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Le mur et le Grand oublié. Le

qua rtier

des

Petits Châtelets

pour

RE-JOUER LE COURS

Travail Personnel de Fin d’Études, École Nationale Supérieure de Paysage de Versailles Lucie Poirier 2010 / 2014


Le mur et le Grand oublié. Le

qua rtier

des

Petits Châtelets

pour

RE-JOUER LE COURS

Travail Personnel de Fin d’Études encadré par Françoise Crémel Membres du Jury Jacques Boulet Philippe Hilaire Thierry Delamotte Béatrice Leroux

École Nationale Supérieure de Paysage de Versailles Lucie Poirier 2010 / 2014


« Si tu veux les connaître vite, fais-les jouer. Si tu veux leur apprendre à vivre, laisse les livres de côté. Fais-les jouer. Si tu veux qu’ils prennent goût au travail, ne les lie pas à l’établi. Fais-les jouer. Si tu veux faire ton métier, fais-les jouer, jouer, jouer. » Graines de crapules F. Deligny

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Comment et Pourquoi ce qui m’environne, m’anime?

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Le mur et le Grand oublié. Paysagiste ?

Le projet de paysage vers un idéal social. Bien que n’étant pas paysagiste idéologue, en tant que projeteur, créateur d’espace, l’idéal social est, pour moi, une question prépondérante. Le mot social désigne, en psychologie, l’étude des processus d’interactions entre les individus, entre l’individu et les groupes et entre les groupes eux-mêmes. Et l’idéal, quant à lui, est ce qui a ou semble avoir toutes les qualités que l’on peut souhaiter. L’Idéal Social serait donc le fait de vivre en harmonie dans un épanouissement personnel et collectif. La possibilité du vivre ensemble repose sur une définition des distances et des proximités. Comment le Paysagiste peut-il se situer afin de juger de la juste mesure d’espacements et d’espaces pour permettre sympathie, hospitalité, amitié ? Avant toute transformation, le projeteur doit faire émerger les données du bien-être: les besoins des habitants. En tant que professionnel de l’espace, il doit pouvoir prendre du recul sur ses intuitions face à un lieu et regarder le paysage à travers le regard de celui qui l’habite. Puis, en dessinant, il tentera d’organiser les conditions de ce bien-être. L’Idéal Social, aujourd’hui, plus que jamais, à l’heure du développement durable et de la prise de conscience des enjeux environnementaux, se situe également dans la façon de vivre avec son environnement, de le considérer comme milieu de modes de vie; ce lieu où l’on recherche le bien-être, mais aussi où l’on trouve les ressources naturelles permettant de préserver la qualité de vie. Des méthodes sont envisagées par les concepteurs pour tenter une approche du projet par les échanges avec l’habitant: sensibilisation, participation et concertation en prennent la direction. Cependant ces démarches semblent s’être généralisées comme une recette appliquée systématiquement. Cette banalisation appauvrit la dimension sociale à l’intérieur même du projet de paysage: toutes les différences culturelles, d’âge, de géographie ne sont plus considérées dans leur singularité mais toutes balayées par un effet de normalisation. Il nous faut dès lors être attentif à ces singularités sur les lieux et territoires d’interventions. Le mur, parce que rien ne se passe sans encontre. Le mur, parce qu’un projet de paysage se définit par ses limites et que ces limites sont spatiales mais pas uniquement. Le Grand oublié parce que le paysage ne m’apparaît pas directement et que les usages des lieux sont restés flous longtemps. L’Oublié c’est celui qu’on ne voit plus parce qu’on ne voulait pas le voir.

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Extrait d’un carnet de recherches. 8


Démarche

On a tous, un jour, été enfant. L’oeuvre de P. Geddes, botaniste et biologiste écossais, jette un pont entre Biologie et Sciences Sociales. Le professeur reconnaissant le caractère fondamental des trois facteurs « Lieu-Travail- Famille », montre qu’ils deviennent les équivalents sociaux de « Milieu-Fonction-Être », qu’il avait connus en tant qu’étudiant de biologie, comme l’accord triple de la vie. P. Geddes a vu qu’un village, une ville, une cité, ne sont pas seulement un Lieu dans l’Espace, mais un Drame dans le Temps ... Il a cherché à persuader et à enseigner qu’un plan pour la réforme sociale, quel qu’il soit, devait être précédé de l’étude et de la compréhension du milieu et de ses habitants, et qu’il fallait savoir quelle avait été l’influence réciproque de l’un sur l’autre : c’est-à-dire leur travail et leur histoire. J’ai l’intime conviction que nos espaces de vie sont en corrélation avec ce que nous sommes et qu’ils nous éduquent tout autant que la société elle-même. Dans l'oeuvre de Proust, À la recherche du temps perdu, le narrateur mange une madeleine qui déclenche un souvenir, il revit alors une scène de son enfance.

L'expression « La madeleine de Proust » désigne un acte, apparemment négligeable mais qui porte une charge émotionnelle forte. On garde le goût de son enfance. C'est au travers de ce qu'on a été, qu'on naît à présent. Chacun de nous est empreint de souvenirs qui fondent ce que nous devenons. On Rejoue sans cesse. C'est cette possibilité de Rejouer que j'interroge à travers ce travail personnel de fin d’études. C’est aller chercher ce qui nous fait nous sentir vivant individuellement, ce qui anime chacun de nous pour habiter ensemble l’espace commun. Le Re-jeu c'est la capacité à invoquer une émotion ressentie dans le passé, la capacité de la mémoire à créer de l'imaginaire.

Le lieu de sociabilité premier: l’école. J’approche.

C'est au travers d'un Laboratoire Éducatif Paysage que j'interviens dans une école primaire: premier lieu de sociabilité, auprès d'élèves d'une classe de CM 1. Les enfants ont 10 ans et sont les témoins de la mutation de leurs espaces de construction intime. Leurs souvenirs d'enfance seront liés à ces lieux, et ce sont eux qui fondent le respect pour ces espaces. Le Re-jeu lie passé et présent, aide à aller de l’avant. Ce partage me permet de saisir ce qui construit les perceptions intimes de l'espace et m'efforce à Re-jouer le paysage pour faire émerger de nouveaux imaginaires, des transformations spatiales. Je propose une ébauche d’un sujet bien vaste qu’est celui de l’Éducation en lien avec le Projet de Paysage. Cette expérimentation affleure un questionnement qui me semble primordial et me permet de proposer un projet pour un quartier jusqu’alors dénué de sens.

Je cherche ce qui, dans le petit, agite le grand.

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Déroulé

Processus L’avant-propos que j’offre pour commencer permet de contextualiser mon projet à la fois dans l’espace, politiquement et au travers du prisme paysage. Dans une première partie, grâce au récit «Le mur», je tente de démontrer à quel point ce qui fait obstacle à la connaissance de l’autre et à la rencontre est lié à l’enfermement spatial instauré dans ces espaces du périurbain de la ville d’Alençon, préfecture de l’Orne. La privatisation de chacun des lieux et les liants spatiaux manquants entre ces lieux et les usages qu’ils proposent rendent incompréhensible de visu leur rôle au sein de la société. Le manque de perspective ne permet pas au paysage d’exister. Je prends conscience de l’importance du terrain non seulement dans ses qualités spatiales mais aussi dans les usages concrets établis sur les lieux pour pouvoir penser des transformations. C’est grâce à la recherche de traces d’une géographie dans les interstices et par la rencontre de ceux qui vivent là, que je tente de rencontrer les lieux afin de comprendre ce qu’ils sont au-delà de leurs qualités spatiales mais aussi, ce qu’ils représentent dans l’imaginaire collectif. Dans la seconde partie, j’ai besoin de saisir ce qu’une communauté est susceptible de développer comme désirs et comme projections: en quoi la rencontre avec l’autre, l’enfant notamment et le partage peuvent prétendre à un réel projet de paysage pour faire exister le quartier ? Je tends à prouver que c’est, par l’usage des espaces communs, que le lien étroit entre les individus et les usages des lieux s’effectuera, et non au sein d’espaces clos. La cour de récréation doit s’élargir à la rue, à l’espace du quartier à habiter. Je comprends que c’est notamment par une spontanéité offerte par l’espace public que le lien existera. Le jeu joue un rôle dans l’appropriation des cheminements et des parcours. Fédérateur d’amitié et de stabilité sociale, spatialement, il permet de guider vers le Paysage. Dans la dernière partie, je propose des transformations spatiales pour faire remonter la rivière dans le quartier. Je souhaite que tous les espaces convergent les uns vers les autres. La rivière permet d’orienter vers le Paysage et d’éduquer à ce qu’il est. C’est par l’amusement que la création d’un espace perçu comme un nouveau Paysage peut exister. Ces trois parties permettront de Re-jouer à chaque fois l’espace du quartier, lié à l’intime et à la géographie par des points de vues orientés différemment: d’une sensation première à l’apprivoisement de réalités sociales qui permettront de proposer des transformations spatiales pour la création d’un Paysage.

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-1-

Le mur et le Grand oublié.

Le mur Une immersion personnelle 27. I - La construction Des murmures de vieilles pierres L’enceinte de la ville Opacités incontrôlées Quartier quadrillé

Un territoire d’étude

12

D’ici là... Le périurbain d’Alençon

15.

Le mensonge

17.

Paysage

19.

3x3 Paysages pour Re-jouer

21.

II - Propriété privé Les frontières de l’intime Entre soi et l’autre Le tout contenu

41.

III - La faille À la recherche d’interstices Le paysage invisible La Briante fait le mur

53.

IV - Hors de contrôle Mystère derrière murs érigés Franchir les limites Confrontée au réel

63.

V - La clé À double tour Déverrouiller Vivre là

69.

VI - S’écroule Par-delà les murs Débordée

75.

Les Murs

81.


-2-

-3-

Laboratoire Éducatif Paysage

Re-jouer le Cours

Un partage

Un projet de paysage

I - Laboratoire

85.

Sur un lieu Commun L’Éducation L’espace en commun Voir paysage Protocole

161.

Le cours d’Ô Regain Le Quartier Les Petits Châtelets II - La pente

II - Retour sur expérience

93.

TEMPS 1

99.

LA RENCONTRE

I - Retour aux sources

Chapitres 1,2,3,4

Un état des lieux Géographie oubliée LES MANQUES

Un réseau parallèle de quais

167.

1 - Sortir du corps de ville 167. Au commencement de la vie sociale Le Jeu- Débordement 2 - Mon tier-quar S’approprier la rue L’école Buissonière

173.

3 - À travers champs Prendre son indépendance L’Ô-delà

179.

III - Mon île

185.

TEMPS 3

En résumé

187.

Chapitres 1, 2, 3

ENFIN

189.

Bibliographie Remerciements

190. 193.

TEMPS 2

LE PAYSAGE INVISIBLE

119.

Chapitres 1, 2, 3, 4

Là où inventer des histoires Spontanéité retrouvée LA SOURCE D’INSPIRATION 135. LE SENTIMENT D’APPARTENANCE Faire tomber les murs Ré-Création L’AMUSEMENT PHYSIQUE CONCLUCION Laboratoire

149

13


Alençon

Habiter dans le pĂŠriurbain. 14


Choix du territoire d’étude

D’ici là... Le périurbain d’Alençon Je ne sais si mon choix de me tourner vers la ville d'Alençon est né simplement d'une facilité pour m'y rendre, ou bien s'il est lié au besoin de comprendre d'anciennes histoires de famille, un lien bien plus intime au paysage… J'ose croire à cet inconscient qui travaille parfois pour moi… Ce dont je suis sûre, c'est qu'avant de choisir la ville, je savais vouloir combattre ce que Télérama avait nommé en 2010 "La France Moche". Petit Historique illustré de «ces métastases périurbaines», l’article «Comment la France est devenue moche?» s’interroge sur le résultat de choix politiques et économiques qui ont fait que la ville s’est mise à dévorer la campagne. Le paysage n'existe que dans les yeux de celui qui regarde. J'en conclus presque que plus personne n'a d' yeux pour lui. Je ne sais dire s'il n'existe plus depuis qu'on ne le voit plus, ou si on ne le regarde plus parce qu'il a disparu. Le chat s'en mord la queue. L'un dans l'autre, paysagiste, je défends sa cause. La France conservatrice peine à se refaire ou à se défaire de ce qu'elle a été. Le patrimoine rural est indéniable et nombreux sont ceux qui se battent pour préserver l'Histoire de nos villages et l'image exportée tant convoitée. Mais force est de constater que la société n'est plus la même que celle qui a créé ces paysages tant aimés et, que la notre, ne sait que faire pour être à la hauteur. Des erreurs ont été commises, alors on replante des arbres. Les vieilles bâtisses sont lourdes d'entretien et n'isolent pas comme il le faudrait engendrant une consommation d'énergie ahurissante aux vues des préoccupations d'aujourd'hui… Le charme est-il rompu? Comment faire le deuil de ce qui constitue ce que nous sommes, pour oser faire de vrais choix pour l'avenir des lieux? Le paysage, socle de là où l'on s'installe peut-il être le levier permettant d'accepter de nouvelles formes pour nos lieux de vie? Ornaise depuis toujours, j’ai été éduquée à la campagne. Alençon, préfecture, est la première ville que j'ai côtoyée enfant. Peu à peu, à son charmant centre ancien s'est vu rattacher de grandes tentacules vulgaires, composant ses différentes entrées. À l'heure de l'article de Télérama, les première images qui me sont venues en tête étaient celles d'Alençon.

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N

Alençon

35 Km

Cartes des limites administratives de la Communauté Urbaine d’Alençon. Les trois échelles d’interventions du projet de paysage. 16


Problématique spatiale

Le mensonge

La Communauté Urbaine d’Alençon, créée en 1996, est composée de 36 communes et représente 57 490 habitants. La ville s’étend, elle a besoin de place, elle mange la plaine: c’est une nécessité! La réalité est tout autre: il existe une distorsion entre la capacité des sites d’accueil des villes et villages et la dynamique démographique. À Alençon, la démographie se fragilise, la ville se vide. Au contraire, dans les villages alentour, la démographie augmente et crée un déséquilibre du maillage rural. Existent alors des villages dortoirs et des zones d’activités... Une ville moyenne de 26 300 habitants, préfecture de province doit se développer pour offrir un cadre de vie attrayant à ses habitants et faire le poids face aux métropoles qui ne cessent de s’accroître au détriment des campagnes. Cependant, pour Alençon, la nécessité est avant tout de conforter la ville centre et non de bâtir encore et encore les extérieurs. Il semble important de consolider des limites à la ville contre un urbanisme étiré et morcelé, contre l’étalement et le zoning pour espérer à l’avenir que la ville puisse se développer et accueillir de nouveaux habitants. Le seuil est à créer, à différentes échelles, permettant de passer d’un espace à un autre, de la ville à la campagne, de l’intime à l’étranger.

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N

18


Définition

Paysage « Dans l’évolution historique des milieux humains, il apparaît que les sociétés aménagent leur environnement en fonction de la perception qu’elles en ont et , réciproquement, qu’elles le perçoivent en fonction de l’aménagement qu’elles en font.» 1 Le paysage est une manière d’être présent au monde qui résulte de l’interaction entre des sollicitations sensibles caractéristiques d’un lieu, et les attentes patiemment façonnées par les habitudes et l’éducation des individus, qui se sont peu à peu appropriés ce lieu comme un prolongement d’eux -mêmes. Par les cinq sens, le paysage devient une nappe de stimulis éprouvés de souvenirs remémorés parfois presque autonomes, parfois indissolublement liés entre eux dans l’évocation d’un lieu. Le Paysage est un espace qui émeut l’homme par interprétation de ce qui est donné à voir et à sentir par l’entremise de la mémoire et de l’imaginaire. Le paysage infini, ne s’arrête pas aux limites territoriales. Il s’arrête là où chacun le souhaite.

1

BERQUE Augustin. Cinquante mots pour le paysage, éditions de La Villette, collection Passage, 1999. p. 59-99

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Le mur et le Grand oublié.

1-

1-

12 Km

N

2-

2-

2, 5 Km

3-

Alençon

N

3-

290 m

N

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Trame

3x3 Paysages pour Re-jouer Je propose trois expériences du lieu d’étude aux trois échelles d’intervention imbriquées traversées par la rivière Briante. Trois histoires pour le mur et le Grand oublié.

3 -1-

Le mur Une immersion personnelle

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Laboratoire Éducatif Paysage Un partage

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Re-jouer le Cours

1 - Suivre le cours de la Briante, depuis sa source en

2 - Entrer dans la ville d’Alençon par le Nord-Ouest, zone

3 - Pousser la porte des Petits Châtelets, ancien couvent,

forêt d’Écouves, jusque-là où elle se jette dans la Sarthe, rivière principale en coeur de ville. C’est l’échelle de la Géographie traversée pour se faire une idée du lien entre la maison et le grand dehors. (17 km)

délimitée par, au sud, la Rue d’Alençon jusqu’à la ligne ferroviaire abandonnée. C’est l’échelle du quartier pour entrer en ville et le savoir, faire seuil à la ville. (3x3 km)

propriété d’une association. C’est la pierre d’angle, l’espace commun, à la frontière de l’intime. (300x50 m)

x3

1 - Le mur: une immersion personnelle

2 - Laboratoire Éducatif Paysage: un partage

3 - Re-jouer le cours: un projet de paysage

Un projet de paysage 21


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Cette première partie est issue de mon expérience personnelle d’approche de lieux. C’est à partir d’ici que j’essaie de toucher ce que sont, plus globalement, les problématiques liées à l’urbanisation de la ville sur la plaine. J’essaie de trouver un point d’accroche pour entrer sur un terrain. J’essaie de trouver ce qui fera le lien entre un questionnement large et des qualités intrinsèques à l’ici. C’est la remise en question d’une approche du terrain qui se préoccupe de ceux qui l’habitent. Le mur sera: L’espace privatisé Le Grand oublié sera: Le paysage invisible de la rivière

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-1-

Le mur Une immersion personnelle

Je décortique par le récit. Je cherche à expliquer mes intuitions. Par l’arpentage, je dois comprendre comment j’en suis arrivée là et ce qu’il y a à trouver. À présent, il faut réussir à s’éloigner des préjugés pour saisir LE lieu; ce lieu-ci qui n’est aucun autre. Je cherche des indices dans ce qui se trouve face à moi.

c’est accepter mon regard sur lui.

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-1-

Le mur Une immersion personnelle «Il n’y a pas d’exemple au monde de vie moins collective, d’esprit moins communautaire. On ne vit plus ensemble, on n’a plus aucune chance de vivre ensemble, on est isolé et séparé, seule la télévision créera le lien uniforme entre ces hommes qui s’ignoreront. On comprend pourquoi l’État, dans sa recherche de la mise en sommeil d’une population qu’il trouve par essence trop trublione, a favorisé si radicalement ce mode d’habitat. Une fois tout son monde bien parqué, les vieux dans les asiles pour vieillards, les étudiants dans leurs campus, les industries dans les zones industrielles, les vacanciers dans leur club, les employés et les ouvriers dans leurs pavillons la population est extrêmement facile à contrôler. Il suffit de quelques C.R.S. bien placés, aux carrefours des autoroutes, aux entrées de villes qui seront intégralement réservées aux nantis épris de culture, aux musées et aux commerces de luxe.» Claude Parent

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I - La construction

Des murmures de vieilles pierres C'est après plusieurs rencontres avec le terrain, à l'observation de la matière photographique rapportée, que je m'aperçois de mon obsession pour les murs d’ici. Elle n'est pas née du hasard. Les murs de pierres rythment ce paysage rural dissimulant de belles propriétés privées. Certains tombent sans préméditation et laissent parfois entrevoir des morceaux d'intimités, mystères de campagne. Ces murs défaillants me soufflent à l'oreille quelques secrets. La définition commune du mur selon le CNRTL

Ouvrage de maçonnerie vertical (parfois oblique), d'épaisseur et de hauteur variable, formé de pierres, de briques, de moellons superposés et liés par du mortier ou du ciment, et élevé sur une certaine longueur pour constituer le côté d'un bâtiment, enclore ou séparer des espaces, soutenir et supporter des charges.

Je ne parlerai pas seulement du mur comme ouvrage, mais aussi de ce qu'il produit comme effet, comme sentiment. Se retrouver face à un mur. Je m'efforcerai de comprendre ce qu'il dissimule, ce qu'il divise... Le mur qui crée de l'espace existe-t-il?

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1769 Cassini De simple gué sur la Sarthe à l’époque Gallo-Romaine, Alençon apparaît comme «bourg fortifié» au début du XI° siècle avant d’être érigée en duché deux siècles plus tard. Au XVIII° siècle, la ville se développe et assiste à la naissance d’un nouveau quartier dont l’hôtel de ville est le symbole.

1866 État Major Alençon s’étire . Le chemin de fer apparaît en 1842. Mais c’est le passage par le Mans qui est décidé lors de la construction de la ligne Paris-Brest en 1848. Alençon, à cause du conservatisme de ses élites, a t’elle refusée de se développée comme d’autres cités de la même envergure?

XX° siècle L’enceinte de la ville est bien définie par ses grands boulevards qui la contournent: boulevard du 1° chasseur, boulevard de Strasbourg, boulevard de la République, avenue de Koutiala et enfin boulevard Jean-Baptiste Colbert. Cette délimitation hexagonale perdure aujourd’hui entre le centre ville et sa périphérie.

1960 Alençon tire parti de sa position sur l’axe Paris-Brest grâce à la construction de la RN 12. La ville continue de s’étendre jusqu’à cette nouvelle déviation.

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I - La construction

L' enceinte de la ville Alençon est, ce qu’on nomme en France, une ville moyenne, une préfecture excentrée au sud de l’Orne, et donc à la limite entre deux départements: l’Orne et la Sarthe. Alençon marque la rencontre entre le Bassin parisien et le Massif armoricain. La ville s’est implantée dans un méandre, puis s’est développée de part et d’autre de la rivière Sarthe. Elle constitue le noyau urbain du sud des Plaines et s’implante dans un tissu agricole dense, sur lequel elle s’étale à mesure de son développement. Symptomatique de problématiques paysagères actuelles, Alençon est inscrite dans un territoire rural et souvent mise de côté à l’échelle nationale au regard de sa «banalité». Ce territoire est un exemple flagrant de la dichotomie contemporaine ville/ campagne: l’urbanisation s’étend alors que le centre ville se vide. La ville mange du terrain. Autrefois le coeur d'Alençon était contenu, et on y fréquente encore au quotidien des bâtiments anciens et historiques qui font le charme de la vieille ville. À mesure de son extension incontrôlées, d'épaisses masses opaques se superposent à la plaine. Les limites de la ville s'épaississent, sans qu'on ne distingue plus le moment du basculement de la ville à la plaine, de la plaine à la ville. Le mur prend de l'ampleur. La frontière irrégulière ne permet plus le passage évident d'une entité à l'autre.

1970 Construction de l’ A 11 Cette nouvelle autoroute remet le Mans en position stratégique au détriment d’Alençon. 2005 Construction de l’ A 28 L’autoroute traversant la campagne à proximité d’Alençon apparaît comme une nouvelle limite d’extension de la ville.

N

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I - La construction

Opacités incontrôlées C'est le rêve d'une vie à la campagne, d'une maison avec jardin qui a créé la réalité moins exaltante de cette juxtaposition pavillonnaire à l'entrée de la ville. Les maisons se suivent et se ressemblent tels des petits cubes de Lego accrochés à leur socle sol. On s'y perd, on ne sait quand on va en sortir, s'en sortir. Le standardisé oublie la campagne; origine du désir. L’Homme, à la campagne, doit s'occuper, il lui arrive de sortir de chez lui pour se rendre au super-hyper marché, et on voit jaillir de terre de nouvelles zones commerciales qui recouvrent d'anciennes parcelles agricoles. On construit alors de belles routes asphaltées pour relier le tout: le centre, la plaine, la maison et l'école. Le rêve s'éloigne à mesure qu'on le réalise.

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I - La construction

Quartier Quadrillé Les parcelles agricoles sont revendues les unes après les autres. Des promoteurs construisent alors des maisons les unes à côté des autres, respectant bien le bord de la parcelle tout juste acquise. Ils ne comprendront pas où ils habiteront. Dans ce déjà-construit-sans-scrupule, j’interviens. Il faut désormais apprendre à glisser vers le paysage pour établir une stabilité d’existence. Il faut dénoncer pour qu’ils apprennent à voir là où c’en est arrivé. Il faut redonner une échelle dans ces quartiers quadrillés; propres et bien rangés.

Trame existante

Circulations

Perturbations

Décomposition abstraite: une interrogation sur les moyens d’intervention par l’aménagement.

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Vue 34 aérienne: Université.


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Vue 36 aĂŠrienne: Futur centre commercial.


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Vue 38 aĂŠrienne: Parc des expositions.


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II - Propriété privée

Les frontières de l'intime Je constate la difficulté d'aller à la rencontre de ces lieux. Carnet en main et appareil photo autour du cou, des regards suspicieux se posent sur moi. Je suis seule, personne d'autre dans ces rues. On m'observe depuis sa fenêtre, derrière la barrière, je suis sur le trottoir d'en face mais je suis déjà dedans, j'ai franchi les frontières de l'intime en étant dans l'espace public… Il m'est difficile de saisir ce qu'il se passe: ce face à face incommodant me dérange... On me suspecte et on me suit, pas très discrètement. Comment je peux, moi, faire peur? Les voisins se croisent à peine. On se cache de l’autre. On sort de sa maison, on prend sa voiture. Et moi, je marche. Chacun passe d'un intérieur à un autre intérieur sans passer par l'extérieur. Ici, c'est la peur de l'étranger, et moi je rêve d'aventure, mais là, je longe les murs, les haies, les clôtures. Pourquoi moi aussi, tout à coup, ai-je peur?

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II - Propriété privée

Le mur entre soi et l'autre La maison, le chez soi, est le point depuis lequel on perçoit l’extérieur. C’est l’appropriation d’un lieu qu’on fait être sien. C’est détenir un bien matériel qu’on croit façonner à notre image. La maison est vécue comme une peau protectrice, un abri inviolable. Mais ici, elle divise. J'ai cette certitude que les espaces dans lesquels nous évoluons impactent sur ce que nous sommes et sur notre relation aux autres. Edward T Hall définit notre rapport à l'espace en 4 enveloppes, 4 bulles : l'intime, le personnel, le collectif et enfin le public. À travers ce concept de la proxémique, il défend l'idée selon laquelle, pour le bien être de chacun, ces bulles doivent être prises en compte par le projeteur dans la conception des espaces.

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Vue 44 aĂŠrienne: Zone pavillonnaire.


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Vue 46 aérienne: Constructions d’habitats individuels sur parcelle délimitée.


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Photographies au sein du quartier: Pavillons. 48


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II - Propriété privée

Le tout contenu Je suis là. Ce cadrage contient tout à la fois. C’est lui qui m’interroge. Le passage n’existe pas. Cet endroit n’est rien de défini, n’a rien d’acquis. C’est pourtant là, l’entrée dans la ville ou dans la campagne. C’est ici le seuil inexistant dépourvu de caractère. Les espaces privés se suivent et se ressemblent. Je m’y perds. Ce LÀ doit devenir un quartier à l’identité et aux caractéristiques propres pour pouvoir à l’avenir faire ville, être ville. Pour Habiter, on doit se sentir appartenir à l’endroit dans une relation étroite entre soi et l’espace.

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III - La faille

À la recherche d’interstices Entre les éléments bâtis et le réseau routier qui semblent prendre toute la place, je me hisse. Je recherche la faille dans ce tout contrôle. La faille qui permettra la transparence. Je recherche un caractère exceptionnel enfoui, un élément auquel me rattacher. J’ose souhaiter des interstices non-standardisés, des hasards qui redéfiniront où je suis.

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N 54


III - La faille

Le paysage invisible La carte me vient en aide. J’y distingue, traversant, un dessin organique. Une forme que je n’ai pu encore approcher. C’est irréel, elle existe sur le papier, mais n’existe pas dans l’espace. Je pars à sa recherche et l’examine.

ro u t e s

v o i e f e r ro v i a i re

plantation de peupliers

pelouse

prairie pâturée

p a rc e l l e e n f r i c h é e

s u r f a c e d u re

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LE TROP VISIBLE

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L’OBSTACLE

Les Zones bâties

Les Barrages

- pavillonnaires - commerciales - universitaire

- les espaces privés - les clôtures - la ripisylve - les routes


III - La faille LE PAYSAGE INVISIBLE

L’OPPORTUNITÉ

L’Oublié

Les Liants

- la rivière - le chemin de fer abandonné - les îles crées par les biefs

- les passages - les ouvertures - l’espace public

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Photographie depuis la rue du Pont du Fresne: Lla Briante dépourvue d’intérêt. 58


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À sa source, naturelle, en fôret d’Écouves

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Discrète à travers la plaine


III - La faille

La Briante fait le mur La Briante, c’est la fameuse rivière invisible, je la cherche. Après examen précis de l’IGN, j’empreinte chacune des routes qui la croise. Je dois dire qu’elle est bien cachée. Chaque fois que je l’aperçois, elle me nargue, j’aimerais néanmoins qu’elle s’offre à moi plus aisément, plus longuement… Toute fine, elle se fait timide, trop discrète à mon goût, je souhaite qu’elle s’affirme. À maintes reprises détournée, utilisée, souillée, la Briante a peur de l’Homme, et ce dernier, après l’avoir maltraitée, ne s’en soucie même plus. Ces rives deviennent de plus en plus sauvages, envahies par une ripisylve conquérante, elle disparaît sans trop d’effort. J’essaie de l’attraper, de la saisir, elle s’échappe.

Déshabillée et appauvrie avant d’entrer en ville

Maîtrisée et emmurée jusqu’à rencontrer la Sarthe

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N

Dans le Quartier des Petits Châtelets, la Briante fut détournée à deux reprises par des biefs permettant le fonctionnement de moulins. Aujourd’hui deux îles existent, profondément enfouies. Au centre, un lieu méconnu intrigue.

290 m

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N


IV - Hors de contrôle

Mystères derrière murs érigés Un moment déjà que je sillonne la zone! Ces propriétés privées me barrent la route et ces hauts murs m’empêchent de voir. Je rêve ce lieu que je frôle sans le sentir. Des allersretours, je sais que c’est juste là. Je sais aussi que c’est un lieu précieux qui m’est interdit: de tout son long, il côtoie la rivière Briante. La division est brutale, la ville cherche à s’étendre, la plaine se défend. Ce lieu est à présent une porte fermée sur la campagne.

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Article du Ouest-France, dĂŠcembre 2013.

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IV - Hors de contrôle

Franchir les limites Je veux passer de l’autre côté du mur depuis quelque temps déjà, depuis la première fois que je l’ai longé. J’apprends par hasard dans le journal que le lieu désiré se nomme Les Petits Châtelets. Propriété privée, il est le bien d’une association qui recherche d’autres associations locataires afin d’entretenir ce patrimoine qui s’effrite. C’est la charnière. Cet espace lie les deux îles de la Briante, il est le verrou central qui cloisonne, qui emprisonne, qui rend l’endroit inaccessible, inexistant. J’ai tenté de joindre l’association: pas de réponse. C’est les vacances de Noël et je sais que mes démarches resteront sans fin ces jours-ci. Moi, je n’ai pas le temps d’attendre, je dois m’y rendre. Le portail est ouvert, j’entre. Je m’offre la découverte de ce lieu tant convoité. Un second portail, j’y étais presque! Je tente, je le pousse, il est ouvert. Fière de mon courage, je poursuis mon aventure à travers les hautes herbes humides. Je déchante aussi vite! Moi qui pensais enfin atteindre la Briante, une fois de plus un mur s’érige entre nous. J’avais fantasmé ce lieu qui m’était jusqu’alors interdit et me promettait tant. J’y avais fondé tous mes espoirs et voilà que la réalité m’apparaît, forcément décevante au regard de mon imagination débordante. Il me faut oublier. Finalement, ce n’est qu’un mur et derrière lui un monde nouveau s’ouvre à moi. Je décide d’affronter cet obstacle et de me laisser surprendre enfin par cet univers en rien semblable à l’idée que je m’en été faite, mais qui était cependant presque tout aussi étonnant et réjouissant malgré cette rivière toujours impalpable.

Depuis les hauteurs des bâtiments du site, une ouverture sur la plaine.

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N À l’Est, l’association des Petits Châtelets.

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IV - Hors de contrôle

Confrontée au réel J’en oublie que je ne suis pas invitée, et c’est alors que je croise le regard de quelqu’un, dans un bâtiment de l’autre côté de la cour. J’ose me présenter à cette personne qui semble m’observer depuis un moment déjà. J’apprends que je suis du côté de la maison d’enfant (à ce moment là, je ne sais pas vraiment ce que ça signifie). Je ne suis pas très bien reçue, on me demande de partir. Pour une première approche, c’est un peu raté. Je n’ai même pas pu entamer une conversation. Il me faut y retourner! C'est l'endroit clé, celui qui va permettre au quartier d'exister enfin; les enfants doivent voir ce lieu, c'est à quelques pas de l'école et c’est de là que je dois partir. Je réussis finalement à contacter Madame G, Directrice de l'association des Petits Châtelets qui accepte un rendez-vous avec moi sur place. Je la rencontre le temps de faire un tour rapide parce qu'il fait froid, et elle me raconte brièvement l'Histoire de l'endroit. Elle me parle de « la maison d'enfant ». L'espace est en fait divisé entre deux associations, l’autre étant cette maison d’enfant; foyer qui accueille des jeunes dont les parents ne peuvent s'occuper. On y craint ceux qui s'aventurent sans autorisation... Désormais, je ne peux venir sans madame G, elle me l'a strictement interdit surtout depuis qu'elle a appris qu'on m'avait vue ici sans son accord.

À l’Ouest, la maison d’enfants.

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Le mur entre la rue et le site.

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V - La clé

À double tour Un moment déjà que je ne me suis pas rendue aux Petits Châtelets. Il n’est jamais facile de se mettre d’accord sur un rendez-vous, mais il est pourtant si simple de pousser le premier portail, puis le second pour entrer. La confiance, difficilement acquise, de madame G me force à prendre en compte que ce lieu est fermé. Je saisis peu à peu les appréhensions. Ce lieu est chargé d’Histoires. En 1907, les prisons sont laïcisées et parallèlement sont ouvertes des maisons dites «Refuges» pour des jeunes et des moins jeunes qui ne savaient où aller, ainsi que des maisons d’enfants (enfants des détenus ou en danger moral.) « Sur la demande du ministère, les Soeurs reçurent la charge de la prison d’Alençon, en 1850. En 1854, le Père Lindet, Prêtre du Diocèse, alors Aumônier de la Prison d’Alençon, souhaite que la Congrégation vienne en aide aux libérées qui se trouvent seules. Pour les accueillir, il achète l’enclos des CHÂTELETS . En 1929, acceuil des mineurs délinquantes et c’est en 1934 que l’Établissement reçoit sa nouvelles appellation «Solitude des Petits Châtelets». De 1938 à 1962 ouverture, successivement, d’une École primaire et élémentaire, d’un groupe spécialisé pour enfants caractériels et d’une formation professionnelle adulte. » (d’après un document d’archive) Depuis que la congrégation s’est retirée, l’association propriétaire souhaite conserver la vocation première des lieux. Seulement, l’école a du fermer ses portes il y a quelques années et l’association d’aide aux jeunes femmes en difficulté a, par la suite, elle aussi quitté les lieux pour des questions de mise aux normes bien trop coûteuses. La mise aux normes ferme la porte aux plus démunis.

L’endroit à présent m’intimide.

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Le charme du bâti prêt à accueillir de nouveaux usagers au delà des normes

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V - La clé

Déverrouiller J’aimerais tant pouvoir aller et venir, casser les murs qui donnent sur la rue pour ouvrir le lieu à tous. Ouvrir la rue, elle aussi, à d’autres usages. Quelques voitures roulent, filent mais rien ne se passe. Le quartier n’existe pas encore. Je sens qu’il suffit de peu, d’un éveil... Créer l’émerveillement pour déverrouiller. Je détiens la clé mais ne sais l’utiliser. Je reviens quelques temps plus tard, accompagnée. Mme G ne peut m’ouvrir mais j’ai le sentiment d’avoir gagné peu à peu sa confiance; elle me propose de m’adresser à Mme D, que je ne connais pas encore, qui pourra, elle, m’ouvrir les lieux le jour voulu. Cette rencontre déclenche une toute nouvelle version de l’histoire. Mme D loue les locaux et propose des activités telles que la couture et la méditation. Je découvre que de nombreuses autres associations se sont emparées des lieux depuis le début de l’année 2014. J’apprends même qu’ un projet d’Habitat participatif souhaite investir l’endroit. Les Petits Châtelets seront certainement vendus en octobre prochain. Le petit pont sous lequel passait anciennement la rivière avant d’être détournée pour construire les bâtiments d’accueil.

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N

Les Petits Ch창telets

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V - La clé

Vivre là Qui vit ici? Entre les Petits Châtelets et le foyer jeunes travailleurs, une parcelle libre et... une maison en limite. Cette maison m’apparaît tout d’abord comme une contrainte: une propriété privée supplémentaire qui fait barrière entre les lieux qui semblent devoir se relier aux abords de l’eau. C’est en frappant à la porte et en rencontrant Mme H que je m’aperçois que cette maison est un atout pour l’espace souhaité et non une limite de plus à mon projet. Le mari de cette femme est le directeur de l’association voisine: demandeurs d’emplois et jeunes travailleurs. La maison a été achetée en 2010, sa situation est directement liée au terrain et à l’activité pratiquée par cet homme. La dimension sociale du paysage m’apparaît. On n’habite pas les lieux par hasard. Ce couple n’est pas opposé à un projet pour les Petits Châtelets, bien au contraire, il souhaite ancrer leur jardin dans la continuité de leur projet social.

La propriété privée

Le foyer jeunes travailleurs

La parcelle libre

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VI- S’écroule

Débordée Je ne sais plus quel est mon rôle dans cette affaire, ni comment prendre en compte l’avenir incertain de cet espace qui recèle tant de qualités. Il me faut m’en éloigner, trouver la sortie pour que l’enjeu m’apparaisse, qu’il jaillisse du dehors. La petite porte du fond me donne de l’espoir. Encastrée dans le mur, elle s’ouvre sur la rivière. Je dois attraper la rivière, elle est ma source. Le fil de la Briante se fait discret, bien trop discret mais je sais que lorsqu’il est énervé, lorsqu’il déborde, le fil s’étend jusqu’à former une surface plane: nouvel horizon. Cette eau, matière vivante doit glisser librement, enchanter les lieux.

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N

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VI- S’écroule

Par delà les murs La Briante court à travers la campagne. Je dois m’emparer de ce Grand oublié pour fédérer une cohérence entre les échelles de l’Habiter. Pour que la rivière existe en un lieu donné, elle doit avoir une source et une embouchure prises en compte dans la compréhension de la géographie des lieux. Ce territoire est gorgé d’eau, matière vivante qui devrait être centrale dans les préoccupations et mise en avant comme valeur ajoutée aux modes de vie.

1 Km

1 Km

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Conclusion

Les Murs Les murs sont à la fois physiques et psychiques. Les murs sont l'obstacle majeur dans cette quête du paysage. Je sais que ce que je cherche se cache derrière, juste derrière. Ils condamnent mon regard à se poser sur eux, ne pouvant s'échapper plus loin, à l'horizon. Ils m'empêchent physiquement de passer, mon corps est contraint. Parfois ce mur se casse. À l’état de ruine, il est témoin du temps qui passe. On se souvient que tout est sans cesse en mouvement; de bout de mur en bout de mur, tout est à refaire. Le mur est protection, il est la peau entre l'espace intime et l'espace commun. Il est une fin et un début. Il est ce par quoi on s'approprie un lieu et on s’installe derrière. Le mur est à franchir. Le mur, c’est celui sur lequel on grimpe, c’est le mur d’escalade ou le mur pour s’asseoir, pour se hisser... Le mur est outil de paysagiste. C’est la lisière à générer. Il est matière, exprime l'aspérité de la pierre. Il est près et loin à la fois. Il est ce qui permet de percevoir finement le dedans et le dehors. Je vais grâce au mur à toutes ces échelles. Je passe à travers, à la rencontre de l’enfance et donc des enfants qui ne connaissent pas les limites.

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Cette seconde partie est une expérimentation. Je cherche à réinventer la manière du projet. J’imagine que le projet, c’est bousculer des modes de vies pour et par le paysage, c’est orienter des regards, des façons de penser, des formes. J’interviens en classe de CM 1 pour échanger. J’aimerais rendre les enfants sensibles à l’espace dans lequel ils évoluent, conscients de leur rôle et de leur environnement. J’aimerais désacraliser le jargon paysagiste pour reprendre à la base. Tout réapprendre moi-même. Le mur sera: L’espace physique du cadre scolaire Le Grand oublié sera: L’autre, différent

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-2-

Laboratoire Éducatif Paysage Un partage

Je crée un Laboratoire. Le Laboratoire c’est le Lieu où se prépare, où s’élabore quelque chose, c’est le lieu où l’on se livre à des recherches. J’interroge l’être au paysage sans savoir par où commencer.

Quel est ce lieu ? Le Lieu Commun, où est -il ? L’école.

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-2-

Laboratoire Éducatif Paysage Un partage «L’urbanité de la «non-ville et de la non-campagne» dépend largement de notre capacité à fonder un «être ensemble» qui accepte la délocalisation de ses relations, la déspatialisation de ses manifestations, la virtualisation de son devenir. C’est un enjeu pour les habitants de ces territoires, déjà urbains, mais c’est aussi celui des territoires en voie d’urbanisation. L’homo urbanus a plus d’un tour dans son sac: l’indifférence, la solitude, l’isolement par Internet interposé sont possibles, tout comme le regain du plaisir collectif, le jeu solidaire, le désir de rencontres, d’échanges, de dialogues. Bref la re-connaissance de l’Autre passe aussi par l’exploration de son espace en sa présence.» 1 Thierry Paquot

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1

PAQUOT Thierry. L’urbanisme c’est notre affaire!, L’atalante, collection comme un accordéon, 2010.


I - Laboratoire

Sur un lieu Commun Les habitants des lieux sont les premiers touchés par les modifications de leurs espaces de vie traversés, parcourus ou aperçus quotidiennement: vécus. Le paysagiste, en tant que professionnel, doit ancrer son projet sur un terrain donné mais le regard qu’il porte, seul, ne suffit pas: pour qu’un projet existe, il faut que ce regard soit partagé. Le paysagiste doit alors préparer les perceptions, les installer dans la longueur, pour faire exister le Paysage dans les yeux de ceux qui le regardent. Le paysagiste ne peut prétendre saisir l'intégralité des modes de vie d'un lieu sur lequel il intervient à un moment donné de son histoire, c'est au travers d'une immersion dans les lieux au contact de ceux qui y vivent qu’il peut s'approcher de la réalité du quotidien des modes d'habiter: la nécessité de la prise en compte d'un changement brutal qui pourrait perturber l'équilibre d'une vie instaurée là. S’il est guide, le temps du projet, le paysagiste peut par la suite s'échapper, sans craindre un évanouissement de la cause qu'il défend; celle-là même du paysage. Pascal Nicolas-Le Strat, maître de conférence en sociologie s’interroge sur «l'agir en commun», sur la façon dont on peut constituer et configurer un «commun» ? «L'enjeu est triple. Il convient en effet de réfléchir conjointement à la question de l'agir en commun (Comment agir en nombre ? Comment faire collectif ?), à la question de la constitution d'un commun (Qu'est-ce qui nous réunit, nous associe ? Qu'est-ce que nous détenons en partage ? De quoi disposons-nous en commun ?) et à la question d'un travail du commun (Comment agir sur ce commun qui nous humanise ? Comment le développer, le déployer ? Comment renforcer sa portée émancipatrice ?). S'il est peut-être temps, politiquement, d'envisager un «travail du commun», est-ce que cette préoccupation ouvre réellement de nouvelles perspectives dans les champs de l'urbain et du paysage?» Le dictionnaire le Petit Robert définit

COMMUN, adj. 1 1. Qui appartient, qui s'applique à plusieurs personnes ou choses. (des intérêts communs, un but commun, des caractères communs) = comparable, identique, semblable 2. Qui se fait ensemble, à plusieurs. (oeuvre commune, mettre en commun, partager) = collectif 3. Qui appartient au plus grand nombre ou le concerne (l'intérêt, le bien commun =général, public, universel 2 1. Qui est ordinaire (c'est une réaction assez commune, hors du commun) = banal, courant, habituel 2. Qui se rencontre fréquemment (une variété commune, un lieu commun) = répandu 3. Qui n'appartient pas à l'élite, n'est pas distingué. (des manières très communes) = quelconque Il m'intéresse d'utiliser le «commun» dans ces deux sens en faisant un lien direct au paysage et au projet spatial. Le commun m'ouvre les portes, à la fois, de la question du partage d'un espace, et du regard sur la banalité: le caractère ordinaire d'un espace. 85


Photomontage: DÊbordement libre. L’image outil de communication. 86


I - Laboratoire

Sur un lieu Commun Le Larousse nous offre d’autres définitions, notamment celle de la «communauté» et celle du verbe «communiquer». Toutes deux nous renvoient à des préoccupations profondément politiques, à un projet de société. La communication est l’art de mettre en commun: le partage. Un projet se conçoit par ses modes de communications. Dans le cadre du projet du paysagiste, la communication, c’est proposer d’offrir son travail, sa pensée aux autres pour qu’ils puissent être intégrés, réalisés, réutilisés… COMMUNAUTÉ n.f Caractère de ce qui est commun. Similitude, identité (communauté de pensée) Ensemble des citoyens d'un État, des habitants d'une ville ou d'un village. Réunion de personnes vivants ensemble, et, de personnes soumises à une règle religieuse Lieu qu'elles habitent en commun Association , réunion de personnes ayant des intérêts communs Communauté urbaine, établissement public, institué par la loi du 31 décembre 1966, auquel sont transférées certaines compétences des communes regroupées en son sein, notamment en matière d'urbanisme. COMMUNE n.f Circonscription administrative française de base, dirigée par un maire et un conseil municipal. Ensemble de citoyens représentés par la municipalité. COMMUNIQUER v. tr. (lat. communicare) Transmettre, faire passer à ou dans. Révéler, faire par de. Faire connaître par une communication. v. tr. ind. (à ou avec). Atteindre, être attenant Être en relations privées ou officielles -Se communiquer v. pr. Se propager, se transmettre COMMUNICATION n. f. Action de communiquer, de transmettre, de faire participer à. Avis, renseignement, information. Exposé, oral ou écrit En parlant des personnes, action de communiquer avec d'autres; rapports, correspondance; entretien. Ce par quoi un personne renseigne ou influence une autre personne et en est renseignée ou influencée. Moyen de jonction ( en parlant des choses) Accès, passage Liaison entre deux ou plusieurs points. 87


Dessin de Louise, 9 ans: Conduire. 88


I - Laboratoire

L’Éducation J’entends souvent en conférence les paysagistes dire que le problème majeur dans la pratique de notre métier vient de la commande qui n’est pas la bonne. Les élus ont le tout pouvoir sur la question de l’aménagement du territoire, mais n’ont pas toujours les compétences pour les mettre en oeuvre. En effet, l’ urbanisation est trop souvent liée à des opportunités financières: subventions, implantations d’entreprises… gérées par les élus dans l’urgence et au détriment d’une réflexion globale sur le territoire et son échelle réelle. Les paysagistes ne peuvent à eux seuls défendre les valeurs du paysage malgré toute leur bonne volonté. En bref, ne serait-ce pas un problème d’éducation?

Au départ j’interroge donc l’Éducation.

Je sens dès lors qu’il faut me tourner vers les enfants. Peut-être qu’éduquer dès le plus jeune âge à apprécier la beauté dans l’environnement, les éléments de la nature, permettrait à l’avenir de ne pas faire toutes les erreurs qu’on croise, qui heurtent notre regard. Je prends conscience que si nous sommes aujourd’hui dans cette École de Paysage c’est très certainement parce qu’on a appris inconsciemment à être sensibles à notre environnement et à ses modifications. Selon moi, les questions de l’héritage et du déterminisme sont prépondérantes dans ces attentions particulières. On a tous un jour été enfant. Enfin, pour une dernière année d’étude, aborder l’Éducation ne me semble pas être une mauvaise idée...Mais quel gros sujet que celui-ci, on ne s’attaque pas à des piliers comme ça quand on n’a seulement quelques mois et surtout quand ça ne concerne pas directement l’objet du diplôme: un Projet de Paysage. Mais, têtue, je me dis qu’après tout, ce «Projet Personnel» est une liberté qui m’est donnée afin d’amorcer des questions qui fondent profondément ma démarche de Paysagiste. Des auteurs me soutiennent. Jean-Marc Besse dit qu’être paysagiste, concepteur, faire des projets, c’est croire en l’avenir, et non en la fin du monde comme c’est l’idée commune du moment. Il dit aussi que l’enfant doit incarner l’espoir futur et vouloir l’inachèvement, et que c’est de la responsabilité du projeteur en tant que porteur d’avenir... Rassurée, je comprends là qu’intervenir auprès d’enfants est déjà une démarche de projet, le but étant d’interroger les territoires futurs à travers ceux qui les façonneront. Le trésor de la langue française informatisé définit:

ÉDUCATION 1 - Art de former une personne, spécialement un enfant ou un adolescent, en développant ses qualités physiques, intellectuelles et morales, de façon à lui permettre d’affronter sa vie personnelle et sociale avec une personnalité suffisamment épanouie L’éducation c’est aussi «ce qui a pour but d’entraîner le corps à acquérir de la souplesse», « c’est l’art de former, l’action d’enrichir». L’étymologie de l’éducation, en latin dux, ducis, signifie le guide d’où ducere: conduire.

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N

Vue aérienne: L’école et le boulevard Colbert. 90


I - Laboratoire

L’espace en commun Dès lors, je mets en place ce que je nomme le Laboratoire Éducatif Paysage. C’est au sein de l’école Notre-Dame de Lancrel que j’interviens pour cette première expérience. J’ai l’occasion de partager avec une classe de CM 1. L’école se situe à la limite nord-ouest de la ville. Le quartier de Lancrel est un quartier bourgeois très convoité mais à deux pas de là, le boulevard Colbert barre la route: c’est la limite à ne pas franchir. De l’autre côté, «c’est la zone», commence le périurbain.

Au sein de l’école L’espace en commun, au départ, c’est l’école. J'entre à l'école primaire pour la première fois depuis longtemps. Je pousse la grille de la cour puis la porte de la classe. Je rencontre des murs une fois de plus. J'appréhende cette intervention et me questionne sur les raisons de ma venue. À ce moment là, je ne sais plus ce que je fais. Emile Durkheim définit l’éducation comme «une socialisation de la jeune génération par la génération adulte»; l’école est un «microcosme social». L’éducation est avant tout le moyen par lequel la société renouvelle perpétuellement les conditions de sa propre existence. Ce lien entre l'individu et la société est clairement exprimé dans Éducation et sociologie: l’éducation est le lien entre l’être individuel et l’être social que nous sommes tous. La classe, à l’école primaire, c’est le premier lieu de la socialisation. E. Durkheim porte son attention sur l'Héritage et le Déterminisme et c'est ce qu'il m'importe de comprendre par cette expérimentation. Sortir des murs de l'école pour comprendre l'être au paysage lorsqu’on habite ICI. Une culture sociologique est nécessaire à l’éducateur, car la sociologie nous apporte un corps d’idées directrices qui donnent un sens à nos actions. Le paysagiste, s’il veut être moteur de projet, doit comprendre la société à laquelle il appartient, pour pouvoir définir l’avenir. La Sociologie est fondamental dans la démarche de projet du paysagiste et elle fait le lien, pour moi, entre l’éducation et le paysage.

C’est en ces murs que tout commence.

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« L’individu en voulant la société se veut lui-même. L’action qu’elle exerce sur lui, par la voie de l’éducation notamment, n’a nullement pour objet de le comprimer, de le diminuer, de le dénaturer, mais, au contraire, de le grandir et d’en faire un être vraiment humain. » 1

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1

DURKHEIM Emile. Éducation et sociologie, Quadrige, PUF coll, 1922.


II - Retour sur expérience

Voir Paysage

Depuis les programmes scolaires de 1985, la géographie est considérée comme une science. Et, plus récemment, depuis 2002, la géographie est située clairement comme l’étude de l’espace organisé par les sociétés. L’Homme est au centre de la géographie. L’accent est mis sur la lecture et la compréhension du paysage, ainsi que sur la mise en relation des paysages avec l’étude de cartes. À l’école primaire, l’histoire et la géographie participent à une première approche de repères culturels. Pour l’enfant, tout est éternité. Les choses sont. Lui, est le centre autour duquel gravite son monde. Mais l’enfant est aussi un réceptacle d’informations, et par la pratique, il est amené à se poser des questions, il devient curieux. Georges Charpak, en 1996, écrit, La main à la pâte. Cet ouvrage a pour objectif d’aider les enseignants à enseigner la science autrement en mettant en oeuvre une pédagogie d’investigation permettant de stimuler chez les élèves une compréhension du monde par la curiosité. L’objectif est alors que les enfants soient aptes à s’interroger en sortant de l’école primaire, à distinguer le réel, à créer, à se repérer dans la société. C’est en faisant qu’on apprend. «Regarde l’effet du vent sur l’orge là-bas». On roule, Éric me désigne une parcelle à l’horizon où l’orge se meut, il joue avec le soleil, ses couleurs vibres. L’agriculteur voit tout; le lièvre qui vient de passer à toute vitesse sur sa droite, le voisin qui a commencé à faucher hier, ses vaches aisément couchées dans l’herbage duveteux. «Elles sont heureuses mes vaches, alors je peux dire que je le suis moi aussi. Tu vois, il m’en faut peu!» Il sait lire et comprendre parce qu’il parcourt, observe. Il sait l’âge d’un arbre, l’époque de la construction d’une route... L’agriculteur a appris le paysage par sa pratique des lieux et de la nature et son savoir faire. C’est parce qu’il connaît qu’il voit, parce qu’il est sensible à la matière de ce qu’il produit. Se sentir responsable du paysage, y être confronté chaque jour, le façonner, accroissent la sensibilité de son égard. Je veux que les enfants prennent conscience de leur responsabilité, pour qu’ils ne soient pas juste spectateurs d’une détérioration de l’espace, se laissant alors aller à la consommation de masse, avides de publicités et de belles routes larges toutes neuves. Je veux qu’ils aient l’envie d’aller à la rencontre de leurs sens partout où ils vont pour accroître leur désir de paysage. Si ce n’est pas naturel, cela s’apprend. Il faut se confronter à ce qui nous entoure et renouveler l’expérience plusieurs fois jusqu’à ce qu’elle devienne quasi quotidienne, jusqu’à ce que le regard s’adapte à voir Paysage. Ce Laboratoire est un moyen de prendre conscience de mes intuitions, et, par l’échange, à la fois d’enseigner une pratique du Paysage mais aussi de tirer partie de l’inventivité des enfants qui seront un outil supplémentaire pour saisir le site et une inspiration de plus dans la démarche créative du projet.

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Protocole

Approche de la matière accumulée par 27 élèves sur 3 TEMPS, 11 Chapitres... Analyse succincte et cuisine personnelle pour... Animer en moi une orientation de la production, aiguillant la compréhension du Paysage élu... Aller vers LE projet.

Progression: La page de droite est à lire du haut vers la bas: elle ressitue les étapes du Laboratoire dans l’ordre d’apparition. 94


LE TEMPS - Les étapes du Laboratoire

L

Chapitre

E

S

P

R

I

T

Raconter l’approche mise en place pour chaque temps

DEMANDE

Ré-Action

À partir de mes questionnements, quelle est l’activité proposée. Établir des liens avec la pratique du paysagiste.

À partir du résultat obtenu, quelle est ma réaction, vers quelle nouvelle démarche je me tourne.

MOT CLÉ

Légende de l’image référente de l’exercice.

L’IMAGE ILLUSTRE LE TEMPS - Les étapes du Laboratoire

C O N C L U S I O N

Réactions L’analyse de choix et de données qui orientent la production de matière à projet.

Activation par mots clés

LE TEMPS - Les étapes du Laboratoire

PRODUCTION RELIÉE Pages de productions personnelles découlant de la conclusion qui font avancer la compréhension des paysages accompagnées de légendes.

Je rebondis LA SUITE

Ouverture sur le temps suivant, argumenté par des lectures qui guident le Laboratoire vers de nouvelles idées d’ateliers.

CONCLUSION Laboratoire 95


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TEMPS 1 - L’élément perturbateur

LA RENCONTRE

Le territoire habité Je me présente à la classe des CM quelque peu intimidante. Je suis Paysagiste. Mon entreprise s’établit bel et bien à cet instant. «Je suis ici pour parler avec vous du Paysage. Vous savez tous ce qu’est le paysage?» «Oui, Oui» me répondent-ils en coeur. Commence alors une définition commune du terme. Je ne sais plus moi-même ce qu’était pour moi le paysage quelques années avant de m’y intéresser consciemment. Les mots, clamés les uns après les autres, écris sur le tableau qui leur fait face, nous mettent d’accord sur la variété des images qui nous viennent lorsqu’on dit «Paysage». Du paysage de la mer à celui de la montagne, du paysage urbain au paysage rural, …allant même jusqu’à aborder le paysage intergalactique… les idées fusent et l’enthousiasme est réel. La végétation est fortement présente et l’idée de nature semble évidente. La conscience de l’humain créant le paysage dans sa forme même, puis dans sa définition, est elle, inexistante. C’est bien la responsabilité de chacun qu’il m’importe de faire valoir au terme de ce Laboratoire Paysage.

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Chapitre 1 J’HABITE

Ré-Action

Le chemin entre chez moi et l'école.

Dans les dessins, de nombreuses routes et rond-points, signes apposés au paysage. La route est le seul espace public à travers la plaine. Les paysages sont mis à distance, seuls quelques points repères apparaissent qui indiquent où il faut tourner...

Il s'agit d'interroger l'enfant sur son déplacement quotidien, celui le plus fréquent pour lui depuis qu'il est né, celui qui relie la sphère intime à la sphère sociale, celui qui lui permet d'Habiter ses lieux de vie. En prenant en compte l’éloignement de l’école, son moyen de déplacement, je souhaite comprendre la perception qu’a l’enfant du territoire dans lequel il évolue parce qu’elle raconte son rapport à l’espace vécu. La carte mentale interroge le souvenir.

Pour ceux qui viennent à pieds, le quartier leur est familier, ils reconnaissent les commerces grâce auxquels ils se repèrent, s’orientent. Pour ceux qui viennent de plus loin, la route et les rond-points prédominent et je ressens dans les dessins et les coups de gommes la difficulté de s’orienter.

REPÈRE Je dessine de nouveau les dessins des enfants pour comprendre les marqueurs, repères dans cette globalité confuse. Je crée un quartier imaginaire par collage. Je recherche, par l’absurde, des qualités d’espace, d’espacement.

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Chapitre 2 MON PAYSAGE

Ré-Action

Le paysage que je vois chaque jour ou Le paysage que j'aime

Ce que je constate du résultat est en premier lieu pour la majorité, le besoin de représenter le paysage des vacances, du dépaysement. On remarque plus le paysage lorsqu’il nous surprend, parce qu’il diffère du quotidien. Les paysages représentés sont souvent des grands marqueurs géographiques tels que l’océan ou la montagne. Ceux qui représentent le paysage autour de chez eux y sont très attachés, et le sentiment d’appartenance ressort.

Les enfants choisissent le paysage qu'ils souhaitent dessiner. Que voient-ils derrière ce mot? Comment se l'approprient-ils? Que souhaitent-ils partager? Certains me disent que le paysage de tous les jours est "moche" et se projettent dans des moments heureux, ceux des vacances. Le paysage représenté est le souvenir d'un bon moment dans un lieu agréable, et souvent avec du soleil! D'autres dessinent le paysage vu de leur fenêtre. C'est alors une représentation de l'espace perçu, l'enfant recherche une justesse, à retrouver la réalité de ce qu'il y voit ( le voisin qui fait des allersretours)… Entre le paysage désiré, fantasmé et le paysage vécu, celui du quotidien… Quel est le lien?

DÉPAYSEMENT

Confrontation de deux dessins. Un enfant dessine son chez lui, l’autre dessine la montagne. Chacun est empreint d’un nombre de détails appréciés. Le tout est Paysage.

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Chapitre 3 PAYSAGE VIRTUEL

Ré-Action

Je me repère sur une vue aérienne

Tous connaissent cet outil. Et chacun se repère assez vite grâce à des détails. Les espaces verts dans la ville, tâches denses et foncées sur l’image sont des éléments structurants qu’ils me nomment rapidement. Beaucoup connaissent bien mieux les usages, commerces et noms de lieux du quartier que moi. Ils me guident.

Je propose une projection Google Earth, une promenade vue du ciel comme dans la peau d’ un oiseau. L’objectif étant de prendre du recul, traverser les espaces pour les situer les uns par rapport aux autres, voir sous un autre angle. Il faut retrouver la position de l’école, puis s'en approcher. Reconnaître les lieux un à un et comprendre leur imbrication.

RETRAIT

L’école, tel un espace clos, enfermée par les routes.

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Chapitre 4 PAYSAGE COMMUN

Ré-Action

Je dessine l’école vue du ciel

La représentation d’un réseau est délicate. Chacun essaie de représenter la totalité de l’image et plus seulement le chemin emprunté personnellement. L’imbrication des différents espaces est difficilement perceptible et un vrai travail sur la forme, la mesure, l’équilibre s’établit nécessitant une grande concentration.

La vue aérienne de l’école est projetée au mur, les élèves doivent recopier l’image. Ils sont amenés à se requestionner sur le chemin depuis la maison jusqu’à l’école, et peuvent à présent constater la réalité de la route empruntée et sa relation au quartier. Recopier demande une observation précise et questionne le réel: proportions, textures, couleurs sont à retranscrire.

IMBRICATION

Je réinvente avec les enfants une carte pour un quartier imaginaire. Un seuil pour Alençon fait de dessins d’ici et là.

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Entre une idée du paysage, et une réalité spatiale.

Le paysage est le fantasme de l’idée de nature.

L’espace perçu n’est pas le paysage.

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TEMPS 1 - L’élément perturbateur

Un état des lieux

La rencontre c’est à la fois celle du Paysage dans sa géographie, et celle de la classe de CM de l’école Notre-Dame de Lancrel à Alençon. En questionnant les modes d’habiter de cette petite communauté, je crée une première relation à l’échelle de la Communauté Urbaine dans son ensemble. En effet l’école est située à la charnière entre la ville d’Alençon et la plaine agricole, elle est l’un des constituants de l’entrée de ville nord-ouest. Les élèves de CM 1 habitent en des lieux plus ou moins distants de l’école, dans le centre-ville ou bien dans d’autres communes de la campagne alentour.

Le choix de la représentation Dessie Baggio, psychologue, dans L’expression picturale de l’enfant, explique que le dessin en est le moyen d’expression le plus complet pour l’enfant, il va «exprimer aussi bien sa pensée (donc tout le travail mental et intellectuel) que ses émotions.» Avec cette première approche, je questionne les enfants au travers de leur moyen de représentation: action de rendre quelque chose présent à quelqu’un, en montrant, en faisant savoir. C’est d’abord par le langage, puis par la représentation, que se crée l’échange d’une pensée. Mais, chez l’enfant, comme le précise Dessie Baggio, le dessin est plus sincère que le langage, encore mal maîtrisé. Je souhaite créer le désir chez l’enfant de me faire savoir ce qui, pour lui, répond à mes questionnements. De plus, le dessin est, pour le paysagiste, l’outil le plus à même de faire projet; d’en faire part, mais surtout de concevoir l’espace. La représentation des choses qui entourent induit déjà un regard orienté sur un espace, on est alors dans le paysage. (l’espace de la page blanche: le premier espace selon G. Perec)

Faire projet

Les enfants se préoccupent peu des échelles et des proportions, ainsi des relations s’établissent plus facilement dans les dessins, entre le paysage et l’Homme. Mais quelles sont les véritables relations et à quelles échelles existent-elles ? J’appréhende, suite à ces premières interventions, la géographie du territoire. Les formes de ce qui m’entoure me permettent de délimiter le paysage habité ici-même. Le paysagiste cherche des pistes de projet à travers les manques, les vides. Or les enfants, dans leurs dessins, ne montrent que les pleins. Les signes perturbateurs sont clairement identifiés par l’enfant et c’est justement ce qui n’apparaît pas, que je dois aller chercher et faire remonter à la surface.

L’ESPACE SOUVENIR Repère Dépaysement Retrait Imbrication = Géographie oubliée.

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La rencontre des enfants mais aussi les premières recherches concernant le territoire me permettent de m’apercevoir qu’il y a un manque de considération de la géographie dans la manière d’habiter la Communauté Urbaine d’Alençon.

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N


TEMPS 1 - L’élément perturbateur

Géographie oubliée

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J’analyse cette structure géographique pour comprendre le maillage élaboré par l’homme. Je constate 4 entités. Le fil conducteur entre ces entités est bien la rivière Briante. J’essaie de percevoir les qualités de ces différents espaces: épaisseurs, vis-à-vis...

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TEMPS 1 - L’élément perturbateur

Géographie oubliée

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La source

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TEMPS 1 - L’élément perturbateur

Géographie oubliée

La fuite

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Longue traversĂŠe

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TEMPS 1 - L’élément perturbateur

Géographie oubliée

Prise au piège

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Cartes élaborées dans le Cévennes par un éducateur à partir de la démarche de F. Delingy. 114


Je sais ce que je comprends LES MANQUES La rencontre avec l'institutrice et le cadre scolaire enrichirent mes questionnements concernant ma démarche. Bien qu'ayant l'impression du contraire, parce que je fréquente les murs des écoles depuis longtemps, il est vrai que je ne savais vraiment pas où je mettais les pieds. L'institutrice attendait de moi que j'ai des «objectifs»… Elle ne savait pas bien dans quelle case pédagogique ce Laboratoire allait bien pouvoir rentrer. Je lui proposais un enseignement transversal, relevant à la fois de la géographie, des arts plastiques ou encore du français… et n'avais pas d'attentes particulières, sinon de comprendre ce que peut transmettre un Paysagiste, avec son approche singulière et ce qu’il peut y gagner lui-même. Cette démarche ne permet pas de proposer une méthode avec des objectifs bien précis, dans le cadre d'un programme. C'est en lien avec le territoire habité que s'instaure peu à peu une relation entre l'enfant et l'espace. Je suis venue sans idées d'évaluer des compétences acquises, mais surtout dans le but d'échanger et d'ouvrir des conversations avec les élèves, mais aussi de tenter de nouvelles approches dans ma pratique paysagiste. Malgré tout, ce cadre de la société prôné par E. Durkheim me dérange. Pour comprendre l’habité de chacun, je dois saisir la relation de l’individu à l’espace au-delà du groupe.

Fernand Deligny est un éducateur français. Son expérience auprès d’enfants autistes est à l’origine de lieux alternatifs de l’éducation spécialisée, que l’on regroupe sous le vocable générique de lieu de vie. F. Deligny n’aimait pas beaucoup l’école, et s’est toujours revendiqué hors du système. Il interroge l’existence d’un espace de vie pour ceux qui sortent du cadre de la normalité. À la fin des années soixante, il invente un dispositif de prise en charge d’enfants autistes qu’il accueille dans les Cévennes. Il crée un réseau d’aires de séjour où chaque éducateur accompagne quelques enfants. La cartographie des lignes d’erre réalisée à partir des déplacements quotidiens des enfants sert à voir ce qu’on ne voit pas à l’oeil nu, pour déterminer les améliorations à apporter à l’aménagement de l’espace. Le travail autour de la révélation de ce qui ne peut être dit m’interpelle. L’espace peut parler plus que le langage lui-même. Je ressens une fois de plus que le projet spatial met le doigt sur l’essentiel: Être soi quelque part. C’est par la prise en compte de l’Oublié, qu’une vérité plus large d’une confiance en la spatialité peut exister.

«La redécouverte de ces cartes relance l'invention institutionnelle d'un espace commun, d'un terrain d'échanges, voire de jeu, par delà les règles sociales et les catégories du normal.» Sandra Alvarez de Toledo sur le travail de F. Deligny.

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TEMPS 2 - L ’ a c t i o n

PAYSAGE INVISBLE

Les Petits Châtelets

Après avoir parcouru de loin le quartier à vol d’oiseau, ou par le souvenir de ces petits habitants, il me semble primordial d’aborder ensemble les lieux, de se rapprocher de ce qui les constitue, pour combler les manques des représentations précédentes. Dès lors, nous sortons de l’image, pour aller à la recherche de sensations. Il est grand temps d’aller à la rencontre du terrain, sortir des murs de l’école. Tout comme moi, les enfants doivent s’immerger là, où j’ai eu tant de mal à passer les murs. Là, dans le quartier des Châtelets, la rivière passe, on l’oublie, ce terrain qu’on ne voit pas va devenir le nôtre. Je souhaite donner accès aux espaces riches de sens, où l’on n’a pas accès, pour comprendre ce qui environne: les qualités privatisées de l’espace rural. Peut-on imaginer ce qu’il y a plus loin sans pouvoir s’approcher? J’interroge l’espace ouvert / l’espace fermé, le visible / l’invisible, le privé / le public.

Quand le petit agite de le Grand.

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Chapitre 1 PAYSAGE DÉCRYPTÉ

Ré-Action

Je mène l’enquête

« Il n’y a pas de feuilles aux arbres donc c’est en hiver…»

Au travers de 9 photographies du site, il s’agit pour l’enfant de décrire précisément ce qui est visible et de chercher des indices concernant le lieu dans l’image. Puis, à partir de cette observation minutieuse, chacun doit, soit reconnaître l’endroit s’il le connaît, soit émettre des hypothèses sur ce que peut être cet endroit. Chacun présente ensuite son enquête à la classe. Tel un paysagiste, l’enfant observe les qualités d’un espace, et émet des hypothèses sans avoir toutes les informations concernant le lieu. C’est l’étape de l’intuition dans un projet, qui permet de se poser des questions pertinentes. Un paysage est infini, n’a pas de contour. Il est important de savoir parler d’un paysage dans les limites de ce qui est donné à voir.

Le moment de l’hypothèse a permis de donner du sens à toutes les possibilités qu’offrent cet endroit et de définir ses qualités, ses traits de caractère. « Je pense que c’est une mairie» « Je pense que c’est une décharge»... Ça pourrait être une mairie, pour telle ou telle raison...

QUALITÉS

L’imagination dépasse rapidement les indices. La curiosité est animée.

Une des neuf photographies proposée aux enfants. 120


Chapitre 2 PAYSAGE FANTASMÉ

Ré-Action

J’invente l’espace manquant

Ici, l’enfant invente, il crée de l’espace qui n’existe pas encore. La crédibilité des propositions me satisfait. L’enfant crée le lieu, l’espace tel qu’il pourrait être. Je m’interroge sur les continuités et l’infini des possibilités qu’elles offrent.

L’enfant doit ici deviner l’autour, imaginer le paysage invisible, penser l’espace dans sa relation avec son environnement. La photographie est située au centre d’une feuille A3 blanche, c’est le point de départ. Pour commencer, chacun doit dessiner la structure de l’espace au crayon à papier puis lorsqu’il est satisfait du squelette, il doit chercher à reproduire les couleurs exactes en mélangeant la peinture. Grâce à ces continuités, le but est de ne plus distinguer la photo du reste du dessin. Il faut imaginer un espace probable et cohérent.

CONTINUITÉS

Photographie pendant l’exercice en classe: Romain concentré sur la justesse des détails.

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Chapitre 3 PAYSAGE RETROUVÉ

Ré-Action

J’observe et détecte

Les enfants ont le regard aiguisé, et le fait de proposer cet exercice sous la forme d’un jeu permet d’obtenir toute leur attention. Ils me surprennent. Chaque détail est pris en compte dans la reconnaissance des lieux.

Pour me rendre sur le terrain, il est important de se repérer sur la vue aérienne depuis l’école jusqu’aux Petits Châtelets. Puis par groupe, il faut retrouver d’où ont été prises les photos. Je souhaite comprendre ce sur quoi se porte l’attention des enfants et leur pouvoir d’observation.

La curiosité pour l’interdit, le caché, les lieux à l’étroit, les escaliers... me questionne sur ce qui anime un lieu. J’en suis à penser que ce qui justifie cet entrain est à l’inverse de la Plaine, grande étendue dégagée, fonctionnelle, c’est le biscornu, le surprenant lorsqu’il est ponctuel.

CURIOSITÉ

N

Vue aérienne proposée aux élèves pour se repérer sur site. 122


Chapitre 4 PAYSAGE LIBÉRÉ J’imagine et réactive le lieu

Par groupe, je demande de choisir un espace appartenant au lieu. Il faut le dessiner. Cet espace deviendra le décor d’une histoire. Il faut à présent inventer une narration en ce lieu. L’enjeu est de tirer partie de l’inventivité des enfants. Tout est possible. Débrider le lieu jusqu’alors enfermé dans son Histoire patrimoniale riche.

Ré-Action

Les histoires des enfants sont de pures fictions, souvent totalement déconnectées du lieu et du réel. Cependant, la magie opère sur l’espace, le champ de pommes de terre devient un château de légumes, ou bien l’océan sur lequel se déchaîne les éléments lors de la tempête vient inonder les Petits Châtelets. Cette surprésence d’objets ou d’événements impossibles donne du relief et agrandit cet espace contenu par des murs.

FICTION

Travail d’ un groupe de garçons. Petit à petit l’histoire s’éloigne du lieu vers des intérêts divers mais communs au groupe.

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Version écrite de l’histoire d’un des groupes. 124


TEMPS 2 - L ’ a c t i o n

Inventer des histoires

Quelle belle surprise! Tout s’éveille. Le Laboratoire est le Paysage lui-même, c’est une certitude. Je me surprends à me prendre au jeu. Je sens que ça fonctionne, que s’active autour de moi l’espace qui me semblait bien triste à l’abri des regards. Je me détache peu à peu de ce besoin de tout analyser, je préfère trouver des réponses simples à mes questions en ce lieu privilégié. La présidente de l’association des Petits Châtelets est présente: existe alors un riche moment d’échange, la communication est ouverte. L’inventivité, la poésie qui se dégagent des réactions spontanées, créent en moi le désir d’agir en ce lieu, cet espace privé, fermé sur lui-même. Le souhait de l’association propriétaire de l’endroit est d’en faire un lieu d’activités, de rencontres dans le quartier, mais je sens bien que les regards posés sur ce lieu chargé d’Histoire ne permettaient pas jusqu’alors d’agir concrètement. Suite à cela, je reviens sur ma démarche, et prends du recul sur ce qui s’opère. Je propose ces différents exercices en suivant mes intuitions, avec une certaine spontanéité, puis c’est à travers l’analyse des productions, que je comprends également ce qui fonde, pour moi, le projet de paysage. C’est grâce à une suite de subjectivités que peu à peu le projet naît. Les perceptions font exister le Paysage. Le projet, dès lors existe et prend forme grâce à ce que je trouve dans ce qu’on me donne, d’après ce que je propose.

J’essaie de créer des coïncidences pour retrouver la densité du site.

L’ESPACE RÉEL Qualités Continuités Curiosité Fiction = Spontanéité retrouvée. 125


Les réactions enthousiastes et curieuses des enfants à la découverte du site des Petits Châtelets m’entraînent moi-même à raconter ce qui m’anime en ce lieu, je ressens mieux les ambiances à présent, en m’accordant cette spontanéité.

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TEMPS 2 - L ’ a c t i o n

Spontanéité retrouvée

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Les Châtelets sont le refuge, une porte sur la campagne. C’est un observatoire à partir duquel on peut appréhender les mystères de la plaine oubliée. Les Petits Châtelets doit être le lieu d’intensité d’usage du quartier.

290 m

N

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T E M P S 2 - L’ a c t i o n

Spontanéité retrouvée

Les Châtelets : un coeur

La Briante file

Les Châtelets et ses îles font boucle, reliant le bâti et l’agricole, le dur et le mou. La virgule accroche.

2 îles, un coeur

Faire couture avec l’autour

Parcelles adjacentes

L’autour rattaché

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Pages 1 et 2 de l’ouvrage de G. Perec. Le texte y est disposé méthodiquement dans l’espace de la page. 130


Je ressens donc j’existe L A S O U R C E D ’ I N S P I R AT I O N Ces petits êtres deviennent des sources d’inspiration directe pour déployer des facultés créatrices dans le Projet. Sur les lieux, j’appréhende des comportements, des relations physiques de l’enfant à l’espace. Je m’interroge dès lors sur ce qui fait la différence entre l’Espace et le Paysage.

G. Perec écrit Espèces d’espaces en 1973. Son oeuvre s’articule autour de l’analyse du quotidien. C’est en jouant avec les mots qu’il nous fait part d’une fine observation de la vie courante, de l’évident...de ce qui, a priori, a peu d’intérêt. C’est à travers la description de lieux communs qu’il entre peu à peu dans l’autobiographique. Il examine son rapport à l’espace dans toutes ses dimensions. En commençant par la page blanche, espace de l’intimité de l’écrivain qui commence avec des mots, il nous parle de la mémoire, de la relation entre l’espace et le temps. Puis vient l’espace du lit, l’île, l’ espace individuel lié aux souvenirs d’enfance, à l’action de lire qui laisse enfin place à l’espace Chambre, premier espace aménagé, premier lieu de son cadre de vie. Ensuite l’appartement fait de plusieurs pièces ayant chacune une fonction précise, situé lui-même au sein d’un immeuble dans lequel on croise ses voisins. Puis la rue qui n’appartient à personne, où les éléments en mouvements avancent à différentes vitesses, se croisent. Le quartier, la campagne, le pays, l’Europe, le continent, le monde... et enfin l’espace en soi. Ce livre est le premier qui m’a fait prendre conscience de l’espace qui m’entoure et de l’envie de l’impacter tout particulièrement. Il m’y a éduquée par sa poésie, douce réflexion aléatoire personnelle et universelle à la fois. Juste faire remonter à la conscience, l’inconscient pourtant persistant. «J’aurais pu y penser moi-même» mais je ne l’ai pas fait: c’est un sentiment que je souhaite moi aussi faire jaillir chez d’autres... des plus petits... Et si cette conscience jaillissait plus tôt..? Ce livre met le doigt sur le lien entre l’intime et l’espace partagé, ce qui nous constitue, nous, au milieu des autres. Quelle est la différence entre l’Espace et le Paysage? L’espace est ce qui constitue le paysage. Le paysage, lui, est perçu par les populations. Si l’intention de G. Perec est de permettre l’usage conscient de l’espace, donc la perception de celui-ci, fait-il de chaque espace un paysage ? «Le problème n’est pas d’inventer l’Espace, encore moins de le réinventer, mais de l’interroger, ou, plus simplement encore, de le lire.»

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TEMPS 3 - L ’ é l é m e n t d e r é s o l u t i o n

LE SENTIMENT D’APPARTENANCE

Le Quartier des Châtelets S’inventer des histoires sur un lieu, c’est faire nôtre ce qui est étranger, c’est rendre perceptible ce qui ne l’était pas. Faire tomber les murs des Petits Châtelets ne suffira pas. Je m’interroge sur les possibilités de la réutilisation d’un patrimoine à transformer, patrimoine qui fonde notre histoire, notre culture commune. Comment peut-il apparaître évident à la jeune génération, et celle-ci peut-elle redonner un dynamisme aux éléments anciens? Ce riche terrain m’aide à comprendre que c’est la rivière, matière vivante, qui permettra de repousser les limites pour laisser place à un Paysage. La nécessité est de réinventer un quartier. Le quartier des Petits Châtelets ne peut naître que de son Paysage et de son histoire. Je décide de proposer une appropriation par le Jeu. Je suggère la création d’un quartier pour que chacun comprenne bien les composants du paysage, qui dépassent les seuls éléments naturels, vivants. Ce lien étroit entre usages, usagers, spatialité et perception. L’imaginaire doit être convoqué pour inventer de nouveau.

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Chapitre 1 CONSTITUTION DU PAYSAGE Mon jardin

Chaque enfant crée une maison en carton sur une parcelle en carton qu’il personnalise comme il le souhaite. L’objectif étant de s’approprier un espace, de le faire sien.

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Ré-Action

Le jardin, est l’espace intime de l’enfant, il prend conscience qu’il en fait ce qu’il veut, qu’il a un pouvoir sur son environnement premier. Le jardin privé se jardine.

INTIME


Chapitre 2 CONSTITUTION DU PAYSAGE

Ré-Action

Notre espace commun

Le travail en groupe induit de se mettre d’accord sur l’intérêt de tel ou tel autre espace. Cet échange permet à chacun d’argumenter un désir, de prendre sa place au sein du groupe et sur l’espace de la maquette.

Par groupe de 5, 6, les enfants se mettent d’accord sur ce qu’ils veulent proposer pour la communauté: commerce, hôtel, ferme éducative... Ils ont chacun une parcelle grand format et un bâtiment qu’ils doivent signaler pour qu’on comprenne sa fonction. L’enfant comprend qu’il existe des espaces de partage, que chaque activité humaine interfère sur ces espaces communs.

ACCORD

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Planche d’explication pour un cour sur le paysage. 138


Chapitre 3 POSITIONNER, FAIRE PAYSAGE

Ré-Action

Nous imaginons notre quartier

C’est la rencontre entre l’espace intime de chacun et celui de l’autre. C’est le lien , la relation qui s’établit spatialement entre les individus qui est en jeu. Il est intéressant de comprendre qui prend part à la construction et de quelle façon. Comment s’organisent les groupes, comment ils se rencontrent et doivent se mettre d’accord. Les chantiers s’organisent, les routes sont construites avec des cailloux ramassés dans la cour et les interstices s’emplissent d’herbes qui créent les espaces verts...

Chacun, muni de ses lieux personnels doit les organiser en fonction de ceux des autres, réfléchir aux distances qui séparent sa maison de son lieu de travail, de chez le voisin; ainsi la classe organise une vie de quartier. Ensuite, il faut penser aux réseaux qui relient tous ces espaces entre eux, il faut penser les routes, et chacun des interstices du quartier. Après avoir ressenti l’espace, posé une attention particulière sur celui-ci, l’enfant se pose des questions d’aménageur.

ORGANISATION

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Photographie: L’organisation du quartier inventÊ ensemble. 140


TEMPS 3 - L’élément de résolution

Faire tomber les murs

Nous avons donc tout intérêt à arrêter de parler paysage pour ainsi entrer dans un autre monde, celui de l’imagination. C’est dans la cour de récréation que le groupe a confectionné et assemblé la maquette commune. L’exercice prend dès lors un goût de jeu. S’inventer des histoires, c’est ce que font le enfants lorsqu’ils jouent. Les paysagistes eux aussi s’inventent des histoires: ils essaient d’imaginer les lieux autrement, de créer une autre réalité pour inventer un à venir. Le projet n’est autre qu’un exercice d’imagination. Alors, bien sur, il doit s’adapter à son contexte, prendre en compte les contraintes, pour pouvoir par la suite être bien réel, mais avant tout, il demande de faire preuve de créativité pour susciter l’étonnement, la joie. Jouer, c’est être dans l’espace; c’est le corps qui devient autre chose dans un espace donné. Jouer, c’est inventer un contexte qui n’existe pas dans le sens où il n’est pas réel à ce moment précis, ici même, il est parfois même totalement inexistant. Jouer, c’est permettre à ses désirs qu’ils trouvent une place. L’institutrice a nommé la maquette «Art éphémère» afin de faire comprendre aux enfants qu’elle ne resterait pas en place bien longtemps dans la cour. Et le vent n’aidant pas, ceux-ci comprirent vite que le jeu disparaîtrait à l’instant même où ils arrêteraient d’y jouer. Cependant, nous fîmes en sorte de continuer à l’alimenter jusqu’à notre petite exposition en fin de journée, au moment des parents. Et chacun expliqua sa version de l’histoire venant parfois compléter, parfois contredire celle du voisin. Chacun s’est approprié son espace en essayant réellement d’établir le lien avec celui d’à côté, lien fait de cailloux et de brins d’herbes. Chacun fit en sorte que sa place au sein du quartier lui convienne et que ses déplacements ne soient pas trop longs pour se rendre à ses activités favorites. Il est appréciable de voir le groupe classe construire ensemble, de voir chacun s’affairer à une tâche: construction d’une route, végétalisation des espaces publics... Le jeu prend fin, mais la matière reste. La structure devient floue puis se meurt, mais chacun garde bien précieusement son propre jardin, qu’il pourra recomposer à sa guise tout près de ceux des autres. Le forme du jeu se réinvente sans cesse. J’ai compris que le projet de Paysage se situe dans un retour aux sources, dans un besoin de revenir aux bases. La géographie est à la base du paysage. L’école est à la base de la société. C’est cette base qui permet la genèse d’un espace partagé.

L’ESPACE INVENTÉ Intime Accord Organisation = Ré-création. 141


Je cherche les cours de récréation et des traces d’enfants, des sons ou des crayons oubliés sur le sol. Ces traces s’éloignent petit à petit des limites des écoles, elles parcourent les rues, les sentiers et même la campagne. Je filme. « Restes de campagne, Traces de gosses »

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TEMPS 3 - L’élément de résolution

R é - c r é a t i o n

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TEMPS 3 - L’élément de résolution

R é - c r é a t i o n

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Illustration du Manifeste d’E. K. Meyer, photographie d’un projet de l’Université de Virginie 146


Je cherche des traces de gosses L’ A M U S E M E N T P H Y S I Q U E J’actionne le quartier par le Projet de Paysage. L’Éducation étant sortie de l’enceinte de l’école, je souhaite comprendre comment le Paysage lui-même peut éduquer au Paysage, se suffire pour défendre sa cause.

E. K Meyer, professeur d’architecture du Paysage à l’Université de Virginie écrit: Sustaining Beauty: The Performance of Appearance. Dans ce manifeste, elle met en valeur le rôle de la beauté et de l’esthétique dans l’approche du Développement Durable en partant du constat que l’apparence du paysage n’est pas seulement visuelle, mais qu’elle est connectée au corps et à l’expérience sensorielle. Cette expérience esthétique permet l’empathie, l’amour, le respect, le souci de l’environnement. Elle rend compte de l’importance de la sensibilisation au développement durable et argumente la façon avec laquelle le design de paysage permet à l’humain d’avoir une expérience du lieu et une pratique du développement durable. La beauté des espaces qui mettent en valeur les prouesses écologiques pour et par le paysage permet de créer cette culture commune. L’expérience du paysage peut être une manière d’inculquer des valeurs. Elle défend que le projet de paysage peut transformer la population en une nouvelle génération de citoyen, avec une conscience écologique. Au delà de la beauté de l’espace, le désir de s’en emparer et d’y être présent permet une attache au paysage qui n’est pourtant pas détenue telle une propriété. Le paysage doit attirer à des usages qui ne peuvent être exercés seulement en lieux voulus. C’est par l’amusement, autrement dit le jeu que l’enfant s’approprie l’espace, qu’il le sent et lui trouve des qualités qu’il sera bientôt prêt à défendre. C’est par la création et par l’Art (la beauté comme le précise E. K Meyer) que le retour aux sources s’effectue.

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CONCLUSION Laboratoire Dans le cadre scolaire, l’enfant répond à un exercice donné par ce qu’il pense être la bonne réponse. Les enfants de 10 ans sont déjà trop éduqués et les modes de représentations du TEMPS 1 me permettent seulement d’entrevoir leur conception de l’espace au travers d’un cadre pré-établi. Par-delà les murs de l’école, m’apparaît une toute autre réalité, je comprends mieux le paysage sans le nommer, et la façon dont il se structure dans la tête des enfants. L’exploration de terrain permet d’interroger d’autres éléments que ceux de l’ordre du visuel. La curiosité anime les sens. Je m’efforce à redevenir enfant pour laisser venir des sensations brutes. La maquette «Art éphémère», dans la cour de récréation a remis le Jeu au centre de l’Éducation, parce qu’il incarne une certaine expression du sentiment de bonheur. J’ai longtemps cru que la créativité était une compétence innée. Or, lors de mes années d’études en arts appliqués, j’ai appris que la créativité pouvait s’enseigner. Je ne dis pas nécessairement que le talent naturel n’existe pas et mon propos n’est pas d’argumenter ce point de vue ou son contraire, je dis juste que j’ai appris à être créative. Partant du constat que «tout a déjà été fait», il faut savoir puiser ça et là de quoi se nourrir afin de créer. Cela ne signifie pas qu’on ne puisse plus rien inventer, mais que toutes les formes existent, et que nous puisons toujours dans le réel afin de transformer pour proposer. Le monde est une bibliothèque. Les enfants ne feront pas le projet à ma place bien-sûr, mais ils sont une source de créativité supplémentaire, une partie de ma bibliothèque, un nouveau fond dont je ne soupçonnait pas l’étendue du pouvoir d’évocation. Mon imagination travaille pour le projet de paysage. Sur le terrain, en comprenant les dynamiques géographiques paysagères en jeu, j’imagine facilement des transformations possibles. Mais une fois les enfants présents, elle continue d’alimenter le projet. Les enfants m’accompagnent dans ce chemin de pensée. Grâce à eux, j’ai moi aussi évoluée, je les ai vus en action, et le résultat des exercices que j’avais imaginés pour eux a également transformé mon idée de projet. J’espère leur avoir transmis par le jeu, l’importance de leur propre influence sur le paysage. C’est quand j’imagine ces exercices, que je les propose, puis que j’interprète le résultat que le projet évolue et se modifie, que naît un nouvel exercice... La machine est en route, elle m’emporte et je me laisse saisir avec l’impression d’avancer vers quelque chose… Un projet de paysage ? Peut-être qu’y croire suffit à faire fonctionner le mécanisme. Mon esprit était à la recherche d’une nouvelle source de créativité, et elle s’est offert à moi au contact des enfants..

Je pense avoir inscrit en eux un souvenir. Ils ont inscrit en moi une confiance en l’avenir.

Ce besoin de tout réapprendre à nouveau continuera de m’animer pour réinventer sans cesse la manière du projet. L’Ensp est une école où l’on cherche des réponses à des questions qu’on a du mal à se poser. À l’approche du diplôme, et par conséquent aux portes du monde professionnel, j’ai cette crainte de croire que je sais faire du projet. Il me semble important de rester dans une démarche de recherche. Prise par le temps et l’argent, je ne veux pas être contrainte d’appliquer sans réfléchir toujours les mêmes méthodes, les mêmes outils et ainsi de me détacher de ce qu’est le projet: une incertitude constante de ce qu’est le Paysage. 149


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Vue 152 aérienne: Délimitation de la cour de l’école.


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Photographie de la cour de rĂŠcrĂŠation: La Briante envahit le terrain de foot. 154


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Cette dernière partie, c’est le Projet. C’est une transformation spatiale issue directement des acquis mis en place. Il n’y a pas un projet possible, mais celui-ci sera LE projet pour ici. Le mur sera: Un outil de transition d’un espace à l’autre Le Grand oublié sera: La pièce centrale du Projet

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Re-jouer le Cours Un projet de paysage Je transforme le lieu spatialement pour le rendre habitable autrement. C’est la dernière fois que je rejoue cet espace, ces espaces. Je les ai rêvés différents. C’est à présent le cours d’eau qui me guide. Comme au départ finalement. Mais ici, il coule pour de bon.

Le projet, c’est prendre les choses en mains, ne plus avoir peur d’agir, d’impacter la vie.

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-3-

Re-jouer le Cours Un projet de paysage «L’enfant a été retiré de la rue et enfermé dans un espace désorganisé, à la maison ou à l’école, rendues l’une et l’autre imperméables aux rumeurs du dehors. Quel formidable changement pour ces enfants et ces jeunes gens, habitués à la liberté, voire aux licences de la rue, et désormais, dans leurs travaux comme dans leurs jeux, éloignés des activités productrices, privés de responsabilités, soumis aux disciplines éducatives. Ainsi, toute une partie de la population, jeune mais aussi jadis active, va être déplacée du dehors vers le dedans, d’une vie totale, à la fois privée, professionnelle et publique, vers le monde clos de la privacy.» Philippe Ariès

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Qu’est-ce qui me permet de dire que je crée un paysage ?

Jeu et réalité, dernier ouvrage qu’ait écrit Winnicott prend pour point de départ l’article, devenu classique, que l’auteur a consacré aux «objets transitionnels». Il a pour fil conducteur une conception du jeu, par quoi il faut entendre une capacité de créer un espace intermédiaire entre le dehors et le dedans, capacité qui ne s’accomplit pas dans les jeux réglés, agencés comme des fantasmes ou des rituels, mais qui se situe à l’origine de l’expérience culturelle. Il énonce enfin une théorie des lieux psychiques. Sans vouloir analyser la théorie thérapeuthique, nous découvrons, avec ce livre que ce n’est pas seulement notre intelligence du discours mais notre perception du réel, de nous-même et de l’autre, qui se voient alors renouvelées par le jeu. Cette expérimentation du Laboratoire Éducatif Paysage m’a menée au jeu mais pas seulement. L’enfant est au coeur de l’école. L’école est au coeur du quartier. Comment se fait-il que l’enfant ne soit toujours pas au coeur du quartier? Le jeu dans la cour de récréation permet à l’enfant d’inventer des histoires. La spatialité même de cette cour m’interroge dès lors. Quel espace donne la possibilité de se refaire chaque jour et de permettre de nouvelles inventions? J’ai pensé le Paysage comme un Laboratoire. Je pense à présent le Paysage comme une école...une école de loisir et de liberté.

Je crée une école du dehors.

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I - Retour aux sources

Le cours d’Ô Quand l’invisible déborde, Le Petit agite le Grand. Re-jouer le cours

c’est un parcours Paysage qui éduque à ce qu’il est. C’est une rencontre entre ville et campagne, entre chez soi et dehors, entre l’école et la maison, l’école et la rivière.

Re-jouer le cours fait

exister le quartier des Châtelets parce qu’il se tourne vers la Briante.

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I - Retour aux sources

Regain Le « Regain » c’est l’herbe qui repousse dans les prairies après la fauche: un nouveau souffle. À travers champs, passé les boulevards, je trouve des traces de gosses; papiers de bonbons tombés là, graffitis sur les arbres... Des restes de campagne devenus terrains de jeu. Quelles émotions était-on venu chercher ici? C’est le besoin de nature qui nous anime et nous pousse vers le paysage. C’est le désir d’observer les petites bêtes et de s’allonger dans l’herbe fraîche, de se rouler sur le sol qui mène les enfants aux espaces verts. Sans se soucier de l’heure qu’il est, du temps qu’il fait, ou de l’interdit, l’enfant effectue des détours dans l’espace et ainsi l’occupe pleinement. Grâce à l’enfant, guidé par un espace fait de nouvelles curiosités, j’espère permettre au quartier de prendre la direction du Paysage et ainsi relier l’entre à la ville et à sa géographie.

Université

Primaire

Collège Lycée

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Université

Les P Ma etits C ison h d’en âtelets fan ts

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Foyer Jeunes Travailleu rs


I - Retour aux sources

Le Quartier Les Petits Châtelets Pour faire exister le Paysage, les enfants doivent pouvoir s’en emparer. En créant un parcours de l’eau depuis les cours des écoles jusqu’à la rivière, les rues s’animent et l’espace est habité. Une compréhension du territoire vécu opère dans un parcours quotidien depuis la maison jusqu’aux lieux de sociabilité.

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Scolaire - L’école Notre-Dame de Lancrel - L’école Jules Ferry - Le collège Balzac - Le lycée Alain - L’Université Alençon- Damigny

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Centre Psychothérapiqu

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Les Oubliés - La Maison d’enfants «Les Petits Châtelets»: enfants et adolescents assujettis à une mesure de l’ASE. - Le foyer Jeunes Travailleur Althéa: association pour logement temporaire - Le centre d’éducation spécialisé déficience auditive, visuelle, trouble du langage La Providence. - Le centre médico-psychologique enfants et adolescents.

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II - La pente

1 - Sortir du corps de ville

PARCOURS L’école Jules Ferry et l’école de Lancrel, les abords de la rivière invisible le long de l’Hôpital psychiatrique jusqu’au boulevard Colbert. OBJECTIF Donner une conscience de la rivière: l’inondation se transforme en événement dont on profite par le jeu. ACTIONS Modification de la topographie pour favoriser les débordements, installer des jeux qui évoluent au rythme de l’eau.

Au commencement de la vie sociale

Le Jeu- Débordement

Les Petits Châtelets

Primaire

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PARCOURS 1 - L’allée entre les deux écoles primaires vers la rivière et le centre psychothérapique relie la rue du centreville au boulevard Colbert qui fait jusqu’alors barrage avec la périphérie.

2 - La rivière nous apparaît au sein du parc du Centre. C’est en la révélant qu’elle guidera nos pas de l’autre côté du boulevard.

3 - La traversée du parc de l’Hôpital,

4

la Briante reste discrète, enfermée derrière des clôtures.

- Depuis la parc de Centre, les écoles se distinguent nettement, un lien visuel existe, reste à mettre en oeuvre le lien physique par la rivière.

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II - La pente e enfants

Foyer Jeunes Tra

vailleurs

Centre Psychothérapiqu

3

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4 2

Présent La Briante est doublement enfermée: au sein de l’Hôpital mais aussi par des clôtures.

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Projet Le chemin pour se rendre depuis l’école jusqu’au Petit Châtelets, centre de loisir, s’effectue par le parc de l’Hôpital.

Parc de l’Hôpital

A

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Les abords de l’eau à travers le parc de l’Hôpital. 170


II - La pente

< Vers le boulevard Colbert

Le parc de l’Hôpital

Plan d’esquisse projet dessiné au 1/ 1000

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Recherches: la pente et lâ&#x20AC;&#x2122;eau. 172


II - La pente

2 - Mon tier-quar PARCOURS Le lycée Alain, le collège Balzac, les cours de récréation, le stade adjacent au lycée et les boulevards jusqu’à la Briante. La parcelle entre les Châtelets et le foyer jeune travailleur. OBJECTIF Dirriger la pente vers la rivière. Occuper l’espace de la rue pour proposer des activités de quartier. ACTIONS Créer des quais pour permettre des écoulements, des terrasses bien plantées pour apprécier une végétation humide et de l’ombre pour favoriser la descente.

S’approprier la rue

L’école Buissonnière

Lycée Les Petits Châtelets

Collège

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PARCOURS

1 - Le lycée Alain est à peine perceptible depuis le boulevard François Mézeray aménagé pour la circulation. La voie cyclable au centre n’est utilisée que par la factrice.

2 - Le collège Balzac subit le même sort. Malgré de modestes plantations aux abords du parking, le paysage est inexistant, l’école est cloisonnée par la route.

3 - Un peu plus loin, on peut poursuivre son chemin par l’allée des platanes pour rejoindre la Briante. Celleci est aujourd’hui enfermée derrière un épais mur qui fait barrage sur ce reste de campagne.

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II - La pente

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Foyer Jeunes Tra

vailleurs

Présent Des larges boulevards desservent les écoles. La relation entre les parcelles agricoles, restes de campagne, et le chemin quotidien des enfants est inexistante.

Projet Des chemins de traverses sont créés guidant l’eau et les adolescents jusqu’à la rivière.

Cour du Lycée

A

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II - La pente Le Collège

Plan d’esquisse projet dessiné au 1/ 1000

Le Lycée

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II - La pente

3 - À travers champs PARCOURS De l’Université à la Briante; la traversée visuelle par les champs. Les abords de la zone Universitaire, la piste cyclable. OBJECTIF Prendre de la hauteur et de la distance pour comprendre le périurbain. Offrir un espace idéal pour voir de loin. ACTIONS Réhausser la voie cyclable. Opérer un travail sur les ouvertures, les ombres, pour profiter de l’espace et découvrir l’autour sous un nouvel angle.

Prendre son indépendance

L’Ô-delà

Les Petits Châtelets

Université

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PARCOURS 1 - L’Université se situe à l’écart de la ville. Nombreux sont les étudiants qui viennent en voiture, empruntant les larges routes et rond-points. Une voie cyclable est aménagée en contrebas d’un talus de la départementale qui la jouxte. Elle interdit le regard sur la plaine.

2 - Néanmoins, le relief s’élève, et l’Université pourrait être un formidable point de vue sur la ville d’un côté, et la plaine de l’autre. On aperçoit nettement les constructions derrière les parcelles agricoles et la ripisylve de la Briante qui annonce que le paysage entre au coeur de ville.

3 - L’Université permet de prendre du recul. Elle est le lieu idéal pour dénoncer les constructions abusives du périurbain où elle se situe. En escaladant le talus qui borde la route asphaltée, on distingue les pavillons qui ont pris la place de l’agriculture, mangeant une parcelle sans regret.

4 - La voie cyclable s’achève aux limites de l’Université pour proposer aux cyclistes de reprendre la grande route. De cette voie, on n’a rien vu, avançant aveuglement entre deux talus loin de la réalité de l’espace.

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II - La pente

Université

2

Présent L’Université est excentrée et complètement tournée sur elle-même.

1

4

3

A

Projet Les talus en bord de route permettent un belvédère regardant vers la ville: point de vue qui dénonce les constructions abusives et laisse apparaître la ripisylve de la Briante. Abord de l’Université

A

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II - La pente

L’Université

Plan d’esquisse projet dessiné au 1/ 1000

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Université Université

Le parc des Châtelets offre un accès à la Briante. 184


III - Mon île

Les Petits Châtelets sont mon île. Parce qu’il est protégé par ses murs, le terrain n’est jamais inondé. Il est pourtant si proche de la rivière. Si on ouvre ses murs, les Petits Châtelets, au centre du quartier, est une Porte ouverte sur la campagne. Je souhaite qu’il conserve sa qualité d’île qui lui confère un caractère protecteur et confortable tout en permettant une ouverture sur les terres agricoles encore existantes qui le jouxtent. Les Petits Châtelets sont un refuge où tous se retrouvent pour partager des moments de loisirs et d’amusement. C’est une nouvelle cour de récréation pour petits et grands.

Lycée Collège

Primaire 185


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En résumé

RÉ-CRÉATION Le sentiment d’appartenance

Communauté Urbaine Alençon

HABITER - le Rural - l’Urbain - l’Entre

Re-jouer le cours Agir à l’échelle du territoire Anticiper les mécanismes d’opacité MACRO-PAYSAGE MICRO-SITES Le petit agite le Grand

Le Quartier des Petits Châtelets Agir à l’échelle de l’Homme Dévérouiller

le Périurbain Rencontrer l’Habitant L’école primaire L’ÉCHANGE L’Inspiration

L’Éducation

PROJET DIRECT

PROJET INDIRECT Préparer les perceptions

Penser les transformations

Pousser les murs du Paysage Invisible Actions Différentes

Envies Nouvelles

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ENFIN

La pédagogie n’est pas l’unique vecteur de ce travail. Je pense pouvoir affirmer que je vois le paysage, mon regard y est à présent éduqué, mais j’affirme aussi que ces échanges ont fait évoluer la conception de l’espace, pas seulement dans sa forme mais également dans un souci sociétal. Mon propre positionnement s’est construit dans le temps, il n’est pas qu’intuition. L’enfant fut un «outil» supplémentaire que j’ai testé tout au long de l’année. J’ai voulu expérimenter un autre chemin pour trouver des réponses pour un lieu. Les souvenirs d’enfance, à l’origine de la créativité de chacun, permettent d’aller chercher en soi les réponses pour réfléchir le projet spatial. Le Paysage existe bel et bien autour des enfants, et son enseignement, dès le plus jeunes âge, permettrait certainement de former des adultes responsables. C’est aussi à travers l’enfant que l’adulte est amené à réfléchir lui-même sur des questions de Paysage. Cet enseignement serait une manière d’aborder autrement la pédagogie; non pas par : «ce que je dois savoir» mais plus: «ce que j’appréhende». Ce projet ne prend pas en compte toutes les contraintes, politiques ou matérielles, pour sa mise en oeuvre. J’ai souhaité m’éloigner des contingences économiques pour pouvoir m’appesantir sur le social et ainsi, permettre aux élus d’appréhender différemment le Paysage.

Si nous souhaitons que le Projet de Paysage perdure, il faut qu’il soit connu de tous et reconnu par tous.

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Bibliographie

Classification par thème PAYSAGE BERQUE Augustin. Cinquante mots pour le paysage, éditions de La Villette, collection Passage, 1999. p. 59-99 CAUQUELIN Anne. Le site et le paysage, Quadrige, PUF coll, 2002. 188 pages. BESSE Jean-Marc. À l’horizon, le paysage. Bout du monde, carnet du paysage 16, Actes Sud, École Nationale Supérieure du Paysage, 2008

ESPACE PEREC Georges. Espèces d’espaces, Galilée, collection L’espace critique, 2007. 180 pages. BESSE Jean-Marc. Habiter. Un monde à mon image, Flammarion, collection Sens Propre, 2013. 252 pages.

URBANISME DE JARCY Xavier, REMY Vincent. Comment la France est devenue moche. Télérama n° 3135, 2010. KOOLHASS Rem. Junkspace, Manuels Payot, 2010. 121 pages. MANGIN David. La ville Franchisée: Formes et structures de la ville contemporaine, éditions de La Villette, 2004. 398 pages. PAQUOT Thierry. L’urbanisme c’est notre affaire!, L’atalante, collection comme un accordéon, 2010. 174 pages. DELBAERE Denis. La fabrique de l’espace public. Ville. paysage et démocratie, Ellipses, collection La France de demain, 2010. 192 pages. RAMADE Frédéric. Ode Pavillonnaire, Filigranes éditions, Atopic, 2007. 71 pages. FRILEUX Pauline. Le bocage pavillonaire, une ethnologie de la haie, Creaphiseditions, colleciton lieux habités, 2013. 286 pages. ARIÈS Philippe. L’enfant de la rue. de la ville à l’anti-ville, Revue URBI n°2, 1979. page 4

TERRITOIRE DELVERT Jean. La plaine d’Alençon. Annales de Normandie, 2° année n° 2, 1952. p 137-142

ÉDUCATION ET PÉDAGOGIE DURKHEIM Emile. Éducation et sociologie, Quadrige, PUF coll, 1922. 130 pages. DE TOLEDO Sandra Alvarez. Cartes et lignes d’ erre/ Maps and wander lines.Traces du réseau de Fernand Deligny 1969-1979, L’Arachnéen, 2013. 416 pages. WINNICOTT Donald. Jeu et réalité, Folio essais, 2002. 288 pages. 190


BOUQUET-RABHI Sophie. La ferme des enfants. Une pédagogie de la bienveillance, Actes Sud, collection Domaine du possible, 2011. 173 pages. PERROT Anne-Sophie. Jardiner minusculement l’imaginaire. Jardiner, carnet du paysage 9 et 10, Actes Sud, École Nationale Supérieur du Paysage, 2003. CHARPAK Georges. La main à la pâte. Les sciences à l’école primaire, Flammarion, 1997. 155 pages. BAILLY Jean-Christophe. Le pays des animots, Bayard, collection Les petites conférences, 2004. 70 pages. MEYER Elisabeth K. Sustaining Beauty: The Performance of Appearance, Jola, 2008. 18 pages

POÉSIE, ROMANS, BANDE-DESSINÉE, CINÉMA ROUSSEAU Jean-Jacques. Rêveries d’un promeneur solitaire, Le Livre de Poche, collection Classiques, 2001. 183 pages. KAUFFMANN Jean-Paul. Remonter la Marne, Fayard, collection Littérature Française, 2013. 264 pages. CALVINO Italo. Les villes invisibles, éditions du Seuil, collection Points, 1996. 200 pages. DAVODEAU Étienne. Rural, Delcourt G. Productions, collection Encrages, 2004. 140 pages ROHMER Éric. L’arbre, le maire, la médiathèque. DVD Vidéo, L’ancien et le moderne, 1992.

DIPLÔME BIEWERS Adrien. Enjeu d’un lieu. Stains, square Toussaint Louverture. ENSP Versailles, 2013. 151 pages.

INTERNET NICOLAS LE STRAT Pascal. Le-commun.fr. (en ligne depuis 2002). http://navir.asso.free.fr/enfant/enfant_espace.htm http://www.geographiesubjective.org/Geographie_subjective/Geographie_subjective.html http://cargocollective.com/lavilleetlejeu http://www.re-jouerlaville.fr http://espacerural.archi.fr http://www.ville-alencon.fr : SCOT http://www.geoportail.gouv.fr/accueil https://maps.google.fr/

IMAGES Toutes les Photographies ont été prises par mes soins au cours de l’année 2013/ 2014. 191


LUCIE POIRIER 00 33 6 10 33 76 46 lucie.poirierc@orange.fr issuu.com/luciepoirier2/docs/paysagiste

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Remerciements

MERCI, à Françoise Crémel d’avoir enrichi mon approche par ses références et de m’avoir «bousculée» à certains moments tout au long de cette année. à Jacques Boulet pour ses cours de communication. à Thierry Delamotte, Philippe Hilaire et Béatrice Leroux d’avoir également accepté de faire partie de mon jury. MERCI, à Isabelle Le Sellier et à sa classe de CM-1 De l’école Notre-Dame de Lancrel qui m’ont accueillie chaleureusement parmi eux. à tous ceux rencontrés dans le quartier des Petits Châtelets. MERCI, à Manon et Simon pour leurs conseils et leurs retours sur mon travail à chaque étape. à Joséphine et Paule, le noyau solide, toujours là et serein. à Ambre pour son énergie positive. et à notre belle Promo 2010-2014 de l’ENSP . MERCI, à ma famille pour son soutien sans faille. à Louise pour les heures de discussions qui fondent notre amitié. à Thomas et à sa patience sans égale.

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Rapport TPFE Lucie Poirier  

Paysagiste DPLG

Rapport TPFE Lucie Poirier  

Paysagiste DPLG

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