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BANDJOUN STATION VISUAL ARTS CENTER CAMEROON


BEHIND THE PORTAL LES AMIS DE BANDJOUN STATION 10 JUILLET - 31 OCTOBRE 2017 CURATORS: GERMAIN NOUBI ET CARINE DJUIDJE


BEHIND THE PORTAL exposition à Bandjoun Station du 10 juillet au 31 octobre 2017 Présentation de LABS L’association Les Amis de Bandjoun Station a pour motivation d’aider au développement de Bandjoun Station, centre de création créé par Barthélémy Togo et, parallèlement, d’apporter une aide à de jeunes artistes plasticiens africains résidant en Afrique. Notre action : - Fournir à Bandjoun Station le matériel artistique nécessaire pour les ateliers scolaires organisés sur place et pour les artistes en résidence : matériels de peinture, de dessin ou de sculpture, matériel informatique, vidéo et photographique... - Offrir des bourses et des résidences à de jeunes artistes africains permettant le développement de projets artistiques en vue d’une exposition à Bandjoun Station et de la publication d’un catalogue. Aujourd’hui la première résidence 2017 vient de se terminer et c’est avec une grande joie que nous vous présentons les travaux des artistes lauréats : Jean David Nkot (Cameroun) Ngassam Tchatchoua Yvon Léolein (Cameroun) Luyeye Vilekese Luvie (République démocratique du Congo) Le jury était composé de : Jean-Noël Flammarion, Catherine Julien-Laferrière, Guy Limone, Thierry Spitzer, Nicole Tran Ba Vang”

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LISTE DES ARTISTES PARTICIPANTS NKOT Jean David

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LUYEYE Luvie

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NGASSAM Yvon

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NKOT JEAN-DAVID Jean-David Nkot est un artiste camerounais né en 1989 à Douala ou il vit et travaille. Après ses études secondaires, il rencontre et travaille avec plusieurs artistes notamment KAMKUA Viking, KOLO Nazer, TOFFOLO Merlin et bien d’autres avant d’intégrer l’Institut de Formation Artistique de Mbalmayo où il est formé par l’artiste Jean Jacques KANTÉ et ensuite l’Institut des Beaux-arts de Foumban où il commence à poser les premières bases conceptuelles de son travail avec les artistes et enseignants : Ruth BELINGA, Pascal KENFACK et bien d’autres. Diplômé de ces établissements, il est par ailleurs auréolé de plusieurs distinctions artistiques à Foumban. EXPOSITIONS 2016 - A fleurs de Peau, Espace Doual’Art, solo show - Participation à la foire internationale Young International Art YIA - Dialogues, Bandjoun Station, Cameroun, exposition collective 2015 - 4eme rencontre internationales d’art contemporaine (RIAC), Congo Brazzaville (atelier Saham) - Cameroun un regard contemporain banque mondial du Cameroun Yaoundé 2011 - Kameroun-Künstlerstart, In Des Meerkatze, Allemagne 8


« EFFET CISEAU » Installation de photos avec reportage audio des agriculteurs, des boites sur lesquelles sont imprimés les produits agricoles et manufacture et posée sur une structure en « L » donnant à voir un digramme en bande. Note d’intention Effet Ciseau est un projet artistique qui interroge l’impact de la dégradation des termes d’échange sur la production agricole au détriment des agriculteurs et essaye de mettre en évidence cette différence entre les produits des pays du nord et ceux du sud au travers d’une installation. Comme tous est dit dans les symboles qui ornent le drapeau de Bandjoun Station : il est clair que le cheval de batail de la structure inclut aussi celui de l’agriculture. Dans son combat de rééquilibrer les termes de l’échange, Bandjoun Station s’engage sur plusieurs fronts notamment celui de la préserver le patrimoine naturel, mais aussi celui de lutter contre la désertion des zones rurales. Effet ciseau voudrait s’inscrire dans cette logique mais plutôt en présentant ce cote de l’impact de la dégradation des termes d’échange qui existe entre la quantité des produits exportés et celle importés. Effet ciseau est une installation qui met en lumière cette dif-

férence qui s’est établi depuis des décennies que les pays du trière monde seraient victimes de ce phénomène défavorable car nous constatons une stagnation du prix des produits qu’ils exportent et une augmentation rapide des prix qu’ils importent. Destinée au musée d’art contemporain Bandjoun Station, Effet ciseau se veut un espace de confrontations et de dialogues qui interrogent sur le comment des actions et des mécanismes qui peuvent être misent en place pour améliorer le statut de l’agriculteur. L’expression de ces confrontations et dialogues reposeront sur la mise en comparaison de la quantité de produit à exporter en contre partie d’un autre sous la forme manufacturée. Cette comparaison serait représentée par des images des produits agricoles cultivés à Bandjoun et ceux importés des pays du nord sous la forme des timbres imprimés et collés sur des boites faites en contreplaqué, mais aussi par la perception des agriculteurs face à cette situation au travers des réponses recueillies et en registrées dans des petits appareils d’écoute le tout accompagné par leurs photos.


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LUYEYE LUVIE C’est à l’Institut de Beaux-arts de Kinshasa que LUYEYE VILEKESE LUVIE a pu décrocher son diplôme d’État en 2012 en sculpture, à Kinshasa; ville qui l’a vu naitre le dix-sept octobre 1992. En 2008; il entre dans l’atelier Atmosphère de caverne, de l’artiste John BONGENYA EMEKA. Cet atelier lui a permis de faire l’art et de le comprendre dans ses différentes facettes qui finalement l’amèneront dans un monde de création de nouvel medium et de nouvel concept. En 2010 il participe à la création du collectif BOKUTANI ARTISTE REUNIS. DEMARCHE ARTISTIQUE LUYEYE VILEKESE LUVIE évalue dans son travail actuel le déroulement tant social que politique de la société mondiale, celle-ci vue dans un angle de résolutions de conflits avec les moyens mis en jeu. Comme nous le savons, la guerre en est souvent la cause et le résultat; et cet artiste avec son œuvre exploite cet aspect de résolution en présentant les aspects chaotiques de cette manière de faire qui caractérise les humains à travers des représentations d’environnements dévastés… ces œuvres nous amènent à lire entre les lignes du monde et à une prise de conscience des malaises qui nous entourent. Notre monde souffre des méfaits de la mondialisation, celle-ci entrainant une séparation toujours plus flagrante de cultures. Deux éléments qui caractérisent ces compositions sont représentés par le couvercle rond en plastique et le bois en cube. Le couvercle rond en plastique exprime l’humanité et ses imperfections, le bois en cube exprime la dégradation de l’environnement. Tout est peint par de portrait des personnages qui cherchent et re-cherchent à résoudre des problèmes dont ils sont eux-mêmes la cause principale.

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« L’AVANCEE » Note d’intention Mon travail questionne la politique écologique pour ressortir les grandes problématiques qui existent au sein de la société africaine aujourd’hui. A travers, je parle de société vidée d’elle-même, des cultures piétinées, d’institutions minées, des terres confisquées, des religions assassinées, des magnificences artistiques anéanties, d’extraordinaires possibilités supprimées. Je questionne aussi le concept de la modernité et l’industrialisation des pays du sud, de plus à l’heure où les dirigeants de la planète réfléchissent sur développement durable, il me semble important de faire un point sur la situation de l’environnement de leurs Etats respectifs. Dans ce travail je rejette l’interprétation despotique selon laquelle les êtres humains sont appelés à dominer avec violence la terre et, nous substituons l’interprétation de l’intendance qui reconnait la valeur intrinsèque des êtres naturels et nous appelle à devenir les jardiniers de la planète. L’utilisation de morceaux de bois dans mes sculptures, est une façon de dénoncer l’exploitation abusive de la forêt africaine et de la destruction des espaces verts

dans le milieu urbain. ‘’Dans ma démarche artistique j’essaie de donner un rythme à l’environnement qui nous entoure : l’écologie, la politique, la société. En suite je cherche des éléments qui ont un lien avec mes préoccupations et celles de la nature pour former un corps artistique comme : des morceaux des bois, des barres de fer afin de présenter les aspects chaotiques de cette manière de faire qui caractérise les humains à travers des représentations de l’environnement dévasté. Nos œuvres nous amènent à lire entre les lignes du monde, et à une prise de conscience de malaises qui nous entourent.’’ Le bois est un outil très important dans mes créations car c’est ma façon à moi de montrer que le bois est très important pour nous et qu’il nécessaire voir même impératif de procéder au reboisement et à la protection et à la création des espaces verts car la vitesse avec laquelle nos forêts sont détruites est de plus en plus inquiétante. La peinture vient pour donner une seconde vie à mes sculptures.


CV

EXPOSITIONS 2O16 - LUMUMBA … Quel héritage ? Place des artistes, Matongé, Kinshasa, solo show 2015 - Collectif Solidarité des Artistes pour le Développement Intégral (SADI) à l’occasion de la visite de la ministre belge de la coopération et développement, Kinshasa - Performance « Acquittement apparent II », avec le collectif Bokutani, à la rencontre internationale des performeurs de Kinshasa (Kinact) organisée par le collectif « Eza possible » 2014 - Assistant de l’organisateur de la biennale d’art contemporain Yango, Kinshasa - Assistant de Joyce Nath Tshamala durant sa Performance « Acquittement apparent I », Kinshasa, lors du 54 ème anniversaire de l’indépendance de la R.D. Congo ; 2013 - PASS’AGE, Espace 99/75 (REGIDESO Blvd du 30 Juin Kinshasa) avec le collectif BOKUTANI ARTISTES REUNIS - Exposition en Ligne (facebook), LA JEUNESSE AU DOS avec le collectif BOKUTANI ARTISTES REUNIS 2012 - Exposition Scolaire à l’Institut des Beaux-arts (Kinshasa) 2011 - Exposition collective Où vas-tu Sida? avec le Collectif des Arts Bantou, espace ZINKULU ZETO (Kinsuka, Kinshasa). PRIX 2011 - Premier prix au concours des jeunes talents organisé par l’église Néoapostolique de Kinshasa.

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NGASSAM YVON Né le 23 août 1982 à Bangangté au Cameroun, L’artiste NGASSAM fait des études secondaires dans un cycle généraliste : la série “ C “ qui correspond aux études des matières scientifiques option mathématiques. Après l’obtention de son baccalauréat “C “ en 2006, il s’inscrit à l’Université de Ngaoundéré où il étudie les sciences économiques jusqu’à 2011.

SON ARRIVEE DANS LA PHOTOGRAPHIE Passionné de cinéma depuis de longues dates, il mène des recherches sur le net à propos de ce sujet. Et au fil de ses recherches, il s’ambitionne la vocation de directeur photo pour le cinéma. La fonction de directeur photo est remplie pour la majorité par des personnes ayant d’abord maitrisé la photographie comme médium de base. C’est ainsi qu’en 2011, il s’inscrit comme participant à l’atelier de musique pour film donné par le Belge Christian LEROY au Festival International de Films Mixtes (FIFMI) à Ngaoundéré. SES PREMIERS PAS EN PHOTOGRAPHIE Il enchaine des ateliers de formations en photographie et en vidéo. 18

Toujours en 2011 : -Atelier de photographie donné par le photographe et vidéaste camerounais Emk’al EYONGAKPA à l’Institut Français du Cameroun / Yaoundé (IFC) avec qui il continua à travailler jusqu’en 2013.Ensuite, il participe à l’atelier de photographie donné par le photographe français Hervé DANGLA à l’Institut Français du Cameroun/Yaoundé (IFC). Fait le Master Class Vidéo 2 en vidéo d’art organisé par ART BAKERY à Bonendalè, Douala, Cameroun. Et en 2014, il prend part au Master class en vidéo d’art à la Rencontre Internationale de l’Art Contemporain au Congo-Brazzaville. Nlend Emile Donna oned07@yahoo.fr


« BANDJOUN, ENTRE RURALITÉ ET CONTEMPORANÉITÉ ». Contexte Nous vivons dans un monde en transformation, en évolution constante. Nous vivons dans des villes où le matériau urbain se renouvelle en permanence, s’étend et grignote la virginité du matériau rural ainsi que sa pensée. Bandjoun la moderne, Bandjoun la rurale. Cette ville se positionne aujourd’hui comme un chantier de l’urbanisme. On y recense des marchés modernes, des supermarchés, des stations-services, des hôtels de bonne facture ainsi que tous les services liés à une ville africaine moderne. Bandjoun a ce côté authentique, rural, traditionnel qui attire les touristes à travers le Cameroun et le monde. Au sein de cette ville prône l’une des plus importantes chefferies en pays Bamiléké. Cette cohabitation symbiotique à nos yeux est particulière au Cameroun d’où la nécessité de l’archiver. L’archivage nous permet de laisser un témoignage palpable aux générations futures de la vie aujourd’hui contemporaine qui est la nôtre. Comment cohabitent dans cette ville ces deux matériaux qu’est l’urbain (modernité, nouvelles technologies…) et l’authentique

tradition (héritage traditionnel), comment se mêlent-ils, se mélangent-ils, se respectent-ils…comment se donnent-ils de la consistance ? Démarche Le projet s’articule autour de trois médiums d’expression artistique à savoir : la photographie, le son et la vidéo. 1. De la photographie A travers la photographie, on compte montrer notre rencontre avec Bandjoun, pour être précis, avec le contenu de cette dernière c’est-à-dire les citadins, les campagnards mais aussi les différentes architectures qui font la cité. Il est primordial d’étudier les architectures héritées du passé et de montrer comment les contemporains de cette ville la font évoluer afin de l’imbriquer dans la « Bandjoun » moderne. On pourra montrer la part de l’urbain dans le rural et vice versa. 2 L’urbain dans le rural est ce vent de modernisme qui envahit nos campagnes : la technologie et son utilisation par les campagnards, les routes bitumées qui mènent à


le visiteur puisse à chaque fois chercher le second degré dans ce qu’il entend et/ou regarde. Nous définirons durant la résidence du nombre de vidéos qui seront réalisées. Objectifs Les mémoires photographiques et sonores sont l’un des objectifs qui motivent la réalisation du projet « BANDJOUN, entre ruralité et contemporanéité ». C’est un fait à travers le triangle national, l’inexistence ou la pauvreté d’archives photographiques de nos différentes villes, qui plus pour Bandjoun est réputée être une cité touristique. Le résultat de ce travail peut être reversé à la communauté de la ville afin de promouvoir cette dernière. Nous avons à coeur que le matériel final que nous allons produire puisse être un élément de lecture de la ville par les décideurs et les urbanistes afin de l’améliorer. Nous souhaitons attirer l’attention des contemporains de cette ville sur l’espace qu’ils occupent en le voyant à travers les yeux de « l’autre » qui peut-être leur montrera leur habitat sous un angle qui n’est pas le leur. Une autre façon de voir leur ville, de l’interpréter ayant pour objectif de les faire prendre conscience de la cohabitation des deux tissus (urbain et rural) qui peut être fragile et la nécessité de la préserver pour les générations futures.

« BANDJOUN, entre ruralité et contemporanéité » peut aussi être exploité par le monde académique ou universitaire pour illustrer les recherches faites sur la ville en particulier et le pays Bamiléké en général car en plus de produire un travail qui se veut artistique, il est important pour nous qu’il soit utile à la société afin de traverser le temps et l’espace en tant que mémoires photographiques et aussi sonores de cette ville.


CV

PHOTOGRAPHIE 2016 -Photographe assistant de Sarah TCHOUATCHA sur le « projet d’archivage d’architecture des édifices remarquables du XXème siècle (patrimoine culturel matériel) » commandité par le ministère des arts et de la culture du Cameroun et exécuté par la Fondation Paul ANGO ELA -OFF DAK’ART 2016 - Exposition collective, Congo-Cameroun : Esthétiques en partage au-delà des géographies, Maison de la presse sous la direction artistique de Bill KOUELANY fondatrice du centre « Les ateliers Sahm » 2015 - Exposition collective DESIRE BEGINS ART2VIVRE by Martini Cameroon, Galerie MAM, Camerou - Installation mixed media MBOTE ! , Institut Français Cameroun Yaoundé - Exposition, galerie MAM dans le cadre du OKO festiv’art - Installation mixed media MBOTE ! , Institut Français Cameroun Douala 2014 - Le temps du voyage, Alliance française de Ngaoundéré/Cameroun - Exposition collective Yaoundé ville/forêt avec Hervé DANGLA et le Collectif KAMERA, Institut Français Cameroun/Yaoundé (IFC) - Exposition collective au RAVY 2014 (Rencontre des Arts Visuels de Yaoundé), Musée la Blackitude. 2013 - Le temps du voyage , Institut Français Cameroun/Yaoundé (IFC) -Exposition collective « Yaoundé ville/forêt le making-off» avec Hervé DANGLA et le Collectif KAMERA, Institut Français Cameroun/Yaoundé (IFC) - Le temps du voyage , Alliance française de Garoua/Cameroun - Installation photo et vidéo dans le off du SUD 2013 (Salon Urbain de Douala) avec le photographe français Hervé DANGLA VIDEO ART - RAVY 2012 (Rencontres des Arts Visuels de Yaoundé) installation vidéo commune « Appearences », Yaoundé


- RAVY 2014 (Rencontres des Arts Visuels de Yaoundé) participation avec la vidéo MOUFMIDER, galerie des arts contemporains de Yaoundé - Installation collective, galerie « Les ateliers SAHM » - Sélection officielle au festival Instants vidéo, Marseille, France - Poor or rich 03min 36sec - Ciné sit 01min 20sec - WATA 00min 39sec - Moufmider 04min 00sec - S.N.E - Religion kitendi - l’écoute - … 09 min SPECTACLE 2010-2011 - Production d’un spectacle de v-jing à l’Alliance Française de Garoua au Cameroun PRIX - Prix du « Meilleur vidéaste étranger » à la Rencontre Internationale de l’Art Contemporain, Congo-Brazzaville 2014 PUBLICATIONS - Brazza sans fards, textes de Ya vé, photos extraites de la série « Mboté ! » DIVAS #79 Sept-Oct 2015


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INTERVIEWS DES ARTISTES NKOT Jean David

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LUYEYE Luvie

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NGASSAM Yvon

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NKOT JEAN-DAVID par Aude Christel Mgba

Bonjour Jean-David, Parlez-moi de vous. Je suis artiste plasticien, ancien étudiant de l’institut des Beaux-Arts de Foumban, je vis et je travaille à Douala. Comment êtes-vous arrivé à l’Art ? Je suis née dans une famille modeste, mon père est menuisier et ma mère couturière, ce qui ne me prédestinait pas à l’Art, mais c’est tout naturellement et par pure passion que j’ai embrassé cette activité. Elle me procure tout ce dont j’ai besoin, la liberté, le plaisir et surtout la richesse spirituelle. Je pense que mon arrivée dans le monde de l’Art est le résultat de rencontres comme l’artiste Merlin Teffolo, que j’ai faites et qui ont renforcé ma volonté de m’exprimer dans la pratique que je faisais au départ, de façon anodine. Qu’est ce que l’Institut de Foumban vous a apporté ? Je me suis formé tout d’abord à l’IFA de Mbalmayo où j’ai obtenu quelques notions élémentaires en dessin et en peinture avant d’intégrer l’Institut des Beaux-Arts de Foumban. Je me suis formé à la méthodologie… d’abord, puis ensuite sur les techniques de la pratique artistique. Cela m’a permis d’avoir une réflexion autour de mon identité en tant qu’artiste, et aussi, j’y ai découvert d’autres médiums, tels que la performance et l’installation, grâce à des enseignants tels que Ruth Belinga et Pascal Kenfack. Vous revenez d’une résidence à Bandjoun Station, était-ce votre première expérience professionnelle ? Non. J’avais déjà participé à une résidence au Congo aux Ateliers Sahm de Bill Kouelany, et puis, je peux dire que mon parcourt est fait de résidences constantes y compris pendant les périodes passées dans les ateliers d’artistes plus confirmés tels que Hervé Youmbi et Salifou Lindou. 28


Votre résidence se déroule à la même période que votre première exposition individuelle à Doual’Art, comment avez-vous coordonné les deux activités ? Cela n’a pas été chose facile car je devais réfléchir sur deux fronts. Néanmoins, dans un premier temps, les œuvres pour mon exposition étaient déjà produites, je pouvais donc débuter ma résidence dans la quiétude et repartir pour le montage et vernissage de mon exposition. Quel a été votre impression lorsque vous avez été sélectionné pour cette résidence ? Étant informé de cette résidence par les réseaux sociaux, j’ai tout de suite trouvé un sujet qui rimait parfaitement avec Bandjoun Station et son environnement. Sur étude de dossier, mon projet a été accepté. J’ai reçu cette nouvelle avec joie et satisfaction, surtout avec l’envie de rencontrer d’autres artistes de ma génération. Parlant des autres artistes, comment a été la collaboration avec eux ? La collaboration avec les autres résidents a été parfaite. J’ai eu le sentiment d’être avec des frères. Nous n’avons pas eu des prises de tête; Nous nous complétions plutôt chacun à notre niveau en donnant des idées sur les projets de l’autre. On grandissait ainsi chacun en améliorant ensemble nos propositions. C’était des discussions journalières qui s’approfondissaient jours après jours dans le partage des expériences communes. Ce fut un moment formidable pour nous. Quel était le sujet de votre projet ? Mon projet s’intitulait “Effet ciseaux”. Cette expression provient du système économique qui nous présente la manière avec laquelle le déséquilibre, en termes d’échanges, se présente entre les pays du NORD et ceux du SUD. En quelques mots, mon projet parlait de la dégradation des termes de l’échange entre le NORD et le SUD et l’impact de ces échanges sur le plan écologique, commercial et social. Il était aussi question de montrer à peu près le pourcentage d’exportation en matière première vers l’Europe et les conséquences de celui-ci et de réfléchir sur les mécanismes qui peuvent nous permettre de mettre un terme à ce déséquilibre commercial.


Comment a été le rendu plastique ? Sous la forme d’installation divisée en deux parties, “Effet ciseaux” nous présente deux textes inspirés par le livre du pauvre écrit part Francisco van der Wolf qui traite du commerce équitable. Le premier texte nous présente dans quelle psychose le capitalisme nous a mis aujourd’hui, et le second texte nous présente les moyens de s’en sortir. Au centre de ces textes nous avons deux panneaux, prenant la forme d’une enveloppe, qui nous présentent deux situations. Le premier panneau nous montre le pourcentage d’exportation des matières premières vers l’Union Européenne et le deuxième est constituée d’une enveloppe collée où apparait une silhouette de tête recouverte en fond de trame (mots) qui détruisent l’agriculteur et les pays producteurs de matière première. La seconde partie de l’installation nous présente une structure constituée de 30 cartons qui symbolisent l’emballage des produits et nous permet de présenter ce phénomène d’effet ciseau qui est la différence entre les matières premières et les produits manufacturés; la quantité de matières premières qu’il faut céder pour une quantité inférieure de matières manufacturées. En combien de temps avez-vous réalisé votre projet ? J’ai réalisé mon projet en deux semaines car j’ai pris plus de temps pour faire des recherches, lire et discuter avec la population locale pour avoir plus d’éléments pour la comprendre le sujet que je traitais mais aussi pour faire des recherches afin d’améliorer mon propre travail. Quel rapport faites-vous entre votre projet et le contexte socioculturel de Bandjoun ? Bandjoun Station se trouve à Bandjoun qui est aujourd’hui un espace vaste qui peut déjà revendiquer, en mon sens, le statut de ville. Il se trouve que plusieurs sociétés agricoles installées depuis de nombreuses années et font dans la production de cultures assez importantes, sur le plan de l’économie mondiale, telles que le café, la banane, le cacao, le haricot vert et bien d’autres. Les personnes qui travaillent dans les plantations sont à 99% des populations autochtones, donc originaires de la région. Ces personnes travaillent toute la journée, 6 jours sur 7, sans répit mais leurs revenus n’équivalent pas à la valeur de leur travail. Beaucoup ont du mal à supporter les coûts de scolarité de leurs enfants jusqu’au bout. Ces derniers finissent même par aider leurs parents dans les champs pour gagner eux-mêmes leurs propres sous. 30


Ce sont des situations qui existent depuis plusieurs années dans tout l’ensemble du territoire. La violence se trouve au centre de votre travail, comment le définissez-vous dans ce projet ? Les rapports commerciaux déficitaires représentent une forme de violence que subissent les populations prolétaires sous le regard passif de la Communauté Internationale. Bien que mes travaux cachent des situations qui parlent de moi, je ne veux pas me limiter ou m’enfermer dans mes problèmes. C’est l’occasion aussi pour moi d’aborder des situations actuelles qui nous entourent et qui peuvent passer inaperçues parce qu’on se sent pas directement concerné. Je suis un citoyen du monde et je veux parler de la situation chaotique que vivent certaines personnes dans la souffrance et l’indifférence générale. Je représente la violence dans mon travail pour interpeler les décideurs à une prise de conscience dans la gestion des rapports humains. L’enveloppe, tout comme le timbre postal, sont pour moi des supports qui permettent de véhiculer la communication autour des difficultés communes de l’humanité défavorisée. Quels sont vos projets futurs ? Je continue de travailler dans mon atelier, je souhaite développer et approfondir les idées acquises pendant ma résidence à Bandjoun Station afin de les rendre concrètes.

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LUYEYE LUVIE par Carine Djuidje

Parlez-nous de votre enfance. Je suis né le 17 octobre 1992 à Kinshasa. Fils ainé d’une famille de dix enfants dont trois garçons et sept filles, tous de nationalité congolaise. Déjà à l’âge de sept ans, je dessinais sur le sol et racontais des histoires vues dans les dessins animés que je regardais à la télévision. Dans mon enfance, je n’ai pas vraiment eu la chance de vivre avec mes parents biologiques. Ce manque d’affection m’a influencé et je suis devenu un enfant turbulent. Quel est votre parcours (formation) Ma formation commence en 1999, mes parents m’ont inscrit, en première primaire, dans une école catholique dénommée Saint MUZEYI. J’y ai été exclu après pour avoir dessiné Marie la mère de Jésus s’embrassant avec mon enseignant. En 2002, on m’a inscrit dans une école privée (Groupe scolaire la paix Boboto) dans laquelle je dessinais dans mes cahiers pendant les heures de cours. En 2005, on m’a inscrit dans une école catholique (Saint MICHEL) qui enseignait la technique et, une fois de plus, je reproduisais les images des peintures que je voyais dans mes cahiers. Cette fois la directrice de l’école conseilla à ma famille de m’inscrire à l’école des Beaux-Arts. En 2007, je suis admis à l’Académie des Beaux-Arts de Kinshasa, à l’humanité artistique où j’ai été couronné, en 2012, par un diplôme de Baccalauréat en Sculpture. A partir de 2008, je fréquentais l’atelier de l’artiste John BONGENYA dans lequel j’apprenais l’histoire de l’Art moderne et contemporain congolais. J’ai poursuivi mon cursus académique à l’université de l’Académie des Beaux-Arts de Kinshasa, mais l’enseignement reste académique, je quittais l’école en 2014 pour me concentrer sur ma création. Que représente l’art pour vous ? L’Art c’est un moyen qui me permet d’exprimer mes préoccupations, mes émotions, mes sentiments, mes douleurs, mes pleures, mes tragédies etc… C’est aussi une thérapie qui me lave de tous les maux du quotidien. 32


Qu’est ce qui a orienté vos choix dans le domaine de l’Art ? Lorsque j’ai obtenu mon diplôme à l’académie des Beaux Arts, je me suis orienté vers autre chose. Mes parents et tous ceux qui avaient une responsabilité sur moi m’ont fait comprendre que je ne devais pas m’éloigner de l’Art. Depuis et jusqu’à aujourd’hui, je chemine avec l’Art. Quelle est votre démarche artistique ? Mon travail questionne la politique écologique afin d’aborder les grandes problématiques qui existent aujourd’hui au sein de la société africaine. Je parle de cette société vidée d’elle-même, des cultures piétinées, d’institutions minées, des terres confisquées, des religions assassinées, des magnificences artistiques anéanties, d’extraordinaires possibilités supprimées. Je questionne aussi le concept de la modernité et l’industrialisation des Pays du Sud à l’heure où les dirigeants de la planète réfléchissent sur le développement durable. Il me semble important de faire un point sur la situation environnementale de leurs Etats respectifs. Dans ce travail je rejette l’interprétation despotique selon laquelle les êtres humains sont appelés à dominer, avec violence, la terre. Je souhaite reconnaître la valeur intrinsèque des êtres naturels et nous appelle à devenir les jardiniers de la planète. L’utilisation de morceaux de bois dans mes sculptures, est une façon de dénoncer l’exploitation abusive de la forêt africaine et de la destruction des espaces verts dans le milieu urbain. Dans ma démarche artistique j’essaie de donner un rythme à l’environnement qui nous entoure : l’écologie, la politique, la société. Je cherche des éléments qui ont un lien avec mes préoccupations et et celles de la Nature pour former un corps artistique comme : des morceaux des bois, des barres de fer. Je souhaite présenter les aspects chaotiques qui caractérisent les humains à travers des représentations de l’environnement dévasté. Nos œuvres nous amènent à lire entre les lignes du monde, et à prendre conscience des malaises qui nous entourent.’’ Vous utilisez le bois et la peinture dans vos créations, quelle est l’importance pour vous ?


Le bois est un outil très important dans mes créations car c’est ma façon à moi de montrer que le bois est très important pour l’Homme et qu’il est nécessaire, voir impératif, de procéder au reboisement et à la protection et la création d’espaces verts car la vitesse avec laquelle nos forêts sont détruites est de plus en plus inquiétante. J’utilise la peinture pour donner une seconde vie à mes sculptures. Vous revenez de votre première résidence de création artistique où vous avez passé deux mois dans les locaux de Bandjoun Station au Cameroun. Quel souvenir gardez-vous de cette résidence ? J’ai vécu de beaux moments à Bandjoun station comme dans la bibliothèque, riche en actualité sur l’art contemporaine, et le travail du directeur artistique de Bandjoun Station. Il nous a fait une visite guidée dans les champs de Bandjoun Station et le travail qu’il y a réalisé m’a beaucoup marqué. Parlez nous de votre projet de résidence. Mon projet s’inscrit dans une démarche évolutionniste tendant à illustrer les étapes de passage d’un point quelconque (A) à un niveau supérieur (B) et ce, dans le domaine de l’Art africain. L’Art africain aujourd’hui est appelé, comme d’ ailleurs celui d’autres peuples, à évoluer, à progresser, à aller au-delà pour impacter d’autres univers artistiques (européen, asiatique, américain…); afin de « prouver à la face du monde » de quoi sont capables les esprits imaginatifs et créatifs des africain afin d’inciter les différents peuples du monde à s’inspirer de celui-ci avec toutes les répercutions inévitables sur le plan financier, identitaire, scientifique… que cela peut entrainer. Vous y avez réalisé une sculpture sur le thème de « l’avancée ». Pouvez-vous nous en parler ? Le projet « l’avancée » peut être illustré par l’image d’un Homme qui se trouve dans le présent et qui se projette dans le futur, tout en ayant un regard dans le passé, afin pouvoir amorcer son avancée. Nous pensons que l’humanité doit se projeter sans oublier d’avoir un regard tourné vers le passé pour éviter, non seulement de commettre les erreurs du passé, mais surtout pour puiser des leçons vitales (positives comme négatives) dans ce passé pour bien baliser son avenir. Ceci peut s’illustrer par les rapports existant aujourd’hui entre le développement des pays du Sud « dits pays sous - développés » et le dével-


oppement des pays du Nord (préoccupations liées à l’écologie). En effet, force est de constater et de rappeler que si les pays dits « développés ou émergents » se sont développés en négligeant les conséquences écologiques de leurs politiques publiques, ce qui a aujourd’hui des conséquences qui plongent l’humanité dans un réchauffement climatique sans précédent. Toute avancée qui néglige la dimension historique et qui ne se projette pas dans un futur n’en n’est pas une, mais demeure une régression. Quel est votre artiste de référence ? Les artistes dont j’admire beaucoup le travail sont Barthelemy TOGUO et Freddy TSIMBA. Barthélemy m’inspire sur sa thématique et par son utilisation des bois dans ses sculptures de tampons géants. Freddy, lui, m’inspire dans sa technique d’équilibre qu’il donne à ses sculptures en trois dimensions. La découverte de Bandjoun Station, en particulier, et du Cameroun en général ont-elles répondu à vos attentes ? Vous ont-elles apporté des inspirations pour de nouveaux projets ? Mes objectifs pour cette résidence ont été atteints car j’ai capitalisé toutes sortes de partages (dialogues) avec les autres artistes en résidence et avec la lecture des différents catalogues que j’ai trouvés dans la bibliothèque. Ces partages m’ont permis d’ouvrir un autre champ dans ma création. La rencontre avec Hervé YOUMBI, Maître WAKO et les autres a aussi contribué à enrichir ma démarche artistique. Dans votre installation on voit un homme marquer le pas sur la carte de l’Afrique. Que représente l’humanité pour vous et quel regard avez-vous de la société contemporaine congolaise ? Pour moi, l’humanité c’est un atout et nous devons en assurer la protection de toutes les menaces qui pourraient en causer la ruine. Le pas de cet homme sur la carte d’Afrique représente la participation collective de tout un chacun pour la construction d’un monde meilleur et plus beau où l’Homme respecterait les normes environnementales. La société congolaise d’aujourd’hui est dans l’impasse, elle vit dans une situation telle que les mutations auxquelles le monde et elle-même sont confrontés et doivent être gérées avec plus de lucidité, afin de ne pas compromettre ni sa population, ni celle de l’Afrique.

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NGASSAM YVON par Germain Noubi Comment êtes-vous arrivé à l’Art ? C’est une succession d’événements qui m’ont poussé à me consacrer entièrement à la production artistique. Durant mes années au lycée j’ai eu la chance de rencontrer un célèbre comédien camerounais, WAKEU FOGAING, qui est venu réaliser un atelier au sein du club théâtre que je fréquentais. Ça a été mon premier contact avec le monde de l’Art. Après mon Baccalauréat en mathématiques-physique, je suis rentré en Faculté de Sciences-Économie et de Gestion à l’Université de Dschang où j’ai pu monter, avec des amis, un studio d’enregistrement sonore. Après une année riche à Dschang je me suis inscrit à l’Université de Ngaoundéré où j’ai continué à explorer le son au sein de mon label FREEK’1 Entertainment, mais cette fois en m’intéressant aussi au cinéma. Nous avons réalisé durant deux années des films au sein du campus lesquels ont rencontré un certain succès: ce fut mon premier contact avec l’image. Ensuite, j’ai fait la rencontre de Ralain NGANMO, un ingénieur du son basé à Yaoundé, qui, après une collaboration musicale, m’invita à le rejoindre à Yaoundé pour administrer sa maison de production SATEC records. SATEC records étant exclusivement tourné vers la production sonore, je décidais de la diversifier en créant un département vidéo dont j’endossais l’entière responsabilité. Du haut de la petite expérience que j’ai eu du monde du cinéma à Ngaoundéré, je commençais à réaliser des clips pour la boîte de production. Au fur et à mesure je m’intéressais à la direction photo et à travers mes lectures et recherches, je me rendais compte que les meilleurs dans ce domaine étaient d’excellents photographes. Par mimétisme je décidais alors d’apprendre la photographie. Comment qualifieriez-vous votre pratique artistique ? Difficile à dire, néanmoins, je donne une part importante à l’émotion. Mon travail doit toucher les cœurs et non pas juste plaire aux yeux de celui qui le regarde. J’ai très peu d’intérêt pour l’esthétique, et chacun de mes travaux est l’expression honnête de moi-même. J’ai besoin de sentir et de ressentir afin de créer. Pourquoi avez-vous choisi la photographie comme medium artistique ? 36


Personnellement je ne me définis pas comme « un photographe ». La photographie est l’un de mes médiums que j’explore, tout comme la vidéo, le son... Je ne pense pas avoir choisi de façon formelle la photographie comme médium d’expression artistique, il m’est arrivé à un moment où l’appareil photo était le seul médium que j’avais à ma portée et ça a coïncidé avec une pulsion créatrice que j’avais en moi. Avez-vous reçu une formation artistique ? Je n’ai pas reçu de formation artistique, du moins pas académique. Je me suis formé via internet sur des sites spécialisés en photo et en participant à des ateliers donnés par des photographes tels que Emk’al, Hervé DANGLA, Nicky AYNA pour la partie technique. Quelles sont vos références artistiques et culturelles ? Je regarde le monde de l’Art et ceux qui en font parti avec un regard d’enfant, je suis émerveillé par tout ce qui s’y fait et par ceux qui le font (artistes, commissaires d’expositions…). Je ne sais pas si j’ai des références artistiques en termes de création vu que je me nourris par les productions qui m’entourent au jour le jour. Ma définition de l’artiste me pousse à me considérer comme une éponge. J’aspire les choses qui m’entourent et je les restitue sous une forme que mes contemporains appellent « œuvre d’art ». En ce qui concerne mes références culturelles, je suis né au début des années 80, j’ai été pubère au milieu des années 90 et je vis les années 2000, mes références sont celles qui ont fait les années et les espaces que j’ai traversés. Je suis un enfant de la télévision, de l’utopie de la démocratie en Afrique francophone, d’internet, des musiques urbaines. Je suis de cette génération qui ne comprend pas la lutte identitaire des africains. Je reste extrêmement curieux de toutes les cultures car c’est cette mosaïque qui nous enrichi. Sélectionné pour une résidence à Bandjoun Station entre Décembre 2016 et janvier 2017, quelle a été votre impression ? Etait-ce votre première résidence ? Quel rapport et quelles différences avez-vous constaté avec les autres résidences déjà effectuées ? J’étais fou de joie le jour où j’ai reçu le mail m’annonçant ma sélection pour la résidence de deux mois à BandjounStation et fier de moi quand j’ai appris la façon professionnelle avec laquelle s’était déroulée la sélection. Pour la petite histoire, en 2013 quand j’apprends l’existence de Bandjoun Station, je me suis dis qu’il me fallait trouver un moyen de


collaborer avec cet espace. Bandjoun Station durant, notre résidence, a tout mis en œuvre pour encourager une création pertinente et originale. Nous avions à disposition une connexion internet haut débit, qui nous était très utile pour compléter nos recherches et pour rester connecter à notre vie en dehors de la résidence. Ce que j’ai trouvé aussi remarquable c’est l’équipe de Bandjoun Station avait aussi pensé à notre divertissement. Nous avons visité des sites touristiques de la région de l’Ouest à l’instar de la célèbre chute de la METCH nous avons été au festival des Bamoun dans le Noun qui a été pour moi une source d’inspiration et un ravissement pour les yeux de mon ami congolais Luvie. Je garde aussi un très bon souvenir de mes sorties champêtres aux côtés de Germain NOUBI, le directeur de Bandjoun Station, pour nourrir les porcs, les chèvres et faire les récoltes. C’était un excellent moyen de décompresser. Je ne saurais continuer sans m’arrêter sur la remarquable initiative de la direction de mettre en place une collaboration avec les différents instituts des Beaux-arts de Nkongsamba et de Foumban sous la forme d’un programme de conférences-débats appelés « Artist Talk » (« paroles d’artistes ») qui a permis aux étudiants des différents Beaux-Arts de se frotter aux artistes sur de leur projets développés pendant leurs résidences. Je ne suis pas à ma première résidence et la grosse différence qui existe entre les autres résidences, qui étaient aussi très bien, et Bandjoun Station est, sans hésitation, la richesse de la bibliothèque. Grâce à la bibliothèque de Bandjoun Station, je peux vous dire sans risque de me tromper, que chacun des résidents est reparti avec au moins un nouveau projet de recherche. Personnellement je suis reparti avec 4 projets ! Votre projet de résidence est « Bandjoun entre ruralité et contemporanéité » comment cette idée vous est-elle venue ? Je m’intéresse depuis 2013 à l’archivage des villes camerounaises et pour avoir vécu quelques années à Bafoussam, ville voisine de Bandjoun, je connaissais assez bien le vent d’urbanisation qui souffle sur cette dernière depuis au moins deux décennies. Quand j’aipris connaissance de la nécessité de réaliser un projet en résonnance avec la ville, il était facile pour moi de proposer mon projet de résidence sur le lien entre la ruralité et la contemporanéité.

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Pouvez-vous nous dire plus sur ce projet ? Le projet « BANDJOUN, entre ruralité et contemporanéité » a pour objectif d’archiver la relation symbiotique qui existe entre l’urbanisme (contemporain) et la ruralité (héritage traditionnel ancestral). Les archives photographiques sont l’un des points qui m’ont poussé à vouloir réaliser ce projet. C’est un fait, les archives photographiques de nos différentes villes sont quasisinexistentes ou pauvres, qui plus est pour Bandjoun qui est réputée pour être une cité touristique. Le résultat de ce travail peut être redonné à la communauté de la ville afin de promouvoir cette dernière. Nous avons à cœur que le matériel final produit puisse être un élément de lecture de la ville par les décideurs et les urbanistes afin de l’améliorer. Néanmoins, il est important de signaler qu’il s’agit du pilote d’un projet plus ambitieux, à l’échelle nationale. Sur vos photos on remarque une prédominance des bâtis, quel est votre intérêt pour ces architectures ? Il est vrai que j’ai peut-être inconsciemment de l’intérêt pour le bâti. Quand vous archivez une ville, on attend de vous de voir de l’architecture urbaine et, dans le cas de Bandjoun, vous avez deux époques et/ ou deux styles qui se côtoient ou essayent de cohabiter (architecture vernaculaire et moderne). Néanmoins j’ai tenu à intégrer une dimension humaine à ce projet. Pour cela, j’ai réalisé neufs vidéos de moins de 4 minutes dans lesquelles j’ai donné la parole à un habitant de sa ville et de ses attentes vis-à-vis d’elle. Quel est l’intérêt d’un tel projet pour les habitants de Bandjoun et pour les acteurs du milieu de l’Art ? Je souhaite attirer l’attention des habitants de Bandjoun sur l’espace qu’ils occupent en le voyant à travers les yeux de « l’autre » (le mien), qui leur montrera peut-être, leur habitat sous un angle qui n’est pas le leur. J’aimerais montrer une autre façon de voir leur ville et de l’interpréter pour leur faire prendre conscience de la cohabitation des deux tissus (urbain et rural) qui peuvent être fragiles, et de la nécessité de la préserver pour les générations futures. Pour ce qui est du milieu de l’Art, je ne me suis pas posé la question. J’ai fait un constat qui est celui de l’inexistence d’archives photographiques de nos villes et j’ai assouvi aussi une pulsion créatrice (commun à tout artiste). J’estime pour ma part que si je me pose la question de savoir ce que j’apporte au monde de l’Art à chaque fois que je crée, je ne serais plus dans l’expression honnête de moi-même. Je laisse à ce monde que 39


j’admire, de se poser cette question ou d’en trouver la réponse. Les artistes Jean David Nkot et LuvieLuyeye étaient en résidence à Bandjoun Station au même moment que vous, quels ont été vos rapports avec eux ? Amicale, une relation amicale très forte. On a appris à se connaître, à s’apprécier, et notre ouverture d’esprit respectif nous a permis de nous nourrir chacun dans l’expérience de l’autre. Ce que j’ai trouvé très beau dans cette relation est qu’après nos multiples discussions encouragées par le directeur de Bandjoun Station, Germain NOUBI, nous maîtrisions presque à la perfection le projet des uns et des autres, développé durant la résidence. Cette maîtrise nous permettait de nous encourager, mais surtout de pousser les limites de nos projets respectifs. Pensez-vous avoir atteint vos objectifs lors de cette résidence ? C’est difficile pour un artiste de dire qu’il est satisfait. Je crois avoir apporté une modeste pierre à ce projet colossal des mémoires photographiques. J’espère que mes contemporains suivrons cette voie afin que dans 50 ans ou plus, si on voudra voir à quoi ressemblait une de nos villes en 2017 on puisse aller demander des copies des photographies à un Musée en Europe ou ailleurs. Comment voyez-vous la situation artistique au Cameroun ? Je ne crois pas avoir la légitimité qu’il faut pour répondre à cette question. Je ne pratique que depuis 2013 et au départ, c’était seulement pour m’amuser! Je répondrai à cette question dans une dizaine d’années si vous me la reposez. Pour l’instant, comme j’aime le dire, « je fais mes ways ». J’explore ce que j’ai dans le ventre en interprétant ce qui m’entoure afin de produire ce que certains veulent bien appeler « œuvres d’art » Quels sont vos projets futurs ? Je suis passé à la phase 2 du projet d’archivage photographique depuis ma sortie de résidence à BS. Je souhaite intéresser les Instituts de Beaux-Arts afin de collaborer avec eux pour réaliser les mémoires photographiques des villes dans lesquelles ils sont implantés, à savoir Nkongsamba, Foumban et Maroua. C’est un travail de longue haleine, mais surtout très coûteux.En plus de ce projet, je continue à mener des projets plus personnels sur la mémoire, la condition de l’homme et de son environnement. J’espère bénéficier d’ailleurs d’une résidence à BS pour finaliser un projet que j’y ai commencé avec la performeuse Gabriella BADJECK, intitulé « Mobility ».


BANDJOUN STATION

Je suis né en 1967, au Cameroun. J’ai fait mes études à l’École Nationale Supérieure des Beaux Arts d’Abidjan en Côte d’Ivoire, à l’École Supérieure d’Arts de Grenoble puis à la Kunstakademie de Düsseldorf, en Allemagne. Constatant la double impasse de ne pouvoir sauvegarder le patrimoine artistique classique et contemporain sur le continent africain d’une part, et d’y établir des projets culturels ambitieux d’autre part, j’ai décidé de créer “Bandjoun Station”, un projet artistique à but non-lucratif. Car, au regard des multiples obstacles que rencontre l’Afrique et sa Diaspora, nous Africains ne

pouvons nous offrir ‘le luxe’ de capituler, de geindre et d’attendre. Il est primordial que nous imaginions NOUS–MÊMES nos solutions dans tous les domaines (agricole, sanitaire, économique, social, culturel, politique, éducatif, sportif…). Ainsi, nos pays africains doivent se doter d’un grand nombre de structures vivantes et innovantes, afin de stimuler la création, l’envie de culture, pour en développer les pratiques et les faire fructifier. “Bandjoun Station” est située sur les hauts plateaux de l’ouest du Cameroun, à 3 km de la ville de Bafoussam, à 300 km de Douala et Yaoundé. “Bandjoun Station” est d’abord un atelier de création où


j’envisage de réunir des collègues artistes… Certains pourront loger en résidence de création/production, sur les lieux mêmes, à “Bandjoun Station House” et s’associer à la réalisation d’œuvres ‘in situ’ exceptionnelles et de pièces monumentales qui requièrent de vastes espaces de mise en œuvre et de façonnage. Véritable aventure artistique, “Bandjoun Station” est bâti sur deux édifices distincts: le centre d’art de trois étages (25 m de hauteur) et l’atelier /studio de quatre étages (22 m de hauteur), soutenus par de solides piliers en béton armé. La structure est surmontée d’un pignon de 11 m de hauteur et couverte d’une charpente à double pyramide, qui respecte les règles séculaires de l’architecture traditionnelle locale avec ses toitures effilées… Pour prévenir les infiltrations pluviales, les murs sont couverts de mosaïques rehaussées d’emblèmes issus de mon univers graphique. Une baie vitrée et miroitée bleu ciel abrite la façade, protègera les œuvres exposées de la luminosité en conférant une élégance légère, une modernité transparente au bâtiment. Le premier édifice est divisé en cinq plateaux de 120 m² de superficie chacun: un sous-sol pour les rencontres et projections, un salon de lecture au rez-de-chaussée, les niveaux 1 et 2 pourront accueillir des expositions temporaires,

le troisième niveau enfin, abritera une série d’œuvres issues de mes échanges avec tous mes amis artistes du monde entier, afin de déjouer les pièges du “ghetto d’art africain”. Une passerelle vitrée, au deuxième étage, facilite la circulation entre les deux bâtiments ; l’ensemble surplombe la verdure et la beauté de Bandjoun, comme un “bijou” d’architecture. Le second édifice, s’élève au-dessus d’un rez-de-chaussée qui se distribue en trois chambres et une salle à manger, puis douze ateliers /studios répartis sur les premier et deuxième niveaux. Le troisième niveau est constitué d’une grande salle de travail commune et d’une spacieuse mezzanine qui double la surface de travail. Pour dépasser -et transcender- cet ambitieux chantier artistique et culturel, j’ai en outre décidé de travailler en association avec la communauté locale un autre projet à la fois artistique et agricole. Ce volet d’intégration environnementale et d’expérimentation sociale se veut un exemple pour la jeunesse locale afin de créer des liens dynamiques et équitables entre le collectif d’artistes associés au projet et leurs hôtes et démontrer qu’il faut aussi croire aussi à l’agriculture pour atteindre notre autosuffisance alimentaire. C’est enfin un acte politique fort où notre collectif fécondera une pépinière caféière, un acte critique qui amplifie l’acte artistique et


dénonce ce que Léopold Sédar Senghor appelait “la détérioration des termes de l’échange”, où les prix à l’export imposés par l’Occident pénalisent et appauvrissent durablement nos agriculteurs du Sud. Barthélémy Toguo


CONTRIBUTIONS Germain Noubi est Ingénieur Culturel, diplômé de l’Université Senghor d’Alexandrie et Directeur de Bandjoun Station, il a organisé plusieurs expositions : Stand Up! Biennale de Dak’art off (Mai 2016) Silent Crying YIA, Paris (Octobre 2016) et Walk on the Moon AKAA, Paris (Novembre 2016), où il a notamment présenté « Bandjoun Station : incubateur de culture sur le continent ».

Aude Christel Mgba est curatrice et historienne de l’art. Membre du Collectif international de curateurs, « Madrassa », elle est actuellement commissaire d’exposition à l’Espace doual’art. Elle a organisée plusieurs expositions ; Something to Generate From au Danemarck (Juin 2016), Créais tes règles et joue Yaoundé, (Mai 2016), Bandjoun Station Mobile Cafetaria Rond Point Marseille (Novembre 2016) et Mosabration Yaoundé, (Février 2017). Elle est la coordonnatrice notamment, la plateforme d’échanges « Rencontre » Yaoundé.

Après ses études en lettre à l’université de Dschang, Carine Djuidje intègre Bandjoun Station en 2015 et se forme en médiation culturelle. Assistante curateurs Bandjoun Station, elle a coorganisée l’exposition Dialogues et anime plusieurs ateliers avec les écoles et collèges autour de Bandjoun Station.


REMERCIEMENTS Les Instituts des Beaux Arts; Foumbam et Nkongsamba, Pierre Wafo, Samuel Foka, Michael, Hervé youmbi, Wanko Cubart, Justin Ebanda

CREDITS PHOTOS Yvon Ngassam, Germain Noubi et Carine Djuidje


Bandjoun Station P.O Box BANDJOUN CAMEROUN Tél: +237 243 07 07 39 / 237 693 53 79 50 info@bandjounstation.com www.bandjounstation.com

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