle me poursuit. Le vent brassé par ses ailes faisait trembler les murs de bois. J’ai failli défoncer la porte en sortant et une fois, à l’extérieur, j’ai remarqué l’existence d’une Eglise.

La bâtisse était construite sur une colline à la sortie de ville. L’Eglise surplombait en fait la petite cité. Son clocher semblait me regarder. Je pris aussitôt la direction de l’Eglise. Je pensais qu’elle ne pourrait pas me suivre. J’ai eu tort. A peine entré à l’intérieur de l’Eglise et que je refermais la petite porte par laquelle j’étais entré, je n’ai pas eu le temps de reprendre mon souffle que la porte vola en éclats. Elle entra doucement. Je reculais, traversais la salle en passant entre les rangées de bancs. J’ai manqué de tomber lorsque mes talons ont heurté l’estrade. En levant la tête, j’ai aperçu les deux torches qui flambaient de chaque côté du crucifix. Je me saisis de l’une d’elle en me relevant. Sans grand espoir, j’ai tenté d’éloigner la démone de moi avec la torche. Au même moment, le pasteur entra dans la salle. La démone s’empara de la torche qu’elle jeta sur le crucifix derrière moi. Le feu prit d’un seul coup. Avec une rapidité fulgurante, les flammes nous encerclèrent. La démone m’encercla de ses bras. Je sentis alors mes pieds quitter le sol. Je lançais un regard et je vis l’Eglise en flammes. Les charpentes s’affaissaient et le clocher commençait à fondre. Lorsqu’enfin, je touchais de nouveau le sol, j’étais chez cette créature qui m’enlaçait toujours. 3


Lorsqu’elle posa ses lèvres sur les miennes, quelque chose d’étrange se passa. Mon énergie, ma vitalité m’abandonnèrent et peu à peu, je sombrais dans un profond sommeil. Quand je me réveillais, dans une chambre où seul mon lit existait, je vis la fenêtre. Ma ville avait disparu. Elle était remplacée par un paysage que des mots ne pourront décrire.

J’entends la porte s’ouvrir derrière moi. Quand je vois la démone à l’embrasure de la porte, j’ai d’abord un mouvement de recul. Mais, désormais résigné, je la laisse alors de nouveau m’enlacer de ses bras. Depuis ce jour, je vis avec elle. Je passe mes journées à observer mon ancien monde par un miroir. Un cratère avait remplacé la ville. L’Eglise avait presque entièrement brûlée, seules les charpentes subsistaient. Et, de temps à autre, un homme venait se jeter dans le cratère ou se pendre à la charpente comme happé par l’odeur de la Succube. Et, chaque soir, j’entends frapper à la porte des hommes, criant et hurlant. Chaque soir, toujours plus nombreux et plus excités.

4

La succube  
Advertisement